Sougya : Le folio poursuit la série des enseignements de Rabbi Yo'hanan au nom de Rabbi Yossi. Il s'ouvre sur la prière du Saint béni soit-Il, dont le texte est rapporté par Rav, puis sur le récit de Rabbi Ichmael ben Elicha entrant dans le Saint des saints et bénissant son Créateur, d'où l'on apprend à ne pas tenir pour légère la bénédiction d'un homme ordinaire.
Vient ensuite une longue sougya sur la colère divine : on n'apaise pas quelqu'un en pleine colère, la colère du Ciel dure un rega, un cinquante-huit-mille-huit-cent-quatre-vingt-huitième d'heure, et Bilam seul savait viser cet instant. Suivent le signe du coq, l'épisode de Rabbi Yehochoua ben Levi qui renonce à maudire, et la cause de cette colère quotidienne : les rois qui se prosternent devant le soleil.
Le folio passe alors aux trois demandes de Moche, à la grande question du juste qui souffre et du méchant qui prospère, aux trois récompenses gagnées au buisson ardent et au nœud des tefilin montré à Moche. Il s'achève sur la règle selon laquelle une parole de bien sortie de la bouche de D.ieu ne se rétracte pas, vérifiée sur la promesse faite à Moche et accomplie dans la descendance de Rehavia.
Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Yossi : d'où sait-on que le Saint béni soit-Il prie ? De ce qu'il est dit : « Je les amènerai à Ma montagne sainte et Je les réjouirai dans la maison de Ma prière » (Is.
56, 7). Il n'est pas dit « leur prière », mais « Ma prière » — de là, que le Saint béni soit-Il prie.
Le verset parle du Temple, et l'usage aurait voulu qu'on l'appelle la maison de leur prière, celle de ceux qui y montent. Le texte dit tefilati, Ma prière. Rabbi Yo'hanan lit ce possessif au sens strict : la prière dont il s'agit est celle de Celui qui parle.
Cette lecture ouvre la sougya : elle appelle immédiatement la question du segment suivant, qui demande le contenu de cette prière.
Que prie-t-Il ?
Rav Zoutra bar Tovia a dit au nom de Rav : « Que ce soit Ma volonté que Ma miséricorde soumette Ma colère, que Ma miséricorde déborde sur Mes attributs, que Je Me conduise avec Mes enfants selon la mesure de miséricorde, et que J'entre pour eux en deçà de la ligne du droit. »
La prière est faite de quatre demandes qui vont en s'approfondissant. La première maîtrise la colère par la miséricorde ; la deuxième fait passer la miséricorde au-dessus des autres midot, attributs, par lesquels Israël est frappé ; la troisième demande que cela devienne une conduite effective ; la quatrième demande lifnim mi-chourat ha-din, en deçà de la ligne du droit, soit moins que ce que la stricte justice permettrait d'exiger.
La difficulté que relève le Ben Ich H'ai est immédiate : une prière adressée à soi-même n'a pas d'objet apparent, puisque celui qui la formule peut faire ce qu'il veut. Sa réponse tient à l'usage qu'en feront plus tard les défenseurs d'Israël.
Il a été enseigné dans une baraita : Rabbi Ichmael ben Elicha a dit : une fois, je suis entré pour offrir l'encens dans le lieu le plus intérieur, et j'ai vu Akatriel Ya, ה' Tsevaot, assis sur un trône haut et élevé, qui m'a dit : « Ichmael, Mon fils, bénis-Moi. » Je Lui ai dit : « Que ce soit Ta volonté que Ta miséricorde soumette Ta colère, que Ta miséricorde déborde sur Tes attributs, que Tu Te conduises avec Tes enfants selon la mesure de miséricorde, et que Tu entres pour eux en deçà de la ligne du droit. » Et Il m'a fait un signe de la tête. Cela nous enseigne que la bénédiction d'un homme ordinaire ne doit pas être légère à tes yeux.
Le récit est celui d'un grand prêtre au jour de Kippour, dans le Saint des saints. Le nom Akatriel, formé sur keter, couronne, est un des noms par lesquels la tradition désigne la souveraineté divine.
La bénédiction que Rabbi Ichmael prononce est mot pour mot la prière rapportée au nom de Rav, transposée à la deuxième personne. Rachi précise le sens du signe de tête : une reconnaissance de la bénédiction, comme celui qui répond amen.
La leçon tirée du récit porte sur autrui : si une telle bénédiction a été demandée et reçue, la bénédiction d'un hedyot, un homme sans titre, garde son poids.
