Berakhot 41a — Plusieurs espèces devant soi : l'espèce des sept espèces ou l'espèce préférée, l'étendue de la controverse, l'ordre du verset et les mesures qu'il enseigne

Berakhot 41a

Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin de la discussion des novelot, laissée en difficulté, puis passe à la michna qui traite de plusieurs espèces posées devant un homme : les Sages disent qu'il bénit sur celle qu'il veut, Rabbi Yehouda qu'il bénit sur l'espèce des sept espèces. Oulla limite la controverse au cas où les deux bénédictions sont identiques, et la Guemara l'éprouve par la baraita du radis et de l'olive, qu'elle finit par reconstruire comme incomplète.

Rabbi Ami et Rabbi Yitshak Napaha se partagent ensuite entre deux lectures : controverse limitée aux bénédictions identiques, ou controverse également lorsque les bénédictions diffèrent. Dans cette seconde lecture, Rabbi Yirmeya explique que le débat porte sur l'ordre de priorité, et Rav Yossef énonce la règle qui la fonde : ce qui est mentionné en premier dans le verset de l'éloge du pays passe en premier pour la bénédiction.

Rabbi Hanan s'y oppose : ce verset n'est venu que pour enseigner des mesures, et le folio déroule alors les mesures attachées au blé, à l'orge, à la vigne, à la figue et à la grenade.

Michna : plusieurs espèces devant soi, sur laquelle bénir en premier ? Les Sages Il bénit sur celle qu'il veut Critère : min haviv l'espèce qui lui est chère Rachi : ce qu'il veut, c'est ce qu'il préfère Rabbi Yehouda S'il y a une espèce des sept, il bénit sur elle Critère : min chiva l'espèce de l'éloge du pays Deut. 8,8 Nafka mina : une pomme qu'il aime et une olive, toutes deux bore péri haets. Les Sages : la pomme. Rabbi Yehouda : l'olive, qui est des sept espèces.
Les deux critères de priorité de la michna et leur conséquence pratique.
Jusqu'où va la controverse ? Les deux lectures du folio Oulla (et un des deux avis) Controverse seulement si les bénédictions sont identiques Une seule bénédiction peut acquitter les deux : il faut choisir sur laquelle la dire Bénédictions différentes : de l'avis de tous, deux bénédictions, sans débat radis et olive : chacun sa berakha L'autre avis Controverse aussi lorsque les bénédictions diffèrent Objection : les deux berakhot seront dites de toute façon, sur quoi divergent-ils ? Rabbi Yirmeya : sur l'ordre de priorité (lehakdim) appuyé sur Rav Yossef : l'ordre du verset fait l'ordre Rachi note que cette seconde lecture change aussi la girsa de la Guemara
Controverse limitée aux bénédictions identiques, ou étendue à l'ordre de priorité.
Le verset de l'éloge du pays : ordre de bénédiction ou table de mesures ? Une terre de blé et d'orge, de vigne, de figuier et de grenadier, une terre d'olive à huile et de miel (Deut. 8,8) Rav Yossef l'ordre du verset fait l'ordre des berakhot Rabbi Hanan le verset a été dit pour les mesures Blé Orge : os grand comme un grain Vigne : revi'it de vin, nazir Figue : grogeret, chabbat Blé : temps d'akhilat peras, maison de nega Grenade : trou des ustensiles des maîtres de maison
Les mesures que Rabbi Hanan lit dans le verset, espèce par espèce.
1
בִּשְׁלָמָא לְמַאן דְּאָמַר תַּמְרֵי דְזִיקָא, הַיְינוּ דְּהָכָא קָרֵי לַהּ ״נוֹבְלוֹת״ סְתָמָא, וְהָתָם קָרֵי לָהּ ״תְּמָרָה״, אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר בֻּושְׁלֵי כַמְרָא, נִיתְנֵי אִידִי וְאִידִי ״נוֹבְלוֹת תְּמָרָה״, אוֹ אִידִי וְאִידִי ״נוֹבְלוֹת״ סְתָמָא. קַשְׁיָא.

Admettons, selon celui qui dit qu'il s'agit de dattes tombées par le vent (tamrei dezika) : on comprend qu'ici on les appelle « novelot » sans autre précision, et que là-bas on les appelle « novelot temara ». Mais selon celui qui dit qu'il s'agit de dattes cuites par la chaleur du soleil (bochlei kamra), il aurait fallu enseigner dans les deux cas « novelot temara », ou bien dans les deux cas « novelot » sans autre précision.

Cela reste une difficulté.

📜 Rachi (1)
בִּשְׁלָמָא לְמ"ד נוֹבְלוֹת דִּדְמַאי תַּמְרֵי דְּזִיקָא וְנוֹבְלוֹת דְּמַתְנִי' אוֹקֵימְנָא בְּבֻושְׁלֵי כַּמְרָא הַייְנוּ דְּהָכָא קָרֵי לְהוּ נוֹבְלוֹת תְּמָרָה וּבְמַתְנִי' תְּנַן (ד' מ) נוֹבְלוֹת סְתָמָא:
Les « novelot » de la michna de Demai sont des dattes tombées par le vent, tandis que les « novelot » de notre michna, nous les avons établies comme des dattes cuites par la chaleur : voilà pourquoi ici on les appelle « novelot temara », alors que dans notre michna (folio 40) on a enseigné « novelot » sans autre précision.
💡 Explication

Ce segment clôture la discussion ouverte au folio précédent sur les novelot, ces dattes qui n'ont pas mûri normalement. Deux définitions s'affrontaient : dattes abattues par le vent, ou dattes desechees par la chaleur.

L'argument est de nature terminologique : deux michnayot emploient deux expressions différentes, l'une avec le mot « temara » et l'autre sans. Une seule des deux définitions rend compte de cet écart de vocabulaire. La Guemara conclut par kachya, terme qui signale une difficulté laissée sans réponse, sans que la position visée soit pour autant rejetée.

2
הָיוּ לְפָנָיו מִינִין הַרְבֵּה וְכוּ׳. אָמַר עֻולָּא: מַחֲלֹוקֶת בְּשֶׁבִּרְכוֹתֵיהֶן שָׁווֹת, דְּרַבִּי יְהוּדָה סָבַר מִין שִׁבְעָה עָדִיף, וְרַבָּנַן סָבְרִי מִין חָבִיב עָדִיף. אֲבָל בְּשֶׁאֵין בִּרְכוֹתֵיהֶן שָׁווֹת — דִּבְרֵי הַכֹּל מְבָרֵךְ עַל זֶה, וְחוֹזֵר וּמְבָרֵךְ עַל זֶה.

« Il avait devant lui plusieurs espèces, etc. » Oulla a dit : la controverse porte sur le cas où leurs bénédictions sont identiques, car Rabbi Yehouda tient que l'espèce des sept espèces a la priorité, et les Sages tiennent que l'espèce préférée a la priorité. Mais lorsque leurs bénédictions ne sont pas identiques, de l'avis de tous il bénit sur l'une puis bénit de nouveau sur l'autre.

