Berakhot 8b — Achever sa paracha avec la communauté, les recommandations des maîtres à leurs fils, et les frontières du jour et de la nuit pour le Chema

Berakhot 8b

Sougya : Le folio achève la sougya du chenayim mikra ve-ehad targoum : même un verset de noms de lieux comme Atarot et Divon doit être lu, et celui qui achève ses sections avec la communauté voit ses jours prolongés. Rav Bivaï bar Abaye tente deux échappatoires, tout rattraper la veille de Kippour puis prendre de l'avance ; l'une et l'autre sont écartées, la première parce que le neuf Tichri est un jour de repas compté comme un jeûne, la seconde parce que la lecture doit suivre le rythme du tsibbour.

Viennent ensuite deux séries de recommandations d'un père à ses fils : Rabbi Yehochoua ben Levi sur la paracha, les veridin et l'ancien qui a oublié son étude, puis Rava sur la découpe de la viande, le lit de l'aramitte et le passage derrière la synagogue, avec les cinq restrictions d'Abaye. Deux baraitot parallèles louent chacune trois conduites, celles des Mèdes selon Rabbi Akiva et celles des Perses selon Rabban Gamliel.

Le folio revient enfin à la michna : la halakha est comme Rabban Gamliel, et deux baraitot de Rabbi Chimon ben Yohai examinent le statut de l'aube et du lever du soleil, ces zones où l'on peut lire deux fois le Chema et s'acquitter à la fois du jour et de la nuit.

Quand lire sa paracha : les trois essais de Rav Bivaï bar Abaye La règle : deux fois le texte, une fois le Targoum — avec le tsibbour Fenêtre usuelle : de minha de chabbat au chabbat suivant. Récompense : jours et années prolongés. Essai 1 : tout rattraper la veille de Kippour Refusé : le neuf Tichri est un jour de manger et de boire Essai 2 : prendre de l'avance tout lire en un ou deux chabbatot Refusé : à condition qu'il n'anticipe pas et ne retarde pas Essai 3 : au rythme du tsibbour chaque semaine, sa section Retenu : Rabbi Yehochoua ben Levi à ses fils, achevez avec le tsibbour Cas limite discuté : Atarot et Divon Rachi : verset sans Targoum, on lit trois fois l'hébreu. Tossefot : il existe un Targoum de Jérusalem, mieux vaut donc dire la troisième fois en Targoum. Le Roch sur le moment de l'achèvement Midrach : achever avant le repas du chabbat. S'il n'a pas fini, il achève après le repas ; avant le repas reste la manière la plus accomplie.
La lecture personnelle de la paracha doit suivre le calendrier du tsibbour : ni rattrapage groupe la veille de Kippour, ni avance.
Quatre séries de trois : ce qu'un maître transmet, ce qu'un maître loue Rabbi Yehochoua ben Levi à ses fils 1. Achever la paracha avec le tsibbour 2. Les veridin, selon Rabbi Yehouda 3. Honorer l'ancien qui a oublié son étude Appui du 3 : les tables et leurs débris reposent ensemble dans l'arche. Rava à ses fils 1. Ne pas couper la viande sur la main 2. Ne pas s'asseoir sur le lit d'une aramitte 3. Ne pas passer derrière la synagogue Motifs du 1 : danger, ou repas gâté. Trois lectures du 2 ; affaire de Rav Papa. Rabbi Akiva : j'aime les Mèdes sur trois points 1. Couper la viande sur la table 2. Embrasser le dos de la main 3. Tenir conseil dans les champs Appui du 3 : Yaakov appelle Rachel et Léa aux champs (Gn 31, 4). Les murs ont des oreilles. Rabban Gamliel : j'aime les Perses sur trois points 1. Pudeur dans la manière de manger 2. Pudeur au lieu d'aisance 3. Pudeur en une autre chose Contrepoint immédiat : Rav Yossef enseigne qu'ils sont désignés pour la Géhenne (Is. 13, 3).
Quatre listes de trois se répondent dans le folio : deux testaments de pères, deux éloges de peuples étrangers.
Les deux zones frontières du Chema selon Rabbi Chimon ben Yohai nuit pleine entre alot ha-chahar et netz jour installé alot ha-chahar (montée de l'aube) netz ha-hama (lever du soleil) Baraita 1 : deux lectures dans la nuit une avant alot ha-chahar = Chema du soir une après alot ha-chahar = Chema du matin Réponse : c'est bien la nuit ; on l'appelle jour car il y a des gens debout à cette heure-là. Baraita 2 : deux lectures dans la journée une avant netz ha-hama = Chema du soir une après netz ha-hama = Chema du matin Réponse attendue : c'est bien le jour ; on l'appelle nuit car il y a des gens couchés à cette heure-là. Le principe commun aux deux baraitot Le Chema se règle sur be-chokhbekha et be-koumekha, la conduite réelle des hommes, non sur une frontière astronomique. Une même heure peut donc porter les deux noms selon ce que l'on regarde. Tossefot : pour les tefilin et les tsitsit, qui exigent le jour, cette heure reste la nuit.
Les deux baraitot construisent la même difficulté sur deux frontières différentes : l'aube, puis le lever du soleil.
1
וַאֲפִילּוּ ״עֲטָרוֹת וְדִיבֹן״. שֶׁכָּל הַמַּשְׁלִים פָּרָשִׁיּוֹתָיו עִם הַצִּבּוּר מֵאֲרִיכִין לוֹ יָמָיו וּשְׁנוֹתָיו.

Et même « Atarot et Divon ». Car quiconque achève ses sections avec la communauté, on lui prolonge ses jours et ses années.

📜 Rachi (1)
ואפ' עֲטָרוֹת וְדִיבֹון שֶׁאֵין בּוֹ תַּרְגּוּם:
verset qui n'a pas de Targoum.
🗂️ Tossefot (1)
וַאֲפִילּוּ עֲטָרוֹת וְדִיבֹון וְכוּ' פֵּי' רַשִׁ"י אַפֵּי' עֲטָרוֹת וְדִיבֹון שֶׁאֵין בּוֹ תַּרְגּוּם שֶׁצָּרִיךְ לִקְרוֹתוֹ שְׁלֹשָׁה פְּעָמִים בְּעִבְרִי. וְקָשֶׁה אַמַּאי נְקַט עֲטָרוֹת וְדִיבֹון שֶׁיֵּשׁ לוֹ מ"מ תַּרְגּוּם יְרוּשַׁלְמִי. הָיָה לוֹ לוֹמַר רְאוּבֵן וְשִׁמְעוֹן אוֹ פְּסוּקָא אַחַרְיַנָא שֶׁאֵין בּוֹ תַּרְגּוּם כְּלָל. וְיֵשׁ לוֹמַר מִשּׁוּם הָכִי נְקַט עֲטָרוֹת וְדִיבֹון אע"ג שֶׁאֵין בּוֹ תַּרְגּוּם יָדוּעַ אֶלָּא תַּרְגּוּם יְרוּשַׁלְמִי וְצָרִיךְ לִקְרוֹת ג' פְּעָמִים הָעִבְרִי מ"מ יוֹתֵר טוֹב לִקְרוֹת פַּעַם שְׁלִישִׁית בְּתַרְגּוּם:
Rachi a expliqué : même « Atarot et Divon », qui n'a pas de Targoum, il faut le lire trois fois en hébreu. Et cela fait difficulté : pourquoi prendre précisément « Atarot et Divon », qui possède malgré tout un Targoum de Jérusalem ? Il aurait fallu dire « Reouven et Chimon », ou un autre verset qui n'a aucun Targoum du tout. On peut répondre que c'est pour cette raison qu'il a pris « Atarot et Divon » : bien qu'il n'ait pas de Targoum connu mais seulement le Targoum de Jérusalem, et qu'il faille donc lire trois fois l'hébreu, il vaut malgré tout mieux dire la troisième fois en Targoum.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוּדָה אָמַר רַבִּי מְנַחֵם א"ר אַמִּי אר"י לְעוֹלָם יַשְׁלִים אָדָם פָּרָשִׁיּוֹתָיו עִם הַצִּבּוּר שְׁנַיִם מִקְרָא וְאֶחָד תַּרְגּוּם. וְאַפֵּי' עֲטָרוֹת וְדִיבֹון. וְכָל הַמַּשְׁלִים פָּרָשִׁיּוֹתָיו עִם הַצִּבּוּר מֵאֲרִיכִין לוֹ יָמָיו וּשְׁנוֹתָיו. אֲפִילּוּ עֲטָרוֹת וְדִיבֹון פרש"י שֶׁאֵין בּוֹ תַּרְגּוּם. וְקָשֶׁה דַּהֲוָה מָצֵי לְמֵימַר אֲפִילּוּ רְאוּבֵן וְשִׁמְעוֹן וְכַיּוֹצֵא בָּהֶן וְנִרְאֶה דִּנְקַט עֲטָרוֹת וְדִיבֹון לְפִי שֶׁיֵּשׁ סְפָרִים שֶׁכָּתוּב בָּהֶן תַּרְגּוּם וְגַם בַּיְּרוּשַׁלְמִי הוּא מְתֻורְגָּם. לְהַךְ פֵּירוּשָׁא הָא דִּנְקַט עֲטָרוֹת וְדִיבֹון אע"פ שֶׁאֵין צֹורֶךְ כָּל כָּךְ בְּתַרְגּוּם. אֲבָל רְאוּבֵן וְשִׁמְעוֹן וְכַיּוֹצֵא בָּהֶם אֵין צָרִיךְ לִקְרוֹת שָׁלֹשׁ פְּעָמִים. מִכָּל מָקוֹם נָהֲגוּ לְהַחְמִיר כפירש"י. י"מ דה"ה לְכָל הַלּוֹעֲזוֹת לַעַז שֶׁלָּהֶן הָוֵי כְּמוֹ הַתַּרְגּוּם. כִּי הַתַּרְגּוּם הוּא בִּשְׁבִיל עַמֵּי הָאָרֶץ שֶׁאֵינָם יוֹדְעִים לְשׁוֹן הַקֹּודֶשׁ וְאִם כֵּן ה"ה לַעַז לְמַכִּירִין בּוֹ. וְלָא נְהִירָא לְפִי שֶׁהַתַּרְגּוּם מְפָרֵשׁ כַּמָּה דְּבָרִים שֶׁאֵין לְהָבִין מִתּוֹךְ הַמִּקְרָא כִּדְאָמַר רַב יוֹסֵף מְגִילָּה דַּף ג אִלְמָלֵא תַּרְגּוּמָא דְּהַאי קְרָא. וְנִרְאֶה שֶׁהַקּוֹרֵא בְּפִי' הַתּוֹרָה יוֹצֵא בוֹ יְדֵי תַּרְגּוּם כֵּיוָן שֶׁמְּפֹורָשׁ בּוֹ כָּל מִלָּה וּמִלָּה: יַשְׁלִים פָּרָשֻׁיּוֹתָיו עִם הַצִּבּוּר נִרְאֶה דְּכָל הַשָּׁבוּעַ מִיקְּרֵי עִם הַצִּבּוּר הוֹאִיל וּבְמִנְחֲתָא דְּשַׁבְּתָא מַתְחִילִין לִקְרוֹת אֶת הַפָּרָשָׁה אע"ג דְּלָא מִיקְּרֵי קַמֵּי שַׁבְּתָא אֶלָּא מֵרְבִיעִי וְאֵילָךְ פְּסָחִים דַּף קו. בַּמִּדְרָשׁ יֵשׁ צִוָּה רַבִּי אֶת בָּנָיו אַל תֹּאכְלוּ לֶחֶם בְּשַׁבָּת עַד שֶׁתִּגְמְרוּ אֶת כָּל הַפָּרָשָׁה. וּמִיהוּ אִם לֹא הִשְׁלִים קֹודֶם מַשְׁלִים לְאַחַר אֲכִילָה:
Rav Houna fils de Rav Yehouda a dit au nom de Rabbi Menahem, au nom de Rabbi Ami, au nom de Rabbi Yo'hanan : que l'homme achève toujours ses sections avec la communauté, deux fois le texte et une fois le Targoum, et même « Atarot et Divon » ; et quiconque achève ses sections avec la communauté, on lui prolonge ses jours et ses années. « Même Atarot et Divon » : Rachi a expliqué qu'il n'y a pas là de Targoum. Et cela fait difficulté, car il aurait pu dire « même Reouven et Chimon » et leurs semblables. Il paraît qu'il a pris « Atarot et Divon » parce qu'il y a des livres où un Targoum y est écrit, et parce que dans le Talmud de Jérusalem aussi ce verset est traduit. Selon cette explication, s'il a pris « Atarot et Divon », c'est bien qu'on n'y ait pas grand besoin du Targoum ; mais « Reouven et Chimon » et leurs semblables n'ont pas besoin d'être lus trois fois. Malgré tout, l'usage s'est établi d'être rigoureux selon l'explication de Rachi. Certains expliquent qu'il en va de même pour tous ceux qui parlent une langue étrangère : leur langue vaut pour eux comme le Targoum, car le Targoum a été fait pour les gens du peuple qui ne connaissent pas la langue sainte, et il en va donc de même de la langue vernaculaire pour ceux qui la comprennent. Cela ne paraît pas juste, car le Targoum explique plusieurs choses que l'on ne peut comprendre à partir du texte lui-même, comme le dit Rav Yossef (Meguila 3a) : sans le Targoum de ce verset, je ne saurais pas ce qu'il dit. Et il paraît que celui qui lit un commentaire de la Torah s'acquitte par là du Targoum, puisque chaque mot y est expliqué. « Qu'il achève ses sections avec la communauté » : il paraît que toute la semaine est appelée « avec la communauté », puisque à minha de chabbat on commence déjà à lire la section, bien que, pour les actes de divorce, on n'appelle « avant chabbat » qu'à partir du quatrième jour (Pessahim 106a). Dans le Midrach, Rabbi ordonna à ses fils : ne mangez pas de pain le chabbat avant d'avoir achevé toute la section. Toutefois, s'il n'a pas achevé avant, il achève après le repas.
💡 Explication

La règle du chenayim mikra ve-ehad targoum — deux fois le texte et une fois le Targoum — s'applique jusqu'au verset qui semble n'en avoir aucun besoin. « Atarot et Divon » (Nb 32, 3) n'est qu'une liste de noms de lieux identiques en hébreu et en araméen.

Rachi en conclut que ce verset n'a pas de Targoum et qu'on le lit donc trois fois en hébreu. Tossefot objecte qu'il existe pour lui un Targoum de Jérusalem, et qu'il vaut mieux dire la troisième lecture dans cette langue ; c'est précisément pour cela que la guemara a choisi cet exemple plutôt qu'un verset totalement dépourvu de traduction.

2
רַב בִּיבִי בַּר אַבָּיֵי סָבַר לְאַשְׁלוֹמִינְהוּ לְפָרָשְׁייָתָא דְּכֹלָּא שַׁתָּא בְּמַעֲלֵי יוֹמָא דְכִפּוּרֵי, תְּנָא לֵיהּ חִייָּא בַּר רַב מִדִּפְתִּי: כְּתִיב: ״וְעִנִּיתֶם אֶת נַפְשֹׁתֵיכֶם בְּתִשְׁעָה לַחֹדֶשׁ בָּעֶרֶב״.

Rav Bivai bar Abaye pensait achever les sections de toute l'année la veille de Yom Kippour. Hiya bar Rav de Diftei lui enseigna : il est écrit « et vous affligerez vos âmes le neuvième du mois, au soir ».

💡 Explication

Rav Bivai cherche une solution pratique à l'accumulation : réunir en une seule journée libre toutes les sections qu'il n'a pas lues en leur temps. Il choisit la veille de Kippour, jour où l'on ne travaille pas.

La réponse ne porte pas sur la lecture mais sur la journée elle-même : le verset de Lv 23, 32 attribue au neuf Tichri un caractère propre, que le segment suivant va dégager.

3
וְכִי בְּתִשְׁעָה מִתְעַנִּין?! וַהֲלֹא בַּעֲשָׂרָה מִתְעַנִּין! אֶלָּא לוֹמַר לְךָ כָּל הָאוֹכֵל וְשׁוֹתֶה בִּתְשִׁיעִי, מַעֲלֶה עָלָיו הַכָּתוּב כְּאִילּוּ מִתְעַנֶּה תְּשִׁיעִי וַעֲשִׂירִי.

Et est-ce le neuvième que l'on jeûne ? N'est-ce pas le dixième que l'on jeûne !

Mais c'est pour te dire : quiconque mange et boit le neuvième, l'Écriture le lui compte comme s'il avait jeûné le neuvième et le dixième.

