Berakhot 7b — La série de Rabbi Chimon ben Yohai : nommer, remercier, provoquer, fixer sa place

Berakhot 7b

Sougya : Le folio ouvre une longue série d'enseignements de Rabbi Yo'hanan rapportés au nom de Rabbi Chimon ben Yohai. Il commence par Avraham, premier à appeler le Saint béni soit-Il du nom de Maître, mérite sur lequel Daniel s'appuiera dans sa prière.

Vient ensuite Léa, première à rendre grâce, ce qui entraîne une suite d'explications de noms : Yehouda, Reouven, Rout, et la règle selon laquelle le nom est cause. La sougya centrale est halakhique : a-t-on le droit de provoquer les impies ?

Une beraita l'autorise, Rabbi Yits'hak semble l'interdire, et le Talmud propose quatre résolutions successives. Le folio se termine sur la valeur de fixer un lieu pour sa prière, sur la supériorité du service de la Torah sur son étude, et sur le dialogue entre Rabbi Yits'hak et Rav Nahman qui ouvre l'enseignement poursuivi au folio suivant.

Rabbi Yo'hanan au nom de Rabbi Chimon ben Yohai : la série du folio 1 Avraham est le premier à appeler le Saint béni soit-Il du nom de Maître et Daniel n'est exaucé que par ce mérite seg. 1-3 2 On n'apaise pas un homme au moment de sa colère tiré de : Ma face ira, et Je te donnerai le repos seg. 4 3 Léa est la première à rendre grâce d'où l'excursus sur les noms : Yehouda, Reouven, Rout seg. 5-10 4 Un enfant dévoyé dans la maison pèse plus que la guerre de Gog et Magog d'où la parabole du billet de dette et le titre Psaume de David seg. 11-14 5 Il est permis de provoquer les impies en ce monde cœur halakhique du folio : quatre résolutions successives seg. 15-22 6 Qui fixe un lieu pour sa prière, ses ennemis tombent sous lui suivi de la contradiction de Rav Houna : affliger ou anéantir seg. 23-25 7 Le service de la Torah est plus grand que son étude tiré d'Elicha, qui versait l'eau sur les mains d'Eliyahou seg. 26 8 Rabbi Yits'hak insiste auprès de Rav Nahman pour la prière publique l'enseignement invoqué n'est énoncé qu'au folio suivant seg. 27-28 Fil conducteur : la parole adressée au Ciel, le nom qu'on porte, la place qu'on tient. Chaque enseignement s'ouvre par la même formule de transmission.
Les huit enseignements de Rabbi Yohanan au nom de Rabbi Chimon ben Yohai qui structurent le folio.
A-t-on le droit de provoquer un impie ? La contradiction et ses quatre résolutions Beraita de Rabbi Dostai Il est permis de provoquer les impies Proverbes 28, 4 Rabbi Yits'hak Impie à qui l'heure sourit : ne le provoque pas Psaumes 10, 5 Contradiction 1. Selon la matière Affaires personnelles : on ne provoque pas. Affaires du Ciel : on provoque. 2. Selon l'heure de l'impie L'heure lui sourit : on ne provoque pas. L'heure ne lui sourit pas : on provoque. 3. Selon celui qui provoque Juste accompli : il peut provoquer. Juste non accompli : il ne le peut pas. Preuve de Rav Houna : Habakouk 1, 13 4. L'heure qui sourit fait exception En règle générale l'impie n'engloutit pas le juste ; quand l'heure lui sourit, il en va autrement. Nafka mina Avant d'intervenir contre un impie : de quoi s'agit-il, où en est-il, et qui suis-je pour le faire ? Les quatre réponses ne s'annulent pas : chacune restreint la permission par un critère différent. Le Ben Ich H'ai ajoute une cinquième distinction : sanction matérielle oui, mise au ban non.
La sougya centrale : la permission de provoquer les impies, la difficulté de Rabbi Yits'hak et les quatre résolutions.
Le nom est cause : trois lectures de noms dans le folio Yehouda Léa : cette fois je rendrai grâce Le nom enregistre un acte déjà accompli Rachi : quatre femmes, douze tribus, part dépassée Reouven Voyez la différence entre mon fils et le fils de mon beau-père Le nom annonce l'avenir Rachi : elle l'a nommé en raison de ce qui viendra Rout Elle mérita que sortît d'elle David, qui abreuva le Ciel de louanges Le nom porte une descendance Ben Ich H'ai : nom gardé même après la conversion Règle de Rabbi Eliezer : le nom est cause Ne lis pas chamot, dévastations, mais chemot, des noms Psaumes 46, 9 Le Talmud pose la règle après coup : elle justifie qu'on lise les trois noms comme des annonces et non comme de simples appellations. Nommer un enfant devient ainsi une des œuvres du Ciel sur la terre.
L'excursus sur les noms et la règle qui le fonde.
1
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי: מִיּוֹם שֶׁבָּרָא הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא אֶת הָעוֹלָם, לֹא הָיָה אָדָם שֶׁקְּרָאוֹ לְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא ״אָדוֹן״, עַד שֶׁבָּא אַבְרָהָם וּקְרָאוֹ אָדוֹן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיֹּאמַר אֲדֹנָי אֱ-לֹהִים בַּמָּה אֵדַע כִּי אִירָשֶׁנָּה״.

Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Chimon ben Yohai : depuis le jour où le Saint béni soit-Il créa le monde, nul n'avait appelé le Saint béni soit-Il « Maître » (Adon), jusqu'à ce que vint Avraham et qu'il L'appelât Maître, ainsi qu'il est dit : « Et il dit : mon Maître, D.ieu, à quoi saurai-je que je la posséderai ? » (Gn. 15, 8).

📜 Rachi (1)
אֲדֹנֵי אֱ-לֹהִים כָּתוּב בְּאָלֶ"ף דָּלֶ"ת:
Il est écrit avec un alef-dalet.
🗂️ Tossefot (1)
לֹא הָיָה אָדָם שֶׁקְּרָאוֹ אָדוֹן וא"ת וְהָא כְּתִיב בָּרוּךְ ה' אֱ-לֹהֵי שֵׁם (בְּרֵאשִׁית ט׳:כ״ו) וְי"ל דְּהָתָם אֵינוֹ בְּאָלֶ"ף דָּלֶ"ת שֶׁהוּא לְשׁוֹן אַדְנוּת. וא"ת אַמַּאי לָא מַיְיתֵי קְרָא אֲדֹנָי (אֱ-לֹהִים) מַה תִּתֶּן לִי (שָׁם טו) שֶׁהוּא כָּתוּב קֹודֶם. וי"ל שֶׁהַפָּרָשִׁיּוֹת לֹא נֶאֶמְרוּ כַּסֵּדֶר וְאֵין מֻוקְדָּם וּמְאֻוחָר בַּתּוֹרָה וְזֶה הַפָּסוּק דְּבֵין הַבְּתָרִים הָיָה קֹודֶם לָכֵן. וְכֵן צ"ל ע"כ שֶׁהֲרֵי אַבְרָהָם הָיָה בֶּן שִׁבְעִים שָׁנָה בִּבְרִית בֵּין הַבְּתָרִים. וְאַחַר הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה (שָׁם) נֶאֱמַר אַחַר מִלְחֶמֶת הַמְּלָכִים כִּדְפֵירֵשׁ רַשִׁ"י בְּפֵירוּשׁ חֻומָּשׁ וּבְמִלְחֶמֶת הַמְּלָכִים הָיָה בֶּן ע"ג שָׁנִים שֶׁהֲרֵי כָּל הַיָּמִים שֶׁל סְדוֹם נ"ב שָׁנִים כִּדְאָמְרִי' בפ"ק דְּשַׁבָּת (דַּף יא.) צֵא מֵהֶם י"ב שָׁנִים שֶׁעָבְדוּ אֶת כְּדָרְלָעֹומֶר וי"ג שָׁנִים שֶׁל מְרִידָה וְנִשְׁאַר מִיִּשּׁוּבָהּ כ"ו שָׁנִים שֶׁהָיְתָה בְּשַׁלְוָה וּבַהֲפִיכָתָהּ הָיָה אַבְרָהָם בֶּן צ"ט שָׁנָה שֶׁהֲרֵי הָיְתָה הַהֲפִיכָה שָׁנָה אַחַת קֹודֶם שֶׁנּוֹלַד יִצְחָק צֵא מֵהֶם שִׁשָּׁה וְעֶשְׂרִים שָׁנָה לְמַפְרֵעַ שֶׁל שֶׁלָּוָה נִמְצָא שֶׁבֶּן ע"ג שָׁנָה הָיָה בְּמִלְחֶמֶת הַמְּלָכִים. אִם כֵּן הָיְתָה פָּרָשַׁת בֵּין הַבְּתָרִים קֹודֶם לְפָרָשַׁת אַחַר הַדְּבָרִים שָׁלֹשׁ שָׁנִים וְאוֹתָהּ פָּרָשָׁה מְסַייֶּמֶת וַיַּחְשְׁבֶהָ לוֹ צְדָקָה וּלְכָךְ הֵבִיא אוֹתוֹ פָּסוּק דְּבַמֶּה אֵדַע שֶׁהוּא מֻוקְדָּם. וּמִזֶּה מְייַשֵּׁב רַשְׁבָּ"ם דִּבְמָקוֹם אֶחָד מַשְׁמַע שֶׁהָיָה לַיְלָה דִּכְתִיב וְסִפּוּר הַכְכֵּבִי' (בְּרָאשֵׁי' טו) וּבָתַר הָכֵי כִּתֵּי' וַיְהִי הַשֶּׁמֶשׁ לָבוֹא מַשְׁמַע שֶׁהוּא יוֹם. אֶלָּא וַדַּאי ש"מ דִּשְׁנֵי פָּרָשִׁיּוֹת הֵם וְלָאו בְּבַת אַחַת נֶאֶמְרוּ וְאֵין מֻוקְדָּם וּמְאֻוחָר בַּתּוֹרָה:
Si tu dis : mais il est écrit « béni soit ה', le D.ieu de Chem » (Gn. 9, 26) ? On peut répondre que là, le nom n'est pas écrit avec un alef-dalet, qui est le terme de maîtrise. Et si tu dis : pourquoi ne pas apporter le verset « mon Maître D.ieu, que me donneras-Tu » (Gn. 15, 2), qui est écrit auparavant ? On peut répondre que les sections n'ont pas été énoncées dans l'ordre et qu'il n'y a ni antérieur ni postérieur dans la Torah, et que ce verset de l'alliance entre les morceaux lui est antérieur. Et il faut nécessairement le dire, car Avraham avait soixante-dix ans lors de l'alliance entre les morceaux, tandis que « après ces événements » (Gn. 15, 1) fut dit après la guerre des rois, comme Rachi l'explique dans son commentaire sur le Houmach ; or lors de la guerre des rois il avait soixante-treize ans. En effet, la durée totale de Sodome fut de cinquante-deux ans, comme nous le disons au premier chapitre de Chabbat (11a) ; retires-en douze ans durant lesquels ils servirent Kedorlaomer et treize ans de révolte, il reste vingt-six ans de peuplement tranquille ; et lors de son renversement Avraham avait quatre-vingt-dix-neuf ans, car le renversement eut lieu un an avant la naissance d'Its'hak ; retires-en a rebours les vingt-six ans de tranquillité : il se trouve qu'il avait soixante-treize ans lors de la guerre des rois. Ainsi la section de l'alliance entre les morceaux précède de trois ans la section « après ces événements ». Et cette section se conclut par « et Il le lui compta comme justice » (Gn. 15, 6) ; c'est pourquoi on apporte le verset « à quoi saurai-je », qui est antérieur. Par là, le Rachbam résout aussi cette difficulté : à un endroit il ressort qu'il faisait nuit, puisqu'il est écrit « et compte les étoiles » (Gn. 15, 5), et ensuite il est écrit « et le soleil allait se coucher » (Gn. 15, 12), ce qui indique le jour. Il faut donc en conclure qu'il s'agit de deux sections, qui n'ont pas été dites en une seule fois, et qu'il n'y a ni antérieur ni postérieur dans la Torah.
🪔 Ben Yehoyada (2)
עַד שֶׁבָּא אַבְרָהָם וּקְרָאוֹ אָדוֹן. נִרְאֶה לִי בס"ד בָּזֶה וַיִּקְרָא שָׁם אַבְרָהָם בְּשֵׁם ה', כְּלוֹמַר עָשָׂה קְרִיאָה חֲדָשָׁה בְּשֵׁם הוי"ה, וְהַיְינוּ שֶׁיִּהְיֶה נִקְרָא בְּשֵׁם אֲדֹנָי, וְנִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁנִּתְגַּלָּה שֵׁם אֲדֹנָי עַל יְדֵי אַבְרָהָם ע"ה מִפְּנֵי שֶׁהוּא מִיתֵּק שָׁ"ךְ דִּינִים שֶׁהֵם מִסְפַּר ה"פ דִּין שֶׁל שֵׁם אֲדֹנָי עַל יְדֵי חֲמִשָּׁה אלפי"ן שֶׁהִמְשִׁיךְ מִשֵּׁם אהי"ה כַּנּוֹדָע וּבָזֶה נִשְׁלַם שֵׁם אֲדֹנָי לְכָךְ זָכָה שֶׁיִּתְגַּלֶּה הַשֵּׁם עַל יָדוֹ.
« Jusqu'à ce que vint Avraham et qu'il L'appelât Maître. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est là le sens de « et Avraham invoqua le nom de ה' » : il fit une appellation nouvelle du nom Havaya, à savoir qu'Il serait appelé du nom Ado-nai. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison pour laquelle le nom Ado-nai fut révélé par Avraham, la paix soit sur lui, tient à ce qu'il adoucit les trois cent vingt dinim (rigueurs), qui sont le nombre din pris cinq fois dans le nom Ado-nai, au moyen des cinq alef qu'il fit descendre du nom Ekye, comme on le sait ; par là le nom Ado-nai fut complété, et c'est pourquoi il mérita que ce Nom fut révélé par lui.
מִיּוֹם שֶׁבָּרָא הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא אֶת עוֹלָמוֹ לֹא הָיָה אָדָם שֶׁהוֹדָה. הִקְשָׁה הצל"ח זַ"ל לָמָּה כָּאן נָקֵיט עוֹלָמוֹ וּבְמַאֲמַר הַקּוֹדֵם דְּהִנֵּה הוּא גַּם כֵּן מִן ר' שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַאי נָקֵיט הָעוֹלָם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד נָקֵיט הָכָא עוֹלָמוֹ לְהוֹדִיעֵנוּ לְפִי דַּרְכּוֹ טַעַם לְמַעֲלַת הַהוֹדָאָה שֶׁנִּשְׁתַּבְּחָה בָּהּ לֵאָה, מִפְּנֵי כִּי הַמּוֹדֶה לְהַשֵּׁם יִתְבָּרֵךְ עַל הַטּוֹבָה שֶׁהִגִּיעָה לוֹ הֲרֵי זֶה יֵשׁ לוֹ אֱמוּנָה בְּהַשְׁגָּחָה, דְּלָא אָזֵיל בָּתַר דֵּיעוֹת הַנִּפְסָדִים הַמַּכְחִישִׁין בְּהַשְׁגָּחָה וְתוֹלִין הַכֹּל בְּטֶבַע, וְיָדוּעַ כִּי הָאֱמוּנָה בְּהַשְׁגָּחָה הִיא עִיקָּר גָּדוֹל, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בָּא חֲבַקּוּק וְהֶעֱמִידָן עַל אַחַת שֶׁנֶּאֱמַר (חֲבַקּוּק ב' ד') וְצַדִּיק בֶּאֱמוּנָתוֹ יִחְיֶה, וּבָזֶה הַדִּיבּוּר שֶׁשִּׁינָּה וְאָמַר אֶת עוֹלָמוֹ רָמַז עִנְיַן הַהַשְׁגָּחָה, כִּי הַמַּכְחִישִׁים אוֹמְרִים אֵין זֶה עוֹלָמוֹ שֶׁל הקב"ה דְּאֵין מַשְׁגִּיחַ בּוֹ אֶלָּא מְסָרוֹ לְמַעֲרֶכֶת הַכּוֹכָבִים וּמַזָּלוֹת לִשְׁלֹוט בּוֹ. וְהָרַב פֶּתַח עֵינַיִם זַ"ל הִקְשָׁה דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל אָדָם הָרִאשׁוֹן אָמַר מִזְמוֹר שִׁיר לְיוֹם הַשַּׁבָּת טוֹב לְהֹדוֹת לָהּ' עַיֵּין שָׁם, וְנִרְאֶה לִי בס"ד לֹא מָצִינוּ שֶׁהוֹדָה בְּפֹועַל אֶלָּא אָמַר טוֹב לַהֲדוֹת לָהּ', משא"כ לֵאָה אָמְרָה אוֹדֶה ה' שֶׁאָמְרָה הוֹדָאָה בְּפֹועַל, וְלֹא עוֹד אֶלָּא שֶׁעָשְׂתָה זֵכֶר לְהוֹדָאָה שֶׁקְּרָאַתּוּ יְהוּדָה, אָמְנָם עֲדַייִן ק"ל בָּזֶה דְּאָמַר מַלְכֵי צֶדֶק (בְּרֵאשִׁית יד, כ') בָּרוּךְ אֵל עֶלְיוֹן אֲשֶׁר וְכוּ', וְכֵן אֱלִיעֶזֶר אָמַר (בְּרֵאשִׁית כד, כז) בָּרוּךְ ה' אֱ-לֹהֵי אֲדֹנִי אַבְרָהָם וְכֵן וִיקוֹד וְיִשְׁתַּחֲוֶה שֶׁכָּל זֶה הוּא עִנְיַן הוֹדָאָה, וְנִרְאֶה לִי הָכִי קָאָמַר לֹא הָיָה אָדָם שֶׁהוֹדָה להקב"ה עַל טוֹבַת עַצְמוֹ עַד שֶׁבָּאָה לֵאָה.
« Depuis le jour où le Saint béni soit-Il créa Son monde, nul n'avait rendu grâce. » Le Tsela'h de mémoire bénie a demandé : pourquoi dit-on ici « Son monde », alors que dans l'enseignement précédent, qui est lui aussi de Rabbi Chimon ben Yohai, on dit « le monde » ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on dit ici « Son monde » pour nous faire connaître, chemin faisant, la raison de la grandeur de la reconnaissance dont Léa fut louée : celui qui rend grâce au Nom béni soit-Il pour le bien qui lui est advenu a par là même la foi en la providence, et il ne suit pas les opinions corrompues de ceux qui nient la providence et suspendent tout à la nature. Or on sait que la foi en la providence est un grand principe, comme l'ont dit nos maîtres de mémoire bénie : vint Havakouk, qui les ramena toutes à une seule, ainsi qu'il est dit (Ha. 2, 4) « et le juste vivra par sa foi ». Par ce changement de mot, en disant « Son monde », il fait allusion à la providence, car ceux qui la nient disent que ce monde n'appartient pas au Saint béni soit-Il, qu'Il n'y veille pas et qu'Il l'a remis à l'armée des étoiles et des mazalot pour y régner. Le maître du Petah Enayim de mémoire bénie a demandé : nos maîtres de mémoire bénie ont dit qu'Adam le premier homme prononça « Psaume, chant pour le jour du chabbat, il est bon de rendre grâce à ה' » (Ps. 92, 1-2), vois-y. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que nous ne trouvons pas qu'il ait rendu grâce en acte : il a dit « il est bon de rendre grâce à ה' », tandis que Léa a dit « je rendrai grâce à ה' », prononçant une reconnaissance en acte ; et de plus elle en fit un mémorial, en l'appelant Yehouda. Toutefois une difficulté demeure pour moi : Malki-Tsedek a dit (Gn. 14, 20) « béni soit le D.ieu suprême, qui », etc., et de même Eliezer a dit (Gn. 24, 27) « béni soit ה', le D.ieu de mon maître Avraham », et de même il s'inclina et se prosterna, tout cela relevant de la reconnaissance. Il me semble qu'il veut dire ceci : nul n'avait rendu grâce au Saint béni soit-Il pour un bien qui lui fut propre, jusqu'à ce que vint Léa.
💡 Explication

Le folio change de chaîne de transmission : jusqu'ici Rabbi Yo'hanan parlait au nom de Rabbi Yossi ; il parle désormais au nom de Rabbi Chimon ben Yohai. Cette formule reviendra à chaque nouvel enseignement du folio.

