Berakhot 6a — Les mazikim invisibles, la Chekhina à la synagogue, et les tefilin du Maître du monde

Berakhot 6a

Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin de la sougya précédente : celui qui attend son compagnon à la synagogue mérite les bénédictions d'Isaie. Viennent ensuite les enseignements d'Abba Binyamin sur les mazikim : l'œil n'a pas reçu la permission de les voir, ils sont plus nombreux que nous, et le folio leur attribue la presse ressentie à l'assemblée d'étude, la fatigue des genoux, l'usure des vêtements.

Deux procédés sont donnés, l'un pour les déceler, l'autre pour les voir, avec l'accident de Rav Bibi bar Abaye. Le cœur du folio est ensuite l'échelle de la Chekhina : dix qui prient, trois qui jugent, deux qui étudient, un seul, chaque degré tiré d'un verset, puis la guemara remonte l'échelle en demandant pourquoi chaque degré devait être énoncé.

Le folio se ferme sur une longue aggada : le Saint béni soit-Il met les tefilin, et ce qui y est écrit est la louange d'Israël, répartie dans quatre boîtiers.

Le fil du folio : cinq mouvements Le folio passe du monde invisible qui entoure l'homme au lieu où sa prière est entendue, puis à la louange réciproque. Mouvement 1 (seg. 0) -- Reste de la sougya précédente Rabbi Yossi be-Rabbi Hanina : celui qui attend son compagnon à la synagogue mérite les bénédictions d'Isaie 48, 18-19. Le mot mitsvotaï est lu par Rachi comme les commandements de bonté, et hikshavta comme un terme d'attente. Mouvement 2 (seg. 1-5) -- Abba Binyamin et les mazikim La permission de voir n'a pas été donnée à l'œil : aucune créature ne tiendrait. Abaye : ils sont plus nombreux que nous. Rav Houna chiffre, Rava énumère leurs traces : la presse à la kalla, les genoux las, les vêtements usés. Deux procédés : la cendre tamisée pour les déceler, le placenta brûlé pour les voir -- et l'accident de Rav Bibi bar Abaye. Le folio ne demande jamais s'ils existent : il décrit ce qu'ils expliquent et le prix de vouloir les voir. Mouvement 3 (seg. 6-8) -- Le lieu où la prière est entendue Abba Binyamin : la prière n'est entendue qu'à la synagogue. Preuve : au lieu du chant, là que soit la prière. Ravin bar Rav Adda au nom de Rabbi Yits'hak fonde l'énoncé : le Saint béni soit-Il s'y trouve, puis dix qui prient. Un seul verset, Ps. 82, 1, va porter tout ce qui suit. Mouvement 4 (seg. 9-15) -- L'échelle de la Chekhina, descendue puis remontée Descente : dix qui prient, trois qui jugent, deux qui étudient, un seul qui étudie. Chaque degré a son verset. Incise (seg. 11) : oulehochve chemo -- celui qui a pensé accomplir un commandement et en a été empêché. Remontée : puisque même un seul, pourquoi deux ? Puisque même deux, pourquoi trois ? Puisque même trois, pourquoi dix ? Chaque réponse dégage un supplément propre : le livre des souvenirs, le jugement qui est Torah, la Chekhina qui précède. Mouvement 5 (seg. 16-24) -- Les tefilin du Maître du monde Rabbi Avin bar Rav Adda : le serment par la droite et par le bras de la force donne la Torah et les tefilin. Les tefilin sont une force pour Israël : les nations voient le nom appelé sur lui, ce sont les tefilin de la tête. Puis : ce qui y est écrit, la louange réciproque des deux versets du Deutéronome, et les cinq versets dans quatre boîtiers. Le Ben Yehoyada rappelle que toute cette aggada est une image portant sur des réalités cachées.
Les cinq mouvements du folio : du monde invisible qui entoure l'homme jusqu'à la louange réciproque d'Israël et de son D.
L'échelle de la Chekhina : quatre degrés, et pourquoi chacun devait être dit Ravin bar Rav Adda descend de dix vers un ; la guemara remonte ensuite et demande, à chaque degré, ce qu'il ajoute. Degré Verset et lecture Ce que ce degré ajoute Dix qui prient seg. 8 et 15 Elokim nitsav baadat El (Ps. 82, 1). Une eda se dit à partir de dix, tiré de jusqu'à quand cette mauvaise assemblée (Nb. 14, 27), Caleb et Yehochoua exclus. La Chekhina précède et vient : elle est la avant que les dix soient réunis (Rachi). Le verbe nitsav indique une présence déjà établie, non une venue. Trois qui jugent seg. 9, 14 et 15 Bekerev elokim yichpot, seconde moitié du même verset. Un tribunal n'est appelé elokim qu'à trois (Sanhédrin 3b). Sans cet énoncé on aurait dit : le jugement est une simple affaire de paix publique, et la Chekhina n'y vient pas. Il enseigne donc que le din est Torah. Ici, elle vient à partir du moment où ils siègent. Deux qui étudient seg. 10 et 13 Az nidberou yirei Hachem ich el reehou vayakchev Hachem vayichma (Mal. 3, 16). Rachi sur vayakchev : Il les attend la. Leurs paroles sont inscrites dans le livre des souvenirs, suite du même verset. Tossefot : le solitaire est inscrit lui aussi, mais dans son livre à lui, non avec d'autres. Un seul seg. 12 Bekhol hamakom acher azkir et chemi avo elekha ouverakhtikha (Ex. 20, 21). Rachi : avo elekha est un singulier. Degré de base à partir duquel la guemara remonte : puisque même un seul, à quoi bon énoncer deux, trois, dix ? Règle de lecture de la sougya : un degré supérieur n'est mentionné que s'il apporte autre chose que le degré inférieur.
L'échelle de la Chekhina : les quatre degrés, leurs versets, et ce que chaque degré ajoute quand la guemara remonte.
Les tefilin d'Israël et les tefilin du Maître du monde La question de Rav Nahman bar Yits'hak part d'une symétrie : si les Siens existent, que contiennent-ils ? Les tefilin d'Israël Quatre passages (Rachi, seg. 19) : Kadech li kol bekhor (Ex. 13, 2) Vehaya ki yeviakha (Ex. 13, 11) Chema Israël (Dt. 6, 4) Vehaya im chamoa (Dt. 11, 13) Contenu : un souvenir des commandements, un signe pour Israël -- la louange de D.ieu. Sur la tête, donc vus : et ils verront (Tossefot). Les tefilin du Maître du monde Preuve de leur existence (seg. 16-17) : Il a juré par Sa droite -- la Torah, et par le bras de Sa force -- les tefilin. Contenu (seg. 19) : oumi keamekha Israël goy ehad baarets (I Chr. 17, 21). Contenu : la louange d'Israël. On jure par une chose sainte : le serment désigne donc les objets saints de la droite. La réciprocité (seg. 20-21) : deux versets voisins du Deutéronome Et Hachem heemarta hayom (Dt. 26, 17) : vous avez fait de Moi une entité unique -- Chema Israël, Hachem est un. VaHachem heemirkha hayom (Dt. 26, 18) : Je ferai de vous une entité unique -- oumi keamekha Israël goy ehad. Rachi sur heemarta : terme d'importance et de louange. La louange est donc rendue pour la louange. L'objection de Rav Aha fils de Rava (seg. 22-24) Un verset suffit pour un boîtier, mais il y en a quatre. Rav Achi en cite cinq -- ce qui en ferait trop. Solution : les deux versets qui se ressemblent sont réunis, et oumi keamekha rejoint achrekha Israël. Le raisonnement est le même que pour nos tefilin : le nombre de passages est fixe, la répartition s'y adapte.
La sougya des tefilin : les quatre passages d'Israël, ceux du Maître du monde, et la réciprocité des deux versets du Deutéronome.
1
אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא: זוֹכֶה לַבְּרָכוֹת הַלָּלוּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״לוּא הִקְשַׁבְתָּ לְמִצְוֹתָי וַיְהִי כַנָּהָר שְׁלוֹמֶךָ וְצִדְקָתְךָ כְּגַלֵּי הַיָּם. וַיְהִי כַחוֹל זַרְעֶךָ וְצֶאֱצָאֵי מֵעֶיךָ״ וְגוֹ׳.

Rabbi Yossi be-Rabbi Hanina a dit : il mérite ces bénédictions-ci, ainsi qu'il est dit : « Si seulement tu avais été attentif à Mes commandements, ta paix serait comme un fleuve et ta justice comme les flots de la mer ; ta descendance serait comme le sable, et les rejetons de tes entrailles » etc. (Is.

48, 18-19).

📜 Rachi (2)
לוֹא הִקְשַׁבְתָּ לְשׁוֹן הַמַּתָּנָה הִיא:
« Si seulement tu avais été attentif » — c'est un terme d'attente.
לְמִצְוֹתָי בִּשְׁבִיל מִצְוֹתַי אֲשֶׁר צִוִּיתִי לִגְמֹול חֶסֶד:
« À Mes commandements » — à cause de Mes commandements, par lesquels J'ai ordonné de faire du 'hessed (la bonté).
🪔 Ben Yehoyada (1)
זוֹכֶה לַבְּרָכוֹת הַלָּלוּ, שֶׁנֶּאֱמַר: (יְשַׁעְיָהוּ מ״ח:י״ח) לוּא הִקְשַׁבְתָּ לְמִצְוֹתָי, וַיְהִי כַנָּהָר שְׁלוֹמֶךָ וְגוֹ', וִיהִי כְּחוֹל זַרְעֲךָ וְגוֹ'. עַיֵּין פֵּירוּשׁ רָשִׁ"י זַ"ל וּמָהַרְשָׁ"א, וְלִי אֲנִי הֶדְיוֹט נִרְאֶה בס"ד כִּי יָדוּעַ שֶׁעֲשֶׂרֶת הַדִּבְּרוֹת הֵם עֶשֶׂר מִצְוֹת בִּפְרָטוּת, אַךְ בִּכְלָלוּת נִכְלְלוּ בָּהֶם כָּל תרי"ג מִצְוֹת, וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ סְעַדְיָה גָּאוֹן זַ"ל, וְיָדוּעַ הַטַּעַם שֶׁסִּיֵּים בַּעֲשֶׂרֶת דִּבְּרוֹת בְּתֵיבַת לְרֵעֶךָ, לוֹמַר לְךָ כָּל הַמִּצְוֹת הָרְמוּזִים בְּיוֹ"ד הַדִּבְּרוֹת אֵינָם שְׁלֵמִים בְּקִיּוּם שֶׁלָּהֶם כִּי אִם עַל יְדֵי רֵיעוּת וְחִבְּרָהּ, שֶׁאָז מַה שֶׁיַּעֲשֶׂה זֶה יוֹעִיל לָזֶה, וְהִנֵּה אִם הָאָדָם מַקְשִׁיב אָזְנוֹ לְאֵלּוּ הָעֶשֶׂר מִצְוֹת שֶׁהֵם עֲשֶׂרֶת הַדִּבְּרוֹת שֶׁסִּיֵּים אוֹתָם בְּתֵיבַת לְרֵעֶיךָ, אָז וַדַּאי יִהְיֶה שָׂם לִבּוֹ עַל חֲבֵירוֹ שֶׁלֹּא יַנִּיחוֹ לְבַדּוֹ וְיֵצֵא, וְזֶה שֶׁאָמְרוּ לוֹ הִקְשַׁבְתָּ לְמִצְוֹתָי, חִלֵּק הַתֵּיבָה לִשְׁתַּיִם וְקָרֵי בָּהּ לְמִצְוַת יוֹ"ד הֵם יוּ"ד דִּבְּרוֹת הַמְסַיְּימִים בְּתֵיבוֹת לְרֵעֶיךָ, אָז זֶה שְׂכָרְךָ וַיְהִי כִּנְהַר שְׁלוֹמֶךָ. וְצָרִיךְ לְהָבִין בְּרָכָה זוֹ מַה שָׁייְכָה לְעִנְיָן זֶה שֶׁל הַהַמְתָּנָה שֶׁמַּמְתִּין זֶה לָזֶה, וּמַה מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה יֵשׁ בָּהּ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי יָדוּעַ מַה שֶׁיִּשְׂרָאֵל עֲרֵבִים זֶה לָזֶה, וְגַם שֶׁצָּרִיךְ כָּל אֶחָד לְטַפֵּל בְּצָרְכֵי חֲבֵירוֹ וְעוֹזְרוֹ וּמִתְחַבֵּר עִמּוֹ, כָּל זֶה מִתְחַיֵּיב לִהְיוֹת מִצַּד הַנְּפָשׁוֹת שֶׁכֻּולָּם עִיקָּרָן הָיוּ נֶפֶשׁ אַחַת אֵצֶל אָדָם הָרִאשׁוֹן, וְאַחַר כָּךְ נֶחְלְקוּ לִשְׁלֹשָׁה אָבוֹת, וְאַחַר כָּךְ לי"ב שְׁבָטִים, וְאַחַר כָּךְ לְשִׁבְעִים נֶפֶשׁ, וְאַחַר כָּךְ לְשִׁשִּׁים רִבּוֹא, וְטֶבַע הַנִּבְרָא אִם הָיָה תְּחִלָּה עֶצֶם אֶחָד וְאַחַר כָּךְ נֶחֱלָק לַחֲלָקִים רַבִּים, אָז אוֹתָם הַחֲלָקִים תַּאֲוָתָם תָּמִיד לְהִתְחַבֵּר עִם מְקוֹרָם וְשָׁרְשָׁם, וְשֶׁיִּהְיוּ הֵם מְחֻובָּרִים יַחַד זֶה עִם זֶה כַּאֲשֶׁר הָיוּ בָּרִאשׁוֹנָה, וְלָכֵן תִּמְצָא שֶׁהַנְּהָרוֹת כֻּולָּם רָצִים לָלֶכֶת אֶל הַיָּם, כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (קֹהֶלֶת א, ז) כָּל הַנְּחָלִים הֹלְכִים אֶל הַיָּם, יַעַן כִּי הֵם עִיקָּרָם בָּאוּ וְנִמְשְׁכוּ מִן הַיָּם, וְהָיוּ מְחֻובָּרִים עִם מֵי הַיָּם, וְלָכֵן חֲפֵצִים וְרָצִים לֵילֵךְ אֶל הַיָּם וּלְהִתְעָרֵב שָׁם, וְאַף עַל פִּי שֶׁחוֹזְרִים וְיוֹצְאִים מִן הַיָּם דֶּרֶךְ מְחִילּוֹת שֶׁבַּקַּרְקַע וּמִתְמַלְּאִים הַנְּהָרוֹת הִנֵּה הֵם חוֹזְרִים וּבָאִים אֶל הַיָּם, וּכְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (שָׁם) אֶל מְקוֹם שֶׁהַנְּחָלִים הֹלְכִים שָׁם הֵם שָׁבִים לָלָכֶת, וְיָדוּעַ שֶׁטּוֹבָתָם וּבִרְכָתָם שֶׁל יִשְׂרָאֵל הוּא שֶׁיִּהְיוּ מֻוצְלָחִים לְבָרֵר נִיצוֹצֵי קְדֻושָּׁה עַל יְדֵי תּוֹרָה וּתְפִלָּה דְּבַר יוֹם בְּיוֹמוֹ, כָּל יוֹם לְפִי בְּחִינָתוֹ, וְאֵלּוּ הַנִּיצוֹצוֹת שֶׁמְּבָרְרִין וּמַעֲלִין אוֹתָם יִשְׂרָאֵל לְמַעְלָה נִקְרָאִים מ"ן, וְחוֹזְרִין אֵלּוּ המ"ן וְנִמְשָׁכִים לָהֶם יוֹם הַשֵּׁנִי הַבָּא אַחֲרָיו בְּסוֹד מ"ד, נִמְצָא עִנְיַן בִּרְכָתָם וְטוֹבָתָם הוּא כְּמוֹ מַה שֶׁנֶּאֱמַר בַּנְּחָלִים, שֶׁהֵם הַנְּהָרוֹת, דִּכְתִיב בָּהֶם אֶל מְקוֹם שֶׁהַנְּחָלִים הֹולְכִים שָׁם הֵם שָׁבִים לָלָכֶת, ודו"ק הֵיטֵב בָּזֶה כִּי דָּבָר זֶה לֹא נֶאֱמַר אֶלָּא לַמַּשְׂכִּילִים. וְהָשְׁתָּא בָּזֶה מוּבָן הַטַּעַם מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה, שֶׁהִמְתִּין לַחֲבֵירוֹ, שֶׁרָצָה בְּהִתְחַבְּרוּת שֶׁלּוֹ, הִנֵּה בָּזֶה קִייֵּם בְּעַצְמוֹ כְּמִשְׁפַּט הַנָּהָר שֶׁמֵּימָיו חֲפֵצִים וְרָצִים לָלֶכֶת אֶל הַיָּם לְהִתְחַבֵּר עִם חֲלָקִים שֶׁלָּהֶם כַּאֲשֶׁר הָיוּ בָּרִאשׁוֹנָה, כֵּן זֶה חָפֵץ הוּא בְּחִיבּוּרוֹ עִם חֲבֵירוֹ כַּאֲשֶׁר הָיוּ בָּרִאשׁוֹנָה אֵצֶל אָדָם הָרִאשׁוֹן, וּמֵאַחַר שֶׁקִּיֵּים בְּעַצְמוֹ כְּמִשְׁפַּט וְטֶבַע הַנָּהָר, לְכָךְ יִתְקַייֵּם בּוֹ מִשְׁפָּט אֶחָד שֶׁל הַנָּהָר, שֶׁהוּא מַה שֶּׁאָמַר הַכָּתוּב אֶל מְקוֹם שֶׁהַנְּחָלִים הֹולְכִים שָׁם הֵם שָׁבִים לָלָכֶת, כֵּן זֶה יַצְלִיחַ בְּתִיקּוּן תּוֹרָה וּתְפִלָּה שֶׁעוֹשֶׂה, שֶׁאָז המ"ן שֶׁמַּעֲלֶה הַיּוֹם יַחְזְרוּ וְיִמְשְׁכוּ אֵלָיו בַּיּוֹם הַשֵּׁנִי בְּסוֹד מ"ד, וְלָזֶה אָמַר וַיְהִי כִּנְהַר שְׁלוּמֶיךָ, פֵּירוּשׁ פֹּועַל רוּחָנִי שֶׁהוּא הָעִיקָּר שֶׁנִּקְרָא שְׁלוּמֶיךָ, יִהְיֶה דֻּוגְמַת הַנָּהָר בְּרָצוֹא וָשׁוּב שֶׁיִּתְקַייֵּם מַה שֶׁנֶּאֱמַר בַּנָּהָר, אֶל מְקוֹם שֶׁהַנְּחָלִים הֹלְכִים שָׁם הֵם שָׁבִים לָלָכֶת, וּשְׁאָר דְּבָרִים הַנִּזְכָּרִים בְּפָסוּק זֶה הֵמָּה סְנִיפִים לִבְרָכָה זוֹ. וּמַה שֶׁזָּכַר בַּפָּסוּק הַב' בְּרָכָה וַיְהִי כְּחוֹל זַרְעֲךָ, נִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁיֵּשׁ שַׁיָּיכוּת לְדָבָר זֶה כָּאן, וְהוּא כִּי הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ בֵּרַךְ אֶת אַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה בְּהַר הַמּוֹרִיָּה (בְּרֵאשִׁית כב, יז) וְכַחוֹל אֲשֶׁר עַל שְׂפַת הַיָּם, וְקַשָּׁא דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר 'כְּחוֹל' סְתָם, אַךְ פֵּירַשְׁתִּי בס"ד בְּמָקוֹם אַחֵר דְּיָדוּעַ פְּנֵי הַיָּם הֵם גְּבוֹהִים יוֹתֵר מִן שֶׁטַח הַיַּבָּשָׁה, וְהָיָה מִן הָרָאוּי שֶׁיִּשְׁטֹוף הַיָּם אֶת הַיַּבָּשָׁה, אַךְ הקב"ה שָׂם חוֹל גְּבוּל לַיָּם, לִהְיוֹת שׁוֹמֵר אֶת הַיַּבָּשָׁה שֶׁלֹּא יַעֲבֹור הַיָּם וְיִשְׁטֹוף, כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (יִרְמְיָהוּ ה, כב) אֲשֶׁר שַׂמְתִּי חוֹל גְּבוּל לַיָּם חָק עוֹלָם וְכוּ', נִמְצָא הַחוֹל שֶׁעַל שְׂפַת הַיָּם הוּא נַעֲשֶׂה שׁוֹמֵר לְעוֹלָם מִן שְׁטִיפַת הַיָּם, וְיָדוּעַ כִּי יִשְׂרָאֵל גַּם כֵּן הֵם שׁוֹמְרִים אֶת הָעוֹלָם, כִּי בִּלְתִּי יִשְׂרָאֵל לֹא יִתְקַיֵּים הָעוֹלָם, כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִ"לִ עַל הַפָּסוּק (זְכַרְיָה ב, י) כִּי כְּאַרְבַּע רוּחוֹת הַשָּׁמַיִם, וְלָכֵן אָמַר לוֹ 'כְּחוֹל עַל שְׂפַת הַיָּם' דַּייְקָא, שֶׁיִּהְיוּ צַדִּיקִים וְשׁוֹמְרִים אֶת הָעוֹלָם כְּמוֹ הַחוֹל, כִּי הַשְּׁמִירָה תְּלוּיָה בִּצְדָקוֹת שֶׁל יִשְׂרָאֵל. נִמְצָא דִּמְיוֹן יִשְׂרָאֵל לְחוֹל הוּא רוֹמֵז עַל הַצְּדָקוֹת, שֶׁבִּהְיוֹתָם צַדִּיקִים אָז רְאוּיָם לִהְיוֹת שׁוֹמְרֵי הָעוֹלָם כְּמוֹ הַחוֹל, וְזֶה שֶׁאָמַר לוֹ הִקְשַׁבְתָּ לְמִצְוֹתָי וְנַעֲשֵׂית שׁוֹמֵר לְזֶה הָאִישׁ אֲשֶׁר עוֹדֶנּוּ מִתְפַּלֵּל, אָז מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה יִהְיֶה כְּחוֹל זַרְעֲךָ, רְצוֹנוֹ לוֹמַר צַדִּיקִים, שֶׁיִּהְיוּ רְאוּיָם לִהְיוֹת שׁוֹמְרִים.
« Il mérite ces bénédictions-ci, ainsi qu'il est dit (Is. 48, 18) : Si seulement tu avais été attentif à Mes commandements, ta paix serait comme un fleuve, etc., ta descendance serait comme le sable, etc. » Vois le commentaire de Rachi de mémoire bénie et celui du Maharcha. Et à moi, homme du commun, il semble avec l'aide du Ciel que l'on sait que les dix paroles sont dix commandements pris en détail, mais que, prises dans leur généralité, tous les six cent treize commandements y sont inclus, comme l'a écrit Rabbenou Saadia Gaon de mémoire bénie. Et l'on connaît la raison pour laquelle les dix paroles s'achèvent sur le mot lereekha, à ton prochain : pour te dire que tous les commandements auxquels les dix paroles font allusion ne sont complets dans leur accomplissement que par le compagnonnage et la société, car alors ce que fait l'un profite à l'autre. Or si l'homme prête son oreille à ces dix commandements que sont les dix paroles, achevées sur le mot lereekha, alors assurément il mettra son cœur sur son compagnon et ne le laissera pas seul pour sortir. C'est ce qu'ils ont dit, « lou hikshavta lemitsvotai » : partage le mot en deux et lis-y lemitsvot youd, les commandements des dix, qui sont les dix paroles s'achevant sur les mots lereekha ; alors telle est ta récompense, « ta paix sera comme un fleuve ». Et il faut comprendre ce que cette bénédiction a à voir avec cette affaire de l'attente, où l'un attend l'autre, et quelle mesure pour mesure s'y trouve. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'on sait qu'Israël se portent garants les uns des autres, et que chacun doit s'occuper des besoins de son compagnon, l'aider et s'attacher à lui ; tout cela découle du côté des âmes, qui toutes, dans leur principe, étaient une seule âme chez Adam le premier homme, puis se sont divisées en trois patriarches, puis en douze tribus, puis en soixante-dix âmes, puis en six cent mille. Or telle est la nature de ce qui est créé : si cela était d'abord une seule substance puis s'est divisé en parties nombreuses, alors ces parties ont toujours le désir de se rejoindre à leur source et à leur racine, et d'être réunies ensemble l'une avec l'autre comme elles l'étaient au commencement. C'est pourquoi tu trouves que les fleuves courent tous vers la mer, comme il est dit (Ecc. 1, 7) « tous les torrents vont vers la mer », parce que dans leur principe ils sont venus et se sont tirés de la mer et étaient joints aux eaux de la mer ; c'est pourquoi ils désirent et courent aller à la mer et s'y mêler. Et bien qu'ils reviennent et sortent de la mer par les galeries souterraines, et que les fleuves s'en remplissent, voici qu'ils reviennent et vont à la mer, comme il est dit (ibid.) « au lieu où les torrents vont, là ils retournent pour aller ». Et l'on sait que le bien et la bénédiction d'Israël consistent en ce qu'ils réussissent à extraire les étincelles de sainteté par la Torah et la prière, chaque jour à son jour, chaque jour selon son degré ; et ces étincelles qu'Israël extrait et fait monter en haut sont appelées mayin noukvin (les eaux féminines), et ces mayin noukvin reviennent et se tirent vers eux le second jour qui vient après, dans le sod des mayin doukhrin (les eaux masculines). Il se trouve donc que l'affaire de leur bénédiction et de leur bien est semblable à ce qui est dit des torrents, c'est-à-dire des fleuves, dont il est écrit « au lieu où les torrents vont, là ils retournent pour aller ». Approfondis bien cela, car cette chose n'a été dite que pour ceux qui comprennent. Et maintenant se comprend la raison de la mesure pour mesure : il a attendu son compagnon, il a voulu s'unir à lui ; par là il a accompli en lui-même la loi du fleuve, dont les eaux désirent et courent aller à la mer pour se joindre à leurs parties comme elles l'étaient au commencement ; ainsi celui-ci désire-t-il son union avec son compagnon comme ils l'étaient au commencement chez Adam le premier homme. Et puisqu'il a accompli en lui-même la loi et la nature du fleuve, sera donc accomplie en lui l'autre loi du fleuve, celle que dit le verset « au lieu où les torrents vont, là ils retournent pour aller » : ainsi réussira-t-il dans la réparation de Torah et de prière qu'il accomplit, car alors les mayin noukvin qu'il fait monter aujourd'hui reviendront et se tireront vers lui le second jour, dans le sod des mayin doukhrin. C'est pourquoi il a dit « ta paix sera comme un fleuve », c'est-à-dire : que l'œuvre spirituelle, qui est l'essentiel et qui est appelée ta paix, soit à l'image du fleuve dans son aller et son retour, en sorte que s'accomplisse ce qui est dit du fleuve, « au lieu où les torrents vont, là ils retournent pour aller ». Et les autres choses mentionnées dans ce verset sont des appuis à cette bénédiction. Quant à la bénédiction mentionnée dans le second verset, « ta descendance sera comme le sable », il me semble avec l'aide du Ciel qu'elle a un rapport à la chose ici. Car le Nom béni soit-Il a béni Abraham notre père, la paix soit sur lui, au mont Moriya (Gen. 22, 17) : « et comme le sable qui est sur le rivage de la mer ». Et il y a une difficulté : il aurait suffi de dire « comme le sable » sans plus. Mais j'ai expliqué avec l'aide du Ciel en un autre lieu que l'on sait que la surface de la mer est plus haute que l'étendue de la terre sèche, et qu'il aurait été normal que la mer submerge la terre sèche ; mais le Saint béni soit-Il a placé le sable comme limite à la mer, pour qu'il garde la terre sèche et que la mer ne franchisse pas et ne submerge pas, comme il est dit (Jer. 5, 22) « Moi qui ai placé le sable comme limite à la mer, loi éternelle », etc. Il se trouve donc que le sable qui est sur le rivage de la mer est devenu le gardien du monde contre la submersion de la mer. Et l'on sait qu'Israël aussi garde le monde, car sans Israël le monde ne subsisterait pas, comme l'ont dit nos maîtres de mémoire bénie sur le verset (Zac. 2, 10) « car comme les quatre vents des cieux ». C'est pourquoi Il lui a dit précisément « comme le sable sur le rivage de la mer » : qu'ils soient justes et gardiens du monde comme le sable, car cette garde dépend de la justice d'Israël. Il se trouve donc que la comparaison d'Israël au sable fait allusion à la justice : étant justes, ils sont alors dignes d'être les gardiens du monde comme le sable. C'est le sens de « tu as été attentif à Mes commandements » et tu es devenu le gardien de cet homme qui prie encore ; alors, mesure pour mesure, « ta descendance sera comme le sable », c'est-à-dire des justes, dignes d'être des gardiens.
💡 Explication