📜 Rachi (1)
מַעֲלֶה עָלָיו הַכָּתוּב כּוּ' וְהָכִי קָאָמַר קְרָא הָכִינוּ עַצְמְכֶם בְּתִשְׁעָה לַחֹדֶשׁ לְעִנּוּי הַמָּחֳרָת וַהֲרֵי הוּא בְּעֵינַי כְּעִנּוּי הַיּוֹם:
Et voici ce que dit le verset : préparez-vous le neuvième du mois à l'affliction du lendemain, et cela est à Mes yeux comme l'affliction du jour même.
🗂️ Tossefot (1)
כְּאִילּוּ מִתְעַנֶּה תְּשִׁיעִי וַעֲשִׂירִי ה"פ אִם נִצְטַווָּה לְהִתְעַנּוֹת יוֹם ט'. וְהִקְשָׁה רַבֵּינוּ שְׁמוּאֵל ב"ר אַהֲרֹן מינבי"ל מַאי קַשְׁיָא לֵיהּ וְהָא כְּתִיב בָּרִאשׁוֹן בְּאַרְבָּעָה עָשָׂר יוֹם לַחֹדֶשׁ בָּעֶרֶב תֹּאכְלוּ מַצֹּות (שְׁמוֹת י״ב:י״ח) וְאוֹתוֹ עֶרֶב ר"ל עֶרֶב שֶׁל ט"ו הָכָא נָמֵי נֵימָא מַאי עֶרֶב עֶרֶב שֶׁל עֲשִׂירִי וְיֵשׁ לוֹמַר דְּשָׁאנֵי הָתָם דִּכְתִיב תֹּאכְלוּ לְבַסּוֹף דְּמַשְׁמַע הָכִי בָּרִאשׁוֹן בי"ד בַּלַּיְלָה תֹּאכְלוּ מַצּוֹת. אֲבָל הָכָא כְּתִיב וְעִנִּיתֶם קֹודֶם בָּעֶרֶב דְּמַשְׁמַע וְעִנִּיתֶם מִיָּד בַּיּוֹם הַתְּשִׁיעִי:
Voici l'explication : comme s'il avait été ordonné de jeûner le neuvième jour. Rabbenou Chemouel fils de Rabbi Aharon de Ninville a objecté : quelle est la difficulté de la guemara ? N'est-il pas écrit « au premier mois, le quatorzième jour du mois, au soir, vous mangerez des azymes » (Ex. 12, 18), où ce soir désigne le soir du quinze ? Ici aussi, disons : que signifie « au soir » ? Le soir du dixième. On peut répondre qu'il en va autrement là-bas, puisqu'il y est écrit « vous mangerez » à la fin, ce qui signifie : au premier mois, le quatorze, la nuit, vous mangerez des azymes. Ici en revanche « et vous affligerez » est écrit avant « au soir », ce qui indique que l'affliction commence immédiatement, dès le neuvième jour.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כְּאִלּוּ הִתְעַנָּה תְּשִׁיעִי וַעֲשִׂירִי. הִקְשָׁה הצל"ח זַ"ל וַהֲלֹא בַּעֲשִׂירִי הוּא מִתְעַנֶּה בֶּאֱמֶת וְאֵיךְ שַׁיָּיךְ לוֹמַר כְּאִלּוּ הִתְעַנָּה, וְלָא הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר אֶלָּא כְּאִלּוּ הִתְעַנָּה תְּשִׁיעִי? וְתֵירֵץ דִּרְצוֹנוֹ לוֹמַר גַּם תַּעֲנִית הָעֲשִׂירִי הוּא מִתְרַבֶּה וּמִתְעַלֶּה יוֹתֵר מֵאֲשֶׁר הוּא בְּעַצְמוֹ בְּעֶרְכּוֹ, כִּי יָדוּעַ שֶׁהַמִּתְעַנֶּה שְׁנֵי יָמִים יַחַד שֶׁהַתַּעֲנִית בְּיוֹם שֵׁנִי קָשֶׁה כִּפְלֵי כִּפְלַיִם מִתַּעֲנִית יוֹם פָּשׁוּט, וְלָזֶה אָמַר כְּאִלּוּ הִתְעַנָּה תְּשִׁיעִי וַעֲשִׂירִי שֶׁאָז גַּם יוֹם הָעֲשִׂירִי תִּתְעַלֶּה אֵיכוּת שֶׁלּוֹ עַד כָּאן דְּבָרָיו, וְהוּא פֵּירוּשׁ נָכוֹן וַאֲמִיתִּי עַל פִּי הַפְּשָׁט, וַאֲנִי הֶדְיוֹט אָמַרְתִּי שֶׁהַמִּתְעַנֶּה שְׁנֵי יָמִים רְצוּפִים עִם לֵילוֹתֵיהֶן, יִכְבַּד עָלָיו תַּעֲנִית יוֹם רִאשׁוֹן כִּפְלַיִם, מִפְּנֵי שֶׁהוּא יוֹדֵעַ שֶׁיֵּשׁ לְפָנָיו מֶשֶׁךְ הַרְבֵּה בְּתַעֲנִית כִּי לֹא יֹאכַל בַּלַּיְלָה הַבָּאָה אַחֲרָיו, מַה שֶׁאֵין כֵּן אִם הוּא אוֹכֵל בַּלַּיְלָה לֹא יִכְבַּד עָלָיו תַּעֲנִית יוֹם א' כָּל כָּךְ, וְלָזֶה אָמַר כְּאִלּוּ הִתְעַנָּה בַּיּוֹם הַתְּשִׁיעִי ב' יָמִים שֶׁהֵם תְּשִׁיעִי וַעֲשִׂירִי. וְהִנֵּה עַל פִּי דֶּרֶךְ הָרַב זַ"ל נִרְאֶה לִי דֶּרֶךְ דְּרָשׁ דִּלְפִי זֶה נִמְצָא הָאָדָם מִתְעַנֶּה בַּעֲשֶׂרֶת יְמֵי תְּשׁוּבָה ל"ב יוֹם, כִּי הֶאָרַת יוֹם הַתְּשִׁיעִי וּקְדֻושָּׁתוֹ שֶׁנֶּחְשֶׁבֶת הָאֲכִילָה לְתַעֲנִית מַתְחִיל מִן הַלַּיְלָה, וַהֲרֵי כָּאן ב' יָמִים וּב' לֵילוֹת רְצוּפִים, דִּלְפִי דִּבְרֵי רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּחֶשְׁבּוֹן הַהַפְסָקוֹת נֶחְשָׁבִים לכ"ז יוֹם, וְיֵשׁ עוֹד ה' יָמִים בַּעֲשֶׂרֶת יְמֵי תְּשׁוּבָה הֲרֵי לב [32] , רֶמֶז שֶׁהֵם כִּדְאִין לְטַהֵר הַלֵּב בַּעֲבוֹדָתוֹ יִתְבָּרֵךְ, וְצָרִיךְ שֶׁיִּזָּהֲרוּ בָּהֶם בְּחֻומְרָה יְתֵירָה כִּי טְרֵפוֹת הַלֵּב בְּמַשֶּׁהוּ, וְאִם נְצָרֵף עִמָּהֶם עוֹד ג' יָמִים דר"ה וְשַׁבָּת שׁוּבָה אֲשֶׁר קְדֻושָּׁתָם מְכַפֶּרֶת עֲוֹנֹותֵינוּ, הֲרֵי מִסְפַּר ל"ו [36] כְּמִנְיַן חַי [18] חַי [18] , דְּהַייְנוּ חַי לַנֶּפֶשׁ, חַי לַגּוּף, חַי בָּעוֹלָם הַזֶּה, חַי בָּעוֹלָם הַבָּא, וְהֵם מִסְפַּר אל"ה [36] , וּבָזֶה יוּבָן בס"ד (תְּהִלִּים קז, מג) מִי חָכָם וְיִשְׁמָר אֵלֶּה הֵם 'ל"ו יָמִים' הַנִּזְכָּרִים שֶׁיִּשְׁמְרֵם בִּקְדֻושָּׁתָם, וְאָז עַל יְדֵי שְׁמִירָתָם יִתְבּוֹנְנוּ חַסְדֵי ה', כִּי אַחַר עֲשֶׂרֶת יְמֵי תְּשׁוּבָה מַתְחִילִין הַחֲסָדִים לְהִמָּשֵׁךְ וּלְהִתְגַּלּוֹת, וּבָזֶה יוּבָן בס"ד (תְּהִלִּים קכו, כ) אָז יֹאמְרוּ בַגּוֹיִם הִגְדִּיל ה' לַעֲשׂוֹת עִם אֵלֶּה, 'הִגְדִּיל' דַּיְיקָא שֶׁהָיָה בְּסוֹד הַגַּדְלוּת 'עַם אֵלֶּה' דַּייְקָא, וַאֲנַחְנוּ אוֹמְרִים 'הִגְדִּיל ה' לַעֲשׂוֹת עִמָּנוּ', כְּלוֹמַר עַל יְדֵי מַעֲשֵׂינוּ בְּסוֹד תְּנוּ עֹוז לֵא-לֹהִים, וְלָכֵן 'הָיִינוּ שְׂמֵחִים' בְּחַג הַסֻּוכּוֹת שֶׁהוּא חַג הַשְּׂמָחוֹת.
« Comme s'il avait jeûné le neuvième et le dixième ». Le Tsela'h a objecté : le dixième, il jeûne réellement — comment dire « comme s'il avait jeûné » ? Il aurait fallu dire seulement « comme s'il avait jeûné le neuvième ». Il répond que l'intention est que le jeûne du dixième lui-même se trouve augmenté et élevé au-delà de sa propre valeur, car il est connu que celui qui jeûne deux jours de suite éprouve le jeûne du second jour comme doublement plus pénible qu'un jeûne ordinaire ; c'est pourquoi il est dit « comme s'il avait jeûné le neuvième et le dixième », puisque la qualité même du dixième jour s'en trouve élevée. Telles sont ses paroles, explication juste et vraie selon le sens simple. Et moi, homme sans prétention, j'ai dit : celui qui jeûne deux jours consécutifs avec leurs nuits éprouve le jeûne du premier jour comme doublement pesant, parce qu'il sait qu'il a devant lui une longue durée de jeûne, ne devant pas manger la nuit qui suit ; tandis que s'il mange la nuit, le jeûne du premier jour ne lui pèse pas autant. C'est pourquoi il est dit qu'il est, au neuvième jour, comme s'il avait jeûné deux jours, le neuvième et le dixième. Et selon la voie du Rav, il m'apparaît un chemin de derach : il se trouve ainsi que l'homme jeûne trente-deux jours durant les dix jours de techouva, car l'illumination du neuvième jour et sa sainteté, par lesquelles le manger est compté comme un jeûne, commencent dès la nuit ; voilà donc deux jours et deux nuits consécutifs, qui selon les paroles de notre maître le Ari, dans le compte des interruptions, valent vingt-sept jours ; il reste encore cinq jours dans les dix jours de techouva, soit trente-deux au total, allusion à ce qu'ils suffisent à purifier le lev (le cœur, dont le nombre est trente-deux) dans le service de D.ieu, et il faut y prendre garde avec une rigueur extrême, car la terefa du cœur se produit pour la moindre chose. Et si l'on y joint encore les trois jours de Roch Hachana et de chabbat chouva, dont la sainteté expie nos fautes, on obtient le nombre trente-six, soit haï (dix-huit) et haï (dix-huit) : vivant pour l'âme, vivant pour le corps, vivant dans ce monde, vivant dans le monde à venir ; c'est aussi le nombre de ele (trente-six). Ainsi se comprend, avec l'aide du Ciel, « qui est sage et gardera ces choses, ele » (Ps. 107, 43) : ce sont les trente-six jours mentionnés, qu'il gardera dans leur sainteté, et alors, par leur observance, « ils comprendront les bontés de D.ieu », car après les dix jours de techouva les hassadim commencent à s'écouler et à se révéler. Ainsi se comprend aussi, avec l'aide du Ciel, « alors on dira parmi les nations : D.ieu a fait grand pour agir avec ele » (Ps. 126, 2) : « a fait grand » précisément, car cela était dans le secret de la gadlout, « avec ele » précisément ; et nous, nous disons « D.ieu a fait grand pour agir avec nous », c'est-à-dire par nos actes, dans le secret de « donnez la force à D.ieu » ; et c'est pourquoi « nous étions joyeux » à la fête de Souccot, qui est la fête des réjouissances.
💡 Explication

Le verset semble déplacer le jeûne au neuf Tichri, en contradiction avec Lv 23, 27 qui le fixe au dix. La résolution transforme la difficulté en enseignement : l'affliction du dix commence dès le neuf, mais sous la forme inverse — manger et boire en préparation.

Rachi résume la lecture : préparez-vous le neuf à l'affliction du lendemain, et cette préparation vaut affliction. La veille de Kippour a donc une obligation positive de repas, ce qui exclut d'en faire un jour de rattrapage d'étude.

Tossefot examine la difficulté de départ. On aurait pu comprendre « au soir » comme le soir qui ouvre le dix, ainsi que pour Pessa'h où « le quatorze au soir » désigne la nuit du quinze. Il répond que l'ordre des mots diffère : ici « et vous affligerez » précède « au soir », ce qui rattache l'affliction au neuvième jour lui-même.

🖼️ Schéma
Lv 23, 32 : vous affligerez vos âmes le neuvième du mois Lecture littérale on jeûnerait le 9 Tichri contredit Lv 23, 27 : le jeûne est le 10 Lecture des Sages le 9 : manger et boire compté comme jeûne du 9 et du 10 Conséquence pour Rav Bivai bar Abaye La veille de Kippour est un jour de repas, non un jour de rattrapage. Rachi : préparez-vous le 9 à l'affliction du lendemain.
La contradiction entre les deux versets et la résolution des Sages, avec sa conséquence immédiate pour Rav Bivai.
4
סָבַר לְאַקְדּוֹמִינְהוּ, אֲמַר לֵיהּ הָהוּא סָבָא, תְּנֵינָא: וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יַקְדִּים וְשֶׁלֹּא יְאַחֵר.

Il pensa alors les lire par avance. Un certain ancien lui dit : nous avons appris — à condition qu'il n'anticipe pas et qu'il ne retarde pas.

📜 Rachi (1)
לְאַקְדּוֹמִינְהוּ לְסַדֵּר כָּל הַפָּרָשִׁיּוֹת בְּשַׁבָּת אַחַת אוֹ בִּשְׁתֵּי שַׁבָּתוֹת:
parcourir toutes les sections en un seul chabbat, ou en deux chabbatot.
💡 Explication

Écarte du rattrapage, Rav Bivai essaie l'autre extrémité : prendre de l'avance et régler toutes les sections d'un coup. Rachi précise l'idée, tout ordonner en un seul chabbat ou en deux.

L'ancien lui oppose une baraita déjà connue : la lecture personnelle est liée au calendrier public dans les deux sens. L'expression « avec la communauté » est une contrainte de simultanéité, non une simple recommandation de zèle.

5
כְּדַאֲמַר לְהוּ רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי לִבְנֵיהּ: אַשְׁלִימוּ פָּרָשְׁיוֹתַייְכוּ עִם הַצִּבּוּר שְׁנַיִם מִקְרָא וְאֶחָד תַּרְגּוּם.

Comme Rabbi Yehochoua ben Levi dit à ses fils : achevez vos sections avec la communauté, deux fois le texte et une fois le Targoum.

🗂️ Tossefot (1)
יַשְׁלִים פָּרָשֻׁיּוֹתָיו עִם הַצִּבּוּר נִרְאֶה דְּכָל הַשָּׁבוּעַ מִכֵּיוָן דְּמַתְחִילִין לִקְרוֹת הַפָּרָשָׁה דְּהַייְנוּ מִמִּנְחַת שַׁבָּת וְאֵילָךְ עַד שַׁבָּת הַבָּאָה נִקְרֵאת עִם הַצִּבּוּר ואע"ג דִּלְעִנְיַן גִּיטִּין לֹא נִקְרָא קַמֵּי שַׁבָּת אֶלָּא מֵרְבִיעִי וְאֵילָךְ (בִּפְסָחִים ד' קו.) [וּזְמַן הַשְׁלָמָה יֵשׁ] בַּמִּדְרָשׁ ג' דְּבָרִים צִוָּה רַבֵּינוּ הַקָּדוֹשׁ לְבָנָיו בְּשָׁעָה שֶׁנִּפְטַר שֶׁלֹּא תֹּאכְלוּ לֶחֶם בְּשַׁבָּת עַד שֶׁתִּגְמְרוּ כָּל הַפָּרָשָׁה מַשְׁמַע דְּקֹודֶם אֲכִילָה צָרִיךְ לְהַשְׁלִימָהּ. וּמִיהוּ אִם הִשְׁלִימָהּ לְאַחַר אֲכִילָה שַׁפִּיר דָּמֵי. מ"מ מִצְוָה מִן הַמֻּובְחָר קֹודֶם אֲכִילָה:
Il paraît que toute la semaine, dès lors que l'on commence à lire la section, c'est-à-dire depuis minha de chabbat jusqu'au chabbat suivant, est appelée « avec la communauté », bien qu'à propos des actes de divorce on n'appelle « avant chabbat » qu'à partir du quatrième jour (Pessahim 106a). Quant au moment de l'achèvement, il est dit dans le Midrach : trois choses que Rabbi le Saint ordonna à ses fils au moment de son décès, dont celle-ci, que vous ne mangiez pas de pain le chabbat avant d'avoir achevé toute la section ; ce qui indique qu'il faut l'achever avant le repas. Toutefois, s'il l'a achevée après le repas, cela convient ; malgré tout, la manière la plus accomplie d'accomplir la mitsva est avant le repas.
💡 Explication

La règle est reprise sous la forme d'un conseil de père à ses fils, première des deux séries de recommandations paternelles du folio.

Tossefot précise la fenêtre de temps : la section est déjà « celle de la communauté » depuis minha de chabbat, où l'on commence à la lire, jusqu'au chabbat suivant. Quant au moment exact, un midrach rapporte l'ordre de Rabbi à ses fils d'achever avant le repas de chabbat ; achever après le repas reste valide, mais avant le repas est la mitsva min ha-mouvhar, la manière la plus accomplie.

6
וְהִזָּהֲרוּ בִּוְרִידִין כְּרַבִּי יְהוּדָה, דִּתְנַן: רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: עַד שֶׁיִּשְׁחֹוט אֶת הַוְּרִידִין.

Et soyez attentifs aux veridin (veines jugulaires), selon Rabbi Yehouda, ainsi que nous avons appris : Rabbi Yehouda dit — jusqu'à ce qu'il abatte aussi les veridin.

📜 Rachi (1)
עַד שֶׁיִּשְׁחֹוט אֶת הַוְּרִידִין כְּדֵי שֶׁיֵּצֵא כָּל הַדָּם וְלֹא אָמַר כֵּן אֶלָּא בְּעוֹף הוֹאִיל וְצוֹלֵהוּ כֻּולּוֹ כְּאֶחָד:
afin que tout le sang sorte. Et il n'a dit cela que pour la volaille, puisqu'on la rôtit tout entière d'un seul tenant.
💡 Explication

Deuxième conseil de Rabbi Yehochoua ben Levi, cette fois dans l'ordre de la chehita (abattage rituel). La chehita valide exige de trancher les simanim, la trachée et l'oesophage ; Rabbi Yehouda demande en outre de sectionner les veridin, les veines du cou.

