Berakhot 43a — La hasseba qui fixe le repas : le pain et le vin ; le vin pendant et après le repas selon Ben Zoma ; celui qui se lave les mains le premier ; les bénédictions sur l'encens et les parfums

Berakhot 43a

Sougya : Le daf s'ouvre sur la fin du récit de la mort de Rav : Rav Ada bar Ahava déchire son vêtement une seconde fois, car les élèves n'avaient pas achevé d'apprendre les lois de la bénédiction après le repas, et un vieillard anonyme résout la contradiction entre la Michna et la Braita — dire « allons manger à tel endroit » vaut hasseba. La Guemara passe ensuite à la question de savoir si le vin, comme le pain, exige la hasseba pour qu'un seul acquitte tous : Rav et Rabbi Yo'hanan s'opposent, et leur désaccord se lit en deux versions symétriques, l'une portant sur l'exigence de la hasseba, l'autre sur son efficacité.

Une Braita décrivant l'ordre complet d'un banquet sert de test aux deux versions. Ben Zoma explique ensuite pourquoi le vin bu pendant le repas ne se prête pas à une bénédiction collective : la gorge est occupée.

La Michna enseigne que celui qui a béni sur le vin bénit aussi sur l'encens, parce qu'il s'est lavé les mains le premier aux dernières eaux — d'où l'enseignement de Rav sur le lien entre netilat yadayim finale et birkat hamazon, illustré par la scène de Rav tremblant devant Rabbi. Le daf se poursuit par les bénédictions sur les odeurs : à partir de quand bénir sur l'encens, bore atsei bessamim ou bore miney bessamim, le musc, le baume, et le degré de présence du bois odorant dans une huile parfumée.

Le vin exige-t-il la hasseba ? Deux versions du débat Rav / Rabbi Yo'hanan Michna : Hesebou (ils se sont installés) -- un seul bénit pour tous. Sinon, chacun bénit pour lui-même. Version 1 : la hasseba est-elle exigée ? Rav : le pain exige la hasseba, le vin s'en dispense (une simple assise suffit). R. Yo'hanan : le vin aussi l'exige. Enjeu : le vin est-il plus facile à fixer que le pain ? Version 2 : la hasseba est-elle efficace ? Rav : pour le pain la hasseba opère, pour le vin elle n'opère pas. R. Yo'hanan : pour le vin aussi elle opère. Enjeu : le vin est-il plus difficile à fixer que le pain ? Objection de la Braita : le début assis sur des bancs, chacun bénit pour lui-même Réponse : les invités comptent se déplacer Objection de la Braita : la fin installés, un seul bénit pour tous sur le vin Réponse : migo -- elle opère pour le pain, donc pour le vin Les deux versions survivent : chacune neutralise la moitié de la Braita qui la gênait.
Le désaccord Rav / Rabbi Yohanan sur le vin, lu selon les deux versions, et la manière dont chacune absorbe l'objection de la Braita.
L'ordre d'un banquet selon la Braita : deux temps, deux régimes Salle d'attente -- bancs et sièges 1. Les invités entrent et s'asseyent 2. Eau : chacun se lave UNE main 3. Vin : chacun bénit pour lui-même Pas de fixation : ils comptent se lever (Rachi : le lieu du banquet est ailleurs) Salle du repas -- ils montent et s'installent 4. Hasseba sur les lits 5. Eau : on relave LES DEUX mains 6. Vin : UN SEUL bénit pour tous Fixation acquise : la hasseba les a liés (Tossefot : le changement de lieu impose une nouvelle bénédiction) Le début de la Braita gêne la version 1 (le vin y est bu sans hasseba et chacun bénit seul). La fin gêne la version 2 (le vin y profite de la hasseba). Chaque version répond à l'objection qui la vise.
La Braita sur l'ordre du banquet : le même vin change de régime selon qu'il précède ou suit la hasseba.
Quelle bénédiction sur une odeur ? L'arbre du daf Une bonne odeur Vient d'un végétal bois, myrte, baume Vient d'un animal le musc (mouchk) Une huile parfumée baume, kachrata, macérats bore atsei bessamim Qui crée les arbres odorants quand le bois lui-même est présent et exhale son odeur sans brûlure bore miney bessamim Qui crée diverses espèces de parfums musc, et selon Rachi tout encens brûle dont le bois ne se voit plus bore chemen arev Qui crée une huile agréable R. Yo'hanan, pour l'huile de baume Rav Yehouda disait : bore chemen artsenou Objection de la Braita : bore atsei bessamim ne se dit que sur le baume de la maison de Rabbi, celui de la maison de César, et le myrte partout. La règle large sur les encens est réfutée (teyouvta). Critère retenu : la bénédiction suit la présence effective du bois odorant devant celui qui sent, et l'usage principal de l'objet -- le parfumer, plutôt que le manger.
Les bénédictions sur les odeurs enseignées dans la seconde moitié du daf.
1
אַהְדַּר קַרְעֵיהּ לַאֲחוֹרֶיהָ, וְקָרַע קְרִיעָה אַחַרְיַנָא. אָמַר: נָח נַפְשֵׁיהּ דְּרַב, וּבִרְכַּת מְזוֹנָא לָא גָּמְרִינַן. עַד דַּאֲתָא הָהוּא סָבָא, רְמָא לְהוּ מַתְנִיתִין אַבָּרַיְיתָא, וּשְׁנֵי לְהוּ: כֵּיוָן דְּאָמְרִי ״נֵיזִיל וְנֵיכוֹל לַחְמָא בְּדוּךְ פְּלָן״ — כְּהֵסֵבּוּ דָּמֵי.

Il fit passer sa déchirure derrière lui et fit une autre déchirure. Il dit : Rav s'est éteint, et nous n'avons pas appris la bénédiction après le repas.

Jusqu'à ce qu'un certain vieillard arrive : il leur opposa la Michna à la Braita et résolut la difficulté pour eux — puisqu'ils ont dit « allons manger le pain à tel endroit », c'est comme s'ils s'étaient installés (hasseba).

📜 Rachi (2)
אַהְדַּר קַרְעֵיהּ לַאֲחוֹרֶיהָ קֶרַע שֶׁקָּרַע בְּהֶסְפֵּד רַבּוֹ הֶחֱזִיר הֶחָלוּק לַאֲחוֹרָיו וּמַה שֶׁלְּאָחוֹר לִפְנִים כְּדֵי לִקְרֹועַ קֶרַע אַחֵר לְהַרְאוֹת אֲבָל עַכְשָׁיו כְּיוֹם הַמִּיתָה עַל שֶׁהָיוּ צְרִיכִים לְהוֹרָאָה וְאֵין יוֹדְעִים לְהוֹרוֹת:
La déchirure qu'il avait faite lors de l'éloge funèbre de son maître, il fit passer le vêtement à l'envers, ce qui était derrière venant devant, afin de pouvoir faire une autre déchirure et manifester un deuil aussi vif qu'au jour même du décès, parce qu'ils avaient besoin d'une décision de halakha et ne savaient pas trancher.
רָמֵי לְהוּ כוּ' כִּדְרָמֵינַן לְעֵיל וע"כ מִבָּעֵי לֵיהּ לְאוֹקוֹמֵי בָּרַייְתָא בְּהָכִי וְקָתָנֵי אֶחָד מְבָרֵךְ לְכֻולָּם דִּקְבִיעוּת הוּא:
Comme nous avons opposé ces textes plus haut. Il faut donc nécessairement expliquer ainsi la Braita, qui enseigne qu'un seul bénit pour tous, puisqu'il y a keviout (fixation du repas).
🪔 Ben Yehoyada (1)
קָם רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה, אַהְדַּר קַרְעֵיהּ לַאֲחוֹרֶיהָ, וְקָרַע קְרִיעָה אַחַרְיַנָא. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה עָשָׂה כֵּן, וַהֲלֹא הַדִּין בש"ע (סִי' שמ) דְּאִם קָרַע עַל מֵת אֶחָד וּמֵת לוֹ מֵת אֶחָד תּוֹךְ שִׁבְעָה מוֹסִיף עַל אוֹתוֹ קֶרַע טֶפַח עַייֵּן שָׁם, וְכֵן הוּא הָיָה לוֹ לְהוֹסִיף עַל אוֹתוֹ קֶרַע עַצְמוֹ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד הָא שֶׁהֶחֱזִיר קֶרַע הָרִאשׁוֹן לְאַחֲרָיו וְקָרַע קֶרַע אַחֵר לְפָנָיו, לְהוֹרוֹת עַל שְׁנֵי חֶסְרוֹנוֹת שֶׁחָסְרוּ מִן רַב, הָא' מִיָּמִים שֶׁעָבְרוּ שֶׁלֹּא שִׁמְּשׁוּ אוֹתוֹ כָּרָאוּי, דְּהָרְאָיָה דִּין בִּרְכַּת הַמָּזוֹן לֹא גָּמְרוּ עֲדַיִין, וְהַב' מִיָּמִים הַבָּאִים שֶׁנֶּעֱדָר מֵהֶם לְגַמְרֵי, וְלָכֵן עָשָׂה שֶׁיִּהְיוּ הַקְּרָעִים א' לְפָנָיו וְא' לַאֲחוֹרָיו, וְנִרְאֶה דְּהַהוּא סָבָא הָיָה אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב, עַל פִּי הַכְּלָל הַיָּדוּעַ בִּסְתָם הַהוּא סָבָא דְּאִתְּמַר בַּשַּׁ"ס, וּבָא לִכְבוֹדוֹ שֶׁל רַב אֲשֶׁר נִצְטַעֲרוּ עַתָּה עַל פְּטִירָתוֹ צַעַר מֵחָדָשׁ.
« Rav Ada bar Ahava se leva, fit passer sa déchirure derrière lui et fit une autre déchirure. » Il y a lieu de demander pourquoi il agit ainsi, alors que la halakha du Choulhan Aroukh (siman 340) enseigne que celui qui a déchiré pour un mort et perd un autre mort dans les sept jours ajoute un tefah à cette même déchirure — voir là-bas ; lui aussi aurait donc dû ajouter à la déchirure existante. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que s'il a fait passer la première déchirure derrière lui et en a fait une autre devant, c'est pour marquer les deux pertes que la disparition de Rav leur infligeait : la première concerne les jours passés, où ils ne l'ont pas servi comme il convenait — la preuve en est qu'ils n'avaient pas achevé d'apprendre la loi de la bénédiction après le repas ; la seconde concerne les jours à venir, dont il est entièrement absent. Il fit donc en sorte d'avoir une déchirure devant lui et une autre derrière lui. Il me semble aussi que ce « certain vieillard » était Eliahou, de mémoire bénie, selon la règle connue au sujet du « certain vieillard » anonyme mentionné dans le Talmud, venu ici pour l'honneur de Rav, dont la disparition leur causait alors une peine renouvelée.
⚖️ Rosh (1)
שְׁלֹשָׁה שֶׁאָכְלוּ כְּאַחַת חַייָּבִין לְזַמֵּן אָכַל דְּמַאי וּמַעֲשֵׂר רִאשׁוֹן שֶׁנִּיטְּלָה תְּרוּמָתוֹ מַעֲשֵׂר שֵׁנִי וְהֶקְדֵּשׁ שֶׁנִּפְדּוּ וְהַשַּׁמָּשׁ שֶׁאָכַל כְּזַיִת וְהַכּוּתִי מְזַמְּנִין עָלָיו אָכַל טֶבֶל וּמַעֲשֵׂר רִאשׁוֹן שֶׁלֹּא נִיטְּלָה תְּרוּמָתוֹ מַעֲשֵׂר שֵׁנִי וְהֶקְדֵּשׁ שֶׁלֹּא נִפְדּוּ וְהַשַּׁמָּשׁ שֶׁאָכַל פָּחוֹת מִכַּזַּיִת וְהָעַכּוּ"ם אֵין מְזַמְּנִין עֲלֵיהֶם נָשִׁים וַעֲבָדִים וּקְטַנִּים אֵין מְזַמְּנִין עֲלֵיהֶם וְעַד כַּמָּה מְזַמְּנִין עַד כְּזַיִת ר' יְהוּדָה אוֹמֵר עַד כְּבֵיצָה. שְׁלֹשָׁה שֶׁאָכְלוּ כְּאַחַת כָּתַב ה"ר יוֹנָה זַ"ל דְּמַיְירֵי שֶׁקָּבְעוּ עַצְמָן בְּיַחַד מִתְּחִלָּה לְבִרְכַּת הַמּוֹצִיא לְדִידְהוּ בַּהֲסִיבָּה וּלְדִידַן בִּישִׁיבָה אָז אֵינָם רַשָּׁאִין לֵיחָלֵק אֲבָל אִם לֹא נִקְבְּעוּ יַחַד בְּבִרְכַּת הַמּוֹצִיא רַשָּׁאִין לֵיחָלֵק וְדִקְדֵּק זֶה מֵהָא דְּרֵישׁ פֶּרֶק כֵּיצַד מְבָרְכִין (בְּרָכוֹת דַּף מב:) הֵסֵיבּוּ אֶחָד מְבָרֵךְ לְכֻולָּן וְדָייְקִינַן הֵסֵיבּוּ אִין לֹא הֵסֵיבּוּ לָא וּרְמִינְהוּ עֲשָׂרָה בְּנֵי אָדָם שֶׁהָיוּ מְהַלְּכִין בְּדֶרֶךְ אע"פ שֶׁאוֹכְלִים מִכִּכָּר אֶחָד כָּל אֶחָד וְאֶחָד מְבָרֵךְ לְעַצְמוֹ יָשְׁבוּ אע"פ שֶׁכָּל אֶחָד אוֹכֵל מִכִּכָּרוֹ אֶחָד מְבָרֵךְ לְכֻולָּן קָתָנֵי יָשְׁבוּ אע"פ שֶׁלֹּא הֵסֵבּוּ וּמוּקֵי לָהּ רַב נַחְמָן כְּגוֹן דְּאָמְרִי נֵיזִיל וְנֵיכוֹל נַהְמָא בְּדֻוכְתָּא פְּלוֹנִית דְּהָוֵי כְּמוֹ הֵסֵבּוּ וְהַאי בָּרַיְיתָא בבהמ"ז אַייְרֵי דְּקָתָנֵי בָּהּ בְּהֶדְיָא בִּירוּשַׁלְמִי יָשְׁבוּ וְאָכְלוּ וְאִם אִיתָא דְּלָא בָּעוּ קְבִיעוּת לְזִימּוּן אַמַּאי אִיצְטְרִיךְ רַב נַחְמָן לְאוֹקְמָא כְּשֶׁקָּבְעוּ מָקוֹם תִּיפּוֹק לֵיהּ מִכֵּיוָן שֶׁאָכְלוּ כְּאֶחָד קוֹבַעְתָּן זוֹ הָאֲכִילָה אֶלָּא וַדַּאי קְבִיעוּת מִתְּחִלָּה הוּא שֶׁמְּחַיְּיבָן בְּזִימּוּן וְעוֹד הֵבִיא רְאָיָה מֵהָא דִּתְנַן וְהַשַּׁמָּשׁ שֶׁאָכַל כַּזַּיִת מִצְטָרֵף מָה חִידּוּשׁ יֵשׁ בַּשֶּׁמֶשׁ יוֹתֵר מִבְּאַחֵר אֶלָּא וַדַּאי אַשְׁמְעִינַן אע"פ שֶׁשְּׁאָר בְּנֵי אָדָם אֵין מִצְטָרְפִין אֶלָּא בִּישִׁיבַת קֶבַע הַשַּׁמָּשׁ מִצְטָרֵף בְּלֹא יְשִׁיבַת קֶבַע לְפִי שֶׁדֶּרֶךְ אֲכִילָתוֹ בְּכָךְ ול"נ כְּדִבְרֵי הַמְפָרְשִׁים אע"פ שֶׁלֹּא בֵּרְכוּ הַמּוֹצִיא בְּיַחַד אֶלָּא אַחַ"כּ נִקְבְּעוּ בַּאֲכִילָה יַחַד נִקְבְּעוּ לְזִימּוּן וְאֵינָן רַשָּׁאִין לֵיחָלֵק וּמַה שֶׁהֵבִיא רְאָיָה מֵהַהִיא דְּכֵיצַד מְבָרְכִין לָאו רְאָיָה הִיא דְּשָׁאנֵי הָתָם דְּאִי לֹא אָמְרוּ נִיזּוֹל וְנֵיכוּל נַהְמָא בְּדֻוכְתָּא פְּלוֹנִית הָיוּ מִתְּחִלַּת הַסְּעוּדָה עַד סוֹפָהּ בְּלֹא קֶבַע וְלֹא הָיָה הָאֶחָד יָכוֹל לְהוֹצִיא חֲבֵירוֹ אֲבָל הֵסֵבּוּ מִקְצָתָן תְּחִלָּה וּבָא הַשְּׁלִישִׁי וְהֵסֵב עִמָּהֶם אַחַר שֶׁהִתְחִילוּ הָרִאשׁוֹנִים לֶאֱכֹול וּלְדִידַן אַפֵּי' בִּישִׁיבָה כֵּיוָן שֶׁהֵם קְבוּעִים יַחַד בִּגְמַר אֲכִילָה חַייָּבִין לִזְמַן וְכֵן הַהִיא דְּשַׁמָּשׁ אָדָם אַחֵר שֶׁהָיָה אוֹכֵל כְּעֵין הַשַּׁמָּשׁ לֹא הָיָה מִצְטָרֵף כֵּיוָן דְּאֵינוֹ קֶבַע:
Trois qui ont mangé ensemble sont tenus au zimoun. Celui qui a mangé du demai, du maasser richon dont la terouma a été prélevée, du maasser cheni et du hekdech qui ont été rachetés, ainsi que le serviteur qui a mangé un kazayit, et le Kouti — on fait le zimoun avec eux. Celui qui a mangé du tevel, du maasser richon dont la terouma n'a pas été prélevée, du maasser cheni et du hekdech non rachetés, le serviteur qui a mangé moins d'un kazayit, et le non-Juif — on ne fait pas le zimoun avec eux. Les femmes, les esclaves et les mineurs — on ne fait pas le zimoun avec eux. Et jusqu'à quelle quantité fait-on le zimoun ? Jusqu'à un kazayit ; Rabbi Yehouda dit : jusqu'à un kabeitsa. « Trois qui ont mangé ensemble » : Rabbenou Yona a écrit qu'il s'agit du cas où ils se sont fixés ensemble des le départ pour la bénédiction de hamotsi — pour eux par la hasseba, pour nous en s'asseyant — et alors ils n'ont pas le droit de se séparer ; mais s'ils ne se sont pas fixés ensemble à la bénédiction de hamotsi, ils peuvent se séparer. Il l'a déduit de ce qui figure au début du chapitre Keitsad mevarkhin (Berakhot 42b) : « s'ils se sont installés, un seul bénit pour tous », d'où nous précisons : s'ils se sont installés, oui ; sinon, non. On objecte : dix personnes qui marchaient en chemin, même si elles mangent d'un seul pain, chacune bénit pour elle-même ; si elles se sont assises, même si chacune mange de son propre pain, un seul bénit pour toutes. On enseigne donc « elles se sont assises » alors même qu'elles ne se sont pas installées, et Rav Nahman l'explique du cas où elles ont dit « allons manger le pain à tel endroit », ce qui équivaut à une hasseba. Cette Braita traite de la bénédiction après le repas, comme le Talmud de Jérusalem l'enseigne explicitement : « elles se sont assises et ont mangé ». Or, si le zimoun n'exigeait pas de fixation, pourquoi Rav Nahman aurait-il eu besoin d'expliquer qu'elles avaient fixé un lieu ? Il lui aurait suffi de dire que, dès lors qu'elles ont mangé ensemble, ce repas les fixe. C'est donc bien la fixation initiale qui les oblige au zimoun. Il apporte encore une preuve de ce que nous avons appris : « et le serviteur qui a mangé un kazayit se joint » — quelle nouveauté y a-t-il dans le serviteur plus que dans un autre ? Cela nous enseigne assurément que, tandis que les autres ne se joignent que par une installation fixe, le serviteur se joint sans installation fixe, puisque telle est sa manière de manger. Il me semble plutôt conforme aux commentateurs qui disent que, même s'ils n'ont pas récité hamotsi ensemble mais se sont fixés ensuite dans le repas commun, ils sont fixés pour le zimoun et n'ont pas le droit de se séparer. Quant à la preuve tirée de Keitsad mevarkhin, elle n'en est pas une, car là-bas c'est différent : s'ils n'avaient pas dit « allons manger le pain à tel endroit », ils seraient restés du début à la fin du repas sans fixation et l'un n'aurait pas pu acquitter son compagnon ; mais si une partie d'entre eux s'est installée d'abord et qu'un troisième est venu s'installer avec eux après que les premiers ont commencé à manger — et pour nous même assis — puisqu'ils sont fixés ensemble à l'achèvement du repas, ils sont tenus au zimoun. De même pour le serviteur : un autre homme qui mangerait à la manière du serviteur ne se joindrait pas, faute de fixation.
💡 Explication

La fin du récit ouvert au folio précédent : à l'annonce de la mort de Rav, Rav Ada bar Ahava retourne son vêtement pour pouvoir faire une seconde keria (déchirure de deuil). Le motif du redoublement tient à l'état de la transmission : les élèves restaient sans réponse sur les lois de la birkat hamazon.

Le « certain vieillard » (hahou sava) résout la contradiction entre la Michna, qui exige la hasseba (installation sur les lits) pour qu'un seul acquitte tous, et la Braita, qui se contente d'une assise : déclarer d'avance « allons manger le pain à tel endroit » crée déjà la keviout, la fixation du repas.

2
הֵסֵבּוּ, אֶחָד מְבָרֵךְ. אָמַר רַב: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא פַּת דְּבָעֵי הֲסִבָּה, אֲבָל יַיִן לָא בָּעֵי הֲסִבָּה. וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: אֲפִילּוּ יַיִן נָמֵי בָּעֵי הֲסִבָּה.

« S'ils se sont installés, un seul bénit pour tous. » Rav a dit : on n'a enseigné cela que pour le pain, qui requiert la hasseba ; le vin, lui, ne requiert pas la hasseba. Et Rabbi Yo'hanan a dit : le vin aussi requiert la hasseba.

⚖️ Rosh (2)
וּמִשְׁחָא דַּאֲפַרְסְמוֹן מְבָרְכִין עָלֶיהָ בּוֹרֵא שֶׁמֶן עָרֵב כְּשַׁרְתָּא וּמִשְׁחָא כְּבִישָׁא וּמִשְׁחָא טְחִינָא כֻּולְּהוּ מְבָרְכִין עֲלַייְהוּ ב"ע בְּשָׂמִים פִּי' בֶּעָרוּךְ כְּשַׁרְתָּא עִיקָּרוֹ שֶׁמֶן וּמְעָרְבִין בּוֹ כַּמָּה מִינִים מֵעֲצֵי בְּשָׂמִים שֶׁמַּכְשִׁיר אוֹתוֹ מַעֲשֵׂה רוֹקֵחַ מְפֻוטָּם וּמְבָרְכִינַן עָלָיו ב"ע בְּשָׂמִים וְכָתַב הָרָאָבָ"ד זַ"ל דַּווְקָא כְּשֶׁהָעֵצִים בְּתוֹכוֹ אֲבָל אִם הוֹצִיא מִשָּׁם הָעֵצִים אֵין מְבָרְכִין עָלָיו אֶלָּא בּוֹרֵא מִינֵי בְּשָׂמִים וְאִם הָיוּ מְעֹורָבִים בְּתוֹכוֹ עֲצֵי בְּשָׂמִים וְעִשְׂבֵי בְּשָׂמִים מְבָרֵךְ בּוֹרֵא מִינֵי בְּשָׂמִים שֶׁבִּרְכַּת מִינֵי בְּשָׂמִים כּוֹלֶלֶת הַכֹּל:
Sur l'huile de baume (afarsemon) on récite bore chemen arev (Qui crée une huile agréable). Sur le kachrata, sur l'huile macérée (mishha kvicha) et sur l'huile broyée (mishha tehina), sur toutes on récite bore atsei bessamim (Qui crée les arbres odorants). Le Aroukh explique : le kachrata est essentiellement une huile dans laquelle on mélange plusieurs espèces de bois odorants qui la rendent propre à cet usage, ouvrage de parfumeur composé ; on y récite bore atsei bessamim. Le Raavad a écrit : uniquement tant que les bois s'y trouvent encore ; mais si l'on en a retiré les bois, on n'y récite que bore miney bessamim (Qui crée diverses espèces de parfums). Et si l'on y a mélangé des bois odorants et des herbes odorantes, on récite bore miney bessamim, car la bénédiction miney bessamim les englobe tous.
גְּמ' נֵר שֶׁל עוֹבֵד כּוֹכָבִים מִשּׁוּם דְּלָא שַׁבָּת וּבְשָׂמִים שֶׁל עוֹבֵד כּוֹכָבִים מִשּׁוּם דִּסְתָם מְסִיבָּתָן לַעֲבוֹדַת כּוֹכָבִים. ת"ר אוֹר שֶׁשָּׁבַת מְבָרְכִין עָלָיו שֶׁלֹּא שָׁבַת אֵין מְבָרְכִין עָלָיו וּמַאי שֶׁלֹּא שַׁבָּת שֶׁלֹּא שָׁבַת מִמְּלֶאכֶת עֲבֵירָה אֲבָל אוּר שֶׁל חַיָּה וְשֶׁל חוֹלֶה מְבָרְכִין עָלָיו תנ"ה עֲשָׁשִׁית שֶׁהָיְתָה הוֹלֶכֶת וְדוֹלֶקֶת בְּשַׁבָּת לְמוֹצַ"שׁ מְבָרְכִין עָלֶיהָ: ת"ר יִשְׂרָאֵל שֶׁהִדְלִיק מֵעַכּוּ"ם וְעַכּוּ"ם שֶׁהִדְלִיק מִיִּשְׂרָאֵל מְבָרְכִין עָלָיו עַכּוּ"ם מֵעַכּוּ"ם אֵין מְבָרְכִין עָלָיו עַכּוּ"ם שֶׁהִדְלִיק מִיִּשְׂרָאֵל נִיחָא וְיִשְׂרָאֵל שֶׁהִדְלִיק מֵעַכּוּ"ם אע"פ שֶׁלֹּא שָׁבַת מְבָרֵךְ דְּכִי קָא מְבָרֵךְ אַתּוֹסֶפְתָּא דְּהֶיתֵּרָא קָמְבָרַךְ וְהָא דְּאֵין מְבָרְכִים עַל הָעַכּוּ"ם שֶׁהִדְלִיק מֵעַכּוּ"ם אַתּוֹסֶפְתָּא דְּהֶיתֵּרָא דְּגָזְרִינַן אַטּוּ עַכּוּ"ם רִאשׁוֹן וְעַמּוּד רִאשׁוֹן: ת"ר הָיָה מְהַלֵּךְ חוּץ לַכְּרַךְ וְרָאָה אוּר אִם רֹוב עַכּוּ"ם אֵינוֹ מְבָרֵךְ וְאִם רֹוב יִשְׂרָאֵל מְבָרֵךְ תָּנֵי חֲדָא אוּר שֶׁל כִּבְשָׁן מְבָרְכִין עָלָיו וְתַנְיָא אִידַּךְ אֵין מְבָרְכִין עָלָיו לָא קַשְׁיָא הָא לְכַתְּחִלָּה וְהָא לְבַסּוֹף דְּהָא דִּלְבַסּוֹף נַעֲשָׂה לְהָאִיר וּמְבָרְכִין עָלָיו תָּנֵי חֲדָא אוּר שֶׁל בהכנ"ס מְבָרְכִין עָלָיו וְתַנְיָא אִידַּךְ אֵין מְבָרְכִין עָלָיו לָא קַשְׁיָא הָא דְּאִיכָּא אָדָם חָשׁוּב וְהָא דְּלֵיכָּא אָדָם חָשׁוּב פירש"י כְּשֶׁיֵּשׁ אָדָם חָשׁוּב אָז עָשׂוּי לְכָבוֹד וְלֹא לְהָאִיר וי"מ אִיפְּכָא דְּאָדָם חָשׁוּב עָשׂוּי לְהָאִיר וְאִי לֵיכָּא אָדָם חָשׁוּב לִכְבוֹד בֵּית הַכְּנֶסֶת הִדְלִיקוּ וְגָרְסִינַן הָא וְהָא דְּלֵיכָּא אָדָם חָשׁוּב ת"ר הָיוּ יוֹשְׁבִים בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ וְהֵבִיאוּ אוּר לִפְנֵיהֶם ב"ש אוֹמְרִים כָּל אֶחָד מְבָרֵךְ לְעַצְמוֹ מִפְּנֵי בִּיטּוּל בֵּית הַמִּדְרָשׁ וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים אֶחָד מְבָרֵךְ לְכֻולָּן מִשּׁוּם בְּרָוב עָם הַדְרַת מֶלֶךְ וְלָא דָּמֵי לְפַת דְּאָמְרִינַן לְעֵיל פֶּרֶק כֵּיצַד מְבָרְכִין (בְּרָכוֹת דַּף מב) בְּיָשְׁבוּ שֶׁמְּבָרֵךְ לְעַצְמוֹ דְּשָׁאנֵי הָתָם כֵּיוָן דְּצָרִיךְ הֲסִיבָּה וְלֹא הֵסֵיבּוּ לָא קְבִיעִי לָצֵאת אֶחָד בְּבִרְכַּת חֲבֵירוֹ אֲבָל הָכָא הָוֵי כְּמוֹ יַיִן אַלִּיבָּא דְּרַב שָׁם דַּף מג דְּלָא בָּעֵי הֲסִיבָּה וַאֲפִילּוּ לְרַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמַר יַיִן בָּעֵי הֲסִיבָּה ה"מ דְּחָשׁוּב וּרְגִילִין לְהָסֵב עָלָיו אֲבָל שְׁאָר בְּרָכוֹת כְּמוֹ שֶׁהֵסֵיבּוּ דָּמִי: ע"ב ת"ר גֶּחָלִים לוֹחֲשׁוֹת מְבָרְכִין עֲלֵיהֶם עוֹמְמוֹת אֵין מְבָרְכִין עֲלֵיהֶם הֵיכִי דָּמֵי לוֹחֲשׁוֹת אָמַר רַב חִסְדָּא כָּל שֶׁאִילּוּ מַכְנִיס קֵיסָם בֵּינֵיהֶם וְדוֹלֵק מֵאֵילָיו וּמַייְרֵי דְּהָנֵי גֶּחָלִים לוֹחֲשׁוֹת עִשּׂוּיַן לְהָאִיר: ע"א וְלֹא עַל הַנֵּר וְלֹא עַל הַבְּשָׂמִים שֶׁל מֵתִים אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב כֹּל שֶׁמּוֹצִיאִין לְפָנָיו בַּיּוֹם וּבַלַּיְלָה אֵין מְבָרְכִין עָלָיו וְכֹל שֶׁאֵין מוֹצִיאִין לְפָנָיו בְּיוֹם נ"א אֶלָּא בַּלַּיְלָה מְבָרְכִין עָלָיו וְאוֹתוֹ שֶׁמּוֹצִיאִין לְפָנָיו בַּיּוֹם וּבַלַּיְלָה אע"ג דְּהַשְׁתָּא מִיהָא לְהָאִיר הוּא עָשׂוּי כֵּיוָן שָׁאפֵי' בַּיּוֹם מוֹצִיאִין לְפָנָיו לְכָבוֹד אֵין מְבָרְכִין עָלָיו הִלְכָּךְ אֵין מְבָרְכִים עַל הַנֵּר שֶׁל בֵּית הַכְּנֶסֶת כֵּיוָן דִּרְגִילִין הָאִידָּנָא לְהַדְלִיקוֹ לִכְבוֹד בֵּית הַכְּנֶסֶת אֲפִילּוּ בַּיּוֹם. א"ר הוּנָא בְּשָׂמִים שֶׁל בֵּית הַכִּסֵּא וְשֶׁמֶן הֶעָשׂוּי לְהַעֲבִיר אֶת הַזֻּוהֲמָא אֵין מְבָרְכִין עָלָיו מ"ט כָּל מִידִי דְּלָאו לְרֵיחָא עֲבִיד לָא מְבָרְכִין עָלֶיהָ הָא דְּאָמְרִינַן לְעֵיל בְּפֶרֶק כֵּיצַד מְבָרְכִין (בְּרָכוֹת דַּף מג.) הָאִי מָאן דְּאֹרַח אַתְרוּגָּא אוֹ בַּחֲבוּשִׁים מְבָרֵךְ בָּרוּךְ שֶׁנָּתַן רֵיחַ טוֹב בַּפֵּירוֹת מַייְרֵי כְּגוֹן שֶׁלְּקָחוֹ לְהָרִיחַ בּוֹ אוֹ לְאָוכְלוֹ וּלְהָרִיחַ בּוֹ אֲבָל אִם לְקָחוֹ לְאָוכְלוֹ וְהָרֵיחַ בּוֹ כֵּיוָן דְּלָא נִתְכַּוֵּין לְהָרִיחַ אֵין צָרִיךְ לְבָרֵךְ עָלָיו: תָּנוּ רַבָּנַן הַנְכַנֵּם לַחֲנוּתוֹ שֶׁל בַּשָּׂם וְהֵרִיחַ רֵיחַ אֲפִילּוּ יָשַׁב שָׁם כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ אֵינוֹ מְבָרֵךְ אֶלָּא פַּעַם אַחַת נִכְנַס וְיָצָא נִכְנַס וְיָצָא מְבָרֵךְ עַל כָּל פַּעַם וּפַעַם. ת"ר הָיָה מְהַלֵּךְ חוּץ לַכְּרַךְ וְהֵרִיחַ רֵיחַ אִם רֹוב עַכּוּ"ם אֵינוֹ מְבָרֵךְ אִם רֹוב יִשְׂרָאֵל מְבָרֵךְ. אָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן הָיָה מְהַלֵּךְ בְּשׁוּקֵי טְבֶרְיָא בְּעַרְבֵי שַׁבָּתוֹת אוֹ בְּשׁוּקֵי צִפּוֹרִי בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּתוֹת וְהֵרִיחַ רֵיחַ אֵינוֹ מְבָרֵךְ מִפְּנֵי שֶׁחֶזְקָתוֹ לְגַמֵּר אֶת הַכֵּלִים: אֵין מְבָרְכִין עַל הַנֵּר עַד שֶׁיֵּאוֹתוּ לְאוֹרוֹ וְכַמָּה עֻולָּא אָמַר כְּדֵי שֶׁיַּכִּיר בֵּין אִיסָּר לְפֻונְדְּיוֹן וְחִזְקִיָּה אָמַר כְּדֵי שֶׁיַּכִּיר בֵּין מְלוּזְמָא שֶׁל טְבֶרְיָא לִמְלוּזְמָא שֶׁל צִפּוֹרִי לְכָךְ נָהֲגוּ לְהִסְתַּכֵּל בַּצִּפָּרְנַיִם בְּשָׁעָה שֶׁמְּבָרְכִין עַל הַנֵּר לְהַרְאוֹת שֶׁיָּכוֹל לֵיהָנוֹת מִמֶּנּוּ וּלְהַכִּיר בֵּין מַטְבֵּעַ לְמַטְבֵּעַ כְּמוֹ שֶׁמַּכִּיר בֵּין צִפֹּורֶן לְבָשָׂר. אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב אֵין מְחַזְּרִין עַל הָאוּר כְּדֶרֶךְ שֶׁמְּחַזְּרִין עַל כָּל הַמִּצְוֹת לְפִי שֶׁבְּרָכָה זוֹ אֵינָהּ אֶלָּא לְזֵכֶר בְּעָלְמָא שֶׁנִּבְרָא הָאוּר במו"ש דְּאִי מִשּׁוּם הֲנָאַת הָאוּר מְבָרֵךְ הָיָה צָרִיךְ לְבָרֵךְ בְּכָל פַּעַם וּפַעַם כְּשֶׁנֶּהֱנִין מִן הָאוּר מכ"ש עַל הַבְּשָׂמִים דְּאֵינָהּ אֶלָּא לַהֲשָׁבַת נַפְשׁוֹ:
Guemara : la lampe d'un idolâtre, parce qu'elle n'a pas chômé ; les parfums d'un idolâtre, parce que leurs banquets sont d'ordinaire voués au culte idolâtre. Nos maîtres ont enseigné : une lumière qui a chômé, on récite dessus ; une lumière qui n'a pas chômé, on ne récite pas dessus. Et qu'est-ce que « qui n'a pas chômé » ? Qui n'a pas chômé d'un travail interdit ; mais la lumière allumée pour une parturiente ou pour un malade, on récite dessus. Une Braita enseigne de même : une lanterne qui brûlait sans interruption durant le Chabbat, on récite dessus à la sortie du Chabbat. Nos maîtres ont enseigné : un Juif qui a allumé à partir d'un idolâtre, et un idolâtre qui a allumé à partir d'un Juif, on récite dessus ; un idolâtre à partir d'un idolâtre, on ne récite pas dessus. L'idolâtre qui a allumé à partir d'un Juif se comprend ; et le Juif qui a allumé à partir d'un idolâtre, bien que cette flamme n'ait pas chômé, il récite, car il bénit sur l'accroissement permis. Et si l'on ne récite pas sur l'idolâtre qui a allumé à partir d'un idolâtre, même pour cet accroissement permis, c'est qu'on l'a interdit par décret à cause du premier idolâtre et de la première flamme. Nos maîtres ont enseigné : celui qui marchait hors d'une ville et a vu une lumière, si la majorité est idolâtre il ne récite pas, et si la majorité est juive il récite. Une Braita enseigne : sur la lumière d'un four on récite ; une autre enseigne : on ne récite pas. Il n'y a pas de difficulté : l'une parle du début, l'autre de la fin, car à la fin elle sert à éclairer et l'on récite dessus. Une Braita enseigne : sur la lumière de la synagogue on récite ; une autre enseigne : on ne récite pas. Il n'y a pas de difficulté : l'une parle du cas où il y a un homme important, l'autre du cas où il n'y en a pas. Rachi explique : quand il y a un homme important, on l'allume en son honneur et elle ne sert pas à éclairer. D'autres expliquent l'inverse : pour un homme important on l'allume afin d'éclairer, et s'il n'y a pas d'homme important on l'a allumée en l'honneur de la synagogue ; ils lisent donc : ceci et cela dans le cas où il n'y a pas d'homme important. Nos maîtres ont enseigné : ils étaient assis dans la maison d'étude et l'on apporta de la lumière devant eux. Beit Chammai disent : chacun bénit pour lui-même, à cause de l'interruption de l'étude. Beit Hillel disent : un seul bénit pour tous, en vertu de « dans la multitude du peuple est la gloire du roi ». Cela ne ressemble pas au pain, dont nous avons dit plus haut au chapitre Keitsad mevarkhin (Berakhot 42) que, s'ils se sont assis, chacun bénit pour lui-même : là-bas c'est différent, car la hasséba y est requise et, ne s'étant pas installés, ils ne sont pas fixés de façon que l'un s'acquitte par la bénédiction de son compagnon ; ici, en revanche, c'est comme le vin selon Rav, là-bas au folio 43, qui ne requiert pas de hasséba. Et même selon Rabbi Yo'hanan, qui dit que le vin requiert la hasséba, cela vaut pour le vin, qui est important et sur lequel on a coutume de s'installer ; pour les autres bénédictions, leur situation équivaut à une hasséba. Verso : nos maîtres ont enseigné : sur des braises qui flamboient on récite, sur des braises qui s'éteignent on ne récite pas. Qu'appelle-t-on flamboyantes ? Rav Hisda a dit : toutes celles où, si l'on y introduit un copeau, il s'enflamme de lui-même. Et il s'agit de braises flamboyantes destinées à éclairer. Recto : « ni sur la lampe ni sur les parfums des morts. » Rav Yehouda a dit au nom de Rav : tout ce que l'on porte devant lui de jour comme de nuit, on ne récite pas dessus ; et tout ce que l'on ne porte pas devant lui de jour — autre version : seulement de nuit — on récite dessus. Et ce que l'on porte devant lui de jour comme de nuit, bien qu'à présent du moins il serve à éclairer, puisqu'on le porte devant lui même de jour par honneur, on ne récite pas dessus. Aussi ne récite-t-on pas sur la lampe de la synagogue, puisqu'on a coutume aujourd'hui de l'allumer en l'honneur de la synagogue même de jour. Rav Houna a dit : les parfums des lieux d'aisance et l'huile faite pour ôter la mauvaise odeur, on ne récite pas dessus. Quelle en est la raison ? Tout ce qui n'est pas fait pour l'odeur, on ne récite pas dessus. Et ce que nous avons dit plus haut au chapitre Keitsad mevarkhin (Berakhot 43a) — celui qui respire un etrog ou des coings récite « Béni... qui a mis une bonne odeur dans les fruits » — parle du cas où il l'a pris pour le respirer, ou pour le manger et le respirer ; mais s'il l'a pris pour le manger et l'a respiré, puisqu'il n'avait pas l'intention de le respirer, il n'a pas besoin de réciter dessus. Nos maîtres ont enseigné : celui qui entre dans la boutique d'un parfumeur et respire l'odeur, même s'il y reste assis toute la journée, ne récite qu'une seule fois ; s'il entre et sort, entre et sort, il récite à chaque fois. Nos maîtres ont enseigné : celui qui marchait hors d'une ville et a respiré une odeur, si la majorité est idolâtre il ne récite pas, si la majorité est juive il récite. Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : celui qui marchait dans les marchés de Tibériade les veilles de Chabbat, ou dans les marchés de Tsippori à la sortie du Chabbat, et a respiré une odeur, ne récite pas, car la présomption est qu'elle sert à parfumer les vêtements. « On ne récite pas sur la lampe avant d'avoir profité de sa lumière. » Et jusqu'à quel point ? Oula a dit : de quoi distinguer un issar d'un poundion. Hizkia a dit : de quoi distinguer une monnaie de Tibériade d'une monnaie de Tsippori. C'est pourquoi on a pris l'usage de regarder ses ongles au moment où l'on bénit sur la lampe, pour montrer que l'on peut en tirer profit et distinguer une pièce d'une autre comme on distingue l'ongle de la chair. Rav Yehouda a dit au nom de Rav : on ne se met pas en quête d'une lumière comme on se met en quête des autres mitsvot, car cette bénédiction n'est qu'un rappel de ce que la lumière fut créée à la sortie du Chabbat ; s'il fallait bénir en raison du profit tiré de la lumière, il faudrait bénir chaque fois que l'on en profite. À plus forte raison pour les parfums, qui n'apportent qu'un réconfort de l'âme (nefech).
💡 Explication

La Guemara revient à la Michna. Rav restreint l'exigence de hasseba au pain : le vin se laisse fixer par une simple assise, et un seul peut donc acquitter tous sans installation. Rabbi Yo'hanan étend l'exigence au vin.

Dans cette première version (lachon kama), le vin est traité comme plus facile à fixer que le pain. La version suivante inversera exactement ce rapport.

3
אִיכָּא דְאָמְרִי, אָמַר רַב: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא פַּת — דִּמְהַנְּיָא לֵיהּ הֲסִבָּה. אֲבָל יַיִן — לָא מַהְנְיָא לֵיהּ הֲסִבָּה. וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: אֲפִילּוּ יַיִן נָמֵי מַהְנְיָא לֵיהּ הֲסִבָּה.

Il y en a qui disent : Rav a dit — on n'a enseigné cela que pour le pain, pour lequel la hasséba est efficace ; pour le vin, la hasséba reste sans effet. Et Rabbi Yo'hanan a dit : pour le vin aussi la hasséba est efficace.

💡 Explication

Seconde version (ikka de-amri) du même désaccord. Le verbe change : au lieu de demander si la hasséba est exigée, on demande si elle est efficace (méhania). Rav tient alors que le vin résiste à la fixation, et que même installés, les convives bénissent chacun pour eux-mêmes.

Le renversement produit une nafka mina nette : dans la version 1, des convives simplement assis autour du vin s'acquittent par un seul selon Rav ; dans la version 2, même installés, ils bénissent séparément selon Rav.

4
מֵיתִיבִי: כֵּיצַד סֵדֶר הַסִּבָּה? — אוֹרְחִין נִכְנָסִין וְיוֹשְׁבִין עַל גַּבֵּי סַפְסָלִין וְעַל גַּבֵּי קָתֶדְרָאוֹת עַד שֶׁיִּכָּנְסוּ כֻּולָּם. הֵבִיאוּ לָהֶם מַיִם — כָּל אֶחָד וְאֶחָד נוֹטֵל יָדוֹ אַחַת. בָּא לָהֶם יַיִן — כָּל אֶחָד וְאֶחָד מְבָרֵךְ לְעַצְמוֹ. עָלוּ וְהֵסַבּוּ וּבָא לָהֶם מַיִם, אַף עַל פִּי שֶׁכָּל אֶחָד וְאֶחָד נָטַל יָדוֹ אַחַת, חוֹזֵר וְנוֹטֵל שְׁתֵּי יָדָיו. בָּא לָהֶם יַיִן — אַף עַל פִּי שֶׁכָּל אֶחָד וְאֶחָד בֵּרַךְ לְעַצְמוֹ, אֶחָד מְבָרֵךְ לְכֻולָּם.

On objecte : quel est l'ordre de la hasséba ? Les invités entrent et s'asseyent sur des bancs et sur des sièges (katédraot) jusqu'à ce que tous soient entrés.

On leur apporte de l'eau : chacun se lave une seule main. Le vin leur vient : chacun bénit pour lui-même.

Ils montent et s'installent, et l'eau leur vient : bien que chacun se soit lavé une main, il se relave les deux mains. Le vin leur vient : bien que chacun ait béni pour lui-même, un seul bénit pour tous.

📜 Rachi (6)
הֵבִיאוּ לָהֶם מַיִם כָּךְ הָיוּ רְגִילִים:
C'était leur usage.
נוֹטֵל יָדוֹ אַחַת לְקַבֵּל בָּהּ כּוֹס שֶׁשּׁוֹתֶה לִפְנֵי הַמָּזוֹן:
Pour y tenir la coupe qu'il boit avant le repas.
עָלוּ עַל הַמִּטּוֹת וְהֵסֵבּוּ:
Sur les lits, et ils s'installèrent.
חוֹזֵר וְנוֹטֵל ב' יָדָיו שֶׁצָּרִיךְ לֶאֱכֹול בִּשְׁתֵּיהֶן:
Car il doit manger de ses deux mains.
אע"פ שֶׁכָּל אֶחָד וְאֶחָד בֵּרַךְ לְעַצְמוֹ צְרִיכִין עוֹד בְּרָכָה שֶׁאֵין בְּרָכָה רִאשׁוֹנָה פּוֹטַרְתּוֹ שֶׁאֵין הָרִאשׁוֹן קָרוּי שֶׁלִּפְנֵי הַמָּזוֹן שֶׁאֵינוֹ בִּמְקוֹם סְעוּדָה וְהַאי בָּתְרָא הוּא יַיִן שֶׁלִּפְנֵי הַמָּזוֹן:
Ils ont besoin d'une nouvelle bénédiction, car la première ne les acquitte pas : le premier vin ne mérite pas le nom de « vin d'avant le repas », puisqu'il n'a pas été bu au lieu du repas ; le vin d'avant le repas est celui-ci, le second.
אֶחָד מְבָרֵךְ לְכֻולָּן דְּכֵיוָן דְּהֵסֵבּוּ הֻוקְבְּעוּ:
Puisqu'ils se sont installés, ils sont fixés.
🗂️ Tossefot (2)
כָּל אֶחָד נוֹטֵל יָדוֹ אַחַת מִפְּנֵי כְּבוֹד הַבְּרָכָה וְלָא דָּמֵי לְנוֹטֵל יָדָיו לְפֵירוֹת דְּהָוֵי מִגַּסֵּי הָרוּחַ כֵּיוָן שֶׁאֵינוֹ נוֹטֵל שְׁתֵּי יָדָיו:
Par égard pour la bénédiction. Le cas diffère de celui qui se lave les mains pour des fruits, dont on dit qu'il est du nombre des orgueilleux, puisqu'ici il ne se lave qu'une seule main.
בָּא לָהֶם יַיִן וְכוּ' אע"ג דְּיַיִן שֶׁלִּפְנֵי הַמָּזוֹן פּוֹטֵר יַיִן שֶׁלְּאַחַר הַמָּזוֹן כ"ש זֶה שֶׁלְּפָנָיו הוּא שָׁאנֵי הָכָא כֵּיוָן שֶׁעָלוּ לְהָסֵב הָוֵי שִׁנּוּי מָקוֹם וְצָרִיךְ לְבָרֵךְ:
Bien que le vin d'avant le repas acquitte le vin d'après le repas, et à plus forte raison celui-ci qui précède encore le repas, ici c'est différent : puisqu'ils sont montés pour s'installer, il y a changement de lieu et une nouvelle bénédiction est requise.
💡 Explication

La Braita décrit un banquet complet en deux temps : une salle d'attente où les invités s'asseyent, puis la salle du repas où l'on s'étend sur les lits. Le même vin y apparaît deux fois, avec deux régimes opposés.

Ce texte sert de test aux deux versions du désaccord : son début (recha) gêne l'une, sa fin (sefa) gêne l'autre. Noter au passage le détail du lavage : une main avant, pour tenir la coupe, deux mains ensuite, pour manger.

5
לְהַאיְךְ לִישָּׁנָא דְּאָמַר רַב לֹא שָׁנוּ אֶלָּא פַּת דְּבָעֵי הֲסִבָּה, אֲבָל יַיִן לָא בָּעֵי הֲסִבָּה — קַשְׁיָא רֵישָׁא!

Selon cette version qui rapporte que Rav a dit : on n'a enseigné cela que pour le pain, qui requiert la hasséba, mais le vin ne requiert pas la hasséba — le début de la Braita fait difficulté !

📜 Rachi (1)
קַשְׁיָא רֵישָׁא דְּקָתָנֵי כָּל אֶחָד וְאֶחָד מְבָרֵךְ לְעַצְמוֹ:
Puisqu'elle enseigne que chacun bénit pour lui-même.
💡 Explication

Objection contre la version 1. Les invités de la Braita sont assis ensemble et boivent du vin ; selon Rav, cette assise devrait suffire à permettre à un seul de tous les acquitter. Or la Braita fait bénir chacun pour lui-même.

6
שָׁאנֵי אוֹרְחִין דְּדַעְתַּיְיהוּ לְמִיעְקַר.

Les invités sont un cas à part, car leur intention est de se déplacer.

📜 Rachi (1)
שָׁאנֵי אוֹרְחִין דְּדַעְתַּיְיהוּ לְמִיעְקַר סוֹפָן לְמִיעְקַר וְלַעֲלוֹת וּלְהָסֵב בְּמָקוֹם אַחֵר שֶׁאֵין זֶה מְקוֹם הַמְּסִיבָּה אֶלָּא כָּאן יֵשְׁבוּ עַד שֶׁיִּתְכַּנְּסוּ כָּל הַקְּרוּאִים וְדֶרֶךְ בַּעֲלֵי בָּתִּים עֲשִׁירִים הָיָה לְזַמֵּן לִסְעֻודָּתָם אוֹרְחִים עֲנִיִּים לְהָכִי קָרֵי לְהוּ אוֹרְחִים וְהָא דְּאָמַר רַב יַיִן לָא בָּעֵי הֲסִבָּה אֶלָּא יְשִׁיבָה בְּעָלְמָא שֶׁלֹּא בִּשְׁעַת סְעוּדָה קָאָמַר אוֹ בִּשְׁעַת סְעוּדָה וּבִמְקוֹם סְעוּדָה:
Ils finiront par se lever, monter et s'installer ailleurs, car le lieu du banquet se trouve ailleurs : ils se sont assis là seulement jusqu'à ce que tous les conviés soient rassemblés. Les maîtres de maison aisés avaient coutume de convier à leur repas des hôtes pauvres, d'où l'appellation « invités ». Et lorsque Rav dit que le vin ne requiert pas de hasséba mais une simple assise, il parle d'un moment situé hors du repas, ou bien pendant le repas et au lieu du repas.
💡 Explication

Réponse : l'assise des invités reste provisoire, puisqu'ils comptent se lever (daatayhou lemiéikar). Une assise destinée à être quittée ne produit aucune keviout, et l'objection tombe.

Rachi ajoute une précision décisive sur la portée de Rav : l'assise suffit quand elle se tient au lieu du repas, ou en dehors de tout repas.

7
וּלְהַאיְךְ לִישָּׁנָא דְּאָמַר רַב לֹא שָׁנוּ אֶלָּא פַּת, דִּמְהַנְּיָא לֵיהּ הֲסִבָּה, אֲבָל יַיִן לָא מַהְנְיָא לֵיהּ הֲסִבָּה — קַשְׁיָא סֵיפָא!

Et selon cette version qui rapporte que Rav a dit : on n'a enseigné cela que pour le pain, pour lequel la hasséba est efficace, mais pour le vin la hasséba reste sans effet — la fin de la Braita fait difficulté !

💡 Explication

Objection symétrique contre la version 2. À la fin de la Braita, les convives sont installés et un seul bénit pour tous sur le vin. Selon Rav dans cette version, la hasséba devrait rester sans effet sur le vin.

8
שָׁאנֵי הָתָם, דְּמִגּוֹ דְּקָא מַהְנְיָא לֵיהּ הֲסִבָּה לְפַת — מַהְנְיָא לֵיהּ הֲסִבָּה לְיַיִן.

Là c'est différent : puisque (migo) la hasséba est efficace pour le pain, elle devient efficace aussi pour le vin.

💡 Explication

Réponse par le principe de migo : la fixation opérée pour le pain entraîne le vin dans son sillage. La hasséba de la fin de la Braita porte sur un repas de pain, et le vin bu dans ce cadre en bénéficie.

Chaque version écarte ainsi l'objection qui la visait, et les deux se maintiennent côte à côte.

9
בָּא לָהֶם יַיִן בְּתוֹךְ הַמָּזוֹן. שָׁאֲלוּ אֶת בֶּן זוֹמָא: מִפְּנֵי מֶה אָמְרוּ בָּא לָהֶם יַיִן בְּתוֹךְ הַמָּזוֹן — כָּל אֶחָד וְאֶחָד מְבָרֵךְ לְעַצְמוֹ, לְאַחַר הַמָּזוֹן — אֶחָד מְבָרֵךְ לְכֻולָּם? אָמַר לָהֶם: הוֹאִיל וְאֵין בֵּית הַבְּלִיעָה פָּנוּי.

« Le vin leur vient pendant le repas. » On demanda à Ben Zoma : pourquoi a-t-on dit que si le vin leur vient pendant le repas, chacun bénit pour lui-même, et après le repas, un seul bénit pour tous ? Il leur dit : parce que la gorge n'est pas libre.

📜 Rachi (1)
הוֹאִיל וְאֵין בֵּית הַבְּלִיעָה פָּנוּי וְאֵין לֵב הַמְסֻובִּין אֶל הַמְבָרֵךְ אֶלָּא לִבְלֹועַ:
L'esprit des convives est tourné vers ce qu'ils avalent plutôt que vers celui qui bénit.
🗂️ Tossefot (1)
הוֹאִיל וְאֵין בֵּית הַבְּלִיעָה פָּנוּי וי"מ כְּשֶׁאוֹמֵר סָבְרִי מוֹרִי וְהֵם מַנִּיחִין לֶאֱכֹול כְּדֵי לִשְׁמֹועַ הַבְּרָכָה וְלַעֲנוֹת אָמֵן שֶׁיִּהְיוּ פְּטוּרִים וְכֵן מַשְׁמַע בַּיְּרוּשַׁלְמִי גַּבֵּי הַךְ בָּרַייְתָא ה"מ בְּאוֹרְחִין אֲבָל בְּבַעַל הַבַּיִת פָּטוּר מִפְּנֵי שֶׁהַכֹּל פּוֹנִים אֵצֶל בַּעַל הַבַּיִת תָּנֵי רַבִּי חַייָּא אַף בַּעַל הַבַּיִת בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ וְאֵין נִרְאֶה לְרַבֵּינוּ אֶלְחָנָן דְּכֵיוָן שֶׁתִּקְּנוּ חֲכָמִים שֶׁיְּבָרֵךְ כָּל אֶחָד לְעַצְמוֹ אֵינוֹ יוֹצֵא כְּלָל בְּבִרְכַּת חֲבֵירוֹ וְגַם שֶׁלֹּא תַּחֲלֹוק בֵּין פָּנוּי לְשֶׁאֵינוֹ פָּנוּי דְּאָתֵי לְמִטְעֵי וְהַטּוֹב וְהַמֵּטִיב יֵשׁ מְפָרֵשׁ שֶׁפּוֹטֵר לַאֲחֵרִים לְכֻולֵּי עָלְמָא דְּהָכִי מַשְׁמַע הַטּוֹב לְעַצְמוֹ וְהַמֵּטִיב לְאַחֲרֵינִי שֶׁהֵם שׁוֹתִים מִמֶּנּוּ וְרַבֵּינוּ יְחִיאֵל הָיָה אוֹמֵר דְּלָא הִיא דְּשַׁייָּךְ נָמֵי אֵין בֵּית הַבְּלִיעָה פָּנוּי וְלָא פְּלִיג בֵּין הַטּוֹב וּבֵין בִּרְכַּת הַיַּיִן דְּמִשּׁוּם הַאי טַעְמָא הַטּוֹב לְדִידֵיהּ וּמֵטִיב לְאַחֲרֵינִי אֵינוֹ פּוֹטֵר אֲחֵרִים דְּהָא הַמֵּטִיב שַׁייָּךְ אַפֵּי' שֶׁלֹּא בִּפְנֵי הַמְּטִיבִין לוֹ כִּדְאָמְרִי' לְקַמָּן בְּפֶרֶק הָרוֹאֶה (בְּרָכוֹת דַּף נט:) אָמְרוּ לוֹ יָלְדָה אִשְׁתְּךָ זָכָר אוֹמֵר בָּרוּךְ הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב הַטּוֹב לְדִידֵיהּ וְהַמֵּטִיב לְאִשְׁתּוֹ אע"ג דְּאֵין אִשְׁתּוֹ אֶצְלוֹ אֲבָל צָרִיךְ עִיּוּן קְצָת מֵהַבְדָּלָה שֶׁאָנוּ מַבְדִּילִין וְעוֹמְדִים הֵיאַךְ אָנוּ פּוֹטְרִין זֶה אֶת זֶה מִיַּיִן וּמֵהַבְדָּלָה אַחֲרֵי שֶׁאֵין אָנוּ לֹא יוֹשְׁבִים וְלֹא מְסֻובִּין וְשֶׁמָּא י"ל מִתּוֹךְ שֶׁקּוֹבְעִין עַצְמָן כְּדֵי לָצֵאת יְדֵי הַבְדָּלָה קָבָעֵי נָמֵי אַכֻּולָּהּ מִילְּתָא וּלְכָךְ נָאֶה וְטוֹב לַמַּבְדִּיל וְגַם לַשּׁוֹמְעִים שֶׁיֵּשְׁבוּ בִּשְׁעַת הַבְדָּלָה שֶׁאָז יִהְיֶה נִרְאֶה כְּקֶבַע וּפוֹטֵר אוֹתָם:
Certains expliquent : lorsqu'il dit « avec la permission de mes maîtres », ils interrompent leur repas pour entendre la bénédiction et répondre amen, afin d'en être acquittés ; cela ressort aussi du Talmud de Jérusalem sur cette Braita : cela vaut pour des invités, tandis que le maître de maison est dispensé, parce que tous se tournent vers lui ; Rabbi Hiya enseigne : le maître de maison chez lui également. Rabbenou Elhanan n'admet pas cette explication, car dès lors que les Sages ont institué que chacun bénisse pour lui-même, il ne s'acquitte aucunement par la bénédiction de son compagnon ; et aussi pour éviter de distinguer entre une gorge libre et une gorge occupée, distinction qui mènerait à l'erreur. Quant à hatov vehamétiv, certains expliquent qu'elle acquitte les autres de l'avis de tous, car tel en est le sens : hatov pour lui-même, vehamétiv pour les autres qui boivent avec lui. Rabbenou Yehiel disait qu'il en va autrement, car le motif de la gorge occupée s'applique là aussi, et l'on ne distingue pas entre hatov et la bénédiction du vin. Pour cette même raison, hatov pour lui et metiv pour les autres n'acquitte pas les autres, puisque metiv se dit même en l'absence de ceux à qui l'on fait du bien, comme nous le disons plus loin au chapitre Haroé (Berakhot 59b) : on lui a dit « ta femme a enfanté un garçon », il dit « Béni soit hatov vehamétiv » — hatov pour lui-même et hametiv pour sa femme, bien que sa femme ne soit pas auprès de lui. Mais il y a lieu de s'interroger quelque peu à partir de la havdala, que nous récitons debout : comment nous acquittons-nous les uns les autres du vin et de la havdala, alors que nous ne sommes ni assis ni installés ? On peut peut-être répondre que, puisqu'ils se fixent afin de s'acquitter de la havdala, ils se fixent aussi pour l'ensemble. C'est pourquoi il est convenable et bon que celui qui récite la havdala et ceux qui l'écoutent soient assis au moment de la havdala, car cela apparaîtra alors comme une fixation et il les acquittera.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר מָר זוּטְרָא הַאי מַאן דְּמָרַח בְּאֶתְרוֹגָא אוֹ בְּחַבּוּשָׁא אוֹמֵר בָּרוּךְ שֶׁנָּתַן רֵיחַ טוֹב בַּפֵּירוֹת כָּתַב רַב הַאי גָּאוֹן דְּאוֹתָן וְרָדִין שֶׁאָנוּ קוֹרִין אוֹתָן רוז"א מְבָרְכִין עֲלֵיהֶם בָּרוּךְ שֶׁנָּתַן רֵיחַ טוֹב בַּפֵּירוֹת וְרַבֵּינוּ מֹשֶׁה זַ"ל כָּתַב וֶרֶד וּמֵי וֶרֶד וְהַלְּבוֹנָה וְהַמַּצְטִכֵּי וְכַיּוֹצֵא בָּהֶם בּוֹרֵא עֲצֵי בְּשָׂמִים וְכֵן נִרְאֶה דְּוַדַּאי לָאו פְּרִי הוּא שֶׁאֵין עִיקָּרוֹ לַאֲכִילָה וּמֵי הַוֶּרֶד כֵּיוָן שֶׁיָּצָא מִן הַוֶּרֶד יֵשׁ לְבָרֵךְ עֲלֵיהֶם בע"ב דְּלָא גָּרַע מִמִּשְׁחָא כְּבִישָׁא:
Mar Zoutra a dit : celui qui respire un etrog ou un coing dit « Béni... qui a mis une bonne odeur dans les fruits ». Rav Haï Gaon a écrit que sur les roses que nous appelons roza on récite « qui a mis une bonne odeur dans les fruits ». Rabbenou Moche a écrit : sur la rose, l'eau de rose, l'encens et le mastic et leurs semblables, on récite bore atsei bessamim. Et c'est ce qui paraît juste, car il s'agit assurément d'autre chose qu'un fruit, son usage principal étant étranger à la consommation. Quant à l'eau de rose, puisqu'elle est issue de la rose, on y récite bore atsei bessamim, car elle vaut au moins l'huile macérée (mishha kvicha).
💡 Explication

La Michna distingue le vin bu pendant le repas, où chacun bénit pour lui-même, et le vin bu après, où un seul acquitte tous. Ben Zoma donne la raison : ein beit habelia panouy, la gorge est occupée.

Rachi y voit un défaut d'attention : les convives sont pris par ce qu'ils mangent. Les Tossefot rapportent une lecture pratique — il faudrait interrompre tout le monde pour écouter — et discutent longuement du cas parallèle de la havdala récitée debout.

🖼️ Schéma
Le même vin, deux moments Vin PENDANT le repas Chacun bénit pour lui-même Ben Zoma : la gorge n'est pas libre Rachi : l'attention va à ce qu'on avalé Vin APRÈS le repas Un seul bénit pour tous Les bouches sont libres, l'assemblée peut écouter et répondre amen Le critère tient à la disponibilité des convives, non à la nature du vin. Tossefot étendent la question à la havdala récitée debout.
Pourquoi le vin du milieu du repas échappe à la bénédiction collective.
10
וְהוּא אוֹמֵר עַל הַמֻּוגְמָר כּוּ׳. מִדְּקָתָנֵי ״וְהוּא אוֹמֵר עַל הַמֻּוגְמָר״, מִכְלָל דְּאִיכָּא עֲדִיף מִינֵּיהּ, וְאַמַּאי!

« Et c'est lui qui récite sur l'encens (mougmar), etc. » Du fait que l'on enseigne « et c'est lui qui récite sur l'encens », il ressort qu'il existe quelqu'un de préférable à lui — et pourquoi donc ?

📜 Rachi (1)
מִכְלָל דְּאִיכָּא עֲדִיף מִינֵּיהּ וְאַפֵּ"ה כֵּיוָן דְּאַתְחִיל בַּחֲדָא עֲבִיד לְאִידָךְ:
Et malgré cela, puisqu'il a commencé par l'un, il accomplit aussi l'autre.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַב יְהוּדָה הַאי מַאן דְּנָפֵיק בְּיוֹמֵי דְּנִיסָן וַחֲזָא אִילָנֵי דְּקָא מְלַבְלְבִי אוֹמֵר בָּרוּךְ שֶׁלֹּא חִיסֵּר מֵעוֹלָמוֹ כְּלוּם וּבָרָא בּוֹ בְּרִיּוֹת טוֹבוֹת וְאִילָנוֹת טוֹבוֹת לְהִתְנָאוֹת בָּם בְּנֵי אָדָם אָמַר מַר זוּטְרָא בַּר טָבִי אָמַר רַב מִנַּיִן שֶׁמְּבָרְכִין עַל רֵיחַ טוֹב שֶׁנֶּאֱמַר כֹּל הַנְּשָׁמָה תְּהַלֵּל יָהּ אֵיזֶהוּ דָּבָר שֶׁהַנְּשָׁמָה נֶהֱנֶה מִמֶּנּוּ וְאֵין הַגּוּף נֶהֱנֶה מִמֶּנּוּ הֱוֵי אוֹמֵר זֶה הָרֵיחַ:
Rav Yehouda a dit : celui qui sort aux jours de Nissan et voit des arbres en bourgeons dit « Béni... qui n'a rien laissé manquer à Son monde et y a créé de bonnes créatures et de bons arbres, pour que les hommes en jouissent ». Mar Zoutra bar Tavi a dit au nom de Rav : d'où sait-on que l'on récite une bénédiction sur une bonne odeur ? De ce qui est dit : « Que tout souffle loue ה' ». Quelle est la chose dont l'âme (nechama) tire profit sans que le corps en tire profit ? C'est l'odeur.
💡 Explication

La formulation de la Michna, « et c'est lui qui récite sur l'encens », implique qu'un autre aurait pu avoir la priorité. La Guemara demande sur quoi se fonde ce privilège accordé à celui qui a béni sur le vin.

11
הוֹאִיל וְהוּא נָטַל יָדָיו תְּחִלָּה בָּאַחֲרוֹנָה.

Puisque c'est lui qui s'est lavé les mains le premier, aux dernières eaux.

💡 Explication

Réponse : la priorité accordée dans une mitsva du repas se prolonge dans les autres. Celui qui a reçu les mayim aharonim en premier garde la préséance pour la bénédiction sur l'encens.

12
מְסַייַּע לֵיהּ לְרַב, דְּאָמַר רַב חִייָּא בַּר אָשֵׁי אָמַר רַב: הַנּוֹטֵל יָדָיו תְּחִלָּה בָּאַחֲרוֹנָה — הוּא מְזֻומָּן לִבְרָכָה. רַב וְרַבִּי חִיָּיא הֲווֹ יָתְבִי קַמֵּיהּ דְּרַבִּי בִּסְעוֹדְתָּא. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי לְרַב: קוּם מֶשִׁי יָדְךָ. חַזְייֵהּ דַּהֲוָה מְרַתֵּת. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי חַיָּיא: בַּר פַּחֲתֵי, עַייֵּן בְּבִרְכַּת מְזוֹנָא קָאָמַר לָךְ.

Cela vient à l'appui de Rav, car Rav Hiya bar Achi a dit au nom de Rav : celui qui se lave les mains le premier aux dernières eaux est désigné pour la bénédiction. Rav et Rabbi Hiya étaient assis devant Rabbi lors d'un repas.

Rabbi dit à Rav : lève-toi et lave-toi les mains. Il le vit trembler.

Rabbi Hiya lui dit : fils de nobles, il te dit de revoir la bénédiction après le repas.

📜 Rachi (4)
הַנּוֹטֵל יָדָיו תְּחִלָּה בְּמַיִם אַחֲרוֹנִים הוּא מְזֻומָּן לבהמ"ז:
Aux dernières eaux ; il est désigné pour la birkat hamazon.
חַזְיֵיהּ רַבִּי חַייָּא לְרַב:
Rabbi Hiya vit Rav.
דַּהֲוָה מְרַתֵּת שֶׁמָּא רָאָה יָדַי מְלֻוכְלָכוֹת אוֹ שֶׁמָּא הֶאֱרַכְתִּי בַּאֲכִילָה יוֹתֵר מִדַּאי:
Il craignait qu'on ait vu ses mains sales, ou qu'il ait trop prolongé son repas.
עַייֵּן בְּבִרְכַּת מְזוֹנָא קָאָמַר לָךְ כָּאן נָתַן לְךָ רְשׁוּת לְבָרֵךְ בהמ"ז שֶׁהַנּוֹטֵל יָדָיו תְּחִלָּה הוּא מְבָרֵךְ:
Il vient de te confier la charge de réciter la birkat hamazon, car celui qui se lave les mains le premier est celui qui bénit.
🪔 Ben Yehoyada (2)
רַב וְרַבִּי חִיָּא הֲווֹ יָתְבִי קַמֵּיהּ דְּרַבִּי בִּסְעוֹדְתָּא. קַשָּׁא דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר לְהַקְדִּים ר' חַייָּא לְרַב? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאוֹתוֹ הַיּוֹם כֵּיוָן שֶׁהִסְכִּים רַבִּי לְהַזְמִין אֶת רַב עַל בִּרְכַּת הַמָּזוֹן לְכָךְ גָּזַר שֶׁיֵּשֵׁב לְמַעְלָה מִן ר' חַיָּיא דּוֹדוֹ, וְאֵין מְסָרְבִין לַגָּדוֹל, וּבִפְרָט גְּזֵירַת נָשִׂיא. אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי בס"ד דְּנָקֵיט לְרַב קֹודֶם ר' חַייָּא כְּדֵי לְתָרֵץ בָּזֶה קֻושְׁיָא אֵיךְ רַבִּי יְכַבֵּד אֶת רַב, וְלֹא יְכַבֵּד אֶת ר' חַייָּא, שֶׁהָיָה גָּדוֹל מִן רַב בְּחָכְמָה וּבְשָׁנִים, וְעוֹד שֶׁהָיָה דּוֹדוֹ שֶׁחַיָּיב רַב בִּכְבוֹדוֹ, אַךְ מֻוכְרָח לוֹמַר כִּי רַב בָּא וְיָשַׁב בַּסְּעוּדָה קֹודֶם שֶׁבָּא ר' חַייָּא, וּמֵעֵת שֶׁבָּא רַב הִסְכִּים רַבִּי בְּדַעְתּוֹ שֶׁיַּזְמִין אֶת רַב לְבִרְכַּת הַמָּזוֹן, וּבָעֵת הַהִיא לֹא בָּא ר' חַיָּיא עֲדַייִן, וְלָכֵן כְּשֶׁבָּא ר' חַיָּיא לֹא רָצָה רַבִּי לַחֲזֹור מֵהַסְכָּמָתוֹ שֶׁהִסְכִּים, וְאֵין בָּזֶה גֵּרָעוֹן בִּכְבוֹד ר' חַיָּיא, כִּי הוּא וְכָל הַמְסֻובִּין הֵבִינוּ מִדַּעְתָּם דָּבָר זֶה, וְלָכֵן נְקִיטָה שַׁ"ס אֶת רַב קֹודֶם ר' חַייָּא, לָאו לְמֵימַר שֶׁהָיָה מְקוֹמוֹ קֹודֶם ר' חַייָּא, אֶלָּא לוֹמַר שֶׁרַב בָּא לִסְעוּדָה קֹודֶם וְהָווּ יָתֵיב קַמֵּיהּ רַבִּי קֹודֶם שֶׁבָּא ר' חַיָּיא, וְהֻוצְרַךְ לְלִמּוּדֵינוּ דָּבָר כְּדֵי לְתָרֵץ בָּזֶה קֻושְׁיָא הַנִּזְכֶּרֶת.
« Rav et Rabbi Hiya étaient assis devant Rabbi lors d'un repas. » Difficulté : il aurait fallu nommer Rabbi Hiya avant Rav. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que ce jour-là, puisque Rabbi avait résolu de désigner Rav pour la bénédiction après le repas, il ordonna qu'il s'assoie au-dessus de Rabbi Hiya, son oncle ; or on ne refuse pas à un grand, à plus forte raison lorsqu'il s'agit du décret d'un nassi. On peut aussi dire, avec l'aide du Ciel, que le Talmud a nommé Rav avant Rabbi Hiya afin de résoudre par là une difficulté : comment Rabbi pouvait-il honorer Rav sans honorer Rabbi Hiya, qui lui était supérieur en sagesse et en années, et qui de plus était son oncle, envers lequel Rav était tenu au respect ? Il faut nécessairement dire que Rav était venu et s'était assis au repas avant l'arrivée de Rabbi Hiya, et que dès l'arrivée de Rav, Rabbi avait résolu en lui-même de le désigner pour la bénédiction après le repas, Rabbi Hiya n'étant pas encore arrivé à ce moment-là. Aussi, lorsque Rabbi Hiya arriva, Rabbi ne voulut pas revenir sur la décision prise, et il n'y a là aucune atteinte à l'honneur de Rabbi Hiya, car lui et tous les convives l'avaient compris d'eux-mêmes. Le Talmud a donc nommé Rav avant Rabbi Hiya pour dire que Rav était venu au repas d'abord et se trouvait assis devant Rabbi avant l'arrivée de Rabbi Hiya, et non que sa place aurait précédé celle de Rabbi Hiya ; il fallait nous l'enseigner afin de résoudre la difficulté mentionnée.
אֲמַר לֵיהּ רַבִּי חַיָּא: בַּר פַּחֲתֵי, עַיֵּין בְּבִרְכַּת מְזוֹנָא קָאָמַר לָךְ. פֵּירוּשׁ בֶּן גְּדוֹלִים, כַּנִּזְכָּר בַּגִּלָּיוֹן, וְיֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה עַתָּה קָרְאוּ כֵּן? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי בֶּאֱמֶת תֵּימַהּ עַל רַב אֵיךְ לֹא הֵבִין מִדַּעְתּוֹ שֶׁאָמַר לוֹ כֵּן בִּשְׁבִיל לְהַזְמִינוֹ לְבִרְכַּת הַמָּזוֹן דְּהָא וַדַּאי דַּרְכּוֹ שֶׁל רַבִּי הָיָה בְּכָךְ דְּכָל אָדָם שֶׁמַּזְמִינוֹ לְבִרְכַּת הַמָּזוֹן אוֹמֵר לוֹ כֵּן, וּבְוַדַּאי רַב הָיָה בִּסְעֻודָּתוֹ שֶׁל רַבִּי כַּמָּה פְּעָמִים וְרָאָה סִימָן זֶה, וְאַמַּאי הֲוָה מְרַתֵּת? אַךְ הַתֵּירוּץ לָזֶה הוּא פָּשׁוּט, כִּי רַב רָאָה דָּר' חַייָּא גָּדוֹל מִמֶּנּוּ הָיָה שָׁם וְלֹא הִזְמִינוֹ, וְאֵין דֶּרֶךְ אֶרֶץ בְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן לְהַזְמִין הַקָּטָן בִּפְנֵי הַגָּדוֹל, וּבִפְרָט גָּבַר כַּר' חַיָּיא שֶׁהָיָה מְפֻורְסָם גָּדוֹל וְהוּא הָיָה דּוֹדוֹ שֶׁל רַב, לְכָךְ לָא סָלְקָא דַּעְתּוֹ דְּרַב שֶׁהָיָה מַזְמִינוֹ לְבִרְכַּת הַמָּזוֹן בִּדְבָרִים אֵלּוּ וְלָזֶה הֲוָה מְרַתֵּת, וּבָא ר' חַיָּיא וְהִגִּיד לוֹ טַעַם בְּרֶמֶז, וְאָמַר לוֹ 'בַּר פָּחֲתִי' פֵּירוּשׁ בֶּן גְּדוֹלִים, כְּלוֹמַר אַף עַל פִּי שֶׁאֲנִי גָּדוֹל מִמְּךָ עִם כָּל זֶה כִּיבְּדָךְ בַּעֲבוּר כְּבוֹד אֲבוֹתֶיךָ, וּלְעֵיל פֵּרַשְׁנוּ טַעַם אַחֵר עַל אֲשֶׁר כִּיבְּדוֹ בִּפְנֵי ר' חַייָּא, וְדִבְרֵי תוֹרָה כְּפַטִּישׁ יְפֹצֵץ סָלַע.
« Rabbi Hiya lui dit : bar pahté, il te dit de revoir la bénédiction après le repas. » C'est-à-dire fils de grands, comme il est noté en marge. Il y a lieu de demander pourquoi il l'appela ainsi à ce moment précis. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il y a en vérité lieu de s'étonner de Rav : comment n'a-t-il pas compris de lui-même qu'on lui parlait ainsi pour le désigner à la bénédiction après le repas ? Car telle était assurément la manière de Rabbi : à tout homme qu'il désignait pour la bénédiction après le repas, il parlait ainsi ; et Rav avait certainement participé plusieurs fois au repas de Rabbi et avait vu ce signe. Pourquoi donc tremblait-il ? La réponse est simple : Rav voyait que Rabbi Hiya, plus grand que lui, se trouvait là sans avoir été désigné ; or le derekh erets s'oppose, pour la bénédiction après le repas, à ce que l'on désigne le petit en présence du grand, surtout un homme tel que Rabbi Hiya, dont la grandeur était notoire et qui était l'oncle de Rav. Il ne lui vint donc pas à l'esprit que ces paroles le désignaient pour la bénédiction après le repas, et c'est pourquoi il tremblait. Rabbi Hiya vint alors lui en donner la raison par allusion, en lui disant « bar pahté », fils de grands, c'est-à-dire : bien que je sois plus grand que toi, il t'a honoré en considération de l'honneur de tes pères. Plus haut nous avons expliqué une autre raison à cet honneur rendu en présence de Rabbi Hiya, et les paroles de Torah sont comme un marteau qui brise le roc.
💡 Explication

Rav pose la règle : celui qui reçoit les mayim aharonim en premier est mezouman, désigné pour conduire la birkat hamazon. Le geste vaut donc convocation silencieuse.

La scène qui suit illustre la règle par un malentendu. Rav, entendant « lève-toi et lave-toi les mains », y lit un reproche ; Rabbi Hiya lui explique qu'il s'agit d'une nomination, et l'appelle bar pahté, fils de nobles.

🖼️ Schéma
Se laver les mains le premier : un signe, deux lectures Rabbi : lève-toi, lave-toi les mains Ce que Rav a compris Un reproche : mains sales, ou repas trop prolongé -- d'où son trouble Ce que Rabbi voulait dire Une nomination : premier aux mayim aharonim = mezouman pour la bénédiction Rabbi Hiya traduit le signe : bar pahté, fils de nobles.
La règle de Rav et la scène qui l'illustre chez Rabbi.
13
אָמַר רַבִּי זֵירָא אָמַר רָבָא בַּר יִרְמְיָה: מֵאֵימָתַי מְבָרְכִין עַל הָרֵיחַ — מִשֶּׁתַּעֲלֶה תִּמְרָתוֹ. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי זֵירָא לְרָבָא בַּר יִרְמְיָה: וְהָא לָא אָרַח? אֲמַר לֵיהּ: וּלְטַעְמִיךְ, ״הַמּוֹצִיא לֶחֶם מִן הָאָרֶץ״ דִּמְבָרֵךְ וְהָא לָא אֲכַל! אֶלָּא דַּעְתֵּיהּ לְמֵיכַל, הָכָא נָמֵי דַּעְתֵּיהּ לְאוֹרוֹחֵי.

Rabbi Zera a dit au nom de Rava bar Yirmeya : à partir de quand récite-t-on la bénédiction sur l'odeur ? Dès que sa colonne de fumée monte.

Rabbi Zera dit à Rava bar Yirmeya : mais il n'a pas encore senti ! Il lui dit : selon ton raisonnement, hamotsi le'hem min haarets que l'on récite — il n'a pourtant pas encore mangé !

Son intention est de manger ; ici de même, son intention est de sentir.

📜 Rachi (3)
עַל הָרֵיחַ שֶׁל מֻוגְמָר:
De l'encens.
תִּמְרָתוֹ קִיטוֹר הֶעָשָׁן שֶׁמִּתַּמֵּר וְעוֹלֶה:
La vapeur de fumée qui s'élève en colonne.
הָא לֹא אָרַח לֹא הֵרִיחַ בּוֹ עֲדַיִין וְלֹא נֶהֱנָה:
Il ne l'a pas encore senti et n'en a tiré aucun profit.
💡 Explication

Question de moment : la bénédiction sur une jouissance se récite avant celle-ci. Le repère retenu pour l'encens est la montée de la timra, la colonne de fumée, qui marque le début de l'opération.

La réponse établit un principe général : la bénédiction accompagne l'intention de jouir (daatei), à l'image de hamotsi que l'on récite avant la première bouchée.

14
אָמַר רַבִּי חִיָּיא בְּרֵיהּ דְּאַבָּא בַּר נַחְמָנִי אָמַר רַב חִסְדָּא אָמַר רַב, וְאָמְרִי לָהּ אָמַר רַב חִסְדָּא אָמַר זְעֵירִי: כָּל הַמֻּוגְמָרוֹת מְבָרְכִין עֲלֵיהֶן ״בּוֹרֵא עֲצֵי בְּשָׂמִים״ חוּץ מִמּוֹשֵׁק, שֶׁמִּין חַיָּה הוּא, שֶׁמְּבָרְכִין עָלָיו ״בּוֹרֵא מִינֵי בְּשָׂמִים״.

Rabbi Hiya fils de Abba bar Nahmani a dit au nom de Rav Hisda au nom de Rav — et certains rapportent : Rav Hisda a dit au nom de Zeiri : sur tous les encens on récite bore atsei bessamim (Qui crée les arbres odorants), à l'exception du musc, qui provient d'un animal, sur lequel on récite bore miney bessamim (Qui crée diverses espèces de parfums).

📜 Rachi (3)
מְבָרְכִין עֲלֵיהֶן בּוֹרֵא עֲצֵי בְּשָׂמִים ואע"פ שֶׁנִּשְׂרַף וְאֵינוֹ בְּעַיִן אֶלָּא שֶׁהַתִּימּוֹר עוֹלֶה:
Bien qu'il ait brûlé et ne soit plus présent tel quel, sa colonne de fumée s'élève.
חוּץ מִמּוֹשֵׁק מושג"א בְּלַעַ"ז:
Mouska en langue vernaculaire.
שֶׁהוּא מִן חַיָּה מִן הָרְעִי שֶׁל חַיָּה:
De la sécrétion d'un animal.
🗂️ Tossefot (1)
כָּל הַמֻּוגְמָרוֹת מְבָרְכִין עֲלֵיהֶן בּוֹרֵא עֲצֵי בְּשָׂמִים אע"פ שֶׁנִּשְׂרְפוּ וְאֵין עֲצֵי בְּשָׂמִים בְּעַיִן:
Bien qu'ils aient brûlé et que les bois odorants ne soient plus présents tels quels.
💡 Explication

Règle large : le mougmar, encens jeté sur des braises, garde la bénédiction du végétal dont il provient, même consumé. Le musc, d'origine animale, sort de cette catégorie et reçoit la formule générique.

15
מֵיתִיבִי: אֵין מְבָרְכִין ״בּוֹרֵא עֲצֵי בְּשָׂמִים״ אֶלָּא עַל אֲפַרְסְמוֹן שֶׁל בֵּית רַבִּי, וְעַל אֲפַרְסְמוֹן שֶׁל בֵּית קֵיסָר, וְעַל הַהֲדַס שֶׁבְּכָל מָקוֹם!

On objecte : on ne récite bore atsei bessamim que sur le baume (afarsemon) de la maison de Rabbi, sur le baume de la maison de César, et sur le myrte en tout lieu !

📜 Rachi (3)
מֵיתִיבִי אֵין מְבָרְכִין בּוֹרֵא עֲצֵי בְּשָׂמִים אֶלָּא עַל אֲפַרְסְמוֹן שֶׁהָעֵץ עַצְמוֹ בָּא לְפָנֵינוּ:
Car le bois lui-même se trouve devant nous.
שֶׁל בֵּית רַבִּי וְשֶׁל בֵּית קֵיסָר נְקַט הָנֵי מִשּׁוּם שֶׁאֵינוֹ מָצוּי אֶלָּא בְּבֵית מְלָכִים וּבַעֲלֵי גְּדֻולָּה:
Il mentionne ces deux-là parce qu'on ne le trouve que dans la maison des rois et des grands personnages.
וְעַל הַהֲדַס שֶׁבְּכָל מָקוֹם וה"ה לְכָל הַדּוֹמֶה לָהֶם שֶׁהָעֵץ עַצְמוֹ מֵרִיחַ בְּלֹא שְׂרֵפָה אֶלָּא דַּהֲדַס שְׁכִיחַ וְדִבְּרוּ חֲכָמִים בַּהוֹוֶה בְּכָל מָקוֹם וּמֻוגְמָר לָא מְבָרְכִינַן אֶלָּא בּוֹרֵא מִינֵי בְּשָׂמִים:
Il en va de même de tout ce qui leur ressemble, dont le bois lui-même exhale son odeur sans brûlure. Le myrte est simplement courant, et les Sages ont parlé du cas fréquent, « en tout lieu ». Sur l'encens on ne récite que bore miney bessamim.
🗂️ Tossefot (1)
וְעַל הַהֲדַס שֶׁבְּכָל מָקוֹם בַּעַל הֲלָכוֹת גְּדוֹלוֹת לָא גָּרֵיס תְּיוּבְתָּא וּמְשַׁנֵּי תַּנָּא הֲדַס וְכָל דְּדָמֵי לֵיהּ כְּלוֹמַר שֶׁעִיקָּרוֹ לְרֵיחַ לְאַפּוֹקֵי תַּפּוּחִים וְחַבּוּשִׁים שֶׁאֵין עִיקָּרָן לְרֵיחַ אֶלָּא לֶאֱכֹול וּמִי שֶׁהוֹלֵךְ בְּבַיִת שֶׁיֵּשׁ שָׁם בְּשָׂמִים וְיֵשׁ שָׁם מִינֵי בְּשָׂמִים שֶׁמֵּרִיחַ בָּהֶן וּמְסַפְּקָא לֵיהּ אִי מִמִּין עֵץ אִי מִמִּין אֲדָמָה הוּא יֵשׁ מְפָרְשִׁים שֶׁמְּבָרֵךְ שֶׁהַכֹּל נִהְיָה בִּדְבָרוֹ דְּעַל כֻּולָּן אִם בֵּרַךְ שֶׁהַכֹּל יָצָא וְהָרַב רַבֵּינוּ מֹשֶׁה מִקּוּצִי הָיָה אוֹמֵר שֶׁיְּבָרֵךְ בּוֹרֵא מִינֵי בְּשָׂמִים:
Le Baal Halakhot Guedolot ne lit pas « réfutation concluante » ; il répond que le tana a enseigné le myrte et tout ce qui lui ressemble, c'est-à-dire ce dont l'usage principal est l'odeur, à l'exclusion des pommes et des coings, dont l'usage principal est la consommation. Et celui qui entre dans une maison où se trouvent des parfums, où il y a diverses espèces odorantes qu'il respire, et qui doute si elles proviennent d'une espèce d'arbre ou d'une espèce du sol : certains expliquent qu'il récite chehakol nihya bidvaro, car pour toutes, s'il a récité chehakol, il s'est acquitté. Et Rabbenou Moche de Coucy disait qu'il récite bore miney bessamim.
💡 Explication

La Braita restreint bore atsei bessamim à des cas où le bois odorant est physiquement présent et parfume sans être brûlé : le baume rare des maisons princières et le myrte, courant partout.

Ce critère de présence effective du bois contredit la règle large de Rav sur tous les encens.

16
תְּיוּבְתָּא.

Réfutation concluante (teyouvta).

💡 Explication

La Guemara tranche : l'enseignement de Rav sur tous les encens est réfuté. Les Tossefot signalent que le Baal Halakhot Guedolot ne lisait pas ce mot et conservait l'enseignement moyennant une précision.

17
אֲמַר לֵיהּ רַב חִסְדָּא לְרַב יִצְחָק: הַאי מִשְׁחָא דַּאֲפַרְסְמוֹן מַאי מְבָרְכִין עִלָּוֵיהּ? אֲמַר לֵיהּ, הָכִי אָמַר רַב יְהוּדָה: ״בּוֹרֵא שֶׁמֶן אַרְצֵנוּ״. אֲמַר לֵיהּ: בַּר מִינֵּיהּ דְּרַב יְהוּדָה דַּחֲבִיבָא לֵיהּ אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל, לְכֻולֵּי עָלְמָא מַאי?

Rav Hisda dit à Rav Yits'hak : cette huile de baume, quelle bénédiction récite-t-on dessus ? Il lui dit : ainsi a dit Rav Yehouda — bore chemen artsenou (Qui crée l'huile de notre pays).

Il lui dit : mis à part Rav Yehouda, à qui la Terre d'Israël était chère, que récite-t-on selon tous ?

📜 Rachi (3)
מִשְׁחָא דַּאֲפַרְסְמָא מַאי מְבָרְכִין עַל רֵיחוֹ:
Sur son odeur.
שֶׁמֶן אַרְצֵנוּ שֶׁהָיָה גָּדֵל בִּירִיחוֹ וְעַל שֵׁם הָרֵיחַ הָיְתָה נִקְרֵאת יְרִיחוֹ וְהוּא פַּנַּג הָאָמוּר בְּסֵפֶר יְחֶזְקֵאל (כ"ז) יְהוּדָה וא"י הֵמָּה רֹוכְלָיִךְ בְּחִיטֵּי מִנִּית וּפַנַּג כָּךְ רָאִיתִי בְּסֵפֶר יוֹסֵף בֶּן גּוּרְיוֹן:
Il poussait à Jericho, et c'est en raison de l'odeur (reah) que la ville portait le nom de Yeriho. C'est le panag mentionné dans le livre de Ye'hezkel (27) : « Yehouda et le pays d'Israël étaient tes marchands, avec le froment de Minit et le panag ». Ainsi l'ai-je vu dans le livre de Yossef ben Gourion.
בַּר מִינֵּיהּ דְּרַב יְהוּדָה אַל תָּבִיא לִי רְאָיָה מִדְּבָרָיו בְּזוֹ:
Ne m'apporte pas de preuve de ses paroles sur ce point.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' נֵר שֶׁל עוֹבֵד כּוֹכָבִים מִשּׁוּם דְּלָא שַׁבָּת וּבְשָׂמִים שֶׁל עוֹבֵד כּוֹכָבִים מִשּׁוּם דִּסְתָם מְסִיבָּתָן לַעֲבוֹדַת כּוֹכָבִים. ת"ר אוֹר שֶׁשָּׁבַת מְבָרְכִין עָלָיו שֶׁלֹּא שָׁבַת אֵין מְבָרְכִין עָלָיו וּמַאי שֶׁלֹּא שַׁבָּת שֶׁלֹּא שָׁבַת מִמְּלֶאכֶת עֲבֵירָה אֲבָל אוּר שֶׁל חַיָּה וְשֶׁל חוֹלֶה מְבָרְכִין עָלָיו תנ"ה עֲשָׁשִׁית שֶׁהָיְתָה הוֹלֶכֶת וְדוֹלֶקֶת בְּשַׁבָּת לְמוֹצַ"שׁ מְבָרְכִין עָלֶיהָ: ת"ר יִשְׂרָאֵל שֶׁהִדְלִיק מֵעַכּוּ"ם וְעַכּוּ"ם שֶׁהִדְלִיק מִיִּשְׂרָאֵל מְבָרְכִין עָלָיו עַכּוּ"ם מֵעַכּוּ"ם אֵין מְבָרְכִין עָלָיו עַכּוּ"ם שֶׁהִדְלִיק מִיִּשְׂרָאֵל נִיחָא וְיִשְׂרָאֵל שֶׁהִדְלִיק מֵעַכּוּ"ם אע"פ שֶׁלֹּא שָׁבַת מְבָרֵךְ דְּכִי קָא מְבָרֵךְ אַתּוֹסֶפְתָּא דְּהֶיתֵּרָא קָמְבָרַךְ וְהָא דְּאֵין מְבָרְכִים עַל הָעַכּוּ"ם שֶׁהִדְלִיק מֵעַכּוּ"ם אַתּוֹסֶפְתָּא דְּהֶיתֵּרָא דְּגָזְרִינַן אַטּוּ עַכּוּ"ם רִאשׁוֹן וְעַמּוּד רִאשׁוֹן: ת"ר הָיָה מְהַלֵּךְ חוּץ לַכְּרַךְ וְרָאָה אוּר אִם רֹוב עַכּוּ"ם אֵינוֹ מְבָרֵךְ וְאִם רֹוב יִשְׂרָאֵל מְבָרֵךְ תָּנֵי חֲדָא אוּר שֶׁל כִּבְשָׁן מְבָרְכִין עָלָיו וְתַנְיָא אִידַּךְ אֵין מְבָרְכִין עָלָיו לָא קַשְׁיָא הָא לְכַתְּחִלָּה וְהָא לְבַסּוֹף דְּהָא דִּלְבַסּוֹף נַעֲשָׂה לְהָאִיר וּמְבָרְכִין עָלָיו תָּנֵי חֲדָא אוּר שֶׁל בהכנ"ס מְבָרְכִין עָלָיו וְתַנְיָא אִידַּךְ אֵין מְבָרְכִין עָלָיו לָא קַשְׁיָא הָא דְּאִיכָּא אָדָם חָשׁוּב וְהָא דְּלֵיכָּא אָדָם חָשׁוּב פירש"י כְּשֶׁיֵּשׁ אָדָם חָשׁוּב אָז עָשׂוּי לְכָבוֹד וְלֹא לְהָאִיר וי"מ אִיפְּכָא דְּאָדָם חָשׁוּב עָשׂוּי לְהָאִיר וְאִי לֵיכָּא אָדָם חָשׁוּב לִכְבוֹד בֵּית הַכְּנֶסֶת הִדְלִיקוּ וְגָרְסִינַן הָא וְהָא דְּלֵיכָּא אָדָם חָשׁוּב ת"ר הָיוּ יוֹשְׁבִים בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ וְהֵבִיאוּ אוּר לִפְנֵיהֶם ב"ש אוֹמְרִים כָּל אֶחָד מְבָרֵךְ לְעַצְמוֹ מִפְּנֵי בִּיטּוּל בֵּית הַמִּדְרָשׁ וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים אֶחָד מְבָרֵךְ לְכֻולָּן מִשּׁוּם בְּרָוב עָם הַדְרַת מֶלֶךְ וְלָא דָּמֵי לְפַת דְּאָמְרִינַן לְעֵיל פֶּרֶק כֵּיצַד מְבָרְכִין (בְּרָכוֹת דַּף מב) בְּיָשְׁבוּ שֶׁמְּבָרֵךְ לְעַצְמוֹ דְּשָׁאנֵי הָתָם כֵּיוָן דְּצָרִיךְ הֲסִיבָּה וְלֹא הֵסֵיבּוּ לָא קְבִיעִי לָצֵאת אֶחָד בְּבִרְכַּת חֲבֵירוֹ אֲבָל הָכָא הָוֵי כְּמוֹ יַיִן אַלִּיבָּא דְּרַב שָׁם דַּף מג דְּלָא בָּעֵי הֲסִיבָּה וַאֲפִילּוּ לְרַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמַר יַיִן בָּעֵי הֲסִיבָּה ה"מ דְּחָשׁוּב וּרְגִילִין לְהָסֵב עָלָיו אֲבָל שְׁאָר בְּרָכוֹת כְּמוֹ שֶׁהֵסֵיבּוּ דָּמִי: ע"ב ת"ר גֶּחָלִים לוֹחֲשׁוֹת מְבָרְכִין עֲלֵיהֶם עוֹמְמוֹת אֵין מְבָרְכִין עֲלֵיהֶם הֵיכִי דָּמֵי לוֹחֲשׁוֹת אָמַר רַב חִסְדָּא כָּל שֶׁאִילּוּ מַכְנִיס קֵיסָם בֵּינֵיהֶם וְדוֹלֵק מֵאֵילָיו וּמַייְרֵי דְּהָנֵי גֶּחָלִים לוֹחֲשׁוֹת עִשּׂוּיַן לְהָאִיר: ע"א וְלֹא עַל הַנֵּר וְלֹא עַל הַבְּשָׂמִים שֶׁל מֵתִים אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב כֹּל שֶׁמּוֹצִיאִין לְפָנָיו בַּיּוֹם וּבַלַּיְלָה אֵין מְבָרְכִין עָלָיו וְכֹל שֶׁאֵין מוֹצִיאִין לְפָנָיו בְּיוֹם נ"א אֶלָּא בַּלַּיְלָה מְבָרְכִין עָלָיו וְאוֹתוֹ שֶׁמּוֹצִיאִין לְפָנָיו בַּיּוֹם וּבַלַּיְלָה אע"ג דְּהַשְׁתָּא מִיהָא לְהָאִיר הוּא עָשׂוּי כֵּיוָן שָׁאפֵי' בַּיּוֹם מוֹצִיאִין לְפָנָיו לְכָבוֹד אֵין מְבָרְכִין עָלָיו הִלְכָּךְ אֵין מְבָרְכִים עַל הַנֵּר שֶׁל בֵּית הַכְּנֶסֶת כֵּיוָן דִּרְגִילִין הָאִידָּנָא לְהַדְלִיקוֹ לִכְבוֹד בֵּית הַכְּנֶסֶת אֲפִילּוּ בַּיּוֹם. א"ר הוּנָא בְּשָׂמִים שֶׁל בֵּית הַכִּסֵּא וְשֶׁמֶן הֶעָשׂוּי לְהַעֲבִיר אֶת הַזֻּוהֲמָא אֵין מְבָרְכִין עָלָיו מ"ט כָּל מִידִי דְּלָאו לְרֵיחָא עֲבִיד לָא מְבָרְכִין עָלֶיהָ הָא דְּאָמְרִינַן לְעֵיל בְּפֶרֶק כֵּיצַד מְבָרְכִין (בְּרָכוֹת דַּף מג.) הָאִי מָאן דְּאֹרַח אַתְרוּגָּא אוֹ בַּחֲבוּשִׁים מְבָרֵךְ בָּרוּךְ שֶׁנָּתַן רֵיחַ טוֹב בַּפֵּירוֹת מַייְרֵי כְּגוֹן שֶׁלְּקָחוֹ לְהָרִיחַ בּוֹ אוֹ לְאָוכְלוֹ וּלְהָרִיחַ בּוֹ אֲבָל אִם לְקָחוֹ לְאָוכְלוֹ וְהָרֵיחַ בּוֹ כֵּיוָן דְּלָא נִתְכַּוֵּין לְהָרִיחַ אֵין צָרִיךְ לְבָרֵךְ עָלָיו: תָּנוּ רַבָּנַן הַנְכַנֵּם לַחֲנוּתוֹ שֶׁל בַּשָּׂם וְהֵרִיחַ רֵיחַ אֲפִילּוּ יָשַׁב שָׁם כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ אֵינוֹ מְבָרֵךְ אֶלָּא פַּעַם אַחַת נִכְנַס וְיָצָא נִכְנַס וְיָצָא מְבָרֵךְ עַל כָּל פַּעַם וּפַעַם. ת"ר הָיָה מְהַלֵּךְ חוּץ לַכְּרַךְ וְהֵרִיחַ רֵיחַ אִם רֹוב עַכּוּ"ם אֵינוֹ מְבָרֵךְ אִם רֹוב יִשְׂרָאֵל מְבָרֵךְ. אָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן הָיָה מְהַלֵּךְ בְּשׁוּקֵי טְבֶרְיָא בְּעַרְבֵי שַׁבָּתוֹת אוֹ בְּשׁוּקֵי צִפּוֹרִי בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּתוֹת וְהֵרִיחַ רֵיחַ אֵינוֹ מְבָרֵךְ מִפְּנֵי שֶׁחֶזְקָתוֹ לְגַמֵּר אֶת הַכֵּלִים: אֵין מְבָרְכִין עַל הַנֵּר עַד שֶׁיֵּאוֹתוּ לְאוֹרוֹ וְכַמָּה עֻולָּא אָמַר כְּדֵי שֶׁיַּכִּיר בֵּין אִיסָּר לְפֻונְדְּיוֹן וְחִזְקִיָּה אָמַר כְּדֵי שֶׁיַּכִּיר בֵּין מְלוּזְמָא שֶׁל טְבֶרְיָא לִמְלוּזְמָא שֶׁל צִפּוֹרִי לְכָךְ נָהֲגוּ לְהִסְתַּכֵּל בַּצִּפָּרְנַיִם בְּשָׁעָה שֶׁמְּבָרְכִין עַל הַנֵּר לְהַרְאוֹת שֶׁיָּכוֹל לֵיהָנוֹת מִמֶּנּוּ וּלְהַכִּיר בֵּין מַטְבֵּעַ לְמַטְבֵּעַ כְּמוֹ שֶׁמַּכִּיר בֵּין צִפֹּורֶן לְבָשָׂר. אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב אֵין מְחַזְּרִין עַל הָאוּר כְּדֶרֶךְ שֶׁמְּחַזְּרִין עַל כָּל הַמִּצְוֹת לְפִי שֶׁבְּרָכָה זוֹ אֵינָהּ אֶלָּא לְזֵכֶר בְּעָלְמָא שֶׁנִּבְרָא הָאוּר במו"ש דְּאִי מִשּׁוּם הֲנָאַת הָאוּר מְבָרֵךְ הָיָה צָרִיךְ לְבָרֵךְ בְּכָל פַּעַם וּפַעַם כְּשֶׁנֶּהֱנִין מִן הָאוּר מכ"ש עַל הַבְּשָׂמִים דְּאֵינָהּ אֶלָּא לַהֲשָׁבַת נַפְשׁוֹ:
Guemara : la lampe d'un idolâtre, parce qu'elle n'a pas chômé ; les parfums d'un idolâtre, parce que leurs banquets sont d'ordinaire voués au culte idolâtre. Nos maîtres ont enseigné : une lumière qui a chômé, on récite dessus ; une lumière qui n'a pas chômé, on ne récite pas dessus. Et qu'est-ce que « qui n'a pas chômé » ? Qui n'a pas chômé d'un travail interdit ; mais la lumière allumée pour une parturiente ou pour un malade, on récite dessus. Une Braita enseigne de même : une lanterne qui brûlait sans interruption durant le Chabbat, on récite dessus à la sortie du Chabbat. Nos maîtres ont enseigné : un Juif qui a allumé à partir d'un idolâtre, et un idolâtre qui a allumé à partir d'un Juif, on récite dessus ; un idolâtre à partir d'un idolâtre, on ne récite pas dessus. L'idolâtre qui a allumé à partir d'un Juif se comprend ; et le Juif qui a allumé à partir d'un idolâtre, bien que cette flamme n'ait pas chômé, il récite, car il bénit sur l'accroissement permis. Et si l'on ne récite pas sur l'idolâtre qui a allumé à partir d'un idolâtre, même pour cet accroissement permis, c'est qu'on l'a interdit par décret à cause du premier idolâtre et de la première flamme. Nos maîtres ont enseigné : celui qui marchait hors d'une ville et a vu une lumière, si la majorité est idolâtre il ne récite pas, et si la majorité est juive il récite. Une Braita enseigne : sur la lumière d'un four on récite ; une autre enseigne : on ne récite pas. Il n'y a pas de difficulté : l'une parle du début, l'autre de la fin, car à la fin elle sert à éclairer et l'on récite dessus. Une Braita enseigne : sur la lumière de la synagogue on récite ; une autre enseigne : on ne récite pas. Il n'y a pas de difficulté : l'une parle du cas où il y a un homme important, l'autre du cas où il n'y en a pas. Rachi explique : quand il y a un homme important, on l'allume en son honneur et elle ne sert pas à éclairer. D'autres expliquent l'inverse : pour un homme important on l'allume afin d'éclairer, et s'il n'y a pas d'homme important on l'a allumée en l'honneur de la synagogue ; ils lisent donc : ceci et cela dans le cas où il n'y a pas d'homme important. Nos maîtres ont enseigné : ils étaient assis dans la maison d'étude et l'on apporta de la lumière devant eux. Beit Chammai disent : chacun bénit pour lui-même, à cause de l'interruption de l'étude. Beit Hillel disent : un seul bénit pour tous, en vertu de « dans la multitude du peuple est la gloire du roi ». Cela ne ressemble pas au pain, dont nous avons dit plus haut au chapitre Keitsad mevarkhin (Berakhot 42) que, s'ils se sont assis, chacun bénit pour lui-même : là-bas c'est différent, car la hasseba y est requise et, ne s'étant pas installés, ils ne sont pas fixés de façon que l'un s'acquitte par la bénédiction de son compagnon ; ici, en revanche, c'est comme le vin selon Rav, là-bas au folio 43, qui ne requiert pas de hasseba. Et même selon Rabbi Yo'hanan, qui dit que le vin requiert la hasseba, cela vaut pour le vin, qui est important et sur lequel on a coutume de s'installer ; pour les autres bénédictions, leur situation équivaut à une hasseba. Verso : nos maîtres ont enseigné : sur des braises qui flamboient on récite, sur des braises qui s'éteignent on ne récite pas. Qu'appelle-t-on flamboyantes ? Rav Hisda a dit : toutes celles où, si l'on y introduit un copeau, il s'enflamme de lui-même. Et il s'agit de braises flamboyantes destinées à éclairer. Recto : « ni sur la lampe ni sur les parfums des morts. » Rav Yehouda a dit au nom de Rav : tout ce que l'on porte devant lui de jour comme de nuit, on ne récite pas dessus ; et tout ce que l'on ne porte pas devant lui de jour — autre version : seulement de nuit — on récite dessus. Et ce que l'on porte devant lui de jour comme de nuit, bien qu'à présent du moins il serve à éclairer, puisqu'on le porte devant lui même de jour par honneur, on ne récite pas dessus. Aussi ne récite-t-on pas sur la lampe de la synagogue, puisqu'on a coutume aujourd'hui de l'allumer en l'honneur de la synagogue même de jour. Rav Houna a dit : les parfums des lieux d'aisance et l'huile faite pour ôter la mauvaise odeur, on ne récite pas dessus. Quelle en est la raison ? Tout ce qui n'est pas fait pour l'odeur, on ne récite pas dessus. Et ce que nous avons dit plus haut au chapitre Keitsad mevarkhin (Berakhot 43a) — celui qui respire un etrog ou des coings récite « Béni... qui a mis une bonne odeur dans les fruits » — parle du cas où il l'a pris pour le respirer, ou pour le manger et le respirer ; mais s'il l'a pris pour le manger et l'a respiré, puisqu'il n'avait pas l'intention de le respirer, il n'a pas besoin de réciter dessus. Nos maîtres ont enseigné : celui qui entre dans la boutique d'un parfumeur et respire l'odeur, même s'il y reste assis toute la journée, ne récite qu'une seule fois ; s'il entre et sort, entre et sort, il récite à chaque fois. Nos maîtres ont enseigné : celui qui marchait hors d'une ville et a respiré une odeur, si la majorité est idolâtre il ne récite pas, si la majorité est juive il récite. Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : celui qui marchait dans les marchés de Tibériade les veilles de Chabbat, ou dans les marchés de Tsippori à la sortie du Chabbat, et a respiré une odeur, ne récite pas, car la présomption est qu'elle sert à parfumer les vêtements. « On ne récite pas sur la lampe avant d'avoir profité de sa lumière. » Et jusqu'à quel point ? Oula a dit : de quoi distinguer un issar d'un poundion. Hizkia a dit : de quoi distinguer une monnaie de Tibériade d'une monnaie de Tsippori. C'est pourquoi on a pris l'usage de regarder ses ongles au moment où l'on bénit sur la lampe, pour montrer que l'on peut en tirer profit et distinguer une pièce d'une autre comme on distingue l'ongle de la chair. Rav Yehouda a dit au nom de Rav : on ne se met pas en quête d'une lumière comme on se met en quête des autres mitsvot, car cette bénédiction n'est qu'un rappel de ce que la lumière fut créée à la sortie du Chabbat ; s'il fallait bénir en raison du profit tiré de la lumière, il faudrait bénir chaque fois que l'on en profite. À plus forte raison pour les parfums, qui n'apportent qu'un réconfort de l'âme (nefech).
💡 Explication

L'huile de baume pose une question de formulation : Rav Yehouda bénissait bore chemen artsenou, en nommant la Terre d'Israël où seule poussait la plante. Rav Hisda écarte cette version comme tenant à une dévotion personnelle et demande la formule valable pour tous.

18
אֲמַר לֵיהּ: הָכִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: ״בּוֹרֵא שֶׁמֶן עָרֵב״.

Il lui dit : ainsi a dit Rabbi Yo'hanan — bore chemen arev (Qui crée une huile agréable).

⚖️ Rosh (1)
ת"ר הֵבִיאוּ לְפָנָיו שֶׁמֶן וַהֲדַס ב"ש אוֹמְרִים מְבָרֵךְ עַל הַשֶּׁמֶן וְחוֹזֵר וּמְבָרֵךְ עַל הַהֲדַס וב"ה אוֹמְרִים מְבָרֵךְ עַל הַהֲדַס וְחוֹזֵר וּמְבָרֵךְ עַל הַשֶּׁמֶן וְרַב אִלְפָּס זַ"ל הָיָה גּוֹרֵס וּפוֹטֵר אֶת הַשֶּׁמֶן וְלָא נְהִירָא דְּאֵין בִּרְכוֹתֵיהֶן שָׁווֹת. אָמַר ר"ג אֲנִי אַכְרִיעַ שֶׁמֶן זָכִינוּ לְרֵיחוֹ וְזָכִינוּ לְסִיכָתוֹ הֲדַס לְרֵיחוֹ זָכִינוּ לְסִיכָתוֹ לָא זָכִינוּ א"ר יוֹחָנָן הֲלָכָה כְּדִבְרֵי הַמַּכְרִיעַ ר"פ אִיקְּלַע לְבֵי רַב חֲנִינָא בְּרֵיהּ דְּרַב אִיקָא אַיְיתוֹ לְקַמַּייְהוּ שֶׁמֶן וַהֲדַס בְּרִיךְ אַהֲדַס בְּרֵישָׁא אֲמַר לֵיהּ לָא סָבַר לַהּ מָר הֲלָכָה כְּדִבְרֵי הַמַּכְרִיעַ א"ל הָכִי אָמַר רָבָא הֲלָכָה כְּבֵית הִלֵּל וְלָא הִיא לְאִשְׁתְּמוֹטֵי נַפְשֵׁיהּ הוּא דַּעֲבִיד רַב אִלְפָּס כָּתַב דַּהֲלָכָה כְּרָבָא וְנִרְאֶה שֶׁלֹּא הָיָה כָּתוּב בְּסִפְרוֹ וְלֹא הִיא לְאִשְׁתְּמוֹטֵי וְכוּ' וְכֵן מִסְתַּבְּרָא דַּהֲלָכָה כְּבֵית הִלֵּל דְּהַכְרָעָה דר"ג לָאו הַכְרָעָה הִיא אֶלָּא שֶׁנָּתַן טַעַם לְדִבְרֵי ב"ש. ת"ר הֵבִיאוּ לְפָנָיו שֶׁמֶן וְיַיִן ב"ש אוֹמְרִים אוֹחֵז אֶת הַשֶּׁמֶן בִּימִינוֹ וְאֶת הַיַּיִן בִּשְׂמֹאלוֹ וּמְבָרֵךְ עַל הַשֶּׁמֶן וְאַחַר כָּךְ עַל הַיַּיִן וב"ה אוֹמְרִים אוֹחֵז אֶת הַיַּיִן בִּימִינוֹ וְאֶת הַשֶּׁמֶן בִּשְׂמֹאלוֹ וּמְבָרֵךְ עַל הַיַּיִן וְאַחַר כָּךְ מְבָרֵךְ עַל הַשֶּׁמֶן וְטָחוֹ בְּרֹאשׁ הַשַּׁמָּשׁ וְאִם ת"ח הוּא טָחוֹ בַּכֹּותֶל מִפְּנֵי שֶׁגְּנַאי הוּא לת"ח שֶׁיֵּצֵא כְּשֶׁהוּא מְבֻושָּׂם בַּשּׁוּק:
Nos maîtres ont enseigné : on lui a apporté de l'huile et du myrte. Beit Chammai disent : il bénit sur l'huile puis bénit sur le myrte. Beit Hillel disent : il bénit sur le myrte puis bénit sur l'huile. Le Rif lisait « et il acquitte l'huile », ce qui paraît douteux, car leurs bénédictions diffèrent. Rabban Gamliel a dit : je vais trancher — l'huile, nous avons droit à son odeur et à son onction ; le myrte, nous avons droit à son odeur, et à son onction nous n'avons pas droit. Rabbi Yo'hanan a dit : la halakha suit celui qui tranche. Rav Papa se trouva chez Rav Hanina fils de Rav Ika ; on leur apporta de l'huile et du myrte, et il bénit d'abord sur le myrte. Il lui dit : le maître ne tient-il pas que la halakha suit celui qui tranche ? Il lui répondit : ainsi a dit Rava, la halakha suit Beit Hillel. Or il en va autrement : il a répondu ainsi pour se dérober. Le Rif a écrit que la halakha suit Rava, et il semble que la phrase « or il en va autrement, il a fait cela pour se dérober » ne figurait pas dans son exemplaire. Il est d'ailleurs logique que la halakha suive Beit Hillel, car l'arbitrage de Rabban Gamliel n'en constitue pas un : il a seulement donné une raison aux paroles de Beit Chammai. Nos maîtres ont enseigné : on lui a apporté de l'huile et du vin. Beit Chammai disent : il tient l'huile dans sa main droite et le vin dans sa gauche, et il bénit sur l'huile puis sur le vin. Beit Hillel disent : il tient le vin dans sa main droite et l'huile dans sa gauche, il bénit sur le vin puis bénit sur l'huile, et il en enduit la tête du serviteur. S'il est un talmid 'hakham, il en enduit le mur, car il est déshonorant pour un talmid 'hakham de sortir parfumé sur la place publique.
💡 Explication

La formule retenue, bore chemen arev, décrit la qualité de l'huile sans mention géographique, ce qui la rend utilisable partout.

19
אָמַר רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה: הַאי כְּשַׁרְתָּא מְבָרְכִין עִלָּוֵיהּ ״בּוֹרֵא עֲצֵי בְּשָׂמִים״, אֲבָל מִשְׁחָא כְּבִישָׁא — לֹא. וְרַב כָּהֲנָא אָמַר: אֲפִילּוּ מִשְׁחָא כְּבִישָׁא, אֲבָל מִשְׁחָא טְחִינָא — לָא. נְהַרְדָּעֵי אָמְרִי: אֲפִילּוּ מִשְׁחָא טְחִינָא.

Rav Ada bar Ahava a dit : sur ce kachrata on récite bore atsei bessamim, mais sur l'huile macérée (mishha kvicha), non. Rav Kahana a dit : même sur l'huile macérée ; mais sur l'huile broyée (mishha tehina), non.

Les Sages de Nehardea disent : même sur l'huile broyée.

📜 Rachi (4)
כְּשַׁרְתָּא קֹושְׁטְ:
Le kocht (costus).
מִשְׁחָא כְּבִישָׁא שֶׁמֶן שֶׁבּוֹ טָמוּן הַקֹּושְׁטְ וְהַשֶּׁמֶן מֵרִיחַ מִן הַבֹּושֶׂם שֶׁבְּתוֹכוֹ:
Une huile dans laquelle le kocht est enfoui, et l'huile exhale l'odeur du parfum qui s'y trouve.
מִשְׁחָא טְחִינָא שֶׁטָּחֲנוּ בּוֹ כְּשַׁרְתָּא:
Dans laquelle on a broyé du kachrata.
לֹא הוֹאִיל וְאֵין נִרְאֶה לְעֵינֵינוּ אֶלָּא הַשֶּׁמֶן:
Puisque seule l'huile est visible à nos yeux.
🗂️ Tossefot (1)
מִשְׁחָא כְּבִישָׁא פֵּי' רַ"ח שָׁמַעְנוּ מֵרַבּוֹתֵינוּ שֶׁכּוֹבְשִׁין שֻׁומְשְׁמִין ווֶרֶד וַעֲצֵי בְּשָׂמִים זְמַן מְרֻובֶּה וְקוֹלְטִין הַשֻּׁומְשְׁמִין רֵיחַ שֶׁל בְּשָׂמִים וְסוֹחֲטִים וְטוֹחֲנִים אוֹתָם וְיֵשׁ בּוֹ רֵיחַ שֶׁל בְּשָׂמִים וּמִשְׁחָא טְחִינָא קָרוֹב לִטְחִינָתוֹ נוֹתְנִים עֲלֵיהֶם עֲצֵי בְּשָׂמִים וְאֵינוֹ קוֹלֵט כָּל כָּךְ הָרֵיחַ:
Rabbenou Hananel explique : nous avons entendu de nos maîtres que l'on macère longtemps du sésame avec de la rose et des bois odorants ; le sésame absorbe l'odeur des parfums, puis on le presse et on le broie, et l'huile porte l'odeur des parfums. Quant à l'huile broyée, on y ajoute les bois odorants au moment où l'on broie, et elle absorbe moins l'odeur.
💡 Explication

Trois degrés d'éloignement du bois odorant, et trois positions. Le critère de Rachi est la visibilité du bois : plus l'huile prend le pas sur la matière végétale, plus la bénédiction bore atsei bessamim devient contestable.

Les Sages de Nehardea retiennent l'avis le plus large et l'accordent jusqu'à l'huile broyée, où le bois a le plus disparu.

🖼️ Schéma
Trois huiles parfumées, trois avis : jusqu'où dit-on bore atsei bessamim ? kachrata (kocht) le bois est présent dans l'huile mishha kvicha huile où le parfum a macéré mishha tehina huile où le parfum a été broyé Rav Ada bar Ahava oui non Rav Kahana oui non Néhardéa oui Rachi : la réserve tient à ce que seule l'huile reste visible. R. Hananel : le procédé change l'intensité de l'odeur captée.
Échelle des trois préparations et position de chaque autorité.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).