Le folio commence au milieu d'une baraita d'Abba Binyamin commencée au folio précédent : deux hommes entrent prier à la synagogue, l'un finit avant l'autre et sort sans l'attendre, sa prière lui est jetée au visage. La guemara avait demandé : et s'il l'attend, quelle est sa récompense ? La réponse de Rabbi Yossi be-Rabbi Hanina ouvre notre folio.

La démonstration repose sur deux mots. Hikshavta est lu par Rachi comme un terme d'attente, non d'écoute ; et mitsvotai vise les commandements par lesquels il a été ordonné de faire du 'hessed. Attendre son compagnon devient ainsi l'objet même du verset, et les bénédictions qui suivent en sont la récompense.

2
תַּנְיָא, אַבָּא בִּנְיָמִין אוֹמֵר: אִלְמָלֵי נִתְּנָה רְשׁוּת לָעַיִן לִרְאוֹת — אֵין כָּל בְּרִיָּה יְכוֹלָה לַעֲמֹוד מִפְּנֵי הַמַּזִּיקִין.

Il a été enseigné dans une baraita : Abba Binyamin dit : si la permission avait été donnée à l'œil de voir, aucune créature ne pourrait tenir devant les mazikim (les nuisibles).

📜 Rachi (1)
לִרְאוֹת כָּל הַשֵּׁדִים הָעוֹמְדִים לְפָנָיו:
« De voir » — tous les chedim (démons) qui se tiennent devant lui.
💡 Explication

Le folio change de sujet tout en gardant le même auteur : la série des enseignements d'Abba Binyamin continue. L'énoncé ne discute pas de l'existence des mazikim ; il porte sur la vue et sur ce qu'elle supporterait.

Le mot rechout, permission, indique que l'invisibilité est un arrangement voulu et non une faiblesse de l'œil. Rachi précise l'objet du verbe : tous les chedim qui se tiennent devant l'homme.

3
אָמַר אַבַּיֵּי: אִינְהוּ נְפִישִׁי מִינָן, וְקָיְימִי עֲלַן כִּי כִּסְלָא לְאֻוגְיָא.

Abaye a dit : ils sont plus nombreux que nous, et ils se tiennent autour de nous comme le bourrelet autour de la cuvette.

📜 Rachi (1)
כִּי כִּסְלָא לְאוּגְיָא כְּשׁוּרַת חֲפִירָה הַמַּקֶּפֶת הָאוּגְיָא שֶׁעוֹשִׂין תַּחַת הַגְּפָנִים כְּמוֹ שֶׁשָּׁנִינוּ (מ"ק דַּף ב) אֵין עוֹשִׂין אוּגְיוֹת לַגְּפָנִים לֶאֱסֹוף שָׁם מַיִם לְהַשְׁקוֹת הַגֶּפֶן. כִּסְלָא הוּא תֶּלֶם שֶׁל מַעֲנָה הַמַּקֶּפֶת סָבִיב סָבִיב אֶת תֵּל הָאוּגְיָא וְהַגֶּפֶן נָטוּעַ בַּתֵּל וּבְרֵישׁ נְדָרִים (דַּף ו ב) הָדֵין אֻוגְיָא לֶהֱוֵי פֵּאָה:
« Comme le kissla autour de l'ougya » — comme la rangée de terre creusée qui entoure l'ougya que l'on fait sous les vignes, ainsi que nous avons appris (Moed Katan 2a) : on ne fait pas d'ougyot aux vignes — [des cuvettes] pour y rassembler l'eau et arroser le cep. Le kissla est le sillon d'un labour qui entoure tout autour le tertre de l'ougya, le cep étant planté sur le tertre. Et au début de Nedarim (6b) : « que cette ougya-ci soit pea ».
🗂️ Tossefot (1)
כִּי כִּסְלָא לְאוּגְיָא. כְּעֵין תְּלָמִים הַמַּקִּיפִין אֶת הָעֲרוּגָה כִּדְאָמְרִינַן בְּרֵישׁ נְדָרִים (דַּף ו:) הָדֵין אֻוגְיָא לֶהֱוֵי פֵּאָה:
« Comme le kissla autour de l'ougya » — à la manière des sillons qui entourent la plate-bande, comme nous disons au début de Nedarim (6b) : « que cette ougya-ci soit pea ».
💡 Explication

L'image est agricole. L'ougya est la cuvette que l'on creuse au pied de la vigne pour y retenir l'eau d'arrosage ; le kissla est le bourrelet de terre labourée qui l'entoure tout autour. La comparaison porte donc sur un encerclement continu et serré, non sur un nombre.

Rachi et les Tossefot renvoient tous deux à Nedarim 6b, où l'ougya sert d'exemple d'unité délimitée que l'on peut déclarer pea. La différence entre eux tient au terme comparé : Rachi parle du tertre de la vigne, les Tossefot de la plate-bande.

4
אָמַר רַב הוּנָא: כֹּל חַד וְחַד מִינַּן, אַלְפָא מִשְּׂמָאלֵיהּ וּרְבַבְתָּא מִיַּמִּינֵיהּ.

Rav Houna a dit : chacun d'entre nous, mille à sa gauche et dix mille à sa droite.

🪔 Ben Yehoyada (1)
אַלְפָא מִשְּׂמָאלֵיהּ וּרְבוּתָא מִיַּמִּינֵיהּ. פֵּירוּשׁ דְּרֵישׁ נָפַל רְצוֹנוֹ לוֹמַר שֶׁכֵּן כְּמוֹ (בְּרֵאשִׁית כ"ה י"ח) עַל פְּנֵי כָל אֶחָיו נָפָל, וְצָרִיךְ לְהָבִין לָמָּה צַד שְׂמֹאל אֶלֶף וְלִימִינוֹ עֲשָׂרָה אֲלָפִים? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי הֵם יוֹדְעִים שְׂמֹאל יָד כֵּהָה, וְלָכֵן קַלָּה בְּעֵינֵיהֶם וְאֵין חוֹשְׁשִׁים לַעֲשׂוֹת שֵׁם קִיבּוּץ רַב אֲבָל יָמִין חוֹשְׁשִׁים מִמֶּנָּה וְיָבֹאוּ שָׁם בְּרִבּוּי חַיִל יוֹתֵר. אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי בס"ד הַשְּׂמֹאל כֵּיוָן שֶׁמַּנִּיחַ בָּהּ תְּפִילִּין יְרֵאִים מִמֶּנָּה יוֹתֵר, וְאֵין נִגָּשִׁים הַרְבֵּה אֶלָּא מְעַט אוֹתָם שֶׁהֵם עִזִּים בְּיוֹתֵר, וּמַה שֶׁאָמַר הַאי דֻּוחְקָא דְּכַלָּה מִנַּייְהוּ, הִנֵּה כָּל מַאֲמָרִים אֵלֶּה הֵם מְדַבְּרִים עַל יְמֵיהֶם שֶׁהָיוּ הַשֵּׁדִים מְצֻוייָּן הַרְבֵּה, אֲבָל בִּזְמַנִּים אֵלּוּ כֵּיוָן שֶׁנִּתְמַעֵט כֹּחַ הַסִּטְרָא אַחֲרָא נִתְמַעֲטוּ הַשֵּׁדִים גַּם כֵּן , דְּהָא בְּהָא תַּלְיָא.
« Mille à sa gauche et dix mille à sa droite. » Cela veut dire qu'il expose le mot yipol, tombera, au sens de se tenir posté, comme dans (Gen. 25, 18) « devant tous ses frères il tomba ». Et il faut comprendre pourquoi du côté gauche mille, et à sa droite dix mille. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'ils savent que la gauche est la main faible, aussi est-elle légère à leurs yeux et ils ne se soucient pas d'y faire un grand rassemblement ; mais de la droite ils se méfient, et ils y viennent en plus grande armée. Ou encore il me semble, avec l'aide du Ciel, que du côté gauche, puisque l'on y pose les tefilin, ils la craignent davantage, et il n'en approche pas beaucoup, seulement un petit nombre parmi les plus insolents. Et ce qu'il a dit, que cette presse à la kalla vient d'eux : tous ces énoncés parlent de leur temps à eux, où les démons se trouvaient en grand nombre ; mais en ces temps-ci, puisque la force du sitra a'hra (le côté autre) a diminué, les démons ont diminué eux aussi, car l'un dépend de l'autre.
💡 Explication

Les chiffres viennent du verset des Psaumes (91, 7) : « mille tomberont à ton côté et dix mille à ta droite, vers toi ils n'approcheront pas ». Le verset sert donc à la fois à dire leur nombre et à dire qu'ils n'atteignent pas l'homme.

Le Ben Yehoyada s'arrête sur la dissymétrie : pourquoi la droite en reçoit-elle davantage. Il en donne deux raisons, puis ajoute que ces enseignements décrivent leur époque, et que le nombre a diminué depuis.

5
אָמַר רָבָא: הַאי דֻּוחְקָא דְּהָוֵי בְּכַלָּה — מִנַּייְהוּ הָוֵי. הָנֵי בִּרְכֵּי דְּשִׁלְהֵי — מִנַּיְיהוּ. הָנֵי מָאנֵי דְּרַבָּנַן דְּבָלוּ — מֵחֻופְיָא דִּידְהוּ. הָנֵי כַּרְעֵי דִּמְנַקְּפָן — מִנַּיְיהוּ.

Rava a dit : cette presse qui se produit à la kalla (l'assemblée d'étude), c'est d'eux qu'elle vient. Ces genoux qui se fatiguent, d'eux.

Ces vêtements des maîtres qui s'usent, de leur frottement. Ces pieds qui se heurtent, d'eux.

📜 Rachi (4)
הַאי דֻּוחְקָא דְּהָוֵי בְּכַלָּה פְּעָמִים שֶׁבְּנֵי אָדָם יוֹשְׁבִים רְוָוחִים בְּיוֹם הַשַּׁבָּת שֶׁבָּאִין לִשְׁמֹועַ דְּרָשָׁה וְדוֹמֶה לָהֶם כְּיוֹשְׁבִים דְּחוּקִים:
« Cette presse qui se produit à la kalla » — il arrive que les gens soient assis au large le jour du chabbat, lorsqu'ils viennent entendre la deracha, et qu'il leur semble pourtant être assis à l'étroit.
הָנֵי בִּרְכֵּי דְּשִׁלְהֵי בִּרְכַּיִם עֲיֵיפִים:
« Ces genoux qui se fatiguent » — des genoux las.
מָאנֵי דְּרַבָּנָן דְּבָלוּ בִּגְדֵי הַתַּלְמִידִים שִׁבֳּלִים מַהֵר וְהֵם אֵינָם בְּנֵי מְלָאכָה שֶׁיִּבְלוּ בִּגְדֵיהֶם:
« Les vêtements des maîtres qui s'usent » — les vêtements des élèves s'usent vite, alors qu'ils ne sont pas des travailleurs manuels dont les habits s'useraient.
מֵחֻופְיָא דִּידְהוּ בָּאִין הַמַּזִּיקִים וְיוֹשְׁבִין אֶצְלָם וּמִתְחַכְּכִים בָּהֶם. חֻופְיָא לְשׁוֹן חוֹפֵף וּמְפַסְפֵס (שַׁבָּת דַּף נ) פריי"ר בְּלַעַ"ז:
« De leur frottement » — les mazikim viennent, s'asseoient auprès d'eux et se frottent contre eux. Houfya est un terme de frottement et d'effilochage (Chabbat 50a), « fraier » en langue vernaculaire.
💡 Explication

Rava applique l'enseignement précédent à quatre faits d'expérience. Chacun a la même structure : un effet réel dont la cause visible est absente ou hors de proportion. La kalla est le grand rassemblement d'étude d'Elloul et d'Adar ; Rachi note que l'on y est assis au large et que l'on s'y sent pourtant à l'étroit.

Le mot mehoufya désigne le frottement ; Rachi le rattache au verbe hofef oumefaspes, frotter et effilocher, employé dans Chabbat 50a. L'usure des vêtements des élèves reçoit ainsi une cause, puisque leur travail n'en use pas.

🖼️ Schéma
Ce que Rava attribue aux mazikim (seg. 4) Quatre faits ordinaires, chacun sans cause visible proportionnée, reçoivent la même explication. Le fait constaté Ce qui rend le fait étonnant La presse ressentie à la kalla l'assemblée d'étude d'Elloul et d'Adar Rachi : ils sont assis au large et il leur semble pourtant être à l'étroit. Les genoux qui se fatiguent hani birkhei dechalhei Rachi : des genoux las, sans effort qui l'explique. Les vêtements des maîtres qui s'usent mane derabanan devalou Rachi : ce ne sont pas des travailleurs manuels dont les habits s'useraient. Les pieds qui se heurtent hani karei deminakfan Un heurt sans obstacle rencontré. Même structure que les trois autres. Le mot-clé est mehoufya, le frottement : Rachi le rattache à hofef oumefaspes, frotter et effilocher (Chabbat 50a).
Les quatre faits que Rava rapporte aux mazikim, et ce qui rend chacun étonnant sans eux.
6
הַאי מַאן דְּבָעֵי לְמִידַּע לְהוּ לַיְיתֵי קִיטְמָא נְהִילָא, וְנֶהְדַּר אַפֻּורְייֵהּ, וּבְצַפְרָא חָזֵי כִּי כַּרְעֵי דְתַרְנְגוֹלָא. הַאי מַאן דְּבָעֵי לְמֶחֱזִינְהוּ, לַיְתֵי שִׁלְיְיתָא דְּשֻׁונָּרְתָּא אֻוכַּמְתָּא בַּת אֻוכַּמְתָּא בֻּוכְרְתָא בַּת בֻּוכְרְתָא, וְלִיקְלֵיהּ בְּנוּרָא, וְלִשְׁחָקֶיהָ, וְלִימַלֵּי עֵינֶיהָ מִנֵּיהּ, וְחָזֵי לְהוּ. וּלְשַׁדְיֵיהּ בְּגֻובְּתָּא דְּפַרְזְלָא, וּלְחָתְמֵיהּ בְּגֻושְׁפַּנְקָא דְּפַרְזְלָא, דִּילְמָא גַּנָּבֵי מִנֵּיהּ, וְלַחְתֹּום פֻּומֵּיהּ, כִּי הֵיכִי דְּלָא לִיתַּזַּק. רַב בִּיבִי בַּר אַבָּיֵי עֲבַד הָכִי, חֲזָא וְאִתַּזַּק, בָּעוּ רַבָּנָן רַחֲמֵי עָלֶיהָ, וְאִתַּסִּי.

Celui qui veut les connaître, qu'il apporte de la cendre tamisée et qu'il en répande autour de son lit ; au matin, il voit comme des traces de pattes de coq. Celui qui veut les voir, qu'il apporte le placenta d'une chatte noire, fille d'une noire, première-née fille de première-née, qu'il le brûle au feu, le broie, en emplisse son œil, et il les voit.

Qu'il le jette ensuite dans un tube de fer et le scelle d'un sceau de fer, de peur qu'ils ne le lui dérobent, et qu'il en scelle l'ouverture afin de ne pas subir de dommage. Rav Bibi bar Abaye fit ainsi : il vit, et il fut atteint.

Les maîtres implorèrent miséricorde pour lui, et il guérit.

📜 Rachi (7)
שִׁלְייְתָא דְּשֻׁונָּרְתָּא שִׁלְייַת הַוָּלָד שֶׁל חָתוּל נְקֵבָה:
« Le placenta d'une chatte » — le placenta du petit d'un chat femelle.
בּוּכְרְתָא הַבְּכוֹרָה לְאָמָה:
« Première-née » — la première-née de sa mère.
בַּת בּוּכְרְתָא וְאַף אַמָּה הָיְתָה בְּכוֹרָה:
« Fille d'une première-née » — et sa mère aussi était première-née.
וְלִימַלֵּי עֵינֶיהָ מִנֵּיהּ יָשִׂים מִמֶּנָּה מְעַט בְּעֵינָיו. כָּל לְשׁוֹן נְתִינָה בְּעַיִן קוֹרֵהוּ בִּלְשׁוֹן גְּמָרָא לְשׁוֹן מִלּוּי לְפִי שֶׁבְּדָבָר מוּעָט הוּא מָלֵא:
« Et qu'il en emplisse son œil » — qu'il en mette un peu dans ses yeux. Tout terme de mise dans l'œil, la langue de la guemara l'exprime par un terme d'emplissage, car avec peu de chose il est plein.
גֻּובְּתָּא דְּפַרְזְלָא קָנֶה חָלוּל שֶׁל בַּרְזֶל:
« Un goubta de fer » — un roseau creux de fer.
וּלְחָתְמֵיהּ לְקָנֶה:
« Et qu'il le scelle » — le tube.
בְּגֻושְׁפַּנְקָא דְּפַרְזְלָא בְּחוֹתָם שֶׁל בַּרְזֶל דִּבְמִידֵּי דְּצִייֵּר וַחֲתִים לֵית לְהוּ רְשׁוּתָא כִּדְאָמְרִינַן בְּכָל הַבָּשָׂר בִּשְׁחִיטַת חֻולִּין (דַּף קה ב):
« D'un gouchpanka de fer » — d'un sceau de fer, car sur une chose nouée et scellée ils n'ont pas de pouvoir, comme nous disons au chapitre Kol Habassar dans Houlin (105b).
💡 Explication

Le passage distingue deux démarches. La première, la cendre tamisée, ne fait pas voir : elle donne une trace à lire au matin, et n'expose à rien. La seconde fait voir, et c'est elle qui demande des précautions.

Les précautions portent sur la poudre, non sur la vision : le goubta, tube de fer, et le gouchpanka, sceau de fer, empêchent qu'ils ne la dérobent. Rachi en donne la raison : sur ce qui est noué et scellé ils n'ont pas de pouvoir (Houlin 105b).

Le récit final donne la mesure du risque. Rav Bibi bar Abaye applique le procédé correctement, et il est tout de même atteint ; sa guérison vient de la prière des maîtres, non du procédé.

