Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin de la sougya des tefilin commencée en 6a, puis entre dans une longue série d'enseignements sur la synagogue et la prière. Celui qui a coutume de venir et qui manque un jour, Hachem s'enquiert de lui ; celui qui fixe un lieu à sa prière, le D.ieu d'Abraham l'assiste ; on sort de la synagogue à petits pas et on y entre en courant.
Vient ensuite une série de sept sentences sur le point où se trouve réellement le salaire d'une chose : la course pour la deracha, la bousculade pour la kalla, le raisonnement pour la chemaata, le silence pour la maison de deuil. La sougya passe alors à celui qui prie derrière la synagogue, avec le récit d'Élie, puis à la double lecture du verset kroum zoulout : les choses hautes qu'on méprise, et la honte de celui qui dépend d'autrui.
La dernière partie traite de l'heure des trois prières à partir d'Élie au mont Carmel, du devoir de réjouir le marié et des cinq voix, et se ferme sur la crainte du Ciel, la valeur d'un seul homme et l'obligation de saluer le premier.
— et tous sont écrits sur son bras.
Le folio s'ouvre sur la dernière ligne de la sougya de 6a, qui décrit les tefilin du Saint béni soit-Il. Les tefilin de la tête comportent quatre boîtiers, et les quatre passages y sont écrits séparément ; les tefilin du bras n'ont qu'un seul boîtier, et tous les passages y sont écrits ensemble.
Rachi renvoie à la sougya de Menahot qui fixe cette différence de structure.
Ravin bar Rav Adda a dit au nom de Rabbi Yits'hak : quiconque a coutume de venir à la synagogue et un jour ne vient pas, le Saint béni soit-Il s'enquiert de lui, ainsi qu'il est dit : « Qui parmi vous craint ה', écoute la voix de Son serviteur, qui a marché dans les ténèbres et n'a point de clarté » (Isaie 50, 10).
Nouvelle unité, qui ouvre une longue série sur la synagogue. Le verset d'Isaie est lu comme une question posée au sujet d'un absent : « qui parmi vous craint ה' » désigne, selon Rachi, celui qui avait coutume de venir ; l'enseignement porte sur l'habitué, non sur celui qui ne vient jamais.
« Écoute la voix de Son serviteur » est compris du chalia'h tsibbour, et « marché dans les ténèbres » de celui qui est parti avant l'aube vaquer à ses affaires au lieu de venir prier.
S'il est parti pour une affaire de mitsva — il a de la clarté ; et s'il est parti pour une affaire facultative (rechout) — il n'a pas de clarté.
Le verset se coupe en deux : « il a marché dans les ténèbres » décrit le départ avant l'aube, « et n'a point de clarté » est la sanction. La guemara distingue alors selon le motif du départ : parti pour une mitsva, l'homme garde une clarté ; parti pour une affaire de rechout, une affaire facultative, il reste sans clarté.
« Qu'il se confie au Nom de ה' » — quelle en est la raison ? Parce qu'il aurait dû se confier au Nom de ה', et il ne s'est pas confié.
La suite du verset d'Isaie donne le motif de la rigueur. La faute n'est pas d'avoir eu une affaire à régler, mais d'avoir supposé qu'un retard lui coûterait. Il aurait pu s'en remettre à ה' et prier d'abord : c'est ce bitahon qui a manqué.
Rabbi Yo'hanan a dit : lorsque le Saint béni soit-Il vient à la synagogue et n'y trouve pas dix [hommes], aussitôt Il se met en colère, ainsi qu'il est dit : « Pourquoi suis-Je venu et il n'y avait personne, ai-Je appelé et nul n'a répondu ? » (Isaie 50, 2).
Même chapitre d'Isaie, deux versets plus haut. La guemara passe de l'individu absent au quorum manquant. Rachi précise ce que signifie « nul n'a répondu » : le nombre requis pour répondre un davar che-bikdoucha, c'est-à-dire les dix qui permettent kaddich, kedoucha et barekhou.
Rabbi Helbo a dit au nom de Rav Houna : quiconque fixe un lieu pour sa prière, le D.ieu d'Abraham est à son secours.
Début d'une série d'enseignements de Rabbi Helbo au nom de Rav Houna, qui va scander tout le reste du folio. Le premier porte sur le makom kavoua, le lieu fixé de la prière.
Rachi lit la formule de façon serrée : « le D.ieu d'Abraham » parce qu'Abraham lui-même fixait un lieu, et « est à son secours » de la même manière qu'Il secourait Abraham. La preuve scripturaire viendra au segment 7.