Et Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Yossi : d'où sait-on qu'on n'apaise pas un homme au moment de sa colère ? De ce qu'il est écrit : « Ma face ira et Je te donnerai le repos » (Ex.
33, 14). Le Saint béni soit-Il dit à Moche : attends-Moi jusqu'à ce que passe la face de fureur, et Je te donnerai le repos.
La scène est celle qui suit la faute du veau d'or : Moche demande le retour de la présence divine. La réponse joue sur le mot panim, face. Rabbi Yo'hanan la lit comme une demande de délai : que passe d'abord la face de colère.
La règle de conduite qu'on en tire vaut entre hommes : la demande adressée à quelqu'un en pleine colère n'a pas sa chance ; il faut laisser le moment s'écouler.
Et y a-t-il une colère devant le Saint béni soit-Il ?
La question ne porte pas sur un fait mais sur la convenance du terme : peut-on parler de ritha, colère, à l'égard de Celui qui n'a ni corps ni passion. La guemara va y répondre par une baraita, donc par une source, plutôt que par un raisonnement.
Le Ben Ich H'ai déplace la difficulté : les mots de colère sont fréquents dans l'Écriture, et la question devrait donc être réglée d'avance. Il répond que l'étonnement porte précisément sur le mot panim du verset précédent, terme qui désigne l'attribut de 'hessed, où une retenue du flux ne se conçoit pas sans mettre en cause l'existence des mondes.
Oui, car il a été enseigné dans une baraita : « et D.ieu est furieux chaque jour » (Ps. 7, 12).
Et combien dure Sa fureur ? Un réga, un instant.
Et combien vaut un réga ? Un cinquante-huit-mille-huit-cent-quatre-vingt-huitième d'heure — voilà le réga.
Et aucune créature ne peut viser cette heure-là, hormis Bilam le méchant, dont il est écrit : « et il connaît la pensée du Très-Haut » (Nb. 24, 16).
Le folio donne une mesure chiffrée : la fureur dure un réga, défini comme la 58 888e partie d'une heure. La précision du nombre appartient au genre de l'aggada, où la petitesse extrême de la durée est le point.
Le verset appliqué à Bilam, ve-yodea daat Elyon, est cité comme la seule exception : il aurait su repérer cet instant. La guemara du segment suivant va en restreindre aussitôt la portée.
Or, la pensée de son animal, il ne la connaissait pas ; et la pensée du Très-Haut, il la connaissait ?
L'objection est un kal va-homer implicite tiré du récit de l'ânesse. Rachi renvoie à Avoda Zara, premier chapitre, où l'épisode est exposé.
Plutôt : cela enseigne qu'il savait viser cette heure-là où le Saint béni soit-Il est en colère.
La réponse réduit le verset à son minimum : le savoir de Bilam ne portait pas sur le contenu de la pensée divine, mais sur le repérage d'un moment. Le mot lekhaven, viser, est le terme technique de cette précision temporelle.
Et c'est ce que le prophète a dit à Israël : « Mon peuple, souviens-toi donc de ce qu'avait projeté Balak roi de Moab », etc. (Michee 6, 5).
Que signifie « afin que tu connaisses les actes de justice de ה' » ?
Rabbi Elazar a dit : le Saint béni soit-Il leur a dit : sachez combien d'actes de justice J'ai faits avec vous, en ce que Je ne Me suis pas mis en colère aux jours de Bilam le méchant ; car si Je M'étais mis en colère, il ne serait pas resté des ennemis d'Israël un survivant ni un rescapé.
L'expression sonehem chel Israël, les ennemis d'Israël, est un euphémisme que la guemara emploie pour éviter d'énoncer un malheur sur Israël lui-même.
Les Tossefot posent une question de mesure : dans un temps aussi court, que Bilam aurait-il eu le temps de dire ? Ils donnent deux réponses. Selon la première, un mot suffit, koulam, tous. Selon la seconde, l'essentiel est de commencer la malédiction dans cet instant, la suite prononcée ensuite gardant sa force.
Et c'est ce que Bilam a dit à Balak : « Comment maudirais-je celui que D.ieu n'a pas maudit, et comment vouerais-je à la fureur celui que ה' n'a pas voué à la fureur ? » (Nb. 23, 8) — cela enseigne que tous ces jours-là, Il n'a pas été furieux.
Et combien dure Sa fureur ? Un réga.
Et combien vaut un réga ? Rabbi Avin a dit, et certains disent Rabbi Avina : un réga dure le temps de le dire.
