Berakhot 44a — Ikar et tafel : le salé principal et le pain accessoire ; les fruits de Guinossar ; quelle bénédiction après les sept espèces, et par quoi se conclut la berakha méin chalosh

Berakhot 44a

Sougya : Le daf s'ouvre sur la fin de la Michna du chapitre : quand un aliment salé est apporté en premier et le pain avec lui, la bénédiction se dit sur le salé, qui exempte le pain — d'où la règle générale du ikar (principal) et du tafel (accessoire). La Guemara demande dans quelle situation réelle le pain peut devenir accessoire, et Rav Achi répond : chez ceux qui mangent les fruits de Guinossar, dont la douceur appelle un mets salé pour la contenir.

Suit une série d'enseignements aggadiques sur l'abondance de la terre d'Israël : Rabbi Yo'hanan et ses collègues devant les fruits de Guinossar, la ville de Yannaï sur la Montagne du Roi, l'arbre aux pigeonneaux, la ville de Gufnit et ses quatre-vingts paires de frères cohanim. Une seconde Michna ouvre alors la question de la bénédiction après les fruits des sept espèces : Rabban Gamliel exige les trois bénédictions complètes, les Sages une seule bénédiction résumant les trois, et Rabbi Akiva étend les trois bénédictions à tout ce dont on a fait son repas.

La Guemara établit le fondement scripturaire de chaque avis dans Devarim 8, donne le texte de la berakha meïn chalosh pour les fruits et pour les céréales, puis discute sa conclusion : « pour la terre et pour ses fruits » ou « pour la terre et pour les fruits », selon qu'on se trouve en Babylonie ou en terre d'Israël.

Ikar et tafel : qui porte la bénédiction quand deux aliments sont ensemble ? Deux aliments servis ensemble Cas ordinaire Le pain est le principal, le mets l'accompagne Cas de la Michna Le salé est le principal, le pain l'accompagne Bénédiction sur le pain elle exempte le mets qui vient avec Bénédiction sur le salé elle exempte le pain qui vient avec Règle unique : on bénit sur le ikar, et le tafel est exempté avec lui. Ce qui décide n'est pas le rang de l'aliment mais la fonction qu'il occupe dans ce repas-ci. Comment le pain devient-il accessoire ? Rav Achi : chez ceux qui mangent les fruits de Guinossar. Leur douceur affaiblit le cœur ; le salé vient le restaurer, et le pain n'est là que pour le salé.
La règle du ikar et du tafel, et le cas des fruits de Guinossar qui renverse le rang du pain.
Que dit-on après avoir mangé des raisins, des figues ou des grenades ? Fruits des sept espèces Rabban Gamliel Les trois bénédictions complètes (birkat hamazon) Motif : Devarim 8, 8 loue la terre par ses fruits, et 8, 10 ordonne de bénir Les Sages Une seule bénédiction, résumé des trois Motif : le mot terre au verset 9 coupe le sujet ; bénir suit le pain Rabbi Akiva Même un légume bouilli, s'il en a fait son repas Le critère devient l'usage : ce dont on se nourrit réellement Halakha retenue par la suite du daf : cinq espèces de céréales et sept espèces appellent la berakha meïn chalosh. Rabbi Yaakov bar Idi pour les céréales, Rabba bar Mari pour les fruits des sept espèces. Eau bue pour la soif Tana kama : chéhakol nihya bidvaro R. Tarfon : bore nefachot rabot hesronan : ce qui manque à leur subsistance Restriction commune Celui qui croque du blé cru reste exclu de la bénédiction complète, y compris pour Rabban Gamliel
Les trois positions de la Michna sur la bénédiction après les sept espèces, et la bénédiction sur l'eau.
La conclusion de la berakha meïn chalosh : deux formules, et le retournement Question : par quoi conclut-on ? Rav concluait bien Roch Hodech par deux thèmes, Israël et les débuts de mois. Première version Rav Hisda : pour la terre et pour SES fruits R. Yo'hanan : pour la terre et pour LES fruits Rav Amram : ils ne divergent pas. Ceci pour nous, cela pour eux. Version inversée Rav Hisda : pour la terre et pour LES fruits R. Yo'hanan : pour la terre et pour SES fruits Rav Nahman bar Yits-hak : eux mangent et nous bénirions sur leurs fruits ? Babylonie On mange les fruits du pays, non ceux d'Israël : formule générale, LES fruits Terre d'Israël On mange les fruits de la terre louée : formule possessive, SES fruits Le principe qui commande le retournement : la formule doit correspondre à ce que celui qui bénit vient de manger.
Les deux versions du débat sur la conclusion de la berakha, et le motif géographique qui les départage.
1
מַתְנֵי׳ הֵבִיאוּ לְפָנָיו מָלִיחַ תְּחִלָּה וּפַת עִמּוֹ — מְבָרֵךְ עַל הַמָּלִיחַ וּפוֹטֵר אֶת הַפַּת, שֶׁהַפַּת טְפֵלָה לוֹ. זֶה הַכְּלָל: כָּל שֶׁהוּא עִיקָּר וְעִמּוֹ טְפֵלָה — מְבָרֵךְ עַל הָעִיקָּר וּפוֹטֵר אֶת הַטְּפֵלָה.