Et quand il meurt, on dit de lui : « Où est l'humble, où est le pieux, des disciples d'Abraham notre père ! »
La formule d'éloge ajoute deux qualités que le fait de fixer un lieu ne comporte pas de soi : l'humilité (anava) et la piété (hassidout). Le Ben Ich Haï explique justement d'où vient l'humilité : garder la même place quand on s'est enrichi ou qu'on a grandi en rang.
Et Abraham notre père, d'où savons-nous qu'il a fixé un lieu ? De ce qu'il est écrit : « Abraham se leva de bon matin vers le lieu où il s'était tenu » (Genèse 19, 27) ; et « se tenir » n'est autre que la prière, ainsi qu'il est dit : « Pinhas se tint debout et pria » (Ps.
106, 30).
La preuve se fait en deux temps. Le verset de la Genèse fournit le mot makom (lieu) ; il reste à montrer que « se tenir » y désigne la prière, ce qu'établit le verset de Pinhas, où le même verbe est suivi de « et il pria ». C'est une lecture par rapprochement de vocabulaire, courante pour établir le sens d'un terme biblique.
Rabbi Helbo a dit au nom de Rav Houna : celui qui sort de la synagogue ne doit pas faire de grandes enjambées. Abaye a dit : nous n'avons dit cela que pour la sortie ; mais pour l'entrée, c'est une mitsva de courir, ainsi qu'il est dit : « Poursuivons pour connaître ה' » (Osée 6, 3).
Deuxième enseignement de Rabbi Helbo au nom de Rav Houna. La raison donnée par Rachi est celle de l'apparence : de grandes enjambées à la sortie montrent que le séjour à la synagogue pesait comme un fardeau.
Abaye restreint la règle à la sortie et retourne la chose pour l'entrée : le verset d'Osée emploie un verbe de course, donc il y a là une mitsva.
Rabbi Zera a dit : au début, quand je voyais les maîtres courir à la deracha le chabbat, je me disais : les maîtres profanent le chabbat. Depuis que j'ai entendu ce que Rabbi Tanhoum a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi — un homme doit toujours courir pour une affaire de halakha, et même le chabbat, ainsi qu'il est dit : « Ils marcheront derrière ה', qui rugira comme un lion » etc.
(Osée 11, 10) —, moi aussi je cours.
Rabbi Zera raconte son propre changement d'avis. Son objection initiale s'appuyait sur l'interdit rapporté dans Chabbat 113b, tiré du verset d'Isaie « si tu retiens ton pied à cause du chabbat » : on ne fait pas de grandes enjambées le chabbat.
L'enseignement de Rabbi Yehochoua ben Levi écarte cet interdit pour un davar halakha. Le verset d'Osée compare la marche derrière ה' à la fuite devant un lion qui rugit, c'est-à-dire à une course.
Rabbi Zera a dit : le salaire de la deracha, c'est la course.
Le mot agra signifie le salaire. La série qui commence ici, et qui va tenir sept segments, déplace chaque fois le salaire de la chose elle-même vers l'effort qui l'accompagne.
Rachi donne la raison : la plupart de ceux qui accourent ne retiendront pas assez de l'exposé pour le redire au nom de leur maître, et ne toucheront donc pas le salaire de l'étude ; leur salaire porte sur l'élan qui les y a menés.
Abaye a dit : le salaire de la kalla, c'est la bousculade.
La kalla est, selon Rachi, le chabbat qui précède la fête, où tous se rassemblent pour entendre les lois de la fête. La foule y rend l'étude difficile, et c'est précisément la peine de la presse qui porte le salaire.
Rava a dit : le salaire de la chemaata, c'est le raisonnement (sevara).
La chemaata est la tradition halakhique reçue des amoraim. Rava enseigne que le salaire ne porte pas sur la conclusion retenue mais sur la sevara, le travail de raisonnement qui y conduit.
Rachi insiste sur les trois verbes : il peine, il se donne du mal, il réfléchit pour comprendre la raison de la chose.
Rav Papa a dit : le salaire de la maison de deuil, c'est le silence.
Seul enseignement de la série que Rachi ne commente pas. Ceux qui viennent consoler ne se voient pas créditer de leurs paroles, mais de leur silence, qui est la manière juste de se tenir auprès d'un endeuillé.
Mar Zoutra a dit : le salaire du jeûne, c'est la tsedaka.
La privation de nourriture, prise seule, ne fait pas le salaire du jeûne. Rachi rappelle l'usage : on donne le soir la valeur du repas non pris pour la subsistance des pauvres qui ont jeûné ce jour-là. Le fond est celui du chapitre 58 d'Isaie, qui définit le jeûne agréé par le partage du pain avec l'affamé.