Une seconde mesure du réga est donnée, cette fois sans chiffre : la durée qu'il faut pour prononcer le mot lui-même. Le Ben Ich H'ai distingue les deux mesures en les rapportant à deux colères différentes.
Et d'où savons-nous qu'Il est en colère un réga ? De ce qu'il est dit : « car un instant dans Sa colère, une vie dans Sa faveur » (Ps.
30, 6). Et si tu veux, dis plutôt d'ici : « Cache-toi un court instant, jusqu'à ce que la fureur soit passée » (Is.
26, 20).
Et quand est-Il en colère ? Abaye a dit : dans ces trois premières heures, lorsque la crête du coq blanchit et qu'il se tient sur une seule patte.
Abaye donne un signe observable, pris sur un animal. Le moment est situé dans les trois premières heures du jour, et la marque est double : la crête blanchie et la station sur une patte.
Le Ben Ich H'ai lie ce signe à l'attribut de guevoura, dont le coq est le symbole d'après la bénédiction du matin, et lit la station sur une seule patte comme la marque de la rigueur seule agissante.
Mais à chaque heure aussi il se tient ainsi !
À chaque heure, il y a en elle des veinules rouges ; à cette heure-là, il n'y a pas en elle de veinules rouges.
Le signe est affiné : la posture seule ne distingue rien, puisqu'elle se répète. Le critère discriminant est l'absence des chourayki soumki, les veinules rouges de la crête. Rachi glose ce mot par un terme de son parler.
Un certain min qui se trouvait dans le voisinage de Rabbi Yehochoua ben Levi le tourmentait beaucoup par des versets. Un jour, il prit un coq, le plaça entre les pieds de son lit et l'observa, pensant : quand arrivera cette heure-là, je le maudirai.
Quand cette heure-là arriva, il s'endormit. Il dit : apprends de là qu'il n'est pas dans l'ordre des choses d'agir ainsi.
Et il est écrit : « et Sa miséricorde est sur toutes Ses œuvres » (Ps. 145, 9).
Rabbi Yehochoua ben Levi met en pratique le signe d'Abaye et prépare une malédiction. Le sommeil qui le prend au moment voulu est lu par lui comme une réponse du Ciel.
Les Tossefot résolvent la tension avec la halakha connue selon laquelle on fait descendre les minim dans la fosse sans les en retirer : cette règle vaut par la main des hommes, tandis qu'obtenir leur mort par la main du Ciel sort de la voie ordinaire.
Et il est écrit : « punir le juste aussi n'est pas bien » (Pr. 17, 26).
Rachi précise le sens du verset : la lecture retenue porte sur le juste comme sujet, non comme objet — il n'est pas bien pour un juste d'infliger un châtiment aux créatures.
Il a été enseigné au nom de Rabbi Meir : à l'heure où le soleil se lève, et que tous les rois d'orient et d'occident posent leurs couronnes sur leurs têtes et se prosternent devant le soleil, aussitôt le Saint béni soit-Il Se met en colère.
La cause de la colère quotidienne est donnée : un acte de culte rendu au soleil au moment de son lever, répété chaque jour, ce qui explique la régularité de l'instant.
Le Ben Ich H'ai s'arrête sur un détail apparemment inutile, la couronne posée sur la tête. Il y voit ce qui fait de ce geste une idolâtrie : la couronne signifie que ces rois rapportent leur pouvoir au soleil.
Et Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Yossi : un seul mouvement de contrition dans le cœur d'un homme vaut mieux que bien des flagellations, ainsi qu'il est dit : « et elle poursuivra ses amants », etc., « et elle dira : j'irai et je retournerai à mon premier mari, car j'étais mieux alors que maintenant » (Ochée 2, 9). Et Rech Lakich a dit : mieux que cent flagellations, ainsi qu'il est dit : « une réprimande pénètre plus dans un homme intelligent que cent coups dans un sot » (Pr.
17, 10).
Mardout désigne ici un mouvement intérieur de soumission et de regret, distinct de la peine infligée du dehors. Rachi le glose par les termes de ridouy et de hakhnaa, et souligne que l'homme se l'impose de lui-même.
Le verset d'Ochée décrit une femme qui, ne trouvant plus d'appui chez ses amants, se dit à elle-même qu'elle était mieux avant. Rabbi Yo'hanan lit dans ce retournement intérieur ce qui a plus d'effet que la sanction.
