Berakhot 5b — Souffrances d'amour, visites au malade, et les soins d'Abba Binyamin

Berakhot 5b

Sougya : Le folio poursuit la discussion des souffrances ouverte en 5a. Rabbi Yo'hanan demande d'où l'on sait qu'enterrer ses fils expie les fautes, et un ancien le lui apprend au nom de Rabbi Chimon ben Yohai par une guezera chava.

Rabbi Yo'hanan exclut ensuite les plaies (negaim) et les enfants du registre des souffrances d'amour, ce qui appelle deux objections et cinq réponses. Suivent trois scènes de chevet bâtie sur le même dialogue, où le malade refuse ses souffrances et se laisse relever par son visiteur, avec la maxime du prisonnier qui ne se libère pas lui-même.

Le folio raconte ensuite comment les quatre cents jarres de Rav Houna tournèrent au vinaigre à cause de la part de sarments retenue à son métayer, et comment sa perte fut réparée. Il s'achève sur deux enseignements d'Abba Binyamin : la prière aussitôt au lever, le lit orienté du nord au sud, puis le sort de celui qui prie et sort sans attendre son compagnon.

Le fil du folio : de la souffrance qui expie à la prière qui attend l'autre Quatre mouvements. Le folio passe de la théorie des souffrances à trois scènes de chevet, puis à un cas de faute discrète, puis aux règles d'Abba Binyamin. Mouvement 1 (seg. 0-8) -- Quelles souffrances expient, et lesquelles sont des souffrances d'amour Rabbi Yo'hanan demande la source : la Torah et les actes de bonté expient par un verset, mais enterrer ses fils ? Un ancien répond par une guezera chava avon-avon. Rabbi Yo'hanan exclut ensuite les negaim et les enfants. Deux objections, cinq réponses : autel d'expiation contre souffrance d'amour, Terre d'Israël contre Babel, caché contre public. Enjeu : distinguer ce qui efface la faute de ce qui exprime une proximité avec Hachem. Mouvement 2 (seg. 9-15) -- Trois visites au malade : donne-moi ta main Rabbi Yo'hanan relève Rabbi Hiya bar Abba ; Rabbi Hanina relève Rabbi Yo'hanan ; Rabbi Yo'hanan relève Rabbi Elazar. Même dialogue chaque fois : ces souffrances te sont-elles chères ? Ni elles ni leur récompense. Donne-moi ta main. Question du Talmud : que Rabbi Yo'hanan se relève lui-même. Réponse : le prisonnier ne se libère pas seul. Enjeu : la souffrance se refuse en paroles et se traite par la présence d'un autre. Mouvement 3 (seg. 16-19) -- Les quatre cents jarres de Rav Houna Le vin de Rav Houna tourne au vinaigre. Les Sages lui disent d'examiner ses actes ; il se croit hors de cause. Ils lui rappellent qu'il ne donne pas ses sarments à son métayer. Il répond que le métayer le vole entièrement. Réponse : voler au voleur, c'est encore goûter au vol. Il accepte de donner, et la perte est réparée. Enjeu : le grief que l'on a contre l'autre ne dispense pas de la stricte mesure. Mouvement 4 (seg. 20-26) -- Les deux soins d'Abba Binyamin, puis les deux qui prient Premier soin : que sa prière soit devant son lit. Le Talmud écarte le sens spatial (rien ne doit s'interposer avec le mur) et lit : proche de son lit, c'est-à-dire dès le lever, avant toute autre occupation. Second soin : le lit orienté du nord au sud. Deux promesses : des fils, et une grossesse menée à terme. Puis : celui qui prie et sort sans attendre son compagnon voit sa prière jetée à sa face et éloigne la Chekhina. Enjeu : la prière dépend autant de la disposition du corps que de la solidarité avec celui qui prie à côté.
Le fil du folio en quatre mouvements : théorie des souffrances, trois scènes de chevet, la faute discrète de Rav Houna, les règles d'Abba Binyamin.
Negaim et enfants : deux objections à Rabbi Yo'hanan, cinq réponses Position de départ : les negaim (plaies) et les enfants ne comptent pas parmi les souffrances d'amour. Rabbi Yo'hanan (seg. 3) negaim et enfants : hors des souffrances d'amour Objection 1 (seg. 4) : la beraita les quatre apparences de plaies sont un autel d'expiation Objection 2 (seg. 8) : Rabbi Yo'hanan lui-même voici l'os de mon dixième fils Réponse A (seg. 5) -- deux registres distincts Les plaies sont bien un autel d'expiation : elles effacent la faute. Elles ne sont pas pour autant des souffrances d'amour. Réponse B (seg. 6) -- ha lan ve-ha lehou Terre d'Israël : le metsora est renvoyé hors des camps, la mise à l'écart est dure. À Babel, pas de renvoi : souffrance d'amour. Réponse C (seg. 7) -- betsina / befarhessia Plaie cachée sous les vêtements : souffrance d'amour. Plaie visible de tous : les autres s'écartent, ce n'en est plus une. Réponse (seg. 8) -- on partage le cas Rabbi Yo'hanan visait celui qui n'a jamais eu d'enfant : cette privation reste hors des souffrances d'amour. Cas opposé Celui qui a eu des enfants et les a perdus : souffrance d'amour, car le deuil lui-même expie ses fautes (Rachi). Tossefot nuance la preuve L'argument tient à l'usage qu'en faisait Rabbi Yo'hanan : il consolait les autres avec cet os, signe que ces souffrances sont d'amour. Vocabulaire yissourin chel ahava = souffrances d'amour ; mizbeah kapara = autel d'expiation ; negaim = plaies ; metsora = celui qui en est atteint Le point de départ du folio (seg. 0-2) Torah et actes de bonté expient par Proverbes 16, 6 ; enterrer ses fils expie par la guezera chava avon-avon avec Jérémie 32, 18.
Les negaim et les enfants sont-ils des souffrances d'amour ? Les deux objections à Rabbi Yohanan et les réponses du Talmud.
Le lit entre le nord et le sud (seg. 21-23) Rachi : la Chekhina se tient à l'est ou à l'ouest, donc on oriente le lit selon les autres directions. Nord (tsafon) Sud (darom) Ouest Est axe de la Chekhina selon Rachi : on évite d'y coucher le lit tête pieds lit Rabbi Hama au nom de Rabbi Yits'hak (seg. 22) Qui place ainsi son lit aura des fils. Appui : ou-tsfonekha temalé vitnam, ils sont rassasiés de fils (Psaumes 17, 14) ; tsfonekha évoque tsafon, le nord. Rav Nahman bar Yits'hak (seg. 23) Et de plus : sa femme ne fera pas de fausse couche. Guezera chava sur temalé : ici temalé vitnam, là-bas vayimleou yaméha lalédet (Genèse 25, 24). Tossefot précise : cette règle vaut quand il dort auprès de sa femme, à cause de l'union conjugale.
L'orientation du lit du nord au sud, son motif selon Rachi et les deux promesses qui y sont attachées.
1
וְקוֹבֵר אֶת בָּנָיו — מוֹחֲלִין לוֹ עַל כָּל עֲוֹנֹותָיו.

— et qui enterre ses fils : on lui pardonne toutes ses fautes.

💡 Explication

Le folio commence au milieu d'une beraita ouverte en 5a. Elle énumère ce qui obtient le pardon complet : l'étude de la Torah, les guemilout hassadim (actes de bonté), et le fait d'enterrer ses fils. C'est ce dernier terme qui va ouvrir toute la discussion.

2
אֲמַר לֵיהּ רַבִּי יוֹחָנָן: בִּשְׁלָמָא תּוֹרָה וּגְמִילוּת חֲסָדִים, דִּכְתִיב: ״בְּחֶסֶד וֶאֱמֶת יְכֻפַּר עָוֹן״. ״חֶסֶד״ — זוֹ גְּמִילוּת חֲסָדִים, שֶׁנֶּאֱמַר: ״רֹודֵף צְדָקָה וָחָסֶד יִמְצָא חַיִּים צְדָקָה וְכָבוֹד״. ״אֱמֶת״ — זוֹ תּוֹרָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אֱמֶת קְנֵה וְאַל תִּמְכֹּר״. אֶלָּא ״קוֹבֵר אֶת בָּנָיו״ מִנַּיִן?

Rabbi Yo'hanan lui dit : passe encore pour la Torah et les actes de bonté, puisqu'il est écrit : « Par la bonté et la vérité la faute est expiée » (Proverbes 16, 6). « Bonté » ('hessed), ce sont les actes de bonté, ainsi qu'il est dit : « Celui qui poursuit la justice et la bonté trouve vie, justice et honneur » (Proverbes 21, 21).

« Vérité » (émet), c'est la Torah, ainsi qu'il est dit : « Acquiers la vérité et ne la vends pas » (Proverbes 23, 23). Mais « qui enterre ses fils », d'où le tient-on ?

💡 Explication

Rabbi Yo'hanan accepte les deux premiers termes de la beraita parce qu'il en trouve l'appui scripturaire : le verset des Proverbes associe 'hessed et émet à l'expiation, et deux autres versets identifient 'hessed aux actes de bonté et émet à la Torah.

Le troisième terme reste sans appui : rien dans ce verset ne parle du deuil d'un enfant. La question porte donc sur la source, non sur le fond.

3
תְּנָא לֵיהּ הַהוּא סָבָא, מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַאי: אָתְיָא, ״עָוֹן״ ״עָוֹן״. כְּתִיב הָכָא ״בְּחֶסֶד וֶאֱמֶת יְכֻפַּר עָוֹן״, וּכְתִיב הָתָם ״וּמְשַׁלֵּם עֲוֹן אָבוֹת אֶל חֵיק בְּנֵיהֶם״.

Un certain ancien lui enseigna au nom de Rabbi Chimon ben Yohai : cela s'apprend par [le rapprochement des mots] « faute » et « faute ». Il est écrit ici : « Par la bonté et la vérité la faute est expiée », et il est écrit là-bas : « Il paie la faute des pères dans le sein de leurs enfants » (Jérémie 32, 18).

💡 Explication

La réponse passe par une guezera chava : le même mot, avon (faute), apparaît dans les deux versets, ce qui autorise à transporter d'un verset à l'autre ce qui s'y trouve. Le verset de Jérémie parle d'une faute des pères qui se règle dans le sein de leurs enfants ; celui des Proverbes parle d'une faute expiée. Le rapprochement conclut que la perte des enfants obtient elle aussi l'expiation.

4
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: נְגָעִים וּבָנִים — אֵינָן יִסּוּרִין שֶׁל אַהֲבָה.

Rabbi Yo'hanan a dit : les plaies (negaim) et les enfants ne sont pas des souffrances d'amour.

📜 Rachi (1)
וּבָנִים קָא סָלְקָא דַּעְתֵּיהּ הַקּוֹבֵר אֶת בָּנָיו:
Et les enfants — on comprend d'abord qu'il s'agit de celui qui enterre ses fils.
💡 Explication

Nouvelle unité. Les yissourin chel ahava (souffrances d'amour) sont, selon la discussion de 5a, des souffrances envoyées à un homme sans faute à expier, comme signe de proximité. Rabbi Yo'hanan en exclut deux catégories : les negaim (plaies de type tsaraat) et ce qui touche aux enfants.

Rachi note que l'on comprend d'abord « les enfants » au sens de la beraita précédente, celui qui enterre ses fils. Cette lecture sera corrigée au segment 8.

5
וּנְגָעִים לֹא? וְהָתַנְיָא: כָּל מִי שֶׁיֵּשׁ בּוֹ אֶחָד מֵאַרְבָּעָה מַרְאוֹת נְגָעִים הַלָּלוּ — אֵינָן אֶלָּא מִזְבַּח כַּפָּרָה!

Et les plaies, non ? Mais on a enseigné : quiconque porte l'une de ces quatre apparences de plaies ne les a que comme un autel d'expiation !

📜 Rachi (1)
אַרְבַּע מַרְאוֹת שְׂאֵת וְתוֹלַדְתָּהּ בַּהֶרֶת וְתוֹלַדְתָּהּ. בַּהֶרֶת עַזָּה כַּשֶּׁלֶג שְׁנִיָּה לָהּ כְּסִיד הַהֵיכָל. שְׂאֵת כְּצֶמֶר לָבָן שְׁנִיָּה לָהּ כִּקְרוּם בֵּיצָה:
Quatre apparences — le seet et sa dérivée, la baheret et sa dérivée. La baheret est d'un blanc éclatant comme la neige, celle qui vient après elle est comme la chaux du Sanctuaire ; le seet est comme la laine blanche, celle qui vient après lui comme la pellicule de l'œuf.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֵינָן אֶלָּא מִזְבַּח כַּפָּרָה. יֵשׁ לְהָבִין מַה בָּא לִשְׁלֹול בְּזֶה הַלָּשׁוֹן, וַהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר 'הֲרֵי הֵן מִזְבֵּחַ כַּפָּרָה', וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי יָדוּעַ שֶׁיֵּשׁ שְׁנֵי מִינֵי יִסּוּרִין בָּעוֹלָם , הָא' הֵם הַמֻּושְׁלָחִים בְּהַשְׁגָּחָה מִן הַשָּׁמַיִם כְּדֵי לְכַפֵּר, וְהַב' בָּאִים מִכֹּחַ הַמַּזָּל וּמַעֲרָכוֹת הַשָּׁמַיִם, וְאֵלּוּ לֹא יוֹעִילוּ לְכַפֵּר, וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב הַגָּאוֹן מָהָרִ"י זַ"ל בי"ד נִמְצָא יֵשׁ יִסּוּרִין שֶׁלֹּא יוֹעִילוּ לְכַפֵּר, וּלְכָךְ בִּנְגָעִים בָּא לִשְׁלֹול זֶה, שֶׁכָּךְ קַבָּלָה בְּיָדוֹ, דְּיִסּוּרִין שֶׁל נְגָעִים לֹא יָבוֹאוּ אֶלָּא רַק לְכַפֵּר ודו"ק. וְהָרַב הצל"ח זַ"ל דִּקְדֵּק בָּזֶה הַמַּאֲמָר חֲדָא לָמָּה קְרָאָם מִזְבֵּחַ, דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר אֵינָן אֶלָּא כַּפָּרָה, וְעוֹד מַאי אִרְיָא מַרְאוֹת נְגָעִים מִשְּׁאָר יִסּוּרִין, עַיֵּין שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דַּחֲדָא בַּחֲבֶרְתָּהּ דִּסְבִירָא לֵיהּ הוֹאִיל וְיֵשׁ טֻומְאָה בִּנְגָעִים, אֵינוֹ כְּדַאי וְאֵינוֹ רָאוּי שֶׁיָּבוֹאוּ הֵם עַצְמָם בִּמְקוֹם קָרְבָּן לְכַפֵּר, אֶלָּא רַק יָבוֹאוּ לְעוֹרֵר הָאָדָם לַעֲשׂוֹת כַּפָּרָה לְעַצְמוֹ עַל יְדֵי צוֹם קוֹל מָמוֹן הַמְסֻוגָּלִים לְכַפֵּר, יַעַן כִּי נְגָעִים הֵם טֻומְאָה חֲמוּרָה שֶׁמְּטַמְּאִים הָאָדָם כְּמֵת, וְאֵינוֹ רָאוּי שֶׁיִּהְיוּ הֵם בִּמְקוֹם קָרְבָּן לְטַהֵר הָאָדָם, כִּי מִי יִתֵּן טָהוֹר מִטָּמֵא, וְלָכֵן קָרֵי לְהוּ מִזְבֵּחַ כַּפָּרָה שֶׁהֵם דֻּוגְמַת הַמִּזְבֵּחַ, שֶׁאֵין גּוּפוֹ שֶׁל מִזְבֵּחַ מְכַפֵּר אֶלָּא רַק הַקָּרְבָּן שֶׁמַּקְרִיבִין עָלָיו מְכַפֵּר, כֵּן אֵלּוּ אֵין מְכַפְּרִין בְּעַצְמָן, אֶלָּא מַעֲשֵׂה הַתְּשׁוּבָה הַנַּעֲשֶׂה עַל יָדָן הֵם הַמְכַפְּרִים.
« Elles ne sont qu'un autel d'expiation. » Il faut comprendre ce que cette formulation vient exclure : il aurait suffi de dire « elles sont un autel d'expiation ». Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'on sait qu'il existe deux sortes de souffrances en ce monde. Les premières sont envoyées par une providence venue du Ciel afin d'expier ; les secondes viennent de la force du mazal et des configurations célestes, et celles-là ne servent pas à expier, comme l'a écrit le Gaon Maharyits de mémoire bénie dans le Yore Dea. Il existe donc des souffrances qui n'expient pas ; c'est cela que la beraita vient exclure à propos des negaim, car telle était la tradition qu'il tenait : les souffrances des negaim ne viennent que pour expier, et comprends-le bien. Le Rav du Tselah de mémoire bénie a relevé deux difficultés dans cet énoncé : d'abord, pourquoi les appeler « autel », alors qu'il aurait suffi de dire « elles ne sont qu'une expiation » ; ensuite, pourquoi les apparences de plaies plutôt que les autres souffrances ; vois-le là-bas. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'une des questions répond à l'autre : puisqu'il y a de l'impureté dans les negaim, il ne convient pas et il n'est pas digne qu'ils tiennent eux-mêmes lieu de sacrifice pour expier ; ils viennent seulement éveiller l'homme à se procurer une expiation par le jeûne, par la voix et par l'argent, qui sont propres à expier. Car les negaim sont une impureté grave, qui rend l'homme impur comme un mort, et il ne convient pas qu'ils tiennent lieu de sacrifice pour purifier l'homme : qui donnera un pur à partir d'un impur ? C'est pourquoi il les appelle « autel d'expiation » : ils sont à l'image de l'autel, dont le corps n'expie pas par lui-même, seul le sacrifice que l'on y offre expie. De même ceux-ci n'expient pas d'eux-mêmes ; c'est l'acte de techouva accompli grâce à eux qui expie.
💡 Explication

Objection tirée d'une beraita : les quatre apparences de plaies énumérées dans le Lévitique (chapitre 13) fonctionnent comme un mizbeah kapara, un autel d'expiation. Si elles expient, elles devraient compter parmi les souffrances d'amour.

Rachi rappelle la nomenclature : deux catégories principales, seet et baheret, chacune avec sa dérivée (toledet), classées selon leur degré de blancheur.

6
מִזְבֵּחַ כַּפָּרָה — הָווּ, יִסּוּרִין שֶׁל אַהֲבָה — לָא הָווּ.

Un autel d'expiation, elles le sont ; des souffrances d'amour, elles ne le sont pas.

💡 Explication

Première réponse : le Talmud sépare deux registres. L'expiation répond à la faute et efface une dette. La souffrance d'amour désigne une épreuve donnée en dehors de toute faute. Une plaie peut faire la première chose sans être la seconde.

7
וְאִי בָּעֵית אֵימָא: הָא — לָן. וְהָא — לְהוּ.

Et si tu veux, dis : ceci vaut pour nous, et cela pour eux.

📜 Rachi (1)
הָא לַן וְהָא לְהוּ בא"י שַׁעֲרֵי חוֹמָה מְקֻודָּשׁוֹת בָּהּ וּמְצוֹרָע טָעוּן שִׁילּוּחַ חוּצָה לָהֶן אֵינָן יִסּוּרִין שֶׁל אַהֲבָה. בָּבֶל שֶׁאֵין טְעוּנִין שִׁילּוּחַ וְהֵן מִזְבַּח כַּפָּרָה הָווּ יִסּוּרִין שֶׁל אַהֲבָה:
Ceci pour nous et cela pour eux — en Terre d'Israël, les villes ceintes de murailles y sont sanctifiées et le metsora doit être renvoyé hors d'elles : ce ne sont pas des souffrances d'amour. À Babel, où l'on n'exige pas ce renvoi et où elles sont un autel d'expiation, ce sont des souffrances d'amour.
🗂️ Tossefot (1)
הָא לַן וְהָא לְהוּ פֵּי' רַשִׁ"י לִבְנֵי אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל שֶׁצְּרִיכִין שִׁילּוּחַ חוּץ לִשְׁלֹשָׁה מַחֲנוֹת לָא הָווּ יִסּוּרִין שֶׁל אַהֲבָה. וְתֵימָא דְּשִׁילּוּחַ מַחֲנוֹת לֹא הָיָה נוֹהֵג אֶלָּא בִּזְמַן שֶׁהַיּוֹבֵל נוֹהֵג וּבָתֵּי עָרֵי חוֹמָה. וּבִימֵי הָאָמוֹרָאִין לֹא הָיָה הַיּוֹבֵל נוֹהֵג כִּדְאָמְרִינַן בְּמַסֶּכֶת גִּיטִּין (פ"ד דַּף לוֹ.) וְהֵיאַךְ הָיָה מְדַבֵּר ר' יוֹחָנָן מִדָּבָר שֶׁלֹּא הָיָה נוֹהֵג בְּיָמָיו. וי"מ הָא לַן וְהָא לְהוּ לְעִנְיַן טֻומְאָה שֶׁנִּזְהָרִין בא"י וְלֹא בְּבָבֶל:
Ceci pour nous et cela pour eux — Rachi explique : pour les gens de Terre d'Israël, qui doivent être renvoyés hors des trois camps, ce ne sont pas des souffrances d'amour. Cela étonne, car le renvoi hors des camps ne s'appliquait qu'au temps où le yovel (jubilé) était en vigueur, ainsi que la loi des maisons des villes ceintes de murailles ; or au temps des Amoraim le yovel n'était plus en vigueur, comme nous le disons au traité Guittin (chapitre 4, folio 36a). Comment Rabbi Yo'hanan aurait-il parlé d'une chose qui n'avait plus cours de son temps ? Certains expliquent que « ceci pour nous et cela pour eux » porte sur l'impureté rituelle, dont on se garde en Terre d'Israël et non à Babel.
🪔 Ben Yehoyada (1)
הָא לַן וְהָא לְהוּ. פֵּירוּשׁ הַשְׁגָּחַת אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל עַל יָדוֹ יִתְבָּרֵךְ, אֶרֶץ אֲשֶׁר ה' אֱ-לֹהֶיךָ דֹּרֵשׁ אֹתָהּ תָּמִיד עֵינֵי ה' אֱ-לֹהֶיךָ בָּהּ (דְּבָרִים יא, יב), לְכָךְ הַיִּסּוּרִין שָׁם נִקְרָאִים יִסּוּרִין שֶׁל אַהֲבָה כִּי אֶת אֲשֶׁר יֶאֱהַב ה' יוֹכִיחַ (מִשְׁלֵי ג, יב) שֶׁבָּאִים שָׁם עַל יָדוֹ יִתְבָּרֵךְ, אֲבָל חוּץ לָאָרֶץ תַּחַת מֶמְשֶׁלֶת הַשָּׂרִים, וּבָאִין עַל יְדֵי מַלְאָךְ וְשַׂר, לְכָךְ אֵין נִקְרָאִים שֶׁל אַהֲבָה.
« Ceci pour nous et cela pour eux. » Cela signifie que la providence sur la Terre d'Israël s'exerce par Lui-même, béni soit-Il : « une terre dont ה' ton D.ieu prend soin, les yeux de ה' ton D.ieu sont sur elle constamment » (Deutéronome 11, 12). C'est pourquoi les souffrances y sont appelées souffrances d'amour, car « celui que ה' aime, Il le corrige » (Proverbes 3, 12), puisqu'elles y viennent par Lui-même, béni soit-Il. Mais hors de la Terre, qui est sous le gouvernement des princes célestes, elles viennent par l'intermédiaire d'un ange et d'un prince ; c'est pourquoi elles ne sont pas appelées souffrances d'amour.
💡 Explication

Deuxième réponse, dans une formule fréquente du Talmud : ha lan ve-ha lehou, ceci pour nous et cela pour eux. Les deux énoncés portent sur des situations géographiques différentes.

Selon Rachi, en Terre d'Israël les villes ceintes de murailles sont sanctifiées et le metsora doit en être renvoyé : sa plaie l'exclut de la vie commune, ce qui la rend trop lourde pour compter comme souffrance d'amour. À Babel, où ce renvoi ne s'applique pas, la plaie reste un autel d'expiation et peut compter comme souffrance d'amour. Tossefot objecte que le renvoi hors des camps ne valait plus au temps des Amoraim et propose de lire la distinction en termes de rigueur dans les lois d'impureté.

8
וְאִי בָּעֵית אֵימָא: הָא — בְּצִנְעָא, הָא — בְּפַרְהֶסְיָא.

Et si tu veux, dis : ceci se rapporte à ce qui est caché, et cela à ce qui est public.

📜 Rachi (1)
בְּצִנְעָא תַּחַת בְּגָדָיו:
En cachette — sous ses vêtements.
💡 Explication

Troisième réponse : le partage se fait selon la visibilité de la plaie. Une plaie betsina, dissimulée sous les vêtements, n'entraîne aucune mise à l'écart et peut compter comme souffrance d'amour ; une plaie befarhessia, exposée au regard, fait fuir l'entourage et pèse trop lourd.

9
וּבָנִים לָא?! הֵיכִי דָמֵי, אִילֵּימָא דַּהֲווֹ לְהוּ וּמֵתוּ, וְהָא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן, דֵּין גַּרְמָא דַּעֲשִׂירָאָה בִּיר? אֶלָּא הָא — דְּלָא הֲווֹ לֵיהּ כְּלָל. וְהָא — דְּהָווּ לֵיהּ וּמֵתוּ.