🖼️ Schéma
Deux procédés, deux risques (seg. 5) Le folio distingue savoir qu'ils sont là et les voir. Le second procédé se paie. Savoir qu'ils sont là 1. Apporter de la cendre tamisée. 2. La répandre autour de son lit. 3. Au matin, regarder la cendre. Résultat : des traces comme des pattes de coq. Aucun dommage : on lit une trace. Les voir 1. Placenta d'une chatte noire, fille de noire, première-née fille de première-née. 2. Le brûler, le broyer. 3. En emplir son œil -- Rachi : en mettre un peu suffit à dire empli. Résultat : il les voit. Les deux précautions attachées au second procédé Enfermer la poudre dans un tube de fer scellé d'un sceau de fer : sinon ils la dérobent. Rachi : sur une chose nouée et scellée ils n'ont pas de pouvoir (Houlin 105b). Et sceller l'ouverture, pour ne pas subir de dommage. Rav Bibi bar Abaye : le récit qui clôt le passage Il fit ainsi, il vit -- et il fut atteint. Les maîtres implorèrent miséricorde pour lui, et il guérit. Le récit est placé après les précautions : il montre que le procédé fonctionne, et ce qu'il coûte quand même.
Déceler par la cendre, voir par le collyre : deux démarches, et les précautions attachées à la seconde.
7
תַּנְיָא, אַבָּא בִּנְיָמִין אוֹמֵר: אֵין תְּפִלָּה שֶׁל אָדָם נִשְׁמַעַת אֶלָּא בְּבֵית הַכְּנֶסֶת, שֶׁנֶּאֱמַר: ״לִשְׁמֹעַ אֶל הָרִנָּה וְאֶל הַתְּפִלָּה״. בִּמְקוֹם רִנָּה — שָׁם תְּהֵא תְּפִלָּה.

Il a été enseigné dans une baraita : Abba Binyamin dit : la prière de l'homme n'est entendue qu'à la synagogue, ainsi qu'il est dit : « pour écouter le chant et la prière » (I Rois 8, 28). Au lieu où est le chant, là que soit la prière.

📜 Rachi (1)
בִּמְקוֹם רִנָּה בבהכ"נ שֶׁשָּׁם אוֹמְרִים הַצִּבּוּר שִׁירוֹת וְתִשְׁבָּחוֹת בִּנְעִימַת קוֹל עָרֵב:
« Au lieu du chant » — à la synagogue, où la communauté dit chants et louanges d'une voix douce et agréable.
🪔 Ben Yehoyada (1)
בִּמְקוֹם רִנָּה שָׁם תְּהֵא תְּפִלָּה. נִרְאֶה לִי בס"ד רֶמֶז לְפִי דַּרְכּוֹ עִנְיַן יִחוּד הַשֵּׁמוֹת שֶׁבּוֹ תָּלוּי תִּיקּוּן הַתְּפִלָּה, וְהוּא דְּיָדוּעַ מַה שֶׁכָּתַב הרמ"ז זַ"ל חִיבּוּר 'אִישׁ וְאִשָּׁה' דְּהַייְנוּ 'הוי"ה אהי"ה' נַעֲשֶׂה עַל יְדֵי שֵׁם הֲוָיָ"ה דיודי"ן שֶׁעוֹלֶה ע"ב, וְסָךְ כֻּולָּם מ"ז וע"ב עוֹלִים קט"ו, וְכֵן יִחוּד וְחִיבּוּר 'זָכָר וּנְקֵבָה' דְּהַייְנוּ 'הוי"ה אדנ"י' נַעֲשֶׂה עַל יְדֵי שֵׁם הֲוָיָ"ה דְּאַלְפִין שֶׁעוֹלֶה מ"ה, וְסָךְ הַכֹּל קל"ו, וְהִנֵּה קי"ט וקל"ו גֵּימַטְרְיָא רנה [255] , עַד כָּאן דְּבָרָיו זַ"ל, וְהִנֵּה יָדוּעַ כִּי חִיבּוּר 'הוי"ה אהי"ה' נַעֲשֶׂה בְּעֵת קְרִיאַת שְׁמַע, וְחִיבּוּר 'הוי"ה אדנ"י' נַעֲשֶׂה בְּעֵת הָעֲמִידָה וּנְפִילַת אַפַּיִם, וְזֶהוּ שֶׁאָמְרוּ 'בִּמְקוֹם רִנָּה' דַּיְיקָא שֶׁהוּא מִסֵּפֶר שְׁנֵי יִחוּדִים הַנִּזְכָּרִים, 'שָׁם תְּהֵא תְּפִלָּה', כִּי בְּיִחוּדִים אֵלּוּ יִהְיֶה תִּיקּוּן הַתְּפִילּוֹת כָּרָאוּי. אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי עַל דֶּרֶךְ מַה שֶּׁאָמַר הַכָּתוּב (אֵיכָה ב, יט) קוּמִי רֹנִּי בַלַּיְלָה לְרֹאשׁ אַשְׁמֻרוֹת, רָנִי זוֹ רִנָּה שֶׁל תּוֹרָה, שִׁפְכִי כַּמַּיִם לְבַד זוֹ תְּפִלָּה, שֶׁנֶּאֱמַר (שְׁמוּאֵל א' א, טו) וָאֶשְׁפֹּךְ אֶת נַפְשִׁי לִפְנֵי ה', וְיָדוּעַ כִּי הַתְּפִלָּה מִתְקַבֶּלֶת וּרְצוּיָה יוֹתֵר אִם תִּהְיֶה בְּמָקוֹם דְּגָרְסִי בֵּיהּ בַּתּוֹרָה, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא עַל רַבִּי אַמִּי וְרַב אַסִּי, וְלָזֶה אָמַר בִּמְקוֹם רִנָּה שָׁם תְּהֵא תְּפִלָּה. אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי בס"ד שְׁמוֹ שֶׁל אָדָם מְכוֹנָה בְּשֵׁם 'נָר', מַה נֵר מֵאִיר לְעוֹלָם, כָּךְ שְׁמוֹ שֶׁל אָדָם מֵאִיר לוֹ, כִּי אוֹתִיּוֹת שְׁמוֹ הֵם חַיּוּתוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (בְּרֵאשִׁית ב, כ) נֶפֶשׁ חַיָּה הוּא שְׁמוֹ, וּלְאַבְרָהָם יֵשׁ שֵׁם אֶחָד שֶׁהוּא נֵר אֶחָד, וְכֵן לְיִצְחָק אֲבָל לְיַעֲקֹב יֵשׁ שְׁלֹשָׁה שֵׁמוֹת, שֶׁהֵם שְׁלֹשָׁה נֵרוֹת, וְכֵיוָן שֶׁהֵם תִּיקְּנוּ לָנוּ שָׁלֹשׁ עִתִּים לִתְפִלָּה שֶׁל שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה, כֻּולָּם מְסַייֵּעַ אוֹתָנוּ לַעֲשׂוֹת תִּיקּוּן בִּתְפִילּוֹת שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה, אִם כֵּן יֵשׁ לָנוּ עֵזֶר מִן חָמֵשׁ נֵרוֹת, וְזֶהוּ שֶׁאָמַר בְּמָקוֹם רנ"ה, ה' נ"ר שָׁם תִּהְיֶה תְּפִלָּה.
« Au lieu du chant, là que soit la prière. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il y a là, selon sa voie, une allusion à l'affaire de l'union des Noms, dont dépend la réparation de la prière. Car on sait ce qu'a écrit le Ramaz de mémoire bénie : l'union de « l'homme et la femme », c'est-à-dire du nom Havaya et du nom Ehye, se fait par le nom Havaya rempli de youdin, qui monte à soixante-douze ; et leur total, quarante-sept et soixante-douze, monte à cent quinze. De même l'union et la jonction du « masculin et du féminin », c'est-à-dire du nom Havaya et du nom Adnout, se fait par le nom Havaya rempli d'alafin, qui monte à quarante-cinq, et le total est cent trente-six. Or cent dix-neuf et cent trente-six ont pour guematria rina [255]. Fin de ses paroles de mémoire bénie. Et l'on sait que la jonction de Havaya et de Ehye se fait au temps de la lecture du chema, et que la jonction de Havaya et de Adnout se fait au temps de la amida et de la nefilat apayim. C'est pourquoi ils ont dit précisément « au lieu de rina », qui est le nombre des deux unions mentionnées, « là que soit la prière », car par ces unions la réparation des prières se fait comme il convient. Ou encore, il me semble, selon ce que dit le verset (Lam. 2, 19) « lève-toi, chante dans la nuit, au commencement des veilles » : « chante », c'est le chant de la Torah ; « épanche ton cœur comme de l'eau », c'est la prière, ainsi qu'il est dit (I Sam. 1, 15) « et j'ai épanché mon âme devant ה' ». Et l'on sait que la prière est mieux reçue et plus agréée si elle se fait dans un lieu où l'on étudie la Torah, comme ils ont dit dans la guemara au sujet de Rabbi Ami et de Rav Assi. C'est pourquoi il a dit : au lieu du chant, là que soit la prière. Ou encore il me semble, avec l'aide du Ciel, que le nom d'un homme est désigné par le mot ner, lampe : de même que la lampe éclaire le monde, ainsi le nom de l'homme l'éclaire, car les lettres de son nom sont sa vie, ainsi qu'il est dit (Gen. 2, 19) « âme vivante, c'est son nom ». Abraham a un seul nom, qui est une seule lampe, et de même Its'hak ; mais Yaakov a trois noms, qui sont trois lampes. Et puisque ce sont eux qui ont institué pour nous trois temps de prière pour la amida, tous nous aident à opérer la réparation dans les prières de la amida ; nous avons donc le secours de cinq lampes. C'est ce qu'il a dit : au lieu de rina, cinq lampes, là sera la prière.
⚖️ Rosh (1)
תַּנְיָא אַבָּא בִּנְיָמִין אוֹמֵר כָּל יָמַי הָיִיתִי מִצְטַעֵר עַל ב' דְּבָרִים. עַל תְּפִלָּתִי שֶׁתְּהֵא סְמוּכָה לְמִטָּתִי פֵּירוּשׁ שֶׁלֹּא יַעֲשֶׂה מְלָאכָה בְּעָמְדוֹ מִמִּטָּתוֹ עַד שֶׁיִּתְפַּלֵּל וְרַשִׁ"י פִּי' שֶׁגַּם לְתַלְמוּדוֹ אֵין לוֹ לְהַפְסִיק וְתֵימָא הוּא מנ"ל הָא. וְאֶפְשָׁר דְּמַיְירֵי בְּאָדָם שֶׁמִּתְפַּלֵּל בְּבֵית מִדְרָשׁוֹ וְאֵינוֹ רָגִיל לֵילֵךְ לבהכ"נ דְּאִיכָּא לְמִיחַשׁ דִּלְמָא מִיטְרַד בְּגִירְסָתֵיהּ וְיַעֲבֹור זְמַן תְּפִלָּה וּקְרִיאַת שְׁמַע. וְעַל מִטָּתִי שֶׁתְּהֵא נְתוּנָה בֵּין צָפוֹן לַדָּרוֹם דְּאָמַר רַבִּי חָמָא בַּר חֲנִינָא וְאִיתֵּימָא רַבִּי יִצְחָק כָּל הַנּוֹתֵן מִטָּתוֹ בֵּין צָפוֹן לְדָרוֹם הָוְויִין לֵיהּ בָּנִים זְכָרִים שֶׁנֶּאֱמַר מִמְתִים יָדְךָ ה' מִמְתִים מֵחֶלֶד חֶלְקָם בַּחַיִּים וּצְפוּנְךָ תְּמַלֵּא בִטְנָם יִשְׂבְּעוּ בָנִים: תַּנְיָא אַבָּא בִּנְיָמִין אוֹמֵר ב' שֶׁנִּכְנְסוּ לְבֵית הַכְּנֶסֶת לְהִתְפַּלֵּל וְקָדַם אֶחָד מֵהֶם וְהִתְפַּלֵּל וְלֹא הִמְתִּין לַחֲבֵירוֹ וְיָצָא טוֹרְפִין לוֹ תְּפִלָּתוֹ בְּפָנָיו שֶׁנֶּאֱמַר טֹורֵף נַפְשׁוֹ בְּאַפּוֹ וְגוֹ' וְאִם הִמְתִּין לוֹ מַה שְּׂכָרוֹ. אר"י בַּר חֲנִינָא זוֹכֶה לַבְּרָכוֹת הַלָּלוּ שֶׁנֶּאֱמַר לוּא הִקְשַׁבְתָּ לְמִצְוֹתָי וַיְהִי כַנָּהָר וְגוֹ': אַבָּא בִּנְיָמִין אוֹמֵר אֵין תְּפִלָּתוֹ שֶׁל אָדָם נִשְׁמַעַת אֶלָּא בְּבֵית הַכְּנֶסֶת שֶׁנֶּאֱמַר לִשְׁמֹועַ אֶל הָרִנָּה וְאֶל הַתְּפִלָּה. בִּמְקוֹם רִנָּה שָׁם תְּהֵא תְּפִלָּה: שָׁם ע"ב אָמַר רַבִּי חֶלְבּוֹ אָמַר רַב הוּנָא כָּל הַקּוֹבֵעַ מָקוֹם לִתְפִלָּתוֹ אֱ-לֹהֵי אַבְרָהָם בְּעֶזְרוֹ. וּכְשֶׁמֵּת אוֹמְרִים עָלָיו אִי חָסִיד אִי עָנָיו. תַּלְמִידוֹ שֶׁל אַבְרָהָם. וְאַבְרָהָם מִנָּלַן דְּקָבַע דֻּוכְתָּא שֶׁנֶּאֱמַר וַיַּשְׁכֵּם אַבְרָהָם בַּבֹּקֶר אֶל הַמָּקוֹם אֲשֶׁר עָמַד שָׁם אֶת פְּנֵי ה'. וְאֵין עֲמִידָה אֶלָּא תְּפִלָּה שְׁנָא' וְיַעֲמוֹד פִּינְחָס וַיְפַלֵּל לָא בָּעֵי לְמֵימַר שֶׁיְּהֵא רָגִיל לְהִתְפַּלֵּל בְּבֵית הַכְּנֶסֶת אַחַת אֲבָל אִם הוּא מִתְפַּלֵּל בְּאַחַת בִּשְׁנֵי מְקוֹמוֹת שַׁפִּיר דָּמֵי דְּאָמְרִינַן בַּיְּרוּשַׁלְמִי פֶּרֶק תְּפִלַּת הַשַּׁחַר אָמַר רַבִּי תַּנְחוּם בְּרַבִּי חַיָּיא צָרִיךְ אָדָם לְיַחֵד לוֹ מָקוֹם בְּבֵית הַכְּנֶסֶת שֶׁנֶּאֱמַר וַיְהִי דָּוִד בָּא עַד הָרֹאשׁ אֲשֶׁר יִשְׁתַּחֲוֶה שָׁם לֵא-לֹהִים הִשְׁתַּחֲוָה לֹא נֶאֱמַר אֶלָּא יִשְׁתַּחֲוֶה: אָמַר רַבִּי חֶלְבּוֹ אָמַר רַב הוּנָא הַיּוֹצֵא מִבֵּית הַכְּנֶסֶת אַל יַפְסִיעַ פְּסִיעָה גַסָּה. אָמַר אַבָּיֵי לָא אֲמַרַן אֶלָּא בִּדְנָפֵיק. אֲבָל בִּדְעָיֵיל מִצְוָה לְמִירְהַט שֶׁנֶּאֱמַר וְנֵדְעָה נִרְדְּפָה לָדַעַת אֶת ה'. א"ר זֵירָא מֵרֵישׁ כִּי הֲוָה חֲזֵינָא לְרַבָּנַן דְּקָא רָהֲטִי לְפִרְקָא בְּשַׁבְּתָא אָמֵינָא קָא מְחַלְּלֵי רַבָּנַן שַׁבְּתָא. כֵּיוָן דְּשָׁמַעְנָא לְהָא דא"ר תַּנְחוּם אַרִיבָּ"ל לְעוֹלָם יָרוּץ אָדָם לִדְבַר מִצְוָה וְאַפֵּי' בְּשַׁבָּת וְכוּ' אֲנָא נַמֵּי רְהִיטְנָא. וְאָמַר רַבִּי חֶלְבּוֹ אָמַר רַב הוּנָא כָּל הַמִּתְפַּלֵּל אֲחוֹרֵי בהכ"נ נִקְרָא רָשָׁע שֶׁנֶּאֱמַר סָבִיב רְשָׁעִים יִתְהַלָּכוּן. אָמַר אַבָּיֵי לָא אֲמַרַן אֶלָּא דְּלָא מַהְדַּר אַפֵּיהּ לְבֵי כְּנִישְׁתָּא אֲבָל מַהְדַּר אַפֵּיהּ לְבֵי כְּנִישְׁתָּא לֵית לַן בַּהּ. הַהוּא גַבְרָא דַּהֲוָה מְצַלֵּי אֲחוֹרֵי בֵּית הַכְּנֶסֶת וְלָא הֲוָה מַהְדַּר אַפֵּיהּ לְבֵי כְּנִישְׁתָּא חֲלַף הַהוּא טַיָּיעָא חַזְיֵיהּ. א"ל כְּדוּ בָּר קָייְמַתְּ קַמֵּי מָרָךְ שְׁלַף סַפְסֵרֵיהּ וּפַסְקֵיהּ לְרֵישֵׁיהּ: אַרִיבָּ"ל אָסוּר לְאָדָם שֶׁיַּעֲבוֹר אֲחוֹרֵי בהכ"נ בְּשָׁעָה שֶׁהַצִּבּוּר מִתְפַּלְּלִין. וְאָמַר אַבָּיֵי לָא אֲמַרַן אֶלָּא דְּלָא דָּרֵי טוּנָא. וּדְלָא רְהִיט. וּדְלָא מַנַּח תְּפִלִּין. וּדְלֵיכָּא שְׁנֵי פְּתָחִים. וּדְלֵיכָּא בֵּי כְנִישְׁתָּא אַחֲרִיתִי אֲבָל אִיכָּא חֲדָא מִנַּייְהוּ לֵית לַן בַּהּ: אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם ר"ש בֶּן יוֹחַאי כָּל הַקּוֹבֵעַ מָקוֹם לִתְפִלָּתוֹ אוֹיְבָיו נוֹפְלִין תַּחְתָּיו שֶׁנֶּאֱמַר וְשַׂמְתִּי מָקוֹם לְעַמִּי לְיִשְׂרָאֵל וּנְטַעְתִּיו וְשָׁכַן תַּחְתָּיו וְגוֹ': וְאָמַר ר"י מִשּׁוּם רַבִּי יוֹסֵי אֵין תְּפִלָּתוֹ שֶׁל אָדָם נִשְׁמַעַת אֶלָּא בְּבֵית הַכְּנֶסֶת בְּשָׁעָה שֶׁהַצִּבּוּר מִתְפַּלְּלִין שֶׁנֶּאֱמַר וַאֲנִי תְפִלָּתִי לְךָ ה' עֵת רָצוֹן אֵימָתַי עֵת רָצוֹן בְּשָׁעָה שֶׁהַצִּבּוּר מִתְפַּלְּלִין. רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אוֹמֵר מֵהָכָא הֶן אֵל כַּבִּיר וְלֹא יַמָּאָם רַבִּי יוֹסֵי ב"ח אוֹמֵר מֵהָכָא בְּעֵת רָצוֹן עֲנִיָּתֵיךְ תַּנְיָא נָמֵי הָכִי מִנַּיִן שֶׁאֵין הקב"ה מוֹאֵס בִּתְפִלָּתָן שֶׁל רַבִּים שֶׁנֶּאֱמַר הֶן אֵל כַּבִּיר וְלֹא יִמְאָס וּכְתִיב פָּדָה בְשָׁלוֹם נַפְשִׁי מִקֲּרָב לִי כִּי בְרַבִּים הָיוּ עִמָּדִי. מַאי פָּדָה בְּשָׁלוֹם נַפְשִׁי אָמַר רַשְׁבִּ"י אָמַר הקב"ה כָּל הָעוֹסֵק בְּתוֹרָה וּבִגְמִילוּת חֲסָדִים וּמִתְפַּלֵּל עִם הַצִּבּוּר שַׁחֲרִית וְעַרְבִית מַעֲלֶה אֲנִי עָלָיו כְּאִלּוּ פָּדָה לִי וּלְבָנַי מִבֵּין אֻומּוֹת הָעוֹלָם: אָמַר ר"ל כָּל מִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ בֵּית הַכְּנֶסֶת בְּעִירוֹ וְאֵינוֹ נִכְנָס לְתוֹכוֹ לְהִתְפַּלֵּל נִקְרָא שָׁכֵן רַע שֶׁנֶּאֱמַר כֹּה אָמַר ה' עַל כָּל שְׁכֵנַי הָרָעִים הַנֹּוגְעִים בַּנַּחֲלָה וְגוֹ' וְלֹא עִוֵּר אֶלָּא שֶׁגּוֹרֵם לוֹ וּלְבָנָיו גָּלוּת שְׁנָא' הִנְנִי נֹותְשָׁם מֵעַל אַדְמָתָם. אָמְרוּ לֵר' יוֹחָנָן אִיכָּא סָבֵי בְּבָבֶל. תָּמַהּ וְאָמַר מִכְּדֵי כְּתִיב לְמַעַן יִרְבּוּ יְמֵיכֶם וִימֵי בְנֵיכֶם עַל הָאֲדָמָה הוּא דִּכְתִיב אֲבָל בְּחוּצָה לָאָרֶץ לָא. כֵּיוָן דְּאָמְרוּ לֵיהּ מְקַדְּמִי וּמְחַשְּׁכִי לְבֵי כְּנִישְׁתָּא אֲמַר הַייְנוּ דְּאַהֲנִי לְהוּ כִּדְאָמַר לְהוּ רִיבָּ"ל לְבָנֶיהָ קָדְמוּ וַחֲשַׁכוּ לְבֵי כְנִישְׁתָּא כִּי הֵיכִי דְּתַאֲרִיכוּ חַיִּיכוּ. א"ר אַחָא בַּר חֲנִינָא מַאי קְרָאָהּ אַשְׁרֵי אָדָם שֹׁומֵעַ לִי לִשְׁקֹוד עַל דַּלְתֹותַי יוֹם יוֹם לִשְׁמֹור מְזוּזֹות פְּתָחָי וּכְתִיב בָּתְרֵיהּ כִּי מֹוצְאִי מָצָא חַיִּים: גָּרְסִי' בְּפֶרֶק שְׁלֹשָׁה שֶׁאָכְלוּ (בְּרָכוֹת דַּף מז:) אַרִיבָּ"ל לְעוֹלָם יַשְׁכִּים אָדָם לְבֵית הַכְּנֶסֶת כְּדֵי שֶׁיִּמָּנֶה מֵעֲשָׂרָה רִאשׁוֹנִים. שָׁאפֵי' מֵאָה בָּאִין אַחֲרָיו נוֹטֵל שְׂכַר כֻּולָּם שְׂכַר כֻּולָּם ס"ד אֶלָּא נוֹטֵל שָׂכָר כְּנֶגֶד כֻּולָּם: אָמַר רַב חִסְדָּא לְעוֹלָם יִכָּנֵס אָדָם שִׁיעוּר שְׁנֵי פְתָחִים וְאַחַר כָּךְ יִתְפַּלֵּל שֶׁנֶּאֱמַר לִשְׁמוֹר מְזוּזוֹת פִּתְחֵי. י"מ שֶׁלֹּא יְמַהֵר וְיִתְפַּלֵּל מִיָּד כְּשֶׁנִּכְנָס אֶלָּא יִשְׁהֶה שִׁיעוּר שְׁנֵי פְּתָחִים. אֲבָל אִם יוֹשֵׁב סָמוּךְ לַפֶּתַח שַׁפִּיר דָּמֵי. וּמִיהוּ בַּיְּרוּשַׁלְמִי בְּפֶרֶק אֵין עוֹמְדִין גָּרְסִי' רַב חִסְדָּא אָמַר זֶה שֶׁנִּכְנַס לְבֵית הַכְּנֶסֶת צָרִיךְ לִיכָּנֵס לִפְנִים מִשְּׁנֵי דְּלָתוֹת. מ"ט אַשְׁרֵי אָדָם שֹׁומֵעַ לִי לִשְׁקֹוד עַל דַּלְתֹותַי יוֹם יוֹם וְאִם עָשָׂה כֵּן מַה כְּתִיב אַחֲרָיו כִּי מֹוצְאִי מָצָא חַיִּים: אָמַר רָבָא לְרַפְרָם בַּר פָּפָּא לֵימָא לַן מָר מֵהָנֵי מִילֵּי מְעַלְּייָתָא דַּאֲמַרְתְּ לַן מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב חִסְדָּא בְּמִילֵּי דְבֵי כְנִישְׁתָּא. אֲמַר לֵיהּ הָכִי אָמַר רַב חִסְדָּא מַאי דִּכְתִיב אֹוהֵב ה' שַׁעֲרֵי צִיּוֹן מִכֹּל מִשְׁכְּנוֹת יַעֲקֹב. אָמַר הקב"ה אוֹהֵב אֲנִי שְׁעָרִים הַמְצֻוייָּנִין בַּהֲלָכָה יוֹתֵר מִבָּתֵּי כְנֵסִיּוֹת וּבָתֵּי מִדְרָשׁוֹת. וְהַיְינוּ דְּאָמַר רַבִּי חִיָּיא בַּר אַמֵּי מִשְּׁמֵיהּ דְּעֻולָּא מִשָּׁעָה שֶׁחָרַב הקב"ה בֵּית הַמִּקְדָּשׁ אֵין להקב"ה בְּעוֹלָמוֹ אֶלָּא אַרְבַּע אַמּוֹת שֶׁל הֲלָכָה בִּלְבַד ר' אַמִּי וְר' אַסִּי אע"ג דַּהֲווֹ לְהוּ תְּלֵיסַר בֵּי כְּנִישְׁתָּא בִּטְבֶרְיָא לָא הֲווֹ מְצַלֵּי אֶלָּא בֵּינֵי עַמּוּדֵי הֵיכָא דַּהֲווֹ גָּרְסִי אָמַר אַבָּיֵי מֵרֵישׁ הֲוָה גָּרֵיסְנָא בְּגוֹ בִּיתַאי וּמְצַלֵּינָא בְּבֵי כְּנִישְׁתָּא. כֵּיוָן דִּשְׁמַעְנָא לְהָא דְּאָמַר רַבִּי חִיָּיא בַּר אַמֵּי מִשְּׁמֵיהּ דְּעֻולָּא. לָא מְצַלֵּינָא אֶלָּא בֵּינֵי עַמּוּדֵי הֵיכָא דְּגָרֵיסְנָא. וְאָמַר רַבִּי חִיָּיא בַּר אַמֵּי מִשְּׁמֵיהּ דְּעֻולָּא מַאי דִּכְתִיב וְעוֹזְבֵי ה' יִכְלוּ זֶה הַמַּנִּיחַ סֵפֶר תּוֹרָה כְּשֶׁהוּא פָּתוּחַ וְיוֹצֵא. רַבִּי אֲבָהוּ נָפֵיק בֵּין גַּבְרָא לְגַבְרָא בָּעֵי רַב פָּפָּא בֵּין פְּסוּקָא לִפְסוּקָא מַאי תֵּיקוּ. רַב שֵׁשֶׁת מַהְדַּר אַפֵּיהּ וְגָרֵיס אָמַר אֲנַן בְּדִידַן וְאִינְהוּ בְּדִידְהוּ. וְאִם תֹּאמַר הָא אָמְרִי' בְּסוֹטָה בְּפֶ' אֵלּוּ נֶאֱמָרִין (סוֹטָה דַּף לט.) כֵּיוָן שֶׁנִּפְתַּח סֵפֶר תּוֹרָה אָסוּר לְדַבֵּר וַאֲפִילּוּ בִּדְבַר הֲלָכָה שֶׁנֶּאֱמַר וּבְפִתְחוֹ עָמְדוּ כָּל הָעָם. וְאֵין לוֹמַר שָׁאנֵי הָכָא דְּמַהְדַּר אַפֵּיהּ דְּאִם כֵּן הֲוָה לֵיהּ לְאֵתוּיֵי מִילְּתָא דְּרַב שֵׁשֶׁת הָתָם לְאַשְׁמוֹעִינַן דִּבְכִי הַאי גַּווְנָא שָׁרִי. וְנִרְאֶה לִי לְפָרֵשׁ הָא דְּקָאָמַר הָתָם אָסוּר לְדַבֵּר הַיְינוּ דַּוְקָא בְּקוֹל רָם לְפִי שֶׁמְּעַכֵּב אֶת אֲחֵרִים מִלִּשְׁמֹועַ. אֲבָל בְּלַחַשׁ שַׁפִּיר דָּמֵי. וְהָא דְּמַהְדַּר אַפֵּיהּ. ה"ה לָא מַהְדַּר אַפֵּיהּ מָצֵי לְמִיגְרַס בְּלַחַשׁ אֶלָּא רְבוּתָא נְקַט דַּאֲפִילּוּ בְּמַהְדַּר אַפֵּיהּ שֶׁנִּרְאֶה כְּמַנִּיחַ סֵפֶר תּוֹרָה שָׁרִי. וְהוּא הָיָה מְהַפֵּךְ פָּנָיו. כְּדֵי שֶׁיְּכַוֵּין לִבּוֹ בְּגִירְסָתוֹ. רַב אִלְפָּס פֵּירֵשׁ דַּווְקָא רַב שֵׁשֶׁת שֶׁתּוֹרָתוֹ אוֹמַנְתּוֹ. אֲבָל לְהוֹרוֹת לְאָדָם שֶׁשּׁוֹאֵל לְפִי שָׁעָה אוֹ לְפָרֵשׁ דָּבָר אִסּוּר ס"א אִיסּוּר וְהֶיתֵּר לֹא:
Il a été enseigné : Abba Binyamin dit : tous mes jours j'ai été en peine sur deux choses. Sur ma prière, qu'elle soit voisine de mon lit — c'est-à-dire qu'il ne fasse pas de travail en se levant de son lit avant d'avoir prié. Et Rachi a expliqué que même pour son étude il ne doit pas interrompre ; cela est étonnant, d'où le tient-il ? Il est possible qu'il s'agisse d'un homme qui prie dans son beit midrach et n'a pas coutume d'aller à la synagogue, car il y a lieu de craindre qu'il ne soit pris par son étude et que le temps de la prière et de la lecture du chema ne passe. Et sur mon lit, qu'il soit placé entre le nord et le sud, car Rabbi Hama bar Hanina, et certains disent Rabbi Yits'hak, a dit : quiconque place son lit entre le nord et le sud a des enfants mâles, ainsi qu'il est dit « des hommes, par Ta main, ה', des hommes du monde dont la part est dans la vie ; et de Ton dépôt caché Tu emplis leur ventre, ils sont rassasiés de fils » (Ps. 17, 14). Il a été enseigné : Abba Binyamin dit : deux qui sont entrés à la synagogue pour prier, et l'un d'eux a fini le premier et a prié sans attendre son compagnon et est sorti — on lui jette sa prière au visage, ainsi qu'il est dit « il déchire son âme dans sa colère » etc. Et s'il l'a attendu, quelle est sa récompense ? Rabbi Yossi bar Hanina a dit : il mérite ces bénédictions-ci, ainsi qu'il est dit « si seulement tu avais été attentif à Mes commandements, ta paix serait comme un fleuve » etc. Abba Binyamin dit : la prière de l'homme n'est entendue qu'à la synagogue, ainsi qu'il est dit « pour écouter le chant et la prière » ; au lieu du chant, là que soit la prière. Là-bas, côté b : Rabbi Helbo a dit au nom de Rav Houna, quiconque fixe un lieu pour sa prière, le D.ieu d'Abraham lui est en aide ; et quand il meurt on dit de lui, hélas l'homme pieux, hélas l'homme humble, disciple d'Abraham. Et d'où savons-nous qu'Abraham fixait un lieu ? De ce qu'il est dit « et Abraham se leva de bon matin vers le lieu où il s'était tenu devant ה' » ; et se tenir ne signifie que prier, ainsi qu'il est dit « et Pinhas se tint debout et pria ». Il ne veut pas dire qu'il suffise d'avoir coutume de prier dans une seule synagogue, en sorte que, s'il prie dans une même synagogue en deux endroits, cela conviendrait ; car nous disons dans le Talmud de Jérusalem, chapitre Tefilat hachahar : Rabbi Tanhoum be-Rabbi Hiya a dit, l'homme doit se désigner un lieu dans la synagogue, ainsi qu'il est dit « et David vint jusqu'au sommet, où il se prosternait devant D.ieu » — il n'est pas dit « il se prosterna », mais « il se prosternait ». Rabbi Helbo a dit au nom de Rav Houna : celui qui sort de la synagogue, qu'il ne fasse pas de grands pas. Abaye a dit : nous n'avons dit cela que pour celui qui sort, mais pour celui qui entre, c'est un commandement de courir, ainsi qu'il est dit « et nous connaîtrons, nous poursuivrons pour connaître ה' ». Rabbi Zera a dit : au début, quand je voyais les maîtres courir à la leçon le chabbat, je disais, les maîtres profanent le chabbat ; depuis que j'ai entendu ce qu'a dit Rabbi Tanhoum au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi, que l'homme court toujours vers une chose de commandement, et même le chabbat, etc., moi aussi je cours. Et Rabbi Helbo a dit au nom de Rav Houna : quiconque prie derrière la synagogue est appelé impie, ainsi qu'il est dit « alentour les impies se promènent ». Abaye a dit : nous n'avons dit cela que lorsqu'il ne tourne pas son visage vers la synagogue, mais s'il tourne son visage vers la synagogue, il n'y a rien à y redire. Un certain homme priait derrière la synagogue et ne tournait pas son visage vers elle ; un certain marchand passa et le vit. Il lui dit : voici qu'il y en aurait deux, et tu te tiens ainsi devant ton Maître ! Il tira son sabre et lui trancha la tête. Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : il est interdit à l'homme de passer derrière la synagogue à l'heure où la communauté prie. Et Abaye a dit : nous n'avons dit cela que lorsqu'il ne porte pas de charge, qu'il ne court pas, qu'il ne porte pas de tefilin, qu'il n'y a pas deux ouvertures et qu'il n'y a pas d'autre synagogue ; mais s'il y a l'une de ces choses, il n'y a rien à y redire. Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Chimon ben Yohai : quiconque fixe un lieu pour sa prière, ses ennemis tombent sous lui, ainsi qu'il est dit « et Je fixerai un lieu pour Mon peuple Israël, et Je le planterai, et il demeurera sous lui » etc. Et Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Yossi : la prière de l'homme n'est entendue qu'à la synagogue à l'heure où la communauté prie, ainsi qu'il est dit « et moi, ma prière est à Toi, ה', en un temps de faveur » ; quand est le temps de faveur ? À l'heure où la communauté prie. Rav Nahman bar Yits'hak dit : de ceci, « voici, D.ieu est puissant et Il ne méprise pas ». Rabbi Yossi be-Rabbi Hanina dit : de ceci, « en un temps de faveur Je t'ai répondu ». Il a été enseigné de même : d'où sait-on que le Saint béni soit-Il ne méprise pas la prière du grand nombre ? De ce qu'il est dit « voici, D.ieu est puissant et Il ne méprise pas », et il est écrit « Il a racheté mon âme en paix du combat contre moi, car ils étaient nombreux avec moi ». Que signifie « Il a racheté mon âme en paix » ? Rabbi Chimon ben Yohai a dit : le Saint béni soit-Il a dit, quiconque s'occupe de Torah et d'actes de bonté et prie avec la communauté matin et soir, Je le lui compte comme s'il M'avait racheté, Moi et Mes enfants, d'entre les nations du monde. Resh Lakich a dit : quiconque a une synagogue dans sa ville et n'y entre pas pour prier est appelé mauvais voisin, ainsi qu'il est dit « ainsi a dit ה' sur tous Mes mauvais voisins qui touchent à l'héritage » etc. Et non seulement cela, mais il cause l'exil à lui et à ses enfants, ainsi qu'il est dit « Me voici, Je les arrache de dessus leur terre ». On dit à Rabbi Yo'hanan : il y a des vieillards à Babylone. Il s'étonna et dit : or il est écrit « afin que se multiplient vos jours et les jours de vos fils sur la terre » — c'est sur la terre qu'il est écrit, mais hors de la Terre, non. Lorsqu'on lui dit qu'ils vont tôt et tard à la synagogue, il dit : voilà ce qui leur a profité, comme Rabbi Yehochoua ben Levi a dit à ses fils, allez tôt et tard à la synagogue afin que vos jours se prolongent. Rabbi Aha bar Hanina a dit : quel est le verset ? « Heureux l'homme qui M'écoute, veillant à Mes portes jour après jour, gardant les montants de Mes ouvertures », et il est écrit après cela « car celui qui Me trouve à trouvé la vie ». Nous apprenons au chapitre Chelocha cheakhlou (Berakhot 47b) : Rabbi Yehochoua ben Levi a dit, que l'homme se lève toujours tôt pour la synagogue afin d'être compté parmi les dix premiers, car même si cent viennent après lui il reçoit la récompense de tous. La récompense de tous, te viendrait-il à l'esprit ? Plutôt, il reçoit une récompense à la mesure de tous. Rav Hisda a dit : que l'homme entre toujours de la mesure de deux ouvertures, et qu'il prie ensuite, ainsi qu'il est dit « gardant les montants de Mes ouvertures ». Certains expliquent qu'il ne se hâte pas de prier dès son entrée, mais qu'il attende la mesure de deux ouvertures ; s'il est assis près de l'ouverture, cela convient. Toutefois, dans le Talmud de Jérusalem, chapitre Ein omdin, nous apprenons : Rav Hisda a dit, celui qui entre à la synagogue doit entrer en deçà de deux portes ; quelle en est la raison ? « Heureux l'homme qui M'écoute, veillant à Mes portes jour après jour » ; et s'il fait ainsi, qu'est-il écrit après cela ? « Car celui qui Me trouve à trouvé la vie ». Rava dit à Rafram bar Papa : que le maître nous dise l'une de ces belles paroles que tu nous as dites au nom de Rav Hisda touchant les choses de la synagogue. Il lui dit : ainsi a dit Rav Hisda, que signifie ce qui est écrit « ה' aime les portes de Sion plus que toutes les demeures de Yaakov » ? Le Saint béni soit-Il a dit : J'aime les portes distinguées par la halakha plus que les synagogues et les maisons d'étude. Et c'est ce qu'a dit Rabbi Hiya bar Ami au nom de Oula : depuis l'heure où le Saint béni soit-Il a détruit le Temple, le Saint béni soit-Il n'a dans Son monde que les quatre coudées de la halakha seulement. Rabbi Ami et Rabbi Assi, bien qu'ils eussent treize synagogues à Tibériade, ne priaient qu'entre les colonnes, là où ils étudiaient. Abaye a dit : au début j'étudiais dans ma maison et je priais à la synagogue ; depuis que j'ai entendu ce qu'a dit Rabbi Hiya bar Ami au nom de Oula, je ne prie qu'entre les colonnes, là où j'étudie. Et Rabbi Hiya bar Ami a dit au nom de Oula : que signifie ce qui est écrit « et ceux qui abandonnent ה' périront » ? C'est celui qui laisse le sefer Torah ouvert et sort. Rabbi Abahou sortait entre un appelé et un autre. Rav Papa demanda : entre un verset et un autre, quoi ? Cela reste sans réponse. Rav Chechet tournait son visage et étudiait ; il disait, nous à ce qui est nôtre, et eux à ce qui est leur. Et si tu dis : n'avons-nous pas dit dans Sota, chapitre Elou neemarin (39a), que dès lors que le sefer Torah est ouvert il est interdit de parler, même d'une parole de halakha, ainsi qu'il est dit « et lorsqu'il l'ouvrit, tout le peuple se tint debout » ? Et l'on ne peut pas dire qu'ici c'est différent parce qu'il tournait son visage, car alors il aurait fallu rapporter là-bas l'enseignement de Rav Chechet pour nous apprendre qu'en pareil cas c'est permis. Il me semble donc expliquer que ce qu'on dit là-bas, il est interdit de parler, vise précisément la voix haute, parce qu'elle empêche les autres d'entendre ; mais à voix basse, cela convient. Et quant à ce qu'il tournait son visage, de même sans tourner son visage il aurait pu étudier à voix basse ; mais il a pris le cas le plus fort, que même en tournant son visage, ce qui donne l'apparence de laisser le sefer Torah, c'est permis. Et lui tournait son visage afin de fixer son cœur sur son étude. Rav Alfas a expliqué que cela vaut précisément pour Rav Chechet, dont la Torah était le métier ; mais enseigner à un homme qui interroge sur le moment, où expliquer une chose — selon une autre version, une question d'interdit et de permis — est interdit.
💡 Explication

