Sougya : Le folio poursuit la discussion des souffrances ouverte en 5a. Rabbi Yo'hanan demande d'où l'on sait qu'enterrer ses fils expie les fautes, et un ancien le lui apprend au nom de Rabbi Chimon ben Yohai par une guezera chava.
Rabbi Yo'hanan exclut ensuite les plaies (negaim) et les enfants du registre des souffrances d'amour, ce qui appelle deux objections et cinq réponses. Suivent trois scènes de chevet bâtie sur le même dialogue, où le malade refuse ses souffrances et se laisse relever par son visiteur, avec la maxime du prisonnier qui ne se libère pas lui-même.
Le folio raconte ensuite comment les quatre cents jarres de Rav Houna tournèrent au vinaigre à cause de la part de sarments retenue à son métayer, et comment sa perte fut réparée. Il s'achève sur deux enseignements d'Abba Binyamin : la prière aussitôt au lever, le lit orienté du nord au sud, puis le sort de celui qui prie et sort sans attendre son compagnon.
— et qui enterre ses fils : on lui pardonne toutes ses fautes.
Le folio commence au milieu d'une beraita ouverte en 5a. Elle énumère ce qui obtient le pardon complet : l'étude de la Torah, les guemilout hassadim (actes de bonté), et le fait d'enterrer ses fils. C'est ce dernier terme qui va ouvrir toute la discussion.
Rabbi Yo'hanan lui dit : passe encore pour la Torah et les actes de bonté, puisqu'il est écrit : « Par la bonté et la vérité la faute est expiée » (Proverbes 16, 6). « Bonté » ('hessed), ce sont les actes de bonté, ainsi qu'il est dit : « Celui qui poursuit la justice et la bonté trouve vie, justice et honneur » (Proverbes 21, 21).
« Vérité » (émet), c'est la Torah, ainsi qu'il est dit : « Acquiers la vérité et ne la vends pas » (Proverbes 23, 23). Mais « qui enterre ses fils », d'où le tient-on ?
Rabbi Yo'hanan accepte les deux premiers termes de la beraita parce qu'il en trouve l'appui scripturaire : le verset des Proverbes associe 'hessed et émet à l'expiation, et deux autres versets identifient 'hessed aux actes de bonté et émet à la Torah.
Le troisième terme reste sans appui : rien dans ce verset ne parle du deuil d'un enfant. La question porte donc sur la source, non sur le fond.
Un certain ancien lui enseigna au nom de Rabbi Chimon ben Yohai : cela s'apprend par [le rapprochement des mots] « faute » et « faute ». Il est écrit ici : « Par la bonté et la vérité la faute est expiée », et il est écrit là-bas : « Il paie la faute des pères dans le sein de leurs enfants » (Jérémie 32, 18).
La réponse passe par une guezera chava : le même mot, avon (faute), apparaît dans les deux versets, ce qui autorise à transporter d'un verset à l'autre ce qui s'y trouve. Le verset de Jérémie parle d'une faute des pères qui se règle dans le sein de leurs enfants ; celui des Proverbes parle d'une faute expiée. Le rapprochement conclut que la perte des enfants obtient elle aussi l'expiation.
Rabbi Yo'hanan a dit : les plaies (negaim) et les enfants ne sont pas des souffrances d'amour.
Nouvelle unité. Les yissourin chel ahava (souffrances d'amour) sont, selon la discussion de 5a, des souffrances envoyées à un homme sans faute à expier, comme signe de proximité. Rabbi Yo'hanan en exclut deux catégories : les negaim (plaies de type tsaraat) et ce qui touche aux enfants.
Rachi note que l'on comprend d'abord « les enfants » au sens de la beraita précédente, celui qui enterre ses fils. Cette lecture sera corrigée au segment 8.
Et les plaies, non ? Mais on a enseigné : quiconque porte l'une de ces quatre apparences de plaies ne les a que comme un autel d'expiation !
Objection tirée d'une beraita : les quatre apparences de plaies énumérées dans le Lévitique (chapitre 13) fonctionnent comme un mizbeah kapara, un autel d'expiation. Si elles expient, elles devraient compter parmi les souffrances d'amour.
Rachi rappelle la nomenclature : deux catégories principales, seet et baheret, chacune avec sa dérivée (toledet), classées selon leur degré de blancheur.
Un autel d'expiation, elles le sont ; des souffrances d'amour, elles ne le sont pas.