Et les enfants, non ?! Comment cela ?

Si tu dis qu'il en a eu et qu'ils sont morts, mais Rabbi Yo'hanan n'a-t-il pas dit : « Voici l'os de mon dixième fils » ? Il faut donc dire : ceci porte sur celui qui n'en a pas eu du tout, et cela sur celui qui en a eu et les a perdus.

📜 Rachi (3)
דֵּין גַּרְמָא דַּעֲשִׂירָאָה בִּיר זֶה עֶצֶם שֶׁל בֶּן עֲשִׂירִי שֶׁמֵּת לוֹ:
Voici l'os de mon dixième fils — c'est l'os du dixième fils qui lui est mort.
בִּיר כְּמוֹ בַּר וְצַר עֶצֶם פָּחוֹת מִכִּשְׂעוֹרָה מִמֶּנּוּ בְּסוּדָרוֹ לְעָגְמַת נֶפֶשׁ. וְגַבְרָא רַבָּא כר"י לֹא בָּאוּ לוֹ יִסּוּרִין שֶׁאֵינָן שֶׁל אַהֲבָה:
Bir — comme bar (fils). Il avait serré dans son écharpe un fragment d'os plus petit qu'un grain d'orge, en signe d'affliction. Et un homme aussi grand que Rabbi Yo'hanan ne recevait pas de souffrances autres que des souffrances d'amour.
דְּהָווּ לְהוּ בָּנִים וּמֵתוּ הָווּ לְהוּ יִסּוּרִין שֶׁל אַהֲבָה שֶׁהָאֲבֵלוּת מְכַפֶּרֶת עַל עֲוֹנֹותָיו:
Celui qui a eu des enfants et les a perdus — ce sont pour lui des souffrances d'amour, car le deuil expie ses fautes.
🗂️ Tossefot (1)
וְהָאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן דֵּין גַּרְמָא דַּעֲשִׂירָאָה בִּיר פֵּי' רַשִׁ"י דִּלְאָדָם חָשׁוּב כַּר' יוֹחָנָן מִסְּתָמָא לֹא הָיוּ אֶלָּא יִסּוּרִין שֶׁל אַהֲבָה. וְתֵימָא דְּהָא מַסִּיק דְּהֵיכָא דְּלָא הָווּ לֵיהּ בָּנִים כְּלָל לָא הָווּ יִסּוּרִין שֶׁל אַהֲבָה וַהֲרֵי כַּמָּה צַדִּיקִים שֶׁלֹּא הָיוּ לָהֶם בָּנִים. וְאִי מִשּׁוּם בְּנוֹת ר' יוֹחָנָן נָמֵי הָווּ לֵיהּ בָּנוֹת בְּפֶ' בָּתְרָא דְּקִדּוּשִׁין (דַּף עא:) וְנִרְאֶה לְפָרֵשׁ דְּהָכִי פָּרֵיךְ וְהָאָמַר ר' יוֹחָנָן דִּין גְּרָמָא וְכוּ' אַלְמָא מִדַּהֲוָה רָגִיל לְנַחֵם אֲחֵרִים בְּכָךְ ש"מ דְּהָווּ יִסּוּרִין שֶׁל אַהֲבָה. אֲבָל אֵינוֹ תָּלוּי בְּכָךְ שֶׁהַצַּדִּיקִים עַצְמָם פְּעָמִים מְעֻונִּים בְּיִסּוּרִין:
Mais Rabbi Yo'hanan n'a-t-il pas dit : voici l'os de mon dixième fils — Rachi explique que pour un homme aussi considérable que Rabbi Yo'hanan, il s'agissait sans doute de souffrances d'amour. Cela étonne, car la conclusion est que celui qui n'a pas eu d'enfant du tout ne reçoit pas de souffrances d'amour, et pourtant plusieurs justes n'ont pas eu de fils. Et si l'on veut s'appuyer sur les filles, Rabbi Yo'hanan avait lui aussi des filles, comme au dernier chapitre de Kidouchin (folio 71b). Il paraît donc préférable d'expliquer ainsi la question : Rabbi Yo'hanan n'a-t-il pas dit « voici l'os », etc. ? Puisqu'il avait coutume de consoler ainsi les autres, on en déduit qu'il s'agit de souffrances d'amour. Mais la chose ne dépend pas du rang de la personne, car les justes eux-mêmes sont parfois accablés de souffrances.
🪔 Ben Yehoyada (2)
א"ל לְרַבִּי יוֹחָנָן אִיכָּא סָבֵי בְּבָבֶל? א"ל לְרַבִּי יוֹחָנָן אִיכָּא סָבֵי בְּבָבֶל. נִרְאֶה לִי הִגִּידוּ שֶׁיֵּשׁ זְקֵנִים מֻופְלָגִים בִּזְקֵנָה כְּמוֹתוֹ, כִּי יָדוּעַ מ"ש בְּסֵפֶר הַדּוֹרוֹת שַׂר' יוֹחָנָן חַי ת' שָׁנָה וְלָכֵן תָּמַהּ, אֲבָל וַדַּאי לֹא הִגִּידוּ לוֹ עַל זְקֵנָה פְּשׁוּטָה וְתָמַהּ. וְנִרְאֶה לְפָרֵשׁ בס"ד דְּטַעַם שֶׁהִגִּידוּ חִידּוּשׁ זֶה שֶׁל הַזְּקֵנָה לְרַבִּי יוֹחָנָן דַּוְקָא, עַל פִּי מַה שֶׁנֶּאֱמַר לְעֵיל עַל דַּף ה' בְּמַאֲמַר דִּין גְּרָמָא דַּעֲשִׂירָאָה, שֶׁאַחַר שֶׁמֵּתוּ לוֹ עֲשָׂרָה בָּנִים נִשְׁאַר לוֹ אֶחָד וּשְׁלָחוֹ לִשְׁמוּאֵל לְבָבֶל לַעֲשׂוֹת שִׁינּוּי מָקוֹם כְּדֵי שֶׁיִּחְיֶה, וְהוּא רַב מַתָּנָה חֲבֵירוֹ שֶׁל רַב יְהוּדָה, וְעַל כֵּן אֶפְשָׁר דְּרַבִּי יוֹחָנָן הָיָה חוֹשֵׁשׁ אֵיךְ יִשְׁלַח בְּנוֹ מִן אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל לְבָבֶל בִּשְׁבִיל אֲרִיכוּת יָמִים, וַהֲלֹא אַדְּרַבָּה אֵין אֲרִיכוּת יָמִים אֶלָּא בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל, דִּלְמַעַן יִרְבּוּ יְמֵיכֶם וִימֵי בְנֵיכֶם עַל הָאֲדָמָה (דְּבָרִים יא, כא) כְּתִיב, לְכָךְ הֻוצְרְכוּ תַּלְמִידָיו וַחֲבֵירָיו לְהַגִּיד לוֹ שֶׁגַּם בְּבָבֶל יֵשׁ הַפְלָגַת זִקְנָה, עַל כֵּן יַעֲשֶׂה לוֹ שִׁינּוּי מָקוֹם שָׁם וְאַל יָחוּשׁ.
« Ils dirent à Rabbi Yo'hanan : y a-t-il des vieillards à Babel ? » Il me semble qu'ils lui apprirent qu'il s'y trouvait des hommes d'un âge aussi avancé que le sien, car on sait ce qui est écrit dans le Sefer HaDorot, que Rabbi Yo'hanan vécut quatre cents ans, et c'est pourquoi il s'en étonna ; assurément ils ne lui parlaient pas d'une simple vieillesse, dont il ne se serait pas étonné. Il me semble pouvoir expliquer, avec l'aide du Ciel, pourquoi c'est précisément à Rabbi Yo'hanan qu'ils apprirent cette nouvelle sur la vieillesse, d'après ce qui a été dit plus haut, au folio 5, sur l'énoncé « voici l'os du dixième » : après la mort de ses dix fils, il lui en resta un, qu'il envoya à Chemouel à Babel pour opérer un changement de lieu afin qu'il vive ; c'était Rav Matena, le compagnon de Rav Yehouda. Il se peut donc que Rabbi Yo'hanan ait hésité : comment envoyer son fils de la Terre d'Israël à Babel en vue de la longévité, alors qu'au contraire la longévité se trouve en Terre d'Israël, car il est écrit « afin que se multiplient vos jours et les jours de vos fils sur la terre » (Deutéronome 11, 21) ? C'est pourquoi ses disciples et ses compagnons durent lui apprendre qu'à Babel aussi on atteint un grand âge : il pouvait donc y opérer pour son fils le changement de lieu sans crainte.
דֵּין גַּרְמָא דַּעֲשִׂירָאָה בִּיר. כָּתוּב בִּמְגִילַּת סְתָרִים לְמַר נִסִּים גָּאוֹן זַ"ל שֶׁהֵבִיא דְּבָרָיו בְּסֵפֶר יוּחֲסִין, שֶׁהָיָה לְרַבִּי יוֹחָנָן עֲשָׂרָה בָּנִים וְהַתֵּשַׁע מֵתוּ עַל מִטָּתָם, וְהָעֲשִׂירִי נָפַל בְּתוֹךְ יוֹרָה גְּדוֹלָה אֲשֶׁר הָיְתָה רוֹתַחַת עַל הָאֵשׁ רְתִיחָה חֲזָקָה, וְתֵיכֶף שֶׁנָּפַל שָׁמָּה הֻותַּךְ בְּשָׂרוֹ וְלֹא נִשְׁאַר רַק הָעֲצָמוֹת, וְלָקַח רַבִּי יוֹחָנָן עֶצֶם אֶצְבַּע קְטַנָּה, וְהָיָה מְנַחֵם הָאֲנָשִׁים בּוֹ וְאָמְרוּ שֶׁנִּשְׁאַר לוֹ בֵּן אֶחָד וּשְׁמוֹ רַב מַתָּנָה וְתֵיכֶף וּמִיָּד שָׁלְחוּ לְבָבֶל לִלְמֹוד עִם שְׁמוּאֵל וְהָיָה חָבֵר רַב יְהוּדָה, עַד כָּאן לְשׁוֹנוֹ. וְנִרְאֶה כִּי מִן הַשָּׁמַיִם יָצָא הַדָּבָר שֶׁקְּרָאוֹ 'מַתָּנָה', לְהוֹרוֹת שֶׁזֶּה יִחְיֶה, כִּי הוּא נִיתַּן לוֹ בְּתוֹרַת מַתָּנָה מֵאֵת ה', וְכָל הַנּוֹתֵן, בְּעַיִן יָפָה הוּא נוֹתֵן, גַּם נִרְמַז בְּשֵׁם הַבֵּן הַהוּא מִיתַת עֲשָׂרָה אָחִיו, כִּי אוֹתִיּוֹת נ"ה רוֹמְזִים לְמִסְפַּר עֲשָׂרָה בְּמִסְפָּר הֶקְדֵּמַיי אבג"ד הוז"ח ט"י, שֶׁעוֹלֶה מִסְפַּר הָעֲשָׂרָה לְמִסְפַּר נ"ה [כְּלוֹמַר א+ב+ג+ ...י = 55] , וְזֶהוּ שֵׁם ' מַתָּנָה ', חַלְּקֵהוּ לִשְׁתַּיִם, וְקָרֵי בֵּיהּ מֵת נ"ה , (כְּלוֹמַר זֶה חַי אַחַר מֵת שֶׁהוּא נ"ה) וְנִרְמָז כָּל זֶה בִּשְׁמוֹ בְּרֶמֶז דַּק, וְנִרְמָז עוֹד בִּשְׁמוֹ רֶמֶז טוֹב לְהַחֲיוֹתוֹ, כִּי עֲשָׂרָה שְׁמוֹת הוי"ה בְּמִלּוּי אַלְפִין שֶׁהוּא מִסְפַּר מ"ה, עוֹלֶה ת"ן וְזֶהוּ מַתָּנָה ת"ן מ"ה.
« Voici l'os de mon dixième fils. » Il est écrit dans la Meguilat Setarim de Rav Nissim Gaon de mémoire bénie, dont les propos sont rapportés dans le Sefer Yohassin, que Rabbi Yo'hanan eut dix fils : neuf moururent dans leur lit, et le dixième tomba dans une grande cuve qui bouillait violemment sur le feu ; dès qu'il y tomba, sa chair se dissolut et il ne resta que les os. Rabbi Yo'hanan prit l'os d'un petit doigt et consolait les gens avec lui. On dit qu'il lui resta un fils, nommé Rav Matena, qu'il envoya aussitôt à Babel étudier auprès de Chemouel, et qui fut le compagnon de Rav Yehouda. Fin de citation. Il apparaît que la chose vint du Ciel, qu'on l'ait appelé Matena (don) pour indiquer qu'il vivrait, car il lui fut donné à titre de don de la part de Hachem, et celui qui donne, donne d'un œil généreux. La mort de ses dix frères est également suggérée dans le nom de ce fils, car les lettres noun-hé renvoient au nombre dix selon le compte progressif alef-bet-guimel-dalet, hé-vav-zayin-het, têt-youd, dont la somme des dix premières atteint cinquante-cinq [c'est-à-dire 1 + 2 + 3 + ... + 10 = 55]. Tel est le nom Matena : divise-le en deux et lis mat noun-hé (celui-ci vécut après que fut mort le compte de cinquante-cinq) ; tout cela est suggéré dans son nom par une allusion ténue. Son nom porte encore une allusion favorable à sa survie, car dix fois le Nom de quatre lettres écrit en plein avec des alef, dont la valeur est quarante-cinq, fait quatre cent cinquante ; et tel est Matena : tav-noun (450) et mem-hé (45).
💡 Explication

Seconde objection, tirée de la conduite de Rabbi Yo'hanan lui-même. Il avait perdu dix fils et gardait sur lui un fragment d'os du dernier, qu'il montrait pour consoler ceux qui étaient frappés.

La résolution partage le cas : la privation totale d'enfant reste hors des souffrances d'amour, tandis que la perte d'enfants que l'on a eus entre dans cette catégorie, le deuil valant lui-même expiation selon Rachi. Tossefot déplace l'argument : la preuve tient à l'usage consolateur qu'en faisait Rabbi Yo'hanan, non à son rang personnel, car plusieurs justes n'ont pas eu de fils.

🖼️ Schéma
Les enfants : deux situations distinguées N'a jamais eu d'enfant C'est ce que visait Rabbi Yo'hanan en les excluant du registre des souffrances d'amour A eu des enfants et les a perdus L'os du dixième fils, que Rabbi Yo'hanan montrait pour consoler : souffrances d'amour Rachi : le deuil lui-même expie les fautes. Tossefot : la preuve tient à l'usage consolateur de cet os, car plusieurs justes n'ont pas eu de fils, et Rabbi Yo'hanan avait par ailleurs des filles (Kidouchin 71b).
Le partage du cas des enfants entre la privation totale et la perte de ceux que l'on a eus.
10
רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא חֲלַשׁ. עַל לְגַבֵּיהּ רַבִּי יוֹחָנָן אֲמַר לֵיהּ: חֲבִיבִין עָלֶיךָ יִסּוּרִין? אֲמַר לֵיהּ: לֹא הֵן וְלֹא שְׂכָרָן. אֲמַר לֵיהּ: הַב לִי יָדְךָ. יְהַב לֵיהּ יָדֶיהָ, וְאוֹקְמֵיהּ.

Rabbi Hiya bar Abba tomba malade. Rabbi Yo'hanan entra chez lui et lui dit : ces souffrances te sont-elles chères ?

Il lui répondit : ni elles ni leur récompense. Il lui dit : donne-moi ta main.

Il lui donna sa main, et il le releva.

