Berakhot 7a — La prière du Saint béni soit-Il, la minute de colère, et les trois demandes de Moche

Berakhot 7a

Sougya : Le folio poursuit la série des enseignements de Rabbi Yo'hanan au nom de Rabbi Yossi. Il s'ouvre sur la prière du Saint béni soit-Il, dont le texte est rapporté par Rav, puis sur le récit de Rabbi Ichmael ben Elicha entrant dans le Saint des saints et bénissant son Créateur, d'où l'on apprend à ne pas tenir pour légère la bénédiction d'un homme ordinaire.

Vient ensuite une longue sougya sur la colère divine : on n'apaise pas quelqu'un en pleine colère, la colère du Ciel dure un rega, un cinquante-huit-mille-huit-cent-quatre-vingt-huitième d'heure, et Bilam seul savait viser cet instant. Suivent le signe du coq, l'épisode de Rabbi Yehochoua ben Levi qui renonce à maudire, et la cause de cette colère quotidienne : les rois qui se prosternent devant le soleil.

Le folio passe alors aux trois demandes de Moche, à la grande question du juste qui souffre et du méchant qui prospère, aux trois récompenses gagnées au buisson ardent et au nœud des tefilin montré à Moche. Il s'achève sur la règle selon laquelle une parole de bien sortie de la bouche de D.ieu ne se rétracte pas, vérifiée sur la promesse faite à Moche et accomplie dans la descendance de Rehavia.

Berakhot 7a - les cinq mouvements du folio 1. La prière d'en haut (seg. 0-3) Le Saint béni soit-Il prie : que Ma miséricorde l'emporte sur Ma colère. Rabbi Ichmael ben Elicha Le bénit dans le Saint des saints - d'où : ne tiens pas pour légère la bénédiction d'un homme ordinaire. 2. La minute de colère (seg. 4-20) On n'apaise pas un homme en pleine colère. La colère du Ciel dure un rega. Bilam savait viser cet instant ; D.ieu n'a pas eu de colère en ses jours. Le signe du coq. Rabbi Yehochoua ben Levi renonce à maudire. Cause de la colère : les rois qui se prosternent au soleil levant. 3. Le remords (seg. 21) Un seul mouvement de contrition dans le cœur vaut mieux que des coups - cent coups, dit Rech Lakich. 4. Les trois demandes de Moche (seg. 22-32) La Chekhina sur Israël ; la Chekhina non sur les nations ; connaître Tes voies. La grande question : juste et heureux, juste et malheureux, méchant et heureux, méchant et malheureux. Rabbi Meir : deux demandes accordées, une refusée. Les trois récompenses du buisson, et le nœud des tefilin montré à Moche. 5. La parole qui ne se rétracte pas (seg. 33-35) Toute parole de bien sortie de la bouche de D.ieu, même conditionnelle, s'accomplit. Preuve : la promesse faite à Moche - Je ferai de toi une grande nation - accomplie dans les fils de Rehavia.
Les cinq mouvements du folio, de la prière du Saint béni soit-Il jusqu'à la promesse accomplie dans la descendance de Moche.
Le rega : l'instant de colère et qui sait le viser Une heure du jour Le trait rouge = 1 rega = un cinquante-huit-mille-huit-cent-quatre-vingt-huitième d'heure (58 888). Rabbi Avin : la durée d'un rega est celle qu'il faut pour prononcer le mot rega. Les deux versets de la durée Ps. 30, 6 : un instant dans Sa colère, une vie dans Sa faveur. Is. 26, 20 : cache-toi un court instant, jusqu'à ce que la fureur soit passée. Le signe du coq (Abaye) Heure ordinaire Crête blanche, debout sur une patte, MAIS des veinules rouges dans la crête. -> pas de colère. Le rega Crête blanche, debout sur une patte, AUCUNE veinule rouge. -> l'instant de colère, dans les 3 premières heures.
La minute de colère : sa durée, ses deux versets, et le signe donné par Abaye pour la reconnaître.
Pourquoi le juste souffre : les deux réponses du folio Première réponse : le mérite des pères Juste, heureux juste fils de juste Juste, malheureux juste fils de méchant Méchant, heureux méchant fils de juste Méchant, malheureux méchant fils de méchant Objection : deux versets se contredisent Ex. 34, 7 : Il visite la faute des pères sur les fils. / Dt. 24, 16 : les fils ne mourront pas pour les pères. Résolution : le premier vaut quand ils tiennent en main les actes de leurs pères, le second quand ils ne les tiennent pas. Réponse retenue : le degré du juste et du méchant lui-même Juste, heureux juste accompli Juste, malheureux juste non accompli Méchant, heureux méchant non accompli Méchant, malheureux méchant accompli Rabbi Meir conteste l'ensemble : cette voie n'a pas été révélée à Moche, car il est dit Je ferai grâce à qui Je ferai grâce - même s'il n'en est pas digne.
La grande question de Moche : la première réponse par le mérite des pères, son objection, et la réponse retenue.
1
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי יוֹסֵי: מִנַּיִן שֶׁהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מִתְפַּלֵּל? שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַהֲבִיאוֹתִים אֶל הַר קָדְשִׁי וְשִׂמַּחְתִּים בְּבֵית תְּפִלָּתִי״, ״תְּפִלָּתָם״ לֹא נֶאֱמַר, אֶלָּא ״תְּפִלָּתִי״, מִכָּאן שֶׁהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מִתְפַּלֵּל.

Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Yossi : d'où sait-on que le Saint béni soit-Il prie ? De ce qu'il est dit : « Je les amènerai à Ma montagne sainte et Je les réjouirai dans la maison de Ma prière » (Is.

56, 7). Il n'est pas dit « leur prière », mais « Ma prière » — de là, que le Saint béni soit-Il prie.

💡 Explication

Le verset parle du Temple, et l'usage aurait voulu qu'on l'appelle la maison de leur prière, celle de ceux qui y montent. Le texte dit tefilati, Ma prière. Rabbi Yo'hanan lit ce possessif au sens strict : la prière dont il s'agit est celle de Celui qui parle.

Cette lecture ouvre la sougya : elle appelle immédiatement la question du segment suivant, qui demande le contenu de cette prière.

🖼️ Schéma
Les quatre demandes de la prière d'en haut 1. Que Ma miséricorde soumette Ma colère La colère est déjà là ; la miséricorde la maîtrise. 2. Que Ma miséricorde déborde sur Mes autres attributs Elle passe au-dessus des mesures par lesquelles Israël est puni. 3. Que Je Me conduise avec Mes enfants selon la mesure de miséricorde Passage de l'attribut à la conduite effective. 4. Que J'entre pour eux en deçà de la ligne du droit Lifnim mi-chourat ha-din : moins que ce que la stricte justice autorise à exiger. Rabbi Ichmael ben Elicha reprend ces quatre demandes mot pour mot, à la deuxième personne.
Les quatre demandes que Rav met dans la bouche du Saint béni soit-Il, et que Rabbi Ichmael reprendra.
2
מַאי מְצַלֵּי?

Que prie-t-Il ?

3
אָמַר רַב זוּטְרָא בַּר טוֹבִיָּה, אָמַר רַב: ״יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנַי שֶׁיִּכְבְּשׁוּ רַחֲמַי אֶת כַּעֲסִי, וְיִגּוֹלּוּ רַחֲמַי עַל מִדּוֹתַי, וְאֶתְנַהֵג עִם בָּנַי בְּמִדַּת רַחֲמִים, וְאֶכָּנֵס לָהֶם לִפְנִים מִשּׁוּרַת הַדִּין״.

Rav Zoutra bar Tovia a dit au nom de Rav : « Que ce soit Ma volonté que Ma miséricorde soumette Ma colère, que Ma miséricorde déborde sur Mes attributs, que Je Me conduise avec Mes enfants selon la mesure de miséricorde, et que J'entre pour eux en deçà de la ligne du droit. »

🪔 Ben Yehoyada (1)
מַאי מְצַלֵּי? אָמַר רַב זוּטְרָא בַּר טוֹבִיָּה, אָמַר רַב: יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנַי, שֶׁיִּכְבְּשׁוּ רַחֲמַי אֶת כַּעֲסִי, וְיִגּוֹלּוּ רַחֲמַי עַל מִדּוֹתַי. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מַה צֹורֶךְ בִּתְפִלָּה זוֹ וַהֲלֹא לְעַצְמוֹ אוֹמֵר כֵּן וּמֵאַחַר שֶׁרְצוֹנוֹ בְּכָךְ יַעֲשֶׂה כִּרְצוֹנוֹ בְּכָל עֵת וּמִי יֹאמַר לוֹ מַה תַּעֲשֶׂה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁהוּא יִתְבָּרֵךְ צוֹפֶה עֲתִידוֹת וְיוֹדֵעַ יִשְׂרָאֵל עֲתִידִין לַחֲטוֹא, שְׁנָא' (דְּבָרִים לא, טז) הִנְּךָ שֹׁכֵב עִם אֲבֹתֶיךָ וְקָם הָעָם הַזֶּה וְזָנָה וְכוּ' וּבָעֵת הַהִיא תִּתְגַּבֵּר מִדַּת הַדִּין לַעֲשׂוֹת כְּלָיָה, וְאֵין פִּתְחוֹן פֶּה לִמְלִיצֵי יֹושֶׁר לְהַמְלִיץ בְּעַד יִשְׂרָאֵל, לְכָךְ הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ מַקְדִּים תְּפִלָּה זוֹ שֶׁיִּכְבְּשׁוּ רַחֲמֵי וְכוּ', וְאָז לְעֵת הַצֹּורֶךְ יִהְיֶה פִּתְחוֹן פֶּה לִמְלִיצֵי יֹושֶׁר לְהַמְלִיץ טוֹב לוֹמַר לְפָנָיו יִתְבָּרֵךְ כֵּן תַּעֲשֶׂה כַּאֲשֶׁר דִּבַּרְתָּ, כִּי (בַּמִּדְבָּר כג, יט) לֹא אִישׁ אֵל וִיכַזֵּב וּבֶן אָדָם וְיִתְנֶחָם הַהוּא אָמַר וְלֹא יַעֲשֶׂה, וּמָצִינוּ שֶׁכָּל דִּיבּוּר שֶׁיָּצָא מִפִּי הקב"ה לְטוֹבָה אֲפִילּוּ עַל תְּנַאי לֹא חָזַר בּוֹ וּבָזֶה יִהְיוּ יִשְׂרָאֵל מֻוצָּלִים מִן כְּלָיָה שֶׁל קִטְרוּג מִדַּת הַדִּין. וּבָזֶה יוּבָן בס"ד הַכָּתוּב מ"ש חִזְקִיָּה הַמֶּלֶךְ ע"ה לִישַׁעְיָהוּ הַנָּבִיא ע"ה (יְשַׁעְיָה לז, ד) וְנָשָׂאתָ תְפִלָּה בְּעַד הַשְּׁאֵרִית הַנִּמְצָאָה, וק"ל לְשׁוֹן וְנִשֵּׂאת, וּבָזֶה יוּבָן הֵיטֵב דִּרְצוֹנוֹ לוֹמַר תִּשָּׂא בְּפִיךָ טַעֲנָה שֶׁל תְּפִלָּה מַה שהקב"ה מִתְפַּלֵּל בְּכָל יוֹם כָּאָמוּר וְזֶה תִּסְתֹּום פִּי הַמְקַטְרְגִים, וּבָזֶה יוּבָן בס"ד (תְּהִלִּים מב, ט) יוֹמָם יְצַוֶּה ה' חַסְדּוֹ וּבַלַּיְלָה שִׁירֹה עִמִּי תְּפִלָּה לְאֵל חַיָּי, רְצוֹנוֹ לוֹמַר בַּיּוֹם שׁוֹלֵט הַחֶסֶד וְאֵין קִטְרוּג אַךְ בַּלַּיְלָה שֶׁשּׁוֹלֵט הַדִּין יֵשׁ פַּחַד מִן הַקִּטְרוּג. לָכֵן שִׁירָה עִמִּי, פֵּירוּשׁ אַתֶּם עִמִּי תָּשִׁירוּ בְּטַעֲנָה זוֹ, וְהִיא תְּפִלָּה לָאֵל חַיֵּי, כְּלוֹמַר יֵשׁ לָנוּ סַנְגּוֹרִייא מִן הַתְּפִלָּה שֶׁהִיא לָאֵל חַיַּי, וְהָא דִּנְקַט בִּתְפִלָּה הַנִּזְכָּר ד' דְּבָרִים, נִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁהֵם כְּנֶגֶד ד' חִלּוּקֵי כַּפָּרָה דְּדָרֵישׁ רַ' מַתְיָא בֶּן חָרָשׁ וּכְנֶגֶד הַחֵלֶק הֵד' הַחֲמוֹר אָמַר יִכְבְּשׁוּ וְכוּ', וּכְנֶגֶד הַב' שֶׁעוֹבְרִים עַל כְּרִיתוֹת וּמִיתוֹת ב"ד אָמַר יְגֻולּוּ וְכוּ', וּכְנֶגֶד הָעוֹבְרִים עַל מִלְּקִיּוֹת אָמַר וְאֶתְנַהֵג וְכוּ', וּכְנֶגֶד בִּיטּוּל מ"ע אָמַר וְאֶכָּנֵס וְכוּ'. אִי נָמֵי טַעַם לְאַרְבָּעָה דְּבָרִים הַנִּזְכָּר כְּנֶגֶד ד' דְּבָרִים סְקִילָה שְׂרֵיפָה הָרַג חֶנֶק, שֶׁנַּעֲשִׂים ע"י ד' אוֹתִיּוֹת שֵׁם אדנ"י כַּנּוֹדָע, אוֹ יוּבָן אוֹמְרוֹ יִכְבְּשׁוּ וְכוּ' לְהָסִיר הַפֻּרְעָנוּת מֵהֶם, וּשְׁלֹשָׁה חֲלוּקוֹת שֶׁל יְגֻולּוּ וְאֶתְנַהֵג וְאֶכָּנֵס לְהַשְׁפִּיעַ לָהֶם טוֹבָה כְּלָלִית שֶׁל אֹושֶׁר עוה"ז שֶׁהוּא בְּנֵי חַיֵּי וּמְזוֹנֵי. וְנִרְאֶה לְפָרֵשׁ בס"ד אוֹמְרוֹ וְאֶכָּנֵס לָהֶם לִפְנִים מִשּׁוּרַת הַדִּין דְּיָדוּעַ כָּל שֶׁפַע טוֹבָה וּבְרָכָה יִשְׁתַּלְשֵׁל מֵחִיבּוּר הוי"ה אדנ"י שֶׁהֵם בְּסוֹד 'סֻוכָּה' 'כ"ו ה"ס' כַּנּוֹדָע וְהִנֵּה נִמְצָא כִּי אוֹתִיּוֹת כ"ו ה"ס הֵם רְמוּזִים אַחַר אוֹתִיּוֹת הַדִּין , וְזֶה שֶׁאָמַר וְאֶכָּנֵס לָהֶם לִפְנִים מִשּׁוּרַת הַדִּין, כְּלוֹמַר אַשְׁפִּיעַ לָהֶם מִשְּׁנֵי שֵׁמוֹת 'הוי"ה אדנ"י' שֶׁהֵם 'כ"ו ה"ס' הָרְמוּזִים לִפְנִים מִשּׁוּרַת אוֹתִיּוֹת הַדִּין וְדוֹק. וְעַל דֶּרֶךְ הַסּוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד אוֹמְרוֹ יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנַי כִּי יָדוּעַ זְעֵיר אַנְפִּין מַלְבִּישׁ אֶת אֲרִיךְ אַנְפִּין וְנִמְצָא פְּנִימִיּוּת זְעֵיר אַנְפִּין הוּא אֲרִיךְ אַנְפִּין וְכַנִּזְכָּר בָּאִדְּרָא רַבָּא עַל הַפָּסוּק (בְּרֵאשִׁית כב, טז) בִּי נִשְׁבַּעְתִּי נְאֻם ה', שז"א אוֹמֵר בא"א שֶׁהוּא בִּי נִשְׁבַּעְתִּי, וְיָדוּעַ כִּי בְּחִינַת הָרָצוֹן הוּא בא"א, וְלָכֵן כָּאן אוֹמֵר ז"א יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנַי שֶׁהוּא א"א עַל דֶּרֶךְ מ"ש בִּי נִשְׁבַּעְתִּי וְהַמַּשְׂכִּיל יָבִין וְהַשֵּׁם הַטּוֹב יְכַפֵּר בַּעֲדוֹ.
« Que prie-t-Il ? Rav Zoutra bar Tovia a dit au nom de Rav : que ce soit Ma volonté que Ma miséricorde soumette Ma colère et que Ma miséricorde déborde sur Mes attributs. » Il y a lieu de demander à quoi sert cette prière, puisqu'Il se la dit à Lui-même : dès lors que telle est Sa volonté, qu'Il fasse selon Sa volonté à tout moment, et qui Lui dira que fais-Tu ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'Il voit l'avenir et sait qu'Israël est destiné à fauter, ainsi qu'il est dit (Dt. 31, 16) « voici que tu vas te coucher avec tes pères, et ce peuple se lèvera et se prostituera », etc. ; en ce temps-là la mesure de rigueur l'emportera pour faire une destruction, et les défenseurs n'auront pas de quoi ouvrir la bouche pour plaider en faveur d'Israël. Aussi le Nom béni soit-Il fait-Il précéder cette prière, que Ma miséricorde soumette, etc. ; alors, le moment venu, les défenseurs auront de quoi ouvrir la bouche pour plaider en bien et dire devant Lui : fais donc ainsi que Tu l'as dit, car (Nb. 23, 19) « D.ieu n'est pas un homme pour mentir, ni un fils d'homme pour se raviser ; a-t-Il dit et ne fera-t-Il pas ? » Et nous avons trouvé que toute parole sortie de la bouche du Saint béni soit-Il en bien, même conditionnelle, Il ne l'a pas rétractée. Par là, Israël sera sauvé de la destruction que réclame l'accusation de la mesure de rigueur. Et par là se comprend, avec l'aide du Ciel, ce que le roi Hizkiya, la paix soit sur lui, a dit au prophète Isaie, la paix soit sur lui (Is. 37, 4) : « et tu porteras une prière pour le reste qui se trouve encore » — le terme <i>ve-nassata</i>, tu porteras, fait difficulté ; par ce qui précède il se comprend bien : porte dans ta bouche l'argument tiré de la prière que le Saint béni soit-Il prie chaque jour, comme il a été dit, et par là tu fermeras la bouche des accusateurs. Et par là se comprend, avec l'aide du Ciel (Ps. 42, 9) « le jour, ה' ordonne Sa faveur, et la nuit Son cantique est avec moi, une prière au D.ieu de ma vie » : le jour, le 'hessed domine et il n'y a pas d'accusation ; mais la nuit, où la rigueur domine, il y a à craindre l'accusation. Aussi « Son cantique est avec moi », c'est-à-dire vous, Mon peuple, chantez cet argument, et c'est une prière au D.ieu de ma vie, autrement dit nous avons une défense tirée de la prière qui est au D.ieu de ma vie. Quant au fait que cette prière comporte quatre demandes, il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'elles répondent aux quatre catégories d'expiation qu'expose Rabbi Matia ben Harach : contre la quatrième, la plus grave, Il dit « que Ma miséricorde soumette », etc. ; contre la deuxième, ceux qui transgressent des interdits passibles de retranchement ou de mort par le tribunal, Il dit « que Ma miséricorde déborde », etc. ; contre ceux qui transgressent des interdits passibles de flagellation, Il dit « que Je Me conduise », etc. ; et contre l'annulation d'un commandement positif, Il dit « que J'entre », etc. On peut aussi donner comme raison de ces quatre demandes qu'elles répondent aux quatre modes d'exécution, lapidation, combustion, décapitation, strangulation, qui se font par les quatre lettres du nom Adnout, comme on le sait. Ou bien : « que Ma miséricorde soumette » vise à écarter d'eux le châtiment, et les trois autres, « que Ma miséricorde déborde », « que Je Me conduise » et « que J'entre », visent à leur faire couler le bien général du bonheur de ce monde, qui est les enfants, la vie et la subsistance. Et il me semble pouvoir expliquer, avec l'aide du Ciel, la formule « que J'entre pour eux en deçà de la ligne du droit » : on sait que tout flux de bien et de bénédiction descend de l'union des noms Havaya et Adnout, qui sont le sod de <i>souka</i>, kaf-vav hé-samekh, comme on le sait ; or les lettres kaf-vav hé-samekh se trouvent faites allusion après les lettres du mot <i>din</i>. C'est ce qu'Il dit : que J'entre pour eux en deçà de la ligne du <i>din</i>, autrement dit Je leur ferai couler le flux des deux noms Havaya et Adnout, qui sont kaf-vav hé-samekh, faits allusion en deçà de la ligne des lettres du mot din ; médite-le. Et selon la voie du sod, il me semble, avec l'aide du Ciel, quant à la formule « que ce soit Ma volonté devant Moi » : on sait que zeïr anpin revêt arikh anpin, de sorte que l'intériorité de zeïr anpin est arikh anpin, comme il est mentionné dans l'Idra Rabba sur le verset (Gn. 22, 16) « par Moi J'ai juré, dit ה' », que zeïr anpin dit à l'égard de arikh anpin, qui est « par Moi J'ai juré » ; et l'on sait que l'aspect de la volonté est dans arikh anpin. C'est pourquoi ici zeïr anpin dit « que ce soit une volonté de devant Moi », c'est-à-dire arikh anpin, à la manière de « par Moi J'ai juré » ; l'homme intelligent comprendra, et que le Nom bon pardonne pour lui.
💡 Explication

La prière est faite de quatre demandes qui vont en s'approfondissant. La première maîtrise la colère par la miséricorde ; la deuxième fait passer la miséricorde au-dessus des autres midot, attributs, par lesquels Israël est frappé ; la troisième demande que cela devienne une conduite effective ; la quatrième demande lifnim mi-chourat ha-din, en deçà de la ligne du droit, soit moins que ce que la stricte justice permettrait d'exiger.

La difficulté que relève le Ben Ich H'ai est immédiate : une prière adressée à soi-même n'a pas d'objet apparent, puisque celui qui la formule peut faire ce qu'il veut. Sa réponse tient à l'usage qu'en feront plus tard les défenseurs d'Israël.

4
תַּנְיָא, אָמַר רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בֶּן אֱלִישָׁע: פַּעַם אַחַת, נִכְנַסְתִּי לְהַקְטִיר קְטוֹרֶת לִפְנַי וְלִפְנִים, וְרָאִיתִי אַכְתְּרִיאֵל יָהּ ה׳ צְבָאוֹת, שֶׁהוּא יוֹשֵׁב עַל כִּסֵּא רָם וְנִשָּׂא, וְאָמַר לִי: ״יִשְׁמָעֵאל בְּנִי, בָּרְכֵנִי!״ אָמַרְתִּי לוֹ: ״יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנֶיךָ, שֶׁיִּכְבְּשׁוּ רַחֲמֶיךָ אֶת כַּעַסְךָ, וְיִגּוֹלּוּ רַחֲמֶיךָ עַל מִדּוֹתֶיךָ, וְתִתְנַהֵג עִם בָּנֶיךָ בְּמִדַּת הָרַחֲמִים, וְתִכָּנֵס לָהֶם לִפְנִים מִשּׁוּרַת הַדִּין״. וְנִעְנַע לִי בְּרֹאשׁוֹ. וְקָמַשְׁמַע לָן, שֶׁלֹּא תְּהֵא בִּרְכַּת הֶדְיוֹט קַלָּה בְּעֵינֶיךָ.