Première réponse : le Talmud sépare deux registres. L'expiation répond à la faute et efface une dette. La souffrance d'amour désigne une épreuve donnée en dehors de toute faute. Une plaie peut faire la première chose sans être la seconde.
Et si tu veux, dis : ceci vaut pour nous, et cela pour eux.
Deuxième réponse, dans une formule fréquente du Talmud : ha lan ve-ha lehou, ceci pour nous et cela pour eux. Les deux énoncés portent sur des situations géographiques différentes.
Selon Rachi, en Terre d'Israël les villes ceintes de murailles sont sanctifiées et le metsora doit en être renvoyé : sa plaie l'exclut de la vie commune, ce qui la rend trop lourde pour compter comme souffrance d'amour. À Babel, où ce renvoi ne s'applique pas, la plaie reste un autel d'expiation et peut compter comme souffrance d'amour. Tossefot objecte que le renvoi hors des camps ne valait plus au temps des Amoraim et propose de lire la distinction en termes de rigueur dans les lois d'impureté.
Et si tu veux, dis : ceci se rapporte à ce qui est caché, et cela à ce qui est public.
Troisième réponse : le partage se fait selon la visibilité de la plaie. Une plaie betsina, dissimulée sous les vêtements, n'entraîne aucune mise à l'écart et peut compter comme souffrance d'amour ; une plaie befarhessia, exposée au regard, fait fuir l'entourage et pèse trop lourd.
Et les enfants, non ?! Comment cela ?
Si tu dis qu'il en a eu et qu'ils sont morts, mais Rabbi Yo'hanan n'a-t-il pas dit : « Voici l'os de mon dixième fils » ? Il faut donc dire : ceci porte sur celui qui n'en a pas eu du tout, et cela sur celui qui en a eu et les a perdus.
Seconde objection, tirée de la conduite de Rabbi Yo'hanan lui-même. Il avait perdu dix fils et gardait sur lui un fragment d'os du dernier, qu'il montrait pour consoler ceux qui étaient frappés.
La résolution partage le cas : la privation totale d'enfant reste hors des souffrances d'amour, tandis que la perte d'enfants que l'on a eus entre dans cette catégorie, le deuil valant lui-même expiation selon Rachi. Tossefot déplace l'argument : la preuve tient à l'usage consolateur qu'en faisait Rabbi Yo'hanan, non à son rang personnel, car plusieurs justes n'ont pas eu de fils.
Rabbi Hiya bar Abba tomba malade. Rabbi Yo'hanan entra chez lui et lui dit : ces souffrances te sont-elles chères ?
Il lui répondit : ni elles ni leur récompense. Il lui dit : donne-moi ta main.
Il lui donna sa main, et il le releva.
Première des trois scènes construites sur le même dialogue. La question « ces souffrances te sont-elles chères » demande au malade s'il accepte ses souffrances comme une épreuve d'amour, ce qui lui vaudrait une récompense. La réponse renonce aux deux ensemble.
Le geste de la main opère le rétablissement. Le Talmud s'interrogera au segment 11 sur cette dépendance à l'égard d'un tiers.
Rabbi Yo'hanan tomba malade. Rabbi Hanina entra chez lui et lui dit : ces souffrances te sont-elles chères ?
Il lui répondit : ni elles ni leur récompense. Il lui dit : donne-moi ta main.
Il lui donna sa main, et il le releva.
Le même dialogue, avec les rôles inversés : celui qui relevait est cette fois relevé. La reprise mot pour mot souligne que la formule vaut pour tous, quel que soit le rang de celui qui souffre.
Pourquoi ? Que Rabbi Yo'hanan se relève lui-même !
Ils ont dit : le prisonnier ne se libère pas lui-même de la maison d'arrêt.
La réponse prend la forme d'une maxime. Celui qui est pris dans son propre enfermement n'a pas la distance nécessaire pour s'en sortir seul ; il lui faut quelqu'un du dehors. La règle s'applique à la maladie comme au reste.
Rabbi Elazar tomba malade. Rabbi Yo'hanan entra chez lui.
Il vit qu'il était couché dans une maison obscure. Il découvrit son bras et une lumière se répandit.
Il vit que Rabbi Elazar pleurait. Il lui dit : pourquoi pleures-tu ?