📜 Rachi (3)
בְּשֶׁבִּרְכוֹתֵיהֶן שָׁווֹת כְּגוֹן זֵיתִים וְתַפּוּחִים דְּתַרְוַוייְהוּ ב"פ הָעֵץ וּבָא לִפְטוֹר אֶת שְׁתֵּיהֶן בִּבְרָכָה אַחַת:
Par exemple des olives et des pommes, sur lesquelles on dit l'une et l'autre bore péri haets, et il vient acquitter les deux par une seule bénédiction.
חָבִיב עָדִיף אֵיזֶה שֶׁיִּרְצֶה דְּמַתְנִיתִין אֶת הֶחָבִיב עָלָיו מַשְׁמַע:
« Le préféré a la priorité » : la michna dit « celle qu'il veut », ce qui signifie celle qui lui est chère.
אֲבָל בְּשֶׁאֵין בִּרְכוֹתֵיהֶן שָׁווֹת ד"ה אֵין בְּרָכָה אַחַת פּוֹטַרְתָּן וְשׁוּב אֵין כָּאן מַחֲלֹוקֶת ואע"ג דִּתְנַן (לְעֵיל בְּרָכוֹת דַּף מ.) בֵּירַךְ עַל פֵּירוֹת הָאִילָן ב"פ הָאֲדָמָה יָצָא ה"מ בְּחַד מִינָא וְטָעָה וּבֵירַךְ עָלֶיהָ ב"פ הָאֲדָמָה אֲבָל צְנוֹן וְזַיִת וּבֵירַךְ עַל הַצְּנוֹן לֹא נִפְטַר זַיִת:
Mais lorsque leurs bénédictions ne sont pas identiques, de l'avis de tous : une seule bénédiction ne les acquitte pas, et il n'y a plus ici de controverse. Et bien que nous ayons appris (Berakhot 40a) que celui qui a dit bore péri haadama sur un fruit d'arbre s'est acquitté, cela vaut pour une espèce unique, sur laquelle il s'est trompé en disant bore péri haadama ; mais s'il a devant lui un radis et une olive et qu'il bénit sur le radis, l'olive n'est pas acquittée.
🗂️ Tossefot (1)
אֲבָל בְּשֶׁאֵין בִּרְכוֹתֵיהֶן שָׁווֹת פירש"י כְּגוֹן צְנוֹן וְזַיִת וְשׁוּב אֵין כָּאן מַחֲלֹוקֶת כֵּיוָן שֶׁאֵין הָאֶחָד פּוֹטֵר אֶת חֲבֵירוֹ אַפֵּי' ר' יְהוּדָה מוֹדֶה דְּאֵין עֲדִיפוּת בְּשִׁבְעַת הַמִּינִים אֶלָּא מְבָרֵךְ עַל אֵיזֶה שֶׁיִּרְצֶה תְּחִלָּה הֶחָבִיב לוֹ וְאַחַר כָּךְ יְבָרֵךְ עַל הַשֵּׁנִי וְכֵן יֵשׁ לְפָרֵשׁ דְּרַבִּי יְהוּדָה מוֹדֶה לַחֲכָמִים הוֹאִיל וְלֹא פִּי' הגמ' מוּטָב שֶׁנֹּאמַר שֶׁיָּחִיד מוֹדֶה לָרַבִּים וְלֹא רַבִּים מוֹדִים לְיָחִיד וְהִקְשָׁה רַשִׁ"י וּלְבָרֵיךְ עַל הַצְּנוֹן וְלִפְטַר אֶת הַזַּיִת דְּהָא תְּנַן לְעֵיל בֵּירַךְ עַל פֵּירוֹת הָאִילָן ב"פ הָאֲדָמָה יָצָא וְתֵירֵץ דְּשָׁאנֵי הָתָם שֶׁאֵין שָׁם אֶלָּא חַד מִינָא וְטָעָה וּבֵירַךְ ב"פ הָאֲדָמָה אֲבָל הָכָא כְּשֶׁבֵּירַךְ ב"פ הָאֲדָמָה עַל הַצְּנוֹן לֹא פָּטַר אֶת חֲבֵרוֹ שֶׁהוּא ב"פ הָעֵץ אַפֵּי' בְּדִיעֲבַד וא"ת הָא אָמְרִי' לְעֵיל (בְּרָכוֹת דַּף לט.) גַּבֵּי עֻובְדָּא דְּבַר קַפָּרָא דְּבִרְכַּת בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה חֲשִׁיבָא טְפֵי מִשֶּׁהַכֹּל לְפִי שֶׁמְּבֹורֶרֶת טְפֵי א"כ גַּם ב"פ הָעֵץ חֲשִׁיבָא טְפֵי מִבִּרְכַּת ב"פ הָאֲדָמָה וי"ל דְּלָא חֲשִׁיב ב"פ הָעֵץ כָּל כָּךְ מב"פ הָאֲדָמָה כְּמוֹ שֶׁחָשׁוּב ב"פ הָאֲדָמָה מִשֶּׁהַכֹּל ומ"ש בַּהֲלָכוֹת גְּדוֹלוֹת דב"פ הָעֵץ תַּקְדִּים לב"פ הָאֲדָמָה דִּמְבֹורֶרֶת טְפֵי הַייְנוּ לְפִי הַמַּסְּקָנָא דִּלְקַמָּן דִּפְלִיגִי בְּשֶׁאֵין בִּרְכוֹתֵיהֶן שָׁווֹת וקי"ל כְּר' יְהוּדָה אֲבָל לְהַאי לִישָּׁנָא דְּאָמְרִי' דְּלָא פְּלִיגִי בְּשֶׁאֵין בִּרְכוֹתֵיהֶן שָׁווֹת לָא מִתּוֹקַם פָּסַק דַּהֲלָכוֹת גְּדוֹלוֹת כִּדְפֵירַשְׁנוּ לְעֵיל:
Rachi explique : par exemple un radis et une olive ; il n'y a plus ici de controverse, puisque l'un n'acquitte pas l'autre, et même Rabbi Yehouda reconnaît qu'il n'y a pas de priorité des sept espèces ; il bénit d'abord sur celle qu'il veut, celle qui lui est chère, et bénit ensuite sur la seconde. On peut expliquer de la sorte que Rabbi Yehouda se range à l'avis des Sages : puisque la Guemara ne l'a pas précisé, mieux vaut dire que l'individu se range à l'avis du grand nombre plutôt que le grand nombre à l'avis de l'individu. Rachi a soulevé cette difficulté : qu'il bénisse donc sur le radis et acquitte l'olive, puisque nous avons appris plus haut que celui qui a dit bore péri haadama sur un fruit d'arbre s'est acquitté. Il a répondu qu'il en va autrement là-bas, où il n'y avait qu'une seule espèce et où il s'est trompé en disant bore péri haadama ; ici en revanche, lorsqu'il a dit bore péri haadama sur le radis, il n'a pas acquitté l'autre, qui relève de bore péri haets, même après coup (bediavad). Et si tu demandes : nous avons dit plus haut (39a), à propos de l'affaire de Bar Kappara, que la bénédiction bore péri haadama est plus importante que chehakol parce qu'elle est plus précise ; alors bore péri haets devrait aussi être plus importante que bore péri haadama. On peut répondre que bore péri haets n'est pas plus importante que bore péri haadama dans la même mesure où bore péri haadama l'est par rapport à chehakol. Quant à ce qu'ont écrit les Halakhot Guedolot, que bore péri haets passe avant bore péri haadama parce qu'elle est plus précise, cela suit la conclusion énoncée plus loin, selon laquelle ils divergent aussi lorsque les bénédictions ne sont pas identiques et que la halakha suit Rabbi Yehouda ; mais selon cette version-ci, qui dit qu'ils ne divergent pas lorsque les bénédictions ne sont pas identiques, la décision des Halakhot Guedolot ne tient pas, comme nous l'avons expliqué plus haut.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' אָמַר עֻולָּא מַחֲלֹוקֶת בְּשֶׁבִּרְכוֹתֵיהֶם שָׁווֹת דְּר' יְהוּדָה סָבַר מִין ז' עָדִיף וְרַבָּנָן סָבְרִי חָבִיב עָדִיף פִּי' אִם אֶחָד מֵהַמִּינִים חָבִיב תָּדִיר עָלָיו אֲפִילּוּ רוֹצֶה עַתָּה לֶאֱכֹול מִין אַחֵר תְּחִלָּה מְבָרֵךְ עַל הֶחָבִיב וְיֹאכַל מִמֶּנּוּ קְצָת וְאַחַ"כּ יֹאכַל מִין אַחֵר דְּחָבִיב דִּלְרַבָּנָן כְּמוֹ מִין שֶׁבַע דִּלְר' יְהוּדָה אֲבָל כְּשֶׁאֵין בִּרְכוֹתֵיהֶן שָׁווֹת ד"ה מְבָרֵךְ עַל זֶה וְחוֹזֵר וּמְבָרֵךְ עַל זֶה פרש"י וְאֵין הַצְּנוֹן. פּוֹטֵר אֶת הַזַּיִת מִתּוֹךְ פֵּירוּשׁוֹ מַשְׁמַע דְּעַל אֵיזֶה מֵהֶם שֶׁיִּרְצֶה יְבָרֵךְ תְּחִלָּה דְּאִי צָרִיךְ לְבָרֵךְ עַל הַזַּיִת תְּחִלָּה לָמָּה הֻוצְרַךְ לְפָרֵשׁ שֶׁאֵין הַצְּנוֹן פּוֹטֵר אֶת הַזַּיִת וַהֲלֹא לְעוֹלָם יְבָרֵךְ עַל הַצְּנוֹן לְבַסּוֹף וְכֵן פֵּירֵשׁ ה"ר שְׁמַעְיָה בְּשֵׁם רַב הַאי כֵּיוָן דְּלָא פֵּירֵשׁ עַל אֵיזֶה יְבָרֵךְ תְּחִלָּה יֵשׁ לוֹמַר דְּמִסְּתָמָא יָחִיד מוֹדֶה לָרַבִּים וִיבָרֵךְ עַל אֵיזֶה שֶׁיִּרְצֶה תְּחִלָּה וְלֹא שֶׁרַבִּים מוֹדוֹ לְיָחִיד וְכֵן כָּתַב רַב אִלְפָּס זַ"ל דְּעַל אֵיזֶה מֵהֶם שֶׁיִּרְצֶה יְבָרֵךְ וְתֵימַהּ דְּמִסְּתָמָא בּוֹרֵא פְּרִי הָעֵץ חֲשִׁיב מִבּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה מִשּׁוּם דִּמְבֹורֶרֶת טְפֵי דְּבוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה כּוֹלֵל כָּל הַגָּדֵל בָּאֲדָמָה אֲבָל ב"פ הָעֵץ מְבָרֵךְ דַּוְקָא עַל מַה שֶׁגָּדֵל בָּאִילָן וּמֵהַאי טַעְמָא אָמְרִינַן לְעֵיל (בְּרָכוֹת דַּף לט.) בְּעֻובְדָּא דְּבַר קַפָּרָא דְּבִרְכַּת בפה"א חֲשִׁיבָא מִבִּרְכַּת שֶׁהַכֹּל לְפִי שֶׁהִיא מְבֹורֶרֶת יוֹתֵר י"ל דְּלָא חֲשִׁיב כָּל כָּךְ בִּרְכַּת פְּרִי הָעֵץ כְּנֶגֶד בִּרְכַּת פְּרִי הָאֲדָמָה כְּמוֹ שֶׁחֲשׁוּבָה בִּרְכַּת פְּרִי הָאֲדָמָה עַל שֶׁהַכֹּל לְפִי שֶׁהַכֹּל אֵינָהּ מְבֹורֶרֶת כְּלָל לְפִי שֶׁכּוֹלֶלֶת כָּל דָּבָר וְאִם תֹּאמַר הֵיכִי קָאָמְרִי רַבָּנָן דְּחָבִיב עָדִיף הָאָמְרִינַן לְקַמָּן הַמֻּוקְדָּם בַּפָּסוּק מֻוקְדָּם לִבְרָכָה וכ"ש שֶׁיֵּשׁ לְהַקְדִּים הָאָמוּר בַּפָּסוּק לְמִין שֶׁאֵינוֹ נִזְכָּר כְּלָל בְּשֶׁבַח הָאָרֶץ וְתֵירֵץ ה"ר שְׁמַעְיָה זַ"ל דְּהַהִיא דִּלְקַמָּן דְּכָל הַמֻּוקְדָּם וְכוּ' הַייְנוּ כְּשֶׁאֵין חָבִיב לֵיהּ זֶה יוֹתֵר מִזֶּה אָז יַקְדִּים אוֹתוֹ שֶׁכָּתוּב תְּחִלָּה אֲבָל אִם הַמְאֻוחָר חָבִיב יַקְדִּים וְקָשֶׁה מֵהָא דְּאָמְרִינַן בִּשְׁמַעְתִּין דְּרַב חִסְדָּא וְרַב הַמְנוּנָא הֲווֹ יָתְבִי בִּסְעוֹדְתָּא אַיְּיתִי קַמַּייְהוּ תַּמְרֵי וְרִמּוֹנֵי קְדֵים רַב הַמְנוּנָא בָּרֵיךְ אַתַּמְרֵי בְּרֵישָׁא אֲמַר לֵיהּ לָא סָבַר לָהּ מַר כָּל הַמֻּוקְדָּם בַּפָּסוּק כּוּ' וּמַאי קָא קַשְׁיָא לֵיהּ דִּילְמָא תַּמְרֵי חֲבִיבִי לֵיהּ ע"כ צָרִיךְ לוֹמַר דְּכָל הַמֻּוקְדָּם דִּלְקַמָּן אָתְיָא כר"י וְכָל הָנָךְ אָמוֹרָאֵי דְּסָבְרִי לְקַמָּן כָּל הַמֻּוקְדָּם בַּפָּסוּק מֻוקְדָּם לִבְרָכָה כְּר' יְהוּדָה סְבִירָא לְהוּ וְכֵן פָּסַק בַּעַל ה"ג כְּר' יְהוּדָה וְכֵן כָּתַב דְּבוֹרֵא פְּרִי הָעֵץ קוֹדֵם לב"פ הָאֲדָמָה וּלְדִידֵיהּ הָא דְקָאָמַר אֲבָל אֵין בִּרְכוֹתֵיהֶם שָׁוִין ד"ה מְבָרֵךְ עַל זֶה וְחוֹזֵר וּמְבָרֵךְ עַל זֶה לֹא בָּא לְהַשְׁמִיעֵנוּ דִּין הַקְדָּמָה כְּלָל אֶלָּא שֶׁאֵין הָאֶחָד פּוֹטֵר אֶת חֲבֵירוֹ וְלִישָּׁנָא לָא מַשְׁמַע הָכִי דְּא"כ הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר אֵין הָאֶחָד פּוֹטֵר אֶת חֲבֵירוֹ הִלְכָּךְ נִרְאֶה דִּבְרֵי רַב הַאי וְדִבְרֵי רַב אִלְפָּס זַ"ל וְרַשִׁ"י דִּמְבָרֵךְ עַל אֵיזֶה מֵהֶם שֶׁיִּרְצֶה וְאֵין לְהָבִיא רְאָיָה לְדִבְרֵיהֶם מֵהָא דְּאָמְרִינַן לְקַמָּן כָּל הַמֻּוקְדָּם בַּפָּסוּק מֻוקְדָּם לִבְרָכָה אַלְמָא מְבָרֵךְ עַל חִטָּה וּשְׂעוֹרָה מִקַּמֵּי גֶּפֶן דְּאִיכָּא לְמֵימַר דְּמַיְירֵי שֶׁעֲשָׂאוֹ פַּת אוֹ דַּייְסָא דְּוַדַּאי בִּרְכַּת הַמּוֹצִיא אוֹ במ"מ חֲשִׁיב מב"פ הָעֵץ אֲבָל כּוֹסֵס אֶת הַחִטָּה דְּלֵיכָּא אֶלָּא בפה"א לֹא תִּקְדֹּום לְבוֹרֵא פְּרִי הָעֵץ וְאַף אִם תִּרְצֶה לְהַעֲמִידוֹ בְּכוֹסֵס אֶת הַחִטָּה יֵשׁ לוֹמַר כָּךְ כָּל הַמֻּוקְדָּם בַּפָּסוּק הַזֶּה בִּדְבָרִים שֶׁבִּרְכוֹתֵיהֶם שָׁווֹת כְּמוֹ חִטָּה לְגַבֵּי שְׂעוֹרָה וַעֲנָבִים לְגַבֵּי תְּאֵנִים וְרִמּוֹנִים. וְאִם תֹּאמַר מ"ש דִּלְרַבִּי יְהוּדָה כְּשֶׁבִּרְכָתָן שָׁוָה צָרִיךְ לְהַקְדִּים ז' הַמִּינִים וּכְשֶׁאֵין בִּרְכָתָן שָׁוָה אֵין צָרִיךְ לְהַקְדִּים וְי"ל דְּוַדַּאי כְּשֶׁבִּרְכָתָן שָׁוָה דְּבִבְרָכָה הָאַחַת פּוֹטֵר אֶת חֲבֵירוֹ אָז מִסְתַּבֵּר לְבָרֵךְ עַל שִׁבְעַת הַמִּינִים וְלִפְטוֹר אֶת הַשֵּׁנִי אֲבָל כְּשֶׁצָּרִיךְ לְבָרֵךְ עַל כָּל אֶחָד וְאֶחָד לֹא שָׁייְכִי זֶה לָזֶה כְּלָל כֵּיוָן שֶׁצָּרִיךְ לְבָרֵךְ עַל הַשֵּׁנִי אַחַר אֲכִילַת הָרִאשׁוֹן הִלְכָּךְ עַל אֵיזֶה מֵהֶן שֶׁיִּרְצֶה יְבָרֵךְ תְּחִלָּה הִלְכָּךְ אִם הֵבִיאוּ לְפָנָיו שְׁנֵי מִינִים וְאֵין בָּהֶן מז' הַמִּינִים כְּמוֹ אֶתְרוֹג וְתַפּוּחַ יְבָרֵךְ עַל הֶחָבִיב תְּחִלָּה לכ"ע כֵּיוָן שֶׁבִּרְכוֹתֵיהֶן שָׁווֹת וְאִם יֵשׁ בָּהֶן מִין שֶׁבַע קַייְמָא לַן כְּרַבִּי יְהוּדָה דְּאָמַר מִין ז' עָדִיף וִיבָרֵךְ עָלָיו אע"פ שֶׁהָאַחֵר חָבִיב לוֹ וְאִם יֵשׁ לְפָנָיו ב"פ הָעֵץ וְשֶׁהַכֹּל יְבָרֵךְ ב"פ הָעֵץ תְּחִלָּה וְכֵן ב"פ הָאֲדָמָה וְשֶׁהַכֹּל ב"פ הָאֲדָמָה קוֹדֶמֶת. וב"פ הָאֲדָמָה וב"פ הָעֵץ עַל אֵיזֶה מֵהֶן שֶׁיִּרְצֶה יְבָרֵךְ ול"נ מִדְּלָא קָאָמַר מְבָרֵךְ עַל זֶה וְחוֹזֵר וּמְבָרֵךְ עַל זֶה וְחָבִיב עָדִיף אַלְמָא אֲפִילּוּ אֶחָד מֵהֶן חָבִיב יָכוֹל לְבָרֵךְ עַל הַשֵּׁנִי כֵּיוָן שֶׁצָּרִיךְ לְבָרֵךְ עַל הַשֵּׁנִי אַחַר אֲכִילַת הָרִאשׁוֹן אֵין עֲדִיפוּת בְּחָבִיב מִשּׁוּם דְּלָא שָׁיְיכִי זֶה לָזֶה כְּלָל וּמַה שֶׁתָּלוּ לְרַבִּי יְהוּדָה עֲדִיפוּת בְּמִין שִׁבְעָה וּלְרַבָּנָן בְּחָבִיב הַייְנוּ דַּוְקָא כְּשֶׁשְּׁנֵיהֶם נִפְטָרִין בִּבְרָכָה אַחַת. אָמַר רַב יוֹסֵף וְאִיתֵּימָא ר' יִצְחָק כָּל הַמֻּוקְדָּם בְּפָסוּק מֻוקְדָּם לִבְרָכָה שֶׁנֶּאֱמַר אֶרֶץ חִטָּה וּשְׂעֹורָה וְגֶפֶן וּתְאֵנָה וְרִמּוֹן רַב חִסְדָּא וְרַב הַמְנוּנָא הֲווֹ יָתְבִי אַיְּיתִי לְקַמַּייְהוּ תַּמְרֵי וְרִמּוֹנֵי שְׁקַל רַב הַמְנוּנָא וּבָרֵיךְ אִתְּמַרִי בְּרֵישָׁא א"ל רַב חִסְדָּא לָא סָבַר לָהּ מָר לְהָא דְּאָמַר רַב יוֹסֵף וְאִיתֵּימָא רַבִּי יִצְחָק כָּל הַמֻּוקְדָּם בְּפָסוּק הוּא קוֹדֵם לִבְרָכָה א"ל זֶה שֵׁנִי לְאֶרֶץ וְזֶה חֲמִישִׁי לְאֶרֶץ אֲמַר לֵיהּ מַאן יָהֵיב לַן נִגְרֵי דְפַרְזְלָא וּנְשַׁמְּעִינָּךְ וְחִטָּה וְזַיִת שֶׁכָּל אֶחָד רִאשׁוֹן לָאָרֶץ חִטָּה קוֹדֶמֶת וְכֵן שְׂעוֹרָה וּתְמָרִים שְׂעוֹרִים קוֹדְמִין לְפִי שֶׁנִּכְתְּבוּ בַּפָּסוּק תְּחִלָּה:
Guemara : Oulla a dit : la controverse porte sur le cas où leurs bénédictions sont identiques, car Rabbi Yehouda tient que l'espèce des sept a la priorité et les Sages tiennent que l'espèce préférée a la priorité. Explication : si l'une des espèces lui est habituellement chère, alors même s'il veut manger maintenant une autre espèce en premier, il bénit sur celle qui lui est chère et en mange un peu, puis il mange l'autre espèce ; car l'espèce préférée, pour les Sages, tient la place de l'espèce des sept pour Rabbi Yehouda. « Mais lorsque leurs bénédictions ne sont pas identiques, de l'avis de tous il bénit sur l'une et bénit de nouveau sur l'autre » : Rachi explique que le radis n'acquitte pas l'olive. De son commentaire il ressort qu'il bénit d'abord sur celle qu'il veut ; car s'il fallait bénir d'abord sur l'olive, pourquoi aurait-il eu besoin de préciser que le radis n'acquitte pas l'olive, puisque de toute manière il bénirait sur le radis en dernier ? Ainsi a expliqué Rabbenou Chemaya au nom de Rav Haï : puisque la Guemara n'a pas précisé sur laquelle il bénit en premier, il faut dire qu'a priori l'individu se range à l'avis du grand nombre et qu'il bénit d'abord sur celle qu'il veut, plutôt que le grand nombre se range à l'avis de l'individu. Rav Alfassi, de mémoire bénie, a écrit de même : il bénit sur celle qu'il veut. Et cela étonne, car a priori bore péri haets est plus importante que bore péri haadama parce qu'elle est plus précise : bore péri haadama englobe tout ce qui pousse de la terre, tandis que bore péri haets ne se dit que sur ce qui pousse sur un arbre ; c'est pour cette raison que nous avons dit plus haut (39a), à propos de l'affaire de Bar Kappara, que la bénédiction bore péri haadama est plus importante que chehakol parce qu'elle est plus précise. On peut répondre que la bénédiction sur le fruit de l'arbre n'est pas aussi importante par rapport à celle sur le fruit de la terre que ne l'est celle sur le fruit de la terre par rapport à chehakol, car chehakol n'est en rien précise, puisqu'elle englobe toute chose. Et si tu demandes : comment les Sages peuvent-ils dire que le préféré a la priorité, alors que nous disons plus loin que ce qui est mentionné en premier dans le verset passe en premier pour la bénédiction, et à plus forte raison faut-il faire passer avant ce qui est nommé dans le verset par rapport à une espèce qui n'est pas du tout mentionnée dans l'éloge du pays ? Rabbenou Chemaya, de mémoire bénie, a répondu : la règle énoncée plus loin, « tout ce qui est mentionné en premier », vaut lorsque aucune des deux ne lui est plus chère que l'autre ; il fait alors passer celle qui est écrite en premier. Mais si celle qui est écrite après lui est chère, il la fait passer avant. Cela est difficile à partir de ce que nous disons dans notre sougya : Rav Hisda et Rav Hamnouna étaient assis à un repas ; on apporta devant eux des dattes et des grenades ; Rav Hamnouna prit les devants et bénit d'abord sur les dattes ; l'autre lui dit : le maître ne tient-il pas que tout ce qui est mentionné en premier dans le verset, etc. ? Quelle difficulté y avait-il donc ? Peut-être les dattes lui étaient-elles chères. Il faut donc dire que la règle « tout ce qui est mentionné en premier » énoncée plus loin suit Rabbi Yehouda, et que tous ces Amoraïm qui tiennent plus loin que ce qui est mentionné en premier dans le verset passe en premier pour la bénédiction sont de l'avis de Rabbi Yehouda. C'est ainsi qu'a tranché l'auteur des Halakhot Guedolot, comme Rabbi Yehouda, et il a écrit de même que bore péri haets passe avant bore péri haadama. Selon lui, ce que la Guemara dit — « mais lorsque leurs bénédictions ne sont pas identiques, de l'avis de tous il bénit sur l'une et bénit de nouveau sur l'autre » — ne vient nullement enseigner une règle de priorité, mais seulement que l'une n'acquitte pas l'autre. La formulation ne va pourtant pas dans ce sens : s'il en était ainsi, il aurait fallu dire « l'une n'acquitte pas l'autre ». Il apparaît donc que les paroles de Rav Haï, de Rav Alfassi, de mémoire bénie, et de Rachi sont justes : il bénit sur celle qu'il veut. Et l'on ne peut pas tirer preuve contre eux de ce que nous disons plus loin, que tout ce qui est mentionné en premier dans le verset passe en premier pour la bénédiction, d'où il ressortirait qu'on bénit sur le blé et l'orge avant la vigne ; car on peut dire qu'il s'agit d'un cas où l'on en a fait du pain ou de la bouillie, et alors la bénédiction hamotsi ou bore miné mezonot est certainement plus importante que bore péri haets ; mais celui qui croque du blé, où il n'y a que bore péri haadama, ne passe pas avant bore péri haets. Et même si tu veux établir la règle dans le cas de celui qui croque du blé, on peut l'entendre ainsi : tout ce qui est mentionné en premier dans ce verset passe en premier pour des aliments dont les bénédictions sont identiques, comme le blé par rapport à l'orge, ou le raisin par rapport aux figues et aux grenades. Et si tu demandes : quelle différence y a-t-il pour que, selon Rabbi Yehouda, il faille faire passer les sept espèces lorsque la bénédiction est la même, et qu'il ne le faille pas lorsque la bénédiction n'est pas la même ? On peut répondre : certainement, lorsque la bénédiction est la même et qu'une seule bénédiction acquitte l'autre, il est logique de bénir sur les sept espèces et d'acquitter la seconde ; mais lorsqu'il faut bénir sur chacune, elles ne se rattachent nullement l'une à l'autre, puisqu'il faut bénir sur la seconde après avoir mangé la première. Par conséquent il bénit d'abord sur celle qu'il veut. Ainsi donc : si on lui a apporté deux espèces dont aucune n'est des sept espèces, comme un etrog et une pomme, il bénit d'abord sur celle qui lui est chère, de l'avis de tous, puisque leurs bénédictions sont identiques. Et s'il y a parmi elles une espèce des sept, la halakha suit Rabbi Yehouda qui dit que l'espèce des sept a la priorité, et il bénit sur elle bien que l'autre lui soit chère. S'il a devant lui un aliment de bore péri haets et un aliment de chehakol, il dit d'abord bore péri haets ; de même pour bore péri haadama et chehakol, bore péri haadama passe avant ; et pour bore péri haadama et bore péri haets, il bénit sur celle qu'il veut. Il me semble en outre que, puisqu'il n'est pas dit « il bénit sur l'une et bénit de nouveau sur l'autre, et le préféré a la priorité », il en ressort que même si l'une d'elles lui est chère il peut bénir sur la seconde : puisqu'il faut bénir sur la seconde après avoir mangé la première, il n'y a pas de priorité du préféré, car elles ne se rattachent nullement l'une à l'autre. Et si l'on a rattaché pour Rabbi Yehouda la priorité à l'espèce des sept et pour les Sages à l'espèce préférée, c'est uniquement lorsque les deux sont acquittées par une seule bénédiction. Rav Yossef a dit, et certains disent Rabbi Yitshak : tout ce qui est mentionné en premier dans ce verset passe en premier pour la bénédiction, ainsi qu'il est dit « une terre de blé et d'orge, de vigne, de figuier et de grenadier ». Rav Hisda et Rav Hamnouna étaient assis ; on apporta devant eux des dattes et des grenades ; Rav Hamnouna prit et bénit d'abord sur les dattes. Rav Hisda lui dit : le maître ne tient-il pas ce qu'a dit Rav Yossef, et certains disent Rabbi Yitshak, que tout ce qui est mentionné en premier dans le verset passe en premier pour la bénédiction ? Il lui répondit : celle-ci est en deuxième position par rapport au mot « terre », et celle-là en cinquième position par rapport à « terre ». Il lui dit : qui nous donnera des jambes de fer pour te suivre et t'écouter ? Et pour le blé et l'olive, qui sont chacun premiers par rapport à un « terre », le blé passe avant ; de même pour l'orge et les dattes, l'orge passe avant, parce qu'elle est écrite en premier dans le verset.
💡 Explication

