Sougya : Le folio ouvre sur le temps de faveur : la prière de l'individu est agréée à l'heure où la communauté prie, et trois maîtres apportent chacun leur verset, avant qu'une baraita de Rabbi Natan n'assimile celui qui joint Torah, actes de bonté et prière publique à celui qui rachète D.ieu et Ses enfants d'entre les nations. Suivent les conséquences pratiques : Rech Lakich appelle mauvais voisin celui qui néglige la synagogue de sa ville, les anciens de Babel doivent leur longévité au fait d'aller tôt et tard à la synagogue, et Rav Hisda enseigne d'entrer la mesure de deux portes avant de prier.
Le mot mets a du verset des Psaumes ouvre alors une longue sougya : cinq maîtres lisent lÉ'et metso de la femme, de la Torah, de la mort, de la sépulture et du lieu d'aisance, avec la baraita des neuf cent trois espèces de mort. Le folio s'achève sur la primauté de la halakha : depuis la destruction du Temple, le Saint béni soit-Il n'a dans Son monde que les quatre amot de la halakha, d'où la conduite d'Abaye, de Rabbi Ami et de Rabbi Assi, puis sur le respect du sefer Torah pendant la lecture publique et l'obligation d'achever chaque semaine sa paracha, deux fois le texte et une fois le Targoum.
Que signifie ce qui est écrit : « Et moi, ma prière s'adresse à Toi, ה', en un temps de faveur » (Ps. 69, 14) ?
Quand est-ce un temps de faveur ? À l'heure où la communauté prie.
Le verset place la prière de l'individu dans un temps de faveur, comme si l'heure elle-même faisait la différence. Le Talmud identifie cette heure : celle où la communauté prie. L'individu qui joint sa prière à celle du tsibbour entre dans le temps où la prière est agréée.
Rachi relève la portée de la question : le verset suppose qu'il existe une heure de faveur, et l'on cherche laquelle.
Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina dit : de ceci — « Ainsi a dit ה' : en un temps de faveur Je t'ai répondu » (Is. 49, 8).
Un second maître appuie la même règle sur un autre verset. L'avantage de celui-ci apparaît dans le mot anitikha, Je t'ai répondu : le verset ne se contente pas de nommer le temps de faveur, il y attache la réponse.
Rabbi Aha fils de Rabbi Hanina dit : de ceci — « Voici, D.ieu est puissant et ne méprise pas » (Job 36, 5) ; et il est écrit : « Il a racheté mon âme en paix du combat qui me menaçait, car ils étaient nombreux avec moi » (Ps. 55, 19).
La lecture repose sur le mot kabir, puissant, entendu comme le grand nombre : D.ieu ne méprise pas la prière du grand nombre. Le second verset fournit le terme explicite, be-rabim, avec le grand nombre, et rattache le salut au fait que d'autres priaient avec celui qui parle.
Cela a également été enseigné dans une baraita. Rabbi Natan dit : d'où savons-nous que le Saint béni soit-Il ne méprise pas la prière du grand nombre ?
De ce qu'il est dit : « Voici, D.ieu est puissant et ne méprise pas », et il est écrit : « Il a racheté mon âme en paix du combat qui me menaçait », etc. Le Saint béni soit-Il a dit : quiconque s'occupe de Torah et d'actes de bonté et prie avec la communauté, Je le lui compte comme s'il M'avait racheté, Moi et Mes enfants, d'entre les nations du monde.
La baraita reprend les deux versets de Rabbi Aha et en tire davantage. Le mot be-chalom, en paix, est lu par Rachi comme la désignation de la Torah, dont tous les sentiers sont paix, et de la gemilout hassadim, qui produit la paix entre les hommes. Trois conduites se trouvent ainsi réunies dans le verset : Torah, actes de bonté, prière avec la communauté.
Le terme pediani, Il M'a racheté, est le point fort : la délivrance d'Israël est présentée comme une délivrance de la Présence elle-même.
Rech Lakich a dit : quiconque a une synagogue dans sa ville et n'y entre pas pour prier est appelé « mauvais voisin », ainsi qu'il est dit : « Ainsi a dit ה' : sur tous Mes mauvais voisins qui touchent à l'héritage que J'ai fait hériter à Mon peuple Israël » (Jr. 12, 14).
Et plus encore : il cause l'exil pour lui et pour ses enfants, ainsi qu'il est dit : « Voici, Je les arrache de dessus leur terre, et la maison de Yehouda, Je l'arracherai du milieu d'eux ».
Le verset de Jérémie parle de voisins qui touchent à l'héritage sans y entrer. Rech Lakich applique l'image à celui qui a une synagogue tout près et se contente d'en frôler le seuil.