Rachi donne la raison et la limite : la finalité est que tout le sang s'écoule, et cela ne concerne que la volaille, qu'on rôtit entière d'un seul tenant sans que le sang puisse être extrait ensuite. Il s'agit d'une conduite recommandée, non d'une condition de cacherout.

7
וְהִזָּהֲרוּ בְּזָקֵן שֶׁשָּׁכַח תַּלְמוּדוֹ מֵחֲמַת אָונְסוֹ. דְּאָמְרִינַן: לוּחוֹת וְשִׁבְרֵי לוּחוֹת מֻונָּחוֹת בָּאָרוֹן.

Et soyez attentifs à l'ancien qui a oublié son étude par force majeure, car nous disons : les tables et les débris des tables reposent dans l'arche.

📜 Rachi (2)
מֵחֲמַת אָונְסוֹ שֶׁחָלָה אוֹ שֶׁנִּטְרַד בְּדֹוחַק מְזוֹנוֹת הִזָּהֲרוּ בּוֹ לְכַבְּדוֹ:
qu'il soit tombé malade, ou qu'il ait été accablé par la contrainte de sa subsistance : soyez attentifs à l'honorer.
שִׁבְרֵי לוּחוֹת מֻונָּחוֹת בָּאָרוֹן דִּכְתִיב (דְּבָרִים י׳:ב׳) אֲשֶׁר שִׁבַּרְתָּ וְשַׂמְתָּם בָּאָרוֹן אַף הַשְּׁבָרִים תָּשִׂים בָּאָרוֹן:
car il est écrit « que tu as brisées, et tu les mettras dans l'arche » (Dt 10, 2) : les débris aussi, tu les mettras dans l'arche.
💡 Explication

Troisième conseil. L'honneur dû à un maître ne dépend pas de ce qu'il possède encore, mais de ce qu'il a porté. Rachi précise ce que recouvre la force majeure : la maladie, ou l'accablement du souci de la subsistance.

L'appui est un fait rapporté du Temple : les premières tables, brisées, ont été déposées dans l'arche à côté des secondes. Le verset « que tu as brisées, et tu les mettras dans l'arche » (Dt 10, 2) est lu comme incluant les débris eux-mêmes.

8
אֲמַר לְהוּ רָבָא לִבְנֵיהּ: כְּשֶׁאַתֶּם חוֹתְכִין בָּשָׂר, אַל תַּחְתְּכוּ עַל גַּב הַיָּד. אִיכָּא דְאָמְרִי: מִשּׁוּם סַכָּנָה. וְאִיכָּא דְּאָמְרִי: מִשּׁוּם קִלְקוּל סְעוּדָה.

Rava dit à ses fils : quand vous coupez de la viande, ne coupez pas sur le dos de la main. Certains disent : à cause du danger.

Et certains disent : à cause de ce que cela gâte le repas.

📜 Rachi (2)
מִשּׁוּם סַכָּנָה שֶׁלֹּא יָקוֹץ יָדוֹ:
qu'il ne se coupe pas la main.
מִשּׁוּם קִלְקוּל סְעוּדָה אַף בַּחֲבוּרָה קְטַנָּה יָצָא דָּם וִילַכְלֵךְ אֶת הַמַּאֲכָל וְיַמְאִיס אֶת הַמְסֻובִּין:
même pour une petite blessure, du sang sortirait, souillerait la nourriture et la rendrait répugnante aux convives.
💡 Explication

Seconde série de recommandations paternelles, celle de Rava. La première porte sur un geste de table : ne pas se servir de sa main comme d'un support pour couper.

Deux motifs sont proposés, et Rachi les distingue nettement. Le danger vise la blessure elle-même ; la dégradation du repas vise le sang qui souillerait la nourriture et la rendrait répugnante aux convives, même pour une coupure légère. Le second motif s'applique donc même là où le risque est minime.

9
וְאַל תֵּשְׁבוּ עַל מִטַּת אֲרַמִּית, וְאַל תַּעַבְרוּ אֲחוֹרֵי בֵּית הַכְּנֶסֶת בְּשָׁעָה שֶׁהַצִּבּוּר מִתְפַּלְּלִין. וְאַל תֵּשְׁבוּ עַל מִטַּת אֲרַמִּית, אִיכָּא דְּאָמְרִי לָא תִּגְנוֹ בְּלָא קְרִיאַת שְׁמַע, וְאִיכָּא דְּאָמְרִי דְּלָא תִּנְסְבוּ גִּיּוֹרְתָא. וְאִיכָּא דְּאָמְרִי, אֲרַמִּית מַמָּשׁ.

Et ne vous asseyez pas sur le lit d'une aramitte (femme non juive), et ne passez pas derrière la synagogue à l'heure où la communauté prie. « Et ne vous asseyez pas sur le lit d'une aramitte » : certains disent — ne vous couchez pas sans le Chema ; certains disent — n'épousez pas une convertie ; et certains disent : une aramitte au sens propre.

📜 Rachi (2)
בְּלֹא ק"ש שֶׁתְּהֵא מִטָּתְךָ דּוֹמָה לְמִטַּת אֲרַמִּית:
que ton lit ne ressemble pas au lit d'une aramitte.
אֲרַמִּית מַמָּשׁ עַל מִטַּת אֲרַמִּית:
sur le lit d'une aramitte.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אִיכָּא דְּאָמְרִי לָא תִּגְנוֹ בְּלָא קְרִיאַת שְׁמַע. נִרְאֶה לִי בס"ד כִּי עַל יְדֵי קְרִיאַת שְׁמַע מְגָרֵשׁ כּוֹחוֹת הַחִיצוֹנִים וְהַמַּזִּיקִין, כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (תְּהִלִּים קמט, ו) וְחֶרֶב פִּיפִיּוֹת בְּיָדָם, וְלָכֵן אִם יְגַנּוּ בְּלֹא קְרִיאַת שְׁמַע חֲשִׁיבָה מִטָּתוֹ מִטָּה אֲרַמִּית שֶׁשּׁוֹכְנִים עָלֶיהָ כּוֹחוֹת הַחִיצוֹנִים.
« Certains disent : ne vous couchez pas sans le Chema ». Il me paraît, avec l'aide du Ciel, que par le Chema on chasse les forces extérieures (kohot hitsonim) et les nuisibles, comme il est dit « et un glaive à deux tranchants dans leur main » (Ps. 149, 6) ; c'est pourquoi, si l'on se couche sans le Chema, son lit est tenu pour un lit d'aramitte, sur lequel demeurent les forces extérieures.
💡 Explication

Les deux conseils restants de Rava sont d'abord énoncés ensemble, puis le premier est expliqué. Trois lectures sont proposées pour « le lit d'une aramitte ».

La première est une image : un lit où l'on s'endort sans le Chema est un lit d'aramitte, et Rachi le formule ainsi, que ton lit ne ressemble pas au lit d'une aramitte. La deuxième applique la formule au mariage avec une convertie. La troisième la prend au sens propre, ce que la suite immédiate va illustrer.

10
וּמִשּׁוּם מַעֲשֶׂה דְרַב פָּפָּא. דְּרַב פָּפָּא אֲזַל לְגַבֵּי אֲרַמִּית, הוֹצִיאָה לוֹ מַטֵּה. אָמְרָה לוֹ: שֵׁב! אָמַר לָהּ: אֵינִי יוֹשֵׁב, עַד שֶׁתַּגְבִּיהִי אֶת הַמִּטָּה. הִגְבִּיהָה אֶת הַמִּטָּה וּמָצְאוּ שָׁם תִּינוֹק מֵת. מִכָּאן אָמְרוּ חֲכָמִים: אָסוּר לֵישֵׁב עַל מִטַּת אֲרַמִּית.

Et à cause de l'affaire de Rav Papa. Rav Papa se rendit chez une aramitte ; elle lui sortit un lit et lui dit : assieds-toi.

Il lui dit : je ne m'assieds pas avant que tu ne soulèves le lit. Elle souleva le lit et l'on y trouva un enfant mort.

De là les Sages ont dit : il est interdit de s'asseoir sur le lit d'une aramitte.

📜 Rachi (1)
מַעֲשֶׂה דְּרַב פָּפָּא שֶׁאָמְרָה לוֹ שֵׁב עַל הַמִּטָּה וְהָיָה בְּנָהּ מֵת מוּטָל עָלֶיהָ וְהָיְתָה רוֹצֶה לְהַעֲלִיל עָלָיו וְלוֹמַר שֶׁיָּשַׁב עָלָיו וַהֲרָגוֹ:
elle lui dit de s'asseoir sur le lit, et son fils mort y était étendu ; elle voulait forger contre lui une accusation et dire qu'il s'était assis dessus et l'avait tué.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מִשּׁוּם מַעֲשֶׂה דְּרַב פָּפָּא. בִּפְסָחִים הֵבִיא רַשְׁבָּ"ם זַ"ל מַעֲשֶׂה דר"פ בְּאֹופֶן אַחֵר, וּבְוַדַּאי כֵּן מָצָא בְּאֵיזֶה מִדְרַשׁ אַגָּדָה וּשְׁנֵי מַעֲשִׂים נִזְדַּמְּנוּ לוֹ, וְאוֹתָהּ מַעֲשֶׂה הָיְתָה כָּרִאשׁוֹנָה וּלְכָךְ נִזְהַר מֵאֵילָיו בְּמַעֲשֵׂה דְּהָכָא, אַךְ מַקְשִׁים הָעוֹלָם מִכָּאן מוּכָח דְּאָסְרוּ חֲכָמֵינוּ זַ"ל מִשּׁוּם מַעֲשֶׂה דְּהָכָא, וְאַמַּאי לֹא אָסְרוּ בָּרִאשׁוֹנָה? וְיֵשׁ לְתָרֵץ בִּפְשִׁיטוּת כֵּיוָן דְּנַעֲשָׂה בִּשְׁתַּיִם הָוֵי חֲזָקָה דְּרָאוּי לְמִיחַשׁ לָהּ. אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי בָּרִאשׁוֹנָה לֹא גָּזְרוּ כִּי אָמְרוּ מִשּׁוּם חֶמְדַּת מָמוֹן עָשְׂתָה כֵּן, אַךְ בַּשֵּׁנִית דְּלָא הֲוָה חֶמְדַּת מָמוֹן וְעָשְׂתָה לְהָכִי חָשׁוּ לָהּ טְפֵי.
« À cause de l'affaire de Rav Papa ». Dans Pessahim, le Rachbam rapporte l'affaire de Rav Papa d'une autre manière, et il l'a certainement trouvée dans quelque midrach aggadique : deux affaires lui sont donc advenues, et celle-là fut la première ; c'est pourquoi il s'est gardé de lui-même dans l'affaire rapportée ici. Mais on objecte communément : il ressort d'ici que nos Sages ont interdit à cause de l'affaire rapportée ici — pourquoi n'ont-ils pas interdit dès la première ? On peut répondre simplement que, la chose s'étant produite deux fois, il y a hazaka (présomption établie) et il convient de s'en méfier. Ou bien il me paraît qu'à la première fois ils n'ont pas décrété, disant qu'elle avait agi par convoitise d'argent ; mais la seconde fois, où il n'y avait pas de convoitise d'argent et où elle a pourtant agi ainsi, ils s'en sont davantage méfiés.
💡 Explication

Le récit fonde la lecture littérale du conseil précédent. Rachi expose le mécanisme : l'enfant mort était déjà étendu là, et la femme comptait accuser Rav Papa de l'avoir tué en s'asseyant dessus.

Le risque n'est donc pas accidentel mais construit ; la précaution demandée est de vérifier avant de s'installer.

11
וְאַל תַּעַבְרוּ אֲחוֹרֵי בֵּית הַכְּנֶסֶת בְּשָׁעָה שֶׁהַצִּבּוּר מִתְפַּלְּלִין — מְסַיַּיע לֵיהּ לְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי. דְּאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: אָסוּר לוֹ לְאָדָם שֶׁיַּעֲבוֹר אֲחוֹרֵי בֵּית הַכְּנֶסֶת בְּשָׁעָה שֶׁהַצִּבּוּר מִתְפַּלְּלִין.

« Et ne passez pas derrière la synagogue à l'heure où la communauté prie » — cela appuie Rabbi Yehochoua ben Levi, car Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : il est interdit à l'homme de passer derrière la synagogue à l'heure où la communauté prie.

📜 Rachi (1)
אָסוּר לַעֲבֹור וְכוּ' שֶׁנִּרְאֶה כְּמַבְרִיחַ עַצְמוֹ מִפֶּתַח בֵּית הַכְּנֶסֶת שֶׁבַּמִּזְרָח:
car il paraît fuir la porte de la synagogue, qui est à l'est.
💡 Explication

Le troisième conseil de Rava recoupe une règle énoncée par Rabbi Yehochoua ben Levi, et la guemara note cette convergence par le terme technique messaya lei, cela lui apporte un appui.

Rachi indique le motif : la porte de la synagogue étant à l'est, celui qui longe l'arrière du bâtiment paraît s'écarter délibérément de l'entrée. Le problème est celui de l'apparence, ce que la suite va exploiter.

12
אָמַר אַבַּיֵּי: וְלָא אֲמַרַן אֶלָּא דְּלֵיכָּא פִּתְחָא אַחֲרִינָא, אֲבָל אִיכָּא פִּתְחָא אַחֲרִינָא — לֵית לַן בַּהּ. וְלָא אֲמַרַן אֶלָּא דְּלֵיכָּא בֵּי כְנִישְׁתָּא אַחֲרִינָא, אֲבָל אִיכָּא בֵּי כְנִישְׁתָּא אַחֲרִינָא — לֵית לַן בַּהּ. וְלָא אֲמַרַן אֶלָּא דְּלָא דָּרֵי טוּנָא, וְלָא רְהִיט, וְלָא מַנַּח תְּפִילִּין, אֲבָל אִיכָּא חַד מֵהָנָךְ — לֵית לַן בַּהּ.

Abaye a dit : nous n'avons dit cela que s'il n'y a pas d'autre porte, mais s'il y a une autre porte, il n'y a pas là de quoi s'inquiéter. Et nous n'avons dit cela que s'il n'y a pas d'autre synagogue, mais s'il y a une autre synagogue, il n'y a pas là de quoi s'inquiéter.

Et nous n'avons dit cela que s'il ne porte pas de charge, s'il ne court pas et s'il ne porte pas les tefilin ; mais si l'un de ces cas se présente, il n'y a pas là de quoi s'inquiéter.