Le verset est tiré de la prière de Salomon à l'inauguration du Temple. La démonstration tient à l'accolement de deux mots dans un même membre de phrase : rina, le chant, et tefila, la prière. Le lieu du premier devient le lieu de la seconde.

Rachi identifie ce lieu : la synagogue, où la communauté dit chants et louanges. L'énoncé ne porte donc pas sur la validité de la prière, mais sur le lieu où elle est entendue.

8
אָמַר רָבִין בַּר רַב אַדָּא, אָמַר רַבִּי יִצְחָק: מִנַּיִן שֶׁהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מָצוּי בְּבֵית הַכְּנֶסֶת — שֶׁנֶּאֱמַר: ״אֱ-לֹהִים נִצָּב בַּעֲדַת אֵל״.

Ravin bar Rav Adda a dit au nom de Rabbi Yits'hak : d'où sait-on que le Saint béni soit-Il se trouve à la synagogue ? De ce qu'il est dit : « D.ieu se tient dans l'assemblée divine » (Ps.

82, 1).

📜 Rachi (1)
בַּעֲדַת אֵל בְּבֵית מוֹעֵד שֶׁלּוֹ:
« Dans l'assemblée divine » — dans Sa maison de réunion.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מִנַּיִן שֶׁהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מָצוּי בְּבֵית הַכְּנֶסֶת? יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מֵאַחַר דְּיָלֵיף מֵהָכָא לַעֲשָׂרָה שֶׁמִּתְפַּלְּלִין שְׁכִינָה עִמָּהֶם, מְנָא לֵיהּ הַאי דְּרָשָׁה דְּמָצוּי בְּבֵית הַכְּנֶסֶת? וְעוֹד הֵיכָא מַשְׁמַע מֵהַאי קְרָא בֵּית הַכְּנֶסֶת? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהָא בְּהָא תַּלְיָא, כֵּיוָן דְּיָלְפִינַן בַּעֲשָׂרָה שְׁכִינְתָּא שָׁרְיָיא, מִמֵּילָא יָלְפִינַן דְּמָצוּי בְּבֵית הַכְּנֶסֶת, דְּהָא מַסִּיק לְקַמָּן בַּעֲשָׂרָה קַדְּמָא שְׁכִינְתָּא וְאָתְיָיא, וְלָכֵן בְּבֵית הַכְּנֶסֶת, דְּוַדַּאי נִמְצָאִים עֲשָׂרָה בִּתְפִילּוֹת שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה, הִנֵּה בְּוַדַּאי מָצוּי הקב"ה שָׁם תָּמִיד, דְּהָא בַּעֲשָׂרָה קַדְּמָא שְׁכִינְתָּא וְאָתְיָא, וּלְכָךְ סָמַךְ הָנֵי תְּרֵי דְּרָשׁוֹת לְהָדְדִי מִנַּיִן שהקב"ה מָצוּי וְכוּ' וּמִנַּיִן לַעֲשָׂרָה וְכוּ':
« D'où sait-on que le Saint béni soit-Il se trouve à la synagogue ? » Il y a lieu de faire difficulté : puisqu'il tire de ce même verset que dix qui prient ont la Chekhina avec eux, d'où lui vient cette exposition-ci, qu'Il se trouve à la synagogue ? Et de plus, où ce verset indique-t-il la synagogue ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'un dépend de l'autre : puisque nous apprenons qu'à dix la Chekhina réside, nous apprenons du même coup qu'Il se trouve à la synagogue ; car il conclut plus loin qu'à dix la Chekhina précède et vient. Aussi, à la synagogue, où assurément dix se trouvent pour les prières de la amida, le Saint béni soit-Il s'y trouve assurément en permanence, puisque à dix la Chekhina précède et vient. C'est pourquoi il a accolé ces deux expositions l'une à l'autre : d'où sait-on que le Saint béni soit-Il se trouve, etc., et d'où sait-on pour dix, etc.
💡 Explication

La guemara fonde maintenant l'énoncé d'Abba Binyamin. Le verset des Psaumes est lu comme une description de lieu : l'eda, l'assemblée, est l'endroit où l'on se réunit, et le verbe nitsav y place une présence.

Rachi glose baadat El par « dans Sa maison de réunion », ce qui donne au verset la valeur d'une adresse. Ce même verset va servir aux deux énoncés suivants, dix qui prient et trois qui jugent.

9
וּמִנַּיִן לַעֲשָׂרָה שֶׁמִּתְפַּלְּלִין שֶׁשְּׁכִינָה עִמָּהֶם — שֶׁנֶּאֱמַר: ״אֱ-לֹהִים נִצָּב בַּעֲדַת אֵל״.

Et d'où sait-on que dix qui prient, la Chekhina est avec eux ? De ce qu'il est dit : « D.ieu se tient dans l'assemblée divine ».

📜 Rachi (1)
וּמִנַּיִן לַעֲשָׂרָה וְכוּ' עֵדָה קְרוּיָה בַּעֲשָׂרָה שְׁנָא' עַד מָתַי לָעֵדָה הָרָעָה הַזֹּאת (בַּמִּדְבָּר י״ד:כ״ז) יָצְאוּ כָּלֵב וִיהוֹשֻׁעַ:
« Et d'où sait-on pour dix, etc. » — une eda (assemblée) se dit à partir de dix, ainsi qu'il est dit « jusqu'à quand cette mauvaise assemblée » (Nb. 14, 27), Caleb et Yehochoua étant exclus.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וּמִנַּיִן לַעֲשָׂרָה שֶׁמִּתְפַּלְּלִין, שֶׁשְּׁכִינָה עִמָּהֶם? שֶׁנֶּאֱמַר: בְּקֶרֶב אֱ-לֹהִים יִשְׁפֹּט. נִרְאֶה לִי בס"ד דְּמִסֵּפֶר עֲשָׂרָה בְּחֶשְׁבּוֹן הֶקְדֵּמַיי מַגִּיעַ לְמִסְפַּר חֲמִשָּׁה וַחֲמִשִּׁים, וְלָזֶה אָמַר (יְשַׁעְיָהוּ ג' ט') הֵן לָהּ' אֱ-לֹהֶיךָ, וּמִסְפָּר זֶה רָמוּז בְּאוֹתִיּוֹת הי"ם דְּשֵׁם אֱ-לֹהִים , נִמְצָא הָעֵדָה שֶׁהֵם עֲשָׂרָה נִרְמְזוּ בְּאוֹתִיּוֹת הי"ם, וּלְמַעְלָה מִן אוֹתִיּוֹת הי"ם דְּשֵׁם אֱ-לֹהִים יֵשׁ אוֹתִיּוֹת אֵל , וְלָזֶה אָמַר אֱ-לֹהִים נִצָּב בַּעֲדַת אֵל.
« Et d'où sait-on que dix qui prient, la Chekhina est avec eux ? De ce qu'il est dit : au milieu des juges Il juge. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le nombre dix, dans le compte dit kadmi, atteint le nombre cinquante-cinq ; et c'est pourquoi il est dit (Is. 3, 9) « hen, à ה' ton D.ieu », et ce nombre est fait allusion dans les lettres hé youd mem du nom Elokim. Il se trouve donc que l'assemblée, qui est de dix, est désignée par les lettres hé youd mem ; et au-dessus des lettres hé youd mem du nom Elokim il y a les lettres alef lamed, el. C'est pourquoi il est dit : Elokim se tient dans l'assemblée de El.
💡 Explication

Le même verset donne un second enseignement, cette fois sur le nombre. Le mot eda vaut dix par une comparaison de termes : dans l'épisode des explorateurs, l'Écriture appelle eda le groupe des dix qui ont mal parlé, Caleb et Yehochoua étant exclus des douze.