🪔 Ben Yehoyada (1)
חֲבִיבִין עָלֶיךָ יִסּוּרִין? אֲמַר לֵיהּ: לֹא הֵן וְלֹא שְׂכָרָן. אֲמַר לֵיהּ: הַב לִי יָדְךָ, יְהַב לֵיהּ יְדֵיהּ וְאוֹקְמֵיהּ. נִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ הַחֹולִי הוּא מִסִּיבַּת הַדִּינִין שֶׁלֹּא נִמְתְּקוּ, וְיָדוּעַ כִּי הַדִּינִין הֵם מִצַּד שְׂמֹאל, וְנִמְתָּקִים בַּחֲסָדִים שֶׁהֵם בְּיָמִין, כִּי חָמֵשׁ אֶצְבָּעוֹת יָמִין רוֹמֶזֶת אֶל חֲמִשָּׁה חֲסָדִים, וְחָמֵשׁ אֶצְבָּעוֹת שְׂמֹאל רוֹמְזִים אֶל חֲמִשָּׁה גְּבוּרוֹת, וְלָכֵן בָּא כְּנֶגְדּוֹ פָּנִים בְּפָנִים לַעֲשׂוֹת כַּוָּנָה שֶׁל מִיתּוּק הַגְּבוּרוֹת בַּחֲסָדִים, וַאֲמַר לֵיהּ הַב לִי יְדָךְ הֲרֵי נַעֲשָׂה שְׂמֹאל רַבִּי יוֹחָנָן בְּיָמִין שֶׁל רַבִּי חִיָּיא, וּשְׂמֹאל שֶׁל רַבִּי חִיָּיא בְּיָמִין שֶׁל רַבִּי יוֹחָנָן, וְאָז עַל יְדֵי הַכַּוָּנָה שֶׁל הַמִּיתּוּק שֶׁעָשָׂה בְּשָׁרָשִׁים לְמַעְלָה עַל יְדֵי פֹּועַל דִּמְיוֹנִי זֶה שֶׁעָשָׂה בְּיָדַיִם, נִתְמַתְּקוּ הַדִּינִין וְנִסְתַּלֵּק הַחֹולִי וְאוֹקְמֵיהּ, וּמַקְשֵׁי בַּגְּמָרָא לֵיקוּם רַבִּי יוֹחָנָן לְנַפְשֵׁיהּ כְּלוֹמַר הוּא לְבַדּוֹ מֵעַצְמוֹ יַעֲשֶׂה הַכַּוָּנָה שֶׁל הַמִּיתּוּק הַנִּזְכָּר, בְּפֹועַל דִּמְיוֹנִי שֶׁבַּיָּדַיִם שֶׁלּוֹ, כִּי גַּם אֶצְלוֹ יֵשׁ יָמִין וּשְׂמֹאל, וְיִתֵּן זֶה כְּנֶגֶד זֶה, וִיכַוֵּין בָּהֶם וּמְשַׁנֵּי אֵין חָבוּשׁ וְכוּ'. וְהִנֵּה בְּסִפְרֵי הַקָּטָן בִּרְכַּת אָבוֹת הֵבֵאתִי מִדִּבְרֵי מהרח"ו זַ"ל בְּשַׁעַר רוּחַ הַקֹּודֶשׁ שֶׁכָּתַב עַל רַבֵּינוּ הָאֲרִי זַ"ל, שֶׁהָיָה יוֹדֵעַ מִן הַדְפֵּק שֶׁל הָאָדָם בְּחֹולִי הַנֶּפֶשׁ וּמָה הַפְּגָם אֲשֶׁר עָשָׂה, וּבָזֶה פֵּירַשְׁתִּי בס"ד שָׁם מַה שֶׁאָמַר הַתַּנָּא כָּל הַמְזַכֶּה אֶת הָרַבִּים אֵין חֵטְא בָּא עַל יָדוֹ, יְעֻויַּן שָׁם, וְהִנֵּה בַּהַקְדָּמָה הַנִּזְכָּר יְבֹואַר נָמֵי הֵיטֵב הַמַּאֲמָר כָּאן, דַּאֲמַר לֵיהּ הַב לִי יְדָךְ, שֶׁרָצָה לִבְדֹּוק בְּדָפַק כְּדֶרֶךְ הָרוֹפֵא לֵידַע בּוֹ מִן עִנְייְנֵי הַנֶּפֶשׁ. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד אָמְרוּ הַב לִי יָדְךָ עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בַּפָּסוּק (תְּהִלִּים מא, ד) ה' יִסְעָדֶנּוּ עַל עֶרֶשׂ דְּוָי, כִּי ה'יו"ד' שֶׁהוּא סוֹד חָכְמָה נֶהֶפְכָה לוֹ לְאוֹתִיּוֹת 'דְּוָי', וְעַל זֶה כְּתִיב (שָׁם) כָּל מִשְׁכָּבוֹ הָפַכְתָּ בְחָלְיוֹ, עַיֵּין שָׁם, וְכָאן כְּשֶׁאָמַר לוֹ הַב לִי יָדֶךָ כִּיוֵּן בְּתֵיבַת יָדְךָ לַהֲפֹוךְ לוֹ דְּוַי לְאוֹתִיּוֹת יוֹ"ד, שֶׁהִיא נִרְמְזָה בְּמַשְׁמָעוּת יָדְךָ, כִּי יָדְךָ הַיְינוּ רְצוֹנוֹ לוֹמַר ' יוד"ך ', וּבָזֶה סָר הַדְּוָי וְאוֹקְמֵיהּ. גַּם כִּיוֵּן בְּאוֹמְרוֹ הַב לִי יָדְךָ כִּי בְּשֵׁם יָד נִרְמְזוּ אַרְבָּעָה יודי"ן, דְּשֵׁם ע"ב לְהַמְשִׁיךְ לוֹ חַיִּים מֵהֶם לְאַרְבָּעָה יְסוֹדוֹת שֶׁבְּגוּפוֹ, שֶׁנּוֹצְרוּ בְּאַרְבָּעִים יוֹם, כְּמִנְיַן עֲשָׂרָה יודי"ן, וְנִרְמָז בְּשֵׁם יָד שֶׁהוּא ד' יוּ"ד, וְלָכֵן רָצָה שֶׁיִּתֵּן לוֹ יָדוֹ כְּדֵי לַעֲשׂוֹת כַּוָּנָה הַנִּזְכָּר. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד דְּאָמַר לוֹ הַב לִי יָדְךָ כִּי בְּכָל יָד יֵשׁ י"ז פְּרָקִים מִן הַכָּתֵף עַד סוֹף הָאֶצְבָּעוֹת, כְּמִנְיַן טוֹב, וּבָזֶה פֵּירַשְׁתִּי בס"ד רֶמֶז נָכוֹן שֶׁעָשָׂה הקב"ה כֵּן לְהוֹרוֹת לְאָדָם שֶׁיַּעֲשֶׂה בְּיָדָיו מַעֲשֶׂה טוֹב, כִּי כָּל מַעֲשֶׂה תִּתְיַיחֵס לַיָּדַיִם, וְהִנֵּה כָּאן אֲחָזוֹ שְׁתֵּי יָדַיִם בִּשְׁתֵּי יָדַיִם, נַעֲשָׂה כָּאן אֶצְלָם ד' פְּעָמִים טו"ב, כִּיוֵּן בָּזֶה לְעוֹרֵר עַתָּה זְכוּת עֵסֶק הַתּוֹרָה שֶׁעָסַק בָּהּ בְּאַרְבַּע חִלְקִיָּה שֶׁנִּקְרָאִים פַּרְדֵּ"ס, וְכָל חֵלֶק נִקְרָא טוֹב, כְּדִכְתִיב (מִשְׁלֵי ד' ב') כִּי לֶקַח טוֹב נָתַתִּי לָכֶם, ו ד' פְּעָמִים טוֹב [17] מִסֵּפֶר חַיִּים [68] , וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי מַאֲמָר (אָבוֹת פֶּרֶק ו' מִשְׁנָה ז') גְּדוֹלָה תּוֹרָה שֶׁהִיא נוֹתֶנֶת חַיִּים לְעֹשֶׂיהָ, וְגַם מַאֲמָר (שָׁם פֶּרֶק ב' מִשְׁנָה ח') מַרְבֶּה תוֹרָה מַרְבֶּה חַיִּים וּכְמוֹ שֶׁכָּתַבְתִּי בס"ד בְּבֵיאוּרֵי הַשֵּׁנִי עַל מַסֶּכֶת אָבוֹת, וְעַתָּה בְּפֹועַל דִּמְיוֹנִי זֶה שֶׁעָשָׂה בְּחִיבּוּר אַרְבָּעָה יָדַיִם שֶׁהֵם ד' פְּעָמִים טו"ב כִּיוֵּן לְעוֹרֵר לוֹ זְכוּת הַתּוֹרָה בְּאַרְבָּעָה חִלְקִיָּה וּלְהַמְשִׁיךְ לוֹ חַיִּים שֶׁהֵם ד"פ טוֹב. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁכָּתַבְתִּי בְּסִפְרֵי הַקָּטָן אַדֶּרֶת אֵלִיָּהוּ פָּרָשַׁת בְּרֵאשִׁית עַל פָּסוּק (בְּרֵאשִׁית ג, כב) וְעַתָּה פֶּן יִשְׁלַח יָדוֹ וְלָקַח גַּם מֵעֵץ הַחַיִּים, הַקְדָּמָה בְּשֵׁם בַּעַל עֲשָׂרָה מַאֲמָרוֹת זַ"ל, שֶׁאָדָם הָרִאשׁוֹן כְּשֶׁאָכַל מֵעֵץ הַדַּעַת טוֹב וְרַע הַזְּרוֹעוֹת שֶׁלּוֹ לֹא הָיוּ בְּאוֹתָהּ עֵצָה, דְּלָא כְּתִיב 'לְקִיחָה' בָּאָדָם, אֶלָּא 'אֲכִילָה' בִּלְבַד וְלֹא יוֹתֵר, כִּי לֹא רָצוּ הַזְּרוֹעוֹת לְהִתְפַּשֵּׁט, וְלֹא הַיָּדַיִם לְהִתְפַּתֵּחַ, וְהָאֶצְבָּעוֹת לִיגַע בְּאוֹתוֹ פְּרִי, וְלָזֶה אָמַר אֵין הַקב"ה מֵבִיא תַּקָּלָה עַל 'יָדִי' צַדִּיקִים, יָדִי דַּיְיקָא, וְזֶהוּ הַטַּעַם שֶׁהַכֹּהֲנִים כְּשֶׁמְּבָרְכִין אֶת יִשְׂרָאֵל נוֹשְׂאִין כַּפֵּיהֶם, כִּי הַיָּדַיִם הֵם מְסֻוגָּלִים וּמְזֻומָּנִים לִבְרָכָה שֶׁהֵם לֹא חָטְאוּ וְיָבֹא זַכַּאי וְכוּ' עַד כָּאן דְּבָרָיו. וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד שָׁם פָּסוּק (תְּהִלִּים צ, יז) וַיְהִי נֹעַם אֵד' אֱ-לֹהֵינוּ עָלֵינוּ וּמַעֲשֵׂה יָדֵינוּ כּוֹנְנָה עָלֵינוּ וּמַעֲשֵׂה יָדֵינוּ כּוֹנְנֵהוּ, 'יָדֵינוּ' דַּיְיקָא, שֶׁלֹּא חָטְאוּ וְלָכֵן כּוֹנְנָה עָלֵינוּ, וְעוֹד פֵּרַשְׁתִּי בָּזֶה יְעֻויַּן שָׁם, וְלָכֵן כָּאן שֶׁבָּא לְכַוֵּין לִמְשֹׁוךְ לוֹ אוֹר הַחַיִּים מִמָּקוֹם עֶלְיוֹן, לְהַצִּילוֹ מִן הַמָּוֶת שֶׁנַּעֲשָׂה וְנִגְזַר עַל יְדֵי חֵטְא אָדָם הָרִאשׁוֹן, לְכָךְ עָשָׂה לוֹ הַמְשָׁכָה זוֹ עַל יְדֵי הַיָּדַיִם שֶׁהֵם זַכָּאִים בְּחֵטְא אָדָם הָרִאשׁוֹן, וּכְבָר נוֹדַע מַה שֶּׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל, שֶׁכִּיוֵּן בְּשֵׁם קָדוֹשׁ בַּזְּמַן שֶׁאָמַר לוֹ הַב לִי יָדְךָ, כְּדֵי לַהֲקִימוֹ. וְהִנֵּה בְּהַקְדָּמָה זוֹ יוּבָן בס"ד טַעַם נָכוֹן לְמַאֲמַר רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל שֶׁאָמְרוּ 'כָּל הַמָּרִים יָד עַל חֲבֵירוֹ רָאוּי לִקְבוּרָה', שֶׁנֶּאֱמַר (וְאִיּוֹב כב, ח) אִישׁ זְרוֹעַ לוֹ הָאָרֶץ, וְהַיְינוּ טַעְמָא כִּי מִסִּיבַּת חֵטְא אָדָם הָרִאשׁוֹן בְּעֵץ הַדַּעַת נִמְשָׁךְ מִיתָה וּקְבוּרָה, אַךְ הַיָּדַיִם לֹא הָיָה לָהֶם חֵלֶק בְּסִיבָּה זוֹ, וְלָכֵן זֶה הָאִישׁ אֲשֶׁר מֵרִים יָדוֹ בְּאִיסּוּר וּמְקַלְקֵל אוֹתָם, יִתְעוֹרֵר עָלָיו דִּין מִיתָה וּקְבוּרָה, אֲשֶׁר הַיָּדַיִם לֹא הָיָה לָהֶם חֵלֶק בְּסִיבַּת קִלְקוּל זֶה, וְעַתָּה זֶה מְקַלְקְלָם בַּהֲרִימוֹ אוֹתָם עַל חֲבֵירוֹ, וּבָזֶה נִיחָא נָמֵי מַה שֶּׁאָמַר לוֹ הַב לִי יָדְךָ מִטַּעַם אַחֵר, וְהַיְינוּ כִּי רָצָה לְעוֹרֵר עָלָיו זְכוּת טָהֳרַת הַיָּדַיִם שֶׁלּוֹ, דְּיָדַע בֵּיהּ שֶׁהוּא טָהוֹר בָּזֶה שֶׁלֹּא חָטָא כָּל יָמָיו בַּהֲרָמַת יָד הַמְחַיֶּיבֶת מִיתָה וּקְבוּרָה לָאָדָם. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד מַה שֶּׁאָמַר לוֹ הַב לִי יָדְךָ, שֶׁרָצָה עַתָּה לְעוֹרֵר זְכוּת אַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה אִישׁ הַחֶסֶד הַנִּקְרָא 'יָדֶיךָ' וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ תָּם זַ"ל בְּשַׁבָּת וּבִמְנָחוֹת דִּידִי נֶאֱמַר עַל אַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה, וְכֵן מְפֹורָשׁ בְּמִדְרַשׁ אֵיכָה שֶׁאָמַר לוֹ הקב"ה, מַה לִּידִידִי בְּבֵיתִי, וְכֵן דָּרְשׁוּ עוֹד רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בַּת יָדִיד, בֵּיתוֹ שֶׁל אַבְרָהָם שֶׁנִּקְרָא יָדִיד, גַּם מָצִינוּ עוֹד שֶׁנִּקְרָא יִצְחָק גַּם כֵּן יָדִיד, וְעָלָיו אוֹמְרִים בְּבִרְכַּת הַמִּילָה אֲשֶׁר קִדֵּשׁ יָדִיד מִבֶּטֶן וְחֹק בִּשְׁאֵרוֹ שָׂם וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב רַשִׁ"י זַ"ל בְּשַׁבָּת, וְכֵן אִיתָא בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ פָּרָשַׁת לֵךְ לְךָ דְּיִצְחָק נִקְרָא 'יָדִיד' עַייֵּן שָׁם. נִמְצָא אַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה וְיִצְחָק אָבִינוּ ע"ה כָּל אֶחָד נִקְרָא יָדִיד, לָכֵן אָמַר לוֹ הַב לִי יָדְךָ שֶׁנַּעֲשֵׂית יַד יָמִין בְּיַד שְׂמֹאל, הֲרֵי צֵירוּף יָדִיד בִּשְׁתֵּי יָדַיִם, וְכֵן יַד שְׂמֹאל בְּיַד יָמִין, הֲרֵי צֵירוּף יָדִיד בִּשְׁתֵּי יָדַיִם וְנַעֲשָׂה ב' פְּעָמִים לְעוֹרֵר זְכוּת אַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה וּזְכוּת יִצְחָק אָבִינוּ ע"ה שֶׁהֵם חֶסֶד וּגְבוּרָה, וְהִמְשִׁיךְ לוֹ אוֹר הַחַיִּים בִּזְכוּתָם.
« Ces souffrances te sont-elles chères ? Il lui répondit : ni elles ni leur récompense. Il lui dit : donne-moi ta main ; il lui donna sa main, et il le releva. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'on sait que la maladie vient des rigueurs (dinim) qui n'ont pas été adoucies, et l'on sait que les rigueurs relèvent du côté gauche et s'adoucissent par les bontés (hassadim), qui sont à droite : les cinq doigts de la main droite renvoient aux cinq hassadim, et les cinq doigts de la main gauche aux cinq guevourot. C'est pourquoi il se plaça face à lui, visage contre visage, pour former l'intention d'adoucir les guevourot par les hassadim. Il lui dit : donne-moi ta main ; ainsi la gauche de Rabbi Yo'hanan se trouva dans la droite de Rabbi Hiya, et la gauche de Rabbi Hiya dans la droite de Rabbi Yo'hanan. Alors, par l'intention d'adoucissement qu'il forma dans les racines d'en haut au moyen de cet acte figuratif accompli avec les mains, les rigueurs furent adoucies, la maladie s'écarta, et il le releva. Le Talmud objecte : que Rabbi Yo'hanan se relève lui-même, c'est-à-dire qu'il forme seul, par lui-même, cette intention d'adoucissement, dans l'acte figuratif de ses propres mains, puisqu'il a lui aussi une droite et une gauche, qu'il place l'une contre l'autre et y dirige son intention ; et l'on répond : le prisonnier ne se libère pas, etc. Dans mon petit ouvrage Birkat Avot, j'ai rapporté les propos du Maharhav de mémoire bénie, au Chaar Roua'h HaKodech, où il écrit à propos de notre maître le Ari de mémoire bénie qu'il connaissait, d'après le pouls d'un homme, la maladie de son âme et la faute qu'il avait commise ; j'ai expliqué par là, avec l'aide du Ciel, l'énoncé du tana « quiconque fait mériter le public, aucune faute ne survient par lui », vois-le là-bas. Cette introduction éclaire aussi très bien notre énoncé ici : il lui dit donne-moi ta main, parce qu'il voulait examiner le pouls à la manière du médecin, pour y connaître l'état de l'âme. Il me semble encore possible, avec l'aide du Ciel, d'expliquer autrement le « donne-moi ta main », d'après ce qu'a écrit notre maître le Ari de mémoire bénie sur le verset (Psaumes 41, 4) « ה' le soutiendra sur le lit de douleur (devaï) » : le youd, qui est le secret de la 'hokhma, s'est retourné pour lui en les lettres de devaï ; à ce sujet il est écrit (ibid.) « toute sa couche Tu l'as retournée dans sa maladie », vois-le là-bas. Ici, en lui disant donne-moi ta main (yadekha), il eut l'intention, par ce mot, de retourner pour lui devaï en les lettres youd-vav-dalet, qui sont suggérées dans le mot yadekha, car yadekha se lit youdekha ; ainsi la douleur s'écarta et il le releva. Il eut encore, en disant donne-moi ta main, l'intention suivante : dans le mot yad sont suggérés quatre youd du Nom de valeur soixante-douze, afin de faire descendre pour lui la vie à partir d'eux vers les quatre éléments de son corps, formés en quarante jours, ce qui correspond à dix youd ; et cela est suggéré dans le mot yad, qui vaut quatre fois youd. C'est pourquoi il voulut qu'il lui donne sa main, afin de former l'intention mentionnée. D'une autre façon encore, il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il lui dit donne-moi ta main parce que chaque main comporte dix-sept jointures depuis l'épaule jusqu'à l'extrémité des doigts, ce qui équivaut à la valeur du mot tov (bien) ; j'ai expliqué par là, avec l'aide du Ciel, que le Saint béni soit-Il en a disposé ainsi pour enseigner à l'homme de faire de ses mains une action bonne, car toute action se rapporte aux mains. Or ici deux mains en saisirent deux autres : il se fit chez eux quatre fois tov. Il eut par là l'intention d'éveiller le mérite de l'étude de la Torah, à laquelle il s'était applique dans ses quatre parties appelées PaRDeS, chaque partie étant appelée tov, ainsi qu'il est écrit (Proverbes 4, 2) « car je vous ai donné un bon enseignement » ; et quatre fois tov [17] font le compte de 'hayim, la vie [68]. J'ai expliqué par là l'énoncé (Avot 6, 7) « grande est la Torah, car elle donne la vie à ceux qui la pratiquent », ainsi que l'énoncé (ibid. 2, 8) « qui multiplie la Torah multiplie la vie », comme je l'ai écrit avec l'aide du Ciel dans mon second commentaire sur le traité Avot. Ainsi, par cet acte figuratif accompli en joignant quatre mains, qui font quatre fois tov, il eut l'intention d'éveiller pour lui le mérite de la Torah dans ses quatre parties et de faire descendre pour lui la vie, qui vaut quatre fois tov. D'une autre façon encore, il me semble, avec l'aide du Ciel, d'après ce que j'ai écrit dans mon petit ouvrage Aderet Eliyahou, section Berechit, sur le verset (Genèse 3, 22) « et maintenant, qu'il n'étende pas sa main et ne prenne aussi de l'arbre de vie » : j'y ai rapporté une introduction au nom de l'auteur des Assara Maamarot de mémoire bénie, selon laquelle, lorsque le premier homme mangea de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, ses bras ne furent pas partie à ce conseil, car il n'est pas écrit « prise » à propos de l'homme, mais seulement « manger » et rien de plus, car les bras ne voulurent pas s'étendre, ni les mains s'ouvrir, ni les doigts toucher ce fruit. C'est à ce sujet qu'il est dit « le Saint béni soit-Il n'amène pas de faute par les mains des justes », par les mains précisément. Et telle est la raison pour laquelle les cohanim, quand ils bénissent Israël, élèvent leurs paumes : les mains sont propres et prêtes à la bénédiction, car elles n'ont pas fauté, et que vienne l'innocent, etc. Fin de ses propos. J'ai expliqué par là, avec l'aide du Ciel, le verset (Psaumes 90, 17) « que la faveur de mon Seigneur notre D.ieu soit sur nous, et l'œuvre de nos mains affermis-la sur nous, et l'œuvre de nos mains affermis-la » : « nos mains » précisément, qui n'ont pas fauté, et c'est pourquoi « affermis-la sur nous » ; j'y ai encore donné une autre explication, vois-le là-bas. Ici donc, où il venait former l'intention d'attirer sur lui la lumière de la vie depuis un lieu élevé, pour le sauver de la mort qui fut décrétée par la faute du premier homme, il opéra cette attraction par les mains, qui sont innocentes de la faute du premier homme. Et l'on sait déjà ce qu'a écrit notre maître le Ari de mémoire bénie, qu'il eut l'intention d'un Nom saint au moment où il lui dit donne-moi ta main, afin de le relever. Cette introduction permet de comprendre, avec l'aide du Ciel, une bonne raison à l'énoncé de nos maîtres de mémoire bénie : « quiconque lève la main sur son compagnon mérite d'être enseveli », ainsi qu'il est dit (Job 22, 8) « l'homme du bras, à lui la terre ». La raison en est que la mort et la sépulture ont découle de la faute du premier homme à l'arbre de la connaissance, alors que les mains n'eurent aucune part à cette cause ; c'est pourquoi celui qui lève sa main de façon interdite et les corrompt éveille sur lui le jugement de mort et de sépulture, dont les mains n'avaient aucune part dans la cause, et voilà qu'il les corrompt en les levant sur son compagnon. On comprend ainsi encore, pour une autre raison, ce qu'il lui dit donne-moi ta main : il voulait éveiller sur lui le mérite de la pureté de ses mains, sachant de lui qu'il était pur en cela, n'ayant jamais de sa vie fauté en levant la main, ce qui rend l'homme passible de mort et de sépulture. D'une autre façon encore, il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'en lui disant donne-moi ta main il voulait alors éveiller le mérite d'Avraham notre père, que la paix soit sur lui, l'homme du 'hessed, appelé yedid, comme l'a écrit Rabbenou Tam de mémoire bénie dans Chabbat et dans Menahot, que yedid est dit d'Avraham notre père ; c'est explicite aussi dans le Midrach Eikha, où le Saint béni soit-Il dit « qu'a mon bien-aimé à faire dans ma maison », et nos maîtres de mémoire bénie ont encore exposé « la fille de yedid », la maison d'Avraham, appelé yedid. Nous trouvons aussi que Yits'hak est appelé yedid : on dit sur lui, dans la bénédiction de la circoncision, « qui a sanctifié le bien-aimé dès le sein et a inscrit la loi dans sa chair », comme l'a écrit Rachi de mémoire bénie dans Chabbat ; il en est de même dans le saint Zohar, section Lekh Lekha, où Yits'hak est appelé yedid, vois-le là-bas. Ainsi Avraham notre père et Yits'hak notre père, que la paix soit sur eux, sont appelés chacun yedid. C'est pourquoi il lui dit donne-moi ta main : la main droite se trouvant dans la main gauche, voilà la combinaison yedid formée par deux mains ; et de même la main gauche dans la main droite, voilà la combinaison yedid formée par deux mains. Cela fut fait deux fois, pour éveiller le mérite d'Avraham notre père et le mérite de Yits'hak notre père, qui sont 'hessed et guevoura, et il attira pour lui la lumière de la vie par leur mérite.
💡 Explication

Première des trois scènes construites sur le même dialogue. La question « ces souffrances te sont-elles chères » demande au malade s'il accepte ses souffrances comme une épreuve d'amour, ce qui lui vaudrait une récompense. La réponse renonce aux deux ensemble.

Le geste de la main opère le rétablissement. Le Talmud s'interrogera au segment 11 sur cette dépendance à l'égard d'un tiers.

11
רַבִּי יוֹחָנָן חַלָּשׁ. עַל לְגַבֵּיהּ רַבִּי חֲנִינָא. אֲמַר לֵיהּ: חֲבִיבִין עָלֶיךָ יִסּוּרִין? אֲמַר לֵיהּ: לֹא הֵן וְלֹא שְׂכָרָן. אֲמַר לֵיהּ: הַב לִי יָדְךָ. יְהַב לֵיהּ יָדֶיהָ, וְאוֹקְמֵיהּ.

Rabbi Yo'hanan tomba malade. Rabbi Hanina entra chez lui et lui dit : ces souffrances te sont-elles chères ?

Il lui répondit : ni elles ni leur récompense. Il lui dit : donne-moi ta main.

Il lui donna sa main, et il le releva.

💡 Explication

Le même dialogue, avec les rôles inversés : celui qui relevait est cette fois relevé. La reprise mot pour mot souligne que la formule vaut pour tous, quel que soit le rang de celui qui souffre.

12
אַמַּאי, לוֹקִים רַבִּי יוֹחָנָן לְנַפְשֵׁיהּ?

Pourquoi ? Que Rabbi Yo'hanan se relève lui-même !

13
אָמְרִי: אֵין חָבוּשׁ מַתִּיר עַצְמוֹ מִבֵּית הָאֲסוּרִים.

Ils ont dit : le prisonnier ne se libère pas lui-même de la maison d'arrêt.

💡 Explication

La réponse prend la forme d'une maxime. Celui qui est pris dans son propre enfermement n'a pas la distance nécessaire pour s'en sortir seul ; il lui faut quelqu'un du dehors. La règle s'applique à la maladie comme au reste.

🖼️ Schéma
Trois visites, une seule règle Le malade refuse les souffrances et leur récompense ; c'est le visiteur qui le relève. Seg. 9 Rabbi Hiya bar Abba malade Rabbi Yo'hanan le visite et le relève Seg. 10 Rabbi Yo'hanan malade Rabbi Hanina le visite et le relève Seg. 13-15 Rabbi Elazar malade Rabbi Yo'hanan le visite et le relève Question du Talmud (seg. 11) Rabbi Yo'hanan relève les autres : pourquoi ne se relève-t-il pas lui-même ? Réponse (seg. 12) Le prisonnier ne se libère pas lui-même de la maison d'arrêt.
Les trois visites et la règle qui en est tirée : le prisonnier ne se libère pas lui-même.
14
רַבִּי אֶלְעָזָר חַלָּשׁ. עַל לְגַבֵּיהּ רַבִּי יוֹחָנָן. חֲזָא דַּהֲוָה קָא גָּנֵי בְּבֵית אָפֵל. גַּלְיֵיהּ לִדְרָעֵיהּ וּנְפַל נְהוֹרָא. חַזְייֵהּ דַּהֲוָה קָא בָּכֵי רַבִּי אֶלְעָזָר. אֲמַר לֵיהּ: אַמַּאי קָא בָּכֵית? אִי מִשּׁוּם תּוֹרָה דְּלָא אַפֵּשְׁתְּ — שָׁנִינוּ: אֶחָד הַמַּרְבֶּה וְאֶחָד הַמַּמְעִיט, וּבִלְבַד שֶׁיְּכַוֵּין לִבּוֹ לַשָּׁמַיִם. וְאִי מִשּׁוּם מְזוֹנֵי — לֹא כָּל אָדָם זוֹכֶה לִשְׁתֵּי שֻׁלְחָנוֹת. וְאִי מִשּׁוּם בְּנֵי — דֵּין גַּרְמָא דַּעֲשִׂירָאָה בִּיר.

Rabbi Elazar tomba malade. Rabbi Yo'hanan entra chez lui.

Il vit qu'il était couché dans une maison obscure. Il découvrit son bras et une lumière se répandit.

Il vit que Rabbi Elazar pleurait. Il lui dit : pourquoi pleures-tu ?

Si c'est à cause de la Torah, que tu n'as pas étudiée autant que tu l'aurais voulu, nous avons appris : celui qui fait beaucoup et celui qui fait peu sont égaux, pourvu qu'il dirige son cœur vers le Ciel. Et si c'est à cause de la subsistance, tout homme ne mérite pas deux tables.

Et si c'est à cause des enfants, voici l'os de mon dixième fils.