⚖️ Rosh (1)
תַּנְיָא אַבָּא בִּנְיָמִין אוֹמֵר כָּל יָמַי הָיִיתִי מִצְטַעֵר עַל ב' דְּבָרִים. עַל תְּפִלָּתִי שֶׁתְּהֵא סְמוּכָה לְמִטָּתִי פֵּירוּשׁ שֶׁלֹּא יַעֲשֶׂה מְלָאכָה בְּעָמְדוֹ מִמִּטָּתוֹ עַד שֶׁיִּתְפַּלֵּל וְרַשִׁ"י פִּי' שֶׁגַּם לְתַלְמוּדוֹ אֵין לוֹ לְהַפְסִיק וְתֵימָא הוּא מנ"ל הָא. וְאֶפְשָׁר דְּמַיְירֵי בְּאָדָם שֶׁמִּתְפַּלֵּל בְּבֵית מִדְרָשׁוֹ וְאֵינוֹ רָגִיל לֵילֵךְ לבהכ"נ דְּאִיכָּא לְמִיחַשׁ דִּלְמָא מִיטְרַד בְּגִירְסָתֵיהּ וְיַעֲבֹור זְמַן תְּפִלָּה וּקְרִיאַת שְׁמַע. וְעַל מִטָּתִי שֶׁתְּהֵא נְתוּנָה בֵּין צָפוֹן לַדָּרוֹם דְּאָמַר רַבִּי חָמָא בַּר חֲנִינָא וְאִיתֵּימָא רַבִּי יִצְחָק כָּל הַנּוֹתֵן מִטָּתוֹ בֵּין צָפוֹן לְדָרוֹם הָוְויִין לֵיהּ בָּנִים זְכָרִים שֶׁנֶּאֱמַר מִמְתִים יָדְךָ ה' מִמְתִים מֵחֶלֶד חֶלְקָם בַּחַיִּים וּצְפוּנְךָ תְּמַלֵּא בִטְנָם יִשְׂבְּעוּ בָנִים: תַּנְיָא אַבָּא בִּנְיָמִין אוֹמֵר ב' שֶׁנִּכְנְסוּ לְבֵית הַכְּנֶסֶת לְהִתְפַּלֵּל וְקָדַם אֶחָד מֵהֶם וְהִתְפַּלֵּל וְלֹא הִמְתִּין לַחֲבֵירוֹ וְיָצָא טוֹרְפִין לוֹ תְּפִלָּתוֹ בְּפָנָיו שֶׁנֶּאֱמַר טֹורֵף נַפְשׁוֹ בְּאַפּוֹ וְגוֹ' וְאִם הִמְתִּין לוֹ מַה שְּׂכָרוֹ. אר"י בַּר חֲנִינָא זוֹכֶה לַבְּרָכוֹת הַלָּלוּ שֶׁנֶּאֱמַר לוּא הִקְשַׁבְתָּ לְמִצְוֹתָי וַיְהִי כַנָּהָר וְגוֹ': אַבָּא בִּנְיָמִין אוֹמֵר אֵין תְּפִלָּתוֹ שֶׁל אָדָם נִשְׁמַעַת אֶלָּא בְּבֵית הַכְּנֶסֶת שֶׁנֶּאֱמַר לִשְׁמֹועַ אֶל הָרִנָּה וְאֶל הַתְּפִלָּה. בִּמְקוֹם רִנָּה שָׁם תְּהֵא תְּפִלָּה: שָׁם ע"ב אָמַר רַבִּי חֶלְבּוֹ אָמַר רַב הוּנָא כָּל הַקּוֹבֵעַ מָקוֹם לִתְפִלָּתוֹ אֱ-לֹהֵי אַבְרָהָם בְּעֶזְרוֹ. וּכְשֶׁמֵּת אוֹמְרִים עָלָיו אִי חָסִיד אִי עָנָיו. תַּלְמִידוֹ שֶׁל אַבְרָהָם. וְאַבְרָהָם מִנָּלַן דְּקָבַע דֻּוכְתָּא שֶׁנֶּאֱמַר וַיַּשְׁכֵּם אַבְרָהָם בַּבֹּקֶר אֶל הַמָּקוֹם אֲשֶׁר עָמַד שָׁם אֶת פְּנֵי ה'. וְאֵין עֲמִידָה אֶלָּא תְּפִלָּה שְׁנָא' וְיַעֲמוֹד פִּינְחָס וַיְפַלֵּל לָא בָּעֵי לְמֵימַר שֶׁיְּהֵא רָגִיל לְהִתְפַּלֵּל בְּבֵית הַכְּנֶסֶת אַחַת אֲבָל אִם הוּא מִתְפַּלֵּל בְּאַחַת בִּשְׁנֵי מְקוֹמוֹת שַׁפִּיר דָּמֵי דְּאָמְרִינַן בַּיְּרוּשַׁלְמִי פֶּרֶק תְּפִלַּת הַשַּׁחַר אָמַר רַבִּי תַּנְחוּם בְּרַבִּי חַיָּיא צָרִיךְ אָדָם לְיַחֵד לוֹ מָקוֹם בְּבֵית הַכְּנֶסֶת שֶׁנֶּאֱמַר וַיְהִי דָּוִד בָּא עַד הָרֹאשׁ אֲשֶׁר יִשְׁתַּחֲוֶה שָׁם לֵא-לֹהִים הִשְׁתַּחֲוָה לֹא נֶאֱמַר אֶלָּא יִשְׁתַּחֲוֶה: אָמַר רַבִּי חֶלְבּוֹ אָמַר רַב הוּנָא הַיּוֹצֵא מִבֵּית הַכְּנֶסֶת אַל יַפְסִיעַ פְּסִיעָה גַסָּה. אָמַר אַבָּיֵי לָא אֲמַרַן אֶלָּא בִּדְנָפֵיק. אֲבָל בִּדְעָיֵיל מִצְוָה לְמִירְהַט שֶׁנֶּאֱמַר וְנֵדְעָה נִרְדְּפָה לָדַעַת אֶת ה'. א"ר זֵירָא מֵרֵישׁ כִּי הֲוָה חֲזֵינָא לְרַבָּנַן דְּקָא רָהֲטִי לְפִרְקָא בְּשַׁבְּתָא אָמֵינָא קָא מְחַלְּלֵי רַבָּנַן שַׁבְּתָא. כֵּיוָן דְּשָׁמַעְנָא לְהָא דא"ר תַּנְחוּם אַרִיבָּ"ל לְעוֹלָם יָרוּץ אָדָם לִדְבַר מִצְוָה וְאַפֵּי' בְּשַׁבָּת וְכוּ' אֲנָא נַמֵּי רְהִיטְנָא. וְאָמַר רַבִּי חֶלְבּוֹ אָמַר רַב הוּנָא כָּל הַמִּתְפַּלֵּל אֲחוֹרֵי בהכ"נ נִקְרָא רָשָׁע שֶׁנֶּאֱמַר סָבִיב רְשָׁעִים יִתְהַלָּכוּן. אָמַר אַבָּיֵי לָא אֲמַרַן אֶלָּא דְּלָא מַהְדַּר אַפֵּיהּ לְבֵי כְּנִישְׁתָּא אֲבָל מַהְדַּר אַפֵּיהּ לְבֵי כְּנִישְׁתָּא לֵית לַן בַּהּ. הַהוּא גַבְרָא דַּהֲוָה מְצַלֵּי אֲחוֹרֵי בֵּית הַכְּנֶסֶת וְלָא הֲוָה מַהְדַּר אַפֵּיהּ לְבֵי כְּנִישְׁתָּא חֲלַף הַהוּא טַיָּיעָא חַזְיֵיהּ. א"ל כְּדוּ בָּר קָייְמַתְּ קַמֵּי מָרָךְ שְׁלַף סַפְסֵרֵיהּ וּפַסְקֵיהּ לְרֵישֵׁיהּ: אַרִיבָּ"ל אָסוּר לְאָדָם שֶׁיַּעֲבוֹר אֲחוֹרֵי בהכ"נ בְּשָׁעָה שֶׁהַצִּבּוּר מִתְפַּלְּלִין. וְאָמַר אַבָּיֵי לָא אֲמַרַן אֶלָּא דְּלָא דָּרֵי טוּנָא. וּדְלָא רְהִיט. וּדְלָא מַנַּח תְּפִלִּין. וּדְלֵיכָּא שְׁנֵי פְּתָחִים. וּדְלֵיכָּא בֵּי כְנִישְׁתָּא אַחֲרִיתִי אֲבָל אִיכָּא חֲדָא מִנַּייְהוּ לֵית לַן בַּהּ: אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם ר"ש בֶּן יוֹחַאי כָּל הַקּוֹבֵעַ מָקוֹם לִתְפִלָּתוֹ אוֹיְבָיו נוֹפְלִין תַּחְתָּיו שֶׁנֶּאֱמַר וְשַׂמְתִּי מָקוֹם לְעַמִּי לְיִשְׂרָאֵל וּנְטַעְתִּיו וְשָׁכַן תַּחְתָּיו וְגוֹ': וְאָמַר ר"י מִשּׁוּם רַבִּי יוֹסֵי אֵין תְּפִלָּתוֹ שֶׁל אָדָם נִשְׁמַעַת אֶלָּא בְּבֵית הַכְּנֶסֶת בְּשָׁעָה שֶׁהַצִּבּוּר מִתְפַּלְּלִין שֶׁנֶּאֱמַר וַאֲנִי תְפִלָּתִי לְךָ ה' עֵת רָצוֹן אֵימָתַי עֵת רָצוֹן בְּשָׁעָה שֶׁהַצִּבּוּר מִתְפַּלְּלִין. רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אוֹמֵר מֵהָכָא הֶן אֵל כַּבִּיר וְלֹא יַמָּאָם רַבִּי יוֹסֵי ב"ח אוֹמֵר מֵהָכָא בְּעֵת רָצוֹן עֲנִיָּתֵיךְ תַּנְיָא נָמֵי הָכִי מִנַּיִן שֶׁאֵין הקב"ה מוֹאֵס בִּתְפִלָּתָן שֶׁל רַבִּים שֶׁנֶּאֱמַר הֶן אֵל כַּבִּיר וְלֹא יִמְאָס וּכְתִיב פָּדָה בְשָׁלוֹם נַפְשִׁי מִקֲּרָב לִי כִּי בְרַבִּים הָיוּ עִמָּדִי. מַאי פָּדָה בְּשָׁלוֹם נַפְשִׁי אָמַר רַשְׁבִּ"י אָמַר הקב"ה כָּל הָעוֹסֵק בְּתוֹרָה וּבִגְמִילוּת חֲסָדִים וּמִתְפַּלֵּל עִם הַצִּבּוּר שַׁחֲרִית וְעַרְבִית מַעֲלֶה אֲנִי עָלָיו כְּאִלּוּ פָּדָה לִי וּלְבָנַי מִבֵּין אֻומּוֹת הָעוֹלָם: אָמַר ר"ל כָּל מִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ בֵּית הַכְּנֶסֶת בְּעִירוֹ וְאֵינוֹ נִכְנָס לְתוֹכוֹ לְהִתְפַּלֵּל נִקְרָא שָׁכֵן רַע שֶׁנֶּאֱמַר כֹּה אָמַר ה' עַל כָּל שְׁכֵנַי הָרָעִים הַנֹּוגְעִים בַּנַּחֲלָה וְגוֹ' וְלֹא עִוֵּר אֶלָּא שֶׁגּוֹרֵם לוֹ וּלְבָנָיו גָּלוּת שְׁנָא' הִנְנִי נֹותְשָׁם מֵעַל אַדְמָתָם. אָמְרוּ לֵר' יוֹחָנָן אִיכָּא סָבֵי בְּבָבֶל. תָּמַהּ וְאָמַר מִכְּדֵי כְּתִיב לְמַעַן יִרְבּוּ יְמֵיכֶם וִימֵי בְנֵיכֶם עַל הָאֲדָמָה הוּא דִּכְתִיב אֲבָל בְּחוּצָה לָאָרֶץ לָא. כֵּיוָן דְּאָמְרוּ לֵיהּ מְקַדְּמִי וּמְחַשְּׁכִי לְבֵי כְּנִישְׁתָּא אֲמַר הַייְנוּ דְּאַהֲנִי לְהוּ כִּדְאָמַר לְהוּ רִיבָּ"ל לְבָנֶיהָ קָדְמוּ וַחֲשַׁכוּ לְבֵי כְנִישְׁתָּא כִּי הֵיכִי דְּתַאֲרִיכוּ חַיִּיכוּ. א"ר אַחָא בַּר חֲנִינָא מַאי קְרָאָהּ אַשְׁרֵי אָדָם שֹׁומֵעַ לִי לִשְׁקֹוד עַל דַּלְתֹותַי יוֹם יוֹם לִשְׁמֹור מְזוּזֹות פְּתָחָי וּכְתִיב בָּתְרֵיהּ כִּי מֹוצְאִי מָצָא חַיִּים: גָּרְסִי' בְּפֶרֶק שְׁלֹשָׁה שֶׁאָכְלוּ (בְּרָכוֹת דַּף מז:) אַרִיבָּ"ל לְעוֹלָם יַשְׁכִּים אָדָם לְבֵית הַכְּנֶסֶת כְּדֵי שֶׁיִּמָּנֶה מֵעֲשָׂרָה רִאשׁוֹנִים. שָׁאפֵי' מֵאָה בָּאִין אַחֲרָיו נוֹטֵל שְׂכַר כֻּולָּם שְׂכַר כֻּולָּם ס"ד אֶלָּא נוֹטֵל שָׂכָר כְּנֶגֶד כֻּולָּם: אָמַר רַב חִסְדָּא לְעוֹלָם יִכָּנֵס אָדָם שִׁיעוּר שְׁנֵי פְתָחִים וְאַחַר כָּךְ יִתְפַּלֵּל שֶׁנֶּאֱמַר לִשְׁמוֹר מְזוּזוֹת פִּתְחֵי. י"מ שֶׁלֹּא יְמַהֵר וְיִתְפַּלֵּל מִיָּד כְּשֶׁנִּכְנָס אֶלָּא יִשְׁהֶה שִׁיעוּר שְׁנֵי פְּתָחִים. אֲבָל אִם יוֹשֵׁב סָמוּךְ לַפֶּתַח שַׁפִּיר דָּמֵי. וּמִיהוּ בַּיְּרוּשַׁלְמִי בְּפֶרֶק אֵין עוֹמְדִין גָּרְסִי' רַב חִסְדָּא אָמַר זֶה שֶׁנִּכְנַס לְבֵית הַכְּנֶסֶת צָרִיךְ לִיכָּנֵס לִפְנִים מִשְּׁנֵי דְּלָתוֹת. מ"ט אַשְׁרֵי אָדָם שֹׁומֵעַ לִי לִשְׁקֹוד עַל דַּלְתֹותַי יוֹם יוֹם וְאִם עָשָׂה כֵּן מַה כְּתִיב אַחֲרָיו כִּי מֹוצְאִי מָצָא חַיִּים: אָמַר רָבָא לְרַפְרָם בַּר פָּפָּא לֵימָא לַן מָר מֵהָנֵי מִילֵּי מְעַלְּייָתָא דַּאֲמַרְתְּ לַן מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב חִסְדָּא בְּמִילֵּי דְבֵי כְנִישְׁתָּא. אֲמַר לֵיהּ הָכִי אָמַר רַב חִסְדָּא מַאי דִּכְתִיב אֹוהֵב ה' שַׁעֲרֵי צִיּוֹן מִכֹּל מִשְׁכְּנוֹת יַעֲקֹב. אָמַר הקב"ה אוֹהֵב אֲנִי שְׁעָרִים הַמְצֻוייָּנִין בַּהֲלָכָה יוֹתֵר מִבָּתֵּי כְנֵסִיּוֹת וּבָתֵּי מִדְרָשׁוֹת. וְהַיְינוּ דְּאָמַר רַבִּי חִיָּיא בַּר אַמֵּי מִשְּׁמֵיהּ דְּעֻולָּא מִשָּׁעָה שֶׁחָרַב הקב"ה בֵּית הַמִּקְדָּשׁ אֵין להקב"ה בְּעוֹלָמוֹ אֶלָּא אַרְבַּע אַמּוֹת שֶׁל הֲלָכָה בִּלְבַד ר' אַמִּי וְר' אַסִּי אע"ג דַּהֲווֹ לְהוּ תְּלֵיסַר בֵּי כְּנִישְׁתָּא בִּטְבֶרְיָא לָא הֲווֹ מְצַלֵּי אֶלָּא בֵּינֵי עַמּוּדֵי הֵיכָא דַּהֲווֹ גָּרְסִי אָמַר אַבָּיֵי מֵרֵישׁ הֲוָה גָּרֵיסְנָא בְּגוֹ בִּיתַאי וּמְצַלֵּינָא בְּבֵי כְּנִישְׁתָּא. כֵּיוָן דִּשְׁמַעְנָא לְהָא דְּאָמַר רַבִּי חִיָּיא בַּר אַמֵּי מִשְּׁמֵיהּ דְּעֻולָּא. לָא מְצַלֵּינָא אֶלָּא בֵּינֵי עַמּוּדֵי הֵיכָא דְּגָרֵיסְנָא. וְאָמַר רַבִּי חִיָּיא בַּר אַמֵּי מִשְּׁמֵיהּ דְּעֻולָּא מַאי דִּכְתִיב וְעוֹזְבֵי ה' יִכְלוּ זֶה הַמַּנִּיחַ סֵפֶר תּוֹרָה כְּשֶׁהוּא פָּתוּחַ וְיוֹצֵא. רַבִּי אֲבָהוּ נָפֵיק בֵּין גַּבְרָא לְגַבְרָא בָּעֵי רַב פָּפָּא בֵּין פְּסוּקָא לִפְסוּקָא מַאי תֵּיקוּ. רַב שֵׁשֶׁת מַהְדַּר אַפֵּיהּ וְגָרֵיס אָמַר אֲנַן בְּדִידַן וְאִינְהוּ בְּדִידְהוּ. וְאִם תֹּאמַר הָא אָמְרִי' בְּסוֹטָה בְּפֶ' אֵלּוּ נֶאֱמָרִין (סוֹטָה דַּף לט.) כֵּיוָן שֶׁנִּפְתַּח סֵפֶר תּוֹרָה אָסוּר לְדַבֵּר וַאֲפִילּוּ בִּדְבַר הֲלָכָה שֶׁנֶּאֱמַר וּבְפִתְחוֹ עָמְדוּ כָּל הָעָם. וְאֵין לוֹמַר שָׁאנֵי הָכָא דְּמַהְדַּר אַפֵּיהּ דְּאִם כֵּן הֲוָה לֵיהּ לְאֵתוּיֵי מִילְּתָא דְּרַב שֵׁשֶׁת הָתָם לְאַשְׁמוֹעִינַן דִּבְכִי הַאי גַּווְנָא שָׁרִי. וְנִרְאֶה לִי לְפָרֵשׁ הָא דְּקָאָמַר הָתָם אָסוּר לְדַבֵּר הַיְינוּ דַּוְקָא בְּקוֹל רָם לְפִי שֶׁמְּעַכֵּב אֶת אֲחֵרִים מִלִּשְׁמֹועַ. אֲבָל בְּלַחַשׁ שַׁפִּיר דָּמֵי. וְהָא דְּמַהְדַּר אַפֵּיהּ. ה"ה לָא מַהְדַּר אַפֵּיהּ מָצֵי לְמִיגְרַס בְּלַחַשׁ אֶלָּא רְבוּתָא נְקַט דַּאֲפִילּוּ בְּמַהְדַּר אַפֵּיהּ שֶׁנִּרְאֶה כְּמַנִּיחַ סֵפֶר תּוֹרָה שָׁרִי. וְהוּא הָיָה מְהַפֵּךְ פָּנָיו. כְּדֵי שֶׁיְּכַוֵּין לִבּוֹ בְּגִירְסָתוֹ. רַב אִלְפָּס פֵּירֵשׁ דַּווְקָא רַב שֵׁשֶׁת שֶׁתּוֹרָתוֹ אוֹמַנְתּוֹ. אֲבָל לְהוֹרוֹת לְאָדָם שֶׁשּׁוֹאֵל לְפִי שָׁעָה אוֹ לְפָרֵשׁ דָּבָר אִסּוּר ס"א אִיסּוּר וְהֶיתֵּר לֹא:
Il a été enseigné : Abba Binyamin dit — toute ma vie je me suis peiné sur deux choses, sur ma prière, qu'elle soit proche de mon lit. Explication : qu'il n'accomplisse aucun travail depuis son lever jusqu'à ce qu'il ait prié. Et Rachi a expliqué qu'il ne doit pas non plus interrompre pour son étude, ce qui est étonnant : d'où le tire-t-il ? Il est possible qu'il s'agisse d'un homme qui prie dans sa maison d'étude et n'a pas l'habitude d'aller à la synagogue, où il y a lieu de craindre qu'il ne s'absorbe dans son étude et que le temps de la prière et du Chema ne passe. Et sur mon lit, qu'il soit placé entre le nord et le sud, car Rabbi Hama bar Hanina, et certains disent Rabbi Yitshak, a dit : quiconque place son lit entre le nord et le sud aura des enfants mâles, ainsi qu'il est dit « des hommes, par Ta main, D.ieu, des hommes du monde, dont la part est dans cette vie, et dont Tu remplis le ventre de Ton trésor caché ; ils se rassasient de fils » (Ps. 17, 14). Il a été enseigné : Abba Binyamin dit — deux hommes sont entrés à la synagogue pour prier, et l'un d'eux a devancé l'autre, a prié sans attendre son compagnon et est sorti : on lui déchire sa prière à la face, ainsi qu'il est dit « toi qui déchires ton âme dans ta colère » (Job 18, 4). Et s'il l'a attendu, quelle est sa récompense ? Rabbi Yossi bar Hanina a dit : il mérite ces bénédictions, ainsi qu'il est dit « si tu avais été attentif à Mes commandements, ta paix serait comme un fleuve » (Is. 48, 18). Abba Binyamin dit : la prière de l'homme n'est exaucée que dans la synagogue, ainsi qu'il est dit « pour écouter le chant et la prière » (I R. 8, 28) : au lieu du chant, là que soit la prière. Là-bas, au verso : Rabbi Helbo a dit au nom de Rav Houna — quiconque fixe un lieu à sa prière, le D.ieu d'Abraham est à son secours, et lorsqu'il meurt on dit de lui : quel homme pieux, quel homme humble, disciple d'Abraham. Et d'où savons-nous qu'Abraham fixa un lieu ? Ainsi qu'il est dit « et Abraham se leva de bon matin vers le lieu où il s'était tenu devant D.ieu » (Gn 19, 27), et « se tenir » désigne la prière, ainsi qu'il est dit « et Pinhas se tint debout et pria » (Ps. 106, 30). Il ne veut pas dire qu'il doive avoir l'habitude de prier dans une seule synagogue ; s'il prie dans une même synagogue en deux endroits, cela convient. Car nous disons dans le Talmud de Jérusalem, au chapitre Tefilat ha-chahar : Rabbi Tanhoum fils de Rabbi Hiya a dit — l'homme doit se désigner un lieu à la synagogue, ainsi qu'il est dit « et David vint jusqu'au sommet où il se prosternait devant D.ieu » (II S. 15, 32) : il n'est pas dit « où il s'était prosterné », mais « où il se prosternait ». Rabbi Helbo a dit au nom de Rav Houna : celui qui sort de la synagogue ne doit pas faire de grandes enjambées. Abaye a dit : nous n'avons dit cela que lorsqu'il sort, mais lorsqu'il entre, c'est une mitsva de courir, ainsi qu'il est dit « et nous connaîtrons, poursuivons pour connaître D.ieu » (Os. 6, 3). Rabbi Zera a dit : au début, quand je voyais les maîtres courir au cours public le chabbat, je disais, les maîtres profanent le chabbat ; depuis que j'ai entendu ce qu'a dit Rabbi Tanhoum au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi, que l'homme coure toujours pour une chose de mitsva, et même le chabbat, moi aussi je cours. Et Rabbi Helbo a dit au nom de Rav Houna : quiconque prie derrière la synagogue est appelé méchant, ainsi qu'il est dit « tout autour les méchants marchent » (Ps. 12, 9). Abaye a dit : nous n'avons dit cela que s'il ne tourne pas son visage vers la synagogue, mais s'il tourne son visage vers la synagogue, il n'y a pas là de quoi s'inquiéter. Un certain homme priait derrière la synagogue sans tourner son visage vers elle ; un Arabe passa, le vit et lui dit : te voilà à deux devant ton maître ! Il tira son épée et lui trancha la tête. Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : il est interdit à l'homme de passer derrière la synagogue à l'heure où la communauté prie. Et Abaye a dit : nous n'avons dit cela que s'il ne porte pas de charge, s'il ne court pas, s'il ne porte pas les tefilin, s'il n'y a pas deux portes et s'il n'y a pas d'autre synagogue ; mais si l'un de ces cas se présente, il n'y a pas là de quoi s'inquiéter. Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Chimon ben Yohai : quiconque fixe un lieu à sa prière, ses ennemis tombent sous lui, ainsi qu'il est dit « et Je fixerai un lieu pour Mon peuple Israël et Je le planterai, et il demeurera à sa place » (II S. 7, 10). Et Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Yossi : la prière de l'homme n'est exaucée que dans la synagogue à l'heure où la communauté prie, ainsi qu'il est dit « et moi, ma prière à Toi, D.ieu, en un temps de faveur » (Ps. 69, 14) ; quand est-ce un temps de faveur ? À l'heure où la communauté prie. Rav Nahman bar Yitshak dit : de ceci — « voici, D.ieu est puissant et Il ne méprise pas » (Job 36, 5). Rabbi Yossi fils de Hanina dit : de ceci — « en un temps de faveur Je t'ai répondu » (Is. 49, 8). Il a été enseigné de même : d'où sait-on que le Saint béni soit-Il ne méprise pas la prière du grand nombre ? Ainsi qu'il est dit « voici, D.ieu est puissant et Il ne méprise pas », et il est écrit « Il a racheté mon âme en paix du combat qui m'était livré, car ils étaient nombreux avec moi » (Ps. 55, 19). Que signifie « Il a racheté mon âme en paix » ? Rabbi Chimon ben Yohai a dit : le Saint béni soit-Il a dit — quiconque s'occupe de Torah et d'actes de bonté et prie avec la communauté matin et soir, Je le lui compte comme s'il M'avait racheté, Moi et Mes enfants, d'entre les nations du monde. Rech Lakich a dit : quiconque a une synagogue dans sa ville et n'y entre pas pour prier est appelé mauvais voisin, ainsi qu'il est dit « ainsi a dit D.ieu : sur tous Mes mauvais voisins qui touchent à l'héritage » (Jr 12, 14) ; et non seulement cela, mais il attire l'exil sur lui et sur ses enfants, ainsi qu'il est dit « voici, Je les arrache de dessus leur terre ». On dit à Rabbi Yo'hanan : il y a des vieillards à Babel. Il s'en étonna et dit : n'est-il pas écrit « afin que se multiplient vos jours et les jours de vos enfants sur la terre » (Dt 11, 21), ce qui est écrit à propos de la terre, mais hors d'elle non ? Lorsqu'on lui dit qu'ils vont tôt et tard à la synagogue, il dit : c'est cela qui leur profite, comme Rabbi Yehochoua ben Levi le dit à ses fils, allez tôt et tard à la synagogue afin que vos jours se prolongent. Rabbi Aha bar Hanina a dit : quel est le verset ? « Heureux l'homme qui M'écoute, veillant à Mes portes jour après jour, gardant les montants de Mes entrées » (Pr. 8, 34), et il est écrit ensuite « car celui qui Me trouve trouve la vie » (Pr. 8, 35). Nous avons appris au chapitre Chelocha che-akhelou (Berakhot 47b) : Rabbi Yehochoua ben Levi a dit — que l'homme se lève toujours tôt pour la synagogue, afin d'être compté parmi les dix premiers, car même si cent viennent après lui, il reçoit la récompense de tous. « La récompense de tous », est-ce concevable ? Plutôt : il reçoit une récompense équivalente à celle de tous. Rav Hisda a dit : que l'homme entre toujours la mesure de deux portes, et qu'il prie ensuite, ainsi qu'il est dit « gardant les montants de Mes entrées ». Certains expliquent qu'il ne doit pas se hâter de prier dès son entrée, mais attendre la mesure de deux portes ; toutefois s'il s'assied près de la porte, cela convient. Mais dans le Talmud de Jérusalem, au chapitre Ein omdin, nous lisons : Rav Hisda a dit — celui qui entre à la synagogue doit entrer en deçà de deux battants. Quelle en est la raison ? « Heureux l'homme qui M'écoute, veillant à Mes portes jour après jour ». Et s'il fait ainsi, qu'est-il écrit ensuite ? « Car celui qui Me trouve trouve la vie ». Rava dit à Rafram bar Papa : que le maître nous dise l'une de ces belles paroles qu'il nous a dites au nom de Rav Hisda touchant les choses de la synagogue. Il lui dit : ainsi a dit Rav Hisda — que signifie ce qui est écrit « D.ieu aime les portes de Sion plus que toutes les demeures de Yaakov » (Ps. 87, 2) ? Le Saint béni soit-Il a dit : J'aime les portes marquées par la halakha plus que les synagogues et les maisons d'étude. Et c'est ce que dit Rabbi Hiya bar Ami au nom de Oula : depuis le jour où le Saint béni soit-Il a détruit le Temple, Il n'a dans Son monde que les quatre amot de la halakha seulement. Rabbi Ami et Rabbi Assi, bien qu'ils eussent treize synagogues à Tibériade, ne priaient qu'entre les colonnes, là où ils étudiaient. Abaye a dit : au début j'étudiais dans ma maison et je priais à la synagogue ; depuis que j'ai entendu ce qu'a dit Rabbi Hiya bar Ami au nom de Oula, je ne prie plus qu'entre les colonnes, là où j'étudie. Et Rabbi Hiya bar Ami a dit au nom de Oula : que signifie ce qui est écrit « et ceux qui abandonnent D.ieu périront » (Is. 1, 28) ? C'est celui qui laisse le sefer Torah ouvert et sort. Rabbi Abahou sortait entre un lecteur et l'autre. Rav Papa a demandé : entre un verset et l'autre, qu'en est-il ? La question reste sans réponse. Rav Chechet tournait son visage et étudiait ; il disait : nous à ce qui nous revient, et eux à ce qui leur revient. Et si tu dis : ne dit-on pas dans Sota, au chapitre Elou neemarin (39a), que dès lors que le sefer Torah est ouvert il est interdit de parler, même d'une parole de halakha, ainsi qu'il est dit « et lorsqu'il l'ouvrit, tout le peuple se tint debout » ? Et l'on ne peut dire qu'ici il en va autrement parce qu'il tournait son visage, car il aurait alors fallu rapporter là-bas la parole de Rav Chechet pour nous apprendre qu'en pareil cas c'est permis. Il me paraît qu'il faut expliquer que ce qui est dit là-bas, qu'il est interdit de parler, vise précisément la parole à voix haute, qui empêche les autres d'entendre ; mais à voix basse, cela convient. Et quant au fait qu'il tournait son visage, il pouvait de même étudier à voix basse sans tourner son visage ; s'il énonce ce cas, c'est pour dire une chose plus forte, que même en tournant son visage, ce qui donne l'apparence de laisser le sefer Torah, c'est permis. Et s'il tournait son visage, c'était pour appliquer son cœur à son étude. Le Rif a expliqué que cela vaut précisément pour Rav Chechet, dont la Torah était le métier ; mais enseigner à un homme qui pose une question sur le moment, où expliquer une chose — selon une autre version, une question d'interdit et de permis — non.
💡 Explication