MICHNA. Si l'on a apporté devant lui un aliment salé en premier, et du pain avec lui, il bénit sur le salé et exempte le pain, car le pain lui est accessoire.

Voici la règle : tout ce qui est principal et qui a un accessoire avec lui, on bénit sur le principal et l'on exempte l'accessoire.

📜 Rachi (1)
מַתְנֵי' מָלִיחַ כָּל דָּבָר מָלוּחַ:
Tout aliment salé, quel qu'il soit.
🗂️ Tossefot (1)
מְבָרֵךְ עַל הַמָּלִיחַ וְאַף עַל גַּב דְּאַשְׁמְעִינַן דְּפַת פּוֹטֵר אֶת הַפַּרְפֶּרֶת אִיצְטְרִיךְ לְאַשְׁמְעִינַן דִּפְעָמִים דְּפַת טָפֵל:
Bien que la Michna nous ait déjà enseigné que le pain exempte les mets d'accompagnement (parperet), il fallait encore nous apprendre qu'il arrive que le pain soit lui-même l'accessoire.
💡 Explication

La Michna achève le chapitre par une règle de hiérarchie entre les aliments. Quand deux aliments arrivent ensemble, un seul porte la bénédiction : le ikar (le principal), et l'autre, le tafel (l'accessoire), est exempté avec lui.

Le cas choisi est volontairement surprenant : d'ordinaire le pain est ce qu'il y a de plus important sur la table, et c'est lui qui exempte les mets. Ici le rapport s'inverse. La règle générale énoncée ensuite montre que le critère tient à la fonction de chaque aliment dans ce repas précis, et non à son rang habituel.

2
גְּמ׳ וּמִי אִיכָּא מִידֵּי דְּהָוֵי מָלִיחַ עִיקָּר וּפַת טְפֵלָה? אָמַר רַב אַחָא בְּרֵיהּ דְּרַב עַוִּירָא אָמַר רַב אָשֵׁי: בְּאוֹכְלֵי פֵּירוֹת גִּנּוֹסַר שָׁנוּ.

GUEMARA. Existe-t-il un cas où le salé soit principal et le pain accessoire ?

Rav Aha fils de Rav Avira a dit au nom de Rav Achi : on l'a enseigné à propos de ceux qui mangent les fruits de Guinossar.

📜 Rachi (1)
גְּמ' פֵּירוֹת גִּנּוֹסַר פֵּירוֹת אֶרֶץ יָם כִּנֶּרֶת חֲשׁוּבִים מִן הַפַּת:
Les fruits de la région du lac de Kinneret ; ils sont plus estimés que le pain.
🗂️ Tossefot (1)
בְּאוֹכְלֵי פֵּירוֹת גִּנּוֹסַר שָׁנוּ שֶׁהַמָּלִיחַ עִיקָּר שֶׁהוּא בָּא לְהָשִׁיב הַלֵּב שֶׁנֶּחֱלַשׁ מִפְּנֵי מְתִיקוּת הַפֵּירוֹת וְהַפַּת שֶׁלְּאַחֲרָיו טָפֵל וְאֵינוֹ בָּא אֶלָּא בִּשְׁבִיל הַמָּלִיחַ וא"ת פֵּירוֹת הָוֵי עִיקָּר וּמָלִיחַ טָפֵל וּלְבָרֵיךְ עַל הַפֵּירוֹת וְלִפְטַר כֻּולְּהוּ וְי"ל דְּמַיְירֵי שֶׁלֹּא אָכַל הַפֵּירוֹת בְּאוֹתוֹ מַעֲמָד א"נ בְּשָׁעָה שֶׁאָכַל פֵּירוֹת גִּנּוֹסַר לֹא הָיָה שָׁם עֲדַייִן מָלִיחַ וּפַת דְּלָא הָיָה יוֹדֵעַ שֶׁיֵּחָלֵשׁ לִבּוֹ מֵחֲמַת הַמְּתִיקוּת:
Le salé est le principal, car il vient restaurer le cœur affaibli par la douceur des fruits ; le pain qui vient après lui est accessoire et n'est là qu'à cause du salé. Et si tu objectes : ce seraient plutôt les fruits le principal et le salé l'accessoire, qu'il bénisse donc sur les fruits et exempte le tout ! On peut répondre qu'il s'agit d'un cas où il n'a pas mangé les fruits dans ce même cadre ; ou bien qu'au moment où il mangeait les fruits de Guinossar, le salé et le pain n'étaient pas encore là, car il ignorait que son cœur s'affaiblirait à cause de la douceur.
💡 Explication

La Guemara cherche une situation réelle qui donne sa portée à la Michna. La réponse repose sur une chaîne de besoins : les fruits de Guinossar, sur la rive du lac de Kinneret, sont d'une douceur telle qu'ils affaiblissent celui qui en mange ; on prend alors un mets salé pour se remettre, et du pain pour accompagner le salé.