La seconde partie du verset fournit la sanction, l'arrachement de la terre. Rachi précise le point de méthode : la citation qui annonce l'exil est la suite du même verset, ce qui rattache la peine à la conduite décrite juste avant.
On dit à Rabbi Yo'hanan : il y a des vieillards à Babel. Il s'étonna et dit : « afin que se multiplient vos jours et les jours de vos enfants sur la terre » (Dt.
11, 21) est écrit — mais hors de la Terre, non ? Lorsqu'on lui dit qu'ils vont tôt et tard à la synagogue, il dit : voilà ce qui leur a profité.
La difficulté de Rabbi Yo'hanan porte sur la promesse de longévité, que le verset attache à la Terre. La réponse ne conteste pas le principe : elle indique une conduite qui procure le même effet ailleurs, l'assiduité du matin et du soir à la synagogue.
Les mots makdemi ou-mahchekhi sont expliqués par Rachi : ils viennent dès l'aube et restent jusqu'au soir, c'est-à-dire qu'ils prolongent leur présence à la synagogue.
Car Rabbi Yehochoua ben Levi a dit à ses fils : allez tôt et allez tard, entrez à la synagogue, afin que vos jours se prolongent. Rabbi Aha fils de Rabbi Hanina a dit : quel est le verset ?
« Heureux l'homme qui M'écoute, veillant à Mes portes jour après jour, gardant les montants de Mon entrée » (Pr. 8, 34) ; et il est écrit après : « car celui qui Me trouve à trouvé la vie » (Pr.
8, 35).
Le verset des Proverbes fournit la base de la pratique : veiller aux portes jour après jour, puis la récompense annoncée au verset suivant, la vie. Deux mots de ce verset serviront encore : les montants de l'entrée au segment suivant, et le verbe matsa, trouver, qui ouvre la longue sougya de lE'et metso.
Rav Hisda a dit : que l'homme entre toujours deux portes dans la synagogue. Deux portes, cela te vient à l'esprit ?!
Dis plutôt : la mesure de deux portes, et après cela qu'il prie.
La formule de Rav Hisda est corrigée par la guemara. Prise au pied de la lettre, elle exigerait un bâtiment à deux portes, ce que l'on ne peut imposer. On y lit donc un chiour, une mesure de distance à franchir vers l'intérieur.
Rachi donne la raison : celui qui s'assied contre la porte donne l'impression que le séjour à la synagogue lui pèse et qu'il se tient prêt à sortir.
« Pour cela que tout homme pieux Te prie à l'heure de trouver » (Ps. 32, 6).
Rabbi Hanina a dit : « à l'heure de trouver », c'est la femme, ainsi qu'il est dit : « celui qui a trouvé une femme a trouvé le bien » (Pr. 18, 22).
Le verset des Psaumes recommande une prière lÉ'et metso, à l'heure de trouver, sans dire ce que l'on trouve. Cinq maîtres vont combler ce blanc, chacun par un verset ou figure le verbe matsa.
Rachi précise l'objet de la prière : que ces choses soient disponibles au moment où l'homme en aura besoin.
En Occident, lorsqu'un homme épousait une femme, on lui disait ainsi : matsa ou motse ? Matsa, comme il est écrit : « celui qui a trouvé une femme a trouvé le bien et a obtenu la faveur de ה' » (Pr.
18, 22) ; motse, comme il est écrit : « et je trouve plus amère que la mort la femme » (Ec. 7, 26), etc.
La coutume repose sur deux versets où le même verbe apparaît à deux formes : matsa, accompli, chez Salomon dans les Proverbes, et motse, participe, dans l'Ecclésiaste. La question posée au jeune marié tient en trois mots et le laisse répondre lui-même.
Rabbi Natan dit : « à l'heure de trouver », c'est la Torah, ainsi qu'il est dit : « car celui qui Me trouve à trouvé la vie » (Pr. 8, 35), etc.
Rabbi Natan reprend le verset déjà cité au segment 7, où la Torah parle à la première personne. Le verbe matsa y figure deux fois, ce qui en fait l'appui le plus direct du mot metso.
Rav Nahman bar Yits'hak dit : « à l'heure de trouver », c'est la mort, ainsi qu'il est dit : « et à la mort les issues » (Ps. 68, 21).
Le rapprochement passe par le mot totsaot, issues, qui partage la racine du verbe trouver dans sa forme causative. Rachi indique l'objet de la prière : mourir d'une mort belle et paisible.
Cela a également été enseigné dans une baraita : neuf cent trois espèces de mort ont été créées dans le monde, ainsi qu'il est dit : « et à la mort les issues » — totsaot vaut ce nombre en guematria. La plus dure de toutes est l'askara ; la plus douce de toutes est le baiser.