10
וּמִנַּיִן לִשְׁלֹשָׁה שֶׁיּוֹשְׁבִין בַּדִּין שֶׁשְּׁכִינָה עִמָּהֶם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״בְּקֶרֶב אֱ-לֹהִים יִשְׁפֹּט״.

Et d'où sait-on que trois qui siègent en jugement, la Chekhina est avec eux ? De ce qu'il est dit : « au milieu des juges Il juge ».

📜 Rachi (1)
בְּקֶרֶב אֱ-לֹהִים יִשְׁפֹּוט וְאֵין בֵּית דִּין קֵרוּיָם אֱ-לֹהִים אֶלָּא בַּג' בפ"ק דְּסַנְהֶדְרִין (דַּף ג ב ):
« Au milieu des juges Il juge » — et un tribunal n'est appelé elokim qu'à trois, au premier chapitre de Sanhédrin (3b).
💡 Explication

La seconde moitié du même verset fournit le troisième enseignement. Le mot rendu ici par juges est le nom elokim employé au sens de tribunal ; Rachi renvoie à Sanhédrin 3b, où ce sens n'est retenu que pour un beit din de trois.

11
וּמִנַּיִן לִשְׁנַיִם שֶׁיּוֹשְׁבִין וְעוֹסְקִין בַּתּוֹרָה שֶׁשְּׁכִינָה עִמָּהֶם — שֶׁנֶּאֱמַר: ״אָז נִדְבְּרוּ יִרְאֵי ה׳ אִישׁ אֶל רֵעֵהוּ וַיַּקְשֵׁב ה׳״ וְגוֹ׳.

Et d'où sait-on que deux qui siègent et s'occupent de Torah, la Chekhina est avec eux ? De ce qu'il est dit : « Alors ceux qui craignent ה' se parlèrent l'un à l'autre, et ה' fut attentif et entendit » etc.

(Mal. 3, 16).

📜 Rachi (1)
וַיַּקְשֵׁב ה' מַמְתִּין לָהֶם שָׁם:
« Et ה' fut attentif » — Il les attend la.
💡 Explication

Le verset de Malachie décrit deux hommes qui se parlent, et l'écoute divine qui suit. Rachi tire du verbe vayakchev une nuance de durée : Il les attend la, comme quelqu'un qui reste pour écouter.

Le verset se poursuit par le livre des souvenirs et par les mots oulehochvé chemo ; la guemara va exploiter ces deux suites, la seconde dès le segment suivant.

12
מַאי ״וּלְחָשְׁבִי שְׁמוֹ״? אָמַר רַב אַשִּׁי: חָשַׁב אָדָם לַעֲשׂוֹת מִצְוָה, וְנֶאֱנַס, וְלֹא עֲשָׂאָהּ — מַעֲלֶה עָלָיו הַכָּתוּב כְּאִילּוּ עֲשָׂאָהּ.

Que signifie « et pour ceux qui pensent à Son nom » ? Rav Achi a dit : un homme a pensé accomplir un commandement, il en a été empêché par force majeure et ne l'a pas accompli — l'Écriture le lui compte comme s'il l'avait accompli.

🪔 Ben Yehoyada (2)
מַאי וּלְחָשְׁבִי שְׁמוֹ. הִקְשָׁה הָרִי"ף זַ"ל מַה שַׁייָּכוּת יֵשׁ לָזֶה כָּאן? וְנִרְאֶה לִי בס"ד הֵבִיא לְהָא דר"א לְלַמְּדֵינוּ מַה שֶׁאָמַר שְׁנַיִם שֶׁעוֹסְקִין בַּתּוֹרָה שְׁכִינָה עִמָּהֶם, הַייְנוּ דַּוְקָא הֵיכָא דִּשְׁנֵיהֶם מְדַבְּרִים בְּדִבְרֵי תּוֹרָה, וְכִדְמַשְׁמַע פְּשָׁטֵיהּ דִּקְרָא (מַלְאָכִי ג, יז) אָז נִדְבְּרוּ, דִּשְׁנֵיהֶם מְדַבְּרִים, אֲבָל אֶחָד מְדַבֵּר וְאֶחָד שׁוֹמֵעַ וְשׁוֹתֵק לָאו, לְכָךְ הֵבִיא הָא דר"א דְּדָרֵישׁ חָשַׁב וְכוּ', דְּנִמְצָא הַמַּחֲשָׁבָה לְבַדָּהּ חֲשִׁיבָא כְּמַעֲשֶׂה, וְגַם הָכָא הַשּׁוֹמֵעַ דְּעוֹסֵק בַּתּוֹרָה בְּמַחְשַׁבְתּוֹ הֲוָה לֵיהּ כְּעוֹסֵק בְּפִיו וְקָרֵינַן בֵּיהּ וְנִדְבְּרוּ.
« Que signifie et pour ceux qui pensent à Son nom. » Le Rif de mémoire bénie a fait difficulté : quel rapport cela a-t-il ici ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il a rapporté cet enseignement de Rav Achi pour nous apprendre que ce qui a été dit, deux qui s'occupent de Torah ont la Chekhina avec eux, ne vaut précisément que là où tous deux parlent de paroles de Torah, comme l'indique le sens simple du verset (Mal. 3, 16) « alors ils se parlèrent », c'est-à-dire que tous deux parlent ; mais si l'un parle et que l'autre écoute et se tait, non. C'est pourquoi il a rapporté l'enseignement de Rav Achi qui expose « il a pensé » etc. : il se trouve que la pensée seule est tenue pour un acte, et ici de même, celui qui écoute et s'occupe de Torah par sa pensée est comme celui qui s'en occupe par sa bouche, et nous lisons à son sujet « et ils se parlèrent ».
אֲפִילּוּ חָשַׁב אָדָם לַעֲשׂוֹת מִצְוָה וְנֶאֱנַס. הִקְשָׁה הָרַב פֶּתַח עֵינַיִם זַ"ל מַאי לְשׁוֹן אֲפִילּוּ? עַייֵּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי בְּמַחְשָׁבָה טוֹבָה אִיכָּא תַּרְתֵּי הָא' חוֹשֵׁב וּמְצַפֶּה מָתַי תָּבֹא לִידֵי מִצְוָה זוֹ וַאֲקַיְּימֶנָּה, וְזוֹ הַמַּחֲשָׁבָה שָׁייְכָה בִּזְמַן שֶׁאֵין יָכוֹל לְקַיֵּים הַמִּצְוָה הַהִיא בְּפֹועַל, הֵן מֵחֲמַת שֶׁלֹּא הִגִּיעַ זְמַנָּהּ, הֵן מֵחֲמַת שֶׁאֵין הַיְּכֹולֶת בְּיָדוֹ לְקַייְּמָהּ, וְהַב' מְחַשֵּׁב לַעֲשׂוֹת מִצְוָה שֶׁהִגִּיעַ זְמַנָּהּ וּבְיָדוֹ לְקַיְּימָהּ אוֹתָהּ שָׁעָה וְרַק כַּאֲשֶׁר בָּא לְקַייְּמָהּ נֶאֱנַס וְלֹא עֲשָׂאָהּ, וְעַל זֶה הַב' אֶפְשָׁר לוֹמַר כֵּיוָן שֶׁחָשַׁב לְקַיֵּים בְּפֹועַל וְנַעֲשָׂה עָלָיו נֶדֶר בַּלֵּב אִם נֶאֱנַס וְלֹא עָשָׂה, לָא הָוֵי כְּאִילּוּ עָשָׂה, וְלָזֶה אָמַר אֲפִילּוּ בִּכְהַאי גַּווְנָא מַעֲלֶה עָלָיו כְּאִלּוּ עֲשָׂאָהּ. אָמְנָם עֲדַייִן יֵשׁ לְדַקְדֵּק מֵהֵיכָא מוּכָח דְּקָאֵי עַל הַמִּצְוָה, דִּקְרָא אָמַר (שָׁם) לְחָשְׁבִי שְׁמוֹ וְלֹא אָמַר וּלְחוֹשְׁבֵי מִצְוָתוֹ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי יָדוּעַ אוֹתִיּוֹת מִצְוָה הֵם אוֹתִיּוֹת שֵׁם הֲוָיָ"ה , כִּי מ"צ בא"ת ב"ש הוּא י"ה, וּפֵרַשְׁתִּי בס"ד הַטַּעַם לְהוֹרוֹת שֶׁצָּרִיךְ הָאָדָם לְקַיֵּים הַמִּצְוָה בִּשְׁלֵימוּת, אַרְבָּעָה חֲלָקִים שֶׁהֵם מַעֲשֶׂה וְדִבּוּר וְכַוָּנָה וּמַחְשָׁבָה, שֶׁהֵם רְמוּזִים בְּאַרְבַּע אוֹתִיּוֹת שֵׁם הֲוָיָ"ה כ"ה כַּנּוֹדָע, וְלָכֵן אוֹתִיּוֹת מִצְוָה הֵם אוֹתִיּוֹת שֵׁם הֲוָיָ"ה, וְלִהְיוֹת כִּי הַמַּחֲשָׁבָה וְהַכַּוָּנָה הֵם נִסְתָּרִים, לָכֵן אוֹתִיּוֹת י"ה שֶׁהֵם כְּנֶגְדָּם בָּאוּ בְּהֶסְתֵּר וְהֶעְלֵם, שֶׁהוּא בְּחִילּוּף מ"צ בא"ת ב"ש, וּבָזֶה מוּבָן בס"ד מַה שֶׁאָמַר 'וּלְחָשְׁבִי שְׁמוֹ' וְלֹא אָמַר 'וּלְחוֹשְׁבֵי מִצְוָתוֹ', כִּי בֶּאֱמֶת אוֹתִיּוֹת מִצְוָה הֵם אוֹתִיּוֹת שְׁמוֹ, וּבָא לְלַמְּדֵינוּ דְּכָל זֶה אַייְרֵי בְּחוֹשֵׁב לַעֲשׂוֹת מִצְוָה שְׁלֵימָה בְּאַרְבָּעָה חֲלָקִים הָרְמוּזִים בְּאוֹתִיּוֹת שְׁמוֹ יִתְבָּרֵךְ, וְאָז הִיא נֶחְשֶׁבֶת כְּמַעֲשֶׂה מַמָּשׁ.
« Même si un homme a pensé accomplir un commandement et en a été empêché. » Le Rav Petah Enayim de mémoire bénie a fait difficulté : que signifie le terme « même » ? Vois-y. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que dans la bonne pensée il y a deux cas. Le premier : il pense et attend le moment où ce commandement se présentera à lui pour l'accomplir ; et cette pensée a lieu au temps où il ne peut pas accomplir ce commandement en acte, soit parce que son temps n'est pas venu, soit parce qu'il n'a pas le moyen de l'accomplir. Le second : il pense accomplir un commandement dont le temps est venu et qu'il a le pouvoir d'accomplir à cette heure même, et c'est seulement lorsqu'il vient l'accomplir qu'il en est empêché par force majeure et ne l'accomplit pas. Sur ce second cas on pourrait dire que, puisqu'il a pensé l'accomplir en acte et qu'il s'est fait sur lui comme un vœu du cœur, s'il en est empêché et ne l'accomplit pas, cela ne serait pas tenu comme s'il l'avait accompli. C'est pourquoi il a dit « même » en pareil cas, l'Écriture le lui compte comme s'il l'avait accompli. Toutefois il reste à examiner d'où l'on prouve que cela porte sur le commandement, puisque le verset dit « ceux qui pensent à Son nom » et non « ceux qui pensent à Son commandement ». Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'on sait que les lettres du mot mitsva sont les lettres du nom Havaya, car mem tsadi, par la permutation at-bach, donnent youd hé. Et j'ai expliqué avec l'aide du Ciel la raison de la chose : pour enseigner que l'homme doit accomplir le commandement dans sa plénitude, en ses quatre parts que sont l'acte, la parole, l'intention et la pensée, auxquelles font allusion les quatre lettres du nom Havaya, comme on le sait ; c'est pourquoi les lettres de mitsva sont les lettres du nom. Et parce que la pensée et l'intention sont cachées, les lettres youd hé qui leur correspondent sont venues dans le secret et le voilement, c'est-à-dire par la permutation de mem tsadi en at-bach. Par là se comprend, avec l'aide du Ciel, pourquoi il a dit « ceux qui pensent à Son nom » et non « ceux qui pensent à Son commandement » : car en vérité les lettres de mitsva sont les lettres de Son nom, et il vient nous enseigner que tout ceci parle de celui qui pense accomplir un commandement complet en ses quatre parts, auxquelles font allusion les lettres de Son nom béni soit-Il ; alors elle est comptée comme un acte véritable.
💡 Explication

La guemara s'arrête sur la fin du verset qu'elle vient de citer. La lecture de Rav Achi déplace hochvé chemo vers la pensée d'accomplir, et en tire une règle générale : l'intention empêchée par ones, force majeure, est portée au compte de l'homme.

Le Ben Yehoyada explique la place de l'énoncé ici. Si l'on avait lu « alors ils se parlèrent » à la lettre, deux qui étudient supposerait que les deux parlent ; l'énoncé de Rav Achi montre que la pensée vaut acte, donc que celui qui écoute en pensant est compris lui aussi dans le verset.

🖼️ Schéma
La pensée comptée comme acte (seg. 11) Rav Achi lit oulehochvé chemo, ceux qui pensent à Son nom, comme la pensée d'accomplir un commandement. Il a pensé accomplir un commandement Il en est empêché nanass, par force majeure Compté comme fait keïlou assaa Premier cas (Ben Yehoyada) Il attend l'occasion d'accomplir, alors que le moment n'est pas venu où qu'il n'en a pas le moyen. Cas facile : rien ne dépendait de lui. Second cas (Ben Yehoyada) Le moment est venu, il pouvait accomplir, et c'est au moment de le faire qu'il en fut empêché. C'est ce cas que vise le mot afilou, même. La place de l'énoncé s'explique par le contexte : deux qui parlent ensemble de Torah, mais l'un écoute et se tait. Si la pensée vaut acte, celui qui écoute en pensant est lui aussi compris dans az nidberou, alors ils se parlèrent.
La règle de Rav Achi, et les deux cas que le Ben Yehoyada distingue derrière le mot même.
13
וּמִנַּיִן שֶׁאֲפִילּוּ אֶחָד שֶׁיּוֹשֵׁב וְעוֹסֵק בַּתּוֹרָה שֶׁשְּׁכִינָה עִמּוֹ — שֶׁנֶּאֱמַר: ״בְּכָל הַמָּקוֹם אֲשֶׁר אַזְכִּיר אֶת שְׁמִי אָבוֹא אֵלֶיךָ וּבֵרַכְתִּיךָ״.

Et d'où sait-on que même un seul qui siège et s'occupe de Torah, la Chekhina est avec lui ? De ce qu'il est dit : « En tout lieu où Je ferai mentionner Mon nom, Je viendrai à toi et te bénirai » (Ex.

20, 21).

📜 Rachi (2)
אֲשֶׁר אַזְכִּיר אֶת שְׁמִי אֲשֶׁר יִזְכֹּר שְׁמִי עַל מִצְוֹתַי וְדִבְרֵי:
« Où Je ferai mentionner Mon nom » — où Mon nom sera mentionné sur Mes commandements et Mes paroles.
אָבֹא אֵלֶיךָ לְשׁוֹן יָחִיד הוּא:
« Je viendrai à toi » — c'est un singulier.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וּמִנַּיִן לְאֶחָד שֶׁיּוֹשֵׁב וְעוֹסֵק בַּתּוֹרָה. הִנֵּה בָּזֶה מוּבָן בס"ד הַטַּעַם שֶׁאָמַר (שְׁמוֹת כ, כא) 'אַזְכִּיר' אֶת שְׁמִי וְלֹא אָמַר 'תַּזְכִּיר', וְהַיְינוּ לוֹמַר 'א' יַזְכִּיר', דְּהַייְנוּ אֶחָד יַזְכִּיר אֶת שְׁמִי, וְיָדוּעַ דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל הַתּוֹרָה כֻּולָּהּ שְׁמוֹתָיו שֶׁל הקב"ה, וְלָזֶה אָמַר אֶת שְׁמִי, רֶמֶז בְּתֵיבַת אֶת עַל הַתּוֹרָה שֶׁהִיא כְּלוּלָה מִן א' וְעַד תָּי"ו וְהִיא שְׁמוֹתָיו שֶׁל הקב"ה.
« Et d'où sait-on pour un seul qui siège et s'occupe de Torah. » Voici que par là se comprend, avec l'aide du Ciel, la raison pour laquelle il est dit (Ex. 20, 21) « azkir », Je ferai mentionner Mon nom, et non « tazkir », tu mentionneras : c'est pour dire alef yazkir, c'est-à-dire qu'un seul mentionnera Mon nom. Et l'on sait que nos maîtres de mémoire bénie ont dit que la Torah tout entière est faite des noms du Saint béni soit-Il ; c'est pourquoi il est dit « et Mon nom », le mot et faisant allusion à la Torah, qui est comprise depuis le alef jusqu'au tav et qui est les noms du Saint béni soit-Il.
💡 Explication

Dernier degré de la descente. La preuve tient à un détail de forme : le verset passe au singulier, avo elekha, Je viendrai à toi, là où le contexte parlait au pluriel. Rachi le relève expressément.

La mention du nom est comprise comme l'étude, puisque, selon Rachi, le nom divin est mentionné sur Ses commandements et Ses paroles.

14
וְכִי מֵאַחַר דַּאֲפִילּוּ חַד, תְּרֵי מִבַּעְיָא?! תְּרֵי — מִכַּתְבָן מִלַּייְהוּ בְּסֵפֶר הַזִּכְרוֹנוֹת, חַד — לָא מִכַּתְבָן מִלֵּיהּ בְּסֵפֶר הַזִּכְרוֹנוֹת.

Et puisque [la Chekhina est] même avec un seul, fallait-il [le dire] pour deux ? Pour deux, leurs paroles sont inscrites dans le livre des souvenirs ; pour un seul, sa parole n'est pas inscrite dans le livre des souvenirs.

📜 Rachi (1)
מִכַּתְבָן מִלַּיְיהוּ כְּדִכְתִיב וַיִּכָּתֵב סֵפֶר זִכָּרוֹן לְפָנָיו (סֵיפָא דִּקְרָא):
« Leurs paroles sont inscrites » — ainsi qu'il est écrit « et un livre de souvenir fut écrit devant Lui » (fin du verset).
🗂️ Tossefot (1)
חַד לָא מִכַּתְבָן מִלֵּיהּ בְּסֵפֶר הַזִּכְרוֹנוֹת כְּלוֹמַר עִם אֲחֵרִים אֲבָל בְּסֵפֶר לְבַדּוֹ נִכְתָּבִין כִּדְאָמְרִינַן וְכָל מַעֲשֶׂיךָ בַסֵּפֶר נִכְתָּבִין (אָבוֹת פֶּרֶק ב) כ"ש מִדָּה טוֹבָה:
« Pour un seul, sa parole n'est pas inscrite dans le livre des souvenirs » — c'est-à-dire avec d'autres ; mais dans un livre à lui seul, elles sont inscrites, comme nous disons « et toutes tes actions sont inscrites dans un livre » (Avot, chapitre 2) — à plus forte raison pour la mesure de bien.
🪔 Ben Yehoyada (2)
תְּרֵי, מִיכַּתְבָן מִלַּיְהוּ. נִרְאֶה לִי בס"ד בָּזֶה מַה שֶׁנֶּאֱמַר בְּאִיּוֹב (לא, לה) מִי יִתֶּן לִי שֹׁמֵעַ לִי הֶן תָּוִי שַׁדַּי יַעֲנֵנִי וְסֵפֶר כָּתַב אִישׁ רִיבִי, פֵּירוּשׁ מִי יִתֵּן לִי אָדָם שׁוֹמֵעַ לִי בְּעֵת שֶׁאֲנִי מְדַבֵּר בְּדִבְרֵי תּוֹרָה, כְּדֵי שֶׁנִּהְיֶה תְּרֵין לוֹמְדִים, יַעַן כִּי הֵן תְּוַי, פֵּירוּשׁ תַּאֲוָתִי בְּזֶה שַׁדַּי יַעֲנֵנִי, וּכְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר אָז נִדְבְּרוּ יִרְאֵי ה' אִישׁ אֶל רֵעֵהוּ וַיַּקְשֵׁב ה' וַיִּשְׁמָע, וְעוֹד אִיכָּא תּוֹעֶלֶת דִּתְרֵי מִכַּתְבָן מִלַּיְיהוּ, וְזֶה שֶׁאָמַר וְסֵפֶר כְּתָב, וְהִנֵּה אָנֹכִי מִתְאַוֶּה וְחָפֵץ בְּכָךְ אֲפִילּוּ אִם זֶה הָאִישׁ אֲשֶׁר שָׁמַע לִי הוּא אִישׁ רִיבִי.
« Pour deux, leurs paroles sont inscrites. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que par là s'explique ce qui est dit dans Job (31, 35) : « qui me donnera quelqu'un qui m'écoute, voici mon désir, que le Tout-Puissant me réponde, et un livre qu'écrive l'homme de ma querelle ». C'est-à-dire : qui me donnera un homme qui m'écoute au moment où je parle de paroles de Torah, afin que nous soyons deux à étudier ? Car « voici mon désir », c'est-à-dire mon souhait en cela, « que le Tout-Puissant me réponde », comme il est dit « alors ceux qui craignent ה' se parlèrent l'un à l'autre, et ה' fut attentif et entendit ». Et il y a un autre profit encore, car pour deux leurs paroles sont inscrites : c'est le sens de « et un livre qu'écrive ». Et voici que je le désire et le souhaite même si cet homme qui m'écoute est l'homme de ma querelle.
חַד, לָא מִיכַּתְבָן מִילֵּיהּ. הִקְשׁוּ הַתּוֹסְפוֹת מִמַּה שֶׁאָמְרוּ (אָבוֹת פֶּרֶק ב' מִשְׁנָה א') וְכָל מַעֲשֶׂיךָ בַסֵּפֶר נִכְתָּבִין? וְתֵירְצוּ וְלֹא מִכַּתְבִין עִם אֲחֵרִים, אֲבָל בַּסֵּפֶר לְבַדּוֹ נִכְתָּבִין, וְקַשָּׁא כֵּיוָן דְּנִכְתָּבִין מָה הֶפְרֵשׁ יֵשׁ בָּזֶה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כָּל אָדָם יֵשׁ לוֹ סֵפֶר עַל שְׁמוֹ שֶׁבּוֹ נִכְתָּבִין זְכִיּוֹתָיו וְחוֹבוֹתָיו, וְלָכֵן כְּתִיבַת הַזְּכִיּוֹת עַל סֵפֶר הַזֶּה אֵין בָּהּ מַעֲלָה וַחֲשִׁיבוּת מֵאַחַר שֶׁבְּאוֹתוֹ סֵפֶר נִכְתָּבִין הָעֲוֹנוֹת הָרַבִּים גַּם כֵּן, אַךְ מִלְּבַד זֶה יֵשׁ סֵפֶר כְּלָלִי שֶׁבּוֹ נִכְתָּבִים כָּל זְכִיּוֹת שֶׁל כָּל יִשְׂרָאֵל כְּדֵי שֶׁיִּהְיֶה לָהֶם דִּין קָבוּעַ, וּבָזֶה הַסֵּפֶר אֵין נִכְתָּבִין עוֹנוֹת כְּלָל, וְעַל זֶה הַסֵּפֶר אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בַּגְּמָרָא דְּאִתְיַיהֵיב רְשׁוּת לְמַלְאַךְ מט"ט (לִכְתֹּוב) זְכִיּוֹת יִשְׂרָאֵל מְיֻושָּׁב, וְנִרְאֶה לִי הַטַּעַם לְלַמֵּד כִּי זְכִיּוֹת אֵלּוּ אֵין נִכְתָּבִים בִּשְׁבִיל 'חֶשְׁבּוֹן', אֶלָּא כְּדֵי שֶׁיִּהְיֶה לָהֶם 'דִּין קָבוּעַ', וּלְכָךְ כּוֹתְבָם מְיֻושָּׁב, כִּי יְשִׁיבָה מוֹרֶה עַל קְבִיעוּת כַּנּוֹדָע מִדִּינֵי בְּרָכוֹת, וְעַל זֶה הַסֵּפֶר קָאָמַר הָכָא דְּאֵין נִכְתָּבִין שָׁם זְכִיּוֹת שֶׁל דִבְרֵי תוֹרָה דְּגָרֵיס בְּחַד, ודו"ק.
« Pour un seul, sa parole n'est pas inscrite. » Les Tossefot ont fait difficulté à partir de ce qui est dit (Avot, chapitre 2, michna 1) « et toutes tes actions sont inscrites dans un livre », et ils ont répondu qu'elles ne sont pas inscrites avec d'autres, mais que dans un livre à lui seul elles sont inscrites. Et il y a une difficulté : puisqu'elles sont inscrites, quelle différence y a-t-il ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que chaque homme a un livre à son nom, où sont inscrits ses mérites et ses dettes ; aussi l'inscription des mérites sur ce livre n'a-t-elle ni élévation ni importance, puisque dans ce même livre sont inscrites aussi les nombreuses fautes. Mais outre celui-là, il y a un livre général où sont inscrits tous les mérites de tout Israël afin qu'ils aient un statut fixe, et dans ce livre-là aucune faute n'est inscrite. C'est de ce livre que nos maîtres de mémoire bénie ont parlé dans la guemara, quand ils ont dit qu'il fut donné permission à l'ange Mattat d'inscrire les mérites d'Israël en étant assis. Et il me semble que la raison en est d'enseigner que ces mérites ne sont pas inscrits en vue d'un compte, mais afin qu'ils aient un statut fixe ; c'est pourquoi il les écrit assis, car la position assise indique la fixité, comme on le sait des lois des bénédictions. Et c'est de ce livre qu'il est dit ici que n'y sont pas inscrits les mérites des paroles de Torah que l'on étudie seul. Approfondis.
💡 Explication