Tossefot pose la question qui vient à l'esprit : pourquoi ne pas remonter d'un cran et faire des fruits eux-mêmes le ikar ? Sa réponse tient au cadre du repas : les fruits ont été mangés ailleurs, ou avant que le salé et le pain n'arrivent, de sorte qu'ils ne font pas partie de la même séquence.

🖼️ Schéma
La chaîne de Guinossar : comment le pain descend au rang d'accessoire Fruits de Guinossar douceur extrême Le cœur s'affaiblit il faut le restaurer Le mets salé ikar : on bénit sur lui Le pain tafel : exempté Objection de Tossefot : pourquoi les fruits ne sont-ils pas eux-mêmes le ikar de toute la séquence ? Réponse : ils ont été mangés hors de ce cadre, ou avant que le salé et le pain ne soient apportés. Rachi : ces fruits sont tenus pour plus importants que le pain lui-même.
La séquence qui fait du salé le principal et du pain l'accessoire.
3
אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה: כִּי הֲוָה אָזְלִינַן בָּתְרֵיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן לְמֵיכַל פֵּירוֹת גִּנּוֹסַר, כִּי הֲוֵינַן בֵּי מְאָה — מְנַקְּטִינַן לֵיהּ לְכָל חַד וְחַד עַשְׂרָה עַשְׂרָה, וְכִי הֲוֵינַן בֵּי עַשְׂרָה, מְנַקְּטִינַן לֵיהּ כָּל חַד וְחַד מְאָה מְאָה. וְכָל מְאָה מִינַּייְהוּ הֲוָה מַחֲזִיק לְהוּ צַנָּא בַּר תְּלָתָא סָאוֵי וְאָכֵיל לְהוּ, וּמִשְׁתְּבַע דְּלָא טְעֵים זִיּוּנָא. זִיּוּנָא סָלְקָא דַעְתָּךְ?! אֶלָּא אֵימָא ״מְזוֹנָא״.

Rabba bar bar Hana a dit : lorsque nous allions à la suite de Rabbi Yo'hanan manger des fruits de Guinossar, quand nous étions cent, chacun de nous lui en tendait dix ; et quand nous étions dix, chacun de nous lui en tendait cent. Et chaque centaine de ces fruits, un panier de trois seas les contenait, et il les mangeait, puis il jurait qu'il n'avait pas goûté de ziona.

De ziona, te viendrait-il à l'esprit ? Dis plutôt : de mazona.

📜 Rachi (2)
זִיּוּנָא מַשְׁמַע מִידִי דְּבַר אֲכִילָה:
Le mot désigne toute chose qui se mange.
מְזוֹנָא דָּבָר הַסּוֹעֵד:
Un aliment qui soutient et rassasie.
💡 Explication

Le style devient ici franchement hyperbolique : la Guemara loue la richesse de la terre d'Israël par des chiffres qui ne sont pas destinés à être comptés. Rabbi Yo'hanan mange l'équivalent de plusieurs paniers et jure ensuite n'avoir rien goûté.

La Guemara corrige le mot du serment. Ziona désignerait toute chose comestible, et le serment serait alors faux ; le mot juste est mazona, la nourriture qui soutient. Il avait mangé en quantité, sans avoir rien pris qui rassasie.

4
רַבִּי אֲבָהוּ אָכֵיל עַד דַּהֲוָה שָׁרֵיק לֵיהּ דֻּודְבָא מֵאַפּוּתֵיהּ. וְרַב אַמֵּי וְרַב אַסִּי הֲווֹ אָכְלִי עַד דִּנְתוּר מָזַיְיהוּ. רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ הֲוָה אָכֵיל עַד דְּמָרֵיד. וַאֲמַר לְהוּ רַבִּי יוֹחָנָן לִדְבֵי נְשִׂיאָה וַהֲוָה מְשַׁדַּר לֵיהּ רַבִּי יְהוּדָה נְשִׂיאָה בָּאלוֹשֵׁי אַבָּתְרֵיהּ, וּמַייְתִי לֵיהּ לְבֵיתֵיהּ.

Rabbi Abbahou en mangeait au point qu'une mouche glissait de son front. Rav Ami et Rav Assi en mangeaient au point que leurs cheveux tombaient.

Rabbi Chimon ben Lakich en mangeait au point de perdre ses esprits. Rabbi Yo'hanan en avertissait la maison du Nassi, et Rabbi Yehouda Nessia envoyait à sa suite une escorte qui le ramenait chez lui.

📜 Rachi (3)
דִּשְׁרִיק דּוּדְבָא מֵאֲפוּתִי' שֶׁהַזְּבוּב מַחֲלִיק מִמִּצְחוֹ מִתּוֹךְ צָהֳלַת פָּנִים בְּשָׂרוֹ מַחֲלִיק:
La mouche glisse de son front : tant son visage rayonnait, sa peau en devenait lisse.
עַד דְּמֵרִיד דַּעְתּוֹ מַטְרֶפֶת:
Son esprit se troublait.
בַּאֲלוֹשֵׁי אֻוכְלוּסֵי בְּנֵי אָדָם:
Une troupe de gens.
5
כִּי אֲתָא רַב דִּימִי, אֲמַר: עִיר אַחַת הָיְתָה לוֹ לְיַנַּאי הַמֶּלֶךְ בְּהַר הַמֶּלֶךְ, שֶׁהָיוּ מוֹצִיאִים מִמֶּנָּה שִׁשִּׁים רִבּוֹא סִפְלֵי טָרִית לְקוֹצְצֵי תְּאֵנִים מֵעֶרֶב שַׁבָּת לְעֶרֶב שַׁבָּת.