L'enseignement porte sur un mot précis. Le nom divin employé par Avraham s'écrit alef-dalet, et il signifie la maîtrise : reconnaître qu'on a un Maître, et non seulement un Créateur. Rachi le souligne, et Tossefot vérifie que ce verset est bien le premier dans l'ordre réel des événements.

2
אָמַר רַב: אַף דָּנִיאֵל לֹא נַעֲנָה אֶלָּא בִּשְׁבִיל אַבְרָהָם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְעַתָּה שְׁמַע אֱ-לֹהֵינוּ אֶל תְּפִלַּת עַבְדְּךָ וְאֶל תַּחֲנוּנָיו וְהָאֵר פָּנֶיךָ עַל מִקְדָּשְׁךָ הַשָּׁמֵם לְמַעַן אֲדֹנָי״, ״לְמַעַנְךָ״ מִבָּעֵי לֵיהּ.

Rav a dit : Daniel lui-même ne fut exaucé qu'en raison d'Avraham, ainsi qu'il est dit : « Et maintenant écoute, notre D.ieu, la prière de Ton serviteur et ses supplications, et fais luire Ta face sur Ton sanctuaire dévasté, pour l'amour du Maître » (Dn. 9, 17).

Il aurait fallu dire « pour l'amour de Toi ».

🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר סְתָם בְּרָא דְּרָחֵים עַל אַבָּא. קַשָּׁא בְּמָשָׁל אֶחָד שֶׁפְּרָעוֹ שָׂמֵחַ, וְכָאן שָׂמֵחַ בְּאֶמְצַע הָעִנְיָן, שֶׁבִּהְיוֹתוֹ בּוֹרֵחַ אָמַר הַמִּזְמוֹר וַעֲדַיִין לֹא יָדַע אֵיךְ יִפֹּול דָּבָר, וְעוֹד קָשֶׁה קֻושְׁיַת מָהַרְשָׁ"א דְּמַה שֶׁאָמַר שֶׁמָּא עָבַד אֵינוֹ שַׁייָּךְ לְמָשָׁל, וַהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר דָּבָר אַחֵר כֵּיוָן שֶׁאָמַר לוֹ וְכוּ'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּכָאן אָמַר לוֹ מֵקִים רָעָה מִבֵּיתוֹ, וְזוֹ הָרָעָה לֹא יָדַע אֵיךְ הִיא וְדִלְמָא יֵהָרֵג, וּלְכָךְ אִם הָיָה רוֹדְפוֹ עֶבֶד אוֹ מַמְזֵר דְּלָא חָיֵיס וְיַהַרְגֶנּוּ מַמָּשׁ נִמְצָא בִּבְרִיחָה זוֹ אַף עַל פִּי שֶׁרָאָה יִסּוּרִין לֹא נִפְרַע חוֹבוֹ, שֶׁאוּלַי יֵשׁ עָלָיו דָּבָר קָשֶׁה יוֹתֵר שֶׁהוּא הֲרִיגָה, אֲבָל כְּשֶׁרָאָה שֶׁהוּא אַבְשָׁלוֹם, אָמַר מִסְּתָמָא בְּרָא חָיֵיס עַל אַבָּא וְלֹא יַהַרְגֶנּוּ, וְכֵיוָן שֶׁגְּזֵירָה שֶׁעָלָיו הָיְתָה עַל יַד בְּנוֹ נִמְצָא אֵין הַגְּזֵירָה עַל הֲרִיגָה אֶלָּא יִסּוּרִין בִּלְבַד, וּלְפִי זֶה בְּרִיחָה זוֹ שֶׁהִיא יִסּוּרִין קָשִׁים תַּסְפִּיק בְּעַד הַגְּזֵרָה וַהֲרֵי פָּרַע חוֹבוֹ בָּזֶה, וּלְכָךְ אָמַר שִׁירָה וְהָיָה שָׂמֵחַ, דְּמֵאַחַר שֶׁהוּא בְּנוֹ אִי אֶפְשָׁר לוֹמַר שהקב"ה גָּזַר עָלָיו שֶׁיֵּהָרֵג דְּאִם כֵּן לֹא הָיָה עוֹשֶׂה דָּבָר זֶה עַל יְדֵי בְּנוֹ, וּלְפִי זֶה נִמְצָא סִיּוּם הַמַּאֲמָר הוּא צָרִיךְ לָעִנְיָן, כִּי בִּלְעֲדֵי סִיּוּם זֶה לֹא הָיָה הַנִּמְשָׁל דּוֹמֶה לְמָשָׁל שֶׁאָמַר כֵּיוָן שֶׁפְּרָעוֹ שָׂמַח, וּבָזֶה יְתֹורַץ הֵיטֵב קֻושְׁיָא אַחֶרֶת שֶׁל מָהַרְשָׁ"א זַ"ל שֶׁהִקְשָׁה אַדְּרַבָּא מָצִינוּ שֶׁאַבְשָׁלוֹם לֹא שָׁקַט אֶלָּא רָדַף אַחֲרֵי אָבִיו לְהָרְגוֹ, וְנִמְצָא גַּם בְּרָא לָא חָיֵיס, וּבָזֶה שֶׁכָּתַבְתִּי נִיחָא, דְּכַוָּנַת דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה לוֹמַר סְתָם בְּרָא דְּעָלְמָא חָיֵיס עַל אַבָּא, וְלָכֵן אִם הקב"ה גָּזַר עָלָיו בְּרָעָה זוֹ שֶׁיֵּהָרֵג לֹא הָיָה מְקַיֵּים גְּזֵירָה זוֹ עַל יְדֵי בְּנוֹ, אֶלָּא עַל יְדֵי עֶבֶד וּמַמְזֵר דְּמִצַּד טִבְעָם לָא חָיְיסִי ודו"ק.
« Il dit : d'ordinaire un fils a pitié de son père. » On peut objecter : dans la parabole, c'est après avoir acquitté sa dette qu'il se réjouit, alors qu'ici il se réjouit au milieu de l'affaire, puisqu'il prononça ce psaume pendant sa fuite, sans savoir encore comment la chose tournerait. Autre difficulté, celle du Maharcha : ce qu'il dit « peut-être un esclave » ne correspond à rien dans la parabole, et il aurait fallu dire « autre explication », puisqu'Il lui avait dit, etc. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'ici il lui fut dit « Je fais lever le mal depuis ta maison », et il ne savait pas en quoi consisterait ce mal : peut-être serait-il tué. Aussi, si celui qui le poursuivait avait été un esclave ou un mamzer, qui n'a pas pitié et l'aurait réellement tué, il se serait trouvé que, dans cette fuite, bien qu'il eût enduré des souffrances, sa dette n'était pas acquittée, car il lui restait peut-être une chose plus dure encore, la mise à mort. Mais lorsqu'il vit qu'il s'agissait d'Avchalom, il se dit : d'ordinaire un fils a pitié de son père et ne le tuera pas ; et puisque le décret porté sur lui s'accomplissait par la main de son fils, il se trouve que le décret portait sur des souffrances seulement. Dès lors cette fuite, qui est une souffrance dure, suffisait pour ce décret, et il avait ainsi acquitté sa dette ; c'est pourquoi il prononça un chant et se réjouit, car dès lors qu'il s'agit de son fils, il est impossible de dire que le Saint béni soit-Il ait décrété sur lui la mise à mort, sinon Il n'aurait pas accompli cette chose par la main de son fils. Selon cela, la fin de l'enseignement est nécessaire au propos, car sans elle la chose figurée ne ressemblerait pas à la parabole, qui dit « une fois qu'il eut acquitté, il se réjouit ». Par là se résout aussi fort bien une autre difficulté du Maharcha de mémoire bénie, qui objectait qu'au contraire nous trouvons qu'Avchalom ne se tint pas tranquille mais poursuivit son père pour le tuer, de sorte qu'un fils non plus n'a pas eu pitié. Selon ce que j'ai écrit, la chose s'éclaire : l'intention du roi David, la paix soit sur lui, était de dire qu'un fils, d'ordinaire, dans le monde, à pitié de son père ; c'est pourquoi, si le Saint béni soit-Il avait décrété dans ce mal qu'il fut tué, Il n'aurait pas accompli ce décret par la main de son fils, mais par celle d'un esclave ou d'un mamzer, qui par nature n'ont pas pitié. Examine bien.
💡 Explication

La difficulté est purement textuelle : Daniel s'adresse déjà au Ciel, la formule attendue est donc pour l'amour de Toi. Le passage à la troisième personne signale que Daniel appuie sa demande sur un mérite extérieur.

3
אֶלָּא — לְמַעַן אַבְרָהָם שֶׁקָּרָאָךְ ״אָדוֹן״.

Il faut donc dire : pour l'amour d'Avraham, qui T'a appelé « Maître ».

💡 Explication

La résolution rattache le mot du verset au mérite du segment précédent. Ce que Daniel invoque n'est pas un mérite général d'Avraham, mais précisément celui d'avoir institué cette appellation.

🖼️ Schéma
Pourquoi Daniel dit-il pour l'amour du Maître et non pour l'amour de Toi Avraham Premier à dire Maître Genèse 15, 8 Un mérite attaché à ce mot précis le nom de la maîtrise Daniel est exaucé Daniel 9, 17 La difficulté du verset Daniel s'adresse déjà au Ciel : il aurait dû dire pour l'amour de Toi Le décalage du mot est le seul indice : Daniel s'appuie sur le mérite d'un autre. C'est le mécanisme ordinaire de la prière qui invoque les pères.
Le mérite d'un mot : la chaîne qui relie l'appellation d'Avraham à l'exaucement de Daniel.
4
וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי: מִנַּיִן שֶׁאֵין מְרַצִּין לוֹ לָאָדָם בִּשְׁעַת כַּעֲסוֹ — שֶׁנֶּאֱמַר: ״פָּנַי יֵלֵכוּ וַהֲנִחֹותִי לָךְ״.

Et Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Chimon ben Yohai : d'où sait-on qu'on n'apaise pas un homme au moment de sa colère ? De ce qu'il est dit : « Ma face ira, et Je te donnerai le repos » (Ex.

33, 14).

🪔 Ben Yehoyada (1)
מִנַּיִן שֶׁאֵין מְרַצִּין לְאָדָם בִּשְׁעַת כַּעֲסוֹ. קַשָּׁא אַמַּאי אִצְטְרִיךְ הַשַּׁ"ס לְהָבִיא דְּרָשָׁה זוֹ ב"פ, אֶחָד מ"ש לְעֵיל ר' יוֹחָנָן בְּשֵׁם רַבִּי יוֹסֵי וְהַב' מַה שֶׁאָמַר ר' יוֹחָנָן בְּשֵׁם ר' שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַאי וַהֲלֹא שְׁנֵי שְׁמוּעוֹת אֵלּוּ הֵם עַל פָּסוּק אֶחָד, וּבִשְׁלָמָא אִי הֲוָה עִנְיַן דִּין לְכָךְ הֵבִיא שְׁתֵּיהֶם לְחַזֵּק הַדִּין, אַךְ דְּרָשָׁה הִיא זוֹ וְכֵיוָן שֶׁהֵבִיא אַחַת סַגִּי לָהּ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִיכָּא נַפְקוּתָא לְעִנְיַן דִּינָא, דְּקַיְימָא לָן מִי שֶׁחָטָא לַחֲבֵירוֹ חַייָּב לֵילֵךְ אֶצְלוֹ לְפַייְּסוֹ עַד ג' פְּעָמִים, וּלְפִי דְּרָשָׁה זוֹ אִם הָלַךְ בִּשְׁעַת כַּעֲסוֹ אֵין יוֹצֵא בָּזֶה י"ח.
« D'où sait-on qu'on n'apaise pas un homme au moment de sa colère ? » On peut objecter : pourquoi le Talmud a-t-il besoin d'apporter deux fois cette derasha, une première fois plus haut au nom de Rabbi Yo'hanan d'après Rabbi Yossi, et la seconde ici au nom de Rabbi Yo'hanan d'après Rabbi Chimon ben Yohai, alors que ces deux traditions portent sur un même verset ? Passe encore s'il s'agissait d'un point de loi, que l'on rapporterait deux fois pour le renforcer ; mais il s'agit d'une derasha, et une seule fois devrait suffire. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il y a là une conséquence quant à la halakha : nous tenons pour établi que celui qui a fauté envers son prochain doit aller l'apaiser jusqu'à trois fois ; or selon cette derasha, s'il y est allé au moment de sa colère, il ne s'est pas acquitté de son obligation.
💡 Explication

Le verset est lu comme la réponse du Ciel à Moche après la faute du veau : attends que la colère passe, alors seulement viendra le repos. La règle qu'on en tire est une règle de conduite entre les hommes.

Le Ben Ich H'ai en tire une nafka mina halakhique : celui qui doit apaiser son prochain trois fois ne s'acquitte pas s'il s'y prend pendant la colère.

5
וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי: מִיּוֹם שֶׁבָּרָא הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא אֶת עוֹלָמוֹ לֹא הָיָה אָדָם שֶׁהוֹדָה לְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא, עַד שֶׁבָּאתָה לֵאָה וְהוֹדַתּוּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הַפַּעַם אוֹדֶה אֶת ה׳״.

Et Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Chimon ben Yohai : depuis le jour où le Saint béni soit-Il créa Son monde, nul n'avait rendu grâce au Saint béni soit-Il, jusqu'à ce que vint Léa et qu'elle Lui rendit grâce, ainsi qu'il est dit : « Cette fois je rendrai grâce à ה' » (Gn. 29, 35).

📜 Rachi (1)
הַפַּעַם אוֹדֶה אֶת ה' לְפִי שֶׁרָאֲתָה בְּרוּחַ הַקֹּדֶשׁ שֶׁיַּעֲקֹב מַעֲמִיד שְׁנֵים עָשָׂר שְׁבָטִים וְלוֹ אַרְבַּע נָשִׁים כֵּיוָן שֶׁיָּלְדָה בֵּן רְבִיעִי הוֹדֵית עַל חֶלְקָהּ שֶׁעָלָה יוֹתֵר מִן הַחֶשְׁבּוֹן הַמַּגִּיעַ לָהּ:
Parce qu'elle vit par l'esprit saint que Yaakov établirait douze tribus et qu'il avait quatre femmes ; lorsqu'elle enfanta un quatrième fils, elle rendit grâce pour sa part, qui dépassait le compte qui lui revenait.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מִיּוֹם שֶׁבָּרָא הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא אֶת עוֹלָמוֹ לֹא הָיָה אָדָם שֶׁהוֹדָה. הִקְשָׁה הצל"ח זַ"ל לָמָּה כָּאן נָקֵיט עוֹלָמוֹ וּבְמַאֲמַר הַקּוֹדֵם דְּהִנֵּה הוּא גַּם כֵּן מִן ר' שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַאי נָקֵיט הָעוֹלָם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד נָקֵיט הָכָא עוֹלָמוֹ לְהוֹדִיעֵנוּ לְפִי דַּרְכּוֹ טַעַם לְמַעֲלַת הַהוֹדָאָה שֶׁנִּשְׁתַּבְּחָה בָּהּ לֵאָה, מִפְּנֵי כִּי הַמּוֹדֶה לְהַשֵּׁם יִתְבָּרֵךְ עַל הַטּוֹבָה שֶׁהִגִּיעָה לוֹ הֲרֵי זֶה יֵשׁ לוֹ אֱמוּנָה בְּהַשְׁגָּחָה, דְּלָא אָזֵיל בָּתַר דֵּיעוֹת הַנִּפְסָדִים הַמַּכְחִישִׁין בְּהַשְׁגָּחָה וְתוֹלִין הַכֹּל בְּטֶבַע, וְיָדוּעַ כִּי הָאֱמוּנָה בְּהַשְׁגָּחָה הִיא עִיקָּר גָּדוֹל, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בָּא חֲבַקּוּק וְהֶעֱמִידָן עַל אַחַת שֶׁנֶּאֱמַר (חֲבַקּוּק ב' ד') וְצַדִּיק בֶּאֱמוּנָתוֹ יִחְיֶה, וּבָזֶה הַדִּיבּוּר שֶׁשִּׁינָּה וְאָמַר אֶת עוֹלָמוֹ רָמַז עִנְיַן הַהַשְׁגָּחָה, כִּי הַמַּכְחִישִׁים אוֹמְרִים אֵין זֶה עוֹלָמוֹ שֶׁל הקב"ה דְּאֵין מַשְׁגִּיחַ בּוֹ אֶלָּא מְסָרוֹ לְמַעֲרֶכֶת הַכּוֹכָבִים וּמַזָּלוֹת לִשְׁלֹוט בּוֹ. וְהָרַב פֶּתַח עֵינַיִם זַ"ל הִקְשָׁה דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל אָדָם הָרִאשׁוֹן אָמַר מִזְמוֹר שִׁיר לְיוֹם הַשַּׁבָּת טוֹב לְהֹדוֹת לָהּ' עַיֵּין שָׁם, וְנִרְאֶה לִי בס"ד לֹא מָצִינוּ שֶׁהוֹדָה בְּפֹועַל אֶלָּא אָמַר טוֹב לַהֲדוֹת לָהּ', משא"כ לֵאָה אָמְרָה אוֹדֶה ה' שֶׁאָמְרָה הוֹדָאָה בְּפֹועַל, וְלֹא עוֹד אֶלָּא שֶׁעָשְׂתָה זֵכֶר לְהוֹדָאָה שֶׁקְּרָאַתּוּ יְהוּדָה, אָמְנָם עֲדַייִן ק"ל בָּזֶה דְּאָמַר מַלְכֵי צֶדֶק (בְּרֵאשִׁית יד, כ') בָּרוּךְ אֵל עֶלְיוֹן אֲשֶׁר וְכוּ', וְכֵן אֱלִיעֶזֶר אָמַר (בְּרֵאשִׁית כד, כז) בָּרוּךְ ה' אֱ-לֹהֵי אֲדֹנִי אַבְרָהָם וְכֵן וִיקוֹד וְיִשְׁתַּחֲוֶה שֶׁכָּל זֶה הוּא עִנְיַן הוֹדָאָה, וְנִרְאֶה לִי הָכִי קָאָמַר לֹא הָיָה אָדָם שֶׁהוֹדָה להקב"ה עַל טוֹבַת עַצְמוֹ עַד שֶׁבָּאָה לֵאָה.
« Depuis le jour où le Saint béni soit-Il créa Son monde, nul n'avait rendu grâce. » Le Tsela'h de mémoire bénie a demandé : pourquoi dit-on ici « Son monde », alors que dans l'enseignement précédent, qui est lui aussi de Rabbi Chimon ben Yohai, on dit « le monde » ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on dit ici « Son monde » pour nous faire connaître, chemin faisant, la raison de la grandeur de la reconnaissance dont Léa fut louée : celui qui rend grâce au Nom béni soit-Il pour le bien qui lui est advenu a par là même la foi en la providence, et il ne suit pas les opinions corrompues de ceux qui nient la providence et suspendent tout à la nature. Or on sait que la foi en la providence est un grand principe, comme l'ont dit nos maîtres de mémoire bénie : vint Havakouk, qui les ramena toutes à une seule, ainsi qu'il est dit (Ha. 2, 4) « et le juste vivra par sa foi ». Par ce changement de mot, en disant « Son monde », il fait allusion à la providence, car ceux qui la nient disent que ce monde n'appartient pas au Saint béni soit-Il, qu'Il n'y veille pas et qu'Il l'a remis à l'armée des étoiles et des mazalot pour y régner. Le maître du Petah Enayim de mémoire bénie a demandé : nos maîtres de mémoire bénie ont dit qu'Adam le premier homme prononça « Psaume, chant pour le jour du chabbat, il est bon de rendre grâce à ה' » (Ps. 92, 1-2), vois-y. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que nous ne trouvons pas qu'il ait rendu grâce en acte : il a dit « il est bon de rendre grâce à ה' », tandis que Léa a dit « je rendrai grâce à ה' », prononçant une reconnaissance en acte ; et de plus elle en fit un mémorial, en l'appelant Yehouda. Toutefois une difficulté demeure pour moi : Malki-Tsedek a dit (Gn. 14, 20) « béni soit le D.ieu suprême, qui », etc., et de même Eliezer a dit (Gn. 24, 27) « béni soit ה', le D.ieu de mon maître Avraham », et de même il s'inclina et se prosterna, tout cela relevant de la reconnaissance. Il me semble qu'il veut dire ceci : nul n'avait rendu grâce au Saint béni soit-Il pour un bien qui lui fut propre, jusqu'à ce que vint Léa.
💡 Explication