La guemara remonte l'échelle. La question vekhi meahar est une question d'économie : un énoncé plus fort rend inutile un énoncé plus faible. La réponse cherche donc, à chaque degré, un supplément propre.

Ici, le supplément vient de la suite du verset de Malachie : « et un livre de souvenir fut écrit devant Lui ». Les Tossefot écartent une lecture excessive : le solitaire est inscrit lui aussi, dans son propre livre, mais non conjointement avec d'autres.

15
וְכִי מֵאַחַר דַּאֲפִילּוּ תְּרֵי, תְּלָתָא מִבַּעְיָא?! מַהוּ דְתֵימָא: דִּינָא שְׁלָמָא בְּעָלְמָא הוּא, וְלָא אָתְיָא שְׁכִינָה, קָמַשְׁמַע לַן דְּדִינָא נָמֵי הַיְינוּ תּוֹרָה.

Et puisque [c'est vrai] même pour deux, fallait-il [le dire] pour trois ? [On aurait pu] dire : le jugement n'est qu'une affaire de paix, et la Chekhina n'y vient pas ; il nous fait donc savoir que le jugement aussi est Torah.

💡 Explication

Le raisonnement change de nature. Pour deux, le supplément était une récompense ; ici, il s'agit d'écarter une erreur possible. On aurait pu voir dans le din une institution d'ordre public, destinée à maintenir la paix entre les hommes, donc étrangère à l'étude.

L'énoncé sur les trois juges corrige cette lecture : juger relève de la Torah elle-même, et la présence divine y répond au même titre.

16
וְכִי מֵאַחַר דַּאֲפִילּוּ תְּלָתָא, עֲשָׂרָה מִבַּעְיָא?! עֲשָׂרָה — קָדְמָה שְׁכִינָה וְאָתְיָא. תְּלָתָא — עַד דְּיָתְבִי.

Et puisque [c'est vrai] même pour trois, fallait-il [le dire] pour dix ? Pour dix, la Chekhina précède et vient ; pour trois, [seulement] à partir du moment où ils siègent.

📜 Rachi (3)
קָדְמָה שְׁכִינָה וְאָתְיָא קֹודֶם שֶׁיִּהְיוּ כָּל הָעֲשָׂרָה:
« La Chekhina précède et vient » — avant que les dix soient tous là.
נִצָּב בַּעֲדַת אֵל מֵעִיקָּרָא מַשְׁמַע:
« Se tient dans l'assemblée divine » — cela indique une présence des le départ.
עַד דְּיָתְבִי כְּדִכְתִיב יִשְׁפֹּוט בִּשְׁעַת הַמִּשְׁפָּט:
« Qu'à partir du moment où ils siègent » — ainsi qu'il est écrit « Il juge », au moment du jugement.
🪔 Ben Yehoyada (1)
עֲשָׂרָה, קָדְמָה שְׁכִינָה וְאָתְיָא. נִמְצָא אֲפִילּוּ בְּתִשְׁעָה לָא קָדְמָה שְׁכִינְתָּא אֶלָּא בְּנֵי אָדָם מְקַדְּמִין לָבֹא, וְנִרְאֶה לִי בס"ד רֶמֶז לַדָּבָר בְּמִיכָה (ו' ו') בַּמֶּה אַקֹּדֶם ה', כִּי יָדוּעַ מִסְפַּר הַתִּשְׁעָה הוּא מ"ה [45] בְּמִסְפָּר הֶקְדֵּמַיי שֶׁהוּא אבג"ד הוזח"ט [א+ב+ג+ד+...+ט= 45] , דְּהַייְנוּ עַד מַה שֶׁהוּא תִּשְׁעָה אֲנִי אַקֹּדֶם, אֲבָל בְּיוֹתֵר מִן תִּשְׁעָה שֶׁהוּא מִי' וְאֵילָךְ קָדְמָה שְׁכִינְתָּא.
« Pour dix, la Chekhina précède et vient. » Il se trouve donc que même pour neuf la Chekhina ne précède pas, mais que ce sont les hommes qui viennent les premiers. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il y a une allusion à la chose dans Mikha (6, 6) : « avec quoi devancerai-je ה' ». Car on sait que le nombre neuf est quarante-cinq dans le compte kadmi, qui est alef bet guimel dalet hé vav zayin het têt [1+2+3+4+...+9 = 45] ; c'est-à-dire : jusqu'à ce qui est neuf, c'est moi qui devance ; mais au-delà de neuf, c'est-à-dire à partir de dix, la Chekhina précède.
💡 Explication

Le dernier supplément porte sur le moment. Pour dix, le verbe nitsav indique une présence déjà établie : la Chekhina est là avant que les dix soient réunis. Pour trois, le verbe yichpot rattache la présence à l'acte de juger, donc au moment où ils siègent.

La différence est pratique : un homme qui vient à la synagogue arrive dans un lieu déjà habité, tandis que des juges appellent la présence par leur travail.

17
אָמַר רַבִּי אָבִין בַּר רַב אַדָּא, אָמַר רַבִּי יִצְחָק: מִנַּיִן שֶׁהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מַנִּיחַ תְּפִילִּין שֶׁנֶּאֱמַר: ״נִשְׁבַּע ה׳ בִּימִינוֹ וּבִזְרוֹעַ עֻזּוֹ״.

Rabbi Avin bar Rav Adda a dit au nom de Rabbi Yits'hak : d'où sait-on que le Saint béni soit-Il met les tefilin ? De ce qu'il est dit : « ה' l'a juré par Sa droite et par le bras de Sa force » (Is.

62, 8).

🪔 Ben Yehoyada (1)
מִנַּיִן שֶׁהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מַנִּיחַ תְּפִלִּין? הִנֵּה דָּבָר זֶה יָדוּעַ לְכָל דַּאֲגֻדָּה זוֹ לֹא נֶאֶמְרָה כְּפִי פְּשׁוּטָה, וְאֵינָהּ אֶלָּא רַק חִידָה וּמָשָׁל רוֹמֶזֶת לְעִנְיָן נֶעְלַם וְנִסְתָּר, וּכְדֵי לְיַישֵּׁב דַּעַת הַקּוֹרֵא נְדַבֵּר בָּזֶה בִּקְצָרָה, וְהוּא כִּי הַדָּבָר יָדוּעַ וּמְפֻורְסָם שֶׁכָּל מַעֲשֵׂה הַמִּצְוֹת הֵם מְכֻווָּנִים כְּנֶגֶד אוֹרוֹת נִשְׂגָּבִים אֲשֶׁר לְמַעְלָה, וְכַאֲשֶׁר יַעֲשֶׂה הָאָדָם הַמִּצְוָה בְּדָבָר גַּשְׁמִי לְמַטָּה לְקַייֵּם מִצְוַת הַבּוֹרֵא יִתְבָּרֵךְ, הִנֵּה בָּזֶה מְעוֹרֵר הָאוֹר הָעֶלְיוֹן לְמַעְלָה אֲשֶׁר אוֹתוֹ הַדָּבָר רָמוּז אֵלָיו, וּמַמְשִׁיךְ הֶאָרָתוֹ בְּכָל הָעוֹלָמוֹת. וְהִנֵּה מִצְוַת תְּפִילִּין הִיא גְּדוֹלָה וִיקָרָה וּמִמֶּנָּה נִמְשָׁךְ חַיִּים לָעוֹלָמוֹת לְמַעְלָה, וְלָכֵן אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל הַמַּנִּיחַ תְּפִילִּין מַאֲרִיךְ יָמִים שֶׁנֶּאֱמַר (יְשַׁעְיָהוּ לח, יוּ) ה' עֲלֵיהֶם יִחְיוּ, כִּי מִצְוָה זוֹ הִיא מְכֻוֶּונֶת כְּנֶגֶד אוֹרוֹת נִשְׂגָּבִים לְמַעְלָה, דְּהַיְינוּ פָּרָשָׁה א' מְכֻווֶּנֶת כְּנֶגֶד אוֹר הָעֶלְיוֹן הַנִּקְרָא חָכְמָה, וּפָרָשָׁה ב' כְּנֶגֶד אוֹר הַנִּקְרָא בִּינָה, וּפָרָשָׁה ג' כְּנֶגֶד אוֹר הַנִּקְרָא חֶסֶד, וּפָרָשָׁה ד' כְּנֶגֶד אוֹר הַנִּקְרָא גְּבוּרָה, וְהַבָּתִּים שֶׁל הַפָּרָשִׁיּוֹת גַּם כֵּן מְכֻוָּונִים כְּנֶגֶד אוֹרוֹת נִשְׂגָּבִים אֲשֶׁר הֵם מַלְבִּישִׁים לְאוֹתָם אוֹרוֹת הָעֶלְיוֹנִים הַנִּרְמָזִים בְּאַרְבַּע פָּרָשִׁיּוֹת שֶׁבְּתוֹכָם, וּכְפִי סוֹד הָאוֹרוֹת הָהֵם וְסִדְרָן וּמַעֲמָדָן אֲנַחְנוּ עוֹשִׂין לְמַטָּה בְּמִצְוַת תְּפִילִּין שֶׁל יָד וְרֹאשׁ, שֶׁאָז בְּקִיּוּם הַמִּצְוָה הַהִיא שֶׁאֲנַחְנוּ מְקַייְּמִים גְּזֵרָתוֹ יִתְבָּרֵךְ וּמִצְוָתוֹ וּרְצוֹנוֹ בָּזֶה הִנֵּה אֲנַחְנוּ מְעוֹרְרִים אֶת כָּל הָאוֹרוֹת הַנִּזְכָּרִים לְעֵיל, אֲשֶׁר הֵם מְכַווְּנִים כְּנֶגֶד מַעֲשֵׂה הַמִּצְוָה הַזֹּאת, וּמַמְשִׁיכִים הֶאָרָתָם בַּמָּקוֹם הָרָאוּי לָהֶם כְּפִי רְצוֹנוֹ יִתְבָּרֵךְ. וְלָכֵן נִקְרֵאת מִצְוָה זוֹ בְּשֵׁם תְּפִילִּין שֶׁהוּא לְשׁוֹן חִיבּוּר, רֶמֶז לְחִיבּוּר הָאוֹרוֹת לְמַעְלָה וְהַתִּיקּוּן הַנַּעֲשֶׂה שָׁם, כִּי כָּךְ גָּזְרָה חָכְמָתוֹ יִתְבָּרֵךְ וְכָךְ הָיָה רְצוֹנוֹ הַפָּשׁוּט כְּדֵי לִזְכוּתֵינוּ שֶׁהַמַּעֲשֶׂה שֶׁלָּנוּ בִּדְבָרִים גְּשָׁמִים, בְּצֵירוּף מְחַשַּׁבְתֵּינוּ הַטּוֹבָה, תּוֹעִיל וְתַסְפִּיק לִפְעֹול פְּעֻולָּה רוּחָנִית לְמַעְלָה, כִּי כְּפִי מַה שֶׁאֲנַחְנוּ עוֹשִׂין בַּגַּשְׁמִיּוּת עַל פִּי רְצוֹנוֹ וּמִצְוָתוֹ יִתְבָּרֵךְ, כֵּן יַעֲשֶׂה הקב"ה בְּעַצְמוֹ בְּרוּחָנִיּוּת בְּאוֹרוֹת הָעֶלְיוֹנִים, וְלָכֵן כְּתִיב (תְּהִלִּים קכא, ה) ה' צִלְּךָ עַל יַד יְמִינֶךָ, כְּלוֹמַר דֻּוגְמַת הַצֵּל שֶׁכָּל מַה שֶׁיַּעֲשֶׂה הָאָדָם תְּנוּעָה בְּרֹאשׁוֹ אוֹ בְּיָדוֹ אוֹ בְּרַגְלוֹ, נַעֲשָׂה דֻּוגְמָתָהּ בַּצֵּל שֶׁלּוֹ, וְהִנֵּה מֵעַתָּה אַל תִּתְמַהּ וְתִתְפַּלֵּא בְּדִבְרֵי רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל שֶׁאָמְרוּ הקב"ה מַנִּיחַ תְּפִילִּין, דְּכָל זֶה הוּא עַל תִּיקּוּן הַנַּעֲשֶׂה בְּאוֹרוֹת עֶלְיוֹנִים הָרְמוּזִים בְּמִצְוַת תְּפִילִּין. וּמַה שֶׁשָּׁאַל רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק הָנֵי תְּפִלִּין דְּמָארֵי עָלְמָא, מַה כְּתִיב בְּהוּ? וְהֵשִׁיב וּמִי כְּעַמְּךָ יִשְׂרָאֵל גּוֹי אֶחָד, אֵין הַדְּבָרִים כִּפְשׁוּטָן, אֶלָּא גַּם בָּזֶה מְדַבֵּר עַל אוֹרוֹת נִשְׂגָּבִים אֲשֶׁר הֵמָּה רְמוּזִים בַּפְּסוּקִים הַנִּזְכָּרִים, וּכְדֵי לְהַסְתִּיר הַסּוֹד וּלְהֶעְלִימוּ דִּבְּרוּ חֲכָמֵינוּ זַ"ל בְּלָשׁוֹן זֶה, שֶׁנִּרְאֶה כְּאִלּוּ אוֹמֵר שֶׁהַפְּסוּקִים אֵלּוּ בְּעַצְמָן כְּתוּבִין שָׁם, אַךְ בֶּאֱמֶת הַכַּוָּנָה הוּא עַל אוֹרוֹת הָרְמוּזִים בַּפְּסוּקִים הַנִּזְכָּרִים, כִּי בֶּאֱמֶת וּבֶאֱמוּנָה הוּא לֹא יֵשׁ לְמַעְלָה לְלֹא גּוּף וְלֹא כֹּחַ הַגּוּף חָלִילָה, וְגַם לֹא אוֹת וְלֹא נְקֻודָּה, וְכָל מַה שֶׁדִּבְּרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בָּזֶה וְכַיּוֹצֵא בָּזֶה הַכֹּל הוּא דֶּרֶךְ מָשָׁל וְדִמְיוֹן וְצִיּוּר לְשַׂבֵּר אֶת הָאֹוזֶן, וְדַע כִּי מַה שֶׁאָמְרוּ וְכֻולְּהוּ כְּתִיבִי בְּאֶדְרָעֵיהּ וַדַּאי יֵשׁ בָּזֶה סוֹד נִסְתָּר, אַךְ רָאִיתִי בְּדִקְדּוּקֵי סוֹפְרִים שֶׁכָּתוּב שָׁם בְּנֻוסְחַת תַּלְמוּד כְּתָב יָד לֵיתָא לְהַאי. וְהִנֵּה בְּעֵץ חַיִּים שַׁעַר הַכְּלָלִים פֶּרֶק ה' כָּתוּב שֶׁבְּחִינַת י"ה שֶׁבַּשֵּׁם, נוֹתְנִים לִבְחִינַת ו"ה שֶׁבַּשֵּׁם אוֹרוֹת הַנִּקְרָאִים מוֹחִין, כְּדֵי שֶׁיִּתְיַיחֲדוּ וְהֵם הָרְמוּזִים בְּסוֹד שִׁי"ן שֶׁל ד' רָאשִׁין וְשֶׁל ג' רָאשִׁין שֶׁבַּתְּפִילִּין, דְּבַתְּחִילָּה הָיוּ ד' מוֹחִין וְאַחַר כָּךְ נִכְלְלוּ וְנַעֲשׂוּ ג' מוֹחִין בְּסוֹד (שִׁיר הַשִּׁירִים נ, יא) בָּעֲטָרָה שֶׁעִטְּרָה לּוֹ אִמּוֹ, וְסִימָן זֶה שהקב"ה מַנִּיחַ תְּפִילִּין, פֵּירוּשׁ קָאֵי עַל בְּחִינַת וָא"ו שֶׁבְּשֵׁם הוי"ה כ"ה, כִּי הַוָּא"ו הוּא הַמִּתְעַטֵּר בְּאוֹרוֹת אֵלּוּ הָרִמּוּזִין בִּתְפִילִּין, עַד כָּאן תֹּוכֶן דְּבָרָיו זלה"ה יְעֻוייַּן שָׁם.
« D'où sait-on que le Saint béni soit-Il met les tefilin ? » Voici, chacun sait que cette aggada n'a pas été dite selon son sens simple, et qu'elle est seulement une énigme et une parabole faisant allusion à une chose voilée et cachée. Et pour apaiser l'esprit du lecteur, nous en parlerons brièvement. La chose est connue et répandue : tous les actes des commandements correspondent à des lumières sublimes qui sont en haut ; et lorsque l'homme accomplit le commandement par une chose matérielle ici-bas, pour accomplir l'ordre du Créateur béni soit-Il, voici que par là il éveille la lumière supérieure à laquelle cette chose fait allusion, et il en tire l'éclat dans tous les mondes. Or le commandement des tefilin est grand et précieux, et par lui la vie se tire vers les mondes d'en haut ; c'est pourquoi nos maîtres de mémoire bénie ont dit que celui qui met les tefilin prolonge ses jours, ainsi qu'il est dit (Is. 38, 16) « ה', par ces choses ils vivront ». Car ce commandement correspond à des lumières sublimes en haut : le premier passage correspond à la lumière supérieure appelée 'hokhma, le deuxième à la lumière appelée bina, le troisième à la lumière appelée 'hessed, le quatrième à la lumière appelée guevoura ; et les boîtiers des passages correspondent eux aussi à des lumières sublimes, qui revêtent ces lumières supérieures auxquelles font allusion les quatre passages qu'ils contiennent. Et selon le sod de ces lumières, leur ordre et leur position, nous agissons ici-bas dans le commandement des tefilin de la main et de la tête ; car alors, en accomplissant ce commandement, où nous accomplissons Son décret béni soit-Il, Son ordre et Sa volonté, voici que nous éveillons toutes les lumières mentionnées plus haut, qui correspondent à l'acte de ce commandement, et nous tirons leur éclat au lieu qui leur convient selon Sa volonté bénie soit-elle. C'est pourquoi ce commandement est appelé du nom de tefilin, qui est un terme de jonction, en allusion à la jonction des lumières en haut et à la réparation qui s'y opère. Car ainsi l'a décrété Sa sagesse bénie soit-elle, et telle fut Sa volonté simple, afin de nous donner du mérite, en sorte que notre acte accompli dans des choses matérielles, joint à notre bonne pensée, serve et suffise à opérer une action spirituelle en haut ; car selon ce que nous faisons dans la matérialité d'après Sa volonté et Son ordre bénis soient-ils, ainsi le Saint béni soit-Il fait-Il Lui-même dans la spiritualité, dans les lumières supérieures. C'est pourquoi il est écrit (Ps. 121, 5) « ה' est ton ombre à ta main droite », c'est-à-dire à l'image de l'ombre : tout mouvement que l'homme fait de sa tête, de sa main ou de son pied, son semblable se fait dans son ombre. Dès lors, ne t'étonne plus des paroles de nos maîtres de mémoire bénie qui ont dit que le Saint béni soit-Il met les tefilin, car tout cela porte sur la réparation qui s'opère dans les lumières supérieures auxquelles le commandement des tefilin fait allusion. Et ce qu'a demandé Rav Nahman bar Yits'hak, ces tefilin du Maître du monde, qu'y est-il écrit, et ce qu'il a répondu, « et qui est comme Ton peuple Israël, une nation unique » — ces paroles ne sont pas selon leur sens simple ; là aussi il parle de lumières sublimes auxquelles les versets mentionnés font allusion. Et pour cacher le sod et le voiler, nos sages de mémoire bénie ont parlé en ce langage, qui donne l'apparence de dire que ces versets eux-mêmes y sont écrits ; mais en vérité l'intention porte sur les lumières auxquelles ces versets font allusion, car en vérité et en foi il n'y a en haut ni corps ni force de corps, à D.ieu ne plaise, ni lettre ni point-voyelle ; et tout ce que nos maîtres de mémoire bénie ont dit en cela et en ce qui y ressemble est parabole, image et figure, pour faire entendre l'oreille. Et sache que ce qu'ils ont dit, « et tous sont écrits sur Son bras », comporte assurément un sod caché ; mais j'ai vu dans les Dikdouké Soferim qu'il y est écrit que, dans la version d'un talmud manuscrit, cette phrase ne figure pas. Et voici que dans le Ets Haim, Chaar Hakelalim chapitre 5, il est écrit que le degré youd hé du Nom donne au degré vav hé du Nom les lumières appelées mohin, afin qu'ils s'unissent ; ce sont elles qui sont visées par le sod du chin à quatre têtes et du chin à trois têtes des tefilin, car au début il y avait quatre mohin, puis ils furent compris ensemble et devinrent trois mohin, dans le sod de (Cant. 3, 11) « la couronne dont sa mère l'a couronné ». Et le signe en est que le Saint béni soit-Il met les tefilin : cela porte sur le degré du vav du nom Havaya, car c'est le vav qui se couronne de ces lumières auxquelles les tefilin font allusion. Fin de la teneur de ses paroles ; vois-y.
💡 Explication

Nouvelle série du même transmetteur, sur un autre sujet. La démonstration repose sur un usage : on jure en tenant un objet saint. Si le serment est prêté par Sa droite et par le bras de Sa force, ces deux expressions doivent désigner des objets saints.