La michna oppose deux critères de choix : le min haviv, l'espèce que la personne préfère, et le min chiva, l'espèce qui figure parmi les sept espèces de l'éloge du pays d'Israël.

Oulla restreint l'enjeu. Le débat n'a de sens que lorsque les deux aliments relèvent de la même formule, par exemple deux fruits d'arbre : une seule bénédiction acquitte alors les deux, et il faut décider sur lequel on la prononce. Lorsque les formules diffèrent, chaque aliment exige la sienne, et la question du choix disparaît.

🖼️ Schéma
La lecture d'Oulla : où se situe exactement le désaccord Deux aliments devant soi. Même bénédiction ? Oui : olives et pommes Une berakha acquitte les deux Rabbi Yehouda : sur l'olive Les Sages : sur la préférée Non : radis et olive Deux berakhot obligatoires Aucune n'acquitte l'autre De l'avis de tous, pas de débat
Selon Oulla, la controverse ne naît que là où une seule bénédiction peut acquitter les deux aliments.
3
מֵיתִיבִי: הָיוּ לְפָנָיו צְנוֹן וְזַיִת — מְבָרֵךְ עַל הַצְּנוֹן וּפוֹטֵר אֶת הַזַּיִת! הָכָא בְמַאי עָסְקִינַן — כְּשֶׁהַצְּנוֹן עָקַר.

On objecte : s'il avait devant lui un radis (tsenon) et une olive, il bénit sur le radis et acquitte l'olive ! De quoi traitons-nous ici ?

D'un cas où le radis est l'élément principal (ikar).