📜 Rachi (5)
גַּלְיָיה ר' יוֹחָנָן לִדְרָעֵיהּ:
Il découvrit — Rabbi Yo'hanan découvrit son bras.
וְנָפַל נְהוֹרָא שֶׁהָיָה בְּשָׂרוֹ מַבְהִיק שֶׁיָּפֶה הָיָה מְאֹד כִּדְאָמְרִינַן בב"מ בְּהַשּׂוֹכֵר אֶת הַפּוֹעֲלִים (בּ"מ דַּף פד.):
Et une lumière se répandit — car sa chair resplendissait, tant il était beau, comme nous le disons dans Baba Metsia, au chapitre Hasokher et hapoalim (folio 84a).
אִי מִשּׁוּם תּוֹרָה שֶׁלֹּא לָמַדְתָּ הַרְבֵּה כִּרְצוֹנְךָ:
Si c'est à cause de la Torah — que tu n'as pas étudiée autant que tu l'aurais voulu.
אֶחָד הַמַּרְבֶּה וְאֶחָד הַמַּמְעִיט לְעִנְיַן קָרְבָּנוֹת שְׁנוּיָה בְּשִׁלְהֵי מְנָחוֹת (דַּף קי.) נֶאֱמַר בְּעוֹלַת בְּהֵמָה רֵיחַ נִיחוֹחַ וּבְמִנְחָה רֵיחַ נִיחוֹחַ לְלַמֶּדְךָ שֶׁאֶחָד הַמַּרְבֶּה וְכוּ':
Celui qui fait beaucoup et celui qui fait peu — cela est enseigné à propos des sacrifices, à la fin de Menahot (folio 110a) : il est dit de l'holocauste de bétail « odeur agréable », et de l'offrande de farine « odeur agréable », pour t'enseigner que celui qui fait beaucoup et celui qui fait peu, etc.
אִי מִשּׁוּם מְזוֹנֵי שֶׁאֵינְךָ עָשִׁיר:
Si c'est à cause de la subsistance — parce que tu n'es pas riche.
🗂️ Tossefot (1)
ה"ג לֹא כָּל אָדָם זוֹכֶה לִשְׁתֵּי שֻׁלְחָנוֹת אֲבָל אֵין לִגְרֹוס אֵין אָדָם זוֹכֶה דְּהָא כַּמָּה צַדִּיקִים זוֹכִין לִשְׁתֵּי שֻׁלְחָנוֹת כְּגוֹן רַבִּי וְכִדְאָמְרִינַן בְּפֶרֶק בָּתְרָא דְּהוֹרָיוֹת (דַּף י:):
Telle est la version : tout homme ne mérite pas deux tables — il ne faut pas lire « aucun homme ne mérite », car plusieurs justes obtiennent bien deux tables, comme Rabbi, ainsi que nous le disons au dernier chapitre de Horayot (folio 10b).
🪔 Ben Yehoyada (1)
חֲזָא דַּהֲוָה קָא גָּנֵי בְּבֵית אָפֵל, גַּלְיֵיהּ לִדְרָעֵיהּ וּנְפַל נְהוֹרָא. נִרְאֶה לִי בס"ד אֵין הַדָּבָר כִּפְשׁוּטוֹ, שֶׁהֵאִיר הַבַּיִת מִן יֹופִי בְּשָׂרוֹ שֶׁל רַבִּי יוֹחָנָן, דְּדָבָר יָדוּעַ הוּא אֲפִילּוּ מַרְגָּלִית וְאֶבֶן טוֹבָה זָכָה מְאֹד אֵין אוֹר יוֹצֵא מִמֶּנָּה, אֶלָּא אִם כֵּן תִּהְיֶה בִּמְקוֹם שֶׁמֶשׁ אוֹ אוֹר נֵר זָרָח עָלֶיהָ, אָז יוֹצֵא מִמֶּנָּה נִיצוֹצֵי אוֹר. אַךְ כַּוָּנַת הַמַּאֲמָר כָּאן הוּא, דְּיָדוּעַ שֶׁכָּל צַדִּיק יֵשׁ לוֹ מַלְבּוּשׁ אוֹר מַקִּיף הַסּוֹבֵב אוֹתוֹ עַל כָּל אֵיבָרָיו, וְאִם לֹא הָיָה חֵטְא אָדָם הָרִאשׁוֹן, הָיָה נִגְלֶה זֶה הַלְּבוּשׁ לְעֵינֵי הַכֹּל, כִּי כֵן הָיָה נִגְלֶה אֵצֶל אָדָם הָרִאשׁוֹן קֹודֶם הַחֵטְא שֶׁהָיָה לוֹ כֻּתֹּונֶת אוֹר , אַךְ עַל יְדֵי חֵטְא אָדָם הָרִאשׁוֹן נִתְעַלֵּם אוֹר מַלְבּוּשׁ זֶה מִלִּפְנֵי בְּנֵי אָדָם, וְעִם כָּל הַצַּדִּיקִים יְכוֹלִים לְגַלּוֹת אוֹר הַמַּלְבּוּשׁ הַזֶּה עַל יְדֵי כַּוָּנוֹת וְיִחוּדִים שֶׁיִּהְיֶה נִרְאֶה לְעֵינֵי אֲחֵרִים, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן מִילֵּא וְאַחַר אִישָּׁא בְּבֵיתָא, וְכֵן כָּאן אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִילֵּא וְנִתְגַּלָּה אַחַר הַמַּלְבּוּשׁ הָרוּחָנִי אֲשֶׁר עָלָיו, וְלָזֶה הַמַּלְבּוּשׁ מְכַנֶּה אוֹתוֹ בְּשֵׁם 'דִּרְעִיָּה', כִּי כֵן קוֹרִין לְשִׁרְיוֹן בִּלְשׁוֹן ערב"י בְּשֵׁם דיר"ע, אוֹ יֵשׁ לוֹמַר דִּרְעִיָּה עַל זְרוֹעוֹ, שֶׁהוּא לֹא גִּילָּה עַל יְדֵי כַּוָּנוֹתָיו כִּי אִם רַק חֵלֶק הַמַּלְבּוּשׁ אֲשֶׁר עַל זְרוֹעוֹ. וְשָׁאַל אוֹתוֹ אַמַּאי קָא בָּכֵית? וְהֵשִׁיב עַל הַאי שׁוּפְרָא דִּבְלִי, פֵּירוּשׁ כִּי רַבִּי חַייָּא הָיָה מְחַשֵּׁב וּמְצַייֵּר אוֹתָהּ שָׁעָה בְּדַעְתּוֹ כְּבוֹדוֹ שֶׁל הַגּוּף בָּעוֹלָם הַזֶּה, שֶׁיֵּשׁ לוֹ אוֹר גָּדוֹל כָּזֶה שֶׁמַּקִּיפוֹ וּמַלְבִּישׁ אוֹתוֹ בְּכָל יְמֵי חַיָּיו, וְאֵיךְ אַחַר כָּךְ כְּשֶׁיָּמוּת יִהְיֶה הַגּוּף טָמוּן בְּעָפָר וְתַחַת פְּאֵר אֵפֶר, כִּי בַּקֶּבֶר וַדַּאי יִסְתַּלֵּק מִמֶּנּוּ אוֹר הַמַּלְבּוּשׁ הַזֶּה, וְהֵשִׁיב לוֹ רַבִּי יוֹחָנָן אִין הָכִי נָמֵי, עַל זֹאת וַדַּאי רָאוּי שֶׁיִּבְכֶּה הָאָדָם, וּבָכֹה עִמּוֹ גַּם הוּא.
« Il vit qu'il était couché dans une maison obscure ; il découvrit son bras et une lumière se répandit. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la chose n'est pas à prendre au sens littéral, comme si la maison s'était éclairée par la beauté de la chair de Rabbi Yo'hanan, car il est notoire que même une perle ou une pierre précieuse très pure n'émettent aucune lumière, sauf si elles se trouvent au soleil ou si la lumière d'une bougie brille sur elles : alors seulement en sortent des étincelles de lumière. L'intention de l'énoncé est plutôt celle-ci : on sait que tout juste possède un vêtement de lumière qui l'entoure et enveloppe tous ses membres ; sans la faute du premier homme, ce vêtement aurait été visible aux yeux de tous, car il était visible chez le premier homme avant la faute, qui possédait une tunique de lumière. Par la faute du premier homme, la lumière de ce vêtement s'est dérobée aux regards des hommes ; pourtant, les justes peuvent dévoiler la lumière de ce vêtement, par des intentions et des unifications, de manière qu'elle soit vue par les yeux d'autrui, comme il est dit dans le saint Zohar : Rabbi Chimon dit une parole, et aussitôt un feu emplit la maison. Ainsi ici, Rabbi Yo'hanan dit une parole, et se dévoila le vêtement spirituel qui est sur lui ; ce vêtement, il le désigne du mot dareih, car on appelle en langue arabe la cuirasse dira ; ou bien l'on peut dire dareih au sens de son bras, car il ne dévoila par ses intentions que la portion du vêtement qui se trouve sur son bras. Il lui demanda : pourquoi pleures-tu ? Et il répondit : sur cette beauté qui pourrira. Cela veut dire que Rabbi Hiya se représentait alors en pensée l'honneur du corps en ce monde, qui possède une lumière si grande qui l'entoure et le revêt tous les jours de sa vie, et se demandait comment ensuite, à sa mort, le corps serait enfoui dans la terre, la cendre remplaçant la splendeur, car dans la tombe la lumière de ce vêtement se retire assurément de lui. Rabbi Yo'hanan lui répondit : il en est bien ainsi, sur cela l'homme a certes de quoi pleurer, et il pleura avec lui.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan énumère les trois motifs de chagrin qu'il suppose à son disciple et répond à chacun. Pour la Torah, il cite l'enseignement des sacrifices : la mesure importe moins que l'intention dirigée vers le Ciel. Pour la subsistance, il rappelle que peu d'hommes obtiennent les deux tables, celle de la richesse et celle de la Torah. Pour les enfants, il montre l'os de son dixième fils.

Tossefot fixe la version du texte : « tout homme ne mérite pas », et non « aucun homme ne mérite », puisque certains justes ont bien obtenu les deux tables.

15
אֲמַר לֵיהּ: לְהַאי שֻׁופְרָא דְּבָלֵי בְּעַפְרָא קָא בָּכֵינָא. אֲמַר לֵיהּ: עַל דָּא וַדַּאי קָא בָּכֵית, וּבָכוּ תַּרְוַיְיהוּ.

Il lui dit : c'est sur cette beauté qui pourrira dans la terre que je pleure. Il lui dit : sur cela, certes, tu as de quoi pleurer.

Et tous deux pleurèrent.

📜 Rachi (1)
עַל דָּא וַדַּאי קָא בָּכֵית עַל זֶה וַדַּאי יֵשׁ לְךָ לִבְכּוֹת:
Sur cela, certes, tu pleures — sur cela, certes, tu as de quoi pleurer.
💡 Explication

Rabbi Elazar écarte les trois hypothèses de son maître. Son chagrin porte sur la beauté même qui vient d'éclairer la pièce et que la terre effacera. Rabbi Yo'hanan approuve, et les deux hommes pleurent ensemble.

16
אַדְּהָכִי וְהָכִי אֲמַר לֵיהּ: חֲבִיבִין עָלֶיךָ יִסּוּרִין? אֲמַר לֵיהּ: לֹא הֵן וְלֹא שְׂכָרָן. אֲמַר לֵיהּ: הַב לִי יָדְךָ, יְהַב לֵיהּ יָדֶיהָ, וְאוֹקְמֵיהּ.

Sur ces entrefaites il lui dit : ces souffrances te sont-elles chères ? Il lui répondit : ni elles ni leur récompense.

Il lui dit : donne-moi ta main. Il lui donna sa main, et il le releva.

💡 Explication

Le dialogue se clôture par la formule des deux scènes précédentes, après le détour par la conversation sur la beauté et la mort.

17
רַב הוּנָא תְּקִיפוּ לֵיהּ אַרְבַּע מְאָה דַּנֵּי דְחַמְרָא. עַל לְגַבֵּיהּ רַב יְהוּדָה אֲחוּהּ דְּרַב סַלָּא חֲסִידָא וְרַבָּנַן, וְאָמְרִי לַהּ רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה וְרַבָּנַן, וְאָמְרוּ לֵיהּ: לְעַיֵּין מַר בְּמִילֵּיהּ. אֲמַר לְהוּ: וּמִי חֲשִׁידְנָא בְּעֵינַיְיכוּ? אָמְרוּ לֵיהּ: מִי חֲשִׁיד קֻודְשָׁא בְּרִיךְ הוּא דְּעָבֵיד דִּינָא בְּלָא דִּינָא?!

Quatre cents jarres de vin de Rav Houna tournèrent au vinaigre. Rav Yehouda, frère de Rav Sala le Hassid, entra chez lui avec les Sages — et certains disent : Rav Ada bar Ahava avec les Sages — et ils lui dirent : que le maître examine ses actes.

Il leur dit : suis-je suspect à vos yeux ? Ils lui dirent : le Saint béni soit-Il est-il suspect de rendre un jugement sans motif de jugement ?!

📜 Rachi (3)
תַּקִּיפוּ הֶחְמִיצוּ:
Elles tournèrent — elles s'aigrirent.
דָּנֵי חָבִיּוֹת:
Danei — des jarres.
לִיעַייֵּן מַר בְּמִילֵּיהּ יְפַשְׁפֵּשׁ בְּמַעֲשָׂיו:
Que le maître examine ses affaires — qu'il scrute ses actes.
🗂️ Tossefot (1)
דִּינָא בְּלֹא דִּינָא הַרְבֵּה צַדִּיקִים יֵשׁ שֶׁלּוֹקִין בְּגוּפָם וּבְמָמוֹנָם אֶלָּא הֵם הָיוּ יוֹדְעִים שֶׁלֹּא הָיָה נוֹתֵן שַׁבִּישָׁא לַאֲרִיסֶיהָ וְהָיוּ רוֹצִים לִרְמֹוז לוֹ שֶׁלֹּא יַעֲשֶׂה עוֹד:
Un jugement sans motif de jugement — il est bien des justes qui sont frappés dans leur corps et dans leurs biens ; mais eux savaient qu'il ne donnait pas les sarments à son métayer, et ils voulaient le lui faire entendre pour qu'il ne recommence pas.
🪔 Ben Yehoyada (2)
רַב הוּנָא תְּקִיפוּ לֵיהּ אַרְבַּע מְאָה דַּנֵּי דְחַמְרָא. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁהֶחְמִיצוּ כָּל ת' דָּנֵי כֻּולָּהּ, כִּי הַקְּלִיפָּה נִקְרֵאת רַע עַיִן, וְכַאֲשֶׁר רוֹאֶה עֹושֶׁר אֵצֶל תַּלְמִיד חָכָם רָעָה עֵינֶיהָ בּוֹ, וּלְכָךְ אִם תִּמְצָא בּוֹ נִדְנוּד חֵטְא בְּעִנְיַן מָמוֹן, תְּקַטְרֵג עָלָיו מֵחֲמַת רָעוֹת עֵינֶיהָ בְּמָמוֹנוֹ, וּלְכָךְ אַתְקוּף כָּל ת' דָּנִין כְּמִנְיַן רַע עַיִן, וְאַחַר שֶׁהוֹכִיחוּ אוֹתוֹ וְנַעֲשָׂה אִישׁ מַשְׂכִּיל לִהְיוֹת מוֹדֶה עַל הָאֱמֶת, אָז בְּמִסְפַּר מִשֶּׁכִי"ל [400] שֶׁהוּא ת' דָּחָה ר"ע עַיִ"ן [400] דִּקְלִיפָּה שֶׁהוּא מִסְפַּר ת' ודו"ק. וְהָא דְּנַעֲשָׂה הַנֶּזֶק בְּאֹופֶן זֶה שֶׁהֶחְמִיץ הַיַּיִן וְלֹא בְּאֹופֶן אַחֵר, נִרְאֶה לִי בס"ד כִּי חֹומֶץ [144] מִסִּפְרוֹ חָלוּק [144] , עָשׂוּ לוֹ רֶמֶז מִן הַשָּׁמַיִם בָּזֶה, שֶׁאָמְרוּ לוֹ חָלוּק עִם הָאָרִיס וְלֹא תִּקַּח הַכֹּל, גַּם נִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁעָשׂוּ לוֹ הַנֶּזֶק בְּאֹופֶן זֶה, וְלֹא עָשׂוּ בְּאֹופֶן שֶׁיִּהְיֶה נִשְׁפַּךְ מִן הַיַּיִן כְּשִׁיעוּר הֶפְסֵד זֶה, הַייְנוּ רָמְזוּ לוֹ שֶׁאִם תַּחֲזֹור בְּךָ, גַּם הַחֹומֶץ יַחֲזֹור לִהְיוֹת יַיִן, מַה שֶׁאֵין כֵּן אִם הָיָה נִשְׁפַּךְ, וּבְתֵירוּץ הָרִאשׁוֹן שֶׁכָּתַבְתִּי בס"ד שֶׁנַּעֲשָׂה חֹומֶץ לוֹמַר לוֹ חָלוּק, הִנֵּה בָּזֶה יוּבָן בס"ד שַׁפִּיר מַה שֶׁאָמְרוּ לוֹ חֲכָמִים לְעַיֵּין מַר בְּמִילֵּיהּ, כְּלוֹמַר בְּשֵׁם הַדָּבָר שֶׁל הַהֶזֵּק שֶׁנַּעֲשָׂה לְךָ שֶׁהוּא אוֹתִיּוֹת חֹומֶץ מָה רוֹמְזִים לְךָ, בָּהֶם, וְעַל זֶה אָמְרוּ שִׂיחַת תַּלְמוּד חָכָם צְרִיכָה תַּלְמוּד.
« Quatre cents jarres de vin de Rav Houna tournèrent. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison pour laquelle les quatre cents jarres s'aigrirent toutes est la suivante : la kelipa est appelée « œil mauvais » (ra ayin), et quand elle voit la richesse chez un talmid 'hakham, son œil est mauvais à son égard ; c'est pourquoi, si elle trouve chez lui un soupçon de faute en matière d'argent, elle l'accuse par la malveillance de son œil envers ses biens. Aussi quatre cents jarres tournèrent-elles, ce qui équivaut à la valeur de ra ayin ; et après qu'ils l'eurent repris et qu'il fut devenu un homme avisé (maskil) pour reconnaître la vérité, alors le compte de maskil [400], qui vaut quatre cents, repoussa le ra ayin [400] de la kelipa, qui vaut aussi quatre cents ; comprends-le bien. Quant à la raison pour laquelle le dommage prit cette forme, le vin s'aigrissant plutôt qu'autre chose, il me semble, avec l'aide du Ciel, que homets (vinaigre) [144] a la même valeur que halok (partage) [144] : on lui fit du Ciel une allusion, en lui disant partage avec le métayer et ne prends pas tout. Il me semble aussi, avec l'aide du Ciel, que le dommage prit cette forme plutôt que celle d'un vin répandu pour une perte équivalente, afin de lui faire entendre que s'il revenait sur sa conduite, le vinaigre lui-même redeviendrait du vin, ce qui n'aurait pas été possible s'il s'était répandu. Selon la première explication que j'ai donnée avec l'aide du Ciel, selon laquelle il devint vinaigre pour lui dire « partage », on comprend fort bien, avec l'aide du Ciel, ce que les Sages lui dirent : que le maître examine ses paroles, c'est-à-dire : dans le nom même du dommage qui t'a été fait, dont les lettres sont celles de homets, que t'indiquent-elles ? À ce propos on a dit que la conversation des talmidei hakhamim demande étude.
וְאָמְרוּ לֵיהּ: לִיעַיֵּין מַר בְּמִילֵּיהּ. מַקְשִׁים לָמָּה לֹא אָמְרוּ לוֹ בְּעֻובְדּוֹי, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ לְעֵיל יְפַשְׁפֵּשׁ בְּמַעֲשָׂיו, כִּי מִילֵּיהּ מַשְׁמַע יוֹתֵר עַל דְּבָרִים וַאֲמִירָה, וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי מַאֲמַר יְפַשְׁפֵּשׁ בְּמַעֲשָׂיו דִּלְעֵיל אִתְּמַר מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב הוּנָא עַצְמוֹ, וְלָכֵן מִשּׁוּם שׁוּרַת דֶּרֶךְ אֶרֶץ לֹא אָמְרוּ לוֹ יְפַשְׁפֵּשׁ בְּמַעֲשָׂיו, אֶלָּא אָמְרוּ לוֹ לִיעַיֵּין מַר בְּמִילֵּיהּ, רְצוֹנוֹ לוֹמַר בִּדְבָרִים שֶׁחִידֵּשׁ וְדָרַשׁ מַר, וְכֵיוָן שֶׁרָאָה דְּאָמְרוּ לוֹ כֵּן בְּעֵת יִסּוּרִין שֶׁלּוֹ, הֵבִין כַּוָּנָתָם לוֹמַר לוֹ שֶׁיִּזְכֹּור אוֹתָם הַדְּבָרִים אֲשֶׁר דָּרַשׁ הוּא בְּהַאי עִנְייָנָא. וְהוּא מַה שֶׁאָמְרוּ לְעֵיל, אִם רוֹאֶה אָדָם שֶׁיִּסּוּרִין בָּאִין עָלָיו, יְפַשְׁפֵּשׁ בְּמַעֲשָׂיו, וְהֵשִׁיב וּמִי חֲשִׁידְנָא בְּעֵינַיְכוּ, שֶׁלֹּא שַׂמְתִּי לִבִּי עַד עַתָּה לְאוֹתָם הַדְּבָרִים שֶׁאֲנִי דָּרַשְׁתִּי וְהִזְהַרְתִּי בָּהֶם, כִּי בְּוַדַּאי פִּשְׁפַּשְׁתִּי, אֶלָּא שֶׁפִּשְׁפַּשְׁתִּי וְלֹא מָצָאתִי, וְהֵשִׁיבוּ לוֹ וּמִי חֲשִׁיד קֻודְשָׁא בְּרִיךְ הוּא דְּעָבֵיד דִּינָא בְּלָא דִּינָא?! וּכְבָר הָרִי"ף זַ"ל דִּקְדֵּק דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר 'דַּעֲבִיד בְּלֹא דִּינָא', וְלָמָּה הֶאֱרִיכוּ לָשׁוֹן לוֹמַר דְּעָבֵיד דִּינָא בְּלָא דִּינָא, יְעֻויַּן שָׁם, וּלְפִי דַּרְכֵּינוּ נְייַשֵּׁב בס"ד דִּקְדּוּק זֶה שַׁפִּיר, וְהוּא דְּקָשֶׁה בֶּאֱמֶת אֵיךְ חֲשָׁדוּהוּ שֶׁלֹּא פִּשְׁפָּשׁ, וְדִילְמָא פִּשְׁפָּשׁ וְלֹא מָצָא, וְאֵלּוּ הֵן יִסּוּרִין שֶׁל אַהֲבָה וְכַנִּזְכָּר לְעֵיל, אַךְ נִרְאֶה לִי בס"ד דְּסָבְרִי רַבָּנָן כָּל הֶפְסֵד מָמוֹן אֵינוֹ מִיִּסּוּרִין שֶׁל אַהֲבָה , יַעַן כִּי זֶה מַגִּיעַ גַּם לְבָנָיו וּבְנֵי בֵּיתוֹ שֶׁעַל יְדֵי כָּךְ תִּתְמַעֵט פַּרְנָסָתָם, וְעוֹד נוֹגֵעַ גַּם לַעֲנִיֵּי יִשְׂרָאֵל, שֶׁעַל יְדֵי הַפְסָדוֹתָיו לֹא יוּכַל לִיתֵּן צְדָקָה בְּהַרְווָחָה כְּמִנְהָגוֹ, וְדָבָר זֶה יִדְמֶה לְמַה שֶׁאָמְרוּ לְעֵיל, אֵיזֶה יִסּוּרִין שֶׁל אַהֲבָה כָּל שֶׁאֵין בָּהֶם בִּיטּוּל תְּפִלָּה, וְיָדוּעַ צְדָקָה גְּדוֹלָה מִתְּפִלָּה, וְלָכֵן כֵּיוָן שֶׁרָאוּ שֶׁהָיָה לוֹ הֶפְסֵד גָּדוֹל בְּמָמוֹנוֹ הוֹכִיחוּ דְּאֵין אֵלּוּ יִסּוּרִין שֶׁל אַהֲבָה, וּבֶאֱמֶת אָמְרוּ יִסּוּרִין שֶׁל אַהֲבָה אֵינָם נִקְרָאִים דִּינָא, אֶלָּא הֵם טוֹבָה וְחֶסֶד, יַעַן כִּי הקב"ה שְׁלָחָם לָזֶה הַצַּדִּיק בְּמִידַּת חַסְדּוֹ לְהַרְבּוֹת לוֹ שְׂכָרוֹ, וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב רַשִׁ"י זַ"ל לְעֵיל, וְרַק אוֹתָם יִסּוּרִין הַבָּאִים עַל עָוֹן נִקְרָאִים דִּינָא. וְלָזֶה אָמְרוּ לוֹ לָא חֲשִׁיד קֻודְשָׁא בְּרִיךְ הוּא דְּעָבֵיד דִּינָא בְּלָא דִּינָא, פֵּירוּשׁ לְדַעְתֵּינוּ אֵין אֵלּוּ יִסּוּרִין שֶׁל אַהֲבָה, כֵּיוָן שֶׁהֵם הֶפְסֵד מָמוֹן, וּלְכָךְ אֵלּוּ נִקְרָאִים דִּינָא וְלָא חֲשִׁיד קב"ה דַּעֲבִיד דִּינָא, דְּהַייְנוּ יִסּוּרִין הַבָּאִים בִּשְׁבִיל עָוֹן, דְּנִקְרָאִים דִּינָא עַל מָגֵן בְּלֹא דִּינָא, רְצוֹנוֹ לוֹמַר בְּלֹא עָוֹן, כִּי רַק יִסּוּרִין שֶׁל אַהֲבָה שֶׁאֵינָם בְּסוּג דִּינָא, אֵלּוּ בָּאִים בְּלֹא דִּינָא, כְּדֵי לְהַרְבּוֹת שְׂכָרוֹ שֶׁל הַמְקַבְּלָם, וְעַל כֵּן וַדַּאי לֹא פִּשְׁפַּשְׁתָּ הֵיטֵב, וְאָז הוֹדָה לְדִבְרֵיהֶם וְאָמַר לָהֶם אִין הָכִי נָמֵי, אִי אִיכָּא דְּשָׁמַע מִילְּתָא נֵימָא, כִּי אֲנִי עַתָּה אֵינֶנִּי מַרְגִּישׁ וְזוֹכֵר בְּאֵיזֶה עָוֹן.
« Ils lui dirent : que le maître examine ses paroles. » On demande pourquoi ils ne lui dirent pas « ses actes », comme on l'a dit plus haut « qu'il scrute ses actes », car milei se dit plutôt des paroles et de ce qui est énoncé. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'énoncé « qu'il scrute ses actes » rapporté plus haut a été dit au nom de Rav Houna lui-même ; c'est pourquoi, par égard pour les convenances, ils ne lui dirent pas « qu'il scrute ses actes », mais « que le maître examine ses paroles », c'est-à-dire les enseignements que le maître a innovés et exposés. Voyant qu'ils lui parlaient ainsi au temps de ses souffrances, il comprit leur intention : qu'il se souvienne des paroles qu'il avait lui-même exposées sur ce sujet, à savoir ce qui a été dit plus haut, que si un homme voit que des souffrances lui viennent, qu'il scrute ses actes. Il répondit : suis-je suspect à vos yeux, de n'avoir pas prêté attention jusqu'ici à ces paroles que j'ai moi-même exposées et sur lesquelles j'ai mis en garde ? J'ai certes scruté, mais j'ai scruté sans rien trouver. Ils lui répondirent : le Saint béni soit-Il est-il suspect de rendre un jugement sans motif de jugement ? Le Rif de mémoire bénie a déjà relevé qu'il aurait suffi de dire « de faire sans jugement », et l'on demande pourquoi ils ont allongé l'expression en disant « de rendre un jugement sans motif de jugement » ; vois-le là-bas. Selon notre voie, nous résoudrons bien cette difficulté, avec l'aide du Ciel. La difficulté est en vérité la suivante : comment l'ont-ils soupçonné de n'avoir pas scruté ? Peut-être avait-il scruté sans rien trouver, et il s'agissait de souffrances d'amour, comme mentionné plus haut. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que les maîtres tiennent que toute perte d'argent ne relève pas des souffrances d'amour, puisqu'elle atteint aussi ses fils et les gens de sa maison, dont la subsistance s'en trouve réduite, et qu'elle touche aussi les pauvres d'Israël, car par ses pertes il ne pourra plus donner la tsedaka avec largesse comme à son habitude. Cela ressemble à ce qui a été dit plus haut : quelles sont les souffrances d'amour ? Toutes celles qui n'entraînent pas l'annulation de la prière ; et l'on sait que la tsedaka est plus grande que la prière. Aussi, voyant qu'il avait subi une grande perte dans ses biens, ils établirent qu'il ne s'agissait pas de souffrances d'amour. Et en vérité les souffrances d'amour ne sont pas appelées dina (jugement) : elles sont bien et bonté, puisque le Saint béni soit-Il les envoie à ce juste par la mesure de sa bonté, pour accroître sa récompense, comme l'a écrit Rachi de mémoire bénie plus haut ; seules les souffrances qui viennent pour une faute sont appelées dina. C'est pourquoi ils lui dirent : le Saint béni soit-Il n'est pas suspect de rendre un jugement sans motif de jugement, c'est-à-dire : à notre avis ce ne sont pas des souffrances d'amour, puisqu'il s'agit d'une perte d'argent, et elles sont donc appelées dina ; or le Saint béni soit-Il n'est pas suspect de rendre un jugement, c'est-à-dire des souffrances venues pour une faute, appelées dina, gratuitement, sans motif de jugement, c'est-à-dire sans faute, car seules les souffrances d'amour, qui ne relèvent pas de la catégorie du jugement, viennent sans motif de jugement, afin d'accroître la récompense de celui qui les reçoit. Aussi n'as-tu certainement pas bien scruté. Alors il reconnut leurs paroles et leur dit : il en est bien ainsi, s'il en est un qui a entendu quelque chose, qu'il le dise, car pour l'heure je ne perçois ni ne me souviens d'aucune faute.
💡 Explication

La perte est énorme et la visite prend la forme du principe énoncé en 5a : celui à qui viennent des souffrances doit scruter ses actes. Rav Houna entend la démarche comme une accusation.