Le segment suivant donne leur identification : la Torah pour la droite, les tefilin pour le bras. Le Ben Yehoyada rappelle d'emblée que toute cette aggada est une parabole portant sur des réalités que le langage ne peut dire directement.

18
״בִּימִינוֹ״ — זוֹ תּוֹרָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״מִימִינוֹ אֵשׁ דָּת לָמוֹ״, ״וּבִזְרוֹעַ עֻזּוֹ״ — אֵלּוּ תְּפִילִּין, שֶׁנֶּאֱמַר: ״ה׳ עֹז לְעַמּוֹ יִתֵּן״.

« Par Sa droite » — c'est la Torah, ainsi qu'il est dit : « de Sa droite, une loi de feu pour eux » (Dt. 33, 2).

« Et par le bras de Sa force » — ce sont les tefilin, ainsi qu'il est dit : « ה' donnera la force à Son peuple » (Ps. 29, 11).

📜 Rachi (1)
עֹוז לְעַמּוֹ וּמִנַּיִן שֶׁהַתְּפִילִּין עֹוז הֵם לְיִשְׂרָאֵל דִּכְתִיב וְרָאוּ וְגוֹ' וְיִרְאוּ מִמְּךָ:
« La force à Son peuple » — et d'où sait-on que les tefilin sont une force pour Israël ? De ce qu'il est écrit « et ils verront » etc., « et ils te craindront ».
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְאֵין 'עֻזּוֹ' אֶלָּא תְּפִלִּין. נִרְאֶה לִי בס"ד עו"ז [83] מָלֵא בְּוָא"ו הוּא מִסְפַּר מ"ו [46] ול"ז [37] שֶׁהֵם מִילּוּאִים שֶׁל ע"ב ו ס"ג , שֶׁהֵם סוֹד חָכְמָה וּבִינָה, וְיָדוּעַ כִּי תְּפִילִּין סֵדֶר רַבֵּינוּ תָּם וְסֵדֶר רַשִׁ"י הֵם סוֹד חָכְמָה וּבִינָה, לְכָךְ דְּרֵישׁ עֹוז עַל תְּפִילִּין.
« Et Sa force n'est autre que les tefilin. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que oz [83] écrit plein avec un vav est le nombre de quarante-six et de trente-sept, qui sont les remplissages de soixante-douze et de soixante-trois, lesquels sont le sod de 'hokhma et de bina. Et l'on sait que les tefilin selon l'ordre de Rabbenou Tam et selon l'ordre de Rachi sont le sod de 'hokhma et de bina ; c'est pourquoi il expose oz comme portant sur les tefilin.
💡 Explication

Les deux termes du serment sont identifiés par deux versets qui reprennent les mêmes mots. Yemino, Sa droite, est rapproché de « de Sa droite, une loi de feu » ; ouzo, Sa force, du verset « ה' donnera la force à Son peuple ».

Le second rapprochement demande une vérification, que Rachi annonce et que le segment suivant fournit : il faut encore montrer que cette force désigne les tefilin.

19
וּמִנַּיִן שֶׁהַתְּפִילִּין עֹוז הֵם לְיִשְׂרָאֵל — דִּכְתִיב: ״וְרָאוּ כָּל עַמֵּי הָאָרֶץ כִּי שֵׁם ה׳ נִקְרָא עָלֶיךָ וְיָרְאוּ מִמֶּךָּ״. וְתַנְיָא, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר הַגָּדוֹל אוֹמֵר: אֵלּוּ תְּפִילִּין שֶׁבָּרֹאשׁ.

Et d'où sait-on que les tefilin sont une force pour Israël ? De ce qu'il est écrit : « Tous les peuples de la terre verront que le nom de ה' est appelé sur toi, et ils te craindront » (Dt.

28, 10). Et il a été enseigné dans une baraita : Rabbi Eliezer le Grand dit : ce sont les tefilin de la tête.

🗂️ Tossefot (1)
אֵלּוּ תְּפִילִּין שֶׁבָּרֹאשׁ לְפִי שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן רֹוב שֵׁם שֶׁל שַׁדַּי שֶׁהַשִּׁי"ן כְּתוּבָה בְּקֶמֶט שֶׁבַּבָּתִּים והדלי"ת בִּרְצוּעוֹת. וְתֵימָא מִשַּׁבָּת פֶּרֶק בַּמֶּה מַדְלִיקִין (שַׁבָּת דַּף כֹּח ב) דְּקָאָמַר מִן הַמֻּותָּר בְּפִיךָ וְלָא מַפִּיק רְצוּעוֹת מִתּוֹרַת ה' בְּפִיךָ. וְעוֹד דִּבְפֶ' בָּתְרָא דִּמְגִילָּה (דַּף כו ב) קָרֵי לִרְצוּעוֹת תַּשְׁמִישֵׁי קְדֻושָּׁה בְּעָלְמָא. אֶלָּא י"ל אֵלּוּ תְּפִילִּין שֶׁבָּרֹאשׁ לְפִי שֶׁהֵן בְּגָבְהוֹ שֶׁל רֹאשׁ וְנִרְאִין דְּשַׁיָּיךְ בְּהוּ וְרָאוּ אֲבָל תְּפִילִּין שֶׁל יָד מְכֻוסִּין דִּכְתִיב (שְׁמוֹת י״ג:ט׳) לְךָ לְאוֹת עַל יָדְךָ וְלֹא לַאֲחֵרִים לְאוֹת:
« Ce sont les tefilin de la tête » — parce qu'il s'y trouve la plus grande part du nom Chaddai : le chin est écrit dans le pli des boîtiers et le dalet dans les lanières. Et cela est étonnant, d'après Chabbat, chapitre Bameh madlikin (28b), où il est dit « de ce qui est permis à ta bouche », et l'on n'exclut pas les lanières du verset « afin que la Torah de ה' soit dans ta bouche ». De plus, au dernier chapitre de Meguila (26b), on appelle les lanières de simples accessoires de sainteté. Il faut donc dire : ce sont les tefilin de la tête parce qu'ils sont à la hauteur de la tête et sont vus, en sorte que « et ils verront » leur convient ; tandis que les tefilin du bras sont couverts, ainsi qu'il est écrit (Ex. 13, 9) « pour toi en signe sur ton bras » — et non en signe pour les autres.
🪔 Ben Yehoyada (1)
רַבִּי אֱלִיעֶזֶר הַגָּדוֹל אוֹמֵר: אֵלּוּ תְּפִלִּין שֶׁבָּרֹאשׁ. עַייֵּן הַתּוֹסָפוֹת מַה שֶׁכָּתְבוּ טַעַם לָזֶה [לְפִי שֶׁהֵן בְּגָבְהוֹ שֶׁל רֹאשׁ וְנִרְאִין דְּשַׁיָּיךְ בְּהוּ וְרָאוּ אֲבָל תְּפִילִּין שֶׁל יָד מְכֻוסִּין] , וְנִרְאֶה לִי בס"ד עוֹד טַעַם אַחֵר עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַב הַגָּאוֹן מָהָרִ"י זַ"ל בי"ד, דִּתְפִילִּין שֶׁל יָד הוּא כְּנֶגֶד הַמַּעֲשֶׂה , וּתְפִילִּין שֶׁל רֹאשׁ כְּנֶגֶד הַמַּחֲשָׁבָה עַייֵּן שָׁם, עוֹד יָדוּעַ דִּבְיִשְׂרָאֵל מַחְשָׁבָה טוֹבָה מִצְטָרֶפֶת לְמַעֲשֶׂה, וּמַחְשָׁבָה רָעָה אֵין נֶעֱנָשִׁים עָלֶיהָ, וְאֻומּוֹת הָעוֹלָם לְהֵפֶךְ, עַל מַחְשָׁבָה טוֹבָה אֵין מְקַבְּלִים שָׂכָר, וְעַל מַחְשָׁבָה רָעָה נֶעֱנָשִׁים, וְלָכֵן כְּשֶׁרוֹאִין אוּמוֹת הָעוֹלָם תְּפִילִּין שֶׁל רֹאשׁ, שֶׁהוּא כְּנֶגֶד מַחְשָׁבָה שֶׁיִּשְׂרָאֵל מְקַבְּלִין עָלֶיהָ שָׂכָר, שֶׁדָּבָר זֶה לֵיתֵיהּ בְּהוּ, אָז יְרֵאִים מֵהֶם, שֶׁבָּזֶה יָדְעוּ בְּוַדַּאי שֶׁיִּשְׂרָאֵל גּוֹבְרִים עֲלֵיהֶם מְשַׁנֵּי צְדָדִין. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד טַעַם לִתְפִילִּין שֶׁל רֹאשׁ עַל פִּי מַה שֶׁכָּתוּב בְּסֵפֶר חֲסִידִים, שֶׁהַמַּזִּיקִין וְהַשֵּׁדִים מִתְחַבְּרִים יַחַד ט' ט', וּלְכָךְ מִי שֶׁרוֹצֶה לְרִפְאוּת אָדָם הַנִּיזּוֹק מִן הַשֵּׁד, יֹאמַר הַלַּחַשׁ תִּשְׁעָה פְּעָמִים, כְּמוֹ שֶׁעוֹשִׂין בְּאַשְׁכְּנַז שֶׁמּוֹנִין תִּשְׁעָה קנומפלי"ש, אוֹ מְרַפְּאִין אוֹתוֹ בְּתִשְׁעָה עֵצִים שֶׁקּוֹרִין וְכוּ', שֶׁמְּתַקְּנִים וְתוֹלִין בְּצַוַּאר הַחוֹלֶה לוֹקְחִים מִתִּשְׁעָה גְּשָׁרִים מִתִּשְׁעָה שַׁעֲרֵי מְדִינָה וְכוּ', יְעֻוייַּן שָׁם, וְיָדוּעַ מַה שֶׁכָּתְבוּ הַמְקֻובָּלִים שֶׁעַל יְדֵי הַתְּפִילִּין דּוֹחִין אֶת הַמַּזִּיקִין וּמַכְנִיעִין הַקְּלִיפּוֹת, וּבָזֶה יוּבָן בס"ד הַטַּעַם שֶׁיֵּשׁ בִּתְפִילִּין שֶׁל רֹאשׁ שְׁנֵי אוֹתִיּוֹת ש"ד , לְהוֹרוֹת שֶׁהוּא מַכְנִיעַ וְדוֹחֶה אֶת הַשָּׁד שֶׁהוּא הַמַּזִּיק, וְלָכֵן יֵשׁ בּוֹ גַּם כֵּן צוּרַת שְׁנֵי שיני"ן, אֶחָד שֶׁל ג' רָאשִׁין וְאֶחָד שֶׁל ד' רָאשִׁין, שֶׁבִּשְׁנֵיהֶם יֵשׁ תִּשְׁעָה ווי"ן, יַעַן כִּי בְּכָל אַחַת יֵשׁ לָהּ צוּרַת וָא"ו בְּתַחְתִּית שֶׁלָּהּ הֲרֵי תִּשְׁעָה ווי"ן הֵן דֻּוגְמַת ט' עֵצִים שֶׁכָּתַב בְּסֵפֶר חֲסִידִים, שֶׁבָּהֶם דּוֹחִין אֶת הַמַּזִּיקִין וְהַשֵּׁדִים שֶׁהֵם מִתְחַבְּרִים יַחַד ט"ט, וּבָזֶה יוּבָן בס"ד הַטַּעַם דִּתְפִילִּין שֶׁל רֹאשׁ נִקְרָא בִּלְשׁוֹן תּוֹרָה טֹטָפֹת, כְּדִכְתִיב (שְׁמוֹת יג, יוּ) וְהָיוּ לְטֹטָפֹת בֵּין עֵינֶיךָ, לִרְמֹוז שֶׁהוּא דּוֹחֶה וּמַבְרִיחַ הַמַּזִּיקִין שֶׁהֵם ט"ט, הַבָּאִים וְנִמְשָׁכִין מִן פ"ת מִסֵּפֶר לִילִית, שֶׁהִיא אִימָּן שֶׁל שֵׁדִים כַּנִּזְכָּר בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ, וְלָכֵן דְּרֵישׁ כָּאן (דְּבָרִים כח, י) וְרָאוּ כָּל עַמֵּי הָאָרֶץ כִּי שֵׁם ה' נִקְרָא עָלֶיךָ אֵלּוּ תְּפִילִּין שֶׁבָּרֹאשׁ, וְיִרְאוּ מִמְּךָ כִּי בָּהֶם נִדְחִין הַמַּזִּיקִין וְנִכְנָעִים הַקְּלִיפּוֹת, אֲשֶׁר אֵלּוּ עַמֵּי הָאָרֶץ הֵם מִסִּטְרָא דִּילְהוֹן. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד טַעַם לְיִתְרוֹן תְּפִילִּין שֶׁל רֹאשׁ עַל פִּי מַה שֶׁכָּתוּב בי"א בְּשֵׁם רָאָבָ"ד זַ"ל ד' בָּתִּים שֶׁבָּרֹאשׁ הֵם כְּנֶגֶד ד' חוּשִׁים אֲשֶׁר שָׁם, שֶׁהֵם חוּשׁ הָרֵיאוֹת וְחוּשׁ הַשְׁמַע וְחוּשׁ הָרֵיחַ וְחוּשׁ הַטַּעַם, וּתְפִילִּין שֶׁל יָד כְּנֶגֶד חוּשׁ הַמָּשׂוֹשׂ שֶׁהוּא הַדְפֵּק עַד כָּאן דְּבָרָיו, יְעֻוייַּן שָׁם, וְיָדוּעַ כִּי ד' חוּשִׁים הַנִּזְכָּרִים שֶׁבָּרֹאשׁ, הֵם כְּנֶגֶד ד' אוֹתִיּוֹת שֵׁם הֲוָיָ"ה, כִּי חוּשׁ הָרֵיאוֹת כְּנֶגֶד יוּ"ד שֶׁהִיא סוֹד חָכְמָה, וְהַשְׁמַע אוֹת הֵ״א רִאשׁוֹנָה שֶׁהִיא סוֹד בִּינָה, וְהָרֵיחַ וָא"ו שֶׁהִיא סוֹד תִּפְאֶרֶת, וְהַטַּעַם הֵ״א אַחֲרוֹנָה שֶׁהִיא סוֹד מַלְכוּת שֶׁהִיא סוֹד פֶּה כַּנּוֹדָע, נִמְצָא בִּתְפִילִּין שֶׁל רֹאשׁ יֵשׁ ד' בָּתִּים כְּנֶגֶד ד' אוֹתִיּוֹת שֵׁם הֲוָיָ"ה לָכֵן דְּרֵישׁ שָׁם שֵׁם ה' נִקְרָא עָלֶיךָ אֵלּוּ תְּפִלִּין שֶׁבָּרֹאשׁ. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד כִּי יִתְרוֹן שֶׁיֵּשׁ לְיִשְׂרָאֵל עַל אוּמוֹת הָעוֹלָם בְּמִצְוֹת הוּא תר"ו מִצְוֹת וּמִסְפָּר תר"ו הַנִּזְכָּר רָמוּז בִּשְׁתֵּי שִׁינִין שֶׁבַּתְּפִילִּין שֶׁל רֹאשׁ כִּי ב' פְּעָמִים ש' מִסְפַּר ת"ר, וְיֵשׁ בָּהֶם ש' אַחַת שֶׁיֵּשׁ בָּהּ וָא"ו אֶחָד יָתֵר שֶׁמִּסְּפָרוֹ שִׁשָּׁה הֲרֵי תר"ו, וְאֵלּוּ הֵם מִצְוַת עֲשֵׂה וְלֹא תַעֲשֶׂה שֶׁרְמוּזִים בְּאוֹתִיּוֹת שֵׁם הֲוָיָ"ה, כִּי הֶעֱשִׁין הֵם בְּאוֹתִיּוֹת ו"ה וְהַלָּאוְיָן הֵם בְּאוֹתִיּוֹת י"ה וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּתִּיקּוּנִים, וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד (יְחֶזְקֵאל טז, י) וָאֶחְבְּשֵׁךְ בַּשֵּׁשׁ וַאֲכַסֵּךְ מֶשִׁי, ש"ש הֵם שְׁנֵי שיני"ן דִּתְפִילִּין שֶׁל רֹאשׁ שֶׁבָּהֶם רְמוּזִים תר"ו מִצְוַת עֲשֵׂה וְלֹא תַעֲשֶׂה, וּבָזֶה אַכְסָךְ מֶשִׁי אוֹתִיּוֹת שְׁמִי , כִּי כֻּולָּם אֲחוּזִים בְּאוֹתִיּוֹת שֵׁם הֲוָיָ"ה בָּרוּךְ הוּא, וְלָזֶה אָמַר כִּי שֵׁם ה' נִקְרָא עָלֶיךָ אֵלּוּ תְּפִלִּין שֶׁבָּרֹאשׁ, שֶׁבָּהֶם רְמוּזִים מִצְוַת עֲשֵׂה וְלֹא תַעֲשֶׂה שֶׁיֵּשׁ לָכֶם יִתְרוֹן בָּהֶם עַל אוּמוֹת הָעוֹלָם שֶׁאֵינָם נִמְצָאִים אֵיתָם, וּבָזֶה וְיִרְאוּ מִמְּךָ בִּרְאוֹתָם רִבּוּי הַמִּצְוֹת שֶׁיֵּשׁ לָכֶם.
« Rabbi Eliezer le Grand dit : ce sont les tefilin de la tête. » Vois ce qu'ont écrit les Tossefot comme raison de cela [parce qu'ils sont à la hauteur de la tête et sont vus, en sorte que « et ils verront » leur convient, tandis que les tefilin du bras sont couverts]. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, une autre raison encore, d'après ce qu'a écrit le Gaon Maharya de mémoire bénie dans le Yore Dea : les tefilin de la main correspondent à l'acte, et les tefilin de la tête à la pensée ; vois-y. On sait de plus que chez Israël la bonne pensée se joint à l'acte, et que la mauvaise pensée n'est pas punie ; pour les nations du monde c'est l'inverse, la bonne pensée ne reçoit pas de récompense et la mauvaise pensée est punie. Aussi, lorsque les nations du monde voient les tefilin de la tête, qui correspondent à la pensée pour laquelle Israël reçoit une récompense, chose qui n'existe pas chez elles, alors elles les craignent, car par là elles savent assurément qu'Israël l'emporte sur elles des deux côtés. D'une autre manière, il me semble avec l'aide du Ciel une raison pour les tefilin de la tête, d'après ce qui est écrit dans le Sefer Hassidim : les mazikim et les démons se joignent ensemble par neuf ; c'est pourquoi celui qui veut guérir un homme atteint par un démon dit l'incantation neuf fois, comme on fait en Achkenaz où l'on compte neuf, ou bien on le guérit par neuf bois que l'on prépare et que l'on suspend au cou du malade, que l'on prend de neuf ponts et de neuf portes de ville, etc. ; vois-y. Et l'on sait ce qu'ont écrit les kabbalistes, que par les tefilin on repousse les mazikim et l'on soumet les kelipot. Par là se comprend, avec l'aide du Ciel, la raison pour laquelle il y a dans les tefilin de la tête les deux lettres chin dalet, pour enseigner qu'ils soumettent et repoussent le ched, le démon, qui est le mazik. C'est pourquoi il s'y trouve aussi la figure de deux chin, l'un à trois têtes et l'autre à quatre têtes, qui comptent ensemble neuf vav, puisque chacune d'elles a la figure d'un vav à sa base : voilà neuf vav, à l'image des neuf bois dont parle le Sefer Hassidim, par lesquels on repousse les mazikim et les démons qui se joignent ensemble par neuf. Par là se comprend, avec l'aide du Ciel, la raison pour laquelle les tefilin de la tête sont appelés dans la langue de la Torah totafot, ainsi qu'il est écrit (Ex. 13, 16) « et ils seront des totafot entre tes yeux », pour faire allusion à ce qu'ils repoussent et chassent les mazikim qui vont par neuf, lesquels viennent et se tirent du nombre de Lilit, mère des démons, comme il est mentionné dans le saint Zohar. C'est pourquoi il expose ici (Dt. 28, 10) « et tous les peuples de la terre verront que le nom de ה' est appelé sur toi » comme portant sur les tefilin de la tête, « et ils te craindront », car par eux les mazikim sont repoussés et les kelipot soumises, et ces peuples de la terre sont de leur côté. D'une autre manière, il me semble avec l'aide du Ciel une raison à la supériorité des tefilin de la tête, d'après ce qui est écrit au nom du Raavad de mémoire bénie : les quatre boîtiers de la tête correspondent aux quatre sens qui s'y trouvent, le sens de la vue, le sens de l'ouïe, le sens de l'odorat et le sens du goût, et les tefilin de la main correspondent au sens du toucher, qui est le pouls. Fin de ses paroles ; vois-y. Et l'on sait que ces quatre sens de la tête correspondent aux quatre lettres du nom Havaya : le sens de la vue au youd, qui est le sod de 'hokhma ; l'ouïe au premier hé, qui est le sod de bina ; l'odorat au vav, qui est le sod de tiferet ; et le goût au dernier hé, qui est le sod de malkhout, laquelle est le sod de la bouche, comme on le sait. Il se trouve donc que dans les tefilin de la tête il y a quatre boîtiers correspondant aux quatre lettres du nom Havaya ; c'est pourquoi il expose « le nom de ה' est appelé sur toi » comme portant sur les tefilin de la tête. D'une autre manière, il me semble avec l'aide du Ciel que la supériorité d'Israël sur les nations du monde dans les commandements est de six cent six commandements, et ce nombre six cent six est fait allusion par les deux chin des tefilin de la tête : car deux fois chin font six cents, et il y a parmi elles un chin qui porte un vav de plus, dont le nombre est six, voilà six cent six. Et ce sont les commandements positifs et négatifs, auxquels font allusion les lettres du nom Havaya, car les positifs sont dans les lettres vav hé et les négatifs dans les lettres youd hé, comme il est dit dans les Tikounim. Et par là j'ai expliqué, avec l'aide du Ciel (Éz. 16, 10), « et Je t'ai ceint de chech et Je t'ai couverte de chi » : chin chin, ce sont les deux chin des tefilin de la tête, où sont faits allusion les six cent six commandements positifs et négatifs ; et par là « Je t'ai couverte de chi », lettres de chemi, Mon nom, car tous sont attachés aux lettres du nom Havaya béni soit-Il. C'est pourquoi il est dit « que le nom de ה' est appelé sur toi », ce sont les tefilin de la tête, où sont faits allusion les commandements positifs et négatifs par lesquels vous avez une supériorité sur les nations du monde, qui ne les ont pas ; et par là « et ils te craindront », en voyant la multitude des commandements que vous avez.
💡 Explication

La chaîne se referme : force, crainte des nations, tefilin de la tête. Le verset parle d'un nom appelé sur toi, donc visible de l'extérieur.