L'énoncé se heurte à une évidence : d'autres avant Léa ont béni le Ciel. Le Ben Ich H'ai résout en précisant la nature de l'acte : une reconnaissance en acte, et pour un bien qui vous est personnel.

Rachi donne le contenu de cette reconnaissance : Léa savait que douze tribus se répartiraient entre quatre femmes ; un quatrième fils dépassait la part qui lui revenait.

6
רְאוּבֵן. אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: אָמְרָה לֵאָה: רְאוּ מַה בֵּין בְּנִי לְבֶן חָמִי. דְּאִילּוּ בֶּן חָמִי, אַף עַל גַּב דְּמִדַּעְתֵּיהּ זַבְּנַיהּ לִבְכֵירוּתֵיהּ, דִּכְתִיב: ״וַיִּמְכֹּר אֶת בְּכֹרָתוֹ לְיַעֲקֹב״, חֲזוֹ מַה כְּתִיב בֵּיהּ: ״וַיִּשְׂטֹם עֵשָׂו אֶת יַעֲקֹב״.

Reouven. Rabbi Elazar a dit : Léa a dit : voyez la différence entre mon fils et le fils de mon beau-père.

Car le fils de mon beau-père, bien qu'il eût vendu son droit d'aînesse de son plein gré, ainsi qu'il est écrit : « et il vendit son aînesse à Yaakov » (Gn. 25, 33), voyez ce qui est écrit à son sujet : « et Essav hait Yaakov » (Gn.

27, 41).

📜 Rachi (1)
רְאוּ מַה בֵּין בְּנִי לְבֶן חָמִי עַל שֵׁם הֶעָתִיד קָרְאָה שְׁמוֹ כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן שְׁמָא גָרֵים:
Elle l'a nommé en raison de l'avenir, comme nous le disons plus loin : le nom est cause.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמְרָה לֵאָה רְאוּ מַה בֵּין בְּנִי. מַקְשִׁים וַהֲלֹא הַטַּעַם מְפֹורָשׁ בַּכָּתוּב (בְּרֵאשִׁית כט, לב) כִּי עַתָּה יֶאֱהָבַנִי אִישִׁי? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי מִן הַפָּסוּק מוּכָח שֶׁיֵּשׁ שְׁנֵי טְעָמִים יַעַן דִּכְתִיב כִּי אָמְרָה כִּי רָאָה ה' בְּעָנְיִי, וְקָשֶׁה תֵּיבַת כִּי הַשֵּׁנִית יְתֵירָה כֵּיוָן דְּאָמַר כִּי אָמְרָה? אֶלָּא וַדַּאי הָכִי קָאָמַר וַתִּקְרָא שְׁמוֹ רְאוּבֵן כִּי אָמְרָה טַעַם לַדָּבָר זֶה וְלֹא פֵּירְשׁוֹ הַכָּתוּב. וְעוֹד טַעַם אַחֵר כִּי רָאָה ה' בְּעָנְיִי וְנִרְאֶה הָא דְּלָא פֵּירְשׁוּ הַכָּתוּב מִפְּנֵי שֶׁהוּא מְפֹורָשׁ בִּקְרִיאַת הַשֵּׁם עַצְמוֹ שֶׁהוּא רָאוּ בֵּן, וְאֶפְשָׁר שֶׁזֶּה גַּם כֵּן נִרְמַז בַּכָּתוּב בְּאוֹמְרוֹ כִּי אָמְרָה כְּלוֹמַר קְרָאַתּוּ כֵּן כְּפִי מַשְׁמָעוּת הָאֲמִירָה שֶׁל הַשֵּׁם שֶׁהוּא רְאוּ בֵּן.
« Léa a dit : voyez la différence entre mon fils. » On objecte : la raison n'est-elle pas explicite dans l'Écriture (Gn. 29, 32), « car maintenant mon mari m'aimera » ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le verset lui-même montre qu'il y a deux raisons, puisqu'il est écrit « car elle dit : car ה' a vu mon affliction » : le second « car » fait difficulté, il paraît superflu dès lors qu'il a déjà dit « car elle dit ». Il faut donc comprendre ainsi : « et elle l'appela Reouven, car elle dit » — elle avait une raison pour cela, que l'Écriture n'a pas explicitée ; et il y a une autre raison, « car ה' a vu mon affliction ». Et il semble que l'Écriture n'a pas explicité la première parce qu'elle est explicite dans l'appellation même du nom, qui se lit reou ven. Il est possible que cela aussi soit suggéré par l'Écriture lorsqu'elle dit « car elle dit », c'est-à-dire : elle l'appela ainsi selon le sens de l'énoncé du nom, qui est reou ven.
💡 Explication

Le nom est décomposé en reou ven, voyez un fils. Rachi précise le mécanisme : Léa nomme son fils en fonction de ce qui adviendra, conformément à la règle énoncée plus loin selon laquelle le nom est cause.

7
וּכְתִיב: ״וַיֹּאמֶר הֲכִי קָרָא שְׁמוֹ יַעֲקֹב וַיַּעְקְבֵנִי זֶה פַעֲמַיִם״ וְגוֹ׳.

Et il est écrit : « Et il dit : est-ce parce qu'on l'a appelé Yaakov qu'il m'a supplanté deux fois ? », etc. (Gn.

27, 36).

💡 Explication

Le second verset achève la démonstration sur Essav : il avait vendu son aînesse, et il la compte pourtant parmi les choses qu'on lui aurait prises. La rancune porte sur ce qu'il a lui-même cédé.

8
וְאִילּוּ בְּנֵי, אַף עַל גַּב דְּעַל כָּרְחֵיהּ שַׁקְלֵיהּ יוֹסֵף לִבְכֵירוּתֵיהּ מִנֵּיהּ, דִּכְתִיב: ״וּבְחַלְּלוֹ יְצוּעֵי אָבִיו נִתְּנָה בְּכֹרָתוֹ לִבְנֵי יוֹסֵף״, אֲפִילּוּ הָכֵי — לָא אָקַנָּא בֵּיהּ, דִּכְתִיב: ״וַיִּשְׁמַע רְאוּבֵן וַיַּצִּלֵהוּ מִיָּדָם״.

Tandis que mon fils, bien que Yossef lui eût pris son droit d'aînesse malgré lui, ainsi qu'il est écrit : « et pour avoir profane la couche de son père, son aînesse fut donnée aux fils de Yossef » (I Chr. 5, 1), malgré cela il n'en conçut pas de jalousie, ainsi qu'il est écrit : « et Reouven entendit, et il le sauva de leurs mains » (Gn.

37, 21).

🪔 Ben Yehoyada (1)
וְאִילּוּ בְּנִי אַף עַל גַּב דְּעַל כָּרְחֵיהּ שַׁקְלֵהּ יוֹסֵף וְכוּ'. קָשֶׁה לְפִי דִּבְרֵי הַמַּאֲמָר הַזֶּה נִמְצָא גִּילְּתָה בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ כָּל עִנְייָנִים אֵלֶּה שֶׁנַּעֲשׂוּ אַחַר כָּךְ וְזֶה לֹא יִתָּכֵן? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי לֵאָה לֹא אָמְרָה כָּל אֵלֶּה הַדְּבָרִים דְּנָקֵיט בַּעַל הַמַּאֲמָר, אֶלָּא רַק אָמְרָה שִׁשָּׁה תֵּיבוֹת אֵלּוּ רְאוּ מַה בֵּין בְּנִי לְבֶן חָמִי, וְכַוָּנָתָהּ הָיְתָה בִּדְבָרִים אֵלּוּ לְפִי פְּשׁוּטָן לְשַׁבֵּחַ אֶת בְּנָהּ בִּגְנוּת שֶׁל עֵשָׂו, לוֹמַר בְּנִי הוּא צַדִּיק שֶׁדּוֹמֶה לְאָבִיו וּבֶן חָמִי הוּא רָשָׁע שֶׁלֹּא נִדְמֶה לְאָבִיו הַצַּדִּיק, אַךְ וַדַּאי מִן הַשָּׁמַיִם אֲשֶׁר שָׂמוּ בְּפִיהָ דְּבָרִים אֵלּוּ לֹא הָיָה שִׂימַת דְּבָרִים אֵלֶּה בְּפִיהָ עַל כַּוָּנָה הַנִּזְכֶּרֶת שֶׁאֵין בָּהּ עִנְיָן עָמֹוק, אֶלָּא בֶּאֱמֶת כַּוָּנַת הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה שֶׁשְּׁמוֹ בְּפִיהָ מִן הַשָּׁמַיִם הָיְתָה עַל כַּוָּנָה זוֹ דְּנָקֵיט בַּעַל הַמַּאֲמָר, וְעַתָּה אַחַר שֶׁרָאִינוּ אֵת כָּל הַדְּבָרִים אֲשֶׁר נַעֲשׂוּ אַחַר כָּךְ בַּחֲלָלוֹ, גַּם בְּעִנְיַן הַשְּׁבָטִים וְיוֹסֵף וְהַצָּלָתוֹ עַל יְדֵי רְאוּבֵן, נוֹדַע לָנוּ כִּי הַכַּוָּנָה שֶׁל אוֹתָם שִׁשָּׁה דְּבָרִים שֶׁשְּׁמוֹ מִן הַשָּׁמַיִם בְּפִיהָ שֶׁל לֵאָה בְּעֵת קְרִיאַת הַשֵּׁם שֶׁל בְּנָהּ הִיא בְּנוּיָה עַל עִנְיָינִים הָאֵלֶּה אֲשֶׁר נַעֲשׂוּ וְנִתְחַדְּשׁוּ אַחַר כָּךְ. וּלְכָךְ ר"א בַּעַל הַמַּאֲמָר נָקֵיט לְהוּ בְּלָשׁוֹן זֶה כְּאִלּוּ לֵאָה עַצְמָהּ הָיְתָה אוֹמֶרֶת כָּךְ וְכָךְ, מִפְּנֵי שֶׁבֶּאֱמֶת מִן הַשָּׁמַיִם שָׂמוּ בְּפִיהָ דְּבָרִים אֵלֶּה עַל מַשְׁמָעוּת עִנְיָינִים אֵלּוּ אַף עַל פִּי שֶׁלֹּא כִּיווְּנָה בְּדַעְתָּהּ עַל כָּךְ.
« Tandis que mon fils, bien que Yossef lui eût pris », etc. Difficulté : d'après les termes de cet enseignement, il se trouve qu'elle aurait dévoilé par l'esprit saint tous ces événements survenus plus tard, ce qui n'est guère possible. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Léa n'a pas dit toutes ces paroles que rapporte l'auteur de l'enseignement ; elle a seulement dit ces six mots, « voyez la différence entre mon fils et le fils de mon beau-père », et son intention, selon leur sens simple, était de louer son fils par le blâme d'Essav, c'est-à-dire : mon fils est un juste qui ressemble à son père, et le fils de mon beau-père est un impie qui n'a pas ressemble à son père le juste. Mais assurément, le Ciel, qui mit ces paroles dans sa bouche, ne les y a pas mises pour cette intention-là, qui n'a rien de profond ; en vérité l'intention de ces paroles, telles que le Ciel les mit dans sa bouche, portait sur l'intention que rapporte l'auteur de l'enseignement. Et maintenant, après que nous avons vu tout ce qui advint plus tard, la profanation de la couche, l'affaire des tribus, Yossef et son sauvetage par Reouven, il nous est connu que l'intention de ces six mots que le Ciel mit dans la bouche de Léa au moment où elle nomma son fils repose sur ces événements survenus et advenus par la suite. C'est pourquoi Rabbi Elazar, auteur de l'enseignement, les formule ainsi, comme si Léa elle-même avait dit telle et telle chose, parce qu'en vérité le Ciel a mis ces paroles dans sa bouche selon le sens de ces événements, bien qu'elle n'y ait pas visé dans sa pensée.
💡 Explication

La comparaison est complète. Le tort subi par Reouven est plus lourd, puisque la dépossession lui est imposée, et sa réaction est inverse : il sauve celui qui a reçu son aînesse.

🖼️ Schéma
Le raisonnement de Léa : deux aînesses perdues, deux réactions Essav, le fils de mon beau-père Perte de l'aînesse : de son plein gré il vendit son aînesse à Yaakov Réaction : la haine et Essav hait Yaakov Il renie même la vente il a pris mon aînesse deux fois Une perte consentie, une rancune durable Reouven, mon fils Perte de l'aînesse : malgré lui elle fut donnée aux fils de Yossef Réaction : aucune jalousie et Reouven entendit, et il le sauva Il protège celui qui l'a supplanté de leurs mains Une perte subie, un secours porté La comparaison porte sur le rapport entre le tort subi et la réaction, non sur le tort lui-même. Reouven avait plus de raisons d'en vouloir, et il en a eu moins.
Les deux termes de la comparaison de Léa : même perte, réactions opposées.
9
רוּת, מַאי ״רוּת״? אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: שֶׁזָּכְתָה וְיָצָא מִמֶּנָּה דָּוִד שֶׁרִיוָּהוּ לְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא בְּשִׁירוֹת וְתִשְׁבָּחוֹת.

Rout : que signifie « Rout » ? Rabbi Yo'hanan a dit : elle mérita que sortît d'elle David, qui abreuva le Saint béni soit-Il de chants et de louanges.