📜 Rachi (2)
פְּשִׁיטָא לָא גָּרְסִינַן עַד מֵיתִיבִי חֲדָא שֶׁאֵין זוֹ שִׁיטַת הגמ' מֵעִיקָּרָא קַשְׁיָא לֵיהּ פְּשִׁיטָא דְּלָא אִיצְטְרִיךְ לְמֵימְרָא וַהֲדַר קַשְׁיָא הֵיכִי מָצֵי לְמֵימְרָא וְעוֹד דְּלָא פְּשִׁיטָא הִיא אִי לָאו דְּאַשְׁמְעִינַן עֻולָּא הֵ"א צְנוֹן פּוֹטֵר אֶת הַזַּיִת דְּהִתְנָן בֵּירַךְ עַל פֵּירוֹת הָאִילָן ב"פ הָאֲדָמָה יָצָא:
« Pechita » : nous ne lisons pas ce mot jusqu'à « on objecte ». D'abord parce que ce n'est pas la manière de la Guemara, qui demanderait d'abord « c'est évident, il n'y avait pas lieu de le dire », puis « comment a-t-il pu le dire ». Ensuite parce que ce n'est pas évident : si Oulla ne nous l'avait pas enseigné, j'aurais dit que le radis acquitte l'olive, puisque nous avons appris que celui qui a dit bore péri haadama sur un fruit d'arbre s'est acquitté.
שֶׁהָיָה צְנוֹן עִיקָּר שֶׁבִּשְׁבִילוֹ הִתְחִיל הָאֲכִילָה וְלֹא אָכַל זַיִת אֶלָּא לְהָפִיג חוֹרְפוֹ שֶׁל צְנוֹן דַּהֲוָה לֵיהּ זַיִת טָפֵל וּתְנַן (דַּף מד.) כֹּל שֶׁהוּא עִיקָּר וְעִמּוֹ טְפֵלָה מְבָרֵךְ עַל הָעִיקָּר וּפוֹטֵר אֶת הַטְּפֵלָה:
« Ou le radis était principal » : c'est pour lui qu'il a commencé à manger, et il n'a mangé l'olive que pour atténuer le piquant du radis ; l'olive est donc accessoire (tafel), et nous avons appris (folio 44a) que tout ce qui est principal et qui a avec lui un accessoire, on bénit sur le principal et l'accessoire est acquitté.
🗂️ Tossefot (1)
מֵיתִיבִי הָיוּ לְפָנָיו צְנוֹן וְזַיִת מְבָרֵךְ עַל הַצְּנוֹן וְכוּ' וּפָרִיךְ אַלְמָא דִּמְבָרֵךְ ב"פ הָאֲדָמָה אֲפִילּוּ לִפְטוֹר ב"פ הָעֵץ אֲפִילּוּ לְגַבֵּי זַיִת שֶׁהוּא מִשִּׁבְעַת הַמִּינִים וכ"ש קְלָיוֹת שֶׁהֵן כְּמוֹ כֵן מִשִּׁבְעַת הַמִּינִין דִּמְבָרֵךְ עֲלֵיהֶן ב"פ הָאֲדָמָה לִפְטֹור אֶת הַתַּפּוּחִים לָכֵן צָרִיךְ לְהַנְהִיג הָכִי כִּדְפָרֵישִׁית לְעֵיל בְּאֵין בִּרְכוֹתֵיהֶן שָׁווֹת כְּמוֹ תַּפּוּחִים וּקְלָיוֹת:
On objecte : s'il avait devant lui un radis et une olive, il bénit sur le radis, etc. La Guemara objecte : il ressort donc qu'on dit bore péri haadama même pour acquitter un aliment de bore péri haets, et cela même pour l'olive, qui est des sept espèces ; à plus forte raison pour des grains grillés (kelayot), qui sont eux aussi des sept espèces, sur lesquels on dit bore péri haadama pour acquitter les pommes. Il faut donc se conduire comme nous l'avons expliqué plus haut dans le cas où les bénédictions ne sont pas identiques, comme des pommes et des grains grillés.
💡 Explication

La baraita semble contredire Oulla de front : radis et olive n'ont pas la même bénédiction, et pourtant une seule suffit. La réponse mobilise la règle ikar et tafel : quand un aliment n'est là que pour servir l'autre, il disparaît derrière lui et n'appelle pas de bénédiction propre.

4
אִי הָכִי, אֵימָא סֵיפָא: רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר מְבָרֵךְ עַל הַזַּיִת, שֶׁהַזַּיִת מִמִּין שִׁבְעָה. לֵית לֵיהּ לְרַבִּי יְהוּדָה, הָא דִּתְנַן: כֹּל שֶׁהוּא עִיקָּר וְעִמּוֹ טְפֵלָה — מְבָרֵךְ עַל הָעִיקָּר וּפוֹטֵר אֶת הַטְּפֵלָה? וְכִי תֵּימָא: הָכִי נָמֵי דְּלֵית לֵיהּ, וְהָתַנְיָא: רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אִם מֵחֲמַת צְנוֹן בָּא הַזַּיִת — מְבָרֵךְ עַל הַצְּנוֹן וּפוֹטֵר אֶת הַזַּיִת.

S'il en est ainsi, examine la fin de la baraita : Rabbi Yehouda dit qu'il bénit sur l'olive, car l'olive est des sept espèces. Rabbi Yehouda ne tiendrait-il pas ce que nous avons appris dans la michna : tout ce qui est principal et qui a avec lui un accessoire, on bénit sur le principal et l'accessoire est acquitté ?

Et si tu dis qu'en effet il ne le tient pas, n'a-t-on pas enseigné : Rabbi Yehouda dit : si l'olive est venue à cause du radis, il bénit sur le radis et acquitte l'olive ?

💡 Explication

La réponse précédente crée une nouvelle difficulté. Si le radis est bien principal, la position de Rabbi Yehouda dans la même baraita devient incompréhensible : il ferait passer l'olive alors qu'elle n'est qu'accessoire.

La Guemara ferme la sortie possible en citant une autre baraita où Rabbi Yehouda applique lui-même la règle de l'ikar. Il tient donc bien cette règle, et l'explication d'Oulla doit être reprise autrement.

5
לְעוֹלָם בִּצְנוֹן עִיקָּר עָסְקִינַן, וְכִי פְּלִיגִי רַבִּי יְהוּדָה וְרַבָּנַן — בְּמִילְּתָא אַחֲרִיתִי פְּלִיגִי, וְחַסּוֹרֵי מִחַסְּרָא, וְהָכִי קָתָנֵי: הָיוּ לְפָנָיו צְנוֹן וְזַיִת — מְבָרֵךְ עַל הַצְּנוֹן וּפוֹטֵר אֶת הַזַּיִת. בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים — כְּשֶׁהַצְּנוֹן עִיקָּר, אֲבָל אֵין הַצְּנוֹן עִיקָּר — דִּבְרֵי הַכֹּל מְבָרֵךְ עַל זֶה וְחוֹזֵר וּמְבָרֵךְ עַל זֶה. וּשְׁנֵי מִינִין בְּעָלְמָא שֶׁבִּרְכוֹתֵיהֶן שָׁווֹת — מְבָרֵךְ עַל אֵיזֶה מֵהֶן שֶׁיִּרְצֶה. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: מְבָרֵךְ עַל הַזַּיִת, שֶׁהַזַּיִת מִמִּין שִׁבְעָה.

En réalité nous traitons bien d'un cas où le radis est principal, et lorsque Rabbi Yehouda et les Sages divergent, c'est sur une autre question qu'ils divergent ; la baraita est incomplète (hassourei mehassera) et il faut l'enseigner ainsi : s'il avait devant lui un radis et une olive, il bénit sur le radis et acquitte l'olive. Dans quel cas cela s'applique-t-il ?

Quand le radis est principal ; mais si le radis n'est pas principal, de l'avis de tous il bénit sur l'un et bénit de nouveau sur l'autre. Et pour deux espèces ordinaires dont les bénédictions sont identiques, il bénit sur celle qu'il veut.

Rabbi Yehouda dit : il bénit sur l'olive, car l'olive est des sept espèces.

📜 Rachi (2)
מְבָרֵךְ עַל זֶה כו' וְכָאן לֹא נֶחְלְקוּ:
« Il bénit sur l'un, etc. » : et ici ils n'ont pas divergé.
וּשְׁנֵי מִינִים בְּעָלְמָא כְּגוֹן זַיִת וְתַפּוּחַ שֶׁבִּרְכוֹתֵיהֶן שָׁווֹת וְהָאֶחָד מִמִּין שִׁבְעָה בָּזֶה נֶחְלְקוּ:
« Et pour deux espèces ordinaires » : par exemple une olive et une pomme, dont les bénédictions sont identiques et dont l'une est des sept espèces ; c'est là-dessus qu'ils ont divergé.
💡 Explication

Hassourei mehassera désigne une reconstruction : la Guemara tient que la baraita, telle qu'elle nous est parvenue, a perdu un maillon, et elle en restitue l'énoncé complet.

Le texte reconstruit distingue trois situations. Les deux premières relèvent de règles admises par tous. La controverse est déplacée vers un cas nouveau, celui de deux espèces ordinaires de même bénédiction, ce qui rejoint exactement la lecture d'Oulla.

🖼️ Schéma
Hassourei mehassera : la baraita reconstruite en trois cas 1. Radis principal L'olive ne sert qu'à atténuer le piquant Une seule bénédiction, sur le radis 2. Radis non principal Deux aliments mangés pour eux-mêmes Deux bénédictions, de l'avis de tous 3. Mêmes bénédictions Olive et pomme Sages : celle qu'il veut Rabbi Yehouda : l'olive, des sept espèces Lecture première : la baraita semblait opposer Rabbi Yehouda aux Sages sur le cas même du radis et de l'olive. Lecture reconstruite : leur désaccord porte sur le troisième cas, ajouté au texte.
Les trois cas que la Guemara lit dans la baraita après reconstruction.
6
פְּלִיגִי בַּהּ רַבִּי אַמֵּי וְרַבִּי יִצְחָק נַפָּחָא. חַד אָמַר: מַחֲלֹוקֶת בְּשֶׁבִּרְכוֹתֵיהֶן שָׁווֹת, דְּרַבִּי יְהוּדָה סָבַר מִין שִׁבְעָה עָדִיף, וְרַבָּנַן סָבְרִי מִין חָבִיב עָדִיף. אֲבָל בְּשֶׁאֵין בִּרְכוֹתֵיהֶן שָׁווֹת — דִּבְרֵי הַכֹּל מְבָרֵךְ עַל זֶה וְחוֹזֵר וּמְבָרֵךְ עַל זֶה. וְחַד אָמַר: אַף בְּשֶׁאֵין בִּרְכוֹתֵיהֶן שָׁווֹת נָמֵי מַחֲלֹוקֶת.

Rabbi Ami et Rabbi Yitshak Napaha divergent là-dessus. L'un dit : la controverse porte sur le cas où leurs bénédictions sont identiques, car Rabbi Yehouda tient que l'espèce des sept espèces a la priorité et les Sages tiennent que l'espèce préférée a la priorité ; mais lorsque leurs bénédictions ne sont pas identiques, de l'avis de tous il bénit sur l'une et bénit de nouveau sur l'autre.

Et l'autre dit : même lorsque leurs bénédictions ne sont pas identiques, il y a également controverse.