La réplique des Sages retourne l'argument : refuser d'examiner ses actes revient à mettre en cause la justice divine. Tossefot précise que ces Sages connaissaient déjà le manquement précis et voulaient l'amener à le corriger.

18
אֲמַר לְהוּ: אִי אִיכָּא מַאן דִּשְׁמִיעַ עֲלַי מִלְּתָא — לֵימָא. אָמְרוּ לֵיהּ: הָכִי שֹׁמֵיעַ לָן, דְּלָא יָהֵיב מָר שְׁבִישָׁא לַאֲרִיסֵיהּ.

Il leur dit : s'il est quelqu'un qui a entendu dire quelque chose sur moi, qu'il le dise. Ils lui dirent : voici ce que nous avons entendu, que le maître ne donne pas à son métayer sa part de sarments.

📜 Rachi (2)
אִי אִיכָּא דִּשְׁמִיעַ עֲלַי מִילְּתָא לֵימָא אִם יֵשׁ בָּכֶם שֶׁשָּׁמַע עָלַי דָּבָר שֶׁאֲנִי צָרִיךְ לַחֲזֹור בִּי יוֹדִיעֵנִי:
S'il en est un qui a entendu quelque chose sur moi, qu'il le dise — s'il se trouve parmi vous quelqu'un qui a entendu à mon sujet une chose dont je doive revenir, qu'il me le fasse savoir.
שַׁבִּישָׁא חָלְקוּ בִּזְמוֹרוֹת הַגֶּפֶן שֶׁחוֹתְכִין מֵהֶן בִּשְׁעַת הַזָּמִיר וּתְנַן (בב"מ דַּף קג.) כְּשֵׁם שֶׁחוֹלְקִין בַּיַּיִן כָּךְ חוֹלְקִין בַּזְּמוֹרוֹת וּבַקָּנִים. שְׂרִיגִים מְתַרְגְּמִינַן שִׁבְשִׁין (בְּרֵאשִׁית מ):
Chevicha — sa part des sarments de la vigne, que l'on coupe au moment de la taille. Nous avons appris (Baba Metsia 103a) : de même que l'on partage le vin, ainsi partage-t-on les sarments et les échalas. Nous traduisons sarigim (Genèse 40) par chevachin.
💡 Explication

Rav Houna accepte la démarche et demande qu'on lui nomme le manquement. Le grief est précis : le aris (métayer) travaille la vigne du propriétaire et reçoit une part de la récolte ; selon la michna de Baba Metsia citée par Rachi, cette part comprend aussi les chevachin, les sarments coupés au moment de la taille, qui ont une valeur propre.

19
אֲמַר לְהוּ: מִי קָא שָׁבֵיק לִי מִידֵּי מִינֵּיהּ? הָא קָא גָנֵיב לֵיהּ כֻּולֵּיהּ!

Il leur dit : m'en laisse-t-il seulement quelque chose ? Il me vole la totalité !

📜 Rachi (1)
מִי שָׁבֵיק לִי מִידֵּי מִינֵּיהּ וְכִי אֵינוֹ חָשׁוּד בְּעֵינֵיכֶם שֶׁהוּא גּוֹנֵב לִי הַרְבֵּה יוֹתֵר מֵחֶלְקוֹ:
M'en laisse-t-il quelque chose ? — et n'est-il pas suspect à vos yeux de me voler bien plus que sa part ?
💡 Explication

La défense de Rav Houna est une compensation : puisque le métayer détourne déjà la récolte entière, retenir les sarments revient à récupérer une partie du bien volé. Rachi souligne le retournement du soupçon : Rav Houna renvoie à ses visiteurs la question qu'ils lui posaient.

20
אָמְרוּ לֵיהּ: הַייְנוּ דְּאָמְרִי אִינָשֵׁי: ״בָּתַר גַּנָּבָא גְּנוֹב, וְטַעֲמָא טְעִים״. אֲמַר לְהוּ: קַבֵּילְנָא עָלַי דְּיָהֵיבְנָא לֵיהּ. אִיכָּא דְאָמְרִי: הֲדַר חַלָּא וַהֲוָה חַמְרָא. וְאִיכָּא דְּאָמְרִי: אִיַּיקַּר חַלָּא, וְאִיזְדַּבַּן בִּדְמֵי דְּחַמְרָא.

Ils lui dirent : c'est ce que les gens disent, « vole après le voleur, et tu goûtes toi aussi ». Il leur dit : je prends sur moi de lui donner.

Certains disent : le vinaigre redevint du vin. D'autres disent : le vinaigre renchérit et fut vendu au prix du vin.

📜 Rachi (1)
בָּתַר גַּנָּבָא גָּנוּב כו' הַגּוֹנֵב מִן הַגַּנָּב אַף הוּא טוֹעֵם טַעַם גְּנֵבָה:
Vole après le voleur, etc. — celui qui vole au voleur goûte lui aussi au goût du vol.
🪔 Ben Yehoyada (2)
הֲדַר חַלָּא וַהֲוָה חַמְרָא. נִרְאֶה לִי בס"ד נַעֲשָׂה לוֹ נֵס זֶה בִּזְכוּת לִימּוּד הַתּוֹרָה אַחַר שֶׁקִּבֵּל עָלָיו לִיתֵּן כְּמִשְׁפַּט הַתּוֹרָה, וְלָכֵן נֶחְסַר מִן מִסְפַּר חֹומֶץ [144] שֶׁהוּא קמ"ד כְּמִסְפַּר לָמֶ"ד [74] שֶׁהוּא ע"ד הָרוֹמֵז עַל לִימּוּד הַתּוֹרָה , וְנִשְׁאַר מִסְפַּר יַיִן [70] שֶׁהוּא שִׁבְעִים, וּלְכָךְ הַחֹומֶץ נַעֲשֶׂה יַיִן בְּפֹועַל, גַּם נִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁהַקִּלְקוּל הָיָה בְּאַרְבַּע מֵאָה דָּנֵי, שֶׁשָּׁלְטוּ בָּהֶם אַרְבַּע מֵאוֹת כּוֹחוֹת הַדִּינִים בְּסוֹד (בְּרֵאשִׁית לג, א) וְהִנֵּה עֵשָׂו בָּא וְעִמּוֹ אַרְבַּע מֵאוֹת אִישׁ, וְלָכֵן שָׁלְטוּ אַרְבַּע מֵאוֹת כּוֹחוֹת דִּינִין בְּאוֹתָם אַרְבַּע מֵאוֹת דָּנֵי דַּיְיקָא לַעֲשׂוֹתָם חֹומֶץ, וְעַתָּה בְּתִיקּוּן נִמְתְּקוּ הַדִּינִין שֶׁשָּׁלְטוּ בְּאוֹתָם דָּנֵי, וְנַעֲשׂוּ הַדָּנִי יַיִן טוֹב, ודו"ק.
« Le vinaigre redevint du vin. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que ce miracle lui fut accordé par le mérite de l'étude de la Torah, après qu'il eut pris sur lui de donner selon la loi de la Torah. C'est pourquoi il fut retranché du compte de homets [144], soit cent quarante-quatre, la valeur de lamed [74], soit soixante-quatorze, qui fait allusion à l'étude de la Torah, et il resta le compte de yayin, le vin [70], soit soixante-dix ; aussi le vinaigre devint-il effectivement du vin. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que la dégradation porta sur quatre cents jarres, sur lesquelles régnèrent quatre cents forces de rigueur, selon le secret du verset (Genèse 33, 1) « et voici, Essav venait, et avec lui quatre cents hommes » ; c'est pourquoi quatre cents forces de rigueur régnèrent précisément sur ces quatre cents jarres pour les changer en vinaigre. Maintenant, par la réparation, les rigueurs qui régnaient sur ces jarres furent adoucies, et les jarres devinrent du bon vin ; comprends-le bien.
וְאִיכָּא דְּאָמְרִי: אִיַּקַּר חַלָּא וְאִזְדְּבַן בִּדְמֵי דְחַמְרָא. מַקְשִׁים אֵיךְ נֶחֱלָקִים בִּמְצִיאוּת? וְנִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁשְּׁנֵי כִּתּוֹת אֵלֶּה שְׁנֵיהֶם שָׁמְעוּ דְּרַב הוּנָא מָכַר הֶחָבִית, כָּל אַחַת דֶּרֶךְ מָשָׁל אֶלֶף זוּזֵי, וּשְׁמוּעָה זוֹ הִיא אֱמֶת, וּשְׁנֵיהֶם יוֹדְעִים בְּבֵירוּר שֶׁזֶּה הָעֵרֶךְ הָיָה עֵרֶךְ הַיַּיִן, דְּלָא אֶפְשָׁר שֶׁיִּהְיֶה חֹומֶץ בְּאֶלֶף זוּז בְּשׁוּם זְמַן, וְלָכֵן כָּל אֶחָד מִשְּׁנֵי כִּיתּוֹת אֵלּוּ עָשָׂה מִדַּעְתּוֹ אֹופֶן שֶׁל הַנֵּס אֵיךְ הָיָה, וּפְלִיגִי בִּסְבָרָא, וְהוּא כִּי כַּת אַחַת סְבִירָא לֵיהּ וַדַּאי הַנֵּס נַעֲשָׂה בְּאֹופֶן זֶה שֶׁהַחֹומֶץ נֶהְפַּךְ לְיַיִן, וּלְכָךְ מָכַר הֶחָבִית בְּאֶלֶף זוּז, שֶׁזֶּה הוּא עֵרֶךְ הַיַּיִן, דְּאִם נֹאמַר הַנֵּס הָיָה שֶׁעוֹשֶׂה הקב"ה סִיבָּה שֶׁנִּצְרָךְ הָעוֹלָם בְּאוֹתוֹ זְמַן לַחֹומֶץ הַרְבֵּה, וְנִתְייַקֵּר וְנַעֲשָׂה לְפִי שָׁעָה כְּעֵרֶךְ הַיַּיִן, שֶׁנִּמְכְּרָה הֶחָבִית בְּאֶלֶף זוּז. אִם כֵּן נִמְצָא תּוֹעֶלֶת הַנִּזְכָּר לֹא נַעֲשָׂה לְרַב הוּנָא לְבַדּוֹ, אֶלָּא לְכָל בַּעֲלֵי הַחֹומֶץ, וּקְשָׁא לְמִסְבַּר כֵּן, דְּאִם רַב הוּנָא עָשׂוּ לוֹ נֵס לְהַשְׁלִים הִפְסִידוּ, שְׁאָר בְּנֵי אָדָם לָמָּה יַרְוִיחוּ עַל יְדֵי כָּךְ רִיוַּח גָּדוֹל לִמְכֹּור הַחֹומֶץ שֶׁלָּהֶם בְּעֵרֶךְ הַיַּיִן, וְעוֹד יֵשׁ דֹּוחַק גָּדוֹל בָּזֶה הָאֹופֶן, דִּלְפִי זֶה אֵין כָּאן הוֹכָחָה שֶׁנַּעֲשָׂה הַנֵּס לְרַב הוּנָא עַל אֲשֶׁר קִבֵּל לִיתֵּן לָאָרִיס חֶלְקוֹ, דְּיֵשׁ לִתְלוֹת דָּבָר זֶה בְּמִקְרֶה הַזְּמַן, וְלָכֵן מֵחֲמַת קֻושְׁיוֹת אֵלּוּ סְבִירָא לְהוּ שֶׁהַחֹומֶץ נֶהְפַּךְ לְיַיִן. אַךְ כַּת הַב' סְבִירָא דְּמֻוכְרָח אַתָּה לוֹמַר שֶׁהַנֵּס הָיָה בְּאֹופֶן זֶה שֶׁהַחֹומֶץ נִתְייַקֵּר וְנִמְכַּר בְּעֵרֶךְ יַיִן בְּאֶלֶף זוּז, וְאַף עַל פִּי שֶׁיֵּשׁ דְּחוּקִים בָּזֶה כַּאֲשֶׁר אָמַרְנוּ, עִם כָּל זֶה מֻוכְרָחִים לִסְבֹּול דְּחוּקִים אֵלֶּה, וְלֹא נוּכַל לִסְבֹּול קֻושְׁיוֹת שֶׁיֵּשׁ בָּאֹופֶן הָרִאשׁוֹן, חֲדָא כְּלָלָא אִית לָן לִמְעוּטֵי בְּנִיסָּא עָדִיף דְּקַשָּׁא לַעֲשׂוֹת שִׁינּוּי הַטֶּבַע, וְאִם תֹּאמַר בְּאֹופֶן הָא' שֶׁנֶּהְפַּךְ הַחֹומֶץ לְיַיִן הָיָה זֶה שִׁינּוּי הַטֶּבַע. וְעוֹד קֻושְׁיָא חֲזָקָה יוֹתֵר, דְּאֵין נֶהֱנִין מִמַּעֲשֵׂה נִסִּים, וּבִפְרָט חֲסִידִים וְאַנְשֵׁי מַעֲשֶׂה, דָּבָר זֶה אֶצְלָם כְּאִיסּוּר גָּמוּר, וְכִדְאִיתָא בְּתַעֲנִית דַּף כ"ד, דְּאָמַר לוֹ רַב מָרִי לֹא תִּיקְּנוּ מֵהַאי דְּמַעֲשֵׂה נִסִּים הוּא, וְאַף עַל גַּב דַּהֲוָה רָעָב בָּעוֹלָם, וְכֵן אִיתָא עוֹד הָתָם בְּמַעֲשֵׂה דְּרַבִּי אֶלְעָזָר אִישׁ בַּרְתּוֹתָא, דְּלָא רָצָה לֵהָנוֹת מִמַּעֲשֵׂה נִסִּים, יְעֻוייַּן שָׁם. וְלָכֵן מֵחֲמַת קֻושְׁיוֹת אֵלּוּ סְבִירָא לְהוּ שֶׁהַנֵּס הָיָה שֶׁנִּתְיַיקֵּר הַחֹומֶץ, נִמְצָא בִּסְבָרָה הוּא דִּפְלִיגִי, וְהַשְּׁמוּעָה הָיְתָה שֶׁנִּמְכַּר הֶחָבִית דֶּרֶךְ מָשָׁל בְּאֶלֶף זוּז וְזוֹ הִיא אֱמֶת. וְנִרְאֶה לִי בס"ד לוֹמַר דְּכַת הָא' מִתָּרְצִי לְהָנֵי קֻושְׁיוֹת כָּךְ, דְּאַף עַל גַּב דְּשִׁנּוּי הַטֶּבַע קָשֶׁה, עִם כָּל זֶה הָכָא שָׁאנֵי שֶׁרָצָה הקב"ה לְפַרְסֵם מַעֲלַת הַצַּדִּיק רַב הוּנָא, וְגַם לְפַרְסֵם כּוֹחָהּ שֶׁל תְּשׁוּבָה, וּלְכָךְ עָשָׂה הַנֵּס בְּשִׁינּוּי הַטֶּבַע, דְּאִית בֵּיהּ פִּרְסוּם יוֹתֵר, וְקֻושְׁיָא הַב' מִתָּרְצִי לָהּ כִּי שִׁינּוּי הַחֹומֶץ לְיַיִן אֵין הַנֵּס נִיכָּר וְנִרְאֶה לְמַרְאֵה עֵינַיִם, כִּי מַרְאֶה הַיַּיִן וְהַחֹומֶץ שָׁוִים הֵם, וְרַק הַהֶפְרֵשׁ בְּטַעַם וְרֵיחַ, מַה שֶׁאֵין כֵּן הַךְ גְּמָרָא דְּתַעֲנִית נִיכָּר הַנֵּס בְּשִׁינּוּי הַחֹול לִהְיוֹת סֹולֶת, וְכֵן גַּבֵּי רַבִּי אֶלְעָזָר אִישׁ בַּרְתּוֹתָא נִיכָּר הַנֵּס בְּעַיִן, שֶׁנִּתְמַלֵּא הָאוֹצָר חִיטִּים מַה דְּלָא הֲוָה, וְעוֹד יֵשׁ לְייַשֵּׁב דְּהָכָא לֹא הִרְוִיחַ רַב הוּנָא מִן הַנֵּס יוֹתֵר מִמַּה שֶׁהָיָה לוֹ בְּיָדוֹ תְּחִלָּה, אֶלָּא רַק נִתְמַלֵּא חֶסְרוֹנוֹ מַה שֶׁהָיָה צָרִיךְ לְהַפְסִיד בְּחֹומֶץ, כִּי תְּחִלָּה הָיָה לוֹ יַיִן בְּסַךְ אַרְבַּע מֵאוֹת אֶלֶף זוּז, וְעַתָּה גַּם כֵּן מָכַר הַחֹומֶץ בְּסַךְ אַרְבַּע מֵאוֹת אֶלֶף זוּז, וְכָל כְּהַאי גַּווְנָא יֵשׁ לְהָבִין דְּאֵין בָּזֶה חֲשָׁשׁ מִשּׁוּם נֶהֱנִין מִמַּעֲשֵׂה נִסִּים. וְאֶפְשָׁר לִרְמֹוז בס"ד לְפִי דִּבְרֵי הָאִיכָּא דְּאָמְרִי שֶׁהַחֹומֶץ נֶהְפַּךְ לְיַיִן, לְלַמְּדֵינוּ כּוֹחָהּ שֶׁל תְּשׁוּבָה, שֶׁהַזְּדוֹנוֹת נֶהְפָּכִים לִזְכִיּוֹת, וּלְפִי דִּבְרֵי הָאִיכָּא דְּאָמְרִי דִּסְבִירָא לֵיהּ אִייַּקַּר חַלָּא, נִרְמַז בָּזֶה כּוֹחָהּ שֶׁל תְּשׁוּבָה, שֶׁהַמַּכָּה עַצְמָהּ תִּהְיֶה רְפוּאָה, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל, בְּאִזְמֵל שֶׁהוּא מַכֶּה, בּוֹ הוּא מְרַפֵּא.
« Et d'autres disent : le vinaigre renchérit et fut vendu au prix du vin. » On demande comment ils peuvent diverger sur un fait. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que ces deux écoles avaient l'une et l'autre entendu que Rav Houna avait vendu ses tonneaux, chacun par exemple mille zouz, et cette tradition est vraie ; toutes deux savent avec certitude que ce prix était le prix du vin, car il est impossible qu'un vinaigre vaille mille zouz en aucun temps. Chacune des deux écoles a donc conçu par elle-même la manière dont le miracle s'est produit, et elles divergent sur le raisonnement. La première école tient qu'assurément le miracle se produisit de cette manière, que le vinaigre se changea en vin, et c'est pourquoi il vendit le tonneau mille zouz, prix du vin. Car si l'on disait que le miracle consista en ce que le Saint béni soit-Il fit en sorte que le monde eût alors grand besoin de vinaigre, de sorte qu'il renchérit et atteignit passagèrement le prix du vin, le tonneau se vendant mille zouz, il se trouverait que ce bénéfice n'aurait pas été fait à Rav Houna seul, mais à tous les détenteurs de vinaigre. Il est difficile de le penser : si l'on a fait un miracle à Rav Houna pour combler sa perte, pourquoi les autres hommes en tireraient-ils un grand profit, en vendant leur vinaigre au prix du vin ? Il y a de plus une grande difficulté dans cette explication : selon elle, rien ne prouve que le miracle ait été fait à Rav Houna parce qu'il avait accepté de donner au métayer sa part, car on pourrait attribuer la chose au hasard des circonstances. Ces difficultés amenèrent donc cette école à tenir que le vinaigre se changea en vin. La seconde école tient au contraire qu'il faut nécessairement dire que le miracle consista en ce que le vinaigre renchérit et fut vendu au prix du vin, mille zouz ; et bien qu'il y ait à cela des objections comme nous l'avons dit, il faut les supporter, car on ne peut supporter les difficultés que soulève la première explication. D'abord, nous avons pour règle qu'il vaut mieux réduire le miracle, car il est plus lourd d'opérer un changement de la nature, et selon la première explication, le vinaigre se changeant en vin, il y aurait eu changement de la nature. Ensuite, difficulté plus forte encore : on ne tire pas profit d'actes miraculeux, et pour les hommes pieux et les hommes d'action en particulier, la chose équivaut à un interdit complet, comme il est rapporté dans Taanit folio 24, où Rav Mari lui dit : n'en achète pas, car cela provient d'un acte miraculeux, et cela bien qu'il y eût une famine dans le monde. On trouve encore là-bas l'histoire de Rabbi Elazar ich Bartota, qui refusa de tirer profit d'actes miraculeux, vois-le là-bas. Ces difficultés ont donc amené cette école à tenir que le miracle consista en ce que le vinaigre renchérit. Il se trouve ainsi que leur divergence porte sur le raisonnement, la tradition étant que le tonneau fut vendu, par exemple, mille zouz, ce qui est vrai. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que la première école répond ainsi à ces objections : bien qu'un changement de la nature soit lourd, ici il en va autrement, car le Saint béni soit-Il voulut faire connaître la grandeur du juste Rav Houna, et faire connaître aussi la force de la techouva ; c'est pourquoi Il fit le miracle par un changement de la nature, qui frappe davantage. Quant à la seconde objection, elle y répond ainsi : le changement du vinaigre en vin n'est pas un miracle perçu par la vue, car l'aspect du vin et du vinaigre est le même, la différence tenant au goût et à l'odeur ; il en va autrement dans le passage de Taanit, où le miracle du sable changé en fine farine se voyait, et de même chez Rabbi Elazar ich Bartota, où le miracle se voyait à l'œil, le grenier s'étant rempli de blé alors qu'il était vide. On peut encore répondre qu'ici Rav Houna ne gagna pas par le miracle plus qu'il n'avait auparavant : son manque fut seulement comblé, à hauteur de ce qu'il devait perdre sur le vinaigre, car il avait d'abord du vin pour quatre cent mille zouz, et il vendit maintenant le vinaigre pour quatre cent mille zouz ; en pareil cas, on comprend qu'il n'y a pas lieu de craindre le profit tiré d'un acte miraculeux. Il est possible enfin de suggérer, avec l'aide du Ciel, que selon ceux qui disent que le vinaigre se changea en vin, cela nous enseigne la force de la techouva, par laquelle les fautes volontaires se changent en mérites ; et selon ceux qui tiennent que le vinaigre renchérit, il y est suggéré une autre force de la techouva, selon laquelle le coup lui-même devient guérison, comme l'ont dit nos maîtres de mémoire bénie : par le scalpel qui blesse, c'est par lui qu'il guérit.
💡 Explication

Le dicton tranche la défense de Rav Houna. Se rembourser soi-même sur le bien de celui qui vous vole reste une prise du goût du vol, et un homme de ce rang en répond. Rav Houna accepte l'observation et s'engage pour l'avenir.

La perte est ensuite réparée, selon deux versions : par un changement de la substance même, ou par un mouvement du marché. La seconde évite de faire dépendre le dénouement d'un miracle visible.

🖼️ Schéma
Rav Houna et les quatre cents jarres : le circuit complet 1. Le dommage 400 jarres de vin tournent au vinaigre 2. La visite que le maître examine ses actes 3. Le refus suis-je suspect à vos yeux ? 4. Le principe Hachem ne juge pas sans motif de jugement 5. Le grief exposé (seg. 17-18) Les Sages : le maître ne donne pas au métayer sa part de sarments (chevicha). Rav Houna : il me vole déjà la totalité de la récolte. 6. La réponse (seg. 19) Dicton populaire : vole après le voleur, et tu goûtes toi-même au goût du vol. Le tort subi ne justifie pas de retenir la part due. 7. L'engagement : je prends sur moi de lui donner Première version le vinaigre redevient du vin Seconde version le vinaigre renchérit et se vend au prix du vin
Le circuit complet de l'épisode de Rav Houna, du dommage à la réparation, avec ses deux versions.
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תַּנְיָא אַבָּא בִּנְיָמִין אוֹמֵר: עַל שְׁנֵי דְבָרִים הָיִיתִי מִצְטַעֵר כָּל יָמַי — עַל תְּפִלָּתִי שֶׁתְּהֵא לִפְנֵי מִטָּתִי, וְעַל מִטָּתִי שֶׁתְּהֵא נְתוּנָה בֵּין צָפוֹן לַדָּרוֹם. ״עַל תְּפִלָּתִי שֶׁתְּהֵא לִפְנֵי מִטָּתִי״, מַאי ״לִפְנֵי מִטָּתִי״? אִילֵּימָא ״לִפְנֵי מִטָּתִי״ מַמָּשׁ, וְהָאָמַר רַב יְהוּדָה, אָמַר רַב, וְאִיתֵּימָא רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: מִנַּיִן לַמִּתְפַּלֵּל שֶׁלֹּא יְהֵא דָּבָר חוֹצֵץ בֵּינוֹ לְבֵין הַקִּיר — שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיַּסֵּב חִזְקִיָּהוּ פָּנָיו אֶל הַקִּיר וַיִּתְפַּלֵּל״? לָא תֵּימָא, ״לִפְנֵי מִטָּתִי״, אֶלָּא אֵימָא ״סָמוּךְ לְמִטָּתִי״.