Abaye réduit l'interdit à son ressort exact. Puisque le problème est le soupçon, il tombe dès qu'une autre explication du passage est disponible aux yeux de ceux qui regardent.

Les cinq éléments se répartissent en deux groupes. Les deux premiers, une autre porte ou une autre synagogue, rendent le passage compatible avec la prière. Les trois derniers, la charge, la course et les tefilin, montrent soit une occupation manifeste, soit la crainte du Ciel de celui qui passe. Un seul suffit.

🖼️ Schéma
Passer derrière la synagogue pendant la prière : les restrictions d'Abaye Interdit selon Rabbi Yehochoua ben Levi il paraît fuir la porte de la synagogue Autre porte il a pu entrer par l'autre côté Autre synagogue il prie peut-être dans l'autre Il porte une charge son travail le retient Il court il est visiblement pressé Il porte les tefilin sa crainte du Ciel est apparente Un seul de ces cinq éléments suffit L'interdit ne vise que le soupçon : dès qu'une explication est visible, il tombe. Le Roch ajoute le cas voisin : prier derrière la synagogue en tournant le visage vers elle.
Les cinq éléments qui font tomber l'interdit : chacun d'eux fournit une explication visible au passage.
13
תַּנְיָא, אָמַר רַבִּי עֲקִיבָא: בִּשְׁלֹשָׁה דְּבָרִים אוֹהֵב אֲנִי אֶת הַמָּדִיִּים, כְּשֶׁחוֹתְכִין אֶת הַבָּשָׂר — אֵין חוֹתְכִין אֶלָּא עַל גַּבֵּי הַשֻּׁולְחָן, כְּשֶׁנּוֹשְׁקִין — אֵין נוֹשְׁקִין אֶלָּא עַל גַּב הַיָּד, וּכְשֶׁיּוֹעֲצִין — אֵין יוֹעֲצִין אֶלָּא בַּשָּׂדֶה.

Il a été enseigné : Rabbi Akiva a dit — sur trois points j'aime les Mèdes. Quand ils coupent la viande, ils ne la coupent que sur la table ; quand ils embrassent, ils n'embrassent que le dos de la main ; et quand ils tiennent conseil, ils ne tiennent conseil que dans les champs.