Rav Chechet a dit : le salaire de l'oraison funèbre, c'est l'élévation de la voix.
Le salaire de celui qui prononce le hesped ne porte pas sur la qualité de son propos mais sur son effet : élever la voix sur un ton de lamentation en sorte que l'assistance pleure, ce qui augmente le deuil porté au défunt.
Rav Achi a dit : le salaire de la maison de noces, ce sont les paroles.
Dernière sentence de la série, et charnière du folio : le salaire de la présence à une noce porte sur les paroles adressées aux mariés. Cette obligation de réjouir par des paroles sera reprise et fondée sur un verset au segment 28.
Rav Houna a dit : quiconque prie derrière la synagogue est appelé « racha » (mécréant), ainsi qu'il est dit : « Les mécréants rôdent alentour » (Ps. 12, 9).
Nouvelle unité, qui revient à la déférence due à la synagogue. Rachi fournit la donnée architecturale sans laquelle l'enseignement est incompréhensible : les portes étaient à l'est et la communauté priait vers l'ouest, à l'image du Tabernacle. Celui qui se tient derrière le bâtiment et prie vers l'est tourne donc le dos à la direction commune, ce qui donne l'apparence d'un reniement.
Tossefot conteste cette lecture : selon lui, se tourner vers la synagogue serait pire encore, car cela donnerait l'apparence de deux domaines, deux directions de culte opposées. Il redéfinit donc « derrière la synagogue » comme « derrière le peuple », et note que chez nous, situés à l'ouest d'Erets Israël, les directions sont inversées.
Abaye a dit : nous n'avons dit cela que lorsqu'il ne tourne pas son visage vers la synagogue ; mais s'il tourne son visage vers la synagogue, il n'y a rien là à redire.
Abaye restreint la sentence de Rav Houna au seul cas où l'homme tourne le dos à la synagogue. Cette restriction est déjà supposée par Rachi dans le segment précédent, et c'est précisément elle que Tossefot juge intenable dans son propre cadre.
Un certain homme priait derrière la synagogue et ne tournait pas son visage vers la synagogue. Élie passa, le vit, lui apparut sous les traits d'un marchand arabe (tayaa) et lui dit : « Est-ce ainsi (kadou bar) que tu te tiens devant ton Maître ? » Il tira son épée et le tua.
Le récit vient donner sa gravité à l'interdit. Rachi décompose l'expression araméenne kadou bar : kadou vaut « deux » et bar vaut « domaine ». Le reproche est donc celui de l'apparence de deux domaines, la même notion que Tossefot mobilisait plus haut.
Le Ben Ich Haï relève les difficultés du récit dans sa version courante, en particulier celle de la mise à mort, et propose de comprendre qu'Élie a agi au titre de la mort par le Ciel encourue par qui transgresse la parole des sages.
Un des maîtres dit à Rav Bibi bar Abaye — et certains disent que c'est Rav Bibi qui le dit à Rav Nahman bar Yits'hak : que signifie « ke-roum zoulout li-vnei adam » ?
Rav Houna avait exploité le début du verset (Ps. 12, 9), « les mécréants rôdent alentour ». La guemara passe à sa fin, restée obscure : ke-roum zoulout li-vnei adam. Deux lectures vont être données, l'une sur le mot roum (hauteur), l'autre sur le mot kroum pris comme un nom d'oiseau.
Il lui dit : ce sont des choses qui se tiennent au sommet du monde, et que les hommes traitent avec mépris.
Première lecture : le mot roum est pris au sens de hauteur et zoulout au sens de mépris. Le verset décrit alors des choses de la plus haute portée que les hommes tiennent pour peu de chose. Rachi donne l'exemple de la prière, qui monte en haut, ce qui rejoint directement la sougya précédente.
Rabbi Yo'hanan et Rabbi Elazar ont dit tous deux : dès lors qu'un homme a besoin des créatures, son visage change et devient comme le kroum, ainsi qu'il est dit : « ke-roum zoulout li-vnei adam ».
Seconde lecture, entièrement différente : zoulout devient l'avilissement de celui qui doit demander, et kroum cesse d'être lu comme « hauteur » pour devenir un nom propre, expliqué au segment suivant. Rachi résume l'état décrit : il est méprisé aux yeux de ceux dont il dépend.
Qu'est-ce que le « kroum » ? Lorsque Rav Dimi vint, il dit : il y a un oiseau dans les villes du bord de mer, son nom est kroum, et dès que le soleil brille il change en plusieurs couleurs.