Quand Rav Dimi arriva, il dit : le roi Yannaï possédait une ville sur la Montagne du Roi, d'où l'on sortait six cent mille bassines de tarit pour les cueilleurs de figues, d'une veille de Chabbat à l'autre.

📜 Rachi (2)
סִפְלֵי טָרִית סְפָלִים מְלֵאִים חֲתִיכוֹת דָּג חָתוּךְ שֶׁקּוֹרִים טונינ"א:
Des bassines pleines de morceaux de poisson découpé, que l'on nomme tonina.
לְקוֹצְצֵי תְּאֵנִים לְמַאֲכַל פּוֹעֲלִים שֶׁקּוֹצְצִים תְּאֵנִים וְהָיוּ מְרֻובִּים עַד שֶׁכָּל אֵלּוּ צְרִיכִין לָהֶם לְמַאֲכָל:
Pour la nourriture des ouvriers qui coupent les figues ; ils étaient si nombreux que tout cela leur était nécessaire.
🪔 Ben Yehoyada (1)
עִיר אַחַת הָיְתָה לוֹ לְיַנַּאי הַמֶּלֶךְ בְּהַר הַמֶּלֶךְ, שֶׁהָיוּ מוֹצִיאִין מִמֶּנָּה שִׁשִּׁים רִבּוֹא סִפְלֵי טָרִית לְקוֹצְצֵי תְּאֵנִים, מֵעֶרֶב שַׁבָּת לְעֶרֶב שַׁבָּת. אֶפְשָׁר דִּבְּרוּ כָּאן לְשׁוֹן גֻּוזְמָא, וְכָל מְגַמָּתָם לְהַזְכִּיר מִסְפָּר זֶה בִּשְׁבִיל הַסּוֹד הַנִּרְמָז בְּדִבְרֵי אַגָּדָה זוֹ, בְּרַם מַה שֶׁאָמַר עִיר אַחַת הָיְתָה בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל ו'גּוּפָנִית' שְׁמָהּ, שֶׁהָיוּ בָּהּ שְׁמֹונִים זוּגוֹת אַחִים כֹּהֲנִים נְשׂוּאִין לִשְׁמֹונִים זוּגוֹת אֲחָיוֹת כֹּהֲנוֹת, אֵין זֶה לְשׁוֹן גֻּוזְמָא, אֶלָּא כָּךְ הָיָה מַמָּשׁ. וּבָזֶה יְתֹורַץ בס"ד דִּקְדּוּק אַחֵר לְמַאי אִצְטְרִיךְ לוֹמַר ו'גּוּפָנִית' שְׁמָהּ, וַהֲלֹא בְּאוֹתָהּ עִיר שֶׁהָיָה לְיַנַּאי הַמֶּלֶךְ בְּהַר הַמֶּלֶךְ לָא אַשְׁמְעִינַן שְׁמָהּ שֶׁל עִיר? אַךְ בָּזֶה נִיחָא וְהוּא, דְּאִיכָּא בְּעֵירוּבִין (דַּף סג.) תַּלְמִיד הָיָה לוֹ לְר' אֱלִיעֶזֶר שֶׁהוֹרָה הֲלָכָה בִּפְנֵי ר' אֱלִיעֶזֶר רַבּוֹ וְאָמַר לְאִימָּא שְׁלוֹם אִשְׁתּוֹ תְּמֵהֵנִי אִם יוֹצִיא שְׁנָתוֹ! וְכֵן הָיָה לוֹ! אָמַר לוֹ נָבִיא אַתָּה? אָמַר לוֹ לָאו אֶלָּא כָּךְ מִקּוֹבְלָנִי הַמּוֹרֶה בִּפְנֵי רַבּוֹ חַייָּב מִיתָה! וְאָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אוֹתוֹ תַּלְמִיד יְהוּדָה בֶּן גּוּרֶיהָ שְׁמוֹ, וּמַקְשֵׁי בַּגְּמָרָא שְׁמוֹ וְשֵׁם אָבִיו לָמָּה לִי? וּמְתָרֵץ שֶׁלֹּא יֹאמַר מָשָׁל הָיָה, עַיֵּין שָׁם. נִמְצָא לִפְעָמִים אוֹמֵר הַשַּׁ"ס מַעֲשֶׂה שֶׁהָיָה וְלֹא הָיָה מַמָּשׁ אֶלָּא נָקֵיט לָהּ עַל דֶּרֶךְ הַמָּשָׁל , וְרַק אִם יוֹסִיף בַּעַל הַמַּאֲמָר לוֹמַר דְּבָרִים שֶׁאֵינָם צְרִיכִים כְּהַךְ דְּמַזְכִּיר שְׁמוֹ וְשֵׁם אָבִיו, אָז נֵדַע דְּהָיָה מַמָּשׁ וְלֹא דֶּרֶךְ מָשָׁל, וְלָכֵן בְּאוֹתָהּ עִיר שֶׁאָמַר מוֹצְאִין מִמֶּנָּה שִׁשִּׁים רִבּוֹא סִפְלֵי טָרִית, כֵּיוָן דְּלֹא הָיָה הָכִי מַמָּשׁ אֶלָּא כִּיוֵּן בָּזֶה הַמִּסְפָּר עַל דֶּרֶךְ הַמָּשָׁל, לְכָךְ לֹא הִזְכִּיר שָׁמָּה, אַךְ דִּשְׁמוֹנִים זוּגוֹת בָּא לְהוֹדִיעֵנוּ דַּהֲוָה הָכִי מַמָּשׁ וְלָא נָקֵיט עַל דֶּרֶךְ הַמָּשָׁל, לְכָךְ הוֹדִיעַ אוֹתָנוּ שָׁמָּה, שֶׁאָמַר ו'גּוּפָנִית' שָׁמָּה, עַל דֶּרֶךְ מַה שֶּׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא דְּעֵירוּבִין בִּיהוּדָה בֶּן גּוּרְיָא.
« Le roi Yannaï possédait une ville sur la Montagne du Roi, d'où l'on sortait six cent mille bassines de tarit pour les cueilleurs de figues, d'une veille de Chabbat à l'autre. » Il se peut qu'ils aient parlé ici par gouzma (exagération), et que toute leur intention ait été de mentionner ce nombre à cause du sod (secret) auquel cette aggada fait allusion. En revanche, ce qui est dit — « il y avait une ville en terre d'Israël, du nom de Gufnit, où se trouvaient quatre-vingts paires de frères cohanim mariés à quatre-vingts paires de sœurs filles de cohanim » — relève de la réalité exacte, et non du procédé de l'exagération. Ainsi se résout, avec l'aide du Ciel, une autre difficulté : pourquoi fallait-il préciser « et son nom était Gufnit », alors que pour la ville que le roi Yannaï possédait sur la Montagne du Roi le nom ne nous est pas indiqué ? Voici la réponse. Il y a dans Erouvin (63a) : un disciple de Rabbi Eliezer trancha une halakha en présence de Rabbi Eliezer son maître ; celui-ci dit à Imma Chalom, son épouse : je m'étonnerais qu'il achève son année. Et ainsi fut-il. Elle lui dit : es-tu prophète ? Il lui répondit : non, mais telle est la tradition que j'ai reçue : celui qui tranche en présence de son maître est passible de mort. Rabba bar bar Hana a dit : ce disciple se nommait Yehouda ben Gouria. La Guemara demande : à quoi bon son nom et le nom de son père ? Et elle répond : pour qu'on ne dise pas que c'était une parabole. Il ressort de là que le Talmud rapporte parfois un fait qui n'a pas eu lieu à la lettre, et qu'il énonce à la manière d'un machal (parabole) ; c'est seulement lorsque l'auteur de l'enseignement ajoute des détails superflus, comme ici la mention du nom et du nom du père, que nous savons que la chose fut réelle. C'est pourquoi, pour la ville dont il est dit qu'on en sortait six cent mille bassines de tarit — puisque la chose ne fut pas telle à la lettre, et que ce nombre visait une portée parabolique — le nom n'a pas été mentionné ; tandis que les quatre-vingts paires viennent nous apprendre que la chose fut réelle, et c'est pourquoi le nom nous est indiqué, « et son nom était Gufnit », à la manière de ce que dit la Guemara d'Erouvin au sujet de Yehouda ben Gouria.
💡 Explication