📜 Rachi (2)
עַל גַּב הַיָּד אֶת יַד חֲבֵרוֹ הוּא נוֹשֵׁק וְדֶרֶךְ חֲשִׁיבוּת הוּא זֶה מִפְּנֵי הָרֹוק:
c'est la main de son compagnon qu'il embrasse, et c'est une marque de considération, à cause de la salive.
אֶלָּא בַּשָּׂדֶה דְּאָמְרִי אִינָשֵׁי אָזְנַיִם לַכֹּותֶל:
car les gens disent : les murs ont des oreilles.
🪔 Ben Yehoyada (4)
בִּשְׁלֹושָׁה דְּבָרִים אוֹהֵב אֲנִי אֶת הַמָּדִייִּם. קָשֶׁה וְהָא כְּתִיב לֹא תְּחָנֵּם, וְדָרְשׁוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בַּגְּמָרָא דַּע"ז דַּף ו' לֹא תִּתֵּן לָהֶם חֵן, וּפֵירֵשׁ רַשִׁ"י שֶׁלֹּא יֹאמַר כַּמָּה נָאֶה נָכְרִי זֶה, וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּכָאן רוֹצֶה לְהַלְהִיב אֶת לִבּוֹת הֶהָמוֹן יוֹתֵר ע"י דְּבָרִים אֵלּוּ שֶׁיִּקְּחוּ יִשְׂרָאֵל קַל וָחֹומֶר, וּמָה הַמַּדִּיִּים נִזְהָרִים בָּזֶה כָּל שֶׁכֵּן יִשְׂרָאֵל שֶׁהֵם עַם חָכָם וְנָבוֹן. וְעוֹד נִרְאֶה לִי דְּבָא לִגְנוּתָם, דְּהָא נְחִית לְמִנְיָן לוֹמַר בְּכָל הָאֻומָּה הַגְּדוֹלָה הַזֹּאת לֹא יִמְצָא דְּבָרִים שֶׁרָאוּי לְאוֹהֲבָן אֶלָּא רַק ג' וְלֹא יוֹתֵר, וּשְׁמַע מִינָּהּ בִּשְׁאָר דְּבָרִים רָאוּי לְשִׁנְאָן.
« Sur trois points j'aime les Mèdes ». Cela fait difficulté : n'est-il pas écrit « tu ne leur feras pas grâce », et nos maîtres ont exposé dans la guemara de Avoda Zara 20a — ne leur accorde pas de faveur ; et Rachi explique qu'on ne dira pas, comme cet étranger est beau. Il me paraît, avec l'aide du Ciel, qu'ici il veut enflammer davantage le cœur du grand nombre par ces paroles, afin qu'Israël en tire un kal va-homer (raisonnement à fortiori) : si les Mèdes sont attentifs à cela, combien plus Israël, qui est un peuple sage et intelligent. Et il me paraît encore qu'il vient les blâmer, car il se met à compter et à dire que dans cette grande nation on ne trouve que trois choses dignes d'être aimées, et pas davantage ; d'où l'on apprend que pour le reste elles méritent d'être haïes.
כְּשֶׁחוֹתְכִין אֶת הַבָּשָׂר. נִרְאֶה לִי בס"ד דְּנָקֵיט לְהוּ עַל הַסֵּדֶר, שֶׁתָּפַס הַתְּדִירִי יוֹתֵר תְּחִלָּה, כִּי הָאֲכִילָה הִיא תְּמִידִית בְּכָל יוֹם, וּשְׁנֵי לָהּ בִּתְמִידוּת הַנְּשִׁיקָה, וּשְׁלִישִׁית לָהּ בִּתְמִידוּת הִיא הָעֵצָה שֶׁתִּצְטָרֵךְ לָהֶם לְעִתּוֹת רְחוֹקִים.
« Quand ils coupent la viande ». Il me paraît, avec l'aide du Ciel, qu'il les a énoncés dans l'ordre, prenant d'abord le plus fréquent, car le manger est quotidien ; vient ensuite en fréquence le baiser ; et en troisième lieu le conseil, dont ils n'ont besoin qu'à de longs intervalles.
אֵין חוֹתְכִין אֶלָּא עַל גַּבֵּי הַשֻּׁלְחָן. קָשֶׁה לָמָּה הֶאֱרִיךְ כָּל כָּךְ לִמְנַקַּט לְשׁוֹן שְׁלִילָה, וְדַי לוֹמַר אוֹהֵב אֲנִי הַמַּדִּיִּים שֶׁחוֹתְכִין הַבָּשָׂר עַל גַּבֵּי הַשֻּׁלְחָן, וְנוֹשְׁקִין עַל הַיָּד, וּמְיַעֲצִין בַּשָּׂדֶה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִי הֲוָה נָקֵיט הָכִי הֲוָה אֲמִינָא כָּךְ הִיא מִידָּתָם עַל הָרֹוב, אֲבָל זִמְנִין מִתְרַמֵּי דְּלָא עָבְדִי הָכִי, לְכָךְ נָקֵיט לְשׁוֹן שְׁלִילָה, אֵין חוֹתְכִין אֶלָּא, וְאֵין נִשְׁקִין אֶלָּא וְכוּ', לוֹמַר שֶׁלֹּא הָיוּ מְשַׁנִּים מִנְהָג זֶה אֲפִילּוּ פַּעַם אַחַת. וְעוֹד נִרְאֶה לִי דְּאִם הָיָה תּוֹפֵס הַלָּשׁוֹן כַּאֲשֶׁר אָמַרְנוּ שֶׁרְצוֹנוֹ לוֹמַר לֹא הָיוּ נוֹשְׁכִין וְאוֹכְלִים אֶלָּא חוֹתְכִין וְאוֹכְלִין כְּמוֹ שֶׁכָּתַב מָהַרְשָׁ"א בְּשֵׁם הַיַּלְקוּט, וְכֵן בְּעִנְיַן נְשִׁיקָה, הָיִינוּ חוֹשְׁבִין שֶׁבָּא לְלַמְּדֵנוּ שֶׁלֹּא הָיוּ נוֹשְׁקִין פֶּה אֶל פֶּה וכמ"ש מָהַרְשָׁ"א, וְהַשְׁתָּא דְּאָמַר אֶלָּא עַל גַּבֵּי הַיָּד בָּא לְלַמְּדֵנוּ שֶׁלֹּא הָיוּ נוֹשְׁקִין בְּפָנִים שֶׁל הַיָּד אֶלָּא עַל גַּב, מִפְּנֵי שֶׁהַגַּב יִהְיֶה נָקִי תָּמִיד יוֹתֵר מִתּוֹכָהּ, מִפְּנֵי שֶׁבְּתוֹכָהּ יִזְדַּמֵּן לָהּ לִכְלוּךְ מִדְּבָרִים שֶׁאוֹחֶזֶת בָּהֶם מַה שֶׁאֵין כֵּן גַּב הַיָּד.
« Ils ne coupent que sur la table ». Cela fait difficulté : pourquoi allonger ainsi et prendre une tournure négative ? Il aurait suffi de dire, j'aime les Mèdes qui coupent la viande sur la table, embrassent la main et tiennent conseil dans les champs. Il me paraît, avec l'aide du Ciel, que s'il avait pris cette formulation, j'aurais pu dire que telle est leur manière le plus souvent, mais qu'il leur arrive parfois de ne pas agir ainsi ; c'est pourquoi il prend la tournure négative, « ils ne coupent que », « ils n'embrassent que », pour dire qu'ils ne changeaient pas cet usage, pas même une seule fois. Et il me paraît encore que, s'il avait pris la formulation que nous avons dite, on aurait compris qu'il voulait dire qu'ils ne mordaient pas pour manger mais coupaient pour manger, comme l'écrit le Maharcha au nom du Yalkout, et de même pour le baiser, nous aurions pensé qu'il venait nous apprendre qu'ils n'embrassaient pas bouche à bouche, comme l'écrit le Maharcha. Maintenant qu'il dit « que sur le dos de la main », il vient nous apprendre qu'ils n'embrassaient pas l'intérieur de la main mais le dos, parce que le dos est toujours plus propre que l'intérieur, l'intérieur recevant la saleté des choses que la main saisit, ce qui n'est pas le cas du dos.
וְאֵין יוֹעֲצִין אֶלָּא בַּשָּׂדֶה. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י דְּאָמְרִי אִינָשֵׁי אָזְנַיִם לַכֹּותֶל עַייֵּן שָׁם, וּבַמִּדְרָשׁ רָבָא פָּרָשַׁת אֱמֹור פָּרָשָׁה ל"ב אִיתָא, (קֹהֶלֶת י' ה') וּבַעַל כְּנָפַיִם יַגֵּיד דָּבָר, רַבִּי לֵוִי אָמַר אָזְנַיִם לַדֶּרֶךְ וְאָזְנַיִם לַכֹּותֶל, וּפֵירֵשׁ 'מַתְּנוֹת כְּהֻונָּה' שֶׁהוּא דֶּרֶךְ מָשָׁל עַיֵּין שָׁם, וְעַייֵּן 'פַּחַד יִצְחָק' (אוֹת אָלֶ"ף) מַה שֶׁהֵבִיא מַעֲשֶׂה נוֹרָא בַּדָּבָר הַזֶּה עַייֵּן שָׁם. ]בְּעִיר מַנְטוֹבָה, מִחוּץ לְפֶתַח הָעִיר הַנִּקְרָא טַע יֵשׁ אַרְמוֹן מְלָכִים הַנִּקְרָא 'פִּלְאצוֹ דִּילְטָע', וְשָׁם בַּיִת וְחֶדֶר גָּדוֹל מְאֹד נִבְנָה בארקיוולטי, וְהַיּוֹשֵׁב בְּזָוִוית זוֹ וּמְדַבֵּר דְּבָרָיו בְּפִיו, קָרוֹב אֶל הַזָּוִוית בְּקוֹל נָמוּךְ מְאוֹד מְאוֹד עַד כִּי אֲפִילּוּ הָאֲנָשִׁים הַקְּרוֹבִים אֵלָיו לֹא יִשְׁמְעוּ מְאוּמָה. הָאִישׁ הַנּוֹתֵן אָוזְנוֹ בְּזָווִית שֶׁכְּנֶגְדּוֹ בַּאֲלַכְסוֹן, וְשָׁמַע כָּל הַדְּבָרִים הַנֶּאֱמָרִים בִּלְחִישָׁה בְּרוּרִים מְאֹד וּבְשָׂפָה בְּרוּרָה. וַאֲנִי הַמְחַבֵּר פְּעָמִים רַבּוֹת הָיִיתִי שָׁם וְנִיסִּיתִי. וְשָׁמַעְתִּי שֶׁכַּיּוֹצֵא בָּזֶה נִמְצָא בְּהַרְבֵּה מְקוֹמוֹת בְּאִיטַאלְיַיָּא וְחוּצָה לָהּ. וְדָבָר זֶה קַל לְהָבִין לְמִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ יָד בְּחָכְמַת הַהַנְדָּסָה. וְאוּלַי לָזֶה כִּיווְּנוּ רַבּוֹתֵינוּ בְּאָמְרָם: 'אָזְנַיִם לַכֹּותֶל' - כְּלוֹמַר לִפְעָמִים אָדָם מְדַבֵּר וְחוֹשֵׁב שֶׁאֵין שׁוֹמֵעַ - וְטוֹעֶה, יַעַן כִּי דְּבָרָיו נִשְׁמָעִים לְמֵרָחוֹק בְּהַקְּרָב הָאֹוזֶן לַכֹּותֶל, וּכְאִילּוּ יֵשׁ לְכֹותֶל אָוזְנַייִם לִשְׁמֹועַ. וְזֶהוּ אֲמָרָם בַּגְּמָרָא חֲגִיגָה פ"ב: שֶׁמָּא יֹאמַר אָדָם מִי מֵעִיד בִּי?! אַבְנֵי בֵּיתוֹ שֶׁל אָדָם וְקוֹרוֹת בֵּיתוֹ וְרָהִיטֵי בֵּיתוֹ שֶׁל אָדָם מְעִידִים בּוֹ. פַּחַד יִצְחָק – חָכָם יִצְחָק חִזְקִיָּה לְמַפְרוֹנַטִי 1679 - 1756[
« Et ils ne tiennent conseil que dans les champs ». Rachi explique : car les gens disent, les murs ont des oreilles. Et dans le Midrach Rabba, section Emor, chapitre 32, il est dit sur « et le maître des ailes rapportera la chose » (Qo. 10, 20) : Rabbi Levi a dit, des oreilles pour le chemin et des oreilles pour le mur ; et le Matnot Kehouna explique qu'il s'agit d'une image. Voir aussi le Pahad Yitshak, lettre alef, qui rapporte à ce propos un fait remarquable. Dans la ville de Mantoue, hors de la porte appelée Te, il y a un palais royal nommé Palazzo del Te, où se trouve une salle très vaste, bâtie en voûtes. Celui qui se tient dans un angle et parle tout près de cet angle à voix très basse, au point que même les hommes proches de lui n'entendent rien, sera entendu très distinctement et clairement par celui qui approche son oreille de l'angle opposé en diagonale : il entend toutes les paroles dites à voix basse. Et moi, l'auteur, j'y suis allé bien des fois et j'ai fait l'essai. J'ai entendu que l'on trouve de semblables endroits en beaucoup de lieux, en Italie et hors d'Italie. La chose est facile à comprendre pour qui connaît la science de l'ingénierie. Peut-être est-ce à cela que visaient nos maîtres en disant « les murs ont des oreilles », c'est-à-dire que parfois l'homme parle en pensant que nul n'entend, et il se trompe, car ses paroles s'entendent au loin lorsque l'oreille s'approche du mur, comme si le mur avait des oreilles pour entendre. Et c'est ce qu'ils ont dit dans la guemara de Haguiga, chapitre 2 : que l'homme ne dise pas, qui témoigne contre moi ? Les pierres de sa maison, les poutres de sa maison et les meubles de sa maison témoignent contre lui. Pahad Yitshak — le sage Yitshak Hizkiya Lampronti, 1679-1756.
💡 Explication

La baraita prolonge le conseil de Rava sur la découpe : les Mèdes coupent leur viande sur la table, jamais sur la main. Les deux autres louanges relèvent de la même attention aux conséquences d'un geste ordinaire.

Rachi explique le baiser sur le dos de la main : on embrasse la main de son compagnon, et cette forme est une marque de considération à cause de la salive. Pour le conseil tenu dans les champs, il cite le dicton, les murs ont des oreilles.

14
אָמַר רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה: מַאי קְרָאָהּ ״וַיִּשְׁלַח יַעֲקֹב וַיִּקְרָא לְרָחֵל וּלְלֵאָה הַשָּׂדֶה אֶל צֹאנוֹ״.

Rav Ada bar Ahava a dit : quel est le verset ? « Et Yaakov envoya et appela Rachel et Léa aux champs, vers son troupeau » (Gn 31, 4).

🪔 Ben Yehoyada (1)
מַאי קְרָא (בְּרֵאשִׁית לא, ד') וַיִּשְׁלַח יַעֲקֹב וַיִּקְרָא לְרָחֵל וּלְלֵאָה הַשָּׂדֶה אֶל צֹאנוֹ. עַייֵּן מַה שֶׁכָּתַב מָהַרְשָׁ"א בָּזֶה וי"ל בִּדְבָרָיו, וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי דַּרְכּוֹ שֶׁל מָהַרְשָׁ"א דְּדָייֵק הַשַּׁ"ס מֵאוֹמְרוֹ אֶל צֹאנוֹ, דְּהַשְׁתָּא לָא מָצֵית לְמֵימַר מַה שֶׁאָמַר אֶל הַשָּׂדֶה בִּשְׁבִיל חֲסִידוּת, דְּהָא הָיָה רוֹעֶה צֹאנוֹ וְאָדָם רַשַּׁאי בְּשֶׁלּוֹ, וְאִם כֵּן תִּקְשֵׁי לָמָּה לֹא הָלַךְ אֶצְלָם, אֶלָּא וַדַּאי קְרָאָם לַשָּׂדֶה לְלַמְּדֵנוּ שֶׁדֶּרֶךְ הָעֵצָה צָרִיךְ לִהְיוֹת בַּשָּׂדֶה, וְהָנָךְ תַּרְתֵּי לָא בָּעֵי רְאָיָה כִּי הַשֵּׂכֶל מְחַיְּיבָם.
« Quel est le verset ? Et Yaakov envoya et appela Rachel et Léa aux champs, vers son troupeau » (Gn 31, 4). Voir ce qu'écrit le Maharcha sur ce point, dont on peut discuter. Il me paraît, avec l'aide du Ciel, en suivant la voie du Maharcha, que le Talmud tire son raisonnement des mots « vers son troupeau » : dès lors, on ne peut plus dire qu'il s'est rendu au champ par piété, puisqu'il faisait paître son troupeau et que l'homme peut agir à sa guise dans ce qui est à lui. Reste la difficulté : pourquoi n'est-il pas allé vers elles ? Il faut donc dire qu'il les a appelées au champ pour nous enseigner que le conseil doit se tenir dans les champs. Quant aux deux autres points, ils n'ont pas besoin de preuve, car la raison même les impose.
💡 Explication

Seul le troisième point de la baraita reçoit un appui scripturaire. Yaakov, sur le point de délibérer avec Rachel et Léa de son départ de chez Laban, ne tient pas conseil à la maison mais les fait venir au champ.

Le Ben Yehoyada explique pourquoi ce point seul demande une preuve : les deux premiers relèvent de l'évidence, tandis que le détour par le champ pouvait s'expliquer autrement.

15
תַּנְיָא אָמַר רַבָּן גַּמְלִיאֵל: בִּשְׁלֹשָׁה דְּבָרִים אוֹהֵב אֲנִי אֶת הַפַּרְסִיִּים: הֵן צְנוּעִין בַּאֲכִילָתָן, וּצְנוּעִין בְּבֵית הַכִּסֵּא, וּצְנוּעִין בְּדָבָר אַחֵר.

Il a été enseigné : Rabban Gamliel a dit — sur trois points j'aime les Perses : ils sont pudiques dans leur manière de manger, pudiques au lieu d'aisance, et pudiques en une autre chose.

📜 Rachi (1)
בְּדָבָר אַחֵר תַּשְׁמִישׁ:
le rapport conjugal.
🪔 Ben Yehoyada (1)
צְנוּעִים בַּאֲכִילָתָם. נִרְאֶה לִי נָקֵיט לְהוּ עַל הַסֵּדֶר כִּי אֲכִילָה מְצוּיָה יוֹתֵר, וְאַחֲרֶיהָ בֵּית הַכִּסֵּא, כִּי יֵשׁ אָדָם שֶׁאֵינוֹ הוֹלֵךְ לַגְּדוֹלִים אֶלָּא פַּעַם אַחַת בכ"ד שָׁעוֹת, וְתַשְׁמִישׁ מוּעָט יוֹתֵר כִּי פַּעַם אַחַת בְּשָׁבוּעַ לת"ח, וְכֵן רָאוּי מִצַּד הַטֶּבַע לְכָל אָדָם, וְרָאָה קְדֻושַּׁת רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל שֶׁדַּרְכָּם לְדַבֵּר בִּנְקִיּוּת שֶׁאֲפִילּוּ תַּשְׁמִישׁ לֹא רָצוּ לְהוֹצִיא מִפִּיהֶם, אֶלָּא קָרֵי לֵיהּ בְּדָבָר אַחֵר, וְנִרְאֶה לִי כִּי תַּשְׁמִישׁ שֶׁל אֵלּוּ שֶׁאֵין בּוֹ מִצְוָה לְכָךְ הִקְפִּידוּ. וַעֲדַייִן צָרִיךְ לְהַקְשׁוֹת מָה עִנְיַן צְנִיעוּת זוֹ דַּאֲכִילָה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁאִם אָדָם אוֹכֵל מַאֲכָל דְּאִית בֵּיהּ קִיּוּהָא, וְאַחַר רוֹאֵהוּ וּמִתְאַוֶּה לוֹ וְאֵינוֹ אוֹכֵל מִמֶּנּוּ הֲרֵי זֶה נִזּוֹק וּמִסְתַּכֵּן, וְאִיכָּא בַּגְּמָרָא עוֹבְדֵי עַל דְּבַר הַנֶּזֶק הַזֶּה, וְכֵן אִם אוֹכֵל מַאֲכָל שֶׁיֵּשׁ בּוֹ רֵיחַ וְאַחֵר מֵרִיחַ בּוֹ וְאֵינוֹ אוֹכְלוֹ הֲרֵי זֶה נִזּוֹק, וּבִפְרָט בַּדּוֹרוֹת הָרִאשׁוֹנוֹת שֶׁהָיָה חֹולִי הַבֻּלְמוּס מָצוּי, וְלָכֵן הַפַּרְסִיִּים צְנוּעִים בְּמַאֲכָלָם שֶׁאֵין אוֹכְלִים בְּבֵיתָם בְּגָלוּי וְלֹא בְּכָל מָקוֹם, אֶלָּא מְיַחֲדִים לַאֲכִילָתָם חֶדֶר מְיֻוחָד שֶׁהוּא צָנוּעַ מִן עוֹבְרִים וְשָׁבִים אֲשֶׁר בַּבַּיִת כְּדֵי שֶׁלֹּא יִוָּלֵד נֶזֶק מִן אֲכִילָתָם לַאֲחֵרִים, וּבְסֵפֶר וִימַהֵר אַבְרָהָם לְהָרַב מהרא"ף נר"ו הֵבִיא מִסֵּפֶר 'גְּבוּל בִּנְיָמִין' דְּמָצָא בְּסִפְרֵיהֶם שֶׁהָיָה מִנְהָג לְהַפַּרְסִיִּים לְהָבִיא בַּשֻּׁלְחָן טֶרֶם כָּל ב' קְעָרוֹת כֶּסֶף לִפְנֵי כָּל אֶחָד מֵהַמְסֻובִּין, בְּאֶחָד יֵשׁ רֶסֶן בְּתוֹכוֹ, וּבְאֶחָד שֶׁקֶל קָטָן שֶׁשּׁוֹקְלִין בּוֹ , לִרְמֹוז לְהַמְסֻובִּין אִם יֵשׁ בְּמִינֵי מַאֲכָל מִין אֶחָד הַמַּזִּיק לְאֶחָד מֵהַמְסֻובִּין יִתֵּן רֶסֶן בְּפִיו וְלֹא יֹאכְלֶנּוּ וְאַף עַל פִּי שֶׁעָרֵב לוֹ, וְעוֹד רוֹמְזִים לוֹ שֶׁלֹּא יֹאכַל הַרְבֵּה מִן הָעָרֶב לוֹ אֶלָּא יֹאכַל בְּמִשְׁקָל כָּרָאוּי לוֹ לְפִי מִזְגּוֹ.
« Pudiques dans leur manière de manger ». Il me paraît qu'il les a énoncés dans l'ordre, car le manger est le plus fréquent, et après lui le lieu d'aisance, car il est des hommes qui n'y vont pour leurs grands besoins qu'une fois en vingt-quatre heures ; le rapport conjugal est plus rare encore, une fois par semaine pour le talmid 'hakham, et cela convient aussi par nature à tout homme. Vois la sainteté de nos maîtres, dont l'usage est de parler avec propreté de langage, au point de ne pas vouloir prononcer le mot même du rapport conjugal, qu'ils appellent « une autre chose ». Et il me paraît que c'est du rapport conjugal de ces gens-là, où il n'y a pas de mitsva, qu'ils ont pris soin de parler ainsi. Il reste à demander : que vient faire ici la pudeur dans le manger ? Il me paraît, avec l'aide du Ciel, que si un homme mange un aliment acide, qu'un autre le voie, le désire et n'en mange pas, il en est atteint et mis en danger ; il y a dans la guemara des faits rapportés sur ce dommage. De même, s'il mange un aliment odorant et qu'un autre en respire l'odeur sans en manger, il en est atteint, surtout dans les premières générations où la maladie de la boulimie était fréquente. C'est pourquoi les Perses sont pudiques dans leur manger : ils ne mangent pas chez eux à découvert ni en n'importe quel lieu, mais réservent au repas une pièce à part, à l'abri de ceux qui vont et viennent dans la maison, afin qu'aucun dommage ne naisse de leur repas pour autrui. Et dans le livre Vayemaher Avraham du Rav Maharaf, il est rapporté au nom du livre Guevoul Binyamin qu'il a trouvé dans leurs livres que les Perses avaient coutume d'apporter à table, avant tout, deux écuelles d'argent devant chacun des convives : dans l'une un mors, dans l'autre un petit poids de balance. C'était pour signifier aux convives que s'il se trouve parmi les mets un aliment nuisible à l'un d'eux, qu'il mette un mors à sa bouche et n'en mange pas, même s'il lui est agréable ; et pour lui signifier encore qu'il ne mange pas en quantité de ce qui lui est agréable, mais mange selon la mesure qui convient à son tempérament.
💡 Explication

Baraita parallèle à la précédente, bâtie sur le même modèle. Les trois points portent ici sur la tsniout (pudeur, retenue).

