Sougya : Le daf s'ouvre sur la fin du récit de la mort de Rav : Rav Ada bar Ahava déchire son vêtement une seconde fois, car les élèves n'avaient pas achevé d'apprendre les lois de la bénédiction après le repas, et un vieillard anonyme résout la contradiction entre la Michna et la Braita — dire « allons manger à tel endroit » vaut hasseba. La Guemara passe ensuite à la question de savoir si le vin, comme le pain, exige la hasseba pour qu'un seul acquitte tous : Rav et Rabbi Yo'hanan s'opposent, et leur désaccord se lit en deux versions symétriques, l'une portant sur l'exigence de la hasseba, l'autre sur son efficacité.
Une Braita décrivant l'ordre complet d'un banquet sert de test aux deux versions. Ben Zoma explique ensuite pourquoi le vin bu pendant le repas ne se prête pas à une bénédiction collective : la gorge est occupée.
La Michna enseigne que celui qui a béni sur le vin bénit aussi sur l'encens, parce qu'il s'est lavé les mains le premier aux dernières eaux — d'où l'enseignement de Rav sur le lien entre netilat yadayim finale et birkat hamazon, illustré par la scène de Rav tremblant devant Rabbi. Le daf se poursuit par les bénédictions sur les odeurs : à partir de quand bénir sur l'encens, bore atsei bessamim ou bore miney bessamim, le musc, le baume, et le degré de présence du bois odorant dans une huile parfumée.
Il fit passer sa déchirure derrière lui et fit une autre déchirure. Il dit : Rav s'est éteint, et nous n'avons pas appris la bénédiction après le repas.
Jusqu'à ce qu'un certain vieillard arrive : il leur opposa la Michna à la Braita et résolut la difficulté pour eux — puisqu'ils ont dit « allons manger le pain à tel endroit », c'est comme s'ils s'étaient installés (hasseba).
La fin du récit ouvert au folio précédent : à l'annonce de la mort de Rav, Rav Ada bar Ahava retourne son vêtement pour pouvoir faire une seconde keria (déchirure de deuil). Le motif du redoublement tient à l'état de la transmission : les élèves restaient sans réponse sur les lois de la birkat hamazon.
Le « certain vieillard » (hahou sava) résout la contradiction entre la Michna, qui exige la hasseba (installation sur les lits) pour qu'un seul acquitte tous, et la Braita, qui se contente d'une assise : déclarer d'avance « allons manger le pain à tel endroit » crée déjà la keviout, la fixation du repas.
« S'ils se sont installés, un seul bénit pour tous. » Rav a dit : on n'a enseigné cela que pour le pain, qui requiert la hasseba ; le vin, lui, ne requiert pas la hasseba. Et Rabbi Yo'hanan a dit : le vin aussi requiert la hasseba.
La Guemara revient à la Michna. Rav restreint l'exigence de hasseba au pain : le vin se laisse fixer par une simple assise, et un seul peut donc acquitter tous sans installation. Rabbi Yo'hanan étend l'exigence au vin.
Dans cette première version (lachon kama), le vin est traité comme plus facile à fixer que le pain. La version suivante inversera exactement ce rapport.
Il y en a qui disent : Rav a dit — on n'a enseigné cela que pour le pain, pour lequel la hasséba est efficace ; pour le vin, la hasséba reste sans effet. Et Rabbi Yo'hanan a dit : pour le vin aussi la hasséba est efficace.
Seconde version (ikka de-amri) du même désaccord. Le verbe change : au lieu de demander si la hasséba est exigée, on demande si elle est efficace (méhania). Rav tient alors que le vin résiste à la fixation, et que même installés, les convives bénissent chacun pour eux-mêmes.
Le renversement produit une nafka mina nette : dans la version 1, des convives simplement assis autour du vin s'acquittent par un seul selon Rav ; dans la version 2, même installés, ils bénissent séparément selon Rav.
On objecte : quel est l'ordre de la hasséba ? Les invités entrent et s'asseyent sur des bancs et sur des sièges (katédraot) jusqu'à ce que tous soient entrés.
On leur apporte de l'eau : chacun se lave une seule main. Le vin leur vient : chacun bénit pour lui-même.
Ils montent et s'installent, et l'eau leur vient : bien que chacun se soit lavé une main, il se relave les deux mains. Le vin leur vient : bien que chacun ait béni pour lui-même, un seul bénit pour tous.
La Braita décrit un banquet complet en deux temps : une salle d'attente où les invités s'asseyent, puis la salle du repas où l'on s'étend sur les lits. Le même vin y apparaît deux fois, avec deux régimes opposés.
Ce texte sert de test aux deux versions du désaccord : son début (recha) gêne l'une, sa fin (sefa) gêne l'autre. Noter au passage le détail du lavage : une main avant, pour tenir la coupe, deux mains ensuite, pour manger.
Selon cette version qui rapporte que Rav a dit : on n'a enseigné cela que pour le pain, qui requiert la hasséba, mais le vin ne requiert pas la hasséba — le début de la Braita fait difficulté !
Objection contre la version 1. Les invités de la Braita sont assis ensemble et boivent du vin ; selon Rav, cette assise devrait suffire à permettre à un seul de tous les acquitter. Or la Braita fait bénir chacun pour lui-même.
Les invités sont un cas à part, car leur intention est de se déplacer.
Réponse : l'assise des invités reste provisoire, puisqu'ils comptent se lever (daatayhou lemiéikar). Une assise destinée à être quittée ne produit aucune keviout, et l'objection tombe.
Rachi ajoute une précision décisive sur la portée de Rav : l'assise suffit quand elle se tient au lieu du repas, ou en dehors de tout repas.
Et selon cette version qui rapporte que Rav a dit : on n'a enseigné cela que pour le pain, pour lequel la hasséba est efficace, mais pour le vin la hasséba reste sans effet — la fin de la Braita fait difficulté !
Objection symétrique contre la version 2. À la fin de la Braita, les convives sont installés et un seul bénit pour tous sur le vin. Selon Rav dans cette version, la hasséba devrait rester sans effet sur le vin.
Là c'est différent : puisque (migo) la hasséba est efficace pour le pain, elle devient efficace aussi pour le vin.
Réponse par le principe de migo : la fixation opérée pour le pain entraîne le vin dans son sillage. La hasséba de la fin de la Braita porte sur un repas de pain, et le vin bu dans ce cadre en bénéficie.
Chaque version écarte ainsi l'objection qui la visait, et les deux se maintiennent côte à côte.
« Le vin leur vient pendant le repas. » On demanda à Ben Zoma : pourquoi a-t-on dit que si le vin leur vient pendant le repas, chacun bénit pour lui-même, et après le repas, un seul bénit pour tous ? Il leur dit : parce que la gorge n'est pas libre.
La Michna distingue le vin bu pendant le repas, où chacun bénit pour lui-même, et le vin bu après, où un seul acquitte tous. Ben Zoma donne la raison : ein beit habelia panouy, la gorge est occupée.
Rachi y voit un défaut d'attention : les convives sont pris par ce qu'ils mangent. Les Tossefot rapportent une lecture pratique — il faudrait interrompre tout le monde pour écouter — et discutent longuement du cas parallèle de la havdala récitée debout.
« Et c'est lui qui récite sur l'encens (mougmar), etc. » Du fait que l'on enseigne « et c'est lui qui récite sur l'encens », il ressort qu'il existe quelqu'un de préférable à lui — et pourquoi donc ?
La formulation de la Michna, « et c'est lui qui récite sur l'encens », implique qu'un autre aurait pu avoir la priorité. La Guemara demande sur quoi se fonde ce privilège accordé à celui qui a béni sur le vin.
Puisque c'est lui qui s'est lavé les mains le premier, aux dernières eaux.
Réponse : la priorité accordée dans une mitsva du repas se prolonge dans les autres. Celui qui a reçu les mayim aharonim en premier garde la préséance pour la bénédiction sur l'encens.
Cela vient à l'appui de Rav, car Rav Hiya bar Achi a dit au nom de Rav : celui qui se lave les mains le premier aux dernières eaux est désigné pour la bénédiction. Rav et Rabbi Hiya étaient assis devant Rabbi lors d'un repas.
Rabbi dit à Rav : lève-toi et lave-toi les mains. Il le vit trembler.
