Berakhot 43b — Les bénédictions sur les odeurs, la série de Rav Zoutra bar Tovia, et les six conduites indignes pour un talmid hakham

Berakhot 43b

Sougya : Le folio poursuit le classement des bénédictions sur les parfums : jasmin, nard de mer et narcisse de jardin relèvent de bore atse vessamim, le narcisse sauvage et les violettes de bore issve vessamim, l'etrog et le coing d'une formule propre aux fruits. Rav Zoutra bar Tovia fonde la bénédiction de l'odeur sur le verset kol hanechama tehallel Ya : l'odeur est la seule jouissance dont l'âme profite sans que le corps en profite.

Suit une série de cinq enseignements transmis par lui au nom de Rav, reliés par la seule chaîne de transmission, dont la torche qui vaut deux marcheurs et la conduite de Tamar, source de la règle sur la honte publique. La dernière partie oppose Beit Chammai et Beit Hillel sur l'ordre des bénédictions de l'huile et du myrte, que Rabban Gamliel tranche en faveur de l'huile ; le mot gnai, indigne, ouvre alors la braita des six conduites indignes pour un talmid 'hakham, que la guemara commente clause par clause.

Le fil du folio : de l'odeur au maintien du talmid 'hakham Une même matière traverse les trois mouvements : le parfum, ce qui se perçoit sans se consommer. Mouvement 1 (seg. 0-2) -- quelle bénédiction sur quelle odeur ? Jasmin, nard de mer, narcisse de jardin : atsé vessamim. Narcisse des champs, violettes : issvé vessamim. Etrog et coing, dont l'usage principal est la consommation : chénatan reah tov bapirót. Fondement : l'odeur profite à la nechama sans profiter au corps -- kol hanechama tehallél Ya. Mouvement 2 (seg. 3-7) -- la série des dits de Rav Zoutra bar Tovia au nom de Rav Cinq enseignements enchaînés par la formule du transmetteur : le parfum des jeunes gens, le métier que chacun trouve beau, le proverbe du cœur de palmier, la torche et la lune, enfin Tamar. Le lien est la chaîne de transmission, non le sujet : c'est un procédé de composition du Talmud. Mouvement 3 (seg. 8-19) -- de l'ordre des bénédictions aux six conduites indignes Huile et myrte : Beit Chammai, Beit Hillel, l'arbitrage de Rabban Gamliel, la halakha du makhria. Puis huile et vin, où apparaît le mot gnaï : il est indigne pour un talmid 'hakham de sortir parfumé. Ce mot ouvre la braita des six choses, que la guemara commente ensuite clause par clause. La charnière L'huile parfumée que l'on étale sur le mur plutôt que de sortir avec : le parfum devient une question de tenue.
Les trois mouvements du folio et la charnière qui fait passer du parfum à la tenue du talmid hakham.
Quelle bénédiction sur quelle odeur ? Le critère n'est pas botanique au sens ordinaire : il tient à la nature de la tige et à l'usage principal. On respire une chose odorante Sa tige subsiste d'une année sur l'autre -- statut d'arbre Le lin fournit le précédent : Josue 2:6 Herbe : la tige meurt chaque année Pousse sauvage, non cultivée Un fruit, dont l'usage principal est de se manger Etrog, coing bore atsé vessamim bore issvé vessamim chénatan reah tov bapirót Les exemples du folio Arbres : simlak (jasmin), halfé deyama (épi de nard), narkom de jardin -- le narcisse cultivé. Herbes : le même narcisse pousse en pleine terre, et les sigle (violettes). Le point remarquable Une même plante change de bénédiction selon qu'elle est cultivée ou sauvage : le narcisse de jardin vaut arbre, celui des champs vaut herbe.
Le classement des odeurs et la bénédiction qui correspond à chaque catégorie.
Huile ou myrte : la mahloket et l'arbitrage On apporte les deux ensemble à la fin du repas. Sur lequel bénir en premier ? Beit Chammai L'huile d'abord Raison non explicitée dans la braita ; Rabban Gamliel la dégagera. Huile, puis myrte. Beit Hillel Le myrte d'abord Le myrte n'est là que pour l'odeur : il est le plus spécifique des deux. Myrte, puis huile. Rabban Gamliel -- makhria L'huile d'abord L'huile a deux usages : l'odeur et l'onction. Le myrte n'en a qu'un. Le double usage l'emporte. Rabbi Yo'hanan : halakha kedivre hamakhria La halakha suit celui qui tranche, donc l'huile en premier. La nafka mina, mise à l'épreuve chez Rav Houna fils de Rav Ika (seg. 9) Rav Papa bénit d'abord sur le myrte -- donc contre le makhria. Son hôte le lui fait remarquer. Rav Papa répond que Rava aurait tranché comme Beit Hillel. La guemara écarte cette réponse : il a parlé pour se dérober. Rachi précise qu'il eut honte de s'être trompé devant son hôte. Tossefot signale que Rav Alfassi tranche comme Rava : il ne lisait donc pas la phrase de rejet.
La mahloket sur l'huile et le myrte, l'arbitrage de Rabban Gamliel, et son application chez Rav Houna.
1
אָמַר רַב גִּידֵּל אָמַר רַב: הַאי סִמְלָק — מְבָרְכִין עִלָּוֵיהּ ״בּוֹרֵא עֲצֵי בְּשָׂמִים״. אָמַר רַב חֲנַנְאֵל אָמַר רַב: הָנֵי חִלְפֵי דְּיַמָּא — מְבָרְכִין עֲלַיְיהוּ ״בּוֹרֵא עֲצֵי בְּשָׂמִים״. אָמַר מַר זוּטְרָא: מַאי קְרָאָהּ — ״וְהִיא הֶעֱלָתַם הַגָּגָה וַתִּטְמְנֵם בְּפִשְׁתֵּי הָעֵץ״.

Rav Guidel dit au nom de Rav : sur ce simlak, le jasmin, on récite « bore atsé vessamim » (qui crée des arbres odorants). Rav Hananel dit au nom de Rav : sur ces halfé deyama, les nards de mer, on récite « bore atsé vessamim ».

Mar Zoutra dit : quel est le verset ? « Elle les avait fait monter sur le toit et les avait cachés sous des tiges de lin » (Josue 2:6).

📜 Rachi (2)
סִמְלָק יסמי"ן קוֹרִין לוֹ בִּלְשׁוֹן יִשְׁמָעֵאל וְהוּא מִין עֵשֶׂב שֶׁיֵּשׁ בּוֹ שָׁלֹשׁ שׁוּרוֹת שֶׁל עָלִין זוֹ לְמַעְלָה מִזּוֹ וּשְׁלֹשָׁה עָלִין לְכָל שׁוּרָה:
On l'appelle yasmin en langue ismaélite. C'est une espèce de plante qui porte trois rangées de feuilles, l'une au-dessus de l'autre, et trois feuilles à chaque rangée.
חִלְפֵי דְּיַמָּא בֹּושֶׂם שֶׁקּוֹרִין אשפי"ג וְהוּא שִׁבֹּולֶת נֵרְדְּ וְעָשׂוּי כְּעֵין גִּבְעוֹלֵי פִּשְׁתָּן דְּאַשְׁכְּחַן גִּבְעוֹלִין דְּאִיקְרֵי עֵץ:
Un parfum qu'on appelle espic. C'est l'épi de nard, fait à la manière des tiges de lin ; car nous trouvons que des tiges peuvent être appelées « arbre ».
💡 Explication

Le folio poursuit le classement commencé plus haut : une odeur agréable appelle une bénédiction, mais la formule change selon la nature de ce qui la porte. Atsé vessamim, arbres odorants, s'oppose à issvé vessamim, herbes odorantes.

La difficulté est que le jasmin et le nard n'ont pas de tronc ligneux. Mar Zoutra apporte alors un précédent scripturaire : le verset de Josue appelle pichté haets, littéralement « lin d'arbre », de simples tiges de lin. Le mot ets peut donc désigner une tige, sans exiger un tronc.

🖼️ Schéma
Quelle bénédiction sur quelle odeur ? Le critère n'est pas botanique au sens ordinaire : il tient à la nature de la tige et à l'usage principal. On respire une chose odorante Sa tige subsiste d'une année sur l'autre -- statut d'arbre Le lin fournit le précédent : Josue 2:6 Herbe : la tige meurt chaque année Pousse sauvage, non cultivée Un fruit, dont l'usage principal est de se manger Etrog, coing bore atsé vessamim bore issvé vessamim chénatan reah tov bapirót Les exemples du folio Arbres : simlak (jasmin), halfé deyama (épi de nard), narkom de jardin -- le narcisse cultivé. Herbes : le même narcisse pousse en pleine terre, et les sigle (violettes). Le point remarquable Une même plante change de bénédiction selon qu'elle est cultivée ou sauvage : le narcisse de jardin vaut arbre, celui des champs vaut herbe.
Le classement des odeurs et la bénédiction correspondante ; les exemples du segment sont dans la colonne de gauche.
2
רַב מִשָּׁרְשְׁיָא אָמַר: הַאי נִרְקֹום דְּגִינוּנְיָתָא — מְבָרְכִין עִלָּוֵיהּ ״בּוֹרֵא עֲצֵי בְּשָׂמִים״. דְּדַבְרָא — ״בּוֹרֵא עִשְׂבֵי בְשָׂמִים״. אָמַר רַב שֵׁשֶׁת: הָנֵי סִיגְלֵי — מְבָרְכִין עֲלַיְיהוּ ״בּוֹרֵא עִשְׂבֵי בְשָׂמִים״. אָמַר מַר זוּטְרָא: הַאי מַאן דְּמוֹרַח בְּאֶתְרוֹגָא אוֹ בְּחַבּוּשָׁא אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ שֶׁנָּתַן רֵיחַ טוֹב בַּפֵּירוֹת״.

Rav Mecharchiya dit : sur ce narkom de jardin, le narcisse cultivé, on récite « bore atsé vessamim » ; sur celui des champs, « bore issvé vessamim » (qui crée des herbes odorantes). Rav Chechet dit : sur ces sigle, les violettes, on récite « bore issvé vessamim ».

Mar Zoutra dit : celui qui respire un etrog ou un coing dit « barouh chénatan reah tov bapirót » (béni celui qui a mis une bonne odeur dans les fruits).

📜 Rachi (4)
נִרְקֹום חֲבַצֶּלֶת הַשָּׁרוֹן בה"ג:
Le narcisse : c'est la havatsélet hacharon, le lis de Sharon, selon le Halakhot Guedolot.
דְּגִנּוּנִיתָא הַגָּדֵל בַּגִּינָּה:
De ginonita : celui qui pousse au jardin.
סִיגְלֵי ויול"ש בְּלַעַ"ז:
Sigle : violes en langue vulgaire, les violettes.
חֲבוּשִׁין קודוניי"ש בְּלַעַ"ז:
Havouchin : codoines en langue vulgaire, les coings.
🗂️ Tossefot (1)
הַאי מַאן דְּמוֹרַח בְּאֶתְרוֹגָא וְחָבוּשׁ' מְבָרֵךְ וְכוּ' וְדַוְקָא כְּשֶׁמֵּרִיחַ בָּהֶם אֲבָל אִם בָּא לֶאֱכֹול מֵהֶם אֵין לְבָרֵךְ בִּרְכַּת רֵיחַ כִּי אִם בִּרְכַּת אֲכִילָה:
Cela vaut précisément lorsqu'il les respire ; mais s'il vient à en manger, il ne récite pas la bénédiction de l'odeur, seulement celle de la consommation.
⚖️ Rosh (1)
פִּלְפְּלֵי רַב שֵׁשֶׁת אָמַר שֶׁהַכֹּל נִהְיָה בִּדְבָרוֹ רָבָא אָמַר וְלֹא כְּלוּם וְאָזְדָא רָבָא לְטַעְמֵיהּ דְּאָמַר כַּס פִּלְפְּלֵי בְּיוֹמָא דְכִפּוּרֵי פָּטוּר מֵיתִיבִי ר"מ אוֹמֵר מִמַּשְׁמַע שֶׁנֶּאֱמַר וַעֲרַלְתֶּם עָרְלָתוֹ אֶת פִּרְיוֹ אֵינִי יוֹדֵעַ שֶׁעֵץ מַאֲכָל הוּא מַה ת"ל עֵץ מַאֲכָל עֵץ שֶׁטַּעַם עֵצוֹ וּפִרְיוֹ שָׁוֶה וְאֵיזֶה זֶה פִּלְפְּלִין מְלַמֵּד שֶׁהַפִּלְפְּלִין חַיָּיבִין בְּעָרְלָה ל"ק הָא בְּרַטִּיבְתָּא וְהָא בְּיַבֶּשְׁתָּא וקי"ל כְּרָבָא וּפִלְפְּלֵי וְזַנְגְּבִילָא יַבֶּשְׁתָּא וְכֵן כָּל כַּיּוֹצֵא בָּהֶן כְּגוֹן גרופל"י ונגלי"ן וְלֹא כְלוּם וְטַעֲמָא לְפִי שֶׁאֵין רְגִילִין לְאָוכְלָן חַיִּין כִּי אִם לְעָרְבָן עִם שְׁאָר דְּבָרִים וְעַל אֱגוֹז שֶׁקּוֹרִין מֻושְׁקָט מְבָרְכִין עָלָיו בפה"ע וְעַל הַקָּנֶה שֶׁקּוֹרִין קניל"א צִינָּמוֹן מְבָרְכִין עָלָיו בפה"א וְכֵן כָּל אוֹתָן שֶׁהוּא יָדוּעַ שֶׁהוּא פְּרִי הָאִילָן מְבָרֵךְ עֲלֵיהֶם בפה"ע וְשֶׁאֵינוֹ פְּרִי בפה"א וְשֶׁאֵינוֹ יָדוּעַ מְבָרֵךְ שֶׁהַכֹּל וְעַל הסוק"ר כָּתַב בַּעַל ה"ג בפה"ע וְהוּא יַעֲרַת הַדְּבַשׁ וְהַמֵּרִיחַ בְּקָנֶה מְבָרֵךְ אֲשֶׁר נָתַן רֵיחַ טוֹב בִּפְרִי הָאֲדָמָה כֵּיוָן שֶׁעִיקָּרוֹ עוֹמֵד לַאֲכִילָה כִּדְאָמְרִי' לְקַמָּן (בְּרָכוֹת דַּף מג:) הָאִי מָאן דְּמָרַח אַתְרוּגָּא אוֹמֵר אֲשֶׁר נָתַן רֵיחַ טוֹב בַּפֵּירוֹת וְלֹא מְבָרֵךְ בּוֹרֵא פֵּירוֹת ס"א עֲצֵי בְּשָׂמִים כֵּיוָן שֶׁעִיקָּרָן עוֹמֵד לַאֲכִילָה. רַב אִלְפָּס זַ"ל כָּתַב פִּלְפְּלֵי רְטִיבְתָּא בפה"א וְלָא נְהִירָא מִדְּפָרִיךְ מֵעָרְלָה וּמְשַׁנֵּי הָא בְּיַבֶּשְׁתָּא וְהָא בִּרְטִיבָא מִכְּלָל דְּרָטִיבְתָּא פְּרִי הָעֵץ הוּא וּמְבָרְכִין עָלָיו בּוֹרֵא פְּרִי הָעֵץ אֲבָל בְּזַנְגְּבִילָא רַטִּיבָא בפה"א בְּיַבֶּשְׁתָּא לֹא כְּלוּם:
Le poivre : Rav Chechet dit qu'on récite « chéhakol nihya bidvaro » ; Rava dit qu'on ne récite rien du tout. Et Rava suit ici sa propre position, lui qui a dit : celui qui mâcherait du poivre le jour de Kippour est exempt. On objecte : Rabbi Meir dit — de ce qui est énoncé « vous tiendrez pour incirconcis son fruit », ne sais-je pas déjà qu'il s'agit d'un arbre à nourriture ? Que vient donc enseigner « arbre à nourriture » ? Un arbre dont le bois et le fruit ont le même goût. Et lequel est-ce ? Le poivre. Cela enseigne que les poivres sont soumis à l'orla. La difficulté n'en est pas une : l'un traite du poivre frais, l'autre du poivre sec. Et nous tenons la halakha comme Rava : sur le poivre et le gingembre secs, ainsi que sur tout ce qui leur ressemble, comme le girofle et la muscade, on ne récite rien du tout. La raison en est qu'on n'a pas coutume de les manger crus, mais de les mélanger à d'autres choses. Sur la noix qu'on appelle muscade, on récite « bore péri haets » ; sur l'écorce qu'on appelle cannelle, « bore péri haadama ». De même, sur tout ce dont on sait que c'est un fruit d'arbre, on récite « bore péri haets » ; sur ce qui n'est pas un fruit, « bore péri haadama » ; et sur ce qu'on ne connaît pas, « chéhakol ». Sur le sucre, l'auteur du Halakhot Guedolot a écrit « bore péri haets », le tenant pour un rayon de miel. Et celui qui respire la canne récite « acher natan reah tov bifri haadama », puisque son usage principal est la consommation, comme nous le disons plus loin (Berakhot 43b) : celui qui respire un etrog dit « acher natan reah tov bapirót », et ne récite pas « bore perot » — selon d'autres versions « atsé vessamim » — puisque son usage principal est la consommation. Rav Alfassi a écrit que sur le poivre frais on récite « bore péri haadama ». Cela ne paraît pas exact : puisqu'on objecte depuis l'orla et qu'on répond « l'un traite du sec, l'autre du frais », il en ressort que le poivre frais est un fruit d'arbre et qu'on récite dessus « bore péri haets ». Pour le gingembre frais en revanche, on récite « bore péri haadama » ; sec, on ne récite rien.
💡 Explication

Rav Mecharchiya fait dépendre la bénédiction de la culture : la même plante, cultivée au jardin, reçoit la formule des arbres, et sauvage, celle des herbes. La consistance de la tige suit ici les conditions de croissance.