Les Tossefot examinent deux raisons possibles. La première, tirée du nom Chaddai formé par le chin des boîtiers et le dalet des lanières, se heurte au statut des lanières, simples accessoires de sainteté d'après Meguila 26b. Ils retiennent donc la seconde : les tefilin de la tête sont à la hauteur du visage et sont vus, tandis que ceux du bras sont couverts, puisque le verset dit « pour toi en signe » et non pour les autres.

20
אֲמַר לֵיהּ רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק לְרַב חִיָּיא בַּר אָבִין: הָנֵי תְּפִילִּין דְּמָרֵי עָלְמָא מַה כְּתִיב בְּהוּ? אֲמַר לֵיהּ ״וּמִי כְּעַמְּךָ יִשְׂרָאֵל גּוֹי אֶחָד בָּאָרֶץ״.

Rav Nahman bar Yits'hak dit à Rav Hiya bar Avin : ces tefilin du Maître du monde, qu'y est-il écrit ? Il lui répondit : « Et qui est comme Ton peuple Israël, une nation unique sur la terre » (I Chr.

17, 21).

📜 Rachi (1)
מַה כְּתִיב בְּהוּ בִּשְׁלָמָא בִּתְפִילִּין דִּידַן כְּתִיב שְׁמַע (דְּבָרִים ו) וְהָיָה אִם שָׁמוֹעַ (שָׁם יא) קַדֶּשׁ לִי כָל בְּכוֹר (שְׁמוֹת י״ג:ב׳) וְהָיָה כִּי יְבִיאֲךָ (שָׁם) פָּרָשִׁיּוֹת שֶׁנִּצְטַוּוּ בָּהֶם לָשׂוּם זִכְרוֹן מִצְוֹתָיו שֶׁל הקב"ה אוֹת וְזִכָּרוֹן לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל אֶלָּא בְּדִידֵיהּ מַאי כְּתִיב בְּהוּ:
« Qu'y est-il écrit » — soit, dans nos tefilin à nous il est écrit Chema (Dt. 6), Vehaya im chamoa (ibid. 11), Kadech li kol bekhor (Ex. 13, 2), Vehaya ki yeviakha (ibid.) — des passages où il leur a été ordonné de poser un souvenir des commandements du Saint béni soit-Il, un signe et un souvenir pour Israël ; mais dans les Siens, qu'y est-il écrit ?
🗂️ Tossefot (1)
מִי כְּעַמְּךָ יִשְׂרָאֵל זֶה שֶׁיָּסַד הַפַּייְּטָן (בְּיוֹם א' דְּפֶסַח) טוֹטֶפֶת כָּלִילוֹ גָּדְלִי:
« Qui est comme Ton peuple Israël » — c'est ce qu'a composé le paytan (au premier jour de Pessa'h) : totafot kelilo guedali.
💡 Explication

La question suppose acquis ce qui précède et pousse la comparaison jusqu'au contenu. Rachi en formule la logique : nos tefilin contiennent quatre passages où il nous a été ordonné de poser un souvenir des commandements ; par symétrie, on demande ce que contiennent les Siens.

La réponse renverse le contenu : là où nos passages disent la louange de D.ieu, les Siens disent la louange d'Israël. C'est cette inversion que la guemara va justifier au segment suivant.

21
וּמִי מִשְׁתַּבַּח קֻודְשָׁא בְּרִיךְ הוּא בְּשִׁבְחַייְהוּ דְּיִשְׂרָאֵל? אִין, דִּכְתִיב: ״אֶת ה׳ הֶאֱמַרְתָּ הַיּוֹם״. וּכְתִיב: ״וָהּ׳ הֶאֱמִירָךְ הַיּוֹם״, אָמַר לָהֶם הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְיִשְׂרָאֵל: אַתֶּם עֲשִׂיתוּנִי חֲטִיבָה אַחַת בָּעוֹלָם, וַאֲנִי אֶעֱשֶׂה אֶתְכֶם חֲטִיבָה אַחַת בָּעוֹלָם.

Et le Saint béni soit-Il se glorifie-t-Il de la louange d'Israël ? Oui, car il est écrit : « Tu as fait dire aujourd'hui à ה' » (Dt.

26, 17), et il est écrit : « et ה' t'a fait dire aujourd'hui » (Dt. 26, 18).

Le Saint béni soit-Il dit à Israël : vous avez fait de Moi une entité unique dans le monde, et Moi Je ferai de vous une entité unique dans le monde.

📜 Rachi (1)
הֶאֱמַרְתָּ לְשׁוֹן חֲשִׁיבוּת וְשֶׁבַח כְּמוֹ יִתְאַמְּרוּ כָּל פֹּועֲלֵי אָוֶן (תְּהִילִּים צ״ד:ד׳) יִשְׁתַּבְּחוּ:
« Tu as fait dire » — terme d'importance et de louange, comme « ils se glorifient, tous les ouvriers d'iniquité » (Ps. 94, 4), c'est-à-dire ils se louent.
💡 Explication

La question porte sur la convenance : peut-on dire que la louange d'Israël Le glorifie. La réponse tient à deux versets voisins qui emploient le même verbe rare, l'un dans un sens et l'autre dans l'autre.

Rachi donne au verbe heemarta le sens d'importance et de louange, en s'appuyant sur son emploi dans les Psaumes. La symétrie des deux versets devient alors une réciprocité explicite, formulée dans les termes de hativa ahat, une entité unique.

22
אַתֶּם עֲשִׂיתוּנִי חֲטִיבָה אַחַת בָּעוֹלָם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״שְׁמַע יִשְׂרָאֵל ה׳ אֱ-לֹהֵינוּ ה׳ אֶחָד״, וַאֲנִי אֶעֱשֶׂה אֶתְכֶם חֲטִיבָה אַחַת בָּעוֹלָם״, שֶׁנֶּאֱמַר ״וּמִי כְּעַמְּךָ יִשְׂרָאֵל גּוֹי אֶחָד בָּאָרֶץ״.

Vous avez fait de Moi une entité unique dans le monde, ainsi qu'il est dit : « Écoute Israël, ה' notre D.ieu, ה' est un » (Dt. 6, 4) ; et Moi Je ferai de vous une entité unique dans le monde, ainsi qu'il est dit : « et qui est comme Ton peuple Israël, une nation unique sur la terre ».

🪔 Ben Yehoyada (1)
אַתֶּם עֲשִׂיתוּנִי חֲטִיבָה אַחַת בָּעוֹלָם, דִּכְתִיב: שְׁמַע יִשְׂרָאֵל ה' אֱ-לֹהֵינוּ ה' אֶחָד. נִרְאֶה לִי בס"ד הָא דְּקָרֵי לֵיהּ בְּשֵׁם חֲטִיבָה, שֶׁהוּא לְשׁוֹן הִתְנַשְּׂאוּת וְגַבְהוּת כְּמוֹ (תְּהִלִּים קמד, יב) מְחֻטְּבוֹת תַּבְנִית הֵיכָל, הַיְינוּ כִּי פָּסוּק זֶה יֵשׁ בּוֹ כ"ה אוֹתִיּוֹת כְּמִנְיַן חִיבָּה , רֶמֶז שֶׁיִּשְׂרָאֵל אוֹמְרִים יִחוּד זֶה בְּחִיבָּה, לְכָךְ סְמִיךְ לֵיהּ פָּסוּק וְאָהַבְתָּ, וְיָדוּעַ כִּי יִחוּד פָּסוּק זֶה הוּא יִחוּד הַתִּפְאֶרֶת הָרָמוּז בְּאוֹתִיּוֹת ' אָח ' דְּ'אֶחָד', יַעַן שֶׁהוּא כּוֹלֵל ט' סְפִירוֹת כְּמִנְיַן א"ח שֶׁהֵם חַבָּ"ד חג"ת נה"י, אַךְ יִחוּד בָּרוּךְ שֵׁם כְּבוֹד מַלְכוּתוֹ לְעוֹלָם וָעֶד הוּא יִחוּד הַמַּלְכוּת הָרְמוּזָה בָּאוֹת דְּ ' ד'אֶחָד', וְלָכֵן יִחוּד שְׁמַע יִשְׂרָאֵל שֶׁהוּא יִחוּד הַתִּפְאֶרֶת שֶׁיֵּשׁ בּוֹ כ"ה אוֹתִיּוֹת כְּמִנְיַן חִיבָּה נִקְרָא חֲטִיבָה, שֶׁאִם תַּנִּיחַ ט' שֶׁהִיא סוֹד הַתִּפְאֶרֶת שֶׁכּוֹלֵל ט' סְפִירוֹת בְּתוֹךְ אוֹתִיּוֹת חִיבָּה יִהְיֶה בָּזֶה צֵירוּף חטיב"ה, וְלָזֶה אָמַר אַתֶּם עֲשִׂיתוּנִי 'חֲטִיבָה אַחַת בָּעוֹלָם' שֶׁנֶּאֱמַר שְׁמַע יִשְׂרָאֵל וְכוּ', אַף אֲנִי אֶעֱשֶׂה אֶתְכֶם חֲטִיבָה אַחַת דִּכְתִיב וּמִי כְּעַמְּךָ יִשְׂרָאֵל וְכוּ', שֶׁפָּסוּק זֶה יֵשׁ כו כ"ב אוֹתִיּוֹת צֵרַף עִמָּהֶם מִסְפַּר י"ב כְּנֶגֶד י"ב שִׁבְטֵי יִשְׂרָאֵל, שֶׁקּוֹרֵא אֶת כֻּולָּם גּוֹי אֶחָד, הֲרֵי כָּאן מִסֵּפֶר צ"ד שֶׁעוֹלֶה חֲטִיבָה. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד הָא דְּנָקֵיט בָּזֶה לְשׁוֹן חֲטִיבָה, וְהוּא חֲטִיבָה [34] עוֹלֶה ב' פְּעָמִים טוֹב [17] , וְיָדוּעַ יִשְׂרָאֵל מַעֲלִים עַל יְדֵי יִחוּד זֶה מ"ן מִתַּתָּא לְעֵילָּא, וּמַמְשִׁיכִים מ"ד מֵעִילָּא לְתַתָּא, הֲרֵי טוֹב כָּפוּל עוֹלֶה וְיוֹרֵד, גַּם עַל יְדֵי זֶה הקב"ה מַנְחִיל לְיִשְׂרָאֵל טוֹב כָּפוּל בָּעוֹלָם הַזֶּה וּבָעוֹלָם הַבָּא בְּסוֹד (אָבוֹת פַּר' ו' מִשְׁנָה ') גְּדוֹלָה תּוֹרָה שֶׁהִיא נוֹתֶנֶת חַיִּים לְעֹשֶׂיהָ בָּעוֹלָם הַזֶּה וּבָעוֹלָם הַבָּא. וְאֶפְשָׁר לִרְמֹוז בס"ד פָּסוּק שְׁמַע יִשְׂרָאֵל בְּמִילּוֹאוֹ יַעֲלֶה ס"ו [66] אוֹתִיּוֹת, וְאוֹתִיּוֹת יוֹם עִם מִסְפַּר נָקוּד חוֹלָם עוֹלִים ס"ו [66] וְלָזֶה אָמַר (דְּבָרִים כו, יז) אֶת ה' הֶאֱמַרְתָּ הַיּוֹם, רֶמֶז בְּאוֹתִיּוֹת יוֹם עַל פָּסוּק שְׁמַע יִשְׂרָאֵל וְכוּ', גַּם אוֹתִיּוֹת (דְּהֵ"א יז, כא) וּמִי כְּעַמְּךָ יִשְׂרָאֵל גּוֹי אֶחָד בָּאָרֶץ בְּמִילּוֹאָם הֵם ס"א [61] , אוֹתִיּוֹת כְּמִנְיַן הַיּוֹם , וְלָזֶה אָמַר וָהּ' הֶאֱמִירְךָ הַיּוֹם. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד בָּזֶה פָּסוּק שְׁמַע יִשְׂרָאֵל יֵשׁ בּוֹ כ"ה אוֹתִיּוֹת וּפָסוּק וּמִי כְּעַמְּךָ וְכוּ' יֵשׁ בּוֹ כ"ב, וּבָזֶה יוּבָן (תְּהִלִּים יח, ל) כִּי בְכָה אָרוּץ גְּדוּד, תֵּיבַת בָּכָה נִדְרֶשֶׁת בְּךָ כֹּה , כִּי הַכָּ"ף בָּאֶמְצַע הוֹלֵךְ לְכָאן וּלְכָאן, וְהַכַּוָּנָה לוֹמַר בִּשְׁנֵי שְׁבָחִים אֵלּוּ, שֶׁל הקב"ה וְשֶׁל יִשְׂרָאֵל, אָרוּץ גְּדוּד שֶׁאַכְנִיעַ אֶת אוֹיְבֵי יִשְׂרָאֵל, נִמְצָא שֶׁבַח שֶׁל יִשְׂרָאֵל הוּא בכ"ב אוֹתִיּוֹת, וּבָזֶה יוּבָן בס"ד (שָׁם פד, ה) אַשְׁרֵי אָדָם עוֹז לוֹ בָךְ, אַשְׁרָיו שֶׁיֵּשׁ לוֹ עוֹז בְּשֶׁבַח שֶׁל 'ב"ך אוֹתִיּוֹת', שֶׁהוּא פָּסוּק וּמִי כְּעַמְּךָ יִשְׂרָאֵל, וְיָדוּעַ שֶׁיִּשְׂרָאֵל הֵם קְרוּיִים אָדָם וְאֵין אוּמוֹת הָעוֹלָם קְרוּיִים אָדָם, וְזָכוּ לְשֶׁבַח זֶה בִּזְכוּת שֶׁקִּבְּלוּ הַתּוֹרָה שֶׁהִיא 'כ"ב אוֹתִיּוֹת', וּבַעֲבוּר זֶה יַשִּׂיגוּ טוֹבָה [22] בָּעוֹלָם שֶׁמִּסְפָּרָהּ כ"ב.
« Vous avez fait de Moi une entité unique dans le monde, ainsi qu'il est écrit : Écoute Israël, ה' notre D.ieu, ה' est un. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que s'Il l'appelle du nom de hativa, qui est un terme d'élévation et de hauteur comme dans (Ps. 144, 12) « taillés à la forme d'un palais », c'est parce que ce verset comporte vingt-cinq lettres, comme le nombre de hiba, affection, en allusion à ce qu'Israël dit cette unification avec affection ; c'est pourquoi lui est accolé le passage « et tu aimeras ». Et l'on sait que l'unification de ce verset est l'unification de tiferet, à laquelle font allusion les lettres alef het du mot ehad, puisqu'elle comprend neuf sefirot, comme le nombre de alef het, qui sont 'hokhma bina daat, 'hessed guevoura tiferet, netsa'h hod yessod ; tandis que l'unification de « béni soit le nom de la gloire de Son royaume à jamais » est l'unification de malkhout, à laquelle fait allusion la lettre dalet du mot ehad. C'est pourquoi l'unification de Chema Israël, qui est l'unification de tiferet et qui comporte vingt-cinq lettres, comme le nombre de hiba, est appelée hativa : car si tu places le têt, qui est le sod de tiferet comprenant neuf sefirot, à l'intérieur des lettres de hiba, il en résulte la combinaison hativa. C'est pourquoi il est dit : vous avez fait de Moi une hativa unique dans le monde, ainsi qu'il est dit Écoute Israël, etc. ; Moi aussi Je ferai de vous une hativa unique, ainsi qu'il est écrit et qui est comme Ton peuple Israël, etc. Car ce verset comporte vingt-deux lettres ; joins-y le nombre douze, correspondant aux douze tribus d'Israël, qu'il appelle toutes une nation unique : voilà ici le nombre trente-quatre, qui monte à hativa. D'une autre manière, il me semble avec l'aide du Ciel une raison à l'emploi du terme hativa : hativa [34] monte à deux fois tov [17]. Et l'on sait qu'Israël, par cette unification, fait monter les mayin noukvin d'en bas vers en haut et tire les mayin doukhrin d'en haut vers en bas : voilà un tov double, qui monte et qui descend. Par là aussi le Saint béni soit-Il donne à Israël un bien double, en ce monde-ci et dans le monde à venir, dans le sod de (Avot chapitre 6) « grande est la Torah, qui donne la vie à ceux qui la pratiquent en ce monde-ci et dans le monde à venir ». Et l'on peut faire allusion, avec l'aide du Ciel : le verset Chema Israël, dans son remplissage, monte à soixante-six lettres, et les lettres de yom avec le nombre de la voyelle holam montent à soixante-six ; c'est pourquoi il est dit (Dt. 26, 17) « tu as fait dire aujourd'hui à ה' », le mot yom faisant allusion au verset Chema Israël, etc. De même, les lettres de (I Chr. 17, 21) « et qui est comme Ton peuple Israël, une nation unique sur la terre », dans leur remplissage, sont soixante et une, lettres au nombre de hayom ; c'est pourquoi il est dit « et ה' t'a fait dire aujourd'hui ». Et il me semble encore, avec l'aide du Ciel : le verset Chema Israël comporte vingt-cinq lettres et le verset « et qui est comme Ton peuple » etc. en comporte vingt-deux ; par là se comprend (Ps. 18, 30) « car par toi je cours sur une troupe ». Le mot bekha s'expose comme bakh ko, car le kaf du milieu va d'un côté et de l'autre ; l'intention est de dire : par ces deux louanges, celle du Saint béni soit-Il et celle d'Israël, je cours sur une troupe, c'est-à-dire je soumets les ennemis d'Israël. Il se trouve donc que la louange d'Israël est en vingt-deux lettres ; et par là se comprend, avec l'aide du Ciel (ibid. 84, 5), « heureux l'homme dont la force est en Toi » : heureux celui qui a sa force dans la louange des « lettres de bakh », qui est le verset et qui est comme Ton peuple Israël. Et l'on sait qu'Israël est appelé adam et que les nations du monde ne sont pas appelées adam ; ils ont mérité cette louange par le mérite d'avoir reçu la Torah, qui est en vingt-deux lettres, et pour cela ils obtiendront tova [22] dans le monde, dont le nombre est vingt-deux.
💡 Explication

La réciprocité reçoit ici ses deux versets. Le premier est la déclaration d'unicité prononcée par Israël ; le second est la déclaration d'unicité prononcée sur Israël, et c'est justement le verset donné plus haut comme contenu des tefilin.

La boucle se referme : ce que ces tefilin contiennent est la réponse à ce que le chema proclame.

23
אֲמַר לֵיהּ רַב אַחָא בְּרֵיהּ דְּרָבָא לְרַב אָשֵׁי: תִּינַח בְּחַד בֵּיתָא, בִּשְׁאָר בָּתֵּי מַאי?

Rav Aha fils de Rava dit à Rav Achi : cela convient pour un seul boîtier ; pour les autres boîtiers, quoi ?

📜 Rachi (1)
בִּשְׁאָר בָּתֵּי מַאי שֶׁהֲרֵי אַרְבָּעָה בָּתִּים הֵם:
« Pour les autres boîtiers, quoi » — car ils sont quatre boîtiers.
💡 Explication

L'objection est de comptabilité. Un verset a été donné, mais les tefilin de la tête comportent quatre batim, boîtiers, chacun avec son passage. La symétrie posée plus haut oblige donc à fournir trois autres contenus.

24
אָמַר לֵיהּ: ״כִּי מִי גוֹי גָּדוֹל״, ״וּמִי גּוֹי גָּדוֹל״, ״אַשְׁרֶיךָ יִשְׂרָאֵל״, ״אוֹ הֲנִסָּה אֱ-לֹהִים״, ״וּלְתִתְּךָ עֶלְיוֹן״.

Il lui répondit : « Car quel est le grand peuple » (Dt. 4, 7), « et quel est le grand peuple » (Dt.

4, 8), « heureux es-tu, Israël » (Dt. 33, 29), « ou bien D.ieu a-t-Il tente » (Dt.

4, 34), « et pour t'élever au-dessus » (Dt. 26, 19).

💡 Explication

Rav Achi énumère des versets qui ont tous la même forme : ils énoncent ce qu'Israël a d'unique parmi les nations. La proximité d'un D.ieu qui répond, la justice des lois, le salut, la sortie d'Égypte, l'élévation.

L'énumération compte cinq versets, auxquels s'ajoute celui qui a déjà été donné ; le segment suivant relève la difficulté.

25
אִי הָכִי, נְפִישִׁי לְהוּ טוּבֵי בָּתַּי? אֶלָּא: ״כִּי מִי גוֹי גָּדוֹל״ ״וּמִי גּוֹי גָּדוֹל״ דְּדָמְייָן לְהָדְדִי — בְּחַד בֵּיתָא, ״אַשְׁרֶיךָ יִשְׂרָאֵל״ ״וּמִי כְּעַמְּךָ יִשְׂרָאֵל״ — בְּחַד בֵּיתָא, ״אוֹ הֲנִסָּה אֱ-לֹהִים״ — בְּחַד בֵּיתָא, ״וּלְתִתְּךָ עֶלְיוֹן״ — בְּחַד בֵּיתָא.

S'il en est ainsi, cela fait trop de boîtiers ! Plutôt : « Car quel est le grand peuple » et « et quel est le grand peuple », qui se ressemblent l'un à l'autre, dans un seul boîtier ; « heureux es-tu, Israël » et « et qui est comme Ton peuple Israël », dans un seul boîtier ; « ou bien D.ieu a-t-Il tente », dans un seul boîtier ; « et pour t'élever au-dessus », dans un seul boîtier.

💡 Explication

La difficulté porte sur le compte : six passages pour quatre boîtiers. La solution regroupe les versets deux à deux selon un critère énoncé dans le texte, dedamyan lehadadi, ils se ressemblent l'un à l'autre.

Le raisonnement est le même que pour nos tefilin, où le nombre de boîtiers est fixé et où la répartition des passages s'y ajuste. Le folio s'achève sur cette mise en ordre.

🖼️ Schéma
Cinq versets, quatre boîtiers (seg. 23-24) Rav Achi cite cinq versets ; l'objection porte sur le compte, la réponse sur la répartition. Les cinq versets cités Ki mi goy gadol (Dt. 4, 7) -- Oumi goy gadol (Dt. 4, 8) -- Achrekha Israël (Dt. 33, 29) -- O hanissa Elokim (Dt. 4, 34) -- Ouletitkha elyon (Dt. 26, 19) Avec oumi keamekha Israël, déjà donné au seg. 19, cela ferait six passages pour quatre boîtiers. Boîtier 1 Ki mi goy gadol + Oumi goy gadol Raison donnée : dedamyan lehadadi, ils se ressemblent l'un à l'autre. Boîtier 2 Achrekha Israël + Oumi keamekha Israël Les deux nomment Israël et posent la même question, qui est comme toi. Boîtier 3 O hanissa Elokim (Dt. 4, 34) La sortie d'Égypte : une nation prise Boîtier 4 Ouletitkha elyon (Dt. 26, 19) L'élévation au-dessus des nations. Le nombre de boîtiers est une donnée fixe, comme pour nos tefilin ; c'est la répartition des passages qui s'y ajuste. Le principe de regroupement est la ressemblance du contenu, non l'ordre des livres.
La répartition finale : six passages ramenés à quatre boîtiers par regroupement des versets semblables.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).