L'askara ressemble à une ronce prise dans une toison de laine que l'on retire à rebours ; certains disent : comme des cordages dans l'ouverture de l'oesophage. Le baiser ressemble à un cheveu que l'on retire du lait.
La baraita tire le nombre du mot totsaot par guematria, la valeur numérique des lettres. Elle range ensuite les espèces de mort sur une échelle dont elle nomme les deux extrémités.
Les deux comparaisons de l'askara décrivent un arrachement contrarié. Rachi explique la seconde à partir d'un usage maritime : dans l'océan, on assemble les planches du navire avec des cordages épais enfoncés de force dans les trous. Le baiser, à l'inverse, décrit un retrait sans résistance.
Rabbi Yo'hanan dit : « à l'heure de trouver », c'est la sépulture. Rabbi Hanina a dit : quel est le verset ?
« Ceux qui se réjouissent jusqu'à l'allégresse, qui exultent lorsqu'ils trouvent une tombe » (Job 3, 22). Rabba bar Rav Chila a dit : voilà ce que les gens disent : que l'homme demande miséricorde même jusqu'à la dernière pelletée, pour la paix.
Le verset de Job contient le verbe matsa applique à la tombe. Le dicton rapporté par Rabba bar Rav Chila étend l'objet de la prière jusqu'au dernier instant : Rachi l'explique de la paix pendant tous les jours de la vie, et jusqu'à la dernière motte de terre jetée sur la tombe.
Mar Zoutra dit : « à l'heure de trouver », c'est le lieu d'aisance. On dit en Occident : celle de Mar Zoutra est préférable à toutes.
Rachi explique la portée pratique de cette lecture : le sol de Babel était gorge d'eau et l'on ne pouvait y creuser de fosses, de sorte qu'il fallait sortir dans les champs et s'éloigner beaucoup. Prier de trouver un lieu d'aisance à proximité revient à prier pour l'endroit où l'on s'établit.
Le Ben Ich Haï propose une raison à la préférence des maîtres d'Occident : le verset attribue cette prière au hassid, et cette lecture explique pourquoi elle lui revient en propre.
Rava dit à Rafram bar Papa : que le maître nous dise quelques-unes de ces excellentes paroles que tu as dites au nom de Rav Hisda à propos des choses de la synagogue.
La demande ramène le folio à son sujet initial après la sougya de lÉ'et metso. Elle sert de charnière : ce que Rafram va rapporter déplacera le centre de gravité de la synagogue vers le lieu d'étude de la halakha.
Il lui dit : ainsi a dit Rav Hisda. Que signifie ce qui est écrit : « ה' aime les portes de Tsion plus que toutes les demeures de Yaakov » (Ps.
87, 2) ? ה' aime les portes distinguées par la halakha plus que les synagogues et les maisons d'étude.
La lecture repose sur le rapprochement entre Tsion et metsouyanim, distingués, marqués. Rachi glose le mot par la notion de marque et par celle de rassemblement de la communauté.
Le classement établi place l'étude de la halakha au-dessus de la synagogue et de la maison d'étude ordinaire. Le Ben Ich Haï précise la distinction : les maisons d'étude où l'on lit le texte biblique et la michna, et les lieux distingués où l'on étudie la guemara et où l'on tranche la halakha pratique.
Et c'est ce qu'a dit Rabbi Hiya bar Ami au nom de Oulla : depuis le jour où la Maison du sanctuaire a été détruite, le Saint béni soit-Il n'a dans Son monde que les quatre amot de la halakha seules.
La phrase de Oulla fournit le fondement de la préférence énoncée par Rav Hisda. Les quatre amot désignent l'espace propre d'un homme ; l'expression rassemble donc l'idée d'un lieu et celle d'une occupation.
Trois conduites vont en découler dans les segments suivants : celle d'Abaye, celle de Rabbi Ami et Rabbi Assi, et le classement des lieux énoncé plus haut.
Et Abaye a dit : au début j'étudiais chez moi et je priais à la synagogue. Lorsque j'ai entendu ce qu'a dit Rabbi Hiya bar Ami au nom de Oulla — depuis le jour où la Maison du sanctuaire a été détruite, le Saint béni soit-Il n'a dans Son monde que les quatre amot de la halakha seules —, je n'ai plus prié qu'à l'endroit où j'étudie.
Abaye tire de la phrase de Oulla une conséquence sur le lieu de sa prière. La question de la prière avec le tsibbour, développée au début du folio, se trouve ici mise en balance avec la valeur du lieu d'étude.
Rabbi Ami et Rabbi Assi, bien qu'ils eussent treize synagogues à Tibériade, ne priaient qu'entre les colonnes, là où ils étudiaient.