La Montagne du Roi désigne une région de Judée réputée pour son extraordinaire fertilité. Le tarit est un petit poisson conservé dans le sel ; il revient dans le daf comme l'aliment salé par excellence qui accompagne les figues.

Le Ben Yehoyada fixe ici un critère de lecture des aggadot : un récit chiffré sans nom propre peut relever du machal, tandis que l'ajout d'un détail identifiant, comme le nom d'une ville ou d'un homme, signale que le fait est rapporté à la lettre.

6
כִּי אֲתָא רַבִּין אֲמַר: אִילָן אֶחָד הָיָה לוֹ לְיַנַּאי הַמֶּלֶךְ בְּהַר הַמֶּלֶךְ, שֶׁהָיוּ מוֹרִידִים מִמֶּנּוּ אַרְבָּעִים סְאָה גּוֹזָלוֹת מִשָּׁלֹשׁ בְּרֵיכוֹת בְּחֹדֶשׁ. כִּי אֲתָא רַבִּי יִצְחָק אָמַר: עִיר אַחַת הָיְתָה בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל וְגֻופְנִית שְׁמָהּ, שֶׁהָיוּ בָּהּ שְׁמֹנִים זוּגוֹת אַחִים כֹּהֲנִים נְשׂוּאִים לִשְׁמֹנִים זוּגוֹת אֲחָיוֹת כֹּהֲנוֹת. וּבְדַקוּ רַבָּנַן מִסּוּרָא וְעַד נְהַרְדָּעָא וְלָא אַשְׁכַּחוּ בַּר מִבְּנָתֵיהּ דְּרַב חִסְדָּא, דַּהֲווֹ נְסִיבָן לְרָמִי בַּר חָמָא וּלְמָר עֻוקְבָא בַּר חָמָא. וְאַף עַל גַּב דְּאִינְהִי הֲווֹ כָּהֲנָתָא, אִינְהוּ לָא הֲווֹ כָּהֲנֵי.