Rabbi Hiya lui dit : fils de nobles, il te dit de revoir la bénédiction après le repas.
Rav pose la règle : celui qui reçoit les mayim aharonim en premier est mezouman, désigné pour conduire la birkat hamazon. Le geste vaut donc convocation silencieuse.
La scène qui suit illustre la règle par un malentendu. Rav, entendant « lève-toi et lave-toi les mains », y lit un reproche ; Rabbi Hiya lui explique qu'il s'agit d'une nomination, et l'appelle bar pahté, fils de nobles.
Rabbi Zera a dit au nom de Rava bar Yirmeya : à partir de quand récite-t-on la bénédiction sur l'odeur ? Dès que sa colonne de fumée monte.
Rabbi Zera dit à Rava bar Yirmeya : mais il n'a pas encore senti ! Il lui dit : selon ton raisonnement, hamotsi le'hem min haarets que l'on récite — il n'a pourtant pas encore mangé !
Son intention est de manger ; ici de même, son intention est de sentir.
Question de moment : la bénédiction sur une jouissance se récite avant celle-ci. Le repère retenu pour l'encens est la montée de la timra, la colonne de fumée, qui marque le début de l'opération.
La réponse établit un principe général : la bénédiction accompagne l'intention de jouir (daatei), à l'image de hamotsi que l'on récite avant la première bouchée.
Rabbi Hiya fils de Abba bar Nahmani a dit au nom de Rav Hisda au nom de Rav — et certains rapportent : Rav Hisda a dit au nom de Zeiri : sur tous les encens on récite bore atsei bessamim (Qui crée les arbres odorants), à l'exception du musc, qui provient d'un animal, sur lequel on récite bore miney bessamim (Qui crée diverses espèces de parfums).
Règle large : le mougmar, encens jeté sur des braises, garde la bénédiction du végétal dont il provient, même consumé. Le musc, d'origine animale, sort de cette catégorie et reçoit la formule générique.
On objecte : on ne récite bore atsei bessamim que sur le baume (afarsemon) de la maison de Rabbi, sur le baume de la maison de César, et sur le myrte en tout lieu !
La Braita restreint bore atsei bessamim à des cas où le bois odorant est physiquement présent et parfume sans être brûlé : le baume rare des maisons princières et le myrte, courant partout.
Ce critère de présence effective du bois contredit la règle large de Rav sur tous les encens.
Réfutation concluante (teyouvta).
La Guemara tranche : l'enseignement de Rav sur tous les encens est réfuté. Les Tossefot signalent que le Baal Halakhot Guedolot ne lisait pas ce mot et conservait l'enseignement moyennant une précision.
Rav Hisda dit à Rav Yits'hak : cette huile de baume, quelle bénédiction récite-t-on dessus ? Il lui dit : ainsi a dit Rav Yehouda — bore chemen artsenou (Qui crée l'huile de notre pays).
Il lui dit : mis à part Rav Yehouda, à qui la Terre d'Israël était chère, que récite-t-on selon tous ?
L'huile de baume pose une question de formulation : Rav Yehouda bénissait bore chemen artsenou, en nommant la Terre d'Israël où seule poussait la plante. Rav Hisda écarte cette version comme tenant à une dévotion personnelle et demande la formule valable pour tous.
Il lui dit : ainsi a dit Rabbi Yo'hanan — bore chemen arev (Qui crée une huile agréable).
La formule retenue, bore chemen arev, décrit la qualité de l'huile sans mention géographique, ce qui la rend utilisable partout.
Rav Ada bar Ahava a dit : sur ce kachrata on récite bore atsei bessamim, mais sur l'huile macérée (mishha kvicha), non. Rav Kahana a dit : même sur l'huile macérée ; mais sur l'huile broyée (mishha tehina), non.
Les Sages de Nehardea disent : même sur l'huile broyée.
Trois degrés d'éloignement du bois odorant, et trois positions. Le critère de Rachi est la visibilité du bois : plus l'huile prend le pas sur la matière végétale, plus la bénédiction bore atsei bessamim devient contestable.
Les Sages de Nehardea retiennent l'avis le plus large et l'accordent jusqu'à l'huile broyée, où le bois a le plus disparu.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).