Si c'est à cause de la Torah, que tu n'as pas étudiée autant que tu l'aurais voulu, nous avons appris : celui qui fait beaucoup et celui qui fait peu sont égaux, pourvu qu'il dirige son cœur vers le Ciel. Et si c'est à cause de la subsistance, tout homme ne mérite pas deux tables.
Et si c'est à cause des enfants, voici l'os de mon dixième fils.
Rabbi Yo'hanan énumère les trois motifs de chagrin qu'il suppose à son disciple et répond à chacun. Pour la Torah, il cite l'enseignement des sacrifices : la mesure importe moins que l'intention dirigée vers le Ciel. Pour la subsistance, il rappelle que peu d'hommes obtiennent les deux tables, celle de la richesse et celle de la Torah. Pour les enfants, il montre l'os de son dixième fils.
Tossefot fixe la version du texte : « tout homme ne mérite pas », et non « aucun homme ne mérite », puisque certains justes ont bien obtenu les deux tables.
Il lui dit : c'est sur cette beauté qui pourrira dans la terre que je pleure. Il lui dit : sur cela, certes, tu as de quoi pleurer.
Et tous deux pleurèrent.
Rabbi Elazar écarte les trois hypothèses de son maître. Son chagrin porte sur la beauté même qui vient d'éclairer la pièce et que la terre effacera. Rabbi Yo'hanan approuve, et les deux hommes pleurent ensemble.
Sur ces entrefaites il lui dit : ces souffrances te sont-elles chères ? Il lui répondit : ni elles ni leur récompense.
Il lui dit : donne-moi ta main. Il lui donna sa main, et il le releva.
Le dialogue se clôture par la formule des deux scènes précédentes, après le détour par la conversation sur la beauté et la mort.
Quatre cents jarres de vin de Rav Houna tournèrent au vinaigre. Rav Yehouda, frère de Rav Sala le Hassid, entra chez lui avec les Sages — et certains disent : Rav Ada bar Ahava avec les Sages — et ils lui dirent : que le maître examine ses actes.
Il leur dit : suis-je suspect à vos yeux ? Ils lui dirent : le Saint béni soit-Il est-il suspect de rendre un jugement sans motif de jugement ?!
La perte est énorme et la visite prend la forme du principe énoncé en 5a : celui à qui viennent des souffrances doit scruter ses actes. Rav Houna entend la démarche comme une accusation.
La réplique des Sages retourne l'argument : refuser d'examiner ses actes revient à mettre en cause la justice divine. Tossefot précise que ces Sages connaissaient déjà le manquement précis et voulaient l'amener à le corriger.
Il leur dit : s'il est quelqu'un qui a entendu dire quelque chose sur moi, qu'il le dise. Ils lui dirent : voici ce que nous avons entendu, que le maître ne donne pas à son métayer sa part de sarments.
Rav Houna accepte la démarche et demande qu'on lui nomme le manquement. Le grief est précis : le aris (métayer) travaille la vigne du propriétaire et reçoit une part de la récolte ; selon la michna de Baba Metsia citée par Rachi, cette part comprend aussi les chevachin, les sarments coupés au moment de la taille, qui ont une valeur propre.
Il leur dit : m'en laisse-t-il seulement quelque chose ? Il me vole la totalité !
La défense de Rav Houna est une compensation : puisque le métayer détourne déjà la récolte entière, retenir les sarments revient à récupérer une partie du bien volé. Rachi souligne le retournement du soupçon : Rav Houna renvoie à ses visiteurs la question qu'ils lui posaient.
Ils lui dirent : c'est ce que les gens disent, « vole après le voleur, et tu goûtes toi aussi ». Il leur dit : je prends sur moi de lui donner.
Certains disent : le vinaigre redevint du vin. D'autres disent : le vinaigre renchérit et fut vendu au prix du vin.
Le dicton tranche la défense de Rav Houna. Se rembourser soi-même sur le bien de celui qui vous vole reste une prise du goût du vol, et un homme de ce rang en répond. Rav Houna accepte l'observation et s'engage pour l'avenir.
La perte est ensuite réparée, selon deux versions : par un changement de la substance même, ou par un mouvement du marché. La seconde évite de faire dépendre le dénouement d'un miracle visible.
On a enseigné : Abba Binyamin dit : sur deux choses je me suis peiné toute ma vie — sur ma prière, qu'elle soit devant mon lit, et sur mon lit, qu'il soit placé entre le nord et le sud. « Sur ma prière, qu'elle soit devant mon lit » : que signifie « devant mon lit » ?