La troisième glose de Rachi est une note de grammaire sur le mot tehat du verset des Proverbes : la vocalisation déplace l'accent pour marquer qu'il s'agit d'un substantif et non d'un verbe.
Et Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Yossi : trois choses Moche a demandées devant le Saint béni soit-Il, et Il les lui a données. Il a demandé que la Chekhina repose sur Israël, et Il les lui a données, ainsi qu'il est dit : « n'est-ce pas en ce que Tu marches avec nous » (Ex.
33, 16).
Rachi indique la preuve que les trois demandes ont été accordées : à la fin de la requête de Moche, le texte dit « cette parole aussi que tu as dite, Je la ferai » (Ex. 33, 17).
Il a demandé que la Chekhina ne repose pas sur les idolâtres, et Il les lui a données, ainsi qu'il est dit : « et nous serons distingués, moi et Ton peuple » (Ex. 33, 16).
Il a demandé à connaître les voies du Saint béni soit-Il, et Il les lui a données, ainsi qu'il est dit : « fais-moi connaître Tes voies » (Ex. 33, 13).
Il dit devant Lui : Maître du monde ! Pourquoi y a-t-il un juste et il lui va bien, un juste et il lui va mal, un méchant et il lui va bien, un méchant et il lui va mal ?
Il lui dit : Moche, juste et il lui va bien — juste fils de juste ; juste et il lui va mal — juste fils de méchant ; méchant et il lui va bien — méchant fils de juste ; méchant et il lui va mal — méchant fils de méchant.
La troisième demande porte sur les derakhim, les voies de la conduite divine. Rachi précise aussitôt de quoi il s'agit : la manière dont Sa justice procède, et c'est la question des quatre cas.
La première réponse rapporte le sort de chacun à l'état de son père. Elle sera écartée au segment 27, après l'objection tirée de deux versets contradictoires.
Le Maître a dit : juste et il lui va bien — juste fils de juste ; juste et il lui va mal — juste fils de méchant. En est-il ainsi ?
Or il est écrit : « Il visite la faute des pères sur les fils » (Ex. 34, 7), et il est écrit : « et les fils ne mourront pas pour les pères » (Dt.
24, 16) — et nous opposons ces versets l'un à l'autre,
La réponse par le mérite des pères se heurte à une contradiction interne à l'Écriture, déjà connue par ailleurs : un verset fait porter la faute des pères sur les fils, l'autre l'exclut.
et nous répondons : ce n'est pas difficile. Ce verset-ci, quand ils tiennent en main les actes de leurs pères ; ce verset-là, quand ils ne tiennent pas en main les actes de leurs pères.
La résolution classique distingue deux situations. Le verset qui fait porter la faute vaut lorsque les fils tiennent en main les actes de leurs pères, c'est-à-dire les reprennent à leur compte ; l'autre verset vaut quand ils ne les reprennent pas.
Cette résolution ruine la première réponse donnée à Moche : un juste véritable ne peut souffrir pour la faute de son père, puisqu'il ne tient pas ses actes en main.
Plutôt, voici ce qu'Il lui a dit : juste et il lui va bien — juste accompli ; juste et il lui va mal — juste qui n'est pas accompli ; méchant et il lui va bien — méchant qui n'est pas accompli ; méchant et il lui va mal — méchant accompli.
La réponse retenue ramène tout au degré de l'homme lui-même. Gâmour, accompli, désigne celui dont l'état est entier, sans mélange.
Le Maharcha explique le mécanisme sous-entendu : le juste qui n'est pas accompli reçoit ici le paiement du peu qui lui manque, afin que sa récompense soit entière dans le monde à venir ; le méchant qui n'est pas accompli reçoit ici le paiement du peu de bien qu'il a fait.
Et cela diverge de l'avis de Rabbi Meir, car Rabbi Meir a dit : deux lui ont été données et une ne lui a pas été donnée, ainsi qu'il est dit : « et Je ferai grâce à qui Je ferai grâce » (Ex. 33, 19) — même s'il n'en est pas digne ; « et J'aurai pitié de qui J'aurai pitié » — même s'il n'en est pas digne.
Rabbi Meir tient que la troisième demande a été refusée. Sa preuve est la forme même de la réponse divine : une formule qui renvoie à elle-même, sans donner de critère. Rachi glose et acher âhon comme portant sur celui pour qui Ses entrailles s'émeuvent sur le moment, quoiqu'il n'en soit pas digne.
« Et Il dit : tu ne pourras pas voir Ma face » (Ex. 33, 20).