Rav Dimi, qui rapporte à Babylone les enseignements d'Erets Israël, fournit le référent concret. La comparaison porte sur le changement de couleur sous l'effet du soleil, image du visage qui se colore de honte.
Le Ben Ich Haï retourne l'image en enseignement pratique pour celui qui donne : le riche est le soleil, le pauvre la lune, et il faut éviter de le regarder.
Rabbi Ami et Rabbi Assi ont dit tous deux : c'est comme s'il était jugé par deux jugements, le feu et l'eau, ainsi qu'il est dit : « Tu as fait chevaucher des hommes sur nos têtes, nous sommes entrés dans le feu et dans l'eau » (Ps. 66, 12).
Troisième mot sur le même sujet : la dépendance à l'égard d'autrui est comparée à une double condamnation. Rachi explique « sur nos têtes » par la position du créancier, en s'appuyant sur la traduction araméenne du mot nocheh dans l'Exode.
Le Ben Ich Haï donne aux deux éléments un sens concret : le feu est la colère de celui qui rabroue, l'eau est l'attente laissée sans réponse.
Et Rabbi Helbo a dit au nom de Rav Houna : qu'un homme soit toujours attentif à la prière de minha, car Élie ne fut exaucé qu'à la prière de minha, ainsi qu'il est dit : « Ce fut à l'heure où l'on monte l'offrande de minha qu'Élie le prophète s'approcha et dit : ... réponds-moi ה', réponds-moi » (I Rois 18, 36-37).
Retour à la série de Rabbi Helbo au nom de Rav Houna, cette fois sur l'heure de la prière. La preuve est tirée de l'épisode du mont Carmel : le texte précise l'heure à laquelle Élie s'est approché, et c'est à cette heure qu'il fut exaucé.
Le Ben Ich Haï consacre à ce passage sa plus longue glose du folio. Il y résout deux difficultés : pourquoi la guemara enchaîne avec la derachah sur « réponds-moi », et comment concilier cette préférence pour minha avec le Zohar, qui fait de chaharit le temps de faveur. Sa réponse distingue minha guedola et minha ketana : l'enseignement porte sur l'heure à laquelle on prie minha, non sur la supériorité de minha sur les autres prières.
« Réponds-moi » — pour que le feu descende du ciel ; et « réponds-moi » — pour qu'ils ne disent pas que ce sont des actes de sorcellerie.
La répétition du mot dans le verset est lue comme deux demandes distinctes. La première porte sur le miracle lui-même, la seconde sur sa réception par le peuple : un signe qu'on attribue à la sorcellerie ne produit pas la foi qu'Élie cherchait.
Rabbi Yo'hanan a dit : la prière du soir aussi, ainsi qu'il est dit : « Que ma prière soit établie comme l'encens devant Toi, l'élévation de mes mains comme l'offrande du soir » (Ps. 141, 2).
Rav Nahman bar Yits'hak a dit : la prière du matin aussi, ainsi qu'il est dit : « ה', au matin Tu entends ma voix ; au matin je me prépare devant Toi et j'attends » (Ps. 5, 4).
Deux maîtres étendent l'attention exigée aux deux autres prières, chacun avec son verset. La sougya aboutit ainsi à une exigence portant sur les trois prières, après être partie de la seule minha.
Le Ben Ich Haï propose une lecture supplémentaire de la parole de Rav Nahman bar Yits'hak : elle viserait le cas où l'on prie chaharit deux fois, la seconde étant le tachloumin, le rattrapage de arvit.
Et Rabbi Helbo a dit au nom de Rav Houna : quiconque profite du repas d'un marié et ne le réjouit pas transgresse cinq voix, ainsi qu'il est dit : « voix d'allégresse et voix de joie, voix du marié et voix de la mariée, voix de ceux qui disent : rendez grâce à ה' Tsevaot » (Jérémie 33, 11).
La sentence reprend le thème du segment 16, mais lui donne un fondement scripturaire et une gravité. Le verset de Jérémie contient cinq occurrences du mot kol (voix) ; Rachi explique que ce sont les cinq voix par lesquelles Israël a été béni, en sorte que les mépriser revient à les transgresser.
Ces cinq voix vont être mises en correspondance, au segment suivant, avec les cinq voix du Sinaï.
Et s'il le réjouit, quel est son salaire ? Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : il mérite la Torah, qui fut donnée avec cinq voix, ainsi qu'il est dit : « Ce fut au troisième jour, quand ce fut le matin, il y eut des voix et des éclairs, et une nuée épaisse sur la montagne, et une voix de chofar » etc. ; « et la voix du chofar allait se renforçant » etc.