On a enseigné : Abba Binyamin dit : sur deux choses je me suis peiné toute ma vie — sur ma prière, qu'elle soit devant mon lit, et sur mon lit, qu'il soit placé entre le nord et le sud. « Sur ma prière, qu'elle soit devant mon lit » : que signifie « devant mon lit » ?

Si tu dis « devant mon lit » au sens propre, mais Rav Yehouda n'a-t-il pas dit au nom de Rav, et certains disent Rabbi Yehochoua ben Levi : d'où sait-on que celui qui prie ne doit avoir aucun objet interposé entre lui et le mur ? De ce qu'il est dit : « Et Hizkiyahou tourna sa face vers le mur et pria » ?

Ne dis donc pas « devant mon lit », mais dis « proche de mon lit ».

📜 Rachi (1)
סָמוּךְ לְמִטָּתִי כָּל יָמַי נִזְהַרְתִּי שֶׁלֹּא לַעֲשׂוֹת מְלָאכָה וְשֶׁלֹּא לַעֲסֹוק בַּתּוֹרָה כְּשֶׁעָמַדְתִּי מִמִּטָּתִי עַד שֶׁאֶקְרָא ק"ש וְאֶתְפַּלֵּל:
Proche de mon lit — toute ma vie je me suis gardé de faire un travail et de m'occuper de Torah au lever de mon lit avant d'avoir lu le Chema et prie.
🗂️ Tossefot (2)
שֶׁלֹּא יְהֵא דָּבָר חוֹצֵץ בֵּינוֹ לְבֵין הַקִּיר אֲבָל מִלְּתָא דִּקְבִיעָא כְּגוֹן אָרוֹן וְתֵיבָה אֵין זֶה הֶפְסֵק. אֲבָל מִטָּה נִרְאֶה שֶׁאֵין זֶה קָבוּעַ:
Qu'aucun objet ne s'interpose entre lui et le mur — mais une chose fixe, comme une armoire ou un coffre, ne constitue pas une interposition ; un lit, en revanche, ne paraît pas fixe.
אֶלָּא אֵימָא סָמוּךְ לְמִטָּתִי שֶׁלֹּא הָיָה עוֹשֶׂה מְלָאכָה עַד שֶׁיִּתְפַּלֵּל. וְרַשִׁ"י פֵּירֵשׁ אֲפִילּוּ לִלְמֹוד שֶׁאָסוּר לִלְמֹוד קֹודֶם תְּפִלָּה. וְלֹא יָדַעְתִּי מְנָא לֵיהּ. אֲבָל רְאָיָה דְּשָׁרֵי לִלְמֹוד קֹודֶם דִּלְקַמָּן בְּפֶרֶק שֵׁנִי (בְּרָכוֹת דַּף יד ב) אָמְרִינַן דְּרַב מַקְדִּים וּמָשֵׁי יְדֵיהּ וּמְבָרֵךְ וּמַתְנֵי פַּרְקֵיהּ וְקָרֵי ק"ש כִּי מְטָא זְמַן ק"ש וְכוּ':
Mais dis plutôt : proche de mon lit — qu'il ne faisait aucun travail avant d'avoir prié. Rachi a expliqué que même l'étude est visée, car il serait interdit d'étudier avant la prière ; j'ignore d'où il le tient. Il y a au contraire une preuve qu'il est permis d'étudier avant : plus loin, au deuxième chapitre (Berakhot 14b), nous disons que Rav se levait tôt, se lavait les mains, récitait la bénédiction, enseignait son chapitre, puis lisait le Chema quand arrivait le temps du Chema, etc.
🪔 Ben Yehoyada (3)
אַבָּא בִּנְיָמִין אוֹמֵר: עַל שְׁנֵי דְבָרִים הָיִיתִי מִצְטַעֵר כָּל יָמַי. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מִנְייָנָא לָמָּה לִי, וַהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר כָּל יָמַי הָיִיתִי מִצְטַעֵר עַל מִטָּתִי וְכוּ' וְעַל תְּפִלָּתִי וְכוּ'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד פַּלְגִינְהוּ בְּמִנְיָינָא לְהוֹדִיעַ שֶׁדְּבָרִים אֵלּוּ אֵינָם בָּאִים אֶצְלוֹ בִּזְמַן אֶחָד, כִּי אוֹמְרוֹ עַל תְּפִלָּתִי שֶׁתִּהְיֶה סָמוּךְ לְמִטָּתִי זֶה הָיָה לוֹ בִּימֵי הַחֹול, כִּי כַּוָּנָתוֹ בָּזֶה עַל עֵסֶק מְלָאכָה וְלֹא עַל עֵסֶק תּוֹרָה, כְּמוֹ שֶׁכָּתְבוּ הַתּוֹסָפוֹת, וּבְשַׁבָּת לֵיכָּא עֵסֶק מְלָאכָה, וְאוֹמְרוֹ עַל מִטָּתִי שֶׁתִּהְיֶה נְתוּנָה בֵּין צָפוֹן לַדָּרוֹם, כַּוָּנָתוֹ בָּזֶה עַל עֵת תַּשְׁמִישׁ הַמִּטָּה, וְהוּא לֹא הָיָה מְשַׁמֵּשׁ בְּחוֹל אֶלָּא רַק בְּלֵילֵי שַׁבָּת, וּלְפִי זֶה שְׁנֵי מִינֵי צַעַר אֵלֶּה אֵינָם בָּאִים לוֹ בִּזְמַן אֶחָד, וּלְכָךְ פַּלְגִינְהוּ בְּמִנְיָינָא.
« Abba Binyamin dit : sur deux choses je me suis peiné toute ma vie. » On peut demander à quoi sert ici le dénombrement : il aurait suffi de dire « toute ma vie je me suis peiné sur mon lit, etc., et sur ma prière, etc. ». Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il les a distinguées par un nombre pour faire savoir que ces choses ne se présentaient pas à lui au même moment. En effet, quand il dit « sur ma prière, qu'elle soit proche de mon lit », cela le concernait les jours de semaine, car son propos vise le travail et non l'étude de la Torah, comme l'ont écrit les Tossefot, et le Chabbat il n'y a pas de travail. Et quand il dit « sur mon lit, qu'il soit placé entre le nord et le sud », son propos vise le temps de l'union conjugale, et il n'avait de relations qu'aux nuits de Chabbat. Selon cela, ces deux sortes de peine ne lui venaient pas au même moment, et c'est pourquoi il les a distinguées par un nombre.
עַל תְּפִלָּתִי שֶׁתְּהֵא לִפְנֵי מִטָּתִי. הִנֵּה לְפֵירוּשׁ רַשִׁ"י זַ"ל מַשְׁמַע הָיָה מִצְטַעֵר מִצַּד מְנִיעָתוֹ מִמְּלָאכָה וּמִצַּד מְנִיעָתוֹ מֵעֵסֶק הַתּוֹרָה, וְקַשָּׁא לְפִי זֶה אֵיךְ יִתָּכֵן דְּאַבָּא בִּנְיָמִין לֹא הָיָה עוֹסֵק בַּתּוֹרָה בְּאַשְׁמֹורֶת הַלַּיְלָה, וּמַה טַעַם יֵשׁ לוֹ בָּזֶה שֶׁלֹּא הָיָה עוֹסֵק בַּתּוֹרָה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּטַעְמוֹ הָיָה שֶׁרוֹצֶה לְהִתְפַּלֵּל בְּכַוָּנָה, וְאִם יַעֲסֹוק בַּתּוֹרָה קֹודֶם תְּפִלָּה, יִהְיֶה טָרוּד בִּתְפִילָּתוֹ בְּמַחֲשָׁבוֹת שֶׁל עֵסֶק הַתּוֹרָה, וּלְכָךְ הָיָה מֻוכְרָח לַעֲשׂוֹת קְבִיעוּת עֵסֶק הַתּוֹרָה בִּתְחִילַּת הַלַּיְלָה, וְעִיקַּר שִׁינְתּוֹ הָיָה בַּחֲצוֹת הַב' שֶׁל הַלַּיְלָה, כְּדֵי שֶׁיִּקְרָא קְרִיאַת שְׁמַע וְיִתְפַּלֵּל שַׁחֲרִית סָמוּךְ לְקִימָתוֹ מִן הַמִּטָּה, שֶׁדַּעְתּוֹ פָּנוּי, וְעַל זֶה הָיָה מִצְטַעֵר, כִּי בִּשְׁבִיל בְּרִיאוּת הַגּוּף הוּא טוֹב שֶׁיָּשֵׁן בַּחֲצִי הָרִאשׁוֹן שֶׁל הַלַּיְלָה, וְיִהְיֶה נֵיעוֹר בַּחֲצִי הַב', וְגַם עֵסֶק הַתּוֹרָה מְעֻולָּה יוֹתֵר בַּחֲצִי הַב' שֶׁל הַלַּיְלָה כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ. וְאֶפְשָׁר לוֹמַר עוֹד בְּאֹופֶן אַחֵר דִּלְעוֹלָם הָיָה קָם בַּחֲצוֹת וְעוֹסֵק בַּתּוֹרָה, אַךְ לֹא הָיָה יָכוֹל לִהְיוֹת נֵיעוֹר עַד עַמּוּד הַשַּׁחַר, אֶלָּא הָיָה מֻוכְרָח לִישֹׁן שָׁעָה אַחַת קֹודֶם הַשַּׁחַר, וְעַל זֶה הָיָה מִצְטַעֵר שֶׁהָיָה מְאַבֵּד שָׁעָה יִקְרֶה זוֹ בְּשֵׁינָה, וְכָל זֶה אֲנִי אוֹמֵר לְפִי פֵּירוּשׁ רָשִׁ"י זַ"ל, אַךְ בְּלֹא זֶה הָיָה נִרְאֶה לְפָרֵשׁ הַמַּאֲמָר לְהֵפֶךְ, שֶׁהָיָה רוֹצֶה שֶׁתִּהְיֶה תְּפִלָּתוֹ סְמוּכָה לְמִטָּתוֹ כְּדֵי שֶׁיִּהְיֶה דַּעְתּוֹ צָלוּל בִּתְפִלָּה, וְהָיָה מִצְטַעֵר עַל אֲשֶׁר אֵינוֹ מְקַיֵּים דָּבָר זֶה מִפְּנֵי שֶׁהָיָה מֻוכְרָח לָקוּם בַּחֲצוֹת לַעֲסֹוק בַּתּוֹרָה עַד עַמּוּד הַשַּׁחַר, וְאָז קָם מִן עֵסֶק הַתּוֹרָה וּמִתְפַּלֵּל, וּמֻוכְרָח שֶׁיִּהְיֶה לִבּוֹ טָרוּד בְּעֵת תְּפִילָּה בְּאוֹתוֹ עֵסֶק תּוֹרָה שֶׁעָסַק בַּלַּיְלָה.
« Sur ma prière, qu'elle soit devant mon lit. » Selon l'explication de Rachi de mémoire bénie, il ressort qu'il se peinait tant de devoir s'abstenir du travail que de devoir s'abstenir de l'étude de la Torah ; or cela est difficile : comment se peut-il qu'Abba Binyamin ne se soit pas occupé de Torah à la veille de la nuit, et quelle raison aurait-il eue de ne pas s'occuper de Torah ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que sa raison était qu'il voulait prier avec intention, et que s'il s'occupait de Torah avant la prière, il serait pris pendant sa prière par des pensées relatives à son étude ; c'est pourquoi il devait fixer son étude au début de la nuit, et l'essentiel de son sommeil se plaçait dans la seconde moitié de la nuit, afin de lire le Chema et de prier chaharit aussitôt levé de son lit, l'esprit dégagé. C'est sur cela qu'il se peinait, car pour la santé du corps il vaut mieux dormir dans la première moitié de la nuit et veiller dans la seconde, et l'étude de la Torah est aussi plus élevée dans la seconde moitié de la nuit, comme il est dit dans le saint Zohar. On peut encore dire autrement : qu'il se levait toujours à minuit et s'occupait de Torah, mais qu'il ne pouvait veiller jusqu'à l'aube et devait dormir une heure avant le point du jour ; c'est sur cela qu'il se peinait, de perdre dans le sommeil cette heure précieuse. Tout cela, je le dis selon l'explication de Rachi de mémoire bénie ; sans elle, il aurait paru possible d'expliquer l'énoncé à l'inverse : il voulait que sa prière soit proche de son lit afin que son esprit soit clair pendant la prière, et il se peinait de ne pas accomplir cette chose, parce qu'il devait se lever à minuit pour s'occuper de Torah jusqu'à l'aube, et qu'il quittait alors son étude pour prier, son cœur étant nécessairement pris, au moment de la prière, par l'étude à laquelle il s'était applique pendant la nuit.
וְעַל מִטָּתִי שֶׁתְּהֵא נְתוּנָה בֵּין צָפוֹן לַדָּרוֹם. קַשָּׁא הֲלֹא הַבְּחִירָה בְּיָדוֹ לַעֲשׂוֹת כִּרְצוֹנוֹ, וְנִרְאֶה לִי בס"ד מִפְּנֵי שֶׁבֵּיתוֹ אֵינוֹ מְכֻווָּן בְּאַרְבַּע רוּחוֹתָיו כְּפִי אַרְבַּע רוּחוֹת הָעוֹלָם, אֶלָּא הָיָה בָּנוּי בְּקֶרֶן זָוִית שֶׁל ד' רוּחוֹת הָעוֹלָם, וְכַאֲשֶׁר יִמָּצֵא עַתָּה פֹּה בְּעִירֵנוּ חֲצֵירוֹת כֵּן מֵחֲמַת עִיקּוּם הַמְּבוֹאוֹת שֶׁל רה"ר, וּלְכָךְ כְּשֶׁהָיָה מַנִּיחַ מִטָּתוֹ בֵּין צָפוֹן וְדָרוֹם שֶׁל חַדְרוֹ, לֹא הָיְתָה מְכֻווֶּנֶת בֵּין צָפוֹן וְדָרוֹם שֶׁל הָעוֹלָם מַמָּשׁ, וְלֹא אֶפְשָׁר שֶׁיַּנִּיחַ מִטָּתוֹ בְּחַדְרוֹ בַּאֲלַכְסוֹן, וּבִפְרָט אִם הָיָה חַדְרוֹ קָטָן, וְיֵשׁ לוֹ בָּנִים הַרְבֵּה שׁוֹכְבִים עִמּוֹ בַּחֶדֶר שֶׁמֻּוכְרָח לְסַדֵּר כָּל הַמִּטּוֹת בְּיֹושֶׁר, וּלְכָךְ הָיָה מִצְטַעֵר, וּלְפִי דִּבְרֵי רַשִׁ"י זַ"ל לְעוֹלָם הָיָה מַנִּיחַ מִטָּתוֹ בֵּין צָפוֹן לְדָרוֹם, וְהָיָה מִצְטַעֵר בְּכָךְ שֶׁהָיָה מֻוכְרָח לְהַנִּיחַ אוֹתָהּ בַּאֲלַכְסוֹן, גַּם אֶפְשָׁר שֶׁהָיָה חַדְרוֹ צַר בְּרֹוחַב וְהָיָה אֹורֶךְ הַחֶדֶר בֵּין צָפוֹן לַדָּרוֹם, וְרָחְבּוֹ בֵּין מִזְרָח וּמַעֲרָב, וּלְכָךְ כְּשֶׁהָיָה מַנִּיחַ מִטָּתוֹ בֵּין צָפוֹן לְדָרוֹם בְּכִיוֵּן הָיָה לוֹ צַעַר בָּזֶה. וּבְשֵׁם הַגָּאוֹן רא"ם זַ"ל שָׁמַעְתִּי שֶׁאָבֹא בִּנְיָמִין הָיָה מִסְתַּפֵּק אִם הָאֱמֶת כְּמַאן דְּאָמַר שֶׁתִּהְיֶה רֹאשָׁהּ וְרַגְלֶיהָ בֵּין צָפוֹן לַדָּרוֹם, אוֹ כְּמַאן דְּאָמַר שֶׁיִּהְיוּ צְדָדִין שֶׁל הַמִּטָּה בֵּין צָפוֹן לַדָּרוֹם, וּלְכָךְ הָיָה מִצְטַעֵר שֶׁלֹּא הָיָה יוֹדֵעַ אֲמִיתּוֹת הַדָּבָר כְּדֵי לְקַיְּימוֹ עַל אֲמִיתָּתוֹ, וְעַייֵּן בִּרְכֵּי יוֹסֵף א"ח סִי' ג' סק"ב יְעֻוייַּן שָׁם, וְהָרַב מִדְרַשׁ תַּלְפִּיּוֹת כָּתַב בְּשֵׁם הָרַמְבַּ"ן זַ"ל מַה שֶׁאָמְרוּ בֵּין צָפוֹן לַדָּרוֹם הוּא לְשׁוֹן מְלִיצָה, וּרְצוֹנוֹ לוֹמַר לֹא יְשַׁמֵּשׁ בִּתְחִלַּת הַלַּיְלָה וְלֹא בְּסוֹפוֹ אֶלָּא בָּאֶמְצַע כִּי יָדוּעַ שֶׁהַצָּפוֹן הוּא קַר וְלַח וְדָרוֹם הוּא חַם וְיָבֵשׁ, וּמֶזֶג הָאָדָם בִּתְחִלַּת הַלַּיְלָה הוּא קַר וְלַח וּבְסוֹפוֹ חַם וְיָבֵשׁ וּבְאֶמְצַע מְמֻוצָּע בֵּין הַקֹּור וְהַחֹום וְכוּ' עַיֵּין שָׁם.
« Et sur mon lit, qu'il soit placé entre le nord et le sud. » On peut demander : le choix était entre ses mains, il pouvait faire selon sa volonté. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que sa maison n'était pas orientée selon ses quatre côtés conformément aux quatre directions du monde, mais qu'elle était bâtie en biais par rapport aux quatre directions du monde, comme on trouve aujourd'hui ici, dans notre ville, des cours ainsi disposées à cause de la sinuosité des ruelles du domaine public ; c'est pourquoi, lorsqu'il plaçait son lit entre le nord et le sud de sa chambre, il ne se trouvait pas exactement entre le nord et le sud du monde. Or il ne pouvait pas placer son lit en diagonale dans sa chambre, surtout si sa chambre était petite et qu'il avait de nombreux enfants qui couchaient avec lui dans la chambre, ce qui l'obligeait à disposer tous les lits bien alignés ; c'est pourquoi il se peinait. Selon les propos de Rachi de mémoire bénie, il plaçait toujours son lit entre le nord et le sud, et se peinait de devoir le placer en diagonale. Il se peut aussi que sa chambre ait été étroite en largeur, la longueur de la chambre allant du nord au sud et sa largeur d'est en ouest, de sorte que placer son lit exactement entre le nord et le sud lui causait de la peine. J'ai entendu au nom du Gaon Raem de mémoire bénie qu'Abba Binyamin doutait de la vérité : est-ce comme celui qui dit que la tête et les pieds doivent être entre le nord et le sud, ou comme celui qui dit que ce sont les côtés du lit qui doivent être entre le nord et le sud ? C'est pourquoi il se peinait de ne pas connaître la vérité de la chose afin de l'accomplir selon sa vérité ; vois le Birkei Yossef, Orah 'Hayim, siman 3, sous-paragraphe 2. Le Rav du Midrach Talpiot a écrit au nom du Ramban de mémoire bénie que ce qu'ils ont dit « entre le nord et le sud » est une façon de parler, et signifie qu'il ne faut pas avoir de relations au début de la nuit ni à sa fin, mais au milieu, car on sait que le nord est froid et humide et que le sud est chaud et sec, et que la constitution de l'homme au début de la nuit est froide et humide, à sa fin chaude et sèche, et au milieu équilibrée entre le froid et le chaud, etc. ; vois-le là-bas.
💡 Explication

Le folio revient à la prière. Abba Binyamin énonce deux soins qu'il a pris toute sa vie ; le Talmud interprète le premier.

Le sens spatial se heurte à la règle de Rav : aucun objet ne doit s'interposer entre celui qui prie et le mur, d'après la conduite de Hizkiyahou. Le lit constituerait précisément une interposition. On lit donc samoukh le-mitati, proche de mon lit au sens du temps : la prière aussitôt au lever. Rachi en tire une conduite stricte, ni travail ni étude avant le Chema et la prière ; Tossefot conteste la partie relative à l'étude et cite l'exemple de Rav.

🖼️ Schéma
Lifnei mitati : comment lire devant mon lit Hava amina : sens spatial Abba Binyamin se tenait devant son lit pour prier. Objection : Rav Yehouda au nom de Rav Celui qui prie ne doit avoir aucun objet interposé entre lui et le mur. Appui : Hizkiyahou tourna sa face vers le mur et pria (Isaie 38, 2). Conclusion : sens temporel Lis samoukh le-mitati : proche de mon lit, c'est-à-dire dès le lever. Rachi : ni travail ni étude avant le Chema et la prière. Tossefot conteste l'interdit d'étudier et cite Rav (Berakhot 14b).
Le passage du sens spatial au sens temporel de « devant mon lit », et la règle de l'objet interposé.
22
״וְעַל מִטָּתִי שֶׁתְּהֵא נְתוּנָה בֵּין צָפוֹן לַדָּרוֹם״.

« Et sur mon lit, qu'il soit placé entre le nord et le sud. »

📜 Rachi (1)
צָפוֹן לַדָּרוֹם רֹאשָׁהּ וּמַרְגְּלוֹתֶיהָ זֶה לַצָּפוֹן וְזֶה לַדָּרוֹם. וְנִרְאֶה בְּעֵינַי שֶׁהַשְּׁכִינָה בַּמִּזְרָח אוֹ בַּמַּעֲרָב לְפִיכָךְ נָכוֹן לְהָסֵב דֶּרֶךְ תַּשְׁמִישׁ לְרוּחוֹת אֲחֵרוֹת:
Du nord au sud — sa tête et son pied, l'un au nord et l'autre au sud. Il me semble que la Chekhina se tient à l'est ou à l'ouest ; il convient donc d'orienter l'usage conjugal vers les autres directions.
💡 Explication

Le Talmud reprend le second terme de l'énoncé d'Abba Binyamin pour l'expliquer. Rachi précise la disposition : la tête d'un côté, les pieds de l'autre, sur l'axe nord-sud, et donne le motif : la Chekhina se tient sur l'axe est-ouest, celui du Temple, dont le Saint des Saints était à l'ouest et l'entrée à l'est.

23
דְּאָמַר רַבִּי חָמָא בְּרַבִּי חֲנִינָא, אָמַר רַבִּי יִצְחָק: כָּל הַנּוֹתֵן מִטָּתוֹ בֵּין צָפוֹן לְדָרוֹם הָוְיִין לֵיהּ בָּנִים זְכָרִים, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּצְפוּנְךָ תְּמַלֵּא בִטְנָם יִשְׂבְּעוּ בָנִים״.

Car Rabbi Hama fils de Rabbi Hanina a dit au nom de Rabbi Yits'hak : quiconque place son lit entre le nord et le sud aura des enfants mâles, ainsi qu'il est dit : « et de ton trésor (outsfonekha) tu remplis leur ventre, ils sont rassasiés de fils ».