Il a été enseigné dans une baraita : Rabbi Ichmael ben Elicha a dit : une fois, je suis entré pour offrir l'encens dans le lieu le plus intérieur, et j'ai vu Akatriel Ya, ה' Tsevaot, assis sur un trône haut et élevé, qui m'a dit : « Ichmael, Mon fils, bénis-Moi. » Je Lui ai dit : « Que ce soit Ta volonté que Ta miséricorde soumette Ta colère, que Ta miséricorde déborde sur Tes attributs, que Tu Te conduises avec Tes enfants selon la mesure de miséricorde, et que Tu entres pour eux en deçà de la ligne du droit. » Et Il m'a fait un signe de la tête. Cela nous enseigne que la bénédiction d'un homme ordinaire ne doit pas être légère à tes yeux.

📜 Rachi (1)
וְנִעְנַע לִי בְּרֹאשׁוֹ כְּמוֹדֶה בְּבִרְכָתִי וְעוֹנֶה אָמֵן:
« Et Il m'a fait un signe de la tête » — comme quelqu'un qui agrée ma bénédiction et répond amen.
🪔 Ben Yehoyada (2)
תַּנְיָא, אָמַר רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בֶּן אֱלִישָׁע: פַּעַם אַחַת נִכְנַסְתִּי לְהַקְטִיר קְטֹרֶת לִפְנַי וְלִפְנִים. הִנֵּה וַדַּאי אַגָּדָה זוֹ יֵשׁ בָּהּ סוֹד נִסְתָּר וְכָמוּס, וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מ"ש בזוה"ק תְּרוּמָה דַּף קמ"ו רַב מְשֻׁרְיָין דְּקָשִׁיר כִּתְרֵין לְמֵאַרְיֵה הוּא אכתריא"ל וְכוּ', וּפֵירֵשׁ רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל אַהֲבָה זוֹ עוֹלָה מִן עוֹלָם הַיְּצִירָה אֶל הֵיכַל אַהֲבָה אֲשֶׁר בִּבְרִיאָה וְכוּ', וְהִנֵּה ג' רִאשׁוֹנוֹת שֶׁל יְצִירָה הֵם סוֹד נְשָׁמוֹת הַנִּזְכָּר בְּאֹופֶן זֶה, כִּי הַכֶּתֶר נִקְרָא אכתריא"ל, וְהַחָכְמָה נִקְרָא י"ה, וְהֵבִינָה נִקְרֵאת ה' צְבָאוֹ' וְכוּ' עַייֵּן שָׁם. וְיָדוּעַ שֶׁהַיְּצִירָה מַלְבֶּשֶׁת הַבְּרִיאָה, וְהַבְּרִיאָה מַלְבֶּשֶׁת הָאֲצִילוּת, וְצָרִיךְ לְקַשֵּׁר כָּל הָעוֹלָמוֹת בְּיַחַד כְּדֵי לְהַמְשִׁיךְ הַשֶּׁפַע מִזֶּה לָזֶה, וְהִנֵּה הָאָדָם הַמְיֻחָד יִחוּדִים וּמְתַקֵּן תִּיקּוּנִים צָרִיךְ תְּחִלַּת הַכֹּל לַעֲשׂוֹת כַּוָּנָה לְהַעֲלוֹת נַפְשׁוֹ מִן הָעֲשִׂיָּה אֶל גֶּדֶר הַיְּצִירָה וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב כַּוָּנָה זוֹ בְּשַׁעַר רוה"ק דַּף נ"ב בְּכַוָּנָה שִׁשִּׁית יְעֻוייַּן שָׁם, יַעַן כִּי הָאָדָם הַמְיֻחָד הוּא זָכָר וְצָרִיךְ לְהַעֲלוֹת נַפְשׁוֹ אֶל גֶּדֶר יְצִירָה שֶׁשָּׁם סוֹד הַזָּכָר, וְאָז יַצְלִיחַ בְּכָל מַעֲשֵׂה הַמִּצְוֹת שֶׁלּוֹ וּבְכָל יִחוּדִים שֶׁמְּיַחֵד. וְהִנֵּה ר' יִשְׁמָעֵאל בֶּן אֱלִישָׁע ע"ה הָיָה עוֹשֶׂה יִחוּדִים וְכַוָּנוֹת לְקַשֵּׁר הָעוֹלָמוֹת יַחַד לְהַמְשִׁיךְ שֶׁפַע מִזֶּה לָזֶה, וז"ש פַּעַם אַחַת נִכְנַסְתִּי בְּמַחְשָׁבָה וְכַוָּנָה קְדוֹשָׁה לְהַקְטִיר קְטֹרֶת כְּלוֹמַר לְקַשֵּׁר הָעוֹלָמוֹת וּלְיַחֵד יִחוּדִים וּבָזֶה עָלָה מִן הָעֲשִׂיָּה אֶל הַיְּצִירָה וְהוּא רָאוּי לְכָךְ, כִּי הוּא הַיָּפֶה אֲשֶׁר זָכָה לְיוֹפִי הַגָּדוֹל בְּסוֹד חִנּוּךְ שֶׁהוּא בִּיצִירָה וְכַנִּזְכָּר בְּשַׁעַר הַגִּלְגּוּלִים, וְנִמְצָא שֶׁהָיָה עוֹמֵד בִּיצִירָה לְהַקְטִיר קְטוֹרֶת לִפְנַי וְלִפְנִים, פֵּירוּשׁ לְקֶשֶׁר הַיְּצִירָה שֶׁעוֹמֵד בָּהּ עִם לִפְנַי וְלִפְנִים שֶׁהֵם הַבְּרִיאָה וְהָאֲצִילוּת, כִּי הַבְּרִיאָה נִקְרֵאת לִפְנַי לְגַבֵּי הַיְּצִירָה, שֶׁהֵם אכתריא"ל כֶּתֶר י"ה חָכְמָה, ה' צְבָאוֹת בִּינָה וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל וְכַנִּזְכָּר לְעֵיל. וְאָמַר עוֹד עַל כִּסֵּא רָם וְנִשָּׂא, רֶמֶז שֶׁהִשִּׂיג כָּל הַמַּרְאֶה הַגָּדוֹל הַזֶּה בְּסוֹד הַבְּרִיאָה שֶׁהִיא סוֹד כִּסֵּא, וְאָז בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ שֶׁשָּׁרְתָה עָלָיו שָׁמַע אֶת הַקּוֹל מִדַּבֵּר אֵלָיו יִשְׁמָעֵאל בְּנִי בָּרְכֵנִי, וְגַם הוּא עָנָה וְאָמַר רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנֶיךָ וְכוּ'. וְאוֹמְרוֹ וְנִעְנַע לִי בְּרֹאשׁוֹ. רֶמֶז לִירִידַת הַשֶּׁפַע מִן ג' רִאשׁוֹנוֹת שֶׁהֵם בְּסוֹד רֹאשׁ שֶׁתְּפִילָּתוֹ עָשְׂתָה פֵּירוֹת תֵּיכֶף וְהוֹרִיד הקב"ה שֶׁפַע לְכָל הָעוֹלָמוֹת עַל יְדֵי ג' סְפִירוֹת רִאשׁוֹנוֹת וּקְרָאָם רֹאשׁוֹ, עַל דֶּרֶךְ מַה שֶּׁאָמַר הַכָּתוּב וַאֲנִי נִסְכַּתִּי מַלְכִּי שֶׁהוּא רְצוֹנוֹ לוֹמַר מֶלֶךְ שֶׁלִּי אֲשֶׁר אֲנִי הֲכִינוֹתִי וְהִצַּגְתִּיו בָּאָרֶץ וְדוּק הֵיטֵב וההי"ב. וְהִנֵּה אוֹמְרוֹ יִשְׁמָעֵאל בְּנִי בָּרְכֵנִי, לְפִי פְּשׁוּטָן שֶׁל דְּבָרִים הוּא עַל דֶּרֶךְ מַה שֶּׁאָמַר הַכָּתוּב (מִשְׁלֵי יט, יז) מַלְוֵה ה' חוֹנֵן דָּל, דְּחוֹנֵן דַּל נֶחְשָׁב כְּאִלּוּ מַלְוֶה ה' כִּבְיָכוֹל, וְכֵן הַמְבַקֵּשׁ בַּקָּשָׁה בַּעֲבוּר טוֹבַת יִשְׂרָאֵל נֶחְשָׁב כְּאִלּוּ מְבַקֵּשׁ הַטּוֹבָה להקב"ה כִּבְיָכוֹל , וְלָכֵן אָמַר לוֹ בְּלָשׁוֹן זֶה בָּרְכֵנִי, כִּי בְּבַקָּשָׁה שֶׁאַתָּה מְבַקֵּשׁ בַּעֲבוּר טוֹבַת יִשְׂרָאֵל מַעֲלֶה אֲנִי עָלֶיךָ כְּאִלּוּ אַתָּה מְבָרֵךְ אוֹתִי. וּבְסֵפֶר נֶפֶשׁ הַחַיִּים לְהַגָּאוֹן מהר"ח וְאַלּוּזִין זַ"ל הֶאֱרִיךְ בְּעִנְיַן הַבְּרָכָה מָה עִנְיָינָהּ. וְהַמּוּרָם מִכָּל דְּבָרָיו הוּא שֶׁהַבְּרָכָה הִיא עִנְיַן תּוֹסֶפֶת וְרִבּוּי בַּסְּפִירוֹת הַקֹּודֶשׁ אֲשֶׁר הֵם רְמוּזִים בְּאוֹתִיּוֹת שְׁמוֹתָיו יִתְבָּרֵךְ, וְהַמְבָרֵךְ גּוֹרֵם לְהָרִיק שֶׁפַע אוֹר מֵעַצְמוּתוֹ יִתְבָּרֵךְ לִסְפִירוֹתָיו הַקְּדוֹשִׁים וְלָעוֹלָמוֹת הַקְּדוֹשִׁים אֲשֶׁר הֵם רְמוּזִים בִּשְׁמוֹ יִתְבָּרֵךְ, וּמֵאַחַר שֶׁהַסְּפִירוֹת הֵם דְּבוּקִים וּקְשׁוּרִים וַאֲחוּזִים בּוֹ יִתְבָּרֵךְ אֲשֶׁר הוּא הֶאֱצִילָם וּבִרְאֵם וְיִצְרָם וַעֲשָׂאָם לִכְבוֹדוֹ, עַל כֵּן הַבְּרָכָה שֶׁהִיא עִנְיַן תּוֹסֶפֶת וְרִבּוּי הַנַּעֲשֶׂה בָּהֶם תִּתְיַיחֵס אֵלָיו יִתְבָּרֵךְ וְלָכֵן גַּם הוּא אָמַר לְר' יִשְׁמָעֵאל בָּרְכֵנִי שֶׁיִּיחֵס הַבְּרָכָה לוֹ, הֲגַם כִּי פְּעֻולַּת הַבְּרָכָה הִיא תּוֹסֶפֶת וְרִבּוּי בַּסְּפִירוֹת הַקֹּודֶשׁ וְעוֹלָמוֹת הָעֶלְיוֹנִים.
« Il a été enseigné : Rabbi Ichmael ben Elicha a dit : une fois, je suis entré pour offrir l'encens dans le lieu le plus intérieur. » Cette aggada renferme assurément un sod caché et scellé. Il me semble, avec l'aide du Ciel, d'après ce qui est écrit dans le saint Zohar, Terouma, folio 146 : « le chef des armées qui noue les couronnes pour son Maître est Akatriel », etc. ; et notre maître le Ari de mémoire bénie a expliqué que cet amour monte du monde de la yetsira vers le palais de l'amour qui est dans la beria, etc. Or les trois premières sefirot de la yetsira sont le sod des âmes mentionnées de la manière suivante : le keter est appelé Akatriel, la 'hokhma est appelée Ya, et la bina est appelée ה' Tsevaot, etc. ; vois-y. Et l'on sait que la yetsira revêt la beria, et la beria revêt l'atsilout, et qu'il faut relier tous les mondes ensemble afin de faire couler le flux de l'un à l'autre. Or l'homme qui fait des unifications et opère des réparations doit avant tout former l'intention de faire monter son nefech du monde de l'assia jusqu'au domaine de la yetsira, ainsi que cette intention est écrite au Chaar Roua'h ha-Kodech, folio 52, dans la sixième intention ; vois-y. Car l'homme qui unifie est masculin, et il doit faire monter son nefech au domaine de la yetsira, où se trouve le sod du masculin ; alors il réussira dans tous ses actes de commandement et dans toutes les unifications qu'il opère. Or Rabbi Ichmael ben Elicha, la paix soit sur lui, faisait des unifications et des intentions pour relier les mondes ensemble et faire couler le flux de l'un à l'autre. C'est ce qu'il dit : une fois je suis entré par la pensée et l'intention sainte pour offrir l'encens, c'est-à-dire pour relier les mondes et opérer des unifications ; par là il monta de l'assia à la yetsira, et il en était digne, car il était le beau, celui qui mérita la grande beauté dans le sod de Hanokh, lequel est dans la yetsira, comme il est mentionné au Chaar ha-Guilgoulim. Il se tenait donc dans la yetsira pour offrir l'encens <i>lifnai ve-lifnim</i>, c'est-à-dire pour relier la yetsira où il se tenait avec ce qui est plus intérieur, soit la beria et l'atsilout, car la beria est appelée <i>lifnai</i>, l'intérieur, par rapport à la yetsira : ce sont Akatriel, le keter ; Ya, la 'hokhma ; ה' Tsevaot, la bina, comme l'a écrit notre maître le Ari de mémoire bénie, ainsi qu'il a été dit plus haut. Il ajoute « sur un trône haut et élevé », allusion à ce qu'il atteignit toute cette grande vision dans le sod de la beria, qui est le sod du trône. Alors, par l'esprit de sainteté qui reposa sur lui, il entendit la voix qui lui parlait : Ichmael, Mon fils, bénis-Moi ; et lui aussi répondit et dit : Maître du monde, que ce soit Ta volonté, etc. Et ce qu'il dit « et Il m'a fait un signe de la tête » fait allusion à la descente du flux depuis les trois premières sefirot, qui sont dans le sod de la tête : sa prière porta ses fruits aussitôt, et le Saint béni soit-Il fit descendre le flux vers tous les mondes par les trois premières sefirot, qu'il appelle Sa tête, à la manière de ce que dit le verset « et Moi J'ai établi Mon roi », c'est-à-dire mon roi que J'ai préparé et placé sur la terre ; médite-le bien. Quant à « Ichmael, Mon fils, bénis-Moi », selon le sens simple des choses, c'est à la manière de ce que dit le verset (Pr. 19, 17) « il prête à ה', celui qui a pitié du pauvre » : celui qui a pitié du pauvre est tenu pour avoir prêté à ה', pour ainsi dire ; de même celui qui formule une demande en faveur du bien d'Israël est tenu pour demander ce bien au Saint béni soit-Il, pour ainsi dire. C'est pourquoi Il lui dit en ces termes bénis-Moi : par la demande que tu formules en faveur du bien d'Israël, Je te compte comme si tu Me bénissais. Et dans le livre Nefech ha-Haim du gaon Rabbi Haim de Volozhin de mémoire bénie, il s'étend longuement sur ce qu'est la bénédiction. Ce qui ressort de tous ses propos est que la bénédiction est un ajout et un accroissement dans les sefirot saintes, auxquelles font allusion les lettres de Ses noms bénis ; celui qui bénit fait couler une lumière de flux depuis Son essence bénie vers Ses sefirot saintes et vers les mondes saints, auxquels fait allusion Son nom béni. Et puisque les sefirot Lui sont attachées, liées et retenues, Lui qui les a émanées, créées, formées et faites pour Sa gloire, la bénédiction, qui est un ajout et un accroissement qui s'y produit, Lui est rapportée. C'est pourquoi Il dit lui aussi à Rabbi Ichmael bénis-Moi, rapportant la bénédiction à Lui, bien que l'effet de la bénédiction soit un ajout et un accroissement dans les sefirot saintes et les mondes supérieurs.
לְעוֹלָם אַל תְּהִי בִּרְכַּת הֶדְיוֹט קַלָּה בְּעֵינֶיךָ. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מַאי מַרְבֶּה בְּתֵיבַת לְעוֹלָם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד לָא מִבָּעֲיָא אִם הַזְּמַן הוּא עֵת רָצוֹן לְמַעְלָה דְּוַדַּאי גַּם בִּרְכַּת הֶדְיוֹט תַּעֲשֶׂה פֵּירוֹת מִכֹּחַ הַזְּמַן, וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב אֵין טַעַם כְּרָצוֹן אֶלָּא גַּם בְּעֵת דִּין וְצָרָה נָמֵי אַל תְּהִי קַלָּה בְּעֵינֶיךָ, כִּי לִפְעָמִים פּוֹעֶלֶת בִּרְכָתוֹ שֶׁל הֶדְיוֹט גַּם בְּעִידַּן רִתְחָא וְעָקְתָא, דַּהֲרֵי בִּרְכַּת אֲרַוְנָה הָיְתָה בְּעִידַּן רִתְחָא שֶׁהָיָה מַגֵּפָה אוֹתוֹ זְמַן, וְכֵן בִּרְכַּת דָּרְיָוֶשׁ הָיְתָה בְּעֵת צָרָה שֶׁיִּשְׂרָאֵל הָיוּ בַּגּוֹלָה וְדָנִיֵּאל הָיָה עוֹמֵד בְּצָרָה גְּדוֹלָה ע"פ חֻוקֵּי פָּרַס וּמָדַי, וְגַם אוֹתָהּ שָׁעָה הָיְתָה עֵת עֶרֶב וְלַיְלָה שֶׁהוּא זְמַן שְׁלִיטַת הַדִּין, כִּי עַד מַעֲלֵי שִׁמְשָׁא הֲוָה מִשְׁתַּדַּר לְהַצָּלוֹתֶיהָ וְלֹא יָכוֹל, וּלְעֵת עֶרֶב הִפִּילוּ לְגֹוב בע"כ.
« Que jamais la bénédiction d'un homme ordinaire ne soit légère à tes yeux. » Il y a lieu de demander ce qu'ajoute le mot <i>leolam</i>, jamais. Il me semble, avec l'aide du Ciel : il n'est pas besoin de dire que si le temps est un moment de faveur en haut, la bénédiction d'un homme ordinaire portera assurément ses fruits par la force du temps, comme il est écrit qu'il n'est pas de meilleur moment que celui de la faveur ; mais même en un temps de rigueur et de détresse, qu'elle ne soit pas légère à tes yeux, car parfois la bénédiction d'un homme ordinaire agit même au moment de la colère et de l'angoisse. Ainsi la bénédiction d'Aravna eut lieu au moment de la colère, puisque l'épidémie sévissait alors ; de même la bénédiction de Darius eut lieu en un temps de détresse, Israël étant en exil et Daniel se trouvant en grand péril selon les lois de Perse et de Médie ; et cette heure-là était le soir et la nuit, temps où la rigueur domine, car jusqu'au coucher du soleil il s'efforça de le sauver sans y parvenir, et au soir on le jeta dans la fosse malgré lui.
💡 Explication

Le récit est celui d'un grand prêtre au jour de Kippour, dans le Saint des saints. Le nom Akatriel, formé sur keter, couronne, est un des noms par lesquels la tradition désigne la souveraineté divine.

La bénédiction que Rabbi Ichmael prononce est mot pour mot la prière rapportée au nom de Rav, transposée à la deuxième personne. Rachi précise le sens du signe de tête : une reconnaissance de la bénédiction, comme celui qui répond amen.

La leçon tirée du récit porte sur autrui : si une telle bénédiction a été demandée et reçue, la bénédiction d'un hedyot, un homme sans titre, garde son poids.

5
וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי יוֹסֵי: מִנַּיִן שֶׁאֵין מְרַצִּין לוֹ לָאָדָם בִּשְׁעַת כַּעֲסוֹ, דִּכְתִיב: ״פָּנַי יֵלֵכוּ וַהֲנִחֹתִי לָךְ״. אָמַר לוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְמֹשֶׁה: הַמְתֵּן לִי עַד שֶׁיַּעַבְרוּ פָּנִים שֶׁל זַעַם וְאָנִיחַ לְךָ.

Et Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Yossi : d'où sait-on qu'on n'apaise pas un homme au moment de sa colère ? De ce qu'il est écrit : « Ma face ira et Je te donnerai le repos » (Ex.

33, 14). Le Saint béni soit-Il dit à Moche : attends-Moi jusqu'à ce que passe la face de fureur, et Je te donnerai le repos.

💡 Explication

La scène est celle qui suit la faute du veau d'or : Moche demande le retour de la présence divine. La réponse joue sur le mot panim, face. Rabbi Yo'hanan la lit comme une demande de délai : que passe d'abord la face de colère.

La règle de conduite qu'on en tire vaut entre hommes : la demande adressée à quelqu'un en pleine colère n'a pas sa chance ; il faut laisser le moment s'écouler.

6
וּמִי אִיכָּא רִתְחָא קַמֵּיהּ דְּקֻודְשָׁא בְּרִיךְ הוּא?

Et y a-t-il une colère devant le Saint béni soit-Il ?