Quand Ravin arriva, il dit : le roi Yannaï possédait un arbre sur la Montagne du Roi, dont on faisait descendre quarante seas de pigeonneaux, issus de trois couvées, chaque mois. Quand Rabbi Yits-hak arriva, il dit : il y avait une ville en terre d'Israël, du nom de Gufnit, où se trouvaient quatre-vingts paires de frères cohanim mariés à quatre-vingts paires de sœurs filles de cohanim.

Les Sages vérifièrent depuis Soura jusqu'à Nehardea et ne trouvèrent rien de tel, hormis les filles de Rav Hisda, qui étaient mariées à Rami bar Hama et à Mar Oukva bar Hama. Et bien qu'elles fussent filles de cohen, eux n'étaient pas cohanim.

📜 Rachi (3)
בְּרִיכוֹת קובייא"ש בְּלַעַ"ז:
Des couvées ; en langue vernaculaire, kovyach.
מִשָּׁלֹשׁ בְּרִיכוֹת בַּחֹדֶשׁ ג' פְּעָמִים בַּחֹדֶשׁ מוֹרִידִים מִמֶּנּוּ כָּךְ:
Trois fois par mois on en faisait descendre autant.
שְׁמָנִים זוּגוֹת אַחִים שְׁנַיִם שְׁנַיִם אַחִים הָיוּ כֻּולָּם וְכֵן נְשׁוֹתֵיהֶם:
Ils étaient tous frères deux à deux, et leurs épouses de même.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וּבְדַקוּ רַבָּנַן מִסּוּרָא וְעַד נְהַרְדְּעָא, וְלָא אַשְׁכַּחוּ. דָּבָר זֶה יִפָּלֵא מָה הִכְרִיחַ הָיָה לָהֶם, וּמָה הַטַּעַם אֲשֶׁר לָחַץ אֶת רַבָּנָן לִבְדֹּוק דְּמַאי נָפְקָא לָן, וּמַה לָמַדְנוּ מִבְּדִיקָה זוֹ דְּנָחֲתִי רַבָּנָן לְמִטְרַח כֻּולֵּי הַאי? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי הֵן אֱמֶת דְּמִדִּינָא אֵין חֲשָׁשׁ מִזֶּה שֶׁיִּהְיוּ ב' אַחִים נוֹשְׂאִים ב' אֲחָיוֹת , מִכָּל מָקוֹם מָצִינוּ דְּרַבֵּינוּ יְהוּדָא הֶחָסִיד זַ"ל בְּצַוָּואוֹתָיו הִזְהִיר שֶׁלֹּא לִישָּׂא ב' אַחִים שְׁתֵּי אֲחָיוֹת דְּאֵין זִוּוּגָם עוֹלֶה יָפֶה, וְאוֹמְרִים הַטַּעַם מִשּׁוּם דְּבָזֶה מִתְבַּטֵּל מִצְוַת יִבּוּם, אוֹ יִתָּכֵן יֵשׁ טַעַם אַחֵר כָּמוּס. וְנִרְאֶה כִּי בִּימֵי הַגְּמָרָא הָיָה חֲכָמִים בַּעֲלֵי שֵׁם וְקַבָּלָה שֶׁהָיוּ גַּם כֵּן מְפַקְפְּקִין בְּדָבָר זֶה, לוֹמַר כְּמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ יְהוּדָה חָסִיד שֶׁאֵין הַזּוּג עוֹלֶה יָפֶה, וּלְכָךְ בָּא רַבִּי יִצְחָק וְהֵעִיד שָׂעִיר אַחַת הָיְתָה בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל ו'גּוּפָנִית' שָׁמָּה, שֶׁהָיוּ בָּהּ שְׁמֹונִים זוּגוֹת אַחִים כֹּהֲנִים וְכוּ', וְכַוָּנָתוֹ בָּזֶה לִסְתּוֹר חֲשָׁשָׁה הַנִּזְכֶּרֶת, דְּהָא מָצִינוּ שֶׁהַזּוּג עָלָה יָפֶה בִּשְׁמָנִים בִּזְמַן אֶחָד, אַךְ הוֹאִיל וְהָיָה זֶה בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל אִיכָּא לְמִתְלֵי בִּזְכוּת אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל, וּלְעוֹלָם בְּחוּץ לָאָרֶץ אִיכָּא לְמֵיחַשׁ, לְכָךְ יָשְׁבוּ חֲכָמִים בְּחוּץ לָאָרֶץ וּבָדְקוּ כְּדֵי לְבָרֵר בָּזֶה לְבַטֵּל הַחֲשָׁשָׁה לְגַמְרֵי, וְלֹא מָצְאוּ בִּימֵיהֶם בְּחוּץ לָאָרֶץ אֶלָּא רַק זִוּוּג אֶחָד שֶׁל בְּנוֹת ר' חִסְדָּא שֶׁנָּשְׂאוּ לִשְׁנֵי אַחִים, וְהֵמָּה רָאוּ שֶׁאֵין הַזִּוּוּג עָלָה יָפֶה, כִּי רָמִי בַּר חָמָא נִפְטַר וְנִתְאַלְמְנָה אִשְׁתּוֹ וּנְשָׂאָהּ רָבָא, אִם כֵּן בְּחוּץ לָאָרֶץ נִתְבָּרֵר לְהֶפֶךְ, אַךְ עֲדַיִין לֹא יֵשׁ סֶמֶךְ עַל בֵּירוּר זֶה, יַעַן כִּי הַבְּעָלִים הָיוּ יִשְׂרְאֵלִים וְהַבָּנוֹת כֹּהֲנוֹת, וְאִיכָּא לְמִתְלֵי מִשּׁוּם דְּכַהֲנֵית שֶׁנִּשֵּׂאת לְיִשְׂרָאֵל אֵין זִוּוּגָם עוֹלֶה יָפֶה.