Le détail des treize synagogues rend la conduite plus frappante : l'abondance des lieux de prière n'a pas déplacé ces maîtres hors de leur lieu d'étude. Rachi précise que la maison d'étude était établie au-dessus de ces colonnes.
Et Rabbi Hiya bar Ami a dit au nom de Oulla : celui qui jouit du fruit de son labeur est plus grand que celui qui craint le Ciel. Car à propos de celui qui craint le Ciel il est écrit : « heureux l'homme qui craint ה' » (Ps.
112, 1), tandis qu'à propos de celui qui jouit du fruit de son labeur il est écrit : « le labeur de tes mains, quand tu en mangeras, heureux es-tu et bien t'en sera » (Ps. 128, 2).
« Heureux es-tu » — dans ce monde ; « et bien t'en sera » — pour le monde à venir. Et à propos de celui qui craint le Ciel, « et bien t'en sera » n'est pas écrit.
La preuve repose sur une comparaison de formules. Les deux versets commencent par achrei, heureux ; le second ajoute ve-tov lakh, et bien t'en sera, que le premier né comporte pas. Les sages rapportent le premier terme à ce monde et le second au monde à venir.
Et Rabbi Hiya bar Ami a dit au nom de Oulla : que l'homme réside toujours au lieu où réside son maître. Car tant que Chimi ben Guera fut en vie, Chelomo n'épousa pas la fille de Pharaon.
La preuve est tirée de l'ordre des récits dans le livre des Rois. Rachi le relève : le mariage de Chelomo avec la fille de Pharaon est mentionné juste après la mort de Chimi ben Guera, ce qui rattache l'un à l'autre.
Mais n'a-t-on pas enseigné : qu'il n'y réside pas !
Une baraita énonce la règle inverse. La contradiction porte sur le même objet, la proximité du maître, ce qui appelle une distinction entre deux cas.
Cela ne fait pas difficulté : ici, lorsqu'il se soumet à lui ; là, lorsqu'il ne se soumet pas à lui.
Le terme kayef, soumis, désigne le disciple qui accepte la réprimande de son maître. Rachi tire la conséquence dans les deux sens : celui-là doit résider auprès de lui ; celui qui ne l'accepte pas fera mieux de s'en éloigner, afin de fauter par mégarde plutôt que sciemment.
Rav Houna bar Yehouda a dit au nom de Rabbi Menahem au nom de Rabbi Ami : que signifie ce qui est écrit : « et ceux qui abandonnent ה' périront » (Is. 1, 28) ?
Il s'agit de celui qui laisse le sefer Torah et sort.
Le folio revient à la synagogue par la question du respect du sefer Torah pendant la lecture publique. Le verset d'Isaie fournit la qualification ; les segments suivants en délimitent l'application par des cas concrets.
Rabbi Abahou sortait entre un homme et l'autre.
Le premier cas fixe une limite : entre deux appelés à la Torah, le rouleau est fermé et la lecture interrompue, de sorte que la sortie ne constitue pas un abandon.
Rav Papa demanda : entre un verset et l'autre, qu'en est-il ?
Le cas intermédiaire porte sur la pause qui sépare deux versets à l'intérieur d'une même lecture. Le rouleau reste ouvert et le lecteur reste en place, ce qui laisse la question ouverte.
Cela reste en suspens.
Le mot teikou clôt la question sans la trancher. En pratique, l'absence de décision impose la retenue.
Rav Chechet tournait son visage et étudiait. Il disait : nous à ce qui nous revient, et eux à ce qui leur revient.
Rav Chechet reste dans la synagogue et étudie pendant la lecture. Rachi précise l'objet de cette étude : il répétait sa michna.
Tossefot soulève la contradiction avec le traité Sota, où il est interdit de parler dès lors que le rouleau est ouvert, même d'une parole de halakha. Deux réponses sont données : là-bas il s'agit de parler à voix haute, et le Rif restreint le cas de Rav Chechet à la présence de dix autres personnes, ou bien à celui dont la Torah est le métier — réponse que Tossefot retient comme la plus vraisemblable.
Rav Houna bar Yehouda a dit au nom de Rabbi Ami : que l'homme achève toujours ses sections avec la communauté : deux fois le texte et une fois le Targoum.
La règle fixe une lecture personnelle réglée sur le calendrier public : chaque semaine, la paracha lue à la synagogue doit avoir été parcourue deux fois dans le texte et une fois dans sa traduction araméenne. Rachi précise qu'il s'agit de la section de chaque chabbat.
Tossefot écarte l'idée de remplacer le Targoum par une traduction en langue vernaculaire : le Targoum apporte ce que l'hébreu seul ne donne pas, comme le montre Rav Yossef dans Meguila, et la troisième lecture doit donc se faire dans cette langue.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).