🪔 Ben Yehoyada (1)
וּמִי אִיכָּא רִיתְחָא קַמֵּיהּ דְּקֻודְשָׁא בְּרִיךְ הוּא? יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר וּמִי רָתַח קב"ה?! וְעוֹד מַקְשִׁים מַאי קָא מֻתְמָהּ וַהֲלֹא כְּתִיב (דְּבָרִים לֹא, כט) לְהַכְעִיסוֹ בְּמַעֲשֵׂה יְדֵיכֶם, (שָׂם לֵב, טז) בְּתוֹעֵבֹת יַכְעִיסֻהוּ (שָׁם) כִּעֲסוּנִי בְּהַבְלֵיהֶם, וְכֵן יֵשׁ לְשׁוֹן זַעַם בְּכַמָּה מִקְרָאוֹת? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּוַדַּאי כָּל מ"ש כַּעַס וְחָרוֹן וְזָעַם וְחֵימָה בַּמִּקְרָא אֵין הַדָּבָר כִּפְשׁוּטוֹ ח"ו שֶׁהוּא כְּמוֹ כַּעַס וְחֵימָה שֶׁל בָּשָׂר וָדָם חָלִילָה, אַךְ הוּא לְשׁוֹן מְלִיצָה עַל מְנִיעַת הַשֶּׁפַע מִן הַמִּדָּה הַמַּשְׁפַּעַת, וְהָעִנְיָן הוּא כִּי השי"ת בָּרָא שְׁנֵי מִדּוֹת לְמַעְלָה לְהַשְׁפִּיעַ עַל יָדָם לָעוֹלָמוֹת עַד עוֹלָם הַתַּחְתּוֹן הַזֶּה, וְהֵם סְפִירוֹת הַחֶסֶד אֲשֶׁר מְכַנִּים אוֹתָהּ בַּדֶּרֶךְ מָשָׁל יַד יָמִין, וּסְפִירוֹת הַגְּבוּרָה אֲשֶׁר מְכַנִּים אוֹתָהּ יַד שְׂמֹאל, וּבִשְׁנֵיהֶם הקב"ה מְשַׁלְשֵׁל הַשֶּׁפַע לְעוֹלָם, כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (תְּהִלִּים קמה, טז) פּוֹתֵחַ אֶת יָדְךָ וְכוּ', שֶׁשְּׁנֵי סְפִירוֹת אֵלּוּ הֵם מְכַוְּנִים בְּשֵׁם יָדַיִם שֶׁל הַגּוּף חָלִילָה, אֶלָּא שֵׁם זֶה הוּא דֶּרֶךְ כִּינּוּי לָהֶם עַל שֵׁם פְּעֻולָּתָם וְכַאֲשֶׁר יֵשׁ חֵטְא בַּתַּחְתּוֹנִים שֶׁאָז הַסְּפִירָה מוֹנַעַת הַשֶּׁפַע מִלְּהָרִיק לַתַּחְתּוֹנִים, הִנֵּה זֹאת הַמְּנִיעָה נִקְרֵאת בְּשֵׁם כַּעַס אוֹ חֵימָה אוֹ זָעַם שֶׁכָּל תּוֹאֲרִים אֵלּוּ הֵם אֲמוּרִים כְּפִי מַדְרֵגוֹת הַמְּנִיעָה וְעִכַּבְתָּ הַשֶּׁפַע, כִּי בֶּאֱמֶת אֵין הַמְּנִיעָה מְעַכֶּבֶת הַשֶּׁפַע שָׁוֶה בְּכָל עֵת אֶלָּא תִּהְיֶה כְּפִי עֵרֶךְ הַחֵטְא, לָכֵן יֵשׁ בָּזֶה מַדְרֵגוֹת הַרְבֵּה וְיֵשׁ לְכָל מַדְרֵגָה כִּינּוּי בפ"ע. זוֹ מְכֻונֵּית בְּשֵׁם זָעַם וְזוֹ בְּשֵׁם כַּעַס וְזוֹ בְּשֵׁם חֵימָה וְכֵן עַל זֶה הַדֶּרֶךְ. מִיהוּ מְנִיעַת הַשֶּׁפַע מִן הַמִּדָּה לֹא תִּהְיֶה אֶלָּא רַק בְּמִדַּת הַגְּבוּרָה, אֲבָל מִדַּת הַחֶסֶד לֹא יִמָּצֵא בָּהּ מְנִיעָה אֶלָּא הִיא מְשַׁפַּעַת בִּתְמִידוּת, שֶׁאִם יִמָּצֵא בָּהּ מְנִיעָה לֹא יִתְקַיְּימוּ הָעוֹלָמוֹת הָעֶלְיוֹנִים שֶׁהֵם צְרִיכִים תָּמִיד אֶל הַשֶּׁפַע לְקִיּוּמָם וְחַיּוּתָם, וְאִם יִסָּתֵם הַצִּינּוֹר הַזֶּה שֶׁל מִדַּת הַחֶסֶד ח"ו אֵיךְ יִתְקַייְּמוּ הַשָּׁמַיִם וְהָאָרֶץ, וְלָכֵן שֶׁפַע אֲשֶׁר יִשְׁתַּלְשֵׁל מֵאִיתּוֹ יִתְבָּרֵךְ בְּצִינּוֹר הַזֶּה שֶׁל מִדַּת הַחֶסֶד לֹא יַפְסִיק וְלֹא יִסָּתֵם כְּלָל, כִּי הוּא לְצֹורֶךְ קִיּוּם וְחַיּוֹת הָעוֹלָמוֹת כֻּולָּם עַד עוֹלָם הַתַּחְתּוֹן הַזֶּה. וְהִנֵּה יָדוּעַ כִּי סְפִירוֹת הַחֶסֶד מְכֻונֵּית בְּשֵׁם פָּנִים, וּסְפִירוֹת הַגְּבוּרָה בְּשֵׁם אָחוֹר, וְיֵשׁ כַּמָּה טְעָמִים בַּדָּבָר וְאֵין כָּאן מָקוֹם לְפָרֵשׁ וּלְבָאֵר דָּבָר זֶה, וְהִנֵּה בְּעֵת שֶׁבָּא מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה לְהִתְפַּלֵּל עַל יִשְׂרָאֵל בַּעֲבוּר הָעֵגֶל לְהַצִּילָם מִפֻּרְעָנוּת וּכְלָיָה, אָמַר לוֹ הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ הַמְתֵּין לִי עַד שֶׁיַּעַבְרוּ פָּנִים שֶׁל זַעַם, וְלֹא אָמַר עַד שֶׁיַּעֲבֹור הַזַּעַם, אֶלָּא פָּנִים שֶׁל זַעַם, וְהַייְנוּ כִּי בָּעֵת הַהִיא גַּם בְּמִדַּת הַחֶסֶד שֶׁמְּכוֹנָה בְּשֵׁם פָּנִים הָיָה מְנִיעַת הַשֶּׁפַע אֲשֶׁר מְנִיעָה זוֹ מְכֻונֵּית בְּשֵׁם זָעַם, וְהָיָה עֵת סַכָּנָה מְאֹד לְיִשְׂרָאֵל, אַךְ זַעַם זֶה שֶׁהוּא מְנִיעַת הַשֶּׁפַע בְּמִדַּת הַחֶסֶד הַנִּקְרָא פָּנִים לֹא יַאֲרִיךְ הַרְבֵּה, שֶׁאִם יַאֲרִיךְ לֹא יִתְקַיְּימוּ הָעוֹלָמוֹת הַשָּׁמַיִם וְהָאָרֶץ כֻּולָּם, וְאִם תֹּאמַר אֲפִילּוּ זְמַן מוּעָט אֵיךְ יִתְקַייְּמוּ, הִנֵּה זֶה הַקִּיּוּם יִהְיֶה עַתָּה תָּלוּי בְּנֵס וְאָחוּז בִּרְצוֹן השי"ת הַפָּשׁוּט וּכְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (תְּהִלִּים ל, ו) כִּי רֶגַע בְּאַפּוֹ חַיִּים בִּרְצוֹנוֹ. וְהַשְׁתָּא אַחַר שֶׁאָמַר ר"י שֶׁאָמַר לוֹ הקב"ה הַמְתֵּן עַד שֶׁיַּעֲבֹור פָּנִים שֶׁל זַעַם, שֶׁזָּכַר פָּנִים שֶׁהוּא כִּנּוּי לְמִדַּת הַחֶסֶד, תָּמַהּ הַמַּקְשָׁן וּמִי אִיכָּא רִיתְחָא קַמֵּיהּ דְּקֻודְשָׁא בְּרִיךְ הוּא, 'קַמֵּי' דַּייְקָא רוֹצֶה לוֹמַר בִּבְחִינַת הַחֶסֶד הַנִּקְרָא פָּנִים אִי אֶפְשָׁר לִהְיוֹת מְנִיעַת הַשֶּׁפַע שֶׁהוּא זָעַם, שֶׁאִם כֵּן אֵיךְ יִתְקַייְּמוּ הָעוֹלָמוֹת, וּלְכָךְ לָא הַקַּשָּׁא וּמִי רָתַח קב"ה שֶׁדָּבָר זֶה יָדוּעַ לַמַּקְשָׁן שֶׁיֵּשׁ רִתְחָא לְמַעְלָה שֶׁהוּא בְּמִדַּת הַגְּבוּרָה בִּלְבַד, וְהוּא קָא מַתְמַהּ עַל זַעַם שֶׁיֵּשׁ מִצַּד מִדַּת הַחֶסֶד, וְהֵשִׁיב לוֹ הַתָּרְצָן אִין, דְּתַנְיָא וְאֵל זֹעֵם בְּכָל יוֹם וְכוּ' וְהוּא שֶׁשֵּׁם 'אֵל' כִּינּוּי לְחֶסֶד שֶׁנִּקְרָא אֵל בְּסוֹד חֶסֶד אֵל כָּל הַיּוֹם, וּמוּכָח מִפָּסוּק זֶה שֶׁגַּם בְּמִדַּת חֶסֶד הַנִּקְרָא אֵל יִהְיֶה בְּחֵי' זָעַם שֶׁהוּא מְנִיעַת הַשֶּׁפַע. וְלָכֵן לֹא הֵבִיא לוֹ הוֹכָחָה מִשְּׁאָר פְּסוּקִים שֶׁבַּתּוֹרָה שֶׁהֻוזְכַּר בָּהֶם לְשׁוֹן אַף וְחֵימָה וְכָעַס, דְּיֵשׁ לְפָרְשָׁם עַל מְנִיעַת הַשֶּׁפַע בְּמִדַּת הַגְּבוּרָה, כִּי בְּכָל סְפִירָה יֵשׁ שֵׁם הֲוָיָ"ה וְכֵן הוּא בְּמִדַּת הַגְּבוּרָה וְרַק הֵבִיא מִפָּסוּק אֵל זָעַם שֶׁשֵּׁם אֵל לֹא נֶאֱמַר בְּמִדַּת הַגְּבוּרָה אֶלָּא בְּחֶסֶד דַּוְקָא, וְהָא דְּהֵבִיא לוֹ דִּבְרֵי הַבָּרַיְיתָא וְלֹא הֵבִיא לוֹ דִּבְרֵי הַפָּסוּק בִּלְבַד דְּאָמַר וְאֵל זֹעֵם בְּכָל יוֹם, הַיְינוּ לְלַמְּדֵנוּ לְפִי דַּרְכּוֹ טַעְמוֹ שֶׁל דָּבָר, שֶׁאַל תַּחְשֹׁוב שֶׁזֶּה הַזַּעַם שֶׁהוּא מְנִיעַת הַשֶּׁפַע בִּבְחִינַת הַפָּנִים שֶׁהוּא הַחֶסֶד הַנִּקְרָא אֵל מַאֲרִיךְ, וּלְכָךְ תִּתְמַהּ אֵיךְ יִתְקַיְּימוּ הָעוֹלָמוֹת הַשָּׁמַיִם וְהָאָרֶץ, לָזֶה הֵבִיא דִּבְרֵי הַבָּרַיְיתָא שֶׁמְּפֹורָשׁ בָּהּ זְמַן הַזַּעַם הַזֶּה הוּא רֶגַע אֶחָד מֵחֲמֵשֶׁת רִבּוֹא וְכוּ', וּבִזְמַן מוּעָט כָּזֶה יִתְקַיְּימוּ בְּנֵס, וְהִנֵּה הַגָּאוֹן חִידָ"א זַ"ל תֵּירֵץ שֶׁהֻוצְרַךְ לְהָבִיא הַבָּרַייְתָא מִשּׁוּם דְּהַפָּסוּק הָיִינוּ מְפָרְשִׁים אוֹתוֹ כְּפֵירוּשׁ זוה"ק שֶׁפֵּירֵשׁ אַל זַעַם בְּכוֹחוֹת הַדִּינִין וְגַם זֶה הַתֵּירוּץ יָבֹא נָכוֹן לְפִי דְּבָרֵינוּ בס"ד.
« Et y a-t-il une colère devant le Saint béni soit-Il ? » Il y a lieu de demander : il aurait fallu dire « et le Saint béni soit-Il Se met-Il en colère ? » On demande aussi de quoi l'on s'étonne, puisqu'il est écrit (Dt. 31, 29) « pour L'irriter par l'œuvre de vos mains », (ibid. 32, 16) « par des abominations ils L'irritent », (ibid.) « ils M'ont irrité par leurs vanités », et que le terme de fureur figure en plusieurs versets. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que tout ce qui est dit dans l'Écriture de colère, de courroux, de fureur et d'emportement n'est assurément pas à prendre au sens littéral, à D.ieu ne plaise, comme la colère et la fureur d'un être de chair et de sang. C'est une façon de parler qui désigne la retenue du flux dans l'attribut qui le fait couler. La chose est celle-ci : le Nom béni soit-Il a créé en haut deux attributs par lesquels Il fait couler le flux vers les mondes jusqu'à ce monde inférieur, à savoir la sefira de 'hessed, que l'on nomme par comparaison la main droite, et la sefira de guevoura, que l'on nomme la main gauche ; par les deux, le Saint béni soit-Il fait descendre le flux vers le monde, ainsi qu'il est dit (Ps. 145, 16) « Tu ouvres Ta main », etc. Ces deux sefirot sont appelées mains, non que ce soient des mains d'un corps, à D.ieu ne plaise, mais ce nom leur est donné d'après leur action. Et lorsqu'il y a faute chez les êtres d'en bas, la sefira retient le flux et cesse de le verser vers eux ; cette retenue est appelée colère, ou fureur, ou courroux, tous ces termes s'employant selon les degrés de la retenue et de l'arrêt du flux. Car en vérité la retenue n'arrête pas le flux également en tout temps, mais selon la mesure de la faute ; il y a donc en cela bien des degrés, et chaque degré a sa dénomination propre : celui-ci est appelé fureur, celui-là colère, cet autre courroux, et ainsi de suite. Toutefois la retenue du flux dans l'attribut ne se produit que dans l'attribut de guevoura ; dans l'attribut de 'hessed, il ne se trouve pas de retenue, mais il fait couler continûment. Car s'il s'y trouvait une retenue, les mondes supérieurs ne subsisteraient pas, eux qui ont continuellement besoin du flux pour leur existence et leur vie ; et si ce conduit de l'attribut de 'hessed venait à se boucher, à D.ieu ne plaise, comment subsisteraient le ciel et la terre ? Aussi le flux qui descend de Lui par ce conduit de l'attribut de 'hessed ne s'interrompt-il ni ne se ferme jamais, car il est nécessaire à l'existence et à la vie de tous les mondes jusqu'à ce monde inférieur. Or on sait que la sefira de 'hessed est appelée <i>panim</i>, face, et la sefira de guevoura <i>a'hor</i>, dos ; il y a à cela plusieurs raisons, et ce n'est pas ici le lieu de les exposer. Lorsque Moche notre maître, la paix soit sur lui, vint prier pour Israël à propos du veau, afin de les sauver du châtiment et de la destruction, le Nom béni soit-Il lui dit : attends-Moi jusqu'à ce que passe la face de fureur ; Il ne dit pas jusqu'à ce que passe la fureur, mais la face de fureur. C'est qu'en ce temps-là, même dans l'attribut de 'hessed que l'on nomme face, il y avait retenue du flux, retenue que l'on nomme fureur, et c'était un temps de très grand péril pour Israël. Mais cette fureur, qui est la retenue du flux dans l'attribut de 'hessed appelé face, ne dure pas longtemps ; si elle durait, les mondes, le ciel et la terre, ne subsisteraient pas. Et si tu demandes comment ils subsistent même un temps bref, cette subsistance tient alors au miracle et s'accroche à la volonté simple du Nom béni soit-Il, ainsi qu'il est dit (Ps. 30, 6) « car un instant dans Sa colère, une vie dans Sa faveur ». Maintenant, après que Rabbi Yo'hanan eut dit que le Saint béni soit-Il lui avait dit attends jusqu'à ce que passe la face de fureur, mentionnant la face, qui est la dénomination de l'attribut de 'hessed, celui qui objecte s'est étonné : y a-t-il une colère <i>devant</i> le Saint béni soit-Il ? Le mot <i>kamei</i>, devant, est exact : il veut dire que dans l'aspect du 'hessed appelé face, il ne peut y avoir de retenue du flux, qui est la fureur, car alors comment les mondes subsisteraient-ils ? C'est pourquoi il n'a pas objecté « et le Saint béni soit-Il Se met-Il en colère ? », chose connue de lui, à savoir qu'il y a une colère en haut, dans le seul attribut de guevoura ; son étonnement porte sur une fureur qui viendrait du côté de l'attribut de 'hessed. Celui qui répond lui dit : oui, car il a été enseigné « et D.ieu est furieux chaque jour », etc. — le nom <i>El</i> étant la dénomination du 'hessed, appelé <i>El</i> dans le sod de « le 'hessed de D.ieu tout le jour ». Il ressort de ce verset que même dans l'attribut de 'hessed appelé El il y a un aspect de fureur, qui est la retenue du flux. C'est pourquoi il ne lui a pas apporté de preuve des autres versets de la Torah où figurent les termes de courroux, de fureur et de colère, car on peut les expliquer de la retenue du flux dans l'attribut de guevoura, puisque dans chaque sefira il y a le nom Havaya, et ainsi en est-il dans l'attribut de guevoura ; il a seulement apporté le verset « D.ieu est furieux », où le nom El n'est pas dit de l'attribut de guevoura mais du 'hessed précisément. Et s'il lui a apporté les paroles de la baraita et non le seul verset qui dit « et D.ieu est furieux chaque jour », c'est pour nous enseigner chemin faisant la raison de la chose : ne pense pas que cette fureur, qui est la retenue du flux dans l'aspect de la face, soit le 'hessed appelé El, se prolonge, ce qui te ferait demander comment les mondes, le ciel et la terre, subsistent ; c'est pourquoi il a apporté les paroles de la baraita, où le temps de cette fureur est expressément un instant sur cinquante-huit mille, etc., et dans un temps si bref ils subsistent par miracle. Le gaon le Hida de mémoire bénie a répondu qu'il fallait apporter la baraita parce que nous aurions expliqué le verset comme l'explique le saint Zohar, qui explique « D.ieu est furieux » des forces de rigueur ; et cette réponse aussi s'accorde bien avec nos propos, avec l'aide du Ciel.
💡 Explication

La question ne porte pas sur un fait mais sur la convenance du terme : peut-on parler de ritha, colère, à l'égard de Celui qui n'a ni corps ni passion. La guemara va y répondre par une baraita, donc par une source, plutôt que par un raisonnement.

Le Ben Ich H'ai déplace la difficulté : les mots de colère sont fréquents dans l'Écriture, et la question devrait donc être réglée d'avance. Il répond que l'étonnement porte précisément sur le mot panim du verset précédent, terme qui désigne l'attribut de 'hessed, où une retenue du flux ne se conçoit pas sans mettre en cause l'existence des mondes.

7
אִין, דְּתַנְיָא ״וְאֵל זֹועֵם בְּכָל יוֹם״.

Oui, car il a été enseigné dans une baraita : « et D.ieu est furieux chaque jour » (Ps. 7, 12).

8
וְכַמָּה זַעְמוֹ — רֶגַע. וְכַמָּה רֶגַע — אֶחָד מֵחֲמֵשֶׁת רִבּוֹא וּשְׁמוֹנַת אֲלָפִים וּשְׁמֹנֶה מֵאוֹת וּשְׁמֹנִים וּשְׁמֹנֶה בְּשָׁעָה, וְזוֹ הִיא רֶגַע. וְאֵין כָּל בְּרִיָּה יְכוֹלָה לְכַוֵּין אוֹתָהּ שָׁעָה, חוּץ מִבִּלְעָם הָרָשָׁע, דִּכְתִיב בֵּיהּ: ״וְיוֹדֵעַ דַּעַת עֶלְיוֹן״.

Et combien dure Sa fureur ? Un réga, un instant.

Et combien vaut un réga ? Un cinquante-huit-mille-huit-cent-quatre-vingt-huitième d'heure — voilà le réga.

Et aucune créature ne peut viser cette heure-là, hormis Bilam le méchant, dont il est écrit : « et il connaît la pensée du Très-Haut » (Nb. 24, 16).