« et D.ieu lui répondait par une voix » (Exode 19, 16 et 19, 19).
Le décompte se fait ainsi : « des voix » au pluriel en vaut deux, « une voix de chofar » fait trois, puis le second verset ajoute la voix du chofar qui se renforce et la voix par laquelle il fut répondu à Moche, soit cinq.
La mise en correspondance est exacte : cinq voix à la noce, cinq voix au Sinaï, ce qui fonde le salaire annoncé.
Est-ce ainsi ? N'est-il pas écrit : « Et tout le peuple voyait les voix » (Exode 20, 15) !
Objection au décompte : ce verset mentionne encore des voix, ce qui en porterait le total au-delà de cinq et ruinerait la correspondance.
Ces voix-là étaient antérieures au don de la Torah.
La réponse ne nie pas l'existence de ces voix mais les place hors du compte : elles précèdent le don de la Torah proprement dit.
Rachi ajoute une précision sur le verset : ces voix sont celles dont il a déjà été question, et l'Écriture dit qu'elles étaient visibles, alors qu'une voix ne se voit pas.
Rabbi Abahou a dit : c'est comme s'il avait offert un sacrifice de toda, ainsi qu'il est dit : « ceux qui apportent une toda à la maison de ה' ». Rav Nahman bar Yits'hak a dit : c'est comme s'il avait rebâti l'une des ruines de Jérusalem, ainsi qu'il est dit : « car Je ramènerai la captivité du pays comme au commencement, dit ה' ».
Les deux salaires supplémentaires sont tirés de la suite du même verset de Jérémie qui fournissait les cinq voix. Rachi le signale expressément : ce sont les fins du verset déjà cité. Toute la sougya tient ainsi sur un seul verset, lu par tronçons successifs.
Et Rabbi Helbo a dit au nom de Rav Houna : tout homme en qui il y a la crainte du Ciel, ses paroles sont écoutées, ainsi qu'il est dit : « Fin du discours, tout ayant été entendu : crains D.ieu » etc. (Ecclésiaste 12, 13).
Nouvel enseignement de la même série. Le verset de l'Ecclésiaste est lu en rapprochant ses deux membres : « tout ayant été entendu » se dit de celui qui « craint D.ieu ».
Le Ben Ich Haï relève deux détails de formulation : pourquoi « en qui il y a » plutôt que « craignant le Ciel », et pourquoi « crainte du Ciel » plutôt que « crainte » simplement.
Que signifie « car c'est là tout l'homme » ? Rabbi Elazar a dit : le Saint béni soit-Il a dit : le monde entier n'a été créé que pour celui-ci.
La fin du verset de l'Ecclésiaste, « car c'est là tout l'homme », est prise comme une évaluation : cet homme vaut la totalité. Rachi lit la formule au sens le plus fort : le monde à été créé pour que celui-ci soit créé.
Trois énoncés vont se succéder ; le Ben Ich Haï montre qu'ils ne se répètent pas mais portent chacun sur une part distincte du monde.
Rabbi Abba bar Kahana a dit : celui-ci vaut autant que le monde entier. Rabbi Chimon ben Azzai dit — et certains disent Rabbi Chimon ben Zoma — : le monde entier n'a été créé que pour tenir compagnie à celui-ci.
Trois formulations en gradation : le monde créé pour lui, le monde équivalent à lui, le monde créé pour lui tenir compagnie. La dernière fait de la création entière un entourage donné à un seul homme, afin qu'il ait une société où vivre.
Et Rabbi Helbo a dit au nom de Rav Houna : quiconque sait de son compagnon qu'il a coutume de le saluer doit le saluer le premier, ainsi qu'il est dit : « Recherche la paix et poursuis-la » (Ps. 34, 15).
Et s'il l'a salué et qu'il ne lui a pas rendu son salut, il est appelé « voleur », ainsi qu'il est dit : « C'est vous qui avez dévoré la vigne, la dépouille du pauvre est dans vos maisons » (Isaie 3, 14).
Dernier enseignement de la série, et fin du folio. L'obligation dépasse le devoir de rendre le salut : il faut devancer. Le verset des Psaumes fournit le terme de poursuite, déjà employé au segment 8 pour l'entrée à la synagogue.
La qualification de gazlan (voleur) tient à la difficulté que Rachi soulève : le vol du riche est aussi un vol, et si l'Écriture mentionne le pauvre, c'est qu'il s'agit d'un homme à qui l'on ne peut rien prendre d'autre que son salut.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).