📜 Rachi (1)
רוּת הַמּוֹאֲבִיָּה מִשּׁוּם דְּאַיְירֵי בְּפֵירוּשֵׁי הַשֵּׁמוֹת נְקַט לָהּ:
La Moabite. Puisqu'il est question de l'explication des noms, on la mentionne.
🪔 Ben Yehoyada (2)
מַאי רוּת? מַקְשִׁים מַה מָצָא דְּבַר קֹושִׁי בְּשֵׁם רוּת שֶׁנִּתְעוֹרֵר לִשְׁאֹל מַאי רוּת, וְלָמָּה לֹא שָׁאַל עַל שְׁמוֹת רִבְקָה רָחֵל לֵאָה וְעוֹד וְעוֹד? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי הוּא רָאָה שֵׁם רוּת הוּא שֵׁם יָקָר מְאֹד, שֶׁהוּא אוֹתִיּוֹת תר"ו [606] מִן ת ו רה שֶׁהוּא מִסְפַּר יִתְרוֹן הַמִּצְוֹת שֶׁל יִשְׂרָאֵל עַל בְּנֵי נֹחַ, וְאֵיךְ זָכְתָה לְהִקָּרֵא בְּשֵׁם יָקָר זֶה בְּעוֹדָהּ גּוֹיָה מֵעֵת שֶׁנּוֹלְדָה אֵצֶל אָבִיהָ וְאִמָּהּ שֶׁהָיוּ גּוֹיִם עוֹבְדֵי עֲבוֹדָה זָרָה, וְתֵירֵץ ר"י שֶׁזָּכְתָה וְיָצָא מִמֶּנָּה אוֹר גָּדוֹל הוּא דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה שֶׁרוֹוֵהוּ להקב"ה בְּשִׁירוֹת וְתִשְׁבָּחוֹת מַה שֶׁלֹּא נִמְצָא כָּזֹאת אֵצֶל צַדִּיקִים אֲחֵרִים, לָכֵן הִקְדִּימוּ לָהּ מִן הַשָּׁמַיִם שֵׁם הַיָּקָר הַזֶּה מֵעֵת הַלֵּידָה, שֶׁשְּׁמוֹ בְּפִי אָבִיהָ וְאִמָּהּ לִקְרוֹת אוֹתָהּ בְּשֵׁם זֶה, וְנִרְאֶה לִרְמֹוז שְׁמוֹ שֶׁל דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה בִּשְׁמָהּ, כִּי רֹאשׁ הַמִּלּוּי שֶׁל אוֹתִיּוֹת רוּת כָּזֶה 'ר י "ש ו א "ו ת י "ו' עוֹלֶה מִסְפַּר כ"א [21] וְעִם הַכּוֹלֵל שֶׁלָּהֶם עוֹלֶה כ"ד כְּמִנְיַן דָּוִיד [24] מָלֵא בְּיוֹ"ד, וְלָזֶה אָמַר שֶׁיֵּצֵא מִמֶּנָּה דָּוִיד שֶׁשְּׁמוֹ הַטּוֹב גַּם כֵּן הוּא יוֹצֵא מִן אוֹתִיּוֹת שְׁמָהּ. וְהִנֵּה הַמְפָרְשִׁים פֵּרְשׁוּ כַּוָּנַת הַשּׁוֹאֵל מַאי רוּת, דְּקַשְׁיָא לֵיהּ כָּל גֵּר שֶׁנִּתְגַּיֵּיר מַחְלִיפִים שְׁמוֹ, וְכָאן אַמַּאי לֹא הֶחֱלִיפוּ שְׁמָהּ, וְתֵירֵץ לוֹ כִּי שֵׁם זֶה נִקְרֵאת בּוֹ עַל שֵׁם הַטּוֹב הֶעָתִיד לִהְיוֹת לָהּ שֶׁיָּצָא מִמֶּנָּה דָּוִד שֶׁרִיווָּהוּ להקב"ה עַד כָּאן דְּבָרָיו. וַאֲנִי הַהֶדְיוֹט אָמַרְתִּי טַעַם נָכוֹן עַל אֲשֶׁר לֹא שִׁינּוּ שָׁמָּה בְּעֵת שֶׁנִּתְגַּייְּרָה, כִּי אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל לָמָּה גֵּרִים דָּוִוים וְכוּ' מִפְּנֵי שֶׁאִיחֲרוּ לָבֹא, וְלָכֵן מַגִּיעַ לָהֶם יִסּוּרִין לְכַפֵּר לָהֶם עַל זְמַן גַּיּוּתָם שֶׁלֹּא הִקְדִּימוּ לְהִתְגַּיֵּיר, וְלָכֵן נִרְאֶה הַייְנוּ טַעְמָא שֶׁמְּשַׁנִּים שְׁמָם בְּעֵת שֶׁמִּתְגַּייְּרִים, כְּדֵי שֶׁלֹּא יִהְיֶה לָהֶם שְׁמָם שֶׁנִּקְרְאוּ בּוֹ בְּגַיּוּתָם לְמַזְכֶּרֶת עָוֹן, וְכָל זֶה הוּא בִּשְׁאָר גֵּרִים אֲבָל גַּבֵּי רוּת לֹא שַׁיָּיךְ זֶה, כִּי אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל שֶׁאָמַר לָהּ בֹּועַז אִלְמָלֵא בָּאתָ תְּמוֹל שִׁלְשׁוֹם לֹא הָיוּ מְקַבְּלִים אוֹתְךָ, כִּי הַיּוֹם נִתְחַדְּשָׁה הֲלָכָה זוֹ עַמּוֹנִי וְלֹא עַמּוֹנִית מוֹאָבִי וְלֹא מוֹאָבִית, וְאִם כֵּן לְפִי זֶה רוּת שֵׁם שֶׁהָיָה לָהּ בִּזְמַן גֵּיוּתֵהּ אֵין בּוֹ מַזְכֶּרֶת עָוֹן לְעַצְמָהּ, כִּי אַדְּרַבָּה טוֹב עָשְׂתָה שֶׁלֹּא בָּאָה קֹודֶם מֵאַחַר שֶׁלֹּא הָיוּ מְקַבְּלִים אוֹתָהּ, וְלָכֵן בְּכַוָּנָה עָשׂוּ שֶׁתִּהְיֶה נִקְרֵאת בַּשֵּׁם הַיָּשָׁן שֶׁלָּהּ שֶׁנִּקְרֵאת בּוֹ בְּגַיּוּתָהּ כְּדֵי לְהוֹדִיעַ שֶׁהִיא אֵינָהּ כִּשְׁאָר גֵּרִים שֶׁנֶּעֱנָשִׁים עַל זְמַן גֵּיוּתַן שֶׁאִחֲרוּ לָבֹא לְהִכָּנֵס תַּחַת כַּנְפֵי הַשְּׁכִינָה.
« Que signifie Rout ? » On objecte : quelle difficulté à-t-il trouvée dans le nom de Rout pour être amené à demander « que signifie Rout ? », et pourquoi n'a-t-il pas interrogé les noms de Rivka, Rahel, Léa, et bien d'autres encore ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il a vu que le nom Rout est un nom très précieux, ses lettres formant le nombre six cent six, tiré des lettres du mot Torah, qui est le nombre des mitsvot d'Israël en surplus de celles des fils de Noah. Comment donc a-t-elle mérité d'être appelée de ce nom précieux alors qu'elle était encore idolâtre, depuis sa naissance chez son père et sa mère, qui étaient idolâtres ? Rabbi Yo'hanan a répondu qu'elle mérita que sortît d'elle une grande lumière, le roi David, la paix soit sur lui, qui abreuva le Saint béni soit-Il de chants et de louanges comme on n'en trouve pas de semblable chez les autres justes ; c'est pourquoi le Ciel lui accorda par avance ce nom précieux dès sa naissance, en le mettant dans la bouche de son père et de sa mère pour qu'ils l'appellent ainsi. Et il semble que le nom du roi David, la paix soit sur lui, soit suggéré dans le sien : les premières lettres du remplissage des lettres de Rout, rech-youd-chin, vav-alef-vav, tav-youd-vav, font le nombre vingt et un, et avec l'unité qui les englobe, vingt-quatre, comme le nombre de David écrit pleinement avec un youd ; c'est pourquoi il dit que sortit d'elle David, dont le bon nom sort lui aussi des lettres de son nom à elle. Les commentateurs ont expliqué l'intention de la question « que signifie Rout ? » ainsi : il lui était difficile que tout converti change de nom, et ici, pourquoi n'a-t-on pas changé son nom ? Il lui répondit qu'elle porta ce nom en raison du bien à venir pour elle, à savoir que sortirait d'elle David, qui L'abreuva ; fin de ses paroles. Et moi, homme simple, j'ai dit une raison juste pour laquelle on ne changea pas son nom lorsqu'elle se convertit : nos maîtres de mémoire bénie ont dit « pourquoi les convertis sont-ils éprouvés », etc., parce qu'ils ont tardé à venir ; des souffrances leur échoient donc pour expier le temps de leur idolâtrie, durant lequel ils ne se sont pas hâtés de se convertir. Telle est, semble-t-il, la raison pour laquelle on change leur nom lors de la conversion : afin que le nom qu'ils portaient dans leur idolâtrie ne soit pas pour eux un rappel de faute. Or tout cela vaut pour les autres convertis, mais non pour Rout : nos maîtres de mémoire bénie ont dit que Boaz lui dit que si elle était venue hier ou avant-hier on ne l'aurait pas reçue, car c'est ce jour-là que fut instituée cette halakha, un Amonite et non une Amonite, un Moabite et non une Moabite. Dès lors, le nom qu'elle portait au temps de son idolâtrie n'est pas pour elle un rappel de faute ; bien au contraire, elle fit bien de ne pas venir plus tôt, puisqu'on ne l'aurait pas reçue. C'est pourquoi on fit exprès qu'elle fut appelée de son ancien nom, celui qu'elle portait dans son idolâtrie, afin de faire savoir qu'elle n'est pas comme les autres convertis, qui sont punis pour le temps de leur idolâtrie, pendant lequel ils ont tardé à venir s'abriter sous les ailes de la Chekhina.
שֶׁרָווֵהוּ להקב"ה בְּשִׁירוֹת וְתִשְׁבָּחוֹת. נִרְאֶה לִי בס״ד הַטַּעַם דִּנְקַט לְשׁוֹן 'רִיוּוּי' לִרְמֹוז עַל מִיתּוּק הַדִּינִים שֶׁנִּתְמַתְּקוּ בְּשִׁירוֹת וְתִשְׁבָּחוֹת שֶׁלּוֹ, כִּי הָרִיוּוּי הוּא עִנְיַן מִיתּוּק, שֶׁהַיֹּובֶשׁ הוּא בָּא מִצַּד הַדִּין וְהַגְּבוּרָה, וְלָכֵן אָמַר דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה (תְּהִלִּים כג, ה) כּוֹסִי רְוָיָה, הַייְנוּ 'כּוֹסִי' רְצוֹנוֹ לוֹמַר חֶלְקִי הוּא רְוָיָה מַה שֶׁרְוִיתִי להקב"ה בְּשִׁירוֹת וְתִשְׁבָּחוֹת, וְלָכֵן כָּל זְמַן וְעֵת צָרָה שֶׁהוּא מִצַּד תֹּוקֶף הַדִּין וְהַגְּבוּרָה מְסֻוגָּל יוֹתֵר קְרִיאַת הַתְּהִלִּים
« Qui abreuva le Saint béni soit-Il de chants et de louanges. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison pour laquelle il emploie le terme d'abreuvement est d'évoquer l'adoucissement des dinim (rigueurs) qui furent adoucies par ses chants et ses louanges, car l'abreuvement est chose d'adoucissement, la sécheresse venant du côté de la rigueur et de la guevoura. C'est pourquoi le roi David, la paix soit sur lui, a dit (Ps. 23, 5) « ma coupe est abreuvement » : « ma coupe », c'est-à-dire ma part, est abreuvement, en ce que j'ai abreuvé le Saint béni soit-Il de chants et de louanges ; et c'est pourquoi, en tout temps de détresse, qui vient du côté de la force de la rigueur et de la guevoura, la lecture des Tehilim est particulièrement propre.
💡 Explication

Le nom est rattaché à la racine de l'abreuvement. Rachi explique la présence de ce nom dans la liste : le passage traite de l'explication des noms, et celui de Rout s'y prête.

Le Ben Ich H'ai ajoute une raison à la conservation de ce nom après la conversion, ce qui constitue une exception à l'usage.

10
מְנָא לַן דִּשְׁמָא גָרֵים? אָמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר, דְּאָמַר קְרָא: ״לְכוּ חֲזוּ מִפְעֲלוֹת ה׳ אֲשֶׁר שָׂם שַׁמּוֹת בָּאָרֶץ״, אַל תִּקְרֵי ״שֵׁמוֹת״ אֶלָּא ״שֵׁמוֹת״.

D'où savons-nous que le nom est cause ? Rabbi Eliezer a dit : le verset dit « Allez, voyez les œuvres de ה', qui a mis des dévastations (chamot) sur la terre » (Ps.

46, 9) ; ne lis pas « chamot », dévastations, mais « chemot », des noms.

💡 Explication

La règle est posée après coup pour justifier la série qui précède. Le procédé est le al tikri, ne lis pas : les consonnes du mot restent les mêmes, la vocalisation change, et le verset se met à parler des noms donnés aux hommes.

11
וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי: קָשָׁה תַּרְבּוּת רָעָה בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ שֶׁל אָדָם יוֹתֵר מִמִּלְחֶמֶת גּוֹג וּמָגוֹג. שֶׁנֶּאֱמַר: ״מִזְמוֹר לְדָוִד בְּבָרְחוֹ מִפְּנֵי אַבְשָׁלוֹם בְּנוֹ״, וּכְתִיב בָּתְרֵיהּ: ״ה׳ מָה רַבּוּ צָרָי רַבִּים קָמִים עָלָי״, וְאִילּוּ גַּבַּי מִלְחֶמֶת גּוֹג וּמָגוֹג, כְּתִיב: ״לָמָּה רָגְשׁוּ גוֹיִם וּלְאֻמִּים יֶהְגּוּ רִיק״. וְאִילּוּ ״מָה רַבּוּ צֳרִי״ לָא כְּתִיב.

Et Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Chimon ben Yohai : une mauvaise conduite dans la maison d'un homme est plus dure que la guerre de Gog et Magog. Ainsi qu'il est dit : « Psaume de David, lorsqu'il fuyait devant Avchalom son fils » (Ps.

3, 1), et il est écrit ensuite : « ה', que mes adversaires sont nombreux ! beaucoup se lèvent contre moi » (Ps. 3, 2) ; tandis qu'à propos de la guerre de Gog et Magog il est écrit : « Pourquoi les nations s'agitent-elles, et les peuples murmurent-ils en vain ? » (Ps.

2, 1), et « que mes adversaires sont nombreux » n'y est pas écrit.

📜 Rachi (1)
לָמָּה רָגְשׁוּ גּוֹיִם מַה תּוֹעֶלֶת לָהֶם אַלְמָא דָּבָר קַל הוּא בְּעֵינָיו:
Quel profit en tirent-elles ? On voit par là que la chose est légère à ses yeux.
💡 Explication

La comparaison se fait par la place des psaumes et par leur vocabulaire. Le psaume 3, qui parle de la fuite devant Avchalom, comporte une plainte sur le nombre des adversaires ; le psaume 2, lu comme la guerre de Gog et Magog, n'en comporte pas.

Rachi tire de la formule du psaume 2 que le Ciel tient cette guerre pour une chose légère : la question « quel profit en tirent-elles ? » indique le peu de poids de l'événement.

12
״מִזְמוֹר לְדָוִד בְּבָרְחוֹ מִפְּנֵי אַבְשָׁלוֹם בְּנוֹ״, ״מִזְמוֹר לְדָוִד״?! ״קִינָה לְדָוִד״ מִיבְּעֵי לֵיהּ!

« Psaume de David, lorsqu'il fuyait devant Avchalom son fils » : un psaume de David ?! Il aurait fallu dire une élégie de David !

💡 Explication

Le titre du psaume porte la difficulté : un homme qui fuit devant son propre fils compose une élégie (kina), non un chant. Le mot du titre appelle une explication.

13
אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֲבִישָׁלוֹם: מָשָׁל לְמָה הַדָּבָר דּוֹמֶה? — לְאָדָם שֶׁיָּצָא עָלָיו שְׁטַר חוֹב. קֹודֶם שֶׁפְּרָעוֹ הָיָה עָצֵב, לְאַחַר שֶׁפְּרָעוֹ שָׂמֵחַ.

Rabbi Chimon ben Avichalom a dit : une parabole. À quoi la chose ressemble-t-elle ?

À un homme contre lequel fut émis un billet de dette : avant de l'avoir acquitté il était triste ; après l'avoir acquitté, il se réjouit.

💡 Explication

La parabole déplace le problème : la joie ne porte pas sur l'événement lui-même, mais sur le fait qu'une dette annoncée soit désormais soldée.

14
אַף כֵּן דָּוִד, כֵּיוָן שֶׁאָמַר לוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: ״הִנְנִי מֵקִים עָלֶיךָ רָעָה מִבֵּיתֶךָ״, הָיָה עָצֵב, אָמַר: שֶׁמָּא עֲבַד אוֹ מַמְזֵר הוּא, דְּלָא חָייֵס עָלַי. כֵּיוָן דַּחֲזָא דְּאַבְשָׁלוֹם הוּא — שָׂמֵחַ. מִשּׁוּם הָכִי אָמַר ״מִזְמוֹר״.

Ainsi en fut-il de David : lorsque le Saint béni soit-Il lui dit « voici que Je fais lever contre toi le mal depuis ta maison » (II S. 12, 11), il était triste ; il se disait : peut-être sera-ce un esclave ou un mamzer, qui n'aura pas pitié de moi.

Lorsqu'il vit qu'il s'agissait d'Avchalom, il se réjouit. C'est pourquoi il a dit « psaume ».

💡 Explication

Le décret annoncé restait indéterminé : David ignorait par quelle main il s'accomplirait. Apprendre qu'il s'agit de son fils lui apprend en même temps la mesure du châtiment.

Le Ben Ich H'ai, dans la glose rattachée plus haut, montre que ce raisonnement est nécessaire à la parabole : sans lui, la joie de David surviendrait au milieu de l'épreuve et non à son acquittement.

🖼️ Schéma
Pourquoi Psaume de David et non Élégie de David Parabole Un billet de dette est émis contre lui Avant de payer : il est triste Une fois payé : il se réjouit Application Je fais lever contre toi le mal depuis ta maison II Samuel 12, 11 Peut-être un esclave ou un mamzer, qui n'aura pas pitié C'est Avchalom : un fils a pitié de son père Le soulagement porte sur l'identité du châtiment, non sur sa disparition. David apprend que le décret portait sur des souffrances, et le titre devient un psaume.
La parabole et son application terme à terme.
15
וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי: מֻותָּר לְהִתְגָּרוֹת בָּרְשָׁעִים בָּעוֹלָם הַזֶּה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״עֹזְבֵי תוֹרָה יְהַלְלוּ רָשָׁע וְשֹׁמְרֵי תוֹרָה יִתְגָּרוּ בָם״.

Et Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Chimon ben Yohai : il est permis de provoquer les impies en ce monde, ainsi qu'il est dit : « ceux qui abandonnent la Torah louent l'impie, et ceux qui gardent la Torah les combattent » (Pr. 28, 4).