🪔 Ben Yehoyada (2)
וְכַמָּה 'רֶגַע'? הִנֵּה זֹוהַר הַקָּדוֹשׁ פֵּירֵשׁ אֵל שֶׁהוּא חֶסֶד זָעַם בְּכוֹחוֹת הַדִּינִין וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב בְּפֶתַח עֵינַיִם וְנִרְאֶה לִי דְּלֵיכָּא פְּלֻוגְתָּא בְּנַיְיהוּ, וְהַייְנוּ כִּי הקב"ה זָעַם בְּכוֹחוֹת הַדִּין בְּכָל יוֹם כְּדֵי שֶׁלֹּא יִתְרַבּוּ וְיוֹסִיפוּ כֹּחַ, וּבָזֶה הַזַּעַם שֶׁזּוֹעֵם בָּם יֵחָלֵשׁ כּוֹחָם אַךְ אַחַר שֶׁזּוֹעֵם בָּם יִתְעוֹרֵר קִטְרוּג עַל יִשְׂרָאֵל שֶׁכָּל כָּךְ טוֹבָה עוֹשֶׂה לָהֶם וְהֵם אֵינָם שָׁבִים בִּתְשׁוּבָה גְּמוּרָה וּמֵחֲמַת קִטְרוּג זֶה יִהְיֶה זָעַם 'רֶגַע אֶחָד' עַל הָעוֹלָם, ולפ"ז יֵשׁ שְׁנֵי רְגָעִים שֶׁל זָעַם הָא', מַה שֶׁזּוֹעֵם בְּכוֹחוֹת הַדִּין וְהוּא אֶחָד מֵחֲמֵשֶׁת וְכוּ' דְּנָקֵיט בַּבָּרַייְתָא, וְהַב' זַעַם עַל הָעוֹלָם אֲשֶׁר יִתְהַוֶּוה מִצַּד הַזַּעַם שֶׁזּוֹעֵם בְּבַעַל הַדִּין, וְשִׁיעוּר זַעַם זֶה הוּא רֶגַע כְּמֵימְרֵיהּ, שֶׁהוּא קָטָן בְּשִׁיעוּרוֹ מֵאוֹתוֹ הַזַּעַם שֶׁל הַבָּרַייְתָא, וּבָזֶה שֶׁכָּתַבְתִּי נִתְרַצּוּ בס"ד כָּל קֻושְׁיוֹת שֶׁל הָרַב יַעֲרַת דְּבַשׁ חֵלֶק א' דַּף ס"ה עַייֵּן שָׁם, וּבָזֶה יוּבָן בס"ד מ"ש (מִיכָה ו' ה') לְמַעַן דַּעַת צִדְקוֹת ה' תַּרְתֵּי מַשְׁמַע, כִּי שְׁתַּיִם צְדָקוֹת עָשָׂה ה' בִּימֵי בִּלְעָם, הָא' זַעַם שֶׁל כּוֹחוֹת הַדִּין אֲשֶׁר נַעֲשָׂה, וְהַב' זַעַם עַל הָעוֹלָם הַנּוֹלָד מֵאוֹתוֹ הַזַּעַם לֹא נַעֲשָׂה.
« Et combien vaut un réga ? » Le saint Zohar a expliqué que <i>El</i>, qui est le 'hessed, est furieux contre les forces de rigueur, comme il est écrit dans le Petah Enayim. Il me semble qu'il n'y a pas de divergence entre eux. En effet, le Saint béni soit-Il est furieux chaque jour contre les forces de rigueur afin qu'elles ne se multiplient pas et n'augmentent pas leur force, et par cette fureur qu'Il exerce contre elles leur force faiblit. Mais après qu'Il s'est ainsi emporté contre elles, une accusation s'éveille contre Israël, à qui Il fait tant de bien alors qu'eux ne reviennent pas d'un repentir accompli ; et par l'effet de cette accusation il y a une fureur d'un seul instant sur le monde. Selon cela, il y a deux instants de fureur : le premier, celui qu'Il exerce contre les forces de rigueur, et c'est un instant sur cinquante-huit mille, etc., que mentionne la baraita ; le second, la fureur sur le monde, qui naît de la fureur exercée contre l'adversaire, et la mesure de cette fureur-là est un réga, la durée de sa prononciation, plus courte que la fureur de la baraita. Par ce que j'ai écrit se résolvent, avec l'aide du Ciel, toutes les difficultés du maître du Yaarot Devach, première partie, folio 65 ; vois-y. Et par là se comprend, avec l'aide du Ciel, ce qui est dit (Michee 6, 5) « afin de connaître les <i>tsidkot</i> de ה' », au pluriel, car deux justices ה' a faites aux jours de Bilam : la première, la fureur contre les forces de rigueur, qui eut lieu ; la seconde, la fureur sur le monde qui en naît, qui n'eut pas lieu.
וְאֵין כָּל בְּרִיָּה יְכוֹלָה לְכַוֵּן אוֹתָהּ הַשָּׁעָה, חוּץ מִבִּלְעָם הָרָשָׁע. מַקְשִׁים הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר 'אוֹתָהּ הָרֶגַע'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאַף עַל גַּב דְּאוֹתוֹ הָרֶגַע הָיָה קָשֶׁה מְאֹד וְהַמְקַלֵּל בּוֹ תָּחוּל בְּלִי סָפֵק, הִנֵּה גַּם אוֹתָהּ הַשָּׁעָה אֲשֶׁר בָּהּ יִהְיֶה הָרֶגַע הַהוּא הִנֵּה הִיא קָשָׁה, דְּשָׁדֵי תִּכְלָא בְּכֻולָּהּ, אַךְ אֵינָהּ קָשָׁה כְּמוֹ נְקֻודַּת אוֹתוֹ הָרֶגַע, וּבִלְעָם הָיָה יוֹדֵעַ אוֹתָהּ הַשָּׁעָה שֶׁיִּהְיֶה בָּהּ אוֹתוֹ הָרֶגַע, שֶׁהוּא יִהְיֶה בִּתְלָת שָׁעֵי קַמַּיְיתָא, לִפְעָמִים בָּרִאשׁוֹנָה, וְלִפְעָמִים בַּשְּׁנִיָּה, וְלִפְעָמִים בַּשְּׁלִישִׁית, וְאַל תַּחְשֹׁוב כִּי עַד שֶׁתַּגִּיעַ נְקֻודַּת הָרֶגַע יַכִּיר בּוֹ, אֶלָּא הוּא מִתְּחִלַּת הַיּוֹם מַכִּיר וְיוֹדֵעַ בְּאֵיזֶה שָׁעָה יִהְיֶה אוֹתוֹ הָרֶגַע בַּיּוֹם הַהוּא, וְכֵיוָן שֶׁנִּכְנְסָה הַשָּׁעָה הוּא מְקַלֵּל בָּהּ, כִּי אַף עַל פִּי שֶׁלֹּא תָּחוּל הַקְּלָלָה בְּבֵירוּר כְּמוֹ אוֹתוֹ הָרֶגַע תַּזִּיק הִיא עַל כָּל פָּנִים. וּבָזֶה יְתֹורַץ קֻושְׁיָא אַחֶרֶת שֶׁמַּקְשִׁים הָעוֹלָם במ"ש הקב"ה לְמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה הַמְתֵּן עַד שֶׁיַּעֲבֹור פָּנִים שֶׁל זַעַם, וּקְשָׁא וַהֲלֹא שִׁיעוּר הָרֶגַע הוּא כַּמַּמְרֵא וְאִם כֵּן בְּמֶשֶׁךְ מִלָּה אַחַת נִגְמַר הָרֶגַע וְאֵיךְ יֹאמַר לוֹ הַמְתֵּן, וּבָזֶה מְתֹורָץ שַׁפִּיר כִּי הֵן אֱמֶת נְקֻודַּת הָרֶגַע הִיא קָשֶׁה מְאֹד, מִכָּל מָקוֹם כָּל אוֹתָם רְגָעִים הַבָּאִים אַחֲרָיו שֶׁל אוֹתוֹ הָרֶגַע עַד גְּמַר הַשָּׁעָה הַהִיא כֻּולָּהּ גַּם כֵּן הֵם קָשִׁים, וְאִיכָּא בְּהוּ בִּזְרִיָּה דְּהַהוּא זָעַם שֶׁל אוֹתוֹ הָרֶגַע הָעִיקָּרִי וּלְכָךְ א"ל הַמְתֵּן. וְהִנֵּה בַּתּוֹסָפוֹת הִקְשׁוּ מֶה הָיָה יָכוֹל לוֹמַר בְּשִׁיעוּר רֶגַע, וְתֵירְצוּ שֶׁיֹּאמַר כֻּלָּם, וּבָזֶה פֵּירַשְׁתִּי בסה"ר אַדֶּרֶת אֵלִיָּהוּ (תְּהִלִּים לד, כ') רַבּוֹת רָעוֹת צַדִּיק וּמִכֻּלָּם יַצִּילֶנּוּ ה', אַךְ הַגָּאוֹן מָהָרִ"י זַ"ל בי"ד כָּתַב תֵּירוּץ הַתּוֹס' דָּחוּק, דִּלְאֵיזֶה אֻומָּה יִכָּלֵם כִּי אֵין זְמַן שֶׁיַּזְכִּיר שֵׁם הָאֻומָּה עַייֵּן שָׁם, וְנִרְאֶה לִי בס"ד דִּבְתֵירוּץ הָא' כַּוָּנָתָם לוֹמַר לְעוֹלָם צָרִיךְ לִזְכֹּור שֵׁם הַמְקֻולָּל, אַךְ אֵין צָרִיךְ לְהַזְכִּירוֹ בְּאוֹתוֹ הָרֶגַע, וְרַק הַקְּלָלָה צָרִיךְ לִזְכֹּור בְּאוֹתוֹ רֶגַע, וּשְׁמוֹ יְסַייֵּם אַחַר הָרֶגַע שֶׁיֹּאמַר כֻּלָּם לְשׂוֹנְאֵי יִשְׂרָאֵל, אוֹ יַקְדִּים הַשֵּׁם קֹודֶם הָרֶגַע, וּבְתֵירוּץ הַב' תֵּירְצוּ שֶׁגַּם שְׁאָר דִּבְרֵי הַקְּלָלָה יוּכַל לְסַייֵּם אַחַר אוֹתוֹ רֶגַע, וְרַק צָרִיךְ שֶׁיַּתְחִיל בִּקְלָלָה בְּאוֹתוֹ רֶגַע. וּבָזֶה יְתֹורַץ שַׁפִּיר קֻושְׁיַת הַגָּאוֹן הצל"ח זַ"ל בְּעֻובְדָּא דְּר' יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי שֶׁפֵּירֵשׁ מָהַרְשָׁ"א לְפִי תֵּירוּץ הָא' שֶׁל הַתּוֹס' שֶׁהָיָה רוֹצֶה לוֹמַר יָמוּת, וְהַקַּשָּׁא הצל"ח בִּשְׁלָמָא בִּלְעָם הָיָה רוֹאֶה אֶת יִשְׂרָאֵל, אֲבָל ר' יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי לֹא הָיָה עוֹמֵד לְפָנָיו אוֹתוֹ הַשּׂוֹנֵא, וְאִם יֹאמַר סְתָם, מִי יָמוּת כִּי לֹא פֹּורַשׁ יְעֻוייַּן שָׁם, וּלְפִי הָאָמוּר נִיחָא, דְּגַם לַתֵּירוּץ הָא' שֶׁל הַתּוֹסָפוֹת צָרִיךְ לִזְכֹּור שְׁמוֹ אֶלָּא שֶׁאֵין צָרִיךְ לְהַזְכִּירוֹ בְּאוֹתוֹ רֶגַע.
« Et aucune créature ne peut viser cette heure-là, hormis Bilam le méchant. » On demande : il aurait fallu dire cet instant-là. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que bien que cet instant fût très dur et que celui qui maudit alors verrait sa malédiction se réaliser sans aucun doute, l'heure même où se trouve cet instant est elle aussi dure, car la ruine y est jetée tout entière ; elle n'est cependant pas dure comme le point précis de cet instant. Bilam connaissait l'heure où se trouverait cet instant, à savoir dans les trois premières heures, tantôt la première, tantôt la deuxième, tantôt la troisième. Et ne pense pas qu'il ne le reconnaissait qu'une fois le point de l'instant arrivé : dès le début du jour il reconnaissait et savait à quelle heure serait cet instant ce jour-là, et dès que l'heure entrait il maudissait pendant elle ; car même si la malédiction ne prenait pas aussi sûrement que dans cet instant précis, elle nuisait en tout cas. Par là se résout une autre difficulté que l'on soulève sur ce que le Saint béni soit-Il dit à Moche notre maître, la paix soit sur lui : attends jusqu'à ce que passe la face de fureur. On demande : la mesure de l'instant est celle de sa prononciation, et donc l'instant s'achève dans le temps d'un seul mot ; comment lui dire attends ? Par là, c'est bien résolu : il est vrai que le point de l'instant est très dur, mais tous les instants qui viennent après celui-là, jusqu'à l'achèvement de cette heure entière, sont eux aussi durs, et il y a en eux quelque chose de la fureur de cet instant principal ; c'est pourquoi Il lui dit attends. Les Tossefot ont demandé ce qu'il pouvait dire dans la mesure d'un instant, et ont répondu qu'il dirait <i>koulam</i>, tous. J'ai expliqué par là, dans mon livre Aderet Eliyahou (Ps. 34, 20), « nombreux sont les maux du juste, et de tous ה' le délivre ». Mais le gaon Rabbi Yaakov de mémoire bénie, dans le Yore Dea, a écrit que la réponse des Tossefot est forcée, car contre quelle nation dirait-il <i>koulam</i>, puisqu'il n'y a pas de temps pour mentionner le nom de la nation ; vois-y. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que dans leur première réponse leur intention est de dire qu'il faut toujours mentionner le nom de celui que l'on maudit, mais qu'il n'est pas nécessaire de le mentionner dans cet instant même : seule la malédiction doit être dite dans cet instant, et il achèvera le nom après l'instant en disant <i>koulam</i> aux ennemis d'Israël, ou bien il fera précéder le nom avant l'instant. Dans leur seconde réponse, ils répondent que le reste des paroles de la malédiction peut aussi s'achever après cet instant, pourvu qu'il commence la malédiction dans cet instant. Par là se résout bien la difficulté du gaon du Tselah de mémoire bénie sur l'épisode de Rabbi Yehochoua ben Levi, où le Maharcha a expliqué, suivant la première réponse des Tossefot, qu'il voulait dire <i>yamout</i>, qu'il meure ; le Tselah a objecté que Bilam, lui, voyait Israël, tandis que Rabbi Yehochoua ben Levi n'avait pas cet ennemi devant lui, et que s'il disait la formule sans plus, qui mourrait, puisque ce n'est pas précisé ; vois-y. Selon ce qui a été dit, c'est bien résolu : même selon la première réponse des Tossefot, il faut mentionner son nom, mais il n'est pas nécessaire de le mentionner dans cet instant même.
💡 Explication

Le folio donne une mesure chiffrée : la fureur dure un réga, défini comme la 58 888e partie d'une heure. La précision du nombre appartient au genre de l'aggada, où la petitesse extrême de la durée est le point.

Le verset appliqué à Bilam, ve-yodea daat Elyon, est cité comme la seule exception : il aurait su repérer cet instant. La guemara du segment suivant va en restreindre aussitôt la portée.

🖼️ Schéma
Le réga : l'instant de colère et qui sait le viser Une heure du jour Le trait rouge = 1 réga = un cinquante-huit-mille-huit-cent-quatre-vingt-huitième d'heure (58 888). Rabbi Avin : la durée d'un réga est celle qu'il faut pour prononcer le mot réga. Les deux versets de la durée Ps. 30, 6 : un instant dans Sa colère, une vie dans Sa faveur. Is. 26, 20 : cache-toi un court instant, jusqu'à ce que la fureur soit passée. Le signe du coq (Abaye) Heure ordinaire Crête blanche, debout sur une patte, MAIS des veinules rouges dans la crête. -> pas de colère. Le réga Crête blanche, debout sur une patte, AUCUNE veinule rouge. -> l'instant de colère, dans les 3 premières heures.
La durée du réga, ses deux versets, et le signe du coq donné plus loin par Abaye.
9
הַשְׁתָּא דַּעַת בְּהֶמְתּוֹ לָא הֲוָה יָדַע, דַּעַת עֶלְיוֹן הֲוָה יָדַע?

Or, la pensée de son animal, il ne la connaissait pas ; et la pensée du Très-Haut, il la connaissait ?

📜 Rachi (1)
דַּעַת בְּהֶמְתּוֹ לָא הֲוָה יָדַע בְּמַסֶּכֶת ע"א מְפָרֵשׁ לָהּ בפ"ק:
« La pensée de son animal, il ne la connaissait pas » — dans le traité Avoda Zara, cela est exposé au premier chapitre.
💡 Explication

L'objection est un kal va-homer implicite tiré du récit de l'ânesse. Rachi renvoie à Avoda Zara, premier chapitre, où l'épisode est exposé.

10
אֶלָּא, מְלַמֵּד שֶׁהָיָה יוֹדֵעַ לְכַוֵּין אוֹתָהּ שָׁעָה שֶׁהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא כּוֹעֵס בָּהּ.

Plutôt : cela enseigne qu'il savait viser cette heure-là où le Saint béni soit-Il est en colère.

💡 Explication

La réponse réduit le verset à son minimum : le savoir de Bilam ne portait pas sur le contenu de la pensée divine, mais sur le repérage d'un moment. Le mot lekhaven, viser, est le terme technique de cette précision temporelle.

🖼️ Schéma
Que savait Bilam ? La réduction de la guemara Lecture première Il connaît la pensée du Très-Haut (Nb. 24, 16) - un savoir prophétique. Objection Il ignorait la pensée de son ânesse ; connaîtrait-il celle du Très-Haut ? Ce que le verset enseigne réellement Il savait viser l'heure où le Saint béni soit-Il est en colère - rien de plus. Conséquence : pendant tous les jours de Bilam, D.ieu n'a pas eu de colère et la malédiction est restée sans prise. C'est la tsidkot ha-Chem de Michee 6, 5.
Le savoir de Bilam ramené à un repérage d'instant, et la conséquence tirée par Michee.
11
וְהַייְנוּ דַּאֲמַר לְהוּ נָבִיא לְיִשְׂרָאֵל: ״עַמִּי זְכָר נָא מַה יָּעַץ בָּלָק מֶלֶךְ מוֹאָב וְגוֹ׳״. מַאי ״לְמַעַן דַּעַת צִדְקוֹת ה׳״?

Et c'est ce que le prophète a dit à Israël : « Mon peuple, souviens-toi donc de ce qu'avait projeté Balak roi de Moab », etc. (Michee 6, 5).

Que signifie « afin que tu connaisses les actes de justice de ה' » ?

12
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר, אָמַר לָהֶם הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְיִשְׂרָאֵל: דְּעוּ כַּמָּה צְדָקוֹת עָשִׂיתִי עִמָּכֶם שֶׁלֹּא כָּעַסְתִּי בִּימֵי בִּלְעָם הָרָשָׁע, שֶׁאִלְמָלֵי כָּעַסְתִּי — לֹא נִשְׁתַּיֵּיר מִשּׂוֹנְאֵיהֶם שֶׁל יִשְׂרָאֵל שָׂרִיד וּפָלִיט.

Rabbi Elazar a dit : le Saint béni soit-Il leur a dit : sachez combien d'actes de justice J'ai faits avec vous, en ce que Je ne Me suis pas mis en colère aux jours de Bilam le méchant ; car si Je M'étais mis en colère, il ne serait pas resté des ennemis d'Israël un survivant ni un rescapé.

🗂️ Tossefot (1)
שֶׁאִלְמָלֵי כָּעַסְתִּי לֹא נִשְׁתַּיֵּיר וְכוּ' וְאִם תֹּאמַר מֶה הָיָה יָכוֹל לוֹמַר בִּשְׁעַת רֶגַע. יֵשׁ לוֹמַר כֻּלָּם. אִי נָמֵי מֵאַחַר שֶׁהָיָה מַתְחִיל קִלְלָתוֹ בְּאוֹתָהּ שָׁעָה הָיָה מַזִּיק אֲפִילּוּ לְאַחַר כֵּן:
« Car si Je M'étais mis en colère, il ne serait pas resté », etc. — et si tu dis : que pouvait-il dire dans le temps d'un instant ? Il y a lieu de dire : <i>koulam</i>, tous. Ou bien : dès lors qu'il commençait sa malédiction à cet instant-là, elle nuisait même après.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר לָהֶם הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְיִשְׂרָאֵל: רְאוּ כַּמָּה צְדָקוֹת עָשִׂיתִי עִמָּכֶם שֶׁלֹּא כָּעַסְתִּי בִּימֵי בִּלְעָם הָרָשָׁע. נִרְאֶה לִי בס"ד כִּי בִּלְעָם הָיָה רוֹצֶה לְקַלְּלָם בְּאוֹתוֹ הָרֶגַע בִּרְאִיָּיתוֹ אוֹתָם, שֶׁאִם לֹא יִרְאֶה אוֹתָם עַל מִי יֹאמַר תֵּיבַת כֻּלָּם, וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב הַגָּאוֹן חִידָ"א זַ"ל בְּפֶתַח עֵינַיִם וְיָלֵיף לָהּ מִפָּסוּק (בַּמִּדְבָּר יב, יג) אֵל נָא רְפָא נָא לָהּ, דְּלָא מִדְּכַר שְׁמָהּ דְּמִרְיָם מִפְּנֵי שֶׁהָיְתָה לְפָנָיו, וּלְפִי זֶה דַּי שֶׁיְּבַטֵּל הַזַּעַם שֶׁל הָרֶגַע בְּאוֹתוֹ הַיּוֹם שֶׁבָּא בִּלְעָם וְרָאָה אֶת יִשְׂרָאֵל, אֲבָל הַיָּמִים שֶׁהָיָה בִּלְעָם מְהַלֵּךְ בַּדֶּרֶךְ וְלֹא הָיָה רוֹאֶה יִשְׂרָאֵל בְּעֵינָיו לֹא הָיָה בִּלְעָם מְקַלְּלָם וְלָמָּה יִבָּטֵל אוֹתוֹ הַזַּעַם, אַךְ עִם כָּל זֶה הקב"ה בִּיטֵּל הַזַּעַם כָּל אוֹתָם הַיָּמִים בַּעֲבוּר אַהֲבַת יִשְׂרָאֵל, וְנִמְצָא דְּיֵשׁ רִבּוּי צְדָקוֹת בָּזֶה עִם יִשְׂרָאֵל.
« Le Saint béni soit-Il dit à Israël : voyez combien d'actes de justice J'ai faits avec vous, en ce que Je ne Me suis pas mis en colère aux jours de Bilam le méchant. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Bilam voulait les maudire à cet instant-là en les voyant ; car s'il ne les voyait pas, sur qui dirait-il le mot <i>koulam</i> ? Ainsi qu'a écrit le gaon le Hida de mémoire bénie dans le Petah Enayim, qui le tire du verset (Nb. 12, 13) « D.ieu, guéris-la donc », où le nom de Miriam n'est pas mentionné parce qu'elle était devant lui. Selon cela, il aurait suffi d'annuler la fureur de l'instant le jour où Bilam vint et vit Israël ; mais les jours où Bilam marchait en chemin et ne voyait pas Israël de ses yeux, il ne les maudissait pas, et pourquoi annuler cette fureur ? Et pourtant le Saint béni soit-Il annula la fureur pendant tous ces jours-là, par amour d'Israël. Il se trouve donc qu'il y a en cela une multitude d'actes de justice envers Israël.
💡 Explication

L'expression sonehem chel Israël, les ennemis d'Israël, est un euphémisme que la guemara emploie pour éviter d'énoncer un malheur sur Israël lui-même.

Les Tossefot posent une question de mesure : dans un temps aussi court, que Bilam aurait-il eu le temps de dire ? Ils donnent deux réponses. Selon la première, un mot suffit, koulam, tous. Selon la seconde, l'essentiel est de commencer la malédiction dans cet instant, la suite prononcée ensuite gardant sa force.

13
וְהַייְנוּ דְּקָאָמַר לֵיהּ בִּלְעָם לְבָלָק: ״מָה אֶקֹּב לֹא קַבֹּה אֵל וּמָה אֶזְעֹם לֹא זָעַם ה׳״, מְלַמֵּד שֶׁכָּל אוֹתָן הַיָּמִים לֹא זָעַם.

Et c'est ce que Bilam a dit à Balak : « Comment maudirais-je celui que D.ieu n'a pas maudit, et comment vouerais-je à la fureur celui que ה' n'a pas voué à la fureur ? » (Nb. 23, 8) — cela enseigne que tous ces jours-là, Il n'a pas été furieux.

14
וְכַמָּה זַעְמוֹ — רֶגַע. וְכַמָּה רֶגַע? אָמַר רַבִּי אָבִין וְאִיתֵּימָא רַבִּי אֲבִינָא: רֶגַע כְּמֵימְרֵיהּ.

Et combien dure Sa fureur ? Un réga.

Et combien vaut un réga ? Rabbi Avin a dit, et certains disent Rabbi Avina : un réga dure le temps de le dire.

💡 Explication

Une seconde mesure du réga est donnée, cette fois sans chiffre : la durée qu'il faut pour prononcer le mot lui-même. Le Ben Ich H'ai distingue les deux mesures en les rapportant à deux colères différentes.

15
וּמְנָא לַן דְּרֶגַע רָתַח? — שֶׁנֶּאֱמַר: ״כִּי רֶגַע בְּאַפּוֹ חַיִּים בִּרְצוֹנוֹ״. וְאִי בָּעֵית אֵימָא מֵהָכָא: ״חֲבִי כִמְעַט רֶגַע עַד יַעֲבָר זָעַם״.

Et d'où savons-nous qu'Il est en colère un réga ? De ce qu'il est dit : « car un instant dans Sa colère, une vie dans Sa faveur » (Ps.

30, 6). Et si tu veux, dis plutôt d'ici : « Cache-toi un court instant, jusqu'à ce que la fureur soit passée » (Is.

26, 20).

📜 Rachi (1)
מַאי קְרָא דְּאַף הָוֵי כְּרֶגַע דִּכְתִיב כִּי רֶגַע בְּאַפּוֹ חַיִּים בִּרְצוֹנוֹ:
« Quel est le verset » — que la colère dure un instant ? De ce qu'il est écrit : car un instant dans Sa colère, une vie dans Sa faveur.
16
וְאֵימַת רָתַח? אָמַר אַבַּיֵּי: בְּהָנָךְ תְּלָת שָׁעֵי קַמָּיָיתָא כִּי חִיוָּרָא כַּרְבַּלְתָּא דְּתַרְנְגוֹלָא וְקָאֵי אַחַד כַּרְעָא.

Et quand est-Il en colère ? Abaye a dit : dans ces trois premières heures, lorsque la crête du coq blanchit et qu'il se tient sur une seule patte.