« Une autre chose » est un euphémisme ; Rachi indique qu'il s'agit du rapport conjugal. Le Ben Yehoyada souligne que l'ordre suit la fréquence décroissante et propose une raison concrète pour la pudeur dans le manger : éviter d'exposer aux autres une nourriture qu'ils désireraient sans en prendre.

16
״אֲנִי צִוִּיתִי לְמִקְדָּשִׁי״, תָּנֵי רַב יוֹסֵף: אֵלּוּ הַפַּרְסִיִּים הַמְקֻודָּשִׁין וּמְזֻומָּנִין לְגֵיהִנָּם.

« J'ai ordonné à Mes consacrés » (Is. 13, 3) — Rav Yossef enseigna : ce sont les Perses, consacrés et désignés pour la Géhenne.

📜 Rachi (1)
אֲנִי צִוִּיתִי לִמְקֻודָּשַׁי בְּמַפֶּלֶת בָּבֶל כְּתִיב אֲנִי צִוִּיתִי אֶת מַלְכֵי פָּרַס וּמָדַי לָבֹא וּלְהַשְׁחִיתָהּ:
« J'ai ordonné à Mes consacrés » est écrit à propos de la chute de Babel : J'ai ordonné aux rois de Perse et de Médie de venir et de la détruire.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֵלּוּ הַפָּרְסִים הַמְזַמְּנִים וּמְקַדְּשִׁים לַגֵּיהִנֹּום. נִרְאֶה לִי בס"ד מְזֻומָּנִים עַל פִּי בֵּית דִּין שֶׁל מַעְלָה, וּמְקֻודָּשִׁים עַל פִּי בֵּית דִּין שֶׁל מַטָּה. אִי נָמֵי מְזֻומָּנִים עַל פִּי מִדַּת הַדִּין וּמְקֻודָּשִׁים עַל פִּי מִדַּת הָרַחֲמִים, שֶׁגַּם מִדַּת הָרַחֲמִים מַסְכֶּמֶת בְּמִשְׁפָּטָם לְרֹוב רָעָתָם.
« Ce sont les Perses, désignés et consacrés pour la Géhenne ». Il me paraît, avec l'aide du Ciel : « désignés » selon le tribunal d'en haut, et « consacrés » selon le tribunal d'en bas. Ou bien : « désignés » selon la mesure de rigueur, et « consacrés » selon la mesure de miséricorde, car la mesure de miséricorde elle-même consent à leur jugement, tant leur mal est grand.
💡 Explication

Le folio ajoute immédiatement un contrepoint à l'éloge. Le verset d'Isaie décrit la chute de Babel ; Rachi rappelle son contexte, D.ieu mande les rois de Perse et de Médie pour venir la détruire.

Rav Yossef lit le mot mekoudachai (Mes consacrés) dans un autre sens : ils sont consacrés à un usage, et cet usage les mène à la Géhenne. La louange portait sur des conduites précises ; elle ne s'étend pas au jugement porté sur eux.

17
רַבָּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר וְכוּ׳: אָמַר רַב יְהוּדָה, אָמַר שְׁמוּאֵל: הֲלָכָה כְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל.

« Rabban Gamliel dit, etc. » : Rav Yehouda a dit au nom de Chemouel — la halakha est comme Rabban Gamliel.

⚖️ Rosh (1)
ר"ג אוֹמֵר עַד שֶׁיַּעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר אָמַר ר"י אָמַר שְׁמוּאֵל הֲלָכָה כר"ג וְאֵין צָרִיךְ לְהַחְמִיר וּלְהַרְחִיק עַד חֲצוֹת לְגַבֵּי ק"ש כְּמוֹ לִשְׁאָר דְּבָרִים דְּהָא חֲכָמִים לָא פְלִיגִי עָלֶיהָ דר"ג אֶלָּא בִּסְיָיג כְּדֵי לְהַרְחִיק אֶת הָאָדָם מִן הָעֲבֵירָה ור"ג לֹא מַצְרִיךְ לְהַרְחִיק מ"מ אֵין לוֹ לֶאֱכֹול וְלֹא לְשַׁנּוֹת ס"א לִשְׁתּוֹת עַד שֶׁיִּקְרָא וְיִתְפַּלֵּל שֶׁלֹּא יַחְטְפֶנּוּ שֵׁינָה. תַּנְיָא ר"ש בֶּן יוֹחַי אוֹמֵר פְּעָמִים שֶׁאָדָם קוֹרֵא ק"ש שְׁתֵּי פְּעָמִים בַּלַּיְלָה. אַחַת קֹודֶם שֶׁיַּעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר וְאַחַת לְאַחַר שֶׁיַּעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר וְיוֹצֵא בָּהֶן יְדֵי חוֹבָתוֹ אַחַת שֶׁל יוֹם וְאַחַת שֶׁל לַיְלָה. הָא גּוּפָא קַשְׁיָא אָמְרַתְּ פְּעָמִים שֶׁאָדָם קוֹרֵא ק"ש שְׁתֵּי פְּעָמִים בַּלַּיְלָה אַחַת קֹודֶם שֶׁיַּעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר וְאַחַת אַחַר שֶׁיַּעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר אַלְמָא אַחַר שֶׁיַּעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר לַיְלָה הוּא. וַהֲדַר אָמְרַתְּ וְיוֹצֵא בָּהֶן יְדֵי חוֹבָתוֹ אַחַת שֶׁל יוֹם וְאַחַת שֶׁל לַיְלָה אַלְמָא יוֹם הוּא. לְעוֹלָם לַיְלָה הוּא. וְהָא דְּנָפֵיק בֵּיהּ בְּדִימָמָא. מִשּׁוּם דְּאִיכָּא אִינָשֵׁי דְּקָייְמִי בְּהַהוּא שַׁעְתָּא. לְעוֹלָם לַיְלָה הוּא פֵּירוּשׁ בִּלְשׁוֹן הָעוֹלָם נִקְרָא לַיְלָה לְפִי שֶׁעֲדַייִן לֹא הֵאִיר הַיּוֹם. ואע"פ שֶׁהוּא חָשׁוּב יוֹם לְכָל אוֹתָן שֶׁמִּצְוָתָן בַּיּוֹם כִּדְאִיתָא בִּמְגִילָּה דַּף כ. וְכֻולָּן שֶׁעֲשָׂאָן מִשֶּׁעָלָה עַמּוּד הַשַּׁחַר יָצָא. מ"מ לְכַתְּחִלָּה אֵין לַעֲשׂוֹתָהּ מִשּׁוּם דְּנִרְאֶה כַּלַּיְלָה. וְכֵן לְעִנְיַן ק"ש נָמֵי לַיְלָה הוּא לְמִי שֶׁמֵּרֹוב אֹונֶס לֹא הָיָה יָכוֹל לִקְרוֹת בַּלַּיְלָה יָכוֹל לִקְרוֹת אַחַר שֶׁיַּעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר. מִיהוּ כֵּיוָן דְּאִיכָּא אִינָשֵׁי דְּקָיְימִי בְּהַהִיא שַׁעְתָּא מִיקְּרֵי זְמַן קִימָה לִקְרוֹת בּוֹ לְמִי שֶׁצָּרִיךְ לְהַחְזִיק בַּדֶּרֶךְ אוֹ כַּיּוֹצֵא בוֹ דְּבָרִים אֲחֵרִים שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לִקְרוֹת בִּזְמַנּוֹ. וְכִי תֵּימָא כֵּיוָן דְּיוֹצֵא יְדֵי חוֹבָתוֹ בִּקְרִיאָה שֶׁל עַרְבִית אַחַר שֶׁיַּעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר אַמַּאי תָּנֵי ר"ש בֶּן יוֹחַי פְּעָמִים שֶׁאָדָם קוֹרֵא ק"ש שְׁתֵּי פְּעָמִים בַּלַּיְלָה אַחַת קֹודֶם עַמּוּד הַשַּׁחַר לְאַשְׁמְעִינַן רְבוּתָא טְפֵי דְּיוֹצֵא בק"ש שֶׁל עַרְבִית אַחַר שֶׁיַּעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר. וְנִרְאֶה לְפִי שֶׁרוֹצֶה לְהַשְׁמִיעֵנוּ שֶׁקּוֹרֵא אָדָם ק"ש שְׁתֵּי פְּעָמִים סְמוּכִין זֶה לָזֶה וְיוֹצֵא בָּהֶן יְדֵי חוֹבָתוֹ אַחַת שֶׁל יוֹם וְאַחַת שֶׁל לַיְלָה. וּלְהָכִי הֻוצְרַךְ לוֹמַר בְּאוֹתוֹ שֶׁל עַרְבִית קֹודֶם שֶׁיַּעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר דְּאִם אֵירְעוֹ אֹונֶס שֶׁלֹּא הָיָה יָכוֹל לִקְרוֹת בַּלַּיְלָה וְגַם צָרִיךְ לְהַחְזִיק בַּדֶּרֶךְ וְאֵינוֹ יָכוֹל לִקְרוֹת בִּזְמַנּוֹ לֹא מִסְתַּבְּרָא שֶׁיִּקְרָא שֶׁל עַרְבִית וְשֶׁל שַׁחֲרִית אַחַר שֶׁיַּעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר אע"פ שֶׁיָּכוֹל לִקְרוֹת שֶׁל עַרְבִית לְבַדָּהּ אַחַר שֶׁיַּעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר וּלְהָכִי תָּנֵי אַחַת קֹודֶם שֶׁיַּעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר. א"ר אֲחָא ב"ח אַרִיבָּ"ל הֲלָכָה כְּר"ש בֶּן יוֹחַי: אִיכָּא דְמַתְנֵי לַהּ לְהָא דָּר' אַחָא בַּר חֲנִינָא אַהָא דְּתַנְיָא ר"ש בֶּן יוֹחַי אוֹמֵר מִשּׁוּם ר"ע פְּעָמִים שֶׁאָדָם קוֹרֵא ק"ש שְׁתֵּי פְּעָמִים בַּיּוֹם אַחַת קֹודֶם הָנֵץ הַחַמָּה וְאַחַת אַחַר הָנֵץ הַחַמָּה וְיוֹצֵא בּוֹ יְדֵי חוֹבָתוֹ אַחַת שֶׁל יוֹם וַאֲתָת שֶׁל לַיְלָה. הָא גּוּפָא קַשְׁיָא אָמְרַתְּ פְּעָמִים שֶׁאָדָם קוֹרֵא ק"ש שְׁתֵּי פְּעָמִים בַּיּוֹם אַחַת קֹודֶם הָנֵץ הַחַמָּה אַלְמָא קֹודֶם הָנֵץ הַחַמָּה יְמָמָא. וַהֲדַר אָמְרַתְּ וְיוֹצֵא בָּהֶן יְדֵי חוֹבָתוֹ אַחַת שֶׁל לַיְלָה. אַלְמָא לֵילְיָא הוּא. לְעוֹלָם יְמָמָא הוּא וְהָא דְּנָפֵיק בָּהּ בִּדְלֵילְיָא. מִשּׁוּם דְּאִיכָּא אִינָשֵׁי דְּגָנוּ בְּהַהִיא שַׁעְתָּא. לְעוֹלָם יְמָמָא פֵּירוּשׁ בִּלְשׁוֹן הָעוֹלָם נִקְרָא יוֹם קֹודֶם הָנֵץ הַחַמָּה לְפִי שֶׁכְּבָר הֵאִיר הַיּוֹם קְצָת וְגַם חֲשִׁיב יוֹם בְּדִיעֲבַד לְכָל אוֹתָן שֶׁמִּצְוָתָן בַּיּוֹם. וְהָא דְּנָפֵיק בָּהּ בִּדְלֵילְיָא מִשּׁוּם דְּאִיכָּא אִינָשֵׁי דְּגָנוּ בְּהַהִיא שַׁעְתָּא הִילְכָּךְ מִי שֶׁנֶּאֱנַס וְלֹא הָיָה יָכוֹל לִקְרוֹת בַּלַּיְלָה יָכוֹל לִקְרוֹת עַד הָנֵץ הַחַמָּה. וְעַתָּה לָא פְלִיגִי הָנֵי תְּרֵי בָּרָיְיתוֹת אַהֲדָדֵי. הָא דְּתָנֵי ר"ש אַלִּיבָּא דְּנַפְשֵׁיהּ וְהָא דְּתָנֵי אַלִּיבָּא דר"ע. וְכֵן דר"ג דְּמַתְנִי' דק"ש שֶׁל עַרְבִית דַּווְקָא עַד שֶׁיַּעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר הֵיכָא דְּלָא אַנִּים. אֲבָל אִם אֲנִיס יָכוֹל לִקְרוֹת עַד הָנֵץ הַחַמָּה. וּבָנָיו שֶׁל ר"ג לֹא הָיוּ אֲנוּסִים אֶלָּא נִמְשַׁךְ לִבָּם אַחַר הַמִּשְׁתֶּה וְהַאי דְּקָאָמַר אַלִּיבָּא דר"ע דק"ש שֶׁל שַׁחֲרִית לְאַחַר הָנֵץ הַחַמָּה דַּוְוקָא הֵיכָא דְּלָא אַנִּים וְאִי תִּיקְשֵׁי לָךְ הָא לְקַמָּן (בְּרָכוֹת דַּף ט:) קָאָמַר ר"ע מִשֶּׁיַּכִּיר בֵּין חֲמוֹר לְעָרוֹד. וצ"ל דִּתְרֵי תַּנָּאֵי אַלִּיבָּא דר"ע אִי נָמֵי הָא דְּקָאָמַר אַחַר הָנֵץ הַחַמָּה לָאו דַּוְוקָא דה"ה נָמֵי קֹודֶם הָנֵץ הַחַמָּה אֶלָּא נְקַט אַחַר הָנֵץ הַחַמָּה לְאַשְׁמְעִינַן דִּלְאַחַר הָנֵץ הַחַמָּה אֵינוֹ יָכוֹל לִקְרוֹת ק"ש שֶׁל עַרְבִית אֲפִילּוּ אַחַר שֶׁנֶּאֱנַס. אָמַר רַבִּי אַחָא בַּר חֲנִינָא אַרִיבָּ"ל הֲלָכָה כְּדִבְרֵי ר"ש שֶׁאָמַר מִשּׁוּם ר"ע. וּכְסֻוגְיָא הַזּוֹ פֵּירֵשׁ גַּם רַב אִלְפָּס זַ"ל. א"ר זֵירָא וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יֹאמַר הַשְׁכִּיבֵנוּ פירש"י הַקּוֹרֵא ק"ש שֶׁל לַיְלָה שַׁחֲרִית סָמוּךְ לְעַמּוּד הַשַּׁחַר לֹא יֹאמַר הַשְׁכִּיבֵנוּ. שֶׁאֵין עַתָּה זְמַן תְּחִלַּת שְׁכִיבָה אֶלָּא זְמַן סוֹף הַשְּׁכִיבָה. וְיֵשׁ מְפָרְשִׁים דְּלָא קָאֵי אֶלָּא אַהֵיכָא שֶׁקָּרָא אַחַר שֶׁעָלָה עַמּוּד הַשַּׁחַר. אֲבָל קֹודֶם שֶׁיַּעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר יָכוֹל לוֹמַר הַשְׁכִּיבֵנוּ. וְכֵן מַשְׁמַע מִדְּקָבַע מִילְּתֵיהּ דְּר' זֵירָא בָּתַר בָּרַייְתָא דְּר"ש בֶּן יוֹחַי. וה"ר יִצְחָק גִּיאָת זַ"ל כָּתַב לֹא שֶׁלֹּא יֹאמַר כָּל הַבְּרָכָה דְּהָא בָּעֵי לְמֵימַר שְׁתַּיִם לְאַחֲרֶיהָ. אֶלָּא שֶׁלֹּא יֹאמַר אֵלּוּ הַמִּלּוֹת הַשְׁכִּיבֵנוּ ה' אֱ-לֹהֵינוּ לְשָׁלוֹם אֶלָּא מַתְחִיל וְתַקְּנֵנוּ בְּעֵצָה טוֹבָה מִלְּפָנֶיךָ. וְאֵין מַשְׁמַע כְּפֵירוּשׁוֹ דְּאִם כֵּן הֲוָה לֵיהּ לַגְּמָרָא לְפָרוֹשֵׁי כְּדִלְקַמָּן בְּפֶרֶק שֵׁנִי (בְּרָכוֹת דַּף יד:) דְּקָאָמַר לֹא אָמַר אֲנִי ה' אֱ-לֹהֵיכֶם אֵינוֹ צָרִיךְ לוֹמַר אֱמֶת וּמְפָרֵשׁ גְּמָרָא הֵיאַךְ יֹאמַר הַבְּרָכָה:
« Rabban Gamliel dit : jusqu'à la montée de l'aube ». Rav Yehouda a dit au nom de Chemouel : la halakha est comme Rabban Gamliel, et il n'y a pas lieu d'être rigoureux et de s'écarter jusqu'à minuit pour le Chema comme pour les autres choses, car les Sages ne sont en désaccord avec Rabban Gamliel que sur la haie protectrice destinée à éloigner l'homme de la faute, et Rabban Gamliel n'exige pas cet écart. Malgré tout, il ne doit ni manger ni étudier — selon une autre version, ni boire — avant d'avoir lu et prie, de peur que le sommeil ne le saisisse. Il a été enseigné : Rabbi Chimon ben Yohai dit — il arrive que l'homme lise le Chema deux fois dans la nuit, une fois avant la montée de l'aube et une fois après la montée de l'aube, et il s'acquitte ainsi de ses obligations, celle du jour et celle de la nuit. Cela même fait difficulté : tu as dit qu'il arrive que l'homme lise le Chema deux fois dans la nuit, une fois avant la montée de l'aube et une fois après la montée de l'aube, donc après la montée de l'aube c'est la nuit ; puis tu as dit qu'il s'acquitte de ses obligations, celle du jour et celle de la nuit, donc c'est le jour. En vérité c'est la nuit, et s'il s'acquitte par là de celle du jour, c'est parce qu'il y a des gens qui sont debout à cette heure-là. « En vérité c'est la nuit » : explication — dans le langage commun on l'appelle nuit, puisque le jour n'a pas encore éclairé ; et bien que ce soit tenu pour jour à l'égard de tout ce dont la mitsva est le jour, comme il est dit dans Meguila 20a, toutes ces choses, s'il les a faites depuis la montée de l'aube, il s'est acquitté, malgré tout on ne doit pas les faire ainsi de prime abord, parce que cela a l'apparence de la nuit. Et de même pour le Chema, c'est la nuit : celui qui, par force majeure, n'a pas pu lire dans la nuit peut lire après la montée de l'aube. Toutefois, puisqu'il y a des gens debout à cette heure-là, elle est appelée temps du lever, pour y lire, s'agissant de celui qui doit se mettre en route ou dans d'autres cas semblables où il ne peut lire en son temps. Et si tu dis : puisqu'il s'acquitte par la lecture du soir après la montée de l'aube, pourquoi Rabbi Chimon ben Yohai enseigne-t-il qu'il arrive que l'homme lise le Chema deux fois dans la nuit, une fois avant la montée de l'aube ? Qu'il nous enseigne une chose plus forte, qu'il s'acquitte du Chema du soir après la montée de l'aube. Il paraît qu'il veut nous apprendre que l'homme lit le Chema deux fois l'une près de l'autre et s'acquitte ainsi de ses obligations, celle du jour et celle de la nuit ; c'est pourquoi il a dû dire que celle du soir est avant la montée de l'aube, car s'il lui est survenu une force majeure qui l'a empêché de lire dans la nuit et qu'il doive en outre se mettre en route sans pouvoir lire en son temps, il n'est pas vraisemblable qu'il lise celle du soir et celle du matin après la montée de l'aube, bien qu'il puisse lire celle du soir seule après la montée de l'aube ; c'est pourquoi il enseigne « une fois avant la montée de l'aube ». Rabbi Aha bar Hanina a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi : la halakha est comme Rabbi Chimon ben Yohai. Certains enseignent cette parole de Rabbi Aha bar Hanina à propos de ceci : il a été enseigné — Rabbi Chimon ben Yohai dit au nom de Rabbi Akiva : il arrive que l'homme lise le Chema deux fois dans la journée, une fois avant le lever du soleil et une fois après le lever du soleil, et il s'acquitte ainsi de ses obligations, celle du jour et celle de la nuit. Cela même fait difficulté : tu as dit qu'il arrive que l'homme lise le Chema deux fois dans la journée, une fois avant le lever du soleil, donc avant le lever du soleil c'est le jour ; puis tu as dit qu'il s'acquitte de ses obligations, dont celle de la nuit, donc c'est la nuit. En vérité c'est le jour, et s'il s'acquitte par là de celle de la nuit, c'est parce qu'il y a des gens qui dorment à cette heure-là. « En vérité c'est le jour » : explication — dans le langage commun on appelle jour le moment qui précède le lever du soleil, puisque le jour a déjà quelque peu éclairé, et cela est aussi tenu pour jour après coup à l'égard de tout ce dont la mitsva est le jour. Et « il s'acquitte par là de celle de la nuit parce qu'il y a des gens qui dorment à cette heure-là » : dès lors, celui qui a été empêché par force majeure et n'a pas pu lire dans la nuit peut lire jusqu'au lever du soleil. Ainsi les deux baraitot ne sont plus en désaccord : l'une enseigne l'avis propre de Rabbi Chimon, l'autre son enseignement selon Rabbi Akiva. Et de même, l'avis de Rabban Gamliel dans notre michna, selon lequel le Chema du soir se lit précisément jusqu'à la montée de l'aube, vaut là où il n'y a pas eu force majeure ; mais s'il a été empêché, il peut lire jusqu'au lever du soleil. Et les fils de Rabban Gamliel n'étaient pas empêchés, mais leur cœur avait été entraîné par le banquet. Et ce qui est dit selon Rabbi Akiva, que le Chema du matin se lit après le lever du soleil, vaut précisément là où il n'y a pas eu force majeure. Et si tu objectes : plus loin (Berakhot 9b) Rabbi Akiva dit, dès qu'il distingue entre un âne et un onagre — il faut dire que deux tanaim rapportent l'avis de Rabbi Akiva ; ou bien que « après le lever du soleil » n'est pas à prendre au pied de la lettre, car il en va de même avant le lever du soleil, et s'il a pris « après le lever du soleil », c'est pour nous apprendre qu'après le lever du soleil il ne peut plus lire le Chema du soir, même s'il a été empêché. Rabbi Aha bar Hanina a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi : la halakha est selon les paroles de Rabbi Chimon dites au nom de Rabbi Akiva. Le Rif a lui aussi expliqué cette sougya de cette manière. Rabbi Zera a dit : à condition qu'il ne dise pas Hachkivenou. Rachi a expliqué : celui qui lit au matin le Chema de la nuit, près de la montée de l'aube, ne dira pas Hachkivenou, car ce n'est pas alors le temps du commencement du coucher mais celui de sa fin. Et certains expliquent que cela ne vise que le cas où il a lu après la montée de l'aube, mais qu'avant la montée de l'aube il peut dire Hachkivenou ; c'est ce qui ressort de ce que la parole de Rabbi Zera a été placée après la baraita de Rabbi Chimon ben Yohai. Et Rabbenou Yitshak Guiat a écrit qu'il ne s'agit pas de ne pas dire toute la bénédiction, puisqu'il faut en dire deux après le Chema, mais de ne pas dire ces mots-ci, « Hachkivenou, D.ieu notre D.ieu, pour la paix », et de commencer plutôt par « Ve-takenenou be-etsa tova mi-lefanekha ». Cette explication ne paraît pas ressortir du texte, car alors la guemara aurait dû le préciser, comme elle le fait plus loin, au chapitre deux (14b), où elle dit : s'il n'a pas dit « Je suis D.ieu votre D.ieu », il n'a pas besoin de dire « émet », et la guemara explique alors comment il dira la bénédiction.
💡 Explication