🪔 Ben Yehoyada (1)
מֻתָּר לְהִתְגָּרוֹת בָּרְשָׁעִים בָּעוֹלָם הַזֶּה. קַשָּׁא אַמַּאי אִצְטְרִיךְ לְפָרֵשׁ בָּעוֹלָם הַזֶּה וְכִי סָלְקָא דַעְתָּךְ דִּמְדַבֵּר עַל עוֹלָם הַבָּא, וַהֲלֹא שָׁם הַצַּדִּיקִים בְּגַן עֵדֶן וּרְשָׁעִים בְּגֵיהִנָּם נִידּוֹנִין עַל יְדֵי בֵּית דִּין שֶׁל מַעְלָה וּמַה שַׁיָּיךְ גֵּירוּי בִּבְנֵי אָדָם שָׁם בֵּין זֶה לָזֶה? וּכְבָר נִרְגָּשׁ בָּזֶה הָרַב עִיּוּן יַעֲקֹב זַ"ל, וְעוֹד קַשְׁיָא לִי לִישָּׁנָא דְּמֻותָּר, וַהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר מִצְוָה לְהִתְגָּרוֹת? וְנִרְאֶה לִי בס"ד הַגֵּירוּי בָּרְשָׁעִים עוֹשֵׂי רִשְׁעָה הוּא בִּשְׁנֵי אוֹפַנִּים, הָא' שֶׁיַּטִּילוּ רָאשֵׁי הַקָּהָל וְהַבֵּית דִּין קְנָס מָמוֹן עֲלֵיהֶם בְּאֵיזֶה אֹופֶן שֶׁיִּהְיֶה, וְגַם לְבַזּוֹתָם וּלְחָרְפָּם, וְהַב' שֶׁיַּחְרִימוּם וִינִידוּם וְיַפְרִישׁוּם מִן הַצִּיבּוּר, וְגַם שֶׁלֹּא לְאָרֵס בְּנוֹתֵיהֶם וְכַיּוֹצֵא, עַד שֶׁיִּכָּנְעוּ וְיָשׁוּבוּ וַיַּעַזְבוּ דַּרְכָּם הָרָעָה, נִמְצָא אֹופֶן הָרִאשׁוֹן הוּא קְנָס בִּדְבָרִים שֶׁל עוֹלָם הַזֶּה שֶׁהוּא מָמוֹן וְכָבוֹד, וְאֹופֶן הַשֵּׁנִי הוּא בְּעִנְיָנִים הַשַּׁייָּכִים לָעוֹלָם הַבָּא שֶׁמְּנַדִּין אוֹתָם וּמַפְרִישִׁים אוֹתָם מִן הַצִּיבּוּר, וְקָאָמַר רַשְׁבִּ"י מֻותָּר לְהִתְגָּרוֹת בָּרְשָׁעִים בָּעוֹלָם הַזֶּה דְּהַיְינוּ שֶׁיַּעֲשׂוּ לָהֶם בָּאֹופֶן הָרִאשׁוֹן שֶׁהוּא בִּדְבָרִים הַשַּׁיָּיכִים לָעוֹלָם הַזֶּה וְלָא חָיְישִׁינַן דִּילְמָא פָּקְרִי טְפֵי, אֲבָל בָּאֹופֶן הַשֵּׁנִי שֶׁהוּא בְּעִנְיָינִים שֶׁשַּׁייָּכִים לָעוֹלָם הַבָּא שֶׁהוּא עִנְיַן הַנִּידּוּי וְהַפְרָשָׁה לָאו, דְּחָייְשִׁינַן שֶׁמָּא כֵּיוָן דְּעָבְדִי לְהוּ הַפְרָשָׁה עי"כ יָצְאוּ מִן הַכְּלָל לְגַמְרֵי וְנִיחָא לְהוּ בְּאַפְקָרוּתָא וְיַחֲלִיפוּ אֱמוּנָתָם לְהָמִיר דָּתָם ח"ו.
« Il est permis de provoquer les impies en ce monde. » On peut objecter : pourquoi préciser « en ce monde » ? Aurait-on pense qu'il s'agissait du monde à venir, où les justes sont au Gan Éden et les impies jugés au Guehinom par le tribunal d'en haut, et où il n'y a pas lieu de parler de provocation entre les hommes ? Le maître de l'Iyoun Yaakov de mémoire bénie s'en est déjà avisé. Une autre difficulté m'apparaît dans le terme « permis » : il aurait fallu dire que c'est une mitsva de les provoquer. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la provocation des impies qui commettent le mal se fait de deux manières. La première : que les chefs de la communauté et le tribunal leur infligent une amende pécuniaire de quelque façon, et aussi les couvrent de mépris et d'opprobre. La seconde : qu'on les frappe d'interdit (herem), qu'on les mette au ban et qu'on les sépare de la communauté, et aussi qu'on ne fiance pas leurs filles et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'ils se soumettent, reviennent et abandonnent leur mauvaise voie. Il se trouve que la première manière est une sanction dans des choses de ce monde, l'argent et l'honneur, tandis que la seconde touche à des matières relevant du monde à venir, puisqu'on les met au ban et qu'on les sépare de la communauté. Rabbi Chimon ben Yohai dit donc qu'il est permis de provoquer les impies en ce monde, c'est-à-dire de les traiter selon la première manière, qui relève des choses de ce monde, sans craindre qu'ils ne se dévoient davantage. Mais selon la seconde manière, qui touche à ce qui relève du monde à venir, le ban et la séparation, il ne l'est pas : on craint qu'une fois séparés ils ne sortent tout à fait de la collectivité, se plaisent dans le dévoiement et changent leur foi en abjurant leur religion, à D.ieu ne plaise.
💡 Explication

Le folio passe à une matière de conduite. Le verbe lehitgarot désigne l'affrontement délibéré : entrer en conflit avec quelqu'un plutôt que le laisser faire. Le verset oppose deux groupes, et le second est dit combattre le premier.

Le Ben Ich H'ai s'arrête sur deux mots : « en ce monde », qui paraît superflu, et « permis » plutôt que « obligatoire ». Sa réponse distingue deux formes d'intervention.

16
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי, רַבִּי דּוֹסְתַּאי בְּרַבִּי מָתוּן אוֹמֵר: מֻותָּר לְהִתְגָּרוֹת בָּרְשָׁעִים בָּעוֹלָם הַזֶּה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״עֹזְבֵי תוֹרָה יְהַלְלוּ רָשָׁע״ וְגוֹ׳. וְאִם לְחָשְׁךָ אָדָם לוֹמַר: וְהָא כְּתִיב ״אַל תִּתְחַר בַּמְּרֵעִים אַל תְּקַנֵּא בְּעֹשֵׂי עַוְלָה״ — אֱמֹור לוֹ: מִי שֶׁלִּבּוֹ נוֹקְפוֹ אוֹמֵר כֵּן. אֶלָּא: ״אַל תִּתְחַר בִּמְרֵעִים״ — לִהְיוֹת כִּמְרֵעִים, ״אַל תְּקַנֵּא בְּעֹשֵׂי עַוְלָה״ — לִהְיוֹת כְּעוֹשֵׂי עַוְלָה.

On a enseigné de même : Rabbi Dostai fils de Rabbi Matoun dit : il est permis de provoquer les impies en ce monde, ainsi qu'il est dit : « ceux qui abandonnent la Torah louent l'impie », etc. Et si quelqu'un te chuchote : mais n'est-il pas écrit « ne t'échauffe pas contre les méchants, n'envie pas ceux qui commettent l'injustice » (Ps.

37, 1) ? — dis-lui : celui dont le cœur le frappe parle ainsi. En vérité : « ne t'échauffe pas contre les méchants » veut dire : pour être comme les méchants ; « n'envie pas ceux qui commettent l'injustice » veut dire : pour être comme ceux qui commettent l'injustice.

📜 Rachi (2)
מִי שֶׁלִּבּוֹ נוֹקְפוֹ הַיָּרֵא מֵעֲבֵירוֹת שֶׁבְּיָדוֹ:
Celui qui craint à cause des fautes qu'il a en main.
אוֹמֵר כֵּן מְפָרֵשׁ אַל תִּתְחַר בַּמְּרֵעִים אַל תִּתְקוֹטֵט וְהוּא אֵינוֹ כֵּן אֶלָּא אַל תִּתְחַר בִּמְרֵעִים לְהִתְגָּרוֹת בְּמַעֲשֵׂיהֶם לוֹמַר אֶעֱשֶׂה כֵּן גַּם אֲנִי:
Il explique « ne t'échauffe pas contre les méchants » au sens de : n'entre pas en querelle avec eux. Or il en va autrement : « ne t'échauffe pas contre les méchants » veut dire ne rivalise pas avec leurs actes, en te disant : moi aussi je ferai comme eux.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְאִם לְחָשְׁךָ אָדָם לוֹמַר וְהָכְתִיב (תְּהִלִּים לז א') אַל תִּתְחַר וְכוּ'. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה נָקֵיט לִישָּׁנָא דִּלְחִישָׁא בְּדָבָר זֶה, וַהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר וְאִם יֹאמַר לְךָ אָדָם, וְנִרְאֶה לִי בס"ד דֶּרֶךְ צַחוּת, כִּי הָאוֹמֵר כֵּן הוּא פַּחְדָּן מִן הָרְשָׁעִים וּלְכָךְ דְּבָרִים אֵלּוּ יְדַבֵּר בִּלְחִישָׁה, כִּי מֵרֹוב פַּחְדּוֹ מֵהֶם אֵינוֹ רוֹצֶה לְדַבֵּר בְּעִנְיָנִים הַשַּׁיָּיכִים לָהֶם לֹא טוֹב וְלֹא רַע ודו"ק.
« Et si quelqu'un te chuchote : mais n'est-il pas écrit (Ps. 37, 1) ne t'échauffe pas », etc. On peut demander pourquoi il emploie ici le terme de chuchotement, alors qu'il aurait fallu dire « et si quelqu'un te dit ». Il me semble, avec l'aide du Ciel, par manière de finesse, que celui qui parle ainsi est un homme qui a peur des impies ; c'est pourquoi il dira ces paroles à voix basse, car tant est grande sa crainte à leur égard qu'il ne veut parler de ce qui les concerne ni en bien ni en mal. Examine bien.
💡 Explication

La beraita confirme l'enseignement et anticipe l'objection tirée du psaume 37. La réponse tient en deux temps : d'abord une remarque sur celui qui objecte, ensuite une relecture du verset.

Le verbe al titehar est lu au sens de rivaliser, imiter, et non de combattre. Le verset interdit alors de vouloir ressembler aux méchants, et laisse intacte la permission de les affronter.

17
וְאוֹמֵר: ״אַל יְקַנֵּא לִבְּךָ בַּחַטָּאִים כִּי אִם בְּיִרְאַת ה׳ כָּל הַיּוֹם״.

Et il est dit : « Que ton cœur n'envie pas les pécheurs, mais reste dans la crainte de ה' tout le jour » (Pr. 23, 17).

📜 Rachi (1)
וְאוֹמֵר אַל יְקַנֵּא לִבְּךָ בַּחַטָּאִים כִּי אִם בְּיִרְאַת ה' כָּל הַיּוֹם אֶפְשָׁר לוֹמַר אַל תִּתְקוֹטֵט עִם רְשָׁעִים כִּי אִם בְּיִרְאַת ה' יִרְאֵי ה' אֶלָּא עַל כָּרְחָךְ אַל יְקַנֵּא לִבְּךָ לַעֲשׂוֹת כְּמוֹתָן:
Peut-on dire : n'entre pas en querelle avec les impies, mais bien avec la crainte de ה', c'est-à-dire avec ceux qui craignent ה' ? Force est donc de comprendre : que ton cœur ne les envie pas au point d'agir comme eux.
💡 Explication

Ce second verset sert de preuve à la relecture précédente. Rachi montre pourquoi : la seconde moitié du verset interdit de lire la première au sens de la querelle, puisqu'on ne se querelle pas avec la crainte du Ciel. Le sens retenu est donc celui de l'imitation.

18
אֵינִי?! וְהָאָמַר רַבִּי יִצְחָק: אִם רָאִיתָ רָשָׁע שֶׁהַשָּׁעָה מְשַׂחֶקֶת לוֹ אַל תִּתְגָּרֶה בּוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״יָחִילוּ דְרָכָיו בְּכָל עֵת״. וְלֹא עוֹד אֶלָּא שֶׁזּוֹכֶה בַּדִּין, שֶׁנֶּאֱמַר: ״מְרוֹם מִשְׁפָּטֶיךָ מִנֶּגְדּוֹ״. וְלֹא עוֹד אֶלָּא שֶׁרוֹאֶה בְּצָרָיו, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כָּל צוֹרְרָיו יָפִיחַ בָּהֶם״!

Est-ce ainsi ?! Mais Rabbi Yits'hak n'a-t-il pas dit : si tu vois un impie à qui l'heure sourit, ne le provoque pas, ainsi qu'il est dit : « ses voies réussissent en tout temps » (Ps.

10, 5) ? Et non seulement cela, mais il l'emporte en jugement, ainsi qu'il est dit : « Tes jugements sont haut, loin de lui ».

Et non seulement cela, mais il voit la chute de ses adversaires, ainsi qu'il est dit : « tous ses adversaires, il souffle sur eux ».

📜 Rachi (3)
יָחִילוּ יַצְלִיחוּ. וַחֲבֵירוֹ עַל כֵּן לֹא יָחִיל טוּבוֹ (אִיּוֹב כ׳:כ״א):
Elles prospèrent. Un emploi semblable : « c'est pourquoi il ne prospérera pas de son bien » (Jb. 20, 21).
מְרוֹם מִשְׁפָּטֶיךָ מִנֶּגְדּוֹ מְסֻולָּקִין דִּינֶיךָ בְּרָחוֹק הֵימֶנּוּ:
Tes jugements sont écartés, tenus loin de lui.
יָפִיחַ בָּהֶם בִּנְפִיחָתוֹ הוּא דּוֹחֶה אוֹתָם כְּקַשׁ:
Par son souffle il les repousse comme de la paille.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְלֹא עוֹד אֶלָּא שֶׁזּוֹכֶה בַּדִּין. הַדָּבָר הַזֶּה יִפָּלֵא אֵיךְ יִזְכֶּה בב"ד שֶׁל מַעְלָה הֵפֶךְ הָאֱמֶת, דְּבִשְׁלָמָא בב"ד שֶׁל מַטֵּה אֶפְשָׁר מִכֹּחַ הַצְלָחָתוֹ יַצְלִיחַ בִּטְעָנוֹת שֶׁל שֶׁקֶר לְהַטְעוֹת הב"ד, שֶׁאֵין לוֹ לַדַּיָּין אֶלָּא מַה שֶּׁעֵינָיו רוֹאוֹת, אַךְ כָּאן דְּאַייְרֵי בְּדִין שֶׁל מַעְלָה דִּכְתִיב (תְּהִלִּים י' ה') מָרוֹם מִשְׁפָּטֶיךָ מִנֶּגְדּוֹ, מִמַּה נַפְשָׁךְ אִם הוּא זַכַּאי בֶּאֱמֶת מַאי רְבוּתָא אִית לְהַצְלָחָתוֹ בְּדָבָר זֶה, וְאִם אֵינוֹ זַכַּאי בֶּאֱמֶת אֵיךְ יִזְכֶּה שֶׁלֹּא כַּדִּין כִּי לְמַעְלָה הוּא מְקוֹר הָאֱמֶת וְאֵין עַוְלָה וּשְׁגִיאָה ח"ו כְּלָל וְעִיקָּר. וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁכָּתַבְתִּי בסה"ק אַדֶּרֶת אֵלִיָּהוּ בְּפָרָשַׁת נֹחַ בַּפָּסוּק קֵץ כָּל בָּשָׂר בָּא לְפָנַי כִּי מָלְאָה הָאָרֶץ חָמָס, דקי"ל בְּדִין הַסַּנְהֶדְרִין כֻּולָּם פָּתְחוּ לְחוֹבָה זַכַּאי, כִּי גְּזֵירַת הַכָּתוּב הוּא דְּבָעֵינַן עֵדָה שׁוֹפֶטֶת וְעֵדָה מַצֶּלֶת, וְכָתְבוּ הַמְפָרְשִׁים זַ"ל שֶׁדִּין זֶה יֶשְׁנוֹ גַּם כֵּן בְּבֵית דִּין שֶׁל מַעְלָה וּלְפִי זֶה מֻוכְרָח לִהְיוֹת דִּין דּוֹר הַמַּבּוּל לְפָנָיו יִתְבָּרֵךְ דַּוְקָא, שֶׁאִם יִהְיֶה בב"ד שֶׁל מַעְלָה וִודֵּיא יִפְתְּחוּ כֻּולָּם לְחוֹבָה, וְצָרִיךְ שֶׁיִּהְיוּ זַכָּאִין מִן הָעֹונֶשׁ וְאֵין חוֹטֵא נִשְׂכָּר. וְלָזֶה אָמַר קֵץ כָּל בָּשָׂר בָּא לְפָנַי וְלֹא בְּבֵית דִּין שֶׁל מַעְלָה, יַעַן כִּי מָלְאָה הָאָרֶץ חָמָס וְאֵין לָהֶם צַד זְכוּת כְּלָל וּבֵית דִּין שֶׁל מַעְלָה יִפְתְּחוּ כֻּולָּם לְחוֹבָה וְאִם כֵּן יִהְיוּ נִיצּוֹלִים מִן הָעֹונֶשׁ עַייֵּן שָׁם, וְזֶה הָעִנְיָן יֶשְׁנוֹ בְּרָשָׁע גָּמוּר שֶׁאֵין עָלָיו צַד זְכוּת, לֹא יִהְיֶה דִּינוֹ בְּבֵית דִּין שֶׁל מַעְלָה, אֶלָּא בְּיָדוֹ יִתְבָּרֵךְ כְּדֵי שֶׁלֹּא יִהְיֶה חוֹטֵא נִשְׂכָּר, וְלָכֵן בָּא לוֹמַר כָּאן בָּזֶה הָרָשָׁע שֶׁהַשָּׁעָה מְשַׂחֶקֶת לוֹ, שֶׁאֵין הקב"ה רוֹצֶה לְאַבְּדוֹ עַתָּה בִּשְׁבִיל אֵיזֶה טַעַם הַכָּמוּס אַיָּתוֹ יִתְבָּרֵךְ, לֹא יַעֲשֶׂה לוֹ כְּדֶרֶךְ שֶׁעוֹשֶׂה עִם רָשָׁע גָּמוּר לְסַלֵּק דִּינוֹ מִבֵּית דִּין שֶׁל מַעְלָה וְיִהְיֶה דִּינוֹ וּמִשְׁפָּטוֹ נֶחְתַּךְ עַל פִּיו יִתְבָּרֵךְ, אֶלָּא זֶה יַעֲשֶׂה עִמּוֹ לְהֵפֶךְ שֶׁיְּסַלֵּק מִשְׁפָּטוֹ מִלְּפָנָיו וְיָבִיא מִשְׁפָּטוֹ לִפְנֵי בֵּית דִּין שֶׁל מַעְלָה, כְּדֵי שֶׁיִּנָּצֵל מִן עֹונֶשׁ שֶׁיִּתְחַייֵּב בּוֹ אֲבַדּוֹן וְכֵלֶיהָ. שֶׁכֻּולָּם פָּתְחוּ לְחוֹבָה זַכַּאי, וְאָז יִנָּצֵל לְפִי שָׁעָה מִן הַפֻּרְעָנוּת וְיִשָּׁאֵר קַיָּים בָּעוֹלָם, וְלָזֶה אָמַר מָרוֹם מִשְׁפָּטֶיךָ מִנֶּגְדּוֹ, מִשְׁפָּטֶיךָ דַּיְיקָא. וְלֹא עוֹד אֶלָּא שֶׁרוֹאֶה בְּצָרָיו, פֵּירוּשׁ שֶׁיַּצְלִיחַ לִרְאוֹת בְּפוּרְעָנוּת הַגְּזֵירָה עַל צָרָיו מִצַּד עֲוֹנוֹתֵיהֶם, שֶׁתִּהְיֶה אוֹתָהּ הַפֻּרְעָנוּת מִתְגַּלְגֶּלֶת עַל יָדוֹ, ע"ד שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל מְגַלְגְּלִין חוֹבָה עַל יְדֵי חַיָּיב, וְאָז מִמֵּילָא יִשְׂמַח בָּהֶם.
« Et non seulement cela, mais il l'emporte en jugement. » La chose est étonnante : comment l'emporterait-il au tribunal d'en haut contre la vérité ? Passe encore au tribunal d'en bas, où il se peut que, par la force de sa réussite, il réussisse par des arguments mensongers à tromper le tribunal, car le juge n'a que ce que ses yeux voient. Mais ici il s'agit du jugement d'en haut, ainsi qu'il est écrit (Ps. 10, 5) « Tes jugements sont haut, loin de lui » : de deux choses l'une, s'il est réellement innocent, quelle prouesse y a-t-il dans sa réussite sur ce point, et s'il n'est pas réellement innocent, comment l'emporterait-il contre le droit, puisque la-haut est la source de la vérité, sans iniquité ni erreur, à D.ieu ne plaise, en rien du tout ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, selon ce que j'ai écrit dans le livre saint Aderet Eliyahou, section Noah, sur le verset « la fin de toute chair est venue devant Moi, car la terre est remplie de violence » (Gn. 6, 13) : nous tenons pour établi, dans la loi du Sanhédrin, que si tous ouvrent en faveur de la condamnation, l'accusé est acquitté, car c'est un décret de l'Écriture qu'il faut une assemblée qui juge et une assemblée qui sauve ; et les commentateurs de mémoire bénie ont écrit que cette règle vaut aussi au tribunal d'en haut. Selon cela, le jugement de la génération du déluge devait nécessairement se tenir devant Lui, béni soit-Il, car s'il s'était tenu au tribunal d'en haut, tous auraient assurément ouvert en faveur de la condamnation, et ils auraient dû être acquittés du châtiment, or le fauteur ne doit pas être avantage. C'est pourquoi il est dit « la fin de toute chair est venue devant Moi », et non au tribunal d'en haut, parce que « la terre est remplie de violence » et qu'ils n'avaient aucun côté de mérite, de sorte qu'au tribunal d'en haut tous auraient ouvert en faveur de la condamnation et qu'ils auraient alors échappé au châtiment ; vois-y. Or cela vaut pour un impie accompli, qui n'a aucun côté de mérite : son jugement ne se tient pas au tribunal d'en haut mais dans Sa main, béni soit-Il, afin que le fauteur ne soit pas avantage. Il vient donc dire ici, à propos de cet impie à qui l'heure sourit, que le Saint béni soit-Il, ne voulant pas le faire périr maintenant pour quelque raison qui Lui est cachée, ne fera pas avec lui comme Il fait avec un impie accompli, en ôtant son jugement du tribunal d'en haut pour que son jugement et sa sentence soient tranchés par Sa bouche ; Il fera au contraire l'inverse : Il ôtera son jugement de devant Lui et le portera devant le tribunal d'en haut, afin qu'il échappe au châtiment de perdition et d'anéantissement qu'il aurait encouru, puisque si tous ouvrent en faveur de la condamnation il est acquitté ; il échappera ainsi pour un temps au châtiment et subsistera dans le monde. C'est ce qui est dit : « Tes jugements sont haut, loin de lui » — Tes jugements précisément. « Et non seulement cela, mais il voit la chute de ses adversaires » : il réussit à voir le châtiment décrété sur ses adversaires à cause de leurs propres fautes, ce châtiment se trouvant amené par son entremise, selon ce qu'ont dit nos maîtres de mémoire bénie : on fait venir la dette par l'entremise du débiteur ; et dès lors il s'en réjouit.
💡 Explication

L'objection oppose à la permission un enseignement contraire, limité au cas de l'impie à qui l'heure sourit. Rabbi Yits'hak décrit trois degrés tirés d'un seul verset : la réussite, l'impunité devant le jugement, la victoire sur ses adversaires.