📜 Rachi (1)
בִּתְלָת שָׁעֵי קַמַּיְיתָא בְּאֶחָד מֵרִגְעֵי תְּלָת שָׁעוֹת רִאשׁוֹנוֹת:
« Dans les trois premières heures » — à l'un des instants des trois premières heures.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כִּי חוֹרָא כַּרְבַּלְתָּא דְּתַרְנְגוֹלָא. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁהַסִּימָן שֶׁל הַזַּעַם נַעֲשֶׂה בְּתַרְנְגוֹל, מִפְּנֵי שֶׁהַתַּרְנְגוֹל רֶמֶז לִגְבוּרָה, וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּכַוָּנַת הַנּוֹתֵן לַשֶּׂכְוִי בִּינָה הַשֶּׂכְוִי הוּא גַּבְרִיאֵל סוֹד הַגְּבוּרָה עַיֵּין שָׁם, וְלָכֵן סִימָן זֶה שֶׁל עֵת דִּין נַעֲשֶׂה בְּתַרְנְגוֹל, וְלָכֵן הַסִּימָן הוּא דְּקָאֵי אֶחָד כַּרְעָא לְהוֹרוֹת עַל שְׁלִיטַת הַדִּין, כִּי שְׁתֵּי רַגְלַיִם הֵם יָמִין כְּנֶגֶד הַחֶסֶד, וּשְׂמֹאל כְּנֶגֶד הַגְּבוּרָה, וְהָא דְּחָוְורָא כַּרְבַּלְתָּא דִּילֵיהּ וְלֵית בָּהּ סֻומָּקֵי, לְהוֹרוֹת עמ"ש (תְּהִלִּים ל' ו') כִּי רֶגַע בְּאַפּוֹ חַיִּים בִּרְצוֹנוֹ, שֶׁבְּאוֹתוֹ הָרֶגַע שֶׁהוּא זַעַם וְדִין קָשֶׁה, הָעוֹלָם מִתְקַיֵּים עַל יְדֵי הֶאָרַת הָרָצוֹן הָעֶלְיוֹן שֶׁשָּׁם הוּא סוֹד לֹובֶן הָעֶלְיוֹן כַּנּוֹדָע, וְלָכֵן לִיבּוּן זֶה יִהְיֶה בְּכַרְבַּלְתָּא דִּידֵיהּ שֶׁהוּא מְקוֹם הַמֵּצַח, וְיָדוּעַ כִּי הָרָצוֹן הָעֶלְיוֹן מִתְגַּלֶּה לְמַעְלָה בַּמֵּצַח הָעֶלְיוֹן, וְכַנִּזְכָּר בְּסוֹד מִנְחַת שַׁבָּת קֹודֶשׁ וְדוֹק הֵיטֵב.
« Lorsque la crête du coq blanchit. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison pour laquelle le signe de la fureur est donné dans le coq tient à ce que le coq fait allusion à la guevoura, ainsi que l'a écrit notre maître le Ari de mémoire bénie à propos de l'intention de la bénédiction « qui donne au coq l'intelligence » : le <i>sekhvi</i> est Gabriel, sod de la guevoura ; vois-y. C'est pourquoi ce signe d'un temps de rigueur est donné dans le coq. Et c'est pourquoi le signe est qu'il se tient sur une seule patte, pour indiquer la domination de la rigueur : les deux pattes sont la droite, qui correspond au 'hessed, et la gauche, qui correspond à la guevoura. Quant à ce que sa crête blanchit et n'a plus de rougeurs, c'est pour indiquer ce qui est dit (Ps. 30, 6) « car un instant dans Sa colère, une vie dans Sa faveur » : dans cet instant qui est fureur et rigueur dure, le monde subsiste par l'illumination de la volonté supérieure, la où se trouve le sod de la blancheur supérieure, comme on le sait. C'est pourquoi cette blancheur se produit dans sa crête, qui est l'emplacement du front ; et l'on sait que la volonté supérieure se révèle en haut dans le front supérieur, comme il est mentionné dans le sod de la minha du saint chabbat ; médite-le bien.
💡 Explication

Abaye donne un signe observable, pris sur un animal. Le moment est situé dans les trois premières heures du jour, et la marque est double : la crête blanchie et la station sur une patte.

Le Ben Ich H'ai lie ce signe à l'attribut de guevoura, dont le coq est le symbole d'après la bénédiction du matin, et lit la station sur une seule patte comme la marque de la rigueur seule agissante.

17
כֹּל שַׁעְתָּא וְשַׁעְתָּא נָמֵי קָאֵי הָכִי?

Mais à chaque heure aussi il se tient ainsi !

18
כָּל שַׁעְתָּא — אִית בֵּיהּ שֻׁורְייָקֵי סֻומָּקֵי, בְּהַהִיא שַׁעְתָּא לֵית בֵּיהּ שֻׁורְייָקֵי סֻומָּקֵי.

À chaque heure, il y a en elle des veinules rouges ; à cette heure-là, il n'y a pas en elle de veinules rouges.

📜 Rachi (1)
שֻׁורְייָקֵי טיי"ש בְּלַעַז:
« Chourayki », des veinules — <i>teiches</i> en langue vulgaire.
💡 Explication

Le signe est affiné : la posture seule ne distingue rien, puisqu'elle se répète. Le critère discriminant est l'absence des chourayki soumki, les veinules rouges de la crête. Rachi glose ce mot par un terme de son parler.

19
הַהוּא מִינָא דַּהֲוָה בְּשִׁבָבוּתֵיהּ דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי, הֲוָה קָא מְצַעֵר לֵיהּ טוּבָא בִּקְרָאֵי. יוֹמָא חַד שְׁקַל תַּרְנְגוֹלָא, וְאוֹקְמֵיהּ בֵּין כַּרְעֵיהּ דְּעַרְסָא, וְעַיֵּין בֵּיהּ, סָבַר: כִּי מְטָא הַהִיא שַׁעְתָּא, אַלָּטְיָיה. כִּי מְטָא הַהִיא שַׁעְתָּא — נָיֵים. אֲמַר: שְׁמַע מִינָּה, לָאו אוֹרַח אַרְעָא לְמֶעְבַּד הָכִי. ״וְרַחֲמָיו עַל כָּל מַעֲשָׂיו״ כְּתִיב.

Un certain min qui se trouvait dans le voisinage de Rabbi Yehochoua ben Levi le tourmentait beaucoup par des versets. Un jour, il prit un coq, le plaça entre les pieds de son lit et l'observa, pensant : quand arrivera cette heure-là, je le maudirai.

Quand cette heure-là arriva, il s'endormit. Il dit : apprends de là qu'il n'est pas dans l'ordre des choses d'agir ainsi.

Et il est écrit : « et Sa miséricorde est sur toutes Ses œuvres » (Ps. 145, 9).

🗂️ Tossefot (1)
הַהוּא צָדוֹקִי דַּהֲוָה בְּשִׁבָבוּתֵיהּ דְּרִיבָּ"ל כּוּ' לָאו אוֹרַח אַרְעָא אַף עַל גַּב דְּהַצָּדוֹקִים וְכוּ' מוֹרִידִין וְלֹא מַעֲלִין. הַייְנוּ בִּידֵי אָדָם אֲבָל בִּידֵי שָׁמַיִם לָאו אוֹרַח אַרְעָא לְהַעֲנִישָׁם וּלְהַטְרִיחָם וּלְהָורְגָם בִּידֵי שָׁמַיִם שֶׁלֹּא כְּדֶרֶךְ בְּנֵי אָדָם. וְאִי גָּרְסִינַן הָכָא עוֹבֵד כּוֹכָבִים נִיחָא דְּקָאָמַר הָתָם הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים וְרוֹעֵי בְּהֵמָה דַּקָּה לֹא מַעֲלִין וְלֹא מוֹרִידִין:
« Un certain sadducéen qui se trouvait dans le voisinage de Rabbi Yehochoua ben Levi », etc., « il n'est pas dans l'ordre des choses » — bien que les sadducéens, etc., on les fait descendre et on ne les remonte pas : cela vaut par la main des hommes ; mais par la main du Ciel, il n'est pas dans l'ordre des choses de les punir, de les accabler et de les tuer par la main du Ciel, en dehors de la voie des hommes. Et si l'on a ici la leçon « un idolâtre », c'est clair, puisqu'il est dit là-bas que l'idolâtre et les bergers de petit bétail, on ne les remonte pas et on ne les fait pas descendre.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כִּי מְטָא הַהִיא שַׁעְתָּא, נָיֵים. אֲמַר: שְׁמַע מִינַּהּ לָאו אוֹרַח אַרְעָא לְמֶעְבַּד הָכִי. הָא דְּנָקֵיט כְּהַאי לִישָּׁנָא, וְגַם הֻוצְרַךְ לְהָבִיא שְׁנֵי פְּסוּקִים, נִרְאֶה לִי בס"ד הָכִי קָאָמַר לָאו אֹורַח לַעֲשׂוֹת מְצִיאוּת אוֹפַנִּים לְגַלּוֹת בָּהֶם מִסִּתְרֵי שָׁמַיִם, דְּדִילְמָא יַרְגִּישׁ אָדָם אֶחָד בְּאֹופֶן מְצִיאוּת גִּילּוּי הַדָּבָר הַזֶּה וְגַם הוּא יַעֲשֶׂה כָּךְ לְהָרַע לְזוּלָתוֹ שֶׁלֹּא כַּדִּין לְקַלֵּל לְמִי שֶׁאֵינוֹ חַיָּיב קְלָלָה, וְעַל זֶה הֵבִיא פָּסוּק וְרַחֲמָיו עַל כָּל מַעֲשָׂיו, וְעוֹד אָמַר אַעִיקָּרָא דְּמִילְּתָא מַה שֶׁעָשִׂיתִי אֲנִי לָזֶה נַמֵּי לָא נִיחָא קַמֵּי שְׁמַייָּא, דִּכְתִיב (מִשְׁלֵי יז, כו) גַּם עֲנוֹשׁ לַצַּדִּיק לֹא טוֹב, דְּאַף עַל גַּב שֶׁזֶּה חַייָּב מִן הַדִּין לֹא טוֹב שֶׁיֵּעָנְשׁוּ הַצַּדִּיק בְּיָדַיִם, אֶלָּא דּוֹם לַה' וְהִתְחוֹלֵל לוֹ שֶׁהוּא יַפִּילוּ חָלָל לִפְנֵי צַדִּיק.
« Quand cette heure-là arriva, il s'endormit. Il dit : apprends de là qu'il n'est pas dans l'ordre des choses d'agir ainsi. » Le fait qu'il emploie cette formule et qu'il ait besoin d'apporter deux versets s'explique, me semble-t-il avec l'aide du Ciel, ainsi : il dit qu'il n'est pas dans l'ordre des choses de mettre en place des dispositifs pour y dévoiler les secrets du Ciel ; car peut-être un autre homme s'apercevra-t-il du procédé par lequel cette chose se dévoile, et fera-t-il de même pour nuire à autrui sans droit, en maudissant celui qui n'a pas mérité de malédiction. C'est sur cela qu'il apporte le verset « et Sa miséricorde est sur toutes Ses œuvres ». Il ajoute qu'au fond, ce que j'ai fait à celui-ci n'est pas non plus agréable devant le Ciel, car il est écrit (Pr. 17, 26) « punir le juste aussi n'est pas bien » : bien que celui-là soit passible selon le droit, il n'est pas bien que le juste le punisse de ses mains, mais qu'il se taise devant ה' et se tourne vers Lui, car c'est Lui qui le fera tomber devant le juste.
💡 Explication

Rabbi Yehochoua ben Levi met en pratique le signe d'Abaye et prépare une malédiction. Le sommeil qui le prend au moment voulu est lu par lui comme une réponse du Ciel.

Les Tossefot résolvent la tension avec la halakha connue selon laquelle on fait descendre les minim dans la fosse sans les en retirer : cette règle vaut par la main des hommes, tandis qu'obtenir leur mort par la main du Ciel sort de la voie ordinaire.

20
וּכְתִיב: ״גַּם עֲנוֹשׁ לַצַּדִּיק לֹא טוֹב״.

Et il est écrit : « punir le juste aussi n'est pas bien » (Pr. 17, 26).

📜 Rachi (1)
לַצַּדִּיק לֹא טוֹב לַעֲנֹושׁ אֶת הַבְּרִיּוֹת:
« Pour le juste, ce n'est pas bien » — de punir les créatures.
🪔 Ben Yehoyada (1)
הֲוָה קָא בָּעֵי רַבִּי מֵאִיר רַחֲמֵי עֲלַיְיהוּ כִּי הֵיכִי דְּלֵימוּתוּ. קַשָּׁא אוֹמְרוֹ 'כִּי הֵיכִי' יִתּוּר לָשׁוֹן הוּא זֶה, וְסַגִּי לוֹמַר 'בָּעֵי רַחֲמֵי עֲלַייְהוּ דִּלְיָמוּתוּ'? וְעוֹד הִקְשָׁה הצל"ח זַ"ל דִּלְשׁוֹן 'בָּעֵי רַחֲמֵי' מַשְׁמַע שֶׁבִּקֵּשׁ רַחֲמִים וְטוֹבָה בִּשְׁבִילָם, וְאוֹמְרוֹ 'דְּלֵימוּתוּ' הִנֵּה זֶה בַּקָּשַׁת דִּין וְרָעָה עֲלֵיהֶם? וְעוֹד קְשָׁא אַטּוּ לֹא יָדַע ר"מ גַּם עֲנוֹשׁ לַצַּדִּיק לֹא טוֹב וכמ"ש לְעֵיל דַּף ז'? וְנִרְאֶה לְתָרֵץ בס"ד כִּי ר"מ יָדַע גַּם עֲנוֹשׁ לַצַּדִּיק לֹא טוֹב וּלְכָךְ לֹא הָיָה מִתְפַּלֵּל בְּפֵירוּשׁ עֲלֵיהֶם שֶׁיָּמוּתוּ, אֶלָּא הִתְפַּלֵּל שֶׁלֹּא יַשִּׂיגוּ תַּאֲוָתָם הָרָעָה וְאָז זוֹ תִּהְיֶה סִיבַּת מִיתָתָם מִמֵּילָא, כִּי כָּל אָדָם שֶׁהוּא אָדוּק בְּאֵיזֶה תַּאֲוָה רָעָה וְאֵינָהּ מַשִּׂיגָה אָז יֶחֱלֶה מִכֹּחַ תֹּוקֶף תַּאֲוָתוֹ וּבְמֶשֶׁךְ הַיָּמִים תִּהְיֶה הָעֵדֶר מְצִיאוּתָהּ אֵלָיו סִיבָּה לְמִיתָתוֹ, וְהִנֵּה לְפִי זֶה בְּבַקָּשָׁתוֹ אֵינוֹ מְבַקֵּשׁ שֶׁיָּמוּתוּ, אֶלָּא מְבַקֵּשׁ דָּבָר שֶׁהוּא רַחֲמִים לָהֶם מִצַּד נַפְשָׁם, כִּי הָרָשָׁע אִם אֵינוֹ מַשִּׂיג לִמְצוֹא תַּאֲוָתוֹ הָרָעָה הִנֵּה הוּא נֶעְדָּר מֵאִיסּוּר וַעֲבֵירָה וְזֶהוּ רַחֲמִים לְנַפְשׁוֹ, וְלָזֶה אָמַר 'בָּעֵי רַחֲמֵי כִּי הֵיכִי דְּלֵימוּתוּ', רְצוֹנוֹ לוֹמַר לֹא בִּקֵּשׁ שֶׁיָּמוּתוּ אֶלָּא בִּקֵּשׁ דָּבָר שֶׁמִּמֶּנּוּ יִהְיֶה סִיבָּה שֶׁיָּמוּתוּ, מֵרֹוב הַחֵשֶׁק וְהַתַּאֲוָה שֶׁבְּלִבָּם אֲשֶׁר נֶעְדֶּרֶת מְצִיאוּתָהּ לָהֶם, וא"ל בְּרוּרְיָה ע"ה יוֹתֵר טוֹב שֶׁתְּבַקֵּשׁ רַחֲמִים שֶׁיַּעְזְרוּם מִן הַשָּׁמַיִם לַחֲזֹור בִּתְשׁוּבָה וּמִמֵּילָא תִּתְבַּטֵּל וְתֵיעָקֵר הַתַּאֲוָה הָרָעָה מִלִּבָּם. וּבָזֶה נִתְרַצָּה גַּם כֵּן קֻושְׁיַת הַגָּאוֹן סֵפֶר חֲסִידִים זַ"ל שֶׁהִקְשָׁה אִם כְּבָר ר"מ בִּקֵּשׁ כַּאֲשֶׁר רָצָה וְלֹא נַעֲנָה הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר לְהַשַּׁ"ס לִזְכֹּור זֶה, וְאִם לֹא בִּקֵּשׁ עֲדַייִן רַק הָיָה רוֹצֶה לְבַקֵּשׁ וְלֹא הִנִּיחַתּוּ בְּרוּרְיָה, הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר הָכִי הֲוָה קָא בָּעֵי לְמִבְעֵי רַחֲמֵי וְכוּ'? וּבָזֶה שֶׁכָּתַבְנוּ נִתְרַצָּה קֻושְׁיָא זוֹ, דִּלְעוֹלָם בִּקֵּשׁ, וְהַייְנוּ שֶׁבִּקֵּשׁ שֶׁלֹּא יַשִּׂיגוּ תַּאֲוָתָם, כְּדֵי שֶׁעַל יְדֵי כָּךְ יֶחֱלוּ מֵרֹוב חִשְׁקָם וְתַאֲוָתָם שֶׁאֵין מוֹצְאִים לָהֶם, אַךְ עֲדַיִין לֹא מֵתוּ, כִּי סִיבַּת מִיתָתָם תִּהְיֶה בְּמֶשֶׁךְ יָמִים בְּהֶעְדֵּר הַדָּבָר אֲשֶׁר מִתְאַוִּים לוֹ, וְאָז בְּרוּרְיָה פִּיהָ פָּתְחָה בְּחָכְמָה בְּעֵצָה טוֹבָה זוֹ, וְהַצִּילָה אוֹתָם בְּרַחֲמִים חֲדָשִׁים, דְּבָעֵי עֲלַיְיהוּ דְּהָדְרִי בִּתְשׁוּבָה וְנִשְׁאֲרוּ בַּחַיִּים. בְּרַם עֲדַיִין קְשָׁא אַמַּאי לָא סָלְקָא דַּעְתֵּיהּ דְּר' מֵאִיר הַאי סְבָרָה דִּבְרוּרֵיהּ מֵעִיקָּרָא? וְנִרְאֶה כְּמוֹ שֶׁכָּתַב מָהַרְשָׁ"א דְּאִיהוּ סוֹבֵר כֵּיוָן דְּהַכֹּל בִּידֵי שָׁמַיִם חוּץ מִיִּרְאַת שָׁמַיִם, אֵין נָכוֹן לְהִתְפַּלֵּל עַל אֲחֵרִים שֶׁיַּחְזְרוּ בִּתְשׁוּבָה וְרַק עַל עַצְמוֹ יִתְפַּלֵּל הָאָדָם בְּכָךְ, אָמְנָם עַל זֶה קַשָּׁא, אִם כֵּן אֵיךְ הִתְפַּלֵּל מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה עַל יְהוֹשֻׁעַ 'יָהּ יוֹשִׁיעֲךָ מֵעֲצַת מְרַגְּלִים'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּיֵשׁ סְבָרָה לוֹמַר אִם מִתְפַּלֵּל עַל הָאָדָם בִּזְמַן שֶׁהוּא צַדִּיק שֶׁלֹּא יֶחֱטָא וְלֹא יִכָּשֵׁל שַׁפִּיר דָּמֵי, וְרַק עַל אָדָם רָשָׁע שֶׁכְּבָר הִרְשִׁיעַ, לָא יָאוּת לְמִבְעֵי רַחֲמֵי מִקַּמֵּי שְׁמַיָּיא שֶׁיַּחֲזֹור בִּתְשׁוּבָה, כָּךְ הֲוָה סְבִירָא לֵיהּ לְר' מֵאִיר מֵעִיקָּרָא וּמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה הִתְפַּלֵּל עַל יְהוֹשֻׁעַ בִּהְיוֹתוֹ צַדִּיק שֶׁלֹּא יִכָּשֵׁל בַּעֲצַת הַמְרַגְּלִים. אָמְנָם הָרִי"ף זַ"ל הִקְשָׁה, כֵּיוָן דִּלְמַסְּקָנָא הוֹדָה ר' מֵאִיר לִבְרוּרְיָה וּבָעֵי רַחֲמֵי וְהָדְרִי בִּתְשׁוּבָה אֵיךְ דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה הִתְפַּלֵּל עַל אוֹיְבָיו שֶׁיָּמוּתוּ, וְקִלְּלָם כַּמָּה קְלָלוֹת בְּמִזְמוֹר ק"ט, דְּבָזֶה נִמְצָא עָשָׂה דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה כַּאֲשֶׁר רָצָה לַעֲשׂוֹת ר' מֵאִיר מֵעִיקָּרָא, וְנִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁדָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה וַדַּאי רָאָה בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ שֶׁאוֹתָם אוֹיְבִים נִטְמְעוּ בְּסִטְרָא אַחֲרָא וְאֵין לָהֶם תַּקָּנָה בִּתְשׁוּבָה. אִי נָמֵי הָיָה יוֹדֵעַ שֶׁאוֹתָם אוֹיְבִים הָיוּ חוֹטְאִים וּמַחְטִיאִים, וּמִשְׁנָה עֲרוּכָה הִיא כָּל הַמַּחְטִיא אֶת הָרַבִּים אִין מְסַפְּקִין בְּיָדוֹ לַעֲשׂוֹת תְּשׁוּבָה. וּבָזֶה יְתֹורַץ קֻושְׁיָא שְׁנִיָּה שֶׁל הָרִי"ף שֶׁהִקְשָׁה עַל דִּבְרֵי רַשִׁ"י שֶׁהֵם סִייַּעְתָּא לְר' מֵאִיר וּבָזֶה נִיחָא דְּהָכִי קָאָמַר מִי כְּתִיב חוֹטְאִים חַטָּאִים כְּתִיב, שֶׁהוּא פֹּועַל יוֹצֵא לַאֲחֵרִים שֶׁהֵם מַחֲטִיאִים אֲחֵרִים, וְאֵלּוּ דַּוְקָא יִתַּמּוּ, אֲבָל הָנָךְ בִּרְיוֹנֵי לֹא הָיוּ מַחֲטִיאִים אֲחֵרִים.
« Rabbi Meir demandait miséricorde à leur sujet afin qu'ils meurent. » On demande : la formule <i>ki heikhi</i>, afin que, est une redondance, et il aurait suffi de dire « il demandait miséricorde à leur sujet qu'ils meurent ». Le gaon du Tselah de mémoire bénie a objecté en outre que la formule « demander miséricorde » indique qu'il demandait miséricorde et bien en leur faveur, tandis que « qu'ils meurent » est une demande de rigueur et de mal contre eux. On demande encore : Rabbi Meir ignorait-il donc que « punir le juste aussi n'est pas bien », comme il est dit plus haut au folio 7 ? Il me semble pouvoir répondre, avec l'aide du Ciel, que Rabbi Meir savait que punir le juste aussi n'est pas bien, et c'est pourquoi il ne priait pas expressément pour qu'ils meurent ; il priait pour qu'ils n'obtiennent pas leur mauvais désir, ce qui deviendrait d'elle-même la cause de leur mort. Car tout homme attaché à quelque mauvais désir et qui ne l'obtient pas tombe malade par la force même de son désir, et avec le temps l'absence de cette chose devient pour lui la cause de sa mort. Selon cela, dans sa demande il ne demandait pas qu'ils meurent, mais il demandait une chose qui est une miséricorde pour eux du côté de leur âme ; car le méchant qui ne parvient pas à trouver son mauvais désir se trouve privé d'interdit et de faute, et c'est une miséricorde pour son âme. C'est pourquoi il dit « il demandait miséricorde afin qu'ils meurent », c'est-à-dire qu'il ne demandait pas qu'ils meurent, mais qu'il demandait une chose d'où viendrait la cause de leur mort, par l'excès du désir et de la convoitise de leur cœur dont la réalisation leur est ôtée. Et Brouria, la paix soit sur elle, lui dit : mieux vaut que tu demandes miséricorde pour que le Ciel les aide à revenir en techouva, et alors d'elle-même le mauvais désir sera annulé et déraciné de leur cœur. Par là se résout aussi la difficulté du gaon du Sefer Hassidim de mémoire bénie, qui a objecté : si Rabbi Meir avait déjà demandé ce qu'il voulait et n'avait pas été exaucé, la guemara aurait dû le mentionner ; et s'il n'avait pas encore demandé mais voulait seulement demander, et que Brouria l'en empêcha, elle aurait dû dire « il voulait demander miséricorde », etc. Par ce que nous avons écrit, cette difficulté se résout : il avait bien demandé, à savoir qu'il avait demandé qu'ils n'obtiennent pas leur désir, afin que par là ils tombent malades du trop de convoitise et de désir qu'ils ne trouvent pas à assouvir ; mais ils n'étaient pas encore morts, car la cause de leur mort viendrait avec le temps, par l'absence de la chose désirée. Alors Brouria ouvrit sa bouche avec sagesse par ce bon conseil, et les sauva par une miséricorde nouvelle, en demandant à leur sujet qu'ils reviennent en techouva ; et ils restèrent en vie. Mais il reste à demander pourquoi ce raisonnement de Brouria n'était pas venu à l'esprit de Rabbi Meir dès le début. Il semble, comme l'a écrit le Maharcha, qu'il tenait que, puisque tout est dans la main du Ciel hormis la crainte du Ciel, il ne convient pas de prier pour que d'autres reviennent en techouva, et que l'homme ne doit prier ainsi que pour lui-même. Mais on objectera : comment donc Moche notre maître, la paix soit sur lui, pria-t-il pour Yehochoua, « que Ya te sauve du conseil des explorateurs » ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il y a lieu de dire ceci : prier pour un homme au temps où il est juste, afin qu'il ne faute pas et ne trébuche pas, est bien ; mais pour un homme méchant qui a déjà mal agi, il ne convient pas de demander miséricorde devant le Ciel qu'il revienne en techouva. Ainsi tenait Rabbi Meir au début, et Moche notre maître, la paix soit sur lui, pria pour Yehochoua alors qu'il était juste, afin qu'il ne trébuche pas dans le conseil des explorateurs. Toutefois le Rif de mémoire bénie a objecté : puisque en conclusion Rabbi Meir a admis l'avis de Brouria, a demandé miséricorde et qu'ils sont revenus en techouva, comment le roi David, la paix soit sur lui, pria-t-il contre ses ennemis pour qu'ils meurent et les maudit-il de plusieurs malédictions au psaume 109, faisant ainsi ce que Rabbi Meir voulait faire au début ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le roi David, la paix soit sur lui, voyait assurément par l'esprit de sainteté que ces ennemis-là étaient absorbés dans la sitra a'hra et qu'il n'y avait pas pour eux de remède par la techouva. Ou bien il savait que ces ennemis fautaient et faisaient fauter autrui, et c'est une michna explicite que celui qui fait fauter la multitude, on ne lui donne pas les moyens de faire techouva. Par là se résout la seconde difficulté du Rif, qui objectait sur les paroles de Rachi, lesquelles appuient l'avis de Rabbi Meir ; et voici ce qui se comprend bien : est-il écrit <i>hotim</i>, des pécheurs ? il est écrit <i>hataim</i>, terme qui est un verbe transitif visant ceux qui font fauter les autres ; ce sont eux précisément qui doivent disparaître, tandis que ces vauriens-là ne faisaient pas fauter autrui.
💡 Explication