Il a été enseigné au nom de Rabbi Yehochoua ben Korha : ainsi le Saint béni soit-Il dit à Moche : quand J'ai voulu, tu n'as pas voulu ; maintenant que tu veux, Je ne veux pas.
Rachi situe les deux moments : le premier au buisson ardent, où Moche voilà son visage, le second ici. Rabbi Yehochoua ben Korha lit le refus présent comme la réponse au refus passé.
Le Roch relève la difficulté de cette lecture, qui fait du geste de Moche au buisson une faute punie. Le Ben Ich H'ai propose une explication : la vision permise alors aurait affiné sa matière au point de le détacher de ce monde, et il n'y a pas consenti parce qu'un désir le retenait encore ici, notamment celui d'entrer en terre d'Israël.
Et cela diverge de l'avis de Rabbi Chmouel bar Nahmani au nom de Rabbi Yonatan, car Rabbi Chmouel bar Nahmani a dit au nom de Rabbi Yonatan : en récompense de trois, il a mérité trois.
La divergence est nette : Rabbi Yehochoua ben Korha voit dans le geste de Moche au buisson une faute punie, Rabbi Yonatan y voit un mérite récompense. Rachi énonce exactement ce point de partage.
En récompense de « et Moche voilà son visage » (Ex. 3, 6), il a mérité l'éclat du visage.
En récompense de « car il craignait », il a mérité « et ils craignaient de l'approcher » (Ex. 34, 30).
En récompense de « de regarder », il a mérité « et il contemple l'image de ה' » (Nb. 12, 8).
Chaque terme du verset du buisson trouve sa contrepartie dans un verset ultérieur, avec le même mot ou la même racine. Rachi identifie kélaster panim par le verset « car la peau de son visage rayonnait », et précise que la contemplation de l'image se rapporte à la vision de dos, selon le Sifri.
« Et J'ôterai Ma main, et tu verras Mon dos » (Ex. 33, 23).
Rav Hana bar Bizna a dit au nom de Rabbi Chimon Hassida : cela enseigne que le Saint béni soit-Il a montré à Moche le nœud des tefilin.
La réponse rattache ce verset à l'enseignement du folio précédent selon lequel le Saint béni soit-Il porte des tefilin. Rachi énonce les deux éléments : le nœud se trouve derrière la tête, et il a été dit plus haut qu'Il met les tefilin.
Et Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Yossi : toute parole sortie de la bouche du Saint béni soit-Il en bien, même conditionnelle, Il ne l'a pas rétractée.
La règle est énoncée en toute généralité. La difficulté qu'elle porte tient au mot al tenai, conditionnelle : même lorsque la condition ne se réalise pas, la part de bien de la parole tient.
D'où le savons-nous ? De Moche notre maître, ainsi qu'il est dit : « Laisse-Moi, et Je les détruirai », etc., « et Je ferai de toi une nation puissante » (Dt.
9, 14). Bien que Moche eût demandé miséricorde à ce sujet et que la chose fut annulée, malgré cela Il l'a établie dans sa descendance, ainsi qu'il est dit : « les fils de Moche : Guerchom et Eliezer.
Et les fils d'Eliezer furent Réhavia le chef », etc., « et les fils de Réhavia furent très nombreux », etc. (I Chr.
23, 15-17).
Le cas est exemplaire : la promesse était attachée à la destruction d'Israël, laquelle n'a pas eu lieu. La part de bien tient malgré tout, déplacée sur la descendance de Moche.
Le Ben Ich H'ai relève ici deux choses : pourquoi le verset du Deutéronome plutôt que celui de l'Exode, et ce que les deux bénédictions rapportées dans le folio suivant, celle d'Aravna et celle de Darius, ont produit.
Et Rav Yossef a enseigné : « lemaala », au-dessus — c'est-à-dire plus de six cent mille. Cela se tire par « ravia » et « ravia » : il est écrit ici « ils se sont multipliés lemaala », et il est écrit là-bas : « et les fils d'Israël furent féconds, pullulèrent et se multiplièrent » (Ex.
1, 7).
Le procédé est une gezera chava, une analogie de mots : le même terme de multiplication figure dans les deux versets, et le nombre connu de l'un est transporté à l'autre. Puisque les fils d'Israël en Égypte comptaient six cent mille, les fils de Réhavia sont dits en nombre comparable.
La promesse faite à Moche, une nation plus puissante que celle-ci, se trouve ainsi vérifiée dans sa descendance, et la règle du segment 33 est établie.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).