Le dernier enseignement introduit une troisième catégorie. Un fruit dont l'usage principal est la consommation ne relève ni des arbres odorants ni des herbes odorantes : sa formule mentionne le fruit lui-même. Tossefot précise la portée de cette règle — elle vaut seulement pour celui qui respire ; celui qui vient à manger récite la bénédiction de la consommation, non celle de l'odeur.

3
אָמַר רַב יְהוּדָה: הַאי מַאן דְּנָפֵיק בְּיוֹמֵי נִיסָן וְחָזֵי אִילָנֵי דְּקָא מְלַבְלְבִי, אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ שֶׁלֹּא חִיסֵּר בְּעוֹלָמוֹ כְּלוּם וּבָרָא בּוֹ בְּרִיּוֹת טוֹבוֹת וְאִילָנוֹת טוֹבוֹת לְהִתְנָאוֹת בָּהֶן בְּנֵי אָדָם״. אָמַר רַב זוּטְרָא בַּר טוֹבִיָּה אָמַר רַב: מִנַּיִן שֶׁמְּבָרְכִין עַל הָרֵיחַ? — שֶׁנֶּאֱמַר: ״כֹּל הַנְּשָׁמָה תְּהַלֵּל יָהּ״. אֵיזֶהוּ דָּבָר שֶׁהַנְּשָׁמָה נֶהֱנֵית מִמֶּנּוּ וְאֵין הַגּוּף נֶהֱנֶה מִמֶּנּוּ? — הֱוֵי אוֹמֵר: זֶה הָרֵיחַ.

Rav Yehouda dit : celui qui sort aux jours de Nissan et voit des arbres qui bourgeonnent dit : « Béni soit celui qui n'a rien manqué à son monde, et qui y a créé de belles créatures et de beaux arbres, pour que les hommes en jouissent. » Rav Zoutra bar Tovia dit au nom de Rav : d'où sait-on qu'on récite une bénédiction sur l'odeur ? De ce qui est dit : « Que tout ce qui respire loue Ya » (Psaumes 150:6).

Quelle est la chose dont l'âme tire jouissance sans que le corps en tire jouissance ? Dis : c'est l'odeur.

📜 Rachi (1)
לְהִתְנָאוֹת לֵיהָנוֹת:
Lehitnaot : en tirer jouissance.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מִנַּיִן שֶׁמְּבָרְכִין עַל הָרֵיחַ? מַקְשִׁים כֵּיוָן דְּיָלֵיף מִקְּרָא אִם כֵּן הָוֵה לֵיהּ בִּרְכַּת הָרֵיחַ חִיּוּבָא מִן הַתּוֹרָה, וּבְוַדַּאי דְּיֵשׁ לְהָבִין בִּפְשִׁיטוּת דְּזוֹ אַסְמַכְתָּא בְּעָלְמָא? אַךְ נִרְאֶה לִי בס"ד כַּוָּנָתָהּ שַׁ"ס הוּא מִנַּיִן דְּמֻותָּר לְבָרֵךְ עַל הָרֵיחַ? דְּסָלְקָא דַּעְתָּךְ אָסוּר לְבָרֵךְ מִפְּנֵי שֶׁהוּא הֲנָאָה קְצָרָה וְעוֹבֶרֶת מִיָּד לָא חֲשִׁיבָה הֲנָאָה לְבָרֵךְ עָלֶיהָ בְּשֵׁם, וְלָזֶה מֵבִיא רְאָיָה מִפָּסוּק כָּל הַנְּשָׁמָה דְּהִיא הֲנָאָה חֲשׁוּבָה וּמִמֵּילָא שָׁמְעִינַן דְּמֻותָּר לְבָרֵךְ עָלֶיהָ, וּבָזֶה נִיחָא לְתָרֵץ קֻושְׁיָא אַחֶרֶת דְּקָאָמַר בָּזֶה שֶׁהַנְּשָׁמָה נֶהֱנֵית מִמֶּנּוּ וְאֵין הַגּוּף נֶהֱנֶה מִמֶּנּוּ, וְקַשָּׁא וְהָא קָא חָזֵינַן שֶׁהַגּוּף נֶהֱנֶה מִן הָרֵיחַ? וּבָזֶה נִיחָא דִּרְצוֹנוֹ לוֹמַר אֵין נֶהֱנֶה מִמֶּנּוּ הֲנָאָה גְּמוּרָה מִפְּנֵי שֶׁהִיא הֲנָאָה קְצָרָה וְרוּחָנִית שֶׁאֵין בָּהּ מַמָּשׁוּת, אֲבָל הֲנָאַת הַנְּשָׁמָה מִמֶּנּוּ הִיא הֲנָאָה גְּמוּרָה וַחֲשׁוּבָה, שֶׁפּוֹעֶלֶת בַּשֵּׂכֶל שֶׁהִיא חֵלֶק הַנְּשָׁמָה שֶׁהָאָדָם יִתְפַּקַּח בּוֹ, כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רֵיחָא וְרֵיחָנֵי פִּקְּחִין. וְהָא דְּנֶאֱמַר בַּהֲנָאַת הָרֵיחַ (תְּהִלִּים קנ, ו) כֹּל הַנְּשָׁמָה תְּהַלֵּל יָהּ, נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּשַׁעַר הַכַּוָּנוֹת (דַּף פב), דְּכָל כַּוָּנוֹת הָרֵיחַ רְמוּזִים בְּאוֹתִיּוֹת אֵלּוּ שֶׁהֵם רֵיחַ נִיחוֹחַ לָהּ', עַיֵּין שָׁם, וְעִנְיַן אוֹתִיּוֹת אֵלּוּ הֵם ט"ו כְּמִנְיַן י"ה, לְכָךְ נֶאֱמַר בְּבִרְכַּת הָרֵיחַ כֹּל הַנְּשָׁמָה תְּהַלֵּל יָהּ.
« D'où sait-on qu'on récite une bénédiction sur l'odeur ? » On demande : puisqu'on le tire d'un verset, la bénédiction de l'odeur serait une obligation de la Torah ; or il faut évidemment comprendre simplement qu'il s'agit d'une simple asmakhta, un appui scripturaire. Il me paraît, avec l'aide du Ciel, que l'intention du Talmud est de demander : d'où sait-on qu'il est permis de réciter une bénédiction sur l'odeur ? Car on aurait pu penser qu'il est interdit de bénir, parce qu'il s'agit d'une jouissance brève, qui passe aussitôt, et qui ne compte pas comme une jouissance sur laquelle on prononce le Nom. C'est pourquoi il apporte une preuve du verset « que tout ce qui respire » : cette jouissance est importante, et il s'ensuit qu'il est permis de bénir dessus. Cela permet aussi de résoudre une autre difficulté. Il est dit ici que l'âme en jouit et que le corps n'en jouit pas ; or nous voyons bien que le corps jouit de l'odeur. La réponse est qu'il veut dire que le corps n'en tire pas une jouissance complète, parce qu'elle est brève et spirituelle, sans consistance matérielle ; tandis que la jouissance qu'en tire la nechama, l'âme, est complète et importante, car elle agit sur l'intellect, qui est une part de la nechama et par lequel l'homme s'éclaire — comme il a été dit : l'odeur et les parfums rendent perspicace. Quant au fait que la jouissance de l'odeur soit désignée par « que toute nechama loue Ya » (Psaumes 150:6), il me paraît, avec l'aide du Ciel, qu'on peut l'expliquer d'après ce qu'a écrit notre maître le Ari dans le Chaar Hakavanot (folio 82) : toutes les kavanot, les intentions, de l'odeur sont contenues dans les lettres de la formule reah nihoah la-Chem, vois-y ; or ces lettres sont au nombre de quinze, comme la valeur numérique de Ya. C'est pourquoi il est dit dans la bénédiction de l'odeur : que toute nechama loue Ya.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' הֵבִיאוּ לוֹ מָלִיחַ וּפַת עִמּוֹ מְבָרֵךְ עַל הַמָּלִיחַ וּפוֹטֵר אֶת הַפַּת שֶׁהַפַּת טְפֵלָה לוֹ זֶה הַכְּלָל כָּל שֶׁהוּא עִיקָּר וְעִמּוֹ טָפֵל מְבָרֵךְ עַל הָעִיקָּר וּפוֹטֵר אֶת הַטְּפֵלָה:
Michna : si on lui a apporté un mets salé et du pain avec lui, il bénit sur le mets salé et acquitte le pain, car le pain lui est accessoire. Voici la règle : tout ce qui est principal et qu'accompagne un accessoire — on bénit sur le principal et l'on acquitte l'accessoire.
💡 Explication

La bénédiction des arbres de Nissan est rapportée ici par voisinage : elle porte elle aussi sur une perception qui ne se consomme pas.

Le second enseignement donne le fondement de toute la série. Le verset joue sur nechama, qui signifie à la fois l'âme et le souffle. La question posée est : quelle jouissance revient à l'âme seule ? La réponse désigne l'odeur, seule chose que l'on perçoit par le souffle sans rien absorber.

Le Ben Ich Haï reformule la question. Puisqu'un verset est cité, on croirait à une obligation de la Torah ; il propose de lire la question comme portant sur la permission de bénir, une jouissance aussi brève pouvant sembler trop légère pour qu'on y prononce le Nom.

4
וְאָמַר רַב זוּטְרָא בַּר טוֹבִיָּה אָמַר רַב: עֲתִידִים בַּחוּרֵי יִשְׂרָאֵל שֶׁיִּתְּנוּ רֵיחַ טוֹב כַּלְּבָנוֹן. שֶׁנֶּאֱמַר: ״יֵלְכוּ יֹונְקוֹתָיו וִיהִי כַזַּיִת הוֹדוֹ וְרֵיחַ לוֹ כַּלְּבָנוֹן״.

Et Rav Zoutra bar Tovia dit au nom de Rav : les jeunes gens d'Israël sont destinés à répandre une bonne odeur comme le Liban, ainsi qu'il est dit : « Ses rejetons s'étendront, sa splendeur sera comme celle de l'olivier, et son parfum comme celui du Liban » (Osée 14:7).

📜 Rachi (1)
כַּלְּבָנוֹן שֶׁמְּרִיחִין עָלָיו וּפְרָחָיו:
Comme le Liban : car ses feuilles et ses fleurs embaument.
🪔 Ben Yehoyada (1)
עֲתִידִין כָּל בַּחוּרֵי יִשְׂרָאֵל שֶׁלֹּא טָעֲמוּ טַעַם חֵטְא, שֶׁיִּתְּנוּ רֵיחַ כַּלְּבָנוֹן. נִרְאֶה לִי בס"ד לַבְנוּן רֶמֶז לְאוֹר מַקִּיף בְּסוֹד לְבָנָה זָכָה הָאָמוּר בְּסַמָּנֵי קְטֹורֶת, שֶׁהִיא כְּנֶגֶד אוֹר מַקִּיף, וְיָדוּעַ כִּי אוֹר מַקִּיף אֵין הַקְּלִיפּוֹת יְכוֹלִים לֵהָנוֹת מִמֶּנּוּ בְּשׁוּם זְמַן וְעִידָּן, וְלָכֵן בַּחוּרֵי יִשְׂרָאֵל שֶׁלֹּא נָתְנוּ שְׁלִיטָה לְיֵצֶר הָרַע עֲלֵיהֶם יִהְיֶה לָהֶם רֵיחַ כַּלְּבָנוֹן, הוּא אוֹר מַקִּיף שֶׁאֵין שְׁלִיטָה לַחִיצוֹנִים בּוֹ, וְלָזֶה אָמַר (הוֹשֵׁעַ יד, ז) וַיְהִי כַּזַּיִת הוֹדוּ, עַל דֶּרֶךְ מַה שֶׁאָמְרוּ בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ בַּפָּסוּק (תְּהִלִּים קכח, ג) בָּנֶיךָ כְּשֶׁתְּלִי זֵיתִים, מַה זַיִת דָּא בֵּין בְּסוּותָא בֵּין בְּקַייְטָא לָא אִתְאֲבִידוּ טַרְפּוֹ, וְלָזֶה יִדְמֶה אוֹר מַקִּיף דְּבֵין יִשְׂרָאֵל עוֹשִׂים רְצוֹנוֹ שֶׁל מָקוֹם בֵּין אִם אֵין עוֹשִׂים לֹא יוּכְלוּ הַחִיצוֹנִים לֵהָנוֹת מִמֶּנּוּ, מַה שֶׁאֵין כֵּן או"פ זֶה תָּלוּי בְּמַעֲשֵׂה הַתַּחְתּוֹנִים.
« Les jeunes gens d'Israël qui n'ont pas goûté le goût de la faute sont destinés à répandre un parfum comme le Liban. » Il me paraît, avec l'aide du Ciel, que le Liban, Levanon, fait allusion à l'or makif, la lumière environnante, selon le sod de la levona zaka, l'encens pur mentionné parmi les composants du ketoret, qui correspond à l'or makif. Or il est connu que les kelipot, les écorces, ne peuvent jouir de l'or makif en aucun temps ni aucun moment. C'est pourquoi les jeunes gens d'Israël qui n'ont pas laissé le yetser hara prendre pouvoir sur eux auront un parfum comme le Liban, c'est-à-dire l'or makif, sur lequel les forces extérieures n'ont aucun pouvoir. C'est en ce sens qu'il est dit « sa splendeur sera comme celle de l'olivier » (Osée 14:7), à la manière de ce qui est dit dans le saint Zohar sur le verset « tes fils seront comme des plants d'olivier » (Psaumes 128:3) : de même que l'olivier, hiver comme été, ne perd pas ses feuilles. Ainsi en va-t-il de l'or makif : qu'Israël accomplisse ou non la volonté de l'Omniprésent, les forces extérieures ne peuvent en jouir. Il en va autrement de l'or penimi, la lumière intérieure, qui dépend des actes de ceux d'en bas.
💡 Explication

Ici commence la série des enseignements transmis par Rav Zoutra bar Tovia au nom de Rav. Ce qui les relie tient à la chaîne de transmission plus qu'au sujet : le Talmud rassemble les dits d'un même transmetteur, procédé fréquent dans les passages aggadiques.

Le verset d'Osée est lu au futur : le parfum devient la marque d'un état à venir. Rachi ramène la comparaison au concret, les feuilles et les fleurs du Liban embaumant réellement.

5
וְאָמַר רַב זוּטְרָא בַּר טוֹבִיָּה אָמַר רַב: מַאי דִכְתִיב ״אֶת הַכֹּל עָשָׂה יָפֶה בְעִתּוֹ״ — מְלַמֵּד שֶׁכָּל אֶחָד וְאֶחָד יִפָּה לוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא אֻומָּנוּתוֹ בְּפָנָיו.

Et Rav Zoutra bar Tovia dit au nom de Rav : que signifie ce qui est écrit « Il a fait toute chose belle en son temps » (Ecclésiaste 3:11) ? Cela enseigne que le Saint, béni soit-Il, a rendu à chacun son métier beau à ses propres yeux.

📜 Rachi (1)
יָפֶה לוֹ אוֹמַנְתּוֹ וְאַפֵּי' בֻּורְסִי נָאֶה לוֹ אוֹמַנְתּוֹ בְּעֵינָיו וְעָשָׂה הַקָּדוֹשׁ ב"ה כֵּן שֶׁלֹּא יֶחְסַר הָעוֹלָם אֻומָּנוּת:
Il trouve son métier beau : même le tanneur trouve son métier agréable à ses yeux. Le Saint, béni soit-Il, a fait ainsi pour que le monde ne manque d'aucun métier.
💡 Explication

Le verset est lu comme portant sur le rapport de chacun à son occupation. La beauté dont il parle n'est pas objective : elle tient au regard de celui qui exerce le métier.

Rachi donne la raison de cette disposition : elle assure que tous les métiers trouvent preneur, y compris ceux que l'on tiendrait pour rebutants, et que le monde ne manque d'aucun d'eux.

6
אָמַר רַב פָּפָּא: הַייְנוּ דְּאָמְרִי אִינָשֵׁי: ״תְּלֵה לֵיהּ קוֹרָא לְדָבָר אַחֵר, וְאִיהוּ דִּידֵיהּ עֲבִיד״.

Rav Papa dit : c'est ce que disent les gens — « on a suspendu un cœur de palmier à un certain animal, et il continue de faire ce qui lui est propre ».

📜 Rachi (1)
קוֹרֵא רַךְ הַגָּדֵל בְּדֶקֶל תָּלָה אוֹתוֹ לַחֲזִיר וְהוּא יְגַלְגְּלֶנּוּ בָּאַשְׁפָּה שֶׁזּוֹ הִיא אוֹמַנְתּוֹ:
Kora : la pousse tendre qui croît dans le palmier. Suspends-la à un porc : il la roulera dans le fumier, car tel est son métier.
💡 Explication

Le proverbe illustre l'enseignement précédent par son revers. Le kora, pousse tendre du palmier, est un mets recherché ; l'animal désigné par le tour de discrétion davar aher le roule pourtant dans le fumier.

Chacun juge selon sa propre nature : la valeur de la chose ne change pas le penchant de celui qui la reçoit. Comme on ne peut conclure d'une nature à une autre, on ne s'étonne pas qu'un homme trouve beau un métier qu'un autre dédaignerait.

7
וְאָמַר רַב זוּטְרָא בַּר טוֹבִיָּה אָמַר רַב: אֲבוּקָה כִּשְׁנַיִם, וְיָרֵחַ כִּשְׁלֹשָׁה. אִיבַּעְיָא לְהוּ: אֲבוּקָה כִּשְׁנַיִם בַּהֲדֵי דִּידֵיהּ, אוֹ דִּילְמָא אֲבוּקָה כִּשְׁנַיִם לְבַר מִדִּידֵיהּ? תָּא שְׁמַע: וְיָרֵחַ כִּשְׁלֹשָׁה, אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא בַּהֲדֵי דִּידֵיהּ — שַׁפִּיר. אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ לְבַר מִדִּידֵיהּ, אַרְבָּעָה לָמָּה לִי? וְהָאָמַר מַר: לְאֶחָד נִרְאֶה וּמַזִּיק, לִשְׁנַיִם נִרְאֶה וְאֵינוֹ מַזִּיק, לִשְׁלֹשָׁה אֵינוֹ נִרְאֶה כָּל עִיקָּר. אֶלָּא לָאו שְׁמַע מִינַּהּ אֲבוּקָה כִּשְׁנַיִם — בַּהֲדֵי דִּידֵיהּ. שְׁמַע מִינָּה.

Et Rav Zoutra bar Tovia dit au nom de Rav : une torche vaut deux, et la lune vaut trois. On leur posa la question : une torche vaut deux en comptant celui qui la porte, ou bien vaut-elle deux en plus de lui ?

Viens et entends : « et la lune vaut trois ». Si tu dis que c'est en comptant celui qui la porte, cela va bien.

Mais si tu dis que c'est en plus de lui, à quoi bon quatre ? Le Maître n'a-t-il pas dit : à un seul il apparaît et lui nuit, à deux il apparaît sans leur nuire, à trois il n'apparaît pas du tout.

Faut-il donc en conclure qu'une torche vaut deux en comptant celui qui la porte ? Conclus-en ainsi.

📜 Rachi (3)
אֲבוּקָה כִּשְׁנֵי בְּנֵי אָדָם לְעִנְיַן הַיּוֹצֵא בַּלַּיְלָה דְּאָמַר מַר אַל יֵצֵא אָדָם יְחִידִי בַּלַּיְלָה:
Une torche vaut deux hommes : il s'agit de celui qui sort la nuit, car le Maître a dit qu'un homme ne doit pas sortir seul la nuit.
וְיָרֵחַ כִּשְׁלֹשָׁה וְיֵשׁ חִלּוּק בֵּין שְׁנַיִם לִשְׁלֹשָׁה כְּדִלְקַמָּן:
Et la lune vaut trois : et il y a une différence entre deux et trois, comme il est dit plus loin.
לְאֶחָד נִרְאֶה הַשֵּׁד וּמַזִּיקוֹ:
À un seul il apparaît : le démon, et il lui nuit.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא בַּהֲדֵיהּ דִּידֵיהּ שַׁפִּיר. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מְנָא לַן לְהַכְרִיחַ כֵּן דִּילְמָא אֲבוּקָה בִּשְׁתַּיִם רְצוֹנוֹ לוֹמַר בַּהֲדֵי דִּידֵיהּ, וְיָרֵחַ בִּשְׁלֹשָׁה רְצוֹנוֹ לוֹמַר אִם מִלְּבַד הָאֲבוּקָה שֶׁבְּיָדוֹ יֵשׁ גַּם כֵּן יָרֵחַ אָז הֵם כִּשְׁלֹשָׁה בַּהֲדֵי דִּידֵיהּ, וְקָא מַשְׁמַע לַן דְּלָא תֵּימָא כֵּיוָן דְּיֶרַח וַאֲבוּקָה שְׁנֵיהֶם אוֹר אֵין נֶחְשָׁבִים כָּל אֶחָד בִּפְנֵי עַצְמוֹ אֶלָּא בָּטֵל אוֹר זֶה בְּאוֹר זֶה, לְהָכִי קָא מַשְׁמָע לַן דְּנֶחְשָׁבִים לִשְׁנַיִם, וְאִם כֵּן לְפִי זֶה אִם לֹא הָיָה אֲבוּקָה אֶלָּא יָרֵחַ לְבַדּוֹ אֵין נֶחְשָׁב הַיָּרֵחַ כִּשְׁנַיִם אֶלָּא כְּאֶחָד? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִם כֵּן לָמָּה מַאֲרִיךְ לוֹמַר אֲבוּקָה בִּשְׁנַיִם וְיָרֵחַ בִּשְׁלֹשָׁה, וַהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר אֲבוּקָה וְיָרֵחַ בִּשְׁלֹשָׁה, רְצוֹנוֹ לוֹמַר שְׁלֹשָׁה בַּהֲדֵי דִּידֵיהּ, אֶלָּא וַדַּאי הוּא כִּדְמַסִּיק, מִיהוּ עֲדַיִין יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת עַל הַבַּעֲייָן מַאי קָא בָּעֵי, מִמַּה נַפְשָׁךְ אִם יָדַע לְהַאי חִילּוּקָא דְּאָמַר מַר מַאי מִבַּעְייָא לֵיהּ, הָא וַדַּאי כַּוָּנַת הַמַּאֲמָר בַּהֲדֵי דִּידִי הִדְאָם לֹא כֵן אַרְבָּעָה לָמָּה לִי, וְאִם לֹא יָדַע הַאי חִילּוּקָא דְּאָמַר מַר אִם כֵּן מֵעִיקָּרָא אֵיךְ הֵבִין דִּבְרֵי רַב דִּמְחַלֵּק בֵּין שְׁנַיִם לִשְׁלֹשָׁה, וַהֲוָה לֵיהּ לִשְׁאֹל תְּחִלָּה מַאי טַעְמָא דְּרַב? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהַבַּעֲיָין חָשַׁב שֶׁהַחִילּוּק שֶׁיֵּשׁ בֵּין שְׁנַיִם לִשְׁלֹשָׁה הוּא כָּךְ, דְּלִשְׁנַיִם נִרְאִין וּמַזִּיקִין וְלִשְׁלֹשָׁה נִרְאִין וְאֵין מַזִּיקִין, וְלֹא חָשַׁב שֶׁיֵּשׁ הֶפְרֵשׁ בֵּין אֶחָד לִשְׁנַיִם כְּלָל, וְלָכֵן שָׁאַל וְהֵשִׁיב לוֹ הִתְרַצֵּן הָא דְּאָמַר מַר וְכוּ'. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד דִּלְעוֹלָם יָדַע הַבַּעֲיָין הַאי חִילּוּקָא דְּאָמַר מַר דְּבִשְׁלֹשָׁה אֵין נִרְאִין וּבִשְׁנַיִם נִרְאִין, אַךְ חָשַׁב שֶׁיֵּשׁ עוֹד מַדְרֵגָה אַחֶרֶת וְהוּא דְּבִשְׁלֹשָׁה אַף עַל פִּי שֶׁאֵין נִרְאִין לָעֵינַיִם עִם כָּל זֶה נִרְאִין לִרְאִייַּת הַלֵּב, שֶׁיִּהְיֶה הָאָדָם מְפַחֵד מֵעַצְמוֹ כְּמוֹ הַךְ דְּאִתְּמַר בְּדָנִיֵּאל (י' ז') וְהָאֲנָשִׁים אֲשֶׁר הָיוּ עִמִּי לֹא רָאוּ אֶת הַמַּרְאָה אֲבָל חֲרָדָה גְדֹלָה נָפְלָה עֲלֵיהֶם, וְכֵן מָצִינוּ בַּגְּמָרָא שֶׁעָשׂוּ סְגֻולּוֹת לְמִי שֶׁמְּפַחֵד וְאֵינוֹ יוֹדֵעַ מִמִּי מְפַחֵד, נִמְצָא יֵשׁ רְאָיָה שֶׁהִיא בַּלֵּב וְזוֹ נִמְצֵאת אֵצֶל הַשְּׁלֹשָׁה, אֲבָל הָאַרְבָּעָה גַּם רְאָיָה זוֹ לֹא תִּהְיֶה, וְחִידֵּשׁ לוֹ הַתָּרְצָן בִּשְׁלֹשָׁה אֵין נִרְאִין כָּל עִיקָּר, רְצוֹנוֹ לוֹמַר אֲפִילּוּ רְאִייַּת הַלֵּב, וְאִם כֵּן הָדְרָא קוּשְׁיָא אַרְבָּעָה לְמַאי אִצְטְרִיךְ. וְהִנֵּה הָרַב סֵפֶר הַבְּרִית מַאֲמָר ד' כָּתַב הַיָּרֵחַ נִרְאֶה בָּהּ כְּמוֹ פְּנֵי אָדָם, וּבֶאֱמֶת אֵינוֹ אֶלָּא כְּתָמִים קְטַנִּים בְּגוּפָהּ, וּלְדַעַת הַפְּלוֹסוֹפִים הֵם דְּבָרִים הַבּוֹלְטִים וְהַשּׁוֹקְעִים בְּגוּפָהּ עַייֵּן שָׁם, וּלְפִי זֶה מַה שֶּׁכָּתַב הָרַב פֶּתַח עֵינַיִם זַ"ל בְּשֵׁם הָרַמָ"א זַ"ל הַיָּרֵחַ וּפְנֵי יַעֲקֹב הַחֲקוּקִים בָּהּ הֲרֵי כָּאן שְׁנַיִם וְכוּ', אֵין כַּוָּנָתוֹ עַל זֶה הַדִּמְיוֹן שֶׁנִּדְמֶה לְעֵינֵי הָאָדָם שֶׁיֵּשׁ בְּיֶרַח כְּמוֹ פְּנֵי אָדָם, אֶלָּא קַבָּלָה בְּיָדוֹ שֶׁיֵּשׁ חֲקִיקַת פְּנֵי יַעֲקֹב בְּיֶרַח לְמַעְלָה וְאֵין זֶה נִרְאֶה לָנוּ, וְנִרְאֶה לִי יַעֲקֹב לֵאָה עוֹלֶה מִסֵּפֶר יֶרַח לְכָךְ, נֶחְקְקָה צוּרַת פָּנָיו בְּיֶרַח לְמַעְלָה, וַחֲקִיקָה עֶלְיוֹנָה זוֹ אֵין נִרְאֵית לְעֵינֵינוּ. נִמְצָא עַתָּה אָדָם הַיּוֹצֵא בַּלַּיְלָה בְּמָקוֹם דִּשְׁכִיחִי מַזִּיקִין, יִהְיֶה לוֹ הַצָּלָה מְעַלַּיְיתָא עַל יְדֵי הַיָּרֵחַ שֶׁנֶּחְשֶׁבֶת כִּשְׁנַיִם, וּבָזֶה יוּבָן בס"ד רָמַז הַכָּתוּב (תְּהִלִּים עב, ז) וְרֹב שָׁלוֹם עַד בְּלִי יָרֵחַ, כְּלוֹמַר לֶעָתִיד יִהְיֶה רַב שָׁלוֹם שֶׁיִּמְחוּ הַמַּזִּיקִין לְגַמְרֵי וְלֹא נִצְטָרֵךְ לִשְׁמִירַת הַיָּרֵחַ.
« Si tu dis que c'est en comptant celui qui la porte, cela va bien. » Il y a lieu d'objecter : d'où tenons-nous cette conclusion ? Peut-être « une torche vaut deux » signifie-t-il en le comptant lui, et « la lune vaut trois » signifie-t-il que si, outre la torche qu'il tient, il y a aussi la lune, ils valent alors trois en le comptant lui. Le Talmud nous apprendrait ainsi de ne pas dire que, la lune et la torche étant toutes deux lumière, elles ne comptent pas chacune pour elle-même, l'une s'annulant dans l'autre ; il nous apprend qu'elles comptent pour deux. Mais alors, s'il n'y avait pas de torche et seulement la lune, la lune ne compterait pas pour deux mais pour un seul ? Il me paraît, avec l'aide du Ciel, que s'il en était ainsi, pourquoi s'étendre à dire « une torche vaut deux et la lune vaut trois » ? Il aurait suffi de dire « une torche et la lune valent trois », c'est-à-dire trois en le comptant lui. Il faut donc bien conclure comme le fait le Talmud. Il reste toutefois à objecter sur celui qui pose la question : que demande-t-il au juste ? Quoi qu'il en soit, s'il connaissait la distinction énoncée par le Maître, que demandait-il ? Le sens de l'enseignement est assurément « en le comptant lui », sans quoi à quoi bon quatre. Et s'il ne connaissait pas cette distinction, comment avait-il compris d'abord les paroles de Rav, qui distingue entre deux et trois ? Il aurait dû commencer par demander quelle est la raison de Rav. Il me paraît, avec l'aide du Ciel, que celui qui pose la question croyait que la différence entre deux et trois était celle-ci : à deux ils apparaissent et nuisent, à trois ils apparaissent sans nuire, sans qu'il y ait aucun écart entre un et deux. Il posa donc sa question, et celui qui répond lui opposa la parole du Maître. Il me paraît encore, avec l'aide du Ciel, que celui qui pose la question connaissait parfaitement la distinction du Maître, selon laquelle à trois ils n'apparaissent pas et à deux ils apparaissent ; mais il pensait qu'il existait un degré supplémentaire : à trois, bien qu'ils n'apparaissent pas aux yeux, ils apparaîtraient encore à la vue du cœur, l'homme étant saisi de crainte sans savoir pourquoi — comme il est dit chez Daniel (10:7) : « les hommes qui étaient avec moi ne virent pas la vision, mais une grande terreur tomba sur eux ». Nous trouvons de même dans la guemara des remèdes pour celui qui a peur sans savoir de quoi il a peur. Il y a donc une vision qui se tient dans le cœur, et elle se trouverait encore chez trois ; à quatre en revanche, même cette vision-là disparaîtrait. Celui qui répond lui apprend alors qu'à trois ils n'apparaissent pas du tout, c'est-à-dire pas même à la vue du cœur ; et dès lors la difficulté revient : à quoi bon quatre ? Or le maître du Sefer Haberit, au quatrième discours, a écrit qu'on voit dans la lune comme un visage humain, alors qu'il ne s'agit en vérité que de petites taches sur son corps, que les philosophes tiennent pour des reliefs et des creux, vois-y. Selon cela, ce qu'a écrit le maître du Petah Enayim au nom du Rama, que la lune et le visage de Yaakov qui y est gravé font déjà deux, ne vise pas cette ressemblance apparente aux yeux de l'homme, mais une tradition qu'il tenait, selon laquelle le visage de Yaakov est gravé dans la lune d'en haut, ce qui ne nous est pas visible. Et il me paraît que Yaakov avec Léa égale la valeur numérique de yareah, la lune, et que c'est pour cela que la forme de son visage a été gravée dans la lune d'en haut, gravure supérieure qui ne se voit pas de nos yeux. Il ressort de là que l'homme qui sort la nuit en un lieu où les forces nuisibles sont fréquentes reçoit une protection pleine par la lune, qui compte pour deux. On comprend ainsi, avec l'aide du Ciel, l'allusion du verset « et abondance de paix jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de lune » (Psaumes 72:7) : dans l'avenir la paix sera abondante, les forces nuisibles ayant entièrement disparu, et nous n'aurons plus besoin de la protection de la lune.
💡 Explication

L'enseignement porte sur la protection nocturne : la lumière tient lieu de compagnie face aux démons. Reste à savoir ce que compte exactement le chiffre annoncé.

La résolution passe par une règle déjà connue, qui fixe trois paliers et s'arrête là : au-delà de trois personnes, il n'y a plus rien à gagner. L'hypothèse qui aboutirait à quatre rend donc la seconde moitié de l'enseignement de Rav inutile, et se trouve écartée. Le raisonnement est économique : on retient la lecture qui donne un emploi à chaque terme.

🖼️ Schéma
La torche et la lune : compter le marcheur ou non ? Rav énonce deux équivalences. Toute la question est de savoir si le porteur est déjà dans le compte. La règle de référence sur les démons, rappelée par la guemara À un seul : le démon apparaît et lui nuit. À deux : il apparaît sans nuire. À trois : il n'apparaît pas du tout. Il n'y a donc aucun palier au-delà de trois : un quatrième n'ajouterait rien. Hypothèse A : en plus du porteur Torche = porteur + 2 = trois. Lune = porteur + 3 = quatre. Or à partir de trois le démon n'apparaît déjà plus du tout. Un quatrième est sans emploi. Rejetée Hypothèse B : le porteur compris Torche = deux au total, dont lui. Lune = trois au total, dont lui. Chaque chiffre tombe exactement sur un palier de la règle : apparaît sans nuire, puis rien. Retenue -- chema mina La conséquence pratique Marcher seul de nuit avec une torche équivaut à deux : on est vu mais non atteint. Marcher au clair de lune équivaut à trois : la protection est complète.
Les deux lectures du chiffre, et la règle des trois paliers qui permet de trancher.
8
וְאָמַר רַב זוּטְרָא בַּר טוֹבִיָּה אָמַר רַב, וְאָמְרִי לַהּ אָמַר רַב חָנָא בַּר בִּיזַּנָא אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן חֲסִידָא, וְאָמְרִי לָהּ אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי: נוֹחַ לוֹ לְאָדָם שֶׁיַּפִּיל עַצְמוֹ לְתוֹךְ כִּבְשַׁן הָאֵשׁ וְאַל יַלְבִּין פְּנֵי חֲבֵרוֹ בָּרַבִּים. מִנָּלַן? — מִתָּמָר, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הִיא מוֹצֵאת וְגוֹ׳״.

Et Rav Zoutra bar Tovia dit au nom de Rav ; et certains disent : Rav Hana bar Bizna dit au nom de Rabbi Chimon Hassida ; et certains disent : Rabbi Yo'hanan dit au nom de Rabbi Chimon ben Yohai — il est préférable pour un homme de se jeter dans une fournaise ardente plutôt que de faire pâlir le visage de son prochain en public. D'où le tirons-nous ?

De Tamar, ainsi qu'il est dit : « Comme on la faisait sortir, elle envoya dire... » (Genèse 38:25).

📜 Rachi (1)
הִיא מוּצֵאת וְהִיא שָׁלְחָה וְגוֹ' וְאִילּוּ בְּהֶדְיָא לֹא אָמְרָה אֵלּוּ הַסִּימָנִים שֶׁל יְהוּדָה הֵם וְלוֹ אֲנִי הָרָה אֶלָּא לְאִישׁ אֲשֶׁר אֵלֶּה לּוֹ אָנֹכִי הָרָה אִם יוֹדֶה יוֹדֶה וְאִם לָאו אֶשָּׂרֵף וְלֹא אַלְבִּין פָּנָיו:
« Comme on la faisait sortir, elle envoya dire... » : elle ne dit pas expressément « ces gages sont ceux de Yehouda et c'est de lui que je suis enceinte », mais seulement « c'est de l'homme à qui appartiennent ces objets que je suis enceinte ». S'il avoue, il avouera ; sinon, je serai brûlée et je ne le ferai pas pâlir.
🪔 Ben Yehoyada (1)
נוֹחַ לוֹ לְאָדָם שֶׁיַּפִּיל עַצְמוֹ לְתוֹךְ כִּבְשַׁן הָאֵשׁ, וְאַל יַלְבִּין פְּנֵי חֲבֵרוֹ בָּרַבִּים, מְנָא לַן? מִתָּמָר, שֶׁנֶּאֱמַר: (בְּרֵאשִׁית לח) "הִיא מוֹצֵאת" וְגוֹ'. קַשָּׁא שֶׁמָּא חֲשָׁבָהּ אוּלַי יוֹדֶה מֵעַצְמוֹ כְּשֶׁיִּרְאֶה הַסִּימָנִים, וְאִין הָכִי נָמֵי אִם לֹא הָיָה מוֹדֶה אַחַר שֶׁרָאָה הַסִּימָנִים הָיְתָה מַגֶּדֶת שֶׁמִּמֶּנּוּ נִתְעַבְּרָה, וְאִם כֵּן מְנָא לַן דְּנָח לְאָדָם שֶׁיַּפִּיל וְכוּ'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָלֵיף לָהּ מִמַּה שֶׁמָּצִינוּ שֶׁלֹּא הֶרְאֲתָה הַסִּימָנִים אֶלָּא בִּגְמַר דִּין דִּכְתִיב (בְּרֵאשִׁית לח, כה) הִוא מוּצֵאת וְהִיא שָׁלְחָה אֶל חָמִיהָ, כִּי וַדַּאי קֹודֶם זֶה הֵבִיאוּ אוֹתָהּ לְבַד וְדָנוּ אוֹתָהּ, כִּי אוּלַי הַהִיא אֲנוּסָה וּפְטוּרָה, וִיהוּדָה הָיָה יוֹשֵׁב בַּדִּין וְהָיָה לְהוֹצִיא הַסִּימָנִים וַתֹּאמֶר לוֹ בִּפְנֵי בֵּית דִּין לְאִישׁ אֲשֶׁר אֵלֶּה לּוֹ אָנֹכִי הָרָה, אַךְ הִיא לֹא אָמְרָה עַל הַסִּימָנִים אֶלָּא אַחַר שֶׁגָּמְרוּ דִּינָהּ וְיָצְאוּ לְהִשָּׂרֵף, דְּהַשָּׁעָה דְּחוּקָה הָיְתָה, שֶׁאִם יְהוּדָה לֹא הָיָה מוֹדֶה הָיְתָה נִשְׂרֶפֶת, דְּאַחַר שֶׁכְּבָר יָצְאָה מִבֵּית דִּין לֹא הָיְתָה חוֹזֶרֶת לוֹמַר לָהֶם דָּבָר חָדָשׁ שֶׁמִּמֶּנּוּ נִתְעַבְּרָה אִם לֹא הָיָה מוֹדֶה הוּא מֵעַצְמוֹ, כִּי לֹא הָיוּ דְּבָרֶיהָ נִשְׁמָעִים מֵאַחַר כִּי בַּתְּחִילָּה הָיָה יוֹשֵׁב הוּא עִם הַבֵּית דִּין כְּשֶׁדָּנוּ אוֹתָהּ וְלֹא אָמְרָה לוֹ מִמְּךָ אֲנִי הָרָה, וְלָכֵן עַתָּה לֹא נִשְׁאַר לָהּ תִּקְוָה לְהִנָּצֵל אֶלָּא רַק אִם הוּא מֵעַצְמוֹ יוֹדֶה. אוֹ יוּבָן דְּיָלֵיף לָהּ מִדִּכְתִיב מוֹצֵאת בְּלֹא אָלֶ"ף, שֶׁנִּרְמַז כָּאן עַל הִצַּתָּהּ בָּאֵשׁ, כְּמוֹ שֶׁכָּתַב הָרַב בַּעַל הַטּוּרִים זַ"ל, וְלָמָּה שִׁינָּה הַכָּתוּב בְּכָךְ, אֶלָּא בָּא לְלַמְּדֵינוּ דָּבָר זֶה. וְנִרְאֶה לִי בס"ד לְכָךְ בָּחֲרָה לִיקַּח הַסִּימָנִים מִמֶּנּוּ שֶׁרָאשֵׁי תֵּיבוֹת שֶׁלָּהֶם פח"ם [ ח תֵּמַת פ תִּילִּים מ טֵה] , וְהַיְינוּ כִּי מֵעִיקָּרָא גָּמְרָה בְּדַעְתָּהּ שֶׁאִם אַחַר כָּךְ לֹא יוֹדֶה מֵעַצְמוֹ תְּקַבֵּל לְהִשָּׂרֵף וְתִהְיֶה פח"ם וְלֹא תְּבַיְּישֶׁנּוּ, כִּי הִיא הָיְתָה חַכְמָנִית וְיָדְעָה שֶׁאַחַר כָּךְ יָדוּנוּ אוֹתָהּ בִּשְׂרֵיפָה.
« Il est préférable pour un homme de se jeter dans une fournaise ardente plutôt que de faire pâlir le visage de son prochain en public. D'où le tirons-nous ? De Tamar, ainsi qu'il est dit : comme on la faisait sortir... » (Genèse 38). On objecte : peut-être pensait-elle qu'il avouerait de lui-même en voyant les gages, et qu'à défaut d'aveu après les avoir vus, elle aurait bien déclaré que c'était de lui qu'elle était enceinte ; d'où tirons-nous alors qu'il est préférable à l'homme de se jeter, etc. ? Il me paraît, avec l'aide du Ciel, qu'on le tire de ce qu'elle ne montra les gages qu'au moment du jugement achevé, comme il est écrit « comme on la faisait sortir, elle envoya dire à son beau-père » (Genèse 38:25). Car auparavant on l'avait certainement amenée seule et jugée, puisqu'elle aurait pu avoir été contrainte et se trouver exempte ; Yehouda siégeait au tribunal, et elle aurait pu produire les gages et lui dire devant le tribunal « c'est de l'homme à qui appartiennent ces objets que je suis enceinte ». Or elle ne parla des gages qu'après que sa sentence fut prononcée et qu'on l'eut fait sortir pour la brûler, l'heure étant alors pressante : si Yehouda n'avouait pas, elle serait brûlée, car une fois sortie du tribunal elle ne pouvait plus y revenir pour dire une chose nouvelle, à savoir que c'était de lui qu'elle était enceinte, s'il n'avouait pas de lui-même. Ses paroles n'auraient pas été reçues, puisque au début il siégeait avec le tribunal quand on l'a jugée et qu'elle ne lui avait pas dit « c'est de toi que je suis enceinte ». Il ne lui restait donc plus d'espoir d'être sauvée, sinon qu'il avouât de lui-même. On peut encore le comprendre à partir du mot motset écrit sans alef, où se trouve une allusion à l'embrasement par le feu, comme l'a écrit le maître du Baal Haturim ; et pourquoi le texte modifie-t-il ainsi l'écriture, sinon pour nous enseigner cette chose ? Il me paraît aussi, avec l'aide du Ciel, que si elle choisit de prendre chez lui ces gages précis, c'est que leurs initiales forment le mot peham, le charbon : hotam, le sceau, petilim, les cordons, mate, le bâton. Car dès le départ elle avait arrêté en son esprit que, s'il n'avouait pas ensuite de lui-même, elle accepterait d'être brûlée et deviendrait charbon plutôt que de le faire rougir ; elle était sage et savait qu'on la jugerait ensuite au feu.
💡 Explication

La formule halbanat panim, faire pâlir le visage, désigne l'humiliation publique : le sang quitte le visage de celui que l'on couvre de honte. La comparaison avec la fournaise n'est pas rhétorique dans le cas de Tamar, puisqu'elle était effectivement menée au bûcher.

Rachi montre où se trouve exactement la preuve. Tamar ne nomme pas Yehouda : elle envoie les gages et laisse à leur propriétaire le choix de se reconnaître. Elle accepte donc le risque de mourir plutôt que de le désigner devant tous.

9
תָּנוּ רַבָּנַן: הֵבִיאוּ לְפָנָיו שֶׁמֶן וַהֲדַס, בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: מְבָרֵךְ עַל הַשֶּׁמֶן וְאַחַר כָּךְ מְבָרֵךְ עַל הַהֲדַס. וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: מְבָרֵךְ עַל הַהֲדַס וְאַחַר כָּךְ מְבָרֵךְ עַל הַשֶּׁמֶן. אָמַר רַבָּן גַּמְלִיאֵל: אֲנִי אַכְרִיעַ. שֶׁמֶן — זָכִינוּ לְרֵיחוֹ וְזָכִינוּ לְסִיכָתוֹ, הֲדַס — לְרֵיחוֹ זָכִינוּ לְסִיכָתוֹ לָא זָכִינוּ. אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הֲלָכָה כְּדִבְרֵי הַמַּכְרִיעַ.

Nos maîtres ont enseigné : si on a apporté devant lui de l'huile et du myrte, Beit Chammai disent : il bénit sur l'huile, puis il bénit sur le myrte. Beit Hillel disent : il bénit sur le myrte, puis il bénit sur l'huile.

Rabban Gamliel dit : je vais trancher — pour l'huile, nous avons droit à son odeur et nous avons droit à son onction ; pour le myrte, nous avons droit à son odeur, mais à son onction nous n'avons pas droit. Rabbi Yo'hanan dit : la halakha suit les paroles de celui qui tranche.

📜 Rachi (3)
שֶׁמֶן וַהֲדַס בְּסוֹף הַסְּעוּדָה שֶׁמֶן לָסוּךְ יָדָיו לְהַעֲבִיר זֻוהֲמַת הָאוֹכְלִים וַהֲדַס לְהָרִיחַ כְּמוֹ שֶׁאָמַרְנוּ:
Huile et myrte : à la fin du repas, l'huile pour s'oindre les mains et faire disparaître l'odeur grasse des aliments, et le myrte pour le respirer, comme nous l'avons dit.
אֲנִי אַכְרִיעַ לְצַד בֵּית שַׁמַּאי:
Je vais trancher : du côté de Beit Chammai.
זָכִינוּ לְרֵיחוֹ וּלְסִיכָתוֹ כְּגוֹן מִשְׁחָא כְּבִישָׁא הִלְכָּךְ שֶׁמֶן עָדִיף:
Nous avons droit à son odeur et à son onction : il s'agit par exemple d'une huile où l'on a fait macérer des aromates. L'huile a donc la préférence.
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁמֶן וַהֲדַס הַאי שֶׁמֶן לְהָרִיחַ הוּא דְּאִי לְהַעֲבִיר הַזֻּוהֲמָא הָא אָמְרִינַן בְּפֶרֶק אֵלּוּ דְּבָרִים (לְקַמָּן בְּרָכוֹת נג.) דְּאֵין מְבָרְכִין עָלָיו:
Cette huile est destinée à être respirée ; car si elle servait à faire disparaître l'odeur grasse, nous disons au chapitre Elou Devarim (Berakhot 53a) qu'on ne récite pas de bénédiction dessus.
💡 Explication

Le cas se situe à la fin du repas, où l'on apporte ensemble de l'huile parfumée et une branche de myrte. Rachi précise que l'huile sert alors à s'oindre les mains pour en ôter l'odeur grasse des aliments, tandis que Tossefot maintient qu'il s'agit ici d'une huile faite pour être respirée, sans quoi elle n'appellerait aucune bénédiction.

Rabban Gamliel n'apporte pas un troisième avis : il énonce le critère qui appuie l'un des deux, ce qui fait de lui un makhria, celui qui tranche. Son argument est celui de la double utilité : l'huile sert deux fois, le myrte une seule.

La règle dégagée par Rabbi Yo'hanan, halakha kedivre hamakhria, dépasse ce cas. Elle vaut chaque fois qu'un tiers tranche entre deux positions au moyen d'un critère, et non par un avis nouveau.

🖼️ Schéma
Huile ou myrte : la mahloket et l'arbitrage On apporte les deux ensemble à la fin du repas. Sur lequel bénir en premier ? Beit Chammai L'huile d'abord Raison non explicitée dans la braita ; Rabban Gamliel la dégagera. Huile, puis myrte. Beit Hillel Le myrte d'abord Le myrte n'est là que pour l'odeur : il est le plus spécifique des deux. Myrte, puis huile. Rabban Gamliel -- makhria L'huile d'abord L'huile a deux usages : l'odeur et l'onction. Le myrte n'en a qu'un. Le double usage l'emporte. Rabbi Yo'hanan : halakha kedivre hamakhria La halakha suit celui qui tranche, donc l'huile en premier. La nafka mina, mise à l'épreuve chez Rav Houna fils de Rav Ika (seg. 9) Rav Papa bénit d'abord sur le myrte -- donc contre le makhria. Son hôte le lui fait remarquer. Rav Papa répond que Rava aurait tranché comme Beit Hillel. La guemara écarte cette réponse : il a parlé pour se dérober. Rachi précise qu'il eut honte de s'être trompé devant son hôte. Tossefot signale que Rav Alfassi tranche comme Rava : il ne lisait donc pas la phrase de rejet.
Les trois positions, le critère de l'arbitrage, et la mise à l'épreuve au segment suivant.
10
רַב פָּפָּא אִיקְּלַע לְבֵי רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב אִיקָא. אַיְּיתוּ לְקַמַּייְהוּ שֶׁמֶן וַהֲדַס. שְׁקַל רַב פָּפָּא בָּרֵיךְ אַהֲדַס בְּרֵישָׁא, וַהֲדַר בְּרִיךְ אַשֶּׁמֶן. אֲמַר לֵיהּ: לָא סָבַר לַהּ מָר הֲלָכָה כְּדִבְרֵי הַמַּכְרִיעַ? אֲמַר לֵיהּ: הָכִי אָמַר רָבָא: הֲלָכָה כְּבֵית הִלֵּל. וְלֹא הִיא, לְאִשְׁתְּמוֹטֵי נַפְשֵׁיהּ הוּא דַּעֲבַד.

Rav Papa arriva à la maison de Rav Houna fils de Rav Ika. On apporta devant eux de l'huile et du myrte.

Rav Papa prit et bénit d'abord sur le myrte, puis bénit sur l'huile. Son hôte lui dit : le Maître ne tient-il pas que la halakha suit les paroles de celui qui tranche ?

Il lui répondit : ainsi a dit Rava — la halakha suit Beit Hillel. Mais il n'en est pas ainsi : il a agi de la sorte pour se dérober.

📜 Rachi (1)
וְלֹא הִיא לֹא אָמַר רָבָא הִלְכְתָא כב"ה אֶלָּא רַב פָּפָּא אִכְּסִיף לְפִי שֶׁטָּעָה וְהִשְׁמִיט עַצְמוֹ בְּכָךְ:
Mais il n'en est pas ainsi : Rava n'a pas dit que la halakha suit Beit Hillel ; c'est que Rav Papa eut honte de s'être trompé, et il se déroba par ce moyen.
🗂️ Tossefot (1)
הָכִי אָמַר רָבָא הִלְכְתָא כְּבֵית הִלֵּל וְלָא הִיא לְאִשְׁתְּמוֹטֵי נַפְשֵׁיהּ הוּא דְּקָא עֲבִיד כָּךְ כָּתוּב בַּסְּפָרִים שֶׁלָּנוּ וּבְפֵירוּשׁ רַשִׁ"י אֲבָל רַב אִלְפָּס פָּסַק כְּרָבָא מַשְׁמַע שֶׁלֹּא הָיָה גּוֹרֵס בְּסִפְרוֹ וְלֹא הִיא וְכוּ':
« Ainsi a dit Rava : la halakha suit Beit Hillel — mais il n'en est pas ainsi, il a agi de la sorte pour se dérober » : ainsi est-il écrit dans nos livres et dans le commentaire de Rachi. Mais Rav Alfassi a tranché comme Rava, ce qui indique qu'il ne lisait pas dans son texte « mais il n'en est pas ainsi », etc.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְלָא הִיא לְאִשְׁתְּמוֹטֵי נַפְשֵׁיהּ הוּא דַּעֲבַד. עַיֵּין פֵּירוּשׁ רָשִׁ"י זַ"ל, וְקַשָּׁא אֵיךְ יְדַבֵּר שֶׁקֶר חָס וְחָלִילָה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁלֹּא שִׁיקֵּר כְּלָל, דְּלָא אָמַר הָכִי אָמַר רָבָא הֲלָכָה כְּבֵית הִלֵּל שֶׁאָמְרוּ מְבָרֵךְ עַל הַהֲדַס תְּחִלָּה, אֶלָּא אָמַר הָכִי אָמַר רָבָא הֲלָכָה כְּבֵית הִלֵּל, וּבְלִבּוֹ כִּיוֵּן עַל הֲלָכָה אַחֶרֶת דְּאָמַר רָבָא הֲלָכָה כְּבֵית הִלֵּל, וְהַשּׁוֹמְעִין חָשְׁבוּ שֶׁאָמַר עַל דָּבָר זֶה, אַךְ עֲדַיִין קְשָׁא אֵיךְ לֹא חָשׁ לְתַקָּלָה שֶׁיִּטְעוּ הַשּׁוֹמְעִין בְּעִיקַּר הַדִּין? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּוַדַּאי אַחַר כָּךְ הִגִּיד לַחֲכָמִים וְלַתַּלְמִידִים הָאֱמֶת שֶׁהוּא לֹא כִּיוֵּן עַל זֶה, וְרַק בְּאוֹתָהּ שָׁעָה לֹא רָצָה לְפַרְסֵם הַדָּבָר שֶׁהוּא טָעָה, מִפְּנֵי שֶׁהָיוּ עוֹמְדִין שָׁם בְּנֵי אָדָם עַמֵּי אֲרָצוֹת וְהָיָה בּוֹשׁ לִפְנֵיהֶם, וְלִטְעוֹת שֶׁל עַמֵּי הָאֲרָצוֹת לָא חָיֵישׁ כִּי אֵלּוּ אֵין שָׁמַיִם לִבָּם עַל דְּבַר הֲלָכָה, וְאַחַר שֶׁהָלְכוּ וַדַּאי הִגִּיד לְכָל הַמְּבִינִים אֶת הָאֱמֶת.
« Mais il n'en est pas ainsi : il a agi de la sorte pour se dérober. » Vois le commentaire de Rachi. On objecte : comment aurait-il proféré un mensonge, à D.ieu ne plaise ? Il me paraît, avec l'aide du Ciel, qu'il n'a nullement menti. Il n'a pas dit « ainsi a dit Rava, la halakha suit Beit Hillel qui prescrivent de bénir d'abord sur le myrte », mais seulement « ainsi a dit Rava, la halakha suit Beit Hillel », en visant dans son cœur une autre halakha au sujet de laquelle Rava a dit que la halakha suit Beit Hillel ; ceux qui l'entendirent crurent qu'il parlait de ce cas-ci. Il reste toutefois à objecter : comment n'a-t-il pas craint la mésaventure de voir ceux qui l'entendaient se tromper sur le fond de la loi ? Il me paraît, avec l'aide du Ciel, qu'il a certainement dit ensuite la vérité aux sages et aux disciples, à savoir qu'il ne visait pas ce cas ; il n'a simplement pas voulu, sur le moment, rendre publique son erreur, parce que se tenaient là des gens du peuple devant lesquels il avait honte. Quant à l'erreur de ces gens du peuple, il ne s'en est pas inquiété, car ceux-là ne portent pas leur attention sur une question de halakha ; et une fois qu'ils furent partis, il a certainement dit la vérité à tous ceux qui pouvaient comprendre.
💡 Explication

Le récit met la règle du segment précédent à l'épreuve d'un geste. Rav Papa bénit d'abord sur le myrte, donc contre l'arbitrage de Rabban Gamliel, et son hôte le lui fait observer.

La réponse invoque une décision de Rava en faveur de Beit Hillel. Le Talmud écarte cette réponse : lo hi, il n'en est pas ainsi. Rachi explique que Rav Papa eut honte de s'être trompé et se tira d'affaire par ce moyen. Tossefot note que Rav Alfassi tranche pourtant comme Rava, signe qu'il ne lisait pas la phrase de rejet dans son texte.

Le Ben Ich Haï s'arrête sur la difficulté morale de ce récit, placé à six segments d'un enseignement sur la honte publique.

11
תָּנוּ רַבָּנַן: הֵבִיאוּ לִפְנֵיהֶם שֶׁמֶן וְיַיִן, בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: אוֹחֵז הַשֶּׁמֶן בִּימִינוֹ וְאֶת הַיַּיִן בִּשְׂמֹאלוֹ, מְבָרֵךְ עַל הַשֶּׁמֶן וְחוֹזֵר וּמְבָרֵךְ עַל הַיַּיִן. בֵּית הִלֵּל אוֹמְרִים: אוֹחֵז אֶת הַיַּיִן בִּימִינוֹ וְאֶת הַשֶּׁמֶן בִּשְׂמֹאלוֹ, מְבָרֵךְ עַל הַיַּיִן וְחוֹזֵר וּמְבָרֵךְ עַל הַשֶּׁמֶן, וְטָחוֹ בְּרֹאשׁ הַשֶּׁמֶשׁ. וְאִם שַׁמָּשׁ תַּלְמִיד חָכָם הוּא — טָחוֹ בַּכֹּותֶל, מִפְּנֵי שֶׁגְּנַאי לְתַלְמִיד חָכָם לָצֵאת לַשּׁוּק כְּשֶׁהוּא מְבֻושָּׂם.

Nos maîtres ont enseigné : si on a apporté devant eux de l'huile et du vin, Beit Chammai disent : il tient l'huile dans sa main droite et le vin dans sa gauche ; il bénit sur l'huile, puis il bénit de nouveau sur le vin. Beit Hillel disent : il tient le vin dans sa main droite et l'huile dans sa gauche ; il bénit sur le vin, puis il bénit de nouveau sur l'huile ; et il l'étale sur la tête du serviteur.

Et si le serviteur est un talmid 'hakham, il l'étale sur le mur, car il est indigne pour un talmid 'hakham de sortir parfumé au marché.

📜 Rachi (5)
שֶׁמֶן וְיַיִן זֶהוּ יַיִן שֶׁלְּאַחַר הַמָּזוֹן וְאֵין זֶה כּוֹס שֶׁל בְּרָכָה:
Huile et vin : il s'agit du vin d'après le repas ; ce n'est pas la coupe de la bénédiction.
שֶׁמֶן בִּימִינוֹ לְפִי שֶׁעָלָיו מְבָרֵךְ תְּחִלָּה:
L'huile dans sa droite : parce que c'est sur elle qu'il bénit en premier.
מְבָרֵךְ עַל הַשֶּׁמֶן בּוֹרֵא שֶׁמֶן עָרֵב:
Il bénit sur l'huile : « bore chemen arev », qui crée une huile agréable.
חוֹזֵר וּמְבָרֵךְ עַל הַיַּיִן כְּגוֹן בְּחוֹל שֶׁאֵין הַיַּיִן קֶבַע וְאֵין הַיַּיִן שֶׁלִּפְנֵי הַמָּזוֹן פּוֹטְרוֹ:
Il bénit de nouveau sur le vin : par exemple en semaine, où le vin n'est pas fixé et où le vin d'avant le repas ne l'acquitte pas.
וְטָחוֹ בְּרֹאשׁ הַשַּׁמָּשׁ כְּדֵי שֶׁלֹּא יֵצֵא בְּיָדָיו מְבֻושָּׂמוֹת בַּשּׁוּק שֶׁגְּנַאי הוּא לְתַלְמִיד חָכָם:
Et il l'étale sur la tête du serviteur : pour ne pas sortir au marché les mains parfumées, ce qui est indigne pour un talmid 'hakham.
💡 Explication

La braita transpose la mahloket au couple huile et vin, en y ajoutant la position des mains : la droite revient à ce sur quoi l'on bénit en premier.

Rachi écarte deux confusions possibles. Le vin dont il s'agit est celui d'après le repas, non la coupe de la bénédiction ; et la seconde bénédiction se comprend dans un cas où le vin d'avant le repas ne l'a pas acquitté.

La fin de la braita introduit le mot gnai, ce qui est indigne. Plutôt que de sortir les mains parfumées, on étale l'huile sur la tête du serviteur, ou sur le mur si ce serviteur est lui-même un talmid 'hakham. Ce mot commande tout le reste du folio.

12
תָּנוּ רַבָּנַן: שִׁשָּׁה דְּבָרִים גְּנַאי לוֹ לְתַלְמִיד חָכָם: אַל יֵצֵא כְּשֶׁהוּא מְבֻושָּׂם לַשּׁוּק, וְאַל יֵצֵא יְחִידִי בַּלַּיְלָה, וְאַל יֵצֵא בְּמִנְעָלִים הַמְטֻולָּאִים, וְאַל יְסַפֵּר עִם אִשָּׁה בַּשּׁוּק, וְאַל יָסֵב בַּחֲבוּרָה שֶׁל עַמֵּי הָאָרֶץ, וְאַל יִכָּנֵס בָּאַחֲרוֹנָה לְבֵית הַמִּדְרָשׁ. וְיֵשׁ אוֹמְרִים: אַף לֹא יַפְסִיעַ פְּסִיעָה גַּסָּה, וְאַל יְהַלֵּךְ בְּקוֹמָה זְקוּפָה.

Nos maîtres ont enseigné : six choses sont indignes pour un talmid 'hakham. Qu'il ne sorte pas parfumé au marché ; qu'il ne sorte pas seul la nuit ; qu'il ne sorte pas avec des chaussures rapiécées ; qu'il ne s'entretienne pas avec une femme au marché ; qu'il ne s'attable pas dans un groupe d'ignorants ; et qu'il n'entre pas le dernier à la maison d'étude.

Et certains disent : qu'il ne fasse pas non plus de grandes enjambées, et qu'il ne marche pas le corps droit.