Rachi précise le sens du verset : la lecture retenue porte sur le juste comme sujet, non comme objet — il n'est pas bien pour un juste d'infliger un châtiment aux créatures.

21
תְּנָא, מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי מֵאִיר: בְּשָׁעָה שֶׁהַחַמָּה זוֹרַחַת, וְכָל מַלְכֵי מִזְרָח וּמַעֲרָב מַנִּיחִים כִּתְרֵיהֶם בְּרָאשֵׁיהֶם וּמִשְׁתַּחֲוִים לַחַמָּה, מִיָּד כּוֹעֵס הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא.

Il a été enseigné au nom de Rabbi Meir : à l'heure où le soleil se lève, et que tous les rois d'orient et d'occident posent leurs couronnes sur leurs têtes et se prosternent devant le soleil, aussitôt le Saint béni soit-Il Se met en colère.

🪔 Ben Yehoyada (1)
בְּשָׁעָה שֶׁהַחַמָּה זוֹרַחַת, וְכָל מַלְכֵי מִזְרָח וּמַעֲרָב מַנִּיחִין כִּתְרֵיהֶם בְּרָאשֵׁיהֶם וּמִשְׁתַּחֲוִים לַחַמָּה, מִיָּד כּוֹעֵס הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לְמַאי אִצְטְרִיךְ לְפָרֵשׁ מַנִּיחִין כִּתְרֵיהֶם בְּרָאשֵׁיהֶם, וְכִי יֵשׁ הֶפְרֵשׁ בְּאִיסּוּר הִשְׁתַּחֲוָיָה לַעַ"ז, בֵּין אִם יִשְׁתַּחֲוֶה בְּגִלּוּי הָרֹאשׁ לְבֵין אִם יִשְׁתַּחֲוֶה בְּכִסּוּי הָרֹאשׁ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דִּבְלָאו הָכִי יֵשׁ לְהָבִין לָאו לְשֵׁם אֱלֹהוּת מִשְׁתַּחֲוִים לָהּ, אֶלָּא מִשְׁתַּחֲוִים כְּדֶרֶךְ אָדָם שֶׁהוּא מִשְׁתַּחֲוֶה לַמֶּלֶךְ עַל טוֹבָה שֶׁקִּיבֵּל מִמֶּנּוּ, כֵּן הָאָדָם מְקַבֵּל טוֹבָה בְּאֶמְצָעוּת הַחַמָּה בִּזְרִיחָתָהּ עַל הָאָרֶץ, הֵן מִצַּד מֶזֶג הָאֲוִיר שֶׁיִּהְיֶה טוֹב, וְהֵן פֵּירוֹת אִילָנוֹת שֶׁאֵין יוֹצְאִין אֶלָּא עַל יְדֵי זְרִיחַת הַחַמָּה עֲלֵיהֶם, וּלְעוֹלָם הֵם מוֹדִים שֶׁכָּל הַטּוֹבָה בָּא מֵאִיתּוֹ יִתְבָּרֵךְ וְהוּא הַמַּשְׁגִּיחַ וּמַשְׂבִּיעַ לְכָל מִטּוּבוֹ אַךְ עַתָּה שֶׁהֵם לוֹבְשִׁים כִּתְרֵיהֶם בְּרָאשֵׁיהֶם וּמִשְׁתַּחֲוִים זֶה יוֹרֶה שֶׁהֵם חוֹשְׁבִים כִּי מַלְכוּתָם וּשְׂרָרָתָם בָּעוֹלָם בָּאָה מִכֹּחַ הַחַמָּה, וְלָאו בִּשְׁבִיל הָאֲוִיר וּפֵירוֹת אִילָנוֹת בָּאוּ לְהִשְׁתַּחֲוֹת לָהּ, ולפ"ז הֵם חוֹשְׁבִים אוֹתָהּ לֶאֱלוֹהַּ שֶׁמִּמֶּנּוּ כֹּחַ הַמֶּמְשָׁלָה יוֹצֵא, וְנִמְצָא הֵם עוֹבְדִים אוֹתָהּ כע"ז, וּלְכָךְ מִיָּד הקב"ה כּוֹעֵס, כִּי אוֹתִיּוֹת חַמָּה אֲשֶׁר מִשְׁתַּחֲוִים לָהּ בִּשְׁבִיל אֱלֹהוּת תִּתְהַפֵּךְ עֲלֵיהֶם לְאוֹתִיּוֹת חַמָּה שֶׁהוּא לְשׁוֹן כַּעַס וְזָעַם.
« À l'heure où le soleil se lève, et que tous les rois d'orient et d'occident posent leurs couronnes sur leurs têtes et se prosternent devant le soleil, aussitôt le Saint béni soit-Il Se met en colère. » Il y a lieu de demander à quoi bon préciser qu'ils posent leurs couronnes sur leurs têtes : y a-t-il une différence dans l'interdit de se prosterner devant une idole, selon qu'on se prosterne tête découverte ou tête couverte ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il faut d'abord comprendre qu'ils ne se prosternent pas devant lui à titre de divinité, mais à la manière de l'homme qui se prosterne devant un roi pour un bienfait reçu de lui ; ainsi l'homme reçoit un bienfait par le soleil lorsqu'il se lève sur la terre, tant du côté du temps qu'il rend bon que des fruits des arbres, qui ne sortent que par le lever du soleil sur eux ; et ils reconnaissent toujours que tout le bien vient de Lui béni soit-Il, qui veille et rassasie chacun de Son bien. Mais dès lors qu'ils revêtent leurs couronnes sur leurs têtes et se prosternent, cela montre qu'ils pensent que leur royauté et leur domination dans le monde leur viennent par la force du soleil, et que ce n'est pas pour le temps et les fruits des arbres qu'ils sont venus se prosterner devant lui. Selon cela, ils le tiennent pour un dieu d'où sort la force du pouvoir, et ils se trouvent le servir comme une idole ; c'est pourquoi aussitôt le Saint béni soit-Il Se met en colère, car les lettres de <i>hama</i>, le soleil, devant lequel ils se prosternent à titre de divinité, se retournent contre eux en lettres de <i>hema</i>, terme de colère et de fureur.
💡 Explication

La cause de la colère quotidienne est donnée : un acte de culte rendu au soleil au moment de son lever, répété chaque jour, ce qui explique la régularité de l'instant.

Le Ben Ich H'ai s'arrête sur un détail apparemment inutile, la couronne posée sur la tête. Il y voit ce qui fait de ce geste une idolâtrie : la couronne signifie que ces rois rapportent leur pouvoir au soleil.

22
וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי יוֹסֵי: טוֹבָה מַרְדּוּת אַחַת בְּלִבּוֹ שֶׁל אָדָם יוֹתֵר מִכַּמָּה מַלְקֻיוֹת. שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְרִדְּפָה אֶת מְאַהֲבֶיהָ וְגוֹ׳ וְאָמְרָה אֵלְכָה וְאָשׁוּבָה אֶל אִישִׁי הָרִאשׁוֹן כִּי טוֹב לִי אָז מֵעָתָּה״. וְרֵישׁ לָקִישׁ אָמַר, יוֹתֵר מִמֵּאָה מִלְּקִיּוֹת, שֶׁנֶּאֱמַר: ״תֵּחַת גְּעָרָה בְמֵבִין מֵהַכּוֹת כְּסִיל מֵאָה״.

Et Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Yossi : un seul mouvement de contrition dans le cœur d'un homme vaut mieux que bien des flagellations, ainsi qu'il est dit : « et elle poursuivra ses amants », etc., « et elle dira : j'irai et je retournerai à mon premier mari, car j'étais mieux alors que maintenant » (Ochée 2, 9). Et Rech Lakich a dit : mieux que cent flagellations, ainsi qu'il est dit : « une réprimande pénètre plus dans un homme intelligent que cent coups dans un sot » (Pr.

17, 10).

📜 Rachi (3)
מַרְדּוּת אַחַת לְשׁוֹן רִדּוּי וְהַכְנָעָה שֶׁאָדָם שָׂם עַל לִבּוֹ מֵאֵלָיו:
« Une seule mardout » — terme de soumission et d'abaissement que l'homme se met de lui-même sur le cœur.
וְרִדְּפָה אֶת מְאַהֲבֶיהָ וְגוֹ' וּכְשֶׁתִּרְאֶה שֶׁאֵין עוֹזֵר תָּשִׂים עַל לִבָּהּ לֵאמֹר אָשׁוּבָה אֶל אִישִׁי הָרִאשׁוֹן:
« Et elle poursuivra ses amants », etc. — et quand elle verra qu'il n'y a pas de secours, elle se mettra sur le cœur de dire : je retournerai à mon premier mari.
תַּחַת גְּעָרָה בְּמֵבִין תַּחַת גְּעָרָה בָּאָדָם מִבֵּין טוֹבָה מֵהַכּוֹת כְּסִיל מֵאָה. תַּחַת הַטַּעַם לְמַעְלָה תַּחַת הַתָּי"ו וְלֹא כְּמוֹ אַל תִּירָא וְאַל תֵּחָת (דְּבָרִים א׳:כ״א) שֶׁטַּעְמוֹ בַּחֵי"ת אֶלָּא לְמַעְלָה תַּחַת הַתָּי"ו רִאשׁוֹן לוֹמַר שֶׁהוּא שֵׁם דָּבָר שֶׁאִי אֶפְשָׁר לְפָותְרוֹ לְשׁוֹן תִּפְעַל לוֹמַר תַּכְנִיעַ אֶת הָאָדָם אֶלָּא תִּכָּנַע הִיא בְּעַצְמָהּ. וּלְכָךְ שִׁינָּה אֶת נְקֻודָּתָהּ לוֹמַר שֶׁהוּא שֵׁם דָּבָר:
« <i>Tehat</i> une réprimande dans un homme intelligent » — une réprimande dans un homme intelligent vaut mieux que cent coups dans un sot. Le mot <i>tehat</i> porte l'accent en haut, sur le tav, et non comme dans « ne crains pas et ne t'effraie pas » (Dt. 1, 21), où l'accent est sur le het ; ici il est en haut, sur le premier tav, pour dire que c'est un substantif, qu'on ne peut expliquer comme une forme verbale signifiant « elle abaisse l'homme », mais qu'elle est elle-même abaissée. C'est pourquoi sa vocalisation a été changée, pour dire que c'est un substantif.
🪔 Ben Yehoyada (1)
טוֹבָה מַרְדּוּת אַחַת בְּלִבּוֹ שֶׁל אָדָם יוֹתֵר מִכַּמָּה מַלְקֻיוֹת. נִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה כִּי הָעוֹזֵב דַּרְכּוֹ הָרָעִים מֵחֲמַת יִסּוּרִין, אֶפְשָׁר שֶׁאֵינוֹ מוֹדֶה בְּלִבּוֹ שֶׁדְּרָכָיו רָעִים הֵם, וְרַק הוּא עוֹזֵב אוֹתָם עַתָּה בע"כ מֵחֲמַת יִרְאַת הַיִּסּוּרִין, אֲבָל הַמִּתְחָרֵט בַּלֵּב, הִנֵּה הוּא מוֹדֶה עַל דְּרָכָיו שֶׁהֵם רָעִים שֶׁמִּתְחָרֵט עַל הִילּוּכוֹ בָּם, וְיָלֵיף זֶה מִמַּה שֶׁנֶּאֱמַר (הוֹשֵׁעַ ב' ט') כִּי טוֹב לִי אָז מֵעָתָּה דְּנִמְצֵאת מוֹדֶה שֶׁדֶּרֶךְ הָרַע שֶׁהוֹלֶכֶת בּוֹ עַתָּה לֹא טוֹב הוּא.
« Un seul mouvement de contrition dans le cœur d'un homme vaut mieux que bien des flagellations. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est celle-ci : celui qui abandonne ses mauvaises voies à cause des souffrances peut fort bien ne pas reconnaître dans son cœur que ses voies sont mauvaises ; il les abandonne seulement maintenant, contraint, par crainte des souffrances. Mais celui qui se repent dans le cœur reconnaît à l'égard de ses voies qu'elles sont mauvaises, puisqu'il se repent d'y avoir marché. Et il le tire de ce qui est dit (Ochée 2, 9) « car j'étais mieux alors que maintenant » : elle se trouve reconnaître que la voie mauvaise dans laquelle elle marche maintenant n'est pas bonne.
💡 Explication

Mardout désigne ici un mouvement intérieur de soumission et de regret, distinct de la peine infligée du dehors. Rachi le glose par les termes de ridouy et de hakhnaa, et souligne que l'homme se l'impose de lui-même.

Le verset d'Ochée décrit une femme qui, ne trouvant plus d'appui chez ses amants, se dit à elle-même qu'elle était mieux avant. Rabbi Yo'hanan lit dans ce retournement intérieur ce qui a plus d'effet que la sanction.

La troisième glose de Rachi est une note de grammaire sur le mot tehat du verset des Proverbes : la vocalisation déplace l'accent pour marquer qu'il s'agit d'un substantif et non d'un verbe.

23
וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי יוֹסֵי: שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים בִּקֵּשׁ מֹשֶׁה מִלִּפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא, וְנָתַן לוֹ. בִּקֵּשׁ שֶׁתִּשְׁרֶה שְׁכִינָה עַל יִשְׂרָאֵל, וְנָתַן לוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הֲלוֹא בְּלֶכְתְּךָ עִמָּנוּ״.

Et Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Yossi : trois choses Moche a demandées devant le Saint béni soit-Il, et Il les lui a données. Il a demandé que la Chekhina repose sur Israël, et Il les lui a données, ainsi qu'il est dit : « n'est-ce pas en ce que Tu marches avec nous » (Ex.

33, 16).

📜 Rachi (1)
ג' דְּבָרִים בִּקֵּשׁ מֹשֶׁה וְנָתַן לוֹ שֶׁהֲרֵי לְסוֹף שְׁאֵלָתוֹ כְּתִיב גַּם אֶת הַדָּבָר הַזֶּה אֲשֶׁר דִּבַּרְתָּ אֶעֱשֶׂה:
« Trois choses Moche a demandées et Il les lui a données » — car à la fin de sa demande il est écrit : cette parole aussi que tu as dite, Je la ferai.
🪔 Ben Yehoyada (1)
שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים בִּקֵּשׁ מֹשֶׁה מִלִּפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא וְנָתַן לוֹ. נִרְאֶה לִי בס"ד שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים אֵלּוּ רָאשֵׁי תֵּיבוֹת שֶׁלָּהֶם הו"ה שֶׁהֵם (שְׁמוֹת לג, טז) הֲלוֹא בְּלֶכְתְּךָ עִמָּנוּ וְנִפְלִינוּ אֲנִי וְעַמְּךָ (שְׁמוֹת לג, יג) הוֹדִעֵנִי נָא אֶת דְּרָכֶךָ, וְהֵם כְּנֶגֶד אוֹתִיּוֹת 'הו"ה ב"ה' דְּשֵׁם 'הו"ה', כִּי מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה זָכָה לְבֵינָהּ, וְנִמְצָא הִשִּׂיג עַד הו"ה דְּשֵׁם הוי"ה כִּי א' רִאשׁוֹנָה בִּינָה.
« Trois choses Moche a demandées devant le Saint béni soit-Il et Il les lui a données. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que les initiales de ces trois choses forment hé-vav-hé : (Ex. 33, 16) <i>halo</i> belekhtekha imanou, <i>ve-niflinou</i> ani ve-amekha, (Ex. 33, 13) <i>hodieni</i> na et derakhekha. Elles correspondent aux lettres hé-vav-hé du nom Havaya, car Moche notre maître, la paix soit sur lui, mérita la bina, et il se trouve qu'il atteignit jusqu'au hé-vav-hé du nom Havaya, le premier hé étant la bina.
💡 Explication

Rachi indique la preuve que les trois demandes ont été accordées : à la fin de la requête de Moche, le texte dit « cette parole aussi que tu as dite, Je la ferai » (Ex. 33, 17).

🖼️ Schéma
Les trois demandes de Moche et leurs versets 1. Que la Chekhina repose sur Israël Ex. 33, 16 : n'est-ce pas en ce que Tu marches avec nous ? - accordée 2. Que la Chekhina ne repose pas sur les nations Ex. 33, 16 : et nous serons distingués, moi et Ton peuple - accordée 3. Connaître les voies du Saint béni soit-Il Ex. 33, 13 : fais-moi connaître Tes voies - accordée selon Rabbi Yo'hanan, refusée selon Rabbi Meir Rachi : la preuve que les trois furent accordées tient au verset final - cette parole aussi, Je la ferai.
Les trois demandes, leurs versets, et le point où Rabbi Meir se séparera de Rabbi Yo'hanan.
24
בִּקֵּשׁ שֶׁלֹּא תִּשְׁרֶה שְׁכִינָה עַל עוֹבְדֵי כּוֹכָבִים, וְנָתַן לוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְנִפְלִינוּ אֲנִי וְעַמְּךָ״.

Il a demandé que la Chekhina ne repose pas sur les idolâtres, et Il les lui a données, ainsi qu'il est dit : « et nous serons distingués, moi et Ton peuple » (Ex. 33, 16).

25
בִּקֵּשׁ לְהוֹדִיעוּ דְּרָכָיו שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא, וְנָתַן לוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הוֹדִיעֵנִי נָא אֶת דְּרָכֶיךָ״, אָמַר לְפָנָיו: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם! מִפְּנֵי מַה יֵשׁ צַדִּיק וְטוֹב לוֹ, וְיֵשׁ צַדִּיק וְרַע לוֹ, יֵשׁ רָשָׁע וְטוֹב לוֹ, וְיֵשׁ רָשָׁע וְרַע לוֹ? אָמַר לוֹ: מֹשֶׁה, צַדִּיק וְטוֹב לוֹ — צַדִּיק בֶּן צַדִּיק. צַדִּיק וְרַע לוֹ — צַדִּיק בֶּן רָשָׁע. רָשָׁע וְטוֹב לוֹ — רָשָׁע בֶּן צַדִּיק. רָשָׁע וְרַע לוֹ — רָשָׁע בֶּן רָשָׁע.

Il a demandé à connaître les voies du Saint béni soit-Il, et Il les lui a données, ainsi qu'il est dit : « fais-moi connaître Tes voies » (Ex. 33, 13).

Il dit devant Lui : Maître du monde ! Pourquoi y a-t-il un juste et il lui va bien, un juste et il lui va mal, un méchant et il lui va bien, un méchant et il lui va mal ?

Il lui dit : Moche, juste et il lui va bien — juste fils de juste ; juste et il lui va mal — juste fils de méchant ; méchant et il lui va bien — méchant fils de juste ; méchant et il lui va mal — méchant fils de méchant.

📜 Rachi (1)
לְהוֹדִיעוֹ דְּרָכָיו מִנְהַג מִדַּת מִשְׁפָּטָיו כְּגוֹן מִפְּנֵי מַה צַדִּיק וְטוֹב לוֹ רָשָׁע וְרַע לוֹ צַדִּיק וְרַע לוֹ רָשָׁע וְטוֹב לוֹ:
« À lui faire connaître Ses voies » — la manière dont procède la mesure de Ses jugements, par exemple pourquoi un juste et il lui va bien, un méchant et il lui va mal, un juste et il lui va mal, un méchant et il lui va bien.
💡 Explication

La troisième demande porte sur les derakhim, les voies de la conduite divine. Rachi précise aussitôt de quoi il s'agit : la manière dont Sa justice procède, et c'est la question des quatre cas.

La première réponse rapporte le sort de chacun à l'état de son père. Elle sera écartée au segment 27, après l'objection tirée de deux versets contradictoires.