« Les Sages vérifièrent depuis Soura jusqu'à Nehardea et ne trouvèrent pas. » La chose étonne : qu'est-ce qui les y contraignait, et quelle raison a poussé les Sages à mener cette vérification ? Quelle conséquence en tirons-nous, et qu'apprend-on d'une enquête pour laquelle ils se sont donné tant de peine ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'en vérité, du point de vue de la loi stricte, il n'y a aucune crainte à ce que deux frères épousent deux sœurs. Néanmoins, nous trouvons que Rabbenou Yehouda hé-Hassid, dans ses testaments, a mis en garde contre le mariage de deux frères avec deux sœurs, car leur union ne réussit pas ; on en donne pour raison que la mitsva du yiboum (lévirat) s'en trouve annulée, et il se peut qu'il y ait à cela une autre raison, tenue secrète. Il apparaît qu'à l'époque de la Guemara il y avait des Sages, hommes de renom et de kabbala, qui eux aussi hésitaient sur ce point et disaient, comme l'a écrit Rabbenou Yehouda hé-Hassid, que cette union ne réussit pas. C'est pourquoi Rabbi Yits-hak vint témoigner qu'il y avait une ville en terre d'Israël, du nom de Gufnit, où se trouvaient quatre-vingts paires de frères cohanim, etc. — son intention étant d'écarter cette crainte, puisque nous voyons que l'union a réussi pour quatre-vingts couples en un même temps. Mais puisque cela se passait en terre d'Israël, on pouvait l'attribuer au mérite de la terre d'Israël, et maintenir la crainte hors de la terre d'Israël. Les Sages, hors de la terre d'Israël, se mirent donc à vérifier, afin d'écarter complètement cette crainte ; et ils ne trouvèrent de leur temps, hors de la terre d'Israël, qu'une seule union, celle des filles de Rav Hisda mariées à deux frères. Or ils virent que cette union ne réussit pas, car Rami bar Hama mourut, son épouse devint veuve, et Rava l'épousa. Hors de la terre d'Israël, la conclusion se révélait donc inverse. Mais il n'y a encore là aucun appui certain, car les maris étaient israélites et les filles étaient de famille sacerdotale, et l'on pouvait attribuer la chose au fait qu'une fille de cohen mariée à un israélite ne voit pas son union réussir.
7
אָמַר רַב: כָּל סְעוּדָה שֶׁאֵין בָּהּ מֶלַח, אֵינָהּ סְעוּדָה. אָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כָּל סְעוּדָה שֶׁאֵין בָּהּ שְׂרִיף, אֵינָהּ סְעוּדָה.

Rav a dit : tout repas où il n'y a pas de sel n'est pas un repas. Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : tout repas où il n'y a pas de charif n'est pas un repas.

📜 Rachi (1)
שְׂרִיף תַּבְשִׁיל לַח שֶׁיֵּשׁ בּוֹ מָרָק כְּמוֹ שׂוֹרְפָהּ חַיָּה:
Charif : un mets liquide comportant du bouillon, de la même racine que l'expression chorfa haya, qui se boit tel quel.
💡 Explication

Ces deux enseignements referment la séquence ouverte par la Michna sur le salé. Le repas complet suppose de quoi relever le pain et de quoi le faire passer : le sel d'un côté, le charif, mets liquide en sauce, de l'autre.