📜 Rachi (2)
חַד אָמַר מַחֲלֹוקֶת בְּשֶׁבִּרְכוֹתֵיהֶן שָׁווֹת וּכְדַאֲמַרַן:
« L'un dit : la controverse porte sur le cas où leurs bénédictions sont identiques » : comme nous l'avons dit.
ה"ג וְחַד אָמַר אַף בְּשֶׁאֵין בִּרְכוֹתֵיהֶן שָׁווֹת נָמֵי מַחֲלֹוקֶת וּמְפָרֵשׁ לָהּ וְאָזֵיל:
Telle est la lecture : « et l'autre dit : même lorsque leurs bénédictions ne sont pas identiques, il y a également controverse » ; et la Guemara poursuit en l'expliquant.
⚖️ Rosh (1)
אִתְּמַר הֵבִיאוּ לְפָנָיו תְּאֵנִים וַעֲנָבִים בְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה אָמַר רַב הוּנָא טְעוּנִין בְּרָכָה לִפְנֵיהֶם וְאֵין טְעוּנִים בְּרָכָה לְאַחֲרֵיהֶם וְכֵן אָמַר רַב נַחְמָן וְרַב שֵׁשֶׁת אָמַר טְעוּנִין בְּרָכָה בֵּין לִפְנֵיהֶם בֵּין לְאַחֲרֵיהֶם שֶׁאֵין לְךָ דָּבָר שֶׁטָּעוּן בְּרָכָה לְפָנָיו וְאֵין טָעוּן בְּרָכָה לְאַחֲרָיו אֶלָּא פַּת הַבָּאָה בְּכִיסָנִין בִּלְבַד וּפְלִיגָא דְּרַבִּי חִיָּיא דְּאָמַר רַבִּי חִייָּא פַּת פּוֹטֶרֶת כָּל מִינֵי מַאֲכָל וְיַיִן פּוֹטֵר כָּל מִינֵי מַשְׁקֶה וְאַף עַל גַּב דִּפְלִיגָא עָלֶיהָ בְּפַת בְּיַיִן לֵיכָּא דִּפְלִיג עָלֶיהָ וְהִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ בְּיַיִן. אָמַר רַב פָּפָּא הִלְכְתָא דְּבָרִים הַבָּאִים מֵחֲמַת הַסְּעוּדָה בְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה אֵין טְעוּנִין בְּרָכָה לֹא לִפְנֵיהֶם וְלֹא לְאַחֲרֵיהֶם שֶׁלֹּא מֵחֲמַת הַסְּעוּדָה בְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה טְעוּנִין בְּרָכָה לִפְנֵיהֶם וְאֵין טְעוּנִין בְּרָכָה לְאַחֲרֵיהֶם וּלְאַחַר הַסְּעוּדָה טְעוּנִין בְּרָכָה בֵּין לִפְנֵיהֶם בֵּין לְאַחֲרֵיהֶם וקי"ל כר"פ. דְּבָרִים הַבָּאִים מֵחֲמַת הַסְּעוּדָה בְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה פירש"י כְּגוֹן בָּשָׂר וּפֵירוֹת וְכָל דָּבָר שֶׁהֵבִיאוּ לְלַפֵּת בָּהֶן אֶת הַפַּת אֵין טְעוּנִין בְּרָכָה לִפְנֵיהֶם מִשּׁוּם דְּהָווּ לְהוּ טְפֵילָה וְקָשֶׁה לְפֵירוּשׁוֹ מַאי קָא מַשְׁמַע לַן מַתְנִיתִין הִיא מְבָרֵךְ עַל הָעִיקָּר וּפוֹטֵר אֶת הַטְּפֵילָה בֵּירַךְ עַל הַפַּת פָּטַר אֶת הַפַּרְפֶּרֶת וְעוֹד קָשֶׁה הָא דְּפָרִיךְ בְּסָמוּךְ אִי הָכִי יַיִן נָמֵי נִפְטְרֵיהּ פַּת מַאי קַשְׁיָא לֵיהּ וַהֲלֹא כְּשֶׁשּׁוֹתֶה יַיִן אֵינוֹ טָפֵל לַפַּת וְאָנוּ בְּמִידִי דְּטָפֵל לַפַּת אַיְירֵי לפירש"י וְאֵין לְפָרֵשׁ דְּפָרִיךְ לִיפְטְרֵיהּ פַּת כְּשֶׁשּׁוֹרֶה פִּתּוֹ בְּיַיִן דְּאִין הָכִי נָמֵי דְּוַדַּאי הַפַּת עִיקָּר וְאֵין לוֹמַר מִשּׁוּם דְּיַיִן בָּא לִשְׁרוֹת הָאֲכִילָה בְּמֵעָיו הָוֵי כְּאִילּוּ שׁוֹתֵהוּ עִם הַפַּת דְּמֵהֵיכָא פְּשִׁיטָא לֵיהּ כֻּולֵּי הַאי דְּמֵהַאי טַעְמָא הָוֵי כְּמוֹ דְּבָרִים שֶׁמְּלַפְּתִים בָּהֶם אֶת הַפַּת הִלְכָּךְ נִרְאֶה לְפָרֵשׁ דְּבָרִים הַבָּאִים מֵחֲמַת הַסְּעוּדָה בְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה הַיְינוּ כְּגוֹן בָּשָׂר וְדָגִים וְיָרָק וְדַיְיסָא שֶׁרְגִילִין לִקְבֹּועַ עִיקַּר הַסְּעוּדָה עֲלֵיהֶם וְלֶאֱכֹול בָּהֶן אֶת הַפַּת הִלְכָּךְ אֲפִילּוּ אֲכָלָן בְּלֹא פַּת אֵין טְעוּנִין בְּרָכָה לֹא לִפְנֵיהֶם וְלֹא לְאַחֲרֵיהֶם כֵּיוָן דְּעִיקַּר הַסְּעוּדָה הֵם פּוֹטְרָן בִּרְכַּת הַפַּת וְכֵן בִּרְכַּת הַמָּזוֹן פּוֹטְרָן וְכֵן מַשְׁקִין הַבָּאִים בְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה חֲשִׁיבִי בָּאִים מֵחֲמַת הַסְּעוּדָה לְפִי שֶׁאֵין בְּנֵי אָדָם רְגִילִין לֶאֱכֹול בְּלֹא שְׁתִיָּה וַחֲשִׁיבִי כְּעִיקָּר סְעוּדָה וְאֵין טְעוּנִין בְּרָכָה לִפְנֵיהֶם וּלְאַחֲרֵיהֶם חוּץ מִן הַיַּיִן הוֹאִיל וְגוֹרֵם בְּרָכָה לְעַצְמוֹ טָעוּן בְּרָכָה לְפָנָיו כְּדִתְנַן בְּמַתְנִיתִין אֲבָל לֹא לְאַחֲרָיו כִּדְמוֹכַח בִּשְׁמַעְתְּתָא דְּעַרְבֵי פְּסָחִים דַּף קג: בְּעֻובְדָּא דְּתַלְמִידֵי דְּרַב דְּחַד מִינַּייְהוּ בָּרֵיךְ אַכָּסָא קַמָּא וְאַכָּסָא דְּבִרְכְּתָא וּמְפָרֵשׁ טַעְמָא בְּפֶרֶק כִּיסּוּי הַדָּם דַּף פּוֹ מִשּׁוּם דְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן הָוֵי הַפְסָקָה אַלְמָא דְּלָא בֵּירַךְ לְאַחַר הַיַּיִן שֶׁבְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה דְּאִי בֵּירַךְ לְאַחֲרָיו לָמָּה לִי טַעְמָא מִשּׁוּם הַפְסָקָה דְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן תִּיפּוֹק לֵיהּ מִשּׁוּם שֶׁבֵּירַךְ עַל הַיַּיִן שֶׁשָּׁתָה וְכֵן פֵּירֵשׁ בה"ג דְּבָרִים הַבָּאִים מֵחֲמַת סְעוּדָה כְּגוֹן בִּשְׂרָא וּכְוָורֵי וְכָל מִינֵי בְּשׁוּלֵי דְּדַרְכַיְיהוּ לְמֵיכַל בְּהוּ רִיפְתָּא וְכֵן יַרְקֵי וּבוּצִינֵי אֵין טְעוּנִין בְּרָכָה לֹא לִפְנֵיהֶן וְלֹא לְאַחֲרֵיהֶן. שֶׁלֹּא מֵחֲמַת הַסְּעוּדָה בְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה פירש"י כְּגוֹן דַּיְיסָא כְּרוּב וּתְרָדִין שֶׁאֵינָן לְלַפֵּת וְהֵם לְמָזוֹן וּלְשֹׂובַע טְעוּנִין בְּרָכָה לִפְנֵיהֶם וְלֹא לְאַחֲרֵיהֶם וְלֹא יִתָּכֵן כְּלָל דְּעַל דַּייְסָא צָרִיךְ בְּרָכָה לְפָנָיו וְלֹא יִפָּטֵר בְּבִרְכַּת הַמּוֹצִיא דְּאֵין לְךָ מֵחֲמַת הַסְּעוּדָה יוֹתֵר מִזֶּה דַּהֲוָה עִיקַּר סְעוּדָה וְאָמְרִינַן נָמֵי לְקַמָּן בְּפִירְקִין (בְּרָכוֹת דַּף מב) בֵּירַךְ עַל הַפַּת פָּטַר אֶת הַפַּרְפֶּרֶת וכ"ש מַעֲשֵׂה קְדֵרָה וְאָמְרִינַן לְעֵיל (בְּרָכוֹת דַּף לז.) וְאֵלּוּ הֵן מַעֲשֵׂה קְדֵרָה חִלְקָא טַרְגִּיס וְטִיסְנֵי דְּהַיְינוּ דַּייְסָא וְעוֹד הִקְשָׁה הָר"ר יוֹסֵף זַ"ל דִּלְעֵיל אָמְרִינַן דִּמְבָרֵךְ עַל הַצְּנוֹן וּפוֹטֵר אֶת הַזַּיִת מִשּׁוּם דִּצְנוֹן עִיקָּר כָּל שֶׁכֵּן הָכָא דְּפַת עִיקָּר וְאֵין לִדְחוֹת וְלוֹמַר דִּלְעֵיל מַייְרֵי שֶׁאָכַל אֶת הַצְּנוֹן וְהַזַּיִת יַחַד דְּלָא מַשְׁמַע הָכִי אֶלָּא שֶׁאָכַל זֶה אַחַר זֶה לְבַטֵּל מְרִירַת הַצְּנוֹן וְכֵן פֵּירֵשׁ בֶּעָרוּךְ דְּדַייְסָא אֵין טָעוּן בְּרָכָה לְפָנָיו וְלֹא לְאַחֲרָיו דְּמִמַּה נַפְשָׁךְ אִי חֲשִׁיבָא כְּנַהְמָא כִּדְאָמְרִינַן בֵּיצָה דַּף טז בַּבְלָאֵי טַפְשָׁאֵי דְּאָכְלִי נַהֲמָא בְּנַהֲמָא פַּת פּוֹטֶרֶת פַּת וְאִי לָא חֲשִׁיב כְּנַהְמָא הָווּ כִּשְׁאָר תַּבְשִׁיל דְּפַת פּוֹטְרָהּ. לְאַחַר הַסְּעוּדָה פירש"י דְּבָרִים הָרְגִילִים לָבֹא לְאַחַר הַסְּעוּדָה כְּגוֹן פֵּירוֹת אֲפִילּוּ הֵבִיאוּ בְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה שֶׁלֹּא מֵחֲמַת לִיפְתָּן טְעוּנִין בְּרָכָה לִפְנֵיהֶם דְּלָאו טְפֵילָה נִינְהוּ וּלְאַחֲרֵיהֶם דְּאֵין בִּרְכַּת הַמָּזוֹן פּוֹטַרְתָּן דְּלָאו מָזוֹן נִינְהוּ וְכֵן פֵּירֵשׁ בה"ג דְּבָרִים הַבָּאִים לְאַחַר סְעוּדָה כְּגוֹן תַּמְרֵי וְרִמּוֹנֵי וּשְׁאָר מְגָדִים וְאַיְיתִינּוּן וְקָאֲכִיל לְהוּ בְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה טְעוּנִין בְּרָכָה בֵּין לִפְנֵיהֶם בֵּין לְאַחֲרֵיהֶם וּלְפִי דִּבְרֵיהֶם פָּסַק רַב פָּפָּא כְּרַב שֵׁשֶׁת וְעוֹד כָּתַב בַּעַל ה"ג מַה שֶׁחֲבִיצָא וְדַיְיסָא נִפְטָרִין בְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן מִשּׁוּם דְּהָווּ מִין מָזוֹן אֲבָל תַּמְרֵי וְרִמּוֹנֵי וּשְׁאָר דְּבָרִים לָאו מִין מָזוֹן הוּא הִלְכָּךְ לֹא נִפְטְרוּ בְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן וְקָשֶׁה לְפֵירוּשׁוֹ דְּתָלוּ הַטַּעַם מִשּׁוּם דְּמָזוֹן נִינְהוּ וּלְכָךְ נִפְטְרוּ בְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן דְּאִי אִיתָא לְהַאי טַעְמָא הֲוָה לֵיהּ לַגְּמָרָא לְפָרוֹשֵׁי אֶלָּא דְּתָלֵי טַעַם הַפָּטוּר שֶׁבָּאִים בְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה וְעוֹד כָּל מִילֵּי דְּזָייְנִי לְבַד מִמַּיִם שַׁייְכָא בְּהוּ בִּרְכַּת הַזָּן וּנְהִי דְּמָזוֹן לֹא שַׁייָּךְ בְּהוּ מ"מ בִּרְכַּת הַזָּן וּבִרְכַּת הָאָרֶץ וּבִרְכַּת יְרוּשָׁלַיִם דְּעָדִיף טְפֵי מִמַּעְיָן שָׁלֹשׁ לְפָטְרָן וְעוֹד דְּפֵירוֹת דִּלְאַחַר סְעוּדָה אֵינוֹ שָׁוֶה לְמַה שֶׁאָמַר בְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה שֶׁהֲרֵי גַּם בְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה הֵן בָּאִין אֶלָּא שֶׁרְגִילִין לָבֹא לְאַחַר סְעוּדָה וְהָעִיקָּר חָסֵר מִן הַסֵּפֶר וְעוֹד בְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה גַּבֵּי מֵחֲמַת סְעוּדָה אַמַּאי אִיצְטְרִיךְ לְאָמְרוֹ פְּשִׁיטָא שֶׁבְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה אוֹכְלִין אוֹתָן כֵּיוָן דְּבָאִים לְלַפֵּת בָּהֶן וְעוֹד בָּשָׂר וְדָגִים וּבֵיצִים וּגְבִינָה וְכַיּוֹצֵא בָּהֶן שֶׁלֹּא בָּאוּ לְלַפֵּת אֶלָּא לֶאֱכֹול בִּפְנֵי עַצְמָם לֹא הִשְׁמִיעָנוּ רַב פָּפָּא מַה דִּינָם שֶׁהֲרֵי אֵינָם דּוֹמִים לֹא לְדָבָר הַבָּא בְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה דְּהַיְינוּ מָזוֹן וְלֹא לְדָבָר הָרָגִיל אַחַר הַסְּעוּדָה דְּהַיְינוּ פֵּירוֹת דְּאֵלּוּ וַדַּאי רְגִילִים הֵן לָבֹא בְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה וְאֵינָם מָזוֹן הִלְכָּךְ נִרְאֶה לְפָרֵשׁ דִּדְבָרִים הַבָּאִים שֶׁלֹּא מֵחֲמַת הַסְּעוּדָה כְּגוֹן תְּאֵנִים וַעֲנָבִים וְכָל מִינֵי פֵּירוֹת וּמִקְּרֵי שֶׁלֹּא מֵחֲמַת הַסְּעוּדָה לְפִי שֶׁאֵינָן כְּמוֹ בָּשָׂר וְדָגִים וּמִינִין מְלוּחִין שֶׁרְגִילִים לֶאֱכֹול וְלָבֹא לְעִיקַּר הַסְּעוּדָה לִפְנֵיהֶם טְעוּנִים בְּרָכָה לְפִי שֶׁבִּרְכַּת הַמּוֹצִיא אֵינָהּ פּוֹטַרְתָּן כֵּיוָן דְּלָאו מֵעִיקַּר סְעוּדָה הֵן וְלֹא לְאַחֲרֵיהֶם דְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן פּוֹטֵר כָּל מַה שֶׁאָכְלוּ בְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה וְהַיְינוּ כְּרַב הוּנָא וְרַב נַחְמָן וּדְלָא כְּרַב שֵׁשֶׁת. לְאַחַר הַסְּעוּדָה פֵּירוּשׁ דְּבָרִים שֶׁהִזְכַּרְנוּ לְמַעְלָה בֵּין הַבָּאִים מֵחֲמַת הַסְּעוּדָה בֵּין הַבָּאִים שֶׁלֹּא מֵחֲמַת הַסְּעוּדָה אִם הֱבִיאָן לְאַחַר הַסְּעוּדָה קֹודֶם בִּרְכַּת הַמָּזוֹן כִּי הָיוּ רְגִילִים בִּימֵיהֶם לְאַחַר גְּמַר סְעוּדָה וּכְבָר מָשְׁכוּ יְדֵיהֶם מִן הַפַּת שֶׁהָיוּ קוֹבְעִים עַצְמָם לֶאֱכֹול פֵּירוֹת וּפַרְפֶּרֶת וְלִשְׁתּוֹת יַיִן לְאַחַר הַמָּזוֹן וְהַיְינוּ דְּאָמְרִינַן בְּמָתְנֵי' בֵּירַךְ עַל הַיַּיִן שֶׁלִּפְנֵי הַמָּזוֹן פָּטַר אֶת הַיַּיִן שֶׁלְּאַחַר הַמָּזוֹן וְכֵן בֵּירַךְ עַל הַפַּרְפֶּרֶת שֶׁלִּפְנֵי הַמָּזוֹן פָּטַר אֶת הַפַּרְפֶּרֶת שֶׁלְּאַחַר הַמָּזוֹן הַיְינוּ לְאַחַר שֶׁסִּילֵּק הַמָּזוֹן קֹודֶם בהמ"ז וְכֵיוָן שֶׁמָּשְׁכוּ יְדֵיהֶם מִן הַפַּת כָּל מַה שֶׁהֵבִיאוּ לְפָנָיו בֵּין דְּבָרִים הַבָּאִים מֵחֲמַת הַסְּעוּדָה בֵּין דְּבָרִים הַבָּאִים שֶׁלֹּא מֵחֲמַת הַסְּעוּדָה טְעוּנִים בְּרָכָה בֵּין לִפְנֵיהֶם בֵּין לְאַחֲרֵיהֶם דְּהַמּוֹצִיא וּבִרְכַּת הַמָּזוֹן אֵין פּוֹטְרִין אֶלָּא מַה שֶׁנֶּאֱכָל תּוֹךְ עִיקַּר הַסְּעוּדָה וּמַה שָׁפֵי' רַשְׁבָּ"ם בְּפֶרֶק עַרְבֵי פְּסָחִים (פְּסָחִים דַּף קג:) דְּיַיִן שֶׁבְּתוֹךְ הַמָּזוֹן א"צ בְּרָכָה לְאַחֲרָיו מִשּׁוּם דְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן פּוֹטְרוֹ מִקַּל וָחֹומֶר הַשְׁתָּא בְּרָכָה אַחַת מֵעֵין שָׁלֹשׁ פּוֹטַרְתּוֹ כָּל שֶׁכֵּן ג' בְּרָכוֹת קַל וָחֹומֶר פְּרִיכָא הוּא דִּדְבָרִים הַבָּאִים מֵחֲמַת הַסְּעוּדָה לְאַחַר סְעוּדָה יוֹכִיחוּ דִּטְעוּנִין בְּרָכָה לְאַחֲרֵיהֶן וְאֵין בה"מ פּוֹטַרְתָּן אֶלָּא הַייְנוּ טַעְמָא דְּאֵין טָעוּן בְּרָכָה לְאַחֲרָיו מִשּׁוּם דְּהָוֵי כִּדְבָרִים הַבָּאִים מֵחֲמַת הַסְּעוּדָה תּוֹךְ הַסְּעוּדָה וְאַף לְפָנָיו לֹא הָיָה טָעוּן בְּרָכָה אֶלָּא מִשּׁוּם דְּגוֹרֵם בְּרָכָה לְעַצְמוֹ:
Il a été dit : si on lui a apporté des figues et des raisins au cours du repas, Rav Houna a dit qu'ils exigent une bénédiction avant, mais non une bénédiction après ; Rav Nahman a dit de même. Et Rav Chechet a dit qu'ils exigent une bénédiction avant comme après, car il n'y a aucun aliment qui exige une bénédiction avant sans en exiger une après, sinon le pain d'accompagnement (pat haba bekhissanin) seulement. Cela diverge de l'avis de Rabbi Hiya, qui a dit : le pain acquitte toutes les sortes d'aliments et le vin acquitte toutes les sortes de boissons. Et bien que l'on diverge de lui au sujet du pain, personne ne diverge de lui au sujet du vin, et la halakha suit son avis pour le vin. Rav Papa a dit : la halakha est que les aliments qui viennent à cause du repas, au cours du repas, n'exigent de bénédiction ni avant ni après ; ceux qui ne viennent pas à cause du repas, au cours du repas, exigent une bénédiction avant mais non après ; et après le repas, ils exigent une bénédiction avant comme après. Et nous tenons comme Rav Papa. « Les aliments qui viennent à cause du repas, au cours du repas » : Rachi explique, par exemple la viande et les fruits et tout ce que l'on apporte pour accompagner le pain, qui n'exigent pas de bénédiction avant parce qu'ils sont accessoires. Cette explication est difficile : que nous apprendrait Rav Papa ? C'est une michna : on bénit sur le principal et l'accessoire est acquitté, et : s'il a béni sur le pain, il a acquitté l'entremets. Autre difficulté : ce que la Guemara objecte plus loin, « s'il en est ainsi, que le pain acquitte aussi le vin », quelle difficulté y a-t-il ? Lorsqu'on boit du vin, il n'est pas accessoire du pain, alors que selon Rachi nous parlons de ce qui est accessoire du pain. Et l'on ne peut pas expliquer que la Guemara demande que le pain l'acquitte lorsqu'il trempe son pain dans le vin, car dans ce cas c'est certainement vrai, le pain étant principal. On ne peut pas non plus dire que, le vin venant faire descendre la nourriture dans les entrailles, ce serait comme s'il le buvait avec le pain : d'où lui serait-il si évident que, pour cette raison, il en irait comme des aliments dont on accompagne le pain ? Il apparaît donc qu'il faut expliquer ainsi : « les aliments qui viennent à cause du repas, au cours du repas », ce sont par exemple la viande, le poisson, les légumes et la bouillie, sur lesquels on a coutume d'établir l'essentiel du repas et avec lesquels on mange le pain ; c'est pourquoi, même s'il les a mangés sans pain, ils n'exigent de bénédiction ni avant ni après, puisqu'ils constituent l'essentiel du repas : la bénédiction du pain les acquitte, et le birkat hamazon les acquitte également. De même les boissons prises au cours du repas sont considérées comme venant à cause du repas, parce que les hommes n'ont pas coutume de manger sans boire, et elles sont tenues pour l'essentiel du repas : elles n'exigent de bénédiction ni avant ni après. Le vin fait exception : puisqu'il entraîne une bénédiction propre, il exige une bénédiction avant, comme nous l'avons appris dans la michna, mais non après, comme cela ressort de la sougya du chapitre Arvei Pessahim (103b), dans l'affaire des disciples de Rav dont l'un bénit sur la première coupe et sur la coupe de la bénédiction ; la raison en est expliquée au chapitre Kissouï Hadam (86) : parce que le birkat hamazon constitue une interruption. Il en ressort qu'il n'a pas béni après le vin bu au cours du repas, car s'il avait béni après lui, pourquoi faudrait-il la raison de l'interruption du birkat hamazon ? Il suffirait de dire qu'il a déjà béni sur le vin qu'il a bu. Les Halakhot Guedolot expliquent de même : les aliments qui viennent à cause du repas, comme la viande, le poisson et toutes sortes de mets cuits que l'on a coutume de manger avec du pain, ainsi que les légumes et les courges, n'exigent de bénédiction ni avant ni après. « Ce qui ne vient pas à cause du repas, au cours du repas » : Rachi explique, par exemple la bouillie, le chou et les bettes, qui ne servent pas à accompagner le pain mais nourrissent et rassasient : ils exigent une bénédiction avant et non après. Cela ne se peut nullement, car dire que la bouillie exige une bénédiction avant et n'est pas acquittée par hamotsi est impossible : rien ne vient plus à cause du repas qu'elle, puisqu'elle en constitue l'essentiel. Nous disons d'ailleurs plus loin dans notre chapitre (42) : s'il a béni sur le pain, il a acquitté l'entremets, et à plus forte raison les mets de marmite ; et nous avons dit plus haut (37a) : voici les mets de marmite, halka, tragis et tisni, c'est-à-dire la bouillie. Rabbi Yossef, de mémoire bénie, a soulevé une autre difficulté : plus haut nous avons dit qu'il bénit sur le radis et acquitte l'olive parce que le radis est principal ; à plus forte raison ici, où le pain est principal. Et l'on ne peut pas écarter cela en disant que plus haut il s'agissait de manger le radis et l'olive ensemble, car ce n'est pas ce qui ressort du texte : il les mange l'un après l'autre, pour annuler l'amertume du radis. Le Aroukh explique de même que la bouillie n'exige de bénédiction ni avant ni après : de toute manière, si elle est tenue pour du pain, comme nous disons dans Betsa (16) « Babyloniens stupides qui mangent du pain avec du pain », le pain acquitte le pain ; et si elle n'est pas tenue pour du pain, elle est comme tout autre mets cuit, que le pain acquitte. « Après le repas » : Rachi explique qu'il s'agit des aliments que l'on a coutume d'apporter après le repas, comme les fruits ; même si on les a apportés au cours du repas sans qu'ils servent d'accompagnement, ils exigent une bénédiction avant, car ils ne sont pas accessoires, et après, car le birkat hamazon ne les acquitte pas, n'étant pas de la nourriture du repas. Les Halakhot Guedolot expliquent de même : les aliments qui viennent après le repas, comme les dattes, les grenades et les autres douceurs, s'il les a apportés et les mange au cours du repas, exigent une bénédiction avant comme après. Selon leurs paroles, Rav Papa aurait tranché comme Rav Chechet. L'auteur des Halakhot Guedolot a encore écrit que si la havitsa et la bouillie sont acquittées par le birkat hamazon, c'est parce qu'elles sont une sorte de nourriture, tandis que les dattes, les grenades et les autres aliments ne sont pas une sorte de nourriture et ne sont donc pas acquittés par le birkat hamazon. Cette explication est difficile, car elle fait dépendre la raison du fait qu'ils sont de la nourriture : s'il en était ainsi, la Guemara aurait dû l'expliquer, alors qu'elle fait dépendre la raison de l'exemption du fait qu'ils viennent au cours du repas. De plus, tout ce qui nourrit, en dehors de l'eau, relève de la bénédiction hazan ; et même si le terme de nourriture ne leur convient pas, la bénédiction hazan, celle du pays et celle de Jérusalem sont plus fortes que la bénédiction meeïn chaloch pour les acquitter. De plus, les fruits pris après le repas ne sont pas identiques à ce qui a été dit pour le cours du repas, puisqu'ils viennent aussi au cours du repas, même si l'usage est de les apporter après : l'essentiel manquerait alors au texte. De plus, pour ce qui vient à cause du repas au cours du repas, pourquoi fallait-il le dire ? Il est évident qu'on les mange au cours du repas, puisqu'ils viennent pour l'accompagner. De plus, la viande, le poisson, les œufs, le fromage et leurs semblables, qui ne viennent pas pour accompagner mais pour être mangés pour eux-mêmes, Rav Papa ne nous aurait pas enseigné leur règle, car ils ne ressemblent ni à ce qui vient au cours du repas, c'est-à-dire la nourriture, ni à ce qui vient habituellement après le repas, c'est-à-dire les fruits : ceux-là viennent certainement au cours du repas et ne sont pas de la nourriture. Il apparaît donc qu'il faut expliquer ainsi : les aliments qui viennent sans être à cause du repas, comme les figues, les raisins et toutes sortes de fruits — on les appelle « pas à cause du repas » parce qu'ils ne sont pas comme la viande, le poisson et les mets salés que l'on a coutume de manger et qui viennent pour l'essentiel du repas — exigent une bénédiction avant, parce que hamotsi ne les acquitte pas, n'étant pas de l'essentiel du repas, et non après, car le birkat hamazon acquitte tout ce qui a été mangé au cours du repas. Cela suit Rav Houna et Rav Nahman, et non Rav Chechet. « Après le repas » signifie que les aliments mentionnés plus haut, aussi bien ceux qui viennent à cause du repas que ceux qui ne viennent pas à cause du repas, s'il les a apportés après le repas et avant le birkat hamazon — car il était d'usage à leur époque, une fois le repas achevé et les mains déjà retirées du pain, de s'installer pour manger des fruits et des entremets et boire du vin après le repas — exigent une bénédiction avant comme après. C'est ce que nous disons dans la michna : s'il a béni sur le vin qui précède le repas, il a acquitté le vin qui suit le repas ; et de même, s'il a béni sur l'entremets qui précède le repas, il a acquitté l'entremets qui suit le repas — c'est-à-dire après avoir desservi, avant le birkat hamazon. Et puisqu'ils ont retiré leurs mains du pain, tout ce qu'on apporte devant lui, qu'il s'agisse d'aliments venant à cause du repas ou d'aliments ne venant pas à cause du repas, exige une bénédiction avant comme après, car hamotsi et le birkat hamazon n'acquittent que ce qui a été mangé dans le corps du repas. Quant à ce qu'a expliqué le Rachbam au chapitre Arvei Pessahim (103b), que le vin bu pendant le repas n'exige pas de bénédiction après lui parce que le birkat hamazon l'acquitte par un kal va-homer — si une seule bénédiction meeïn chaloch l'acquitte, à plus forte raison trois bénédictions — c'est un kal va-homer réfutable : les aliments qui viennent à cause du repas après le repas le prouvent, puisqu'ils exigent une bénédiction après eux et que le birkat hamazon ne les acquitte pas. La raison pour laquelle le vin n'exige pas de bénédiction après lui est plutôt qu'il est comme les aliments qui viennent à cause du repas au cours du repas ; et s'il exige une bénédiction avant, c'est uniquement parce qu'il entraîne une bénédiction propre.
💡 Explication

La même discussion est reprise par deux Amoraïm d'Eretz Israël. L'un reprend exactement la position d'Oulla. L'autre élargit la controverse aux cas où les bénédictions diffèrent.

Cette seconde lecture appelle une question immédiate, que la Guemara pose au segment suivant : si deux bénédictions doivent de toute façon être dites, il ne reste apparemment plus rien sur quoi diverger.

7
בִּשְׁלָמָא לְמַאן דְּאָמַר בְּשֶׁבִּרְכוֹתֵיהֶן שָׁווֹת מַחֲלֹוקֶת — שַׁפִּיר, אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר בְּשֶׁאֵין בִּרְכוֹתֵיהֶן שָׁווֹת פְּלִיגִי, בְּמַאי פְּלִיגִי! אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה: לְהַקְדִּים.

Admettons selon celui qui dit que la controverse porte sur le cas où les bénédictions sont identiques : cela va bien. Mais selon celui qui dit qu'ils divergent lorsque leurs bénédictions ne sont pas identiques, sur quoi divergent-ils donc ?

Rabbi Yirmeya a dit : sur l'ordre de priorité.

📜 Rachi (2)
בְּמַאי פְּלִיגִי הָא וַדַּאי לָא מִפַּטְרִי בַּחֲדָא בְּרָכָה:
« Sur quoi divergent-ils » : car assurément ils ne sont pas acquittés par une seule bénédiction.
אָמַר ר' יִרְמְיָה בִּלְהַקְדִּים פְּלִיגִי וְלָא גָּרְסִי' אֲבָל בְּשֶׁבִּרְכוֹתֵיהֶן שָׁווֹת מְבָרֵךְ עַל אֶחָד מֵהֶן שֶׁיִּרְצֶה דְּהַשְׁתָּא בְּשֶׁאֵינָן שָׁווֹת מַקְפִּיד ר' יְהוּדָה עַל הַקְדָּמָתָן וְאָמַר מִין שִׁבְעָה עָדִיף כְּשֶׁבָּא לִפְטוֹר זוֹ בְּזוֹ לֹא כ"ש:
« Rabbi Yirmeya a dit : ils divergent sur l'ordre de priorité » : et nous ne lisons pas « mais lorsque leurs bénédictions sont identiques il bénit sur celle qu'il veut ». En effet, puisque, lorsqu'elles ne sont pas identiques, Rabbi Yehouda tient à leur ordre et dit que l'espèce des sept espèces a la priorité, à plus forte raison lorsqu'il s'agit d'acquitter l'une par l'autre.
🗂️ Tossefot (1)
בְּמַאי פְּלִיגִי כְּלוֹמַר מַאי טַעְמָא דְּר' יְהוּדָה דְּאָמַר שִׁבְעַת הַמִּינִין עָדִיף מַאי עֲדִיפוּת שַׁייְכָא בְּהוּ אַחַר שֶׁאֵינָן יְכוֹלִין לִפְטוֹר שְׁאָר מִינִין וּמְשַׁנֵּי דְּהָעֲדִיפוּת הָוֵי מִן הַהַקְדָּמָה:
« Sur quoi divergent-ils » : c'est-à-dire quelle est la raison de Rabbi Yehouda qui dit que les sept espèces ont la priorité ? Quelle priorité peut les concerner, dès lors qu'elles ne peuvent pas acquitter les autres espèces ? La Guemara répond que cette priorité est celle de l'ordre.
💡 Explication

La question est méthodique : une controverse doit porter sur une conséquence pratique. Rabbi Yirmeya la trouve dans le lehakdim, l'ordre dans lequel les deux bénédictions sont prononcées.

Rachi signale que cette lecture entraîne une modification du texte de la Guemara et un raisonnement à fortiori : celui qui tient à l'ordre dans le cas faible tiendra d'autant plus au choix dans le cas fort.

8
דְּאָמַר רַב יוֹסֵף וְאִיתֵּימָא רַבִּי יִצְחָק: כָּל הַמֻּוקְדָּם בְּפָסוּק זֶה, מֻוקְדָּם לִבְרָכָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אֶרֶץ חִטָּה וּשְׂעֹרָה וְגֶפֶן וּתְאֵנָה וְרִמּוֹן אֶרֶץ זֵית שֶׁמֶן וּדְבָשׁ״.

Car Rav Yossef, et certains disent Rabbi Yitshak, a dit : tout ce qui est mentionné en premier dans ce verset passe en premier pour la bénédiction, ainsi qu'il est dit : « une terre de blé et d'orge, de vigne, de figuier et de grenadier, une terre d'olive à huile et de miel ».

📜 Rachi (1)
דְּאָמַר ר' יִצְחָק כו' אַלְמָא קָפְדִינַן אַהַקְדָּמָה וְר' יְהוּדָה אִית לֵיהּ דְּר' יִצְחָק הִלְכָּךְ כָּל שֶׁכֵּן הֵיכָא דְּחַד לָאו מִמִּין שִׁבְעָה דְּמִין שִׁבְעָה עָדִיף וְרַבָּנָן לֵית לְהוּ דְּר' יִצְחָק בְּמָקוֹם חָבִיב דְּחָבִיב עָדִיף:
Il ressort donc que nous tenons compte de l'ordre. Rabbi Yehouda tient l'enseignement de Rabbi Yitshak ; à plus forte raison, lorsque l'une des deux espèces n'est pas des sept espèces, l'espèce des sept a la priorité. Les Sages, eux, ne tiennent pas l'enseignement de Rabbi Yitshak là où il y a une espèce préférée, car le préféré a la priorité.
🗂️ Tossefot (1)
א"ר יִרְמְיָה לְהַקְדִּים דא"ר יוֹסֵף וְכוּ' -פירש"י והר"י לְפִי גִרְסָא זוֹ אָתְיָא הָא דְּאָמַר רַב יוֹסֵף כָּל הַמֻּוקְדָּם כְּר' יְהוּדָה דַּוְקָא אֲבָל ר' שְׁמַעְיָה גָּרֵיס אָמַר רַב יוֹסֵף וְכוּ' וְאָתְיָא אַלִּיבָּא דְּרַבָּנָן וּמַיְירֵי שֶׁאֵין חֲבִיבִין זֶה מִזֶּה דְּהָא אָזְלִינַן בָּתַר מֻוקְדָּם דְּאִי בַּחֲבִיבִין פְּשִׁיטָא דְּחָבִיב קוֹדֵם דְּהָא אַפֵּי' בִּשְׁאָר מִינִין לְגַבֵּי שִׁבְעַת הַמִּינִין אָמְרִי רַבָּנָן דִּמְבָרֵךְ עַל אֵיזֶה שֶׁיִּרְצֶה וּמִילְּתָא דְּרַב יוֹסֵף מִילְּתָא בְּאַפֵּי נַפְשָׁהּ וְלָא נְהִירָא דִּבְסָמוּךְ מַשְׁמַע דְּגָרַס דְּאָמַר רַב יוֹסֵף וְאָתְיָא כְּר' יְהוּדָה דַּוְקָא דְּקָאָמַר רַב חִסְדָּא וְרַב הַמְנוּנָא הֲווֹ יָתְבִי בִּסְעוֹדְתָּא וְכוּ' א"ל לָא סָבַר לָהּ מַר לְהָא דְּרַב יוֹסֵף דְּאָמַר כָּל הַמֻּוקְדָּם וְכוּ':
« Rabbi Yirmeya a dit : sur l'ordre de priorité, car Rav Yossef a dit, etc. » : Rachi et Rabbenou Yits'hak expliquent que, selon cette version, l'enseignement de Rav Yossef sur ce qui est mentionné en premier suit spécifiquement Rabbi Yehouda. Mais Rabbi Chemaya lit « Rav Yossef a dit, etc. » comme un énoncé indépendant, conforme à l'avis des Sages, et portant sur des espèces dont aucune ne lui est plus chère que l'autre, puisque nous suivons alors l'ordre du verset ; car s'il s'agissait d'espèces préférées, il serait évident que la préférée passe avant, puisque même face aux sept espèces les Sages disent qu'il bénit sur celle qu'il veut. Cela n'est pas clair, car il ressort de la suite immédiate que la lecture est bien « car Rav Yossef a dit » et que l'enseignement suit spécifiquement Rabbi Yehouda, puisqu'il est rapporté que Rav Hisda et Rav Hamnouna étaient assis à un repas, etc., et que l'un dit à l'autre : le maître ne tient-il pas l'enseignement de Rav Yossef, qui a dit que tout ce qui est mentionné en premier, etc. ?
💡 Explication

Le verset de Deutéronome 8,8 énumère les sept espèces de l'éloge du pays. Rav Yossef en tire une règle d'ordre : la place dans le verset détermine la place dans la séquence des bénédictions.

Cette règle donne un contenu concret à la position de Rabbi Yehouda dans la seconde lecture, en fournissant une priorité qui n'exige pas qu'une bénédiction acquitte l'autre.

9
וּפְלִיגָא דְּרַבִּי חָנָן. דְּאָמַר רַבִּי חָנָן: כָּל הַפָּסוּק כֻּולּוֹ לְשִׁיעוּרִין נֶאֱמַר.

Et cela diverge de l'avis de Rabbi Hanan, car Rabbi Hanan a dit : tout ce verset a été dit pour les mesures.