🖼️ Schéma
Pourquoi le juste souffre : les deux réponses du folio Première réponse : le mérite des pères Juste, heureux juste fils de juste Juste, malheureux juste fils de méchant Méchant, heureux méchant fils de juste Méchant, malheureux méchant fils de méchant Objection : deux versets se contredisent Ex. 34, 7 : Il visite la faute des pères sur les fils. / Dt. 24, 16 : les fils ne mourront pas pour les pères. Résolution : le premier vaut quand ils tiennent en main les actes de leurs pères, le second quand ils ne les tiennent pas. Réponse retenue : le degré du juste et du méchant lui-même Juste, heureux juste accompli Juste, malheureux juste non accompli Méchant, heureux méchant non accompli Méchant, malheureux méchant accompli Rabbi Meir conteste l'ensemble : cette voie n'a pas été révélée à Moche, car il est dit Je ferai grâce à qui Je ferai grâce - même s'il n'en est pas digne.
Les quatre cas, la première réponse par le mérite des pères, l'objection des versets et la réponse retenue.
26
אָמַר מָר: צַדִּיק וְטוֹב לוֹ — צַדִּיק בֶּן צַדִּיק, צַדִּיק וְרַע לוֹ — צַדִּיק בֶּן רָשָׁע. אֵינִי? וְהָא כְּתִיב: ״פֹּקֵד עֲוֹן אָבוֹת עַל בָּנִים״, וּכְתִיב: ״וּבָנִים לֹא יוּמְתוּ עַל אָבוֹת״, וְרָמֵינַן קְרָאֵי אַהֲדָדֵי,

Le Maître a dit : juste et il lui va bien — juste fils de juste ; juste et il lui va mal — juste fils de méchant. En est-il ainsi ?

Or il est écrit : « Il visite la faute des pères sur les fils » (Ex. 34, 7), et il est écrit : « et les fils ne mourront pas pour les pères » (Dt.

24, 16) — et nous opposons ces versets l'un à l'autre,

💡 Explication

La réponse par le mérite des pères se heurte à une contradiction interne à l'Écriture, déjà connue par ailleurs : un verset fait porter la faute des pères sur les fils, l'autre l'exclut.

27
וּמִשָּׁנֵינַן: לָא קַשְׁיָא, הָא — כְּשֶׁאוֹחֲזִין מַעֲשֵׂה אֲבוֹתֵיהֶם בִּידֵיהֶם, הָא — כְּשֶׁאֵין אוֹחֲזִין מַעֲשֵׂה אֲבוֹתֵיהֶם בִּידֵיהֶם.

et nous répondons : ce n'est pas difficile. Ce verset-ci, quand ils tiennent en main les actes de leurs pères ; ce verset-là, quand ils ne tiennent pas en main les actes de leurs pères.

💡 Explication

La résolution classique distingue deux situations. Le verset qui fait porter la faute vaut lorsque les fils tiennent en main les actes de leurs pères, c'est-à-dire les reprennent à leur compte ; l'autre verset vaut quand ils ne les reprennent pas.

Cette résolution ruine la première réponse donnée à Moche : un juste véritable ne peut souffrir pour la faute de son père, puisqu'il ne tient pas ses actes en main.

28
אֶלָּא, הָכִי קָאָמַר לֵיהּ: צַדִּיק וְטוֹב לוֹ — צַדִּיק גָּמוּר, צַדִּיק וְרַע לוֹ — צַדִּיק שֶׁאֵינוֹ גָּמוּר, רָשָׁע וְטוֹב לוֹ — רָשָׁע שֶׁאֵינוֹ גָּמוּר, רָשָׁע וְרַע לוֹ — רָשָׁע גָּמוּר.

Plutôt, voici ce qu'Il lui a dit : juste et il lui va bien — juste accompli ; juste et il lui va mal — juste qui n'est pas accompli ; méchant et il lui va bien — méchant qui n'est pas accompli ; méchant et il lui va mal — méchant accompli.

💡 Explication

La réponse retenue ramène tout au degré de l'homme lui-même. Gâmour, accompli, désigne celui dont l'état est entier, sans mélange.

Le Maharcha explique le mécanisme sous-entendu : le juste qui n'est pas accompli reçoit ici le paiement du peu qui lui manque, afin que sa récompense soit entière dans le monde à venir ; le méchant qui n'est pas accompli reçoit ici le paiement du peu de bien qu'il a fait.

29
וּפְלִיגָא דְּרַבִּי מֵאִיר, דְּאָמַר רַבִּי מֵאִיר: שְׁתַּיִם נָתְנוּ לוֹ וְאַחַת לֹא נָתְנוּ לוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְחַנֹּתִי אֶת אֲשֶׁר אָחֹון״ — אַף עַל פִּי שֶׁאֵינוֹ הָגוּן, ״וְרִחַמְתִּי אֶת אֲשֶׁר אֲרַחֵם״ — אַף עַל פִּי שֶׁאֵינוֹ הָגוּן.

Et cela diverge de l'avis de Rabbi Meir, car Rabbi Meir a dit : deux lui ont été données et une ne lui a pas été donnée, ainsi qu'il est dit : « et Je ferai grâce à qui Je ferai grâce » (Ex. 33, 19) — même s'il n'en est pas digne ; « et J'aurai pitié de qui J'aurai pitié » — même s'il n'en est pas digne.

📜 Rachi (1)
אֶת אֲשֶׁר אָחֹון אֶת אֲשֶׁר יִכָּמְרוּ רַחֲמֵי עָלָיו לְשָׁעָה ואע"פ שֶׁאֵינוֹ כְּדַאי:
« À qui Je ferai grâce » — celui pour qui Mes entrailles s'émouvront sur le moment, et quoiqu'il n'en soit pas digne.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְאַחַת לֹא נָתְנוּ לוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: (שְׁמוֹת לג, יט) "וְחַנֹּתִי אֶת אֲשֶׁר אָחֹן" אַף עַל פִּי שֶׁאֵינוֹ הָגוּן. "וְרִחַמְתִּי אֶת אֲשֶׁר אֲרַחֵם" אַף עַל פִּי שֶׁאֵינוֹ הָגוּן. נִרְאֶה לִי בס"ד טַעַם לִכְפֹּל הָעִנְיָן וְחַנֹּתִי וְרִחַמְתִּי כִּי זוֹכֶה לְכָךְ בִּשְׁבִיל אָבִיו וְיֵשׁ בִּשְׁבִיל בְּנוֹ כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ גַּבֵּי אָחָז שֶׁלֹּא מָנוּ אוֹתוֹ עִם אוֹתָם שֶׁאֵין לָהֶם חֵלֶק מִפְּנֵי שֶׁהָיָה עוֹמֵד בֵּין שְׁנֵי צַדִּיקִים אָבִיו יוֹתָם צַדִּיק גָּדוֹל וּבְנוֹ חִזְקִיָּהוּ צַדִּיק גָּדוֹל.
« Et une ne lui a pas été donnée, ainsi qu'il est dit (Ex. 33, 19) : et Je ferai grâce à qui Je ferai grâce — même s'il n'en est pas digne ; et J'aurai pitié de qui J'aurai pitié — même s'il n'en est pas digne. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison du redoublement, « Je ferai grâce » et « J'aurai pitié », est qu'il en est qui le méritent par leur père et d'autres par leur fils, comme ils l'ont dit à propos d'Ahaz, qu'on ne l'a pas compté parmi ceux qui n'ont pas de part, parce qu'il se tenait entre deux justes : son père Yotam, grand juste, et son fils Hizkiya, grand juste.
💡 Explication

Rabbi Meir tient que la troisième demande a été refusée. Sa preuve est la forme même de la réponse divine : une formule qui renvoie à elle-même, sans donner de critère. Rachi glose et acher âhon comme portant sur celui pour qui Ses entrailles s'émeuvent sur le moment, quoiqu'il n'en soit pas digne.

30
״וַיֹּאמֶר לֹא תוּכַל לִרְאֹות אֶת פָּנָי״, תָּנָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קָרְחָה, כָּךְ אָמַר לוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְמֹשֶׁה: כְּשֶׁרָצִיתִי — לֹא רָצִיתָ, עַכְשָׁיו שֶׁאַתָּה רוֹצֶה — אֵינִי רוֹצֶה.

« Et Il dit : tu ne pourras pas voir Ma face » (Ex. 33, 20).

Il a été enseigné au nom de Rabbi Yehochoua ben Korha : ainsi le Saint béni soit-Il dit à Moche : quand J'ai voulu, tu n'as pas voulu ; maintenant que tu veux, Je ne veux pas.

📜 Rachi (2)
כְּשֶׁרָצִיתִי בַּסְּנֶה:
« Quand J'ai voulu » — au buisson.
לֹא רָצִיתָ שְׁנָא' וַיַּסְתֵּר מֹשֶׁה פָּנָיו:
« Tu n'as pas voulu » — ainsi qu'il est dit : et Moche voilà son visage.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כְּשֶׁרָצִיתִי לֹא רָצִיתָ. פֵּירֵשׁ הָרֹא"שׁ זַ"ל כְּלוֹמַר כְּשֶׁהִרְשֵׁיתָ לִרְאוֹת מַה שֶׁהָיִיתִי מַרְשֶׁה לְךָ לִרְאוֹת לֹא רָצִיתָ וְעַכְשָׁיו שֶׁאַתָּה רוֹצֶה לִרְאוֹת כְּבוֹדִי אֵינִי רוֹצֶה, וְתֵימָא הוּא לָמָּה הֶעֱנִישׁוּ עַל כָּךְ עכ"ל? וְנִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁאִם הָיָה מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה רוֹאֶה כְּבוֹדוֹ יִתְבָּרֵךְ אֲשֶׁר הִרְשָׁה אוֹתוֹ לִרְאוֹת הָיָה מִזְדַּכֵּךְ חָומְרוֹ עַל יְדֵי רְאִייָּתוֹ זִכּוּךְ גָּמוּר עַד שֶׁהָיָה נַעֲשֶׂה כֻּולּוֹ כְּמוֹ מַלְאָךְ וְהָיָה מִתְפַּשֵּׁט מִזֶּה הָעוֹלָם לְגַמְרֵי, וּלְכָךְ הֶעֱנִישׁוּ שֶׁלֹּא רָצָה בְּזִיכּוּךְ עָצוּם וְרַב כָּזֶה מִפְּנֵי שֶׁעֲדַייִן הָיָה לוֹ תַּאֲוָה בָּעוֹלָם הַזֶּה וּלְהִכָּנֵס לְאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל. וְעַיֵּין עַרְבֵי נַחַל בְּמַה שֶׁכָּתַב לְרַשְׁבִּ"י חַי לְעָלְמָא כַּד יפּוֹק מַר מִנֵּיהּ, דִּרְצוֹנוֹ לוֹמַר עַל זִיכּוּךְ חָומְרוֹ בְּיוֹתֵר שֶׁאָז יִתְפַּשֵּׁט מֵעוֹלָם הַזֶּה גַּם בְּעוֹדוֹ בַּחַיִּים.
« Quand J'ai voulu, tu n'as pas voulu. » Le Roch de mémoire bénie a expliqué : c'est-à-dire, quand Je t'ai autorisé à voir ce que Je te permettais de voir, tu n'as pas voulu ; et maintenant que tu veux voir Ma gloire, Je ne veux pas. Et c'est étonnant : pourquoi l'a-t-Il puni pour cela ? Fin de ses paroles. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que si Moche notre maître, la paix soit sur lui, avait vu Sa gloire bénie qu'Il lui permettait de voir, sa matière se serait affinée par cette vision d'un affinement complet, au point qu'il serait devenu tout entier comme un ange et se serait détaché entièrement de ce monde. C'est pourquoi Il l'a puni de n'avoir pas voulu d'un affinement si puissant et si grand, parce qu'il avait encore un désir en ce monde-ci et voulait entrer en terre d'Israël. Vois ce qu'a écrit l'Arvei Nahal sur ce qui est dit de Rabbi Chimon bar Yohai, « le monde vit tant que le maître en sort », c'est-à-dire au sujet de l'affinement extrême de sa matière, par lequel il se détache de ce monde alors même qu'il est encore en vie.
💡 Explication

Rachi situe les deux moments : le premier au buisson ardent, où Moche voilà son visage, le second ici. Rabbi Yehochoua ben Korha lit le refus présent comme la réponse au refus passé.

Le Roch relève la difficulté de cette lecture, qui fait du geste de Moche au buisson une faute punie. Le Ben Ich H'ai propose une explication : la vision permise alors aurait affiné sa matière au point de le détacher de ce monde, et il n'y a pas consenti parce qu'un désir le retenait encore ici, notamment celui d'entrer en terre d'Israël.

31
וּפְלִיגָא דְּרַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר רַבִּי יוֹנָתָן, דְּאָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי, אָמַר רַבִּי יוֹנָתָן: בִּשְׂכַר שָׁלֹשׁ זָכָה לְשָׁלֹשׁ.

Et cela diverge de l'avis de Rabbi Chmouel bar Nahmani au nom de Rabbi Yonatan, car Rabbi Chmouel bar Nahmani a dit au nom de Rabbi Yonatan : en récompense de trois, il a mérité trois.

📜 Rachi (1)
וּפְלִיגָא דְּר' יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קָרְחָה שֶׁמַּעֲנִישׁוֹ עַל כָּךְ אַדְּרַבִּי שְׁמוּאֵל שֶׁאָמַר קִבֵּל שָׂכָר עַל זֶה:
« Et cela diverge » — l'avis de Rabbi Yehochoua ben Korha, qui le punit pour cela, diverge de celui de Rabbi Chmouel, qui dit qu'il a reçu une récompense pour cela.
💡 Explication

La divergence est nette : Rabbi Yehochoua ben Korha voit dans le geste de Moche au buisson une faute punie, Rabbi Yonatan y voit un mérite récompense. Rachi énonce exactement ce point de partage.

32
בְּשָׂכָר ״וַיַּסְתֵּר מֹשֶׁה פָּנָיו״ — זָכָה לִקְלַסְתֵּר פָּנִים. בְּשָׂכָר ״כִּי יָרֵא״ — זָכָה ל״וַיִּירְאוּ מִגֶּשֶׁת אֵלָיו״. בְּשָׂכָר ״מֵהַבִּיט״ — זָכָה לְ״וְתִמַּנְתְּ ה׳ יַבִּיט״.

En récompense de « et Moche voilà son visage » (Ex. 3, 6), il a mérité l'éclat du visage.

En récompense de « car il craignait », il a mérité « et ils craignaient de l'approcher » (Ex. 34, 30).

En récompense de « de regarder », il a mérité « et il contemple l'image de ה' » (Nb. 12, 8).

📜 Rachi (2)
לִקְלַסְתֵּר פָּנִים כִּי קָרַן עוֹר פָּנָיו:
« L'éclat du visage » — car la peau de son visage rayonnait.
וּתְמוּנַת ה' יַבִּיט זֶה מַרְאֶה אֲחוֹרַיִם כָּךְ שִׁנּוּי' בְּסִפְרֵי (פ' בְּהַעֲלוֹתְךָ):
« Et il contemple l'image de ה' » — c'est la vision de dos ; ainsi est-il enseigné dans le Sifri, section Behaalotekha.
🪔 Ben Yehoyada (1)
בְּשָׂכָר: "כִּי יָרֵא", זָכָה לְ"וַיִּירְאוּ מִגֶּשֶׁת אֵלָיו". יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת וַהֲלֹא מַה שֶׁיִּרְאוּ מִגֶּשֶׁת הוּא מֵחֲמַת קְלַסְתֵּר וְאִם כֵּן הַייְנוּ הָךְ קַמַּיְיתָא בִּשְׂכַר וַיַּסְתֵּר מֹשֶׁה פָּנָיו? וְנִרְאֶה לִי דִּבְהַךְ קַמַּיְיתָא לֹא הָיָה צָרִיךְ שֶׁיִּהְיֶה לוֹ קְלַסְתֵּר פָּנִים כָּל כָּךְ בְּמַדְרֵגָה גְּדוֹלָה שֶׁיִּרְאוּ מִגֶּשֶׁת אֵלָיו. מִיהוּ עֲדַייִן יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מַה שֶׁאָמַר בְּשָׂכָר וַיַּסְתֵּר, בְּשָׂכָר כִּי יָרֵא, וַהֲלֹא כִּי יָרֵא הוּא נְתִינַת טַעַם שֶׁל וַיַּסְתֵּר, וְאִם כֵּן חֲדָא מִלְּתָא וְלָמָּה חִילָקָם לִשְׁתֵּי חֲלוּקוֹת לְקַבֵּל עֲלֵיהֶם שְׁנֵי מִינֵי שָׂכָר, גַּם כַּד דָּיְיקַתְּ עוֹד תִּמְצָא שֶׁגַּם חֲלֻוקַּת מֵהַבִּיט אֵין רָאוּי שֶׁתִּהְיֶה בִּפְנֵי עַצְמוֹ אֶלָּא הַכֹּל הוּא עִנְיָן כִּי הִסְתִּיר פָּנָיו כְּדֵי שֶׁלֹּא יַבִּיט, וְאֵיךְ מָצְאוּ שְׁלֹשָׁה חֲלוּקוֹת בָּזֶה לְקַבֵּל עֲלֵיהֶם ג' מִינֵי שָׂכָר? וְנִרְאֶה לִי בס"ד תְּלָת מִילֵּי עֲבַד מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה בָּזֶה, תְּחִלָּה רָאָה הָאֵשׁ רְאִיָּה חוּשִׁית לְפִי תֻּומּוֹ קֹודֶם שֶׁשָּׁמַע הַדִּיבּוּר, וְאַחַר שֶׁשָּׁמַע הִסְתִּיר פָּנָיו שֶׁלֹּא יִרְאֶה רְאִיָּה חוּשִׁית הֲרֵי זֶה אֶחָד, וְהוּא נִתְגַּבֵּר עַל עַצְמוֹ שֶׁלֹּא הֵי' רוֹאֶה רְאִי' בַּלֵּב, כִּי מֵאַחַר שֶׁכְּבָר רָאָה הָאֵשׁ תְּחִלַּת רְאִיָּה חוּשִׁית לְפִי תֻּומּוֹ הָיָה אֶפְשָׁר שֶׁיַּבִּיט בּוֹ בְּלִבּוֹ אַף עַל פִּי שֶׁהִסְתִּיר פָּנָיו, אֶלָּא גַּם הַבָּטָה זוֹ שֶׁל הַלֵּב דָּחָה אוֹתוֹ בְּלִבּוֹ הֲרֵי שְׁתַּיִם בְּיָדוֹ, וְעוֹד שְׁלִישִׁית עָשָׂה כִּי השי"ת נָתַן לוֹ כֹּחַ לִסְבֹּול רְאִייַּת הָאוֹר הַזֶּה וְלֹא הָיָה צָרִיךְ שֶׁיְּהִי' יָרֵא מִזֶּה הַמַּרְאֶה, אַךְ לְרֹוב צִדְקָתוֹ הֵעִיר בְּיָדַיִם מוֹרָא וָפַחַד בִּלְבָבוֹ לְבִלְתִּי יַבִּיט, וְזֶה אוֹמְרוֹ כִּי יָרֵא שֶׁהוּא הֵעִיר הַיִּרְאָה הַזֹּאת בִּלְבָבוֹ אַף עַל פִּי שֶׁיָּדַע שהקב"ה נָתַן לוֹ כֹּחַ לִסְבֹּול הַמַּרְאֶה כְּמוֹ הָרְאִיָּה שֶׁרָאָה בַּתְּחִלָּה לְפִי תֻּומּוֹ. וּבַעַל עִיּוּן יַעֲקֹב הֵבִיא סָמוּךְ לַמַּאֲמָר הַנִּזְכָּר דִּבְרֵי רַבִּי אוֹשַׁעְיָא מִן מִדְרַשׁ רָבָא, שֶׁאָמַר לוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: אֲנִי בָּאתִי לְהַרְאוֹת לְךָ פָּנִים, וְחֶלְקַת לִי כָּבוֹד וְהִסְתַּרְתָּ פָּנֶיךָ, חַיֶּיךָ שֶׁאַתָּה עָתִיד לִהְיוֹת אֶצְלִי בָּהָר וְכוּ', צָרִיךְ לְהָבִין מַה מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה יֵשׁ בָּזֶה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי הַחַיּוֹת שֶׁל כִּסֵּא הַמֶּרְכָּבָה לֹא יֵשׁ לָהֶם אֲחוֹרַיִים אֶלָּא פָּנִים מִכָּל הַצְּדָדִין שֶׁנֶּאֱמַר וְאַרְבָּעָה פָּנִים לְאַחַת, וְלָזֶה אָמַר בְּשָׂכָר שֶׁחֶלְקַת כָּבוֹד לְאוֹר הַפָּנִים תִּהְיֶה נִזּוֹן מִזִּיו הַשְּׁכִינָה בְּאוֹתָם אַרְבָּעִים יוֹם כְּמוֹ הַחַיּוֹת שֶׁאֵין לָהֶם אָחוֹר אֶלָּא רַק פָּנִים וְהֵם נִזּוֹנִים מִזִּיו הַשְּׁכִינָה מִכָּל צַד שֶׁלָּהֶם.
« En récompense de <i>car il craignait</i>, il a mérité <i>et ils craignaient de l'approcher</i>. » Il y a lieu de demander : ce qui fait qu'ils craignaient de l'approcher tient à l'éclat du visage, et ce serait donc la même chose que la première, la récompense de « et Moche voilà son visage ». Il me semble que dans la première il n'était pas nécessaire qu'il eût un éclat du visage à un degré si grand qu'on craigne de l'approcher. Mais il reste à demander sur ce qui est dit « en récompense de <i>vayastèr</i> », « en récompense de <i>ki yare</i> » : « car il craignait » est la raison de « il voilà », et c'est donc une seule chose ; pourquoi les séparer en deux catégories pour recevoir à leur sujet deux espèces de récompense ? Et si tu regardes de plus près, tu trouveras que la catégorie de <i>méhabit</i> non plus ne devrait pas être à part, tout cela étant une seule chose, puisqu'il a voilé son visage afin de ne pas regarder ; comment ont-ils trouvé là trois catégories pour recevoir à leur sujet trois espèces de récompense ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Moche notre maître, la paix soit sur lui, a fait en cela trois choses. D'abord il vit le feu d'une vision sensible, en toute simplicité, avant d'entendre la parole ; et après avoir entendu, il voilà son visage afin de ne pas voir d'une vision sensible : voilà une chose. Ensuite il se domina pour ne pas voir d'une vision du cœur, car ayant déjà vu le feu d'une première vision sensible en toute simplicité, il aurait pu le regarder en son cœur même après avoir voilé son visage ; mais cette contemplation du cœur aussi, il l'a repoussée de son cœur : en voilà deux en sa main. Et il en a fait une troisième : le Nom béni soit-Il lui avait donné la force de supporter la vue de cette lumière, et il n'avait pas à craindre de cette vision ; mais par l'abondance de sa justice, il éveilla de ses mains la crainte et l'effroi dans son cœur afin de ne pas regarder. C'est ce que dit « car il craignait », à savoir qu'il éveilla cette crainte dans son cœur bien qu'il sût que le Saint béni soit-Il lui avait donné la force de supporter la vision, comme la vue qu'il avait eue au début en toute simplicité. Et le maître du Iyoun Yaakov a rapporté, à la suite de cet enseignement, les paroles de Rabbi Ochaya tirées du Midrach Rabba : le Saint béni soit-Il lui dit, Je suis venu te montrer une face et tu M'as rendu honneur en voilant ta face ; par ta vie, tu seras un jour auprès de Moi sur la montagne, etc. Il faut comprendre quelle mesure pour mesure il y a là. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que les hayot du trône de la merkava n'ont pas de dos mais des faces de tous les côtés, ainsi qu'il est dit « et quatre faces à chacune ». C'est pourquoi Il dit : en récompense d'avoir rendu honneur à la lumière des faces, tu seras nourri de l'éclat de la Chekhina pendant ces quarante jours, comme les hayot qui n'ont pas de dos mais seulement des faces, et qui sont nourries de l'éclat de la Chekhina de tous leurs côtés.
💡 Explication

Chaque terme du verset du buisson trouve sa contrepartie dans un verset ultérieur, avec le même mot ou la même racine. Rachi identifie kélaster panim par le verset « car la peau de son visage rayonnait », et précise que la contemplation de l'image se rapporte à la vision de dos, selon le Sifri.

🖼️ Schéma
Trois gestes au buisson, trois récompenses Au buisson (Ex. 3, 6) Ce qu'il a mérité Moche voilà son visage L'éclat du visage (Ex. 34, 29) car il craignait Ils craignaient de l'approcher (Ex. 34, 30) de regarder Il contemple l'image de ה' (Nb. 12, 8)
Les trois gestes de Moche au buisson et les trois versets qui les paient.
33
״וַהֲסִרֹתִי אֶת כַּפִּי וְרָאִיתָ אֶת אֲחֹרָי״. אָמַר רַב חָנָא בַּר בִּיזַּנָא, אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן חֲסִידָא: מְלַמֵּד שֶׁהֶרְאָה הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְמֹשֶׁה קֶשֶׁר שֶׁל תְּפִילִּין.

« Et J'ôterai Ma main, et tu verras Mon dos » (Ex. 33, 23).

Rav Hana bar Bizna a dit au nom de Rabbi Chimon Hassida : cela enseigne que le Saint béni soit-Il a montré à Moche le nœud des tefilin.

📜 Rachi (1)
קֶשֶׁר שֶׁל תְּפִילִּין מֵאֲחוֹרָיו הוּא וְאָמְרִי' לְעֵיל דהקב"ה מַנִּיחַ תְּפִילִּין:
« Le nœud des tefilin » — il est derrière lui, et nous avons dit plus haut que le Saint béni soit-Il met les tefilin.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מְלַמֵּד שֶׁהֶרְאָה הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְמֹשֶׁה קֶשֶׁר שֶׁל תְּפִלִּין. פֵּירֵשׁ הֶרְאָהוּ אוֹר עָלָיו שֶׁעָלָיו רוֹמֵז הַקֶּשֶׁר שֶׁל תְּפִילִּין, וְנִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁהוּא רָצָה לִרְאוֹת בְּאוֹר אוֹת וָא"ו, והקב"ה הֶרְאָהוּ אוֹר אוֹת דָּלֶ"ת שֶׁהוּא קֶשֶׁר תְּפִילִּין, וּשְׁנֵיהֶם רְמוּזִים בַּמָּצוּי יוֹ"ד, וּלְכָךְ אָמַר לוֹ רָאִיתָ אֶת אַחֲרֵי קְרִי בֵיהּ 'אָחוֹר יו"ד', רְצוֹנוֹ לוֹמַר אוֹת אַחֲרוֹן שֶׁל יוֹ"ד שֶׁהוּא דָּלֶ"ת, אֲבָל וּפְנֵי רְצוֹנוֹ לוֹמַר פֶּן יוֹ"ד כְּלוֹמַר הַפְּנִימִיּוּת שֶׁל יוֹ"ד בְּמִילּוּאָה שֶׁהוּא אוֹת וָא"ו הָעוֹמֵד בְּאֶמְצַע מִלּוּי יוֹ"ד לֹא יֵרָאוּ.
« Cela enseigne que le Saint béni soit-Il a montré à Moche le nœud des tefilin. » On a expliqué : Il lui a montré une lumière supérieure à laquelle le nœud des tefilin fait allusion. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il voulait voir la lumière de la lettre vav, et que le Saint béni soit-Il lui montra la lumière de la lettre dalet, qui est le nœud des tefilin ; toutes deux sont faites allusion dans le remplissage du youd. C'est pourquoi Il lui dit « tu verras Mon dos », lis-y <i>a'hor youd</i>, le dos du youd, c'est-à-dire la dernière lettre du remplissage de youd, qui est le dalet ; tandis que « et Ma face », lis-y <i>pen youd</i>, c'est-à-dire l'intériorité du youd dans son remplissage, qui est la lettre vav placée au milieu du remplissage du youd, ne seront pas vues.
💡 Explication

La réponse rattache ce verset à l'enseignement du folio précédent selon lequel le Saint béni soit-Il porte des tefilin. Rachi énonce les deux éléments : le nœud se trouve derrière la tête, et il a été dit plus haut qu'Il met les tefilin.

34
וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי יוֹסֵי: כָּל דִּבּוּר וְדִבּוּר שֶׁיָּצָא מִפִּי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְטוֹבָה, אֲפִילּוּ עַל תְּנַאי — לֹא חָזַר בּוֹ.

Et Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Yossi : toute parole sortie de la bouche du Saint béni soit-Il en bien, même conditionnelle, Il ne l'a pas rétractée.

💡 Explication

La règle est énoncée en toute généralité. La difficulté qu'elle porte tient au mot al tenai, conditionnelle : même lorsque la condition ne se réalise pas, la part de bien de la parole tient.

35
מְנָא לַן — מִמֹּשֶׁה רַבֵּינוּ, שֶׁנֶּאֱמַר ״הֶרֶף מִמֶּנִּי וְאַשְׁמִידֵם וְגוֹ׳ וְאֶעֱשֶׂה אוֹתְךָ לְגוֹי עָצוּם״. אַף עַל גַּב דִּבְעָא מֹשֶׁה רַחֲמֵי עֲלַהּ דְּמִלְּתָא וּבַטְּלַהּ, אֲפִילּוּ הָכֵי — אוֹקְמָה בְּזַרְעֵיהּ. שֶׁנֶּאֱמַר: ״בְּנֵי מֹשֶׁה גֵּרְשֹׁום וֶאֱלִיעֶזֶר. וַיִּהְיוּ בְנֵי אֱלִיעֶזֶר רְחַבְיָה הָרֹאשׁ וְגוֹ׳ וּבְנֵי רְחַבְיָה רָבוּ לְמָעְלָה וְגוֹ׳״.

D'où le savons-nous ? De Moche notre maître, ainsi qu'il est dit : « Laisse-Moi, et Je les détruirai », etc., « et Je ferai de toi une nation puissante » (Dt.

9, 14). Bien que Moche eût demandé miséricorde à ce sujet et que la chose fut annulée, malgré cela Il l'a établie dans sa descendance, ainsi qu'il est dit : « les fils de Moche : Guerchom et Eliezer.

Et les fils d'Eliezer furent Réhavia le chef », etc., « et les fils de Réhavia furent très nombreux », etc. (I Chr.

23, 15-17).

🪔 Ben Yehoyada (2)
שֶׁהֲרֵי שְׁנֵי גְּדוֹלֵי הַדּוֹר, בֵּרְכוּם שְׁנֵי הֶדְיוֹטוֹת, וְנִתְקַיְּמָה בָּהֶם בִּרְכָתָם. מַקְשִׁים מְנָא לַן דְּנִתְקַיְּימָה בִּרְכָתָם? וַהֲלֹא דָּוִד הע"ה, הַנָּבִיא אָמַר לוֹ בִּדְבַר ה' שֶׁיַּקְרִיב בְּגֹורֶן אֲרַוְנָה וְתִתְבַּטֵּל הַמַּגֵּפָה, וְגַבֵּי דָּנִיֵּאל נָמֵי מְפֹורָשׁ שֶׁנִּיצּוֹל בִּזְכוּתוֹ, שֶׁכֵּן אָמַר בְּפֵירוּשׁ אֱ-לָהִי שְׁלַח מַלְאֲכֵהּ וּסֲגַר פֻּם אַרְיָוָתָא וְלָא חַבְּלוּנִי כָּל קֳבֵל דִּי קָדָמוֹהִי זָכוּ הִשְׁתְּכַחַת לִי? וְנִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁאַף עַל גַּב שֶׁיָּדַע דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה מִפִּי הַנָּבִיא שֶׁבְּהִקְרִיבוּ בְּגֹורֶן אֲרַוְנָה תִּתְבַּטֵּל הַמַּגֵּפָה מֵעַל יִשְׂרָאֵל, עִם כָּל זֶה לֹא נוֹדַע מַזֶּה עַל דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה בְּעַצְמוֹ שֶׁיְּהִי' פָּלִיט מִן הָעֹונֶשׁ, דְּהָא עַל כָּל פָּנִים מִסִּיבָּתוֹ נַעֲשֵׂית הַמַּגֵּפָה עַל אֲשֶׁר מָנָה אֶת יִשְׂרָאֵל, וּכְמוֹ שֶׁאָמַר הוּא עַצְמוֹ בִּרְאֹותוֹ אֶת הַמַּלְאָךְ הַמַּכֶּה, (שְׁמוּאֵל ב' כד, יז) הִנֵּה אָנֹכִי חָטָאתִי וְאָנֹכִי הֶעֱוֵיתִי וְאֵלֶּה הַצֹּאן מֶה עָשׂוּ תְּהִי נָא יָדְךָ בִּי, וְאִם כֵּן אִם הַמִּזְבֵּחַ הָגוּן לְהָסִיר הַפֻּרְעָנוּת מֵעַל יִשְׂרָאֵל לֹא נוֹדַע מִדִּבְרֵי הַנָּבִיא שֶׁיִּהְיֶה נִיצּוֹל דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה, לְכָךְ לָמְדוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל שֶׁבִּרְכַּת אֲרַוְנָה שֶׁבֵּרְכוֹ לְעַצְמוֹ ה' אֱ-לֹהֶיךָ יְרַצְּךָ הַגִּינָּה עָלָיו שֶׁנִּיצּוֹל, וְיָלְפִי לָהּ מִמַּה שֶׁמָּצִינוּ שֶׁנִּכְתְּבוּ דִּבְרֵי אֲרַוְנָה אֵלֶּה בַּמִּקְרָא. וְכֵן גַּבֵּי דָּנִיֵּאל ע"ה מָצִינוּ שֶׁנַּעֲשָׂה לוֹ שְׁנֵי נִסִּים, וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב רַשִׁ"י זַ"ל בַּפָּסוּק (דָּנִיֵּאל ו, יח) וְהֵיתָיִת אֶבֶן חֲדָה וְשֻׂמַת עַל פֻּם גֻּבָּא, כִּי אָכֵן גְּדוֹלָה לֹא הָיְתָה בְּבָבֶל כִּי אִם רַק לְבָנִים הָיָה, וּלְפִי שָׁעָה הֵבִיאוּ הַמַּלְאָכִים מֵאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל כְּדֵי לַחְתֹּום הַבְּאֵר שֶׁהֻושְׁלַךְ בּוֹ דָּנִיֵּאל שֶׁלֹּא יַזִּיקוּהוּ הָאוֹיְבִים בְּיָדַיִם וְכוּ' עַיֵּין שָׁם, נִמְצָא מִלְּבַד הַנֵּס שֶׁעָשָׂה לוֹ השי"ת לִסְגֹּור פִּיהֶם שֶׁל אֲרָיוֹת, עוֹד עָשָׂה לוֹ נֵס שֶׁשָּׁלַח מַלְאָכִים וְהֵבִיאוּ אֶבֶן גְּדוֹלָה מֵאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל לִסְתֹּום פִּי הַגֹּוב שֶׁהָיָה רָחָב מְאֹד וְאִי אֶפְשָׁר לְסָתְמוֹ בִּלְבֵנִים וְלַחְתֹּום אוֹתוֹ, וְלוּלֵי זֹאת הָיָה אוֹיְבָיו מַזִּיקִין אוֹתוֹ בִּזְרִיקַת אֲבָנִים עָלָיו מִפִּי הַגֹּוב, וְכֵיוָן דִּשְׁנֵי נִסִּים נַעֲשׂוּ לוֹ, וְהוּא לֹא תָּלָה בִּזְכוּתוֹ אֶלָּא רַק נֵס אֶחָד שֶׁל הֶסְגֵּר פִּיהֶם שֶׁל אֲרָיוֹת, לְכָךְ דָּרְשׁוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל שֶׁבִּרְכַּת דָּרְיָוֶשׁ הוֹעִילָה שֶׁיַּעֲשֶׂה לוֹ הקב"ה נֵס הָאֶחָד בַּהֲבָאַת הָאֶבֶן לִשְׁמִירָתוֹ, וְלָמְדוּ זֶה מִמַּה שֶׁמָּצִינוּ שֶׁנִּכְתְּבָה בִּרְכָתוֹ שֶׁל דָּרְיָוֶשׁ בַּמִּקְרָא וְאִם לֹא יָצָא מִמֶּנָּה תּוֹעֶלֶת לֹא הָיְתָה נִזְכֶּרֶת בַּמִּקְרָא, וְנִכְתְּבָה לְלַמֶּדְךָ דְּאַל תְּהֵא בִּרְכַּת הֶדְיוֹט קַלָּה, וְאַף עַל גַּב דִּשְׁנֵיהֶם הָיוּ מְלָכִים קָרֵי לְהוּ הֶדְיוֹטוֹת בִּשְׁבִיל שֶׁלֹּא הָיוּ יִשְׂרְאֵלִים.
« Car deux grands de la génération ont été bénis par deux hommes ordinaires, et leur bénédiction s'est accomplie sur eux. » On demande : d'où savons-nous que leur bénédiction s'est accomplie ? Or à David, la paix soit sur lui, le prophète avait dit par la parole de ה' d'offrir dans l'aire d'Aravna et que l'épidémie cesserait ; et pour Daniel aussi il est explicite qu'il fut sauvé par son mérite, puisqu'il dit expressément « mon D.ieu a envoyé Son ange et a fermé la gueule des lions, et ils ne m'ont pas blessé, parce que devant Lui un mérite a été trouvé pour moi ». Il me semble, avec l'aide du Ciel, que bien que le roi David, la paix soit sur lui, sût de la bouche du prophète qu'en offrant dans l'aire d'Aravna l'épidémie serait ôtée d'Israël, il ne s'ensuivait pas pour le roi David lui-même qu'il serait, lui, quitte du châtiment ; car en fin de compte l'épidémie était survenue par sa faute, pour avoir dénombré Israël, ainsi qu'il le dit lui-même en voyant l'ange frapper (II S. 24, 17) : « voici, c'est moi qui ai fauté et moi qui ai commis l'iniquité, et ces brebis, qu'ont-elles fait ? que Ta main soit donc sur moi. » Si donc l'autel était propre à écarter le châtiment de dessus Israël, il ne ressortait pas des paroles du prophète que le roi David, la paix soit sur lui, serait sauvé. Aussi nos maîtres de mémoire bénie ont-ils appris que la bénédiction d'Aravna, qui le bénit lui-même en disant « que ה' ton D.ieu t'agrée », le protégea et le sauva ; et ils le tirent de ce que nous trouvons ces paroles d'Aravna écrites dans l'Écriture. De même, à propos de Daniel, la paix soit sur lui, nous trouvons que deux miracles lui furent faits, ainsi que l'a écrit Rachi de mémoire bénie sur le verset (Dn. 6, 18) « et on apporta une pierre et on la plaça sur la bouche de la fosse » : car il n'y avait pas de grande pierre à Babel, où il n'y avait que des briques, et sur le moment les anges en apportèrent une de terre d'Israël afin de sceller la fosse où Daniel avait été jeté, pour que les ennemis ne lui nuisent pas de leurs mains, etc. ; vois-y. Il se trouve donc qu'outre le miracle que le Nom béni soit-Il lui fit en fermant la gueule des lions, Il lui fit encore le miracle d'envoyer des anges qui apportèrent une grande pierre de terre d'Israël pour boucher la bouche de la fosse, laquelle était très large et ne pouvait être bouchée ni scellée avec des briques ; sans cela, ses ennemis lui auraient nui en jetant des pierres sur lui depuis la bouche de la fosse. Et puisque deux miracles lui furent faits, et qu'il n'a rapporté à son mérite qu'un seul miracle, celui de la fermeture de la gueule des lions, nos maîtres de mémoire bénie ont exposé que la bénédiction de Darius servit à ce que le Saint béni soit-Il lui fit l'autre miracle, celui de l'apport de la pierre pour sa protection ; et ils l'apprennent de ce que nous trouvons la bénédiction de Darius écrite dans l'Écriture, car si aucun profit n'en était sorti elle n'y serait pas mentionnée ; elle a été écrite pour t'enseigner que la bénédiction d'un homme ordinaire ne doit pas être légère. Et bien que tous deux fussent des rois, il les appelle des hommes ordinaires parce qu'ils n'étaient pas israélites.
מְנָא לַן? מִמֹּשֶׁה רַבֵּנוּ, שֶׁנֶּאֱמַר: (דְּבָרִים ט, יד) "הֶרֶף מִמֶּנִּי וְאַשְׁמִידֵם וְאֶמְחֶה אֶת שְׁמָם וְגוֹ'. מַקְשִׁים לָמָּה הֵבִיא פָּסוּק זֶה מִסֵּפֶר דְּבָרִים וְלֹא הֵבִיא פָּסוּק (שְׁמוֹת לב, י) וְעַתָּה הַנִּיחָה לִּי וְיִחַר אַפִּי בָהֶם וַאֲכַלֵּם וְאֶעֱשֶׂה אוֹתְךָ לְגוֹי גָּדוֹל הַכָּתוּב בְּפָ' כִּי תִשָּׂא? וְהִנֵּה יֵשׁ בָּזֶה תֵּירוּץ פָּשׁוּט מִשּׁוּם דְּבַס' דְּבָרִים כָּתוּב עָצוּם מִמֶּנּוּ, דְּמַשְׁמַע לְמַעְלָה מִן שִׁשִּׁים רִבּוֹא אֲבָל בְּפָרָשַׁת כִּי תִשָּׂא כְּתִיב גּוֹי גָּדוֹל בִּסְתָם. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד בְּפָסוּק זֶה רָמַז לוֹ שֶׁיַּשְׁפִּיעַ לוֹ מִן הַכֶּתֶר שֶׁהוּא הָרֹאשׁ, וְלָכֵן כְּתִיב 'מִמֶּנּוּ' שֶׁהוּא רָאשֵׁי תֵּיבוֹת מ תְּרֵין מ זָלִין נ וְצַר ו נִקָּה שֶׁהֵם בְּסוֹד הַכֶּתֶר כַּנּוֹדָע, וְרִבּוּי הַבָּנִים בָּא מִמַּזָּלִין אֵלּוּ כְּמוֹ שֶׁאָמַר לָאו בִּזְכוּתָא תַּלְיָא מִלְּתָא אֶלָּא בְּמַזָּלָא.
« D'où le savons-nous ? De Moche notre maître, ainsi qu'il est dit (Dt. 9, 14) : laisse-Moi, et Je les détruirai et J'effacerai leur nom », etc. On demande : pourquoi apporter ce verset du livre du Deutéronome et non le verset (Ex. 32, 10) « et maintenant laisse-Moi, et Ma colère s'enflammera contre eux et Je les consumerai, et Je ferai de toi une grande nation », écrit dans la section Ki Tissa ? Il y a à cela une réponse simple : dans le livre du Deutéronome il est écrit <i>âtsoum mimenou</i>, plus puissante que lui, ce qui indique au-dessus de six cent mille, tandis que dans la section Ki Tissa il est écrit « une grande nation » sans plus. D'une autre manière, il me semble, avec l'aide du Ciel, que dans ce verset il lui est fait allusion qu'Il lui ferait couler le flux depuis le keter, qui est la tête ; c'est pourquoi il est écrit <i>mimenou</i>, dont les initiales sont mem-tarin, mem-zâlin, noun-ôtser, vav-nokè, qui sont dans le sod du keter, comme on le sait ; et la multitude des enfants vient de ces mazalot, ainsi qu'il a été dit que la chose ne dépend pas du mérite mais du mazal.
💡 Explication

Le cas est exemplaire : la promesse était attachée à la destruction d'Israël, laquelle n'a pas eu lieu. La part de bien tient malgré tout, déplacée sur la descendance de Moche.

Le Ben Ich H'ai relève ici deux choses : pourquoi le verset du Deutéronome plutôt que celui de l'Exode, et ce que les deux bénédictions rapportées dans le folio suivant, celle d'Aravna et celle de Darius, ont produit.

🖼️ Schéma
Une parole de bien s'accomplit même quand sa condition tombe La promesse (Dt. 9, 14) Laisse-Moi, Je les détruirai - et Je ferai de toi une nation puissante. La condition tombe Moche prie, le décret contre Israël est annulé : la destruction n'a pas lieu. La part de bien tient quand même Elle est établie dans sa descendance : Eliezer, puis Réhavia, dont les fils se sont multipliés lemaala - au-dessus de six cent mille, par gezera chava sur le mot rabou.
Une promesse dont la condition tombe et dont la part de bien s'accomplit ailleurs.
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וְתָנֵי רַב יוֹסֵף: ״לְמַעְלָה״ — מִשִּׁשִּׁים רִבּוֹא, אָתְיָא ״רַבֵּיהּ״ ״רַבֵּיהּ״. כְּתִיב הָכָא: ״רַבּוּ לְמַעְלָה״, וּכְתִיב הָתָם: ״וּבְנֵי יִשְׂרָאֵל פָּרוּ וַיִּשְׁרְצוּ וַיִּרְבּוּ״.

Et Rav Yossef a enseigné : « lemaala », au-dessus — c'est-à-dire plus de six cent mille. Cela se tire par « ravia » et « ravia » : il est écrit ici « ils se sont multipliés lemaala », et il est écrit là-bas : « et les fils d'Israël furent féconds, pullulèrent et se multiplièrent » (Ex.

1, 7).

🪔 Ben Yehoyada (1)
לְמַעְלָה מִשִּׁשִּׁים רִבּוֹא. נִרְאֶה לִי בס"ד 'ה רֹא"שׁ ' רָאשֵׁי תֵּיבוֹת ש שִׂים ר בּוֹא א דָּם, וְאָמַר רַבּוֹ לְמַעְלָה רֹאשׁ רְצוֹנוֹ לוֹמַר לְמַעְלָה מִן שִׁשִּׁים רִבּוֹא אָדָם הָרְמוּזִים בְּתֵיבַת 'רֹאשׁ', וְאוֹמְרוֹ רְחַבְיָה ה'רֹאשׁ' שֶׁזָּכָה לְהַשְׁפָּעַת הַכֶּתֶר שֶׁהוּא רֹאשׁ הַסְּפִירוֹת.
« Au-dessus de six cent mille. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que <i>ha-roch</i>, la tête, a pour initiales chin-chichim, rech-ribo, alef-adam, soixante myriades d'hommes ; et il dit « ils se sont multipliés lemaala », au-dessus de la tête, c'est-à-dire au-dessus des six cent mille hommes auxquels fait allusion le mot <i>roch</i>. Et ce qu'il dit « Réhavia le chef » signifie qu'il mérita l'écoulement du keter, qui est la tête des sefirot.
💡 Explication

Le procédé est une gezera chava, une analogie de mots : le même terme de multiplication figure dans les deux versets, et le nombre connu de l'un est transporté à l'autre. Puisque les fils d'Israël en Égypte comptaient six cent mille, les fils de Réhavia sont dits en nombre comparable.

La promesse faite à Moche, une nation plus puissante que celle-ci, se trouve ainsi vérifiée dans sa descendance, et la règle du segment 33 est établie.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).