8
מַתְנֵי׳ אָכַל עֲנָבִים וּתְאֵנִים וְרִמּוֹנִים — מְבָרֵךְ אַחֲרֵיהֶם שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת, דִּבְרֵי רַבָּן גַּמְלִיאֵל. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: בְּרָכָה אַחַת מֵעֵין שָׁלֹשׁ. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: אֲפִילּוּ אָכַל שֶׁלֶק וְהוּא מְזוֹנוֹ — מְבָרֵךְ עָלָיו שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת. הַשּׁוֹתֶה מַיִם לִצְמָאוֹ — מְבָרֵךְ ״שֶׁהַכֹּל נִהְיָה בִּדְבָרוֹ״. רַבִּי טִרְפוֹן אוֹמֵר: ״בּוֹרֵא נְפָשׁוֹת רַבּוֹת וְחֶסְרוֹנָן״.

MICHNA. Celui qui a mangé des raisins, des figues et des grenades bénit après eux les trois bénédictions — parole de Rabban Gamliel.

Les Sages disent : une seule bénédiction, résumé des trois. Rabbi Akiva dit : même s'il a mangé un légume bouilli et que ce soit là son repas, il bénit dessus les trois bénédictions.

Celui qui boit de l'eau pour sa soif bénit chéhakol nihya bidvaro. Rabbi Tarfon dit : bore nefachot rabot vehesronan.

📜 Rachi (4)
מַתְנֵי' מְבָרֵךְ אַחֲרֵיהֶם ג' בְּרָכוֹת ר"ג לְטַעְמֵיהּ דְּאָמַר לְעֵיל בְּפִירְקִין (בְּרָכוֹת דַּף לז.) כָּל שֶׁהוּא מז' הַמִּינִים מְבָרֵךְ אַחֲרָיו ג' בְּרָכוֹת:
Rabban Gamliel est fidèle à son opinion, lui qui a dit plus haut dans ce chapitre (Berakhot 37a) : tout ce qui provient des sept espèces, on bénit après lui les trois bénédictions.
אֲפִילּוּ אָכַל שֶׁלֶק שֶׁל יָרָק:
Un légume bouilli.
וְהוּא מְזוֹנוֹ שֶׁסָּמַךְ עָלָיו לְמָזוֹן:
Il en a fait l'appui de sa nourriture.
וְחֶסְרוֹנָן צָרְכֵי סִפּוּקָן:
Vehesronan : ce qui est nécessaire à leur subsistance.
🗂️ Tossefot (1)
רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר אַפֵּי' אָכַל שֶׁלֶק וְהוּא מְזוֹנוֹ כו' וְלָא דָּמֵי לְהַהִיא דִּלְעֵיל (בְּרָכוֹת דַּף לז.) דר"ג נָתַן רְשׁוּת לר"ע לְבָרֵךְ וְכוּ' דְּשָׁאנֵי הָכָא דְּאִיקְּבַע מְזוֹנֵיהּ עֲלֵיהּ:
Cela ne ressemble pas au cas rapporté plus haut (37a), où Rabban Gamliel donna à Rabbi Akiva l'autorisation de bénir, etc., car ici la situation diffère : il en a fait son repas fixe.
⚖️ Rosh (1)
הַכּוֹסֵס אֶת הַחִטָּה מְבָרֵךְ עָלָיו בפה"א וְלֹא פֵּירֵשׁ אֵיזוֹ בְּרָכָה יְבָרֵךְ אַחֲרֶיהָ וְיֵרָאֶה שֶׁיְּבָרֵךְ ב"נ וְלֹא בְּרָכָה מֵעֵין שָׁלֹשׁ דִּלְקַמָּן (בְּרָכוֹת דַּף מד.) מְפָרֵשׁ בְּרָכָה אַחַת מֵעֵין שָׁלֹשׁ וְקָאָמַר דְּעַל חֲמֵשֶׁת הַמִּינִין מְבָרֵךְ עַל הַמִּחְיָה וְעַל הַכַּלְכָּלָה וְעַל פֵּירוֹת הָעֵץ וְעַל פְּרִי הָעֵץ שֶׁלֹּא מָצִינוּ בְּשׁוּם מָקוֹם שֶׁתִּקְּנוּ בְּרָכָה אַחַת מֵעֵין שָׁלֹשׁ עַל הָאֲדָמָה וְעַל פְּרִי הָאֲדָמָה וְהָא דְּאָמַר בִּשְׁמַעְתִּין כֹּל שֶׁהוּא מִין דָּגָן וְלֹא עֲשָׂאוֹ פַּת ר"ג אוֹמֵר שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת וחכ"א בְּרָכָה אַחַת מֵעֵין שָׁלֹשׁ הַיְינוּ בְּשַׁלְקִינְהוּ וְעַבְדִינְהוּ כְּעֵין דַּייְסָא אֲבָל הַכּוֹסֵס אֶת הַחִטִּין אוֹ שַׁלְקִינְהוּ וְאִיתְנַיְיהוּ בְּעֵינַייְהוּ אֵינוֹ מְבָרֵךְ לְאַחֲרָיו אֶלָּא ב"נ ואע"ג דְּחִטָּה כְּתִיב בִּקְרָא כֵּיוָן דְּאֵין אֲכִילָתָהּ חֲשׁוּבָה כָּל כָּךְ לָא חