Berakhot 6b — La constance à la synagogue, le lieu fixe de la prière, et où se trouve le salaire

Berakhot 6b

Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin de la sougya des tefilin commencée en 6a, puis entre dans une longue série d'enseignements sur la synagogue et la prière. Celui qui a coutume de venir et qui manque un jour, Hachem s'enquiert de lui ; celui qui fixe un lieu à sa prière, le D.ieu d'Abraham l'assiste ; on sort de la synagogue à petits pas et on y entre en courant.

Vient ensuite une série de sept sentences sur le point où se trouve réellement le salaire d'une chose : la course pour la deracha, la bousculade pour la kalla, le raisonnement pour la chemaata, le silence pour la maison de deuil. La sougya passe alors à celui qui prie derrière la synagogue, avec le récit d'Élie, puis à la double lecture du verset kroum zoulout : les choses hautes qu'on méprise, et la honte de celui qui dépend d'autrui.

La dernière partie traite de l'heure des trois prières à partir d'Élie au mont Carmel, du devoir de réjouir le marié et des cinq voix, et se ferme sur la crainte du Ciel, la valeur d'un seul homme et l'obligation de saluer le premier.

Le fil du folio : huit mouvements Une longue série d'enseignements sur la synagogue, l'heure et la manière de la prière, puis sur ce que l'on doit à autrui. seg. 0 -- Fin de la sougya de 6a : les tefilin du Maître du monde Les passages de la louange d'Israël sont écrits ensemble dans le boîtier unique porté au bras. Rachi renvoie à Menahot 34b : les tefilin de la main n'ont qu'un seul boîtier, tout y est écrit. seg. 1-4 -- Venir à la synagogue L'habitué qui manque un jour : Hachem s'enquiert de lui. Parti pour une mitsva, il a de la clarté ; pour une affaire facultative, non. Et quand dix ne s'y trouvent pas, la colère : Pourquoi suis-Je venu et il n'y avait personne ? seg. 5-9 -- Le lieu fixe et la manière de marcher Fixer un lieu à sa prière : le D.ieu d'Abraham l'assiste, et on l'appelle disciple d'Abraham. Sortir sans grandes enjambées, entrer en courant ; courir pour une affaire de halakha même le chabbat. seg. 10-16 -- Sept sentences : où se trouve le salaire Deracha : la course. Kalla : la bousculade. Chemaata : le raisonnement. Deuil : le silence. Jeûne : la tsedaka. Oraison funèbre : faire pleurer. Noces : les paroles qui réjouissent. seg. 17-24 -- Prier derrière la synagogue, puis kroum zoulout Celui qui prie derrière la synagogue est appelé racha ; Abaye restreint au cas où il ne se tourne pas vers elle. Le verset se lit ensuite de deux façons : les choses hautes qu'on méprise, ou la honte de qui dépend d'autrui. seg. 25-27 -- L'heure des trois prières Élie ne fut exaucé qu'à minha. Rabbi Yo'hanan ajoute arvit, Rav Nahman bar Yits'hak ajoute chaharit. Chaque prière reçoit son verset : l'offrande du soir, et au matin Tu entends ma voix. seg. 28-32 -- Réjouir le marié et les cinq voix Profiter du repas sans réjouir le marié : transgresser les cinq voix de Jérémie 33, 11. Qui le réjouit mérite la Torah donnée en cinq voix, vaut un sacrifice de toda, rebâtit une ruine de Jérusalem. seg. 33-36 -- La crainte du Ciel, la valeur d'un homme, le salut Qui a la crainte du Ciel, ses paroles sont écoutées ; le monde entier n'a été créé que pour un tel homme. Et il faut saluer le premier : né pas rendre le salut d'un pauvre, c'est le voler.
Les huit mouvements du folio, de la fin de la sougya des tefilin jusqu'au devoir de rendre le salut.
Agra de... : où se trouve le salaire Sept maîtres, une même forme : le salaire d'une chose ne porte pas là où on l'attend, mais sur l'effort qui l'accompagne. Le lieu Le salaire porte sur Pourquoi (Rachi et guemara) Deracha (pirka) La course pour y aller La plupart ne retiendront pas l'exposé : le salaire porte sur l'élan Kalla La bousculade Le chabbat avant la fête, tous s'y pressent pour entendre les lois de la fête Chemaata Le raisonnement (sevara) Il peine et réfléchit pour comprendre la raison de la chose Maison de deuil Le silence La juste manière pour ceux qui consolent Jeûne La tsedaka On donne le soir pour la subsistance des pauvres qui ont jeûné Oraison funèbre Élever la voix Sur un ton de lamentation, en sorte que ceux qui écoutent pleurent Maison de noces Les paroles Réjouir le marié par des paroles Rav Papa, sur la maison de deuil, est le seul de la série que Rachi ne commente pas.
La série des sept sentences agra de... : chaque maître déplace le salaire vers l'effort qui accompagne la chose.
Les cinq voix : la noce et le Sinaï Celui qui ne réjouit pas le marié transgresse cinq voix ; celui qui le réjouit mérite la Torah, donnée elle aussi en cinq voix. Les cinq voix de la noce (Jérémie 33, 11) 1. voix d'allégresse 2. voix de joie 3. voix du marié 4. voix de la mariée 5. voix de ceux qui disent : rendez grâce La fin du même verset fournit les deux dernières réponses du folio : ceux qui apportent une toda à la maison de ה' (Rabbi Abahou), et Je ramènerai la captivité du pays (Rav Nahman bar Yits'hak). Rachi : ces cinq voix sont la bénédiction donnée à Israël ; les mépriser, c'est les transgresser. Les cinq voix du Sinaï Exode 19, 16 : il y eut des voix (deux) et une voix de chofar (trois) Exode 19, 19 : la voix du chofar allait se renforçant (quatre) et D.ieu lui répondait par une voix (cinq) Objection (seg. 30) : et tout le peuple voyait les voix (Ex. 20, 15) ? Il y aurait donc plus de cinq voix au Sinaï. Réponse (seg. 31) : ces voix-là étaient antérieures au don de la Torah et n'entrent pas dans le compte. Rachi : elles se voyaient, bien qu'une voix ne se voie pas. La correspondance Cinq voix à la noce, cinq voix au Sinaï : celui qui réjouit le marié mérite la Torah. Le Ben Ich Haï note que simha et hamicha (cinq) ont les mêmes lettres. Trois salaires énoncés Rabbi Yehochoua ben Levi : il mérite la Torah. Rabbi Abahou : comme s'il avait offert une toda. Rav Nahman bar Yits'hak : comme s'il avait rebâti une ruine de Jérusalem.
Les cinq voix de Jérémie 33, 11 et les cinq voix du Sinaï, avec l'objection tirée d'Exode 20, 15 et sa réponse.
1
וְכֻולְּהוּ כְּתִיבִי בְּאֶדְרָעֵיהּ.

— et tous sont écrits sur son bras.

📜 Rachi (1)
וְכוּלְּהוּ כְּתִיבִי בְּאֶדְרָעֵיהּ כָּל הַכְּתוּבִים הַלָּלוּ כְּתוּבִים בִּזְרוֹעַ בְּבַיִת אֶחָד שֶׁאוֹתָן שֶׁל יָד אֵינָן אֶלָּא בַּיִת אֶחָד כִּדְאָמְרִינַן בִּמְנָחוֹת (דַּף לד:) וְכָל הַפָּרָשִׁיּוֹת כְּתוּבוֹת בּוֹ:
Et tous sont écrits sur son bras — tous ces versets sont écrits sur le bras dans un seul boîtier, car les tefilin de la main n'ont qu'un seul boîtier, comme nous le disons dans Menahot (34b), et tous les passages y sont écrits.
💡 Explication

Le folio s'ouvre sur la dernière ligne de la sougya de 6a, qui décrit les tefilin du Saint béni soit-Il. Les tefilin de la tête comportent quatre boîtiers, et les quatre passages y sont écrits séparément ; les tefilin du bras n'ont qu'un seul boîtier, et tous les passages y sont écrits ensemble.

Rachi renvoie à la sougya de Menahot qui fixe cette différence de structure.

2
אָמַר רָבִין בַּר רַב אַדָּא, אָמַר רַבִּי יִצְחָק: כָּל הָרָגִיל לָבֹא לְבֵית הַכְּנֶסֶת וְלֹא בָּא יוֹם אֶחָד, הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מְשָׁאֵיל בּוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״מִי בָכֶם יְרֵא ה׳ שֹׁמֵעַ בְּקוֹל עַבְדּוֹ אֲשֶׁר הָלַךְ חֲשֵׁכִים וְאֵין נֹגַהּ לוֹ״.

Ravin bar Rav Adda a dit au nom de Rabbi Yits'hak : quiconque a coutume de venir à la synagogue et un jour ne vient pas, le Saint béni soit-Il s'enquiert de lui, ainsi qu'il est dit : « Qui parmi vous craint ה', écoute la voix de Son serviteur, qui a marché dans les ténèbres et n'a point de clarté » (Isaie 50, 10).

📜 Rachi (3)
מַשְׁאִיל בּוֹ מַה טִּיבוֹ שֶׁל פְּלוֹנִי לָמָּה לֹא בָּא:
Il s'enquiert de lui — quelle est la situation d'un tel, pourquoi n'est-il pas venu.
יָרֵא אֶת ה' שֶׁהָיָה רָגִיל לָבֹא אֵלָיו:
Qui craint ה' — lui qui avait coutume de venir vers Lui.
אֲשֶׁר הָלַךְ חֲשֵׁכִים וְאֵין נֹוגַהּ לוֹ אֲשֶׁר עַתָּה הָלַךְ לִמְקוֹם חֹשֶׁךְ אֲשֶׁר יִמְנַע עַצְמוֹ מִלְּהַשְׁכִּים לְפִתְחֵי:
Qui a marché dans les ténèbres et n'a point de clarté — qui est parti maintenant vers un lieu obscur, se privant de se lever tôt pour Mes portes.
🪔 Ben Yehoyada (2)
כָּל הָרָגִיל לָבֹוא לְבֵית הַכְּנֶסֶת וְלֹא בָּא יוֹם אֶחָד. נִרְאֶה לִי תֵּיבַת 'כֹּל' כִּי יֵשׁ רָגִיל לָבֹא לְבֵית הַכְּנֶסֶת, אֲבָל יִתְאַחֵר וְלֹא יִתְפַּלֵּל עִם הַצִּיבּוּר, דְּאֵינוֹ חָסֵר אֶלָּא רַק תְּפִלָּה עִם הַצִּיבּוּר, וְיֵשׁ שֶׁאֵינוֹ רָגִיל לָבֹא לְבֵית הַכְּנֶסֶת דְּחָסֵר שְׁתַּיִם, בִּיאַת בֵּית הַכְּנֶסֶת, (וּתְפִילָּה) עִם הַצִּיבּוּר.
« Quiconque a coutume de venir à la synagogue et un jour ne vient pas. » Il me semble que le mot « quiconque » vient inclure ceci : il y a celui qui a coutume de venir à la synagogue mais qui tarde et ne prie pas avec la communauté, et celui-là ne perd que la prière avec la communauté ; et il y a celui qui n'a pas coutume de venir à la synagogue, qui perd deux choses, la venue à la synagogue et la prière avec la communauté.
הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מְשָׁאֵיל בּוֹ. פֵּירוּשׁ מְעוֹרֵר הַמַּלְאָכִים וְהַמְמֻונִּים שֶׁל מַעְלָה לִשְׁאֹל עָלָיו לְהַזְכִּיר עֲוֹנוֹ וּלְקַטְרֵג עָלָיו, וְנִרְאֶה לִי בס"ד לוֹמַר כִּי הוּא יִתְבָּרֵךְ מְעוֹרֵר אוֹתָם לִשְׁאֹל בּוֹ בַּלַּיְלָה שֶׁתָּבֹא אַחַר הַיּוֹם שֶׁבִּיטֵּל בּוֹ, וְהַייְנוּ בְּעֵת שֶׁיַּעֲלוּ הַנְּשָׁמוֹת שֶׁל בְּנֵי אָדָם לְמַעְלָה בְּסוֹד פִּקָּדוֹן שֶׁאָז מְעוֹרֵר אוֹתָם לִשְׁאֹל לְאוֹתָם הַנְּשָׁמוֹת שֶׁל בְּנֵי אָדָם מִי בָכֶם יְרֵא ה' וְכוּ'. וְאוֹמְרָם שָׁמַע בְּקוֹל עַבְדּוֹ, פֵּירֵשׁ מָהַרְשָׁ"א זַ"ל זֶה שְׁלִיחַ צִיבּוּר שֶׁהוּא עוֹבֵד בִּתְפִלָּתוֹ עַייֵּן שָׁם, וַאֲנִי הַהֶדְיוֹט נִרְאֶה לִי בס"ד שָׁמַע בְּקוֹל עַבְדּוֹ זֶה דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה שֶׁנִּקְרָא עֶבֶד ה', וְהוּא כִּי יָדוּעַ שֶׁבִּיאָה לְבֵית הַכְּנֶסֶת לֹא נִכְתְּבָה וְנִתְפָּרְשָׁה בַּתּוֹרָה אֶלָּא עַל יְדֵי דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה בִּתְהִלִּים (כה, טו) בַּפָּסוּק בְּבֵית אֱ-לֹהִים נְהַלֵּךְ בְּרָגֶשׁ, וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּשַׁעַר הַכַּוָּנוֹת דַּף ג' שֶׁפָּסוּק זֶה נֶאֱמַר עַל כְּנִיסַת הָאָדָם לְבֵית הַכְּנֶסֶת בְּכָל יוֹם, וְעִנְיַן בְּרָגֶשׁ הַיְינוּ שֶׁיִּתְרַגֵּשׁ הָאָדָם וְיִזְדַּעְזֵעַ בְּעֵת כְּנִיסָתוֹ בְּבֵית אֱ-לֹהִים שֶׁהוּא בֵּית הַכְּנֶסֶת, וְרָמַז שָׁם כַּוָּנוֹת בִּיאַת בֵּית הַכְּנֶסֶת בַּפָּסוּק (זֶה) וְגַם בַּפָּסוּק וַאֲנִי בְּרֹב חַסְדְּךָ אָבוֹא בֵיתֶךָ וְכוּ' יְעֻוייַּן שָׁם, נִמְצָא כְּנִיסַת בֵּית הַכְּנֶסֶת וְכַוָּנוֹת שֶׁלָּהּ נֶאֶמְרוּ עַל יְדֵי דָּוִד עֶבֶד ה', לָזֶה אָמַר שָׁמַע בְּקוֹל עַבְדּוֹ הוּא דָּוִד עֶבֶד ה' שֶׁפֵּירֵשׁ חִיּוּב בִּיאַת בֵּית הַנָּכְסַתְּ אֲשֶׁר זֶה הָאָדָם הַיּוֹם הַזֶּה הָלַךְ חֲשֵׁכִים וְאֵין נֹגַהּ לוֹ.
« Le Saint béni soit-Il s'enquiert de lui. » C'est-à-dire qu'Il éveille les anges et les préposés d'en haut à s'enquérir de lui, à rappeler sa faute et à l'accuser. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, de dire qu'Il les éveille à s'enquérir de lui pendant la nuit qui suit le jour où il s'est abstenu, c'est-à-dire à l'heure où les nechamot (âmes) des hommes montent en haut selon le sod du dépôt ; c'est alors qu'Il les éveille à demander à ces âmes des hommes : « qui parmi vous craint ה' » etc. Quant à « écoute la voix de Son serviteur », le Maharcha zal a expliqué qu'il s'agit du chalia'h tsibbour, qui sert par sa prière, vois-le là-bas. Et moi, l'homme simple, il me semble, avec l'aide du Ciel, que « écoute la voix de Son serviteur » désigne le roi David, la paix soit sur lui, qui est appelé serviteur de ה'. Car il est connu que la venue à la synagogue n'a été écrite et explicitée dans l'Écriture que par le roi David, la paix soit sur lui, dans les Psaumes (55, 15), au verset « dans la maison de D.ieu nous marchions avec émotion », ainsi que l'a écrit notre maître le Ari zal dans le Chaar ha-Kavanot, page 3, que ce verset est dit sur l'entrée de l'homme à la synagogue chaque jour. Le sens de « avec émotion » est que l'homme doit être saisi et tressaillir au moment où il entre dans la maison de D.ieu, c'est-à-dire la synagogue ; il y a fait allusion aux kavanot de la venue à la synagogue dans ce verset ainsi que dans le verset « et moi, par l'abondance de Ta bonté, j'entrerai dans Ta maison » etc., vois-le là-bas. Il se trouve donc que l'entrée à la synagogue et ses kavanot ont été énoncées par David, serviteur de ה' ; c'est pourquoi il est dit « écoute la voix de Son serviteur », c'est-à-dire David serviteur de ה', qui a explicité l'obligation de venir à la synagogue — et cet homme, ce jour-là, « a marché dans les ténèbres et n'a point de clarté ».
💡 Explication

Nouvelle unité, qui ouvre une longue série sur la synagogue. Le verset d'Isaie est lu comme une question posée au sujet d'un absent : « qui parmi vous craint ה' » désigne, selon Rachi, celui qui avait coutume de venir ; l'enseignement porte sur l'habitué, non sur celui qui ne vient jamais.

« Écoute la voix de Son serviteur » est compris du chalia'h tsibbour, et « marché dans les ténèbres » de celui qui est parti avant l'aube vaquer à ses affaires au lieu de venir prier.

3
אִם לִדְבַר מִצְוָה הָלַךְ — נֹוגַהּ לוֹ, וְאִם לִדְבַר הָרְשׁוּת הָלַךְ — אֵין נֹוגַהּ לוֹ.

S'il est parti pour une affaire de mitsva — il a de la clarté ; et s'il est parti pour une affaire facultative (rechout) — il n'a pas de clarté.

🪔 Ben Yehoyada (1)
אִם לִדְבַר מִצְוָה הָלַךְ, נֹגַהּ לוֹ. נִרְאֶה לִי בס"ד אוֹתִיּוֹת 'דִּין' [64] דְּשֵׁם אדנ"י הֵם דִּין קָשֶׁה כְּמִשְׁמָעָן, אַךְ עַל יְדֵי הָרַחֲמִים מִתְמַתְּקִים וְנַעֲשִׂים נֹוגַהּ [64] , כִּי הַמִּסְפָּר שָׁוֶה וְיָדוּעַ מַה שֶׁכָּתוּב בְּשַׁעַר הַכַּוָּנוֹת בַּפָּסוּק וַאֲנִי בְּרַב חַסְדְּךָ, שֶׁצָּרִיךְ לְכַוֵּין בּוֹ בִּכְנִיסָתוֹ לְבֵית הַכְּנֶסֶת כָּךְ, רַב חַסְדְּךָ הוּא הַחֶסֶד הָעֶלְיוֹן אֲשֶׁר אֲנַחְנוּ צְרִיכִין תָּמִיד אֵלָיו וּבִפְרָט כְּשֶׁאֲנַחְנוּ נִכְנָסִין לַהֵיכָל הַמֶּלֶךְ לִשְׁאֹל בְּקַשָּׁתֵינוּ, כִּי הַחֶסֶד הַזֶּה הוּא הַנִּקְרָא יוֹמָא דְּכֻלְּהוּ וְכוּ' יְעֻוייַּן שָׁם, וְלָכֵן הַבָּא לְבֵית הַכְּנֶסֶת כָּל יוֹם וּמְכַוֵּין בְּפָסוּק זֶה הַכַּוָּנָה שֶׁל הַחֶסֶד הַנִּזְכָּר אָז נִמְתָּקִים אוֹתִיּוֹת 'דִּין' וַיְהִי 'נֹוגַהּ' כִּי הַחֶשְׁבּוֹן שָׁוֶה, וְלָזֶה אָמַר נֹגַהּ לוֹ, וְאִם לָאו אֵין נֹגַהּ לוֹ אֶלָּא יִשָּׁאֲרוּ אוֹתִיּוֹת 'דִּין' כְּמִשְׁמָעָן, אִם לִדְבַר מִצְוָה הָלַךְ אֲפִילּוּ שֶׁלֹּא בָּא לְבֵית הַכְּנֶסֶת וְלֹא כִּיוֵּן בְּחֶסֶד הַנִּזְכָּר זְכוּת הַמִּצְוָה יוֹעִיל לְמַתֵּק אוֹתִיּוֹת דִּין שֶׁיִּהְיוּ לוֹ נֹוגַהּ. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ שֶׁהַפַּרְנָסָה הִיא מִבְּחִינַת שֵׁם ס"ג, וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב עֲטֶרֶת רָאשֵׁי אֲדוֹנִי אָבִי זַ"ל בְּסִפְרוֹ מִדְרַשׁ אֵלִיָּהוּ עַל פָּסוּק (תְּהִלִּים נה, כג) הַשְׁלֵךְ עַל ה' יְהָבְךָ וְהוּא יְכַלְכְּלֶךָ, כִּי מִלּוּי שֵׁם ס"ג הוּא ל"ז [37] כְּמִנְיַן יַהְבָּךְ [37] , יְעֻוייַּן שָׁם, וּבָזֶה פֵּירַשְׁתִּי בס"ד רֶמֶז מֵהָאֹכֶל יֵצֵא מַאֲכָל, הָאוֹכֵל [62] עִם הַכּוֹלֵל עוֹלֶה ס"ג, וְהִנֵּה תֵּיבַת נֹוגַהּ [64] עוֹלֶה ס"ג עִם הַכּוֹלֵל, וְזֶה שֶׁאָמַר אִם לִדְבַר מִצְוָה הָלַךְ, נֹגַהּ לוֹ, שֶׁשָּׁם ס"ג יַשְׁפִּיעַ לוֹ פַּרְנָסָה אַף עַל פִּי שֶׁלֹּא בָּא לְבֵית הַכְּנֶסֶת לְהִתְפַּלֵּל שָׁם, וְאִם לִדְבַר הָרְשׁוּת הָלַךְ שֶׁרָדַף אַחַר פַּרְנָסָתוֹ שֶׁבָּטַח עַל חֲרִיצוֹת שֶׁלּוֹ, וְלֹא בֶּטַח בְּשֵׁם ס"ג שֶׁיַּשְׁפִּיעַ לוֹ בִּלְעֲדֵי חֲרִיצָתוֹ, אָז אֵין נֹגַהּ לוֹ, שֶׁלֹּא יַשְׁפִּיעַ לוֹ שֵׁם ס"ג, וְתִהְיֶה חֲרִיצוּתוֹ לָרִיק, וְקָאָמַר מַה שֶׁאָמַר מִשּׁוּם דְּהָיָה לוֹ לִבְטֹוחַ בְּשֵׁם ה' הוּא שֵׁם הֲוָיָ"ה בְּמִלּוּי ס"ג שֶׁיַּשְׁפִּיעַ לוֹ גַּם בִּלְתִּי חֲרִיצַת וּזְרִיזוּת שֶׁלּוֹ.
« S'il est parti pour une affaire de mitsva, il a de la clarté. » Il me semble, avec l'aide du Ciel : les lettres de dine (jugement) [64] du Nom Ado-nay sont un jugement sévère au sens propre ; mais par la miséricorde elles s'adoucissent et deviennent noga (clarté) [64], car le compte est égal. Et l'on sait ce qui est écrit dans le Chaar ha-Kavanot sur le verset « et moi, par l'abondance de Ta bonté » : il faut y avoir en tête, en entrant à la synagogue, que « l'abondance de Ta bonté » est le 'hessed supérieur dont nous avons toujours besoin, et particulièrement lorsque nous entrons dans le palais du Roi pour y présenter notre demande, car ce 'hessed est appelé « le jour qui les contient tous » etc., vois-le là-bas. C'est pourquoi celui qui vient chaque jour à la synagogue et dirige dans ce verset son intention vers le 'hessed mentionné, alors les lettres de dine s'adoucissent et il y a noga, car le compte est égal ; c'est le sens de « il a de la clarté », et sinon « il n'a pas de clarté », les lettres de dine demeurant au sens propre. « S'il est parti pour une affaire de mitsva » : même s'il n'est pas venu à la synagogue et n'a pas dirigé son intention vers ce 'hessed, le mérite de la mitsva servira à adoucir les lettres de dine, en sorte qu'il ait de la clarté. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que l'on sait que la parnassa (subsistance) relève du Nom Sa"g, comme l'a écrit la couronne de ma tête, mon maître et père zal, dans son livre Midrach Eliahou, sur le verset (Ps. 55, 23) « jette sur ה' ton fardeau et Il te soutiendra » : le remplissage du Nom Sa"g fait 37, comme le compte de yehavekha (ton fardeau) [37], vois-le là-bas. Par là j'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, l'allusion de « du mangeur est sortie nourriture » : ha-okhel [62] avec le kolel monte à Sa"g. Or le mot noga [64] monte à Sa"g avec le kolel. C'est ce qui est dit : « s'il est parti pour une affaire de mitsva, il a de la clarté », car le Nom Sa"g lui fera couler la subsistance même s'il n'est pas venu prier à la synagogue ; « et s'il est parti pour une affaire facultative », ayant couru après sa subsistance en se fiant à sa propre diligence et non au Nom Sa"g qui lui fait couler sans elle, alors « il n'a pas de clarté », le Nom Sa"g ne lui fera rien couler et sa diligence sera vaine. Et ce qui est dit ensuite, « parce qu'il aurait dû se confier au Nom de ה' », c'est le Nom Havaya dans son remplissage Sa"g, qui lui fait couler même sans sa diligence et son empressement.
💡 Explication