Rachi précise chaque terme : yahilou veut dire prospérer, maromm michpatekha veut dire que les jugements sont écartés de lui, yafiah bahem veut dire qu'il les repousse d'un souffle comme de la paille.

🖼️ Schéma
Rabbi Yits'hak : les trois degrés de l'impie à qui l'heure sourit 1 Il réussit Ses voies réussissent en tout temps Psaumes 10, 5 2 Il l'emporte en jugement Tes jugements sont haut, loin de lui Rachi : ils sont écartés de lui 3 Il voit leur chute Tous ses adversaires, il souffle sur eux Rachi : comme de la paille Conséquence pratique Ne le provoque pas : l'affrontement se perdrait sur les trois plans à la fois Les trois degrés montent : la réussite, puis l'impunité judiciaire, puis la victoire sur autrui. Le Ben Ich H'ai expliqué le deuxième degré par la règle du tribunal unanime.
Les trois degrés de la réussite de l'impie et la conséquence pratique qu'en tire Rabbi Yits'hak.
19
לָא קַשְׁיָא, הָא בְּמִילֵּי דִּידֵיהּ, הָא בְּמִילֵּי דִּשְׁמַיָּא.

Il n'y a pas là de difficulté : ici il s'agit de ses affaires personnelles, là il s'agit d'affaires du Ciel.

💡 Explication

Première résolution, par la matière du conflit. Pour un tort personnel, on s'abstient ; pour ce qui touche au Ciel, on intervient.

20
וְאִיבָּעֵית אֵימָא הָא וְהָא בְּמִילֵּי דִשְׁמַיָּא, וְלָא קַשְׁיָא: הָא בְּרָשָׁע שֶׁהַשָּׁעָה מְשַׂחֶקֶת לוֹ, הָא בְּרָשָׁע שֶׁאֵין הַשָּׁעָה מְשַׂחֶקֶת לוֹ.

Et si tu veux, dis : l'un et l'autre concernent des affaires du Ciel, et il n'y a pas là de difficulté : ici il s'agit d'un impie à qui l'heure sourit, là d'un impie à qui l'heure ne sourit pas.

💡 Explication

Deuxième résolution, par l'état de l'impie. Le critère devient le moment : la permission générale vaut, sauf pour celui que la réussite protège.

21
וְאִיבָּעֵית אֵימָא: הָא וְהָא, בְּרָשָׁע שֶׁהַשָּׁעָה מְשַׂחֶקֶת לוֹ, וְלָא קַשְׁיָא, הָא, בְּצַדִּיק גָּמוּר, הָא, בְּצַדִּיק שֶׁאֵינוֹ גָּמוּר. דְּאָמַר רַב הוּנָא: מַאי דִכְתִיב, ״לָמָּה תַבִּיט בּוֹגְדִים תַּחֲרִישׁ בְּבַלַּע רָשָׁע צַדִּיק מִמֶּנּוּ״, וְכִי רָשָׁע בּוֹלֵעַ צַדִּיק? וְהָא כְּתִיב: ה׳ לֹא יַעַזְבֶנּוּ בְיָדוֹ, וּכְתִיב: ״לֹא יְאֻנֶּה לַצַּדִּיק כָּל אָוֶן״. אֶלָּא: צַדִּיק מִמֶּנּוּ — בּוֹלֵעַ, צַדִּיק גָּמוּר — אֵינוֹ בּוֹלֵעַ.

Et si tu veux, dis : l'un et l'autre concernent un impie à qui l'heure sourit, et il n'y a pas là de difficulté : ici il s'agit d'un juste accompli, la d'un juste qui n'est pas accompli. Car Rav Houna a dit : que signifie ce qui est écrit « pourquoi regardes-Tu les traîtres, et Te tais-Tu quand l'impie engloutit plus juste que lui ? » (Ha.

1, 13). L'impie engloutit-il donc le juste ?

Mais n'est-il pas écrit : « ה' ne l'abandonnera pas entre ses mains » (Ps. 37, 33), et il est écrit : « aucun malheur n'atteindra le juste » (Pr.

12, 21) ? Il faut donc dire : « plus juste que lui », il l'engloutit ; le juste accompli, il ne l'engloutit pas.

🪔 Ben Yehoyada (1)
ל"ק הָא בְּצַדִּיק גָּמוּר הָא בְּצַדִּיק שֶׁאֵינוֹ גָּמוּר. מַקְשִׁים כֵּיוָן דְּמַסְּקָנָא דְּמִלְּתָא צַדִּיק שֶׁאֵינוֹ גָּמוּר לֹא יוּכַל לְהִתְגָּרוֹת, אִם כֵּן לָמָּה אָמַר בַּבָּרַיְיתָא מִי שֶׁלִּבּוֹ נוֹקְפוֹ אוֹמֵר כֵּן, וַהֲלֹא לְפִי תֵּירוּץ זֶה יָבֹא פֵּירוּשׁ הַכָּתוּב כְּמוֹ שֶׁרָצָה לוֹמַר אוֹתוֹ אָדָם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּתֵירוּץ זֶה שֶׁל הַשַּׁ"ס הוּא לְפָרֵשׁ דִּבְרֵי רַבִּי יִצְחָק דַּוְקָא אֲבָל פָּסוּק אַל תִּתְחַר בִּמְרֵעִים אֵין לְפָרְשׁוֹ בְּהָכִי, יַעַן כִּי בּוֹ יֵשׁ קֻושְׁיָא גְּדוֹלָה שֶׁאָמַר 'לְדָוִד' וְלֹא אָמַר 'מִזְמוֹר לְדָוִד', וְתֵרְצוּ הַמְפָרְשִׁים זַ"ל קֻושְׁיָא זוֹ לְהָכִי אָמַר לְדָוִד אַל תִּתְחַר, רְצוֹנוֹ לוֹמַר אַל תַּחְשֹׁוב צִוּוּי זֶה הוּא רַק לִקְטַנֵּי הָעֵרֶךְ וְלֹא לִגְדוֹלֵי הַשְּׁלֵימוּת, לָזֶה אָמַר לְדָוִד אַל תִּתְחַר, כְּלוֹמַר גַּם לְגַבְרָא רַבָּא כְּדָוִד גַּם כֵּן אֲנִי מְצַוֵּהוּ עַל תִּתְחַר, וְעַיֵּין מָהָרָ"ם אַלְשֵׁיךְ זַ"ל מַה שֶּׁכָּתַב בָּזֶה, וּלְפִי זֶה הַפָּסוּק אַיְירֵי בְּצַדִּיק גָּמוּר. וּלְפִי תֵּירוּץ הַשַּׁ"ס דְּמַסִּיק צַדִּיק גָּמוּר יָכוֹל לְהִתְגָּרוֹת פֵּרַשְׁתִּי בס"ד בָּזֶה רָמַז הַכָּתוּב כִּי תֵשֵׁב לִלְחוֹם אֶת מָשָׁל בִּין תָּבִין אֶת אֲשֶׁר לְפָנֶיךָ, מָשָׁל כְּתִיב וְהוּא רָאשֵׁי תֵּיבוֹת ש עה מ שָׁחַקְתָּ ל ו, בֵּין תָּבִין תְּחִלָּה אֶת אֲשֶׁר לְפָנֶיךָ הֵם הַשִּׂרְטוּטִין שֶׁל הַפָּנִים שֶׁהֵם מַגִּידִים עַל חֲשִׁיבוּת הָאָדָם וְצִדְקָתוֹ, וְאִם תִּרְאֶה שֶׁאַתָּה צַדִּיק גָּמוּר אָז תִּלְחֹום גַּם עִם זֶה.
« Il n'y a pas là de difficulté : ici un juste accompli, la un juste qui n'est pas accompli. » On objecte : puisque la conclusion est qu'un juste non accompli ne peut pas provoquer, pourquoi la beraita dit-elle « celui dont le cœur le frappe parle ainsi », alors que selon cette réponse le sens du verset revient à ce que cet homme voulait dire ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que cette réponse du Talmud vient expliquer les paroles de Rabbi Yits'hak précisément, tandis que le verset « ne t'échauffe pas contre les méchants » ne peut pas s'expliquer ainsi. Car il y a en lui une grande difficulté : il est dit « de David » et non « psaume de David » ; et les commentateurs de mémoire bénie ont résolu cette difficulté en disant que c'est pour cela qu'il est dit « de David, ne t'échauffe pas », c'est-à-dire : ne pense pas que cet ordre s'adresse seulement aux hommes de petite valeur et non aux grands de la perfection ; c'est pourquoi il dit « de David, ne t'échauffe pas », à savoir que même à un homme aussi grand que David Je l'ordonne. Vois ce qu'a écrit là-dessus le Maharam Alchikh de mémoire bénie. Selon cela, le verset traite d'un juste accompli. Et selon la réponse du Talmud, qui conclut qu'un juste accompli peut provoquer, j'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, que l'Écriture y fait allusion en disant « lorsque tu t'assiéras pour combattre avec un dominateur, comprends bien ce qui est devant toi » : il est écrit machel, dont les lettres sont les initiales de cha'a mesaheket lo, l'heure lui sourit ; « comprends bien » d'abord « ce qui est devant toi », à savoir les traits du visage, qui disent la valeur de l'homme et sa justice ; et si tu vois que tu es un juste accompli, alors combats aussi avec celui-là.
💡 Explication

Troisième résolution, par la qualité de celui qui provoque. Le critère ne porte plus sur l'impie mais sur l'homme qui l'affronte.

La preuve de Rav Houna serre le mot du verset : tsadik mimenou, plus juste que lui, est une expression comparative, et non l'état d'un juste accompli. Deux versets garantissent que le juste accompli est hors d'atteinte.

🖼️ Schéma
Rav Houna : qui l'impie peut-il engloutir Quand l'impie engloutit plus juste que lui Habakouk 1, 13 Juste qui n'est pas accompli plus juste que lui, sans plus L'impie peut l'engloutir qu'il s'abstienne de provoquer Juste accompli aucun malheur ne l'atteint L'impie ne peut pas l'engloutir il lui est permis de provoquer La lecture serre le mot du verset : plus juste que lui indique une comparaison, non un état absolu. Une quatrième réponse ajoute que l'heure qui sourit fait exception même pour le juste accompli.
La lecture de Rav Houna : qui l'impie peut atteindre et qui lui échappe.
22
וְאִיבָּעֵית אֵימָא, שָׁעָה מְשַׂחֶקֶת לוֹ — שָׁאנֵי.

Et si tu veux, dis : lorsque l'heure lui sourit, il en va autrement.

🪔 Ben Yehoyada (1)
וְאִי בָּעֵית אֵימָא שָׁעָה מְשַׂחֶקֶת לוֹ שָׁאנֵי. בְּסֵפֶר הֶחָדָשׁ שֶׁמַּעְתִּיק גִּרְסַת תַּלְמוּד כְּתָב יָד לָא גָּרֵיס שָׁם הַאי ואב"א וְזוֹ נְכוֹנָה יוֹתֵר, וְלִסְפָרִים שֶׁלָּנוּ דְּגָרְסִי הַאי וְאִי בָּעֵית אֵימָא וְכוּ', נִרְאֶה דְּלָא קָאֵי עַל מַה שֶׁהִקְשָׁה הַשַּׁ"ס וְהָא אר"י אִם רָאִיתָ, כִּי זֶה הַתֵּירוּץ כְּבָר תֵּירֵץ אוֹתוֹ מִקֹּודֶם, אֶלָּא הַאי וְאִי בָּעֵית אֵימָא הוּא סִיּוּם דִּבְרֵי רַב הוּנָא שֶׁהוּא תֵּירֵץ קֻושְׁיַת מַאי דִכְתִיב שְׁנֵי תֵּירוּצִים.
« Et si tu veux, dis : lorsque l'heure lui sourit, il en va autrement. » Dans le livre récent qui reproduit la version d'un manuscrit du Talmud, ce « et si tu veux, dis » ne figure pas, et cette version est plus juste. Selon nos livres, qui portent ce « et si tu veux, dis », etc., il semble qu'il ne se rapporte pas à la difficulté soulevée par le Talmud, « mais Rabbi Yits'hak n'a-t-il pas dit : si tu vois », puisque cette difficulté à déjà été résolue plus haut ; ce « et si tu veux, dis » est plutôt la fin des paroles de Rav Houna, qui a donné deux réponses à la difficulté du « que signifie ce qui est écrit ».
💡 Explication

Quatrième résolution, la plus brève : la règle générale veut que l'impie n'atteigne pas le juste, et l'heure qui sourit constitue une exception à cette règle.

Le Ben Ich H'ai note que certains manuscrits ne portent pas ici la formule « et si tu veux, dis », auquel cas ces mots seraient la fin de la réponse de Rav Houna plutôt qu'une résolution supplémentaire.

23
וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי: כָּל הַקּוֹבֵעַ מָקוֹם לִתְפִלָּתוֹ אוֹיְבָיו נוֹפְלִים תַּחְתָּיו. שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְשַׂמְתִּי מָקוֹם לְעַמִּי לְיִשְׂרָאֵל וּנְטַעְתִּיו וְשָׁכַן תַּחְתָּיו וְלֹא יִרְגַּז עוֹד וְלֹא יֹסִיפוּ בְנֵי עַוְלָה לְעַנּוֹתוֹ כַּאֲשֶׁר בָּרִאשׁוֹנָה״.

Et Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Chimon ben Yohai : quiconque fixe un lieu pour sa prière, ses ennemis tombent sous lui, ainsi qu'il est dit : « et J'assignerai un lieu à Mon peuple Israël, et Je le planterai, et il demeurera à sa place, et il ne sera plus troublé, et les fils d'iniquité ne l'affligeront plus comme au commencement » (II S. 7, 10).

📜 Rachi (1)
וְשַׂמְתִּי מָקוֹם סֵיפֵיהּ דִּקְרָא וְלֹא יֹוסִיפוּ בְנֵי עַוְלָה לְעַנּוֹתוֹ:
La fin du verset : « et les fils d'iniquité ne l'affligeront plus ».
💡 Explication

Le verset relie deux choses : un lieu assigné et la fin de l'affliction. La lecture transporte l'assignation collective, celle du peuple sur sa terre, à l'assignation individuelle d'une place fixe pour la prière.

Rachi indique la partie du verset qui porte la preuve : la fin, où il est question des fils d'iniquité qui ne l'affligeront plus.

24
רַב הוּנָא רָמֵי כְּתִיב ״לַעֲנוֹתוֹ״, וּכְתִיב: ״לְכַלּוֹתוֹ״.

Rav Houna soulève une contradiction : il est écrit « pour l'affliger », et il est écrit « pour l'anéantir ».

📜 Rachi (2)
כְּתִיב לַעֲנוֹתוֹ בְּסֵפֶר שְׁמוּאֵל:
Dans le livre de Chemouel.
וּכְתִיב לְכַלּוֹתוֹ בְּדִבְרֵי הַיָּמִים (א יז):
Dans les Chroniques (I Chr. 17).
💡 Explication

Le même verset figure dans deux livres avec un mot différent. Rachi situe chaque occurrence : l'une dans Chemouel, l'autre dans les Chroniques.

25
בַּתְּחִילָּה — לַעֲנוֹתוֹ, וּלְבַסּוֹף — לְכַלּוֹתוֹ.

Au commencement, pour l'affliger ; et à la fin, pour l'anéantir.

📜 Rachi (2)
בַּתְּחִלָּה כְּשֶׁנִּבְנָה הַבַּיִת נִבְנָה עַל מְנָת שֶׁלֹּא לַעֲנוֹת עוֹד אוֹיְבִים לְיִשְׂרָאֵל:
Lorsque le Temple fut bâti, il fut bâti afin que les ennemis n'affligent plus Israël.
וּלְבַסּוֹף כְּשֶׁחָטְאוּ נִגְזַר עֲלֵיהֶם עִנּוּי וּתְפִלָּתָם מְגִינָּה עֲלֵיהֶם מִן הַכִּלָּיוֹן:
Lorsqu'ils fautèrent, l'affliction fut décrétée sur eux, et leur prière les protège de l'anéantissement.
💡 Explication

Les deux mots décrivent deux moments d'une même histoire. Rachi les rattache au Temple : il fut bâti pour que les ennemis n'affligent plus Israël, puis la faute survint, l'affliction fut décrétée, et c'est la prière qui protège désormais de l'anéantissement.

🖼️ Schéma
La contradiction de Rav Houna : affliger ou anéantir Livre de Chemouel pour l'affliger II Samuel 7, 10 Livre des Chroniques pour l'anéantir I Chroniques 17, 9 contradiction Résolution : deux moments distincts Au commencement, pour l'affliger ; à la fin, pour l'anéantir Rachi rattache les deux moments au Temple : bâti pour écarter l'affliction, puis la faute survient et la prière protège de l'anéantissement ce que l'affliction ne peut plus éviter.
Deux mots pour un même verset, rapportés à deux moments.
26
וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי: גְּדוֹלָה שִׁמּוּשָׁהּ שֶׁל תּוֹרָה יוֹתֵר מִלִּמּוּדָהּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״פֹּה אֱלִישָׁע בֶּן שָׁפָט אֲשֶׁר יָצַק מַיִם עַל יְדֵי אֵלִיָּהוּ״. ״לָמַד״ לֹא נֶאֱמַר, אֶלָּא ״יָצַק״ — מְלַמֵּד שֶׁגְּדוֹלָה שִׁמּוּשָׁהּ יוֹתֵר מִלִּמּוּדָהּ.

Et Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Chimon ben Yohai : le service de la Torah est plus grand que son étude, ainsi qu'il est dit : « ici est Elicha fils de Chafat, qui versait l'eau sur les mains d'Eliyahou » (II R. 3, 11).

Il n'est pas dit « qui a étudié », mais « qui versait » : cela enseigne que son service est plus grand que son étude.

🪔 Ben Yehoyada (1)
גְּדוֹלָה שִׁמּוּשָׁהּ יוֹתֵר מִלִּמּוּדָהּ. נִרְאֶה לִי נָקֵיט יוֹתֵר וְלֹא אָמַר מִלִּמּוּדָהּ, לְלַמְּדֵינוּ שֶׁיֵּשׁ הֶפְרֵשׁ גָּדוֹל בְּנֵיהֶם וְלָאו שִׁיעוּרָא זוּטָא דַּוְקָא הוּא דְּאִיכָּא, לְכָךְ נָקֵיט יוֹתֵר לְהוֹרוֹת עַל שִׁיעוּרָא רַבָּא.
« Le service de la Torah est plus grand que son étude. » Il me semble qu'il emploie « plus grand que » et ne dit pas simplement « que son étude », pour nous enseigner qu'il y a entre les deux un grand écart, d'une mesure considérable ; c'est pourquoi il emploie le mot « plus », afin d'indiquer une mesure importante.
💡 Explication

Le chimouch talmidei hakhamim désigne le fait d'accompagner un maître et de le servir, au-delà des heures d'étude. La preuve tient au mot que le verset choisit pour identifier Elicha : l'homme est désigné par son service, non par son étude.

Le Ben Ich H'ai s'arrête sur le mot « plus », qui marque un écart considérable.

🖼️ Schéma
Le service de la Torah et son étude : ce que le verset choisit de dire Limoud, l'étude le mot qui aurait pu être écrit qui a étudié auprès d'Eliyahou absent du verset Chimouch, le service le mot effectivement écrit qui versait l'eau sur ses mains II Rois 3, 11 Le choix du mot fait la preuve C'est le service qui identifie Elicha, donc il est plus grand que l'étude Le Ben Ich H'ai relève le mot plus, qui indique un écart considérable et non une nuance.
Le mot du verset comme preuve : servir plutôt qu'étudier.
27
אֲמַר לֵיהּ רַבִּי יִצְחָק לְרַב נַחְמָן: מַאי טַעְמָא לָא אָתֵי מָר לְבֵי כְּנִישְׁתָּא לְצַלּוֹיֵי? אֲמַר לֵיהּ: לָא יָכֵילְנָא. אֲמַר לֵיהּ: לְכַנְּפִי לְמָר עֲשָׂרָה וְלִיצַלֵּי. אֲמַר לֵיהּ: טְרִיחָא לִי מִלְּתָא. וְלֵימָא לֵיהּ מָר לִשְׁלוּחָא דְצִבּוּרָא, בְּעִידָּנָא דִּמְצַלֵּי צִבּוּרָא לֵיתֵי וְלוֹדְעֵיהּ לְמָר.

Rabbi Yits'hak dit à Rav Nahman : pour quelle raison le maître ne vient-il pas à la synagogue pour prier ? Il lui dit : je ne le peux pas.

Il lui dit : que le maître réunisse dix hommes chez lui et qu'il prie. Il lui dit : la chose m'est pénible.

Que le maître dise alors au messager de la communauté (chalia'h tsibour) de venir l'avertir au moment où la communauté prie.

📜 Rachi (1)
לָא יָכֵילְנָא תַּשׁ כֹּחִי:
Mes forces ont faibli.
💡 Explication

Le dialogue procède par propositions décroissantes : venir à la synagogue, puis réunir un quorum chez soi, puis simplement prier au même moment que la communauté. Chaque refus de Rav Nahman est motivé, et Rabbi Yits'hak recule d'un cran sans abandonner.

Rachi explique le premier refus : les forces manquent. Le second tient à la gêne d'imposer un déplacement à dix personnes.

🖼️ Schéma
Rabbi Yits'hak et Rav Nahman : trois propositions, trois refus 1. Venir à la synagogue Je ne le peux pas Rachi : mes forces ont faibli obstacle physique 2. Réunir dix hommes La chose m'est pénible il ne veut pas imposer le déplacement à la communauté 3. Être averti de l'heure Prier chez soi au moment où la communauté prie dernière solution proposée Pourquoi tout cela ? La réponse est l'enseignement de Rabbi Chimon ben Yohai, énoncé au folio suivant Rabbi Yits'hak recule d'un cran à chaque refus : le lieu, puis le quorum, puis le seul moment. Le Roch rassemble ici toute la halakha de la synagogue attachée à ce passage. Le folio s'arrête sur la formule de transmission, sans la suite.
Trois propositions successives, et la question qui ouvre l'enseignement du folio suivant.
28
אֲמַר לֵיהּ מַאי כֻּולֵּי הַאי? אֲמַר לֵיהּ דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי:

Il lui dit : pourquoi tout cela ? Il lui dit : parce que Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Chimon ben Yohai :

⚖️ Rosh (1)
תַּנְיָא אַבָּא בִּנְיָמִין אוֹמֵר כָּל יָמַי הָיִיתִי מִצְטַעֵר עַל ב' דְּבָרִים. עַל תְּפִלָּתִי שֶׁתְּהֵא סְמוּכָה לְמִטָּתִי פֵּירוּשׁ שֶׁלֹּא יַעֲשֶׂה מְלָאכָה בְּעָמְדוֹ מִמִּטָּתוֹ עַד שֶׁיִּתְפַּלֵּל וְרַשִׁ"י פִּי' שֶׁגַּם לְתַלְמוּדוֹ אֵין לוֹ לְהַפְסִיק וְתֵימָא הוּא מנ"ל הָא. וְאֶפְשָׁר דְּמַיְירֵי בְּאָדָם שֶׁמִּתְפַּלֵּל בְּבֵית מִדְרָשׁוֹ וְאֵינוֹ רָגִיל לֵילֵךְ לבהכ"נ דְּאִיכָּא לְמִיחַשׁ דִּלְמָא מִיטְרַד בְּגִירְסָתֵיהּ וְיַעֲבֹור זְמַן תְּפִלָּה וּקְרִיאַת שְׁמַע. וְעַל מִטָּתִי שֶׁתְּהֵא נְתוּנָה בֵּין צָפוֹן לַדָּרוֹם דְּאָמַר רַבִּי חָמָא בַּר חֲנִינָא וְאִיתֵּימָא רַבִּי יִצְחָק כָּל הַנּוֹתֵן מִטָּתוֹ בֵּין צָפוֹן לְדָרוֹם הָוְויִין לֵיהּ בָּנִים זְכָרִים שֶׁנֶּאֱמַר מִמְתִים יָדְךָ ה' מִמְתִים מֵחֶלֶד חֶלְקָם בַּחַיִּים וּצְפוּנְךָ תְּמַלֵּא בִטְנָם יִשְׂבְּעוּ בָנִים: תַּנְיָא אַבָּא בִּנְיָמִין אוֹמֵר ב' שֶׁנִּכְנְסוּ לְבֵית הַכְּנֶסֶת לְהִתְפַּלֵּל וְקָדַם אֶחָד מֵהֶם וְהִתְפַּלֵּל וְלֹא הִמְתִּין לַחֲבֵירוֹ וְיָצָא טוֹרְפִין לוֹ תְּפִלָּתוֹ בְּפָנָיו שֶׁנֶּאֱמַר טֹורֵף נַפְשׁוֹ בְּאַפּוֹ וְגוֹ' וְאִם הִמְתִּין לוֹ מַה שְּׂכָרוֹ. אר"י בַּר חֲנִינָא זוֹכֶה לַבְּרָכוֹת הַלָּלוּ שֶׁנֶּאֱמַר לוּא הִקְשַׁבְתָּ לְמִצְוֹתָי וַיְהִי כַנָּהָר וְגוֹ': אַבָּא בִּנְיָמִין אוֹמֵר אֵין תְּפִלָּתוֹ שֶׁל אָדָם נִשְׁמַעַת אֶלָּא בְּבֵית הַכְּנֶסֶת שֶׁנֶּאֱמַר לִשְׁמֹועַ אֶל הָרִנָּה וְאֶל הַתְּפִלָּה. בִּמְקוֹם רִנָּה שָׁם תְּהֵא תְּפִלָּה: שָׁם ע"ב אָמַר רַבִּי חֶלְבּוֹ אָמַר רַב הוּנָא כָּל הַקּוֹבֵעַ מָקוֹם לִתְפִלָּתוֹ אֱ-לֹהֵי אַבְרָהָם בְּעֶזְרוֹ. וּכְשֶׁמֵּת אוֹמְרִים עָלָיו אִי חָסִיד אִי עָנָיו. תַּלְמִידוֹ שֶׁל אַבְרָהָם. וְאַבְרָהָם מִנָּלַן דְּקָבַע דֻּוכְתָּא שֶׁנֶּאֱמַר וַיַּשְׁכֵּם אַבְרָהָם בַּבֹּקֶר אֶל הַמָּקוֹם אֲשֶׁר עָמַד שָׁם אֶת פְּנֵי ה'. וְאֵין עֲמִידָה אֶלָּא תְּפִלָּה שְׁנָא' וְיַעֲמוֹד פִּינְחָס וַיְפַלֵּל לָא בָּעֵי לְמֵימַר שֶׁיְּהֵא רָגִיל לְהִתְפַּלֵּל בְּבֵית הַכְּנֶסֶת אַחַת אֲבָל אִם הוּא מִתְפַּלֵּל בְּאַחַת בִּשְׁנֵי מְקוֹמוֹת שַׁפִּיר דָּמֵי דְּאָמְרִינַן בַּיְּרוּשַׁלְמִי פֶּרֶק תְּפִלַּת הַשַּׁחַר אָמַר רַבִּי תַּנְחוּם בְּרַבִּי חַיָּיא צָרִיךְ אָדָם לְיַחֵד לוֹ מָקוֹם בְּבֵית הַכְּנֶסֶת שֶׁנֶּאֱמַר וַיְהִי דָּוִד בָּא עַד הָרֹאשׁ אֲשֶׁר יִשְׁתַּחֲוֶה שָׁם לֵא-לֹהִים הִשְׁתַּחֲוָה לֹא נֶאֱמַר אֶלָּא יִשְׁתַּחֲוֶה: אָמַר רַבִּי חֶלְבּוֹ אָמַר רַב הוּנָא הַיּוֹצֵא מִבֵּית הַכְּנֶסֶת אַל יַפְסִיעַ פְּסִיעָה גַסָּה. אָמַר אַבָּיֵי לָא אֲמַרַן אֶלָּא בִּדְנָפֵיק. אֲבָל בִּדְעָיֵיל מִצְוָה לְמִירְהַט שֶׁנֶּאֱמַר וְנֵדְעָה נִרְדְּפָה לָדַעַת אֶת ה'. א"ר זֵירָא מֵרֵישׁ כִּי הֲוָה חֲזֵינָא לְרַבָּנַן דְּקָא רָהֲטִי לְפִרְקָא בְּשַׁבְּתָא אָמֵינָא קָא מְחַלְּלֵי רַבָּנַן שַׁבְּתָא. כֵּיוָן דְּשָׁמַעְנָא לְהָא דא"ר תַּנְחוּם אַרִיבָּ"ל לְעוֹלָם יָרוּץ אָדָם לִדְבַר מִצְוָה וְאַפֵּי' בְּשַׁבָּת וְכוּ' אֲנָא נַמֵּי רְהִיטְנָא. וְאָמַר רַבִּי חֶלְבּוֹ אָמַר רַב הוּנָא כָּל הַמִּתְפַּלֵּל אֲחוֹרֵי בהכ"נ נִקְרָא רָשָׁע שֶׁנֶּאֱמַר סָבִיב רְשָׁעִים יִתְהַלָּכוּן. אָמַר אַבָּיֵי לָא אֲמַרַן אֶלָּא דְּלָא מַהְדַּר אַפֵּיהּ לְבֵי כְּנִישְׁתָּא אֲבָל מַהְדַּר אַפֵּיהּ לְבֵי כְּנִישְׁתָּא לֵית לַן בַּהּ. הַהוּא גַבְרָא דַּהֲוָה מְצַלֵּי אֲחוֹרֵי בֵּית הַכְּנֶסֶת וְלָא הֲוָה מַהְדַּר אַפֵּיהּ לְבֵי כְּנִישְׁתָּא חֲלַף הַהוּא טַיָּיעָא חַזְיֵיהּ. א"ל כְּדוּ בָּר קָייְמַתְּ קַמֵּי מָרָךְ שְׁלַף סַפְסֵרֵיהּ וּפַסְקֵיהּ לְרֵישֵׁיהּ: אַרִיבָּ"ל אָסוּר לְאָדָם שֶׁיַּעֲבוֹר אֲחוֹרֵי בהכ"נ בְּשָׁעָה שֶׁהַצִּבּוּר מִתְפַּלְּלִין. וְאָמַר אַבָּיֵי לָא אֲמַרַן אֶלָּא דְּלָא דָּרֵי טוּנָא. וּדְלָא רְהִיט. וּדְלָא מַנַּח תְּפִלִּין. וּדְלֵיכָּא שְׁנֵי פְּתָחִים. וּדְלֵיכָּא בֵּי כְנִישְׁתָּא אַחֲרִיתִי אֲבָל אִיכָּא חֲדָא מִנַּייְהוּ לֵית לַן בַּהּ: אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם ר"ש בֶּן יוֹחַאי כָּל הַקּוֹבֵעַ מָקוֹם לִתְפִלָּתוֹ אוֹיְבָיו נוֹפְלִין תַּחְתָּיו שֶׁנֶּאֱמַר וְשַׂמְתִּי מָקוֹם לְעַמִּי לְיִשְׂרָאֵל וּנְטַעְתִּיו וְשָׁכַן תַּחְתָּיו וְגוֹ': וְאָמַר ר"י מִשּׁוּם רַבִּי יוֹסֵי אֵין תְּפִלָּתוֹ שֶׁל אָדָם נִשְׁמַעַת אֶלָּא בְּבֵית הַכְּנֶסֶת בְּשָׁעָה שֶׁהַצִּבּוּר מִתְפַּלְּלִין שֶׁנֶּאֱמַר וַאֲנִי תְפִלָּתִי לְךָ ה' עֵת רָצוֹן אֵימָתַי עֵת רָצוֹן בְּשָׁעָה שֶׁהַצִּבּוּר מִתְפַּלְּלִין. רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אוֹמֵר מֵהָכָא הֶן אֵל כַּבִּיר וְלֹא יַמָּאָם רַבִּי יוֹסֵי ב"ח אוֹמֵר מֵהָכָא בְּעֵת רָצוֹן עֲנִיָּתֵיךְ תַּנְיָא נָמֵי הָכִי מִנַּיִן שֶׁאֵין הקב"ה מוֹאֵס בִּתְפִלָּתָן שֶׁל רַבִּים שֶׁנֶּאֱמַר הֶן אֵל כַּבִּיר וְלֹא יִמְאָס וּכְתִיב פָּדָה בְשָׁלוֹם נַפְשִׁי מִקֲּרָב לִי כִּי בְרַבִּים הָיוּ עִמָּדִי. מַאי פָּדָה בְּשָׁלוֹם נַפְשִׁי אָמַר רַשְׁבִּ"י אָמַר הקב"ה כָּל הָעוֹסֵק בְּתוֹרָה וּבִגְמִילוּת חֲסָדִים וּמִתְפַּלֵּל עִם הַצִּבּוּר שַׁחֲרִית וְעַרְבִית מַעֲלֶה אֲנִי עָלָיו כְּאִלּוּ פָּדָה לִי וּלְבָנַי מִבֵּין אֻומּוֹת הָעוֹלָם: אָמַר ר"ל כָּל מִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ בֵּית הַכְּנֶסֶת בְּעִירוֹ וְאֵינוֹ נִכְנָס לְתוֹכוֹ לְהִתְפַּלֵּל נִקְרָא שָׁכֵן רַע שֶׁנֶּאֱמַר כֹּה אָמַר ה' עַל כָּל שְׁכֵנַי הָרָעִים הַנֹּוגְעִים בַּנַּחֲלָה וְגוֹ' וְלֹא עִוֵּר אֶלָּא שֶׁגּוֹרֵם לוֹ וּלְבָנָיו גָּלוּת שְׁנָא' הִנְנִי נֹותְשָׁם מֵעַל אַדְמָתָם. אָמְרוּ לֵר' יוֹחָנָן אִיכָּא סָבֵי בְּבָבֶל. תָּמַהּ וְאָמַר מִכְּדֵי כְּתִיב לְמַעַן יִרְבּוּ יְמֵיכֶם וִימֵי בְנֵיכֶם עַל הָאֲדָמָה הוּא דִּכְתִיב אֲבָל בְּחוּצָה לָאָרֶץ לָא. כֵּיוָן דְּאָמְרוּ לֵיהּ מְקַדְּמִי וּמְחַשְּׁכִי לְבֵי כְּנִישְׁתָּא אֲמַר הַייְנוּ דְּאַהֲנִי לְהוּ כִּדְאָמַר לְהוּ רִיבָּ"ל לְבָנֶיהָ קָדְמוּ וַחֲשַׁכוּ לְבֵי כְנִישְׁתָּא כִּי הֵיכִי דְּתַאֲרִיכוּ חַיִּיכוּ. א"ר אַחָא בַּר חֲנִינָא מַאי קְרָאָהּ אַשְׁרֵי אָדָם שֹׁומֵעַ לִי לִשְׁקֹוד עַל דַּלְתֹותַי יוֹם יוֹם לִשְׁמֹור מְזוּזֹות פְּתָחָי וּכְתִיב בָּתְרֵיהּ כִּי מֹוצְאִי מָצָא חַיִּים: גָּרְסִי' בְּפֶרֶק שְׁלֹשָׁה שֶׁאָכְלוּ (בְּרָכוֹת דַּף מז:) אַרִיבָּ"ל לְעוֹלָם יַשְׁכִּים אָדָם לְבֵית הַכְּנֶסֶת כְּדֵי שֶׁיִּמָּנֶה מֵעֲשָׂרָה רִאשׁוֹנִים. שָׁאפֵי' מֵאָה בָּאִין אַחֲרָיו נוֹטֵל שְׂכַר כֻּולָּם שְׂכַר כֻּולָּם ס"ד אֶלָּא נוֹטֵל שָׂכָר כְּנֶגֶד כֻּולָּם: אָמַר רַב חִסְדָּא לְעוֹלָם יִכָּנֵס אָדָם שִׁיעוּר שְׁנֵי פְתָחִים וְאַחַר כָּךְ יִתְפַּלֵּל שֶׁנֶּאֱמַר לִשְׁמוֹר מְזוּזוֹת פִּתְחֵי. י"מ שֶׁלֹּא יְמַהֵר וְיִתְפַּלֵּל מִיָּד כְּשֶׁנִּכְנָס אֶלָּא יִשְׁהֶה שִׁיעוּר שְׁנֵי פְּתָחִים. אֲבָל אִם יוֹשֵׁב סָמוּךְ לַפֶּתַח שַׁפִּיר דָּמֵי. וּמִיהוּ בַּיְּרוּשַׁלְמִי בְּפֶרֶק אֵין עוֹמְדִין גָּרְסִי' רַב חִסְדָּא אָמַר זֶה שֶׁנִּכְנַס לְבֵית הַכְּנֶסֶת צָרִיךְ לִיכָּנֵס לִפְנִים מִשְּׁנֵי דְּלָתוֹת. מ"ט אַשְׁרֵי אָדָם שֹׁומֵעַ לִי לִשְׁקֹוד עַל דַּלְתֹותַי יוֹם יוֹם וְאִם עָשָׂה כֵּן מַה כְּתִיב אַחֲרָיו כִּי מֹוצְאִי מָצָא חַיִּים: אָמַר רָבָא לְרַפְרָם בַּר פָּפָּא לֵימָא לַן מָר מֵהָנֵי מִילֵּי מְעַלְּייָתָא דַּאֲמַרְתְּ לַן מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב חִסְדָּא בְּמִילֵּי דְבֵי כְנִישְׁתָּא. אֲמַר לֵיהּ הָכִי אָמַר רַב חִסְדָּא מַאי דִּכְתִיב אֹוהֵב ה' שַׁעֲרֵי צִיּוֹן מִכֹּל מִשְׁכְּנוֹת יַעֲקֹב. אָמַר הקב"ה אוֹהֵב אֲנִי שְׁעָרִים הַמְצֻוייָּנִין בַּהֲלָכָה יוֹתֵר מִבָּתֵּי כְנֵסִיּוֹת וּבָתֵּי מִדְרָשׁוֹת. וְהַיְינוּ דְּאָמַר רַבִּי חִיָּיא בַּר אַמֵּי מִשְּׁמֵיהּ דְּעֻולָּא מִשָּׁעָה שֶׁחָרַב הקב"ה בֵּית הַמִּקְדָּשׁ אֵין להקב"ה בְּעוֹלָמוֹ אֶלָּא אַרְבַּע אַמּוֹת שֶׁל הֲלָכָה בִּלְבַד ר' אַמִּי וְר' אַסִּי אע"ג דַּהֲווֹ לְהוּ תְּלֵיסַר בֵּי כְּנִישְׁתָּא בִּטְבֶרְיָא לָא הֲווֹ מְצַלֵּי אֶלָּא בֵּינֵי עַמּוּדֵי הֵיכָא דַּהֲווֹ גָּרְסִי אָמַר אַבָּיֵי מֵרֵישׁ הֲוָה גָּרֵיסְנָא בְּגוֹ בִּיתַאי וּמְצַלֵּינָא בְּבֵי כְּנִישְׁתָּא. כֵּיוָן דִּשְׁמַעְנָא לְהָא דְּאָמַר רַבִּי חִיָּיא בַּר אַמֵּי מִשְּׁמֵיהּ דְּעֻולָּא. לָא מְצַלֵּינָא אֶלָּא בֵּינֵי עַמּוּדֵי הֵיכָא דְּגָרֵיסְנָא. וְאָמַר רַבִּי חִיָּיא בַּר אַמֵּי מִשְּׁמֵיהּ דְּעֻולָּא מַאי דִּכְתִיב וְעוֹזְבֵי ה' יִכְלוּ זֶה הַמַּנִּיחַ סֵפֶר תּוֹרָה כְּשֶׁהוּא פָּתוּחַ וְיוֹצֵא. רַבִּי אֲבָהוּ נָפֵיק בֵּין גַּבְרָא לְגַבְרָא בָּעֵי רַב פָּפָּא בֵּין פְּסוּקָא לִפְסוּקָא מַאי תֵּיקוּ. רַב שֵׁשֶׁת מַהְדַּר אַפֵּיהּ וְגָרֵיס אָמַר אֲנַן בְּדִידַן וְאִינְהוּ בְּדִידְהוּ. וְאִם תֹּאמַר הָא אָמְרִי' בְּסוֹטָה בְּפֶ' אֵלּוּ נֶאֱמָרִין (סוֹטָה דַּף לט.) כֵּיוָן שֶׁנִּפְתַּח סֵפֶר תּוֹרָה אָסוּר לְדַבֵּר וַאֲפִילּוּ בִּדְבַר הֲלָכָה שֶׁנֶּאֱמַר וּבְפִתְחוֹ עָמְדוּ כָּל הָעָם. וְאֵין לוֹמַר שָׁאנֵי הָכָא דְּמַהְדַּר אַפֵּיהּ דְּאִם כֵּן הֲוָה לֵיהּ לְאֵתוּיֵי מִילְּתָא דְּרַב שֵׁשֶׁת הָתָם לְאַשְׁמוֹעִינַן דִּבְכִי הַאי גַּווְנָא שָׁרִי. וְנִרְאֶה לִי לְפָרֵשׁ הָא דְּקָאָמַר הָתָם אָסוּר לְדַבֵּר הַיְינוּ דַּוְקָא בְּקוֹל רָם לְפִי שֶׁמְּעַכֵּב אֶת אֲחֵרִים מִלִּשְׁמֹועַ. אֲבָל בְּלַחַשׁ שַׁפִּיר דָּמֵי. וְהָא דְּמַהְדַּר אַפֵּיהּ. ה"ה לָא מַהְדַּר אַפֵּיהּ מָצֵי לְמִיגְרַס בְּלַחַשׁ אֶלָּא רְבוּתָא נְקַט דַּאֲפִילּוּ בְּמַהְדַּר אַפֵּיהּ שֶׁנִּרְאֶה כְּמַנִּיחַ סֵפֶר תּוֹרָה שָׁרִי. וְהוּא הָיָה מְהַפֵּךְ פָּנָיו. כְּדֵי שֶׁיְּכַוֵּין לִבּוֹ בְּגִירְסָתוֹ. רַב אִלְפָּס פֵּירֵשׁ דַּווְקָא רַב שֵׁשֶׁת שֶׁתּוֹרָתוֹ אוֹמַנְתּוֹ. אֲבָל לְהוֹרוֹת לְאָדָם שֶׁשּׁוֹאֵל לְפִי שָׁעָה אוֹ לְפָרֵשׁ דָּבָר אִסּוּר ס"א אִיסּוּר וְהֶיתֵּר לֹא:
On a enseigné : Abba Binyamin dit : toute ma vie je me suis souci d'une chose et d'une autre. De ma prière, qu'elle soit proche de mon lit. Explication : qu'il n'accomplisse pas de travail en se levant de son lit avant d'avoir prié. Rachi a expliqué qu'il ne doit pas non plus s'interrompre pour son étude, ce qui est étonnant : d'où le tient-il ? Il est possible qu'il s'agisse d'un homme qui prie dans sa maison d'étude et n'a pas coutume d'aller à la synagogue, car il y a lieu de craindre qu'il ne se laisse absorber par son étude et que ne passe le temps de la prière et du Chema. Et de mon lit, qu'il soit placé entre le nord et le sud, car Rabbi Hama bar Hanina, et certains disent Rabbi Yits'hak, a dit : quiconque place son lit entre le nord et le sud aura des enfants mâles, ainsi qu'il est dit (Ps. 17, 14) « de ceux qui meurent par Ta main, ה', de ceux qui meurent du monde, dont la part est dans la vie, et dont Tu remplis le ventre de Ton bien caché ; ils seront rassasiés de fils ». On a enseigné : Abba Binyamin dit : deux hommes qui entrent à la synagogue pour prier, et l'un d'eux prie le premier sans attendre son compagnon et sort, on lui déchire sa prière au visage, ainsi qu'il est dit (Jb. 18, 4) « toi qui déchires ton âme dans ta colère », etc. Et s'il l'a attendu, quelle est sa récompense ? Rabbi Yossi bar Hanina a dit : il mérite ces bénédictions, ainsi qu'il est dit (Is. 48, 18) « si tu avais été attentif à Mes commandements, ta paix serait comme un fleuve », etc. Abba Binyamin dit : la prière d'un homme n'est entendue qu'à la synagogue, ainsi qu'il est dit (I R. 8, 28) « pour écouter le chant et la prière » : au lieu du chant, là sera la prière. Là-bas, au verso : Rabbi Helbo a dit au nom de Rav Houna : quiconque fixe un lieu pour sa prière, le D.ieu d'Avraham est à son secours ; et lorsqu'il meurt, on dit de lui : hélas, l'homme pieux, hélas, l'humble, disciple d'Avraham. Et d'où savons-nous qu'Avraham fixait un lieu ? De ce qu'il est dit (Gn. 19, 27) « et Avraham se leva de bon matin vers le lieu où il s'était tenu devant ה' », et « se tenir » désigne la prière, ainsi qu'il est dit (Ps. 106, 30) « et Pinhas se tint debout et pria ». Cela ne veut pas dire qu'il doive avoir coutume de prier dans une seule synagogue : s'il prie dans une même synagogue en deux endroits, cela convient, car nous disons dans le Talmud de Jérusalem, chapitre Tefilat Hachahar : Rabbi Tanhoum fils de Rabbi Hiya a dit : un homme doit se fixer un lieu à la synagogue, ainsi qu'il est dit (II S. 15, 32) « et David arriva jusqu'au sommet, là où il se prosternait devant D.ieu » ; il n'est pas dit « où il s'était prosterné », mais « où il se prosternait ». Rabbi Helbo a dit au nom de Rav Houna : celui qui sort de la synagogue ne doit pas faire de grands pas. Abbaye a dit : nous ne l'avons dit que pour la sortie, mais pour l'entrée c'est une mitsva de courir, ainsi qu'il est dit (Os. 6, 3) « et connaissons, courons pour connaître ה' ». Rabbi Zera a dit : au début, lorsque je voyais les maîtres courir au cours public le chabbat, je disais : les maîtres profanent le chabbat. Depuis que j'ai entendu ce qu'a dit Rabbi Tanhoum au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi, qu'un homme doit toujours courir pour une chose de mitsva, et même le chabbat, etc., moi aussi je cours. Et Rabbi Helbo a dit au nom de Rav Houna : quiconque prie derrière la synagogue est appelé impie, ainsi qu'il est dit (Ps. 12, 9) « les impies marchent alentour ». Abbaye a dit : nous ne l'avons dit que lorsqu'il ne tourne pas son visage vers la synagogue ; mais s'il tourne son visage vers la synagogue, il n'y a rien à redire. Un certain homme priait derrière la synagogue sans tourner son visage vers elle ; un marchand arabe passa, le vit et lui dit : te voilà donc dos tourné devant ton Maître ! Il dégaina son épée et lui trancha la tête. Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : il est interdit de passer derrière la synagogue au moment où la communauté prie. Abbaye a dit : nous ne l'avons dit que s'il ne porte pas de charge, s'il ne court pas, s'il ne porte pas les tefilin, s'il n'y a pas deux portes et s'il n'y a pas d'autre synagogue ; mais si l'une de ces conditions est présente, il n'y a rien à redire. Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Chimon ben Yohai : quiconque fixe un lieu pour sa prière, ses ennemis tombent sous lui, ainsi qu'il est dit « et J'assignerai un lieu à Mon peuple Israël, et Je le planterai, et il demeurera à sa place », etc. Et Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Yossi : la prière d'un homme n'est entendue qu'à la synagogue, au moment où la communauté prie, ainsi qu'il est dit (Ps. 69, 14) « et moi, ma prière est pour Toi, ה', en un temps de faveur » : quand est-ce un temps de faveur ? Au moment où la communauté prie. Rav Nahman bar Yits'hak dit : de là, (Jb. 36, 5) « voici, D.ieu est puissant et ne méprise pas ». Rabbi Yossi fils de Hanina dit : de là, (Is. 49, 8) « en un temps de faveur Je t'ai répondu ». On a enseigné de même : d'où sait-on que le Saint béni soit-Il ne méprise pas la prière du grand nombre ? De ce qu'il est dit « voici, D.ieu est puissant et ne méprise pas », et il est écrit (Ps. 55, 19) « Il a racheté mon âme en paix du combat qui m'était livré, car ils étaient nombreux contre moi ». Que signifie « Il a racheté mon âme en paix » ? Rabbi Chimon ben Yohai a dit : le Saint béni soit-Il a dit : quiconque s'occupe de Torah et d'actes de bonté et prie avec la communauté matin et soir, Je le lui compte comme s'il M'avait racheté, Moi et Mes enfants, d'entre les nations du monde. Rech Lakich a dit : quiconque a une synagogue dans sa ville et n'y entre pas pour prier est appelé un mauvais voisin, ainsi qu'il est dit (Jr. 12, 14) « ainsi a dit ה' sur tous Mes mauvais voisins qui touchent à l'héritage », etc. ; et non seulement cela, mais il attire l'exil sur lui et sur ses enfants, ainsi qu'il est dit « voici que Je les arrache de dessus leur terre ». On dit à Rabbi Yo'hanan : il y a des vieillards à Babel. Il s'en étonna et dit : or il est écrit (Dt. 11, 21) « afin que se multiplient vos jours et les jours de vos enfants sur la terre », c'est sur la terre qu'il est écrit, mais hors de la terre, non. Lorsqu'on lui dit qu'ils vont tôt et tard à la synagogue, il dit : voilà ce qui leur profite, comme Rabbi Yehochoua ben Levi le dit à ses enfants : allez tôt et tard à la synagogue, afin que vos jours se prolongent. Rabbi Aha bar Hanina a dit : quel est le verset ? (Pr. 8, 34) « heureux l'homme qui M'écoute, veillant à Mes portes jour après jour, gardant les montants de Mes entrées », et il est écrit ensuite « car qui Me trouve à trouvé la vie ». Nous étudions au chapitre Chelocha Chekhalou (Berakhot 47b) : Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : qu'un homme se lève toujours tôt pour la synagogue, afin d'être compté parmi les dix premiers ; car même si cent viennent après lui, il reçoit la récompense de tous. La récompense de tous, te viendrait-il à l'esprit ? Il reçoit plutôt une récompense égale à celle de tous. Rav Hisda a dit : qu'un homme entre toujours de la mesure de deux portes, et alors qu'il prie, ainsi qu'il est dit « gardant les montants de Mes entrées ». Certains expliquent qu'il ne doit pas se hâter de prier aussitôt entré, mais attendre la mesure de deux portes ; mais s'il est assis près de la porte, cela convient. Toutefois, dans le Talmud de Jérusalem, chapitre En Omdin, nous lisons : Rav Hisda a dit : celui qui entre à la synagogue doit entrer en deçà de deux portes. Quelle en est la raison ? « Heureux l'homme qui M'écoute, veillant à Mes portes jour après jour » ; et s'il a fait ainsi, qu'est-il écrit après ? « Car qui Me trouve à trouvé la vie ». Rava dit à Rafram bar Papa : que le maître nous dise quelques-unes de ces belles paroles que tu nous as dites au nom de Rav Hisda sur les choses de la synagogue. Il lui dit : ainsi a dit Rav Hisda : que signifie ce qui est écrit (Ps. 87, 2) « ה' aime les portes de Tsion plus que toutes les demeures de Yaakov » ? Le Saint béni soit-Il a dit : J'aime les portes marquées par la halakha plus que les synagogues et les maisons d'étude. Et c'est ce qu'a dit Rabbi Hiya bar Ami au nom d'Oula : depuis que le Saint béni soit-Il a détruit le Temple, le Saint béni soit-Il n'a dans Son monde que les quatre coudées de la halakha seules. Rabbi Ami et Rabbi Assi, bien qu'ils eussent treize synagogues à Tibériade, ne priaient qu'entre les colonnes, là où ils étudiaient. Abbaye a dit : au début j'étudiais chez moi et je priais à la synagogue ; depuis que j'ai entendu ce qu'a dit Rabbi Hiya bar Ami au nom d'Oula, je ne prie plus qu'entre les colonnes, là où j'étudie. Et Rabbi Hiya bar Ami a dit au nom d'Oula : que signifie ce qui est écrit (Is. 1, 28) « et ceux qui abandonnent ה' périront » ? C'est celui qui laisse le rouleau de la Torah ouvert et sort. Rabbi Abahou sortait entre un lecteur et l'autre. Rav Papa a demandé : entre un verset et l'autre, qu'en est-il ? La question reste sans réponse. Rav Chechet tournait son visage et étudiait ; il disait : nous à notre affaire, et eux à la leur. Et si tu dis : n'avons-nous pas dit dans Sota, chapitre Elou Néémarin (39a), que dès que le rouleau de la Torah est ouvert il est interdit de parler, même de choses de halakha, ainsi qu'il est dit (Ne. 8, 5) « et lorsqu'il l'ouvrit, tout le peuple se tint debout » ? On ne peut pas dire qu'ici il en va autrement parce qu'il tournait son visage, car alors il aurait fallu apporter la-bas le propos de Rav Chechet pour nous enseigner qu'en pareil cas c'est permis. Il me semble expliquer que ce qui est dit là-bas, qu'il est interdit de parler, vise précisément la voix haute, parce qu'elle empêche les autres d'entendre ; mais à voix basse, cela convient. Et quant au fait qu'il tournait son visage : sans le tourner il pouvait de même étudier à voix basse, mais on rapporte le cas le plus fort, pour dire que même en tournant le visage, ce qui donne l'apparence de laisser le rouleau de la Torah, c'est permis. Et il tournait son visage afin de fixer son cœur sur son étude. Le Rif a expliqué que cela vaut précisément pour Rav Chechet, dont la Torah était le métier ; mais trancher pour un homme qui interroge sur le moment, où expliquer une chose, d'autres versions portent : une question d'interdit et de permis, non.
💡 Explication

Le folio s'arrête sur la formule de transmission. L'enseignement invoqué par Rabbi Yits'hak pour justifier son insistance est énoncé au début du folio suivant.

Le Roch rattache à ce passage l'ensemble des lois de la synagogue du chapitre : la place fixe, la course vers la maison de prière, l'interdiction de prier derrière la synagogue, le moment où la communauté prie, et la supériorité des quatre coudées de la halakha.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).