🪔 Ben Yehoyada (2)
שִׁשָּׁה דְּבָרִים גְּנַאי לוֹ לְתַלְמִיד חָכָם: אַל יֵצֵא כְּשֶׁהוּא מְבֻשָּׂם לַשּׁוּק. מַקְשִׁים בְּשֵׁם הָרַב סֵפֶר חֲסִידִים זַ"ל לְשׁוֹן אַל יֵצֵא אַל יִכָּנֵס וְאַל יְסַפֵּר מַשְׁמַע אִיסּוּרָא, וְהָכִי הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר גְּנַאי לְתַלְמִיד חָכָם לָצֵאת כְּשֶׁהוּא מְבֻשָּׂם, וְלָצֵאת יְחִידִי, וְלָצֵאת בְּמִנְעָלִים הַמְטֻלָּאִים עַד כָּאן? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי אֵלּוּ הַשִּׁשָּׁה דְּבָרִים יֵשׁ בָּהֶם אִיסּוּרָא לְתַלְמִיד חָכָם אִם יַעֲשֶׂה בִּתְמִידוּת, אֲבָל בְּאַקְרַאי בְּעָלְמָא לֵית בָּהּ אִיסּוּרָא, דְּלָא אָתֵי לִידֵי חֲשָׁדָא אוֹ לְבִזָּיוֹן בְּאַקְרַאי, אֲבָל גְּנַאי אִיכָּא גַּם בְּאַקְרַאי, וְהָכִי קָאָמַר שִׁשָּׁה דְּבָרִים יֵשׁ בָּהֶם גְּנַאי מִלְּבַד הָאִיסּוּר, וְכֵיוָן דְּאִיכָּא גְּנַאי אֲנַחְנוּ לְמֵידִין דִּבְאַקְרַאי אַף עַל גַּב דְּלֵיכָּא אִיסּוּרָא אִיכָּא גְּנַאי, דְּהָכִי מִסְתַּבְּרָא דִּגְנַאי שַׁיָּיךְ גַּם בְּאַקְרַאי.
« Six choses sont indignes pour un talmid 'hakham : qu'il ne sorte pas parfumé au marché. » On objecte au nom du maître du Sefer Hassidim : les expressions « qu'il ne sorte pas », « qu'il n'entre pas », « qu'il ne s'entretienne pas » indiquent un interdit ; il aurait donc fallu dire « il est indigne pour un talmid 'hakham de sortir parfumé, de sortir seul, de sortir avec des chaussures rapiécées ». Il me paraît, avec l'aide du Ciel, que ces six choses comportent un interdit pour le talmid 'hakham s'il les fait habituellement, tandis qu'un acte isolé ne comporte pas d'interdit, un acte isolé ne conduisant ni au soupçon ni au mépris ; mais le caractère indigne existe déjà pour un acte isolé. Voici donc ce qu'il dit : six choses comportent, outre l'interdit, un caractère indigne. Et puisque ce caractère indigne est mentionné, nous en apprenons que même pour un acte isolé, quand bien même il n'y aurait pas d'interdit, il y a ce qui est indigne — car il est logique que le caractère indigne vaille aussi pour un acte isolé.
וְאַל יַפְסִיעַ פְּסִיעָה גַּסָּה. הִקְשָׁה הָרִי"ף זַ"ל מַה שֶׁנֶּאֱמַר תַּלְמִיד חָכָם מִשְּׁאָר אָדָם כֵּיוָן שֶׁעוֹשֶׂה רֹושֶׁם בִּמְאוֹר עֵינָיו? וְעוֹד לֹא שַׁיָּיךְ לְשׁוֹן גְּנַאי בְּדָבָר שֶׁיֵּשׁ בּוֹ הֶיזֵּק וְסַכָּנָה, עַייֵּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ כָּל דַּיָּין שֶׁלּוֹקֵחַ שֹׁוחַד עֵינָיו כֵּהוֹת שֶׁנֶּאֱמַר (שְׁמוֹת כג, ח) כִּי הַשֹּׁחַד יְעַוֵּר עֵינֵי חֲכָמִים וְיָדוּעַ הַמַּעֲשֶׂה שֶׁל הַנֵּס שֶׁנַּעֲשָׂה לְהָרַב רַבִּי חַיִּים בְּפוֹסֵי זַ"ל מִן הָרַבָּנִים דַּייָּנִים שֶׁל מִצְרַיִם שֶׁהֱבִיאָהּ הַגָּאוֹן חִידָ"א זַ"ל בְּשֵׁם הַגְּדוֹלִים, שֶׁנַּעֲשָׂה לוֹ נֵס וְנִתְפַּקֵּחַ בְּטַעֲנָה זוֹ, וְאִם כֵּן אִם יִרְאוּ הָעוֹלָם תַּלְמִיד חָכָם עֵינָיו כֵּהוֹת יְרַנְּנוּ אַבָּתְרֵיהּ, לוֹמַר כֵּיוָן שֶׁהוּא תַּלְמִיד חָכָם לֹא יִבָּצֵר מִלִּהְיוֹת בְּאֵיזֶה פַּעַם שֶׁבָּאוּ שְׁנַיִם לְפָנָיו לַדִּין וְהוּא לָקַח שֹׁוחַד וּלְכָךְ כָּהוּ עֵינָיו, וְאַף עַל פִּי שֶׁהוּא אֵינוֹ דַּייָּן קָבוּעַ, עִם כָּל זֶה יְרַנְּנוּ אַחֲרָיו לֵימַר שֶׁנִּזְדַּמֵּן לְפָנָיו כָּךְ בְּאֵיזֶה פַּעַם. וְלָזֶה אָמַר גְּנַאי לְתַלְמִיד חָכָם , כְּלוֹמַר מִלְּבַד נֶזֶק גּוּפוֹ עוֹד יִהְיֶה גְּנַאי לוֹ דָּבָר זֶה שֶׁמְּבִיאוֹ לִידֵי חֲשָׁד וְרִינּוּן אַחַר זֶה אִם יַכֵּהוּ עֵינָיו, וְאִין הָכִי נָמֵי מִצַּד שְׁמִירַת הַגּוּף חַיָּיב כָּל אָדָם לְהִזָּהֵר בָּזֶה. אוֹ נִרְאֶה לִי בס"ד כִּי חֹוזֶק אוֹר הָעֵינַיִם צָרִיךְ לְתַלְמִיד חָכָם הַרְבֵּה בַּעֲבוּר הוֹרָאוֹת, שֶׁיֵּשׁ כַּמָּה בְּדִיקוֹת בִּשְׁחִיטָה וּטְרֵיפוֹת שֶׁצָּרִיךְ לָהֶם אוֹר עֵינַיִם, וְכֵן בְּמַרְאוֹת דָּמִים שֶׁל אִשָּׁה, וְעוֹד עִנְייְנֵי הוֹרָאָה שֶׁל אֶתְרוֹג וְכַיּוֹצֵא שֶׁתְּלוּיִים בְּמַרְאֵה עֵינַיִם, וּגְנַאי הוּא לְתַלְמִיד חָכָם שֶׁיָּבֹא לִשְׁאֹל אוֹתוֹ דִּין בְּאֵיזֶה דָּבָר הַתָּלוּי בִּרְאִיַּית הָעֵינַיִם וְיָשִׁיב שֶׁאֵין לוֹ עֵינַיִם לִרְאוֹת וּבַעֲלֵי הַדִּין יִהְיוּ תְּלוּיִים וְעוֹמְדִים. וְעוֹד הִקְשָׁה הָרִי"ף זַ"ל כֵּיוָן שֶׁיֵּשׁ לוֹ תַּקָּנָה בְּקִידּוּשָׁא דְּבֵי שִׁמְשֵׁי, אִם כֵּן נִסְתַּלְּקָה הַשְּׁכִינָה וְאֵין עוֹד גְּנַאי? עַייֵּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי לְפִי דַּעַת רַבֵּינוּ מהרח"ו זַ"ל בְּשַׁעַר טַעֲמֵי הַמִּצְוֹת פ' עֵקֶב מַשְׁמַע שֶׁצָּרִיךְ לְכַוֵּין בָּזֶה כַּוָּנוֹת וְאָז יִתְרַפֵּא, וּבְוַדַּאי לֹא כָּל תַּלְמִיד חָכָם יוֹדֵעַ בְּסוֹד ה'.
« Et qu'il ne fasse pas de grande enjambée. » Le Rif a objecté : en quoi le talmid 'hakham diffère-t-il des autres hommes, puisque la chose affecte la lumière de ses yeux ? De plus, le mot indigne ne convient pas à une chose qui comporte un dommage et un danger, vois-y. Il me paraît, avec l'aide du Ciel, qu'il est connu que tout juge qui prend un présent à les yeux qui s'obscurcissent, ainsi qu'il est dit « car le présent aveugle les yeux des sages » (Exode 23:8) ; et l'on connaît le miracle survenu au maître Rabbi Haim Bapoussi, l'un des rabbins juges d'Égypte, que le Hida rapporte dans le Chem Haguedolim : un miracle lui advint et il recouvra la vue par cet argument. Si donc les gens voyaient un talmid 'hakham aux yeux obscurcis, ils murmureraient derrière lui en disant que, puisqu'il est talmid 'hakham, il ne peut manquer d'être arrivé une fois que deux plaideurs se soient présentés devant lui, qu'il ait pris un présent, et que ses yeux se soient pour cela obscurcis ; et même s'il n'est pas juge attitré, ils murmureraient encore derrière lui en disant que pareille chose lui est advenue une fois. C'est pourquoi il dit qu'il y a là une chose indigne pour un talmid 'hakham : outre le dommage à son corps, la chose lui sera indigne, l'exposant au soupçon et aux murmures si ses yeux s'obscurcissent. Assurément, du point de vue de la préservation du corps, tout homme est tenu de s'en garder. Il me paraît aussi, avec l'aide du Ciel, que la force de la lumière des yeux est fort nécessaire au talmid 'hakham pour rendre des décisions : il y a nombre d'examens dans la chehita et les trefot qui exigent une bonne vue, de même pour les questions de puretés féminines, et encore pour les questions relatives à l'etrog et à leurs semblables, qui dépendent de l'aspect visible. Il est indigne pour un talmid 'hakham qu'on vienne l'interroger sur une loi dépendant de la vue et qu'il réponde ne pas avoir d'yeux pour voir, les plaideurs demeurant alors en suspens. Le Rif a encore objecté : puisqu'il dispose d'un remède par le kiddouch du vendredi soir, la Chekhina se serait donc retirée et il n'y aurait plus rien d'indigne, vois-y. Il me paraît, avec l'aide du Ciel, que selon l'avis de notre maître le Rahav dans le Chaar Taamé Hamitsvot, sur la parachat Ekev, il ressort qu'il faut y porter des kavanot pour être guéri ; et assurément, tout talmid 'hakham ne connaît pas le sod de la Torah.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' אָכַל תְּאֵנִים וַעֲנָבִים וְרִמּוֹנִים מְבָרֵךְ עֲלֵיהֶם שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת דִּבְרֵי רַבָּן גַּמְלִיאֵל וחכ"א בְּרָכָה אַחַת מֵעֵין שָׁלֹשׁ ר"ע אוֹמֵר אַפֵּי' אָכַל שֶׁלֶק וְהוּא מְזוֹנוֹ מְבָרֵךְ עָלָיו ג' בְּרָכוֹת:
Michna : celui qui a mangé des figues, des raisins et des grenades récite dessus les trois bénédictions — paroles de Rabban Gamliel. Et les Sages disent : une seule bénédiction résumant les trois. Rabbi Akiva dit : même s'il a mangé un légume bouilli et que c'est là sa nourriture, il récite dessus les trois bénédictions.
💡 Explication

La braita est amenée par le mot gnai de la clause précédente. Elle énumère six conduites, puis deux autres au titre de yech omrim, certains disent.

La formulation fait difficulté : les clauses sont à l'impératif négatif, ce qui suggère un interdit, alors que l'annonce parle seulement de ce qui est indigne. Le Ben Ich Haï propose de distinguer selon la fréquence — l'interdit vaut pour ce qui devient habituel, le caractère indigne vaut déjà pour un acte isolé.

Les segments 12 à 19 reprennent chaque clause dans l'ordre et en précisent le motif et la portée.

🖼️ Schéma
Les six conduites indignes, et les deux ajoutées Chaque clause est commentée par la guemara aux segments 12 à 19, qui en restreint la portée. 1. Sortir parfumé au marché Motif : le soupçon. Restreint au vêtement et aux cheveux. 2. Sortir seul la nuit Motif : le soupçon. Levé s'il a une heure d'étude fixée. 3. Chaussures rapiécées Motif : la tenue. Quatre restrictions successives. 4. Parler à une femme au marché Motif : le soupçon. Vaut même pour sa femme, sa fille, sa sœur. 5. S'attabler avec des ignorants Motif : l'influence. De peur d'être entraîné à leur suite. 6. Entrer le dernier au bet hamidrach Motif : la réputation. On le tiendra pour paresseux. Yech omrim -- deux clauses ajoutées 7. La grande enjambée Motif : elle enlève un cinq-centième de la vue. Remède : le kiddouch. 8. Marcher le corps droit Motif : c'est repousser les pieds de la Chekhina. Trois motifs se partagent la liste Le soupçon (1, 2, 4), la tenue et la réputation (3, 6, 7), l'influence et le maintien intérieur (5, 8). Le Ben Ich Haï note que le mot gnai vise ce qui est indigne même quand aucun interdit n'est atteint.
Les huit clauses, leur motif, et le renvoi au segment où la guemara les commente.
13
אַל יֵצֵא כְּשֶׁהוּא מְבֻושָּׂם לַשּׁוּק: אָמַר רַבִּי אַבָּא בְּרֵיהּ דְּרַבִּי חַייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: בְּמָקוֹם שֶׁחֲשׁוּדִים עַל מִשְׁכַּב זָכוּר. אָמַר רַב שֵׁשֶׁת: לָא אֲמַרַן אֶלָּא בְּבִגְדוֹ, אֲבָל בְּגוּפוֹ — זֵיעָה מְעַבְּרָא לֵיהּ. אָמַר רַב פָּפָּא: וּשְׂעָרוֹ כְּבִגְדוֹ דָּמֵי, וְאָמְרִי לַהּ כְּגוּפוֹ דָּמֵי.

« Qu'il ne sorte pas parfumé au marché » : Rabbi Abba fils de Rabbi Hiya bar Abba dit au nom de Rabbi Yo'hanan — dans un lieu où l'on est soupçonné de michkav zakhour. Rav Chechet dit : nous n'avons dit cela que pour son vêtement ; mais pour son corps, la sueur fait passer l'odeur.

Rav Papa dit : ses cheveux sont comme son vêtement ; et certains disent : comme son corps.

📜 Rachi (3)
שֶׁחֲשׁוּדִים עַל מִשְׁכַּב זָכוּר מְבַשְּׂמִין עַצְמָם כְּדֵי שֶׁיִּתְאַוּוּ לָהֶם:
Où l'on est soupçonné de michkav zakhour : ils se parfument afin qu'on les désire.
וּשְׂעָרוֹ כְּבִגְדוֹ דָּמֵי דְּלָא שְׁכִיחַ בֵּיהּ זֵיעָה:
Ses cheveux sont comme son vêtement : car la sueur n'y est pas fréquente.
וְאָמְרִי לָהּ כְּגוּפוֹ דִּשְׁכִיחַ בֵּיהּ זֵיעָה:
Et certains disent : comme son corps, car la sueur y est fréquente.
💡 Explication

La guemara restreint la première clause à un contexte précis : un lieu où le parfum porté par un homme est lu comme un signe d'appel. Le motif est donc le soupçon, non le parfum en lui-même.

Rav Chechet ajoute une seconde restriction, tirée de la durée : sur le corps, la sueur fait passer l'odeur, qui ne dure pas assez pour être remarquée. Le désaccord rapporté par Rav Papa sur les cheveux porte exactement sur ce critère, selon qu'on les tient pour un lieu où la sueur est fréquente ou non.

14
וְאַל יֵצֵא יְחִידִי בַּלַּיְלָה: מִשּׁוּם חֲשָׁדָא. וְלָא אֲמַרַן אֶלָּא דְּלָא קְבִיעַ לֵיהּ עִידָּנָא, אֲבָל קְבִיעַ לֵיהּ עִידָּנָא — מִידָּע יְדִיעַ דִּלְעִידָּנֵיהּ קָא אָזֵיל.

« Et qu'il ne sorte pas seul la nuit » : à cause du soupçon. Et nous n'avons dit cela que lorsqu'il n'a pas d'heure fixée ; mais s'il a une heure fixée, on sait bien qu'il se rend à son heure d'étude.

📜 Rachi (2)
מִשּׁוּם חֲשָׁדָא שֶׁל זְנוּת:
À cause du soupçon : de débauche.
דְּלָא קְבִיעַ לֵיהּ עִידָּנָא שֶׁלֹּא קָבְעוּ לוֹ רַבּוֹ קְבִיעוּת לְלַמְּדוֹ בַּלַּיְלָה:
Lorsqu'il n'a pas d'heure fixée : son maître ne lui a pas fixé de moment régulier pour lui enseigner la nuit.
💡 Explication

Le motif est encore le soupçon, cette fois de débauche selon Rachi. La restriction suit le même mouvement que la précédente : elle tombe dès lors que la sortie s'explique d'elle-même.

Une idana fixée, un moment régulier d'étude avec son maître, rend la sortie nocturne lisible pour tous. Ce qui lève le soupçon n'est pas une justification donnée après coup, mais une régularité connue de l'entourage.

15
וְאַל יֵצֵא בְּמִנְעָלִים הַמְטֻולָּאִים: מְסַיֵּיעַ לֵיהּ לְרַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא. דְּאָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא: גְּנַאי הוּא לְתַלְמִיד חָכָם שֶׁיֵּצֵא בְּמִנְעָלִים הַמְטֻולָּאִים. אֵינִי? וְהָא רַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא נָפֵיק! אָמַר מָר זוּטְרָא בְּרֵיהּ דְּרַב נַחְמָן: בִּטְלַאי עַל גַּבֵּי טְלַאי. וְלָא אֲמַרַן אֶלָּא בְּפַנְתָּא, אֲבָל בְּגִילְדָּא — לֵית לַן בַּהּ. וּבְפַנְתָּא לָא אֲמַרַן אֶלָּא בְּאוֹרְחָא, אֲבָל בְּבֵיתָא — לֵית לַן בַּהּ. וְלָא אֲמַרַן אֶלָּא בִּימוֹת הַחַמָּה, אֲבָל בִּימוֹת הַגְּשָׁמִים — לֵית לַן בַּהּ.

« Et qu'il ne sorte pas avec des chaussures rapiécées » : cela appuie Rabbi Hiya bar Abba, qui a dit — il est indigne pour un talmid 'hakham de sortir avec des chaussures rapiécées. En est-il ainsi ?

Mais Rabbi Hiya bar Abba lui-même sortait ainsi ! Mar Zoutra fils de Rav Nahman dit : il s'agit d'une pièce posée sur une pièce.

Et nous n'avons dit cela que pour l'empeigne ; mais pour la semelle, cela ne nous importe pas. Et pour l'empeigne, nous ne l'avons dit qu'en chemin ; mais à la maison, cela ne nous importe pas.

Et nous ne l'avons dit qu'aux jours d'été ; mais aux jours de pluie, cela ne nous importe pas.

📜 Rachi (3)
בְּפַנְתָּא אנפוני"א בְּלַעַ"ז שֶׁעַל גַּבֵּי הָרֶגֶל:
Bépanta : empeigne en langue vulgaire, la partie qui recouvre le dessus du pied.
גִּילְדָּא עֵקֶב שֶׁקּוֹרִין שול"א:
Guilda : le talon, qu'on appelle semelle.
בִּימוֹת הַגְּשָׁמִים הַטִּיט מְכַסֵּהוּ:
Aux jours de pluie : la boue la recouvre.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וּבְפַנְתָּא, לָא אֲמָרָן, אֶלָּא בְּאוֹרְחָא, אֲבָל בְּבֵיתָא לֵית לַן בַּהּ. קַשָּׁא לְמַאי אִצְטְרִיךְ לְפָרֵשׁ לָנוּ דָּבָר זֶה, וַהֲלֹא קָאָמַר לַהֲדֵיהּ אַל יֵצֵא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּבָא לְלַמְּדֵינוּ לָא תֵּימָא בְּפַנְתָּא דַּוְקָא אִיסּוּרָא הוּא דְּלֵיכָּא בְּבֵיתָא אֲבָל גְּנַאי אִיכָּא בְּבֵיתָא, וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד דַּהֲוָה אָמֵינָא כֵּיוָן דְּאִיכָּא אִיסּוּרָא אוֹ גְּנַאי אִם יָצָא, צָרִיךְ לִיזָּהֵר גַּם בְּבֵיתָא מִפְּנֵי חֲשָׁד, שֶׁהָרוֹאֵהוּ לוֹבְשׁוֹ בַּבַּיִת חוֹשֵׁב שֶׁלּוֹבְשׁוֹ גַּם בְּאוֹרְחָא, שֶׁיַּחְשֹׁוב זֶהוּ מִנְעָלוֹ וְאֵין לוֹ אַחֵר, לְכָךְ הֻוצְרַךְ לְפָרֵשׁ בְּבֵיתָא לֵית לַן בַּהּ דְּלֵיכָּא לְמִיחַשׁ גַּם לַחֲשָׁדָא.
« Et pour l'empeigne, nous ne l'avons dit qu'en chemin ; mais à la maison, cela ne nous importe pas. » On objecte : à quoi bon nous préciser cela, puisqu'il a dit expressément « qu'il ne sorte pas » ? Il me paraît, avec l'aide du Ciel, qu'il vient nous apprendre de ne pas dire que, pour l'empeigne, il n'y aurait à la maison que l'absence d'interdit, mais qu'il y aurait encore quelque chose d'indigne. Il me paraît encore, avec l'aide du Ciel, qu'on aurait pu penser que, du moment qu'il y a interdit ou caractère indigne s'il sort, il faudrait aussi s'en garder à la maison à cause du soupçon : celui qui l'y voit chaussé ainsi se dirait qu'il les porte aussi en chemin, pensant que ce sont là ses seules chaussures. Il fallait donc préciser qu'à la maison cela ne nous importe pas, et qu'il n'y a pas lieu de craindre non plus le soupçon.
💡 Explication

La conduite même de Rabbi Hiya bar Abba oblige à restreindre la règle qu'il énonce. Le passage procède alors par quatre réductions successives, chacune introduite par la formule lo amran ella, nous ne l'avons dit que.

Chaque restriction repose sur la visibilité : une pièce unique passe inaperçue, la semelle ne se voit pas, l'intérieur de la maison n'expose à aucun regard, et la boue de l'hiver recouvre les chaussures. Ce qui est en cause est bien l'apparence donnée au dehors.

🖼️ Schéma
Les chaussures rapiécées : quatre restrictions en cascade Partie d'une règle générale, la guemara la réduit jusqu'à un cas étroit -- pour résoudre la conduite de R. Hiya bar Abba. Il ne sort pas avec des chaussures rapiécées Seulement une pièce posée sur une autre pièce Seulement sur l'empeigne, la partie visible du dessus du pied Seulement en chemin, non à la maison Seulement aux jours d'été : en hiver la boue recouvre tout
Les quatre réductions successives, chacune fondée sur ce qui est effectivement visible.
16
וְאַל יְסַפֵּר עִם אִשָּׁה בַּשּׁוּק: אָמַר רַב חִסְדָּא: וַאֲפִילּוּ הִיא אִשְׁתּוֹ. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: אֲפִילּוּ הִיא אִשְׁתּוֹ, וַאֲפִילּוּ הִיא בִּתּוֹ, וַאֲפִילּוּ הִיא אֲחוֹתוֹ — לְפִי שֶׁאֵין הַכֹּל בְּקִיאִין בִּקְרוֹבוֹתָיו.

« Et qu'il ne s'entretienne pas avec une femme au marché » : Rav Hisda dit — même s'il s'agit de sa femme. Ainsi a-t-il été enseigné dans une braita : même s'il s'agit de sa femme, même de sa fille, même de sa sœur, car tout le monde ne connaît pas ses parentes.

📜 Rachi (1)
אַפֵּי' הִיא אִשְׁתּוֹ שֶׁאֵין הַכֹּל מַכִּירִין בָּהּ וְחוֹשְׁדִין אוֹתוֹ:
Même s'il s'agit de sa femme : car tout le monde ne la reconnaît pas, et l'on le soupçonne.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֲפִלּוּ הִיא אִשְׁתּוֹ, וַאֲפִלּוּ הִיא בִּתּוֹ, וַאֲפִלּוּ הִיא אֲחוֹתוֹ, לְפִי שֶׁאֵין הַכֹּל בְּקִיאִין בִּקְרוֹבוֹתָיו. נִרְאֶה לִי דְּאַייְרֵי בַּמִּנְהָג הַקָּדוּם שֶׁאֵין הָאִשָּׁה מְכַסֶּה פָּנֶיהָ בַּשּׁוּק, דִּבְמָקוֹם שֶׁמְּכַסִּין פְּנֵיהֶם לָמָּה אָמַר לְפִי שֶׁאֵין הַכֹּל בְּקִיאִין, הָא אֲפִילּוּ הַבְּקִיאִין לָא יָדְעִי לָהּ כֵּיוָן דִּמְכַסֶּה פָּנֶיהָ. מִיהוּ יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה נָקֵיט בִּתּוֹ וַאֲחוֹתוֹ וְלָא נָקֵיט אִמּוֹ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי הָאָדָם כָּרוּךְ עִם אִמּוֹ מֵהֱיוֹתוֹ קָטָן, וְרֹוב אַנְשֵׁי הָעִיר יוֹדְעִים שֶׁזּוֹ אִמּוֹ כֵּיוָן שֶׁמִּקַּטְנוּתוֹ כָּרוּךְ אַחֲרֶיהָ וְיוֹצֵא וְהוֹלֵךְ עִמָּהּ תָּמִיד, וּלְמִעוּטֵי דְּאִינָשֵׁי דְּלָא יָדְעִי לָא חָיְישִׁינַן. וַעֲדַייִן יֵשׁ לְדַקְדֵּק לְמַאי אִצְטְרִיךְ לְהַאֲרִיךְ לוֹמַר אֲפִלּוּ הִיא בִּתּוֹ, וַאֲפִלּוּ הִיא אֲחוֹתוֹ, דְּסַגִּי לֵיהּ בְּאוֹמְרוֹ אֲפִלּוּ הִיא אִשְׁתּוֹ, וְזֶה הַטַּעַם דְּאֵין הַכֹּל בְּקִיאִין שַׁייָּךְ בְּכוּלְּהוּ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהוּא אָמֵינָא רַק בְּאִשְׁתּוֹ מָנְעוּ אוֹתוֹ, מִשּׁוּם דְּהִיא קְרֵבוּת חֲדָשָׁה וְיִזְדַּמֵּן שֶׁהוּא מְסַפֵּר עִמָּהּ אַחַר שֶׁנְּשָׂאָהּ בְּשָׁלֹשׁ אוֹ אַרְבָּעָה שְׁבוּעוֹת, דְּאָז עֲדַיִין אֵין מַכִּירִים שֶׁזּוֹ הִיא אִשְׁתּוֹ, וְכֵיוָן דְּזוֹ קְרֵבוּת חֲדָשָׁה וּמִזְדַּמֵּן כָּךְ, לָזֶה מָנְעוּ אוֹתוֹ מִלְּסַפֵּר עִם אִשְׁתּוֹ אֲפִילּוּ יֵשׁ לָהֶם שָׁנִים מְרֻובּוֹת נִשּׂוּאִין זֶה עִם זֶה דְּלָא פְּלוּג, אֲבָל קְרֵבוּת בִּתּוֹ וַאֲחוֹתוֹ שֶׁהִיא יְשָׁנָה מִקַּטְנוּתָם, הוּא אָמֵינָא רֻובָּא דְּעָלְמָא בְּקִיאִין בְּקִרְבוֹתֵיהֶן וְיוֹדְעִים שֶׁזּוֹ בִּתּוֹ אוֹ אֲחוֹתוֹ וְלָא חָיְישִׁינַן לַחֲשָׁדָא, לְכָךְ הֻוצְרַךְ לְפָרֵשׁ אֲפִלּוּ הִיא בִּתּוֹ, וַאֲפִלּוּ הִיא אֲחוֹתוֹ. וְאִם תֹּאמַר יֹאמַר בִּתּוֹ וַאֲחוֹתוֹ וְלֹא יֹאמַר אִשְׁתּוֹ דְּאָתְיָיא, מִכָּל שֶׁכֵּן כֵּיוָן שֶׁהִיא קְרֵבוּת חֲדָשָׁה, זֶה אֵינוֹ דְּאִי הֲוָה נָקֵיט בִּתּוֹ וַאֲחוֹתוֹ, הוּא אָמֵינָא דַּוְקָא אֵלּוּ שֶׁאֵין דָּרִים עִמּוֹ בְּיַחַד שֶׁנִּשּׂוּאִין לַאֲחֵרִים, לְכָךְ חָשׁוּ לַחֲשָׁדָא מִשּׁוּם דְּאֵין הַכֹּל בְּקִיאִין בָּהֶם, אֲבָל אִשְׁתּוֹ שֶׁדָּרָה עִמּוֹ בְּיַחַד הַכֹּל בְּקִיאִין בָּהֶם, וּמִשּׁוּם קְרֵבוּת חֲדָשָׁה דְּיִזְדַּמֵּן שֶׁמְּסַפֵּר עִמָּהּ אַחַר נִשּׂוּאִין בִּשְׁתַּיִם אוֹ שָׁלֹשׁ שְׁבוּעוֹת דַּעֲדַיִין לֹא נִיכְּרוּ לְכָל לָא חָיְישִׁינַן, לְכָךְ הֻוצְרַךְ לְפָרֵשׁ אֲפִלּוּ הִיא אִשְׁתּוֹ. וּבְשֵׁם הָרַב אַדֶּרֶת אֵלִיָּהוּ דְּיֵקִי זַ"ל מְתָרְצִים, לְכָךְ הֻוצְרַךְ לוֹמַר בִּתּוֹ וַאֲחוֹתוֹ מִשּׁוּם דְּאֵלּוּ נָכְרִים עַל הָרֹוב מִצַּד פַּרְצוּף הַפָּנִים שֶׁהֵם דּוֹמִין זֶה לָזֶה, אֲבָל אִשְׁתּוֹ נָכְרִית הִיא וְאֵין צוּרָתָם דּוֹמִין זֶה לָזֶה, לְכָךְ אֵינָהּ נִיכֶּרֶת עַד כָּאן דְּבָרָיו, וְעַל תֵּירוּץ זֶה יֵשׁ לְהָבִין דְּאִי מִשּׁוּם הָכִי יֹאמַר בִּתּוֹ וַאֲחוֹתוֹ וְלָא לֵימָא אִשְׁתּוֹ דְּאָתְיָיא מִכָּל שֶׁכֵּן?
« Même s'il s'agit de sa femme, même de sa fille, même de sa sœur, car tout le monde ne connaît pas ses parentes. » Il me paraît qu'il s'agit de l'usage ancien, où la femme ne se couvrait pas le visage au marché ; car en un lieu où elles se couvrent le visage, pourquoi dire « car tout le monde ne les connaît pas » ? Même ceux qui les connaissent ne les reconnaîtraient pas, puisqu'elle a le visage couvert. Il reste toutefois à objecter : pourquoi mentionne-t-il sa fille et sa sœur, et non sa mère ? Il me paraît, avec l'aide du Ciel, que l'homme est attaché à sa mère depuis son enfance, et que la plupart des gens de la ville savent que c'est là sa mère, puisque depuis son jeune âge il lui est attaché, sort et marche constamment avec elle ; et pour le petit nombre de ceux qui ne le savent pas, nous ne nous en soucions pas. Il reste encore à examiner pourquoi il fallait s'étendre à dire « même sa fille, même sa sœur », alors qu'il aurait suffi de dire « même sa femme », la raison que tout le monde ne les connaît pas valant pour toutes. Il me paraît, avec l'aide du Ciel, qu'on aurait pu penser qu'on ne le lui a interdit que pour sa femme, cette parenté étant nouvelle, et qu'il arrive qu'il s'entretienne avec elle trois ou quatre semaines après l'avoir épousée, alors qu'on ne sait pas encore que c'est là sa femme ; et puisque cette parenté est nouvelle et que le cas se présente, on lui a interdit de s'entretenir avec sa femme même si des années nombreuses de mariage les unissent, la règle n'ayant pas été divisée. Mais pour la parenté de sa fille et de sa sœur, qui est ancienne et date de leur enfance, on aurait pu penser que la plupart des gens connaissent ces liens et savent que c'est là sa fille ou sa sœur, et qu'il n'y aurait pas lieu de craindre le soupçon ; il fallait donc préciser « même sa fille, même sa sœur ». Et si tu dis qu'il aurait pu mentionner sa fille et sa sœur sans mentionner sa femme, celle-ci venant à plus forte raison puisque la parenté est nouvelle, il n'en est rien : s'il avait mentionné sa fille et sa sœur, on aurait pu penser qu'il s'agit précisément de celles qui n'habitent pas avec lui, étant mariées à d'autres, et que c'est pour cela qu'on a craint le soupçon, tout le monde ne connaissant pas ces liens ; tandis que sa femme, qui habite avec lui, serait connue de tous, et que pour la nouveauté de la parenté, quand il arrive qu'il s'entretienne avec elle deux ou trois semaines après le mariage, alors qu'ils ne sont pas encore reconnus de tous, on ne craindrait pas. Il fallait donc préciser « même sa femme ». Au nom du maître de l'Aderet Eliyahou Diki on répond ainsi : il fallait mentionner sa fille et sa sœur parce que celles-ci sont le plus souvent reconnues par les traits du visage, qui se ressemblent entre eux, tandis que sa femme lui est étrangère et que leurs traits ne se ressemblent pas, de sorte qu'elle n'est pas reconnue — ainsi ses paroles. Sur cette réponse, il y a lieu de s'interroger : si telle est la raison, qu'il mentionne sa fille et sa sœur sans mentionner sa femme, qui vient à plus forte raison.
💡 Explication

La règle porte sur ce que voient les passants, non sur la relation réelle. Le motif est donc encore le soupçon, et il vaut pleinement pour les proches, dont l'identité n'est pas connue de tous.