Le verset se coupe en deux : « il a marché dans les ténèbres » décrit le départ avant l'aube, « et n'a point de clarté » est la sanction. La guemara distingue alors selon le motif du départ : parti pour une mitsva, l'homme garde une clarté ; parti pour une affaire de rechout, une affaire facultative, il reste sans clarté.

4
״יִבְטַח בְּשֵׁם ה׳״ מַאי טַעְמָא? — מִשּׁוּם דַּהֲוָה לֵיהּ לִבְטֹוחַ בְּשֵׁם ה׳, וְלֹא בָּטַח.

« Qu'il se confie au Nom de ה' » — quelle en est la raison ? Parce qu'il aurait dû se confier au Nom de ה', et il ne s'est pas confié.

💡 Explication

La suite du verset d'Isaie donne le motif de la rigueur. La faute n'est pas d'avoir eu une affaire à régler, mais d'avoir supposé qu'un retard lui coûterait. Il aurait pu s'en remettre à ה' et prier d'abord : c'est ce bitahon qui a manqué.

5
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: בְּשָׁעָה שֶׁהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא בָּא בְּבֵית הַכְּנֶסֶת, וְלֹא מָצָא בָּהּ עֲשָׂרָה — מִיָּד הוּא כּוֹעֵס, שֶׁנֶּאֱמַר: ״מַדּוּעַ בָּאתִי וְאֵין אִישׁ קָרָאתִי וְאֵין עוֹנֶה״.

Rabbi Yo'hanan a dit : lorsque le Saint béni soit-Il vient à la synagogue et n'y trouve pas dix [hommes], aussitôt Il se met en colère, ainsi qu'il est dit : « Pourquoi suis-Je venu et il n'y avait personne, ai-Je appelé et nul n'a répondu ? » (Isaie 50, 2).

📜 Rachi (1)
וְאֵין עוֹנָה שִׁיעוּר שֶׁיּוּכְלוּ לַעֲנוֹת דְּבַר קְדֻושָּׁה:
Et nul n'a répondu — le nombre requis pour pouvoir répondre un davar che-bikdoucha.
💡 Explication

Même chapitre d'Isaie, deux versets plus haut. La guemara passe de l'individu absent au quorum manquant. Rachi précise ce que signifie « nul n'a répondu » : le nombre requis pour répondre un davar che-bikdoucha, c'est-à-dire les dix qui permettent kaddich, kedoucha et barekhou.

6
אָמַר רַבִּי חֶלְבּוֹ, אָמַר רַב הוּנָא: כָּל הַקּוֹבֵעַ מָקוֹם לִתְפִלָּתוֹ — אֱ-לֹהֵי אַבְרָהָם בְּעֶזְרוֹ.

Rabbi Helbo a dit au nom de Rav Houna : quiconque fixe un lieu pour sa prière, le D.ieu d'Abraham est à son secours.

📜 Rachi (2)
אֱ-לֹהֵי אַבְרָהָם שֶׁקָּבַע מָקוֹם לִתְפִלָּתוֹ:
Le D.ieu d'Abraham — car il a fixé un lieu pour sa prière.
בְּעֶזְרוֹ כְּדֶרֶךְ שֶׁהָיָה עוֹזֵר לְאַבְרָהָם:
Est à son secours — de la manière dont Il secourait Abraham.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל הַקּוֹבֵעַ מָקוֹם לִתְפִלָּתוֹ, אֱ-לֹהֵי אַבְרָהָם יִהְיֶה בְּעֶזְרוֹ. נִרְאֶה לִי בס"ד מָקוֹם הַמְיֻוחָד לִתְפִלָּה הוּא הַלֵּב, אַךְ יֵשׁ אָדָם שֶׁהוּא פַּעַם מְכַוֵּין וּפַעַם אֵינוֹ מְכַוֵּין, נִמְצָא זֶה אֵינוֹ קוֹבֵעַ מָקוֹם לִתְפִלָּתוֹ, אֲבָל הַמְכַוֵּין תָּמִיד בְּלִבּוֹ הֲרֵי זֶה חָשׁוּב קוֹבֵעַ מָקוֹם לִתְפִלָּתוֹ , וְזֶה אֱ-לֹהֵי אַבְרָהָם בְּעֶזְרוֹ כִּי אַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה קָבַע מָקוֹם לִתְפִלָּתוֹ בְּלִבּוֹ תָּמִיד, דִּכְתִיב (בְּרֵאשִׁית יט, כז) אֶל הַמָּקוֹם אֲשֶׁר עָמַד שָׁם אֶת פְּנֵי ה', אֵיזֶהוּ מָקוֹם שֶׁהוּא גָּלוּי לִפְנֵי ה' לְבַדּוֹ, זֶה הַלֵּב, מַה שֶׁאֵין כֵּן הַפֶּה הוּא לִפְנֵי אֲחֵרִים גַּם כֵּן. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד מְקוֹם רָאשֵׁי תֵּיבוֹת מ עָשָׂה ק ול וּמִ חֲשָׁבָהּ, וּבָאָה הַמַּחֲשָׁבָה בְּתוֹסֶפֶת וָא"ו לִכְלֹול עִמָּהּ הַכַּוָּנָה, כִּי הַמַּחֲשָׁבָה בַּמּוֹחַ וְהַכַּוָּנָה בַּלֵּב, וְהֵם כַּחֲדָא נָפְקִין וְכַחֲדָא שַׁרְיָין כַּנּוֹדָע, וְהַתְּפִלָּה הִיא קוֹל, אַךְ צְרִיכָה לִהְיוֹת שְׁלֵימָה בְּמַעֲשֶׂה שֶׁיֵּחָתֵךְ הָאוֹתִיּוֹת בִּשְׂפָתָיו, וְאָמְרִינַן בַּגְּמָרָא בְּעֵדִים זוֹמְמִין עֲקִימַת שְׂפָתַיִם הָוְיָא מַעֲשֶׂה, וְגַם צְרִיכָה לִהְיוֹת שְׁלֵימָה בְּכַוָּנָה וּמַחְשָׁבָה, וְהָאָבוֹת זיע"א עָבְדוּ אֶת ה' עֲבוֹדָה תַּמָּה בְּמַעֲשֶׂה וְקוֹל וְכַוָּנָה וּמַחְשָׁבָה, וְלִהְיוֹת שֶׁאַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה הָיָה הוּא רִאשׁוֹן בַּעֲבוֹדַת הַקֹּודֶשׁ הַשְּׁלֵימָה הַזֹּאת נִתְפָּרְשָׁה בּוֹ הַשְּׁלֵימוּת הַזֹּאת בַּפָּסוּק אֶל הַמָּקוֹם אֲשֶׁר עָמַד שָׁם אֶת פְּנֵי ה', נִרְמַז בְּתֵיבַת מָקוֹם שְׁלֵימוֹת הַנִּזְכָּר שֶׁהוּא רָאשֵׁי תֵּיבוֹת מַעֲשֶׂה קוֹל וּמַחְשָׁבָה כִּי הַוָּא"ו לְרַבּוֹת כַּוָּנָה כָּאָמוּר, וְאָמַר אֶת פְּנֵי ה' רֶמֶז לְאוֹתִיּוֹת שֶׁאַחֲרֵי שֵׁם הֲוָיָ"ה שֶׁהֵם כוז"ו מִסְפָּרָם ט"ל [39] כְּמִנְיַן ג' פְּעָמִים אַהֲבָה [13] , שֶׁהָיָה לָהֶם אַהֲבָה בְּמַעֲשֵׂה אַהֲבָה 'בְּקוֹל אַהֲבָה בְּכַוָּנָה וּמַחְשָׁבָה'. אוֹ נִרְאֶה לִי בס"ד אוֹמְרוֹ קוֹבֵעַ מָקוֹם לִתְפִלָּתוֹ כְּלוֹמַר מְכַוֵּין תָּמִיד כְּנֶגֶד יְרוּשָׁלַיִם וּבֵית הַמִּקְדָּשׁ וּבֵית קוֹדֶשׁ הַקֳּדָשִׁים שֶׁנֶּאֱמַר (שִׁיר הַשִּׁירִים ד' ד') בָּנוּי לְתַלְפִּיּוֹת, תֵּל שֶׁכָּל פִּיּוֹת פּוֹנִים בּוֹ כִּי שָׁם שַׁעַר הַשָּׁמַיִם לַעֲלִיַּית הַתְּפִילּוֹת. אוֹ נִרְאֶה לִי בס"ד מָקוֹם מ"ו ק"ם רֶמֶז לִיסוֹדוֹת אַבָּא וְאִמָּא שֶׁהֵם מ"ו מִילּוּי הוי"ה דיודי"ן, וק"ם מִלּוּי אהי"ה דיודי"ן, כְּמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּבֵיאוּר הַמִּשְׁנָה (אָבוֹת פֶּרֶק ג, יח) חֲבִיבִין יִשְׂרָאֵל שֶׁנִּקְרְאוּ בָּנִים לַמָּקוֹם, יְעֻוייַּן שָׁם, גַּם כָּתַב עוֹד בְּבֵיאוּר מַאֲמַר ר' אֱלִיעֶזֶר לְתַלְמִידָיו לִפְנֵי מִי אַתֶּם מִתְפַּלְּלִין, רְצוֹנוֹ לוֹמַר לְהַמְשִׁיךְ מוֹחִין גַּם מִצַּד אַבָּא וְלֹא יַסְפִּיק מִצַּד אִימָּא בִּלְבַד, וְזֶהוּ לִפְנֵי מִי, כִּי אַבָּא הוּא יוֹתֵר לִפְנִים מִן אִימָּא הַנִּקְרֵאת מִי, עַד כָּאן דְּבָרָיו זַ"ל, גַּם יָדוּעַ בְּכַוָּנַת הָעֲמִידָה אֱ-לֹהֵי אַבְרָהָם, חָכְמָה, אֱ-לֹהֵי יִצְחָק, בִּינָה, וֵא-לֹהֵי יַעֲקֹב, דַּעַת, וְזֶה שֶׁאָמַר כָּל הַקּוֹבֵעַ מָקוֹם לִתְפִלָּתוֹ מ"ו ק"ם לְהַמְשִׁיךְ מוֹחִין מִן חָכְמָה וּבִינָה וְלֹא יַסְפִּיק מִשֶּׁל בִּינָה בִּלְבַד, אָז אֱ-לֹהֵי אַבְרָהָם חָכְמָה שֶׁהוּא סוֹד אַבָּא יִהְיֶה בְּעֶזְרוֹ. וְנִרְאֶה לִי בס"ד אוֹמְרוֹ כָּל הַקּוֹבֵעַ בָּא לְרַבּוֹת בְּתֵיבַת כֹּל אֲפִילּוּ מִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ מָקוֹם מְשֻׁובָּח בְּבֵית הַכְּנֶסֶת שֶׁהוּא מְקוֹם גְּדוֹלִים, וְאִם כֵּן בְּלָאו הָכִי יֵשׁ לוֹ הִשְׁתּוֹקְקוּת וְרָצוֹן לְמָקוֹם זֶה בִּשְׁבִיל מַעֲלָה וַחֲשִׁיבוּת, עִם כָּל זֶה הֲרֵי זֶה מְשֻׁובָּח, וְיֵשׁ לוֹ שָׂכָר טוֹב שֶׁאֱ-לֹהַי אַבְרָהָם בְּעֶזְרוֹ, אִי נָמֵי בָּא לְרַבּוֹת אֲפִילּוּ שֶׁהוּא שְׁלִיחַ צִיבּוּר שֶׁמֻּושְׂכָּר לַעֲמֹוד לִפְנֵי הַתֵּיבָה בַּמָּקוֹם הַמְיֻוחָד לִשְׁלִיחַ צִיבּוּר, אֲפִילּוּ הָכֵי יֵשׁ לוֹ שָׂכָר עַל הַקְּבִיעוּת דֶּאֱ-לֹהַי אַבְרָהָם בְּעֶזְרוֹ.
« Quiconque fixe un lieu pour sa prière, le D.ieu d'Abraham sera à son secours. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le lieu propre à la prière est le cœur. Or il y a un homme qui tantôt dirige son intention et tantôt ne la dirige pas : celui-là ne fixe pas de lieu à sa prière ; mais celui qui dirige toujours son intention dans son cœur, celui-là est tenu pour avoir fixé un lieu à sa prière. Et c'est le sens de « le D.ieu d'Abraham est à son secours », car Abraham notre père, la paix soit sur lui, a fixé pour sa prière un lieu dans son cœur, en tout temps, ainsi qu'il est écrit (Genèse 19, 27) « vers le lieu où il s'était tenu devant ה' » : quel est le lieu qui n'est découvert que devant ה' seul ? C'est le cœur, tandis que la bouche est aussi devant autrui. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que makom (lieu) est l'acrostiche de maasse (acte), kol (voix) et ma'hchava (pensée) ; la pensée vient avec un vav supplémentaire pour inclure avec elle la kavana, car la pensée est dans le cerveau et la kavana dans le cœur, et elles sortent comme une seule et demeurent comme une seule, comme on le sait. La prière est une voix, mais elle doit être complète quant à l'acte, en ce qu'il articule les lettres de ses lèvres — et nous disons dans la guemara, à propos des témoins zomemim, que le mouvement des lèvres constitue un acte —, et elle doit aussi être complète par la kavana et la pensée. Les Patriarches, que leur mérite nous protège, ont servi ה' d'un service accompli : par l'acte, la voix, la kavana et la pensée. Et parce qu'Abraham notre père, la paix soit sur lui, fut le premier dans ce service saint et accompli, cette plénitude a été explicitée à son sujet dans le verset « vers le lieu où il s'était tenu devant ה' » : le mot makom fait allusion à la plénitude mentionnée, acrostiche de maasse, kol et ma'hchava, le vav venant inclure la kavana comme il a été dit. Et « devant ה' » fait allusion aux lettres qui suivent celles du Nom Havaya, soit kouzou, dont le compte est 39, comme trois fois ahava (amour) [13] : ils avaient l'amour dans l'acte, l'amour dans la voix, l'amour dans la kavana et la pensée. Ou bien il me semble, avec l'aide du Ciel, que « fixe un lieu pour sa prière » veut dire qu'il se dirige toujours vers Jérusalem, le Temple et le Saint des saints, ainsi qu'il est dit (Cantique 4, 4) « bâti le-talpiot », la butte vers laquelle toutes les bouches se tournent, car c'est là la porte du ciel pour la montée des prières. Ou bien il me semble, avec l'aide du Ciel, que makom se lit mem-vav et kouf-mem, allusion aux yessodot d'Abba et d'Imma, mem-vav étant le remplissage du Nom Havaya avec des youdin et kouf-mem le remplissage du Nom Ekyeh avec des youdin, ainsi que l'a écrit notre maître le Ari zal en expliquant la michna (Avot 3, 18) « aimés sont Israël, qui sont appelés fils du Makom », vois-le là-bas. Il a écrit encore, en expliquant la parole de Rabbi Eliezer à ses disciples « devant Qui priez-vous ? », qu'il voulait dire : attirer les mo'hin aussi du côté d'Abba, sans se contenter du côté d'Imma seule ; c'est le sens de « devant Qui », car Abba est plus intérieur qu'Imma, appelée mi. Fin de ses paroles. On sait aussi, dans les kavanot de la Amida : « D.ieu d'Abraham », la 'hokhma ; « D.ieu d'Its'hak », la bina ; « et D.ieu de Yaakov », la daat. C'est ce qui est dit : quiconque fixe un lieu, mem-vav kouf-mem, pour sa prière, afin d'attirer les mo'hin de la 'hokhma et de la bina et de ne pas se contenter de ceux de la bina seule, alors le D.ieu d'Abraham, qui est la 'hokhma, sod d'Abba, sera à son secours. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que « quiconque fixe » vient inclure, par le mot « quiconque », même celui qui a une place honorable à la synagogue, la place des grands, et qui de toute façon désire cette place pour son rang et son importance : malgré cela, il est louable et a bonne récompense, car le D.ieu d'Abraham est à son secours. Ou bien cela vient inclure même le chalia'h tsibbour, engagé pour se tenir devant la teva à la place réservée au chalia'h tsibbour : même ainsi il a un salaire pour cette fixité, car le D.ieu d'Abraham est à son secours.
💡 Explication

Début d'une série d'enseignements de Rabbi Helbo au nom de Rav Houna, qui va scander tout le reste du folio. Le premier porte sur le makom kavoua, le lieu fixé de la prière.

Rachi lit la formule de façon serrée : « le D.ieu d'Abraham » parce qu'Abraham lui-même fixait un lieu, et « est à son secours » de la même manière qu'Il secourait Abraham. La preuve scripturaire viendra au segment 7.

7
וּכְשֶׁמֵּת, אוֹמְרִים לוֹ: ״אִי עָנָיו, אִי חָסִיד, מִתַּלְמִידָיו שֶׁל אַבְרָהָם אָבִינוּ״.

Et quand il meurt, on dit de lui : « Où est l'humble, où est le pieux, des disciples d'Abraham notre père ! »

🪔 Ben Yehoyada (1)
אִי חָסִיד, אִי עָנוּ. מַקְשִׁים עֲנָוָה מָאן דְּכַר שְׁמֵיהּ הָכָא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי בְּבֵית הַכְּנֶסֶת אֵין כָּל הַמְּקוֹמוֹת שָׁוִים, יֵשׁ מָקוֹם גְּדוֹלִים וְיֵשׁ מָקוֹם קְטַנִּים, וְיֵשׁ מָקוֹם פְּחוּתִים וַעֲנִיִּים וְיֵשׁ מָקוֹם בֵּינוֹנִים, וְיֵשׁ מָקוֹם יְלָדִים וּבַחוּרִים, וְהָא וַדַּאי הַיְלָדִים אַחַר שֶׁיִּגְדְּלוּ יַחֲלִיפוּ מְקוֹמָם, וְכֵן דַּלִּים וַעֲנִיִּים אַחַר שֶׁיִּתְעַשְּׁרוּ יַחֲלִיפוּ מְקוֹמָם, וְזֶה הַקּוֹבֵעַ מָקוֹם רְבוּתָא דִּידֵיהּ כִּי בְּמָקוֹם שֶׁיָּשַׁב בְּיַלְדוּתוֹ אוֹ בִּהְיוֹתוֹ רָשׁ שָׁם הוּא יוֹשֵׁב כָּל יָמָיו אֲפִילּוּ אַחַר שֶׁנִּתְגַּדֵּל וְנִתְעַשֵּׁר, וְנִמְצָא כִּי בְּדָבָר זֶה יֵשׁ בּוֹ מִדַּת עֲנָוָה גַּם כֵּן שֶׁאֵינוֹ חָשׁ עַל כְּבוֹדוֹ.
« Où est le pieux, où est l'humble ! » On demande : l'humilité, qui en a parlé ici ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'à la synagogue toutes les places ne sont pas égales : il y a la place des grands et la place des petits, la place des gens de peu et des pauvres et la place des gens moyens, la place des enfants et des jeunes gens. Or il est certain que les enfants, une fois grandis, changeront de place, et de même les indigents et les pauvres, une fois enrichis, changeront de place. Celui qui fixe sa place, sa force est précisément là : la place où il s'est assis dans son enfance, ou lorsqu'il était pauvre, c'est là qu'il s'assied tous ses jours, même après avoir grandi et s'être enrichi. Il se trouve donc qu'il y a en cela la mesure de l'humilité également, puisqu'il ne se soucie pas de son honneur.
💡 Explication

La formule d'éloge ajoute deux qualités que le fait de fixer un lieu ne comporte pas de soi : l'humilité (anava) et la piété (hassidout). Le Ben Ich Haï explique justement d'où vient l'humilité : garder la même place quand on s'est enrichi ou qu'on a grandi en rang.

8
וְאַבְרָהָם אָבִינוּ מְנָא לַן דִּקְבַע מָקוֹם? דִּכְתִיב: ״וַיַּשְׁכֵּם אַבְרָהָם בַּבֹּקֶר אֶל הַמָּקוֹם אֲשֶׁר עָמַד שָׁם״, וְאֵין ״עֲמִידָה״ אֶלָּא תְּפִלָּה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיַּעֲמֵד פִּינְחָס וַיְפַלֵּל״.

Et Abraham notre père, d'où savons-nous qu'il a fixé un lieu ? De ce qu'il est écrit : « Abraham se leva de bon matin vers le lieu où il s'était tenu » (Genèse 19, 27) ; et « se tenir » n'est autre que la prière, ainsi qu'il est dit : « Pinhas se tint debout et pria » (Ps.

106, 30).

💡 Explication

La preuve se fait en deux temps. Le verset de la Genèse fournit le mot makom (lieu) ; il reste à montrer que « se tenir » y désigne la prière, ce qu'établit le verset de Pinhas, où le même verbe est suivi de « et il pria ». C'est une lecture par rapprochement de vocabulaire, courante pour établir le sens d'un terme biblique.

9
אָמַר רַבִּי חֶלְבּוֹ, אָמַר רַב הוּנָא: הַיּוֹצֵא מִבֵּית הַכְּנֶסֶת אַל יַפְסִיעַ פְּסִיעָה גַסָּה. אָמַר אַבַּיֵּי: לָא אֲמָרָן, אֶלָּא לְמִיפַּק. אֲבָל לְמֵיעַל — מִצְוָה לְמִרְהַט, שֶׁנֶּאֱמַר: ״נִרְדְּפָה לָדַעַת אֶת ה׳״.

Rabbi Helbo a dit au nom de Rav Houna : celui qui sort de la synagogue ne doit pas faire de grandes enjambées. Abaye a dit : nous n'avons dit cela que pour la sortie ; mais pour l'entrée, c'est une mitsva de courir, ainsi qu'il est dit : « Poursuivons pour connaître ה' » (Osée 6, 3).

📜 Rachi (2)
אַל יַפְסִיעַ פְּסִיעָה גַסָּה לְפִי שֶׁמַּרְאֶה בְּעַצְמוֹ שֶׁעִכּוּב בֵּית הַכְּנֶסֶת דּוֹמֶה עָלָיו כְּמַשּׂוֹי:
Qu'il ne fasse pas de grandes enjambées — parce qu'il montre par là que le séjour à la synagogue lui pèse comme un fardeau.
נִרְדְּפָה לְשׁוֹן מְרֻוצֶּה מַשְׁמַע שֶׁהָרוֹדֵף רָץ:
Poursuivons — c'est un terme de course : il en ressort que celui qui poursuit court.
💡 Explication

Deuxième enseignement de Rabbi Helbo au nom de Rav Houna. La raison donnée par Rachi est celle de l'apparence : de grandes enjambées à la sortie montrent que le séjour à la synagogue pesait comme un fardeau.

Abaye restreint la règle à la sortie et retourne la chose pour l'entrée : le verset d'Osée emploie un verbe de course, donc il y a là une mitsva.

10
אָמַר רַבִּי זֵירָא: מֵרֵישׁ כִּי הֲוָה חֲזֵינָא לְהוּ לְרַבָּנַן דְּקָא רָהֲטִי לְפִרְקָא בְּשַׁבְּתָא, אָמֵינָא: ״קָא מְחַלַּייִן רַבָּנַן שַׁבְתָּא״. כֵּיוָן דִּשְׁמַעְנָא לְהָא דְּרַבִּי תַּנְחוּם אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: לְעוֹלָם יָרוּץ אָדָם לִדְבַר הֲלָכָה וַאֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אַחֲרֵי ה׳ יֵלְכוּ כְּאַרְיֵה יִשְׁאָג״ וְגוֹ׳, אֲנָא נַמֵּי רְהִיטְנָא.

Rabbi Zera a dit : au début, quand je voyais les maîtres courir à la deracha le chabbat, je me disais : les maîtres profanent le chabbat. Depuis que j'ai entendu ce que Rabbi Tanhoum a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi — un homme doit toujours courir pour une affaire de halakha, et même le chabbat, ainsi qu'il est dit : « Ils marcheront derrière ה', qui rugira comme un lion » etc.

(Osée 11, 10) —, moi aussi je cours.

📜 Rachi (2)
לְפִרְקָא לִשְׁמֹועַ הַדְּרָשָׁה:
À la deracha — pour entendre l'exposé.
מְחַלְּייָן רַבָּנָן שַׁבְּתָא דְּאָמַר מַר (שַׁבָּת ד' קיג:) אָסוּר לִפְסֹועַ פְּסִיעָה גַּסָּה בְּשַׁבָּת שֶׁנֶּאֱמַר אִם תָּשִׁיב מִשַּׁבָּת רַגְלֶךָ:
Les maîtres profanent le chabbat — car le maître a dit (Chabbat 113b) qu'il est interdit de faire de grandes enjambées le chabbat, ainsi qu'il est dit : « si tu retiens ton pied à cause du chabbat ».
💡 Explication

Rabbi Zera raconte son propre changement d'avis. Son objection initiale s'appuyait sur l'interdit rapporté dans Chabbat 113b, tiré du verset d'Isaie « si tu retiens ton pied à cause du chabbat » : on ne fait pas de grandes enjambées le chabbat.

L'enseignement de Rabbi Yehochoua ben Levi écarte cet interdit pour un davar halakha. Le verset d'Osée compare la marche derrière ה' à la fuite devant un lion qui rugit, c'est-à-dire à une course.

11
אָמַר רַבִּי זֵירָא: אַגְרָא דְּפִרְקָא — רָהֲטָא.

Rabbi Zera a dit : le salaire de la deracha, c'est la course.

📜 Rachi (1)
אַגְרָא דְּפִרְקָא עִיקַּר קִבּוּל שְׂכַר הַבְּרִיּוֹת הָרָצִים לִשְׁמֹועַ דְּרָשָׁה מִפִּי חָכָם הִיא שְׂכַר הַמְּרוּצָה שֶׁהֲרֵי רֻובָּם אֵינָם מְבִינִים לְהַעֲמִיד גִּרְסָא וְלוֹמַר שְׁמוּעָה מִפִּי רַבָּן לְאַחַר זְמַן שֶׁיְּקַבְּלוּ שְׂכַר לִמּוּד:
Le salaire de la deracha — l'essentiel du salaire que reçoivent les gens qui courent entendre l'exposé de la bouche du sage, c'est le salaire de la course ; car la plupart d'entre eux ne comprennent pas assez pour retenir le texte appris et redire l'enseignement au nom de leur maître plus tard, en sorte qu'ils recevraient le salaire de l'étude.
💡 Explication

Le mot agra signifie le salaire. La série qui commence ici, et qui va tenir sept segments, déplace chaque fois le salaire de la chose elle-même vers l'effort qui l'accompagne.

Rachi donne la raison : la plupart de ceux qui accourent ne retiendront pas assez de l'exposé pour le redire au nom de leur maître, et ne toucheront donc pas le salaire de l'étude ; leur salaire porte sur l'élan qui les y a menés.

12
אָמַר אַבַּיֵּי: אַגְרָא דְּכַלָּה — דֻּוחְקָא.

Abaye a dit : le salaire de la kalla, c'est la bousculade.

📜 Rachi (1)
אַגְרָא דְּכַלָּה שַׁבָּת שֶׁלִּפְנֵי הָרֶגֶל שֶׁהַכֹּל נֶאֱסָפִין לִשְׁמֹועַ הִלְכוֹת הָרֶגֶל:
Le salaire de la kalla — le chabbat qui précède la fête, où tous se rassemblent pour entendre les lois de la fête.
💡 Explication

La kalla est, selon Rachi, le chabbat qui précède la fête, où tous se rassemblent pour entendre les lois de la fête. La foule y rend l'étude difficile, et c'est précisément la peine de la presse qui porte le salaire.

13
אָמַר רָבָא: אַגְרָא דִּשְׁמַעְתָּא — סְבָרָא.

Rava a dit : le salaire de la chemaata, c'est le raisonnement (sevara).

📜 Rachi (1)
אַגְרָא דִּשְׁמַעְתָּא סְבָרָא שֶׁהוּא יָגֵעַ וְטוֹרֵחַ וּמְחַשֵּׁב לְהָבִין טַעְמוֹ שֶׁל דָּבָר:
Le salaire de la chemaata, c'est la sevara — car il peine, se donne du mal et réfléchit pour comprendre la raison de la chose.
💡 Explication

La chemaata est la tradition halakhique reçue des amoraim. Rava enseigne que le salaire ne porte pas sur la conclusion retenue mais sur la sevara, le travail de raisonnement qui y conduit.

Rachi insiste sur les trois verbes : il peine, il se donne du mal, il réfléchit pour comprendre la raison de la chose.

14
אָמַר רַב פָּפָּא: אַגְרָא דְּבֵי טַמְיָא — שְׁתִיקוּתָא.

Rav Papa a dit : le salaire de la maison de deuil, c'est le silence.

💡 Explication

Seul enseignement de la série que Rachi ne commente pas. Ceux qui viennent consoler ne se voient pas créditer de leurs paroles, mais de leur silence, qui est la manière juste de se tenir auprès d'un endeuillé.

15
אָמַר מַר זוּטְרָא: אַגְרָא דְּתַעֲנִיתָא — צְדָקְתָּא.

Mar Zoutra a dit : le salaire du jeûne, c'est la tsedaka.

📜 Rachi (1)
אַגְרָא דְּתַעֲנִיתָא צְדָקְתָּא שֶׁנּוֹתְנִין צְדָקָה לָעֶרֶב לְפַרְנָסַת הָעֲנִיִּים שֶׁהִתְעַנּוּ הַיּוֹם:
Le salaire du jeûne, c'est la tsedaka — car on donne la tsedaka le soir pour la subsistance des pauvres qui ont jeûné ce jour-là.
💡 Explication

La privation de nourriture, prise seule, ne fait pas le salaire du jeûne. Rachi rappelle l'usage : on donne le soir la valeur du repas non pris pour la subsistance des pauvres qui ont jeûné ce jour-là. Le fond est celui du chapitre 58 d'Isaie, qui définit le jeûne agréé par le partage du pain avec l'affamé.

16
אָמַר רַב שֵׁשֶׁת: אַגְרָא דְּהַסָּפְדָא — דִּלְוַיי.

Rav Chechet a dit : le salaire de l'oraison funèbre, c'est l'élévation de la voix.

📜 Rachi (1)
דְּלוּיֵי לְהָרִים קוֹל בִּלְשׁוֹן נְהִי וְעָגְמַת נֶפֶשׁ שֶׁיִּבְכּוּ הַשּׁוֹמְעִים:
L'élévation de la voix — élever la voix sur un ton de lamentation et d'affliction, en sorte que ceux qui écoutent pleurent.
💡 Explication

Le salaire de celui qui prononce le hesped ne porte pas sur la qualité de son propos mais sur son effet : élever la voix sur un ton de lamentation en sorte que l'assistance pleure, ce qui augmente le deuil porté au défunt.

17
אָמַר רַב אַשִּׁי: אַגְרָא דְּבֵי הִלּוּלֵי — מִילֵּי.

Rav Achi a dit : le salaire de la maison de noces, ce sont les paroles.

📜 Rachi (1)
מִילֵּי לְשַׂמֵּחַ הֶחָתָן בִּדְבָרִים:
Les paroles — réjouir le marié par des paroles.
💡 Explication

Dernière sentence de la série, et charnière du folio : le salaire de la présence à une noce porte sur les paroles adressées aux mariés. Cette obligation de réjouir par des paroles sera reprise et fondée sur un verset au segment 28.

18
אָמַר רַב הוּנָא: כָּל הַמִּתְפַּלֵּל אֲחוֹרֵי בֵּית הַכְּנֶסֶת נִקְרָא ״רָשָׁע״, שֶׁנֶּאֱמַר: ״סְבִיב רְשָׁעִים יִתְהַלָּכוּן״.

Rav Houna a dit : quiconque prie derrière la synagogue est appelé « racha » (mécréant), ainsi qu'il est dit : « Les mécréants rôdent alentour » (Ps. 12, 9).

📜 Rachi (1)
אֲחוֹרֵי בֵּית הַכְּנֶסֶת כָּל פִּתְחֵי בֵּית הַכְּנֶסֶת הָיוּ בַּמִּזְרָח וְהָכִי תַּנְיָא בַּתּוֹסֶפְתָּא דִּמְגִילָּה (פֶּרֶק ג) מֵעֵין מִקְדָּשׁ וּמִשְׁכָּן פְּנֵיהֶם לַמַּעֲרָב וַאֲחוֹרֵיהֶם לַמִּזְרָח וְהַמִּתְפַּלֵּל אֲחוֹרֵי בֵּית הַכְּנֶסֶת וְאֵינוֹ מַחֲזִיר פָּנָיו לְבֵית הַכְּנֶסֶת נִרְאֶה כְּכוֹפֵר בְּמִי שֶׁהַצִּבּוּר מִתְפַּלְּלִין לְפָנָיו וְהָא דְּרַב הוּנָא מוּקֵי לָהּ לְאַבַּיֵּי בִּדְלָא מַהְדַּר אַפֵּיהּ לְבֵי כְּנִישְׁתָּא:
Derrière la synagogue — toutes les portes des synagogues étaient à l'est, et ainsi est-il enseigné dans la Tossefta de Meguila (chapitre 3) : à l'image du Temple et du Tabernacle, leurs visages vers l'ouest et leur dos vers l'est. Celui qui prie derrière la synagogue et ne tourne pas son visage vers la synagogue paraît renier Celui devant qui la communauté prie. Et cet enseignement de Rav Houna, Abaye l'établit dans le cas où il ne tourne pas son visage vers la synagogue.
🗂️ Tossefot (1)
אֲחוֹרֵי בֵּית הַכְּנֶסֶת פֵּי' רַשִׁ"י כָּל פִּתְחֵי בָּתֵּי כְּנֵסִיּוֹת הָיוּ לַמִּזְרָח וַאֲחוֹרֵיהֶם לַמַּעֲרָב וְזֶה הַמִּתְפַּלֵּל אֲחוֹרֵי בֵּית הַכְּנֶסֶת וְאֵינוֹ מַחֲזִיר פָּנָיו לבהכ"נ נִרְאֶה כְּכוֹפֵר בְּמִי שֶׁהַצִּבּוּר מִתְפַּלְּלִין לְפָנָיו. וְלָא נְהִירָא דְּאַדְּרַבָּה בְּמַהְדַּר אַפֵּיהּ לְבֵית הַכְּנֶסֶת מִיחְזֵי כִּשְׁתֵּי רְשׁוּיוֹת שֶׁהַקָּהָל מִתְפַּלְּלִין לַמַּעֲרָב וְהוּא מִתְפַּלֵּל כְּנֶגְדָּם לַמִּזְרָח. ע"כ נִרְאֶה אֲחוֹרֵי בהכ"נ מִי שֶׁהוּא אֲחוֹרֵי הָעָם בַּמִּזְרָח וְהָעָם מִשְׁתַּחֲוִים לַמַּעֲרָב וּלְהָכִי קָאָמַר וְלָא מְהַדַּר אַפֵּיהּ כו'. וְדַוְקָא הֵם שֶׁהָיָה מִנְהָגָם לְהִתְפַּלֵּל לַמַּעֲרָב. אֲבָל אָנוּ מִתְפַּלְּלִים לַמִּזְרָח שֶׁאָנוּ בְּמַעֲרָבוֹ שֶׁל א"י וּכְתִיב וְהִתְפַּלְלוּ אֵלֶיךָ דֶּרֶךְ אַרְצָם (מ"א ח) וְנִרְאֶה כְּמוֹ שֶׁפֵּי' לָהֶם לְצַד מַעֲרָב יִתְפָּרֵשׁ לָנוּ לְצַד מִזְרָח:
Derrière la synagogue — Rachi a expliqué : toutes les portes des synagogues étaient à l'est et leur dos à l'ouest, et celui qui prie derrière la synagogue sans tourner son visage vers elle paraît renier Celui devant qui la communauté prie. Cela ne paraît pas juste, car au contraire, en tournant son visage vers la synagogue il a l'apparence de deux domaines, la communauté priant vers l'ouest et lui priant face à elle vers l'est. Il paraît donc que « derrière la synagogue » désigne celui qui se tient derrière le peuple, à l'est, tandis que le peuple se prosterne vers l'ouest ; c'est pourquoi il est dit « et il ne tourne pas son visage » etc. Et cela ne vaut que pour eux, dont l'usage était de prier vers l'ouest ; mais nous, nous prions vers l'est, car nous sommes à l'ouest d'Erets Israël, et il est écrit : « ils prieront vers Toi en direction de leur pays » (I Rois 8). Ce qu'il a expliqué pour eux du côté de l'ouest s'expliquera pour nous du côté de l'est.
💡 Explication

Nouvelle unité, qui revient à la déférence due à la synagogue. Rachi fournit la donnée architecturale sans laquelle l'enseignement est incompréhensible : les portes étaient à l'est et la communauté priait vers l'ouest, à l'image du Tabernacle. Celui qui se tient derrière le bâtiment et prie vers l'est tourne donc le dos à la direction commune, ce qui donne l'apparence d'un reniement.

Tossefot conteste cette lecture : selon lui, se tourner vers la synagogue serait pire encore, car cela donnerait l'apparence de deux domaines, deux directions de culte opposées. Il redéfinit donc « derrière la synagogue » comme « derrière le peuple », et note que chez nous, situés à l'ouest d'Erets Israël, les directions sont inversées.

🖼️ Schéma
Prier derrière la synagogue : Rachi et Tossefot Les deux lectures situent l'homme au même endroit, mais ne désignent pas la même faute. Rachi Portes à l'est, la communauté tournée vers l'ouest Synagogue la communauté prie vers l'ouest ouest est l'homme Il prie dos à la synagogue, tourné vers l'est. Il paraît renier Celui devant qui la communauté prie. Se tourner vers la synagogue corrige la faute (Abaye). Tossefot Se tourner vers la synagogue serait pire Le peuple se prosterne vers l'ouest l'homme Derrière la synagogue veut dire derrière le peuple. Lui faire face donnerait l'air de deux domaines. Chez nous, à l'ouest d'Erets Israël, tout se retourne : on prie vers l'est.
Les deux lectures de derrière la synagogue : Rachi vise celui qui tourne le dos à la direction commune, Tossefot celui qui se place derrière le peuple.
19
אָמַר אַבַּיֵּי: לָא אֲמַרַן אֶלָּא דְּלָא מַהְדַּר אַפֵּיהּ לְבֵי כְּנִישְׁתָּא, אֲבָל מַהְדַּר אַפֵּיהּ לְבֵי כְּנִישְׁתָּא — לֵית לַן בַּהּ.

Abaye a dit : nous n'avons dit cela que lorsqu'il ne tourne pas son visage vers la synagogue ; mais s'il tourne son visage vers la synagogue, il n'y a rien là à redire.

💡 Explication

Abaye restreint la sentence de Rav Houna au seul cas où l'homme tourne le dos à la synagogue. Cette restriction est déjà supposée par Rachi dans le segment précédent, et c'est précisément elle que Tossefot juge intenable dans son propre cadre.

20
הַהוּא גַּבְרָא דְּקָא מְצַלֵּי אֲחוֹרֵי בֵּי כְּנִישְׁתָּא, וְלָא מַהְדַּר אַפֵּיהּ לְבֵי כְּנִישְׁתָּא. חֵלֶף אֵלִיָּהוּ. חַזְיֵיהּ, אִידְּמִי לֵיהּ כְּטַיָּיעָא, אֲמַר לֵיהּ: כְּדוּ בָּר קָיְימַתְּ קַמֵּי מָרָךְ?! שָׁלַף סַפְסֵרָא וְקַטְלֵיהּ.

Un certain homme priait derrière la synagogue et ne tournait pas son visage vers la synagogue. Élie passa, le vit, lui apparut sous les traits d'un marchand arabe (tayaa) et lui dit : « Est-ce ainsi (kadou bar) que tu te tiens devant ton Maître ? » Il tira son épée et le tua.

📜 Rachi (2)
חָלַף הַהוּא טַיָּיעָא סוֹחֵר עַרְבִי:
Un certain tayaa passa — un marchand arabe.
כַּדּוֹ בַּר כַּדּוֹ שָׁתֵי בַּר רְשׁוּת כִּי הַאי דְּאָמְרִינַן בְּסֻוכָּה (ד' מה:) הָא דְּעָיְילִי בְּבַר:
Kadou bar — kadou signifie « deux » et bar signifie « domaine », comme dans ce que nous disons dans Souka (45b) : « ceux qui entrent be-bar ».
🪔 Ben Yehoyada (2)
חָלַף אֵלִיָּהוּ, אִידְּמִי לֵיהּ כְּטַיָּעָא. הִנֵּה בַּתַּלְמוּד כְּתָב יָד אֲשֶׁר הֶעְתִּיק בְּסֵפֶר תִּיקּוּן סוֹפְרִים לָא גָּרֵיס 'אֵלִיָּהוּ' אֶלָּא גָּרַס 'חֵלֶף הַהוּא טַיָּיעָא', וְכֵן הַגִּרְסָא בְּהָרִי"ף זַ"ל וְכָתַב מָהַרְשָׁ"א זַ"ל גָּרְסָה זוֹ שֶׁל הָרִי"ף נְכוֹנָה טְפֵי כִּי מִשּׁוּם שֶׁעָשָׂה כָּךְ אֵינוֹ דּוֹמֶה שֶׁחַיָּיב מִיתָה שֶׁיַּהַרְגֵהוּ אֵלִיָּהוּ, וְכָתַב שֶׁיֵּשׁ לְיַישֵּׁב גִּרְסָתֵינוּ דְּאִדְּמִי לֵיהּ קָאֵי עַל אוֹתוֹ שֶׁנִּדְמֶה לְאֵלִיָּהוּ כְּטַיָּיעָא שֶׁאֵינוֹ יִשְׂרָאֵל לְכָךְ הֲרָגוֹ עַד כָּאן דְּבָרָיו. וּדְבָרָיו אֵלּוּ קָשִׁים מְאֹד חֲדָא וְכִי זֶה הָעַרְבִי הוּא יִשְׂרָאֵל שֶׁצָּרִיךְ לְכַוֵּין הָרוּחוֹת כְּמִנְהַג יִשְׂרָאֵל, כְּדֵי שֶׁיִּהְיֶה נֶחְשָׁב עֲמִידָתוֹ אַחֲרֵי בֵּית הַכְּנֶסֶת שֶׁכּוֹפֵר בְּמִי שֶׁהַצִּיבּוּר מִתְפַּלְּלִין אֵלָיו, וַהֲלֹא נָכְרִי הוּא וְאֵינוֹ מִכְּלַל הַצִּיבּוּר וְאֵין זֶה מְקוֹם תְּפִלָּה שֶׁלּוֹ? וְעוֹד וַהֲלֹא בַּזְּמַן הַהוּא לֹא נַעֲשֵׂית עוֹד אֱמוּנָה חֲדָשָׁה שֶׁל הַיִּשְׁמְעֵאלִים וְהָיוּ הָעַרְבִיִּים עוֹבְדֵי עֲבוֹדָה זָרָה וְאֵיךְ יֹאמַר לוֹ קַמֵּי מָרָךְ? וְעוֹד זוֹ קַשָּׁא מִכֻּולָּם, אֵיךְ יִתָּכֵן שֶׁאֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב שֶׁהוּא מַלְאָךְ שָׁלוּחַ מִן הַשָּׁמַיִם לֹא יַבְחִין וְלֹא יָדַע בָּזֶה הָאִישׁ שֶׁטָּעָה בּוֹ וַחֲשָׁבוֹ עַרְבִי וְיַהַרְגֵהוּ וּבֶאֱמֶת הוּא יִשְׂרָאֵל וְשָׁפַךְ דַּם יִשְׂרָאֵל וּבְוַדַּאי דָּבָר זֶה לֹא נִיתַּן לְהֵאָמֵר? וְעַל הַקֻּושְׁיָא שֶׁיֵּשׁ בְּגִרְסָתֵינוּ לוֹמַר אֵיךְ הֲרָגוֹ, יֵשׁ לוֹמַר דְּאַף עַל גַּב דְּאֵינוֹ חַיָּיב מִיתָה בִּידֵי אָדָם חַייָּב מִיתָה בִּידֵי שָׁמַיִם שֶׁעָבַר עַל דִּבְרֵי חֲכָמִים שֶׁאָמְרוּ אָסוּר לְהִתְפַּלֵּל אַחֲרֵי בֵּית הַכְּנֶסֶת, וְהָעוֹבֵר עַל דִּבְרֵי חֲכָמִים חַייָּב מִיתָה בִּידֵי שָׁמַיִם, וּלְכָךְ אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב שֶׁהוּא מַלְאָךְ מִן הַשָּׁמַיִם הֲרָגוֹ בְּדִינֵי שָׁמַיִם, בְּרַם מַה שֶׁיֵּשׁ לְהַקְשׁוֹת בְּגִרְסָתֵינוּ הוּא לָמָּה אַדְּמֵי לֵיהּ כְּעַרְבִי? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּעָשָׂה כֵּן מִפְּנֵי הָרוֹאִין, דְּוַדַּאי הָיוּ עוֹמְדִין שָׁם בְּנֵי אָדָם וְרָאוּ שֶׁהָרְגוּ וְשָׁמְעוּ מִפִּיו הַטַּעַם עַל מָה הֲרָגוֹ, וְרָצָה בָּזֶה שֶׁהָרוֹאֶה יִתְפַּעֵל מִן הַדִּיבּוּר הַזֶּה לְהִזָּהֵר בּוֹ בְּיֹושֶׁר בִּרְאוֹתָם שֶׁאֲפִילּוּ בְּעֵינֵי נָכְרִים רַע וּמַר דָּבָר זֶה, שֶׁלְּפִי רְאוֹת עֵינֵיהֶם חָשְׁבוּ שֶׁהַהוֹרֵג וְהַמּוֹכִיחַ עַל זֹאת הוּא עַרְבִי. וְרַק חַכְמֵי הַדּוֹר יָדְעוּ אַחַר כָּךְ הָאֱמֶת שֶׁהָיָה אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב, כִּי הוּא שְׁכִיחַ בִּמְתִיבְתָּא דְּרַבָּנָן וְסִפֵּר לָהֶם כָּךְ וְכָךְ עָשִׂיתִי. וְדַע כִּי מַה שֶׁאָמַר הַמִּתְפַּלֵּל אַחֲרֵי בֵּית הַכְּנֶסֶת נִקְרָא רָשָׁע, כְּבָר פֵּירְשָׁהּ הָרַמְבַּ"ם זַ"ל וֶהֱבִיאוֹ בב"י א"ח סִי' צ' דְּזֶה אֵינוֹ אֶלָּא בְּבֵית הַכְּנֶסֶת הָעוֹמֵד בְּרָחְבָּהּ וּפָנוּי מִכָּל סְבִיבָיו, אֲבָל אִם יֵשׁ בַּיִת אַחֲרֵי בֵּית הַכְּנֶסֶת וְזֶה עוֹמֵד בַּבַּיִת וּמִתְפַּלֵּל כָּרָאוּי כְּנֶגֶד אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל אֵין בָּזֶה זִלְזוּל עַיֵּין שָׁם.
« Élie passa, il lui apparut sous les traits d'un tayaa. » Dans le Talmud manuscrit recopié dans le livre Tikoun Sofrim, la leçon ne porte pas « Élie » mais « un certain tayaa passa », et telle est aussi la leçon du Rif zal. Le Maharcha zal a écrit que cette leçon du Rif est plus juste, car pour un tel acte il ne semble pas qu'il soit passible de mort au point qu'Élie le tue ; et il a écrit qu'on peut défendre notre leçon en disant que « il lui apparut » se rapporte à celui qui apparut à Élie comme un tayaa, c'est-à-dire un non-Juif, et c'est pourquoi il le tua. Fin de ses paroles. Or ces paroles sont très difficiles. D'abord : cet Arabe est-il donc un Juif, pour qu'il ait à s'orienter selon l'usage d'Israël, en sorte que sa station derrière la synagogue soit comptée comme un reniement de Celui devant qui la communauté prie ? Il est un non-Juif, il n'est pas de la communauté, et ce n'est pas son lieu de prière. Ensuite : en ce temps-là la nouvelle croyance des Ismaélites n'existait pas encore et les Arabes étaient idolâtres ; comment lui dirait-il « devant ton Maître » ? Enfin, et c'est la plus forte des difficultés : comment concevoir qu'Élie, de mémoire bénie, qui est un ange envoyé du ciel, n'ait pas discerné et n'ait pas su, au sujet de cet homme, qu'il se trompait en le prenant pour un Arabe, et qu'il l'ait tué alors qu'il était en vérité un Juif, versant ainsi le sang d'un Juif ? Une telle chose, assurément, ne peut être dite. Quant à la difficulté que soulève notre leçon, à savoir comment il a pu le tuer, on peut répondre que même s'il n'est pas passible de mort par un tribunal humain, il est passible de mort par le Ciel, ayant transgressé la parole des sages qui ont interdit de prier derrière la synagogue, et celui qui transgresse la parole des sages est passible de mort par le Ciel ; c'est pourquoi Élie, de mémoire bénie, qui est un ange venu du ciel, l'a mis à mort par le jugement du Ciel. Mais ce qu'il reste à demander dans notre leçon, c'est pourquoi il lui est apparu comme un Arabe. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il a fait ainsi à cause de ceux qui voyaient : il y avait certainement là des gens qui se tenaient et qui ont vu qu'il l'avait tué, et qui ont entendu de sa bouche la raison pour laquelle il l'avait tué. Il a voulu par là que celui qui voit soit saisi par cette parole et y prenne garde comme il convient, en voyant que même aux yeux des non-Juifs cette chose est mauvaise et amère ; car selon ce que voyaient leurs yeux, ils pensaient que celui qui tuait et réprimandait sur ce point était un Arabe. Seuls les sages de la génération ont su ensuite la vérité, à savoir que c'était Élie de mémoire bénie, car il fréquente la maison d'étude des maîtres et leur a raconté : j'ai fait telle et telle chose. Sache encore que ce qui est dit, « celui qui prie derrière la synagogue est appelé racha », le Rambam zal l'a expliqué, et le Beit Yossef le rapporte dans Orah Haim chapitre 90, comme ne valant que pour une synagogue qui se tient sur une esplanade et dégagée de tous côtés ; mais s'il y a une maison derrière la synagogue et que cet homme se tient dans cette maison et prie comme il convient en direction d'Erets Israël, il n'y a là aucun mépris, vois-le là-bas.
כְּדוּ בָּר קָיְמַתְּ קַמֵּי מָרָךְ? הָא דְּנָקֵיט לָשׁוֹן זֶה וְלֹא אָמַר בְּפֵירוּשׁ שְׁתֵּי רְשׁוּיוֹת אוֹ בְּלָשׁוֹן אַחֵר, נִרְאֶה לִי בס"ד כִּי אוֹתִיּוֹת דִּבּוּר הֵם דּוּ בַּר , וְכָךְ אָמַר לוֹ זֶה הַדִּבּוּר שֶׁל הַתְּפִלָּה שֶׁאַתָּה מִתְפַּלֵּל אַתָּה עוֹשֶׂה בּוֹ ד"ו ב"ר מֵחֲמַת עֲמִידָתְךָ שֶׁאַתָּה עוֹמֵד אַחֲרֵי בֵּית הַכְּנֶסֶת:
« Kadou bar, est-ce ainsi que tu te tiens devant ton Maître ? » Qu'il ait employé cette expression, sans dire explicitement « deux domaines » ni une autre formule, il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est parce que les lettres du mot dibour (parole) sont dou bar. Il lui a donc dit : cette parole de la prière que tu pries, tu en fais « dou bar » à cause de ta station, puisque tu te tiens derrière la synagogue.
💡 Explication

Le récit vient donner sa gravité à l'interdit. Rachi décompose l'expression araméenne kadou bar : kadou vaut « deux » et bar vaut « domaine ». Le reproche est donc celui de l'apparence de deux domaines, la même notion que Tossefot mobilisait plus haut.

Le Ben Ich Haï relève les difficultés du récit dans sa version courante, en particulier celle de la mise à mort, et propose de comprendre qu'Élie a agi au titre de la mort par le Ciel encourue par qui transgresse la parole des sages.

21
אֲמַר לֵיהּ הָהוּא מֵרַבָּנַן לְרַב בִּיבִי בַּר אַבָּיֵי, וְאָמְרִי לַהּ רַב בִּיבִי לְרַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: מַאי ״כְּרֻם זֻלּוּת לִבְנֵי אָדָם״?

Un des maîtres dit à Rav Bibi bar Abaye — et certains disent que c'est Rav Bibi qui le dit à Rav Nahman bar Yits'hak : que signifie « ke-roum zoulout li-vnei adam » ?

📜 Rachi (1)
כְּרוּם זָלוֹת סֵיפֵיהּ דִּקְרָא דִּלְעֵיל:
Ke-roum zoulout — c'est la fin du verset cité plus haut.
💡 Explication

Rav Houna avait exploité le début du verset (Ps. 12, 9), « les mécréants rôdent alentour ». La guemara passe à sa fin, restée obscure : ke-roum zoulout li-vnei adam. Deux lectures vont être données, l'une sur le mot roum (hauteur), l'autre sur le mot kroum pris comme un nom d'oiseau.

22
אָמַר לֵיהּ: אֵלּוּ דְּבָרִים שֶׁעוֹמְדִים בְּרוּמוֹ שֶׁל עוֹלָם, וּבְנֵי אָדָם מְזַלְזְלִין בָּהֶן.

Il lui dit : ce sont des choses qui se tiennent au sommet du monde, et que les hommes traitent avec mépris.

📜 Rachi (1)
דְּבָרִים שֶׁעוֹמְדִים בְּרוּמוֹ שֶׁל עוֹלָם כְּגוֹן תְּפִלָּה שֶׁעוֹלֶה לְמַעְלָה:
Des choses qui se tiennent au sommet du monde — par exemple la prière, qui monte en haut.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֵלּוּ דְּבָרִים הָעוֹמְדִים בְּרוּמוֹ שֶׁל עוֹלָם. נִרְאֶה לִי בס"ד לְמַעְלָה מֵאוֹתִיּוֹת עוֹלָם יֵשׁ אוֹתִיּוֹת ס"ה כ"ל , וְיָדוּעַ שֶׁהַתְּפִלּוֹת בָּאִים תְּחִלָּה בַּמַּלְכוּת, כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (תְּהִלִּים נא, יז) אֲדֹנָי שְׂפָתַי תִּפְתָּח, שֶׁהוּא סוֹד הַשַּׁעַר, וּמִשָּׁם יוֹצְאִין וְעוֹלִין וְנִקְבָּצִים בִּיסוֹד הַנִּקְרָא כֹּל, וְלָזֶה אָמַר עַל הַתְּפִילּוֹת עוֹמְדִין בְּרוּמוֹ שֶׁל עוֹלָם רוּמוֹ דַּייְקָא, כְּלוֹמַר גְּבוֹהִים מִן אוֹתִיּוֹת עוֹלִים, לְפִי שֶׁשָּׁם נִרְמָזִין הַמַּלְכוּת וְהַיְּסוֹד כִּי אוֹתִיּוֹת ס"ה הוּא מִסְפַּר שֵׁם אֲדֹנָי [65] שֶׁהוּא בַּמַּלְכוּת, וְאוֹתִיּוֹת כֹּל הוּא כִּינּוּי הַיְּסוֹד.
« Ce sont des choses qui se tiennent au sommet du monde. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'au-dessus des lettres du mot olam (monde) se trouvent les lettres sa"h et kol. Or l'on sait que les prières viennent d'abord dans la malkhout, ainsi qu'il est dit (Ps. 51, 17) « Ado-nay, ouvre mes lèvres », qui est le sod de la porte ; de là elles sortent, montent et se rassemblent dans le yessod appelé kol. C'est pourquoi il est dit des prières qu'elles se tiennent be-roumo du monde, roumo précisément, c'est-à-dire plus haut que les lettres de olam, puisque la sont évoquées la malkhout et le yessod : les lettres sa"h font le compte du Nom Ado-nay [65], qui est dans la malkhout, et les lettres kol sont l'appellation du yessod.
💡 Explication

Première lecture : le mot roum est pris au sens de hauteur et zoulout au sens de mépris. Le verset décrit alors des choses de la plus haute portée que les hommes tiennent pour peu de chose. Rachi donne l'exemple de la prière, qui monte en haut, ce qui rejoint directement la sougya précédente.

23
רַבִּי יוֹחָנָן וְרַבִּי אֶלְעָזָר דְּאָמְרִי תַּרְוַייְהוּ: כֵּיוָן שֶׁנִּצְטָרֵךְ אָדָם לַבְּרִיּוֹת, פָּנָיו מִשְׁתַּנּוֹת כִּכְרוּם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כְּרֻם זֻלּוּת לִבְנֵי אָדָם״.

Rabbi Yo'hanan et Rabbi Elazar ont dit tous deux : dès lors qu'un homme a besoin des créatures, son visage change et devient comme le kroum, ainsi qu'il est dit : « ke-roum zoulout li-vnei adam ».

📜 Rachi (1)
כֵּיוָן שֶׁנִּצְטָרֵךְ אָדָם לַבְּרִיּוֹת הוּא זָל בְּעֵינֵיהֶם:
Dès lors qu'un homme a besoin des créatures — il est méprisé à leurs yeux.
💡 Explication

Seconde lecture, entièrement différente : zoulout devient l'avilissement de celui qui doit demander, et kroum cesse d'être lu comme « hauteur » pour devenir un nom propre, expliqué au segment suivant. Rachi résume l'état décrit : il est méprisé aux yeux de ceux dont il dépend.

24
מַאי ״כְּרוּם״? כִּי אֲתָא רַב דִּימִי, אָמַר: עוֹף אֶחָד יֵשׁ בִּכְרַכֵּי הַיָּם, וְ״כְּרוּם״ שְׁמוֹ, וְכֵיוָן שֶׁחַמָּה זוֹרַחַת מִתְהַפֵּךְ לְכַמָּה גְּוָונִין.

Qu'est-ce que le « kroum » ? Lorsque Rav Dimi vint, il dit : il y a un oiseau dans les villes du bord de mer, son nom est kroum, et dès que le soleil brille il change en plusieurs couleurs.

🪔 Ben Yehoyada (1)
וְכֵיוָן שֶׁחַמָּה זוֹרַחַת עָלָיו, מִתְהַפֵּךְ לְכַמָּה גַּוְנִין. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ שֶׁהַלְּבָנָה מְקַבֶּלֶת אוֹרָה מִן הַשֶּׁמֶשׁ וְלָכֵן לֹא רָאֲתָה חַמָּה פְּגִימָתָהּ שֶׁל לְבָנָה, וּמִזֶּה יִלְמֹוד הֶעָשִׁיר שֶׁלֹּא יַבִּיט בְּעָנִי כְּדֵי שֶׁלֹּא יִתְבַּיֵּישׁ, וְנִמְצָא הֶעָשִׁיר דֻּוגְמַת חַמָּה וְהֶעָנִי דֻּוגְמַת לְבָנָה, וּבַמָּשָׁל אָמַר גַּבֵּי כְּרוּם כֵּיוָן שֶׁחַמָּה זוֹרַחַת עָלָיו וְכוּ', וְכֵן בְּנִמְשָׁל כֵּיוָן שֶׁחַמָּה הוּא זוֹרֵחַ עַל הֶעָנִי שֶׁנּוֹתֵן לוֹ צְדָקָה אָז הוּא מִתְבַּיֵּישׁ, וְלָכֵן יִזָּהֵר הֶעָשִׁיר שֶׁלֹּא יַבִּיט בֶּעָנִי כְּמוֹ שֶׁחַמָּה לֹא רָאֲתָה פְּגָם וְכוּ'.
« Dès que le soleil brille sur lui, il change en plusieurs couleurs. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'on sait que la lune reçoit sa lumière du soleil, et c'est pourquoi le soleil n'a jamais vu l'entaille de la lune ; de là le riche apprendra à ne pas regarder le pauvre, afin que celui-ci n'ait pas honte. Il se trouve que le riche est à l'image du soleil et le pauvre à l'image de la lune. Dans l'image, il est dit du kroum « dès que le soleil brille sur lui » etc. ; et de même dans la chose signifiée : dès lors que le soleil, c'est-à-dire le riche qui lui donne la tsedaka, brille sur le pauvre, celui-ci a honte. Que le riche prenne donc garde à ne pas regarder le pauvre, comme le soleil n'a pas vu l'entaille, etc.
💡 Explication

Rav Dimi, qui rapporte à Babylone les enseignements d'Erets Israël, fournit le référent concret. La comparaison porte sur le changement de couleur sous l'effet du soleil, image du visage qui se colore de honte.

Le Ben Ich Haï retourne l'image en enseignement pratique pour celui qui donne : le riche est le soleil, le pauvre la lune, et il faut éviter de le regarder.

25
רַבִּי אַמֵּי וְרַבִּי אַסִּי דְאָמְרִי תַּרְוַייְהוּ: כְּאִלּוּ נִדּוֹן בִּשְׁנֵי דִינִים, אֵשׁ וּמַיִם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הִרְכַּבְתָּ אֱנוֹשׁ לְרֹאשֵׁנוּ בָּאנוּ בָאֵשׁ וּבַמַּיִם״.

Rabbi Ami et Rabbi Assi ont dit tous deux : c'est comme s'il était jugé par deux jugements, le feu et l'eau, ainsi qu'il est dit : « Tu as fait chevaucher des hommes sur nos têtes, nous sommes entrés dans le feu et dans l'eau » (Ps. 66, 12).

📜 Rachi (1)
לְרֹאשֵׁנוּ לִהְיוֹת נוֹשֶׁה בָּנוּ דִּמְתַרְגְּמִינַן כְּנוֹשֶׁה (שְׁמוֹת כב) כְּרָשְׁיָא:
Sur nos têtes — pour être créanciers à notre égard, car nous traduisons « comme un créancier » (Exode 22) par ke-rachya.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כְּאִלּוּ נִדּוֹן בִּשְׁנֵי דִּינִין, אֵשׁ וּמַיִם. נִרְאֶה לִי בס"ד יֵשׁ עָנִי שֶׁבַּעַל הַבַּיִת צוֹעֵק עָלָיו בְּקוֹל זַעַם וְאַף וְחֵימָה, וְזֶה יִתְבַּייֵּשׁ וְהוֹלֵךְ, הֲרֵי הוּא נִדּוֹן בְּאֵשׁ הַחֵימָה וְכָעַס שֶׁל הֶעָשִׁיר, וְיֵשׁ אֵינוֹ צוֹעֵק עָלָיו אֶלָּא מַנִּיחוֹ תָּלוּי וְעוֹמֵד וּמִתְחַנֵּן וְאֵין מֵשִׁיב לוֹ דָּבָר עַד שֶׁיִּתְקָרֵר דָּמוֹ בְּקִרְבּוֹ וְיִהְיֶה לַמַּיִם וְיִלְאֶה וְיֵלֵךְ, וַהֲרֵי זֶה נִדּוֹן בַּמַּיִם.
« C'est comme s'il était jugé par deux jugements, le feu et l'eau. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il y a un pauvre à qui le maître de maison crie dessus d'une voix de fureur, de colère et d'emportement : celui-là a honte et s'en va, et le voilà jugé par le feu de l'emportement et de la colère du riche. Et il y en a un autre à qui il ne crie pas dessus, mais qu'il laisse suspendu, debout, suppliant, sans lui répondre un mot, jusqu'à ce que son sang se refroidisse en lui et devienne eau, qu'il se lasse et s'en aille : et celui-là est jugé par l'eau.
💡 Explication

Troisième mot sur le même sujet : la dépendance à l'égard d'autrui est comparée à une double condamnation. Rachi explique « sur nos têtes » par la position du créancier, en s'appuyant sur la traduction araméenne du mot nocheh dans l'Exode.

Le Ben Ich Haï donne aux deux éléments un sens concret : le feu est la colère de celui qui rabroue, l'eau est l'attente laissée sans réponse.

26
וְאָמַר רַבִּי חֶלְבּוֹ, אָמַר רַב הוּנָא: לְעוֹלָם יְהֵא אָדָם זָהִיר בִּתְפִלַּת הַמִּנְחָה, שֶׁהֲרֵי אֵלִיָּהוּ לֹא נַעֲנָה אֶלָּא בִּתְפִלַּת הַמִּנְחָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיְהִי בַּעֲלוֹת הַמִּנְחָה וַיִּגַּשׁ אֵלִיָּהוּ הַנָּבִיא וַיֹּאמַר וְגוֹ׳ עֲנֵנִי ה׳ עֲנֵנִי״.

Et Rabbi Helbo a dit au nom de Rav Houna : qu'un homme soit toujours attentif à la prière de minha, car Élie ne fut exaucé qu'à la prière de minha, ainsi qu'il est dit : « Ce fut à l'heure où l'on monte l'offrande de minha qu'Élie le prophète s'approcha et dit : ... réponds-moi ה', réponds-moi » (I Rois 18, 36-37).

🪔 Ben Yehoyada (1)
לְעוֹלָם יִזָּהֵר אָדָם בִּתְפִלַּת הַמִּנְחָה, שֶׁהֲרֵי אֵלִיָּהוּ לֹא נַעֲנָה אֶלָּא בִּתְפִלַּת הַמִּנְחָה, שֶׁנֶּאֱמַר: וַיְהִי בַּעֲלוֹת הַמִּנְחָה, וַיִּגַּשׁ אֵלִיָּהוּ הַנָּבִיא וַיֹּאמַר [וְגוֹ'], עֲנֵנִי ה' עֲנֵנִי. 'עֲנֵנִי', שֶׁתֵּרֵד אֵשׁ מִן הַשָּׁמַיִם. וְ'עֲנֵנִי', שֶׁלֹּא יֹאמְרוּ מַעֲשֵׂה כְשָׁפִים הֵם. שָׁם עַנְנֵי שֶׁתֵּרֵד אֵשׁ וְכוּ'. מַקְשִׁים הָעוֹלָם לְמַאי מַיְיתֵי דְּרָשָׁה דְּעַנְנֵי הָכָא, דְּכָאן יָלֵיף דְּלָא נַעֲנָה אֶלָּא בִּתְפִלַּת הַמִּנְחָה, וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל אֵין לִשְׁאֹל שְׁתֵּי שְׁאֵלוֹת בְּבַת אַחַת וְיָלְפִי לָהּ מִקְּרָא, וּלְפִי זֶה קַשָּׁא אֵיךְ שָׁאַל שְׁתַּיִם, עַנְנֵי שֶׁתֵּרֵד אֵשׁ וַעֲנֵנִי שֶׁלֹּא יֹאמְרוּ וְכוּ', אֶלָּא וַדַּאי יֵשׁ לוֹמַר דִּתְפִלַּת הַמִּנְחָה לִהְיוֹתָהּ מְסֻוגֶּלֶת מְאֹד שֶׁהָאָדָם נַעֲנֶה בָּהּ יוֹתֵר מִשְּׁאָר עִתִּים, יוּכַל לִשְׁאֹל בָּעֵת הַהִיא אֲפִילּוּ שְׁתַּיִם יַחַד, וְלָכֵן הֵבִיא הַאי דְּרָשָׁה דַּעֲנָנִי שֶׁיֵּשׁ בָּהּ שְׁנֵי שְׁאֵלוֹת, לְהוֹכִיחַ גַּם כֵּן מִזֶּה דִּתְפִלַּת הַמִּנְחָה גָּדוֹל כּוֹחָהּ וַעֲדִיפָה יוֹתֵר דְּהָא אֲפִילּוּ שְׁתֵּי שְׁאֵלוֹת שָׁאַל בְּיַחַד. וְרָאִיתִי בְּסֵפֶר אַהֲבַת יְהוֹנָתָן עַל הַפְטָרוֹת שֶׁהֵבִיא בְּשֵׁם נֵזֶר הַקֹּודֶשׁ שְׁתֵּי קֻושְׁיוֹת בְּמַאֲמַר הַנִּזְכָּר חֲדָא דְּרָשָׁה דַּעֲנָנִי אֵין לָהּ קֶשֶׁר עִם הַקּוֹדֵם, וְעוֹד דִּמְנָא לָן דְּלָא נַעֲנָה אֶלָּא בִּתְפִלַּת הַמִּנְחָה דִּילְמָא אֵין קְפִידָא בִּזְמַן וּמַעֲשֶׂה שֶׁהָיָה כָּךְ הָיָה וְאִי הֲוָה מִתְפַּלֵּל בִּזְמַן אַחֵר נָמֵי הָיָה נַעֲנֶה, וְהָרַב זַ"ל שָׁם אָמַר יִשּׁוּב לָזֶה בִּדְבַר חורפ"ה אַךְ הוּא אַלְיָה וְקוֹץ בָּהּ שֶׁאֵינוֹ מִתְיַישֵּׁב הַדָּבָר הֵיטֵב, יַעַן כִּי הַהֶכְרֵחַ שֶׁעָשָׂה מֵחֲמַת קֻושְׁיָא הָאַחֲרוֹנָה הוּא רָעוּעַ, דְּאֵיךְ לָא מַקְשֵׁי דַּהֲוָה לֵיהּ לְהַמְתִּין עַד אוֹר הַשַּׁחַר דְּזֶה בָּרוּר דְּאֵינוֹ יָכוֹל לַעֲשׂוֹת כֵּן שֶׁמֻּוכְרָח לִגְמֹור הַדָּבָר בּוֹ בַּיּוֹם, שֶׁכָּךְ הָיָה הַתְּנַאי בְּנֵיהֶם שֶׁיַּקְרִיבוּ שְׁנֵיהֶם בּוֹ בַּיּוֹם בְּזֶה אַחַר זֶה, וְעוֹד אִם הָיָה מַנִּיחַ הַדָּבָר עַד מָחָר הָיוּ בּוֹרְחִים כָּל אוֹתָם אַרְבַּע מֵאוֹת נְבִיאֵי הַבַּעַל וְהוּא רוֹצֶה לְשַׁחֲטָם, וְעוֹד הָיְתָה אִיזֶבֶל שׁוֹמַעַת וּמְבַטֶּלֶת הַדָּבָר, לְכָךְ מֻוכְרָח לָבֹא בּוֹ בַּיּוֹם וְנִמְצָא בָּטֵל הַהֶכְרֵחַ שֶׁעָשָׂה הָרַב זַ"ל. אָמְנָם מְטִיבוֹתֶיהָ דְּמַר אֲפָרֵשׁ הָעִנְיָן בְּדֶרֶךְ נָכוֹן בעזה"י, וְהוּא כִּי יָדוּעַ שֶׁחֲצִי הַשֵּׁנִי שֶׁל הַיּוֹם נֶחֱלָק לִשְׁנֵי עַרְבִיִּים, עֶרֶב גָּדוֹל מִתְּחִלַּת שֵׁשׁ וְכָל מֶשֶׁךְ מִנְחָה גְּדוֹלָה שֶׁהוּא עַד תֵּשַׁע וּמֶחֱצָה, וְעֶרֶב הַשֵּׁנִי מַתְחִיל מִן זְמַן מִנְחָה קְטַנָּה עַד הַסּוֹף, וְיָדוּעַ שֶׁזְּמַנִּים אֵלּוּ חֲלוּקִין הֵם בִּשְׁלִיטַת הַחִיצוֹנִים, כִּי חֵלֶק הַב' שֶׁהוּא זְמַן מִנְחָה קְטַנָּה הוֹאִיל וְהוּא קָרוֹב לַלַּיְלָה שְׁלִיטַת הַחִיצוֹנִים גְּדוֹלָה וְתַקִּיפָא בּוֹ בְּיוֹתֵר, מַה שֶׁאֵין כֵּן חֵלֶק הָא' שֶׁהוּא מֶשֶׁךְ מִנְחָה גְּדוֹלָה אֵין לָהֶם שְׁלִיטָה גְּדוֹלָה בּוֹ כָּזֶה, וְלָכֵן גַּם הַמְכַשְּׁפִים חֲלוּקִים בְּכוֹחָם לִשְׁתֵּי כִּיתּוֹת, יֵשׁ מְכַשְּׁפִים אֵין מַצְלִיחִים בִּפְעֻולַּת הַכִּישּׁוּף אֶלָּא רַק בְּמִנְחָה קְטַנָּה שֶׁיֵּשׁ בָּהּ שְׁלִיטַת הַחִיצוֹנִים יוֹתֵר, וְיֵשׁ מְכַשְּׁפִים הַיּוֹתֵר חֲזָקִים שֶׁיְּכוֹלִים לַעֲשׂוֹת פְּעֻולָּה בְּכִישּׁוּף גַּם בִּזְמַן מִנְחָה גְּדוֹלָה מֵעֵת הַצָּהֳרַיִים, וְלָכֵן בְּנֵי בִּלְעָם הֲוָה אַלִּים כֻּולָּם לַעֲשׂוֹת פְּעֻולָּה בִּכְשָׁפִים מֵעֵת הַצָּהֳרַייִם בִּתְחִלַּת שֵׁשׁ מֵאוֹת שֶׁאָמְרוּ עַל פָּסוּק (שְׁמוֹת לב, א) בְּשֵׁשׁ, בָּא שֵׁשׁ: וּבָזֶה נִרְאֶה לִי בס"ד דִּקְדּוּק עָצוּם בַּכְּתוּבִים בְּמַה שֶׁנֶּאֱמַר (מְלָכִים א' יח, לו) וַיְהִי בַּעֲלוֹת הַמִּנְחָה וַיִּגַּשׁ אֵלִיָּהוּ הַנָּבִיא וַיֹּאמַר, לָמָּה הֻוצְרַךְ לוֹמַר וַיְהִי בַּעֲלוֹת הַמִּנְחָה מֵאַחַר שֶׁכְּבָר אָמַר (שָׁם כ"ט) וַיְהִי כַּעֲבֹר הַצָּהֳרַיִם וַיִּתְנַבְּאוּ עַד לַעֲלוֹת הַמִּנְחָה וְאֵין קוֹל וְאֵין עֹנֶה וְאֵין קָשֶׁב, וַיֹּאמֶר אֵלִיָּהוּ לְכָל הָעָם גְּשׁוּ אֵלַי, וּלְפִי זֶה יָדַעְנוּ בָּזֶה שֶׁתְּפִלָּתוֹ הָיְתָה אַחַר עֲלוֹת הַמִּנְחָה, אַךְ כְּפִי הָאָמוּר יוּבָן לְנָכוֹן דִּנְבִיאֵי הַבַּעַל הִתְחִילוּ לִקְרֹא מֵהַתְחָלַת הַצָּהֳרַיִים, וַיִּתְנַבְּאוּ עַד לַעֲלוֹת הַמִּנְחָה, רְצוֹנוֹ לוֹמַר מִנְחָה גְּדוֹלָה שֶׁהֵם הָיוּ יוֹדְעִים בְּעַצְמָם שֶׁיֵּשׁ לָהֶם כֹּחַ לִפְעֹול בִּכְשָׁפִים גַּם בַּזְּמַן הָרִאשׁוֹן שֶׁהוּא מִנְחָה גְּדוֹלָה, כִּי נָסוּ בְּכָךְ מִקֹּודֶם, וּכְשֶׁרָאוּ אוֹתוֹ הַיּוֹם שֶׁלֹּא עָלְתָה בְּיָדָם כְּדַרְכָּם אָז נִתְייָאֲשׁוּ מֵעַצְמָם וְלֹא סָמְכוּ וְלֹא הֶאֱמִינוּ בְּעַצְמָם שֶׁיּוֹעִילוּ בִּזְמַן מִנְחָה קְטַנָּה שֶׁהוּא חֵלֶק הַשֵּׁנִי שֶׁיֵּשׁ בּוֹ שְׁלִיטָה לַחִיצוֹנִים יוֹתֵר, אֶלָּא הֶחֱלִיטוּ בְּדַעְתָּם שֶׁסָּר כּוֹחָם בְּיוֹם זֶה מִן הַשָּׁמַיִם, וּלְכָךְ שָׁתְקוּ מִן הַקּוֹלוֹת וְחָדְלוּ מֵחָרְבוֹת וּרְמָחִים וְהוֹדוּ שֶׁאֵין בִּיכָלְתָּם לְהָבִיא הָאֵשׁ, וְנִשְׁאַר הַדָּבָר עַל אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב שֶׁיִּרְאֶה לָעָם אֶת כֹּחוֹ בִּקְדֻושָּׁה בְּעֵזֶר אֱ-לֹהִים חַיִּים, וְהִנֵּה אַכַּתִּי עֲדַייִן לֹא נִשְׁלַם כָּל זְמַן מִנְחָה גְּדוֹלָה וְלֹא הִגִּיעַ זְמַן מִנְחָה קְטַנָּה, אַךְ אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב הֶאֱרִיךְ בְּבִנְיַן הַמִּזְבֵּחַ וּשְׁאָר הַכַּוָּנוֹת לְהַעֲבִיר הַזְּמַן עַד שֶׁנִּשְׁלַם זְמַן מִנְחָה גְּדוֹלָה וְהִגִּיעַ זְמַן מִנְחָה קְטַנָּה שֶׁהוּא בְּתֵשַׁע וּמֶחֱצָה, מִפְּנֵי שֶׁרָצָה לְהִתְפַּלֵּל בִּזְמַן מִנְחָה קְטַנָּה שֶׁהוּא זְמַן תְּפִלַּת מִנְחָה הָעִיקָּרִי, וְלָזֶה אָמַר הַכָּתוּב פַּעַם שֵׁנִית וַיְהִי בַּעֲלוֹת וַיִּגַּשׁ אֵלִיָּהוּ הַנָּבִיא וַיֹּאמַר, הַכַּוָּנָה עַל מִנְחָה קְטַנָּה, אַךְ הַמִּנְחָה שֶׁזָּכַר לְעֵיל מִזֶּה קָאֵי עַל מִנְחָה גְּדוֹלָה כַּאֲשֶׁר בֵּיאַרְתִּי. וְעַתָּה אָבֹא לְפָרֵשׁ בֵּיאוּר דִּבְרֵי הַגְּמָרָא דְּאָמַר לְעוֹלָם יִזָּהֵר אָדָם בִּתְפִילַּת הַמִּנְחָה דַּהֲרֵי אֵלִיָּהוּ לֹא נַעֲנָה אֶלָּא בִּתְפִילַּת הַמִּנְחָה, וְלִכְאוֹרָה יֵשׁ כָּאן קֻושְׁיָא גְּדוֹלָה דַּהֲלֹא מִקְרָא מָלֵא כָּתוּב (יְשַׁעְיָה מט, ח) בְּעֵת רָצוֹן עֲנִיָּתֵיךְ, וְיָדוּעַ הוּא מִזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ כִּי זְמַן מִנְחָה אֵינוֹ נִקְרָא עֵת רָצוֹן בִּימֵי הַחֹול, מִפְּנֵי שֶׁבּוֹ שְׁלִיטַת הַדִּינִין, וְרַק מִנְחַת שַׁבָּת נִקְרֵאת עֵת רָצוֹן דִּלְכָךְ אוֹמְרִים פָּסוּק (תְּהִלִּים סט, יד) וַאֲנִי תְפִלָּתִי לְךָ ה' עֵת רָצוֹן בְּמִנְחַת שַׁבָּת דַּוְקָא, וַאֲפִילּוּ בְּיוֹם טוֹב אֵין אוֹמְרִים אוֹתוֹ, וּמְפֹורָשׁ בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ שֶׁשַּׁחֲרִית הוּא עֵת רָצוֹן שֶׁשּׁוֹלֵט בּוֹ הַחֶסֶד, וְאֵיךְ יְצֻוייַּר שֶׁתִּהְיֶה תְּפִילַּת מִנְחָה עֲדִיפָה מִצַּד הַזְּמַן דְּקָאָמַר לֹא נַעֲנָה אֶלָּא בִּתְפִלַּת הַמִּנְחָה וְזֶה פֶּלֶא, יַצִּיבָא בְּאַרְעָא וְגִיּוֹרָא בִּשְׁמֵי שְׁמַיָּא? עַל כֵּן נִרְאֶה לְפָרֵשׁ בס"ד דְּמַה שֶׁאָמַר כָּאן לְעוֹלָם יִזָּהֵר אָדָם בִּתְפִלַּת הַמִּנְחָה אֵין הַכַּוָּנָה לוֹמַר שֶׁהוּא נַעֲנֶה בְּמִנְחָה טְפֵי מִשַּׁחֲרִית, אֶלָּא רְצוֹנוֹ לוֹמַר שֶׁיִּזָּהֵר לְהִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת הַמִּנְחָה בַּזְּמַן הָרָאוּי לָהּ יוֹתֵר, שֶׁהוּא זְמַן מִנְחָה קְטַנָּה בְּתֵשַׁע וּמֶחֱצָה, וְלֹא יִתְפַּלֵּל אוֹתָהּ בִּזְמַן מִנְחָה גְּדוֹלָה, שֶׁזֶּה הַזְּמַן שֶׁל מִנְחָה קְטַנָּה הוּא נִקְרָא זְמַן הַמִּנְחָה בִּסְתָם שֶׁהוּא זְמַנָּהּ הָעִיקָּרִי, שֶׁהֲרֵי אֵלִיָּהוּ לֹא נַעֲנָה אֶלָּא בִּתְפִלַּת הַמִּנְחָה הַיְּדוּעָה שֶׁהוּא זְמַן מִנְחָה קְטַנָּה וְלֹא בְּמִנְחָה גְּדוֹלָה דְּהָא מָצִינוּ שֶׁלֹּא רָצָה לְהִתְפַּלֵּל בִּזְמַן מִנְחָה גְּדוֹלָה אֶלָּא הֶאֱרִיךְ הָעִנְיָן עַד שֶׁהִגִּיעַ זְמַן מִנְחָה קְטַנָּה וְהִתְפַּלֵּל, וּמַיְיתִי רְאָיָה דִּכְתִיב וַיְהִי בַּעֲלוֹת הַמִּנְחָה וַיִּגַּשׁ אֵלִיָּהוּ הַנָּבִיא, וְתִיקְשֵׁי לְךָ קֻושְׁיָא שֶׁהִקְשֵׁינוּ לְעֵיל לְמַאי אִצְטְרִיךְ לְפָרֵשׁ וַיְהִי בַּעֲלוֹת הַמִּנְחָה מֵאַחַר שֶׁנִּזְכַּר זֶה בַּפָּסוּק הַקּוֹדֵם, אֶלָּא וַדַּאי מֻוכְרָח לוֹמַר כַּאֲשֶׁר בֵּיאַרְנוּ כִּי מִנְחָה הַנִּזְכֶּרֶת קֹודֶם הִיא מִנְחָה גְּדוֹלָה, וְהוּא הִמְתִּין עַד שֶׁהִגִּיעַ זְמַן מִנְחָה קְטַנָּה וְהִתְפַּלֵּל, וְלָמָּה עָשָׂה כֵּן, אֶלָּא וַדַּאי מִפְּנֵי שֶׁזְּמַן מִנְחָה קְטַנָּה הוּא מְסֻוגָּל לִתְפִלָּה טְפֵי מִזְּמַן מִנְחָה גְּדוֹלָה, וְלָכֵן גַּם הָאָדָם יִזָּהֵר לְהִתְפַּלֵּל בִּזְמַן זֶה. וּבָא רַבִּי יוֹחָנָן וְאָמַר אַף בִּתְפִלַּת עַרְבִית כְּלוֹמַר גַּם תְּפִלַּת עַרְבִית יִזָּהֵר בָּהּ לְהִתְפַּלֵּל אוֹתָהּ בִּזְמַנָּהּ הָעִיקָּרִי, שֶׁהוּא לַיְלָה, וַדַּאי כִּסְבָרַת רַבָּנַן אַף עַל פִּי שֶׁמִּן הַדִּין יוּכַל לְהִתְפַּלֵּל מִן פְּלַג הַמִּנְחָה כִּסְבָרַת רַבִּי יְהוּדָה, וְיָלֵיף מִפָּסוּק (תְּהִלִּים קַמָּא, ב) מַשְׂאַת כַּפַּי מִנְחַת עָרֶב, וְיָדוּעַ כָּל עֶרֶב אֲשֶׁר בַּמִּקְרָא הוּא לַיְלָה וַדַּאי, וּכְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (בַּמִּדְבָּר יט, כב) וְהַנֶּפֶשׁ הַנֹּגַעַת תִּטְמָא עַד הָעָרֶב, וְעוֹד כַּיּוֹצֵא בָּזֶה וּבָא ר' נַחְמָן בַּר יִצְחָק וְאָמַר גַּם תְּפִלַּת שַׁחֲרִית יִזָּהֵר לְהִתְפַּלֵּל בִּתְחִלַּת הַיּוֹם, לֹא יַקְדִּים וְלֹא יְאַחֵר, וְיָלֵיף מִדִּכְתִיב (תְּהִלִּים ה', ד') ה' בֹּקֶר תִּשְׁמַע קוֹלִי, וְכָל בֹּקֶר שֶׁבַּמִּקְרָא הוּא עַל תְּחִלַּת הַיּוֹם מַמָּשׁ. וְהַשְׁתָּא מִמֵּילָא מוּבָן בס"ד מַה שֶׁהֻוצְרַךְ הַשַּׁ"ס לְהָבִיא הַאי דְּרָשָׁה דַּעֲנָנִי, וְהַייְנוּ לְבָרֵר וּלְחַזֵּק אֶת דִּבְרֵי הַמַּאֲמָר שֶׁאָמַר יִזָּהֵר בִּתְפִלַּת הַמִּנְחָה, שֶׁהוּא רְצוֹנוֹ לוֹמַר שֶׁיִּתְפַּלֵּל אוֹתָהּ בַּזְּמַן הָעִיקָּרִי שֶׁלָּהּ, שֶׁהוּא זְמַן מִנְחָה קְטַנָּה, וְלֹא יִתְפַּלֵּל בִּזְמַן מִנְחָה גְּדוֹלָה, וְהוֹכִיחַ זֶה מִמַּה דְּמָצִינוּ שֶׁהִתְפַּלֵּל עֲנֵנִי שֶׁלֹּא יֹאמְרוּ מַעֲשֵׂה כְשָׁפִים הֵם. וְקַשָּׁא אַמַּאי נִתְעַכֵּב עַד זְמַן מִנְחָה קְטַנָּה כְּדֵי שֶׁיִּצְטָרֵךְ לִתְפִלָּה זוֹ כִּי בְּוַדַּאי אִם הָיָה עוֹשֶׂה זֹאת בִּזְמַן מִנְחָה גְּדוֹלָה לֹא הָיוּ אוֹמְרִים מַעֲשֵׂה כְּשָׁפִים הֵן, יַעַן כִּי הֵמָּה כְּבָר נִיסּוֹ וְעָשׂוּ מַעֲשֵׂה כְּשָׁפִים בִּזְמַן זֶה וְלֹא הוֹעִילוּ, וְאֵיךְ יֹאמְרוּ עַל שֶׁלּוֹ כְּשָׁפִים הֵן, וְלָכֵן לֹא הָיָה נִצְרָךְ לְהִתְפַּלֵּל עַל זֹאת שֶׁלֹּא יֹאמְרוּ, אֲבָל עַתָּה שֶׁעִיכֵּב הַדָּבָר בְּיָדַיִם לִזְמַן מִנְחָה קְטַנָּה שֶׁהוּא זְמַן חָדָשׁ שֶׁבּוֹ שׁוֹלְטִים הַחִיצוֹנִים יוֹתֵר וְיוֹעִילוּ הַכְּשָׁפִים יוֹתֵר, הָשְׁתָּא יֵשׁ לָהֶם פִּתְחוֹן פֶּה לוֹמַר מַעֲשֵׂה כְּשָׁפִים שֶׁאֵין הוֹכָחָה מְכַשְּׁפִים שֶׁלָּהֶם מִפְּנֵי שֶׁהֵם עוֹשִׂים בִּזְמַן מִנְחָה גְּדוֹלָה, עַל כֵּן קָשֶׁה לָמָּה עִיכֵּב הַדָּבָר כְּדֵי שֶׁיִּצְטָרֵךְ לִתְפִלָּה זוֹ, אֶלָּא וַדַּאי מִפְּנֵי שֶׁיּוֹדֵעַ הוּא כִּי זְמַן מִנְחָה קְטַנָּה הוּא רָאוּי לִתְפִלָּה יוֹתֵר מִזְּמַן מִנְחָה גְּדוֹלָה, לְכָךְ עִיכֵּב הַדָּבָר עַד עַתָּה כְּדֵי שֶׁיִּתְפַּלֵּל בִּזְמַן זֶה, וּלְכָךְ הֻוכְרַח לְבַקֵּשׁ ג"כ שֶׁלֹּא יֹאמְרוּ מַעֲשֵׂה כְשָׁפִים הֵם.
« Qu'un homme soit toujours attentif à la prière de minha, car Élie ne fut exaucé qu'à la prière de minha, ainsi qu'il est dit : ce fut à l'heure où l'on monte l'offrande de minha qu'Élie le prophète s'approcha et dit, réponds-moi ה', réponds-moi. Réponds-moi, pour que le feu descende du ciel ; et réponds-moi, pour qu'ils ne disent pas que ce sont des actes de sorcellerie. » On demande communément pourquoi la derachah sur « réponds-moi » est amenée ici, alors qu'on apprend seulement ici qu'il ne fut exaucé qu'à la prière de minha. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que nos maîtres ont dit qu'on ne doit pas présenter deux demandes à la fois, et ils l'apprennent d'un verset ; selon cela, il est difficile de comprendre comment Élie a demandé deux choses, « réponds-moi, que le feu descende » et « réponds-moi, qu'ils ne disent pas » etc. Il faut donc dire que la prière de minha, parce qu'elle est particulièrement propice à ce que l'homme y soit exaucé plus qu'en d'autres moments, permet de demander en ce temps-là même deux demandes ensemble ; c'est pourquoi il a apporté cette derachah de « réponds-moi », où il y a deux demandes, pour prouver également par là que la prière de minha a une grande force et qu'elle l'emporte, puisque même deux demandes il les a demandées ensemble. J'ai vu dans le livre Ahavat Yehonatan sur les haftarot qu'il rapporte au nom du Nezer ha-Kodech deux difficultés sur cet enseignement : d'une part la derachah de « réponds-moi » n'a pas de lien avec ce qui précède ; d'autre part, d'où savons-nous qu'il ne fut exaucé qu'à la prière de minha ? Peut-être n'y a-t-il pas de rigueur quant au moment, et ce qui est arrivé est arrivé ainsi, et s'il avait prié à un autre moment il aurait été exaucé de même. Le rav zal y donne une réponse avec une pointe d'acuité, mais il y a un ver dans le fruit et la chose ne s'ajuste pas bien, car la nécessité qu'il tire de la dernière difficulté est fragile : pourquoi ne demande-t-il pas qu'Élie aurait dû attendre l'aube ? Il est clair qu'il ne pouvait pas le faire, étant contraint d'achever l'affaire le jour même, car telle était la condition entre eux, qu'ils offrent tous deux le même jour, l'un après l'autre. En outre, s'il avait laissé la chose au lendemain, tous ces quatre cents prophètes du Baal se seraient enfuis, alors qu'il voulait les égorger ; en outre, Izevel l'aurait appris et aurait annulé la chose. Il devait donc nécessairement agir le jour même, et la nécessité que le rav zal a établie tombe. Toutefois, par la bonté de mon maître, j'expliquerai la chose comme il convient, avec l'aide de D.ieu. On sait que la seconde moitié du jour se divise en deux soirs : un grand soir, depuis le début de la sixième heure et pendant toute la durée de la minha guedola, jusqu'à neuf heures et demie ; et un second soir, qui commence au temps de la minha ketana et va jusqu'à la fin. On sait aussi que ces temps diffèrent quant à l'emprise des forces extérieures : la seconde partie, qui est le temps de la minha ketana, étant proche de la nuit, l'emprise des extérieurs y est grande et forte au plus haut point, ce qui n'est pas le cas de la première partie, la durée de la minha guedola, où ils n'ont pas une telle emprise. C'est pourquoi les sorciers aussi se partagent, quant à leur force, en deux groupes : il y a des sorciers qui ne réussissent leur action de sorcellerie qu'à la minha ketana, où l'emprise des extérieurs est plus grande, et il y a des sorciers plus puissants, capables d'agir par la sorcellerie même au temps de la minha guedola, dès le milieu du jour. Ainsi les fils de Bilam étaient-ils tous assez forts pour agir par la sorcellerie dès le milieu du jour, au début de la sixième heure, selon ce qu'ils ont dit sur le verset (Exode 32, 1) « be-chech » : la sixième heure est venue. Par là, il me semble, avec l'aide du Ciel, apparaît une précision considérable dans les versets, en ce qu'il est dit (I Rois 18, 36) « ce fut à l'heure où l'on monte l'offrande de minha qu'Élie le prophète s'approcha et dit ». Pourquoi fallait-il dire « ce fut à l'heure où l'on monte l'offrande de minha », puisqu'il a déjà été dit (verset 29) « ce fut, quand midi fut passé, qu'ils prophétisèrent jusqu'à l'heure où l'on monte l'offrande, et il n'y eut ni voix, ni réponse, ni attention ; et Élie dit à tout le peuple : approchez-vous de moi », d'où nous savions déjà que sa prière fut après la montée de la minha ? Selon ce qui a été dit, la chose se comprend bien : les prophètes du Baal ont commencé à invoquer dès le milieu du jour, « et ils prophétisèrent jusqu'à l'heure où l'on monte l'offrande », c'est-à-dire la minha guedola, car ils savaient d'eux-mêmes qu'ils avaient la force d'agir par la sorcellerie même dans le premier temps, celui de la minha guedola, l'ayant déjà éprouvé auparavant. Et lorsqu'ils virent, ce jour-là, que la chose ne leur réussissait pas à leur manière, ils désespérèrent d'eux-mêmes et ne se fièrent pas, ne crurent pas qu'ils réussiraient au temps de la minha ketana, la seconde partie, où l'emprise des extérieurs est plus grande ; ils conclurent au contraire que leur force les avait quittés ce jour-là, du Ciel. C'est pourquoi ils se turent, cessèrent les cris, laissèrent les épées et les lances, et reconnurent qu'il n'était pas en leur pouvoir de faire descendre le feu ; la chose demeura pour Élie, de mémoire bénie, afin qu'il montrât au peuple sa force dans la sainteté, par l'aide du D.ieu vivant. Or à ce moment tout le temps de la minha guedola n'était pas encore achevé et le temps de la minha ketana n'était pas arrivé ; mais Élie, de mémoire bénie, s'attarda à bâtir l'autel et aux autres kavanot, pour laisser passer le temps, jusqu'à ce que le temps de la minha guedola fût achevé et que vint le temps de la minha ketana, à neuf heures et demie, parce qu'il voulait prier au temps de la minha ketana, qui est le temps essentiel de la prière de minha. C'est pourquoi l'Écriture dit une seconde fois « ce fut à l'heure où l'on monte l'offrande, et Élie le prophète s'approcha et dit », visant la minha ketana, tandis que la minha mentionnée auparavant se rapporte à la minha guedola, comme je l'ai expliqué. Je viens maintenant à l'explication des paroles de la guemara, qui dit : qu'un homme soit toujours attentif à la prière de minha, car Élie ne fut exaucé qu'à la prière de minha. Il y a là, à première vue, une grande difficulté, car un verset explicite dit (Isaie 49, 8) « en un temps de faveur Je t'ai répondu », et l'on sait par le saint Zohar que le temps de minha n'est pas appelé temps de faveur les jours de semaine, parce que l'emprise des jugements y règne, et que seule la minha de chabbat est appelée temps de faveur ; c'est pourquoi on dit le verset (Ps. 69, 14) « et moi, ma prière s'adresse à Toi, ה', en un temps de faveur » à la minha de chabbat précisément, et on ne le dit même pas les jours de fête ; et il est explicite dans le saint Zohar que chaharit est un temps de faveur, où domine le 'hessed. Comment concevoir alors que la prière de minha l'emporte du fait de son moment, comme le dit « il ne fut exaucé qu'à la prière de minha » ? Voilà qui étonne : l'habitant du pays à terre et l'étranger au plus haut des cieux ? Il paraît donc qu'il faut expliquer, avec l'aide du Ciel, que ce qui est dit ici, « qu'un homme soit toujours attentif à la prière de minha », ne veut pas dire qu'il est exaucé à minha plus qu'à chaharit, mais qu'il doit prendre garde à prier la prière de minha au temps qui lui convient le mieux, c'est-à-dire au temps de la minha ketana, à neuf heures et demie, et ne pas la prier au temps de la minha guedola ; car ce temps de la minha ketana est celui qu'on appelle simplement le temps de la minha, son temps essentiel. « Car Élie ne fut exaucé qu'à la prière de la minha » connue, c'est-à-dire au temps de la minha ketana et non à la minha guedola, puisque nous trouvons qu'il n'a pas voulu prier au temps de la minha guedola mais a fait durer la chose jusqu'à ce que vint le temps de la minha ketana, et alors il a prié. Il en apporte la preuve de ce qui est écrit « ce fut à l'heure où l'on monte l'offrande de minha qu'Élie le prophète s'approcha » ; et la difficulté que nous avons soulevée plus haut, à savoir pourquoi il fallait préciser « ce fut à l'heure où l'on monte l'offrande de minha » alors que cela a déjà été mentionné dans le verset précédent, oblige à dire, comme nous l'avons expliqué, que la minha mentionnée auparavant est la minha guedola, et qu'il a attendu que vint le temps de la minha ketana pour prier. Et Rabbi Yo'hanan est venu dire « la prière du soir aussi », c'est-à-dire que la prière du soir également, qu'il prenne garde à la prier à son temps essentiel, qui est la nuit assurément, selon l'avis des sages, bien que selon la loi il puisse la prier dès le plag ha-minha, selon l'avis de Rabbi Yehouda ; et il l'apprend du verset (Ps. 141, 2) « l'élévation de mes mains comme l'offrande du soir », car on sait que tout « soir » dans l'Écriture désigne assurément la nuit, ainsi qu'il est dit (Nombres 19, 22) « et la personne qui touche sera impure jusqu'au soir », et d'autres exemples semblables. Et Rav Nahman bar Yits'hak est venu dire : la prière de chaharit aussi, qu'il prenne garde à la prier au début du jour, sans avancer ni retarder ; et il l'apprend de ce qui est écrit (Ps. 5, 4) « ה', au matin Tu entends ma voix », car tout « matin » dans l'Écriture désigne le tout début du jour. Dès lors on comprend, avec l'aide du Ciel, pourquoi le Talmud a dû apporter cette derachah de « réponds-moi » : c'était pour établir et renforcer les paroles de l'enseignement qui dit d'être attentif à la prière de minha, c'est-à-dire de la prier à son temps essentiel, celui de la minha ketana, et non au temps de la minha guedola. Il le prouve de ce que nous trouvons qu'il a prié « réponds-moi, qu'ils ne disent pas que ce sont des actes de sorcellerie » ; or il est difficile de comprendre pourquoi il a tardé jusqu'au temps de la minha ketana au point d'avoir besoin de cette prière, car assurément, s'il avait agi au temps de la minha guedola, ils n'auraient pas dit que c'étaient des actes de sorcellerie, puisqu'eux-mêmes avaient déjà essayé et fait des actes de sorcellerie à ce moment sans y réussir : comment auraient-ils dit des siens que c'étaient des sorcelleries ? Il n'aurait donc pas eu besoin de prier pour qu'ils ne le disent pas. Mais maintenant qu'il a retardé la chose à dessein jusqu'au temps de la minha ketana, qui est un temps nouveau où les extérieurs dominent davantage et où les sorcelleries réussissent mieux, ils ont matière à dire que ce sont des actes de sorcellerie, puisque l'échec de leurs propres sorcelleries ne prouve rien, ayant eu lieu au temps de la minha guedola. La question demeure donc : pourquoi a-t-il retardé la chose au point d'avoir besoin de cette prière ? Il faut nécessairement répondre que c'est parce qu'il savait que le temps de la minha ketana convient à la prière plus que le temps de la minha guedola ; c'est pourquoi il a retardé la chose jusqu'alors, afin de prier à ce moment, et c'est pourquoi il a dû demander aussi qu'ils ne disent pas que ce sont des actes de sorcellerie.
💡 Explication

Retour à la série de Rabbi Helbo au nom de Rav Houna, cette fois sur l'heure de la prière. La preuve est tirée de l'épisode du mont Carmel : le texte précise l'heure à laquelle Élie s'est approché, et c'est à cette heure qu'il fut exaucé.

Le Ben Ich Haï consacre à ce passage sa plus longue glose du folio. Il y résout deux difficultés : pourquoi la guemara enchaîne avec la derachah sur « réponds-moi », et comment concilier cette préférence pour minha avec le Zohar, qui fait de chaharit le temps de faveur. Sa réponse distingue minha guedola et minha ketana : l'enseignement porte sur l'heure à laquelle on prie minha, non sur la supériorité de minha sur les autres prières.

🖼️ Schéma
Élie au Carmel : les deux minha selon le Ben Ich Haï Pourquoi l'Écriture mentionne deux fois l'heure de l'offrande, et ce qu'Élie attendait. midi (6e heure) neuf heures et demie le soir Minha guedola emprise moindre des forces extérieures Minha ketana temps essentiel de la prière de minha Les prophètes du Baal Ils invoquent depuis midi jusqu'à l'heure de l'offrande. Ils savaient pouvoir agir dès la minha guedola. L'échec les fait renoncer avant même la minha ketana. C'est la première mention de l'heure dans le texte (v. 29). Ils se taisent et laissent la place à Élie. Élie Il fait durer la construction de l'autel et les kavanot jusqu'à ce que vienne la minha ketana, puis il prie. C'est la seconde mention de l'heure (v. 36). D'où le prix de ce retard : il doit demander aussi qu'on ne dise pas que ce sont des sorcelleries.
Le découpage de l'après-midi selon le Ben Ich Haï, et ce qu'il explique du double rappel de l'heure dans le récit du Carmel.
27
״עַנְנֵי״ — שֶׁתֵּרֵד אֵשׁ מִן הַשָּׁמַיִם, ו״עַנְנֵי״ — שֶׁלֹּא יֹאמְרוּ מַעֲשֵׂה כְשָׁפִים הֵם.

« Réponds-moi » — pour que le feu descende du ciel ; et « réponds-moi » — pour qu'ils ne disent pas que ce sont des actes de sorcellerie.

💡 Explication

La répétition du mot dans le verset est lue comme deux demandes distinctes. La première porte sur le miracle lui-même, la seconde sur sa réception par le peuple : un signe qu'on attribue à la sorcellerie ne produit pas la foi qu'Élie cherchait.

28
רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: אַף בִּתְפִלַּת עַרְבִית, שֶׁנֶּאֱמַר: ״תִּכּוֹן תְּפִלָּתִי קְטֹרֶת לְפָנֶיךָ מַשְׂאַת כַּפַּי מִנְחַת עָרֶב״. רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אָמַר: אַף תְּפִלַּת שַׁחֲרִית, שֶׁנֶּאֱמַר: ״ה׳ בֹּקֶר תִּשְׁמַע קוֹלִי, בֹּקֶר אֶעֱרָךְ לְךָ וַאֲצַפֶּה״.

Rabbi Yo'hanan a dit : la prière du soir aussi, ainsi qu'il est dit : « Que ma prière soit établie comme l'encens devant Toi, l'élévation de mes mains comme l'offrande du soir » (Ps. 141, 2).

Rav Nahman bar Yits'hak a dit : la prière du matin aussi, ainsi qu'il est dit : « ה', au matin Tu entends ma voix ; au matin je me prépare devant Toi et j'attends » (Ps. 5, 4).

🪔 Ben Yehoyada (1)
רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אָמַר: אַף בִּתְפִלַּת שַׁחֲרִית. חוּץ מִדַּרְכֵּנוּ הנז"ל נִרְאֶה לִי בס"ד דְּקָאֵי ר' נַחְמָן בַּר יִצְחָק עַל דִּבְרֵי ר' יוֹחָנָן דְּאָמַר אַף בִּתְפִלַּת עַרְבִית שֶׁהוּא עֵת דִּין כְּמוֹ הַמִּנְחָה ג"כ יִזָּהֵר, וּבָא ר' נַחְמָן בַּר יִצְחָק לוֹמַר אַף בִּתְפִלַּת שַׁחֲרִית כְּשֶׁיִּתְפַּלֵּל בָּהּ תְּפִלַּת עַרְבִית דְּהַיְינוּ שֶׁמִּתְפַּלֵּל שַׁחֲרִית שְׁתַּיִם שֶׁהִיא תַּשְׁלוּמִין שֶׁל עַרְבִית ג"כ יִזָּהֵר בָּהּ מְאֹד כִּי אע"פ שֶׁעַתָּה זְמַן שַׁחֲרִית וְאֵין בּוֹ דִּין, עִם כָּל זֶה כֵּיוָן שֶׁהִיא תַּשְׁלוּמִין שֶׁל עַרְבִית יִזָּהֵר בָּהּ.
« Rav Nahman bar Yits'hak a dit : la prière de chaharit aussi. » Outre notre voie mentionnée plus haut, il me semble, avec l'aide du Ciel, que Rav Nahman bar Yits'hak se rapporte aux paroles de Rabbi Yo'hanan, qui a dit « la prière du soir aussi », laquelle est un temps de din comme minha et à laquelle il faut également prendre garde ; et Rav Nahman bar Yits'hak vient dire : même dans la prière de chaharit, lorsqu'il y prie la prière du soir, c'est-à-dire lorsqu'il prie chaharit deux fois, la seconde étant le tachloumin de arvit, qu'il y prenne aussi grand garde ; car bien que ce soit maintenant le temps de chaharit, où il n'y a pas de din, malgré cela, puisqu'elle est le tachloumin de arvit, qu'il y prenne garde.
💡 Explication

Deux maîtres étendent l'attention exigée aux deux autres prières, chacun avec son verset. La sougya aboutit ainsi à une exigence portant sur les trois prières, après être partie de la seule minha.

Le Ben Ich Haï propose une lecture supplémentaire de la parole de Rav Nahman bar Yits'hak : elle viserait le cas où l'on prie chaharit deux fois, la seconde étant le tachloumin, le rattrapage de arvit.

29
וְאָמַר רַבִּי חֶלְבּוֹ, אָמַר רַב הוּנָא: כָּל הַנֶּהֱנֶה מִסְּעוּדַת חָתָן וְאֵינוֹ מְשַׂמְּחוֹ עוֹבֵר בַּחֲמִשָּׁה קוֹלוֹת, שֶׁנֶּאֱמַר: ״קוֹל שָׂשׂוֹן וְקוֹל שִׂמְחָה קוֹל חָתָן וְקוֹל כַּלָּה קוֹל אֹומְרִים הוֹדוּ אֶת ה׳ צְבָאוֹת״.

Et Rabbi Helbo a dit au nom de Rav Houna : quiconque profite du repas d'un marié et ne le réjouit pas transgresse cinq voix, ainsi qu'il est dit : « voix d'allégresse et voix de joie, voix du marié et voix de la mariée, voix de ceux qui disent : rendez grâce à ה' Tsevaot » (Jérémie 33, 11).

📜 Rachi (1)
עוֹבֵר בַּחֲמִשָּׁה קוֹלוֹת מְזַלְזֵל בַּחֲמִשָּׁה קוֹלוֹת שֶׁבֵּירַךְ בָּהֶן הקב"ה אֶת יִשְׂרָאֵל:
Il transgresse cinq voix — il méprise les cinq voix par lesquelles le Saint béni soit-Il a béni Israël.
🪔 Ben Yehoyada (2)
כָּל הַנֶּהֱנֶה מִסְּעוּדַת חָתָן וְאֵינוֹ מְשַׂמְּחוֹ. נִרְאֶה לִי בס"ד בָּא לְרַבּוֹת בְּתֵיבַת 'כָּל' אֲפִילּוּ נִשּׂוּאֵי בַּת כֹּהֵן לְיִשְׂרָאֵל אוֹ בַּת ת"ח לְעַם הָאָרֶץ דְּאָמְרִינַן בִּפְסָחִים דַּף מ"ט כָּל סְעוּדָה שֶׁאֵינָהּ שֶׁל מִצְוָה אֵין ת"ח רַשַּׁאי לֵהָנוֹת מִמֶּנָּה, כְּגוֹן מַאי אר"א כְּגוֹן בַּת כֹּהֵן לְיִשְׂרָאֵל וּבַת ת"ח לְעַם הָאָרֶץ יְעֻוייַּן שָׁם, וקמ"ל אֲפִילּוּ בכה"ג אִם נֶהֱנֶה חַיָּיב לְשַׂמְּחוֹ וְאֶפְשָׁר לִרְמֹוז בס"ד שִׂמְחָה אוֹתִיּוֹת חֲמִשָּׁה שֶׁהַמְקַייֵּם מִצְוַת שִׂמְחָה הַנִּזְכָּר זוֹכֶה לַתּוֹרָה שֶׁנִּתְּנָה בַּחֲמִשָּׁה קוֹלוֹת וּלְהַפֵּךְ עוֹבֵר עַל חֲמִשָּׁה קוֹלוֹת.
« Quiconque profite du repas d'un marié et ne le réjouit pas. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le mot « quiconque » vient inclure même les noces d'une fille de kohen avec un Israélite, ou d'une fille de talmid 'hakham avec un am ha-arets ; car nous disons dans Pessahim 49 : tout repas qui n'est pas de mitsva, un talmid 'hakham n'a pas le droit d'en profiter ; par exemple ? a dit Rabbi Elazar : par exemple une fille de kohen mariée à un Israélite, ou une fille de talmid 'hakham à un am ha-arets, vois-le là-bas. Cela nous apprend que même en pareil cas, s'il en profite, il est tenu de le réjouir. On peut aussi voir une allusion, avec l'aide du Ciel : simha (joie) à les mêmes lettres que hamicha (cinq), car celui qui accomplit cette mitsva de la joie mérite la Torah donnée avec cinq voix, et à l'inverse il transgresse cinq voix.
שֶׁנֶּאֱמַר: קוֹל שָׂשׂוֹן וְקוֹל שִׂמְחָה, קוֹל חָתָן וְקוֹל כַּלָּה. נִרְאֶה לִי בס"ד דְּאֵין אִשָּׁה אֶלָּא לְבָנִים, וְהַכַּוָּנָה שֶׁתִּהְיֶה כַּוָּנַת הָאָדָם כְּשֶׁיִּשָּׂא אִשָּׁה לַעֲבוֹדָתוֹ יִתְבָּרֵךְ, כְּדֵי שֶׁיּוֹלִיד בָּנִים וִיקַיֵּים מִצְוַת פְּרִיָּה וּרְבִיָּה, וְיָדוּעַ שֶׁכָּל אָדָם יְקַוֶּה שֶׁיּוֹלִיד מִן הַזִּוּוּג שֶׁלּוֹ בֵּן זָכָר בַּתְּחִלָּה, כְּדֵי שֶׁיְּקַייֵּם ב' מִצְוֹת יְקָרוֹת זֶה אַחַר זֶה שֶׁהֵם מִצְוַת מִילָה וּמִצְוַת פִּדְיוֹן, וְאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל שָׂשׂוֹן זוֹ מִילָה שֶׁנֶּאֱמַר (תְּהִלִּים קיט, קסב) שָׂשׂ אָנֹכִי עַל אִמְרָתֶךָ שִׂמְחָה זֶה יוֹם טוֹב וְכֵן הוּא אוֹמֵר (דְּבָרִים טז,יד) וְשָׂמַחְתָּ בְּחַגֶּךָ. וְכֵן כָּאן תְּחִלָּה קוֹל שָׂשׂוֹן זוֹ מִילָה, וְאַחַ"כּ קוֹל שִׂמְחָה זֶה יו"ט שֶׁל יוֹם הַפִּדְיוֹן שֶׁנַּעֲשָׂה ב חֲמִשָּׁה סְלָעִים אוֹתִיּוֹת שִׂמְחָה וְצָרִיךְ לַעֲשׂוֹתוֹ יו"ט שֶׁעוֹשִׂים בּוֹ סְעוּדָה, וְאַחַר כָּךְ קוֹל חָתָן וְקוֹל כַּלָּה שֶׁיַּשִּׂיאוּ אִשָּׁה, וְאַחַר כָּךְ קוֹל אֹמְרִים הוֹדוּ אֶת ה' צְבָאוֹת שֶׁעוֹשֶׂה לוֹ סְעוּדָה כְּשֶׁיִּכָּנֵס בְּבַר מִצְוָה וִיבָרֵךְ הָאָב בָּרוּךְ שֶׁפְּטָרַנִי מֵעָנְשׁוֹ שֶׁל זֶה שֶׁיִּתֵּן הוֹדָאָה להשי"ת, וְדוֹרוֹת הָרִאשׁוֹנִים הָיוּ מַשִּׂיאִין אֶת בְּנֵיהֶם קֹודֶם שֶׁיַּגִּיעוּ לִשְׁנַת י"ד , וְכֵן אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל מִצְוָה לְאָדָם שֶׁיַּשִּׂיא אֶת בָּנָיו וּבְנוֹתָיו סָמוּךְ לְפִרְקָן וּפָסְקָה הָרַמְבַּ"ם זַ"ל, וְרֹוב הַפּוֹסְקִים ס"ל סָמוּךְ לְפִרְקָן הַיְינוּ שָׁנָה אַחַת קֹודֶם שֶׁיִּכָּנְסוּ בְּחִיּוּב הַמִּצְוֹת וְעַייֵּן שִׂמְחַת יו"ט סִי' ט' וְיוּ"ד וְעַיֵּין שָׁם. וּבָזֶה נִיחָא לְתָרֵץ קֻושְׁייַת הָרַב סֵפֶר חֲסִידִים זַ"ל שֶׁהִקְשָׁה מַאי עוֹבֵר בַּחֲמִשָּׁה קוֹלוֹת, וְכִי אֵלּוּ הַקּוֹלוֹת מִצְוֹת אוֹ אַזְהָרוֹת דְּקָאָמַר בְּהוּ עוֹבֵר יְעֻוייַּן שָׁם, וּבָזֶה נִיחָא דְּהַכַּוָּנָה כְּאִילּוּ עוֹבֵר עַל מִצְוַת אֵלּוּ שֶׁנִּרְמְזוּ בַּחֲמִשָּׁה קוֹלוֹת הַנִּזְכָּרִים.
« Ainsi qu'il est dit : voix d'allégresse et voix de joie, voix du marié et voix de la mariée. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'une femme n'est prise que pour les enfants, c'est-à-dire que l'intention de l'homme, lorsqu'il épouse une femme, doit être pour le service du Nom béni, afin d'engendrer des enfants et d'accomplir la mitsva de pria et rivia. Or l'on sait que tout homme espère engendrer de son union un fils mâle en premier, afin d'accomplir deux mitsvot précieuses l'une après l'autre, la mitsva de la mila et la mitsva du pidyon. Et nos maîtres ont dit : sasson, c'est la mila, ainsi qu'il est dit (Ps. 119, 162) « je me réjouis de Ta parole » ; simha, c'est le yom tov, et ainsi est-il dit (Deut. 16, 14) « tu te réjouiras en ta fête ». De même ici : d'abord « voix d'allégresse », c'est la mila ; ensuite « voix de joie », c'est le yom tov du jour du pidyon, qui se fait avec cinq selaim, lettres de simha, et dont il faut faire un yom tov en y tenant un repas ; ensuite « voix du marié et voix de la mariée », qu'ils lui fassent épouser une femme ; ensuite « voix de ceux qui disent : rendez grâce à ה' Tsevaot », qu'il lui fasse un repas lorsqu'il entrera dans la bar-mitsva, et le père bénira « béni soit Celui qui m'a exempté du châtiment de celui-ci », rendant ainsi grâce au Nom béni. Les premières générations mariaient leurs enfants avant qu'ils n'atteignent l'âge de quatorze ans, et de même nos maîtres ont dit : c'est une mitsva pour l'homme de marier ses fils et ses filles à l'approche de leur maturité, et le Rambam zal l'a tranché ainsi ; la plupart des décisionnaires tiennent que « à l'approche de leur maturité » signifie un an avant qu'ils n'entrent dans l'obligation des mitsvot, vois Simhat Yom Tov chapitres 9 et 10, et vois-le là-bas. Par là se résout la difficulté du Sefer Hassidim zal, qui demandait : que signifie « il transgresse cinq voix » ? Ces voix sont-elles donc des mitsvot ou des interdits, pour qu'on dise à leur sujet « il transgresse » ? Vois-le là-bas. Selon ce qui précède, la chose est claire : le sens est qu'il est comme s'il transgressait ces mitsvot auxquelles les cinq voix mentionnées font allusion.
💡 Explication

La sentence reprend le thème du segment 16, mais lui donne un fondement scripturaire et une gravité. Le verset de Jérémie contient cinq occurrences du mot kol (voix) ; Rachi explique que ce sont les cinq voix par lesquelles Israël a été béni, en sorte que les mépriser revient à les transgresser.

Ces cinq voix vont être mises en correspondance, au segment suivant, avec les cinq voix du Sinaï.

30
וְאִם מְשַׂמְּחוֹ מַה שְּׂכָרוֹ? אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: זוֹכֶה לַתּוֹרָה שֶׁנִּתְּנָה בַּחֲמִשָּׁה קוֹלוֹת, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיְהִי בַיּוֹם הַשְּׁלִישִׁי בִּהְיֹות הַבֹּקֶר וַיְהִי קֹלֹת וּבְרָקִים וְעָנָן כָּבֵד עַל הָהָר וְקֹל שֹׁופָר וְגוֹ׳. וַיְהִי קוֹל הַשֹּׁפָר וְגוֹ׳ וְהָאֱ-לֹהִים יַעֲנֶנּוּ בְקוֹל״.

Et s'il le réjouit, quel est son salaire ? Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : il mérite la Torah, qui fut donnée avec cinq voix, ainsi qu'il est dit : « Ce fut au troisième jour, quand ce fut le matin, il y eut des voix et des éclairs, et une nuée épaisse sur la montagne, et une voix de chofar » etc. ; « et la voix du chofar allait se renforçant » etc.

« et D.ieu lui répondait par une voix » (Exode 19, 16 et 19, 19).

🪔 Ben Yehoyada (1)
וְאִם מְשַׂמְּחוֹ, מַה שְׂכָרוֹ? קָשֶׁה עַל כָּל מִצְוָה יִשְׁאַל כָּךְ וּמַאי שְׁנָא הַאי, וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּלָא תֵּימָא אֵין לוֹ שָׂכָר אֶלָּא רַק מַה שֶׁנֶּהֱנֶה מֵאוֹתָהּ סְעוּדָה זֶהוּ שְׂכָרוֹ וקמ"ל דְּיֵשׁ לוֹ שָׂכָר גָּדוֹל.
« Et s'il le réjouit, quel est son salaire ? » Il y a une difficulté : pour chaque mitsva on pourrait poser la même question ; en quoi celle-ci est-elle différente ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est pour qu'on ne dise pas qu'il n'a pas de salaire et que le seul salaire qu'il ait soit ce dont il a profité de ce repas ; cela nous apprend qu'il a un grand salaire.
💡 Explication

Le décompte se fait ainsi : « des voix » au pluriel en vaut deux, « une voix de chofar » fait trois, puis le second verset ajoute la voix du chofar qui se renforce et la voix par laquelle il fut répondu à Moche, soit cinq.

La mise en correspondance est exacte : cinq voix à la noce, cinq voix au Sinaï, ce qui fonde le salaire annoncé.

31
אֵינִי? וְהָא כְּתִיב ״וְכָל הָעָם רֹואִים אֶת הַקּוֹלֹות״!

Est-ce ainsi ? N'est-il pas écrit : « Et tout le peuple voyait les voix » (Exode 20, 15) !

💡 Explication

Objection au décompte : ce verset mentionne encore des voix, ce qui en porterait le total au-delà de cinq et ruinerait la correspondance.

32
אוֹתָן קוֹלוֹת, דְּקֹודֶם מַתַּן תּוֹרָה הֲווֹ.

Ces voix-là étaient antérieures au don de la Torah.

📜 Rachi (1)
אוֹתָן קוֹלוֹת דְּקֹודֶם מַתַּן תּוֹרָה הֲווֹ הָנָךְ קוֹלוֹת בָּתְרָאֵי הַיְינוּ הָנָךְ דְּאַייְרֵי בְּהוּ לְעֵיל וְקָאָמַר דְּנִרְאִין הָיוּ ואע"פ שֶׁהַקּוֹל אֵינוֹ נִרְאֶה זֶה נִרְאֶה:
Ces voix-là étaient antérieures au don de la Torah — les voix mentionnées en dernier sont celles dont il a été question plus haut, et il est dit qu'elles étaient visibles ; bien qu'une voix ne se voie pas, celle-ci se voyait.
💡 Explication

La réponse ne nie pas l'existence de ces voix mais les place hors du compte : elles précèdent le don de la Torah proprement dit.

Rachi ajoute une précision sur le verset : ces voix sont celles dont il a déjà été question, et l'Écriture dit qu'elles étaient visibles, alors qu'une voix ne se voit pas.

33
רַבִּי אָבָהוּ אָמַר: כְּאִילּוּ הִקְרִיב תּוֹדָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״מְבִאִים תּוֹדָה בֵּית ה׳״. רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אָמַר: כְּאִילּוּ בָּנָה אַחַת מֵחֻורְבוֹת יְרוּשָׁלַיִם, שֶׁנֶּאֱמַר ״כִּי אָשִׁיב אֶת שְׁבוּת הָאָרֶץ כְּבָרִאשֹׁונָה אָמַר ה׳״.

Rabbi Abahou a dit : c'est comme s'il avait offert un sacrifice de toda, ainsi qu'il est dit : « ceux qui apportent une toda à la maison de ה' ». Rav Nahman bar Yits'hak a dit : c'est comme s'il avait rebâti l'une des ruines de Jérusalem, ainsi qu'il est dit : « car Je ramènerai la captivité du pays comme au commencement, dit ה' ».

📜 Rachi (1)
מְבִיאִים תּוֹדָה בֵּית ה' כִּי אָשִׁיב אֶת שְׁבוּת וְגוֹ'. סֵיפֵיהּ דִּקְרָא דַּחֲמִשָּׁה קוֹלוֹת דִּלְעֵיל הוּא:
« Ceux qui apportent une toda à la maison de ה' » — « car Je ramènerai la captivité » etc. : c'est la fin du verset des cinq voix cité plus haut.
💡 Explication

Les deux salaires supplémentaires sont tirés de la suite du même verset de Jérémie qui fournissait les cinq voix. Rachi le signale expressément : ce sont les fins du verset déjà cité. Toute la sougya tient ainsi sur un seul verset, lu par tronçons successifs.

34
וְאָמַר רַבִּי חֶלְבּוֹ, אָמַר רַב הוּנָא: כָּל אָדָם שֶׁיֵּשׁ בּוֹ יִרְאַת שָׁמַיִם — דְּבָרָיו נִשְׁמָעִין, שֶׁנֶּאֱמַר: ״סוֹף דָּבָר הַכֹּל נִשְׁמָע אֶת הָאֱ-לֹהִים יְרָא וְגוֹ׳״.

Et Rabbi Helbo a dit au nom de Rav Houna : tout homme en qui il y a la crainte du Ciel, ses paroles sont écoutées, ainsi qu'il est dit : « Fin du discours, tout ayant été entendu : crains D.ieu » etc. (Ecclésiaste 12, 13).

🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל אָדָם שֶׁיֵּשׁ בּוֹ יִרְאַת שָׁמַיִם, דְּבָרָיו נִשְׁמָעִים. נִרְאֶה לִי בס"ד בָּא לְרַבּוֹת אֲפִילּוּ הוּא עָנִי דִּכְתִיב בֵּיהּ (קֹהֶלֶת ט, טז) וְחָכְמַת הַמִּסְכֵּן בְּזוּיָה וּדְבָרָיו אֵינָם נִשְׁמָעִים, עִם כָּל זֶה אִם יֵשׁ בּוֹ יִרְאַת שָׁמַיִם שְׁלֵימָה דְּבָרָיו נִשְׁמָעִים, וְנִרְאֶה לִי בס"ד טַעַם לָזֶה כִּי הַיִּרְאָה הִיא בַּמַּלְכוּת בְּסוֹד עֵקֶב עֲנָוָה יִרְאַת ה' שֶׁהִיא הַמַּלְכוּת הָנֵק' רָחֵל, וְיָדוּעַ שֶׁהַדִּיבּוּר הוּא בְּמַלְכוּת רָחֵל בְּסוֹד לֹא אִישׁ דְּבָרִים אָנֹכִי, וְלָכֵן מִי שֶׁיֵּשׁ בּוֹ יִרְאַת שָׁמַיִם דְּבָרָיו נִשְׁמָעִין, וְלָכֵן תִּמְצָא דִּבּוּר עִם הָאוֹתִיּוֹת [212 + 4 = 216] עוֹלֶה מִסְפַּר יִרְאָה [216] , עַל כֵּן דִּבּוּר הוּא לְשׁוֹן הַנְהָגָה כְּמוֹ (תְּהִלִּים מז,ד) יְדַבֵּר עַמִּים תַּחְתֵּינוּ, שע"י הַדִּבּוּר וְשֶׁיִּהְיוּ דְּבָרָיו נִשְׁמָעִים בָּזֶה יַנְהִיג אֶת הָעוֹלָם וְיִהְיֶה דָּבָר אֶחָד לָדוּר. וַעֲדַייִן יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת בְּמַאֲמַר הַנִּזְכָּר בְּאוֹמְרוֹ יֵשׁ בּוֹ והול"ל כָּל אָדָם יְרֵא שָׁמַיִם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁיֵּשׁ יִרְאָה פְּנִימִית, וְיֵשׁ חִיצוֹנִית, וְלָזֶה אָמַר בּוֹ רְצוֹנוֹ לוֹמַר בְּתוֹכוֹ וּפְנִימִיּוּתוֹ, וּמַה שֶׁאָמַר יִרְאַת שָׁמַיִם וְלֹא אָמַר יִרְאָה בִּסְתָם, וְנִרְאֶה לִי עַל פִּי מַה שֶׁאָמַר בס"ד בְּמַאֲמַר וִיהֵא מוֹרָא שָׁמַיִם עֲלֵיכֶם, שֶׁהוּא רְצוֹנוֹ לוֹמַר יִרְאַת הָרוֹמְמוּת בְּגִין דְּאִיהוּ רַב וְשַׁלִּיט עָקְרָא וְשֶׁרְשָׁא דְּכָל עָלְמִין וְזוֹ נִקְרֵאת יִרְאַת שָׁמַיִם, וְלָזֶה אָמַר כָּאן כָּל מִי שֶׁיֵּשׁ בּוֹ יִרְאַת שָׁמַיִם שֶׁהוּא יִרְאַת הָרוֹמְמוּת זֶה הוּא דְּבָרָיו נִשְׁמָעִין.
« Tout homme en qui il y a la crainte du Ciel, ses paroles sont écoutées. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que cela vient inclure même le pauvre, dont il est écrit (Ecclésiaste 9, 16) « la sagesse du pauvre est méprisée et ses paroles ne sont pas écoutées » : malgré cela, s'il y a en lui une crainte du Ciel accomplie, ses paroles sont écoutées. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, en donner la raison : la crainte est dans la malkhout, selon le sod de « le fruit de l'humilité est la crainte de ה' », qui est la malkhout appelée Rahel ; et l'on sait que la parole est dans la malkhout, Rahel, selon le sod de « je ne suis pas un homme de paroles ». C'est pourquoi celui en qui il y a la crainte du Ciel, ses paroles sont écoutées ; et tu trouveras ainsi que dibour (parole) avec les lettres [212 + 4 = 216] monte au compte de yira (crainte) [216]. De là vient que dibour est un terme de conduite, comme (Ps. 47, 4) « Il soumet des peuples sous nous » : par la parole, et par le fait que ses paroles sont écoutées, il conduira le monde et sera un seul chef pour la génération. Il reste encore à demander pourquoi l'enseignement dit « en qui il y a », alors qu'il aurait dû dire « tout homme craignant le Ciel ». Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il y a une crainte intérieure et une crainte extérieure ; c'est pourquoi il est dit « en qui il y a », c'est-à-dire au-dedans de lui, dans son intériorité. Et s'il est dit « crainte du Ciel » et non « crainte » simplement, il me semble que c'est selon ce que j'ai dit, avec l'aide du Ciel, sur l'enseignement « et que la crainte du Ciel soit sur vous » : il veut dire la crainte de l'exaltation, parce qu'Il est grand et gouverne, racine et fondement de tous les mondes, et cette crainte est appelée crainte du Ciel. C'est pourquoi il est dit ici : tout homme en qui il y a la crainte du Ciel, qui est la crainte de l'exaltation, celui-là, ses paroles sont écoutées.
💡 Explication

Nouvel enseignement de la même série. Le verset de l'Ecclésiaste est lu en rapprochant ses deux membres : « tout ayant été entendu » se dit de celui qui « craint D.ieu ».

Le Ben Ich Haï relève deux détails de formulation : pourquoi « en qui il y a » plutôt que « craignant le Ciel », et pourquoi « crainte du Ciel » plutôt que « crainte » simplement.

35
מַאי ״כִּי זֶה כָּל הָאָדָם״? אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר, אָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: כָּל הָעוֹלָם כֻּלּוֹ לֹא נִבְרָא אֶלָּא בִּשְׁבִיל זֶה.

Que signifie « car c'est là tout l'homme » ? Rabbi Elazar a dit : le Saint béni soit-Il a dit : le monde entier n'a été créé que pour celui-ci.

📜 Rachi (1)
בִּשְׁבִיל זֶה שֶׁיִּבָּרֵא זֶה:
Pour celui-ci — pour que celui-ci soit créé.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל הָעוֹלָם כֻּלּוֹ לֹא נִבְרָא אֶלָּא בִּשְׁבִיל זֶה. נִרְאֶה לִי בס"ד כַּוָּנַת תְּלָת מַאַמְרֵי רַבָּנָן אֵלּוּ, וְהוּא כִּי הָעוֹלָם נֶחֱלָק לֹג' חֲלוּקוֹת, הָא' מַה שֶׁיֵּשׁ לְפָנֵינוּ וְאֵין יָדֵינוּ מַגַּעַת בָּהֶם, שֶׁהֵם שֶׁמֶשׁ וְיָרֵחַ וְכוֹכָבִים וּמַזָּלוֹת שֶׁהֵם רוּחָנִים הַמְּאִירִים לָאָרֶץ וְלַדָּרִים עָלֶיהָ וְהֵם הַמְתַקְּנִים מֶזֶג הָאֲוִיר תָּמִיד בִּזְרִיחָתָם בַּיּוֹם וּבַלַּיְלָה, וְהַב' בְּנֵי אָדָם שׁוֹכְנֵי אֶרֶץ אֲשֶׁר יָצַר הקב"ה אֶת הָאָדָם בְּחָכְמָה וְנִקְרָא עוֹלָם בִּפְנֵי עַצְמוֹ וְהוּא בִּרְיָה הַמְשֻׁובַּחַת שֶׁבַּבְּרִיּוֹת, וְהַג' הוּא מִן הַחַי שֶׁהוּא בְּהֵמוֹת חַיּוֹת וְעוֹפוֹת וּבִכְלָלָם גַּם כֵּן מִינֵי הַצּוֹמֵחַ אַלָּנוֹת וּדְשָׁאִים וְגַם נִכְלָל עִמָּהֶם מִינֵי הַדּוֹמֵם. וְהִנֵּה ר"א דִּבֵּר כְּנֶגֶד מִין הָא' שֶׁהֵם שֶׁמֶשׁ וְיָרֵחַ וְכוֹכָבִים שֶׁהֵם רוּחָנִים, וְרַבִּי אַבָּא בַּר כָּהֲנָא דִּבֵּר כְּנֶגֶד מִין הַב' שֶׁהֵם אָדָם שֶׁכָּל אֶחָד נִקְרָא עוֹלָם קָטָן וְזֶה הַצַּדִּיק שָׁקוּל בְּעַד כֻּולָּם, עַל דֶּרֶךְ שֶׁאָמְרוּ אִשָּׁה אַחַת יָלְדָה שִׁשִּׁים רִבּוֹא בְּכָרֵס אֶחָד וּמָנוּ יוֹכֶבֶד שֶׁיָּלְדָה מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה שֶׁשָּׁקוּל כְּנֶגֶד כָּל יִשְׂרָאֵל, וְרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן עַזַּאי דִּבֵּר כְּנֶגֶד מִין הַשְּׁלִישִׁי הֲנֵז', וְהָא דִּנְקַט בָּזֶה לָשׁוֹן לְצַוּוֹת וְלָא נָקֵיט כִּדְנָקֵיט ר"א, הַייְנוּ כִּי ר"א מְדַבֵּר בְּמִין הָא' שֶׁהֵם שֶׁמֶשׁ וְיָרֵחַ וְאֵלּוּ גַּם הַצַּדִּיק נֶהֱנֶה מֵהֶם הֵן מִצַּד אוֹרָם הֵן מִצַּד מִיתּוּק הָאֲוִיר שֶׁיִּתְמַתֵּק עַל יָדָם, אֲבָל רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן עַזַּאי מְדַבֵּר בַּמִּין הַג' שֶׁהֵם חַי וְצוֹמֵחַ וְהַדּוֹמֵם, וְהַצַּדִּיק אֵין לוֹ הֲנָאָה שְׁלֵימָה מֵהֶם כִּי הוּא מְקַייֵּם בְּעַצְמוֹ פַּת בְּמֶלַח תֹּאכַל וּמַיִם בִּמְשׂוּרָה תִּשְׁתֶּה וְעַל הָאָרֶץ תִּישַׁן וּבַתּוֹרָה אַתָּה עָמֵל, וְכֵן אָמַר רַבֵּינוּ הַקָּדוֹשׁ לֹא נֶהֱנֵיתִי אֲפִילּוּ בְּאֶצְבַּע קְטַנָּה, וְר' חֲנִינָא בֶּן דּוֹסָא דַּי לוֹ בְּקַב חָרוּבִין, וְלָכֵן בַּחֲלֻוקָּה זוֹ אָמַר לְצַוּוֹת לָזֶה, כְּלוֹמַר יִהְיֶה לַצַּדִּיק הִתְחַבְּרוּת עִם בְּרִיּוֹת אֵלּוּ כְּדֵי לְבָרֵר מֵהֶם נִיצוֹצֵי הַקְּדֻושָּׁה וּלְתַקְּנָם וְדוֹק. וּבָזֶה הַבֵּיאוּר שֶׁבֵּיאַרְנוּ שֶׁכָּל אֶחָד מְדַבֵּר בַּחֲלֻוקָּה אַחַת, יְתֹורַץ דִּקְדּוּק גָּדוֹל אֲשֶׁר לֹא רְאִיתִיו בַּמְפָרְשִׁים וְהוּא דִּקְדּוּק עָצוּם אֵיךְ יָבִיא דִּבְרֵי רַ' שִׁמְעוֹן בֶּן עֲזַאי שֶׁהוּא תַּנָּא אַחַר דִּבְרֵי הָאָמוֹרָאִים, וּלְפִי מַה שֶׁכָּתַבְתִּי בס"ד יְתֹורַץ שַׁפִּיר דְּנָקֵיט חֲלוּקוֹת הַדָּבָר לְפִי חֲשִׁיבוּתָם, תְּחִלָּה בַּשֶּׁמֶשׁ וְיָרֵחַ, וְאַחֲרָיו בְּנֵי אָדָם, וְאַחַר הַכֹּל הַחַי וְהַצּוֹמֵחַ וְהַדּוֹמֵם.
« Le monde entier n'a été créé que pour celui-ci. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention de ces trois enseignements de nos maîtres est la suivante. Le monde se divise en trois parts. La première est ce qui est devant nous sans que notre main y atteigne : le soleil, la lune, les étoiles et les constellations, qui sont spirituels, éclairent la terre et ceux qui l'habitent, et règlent constamment le mélange de l'air par leur lever, le jour et la nuit. La deuxième, ce sont les hommes qui habitent la terre : le Saint béni soit-Il a formé l'homme avec sagesse, il est appelé un monde à lui seul et il est la créature la plus louée des créatures. La troisième est le vivant, bétail, animaux et oiseaux, et avec eux les espèces du végétal, arbres et herbes, ainsi que les espèces du minéral. Or Rabbi Elazar a parlé de la première espèce, le soleil, la lune et les étoiles, qui sont spirituels ; Rabbi Abba bar Kahana a parlé de la deuxième espèce, les hommes, dont chacun est appelé un petit monde, et ce juste vaut autant qu'eux tous, à la manière de ce qu'ils ont dit : une seule femme a enfanté soixante myriades en un seul ventre, à savoir Yokhéved, qui enfanta Moche notre maître, la paix soit sur lui, lequel vaut autant que tout Israël ; et Rabbi Chimon ben Azzai a parlé de la troisième espèce mentionnée. S'il a employé ici le terme « pour tenir compagnie » et non le terme employé par Rabbi Elazar, c'est parce que Rabbi Elazar parle de la première espèce, le soleil et la lune, dont le juste aussi tire profit, tant par leur lumière que par l'adoucissement de l'air qu'ils procurent ; tandis que Rabbi Chimon ben Azzai parle de la troisième espèce, le vivant, le végétal et le minéral, dont le juste n'a pas un plein profit, car il accomplit en lui-même « tu mangeras du pain avec du sel, tu boiras de l'eau avec mesure, tu dormiras sur la terre et tu peineras dans la Torah » ; ainsi Rabbenou ha-Kadoch a dit : je n'ai pas joui de ce monde, même du petit doigt, et Rabbi Hanina ben Dossa se contentait d'un kav de caroubes. C'est pourquoi, pour cette part, il est dit « pour tenir compagnie à celui-ci », c'est-à-dire que le juste aura un lien avec ces créatures afin d'en extraire les étincelles de sainteté et de les réparer ; examine-le bien. Et par cette explication, selon laquelle chacun parle d'une part distincte, se résout une difficulté considérable que je n'ai pas vue chez les commentateurs : comment amener les paroles de Rabbi Chimon ben Azzai, qui est un tana, après celles des amoraim ? Selon ce que j'ai écrit, avec l'aide du Ciel, cela se résout bien : il énonce les parts selon leur importance, d'abord le soleil et la lune, puis les hommes, et après tout cela le vivant, le végétal et le minéral.
💡 Explication

La fin du verset de l'Ecclésiaste, « car c'est là tout l'homme », est prise comme une évaluation : cet homme vaut la totalité. Rachi lit la formule au sens le plus fort : le monde à été créé pour que celui-ci soit créé.

Trois énoncés vont se succéder ; le Ben Ich Haï montre qu'ils ne se répètent pas mais portent chacun sur une part distincte du monde.

🖼️ Schéma
Trois maîtres, trois parts du monde (Ben Ich Haï) Pourquoi trois formules différentes, et pourquoi le tana Ben Azzai vient en dernier. Rabbi Elazar le monde entier n'a été créé que pour celui-ci Le ciel soleil, lune, étoiles, constellations Le juste en jouit pleinement : leur lumière, l'air qu'ils adoucissent Rabbi Abba bar Kahana celui-ci vaut autant que le monde entier Les hommes chacun est appelé un petit monde Comme Moche, qui vaut autant que tout Israël Ben Azzai (ou Ben Zoma) le monde entier n'a été créé que pour lui tenir compagnie Vivant, végétal, minéral ce dont le juste use avec mesure Il n'en jouit pas pleinement : son lien est de relever les étincelles La difficulté résolue L'ordre n'est pas chronologique : Ben Azzai est un tana et vient pourtant après les amoraim. Les trois parts sont rangées selon leur rang, du ciel jusqu'au minéral.
La lecture du Ben Ich Haï : chacun des trois maîtres parle d'une part différente du monde, ce qui explique aussi l'ordre des trois énoncés.
36
רַבִּי אַבָּא בַּר כָּהֲנָא אָמַר: שָׁקוּל זֶה כְּנֶגֶד כָּל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ, רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן עַזַּאי אוֹמֵר, וְאָמְרִי לַהּ רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן זוֹמָא אוֹמֵר: כָּל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ לֹא נִבְרָא אֶלָּא לִצְווֹת לָזֶה.

Rabbi Abba bar Kahana a dit : celui-ci vaut autant que le monde entier. Rabbi Chimon ben Azzai dit — et certains disent Rabbi Chimon ben Zoma — : le monde entier n'a été créé que pour tenir compagnie à celui-ci.

📜 Rachi (1)
לְצַוּוֹת שֶׁל"ווץ בְּלַעַ"ז:
Pour tenir compagnie — chelvots en langue vernaculaire.
💡 Explication

Trois formulations en gradation : le monde créé pour lui, le monde équivalent à lui, le monde créé pour lui tenir compagnie. La dernière fait de la création entière un entourage donné à un seul homme, afin qu'il ait une société où vivre.

37
וְאָמַר רַבִּי חֶלְבּוֹ, אָמַר רַב הוּנָא: כָּל שֶׁיּוֹדֵעַ בַּחֲבֵרוֹ שֶׁהוּא רָגִיל לִיתֵּן לוֹ שָׁלוֹם, יַקְדִּים לוֹ שָׁלוֹם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״בְּקַשׁ שָׁלוֹם וְרַדְּפֵהוּ״. וְאִם נָתַן לוֹ וְלֹא הֶחֱזִיר — נִקְרָא ״גַּזְלָן״, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְאַתֶּם בִּעַרְתֶּם הַכֶּרֶם גְּזֵלַת הֶעָנִי בְּבָתֵּיכֶם״.

Et Rabbi Helbo a dit au nom de Rav Houna : quiconque sait de son compagnon qu'il a coutume de le saluer doit le saluer le premier, ainsi qu'il est dit : « Recherche la paix et poursuis-la » (Ps. 34, 15).

Et s'il l'a salué et qu'il ne lui a pas rendu son salut, il est appelé « voleur », ainsi qu'il est dit : « C'est vous qui avez dévoré la vigne, la dépouille du pauvre est dans vos maisons » (Isaie 3, 14).

📜 Rachi (1)
גְּזֵלַת הֶעָנִי וַהֲלֹא אַף גְּזֵלַת הֶעָשִׁיר גְּזֵלָה הִיא אֶלָּא גְּזֵלַת הֶעָנִי שֶׁאֵין לוֹ כְּלוּם לִגְזוֹל מִמֶּנּוּ אֶלָּא שֶׁלֹּא לְהָשִׁיב עַל שְׁלוֹמוֹ:
La dépouille du pauvre — mais le vol commis sur le riche est lui aussi un vol ! Il s'agit donc de la dépouille du pauvre, qui n'a rien qu'on puisse lui voler, sinon de ne pas répondre à son salut.
🪔 Ben Yehoyada (2)
כָּל שֶׁיּוֹדֵעַ בַּחֲבֵרוֹ שֶׁהוּא רָגִיל לִתֵּן לוֹ שָׁלוֹם, יַקְדִּים לוֹ שָׁלוֹם. נִרְאֶה לִי בס"ד בָּא לְרַבּוֹת בְּתֵיבַת 'כֹּל' שֶׁדֶּרֶךְ הָעוֹלָם הָעֻובָּר נוֹתֵן שָׁלוֹם לְיוֹשֵׁב וכמ"ש בְּיַלְקוּט רְאוּבֵנִי, וּבָא כֹּהֵן לוֹמַר לָא מִבָּעֲיָא אִם הוּא הָיָה מְהַלֵּךְ וּפָגַע בַּחֲבֵירוֹ דְּוַדַּאי צָרִיךְ שֶׁיַּקְדִּים לוֹ שָׁלוֹם, אֶלָּא אֲפִילּוּ הוּא הָיָה יוֹשֵׁב וַחֲבֵירוֹ מְהַלֵּךְ עכ"ז יַקְדִּים שָׁלוֹם לַחֲבֵירוֹ, וּבָזֶה נִיחָא לְתָרֵץ דִּקְדּוּק אַחֵר כֵּיוָן דְּאַיְּירִי בַּחֲבֵירוֹ שֶׁרָגִיל לָתֵת לוֹ שָׁלוֹם לָמָּה לֹא הִקְדִּים לוֹ חֲבֵירוֹ עַתָּה וּכְפִי הָאָמוּר יָבֹא נָכוֹן כִּי הֵם לֹא פָּגְעוּ זֶה בָּזֶה כְּדֵי שֶׁיִּרְאֵהוּ חֲבֵירוֹ וְיַקְדִּים לוֹ כְּדַרְכּוֹ, אֶלָּא חֲבֵירוֹ עוֹבֵר וְהוּא יוֹשֵׁב, וְעַל הָרֹוב יִזְדַּמֵּן שֶׁהָעֻובָּר עֵינָיו צוֹפִים וְרוֹאִין לְנֹכַח וְאֵינוֹ מַבִּיט וְרוֹאֶה בַּצְּדָדִין, וְלָכֵן זֶה שֶׁהָיָה יוֹשֵׁב מִן הַצַּד לֹא רָאָהוּ חֲבֵירוֹ כְּדֵי שֶׁיַּקְדִּים לוֹ שָׁלוֹם כְּמִנְהָגוֹ. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד מַה שֶׁבָּא לְרַבּוֹת בְּתֵיבַת 'כֹּל' וְהַייְנוּ שֶׁיֵּשׁ מִנְהָג שֶׁהַמַּקְדִּים לִיתֵּן שָׁלוֹם מְשִׁיבִים לוֹ שָׁלוֹם בַּתּוֹסֶפֶת, שֶׁהוּא יֹאמַר שָׁלוֹם עֲלֵיכֶם וְהֵם מְשִׁיבִים עֲלֵיכֶם שָׁלוֹם בְּרָכָה וְטוֹבָה, וְיֵשׁ מִנְהָג אַחֵר שֶׁשָּׁוִים הַנּוֹתֵן וְהַמֵּשִׁיב, זֶה אוֹמֵר שָׁלוֹם עֲלֵיכֶם, וְזֶה מֵשִׁיב עֲלֵיכֶם שָׁלוֹם, וְזֶה שֶׁאָמַר כֹּל שֶׁיּוֹדֵעַ וְכוּ' רְצוֹנוֹ לוֹמַר לָא מִבָּעֲיָיא בְּאַתְרָא דְּמִנְהָגָם שֶׁהַמֵּשִׁיב יָשִׁיב שָׁלוֹם בְּתוֹסֶפֶת בְּרָכָה לְהַנּוֹתֵן לוֹ שָׁלוֹם, דְּוַדַּאי עֵצָה טוֹבָה הוּא לְאָדָם שֶׁיַּקְדִּים שָׁלוֹם כְּדֵי שֶׁיַּרְוִיחַ הֲשָׁבַת שָׁלוֹם בְּתוֹסֶפֶת בְּרָכָה, אֶלָּא גַּם בְּאַתְרָא דִּנְהִיגִי שֶׁהַמֵּשִׁיב לֹא יָשִׁיב שָׁלוֹם בְּתוֹסֶפֶת בְּרָכָה דְּבָזֶה אֵין לְהַמַּקְדִּים רִיוַּח מֵחֲמַת הַקְדָּמָתוֹ, עִם כָּל זֶה יִזָּהֵר לְהַקְדִּים שָׁלוֹם.
« Quiconque sait de son compagnon qu'il a coutume de le saluer doit le saluer le premier. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le mot « quiconque » vient inclure ceci : l'usage du monde est que celui qui passe salue celui qui est assis, comme l'écrit le Yalkout Reouveni ; et il vient dire qu'il n'est pas seulement question du cas où il marchait et a rencontré son compagnon, auquel cas il doit assurément le saluer le premier, mais que même s'il était assis et son compagnon en marche, il doit malgré tout saluer son compagnon le premier. Par là se résout une autre difficulté : puisqu'il s'agit d'un compagnon qui a coutume de le saluer, pourquoi ce compagnon ne l'a-t-il pas salué le premier cette fois ? Selon ce qui a été dit, cela se comprend bien : ils ne se sont pas rencontrés de façon que le compagnon le voie et le salue selon son habitude, mais le compagnon passait tandis que lui était assis ; et le plus souvent il arrive que celui qui passe à les yeux fixés devant lui et ne regarde pas sur les côtés, en sorte que celui qui était assis sur le côté n'a pas été vu par son compagnon, qui l'aurait salué le premier selon son usage. D'une autre manière, il me semble, avec l'aide du Ciel, que le mot « quiconque » vient inclure ceci : il y a un usage selon lequel on répond à celui qui salue le premier par un salut augmenté, il dit « chalom aleikhem » et on lui répond « aleikhem chalom, bénédiction et bien » ; et il y a un autre usage où celui qui donne et celui qui répond sont égaux, l'un dit « chalom aleikhem » et l'autre répond « aleikhem chalom ». C'est ce que dit « quiconque sait » etc. : non seulement dans un lieu où l'usage est que celui qui répond ajoute une bénédiction au salut de celui qui l'a salué, auquel cas c'est assurément un bon conseil pour l'homme de saluer le premier afin de gagner un salut rendu avec une bénédiction supplémentaire, mais même dans un lieu où l'usage est que celui qui répond n'ajoute pas de bénédiction, et où celui qui salue le premier n'a donc aucun gain de son initiative, même là il prendra garde de saluer le premier.
שֶׁנֶּאֱמַר: וְאַתֶּם בִּעַרְתֶּם הַכֶּרֶם גְּזֵלַת הֶעָנִי בְּבָתֵּיכֶם. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י זַ"ל גְּזֵלַת הֶעָנִי שֶׁאֵין לוֹ כְּלוּם לִגְזוֹל מִמֶּנּוּ, וְיֵשׁ לְהַקְשׁוֹת וַהֲלֹא כְּתִיב לֹא תַעֲשֹׁק שָׂכִיר עָנִי וְאֶבְיוֹן וְכוּ' כִּי עָנִי הוּא וְאֵלָיו הוּא נֹושֵׂא אֶת נַפְשׁוֹ, וא"כ שַׁיָּיךְ בֵּיהּ גְּזֵלָה שֶׁיִּגְזֹול שְׂכָרוֹ בַּעֲבוֹדָתוֹ? לָכֵן נִרְאֶה לִי בס"ד דְּדָיֵיק הָכִי דְּאִם הוּא גְּזֵלַת מָמוֹן, לָמָּה נָקֵיט עָנִי יֹאמַר גְּזֵילָה סְתָם הַשָּׁייְכָה בְּכָל אָדָם, אֶלָּא וַדַּאי דְּקָאֵי עַל גְּזֵלַת הַשָּׁלוֹם, וּלְהָכִי נָקֵיט עָנִי דִּגְזָלָהּ זוֹ לָא שָׁייְכָה בְּעָשִׁיר דְּמֶה הֶפְסֵד יֵשׁ לָהֶם בַּהֲשָׁבַת שָׁלוֹם אֵלָיו, אַדְּרַבָּה אֹהֲבֵי עָשִׁיר רַבִּים, אֲבָל הֶעָנִי יִגְזְלוּ הַשָּׁלוֹם מִמֶּנּוּ, הֵן מֵחֲמַת שֶׁהוּא בָּזוּי בְּעֵינֵיהֶם, הֵן מֵחֲמַת דְּחוֹשְׁשִׁים פֶּן יְבַקֵּשׁ מֵהֶם מָמוֹן בְּהַלְוָואָה אוֹ בְּתוֹרַת צְדָקָה.
« Ainsi qu'il est dit : c'est vous qui avez dévoré la vigne, la dépouille du pauvre est dans vos maisons. » Rachi zal a expliqué : « la dépouille du pauvre », qui n'a rien qu'on puisse lui voler. Il y a lieu de demander : n'est-il pas écrit « tu n'opprimeras pas le salarié pauvre et indigent » etc., « car il est pauvre et il y porte son âme » ? La spoliation lui est donc bien applicable, en ce qu'on lui volerait le salaire de son travail. Il me semble donc, avec l'aide du Ciel, que la précision est celle-ci : s'il s'agissait d'un vol d'argent, pourquoi mentionner le pauvre ? Il aurait dit « vol » simplement, ce qui vaut pour tout homme. Il faut donc bien que cela porte sur le vol du salut ; et s'il mentionne le pauvre, c'est que ce vol-là ne s'applique pas au riche, car quelle perte auraient-ils à lui rendre son salut ? Au contraire, nombreux sont ceux qui aiment le riche. Mais au pauvre ils volent le salut, tant parce qu'il est méprisé à leurs yeux que parce qu'ils craignent qu'il ne leur demande de l'argent en prêt ou au titre de la tsedaka.
💡 Explication

Dernier enseignement de la série, et fin du folio. L'obligation dépasse le devoir de rendre le salut : il faut devancer. Le verset des Psaumes fournit le terme de poursuite, déjà employé au segment 8 pour l'entrée à la synagogue.

La qualification de gazlan (voleur) tient à la difficulté que Rachi soulève : le vol du riche est aussi un vol, et si l'Écriture mentionne le pauvre, c'est qu'il s'agit d'un homme à qui l'on ne peut rien prendre d'autre que son salut.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).