📜 Rachi (1)
וּצְפוּנְךָ לְשׁוֹן צָפוֹן וְסֵיפֵיהּ דִּקְרָא יִשְׂבְּעוּ בָּנִים:
Outsfonekha — de la racine tsafon (nord) ; et la fin du verset dit « ils sont rassasiés de fils ».
🗂️ Tossefot (1)
כָּל הַנּוֹתֵן מִטָּתוֹ בֵּין צָפוֹן לְדָרוֹם וְכוּ' וְלֹא בֵּין מִזְרָח לַמַּעֲרָב וְדַוְקָא כְּשֶׁיָּשֵׁן עִם אִשְׁתּוֹ מִפְּנֵי שֶׁהַשְּׁכִינָה מְצוּיָה בֵּין מִזְרָח לַמַּעֲרָב וְהָיָה הַדָּבָר גְּנַאי לִשְׁכַּב אֵצֶל אִשְׁתּוֹ מִפְּנֵי הַתַּשְׁמִישׁ וְכֵן מַשְׁמַע וּמוֹכְחִי קְרָאֵי:
Quiconque place son lit entre le nord et le sud, etc. — et non entre l'est et l'ouest ; et cela vaut précisément quand il dort avec sa femme, parce que la Chekhina se tient entre l'est et l'ouest, et qu'il y aurait indécence à coucher auprès de sa femme dans cet axe à cause de l'union conjugale. Tel est le sens, et les versets le prouvent.
🪔 Ben Yehoyada (1)
הָוְיִין לֵיהּ בָּנִים זְכָרִים. שָׁם הָוְיִין לֵיהּ בָּנִים זְכָרִים שֶׁנֶּאֱמַר (תְּהִלִּים יז יד) וּצְפוּנְךָ תְּמַלֵּא בִּטְנָם. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה תָּלָה הַכָּתוּב דָּבָר זֶה בַּצָּפוֹן, וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל זָכָר נוֹטָרִיקוֹן זֶה כַּר , בָּא זָכָר לָעוֹלָם בָּא כִּכָּרוֹ עִמּוֹ, אֲבָל נְקֵבָה, נָקִי בָּהּ , נִמְצָא הָעֹושֶׁר נִתְייַחֵס לִזְכָרִים, כִּי הַזָּכָר עוֹסֵק בְּמַשָּׂא וּמַתָּן אוֹ בִּמְלָאכָה, וּמַרְוִיחַ וּמִתְעַשֵּׂר, אַךְ הַנְּקֵבָה אֵין לָהּ עֵסֶק מַשָּׂא וּמַתָּן וּמְלָאכָה, וְרַק צוֹעֶקֶת הַב הַב. וְיָדוּעַ כִּי הָעֹושֶׁר יִתְייַחֵס לַצָּפוֹן, כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִ"לִ הָרוֹצֶה לְהַעֲשִׁיר יַצְפִּין, וְסִימָנָיךְ שֻׁלְחָן בַּצָּפוֹן, וְלָכֵן תָּלָה הַכָּתוּב בִּיאַת הַזְּכָרִים בַּצָּפוֹן, וְלָכֵן תִּמְצָא נָמֵי צָפוֹן [226] עִם הַכּוֹלֵל מִסְפַּר זָכָר [227] , וּלְדַעַת רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק שֶׁאָמַר אֵין אִשְׁתּוֹ מַפֶּלֶת, גַּם כֵּן יֵשׁ רֶמֶז לָזֶה בַּצָּפוֹן, כִּי צָפוֹן עִם הַכּוֹלֵל עוֹלֶה מִסְפַּר אי"ן נופ"ל [227] , וּבָזֶה יוּבָן הַכָּתוּב בִּישַׁעְיָה (ס',ד') בָּנֶיךָ מֵרָחוֹק יָבֹאוּ, שֶׁתָּבִיאִי זְכָרִים מִפְּנֵי כִּי בְּנֹתֶיךָ הַנָּשִׁים עַל צַד , רָאשֵׁי תֵּיבוֹת צ פוֹן ד רוּם, תֵּאָמַנָה שֶׁנּוֹתְנִים מִטָּתָם בֵּין צָפוֹן לַדָּרוֹם.
« Il aura des enfants mâles. » Il est dit là : il aura des enfants mâles, ainsi qu'il est dit (Psaumes 17, 14) « et de ton trésor tu remplis leur ventre ». On peut demander pourquoi l'Écriture rattache cette chose au nord. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que nos maîtres de mémoire bénie ont dit que zakhar (mâle) est l'acronyme de ze kar (celui-ci porte sa mesure) : quand un mâle vient au monde, sa miche de pain vient avec lui ; mais pour la femelle, neki ba (elle vient les mains vides). Il se trouve donc que la richesse se rattache aux mâles, car le mâle s'occupe de négoce ou d'un métier, gagne et s'enrichit, tandis que la femelle n'a ni négoce ni métier et se contente de réclamer. Or on sait que la richesse se rattache au nord, comme l'ont dit nos maîtres de mémoire bénie : qui veut s'enrichir, qu'il se tourne vers le nord, et ton signe est que la table était au nord. C'est pourquoi l'Écriture rattache la venue des mâles au nord ; aussi trouveras-tu que tsafon [226] avec l'unité ajoutée vaut le compte de zakhar [227]. Et selon l'avis de Rav Nahman bar Yits'hak, qui dit que sa femme ne fera pas de fausse couche, cela aussi est suggéré dans tsafon, car tsafon avec l'unité ajoutée atteint le compte de ein nofel [227]. On comprend par là le verset d'Isaie (60, 4) « tes fils viennent de loin », à savoir que tu enfanteras des mâles, parce que « tes filles sont portées sur le côté » (al tsad), dont les initiales sont tsadi et dalet, pour tsafon et darom, ceux qui placent leur lit entre le nord et le sud.
💡 Explication

L'appui repose sur la parenté sonore entre tsfonekha (ton trésor, ce qui est mis en réserve) et tsafon (le nord), et sur la fin du verset qui parle de fils. Tossefot précise la portée pratique : la règle vise le cas où l'homme dort auprès de sa femme, à cause de l'union conjugale.

24
רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אָמַר: אַף אֵין אִשְׁתּוֹ מַפֶּלֶת נְפָלִים. כְּתִיב הָכָא: ״וּצְפוּנְךָ תְּמַלֵּא בִּטְנָם״, וּכְתִיב הָתָם: ״וַיִּמְלְאוּ יָמֶיהָ לָלֶדֶת וְהִנֵּה תוֹמִים בְּבִטְנָהּ״.

Rav Nahman bar Yits'hak a dit : et de plus, sa femme ne fera pas de fausse couche. Il est écrit ici : « et de ton trésor tu remplis leur ventre », et il est écrit là-bas : « ses jours furent remplis pour enfanter, et voici, des jumeaux étaient dans son ventre ».

📜 Rachi (1)
תְּמַלֵּא בִּטְנָם תְּמַלֵּא יְמֵי הֶרְיוֹנָם:
Tu remplis leur ventre — tu remplis les jours de leur grossesse.
💡 Explication

Rav Nahman bar Yits'hak ajoute une seconde promesse par une guezera chava sur le verbe temalé (remplir). Le verset de la Genèse décrit une grossesse menée à son terme ; le rapprochement transporte cette idée de plénitude sur le verset des Psaumes. Rachi glose en ce sens : tu remplis les jours de leur grossesse.

25
תַּנְיָא. אַבָּא בִּנְיָמִין אוֹמֵר: שְׁנַיִם שֶׁנִּכְנְסוּ לְהִתְפַּלֵּל. וְקָדַם אֶחָד מֵהֶם לְהִתְפַּלֵּל, וְלֹא הִמְתִּין אֶת חֲבֵרוֹ. וְיָצָא. טוֹרְפִין לוֹ תְּפִלָּתוֹ בְּפָנָיו, שֶׁנֶּאֱמַר: ״טֹרֵף נַפְשׁוֹ בְּאַפּוֹ הַלְמַעַנְךָ תֵּעָזַב אָרֶץ״.

On a enseigné. Abba Binyamin dit : deux hommes entrèrent pour prier ; l'un d'eux commença sa prière avant l'autre, n'attendit pas son compagnon et sortit — on lui jette sa prière à la face, ainsi qu'il est dit : « toi qui déchires ton âme dans ta colère, est-ce à cause de toi que la terre sera abandonnée ? ».

📜 Rachi (2)
טוֹרֵף נַפְשׁוֹ בְּאַפּוֹ לְךָ אוֹמֵר אֲשֶׁר גָּרַמְתָּ לְךָ לִטְרֹוף אֶת נַפְשְׁךָ בְּפָנֶיךָ וּמַה הִיא הַנֶּפֶשׁ זוֹ תְּפִלָּה כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר וָאֶשְׁפֹּוךְ אֶת נַפְשִׁי לִפְנֵי ה' (שְׁמוּאֵל א א׳:ט״ו):
Toi qui déchires ton âme dans ta colère — c'est à toi qu'il est dit que tu as causé toi-même que l'on déchire ton âme à ta face. Et qu'est-ce que cette âme ? La prière, comme il est dit : « et j'ai répandu mon âme devant ה' » (I Samuel 1, 15).
הַלְמַעַנְךָ תַּעֲזֹב אֶרֶץ וְכִי סָבוּר הָיִיתָ שֶׁבִּשְׁבִילְךָ שֶׁיָּצָאתָ תִּסְתַּלֵּק הַשְּׁכִינָה וַיַּעֲזֹוב אֶת חֲבֵירְךָ הַמִּתְפַּלֵּל לְפָנָיו:
Est-ce à cause de toi que la terre sera abandonnée ? — pensais-tu que, parce que tu es sorti, la Chekhina se retirerait et abandonnerait ton compagnon qui prie devant elle ?
🗂️ Tossefot (1)
הַמִּתְפַּלֵּל וְלֹא הִמְתִּין אֶת חֲבֵירוֹ טוֹרְפִין לוֹ וְכוּ' פֵּירֵשׁ רַבֵּינוּ תָּם דְּזֶה הָיָה לָהֶם בְּבָתֵּי כְּנֵסִיּוֹת שֶׁלָּהֶם שֶׁהָיוּ בַּשָּׂדֶה וּלְכָךְ בַּלַּיְלָה יֵשׁ לְהַמְתִּין. והר"י הָיָה מְאַחֵר תְּפִלָּתוֹ וּמַאֲרִיךְ עַד שֶׁיֵּצְאוּ כֻּולָּם וְאִם בְּתוֹךְ כָּךְ הָיָה שׁוּם אָדָם בָּא בְּבֵית הַכְּנֶסֶת הָיָה מְעַיֵּין בַּסֵּפֶר עַד שֶׁגָּמְרוּ תִּפְלָתָם. וְנָאֶה לְהַחְמִיר אַף לָנוּ:
Celui qui prie sans attendre son compagnon, on lui jette [sa prière], etc. — Rabbenou Tam a expliqué que cela les concernait dans leurs synagogues, qui se trouvaient dans les champs ; c'est pourquoi il faut attendre la nuit. Le Ri retardait sa prière et la prolongeait jusqu'à ce que tous soient sortis, et si entre-temps quelqu'un entrait dans la synagogue, il examinait un livre jusqu'à ce qu'ils aient achevé leur prière. Il convient que nous soyons rigoureux ainsi, nous aussi.
🪔 Ben Yehoyada (1)
טוֹרְפִין לוֹ תְּפִלָּתוֹ בְּפָנָיו. נִרְאֶה לִי בס"ד טַעַם לָזֶה כִּי הַהַמְתָּנָה שֶׁמַּמְתִּין לַחֲבֵירוֹ מוֹרֶה עַל חִיבּוּר וְאַחְדוּת, וְהַיּוֹצֵא וּמַנִּיחַ חֲבֵירוֹ בְּמוֹרָא וּפַחַד זֶה מוֹרֶה עַל הַפֵּירוּד, שֶׁאוֹמֵר שָׁלוֹם עָלַיִךְ נַפְשִׁי, וְאֵינוֹ רוֹצֶה בְּחִיבּוּר וְאַחְדוּת, וְלָכֵן טוֹרְפִין תְּפִלָּתוֹ בְּפָנָיו, כִּי עַל הָרֹוב אֵין תְּפִלָּתוֹ שֶׁל הָאָדָם שְׁלֵימָה מִצַּד הַכַּוָּנָה, אַךְ נִשְׁלַם חֶסְרוֹנָהּ מֵחֲמַת הִצְטָרְפוּת שֶׁלָּהּ עִם תְּפִלּוֹת הַצַּדִּיקִים שֶׁהֵם בִּשְׁלֵימוּת, וְהֵם מוֹשְׁכִים תְּפִילּוֹת הַחַלָּשִׁים, כְּמוֹ סְפִינָה שֶׁל אֵשׁ שֶׁמּוֹשֶׁכֶת עִמָּהּ סְפִינָה פְּשׁוּטָה, וּלְכָךְ זֶה שֶׁאֵין לוֹ חֵפֶץ וְרָצוֹן בְּחִיבּוּר וְאַחְדוּת, אָז מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה תְּפִלָּתוֹ לֹא תִּהְיֶה מִצְטָרֶפֶת עִם תְּפִלּוֹת הַצַּדִּיקִים הַשְּׁלֵימִים, וְנִבְדֶּלֶת וְנִפְרֶדֶת מֵהֶם, וְאָז יֻוכַּר חֶסְרוֹנָהּ וְאֵין בָּהּ כֹּחַ לַעֲלוֹת, וּלְכָךְ טוֹרְפִין לוֹ תְּפִלָּתוֹ בְּפָנָיו, וּלְכָךְ גּוֹרֵם גַּם כֵּן סִילּוּק שְׁכִינָה מִיִּשְׂרָאֵל, כִּי הַשְׁרָאַת שְׁכִינָה בְּיִשְׂרָאֵל יִהְיֶה עַל יְדֵי קִיּוּם תרי"ג מִצְוֹת, וּבֶאֱמֶת אִי אֶפְשָׁר שֶׁיִּהְיֶה כָּל אָדָם מְקַיֵּים הַכֹּל, אַךְ עַל יְדֵי הַחִיבּוּר וְאַחְדוּת נֶחְשָׁב כָּל אֶחָד וְאֶחָד מְקַייֵּם כָּל תרי"ג מִצְוֹת, וְזֶה לְפִי שִׁיטָתוֹ שֶׁאֵינוֹ רוֹצֶה בְּאַחְדוּת וְחִיבּוּר לְכָךְ גּוֹרֵם כָּךְ. וּבָזֶה יוּבָן הַיַּלְפוּתָא מִקְּרָא לוֹא הִקְשַׁבְתָּ לְמִצְוֹתָי, וּפֵירוּשׁ רַשִׁ"י שֶׁצִּיוַּתִּי לִגְמֹול חֶסֶד, וְקַשָּׁא לָמָּה נָקֵיט לְשׁוֹן רַבִּים, וּבָזֶה נִיחָא שֶׁאִם הַמְתָּנַת שֶׁאַתָּה מוֹדֶה וְחָפֵץ בְּחִיבּוּר וְאַחְדוּת, אָז תִּזְכֶּה לְמִצְוֹת רַבִּים מִשֶּׁל אֲחֵרִים. וְהָא דְּנָקֵיט לִישָּׁנָא דְּטוֹרְפִין וְלֹא אָמַר מַשְׁלִיכִין אוֹ דּוֹחִין? נִרְאֶה לִי בס"ד בְּהִקְדִּים מַעֲשֶׂה בְּמֶלֶךְ שֶׁהָיָה לוֹ שְׁנֵי שָׂרִים יוֹעֲצִים וְאַהֲבָם הַרְבֵּה, אֶחָד יִשְׂרָאֵל וְאֶחָד עָרֵל, וְהַשַּׂר יִשְׂרָאֵל הָיָה יָפֶה מְאֹד וְהָיְתָה אִשְׁתּוֹ שֶׁל שַׂר הֶעָרֵל חוֹמַדְתּוֹ וּמִתְאַוֶּה אֵלָיו הַרְבֵּה, וְאֵינָהּ יְכוֹלָה לוֹ שֶׁהָיָה צַדִּיק וְיָשָׁר, לְיָמִים נִתְעַבְּרוּ נְשׁוֹתֵיהֶם וְיָלְדוּ זְכָרִים בְּיוֹם אֶחָד, וְלִהְיוֹת אִשְׁתּוֹ שֶׁל שַׂר הֶעָרֵל חוֹשֶׁקֶת הַרְבֵּה בְּשַׂר יִשְׂרָאֵל, וְלֹא הָיְתָה מְסִירָה אוֹתוֹ מְמֻחְשַׁבְתָּהּ, לְכָךְ אוֹתָהּ הַוָּלָד שֶׁנִּתְעַבְּרָה בּוֹ מִבַּעְלָהּ נוֹלַד צוּרָתוֹ כְּצוּרַת שַׂר הֲיִשְׂרָאֵל, וְגַם אִשְׁתּוֹ שֶׁל שַׂר יִשְׂרָאֵל יָלְדָה הַוָּלָד שֶׁלָּהּ כְּצוּרַת אָבִיו מַמָּשׁ, נִמְצָא אֵלּוּ הַיְּלָדִים שֶׁנּוֹלְדוּ בְּיוֹם אֶחָד הָיְתָה צוּרָתָם שָׁוָה שֶׁדּוֹמִים זֶה לָזֶה מַמָּשׁ, וְהֻוגַּד לַמֶּלֶךְ כִּי יָלְדוּ נְשׁוֹתֵיהֶם שֶׁל הַשָּׂרִים בְּיוֹם אֶחָד, וְהַיְלָדִים דּוֹמִין זֶה לָזֶה מַמָּשׁ, וּשְׁנֵיהֶם דּוֹמִין לְצוּרַת שַׂר הֲיִשְׂרָאֵל. וְהֵבִין הַמֶּלֶךְ כִּי מֵרֹוב חָשְׁקָה שֶׁל אֵשֶׁת הֶעָרֵל בְּשַׂר הֲיִשְׂרָאֵל הוֹלִידָה בְּנָהּ בְּצוּרָתוֹ, וְכָעַס בְּלִבּוֹ עָלֶיהָ וְגָזַר וְאָמַר שֶׁבַּיּוֹם שֶׁיָּמוּלוּ בְּנוֹ שֶׁל יִשְׂרָאֵל יָמוּלוּ גַּם בְּנָהּ שֶׁל אוֹתָהּ אִשָּׁה, וְאַף עַל פִּי שֶׁזֶּה הֵפֶךְ דָּתָם, גָּזַר כֵּן לְפַרְסֵם עֲוֹן הַחֵשֶׁק שֶׁלָּהּ שֶׁחָשְׁקָה בְּאִישׁ זָר מְאֹד, וְכֵן עָשׂוּ, אַחַר כָּךְ גָּזַר שֶׁיִּגְמְלוּ הַיְלָדִים בְּיוֹם אֶחָד, וַיָּבִיאוּ אֶת שְׁנֵיהֶם לְבֵית הַמֶּלֶךְ וְשָׁם יִגְדְּלוּ אוֹתָם, וְאֶת פְּנֵי אֲבִיהֶם וְאִימּוּתָם לֹא יִרְאוּ עַד מֶשֶׁךְ שִׁשָּׁה שָׁנִים, שֶׁאָז יִמְסֹור אוֹתָם לָהֶם, וְכֵן עֵשָׂו וְאֵלּוּ אַחַר שֶׁגָּדְלוּ הָיוּ דּוֹמִין זֶה לָזֶה, אַךְ הַמֶּלֶךְ וּבְנֵי בֵּיתוֹ יוֹדְעִים מִי זֶה בֶּן שַׂר הֲיִשְׂרָאֵל, וּמִי זֶה בֶּן שַׂר הֶעָרֵל, כִּי אִי אֶפְשָׁר לִהְיוֹת דּוֹמִין מַמָּשׁ, שֶׁיֵּשׁ בְּוַדַּאי אֵיזֶה סִימָן דַּק בְּנֵיהֶם, אֲבָל אֲבוֹתֵיהֶם וְאִמּוּתָם מֵאַחַר שֶׁלֹּא גָּדְלוּ אֶצְלָם אֵין יְכוֹלִים לְהֶכֵּירָם, וְלֹא יָדַע כָּל אֶחָד מִי הוּא בְּנוֹ, וְהִנֵּה בְּכָל אוֹתָם שָׁנִים שֶׁנִּגְדְּלוּ בְּבֵית הַמֶּלֶךְ כַּאֲשֶׁר מְבִיאִים תַּבְשִׁיל אָסוּר לְבֶן הֲיִשְׂרָאֵל לֹא הָיָה אוֹכֵל, וְאִם הָיוּ מַאֲכִילִים אוֹתוֹ בְּעַל כָּרְחוֹ הָיָה מְקִיאוֹ, וְלֹא הָיְתָה נַפְשׁוֹ מְקַבֶּלֶת אֶלָּא רַק אֹוכֶל שֶׁל הֶיתֵּר, וּכְשֶׁהִגִּיעַ זְמַן שֶׁקָּצַב הַמֶּלֶךְ שֶׁהָיוּ הַיְלָדִים כָּל אֶחָד בֶּן שֵׁשׁ שָׁנִים, קָרָא הַמֶּלֶךְ אֶת שְׁנֵי הַשָּׂרִים אֲבוֹתֵיהֶם שֶׁל הַיְלָדִים לְבֵיתוֹ וְהִצִּיג אֶת שְׁנֵי הַיְלָדִים לִפְנֵיהֶם, וַיֹּאמֶר לָהֶם כָּל אֶחָד יִקַּח אֶת בְּנוֹ וְיֵלֵךְ לוֹ, וְהֶעָרֵל נִיגַּשׁ לִמְשֹׁוךְ יֶלֶד אֶחָד מֵהֶם, כִּי הוּא אֵינוֹ מַכִּיר אֶת בְּנוֹ מֵאַחַר שֶׁשְּׁנֵיהֶם דּוֹמִין זֶה לָזֶה, אֲבָל שַׂר הֲיִשְׂרָאֵל לֹא רָצָה לִיקַּח, וְהִתְחִיל לִבְכּוֹת וַיֹּאמֶר לַמֶּלֶךְ מֵאַחַר שֶׁאֵין אֲנִי יוֹדֵעַ מִי הוּא בְּנִי לֹא אֶרְצֶה לִיקַּח מִן הִתְעָרְבוּת מִן הַבָּא בְּיָדִי. וַיֹּאמֶר לוֹ הַמֶּלֶךְ אִם תּוּכַל לַעֲשׂוֹת אֵיזֶה מִבְחָן שֶׁבּוֹ תַּכִּיר מִי הוּא בֵּן שֶׁלְּךָ עֲשֵׂה וְקַח לְךָ, וְיֹאמַר שַׂר הֲיִשְׂרָאֵל אֲנִי אֶרְצֶה לַעֲשׂוֹת מִבְחָן הַזֶּה שֶׁיָּבִיאוּ קְעָרָה אַחַת מְלֵאָה פְּרָטֵי עֲנָבִים, דְּהַיְינוּ שֶׁתְּלָשׁוּם מִן הָאֶשְׁכּוֹל וְיַעֲשׂוּ כֻּולָּם פְּרָט, וְיָבִיאוּ קְעָרָה אַחַת שֶׁיֵּשׁ בָּהּ אֶשְׁכּוֹל עֲנָבִים אֶחָד שֶׁעוֹדָם מְחֻובָּרִים בְּאֶשְׁכּוֹל וְלֹא נִפְרְטוּ, וִישִׂימוּם לִפְנֵי אֶחָד מִן הַיְלָדִים לְבַדּוֹ, וְיַחְזְרוּ וְיַנִּיחוּם לִפְנֵי הַשֵּׁנִי לְבַדּוֹ, וּמִי שֶׁיִּקַּח אֶת הָאֶשְׁכּוֹל בָּרוּר לִי שֶׁהוּא בְּנִי, וְכֵן עָשׂוּ וְיִתְּנוּם לִפְנֵי בֶּן שַׂר הֶעָרֵל וְיִבְחַר וַיִּקַּח לוֹ קְעָרָה שֶׁיֵּשׁ בָּהּ עֲנָבִים נִפְרָטִים, וְחָזְרוּ וְהִנִּיחוּם לִפְנֵי בֶּן שַׂר הֲיִשְׂרָאֵל וְיִבְחַר לוֹ לָקַחַת אֶת הָאֶשְׁכּוֹל וְלֹא בָּחַר בִּקְעָרָה שֶׁל פְּרָטֵי עֲנָבִים, וְיֹאמַר הַשַּׂר הֲיִשְׂרָאֵל זֶה הוּא בְּנִי בְּוַדַּאי! וַיֹּאמֶר הַמֶּלֶךְ כֵּן דִּבַּרְתָּ, זֶה הוּא בִּנְךָ כִּי אֲנִי מַכִּיר אוֹתָם בֶּאֱמֶת, אַךְ הַגֵּד לִי מֵהֵיכָן נוֹדַע לְךָ הַדָּבָר עַל יְדֵי מִבְחָן זֶה? וַיֹּאמֶר לוֹ אֲדוֹנִי הַמֶּלֶךְ אֲנַחְנוּ יִשְׂרָאֵל, אַף עַל פִּי שֶׁיֵּשׁ לָנוּ גּוּפִים מֻוחְלָקִים עִם כָּל זֶה אֲנַחְנוּ אֲחוּזִים וּקְשׁוּרִים זֶה עִם זֶה מִצַּד נִשְׁמוֹתֵינוּ, וּלְכָךְ כֻּולָּנוּ נֶחְשָׁבִים נֶפֶשׁ אַחַת דִּכְתִיב (דְּבָרִים י, כב) בְּשִׁבְעִים נֶפֶשׁ יָרְדוּ אֲבֹתֶיךָ מִצְרָיְמָה, וְלֹא אָמַר 'נְפָשׁוֹת', וְכֵן כְּתִיב (יִרְמְיָהוּ ג, יז) שֶׂה פְּזוּרָה יִשְׂרָאֵל, וְלֹא אָמַר 'שֵׂיוֹת פְּזוּרוֹת', וְעַל כֵּן אֲנַחְנוּ דּוֹמִין לְאֶשְׁכּוֹל עֲנָבִים, דְּאַף עַל פִּי שֶׁכָּל עֲנָבָה וַעֲנָבָה לְחוּדָהּ קַייְמָא עִם כָּל זֶה כָּל הַפְּרָטִים אֲחוּזִים וּקְשׁוּרִים זֶה בָּזֶה עַל יְדֵי הָאֶשְׁכּוֹל שֶׁתְּלוּיִם בּוֹ, וְלָכֵן יִשְׂרָאֵל נִמְשְׁלוּ לְאֶשְׁכּוֹל, דִּכְתִיב (שִׁיר הַשִּׁירִים ז' ח') זֹאת קוֹמָתֵךְ דָּמְתָה לְתָמָר וְשָׁדַיִךְ לְאַשְׁכֹּלוֹת, כְּלוֹמַר מִצַּד הַגּוּפִים דְּמֵתָה לְתָמָר, וּמִצַּד הַנְּפָשׁוֹת שֶׁהֵם מְנִיקִים בְּשֵׁדִים דּוֹמִין לְאַשְׁכֹּלוֹת עַל דֶּרֶךְ שֶׁאָמַרְנוּ. אַךְ אוּמוֹת הָעוֹלָם אֵין מְחֻובָּרִים וַאֲחוּזִים זֶה בָּזֶה, לָכֵן יְדַמּוּ לִפְרָט שֶׁהֵם עֲנָבִים שֶׁנִּתְלְשׁוּ וְנִפְרְטוּ מִן הָאֶשְׁכּוֹל שֶׁאֵינָם מְחֻובָּרִים וַאֲחוּזִים זֶה עִם זֶה, וַאֲנִי יָדַעְתִּי כִּי אֵלּוּ הַבָּנִים לִהְיוֹתָם קְטַנִּים עַתָּה כָּל אֶחָד נִמְשָׁךְ אַחַר שָׁרְשׁוֹ, וּכְבָר נִתְנַסָּה בְּנִי בְּעִנְיַן הַמַּאֲכָל שֶׁהָיְתָה נַפְשׁוֹ קָצָה בַּמַּאֲכָל הָאָסוּר לוֹ, עַל כֵּן תִּרְאֶה זֶה בְּנִי, עַתָּה נִמְשַׁךְ לִבּוֹ אַחַר הָאֶשְׁכּוֹל שֶׁבָּחַר בּוֹ אַף עַל פִּי שֶׁאֵין בּוֹ עֲנָבִים חֲצִי מִמַּה שֶׁיֵּשׁ בַּקְּעָרָה הָאַחֶרֶת, אַךְ בֵּן הָאַחֵר נִמְשַׁךְ לִבּוֹ אַחַר הַפְּרָט שֶׁהוּא דִּמְיוֹן לְאֻומָּתָן, וְיִטַב הַדָּבָר בְּעֵינֵי הַמֶּלֶךְ כִּי רָאָה דְּבָרָיו נְכוֹנִים בְּחוּשׁ הָרֵיאוֹת וְיִתֵּן לוֹ אֶת בְּנוֹ. נִמְצָא אוּמוֹת הָעוֹלָם דּוֹמִין לִפְרָט וְיִשְׂרָאֵל דּוֹמִין לְעוֹלֵלוֹת, וְהִנֵּה זֶה שֶׁרָאָה חֲבֵירוֹ עוֹדֶנּוּ מִתְפַּלֵּל וְהוּא עוֹמֵד בִּמְקוֹם סַכָּנָה, אִם הָיָה חוֹשֵׁב בֶּאֱמֶת שֶׁיִּשְׂרָאֵל דּוֹמִין לָאֶשְׁכּוֹלוֹת שֶׁכֻּולָּם קְשׁוּרִים זֶה בָּזֶה, לֹא הָיָה מַנִּיחוֹ וְיוֹצֵא מֵאַחַר כִּי סַכָּנָתוֹ שֶׁל זֶה נוֹגַעַת אֶל עַצְמוֹ וְאֶל בְּשָׂרוֹ, אַךְ כְּשֶׁהִנִּיחוּ לְבַדּוֹ בִּמְקוֹם סַכָּנָה וְיָצָא, נִמְצָא חוֹשֵׁב שֶׁהוּא דּוֹמֶה לִפְרָט שֶׁאֵין הָעֲנָבָה מְחֻובֶּרֶת וּקְשׁוּרָה עִם חַבְרוֹתֶיהָ, וְלָכֵן כֵּיוָן שֶׁדִּימָּה עַצְמוֹ לִפְרָט, יִתְהַפְּכוּ לוֹ אוֹתִיּוֹת פְּרָט לְאוֹתִיּוֹת טֶרֶף , וְטוֹרְפִין לוֹ תְּפִלָּתוֹ בְּפָנָיו, לְכָךְ נָקֵיט לִישָּׁנָא דְּטוֹרְפִין וְלֹא אָמַר דּוֹחִין אוֹ מַשְׁלִיכִין. וּבָזֶה יוּבָן רָמַז הַכָּתוּב בִּיחֶזְקֵאל (יז,כג) בְּהַר מְרוֹם יִשְׂרָאֵל אֶשְׁתֳּלֶנּוּ וְנָשָׂא עָנָף וְעָשָׂה פֶרִי, וְיֵשׁ לְהַקְשׁוֹת דְּסַגִּי לוֹמַר וְעָשָׂה פְּרִי, וּלְמַאי אִצְטְרִיךְ לְמִדְכַּר עָנָף גַּם כֵּן? וּבָזֶה נִיחָא שֶׁיִּשְׂרָאֵל דּוֹמִין לְעָנָף שֶׁיֵּשׁ בּוֹ פֵּירוֹת רַבִּים מְחֻובָּרִים יַחַד בּוֹ, וְלֹא יְדַמּוּ לְפֵירוֹת נִפְרָדִים וְנִפְרָטִים שֶׁעוֹמְדִים כָּל פְּרָט וּפְרָט לְבַדּוֹ, וְלָכֵן תִּמְצָא דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל אֶשְׁכּוֹל, אִישׁ שֶׁהַכֹּל בּוֹ, וְכָתַב בס"ה אֵין אוֹמְרִים כֹּל עַל פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה, וְכֵן בְּיִשְׂרָאֵל יֵשׁ שְׁלֹשָׁה מִינִים שֶׁהֵם כֹּהֲנִים לְוִיִּם יִשְׂרְאֵלִים. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם דְּנָקֵיט לִישָּׁנָא דְּטוֹרְפִין וְהוּא כִּי הַכָּתוּב אָמַר (תְּהִלִּים קי"א ה') טֶרֶף נָתַן לִירֵאָיו יִזְכֹּר לְעוֹלָם בְּרִיתוֹ, וְיָדוּעַ כַּוָּנַת הַכָּתוּב הוּא שֶׁיִּשְׂרָאֵל בְּעֵסֶק הַתּוֹרָה וּתְפִלָּה עוֹשִׂין טֶרֶף בְּסִטְרָא אַחֲרָא מִפְּנֵי כִּי בָּהֶם יִהְיֶה בֵּירוּר, וּמֵאַחַר שֶׁיִּהְיֶה בֵּירוּר מֻוכְרָח שֶׁיִּהְיֶה טֶרֶף בְּאוֹתוֹ חֵלֶק שֶׁל סִטְרָא אַחְרָא שֶׁנַּעֲשָׂה בּוֹ הַבֵּירוּר, כִּי כֵּיוָן שֶׁיָּצָא מִמֶּנּוּ הַנִּיצוֹץ הַקָּדוֹשׁ נִטְרַף אוֹתוֹ חֵלֶק שֶׁל סִטְרָא אַחְרָא וְנַעֲשָׂה חָלָל, וְזֶה שֶׁאָמַר טֶרֶף, רְצוֹנוֹ לוֹמַר מְלֶאכֶת הַטֶּרֶף, נָתַן אוֹתָהּ לִירֵאָיו שֶׁנָּתַן לָהֶם כֹּחַ לַעֲשׂוֹת כֵּן כְּדֵי שֶׁ'יִזָּכֵר לְעוֹלָם בְּרִיָּתוֹ', כִּי כָּל הָעוֹלָם עוֹמֵד וְקַיָּים עַל יְדֵי זְכוּת מְלָאכוֹת שֶׁל הַבּוֹרֵר, וְכַנִּזְכָּר בְּמָקוֹם אַחֵר בְּמִדְרַשׁ אַגָּדָה, וּבָזֶה מוּבָן הַטַּעַם דְּטוֹרְפִין, כִּי זֶה חֲבֵירוֹ עוֹמֵד וּמִתְפַּלֵּל וְעוֹשֶׂה מְלָאכָה זוֹ שֶׁל טֶרֶף בְּסִטְרָא אַחֲרָא, וְזֶה הִנִּיחוֹ וְיָצָא, וְעַל יְדֵי כֵּן נִתְבַּלְבֵּל דַּעְתּוֹ וּמִמֵּילָא נִתְבַּלְבְּלָה מְלָאכָה זוֹ שֶׁל טֶרֶף, לְכָךְ טוֹרְפִין תְּפִלָּתוֹ בְּפָנָיו.
« On lui jette sa prière à la face. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, en donner la raison : l'attente que l'on accorde à son compagnon marque la jonction et l'unité, tandis que sortir en laissant son compagnon dans la crainte et l'effroi marque la séparation, celui-là disant « paix sur toi, mon âme », et refusant la jonction et l'unité. C'est pourquoi on lui jette sa prière à la face : car le plus souvent la prière d'un homme n'est pas parfaite du côté de l'intention, et son manque est comblé par sa jonction avec les prières des justes, qui sont parfaites et qui entraînent les prières des faibles, comme un navire à vapeur qui remorque avec lui un simple bateau. Aussi celui qui ne veut ni ne désire la jonction et l'unité se voit-il traite mesure pour mesure : sa prière ne se joindra pas aux prières des justes accomplis, elle en sera séparée et détachée, son manque apparaîtra alors, et elle n'aura pas la force de monter ; c'est pourquoi on lui jette sa prière à la face. Et c'est pourquoi il cause aussi le retrait de la Chekhina d'Israël : car la résidence de la Chekhina en Israël se réalise par l'accomplissement des six cent treize commandements, et en vérité il est impossible que chaque homme les accomplisse tous ; mais par la jonction et l'unité, chacun est considéré comme accomplissant les six cent treize commandements. Celui-ci, dans sa conduite, refuse l'unité et la jonction, et cause donc cette conséquence. On comprend par là la déduction tirée du verset « si tu avais été attentif à mes commandements », que Rachi explique par « que j'ai ordonné de pratiquer la bonté » ; on peut demander pourquoi il emploie le pluriel, et la réponse est que si tu attends, montrant que tu reconnais et désires la jonction et l'unité, alors tu mériteras les commandements nombreux accomplis par d'autres. Quant à l'emploi du terme « on jette » plutôt que « on rejette » ou « on repousse », il me semble, avec l'aide du Ciel, l'éclairer par une histoire. Un roi avait deux ministres conseillers qu'il aimait beaucoup, l'un juif et l'autre non juif. Le ministre juif était très beau, et la femme du ministre non juif le convoitait et le désirait fort sans pouvoir l'atteindre, car il était juste et droit. Un jour leurs femmes conçurent et enfantèrent des garçons le même jour ; et comme la femme du ministre non juif désirait fortement le ministre juif et ne l'écartait pas de sa pensée, l'enfant qu'elle avait conçu de son mari naquit avec les traits du ministre juif. La femme du ministre juif enfanta elle aussi un enfant qui ressemblait exactement à son père. Il se trouva donc que ces enfants, nés le même jour, avaient une apparence identique et se ressemblaient exactement. On rapporta au roi que les femmes des ministres avaient enfanté le même jour, que les enfants se ressemblaient exactement et que tous deux ressemblaient au ministre juif. Le roi comprit que par l'ardeur du désir de la femme du non juif envers le ministre juif, elle avait enfanté son fils à sa ressemblance ; il s'en irrita dans son cœur contre elle et décréta que le jour où l'on circoncirait le fils du juif, on circoncirait aussi le fils de cette femme. Bien que cela fut contraire à leur religion, il en décréta ainsi pour rendre publique la faute de son désir, qui s'était porté sur un homme étranger. Ainsi firent-ils. Il décréta ensuite que les enfants seraient sevrés le même jour, qu'on les amènerait tous deux à la maison du roi et qu'on les y élèverait, et qu'ils ne verraient pas le visage de leur père ni de leur mère pendant six années, au terme desquelles il les leur remettrait. Ainsi firent-ils. Une fois grandis, ils se ressemblaient l'un l'autre ; mais le roi et les gens de sa maison savaient lequel était le fils du ministre juif et lequel le fils du ministre non juif, car il est impossible qu'ils fussent identiques : il y avait assurément entre eux quelque signe ténu. Leurs pères et leurs mères, en revanche, ne pouvaient les reconnaître, ne les ayant pas élevés, et aucun ne savait lequel était son fils. Or pendant toutes ces années où ils grandirent dans la maison du roi, lorsqu'on apportait un mets interdit, le fils du juif n'en mangeait pas, et si on le lui faisait manger de force, il le vomissait ; son âme ne recevait qu'une nourriture permise. Quand vint le temps fixé par le roi, les enfants ayant chacun six ans, le roi appela les deux ministres, pères des enfants, dans sa maison, et plaça les deux enfants devant eux en leur disant : que chacun prenne son fils et s'en aille. Le non juif s'avança pour tirer l'un des enfants, car il ne reconnaissait pas son fils, les deux se ressemblant. Mais le ministre juif refusa de prendre, se mit à pleurer et dit au roi : puisque je ne sais lequel est mon fils, je ne veux pas prendre au hasard dans ce mélange. Le roi lui dit : si tu peux imaginer une épreuve par laquelle tu reconnaîtras lequel est ton fils, fais-le et prends-le. Le ministre juif dit : je veux faire cette épreuve : que l'on apporte un plat rempli de grains de raisin détachés, c'est-à-dire qu'on les détache de la grappe et qu'ils soient tous séparés, et que l'on apporte un autre plat contenant une grappe de raisin dont les grains sont encore attachés et non détachés ; qu'on les place devant l'un des enfants seul, puis devant le second seul, et celui qui prendra la grappe, il est clair pour moi que c'est mon fils. Ainsi firent-ils : on les plaça devant le fils du ministre non juif, qui choisit et prit le plat contenant les grains détachés ; on les replaça devant le fils du ministre juif, qui choisit de prendre la grappe et ne choisit pas le plat des grains détachés. Le ministre juif dit : celui-ci est assurément mon fils ! Le roi dit : tu as bien parlé, celui-ci est ton fils, car je les connais en vérité ; mais dis-moi, d'où t'est venue cette connaissance par une telle épreuve ? Il lui dit : mon seigneur le roi, nous autres Israël, bien que nous ayons des corps distincts, nous sommes tenus et liés les uns aux autres du côté de nos âmes, et c'est pourquoi nous sommes tous comptés comme une seule âme, ainsi qu'il est écrit (Deutéronome 10, 22) « avec soixante-dix âmes tes pères descendirent en Égypte », et il n'est pas dit « âmes » au pluriel développé ; il est écrit de même (Jérémie 3, 17, selon la citation) « Israël est une brebis dispersée », et il n'est pas dit « des brebis dispersées ». Nous ressemblons donc à une grappe de raisin : bien que chaque grain se tienne à part, tous les grains sont tenus et liés les uns aux autres par la grappe à laquelle ils sont suspendus. C'est pourquoi Israël est comparé à une grappe, comme il est écrit (Cantique 7, 8) « ta taille ressemble au palmier, et tes seins à des grappes », c'est-à-dire que du côté des corps elle ressemble au palmier, et du côté des âmes, qui allaitent aux seins, ils ressemblent aux grappes, selon ce que nous avons dit. Mais les nations du monde ne sont ni jointes ni tenues les unes aux autres ; elles ressemblent donc aux grains détachés, arrachés de la grappe, qui ne sont ni joints ni tenus les uns aux autres. Or je savais que ces enfants, étant encore petits, suivent chacun sa racine, et mon fils a déjà été éprouvé en matière de nourriture, son âme répugnant à l'aliment qui lui est interdit ; aussi vois : celui-ci est mon fils, son cœur s'est porté vers la grappe qu'il a choisie, bien qu'elle n'ait pas la moitié des grains de l'autre plat, tandis que le cœur de l'autre s'est porté vers les grains détachés, à l'image de sa nation. La chose plut aux yeux du roi, qui vit ses paroles justes à l'évidence, et il lui remit son fils. Il se trouve donc que les nations du monde ressemblent aux grains détachés et Israël aux grappes. Or celui qui voit son compagnon encore en prière alors qu'il se tient dans un lieu de danger, s'il pensait vraiment qu'Israël ressemble aux grappes dont tous les grains sont liés les uns aux autres, ne l'aurait pas laissé pour sortir, car le danger de celui-là touche son propre os et sa propre chair. Mais en le laissant seul dans un lieu de danger et en sortant, il se trouve qu'il se pense semblable au grain détaché, qui n'est ni joint ni lié à ses semblables ; et puisqu'il s'est assimilé au grain détaché (perat), les lettres de perat se retournent pour lui en les lettres de taref, et on lui jette sa prière à la face. C'est pourquoi l'expression employée est « on jette » plutôt que « on repousse » ou « on rejette ». On comprend par là l'allusion du verset d'Ezechiel (17, 23) « sur la montagne élevée d'Israël je le planterai, il portera un rameau et fera du fruit » ; on peut demander pourquoi il ne suffisait pas de dire « et fera du fruit », et pourquoi il fallait mentionner aussi le rameau. La réponse est qu'Israël ressemble au rameau, qui porte de nombreux fruits joints ensemble sur lui, et ne ressemble pas aux fruits séparés et détachés, dont chacun se tient à part. Tu trouveras aussi que nos maîtres de mémoire bénie ont dit du mot echkol (grappe) qu'il signifie ich chehakol bo, un homme en qui tout se trouve ; et il est écrit dans le Sefer HaHinoukh que l'on ne dit pas « tout » pour moins de trois : de même en Israël il y a trois catégories, cohanim, leviim et israélim. D'une autre façon, il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison de l'emploi du terme « on jette » (torfin) est la suivante : l'Écriture dit (Psaumes 111, 5) « il a donné une proie (teref) à ceux qui le craignent, il se souvient à jamais de son alliance ». On sait que le sens du verset est qu'Israël, par l'étude de la Torah et la prière, opère un déchirement dans la sitra ahara, car par elles s'opère un tri ; et puisqu'il y a tri, il faut nécessairement qu'il y ait déchirement dans la part de la sitra ahara où le tri s'est opéré, car dès lors que l'étincelle sainte en est sortie, cette part de la sitra ahara est déchirée et devient un vide. C'est le sens de teref : il veut dire l'œuvre du déchirement, qu'Il a donnée à ceux qui le craignent, leur ayant donné la force d'agir ainsi, afin qu'Il « se souvienne à jamais de son alliance », car le monde entier tient et subsiste par le mérite des œuvres du tri, comme il est mentionné ailleurs dans le Midrach Aggada. On comprend par là la raison du terme « on jette » : ce compagnon se tient en prière et accomplit cette œuvre de déchirement dans la sitra ahara, et celui-là l'a laissé et est sorti ; par là son esprit s'est troublé, et l'œuvre du déchirement s'est trouvée troublée du même coup. C'est pourquoi on lui jette sa prière à la face.
💡 Explication