📜 Rachi (1)
וּפְלִיגָא דְּרַבִּי חָנָן הָא דְּר' יִצְחָק דְּאָמַר הַמֻּוקְדָּם קוֹדֵם לִבְרָכָה אַלְמָא קְרָא לְשֶׁבַח א"י בָּא שֶׁיֵּשׁ בָּהּ פֵּירוֹת הַחֲשׁוּבִים הַלָּלוּ וּמְנָאָן כְּסֵדֶר חֲשִׁיבוּתָם וּפְלִיג אֲדָר' חָנָן דְּאָמַר לֹא בָּא הַכָּתוּב לְהוֹדִיעַ שֶׁבַח חֲשִׁיבוּת הַפֵּירוֹת בַּטַּעַם שֶׁלָּהֶם אֶלָּא שִׁבְחָהּ שֶׁל א"י שֶׁיֵּשׁ בָּהּ פֵּירוֹת שֶׁשִּׁיעוּרֵי תּוֹרָה נִתְלִין בָּהֶן וְכֵיוָן דְּהָכִי הוּא לָא הִקְפִּיד הַכָּתוּב עַל סִדְרָן שֶׁהֲרֵי בָּזוֹ כֻּולָּן שָׁוִין:
L'enseignement de Rabbi Yitshak, qui dit que ce qui est mentionné en premier passe en premier pour la bénédiction, suppose que le verset est venu faire l'éloge du pays d'Israël, où se trouvent ces fruits de valeur, et qu'il les a énumérés selon leur ordre d'importance. Il diverge donc de Rabbi Hanan, qui dit que le verset n'est pas venu faire connaître l'importance des fruits par leur goût, mais l'éloge du pays d'Israël, où se trouvent des fruits auxquels sont rattachées les mesures de la Torah. Et s'il en est ainsi, le verset n'a pas tenu à leur ordre, puisque à cet égard ils sont tous égaux.
💡 Explication

Rabbi Hanan lit le même verset autrement : il n'énonce pas une hiérarchie de valeur, mais fournit les étalons de plusieurs chiourim, les mesures de la halakha.

La conséquence est directe : si l'ordre du verset ne signale aucune importance relative, il ne peut pas non plus fixer l'ordre des bénédictions. La suite du folio déroule ces mesures espèce par espèce.

10
״חִטָּה״, דִּתְנַן: הַנִּכְנָס לַבַּיִת הַמְנֻוגָּע, וְכֵלָיו עַל כְּתֵפָיו, וְסַנְדָּלָיו וְטַבְּעוֹתָיו בְּיָדָיו — הוּא וָהֵן טְמֵאִין מִיָּד. הָיָה לָבוּשׁ כֵּלָיו, וְסַנְדָּלָיו בְּרַגְלָיו, וְטַבְּעוֹתָיו בְּאֶצְבְּעוֹתָיו — הוּא טָמֵא מִיָּד, וְהֵן טְהוֹרִין עַד שֶׁיִּשְׁהֶא בִּכְדֵי אֲכִילַת פְּרָס. פַּת חִטִּין וְלֹא פַּת שְׂעוֹרִין, מֵיסֵב וְאוֹכְלָן בְּלִפְתָּן.

« Blé » — comme nous l'avons appris : celui qui entre dans une maison frappée de nega (atteinte de tsaraat) avec ses vêtements sur l'épaule, ses sandales et ses bagues à la main, lui et eux deviennent impurs immédiatement. S'il portait ses vêtements sur lui, ses sandales aux pieds et ses bagues aux doigts, lui devient impur immédiatement et eux restent purs tant qu'il ne demeure pas le temps de manger un peras : du pain de blé et non du pain d'orge, accoudé et en le mangeant avec un accompagnement.

📜 Rachi (4)
בְּבַיִת הַמְנֻוגָּע כְּתִיב וְהַבָּא אֶל הַבַּיִת יִטְמָא עַד הָעָרֶב (וַיִּקְרָא י״ד:מ״ז) וְלָא כְּתִיב כִּבּוּס בְּגָדִים וְהָאֹוכֵל בַּבַּיִת יְכַבֵּס אֶת בְּגָדָיו (שָׁם) בְּשׁוֹהֶא שִׁיעוּר אֲכִילָה וַאֲפִילּוּ לֹא יֹאכַל מִדִּכְתִיב בְּסֵיפֵיהּ וְהַשֹּׁוכֵב בַּבַּיִת יְכַבֵּס אֶת בְּגָדָיו הִלְכָּךְ הַנִּכְנָס בּוֹ וְנוֹשֵׂא אֶת בְּגָדָיו עִמּוֹ שֶׁלֹּא כְּדֶרֶךְ מַלְבּוּשׁוֹ אֵין אֵלּוּ בְּגָדָיו וּטְמֵאִים מִיָּד שֶׁאַף בָּהֶן אֲנִי קוֹרֵא וְהַבָּא אֶל הַבַּיִת וּכְשֶׁהוּא לָבוּשׁ בָּהֶן בָּעֵי שְׁהִיָּיה:
Il est écrit : « celui qui entre dans la maison sera impur jusqu'au soir » (Lévitique 14,47), sans qu'y soit écrit le lavage des vêtements ; et : « celui qui mange dans la maison lavera ses vêtements » — lorsqu'il y demeure le temps d'un repas, et même s'il n'a pas mangé, comme il ressort de la fin du verset : « celui qui couche dans la maison lavera ses vêtements ». Par conséquent, celui qui y entre en portant ses vêtements avec lui autrement qu'à la manière d'un vêtement : ceux-ci ne sont pas ses vêtements et deviennent impurs immédiatement, car d'eux aussi je lis « celui qui entre dans la maison » ; tandis que lorsqu'il les porte sur lui, une durée est requise.
אֲכִילַת פְּרָס חֲצִי כִּכָּר שֶׁשִּׁיעֲרוּ בּוֹ חֲכָמִים אֶת הָעֵירוּב שֶׁהוּא כֻּולּוֹ מְזוֹן שְׁתֵּי סְעוּדוֹת וְחֶצְיוֹ מְזוֹן סְעוּדָה אַחַת:
« Le temps de manger un peras » : une demi-miche, celle par laquelle les Sages ont évalué le erouv, qui équivaut en entier à deux repas et dont la moitié équivaut à un repas.
פַּת חִטִּין נֶאֱכֶלֶת מַהֵר:
« Du pain de blé » : il se mange vite.
מֵיסֵב דֶּרֶךְ הַסִּבָּה שֶׁהִיא נֶאֱכֶלֶת מַהֵר שֶׁאֵינוֹ פּוֹנֶה אָנֶה וָאָנָה:
« Accoudé » : à la manière de celui qui est étendu pour le repas, où l'on mange vite, sans se tourner de tous côtés.
💡 Explication

La mesure attachée au blé est une durée, non un volume : le temps qu'il faut pour manger un peras, une demi-miche. Cette durée sert de seuil dans les lois d'impureté de la maison frappée de nega.

Les trois précisions de la michna vont toutes dans le même sens : pain de blé, position accoudée, présence d'un accompagnement. Chacune raccourcit le temps du repas, et la mesure retenue est donc la plus sévère pour l'impureté.

🖼️ Schéma
Maison de nega : la mesure de temps akhilat peras Vêtements portés à la main Ils ne sont pas des vêtements Lui et eux impurs dès l'entrée Vêtements portés sur soi Lui seul impur dès l'entrée Eux purs jusqu'à la durée fixée La durée est celle du repas le plus rapide Pain de blé, non d'orge. Accoudé. Avec un accompagnement. Quantité : un peras, soit une demi-miche du erouv
Les trois conditions qui rendent la mesure de temps la plus courte possible.
11
״שַׂעֲרָה״, דִּתְנַן: עֶצֶם כִּשְׂעוֹרָה מְטַמֵּא בְּמַגָּע וּבְמַשָּׂא, וְאֵינוֹ מְטַמֵּא בְּאֹהֶל.

« Orge » — comme nous l'avons appris : un os grand comme un grain d'orge rend impur par contact et par transport, et ne rend pas impur par ohel.

📜 Rachi (1)
וְאֵינוֹ מְטַמֵּא בְּאֹהֶל הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי הוּא:
« Et ne rend pas impur par ohel » : c'est une halakha transmise à Moche au Sinaï.
💡 Explication

La mesure attachée à l'orge est un volume : un fragment d'os de cadavre de la taille d'un grain d'orge transmet l'impureté par contact et par transport.

L'exception de l'ohel, l'impureté qui se transmet sous un même toit, ne découle d'aucun verset : Rachi la rattache à une halakha transmise à Moche au Sinaï.

12
״גֶּפֶן״, כְּדֵי רְבִיעִית יַיִן לְנָזִיר. ״תְּאֵנָה״, כִּגְרוֹגֶרֶת לְהוֹצָאַת שַׁבָּת. ״רִמּוֹן״, כְּדִתְנַן: כָּל כְּלֵי בַּעֲלֵי בָּתִּים

« Vigne » — la mesure d'un revi'it de vin pour le nazir. « Figuier » — la mesure d'une grogeret (figue sèche) pour le transport le chabbat.

« Grenadier » — comme nous l'avons appris : tous les ustensiles des maîtres de maison

📜 Rachi (2)
כְּדֵי רְבִיעִית יַיִן לְנָזִיר אָכַל חַרְצַנִּים וְזַגִּים וְלוּלָבִין כְּשִׁיעוּר רְבִיעִית יַיִן חַיָּיב וְאֵין שִׁיעוּר רְבִיעִית יַיִן וּרְבִיעִית מַיִם שָׁוִין לְפִי שֶׁהַיַּיִן עָב וְהַמַּיִם קְלוּשִׁין וְיֵשׁ בִּרְבִיעִית יַיִן יוֹתֵר מִמַּה שֶׁיֵּשׁ בִּרְבִיעִית מַיִם כִּדְאָמְרִינַן (בִּמְנָחוֹת קז.) [בְּשַׁבָּת (דַּף עז.)] גַּבֵּי רְבִיעִית דָּם שֶׁיָּכוֹל לִקְרוֹשׁ וְלַעֲמֹוד עַל כְּזַיִת מִשּׁוּם דִּסְמִיךְ אֲבָל מִידֵּי דִּקְלִישׁ לָא הֲוָה רְבִיעִית דִּידֵיהּ כְּזַיִת:
« La mesure d'un revi'it de vin pour le nazir » : s'il a mangé des pépins, des peaux ou des jeunes pousses pour la mesure d'un revi'it de vin, il est passible. Et la mesure d'un revi'it de vin n'est pas identique à celle d'un revi'it d'eau, parce que le vin est épais et l'eau fluide, et qu'il y a dans un revi'it de vin plus que dans un revi'it d'eau, comme nous le disons dans Menahot (107a) et dans Chabbat (77a) à propos du revi'it de sang, qui peut se figer et atteindre un kazayit parce qu'il est épais ; mais une matière fluide, son revi'it n'atteint pas un kazayit.
לְהוֹצָאַת שַׁבָּת דִּתְנַן הַמּוֹצִיא אוֹכְלִין כִּגְרוֹגֶרֶת (שַׁבָּת עו:) וְהִיא תְּאֵנָה יְבֵשָׁה:
« Pour le transport le chabbat » : car nous avons appris que celui qui transporte des aliments de la taille d'une grogeret (Chabbat 76b) est passible, et la grogeret est une figue sèche.
🗂️ Tossefot (2)
גֶּפֶן כְּדֵי רְבִיעִית יַיִן וְכוּ' פִּי' אִם אָכַל עָלִין אוֹ לוּלָבִין כְּדֵי רְבִיעִית יַיִן חַיָּיב אֲבָל אִם אָכַל מֵהֶן כְּדֵי רְבִיעִית מַיִם לָא מִחַייַּב דִּקְלִישִׁי וְהוֹלְכִין בְּקַל חוּץ מִן הַכְּלִי אֲבָל כִּי מְשַׁעֲרִין בְּיַיִן צָרִיךְ שִׁיעוּרָא טְפֵי שֶׁהַיַּיִן הוּא עָב וּמַחֲזִיק גֹּודֶשׁ קְצָת קֹודֶם שֶׁיִּפֹּול מִן הַכּוֹס רְבִיעִית יַיִן וְאִם הָיָה מַיִם הָיָה יוֹצֵא יוֹתֵר מֵרְבִיעִית:
« Vigne, la mesure d'un revi'it de vin, etc. » : c'est-à-dire que s'il a mangé des feuilles ou de jeunes pousses pour la mesure d'un revi'it de vin, il est passible ; mais s'il en a mangé pour la mesure d'un revi'it d'eau, il n'est pas passible, car elles sont fluides et s'écoulent facilement hors du récipient, alors que lorsqu'on mesure avec du vin il faut une mesure plus grande, le vin étant épais et formant un léger bombement avant de déborder de la coupe ; s'il s'agissait d'eau, il en serait sorti plus d'un revi'it.
כְּלֵי בַּעֲלֵי בָּתִּים גַּבֵּי כְּלֵי עֵץ מִתַּנְיָא:
« Les ustensiles des maîtres de maison » : cela a été enseigné à propos des ustensiles de bois.
💡 Explication

Trois mesures s'enchaînent : le revi'it de vin qui rend le nazir passible pour les dérivés de la vigne, la grogeret qui fixe le seuil du transport d'aliments le chabbat, et la grenade pour les ustensiles.

Rachi et les Tossafot s'arrêtent sur un point de mesure concret : un revi'it de vin ne représente pas le même volume utile qu'un revi'it d'eau, la densité du liquide modifiant le résultat. La phrase sur la grenade s'interrompt ici et se poursuit au verso : les ustensiles des maîtres de maison redeviennent purs lorsqu'ils sont percés d'un trou de la taille d'une grenade.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).