Si tu dis « devant mon lit » au sens propre, mais Rav Yehouda n'a-t-il pas dit au nom de Rav, et certains disent Rabbi Yehochoua ben Levi : d'où sait-on que celui qui prie ne doit avoir aucun objet interposé entre lui et le mur ? De ce qu'il est dit : « Et Hizkiyahou tourna sa face vers le mur et pria » ?
Ne dis donc pas « devant mon lit », mais dis « proche de mon lit ».
Le folio revient à la prière. Abba Binyamin énonce deux soins qu'il a pris toute sa vie ; le Talmud interprète le premier.
Le sens spatial se heurte à la règle de Rav : aucun objet ne doit s'interposer entre celui qui prie et le mur, d'après la conduite de Hizkiyahou. Le lit constituerait précisément une interposition. On lit donc samoukh le-mitati, proche de mon lit au sens du temps : la prière aussitôt au lever. Rachi en tire une conduite stricte, ni travail ni étude avant le Chema et la prière ; Tossefot conteste la partie relative à l'étude et cite l'exemple de Rav.
« Et sur mon lit, qu'il soit placé entre le nord et le sud. »
Le Talmud reprend le second terme de l'énoncé d'Abba Binyamin pour l'expliquer. Rachi précise la disposition : la tête d'un côté, les pieds de l'autre, sur l'axe nord-sud, et donne le motif : la Chekhina se tient sur l'axe est-ouest, celui du Temple, dont le Saint des Saints était à l'ouest et l'entrée à l'est.
Car Rabbi Hama fils de Rabbi Hanina a dit au nom de Rabbi Yits'hak : quiconque place son lit entre le nord et le sud aura des enfants mâles, ainsi qu'il est dit : « et de ton trésor (outsfonekha) tu remplis leur ventre, ils sont rassasiés de fils ».
L'appui repose sur la parenté sonore entre tsfonekha (ton trésor, ce qui est mis en réserve) et tsafon (le nord), et sur la fin du verset qui parle de fils. Tossefot précise la portée pratique : la règle vise le cas où l'homme dort auprès de sa femme, à cause de l'union conjugale.
Rav Nahman bar Yits'hak a dit : et de plus, sa femme ne fera pas de fausse couche. Il est écrit ici : « et de ton trésor tu remplis leur ventre », et il est écrit là-bas : « ses jours furent remplis pour enfanter, et voici, des jumeaux étaient dans son ventre ».
Rav Nahman bar Yits'hak ajoute une seconde promesse par une guezera chava sur le verbe temalé (remplir). Le verset de la Genèse décrit une grossesse menée à son terme ; le rapprochement transporte cette idée de plénitude sur le verset des Psaumes. Rachi glose en ce sens : tu remplis les jours de leur grossesse.
On a enseigné. Abba Binyamin dit : deux hommes entrèrent pour prier ; l'un d'eux commença sa prière avant l'autre, n'attendit pas son compagnon et sortit — on lui jette sa prière à la face, ainsi qu'il est dit : « toi qui déchires ton âme dans ta colère, est-ce à cause de toi que la terre sera abandonnée ? ».
Troisième enseignement d'Abba Binyamin. Selon Rabbenou Tam cité par Tossefot, la scène se situe dans les synagogues situées hors des villes, où rester seul le soir expose au danger : partir revient à abandonner son compagnon.
Rachi lit le verset de Job comme une adresse à ce partant : nefech désigne ici la prière, d'après le verset de Hanna, « et j'ai répandu mon âme ». La sanction reprend donc le terme de la faute : celui qui a laissé l'autre voit sa propre prière rejetée.
Et de plus, il cause le retrait de la Chekhina d'Israël, ainsi qu'il est dit : « et le Rocher se déplacera de son lieu ». Et « Rocher » ne désigne que le Saint béni soit-Il, ainsi qu'il est dit : « le Rocher qui t'a engendré, tu l'as négligé ».
La suite du même verset de Job fournit la seconde conséquence. Le Talmud établit d'abord que tsour (rocher) est un nom divin, par le verset du Deutéronome, puis en tire que le départ de cet homme entraîne un retrait de la présence.
Et s'il l'a attendu, quelle est sa récompense ?
Le folio s'interrompt sur cette question. La réponse, tirée du verset d'Isaie « si tu avais été attentif à mes commandements », se lit au début de 6a.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).