Troisième enseignement d'Abba Binyamin. Selon Rabbenou Tam cité par Tossefot, la scène se situe dans les synagogues situées hors des villes, où rester seul le soir expose au danger : partir revient à abandonner son compagnon.

Rachi lit le verset de Job comme une adresse à ce partant : nefech désigne ici la prière, d'après le verset de Hanna, « et j'ai répandu mon âme ». La sanction reprend donc le terme de la faute : celui qui a laissé l'autre voit sa propre prière rejetée.

🖼️ Schéma
Deux hommes entrent prier Selon Rabbenou Tam, la scène se situe dans les synagogues des champs, où rester seul expose au danger. Le premier commencé avant l'autre, achevé sa prière, n'attend pas son compagnon et sort Le second reste seul dans le lieu de prière, expose et distrait Première sanction (seg. 24) On lui jette sa prière à la face : toref nafcho beapo (Job 18, 4). Rachi : nefech désigne ici la prière. Seconde sanction (seg. 25) Il cause le retrait de la Chekhina d'Israël : veyeatek tsour mimkomo. Le Rocher désigne Hachem. Seg. 26 : et s'il l'a attendu, quelle est sa récompense ? La réponse se lit au début de 6a.
Les deux qui entrent prier : la faute de celui qui sort et les deux conséquences énoncées.
26
וְלֹא עוֹד, אֶלָּא שֶׁגּוֹרֵם לַשְּׁכִינָה שֶׁתִּסְתַּלֵּק מִיִּשְׂרָאֵל, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיַּעְתֵּק צוּר מִמְּקֹמוֹ״. וְאֵין ״צוּר״ אֶלָּא הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא, שֶׁנֶּאֱמַר: צוּר יְלָדְךָ תֶּשִׁי״.

Et de plus, il cause le retrait de la Chekhina d'Israël, ainsi qu'il est dit : « et le Rocher se déplacera de son lieu ». Et « Rocher » ne désigne que le Saint béni soit-Il, ainsi qu'il est dit : « le Rocher qui t'a engendré, tu l'as négligé ».

🪔 Ben Yehoyada (1)
וְלֹא עוֹד אֶלָּא שֶׁגּוֹרֵם לַשְּׁכִינָה שֶׁתִּסְתַּלֵּק מִיִּשְׂרָאֵל. הַדָּבָר הַזֶּה יִפָּלֵא, הֲיִתָּכֵן בִּשְׁבִיל שֶׁלֹּא הִמְתִּין לָזֶה יִגְרֹום רַע כָּל כָּךְ לְיִשְׂרָאֵל כֻּולָּם בְּסִילּוּק שְׁכִינָה, שֶׁהוּא דָּבָר קָשֶׁה מִכָּל רָעוֹת שֶׁבָּעוֹלָם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי יָדוּעַ דְּהַשְׁרָאַת שְׁכִינָה עַל יִשְׂרָאֵל יֵשׁ בָּזֶה מַדְרֵגוֹת רַבּוֹת, וּמַדְרֵגָה הַגְּדוֹלָה הִיא בִּהְיוֹתָם שִׁשִּׁים רִבּוֹא בְּאַחְדוּת אֶחָד אָז תִּשְׁרֶה שְׁכִינָה עֲלֵיהֶם בְּמַדְרֵגָה גְּדוֹלָה מְאֹד, וְלָכֵן אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (בְּרָכוֹת פ"ט) הָרוֹאֶה שִׁשִּׁים רִבּוֹא יִשְׂרָאֵל מְבָרֵךְ בָּרוּךְ חֲכַם הָרָזִים, וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב בָּזֶה רַבֵּינוּ מָהָרָ"ם אַלְשֵׁיךְ זַ"ל, וְהִנֵּה צֵא וַחֲשֹׁוב בְּדַעְתְּךָ אִם הָיוּ יִשְׂרָאֵל בְּאוֹתוֹ זְמַן שִׁשִּׁים רִבּוֹא בְּאַחְדוּת אֶחָד עִם הִצְטָרְפוּת שֶׁל זֶה הָאִישׁ שֶׁקָּדַם לְהִתְפַּלֵּל, וְאָז הָיְתָה הַשְׁרָאַת שְׁכִינָה עֲלֵיהֶם בְּמַדְרֵגָה הַגְּדוֹלָה, וְעַל יְדֵי שֶׁהִנִּיחַ חֲבֵירוֹ בִּמְקוֹם סַכָּנָה וְיָצָא נִמְצָא הִפְרִיד עַצְמוֹ מִכְּלָלוּת יִשְׂרָאֵל וְכָאָמוּר לְעֵיל, וְאִם כֵּן נֶחְסְרוּ שִׁשִּׁים רִבּוֹא אָדָם אֶחָד, וּמִמֵּילָא אוֹתָהּ הַמַּדְרֵגָה הָעֶלְיוֹנָה שֶׁל הַשְׁרָאַת שְׁכִינָה נִסְתַּלְּקָה, הֲרֵי אֶפְשָׁר שֶׁבָּזֶה הַדָּבָר יִגְרֹום סִילּוּק שְׁכִינָה מִיִּשְׂרָאֵל.
« Et de plus, il cause le retrait de la Chekhina d'Israël. » La chose étonne : est-il concevable que, pour n'avoir pas attendu celui-là, il cause à tout Israël un mal aussi grand que le retrait de la Chekhina, qui est la plus dure de toutes les calamités du monde ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'on sait que la résidence de la Chekhina sur Israël comporte de nombreux degrés, et que le degré le plus élevé se réalise lorsqu'ils sont six cent mille dans une seule unité : alors la Chekhina réside sur eux à un degré très élevé. C'est pourquoi nos maîtres de mémoire bénie ont dit (Berakhot, chapitre 9) que celui qui voit six cent mille d'Israël bénit « béni le Sage des secrets », comme l'a écrit à ce sujet notre maître le Maharam Alchekh de mémoire bénie. Représente-toi maintenant en pensée que si Israël se trouvait à ce moment-là six cent mille dans une seule unité, avec la jonction de cet homme qui a commencé sa prière le premier, la résidence de la Chekhina serait alors sur eux au degré élevé ; or en laissant son compagnon dans un lieu de danger et en sortant, il s'est séparé de la totalité d'Israël, comme il a été dit plus haut, et il manque donc aux six cent mille un homme, de sorte que ce degré supérieur de résidence de la Chekhina s'est retiré. Il est donc possible que par cette chose il cause le retrait de la Chekhina d'Israël.
💡 Explication

La suite du même verset de Job fournit la seconde conséquence. Le Talmud établit d'abord que tsour (rocher) est un nom divin, par le verset du Deutéronome, puis en tire que le départ de cet homme entraîne un retrait de la présence.

27
וְאִם הִמְתִּין לוֹ מַה שְּׂכָרוֹ?

Et s'il l'a attendu, quelle est sa récompense ?

💡 Explication

Le folio s'interrompt sur cette question. La réponse, tirée du verset d'Isaie « si tu avais été attentif à mes commandements », se lit au début de 6a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).