Le folio revient à la michna du début du traité. Rabban Gamliel y soutient que le Chema du soir peut être lu jusqu'à la montée de l'aube, contre les Sages qui fixent la limite à minuit.

Le Roch précise la portée de la décision : les Sages ne divergent que sur une haie protectrice destinée à éloigner l'homme de la faute, et Rabban Gamliel ne l'exige pas. Il ajoute cependant une réserve pratique, ne pas manger ni étudier avant d'avoir lu et prie, de peur que le sommeil ne surprenne.

18
תַּנְיָא: רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי אוֹמֵר פְּעָמִים שֶׁאָדָם קוֹרֵא קְרִיאַת שְׁמַע שְׁתֵּי פְּעָמִים בַּלַּיְלָה, אַחַת קֹודֶם שֶׁיַּעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר וְאַחַת לְאַחַר שֶׁיַּעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר, וְיוֹצֵא בָּהֶן יְדֵי חוֹבָתוֹ אַחַת שֶׁל יוֹם וְאַחַת שֶׁל לַיְלָה.

Il a été enseigné : Rabbi Chimon ben Yohai dit — il arrive que l'homme lise le Chema deux fois dans la nuit, une fois avant la montée de l'aube et une fois après la montée de l'aube, et il s'acquitte ainsi de ses obligations, celle du jour et celle de la nuit.

💡 Explication

Conséquence directe de la halakha comme Rabban Gamliel. Puisque le Chema du soir reste possible jusqu'à alot ha-chahar (la montée de l'aube), et que le Chema du matin devient possible dès cette même heure, les deux lectures peuvent se suivre à quelques instants d'intervalle.

La baraita nomme pourtant « nuit » l'ensemble des deux moments, ce que le segment suivant relève comme une difficulté interne.

19
הָא גוּפָא קַשְׁיָא, אָמַרְתָּ: פְּעָמִים שֶׁאָדָם קוֹרֵא קְרִיאַת שְׁמַע שְׁתֵּי פְּעָמִים בַּלַּיְלָה, אַלְמָא לְאַחַר שֶׁיַּעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר לֵילְיָא הוּא, וַהֲדַר תָּנֵי: יוֹצֵא בָּהֶן יְדֵי חוֹבָתוֹ אַחַת שֶׁל יוֹם וְאַחַת שֶׁל לַיְלָה, אַלְמָא יְמָמָא הוּא!

Cela même fait difficulté : tu as dit « il arrive que l'homme lise le Chema deux fois dans la nuit », donc après la montée de l'aube c'est la nuit ; puis tu enseignes « il s'acquitte de ses obligations, celle du jour et celle de la nuit », donc c'est le jour !

📜 Rachi (1)
לֵילְיָא הוּא עַד הָנֵץ הַחַמָּה:
jusqu'au lever du soleil.
💡 Explication

La formule ha goufa kachya désigne une contradiction interne à un même énoncé, sans recours à une source extérieure. Le même moment, juste après l'aube, est qualifié de nuit par la première partie et de jour par la seconde.

Rachi précise l'étendue de cette zone : elle court jusqu'au lever du soleil.

20
לֹא — לְעוֹלָם לֵילְיָא הוּא. וְהָא דְּקָרֵי לֵיהּ ״יוֹם״ — דְּאִיכָּא אִינָשֵׁי דְּקָיְימִי בְּהַהִיא שַׁעְתָּא.

Non — en vérité c'est la nuit, et si on l'appelle « jour », c'est parce qu'il y a des gens qui sont debout à cette heure-là.

📜 Rachi (1)
דְּקָייְמִי בְּהַהִיא שַׁעְתָּא הִלְכָּךְ זְמַן ק"ש דְּיוֹם הוּא דְּגַבֵּי קִרְיַת שְׁמַע וּבְקוּמֶךָ כְּתִיב וְהָא קָיְימִי:
dès lors, c'est le temps du Chema du jour, car à propos du Chema il est écrit « et quand tu te lèves » — et les voilà levés.
🗂️ Tossefot (1)
לָא לְעוֹלָם לֵילְיָא הוּא תֵּימָא אִם כֵּן לֵימָא רְבוּתָא שֶׁפְּעָמִים יֵשׁ אָדָם קוֹרֵא לְאַחַר שֶׁיַּעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר שְׁנֵי פְּעָמִים וְיוֹצֵא בּוֹ מִשּׁוּם שַׁחֲרִית וּמִשּׁוּם עַרְבִית. וי"ל דְּהָכִי קָאָמַר לְעוֹלָם לְיַלָּא הוּא בִּשְׁאָר מִצְוֹת דְּבָעֵינַן בְּהוּ יוֹם כְּמוֹ תְּפִילִּין וְצִיצִית. אֲבָל גַּבֵּי ק"ש לֹא הוֹאִיל וְאִיכָּא אִינָשֵׁי דְּקָייְמִי בְּהַהִיא שַׁעְתָּא לָאו זְמַן שְׁכִיבָה הוּא. וְהַאי דִּנְקַט לְאַחַר שֶׁיַּעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר לָאו דַּוְקָא מִיָּד הוּא דְּהָא צָרִיךְ לְהַמְתִּין לְכָל הַפָּחוֹת שִׁיעוּרָא דְּמַתְנִיתִין (לְקַמָּן בְּרָכוֹת ט:) עַד שֶׁיַּכִּיר בֵּין תְּכֵלֶת לְכַרְתִּי:
Cela est étonnant : s'il en est ainsi, qu'il énonce une chose plus forte, à savoir qu'il arrive que l'homme lise deux fois après la montée de l'aube et s'acquitte ainsi de celle du matin et de celle du soir. On peut répondre que voici ce qui est dit : en vérité c'est la nuit pour les autres mitsvot qui exigent le jour, comme les tefilin et les tsitsit ; mais pour le Chema, non, puisqu'il y a des gens debout à cette heure-là et que ce n'est donc pas le temps du coucher. Et s'il a pris « après la montée de l'aube », ce n'est pas immédiatement, car il faut attendre au moins la mesure de notre michna (infra 9b) : jusqu'à ce qu'il distingue entre le bleu tekhelet et le poireau.
💡 Explication

La résolution distingue le statut objectif du moment et le critère propre au Chema. Objectivement c'est encore la nuit ; mais le Chema du matin est règle sur « be-koumekha », quand tu te lèves, et Rachi souligne que dès cette heure il y a des gens levés.

Tossefot pose une objection de méthode : si le critère tient à la conduite des hommes, la baraita aurait pu énoncer un cas plus fort, deux lectures après l'aube. Il répond que la formule « c'est la nuit » vaut pour les mitsvot qui exigent le jour, comme les tefilin et les tsitsit, tandis que pour le Chema seul compte l'usage des hommes. Il ajoute une précision pratique : « après la montée de l'aube » ne signifie pas immédiatement, il faut attendre la mesure de la michna, distinguer le bleu tekhelet du poireau.

21
אָמַר רַב אַחָא בַּר חֲנִינָא, אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: הֲלָכָה כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי.

Rav Aha bar Hanina a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi : la halakha est comme Rabbi Chimon ben Yohai.

22
אִיכָּא דְּמַתְנֵי לְהָא דְּרַב אַחָא בַּר חֲנִינָא אַהָא. דְּתַנְיָא, רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי אוֹמֵר מִשּׁוּם רַבִּי עֲקִיבָא: פְּעָמִים שֶׁאָדָם קוֹרֵא קְרִיאַת שְׁמַע שְׁתֵּי פְּעָמִים בַּיּוֹם, אַחַת קֹודֶם הָנֵץ הַחַמָּה, וְאַחַת לְאַחַר הָנֵץ הַחַמָּה, וְיוֹצֵא בָּהֶן יְדֵי חוֹבָתוֹ, אַחַת שֶׁל יוֹם וְאַחַת שֶׁל לַיְלָה.

Certains enseignent cette parole de Rav Aha bar Hanina à propos de ceci. Car il a été enseigné : Rabbi Chimon ben Yohai dit au nom de Rabbi Akiva — il arrive que l'homme lise le Chema deux fois dans la journée, une fois avant le lever du soleil et une fois après le lever du soleil, et il s'acquitte ainsi de ses obligations, celle du jour et celle de la nuit.

💡 Explication

La guemara rapporte une seconde tradition sur la portée de la décision de Rav Aha bar Hanina : elle viserait non la baraita précédente mais celle-ci, énoncée par Rabbi Chimon ben Yohai au nom de Rabbi Akiva.

La structure est identique, déplacée d'une frontière : la zone examinée n'est plus celle qui entoure l'aube mais celle qui entoure le netz ha-hama, le lever du soleil. La lecture faite avant le lever acquitte l'obligation du soir, celle faite après acquitte celle du matin.

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הָא גוּפָא קַשְׁיָא. אָמְרַתְּ פְּעָמִים שֶׁאָדָם קוֹרֵא קְרִיאַת שְׁמַע שְׁתֵּי פְּעָמִים בַּיּוֹם, אַלְמָא קֹודֶם הָנֵץ הַחַמָּה יְמָמָא הוּא, וַהֲדַר תָּנֵי יוֹצֵא בָּהֶן יְדֵי חוֹבָתוֹ אַחַת שֶׁל יוֹם וְאַחַת שֶׁל לַיְלָה, אַלְמָא לֵילְיָא הוּא!

Cela même fait difficulté : tu as dit « il arrive que l'homme lise le Chema deux fois dans la journée », donc avant le lever du soleil c'est le jour ; puis tu enseignes « il s'acquitte de ses obligations, celle du jour et celle de la nuit », donc c'est la nuit !

💡 Explication

La difficulté est construite exactement comme celle du segment 18, avec les termes inverses : la première partie appelle « jour » le moment qui précède le lever du soleil, la seconde le traite comme nuit.

La réponse, donnée au folio suivant, suivra la même logique : c'est bien le jour, et on l'appelle nuit parce qu'il y a des gens qui dorment encore à cette heure-là.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).