Le Ben Ich Haï relève que la braita nomme la femme, la fille et la sœur, mais non la mère, et il en donne la raison par la notoriété du lien. Il s'interroge aussi sur l'utilité d'énumérer les trois, chacune posant un cas différent : l'épouse récemment mariée, encore inconnue comme telle, et les parentes de toujours, que l'on croirait reconnues de tous.

17
וְאַל יָסֵב בַּחֲבוּרָה שֶׁל עַמֵּי הָאָרֶץ: מַאי טַעְמָא? — דִּילְמָא אָתֵי לְאִמְּשׁוֹכֵי בָּתְרַיְיהוּ.

« Et qu'il ne s'attable pas dans un groupe d'ignorants » : quelle en est la raison ? De peur qu'il ne se laisse entraîner à leur suite.

💡 Explication

Cette clause quitte le registre du soupçon. Le motif n'est plus ce que les autres pensent de lui, mais ce qu'il risque de devenir à leur contact.

Le verbe léhimachekh, être entraîné, décrit une influence progressive, sans décision. C'est le premier des deux motifs de ce type dans la braita, le second étant celui du maintien du corps au dernier segment.

18
וְאַל יִכָּנֵס בָּאַחֲרוֹנָה לְבֵית הַמִּדְרָשׁ: מִשּׁוּם דְּקָרוּ לֵיהּ ״פּוֹשֵׁעַ״.

« Et qu'il n'entre pas le dernier à la maison d'étude » : parce qu'on l'appellera « négligent ».

📜 Rachi (1)
דְּקָרוּ לֵיהּ פּוֹשֵׁעַ מִתְעַצֵּל:
Parce qu'on l'appelle « pochea » : paresseux.
💡 Explication

Le motif tient à la réputation. Le mot pochea désigne celui qui manque par relâchement, et Rachi le rend simplement par paresseux.

La clause vise l'arrivée tardive de façon répétée, qui donne de l'étudiant l'image d'un homme sans assiduité.

19
וְיֵשׁ אוֹמְרִים, אַף לֹא יַפְסִיעַ פְּסִיעָה גַּסָּה: דְּאָמַר מַר, פְּסִיעָה גַּסָּה נוֹטֶלֶת אֶחָד מֵחֲמֵשׁ מֵאוֹת מִמְּאוֹר עֵינָיו שֶׁל אָדָם. מַאי תַּקַּנְתֵּיהּ? לַהְדְּרֵיהּ בְּקִדּוּשָׁא דְּבֵי שִׁמְשֵׁי.

« Et certains disent : qu'il ne fasse pas non plus de grandes enjambées » — car le Maître a dit : une grande enjambée enlève un cinq-centième de la lumière des yeux d'un homme. Quel en est le remède ?

Il la lui rendra par le kiddouch du vendredi soir.

📜 Rachi (1)
בְּקִדּוּשָׁא דְּבֵי שִׁמְשֵׁי שֶׁשּׁוֹתֶה כּוֹס שֶׁל קִידּוּשׁ בְּשַׁבָּת בַּלַּיְלָה:
Par le kiddouch du vendredi soir : en buvant la coupe du kiddouch le soir de Chabbat.
💡 Explication

Les deux dernières clauses viennent au titre de yech omrim. Celle-ci porte un motif d'un autre ordre que les précédents, puisqu'il s'agit d'un dommage physique et non d'une question d'apparence.

Le Ben Ich Haï relève précisément cette difficulté : pourquoi parler de ce qui est indigne à propos d'un dommage, et pourquoi viser le talmid 'hakham plutôt que tout homme ? Il répond que l'affaiblissement de la vue exposerait le talmid 'hakham au soupçon d'avoir accepté un présent comme juge, et qu'il l'empêcherait de rendre les décisions qui dépendent de l'examen visuel.

20
וְאַל יְהַלֵּךְ בְּקוֹמָה זְקוּפָה: דְּאָמַר מָר הַמְהַלֵּךְ בְּקוֹמָה זְקוּפָה אֲפִילּוּ אַרְבַּע אַמּוֹת, כְּאִילּוּ דּוֹחֵק רַגְלֵי שְׁכִינָה, דִּכְתִיב: ״מְלֹא כָל הָאָרֶץ כְּבוֹדוֹ״.

« Et qu'il ne marche pas le corps droit » — car le Maître a dit : celui qui marche le corps droit, même sur quatre coudées, c'est comme s'il repoussait les pieds de la Chekhina, ainsi qu'il est écrit : « toute la terre est pleine de Sa gloire » (Isaie 6:3).

🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל הַהוֹלֵךְ בְּקוֹמָה זְקוּפָה, אֲפִלּוּ אַרְבַּע אַמּוֹת, כְּאִלּוּ דּוֹחֵק רַגְלֵי הַשְּׁכִינָה. נִרְאֶה לִי בס"ד לְשׁוֹן מְלִיצָה הוּא זֶה כִּי יָדוּעַ שהקב"ה מְלֹא כָל הָאָרֶץ כְּבוֹדוֹ, וְהָעִנְיָן הוּא כִּי הָאָרֶץ מְלֵאָה אֲוִיר עַד הָרָקִיעַ, וּלְכָל אֲוִיר יֵשׁ פְּנִימִיּוּת, וּבְתוֹךְ הַפְּנִימִיּוּת שֶׁל הָאֲוִיר מִתְפַּשֵּׁט אוֹר כְּבוֹד שְׁכִינָתוֹ יִתְבָּרֵךְ, וּלְפִי זֶה הָאֲוִיר נִקְרָא רַגְלֵי הַשְּׁכִינָה, מִפְּנֵי שֶׁבּוֹ יִתְפַּשֵּׁט וַיִּתְהַלֵּךְ אוֹר כְּבוֹד שְׁכִינָתוֹ יִתְבָּרֵךְ בְּהֶסְתֵּר עָצוּם לָתֵת חַיּוּת לְכָל דָּבָר שֶׁבָּעוֹלָם הָאָרֶץ וּמְלֹואָהּ. וְלָזֶה אָמַר הַמְהַלֵּךְ בְּקוֹמָה זְקוּפָה שֶׁדּוֹחֶה בְּגֵאוּת רֹאשׁוֹ אֶת הָאֲוִיר הַחוֹפֵף, כְּאִלּוּ דּוֹחֵק רַגְלֵי הַשְּׁכִינָה , רְצוֹנוֹ לוֹמַר הָאֲוִיר הַנִּקְרָא רַגְלֵי הַשְּׁכִינָה, וְלֹא אָמַר הֲרֵי זֶה דּוֹחֵק, אֶלָּא אָמַר כְּאִלּוּ דֹּוחַק, דְּבֶאֱמֶת אֵין כָּאן דֹּוחַק מַמָּשׁ אֶלָּא רַק נֶחְשָׁב לוֹ כְּאִלּוּ דֹּוחַק. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד אוֹמְרוֹ כְּאִלּוּ דֹּוחַק וְכוּ', דְּיָדוּעַ עַל יְדֵי הָעֲנָוָה יִתְמַתְּקוּ הַגְּבוּרוֹת, וּבְגַאֲוָה לְהֵפֶךְ, וְיָדוּעַ כִּי הַגְּבוּרוֹת שֶׁרָשַׁם חֲמִשָּׁה שְׁמוֹת אֱ-לֹהִים שֶׁהֵם מִסְפַּר ת"ל, וְנִרְמָזִים בְּכוֹס בִּהְיוֹת הָאָדָם אוֹחֵז בּוֹ בִּשְׁעַת בְּרָכָה בְּחָמֵשׁ אֶצְבְּעוֹתָיו, כִּי כּוֹס [86] גֵּימַטְרְיָא אֱ-לֹהִים [86] , וְכָל זֶה נִרְמַז בְּסוֹף אוֹתִיּוֹת שְׁכִינָה שֶׁהֵם אוֹתִיּוֹת ת"ל כו"ס. וְזֶה הַהוֹלֵךְ בְּקוֹמָה זְקוּפָה שֶׁהוּא מְהַלֵּךְ שֶׁל גַּאֲוָה הֲרֵי זֶה פּוֹגֵם בִּגְבוּרוֹת, שֶׁהֵם חֲמִשָּׁה שְׁמוֹת אֱ-לֹהִים הָרְמוּזִים בְּסוֹף אוֹתִיּוֹת שְׁכִינָה, שֶׁהוּא אוֹתִיּוֹת ת"ל כו"ס, וְאֵלּוּ נִקְרָאִים רַגְלֵי הַשְּׁכִינָה כִּי הֵם רְמוּזִים אַחַר אוֹתִיּוֹת שְׁכִינָה, וְזֶה דּוֹחֵק אוֹתָם כְּלוֹמַר פּוֹגֵם בָּהֶם וְנִשְׁאָרִים בְּלֹא מִיתּוּק, וְזֶה דֹּוחַק שֶׁלָּהֶם. וְעַל דֶּרֶךְ הָאֱמֶת נִרְאֶה לִי בס"ד לִרְמֹוז שֶׁהָאָדָם הוּא דֻּוגְמָא לִבְחִינַת שֵׁם וָא"ו דְּשֶׁמָּא קַדִּישָׁא, וְלָכֵן כָּל תְּנוּעָה וְכָל דָּבָר שֶׁיַּעֲשֶׂה הָאָדָם לְמַטָּה גּוֹרֵם לַעֲשׂוֹת כְּנֶגְדּוֹ לְמַעְלָה, כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (תְּהִלִּים קכא, ה) ה' צִלְּךָ עַל יַד יְמִינֶךָ, דֻּוגְמַת הַצֵּל, וְיָדוּעַ כִּי בְּחִינַת הֵ"א אַחֲרוֹנָה שֶׁבְּשֵׁם הוי"ה תְּקַבֵּל שֶׁפַע גָּדוֹל עַל יְדֵי הִסְתַּכְּלוּת בְּחִינַת וָא"ו דְּשֶׁמָּא קַדִּישָׁא בָּהּ, וְזֶה הַהוֹלֵךְ בְּקוֹמָה זְקוּפָה מֵחֲמַת גַּאֲוָה שֶׁהוּא מִסְתַּלֵּק הַבָּטָתוֹ מִן הָאָרֶץ עַל יְדֵי אִיסּוּר גַּאֲוָה, לְכָךְ גּוֹרֵם שֶׁגַּם אוֹת וָא"ו דְּשֶׁמָּא מִסְתַּלֵּק הַסְתָּכָלָתוֹ מִן בְּחִינַת הֵ"א אַחֲרוֹנָה, וְנִמְצָא נִפְסַק וְנִתְבַּטֵּל אוֹתוֹ הַשֶּׁפַע הַנַּעֲשֶׂה עַל יְדֵי הַהִסְתַּכְּלוּת אֲשֶׁר שֶׁפַע זֶה נִקְרָא בְּשֵׁם רַגְלַיִם, כִּי הַיְּסוֹד נִקְרָא רֶגֶל וְהַהַשְׁפָּעָה הִיא עַל יְדֵי הַיְּסוֹד. (וְעַיֵּין בְּשַׁעַר מַאַמְרֵי רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל דַּף יא: ודו"ק הֵיטֵב)
« Quiconque marche le corps droit, même sur quatre coudées, c'est comme s'il repoussait les pieds de la Chekhina. » Il me paraît, avec l'aide du Ciel, qu'il s'agit là d'une expression imagée. Il est connu que le Saint, béni soit-Il, emplit toute la terre de Sa gloire, et la chose s'entend ainsi : la terre est pleine d'air jusqu'au firmament, tout air possède une intériorité, et dans cette intériorité de l'air se déploie la lumière de la gloire de Sa Chekhina. Selon cela, l'air est appelé les pieds de la Chekhina, parce que c'est en lui que se déploie et chemine la lumière de la gloire de Sa Chekhina, dans une dissimulation profonde, pour donner vie à toute chose du monde, à la terre et à ce qui l'emplit. C'est en ce sens qu'il est dit que celui qui marche le corps droit, repoussant par l'orgueil de sa tête l'air qui l'enveloppe, c'est comme s'il repoussait les pieds de la Chekhina, c'est-à-dire l'air ainsi nommé. Et il n'a pas dit « celui-là repousse », mais « c'est comme s'il repoussait », car en vérité il n'y a là aucune repoussée réelle, cela lui est seulement compté comme s'il repoussait. D'une autre manière, il me paraît, avec l'aide du Ciel, que la formule « comme s'il repoussait » s'explique ainsi : il est connu que par l'humilité les guevourot sont adoucies, et par l'orgueil c'est l'inverse ; et il est connu que la racine des guevourot est faite de cinq noms Elokim, dont la valeur numérique totale est 430, auxquels fait allusion la coupe que l'homme tient de ses cinq doigts au moment de la bénédiction, puisque kos, la coupe, a la même valeur numérique qu'Elokim, quatre-vingt-six. Tout cela est contenu dans les lettres qui suivent celles du mot Chekhina, lesquelles forment 430 et kos. Celui qui marche le corps droit, d'une démarche d'orgueil, porte donc atteinte aux guevourot, qui sont les cinq noms Elokim auxquels font allusion les lettres suivant celles de Chekhina ; et ces dernières sont appelées les pieds de la Chekhina, parce qu'elles sont indiquées après les lettres de Chekhina. Il les repousse, c'est-à-dire qu'il y porte atteinte et qu'elles demeurent sans adoucissement : telle est leur repoussée. Et selon la voie de la vérité, il me paraît, avec l'aide du Ciel, qu'il y a là une allusion au fait que l'homme est à l'image de la lettre vav du Nom saint ; c'est pourquoi tout mouvement et toute chose que l'homme accomplit en bas produisent leur correspondant en haut, comme il est dit « Hachem est ton ombre à ta droite » (Psaumes 121:5), à la manière de l'ombre. Il est connu que la dernière lettre hé du Nom reçoit une grande effusion par le regard que la vav du Nom saint porte sur elle ; or celui qui marche le corps droit par orgueil retire son regard de la terre du fait de l'interdit d'orgueil, et il fait ainsi que la lettre vav du Nom retire elle aussi son regard de la dernière lettre hé. Il se trouve alors que se rompt et s'annule cette effusion produite par le regard, effusion qui porte le nom de pieds, car le yessod est appelé pied et l'effusion se fait par le yessod. Vois le Chaar Maamaré Razal, folio 11b, et examine bien.
💡 Explication

La dernière clause ferme la braita sur le maintien du corps. Le raisonnement s'appuie sur le verset : si la gloire divine emplit tout l'espace, celui qui traverse cet espace la tête haute agit comme s'il l'écartait.

La formule est mesurée : le texte dit kéilou, comme s'il, et non qu'il repousse effectivement. Le Ben Ich Haï s'arrête sur ce mot et propose plusieurs lectures, dont l'une identifie les pieds de la Chekhina à l'air qui emplit la terre et porte la lumière de Sa gloire.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).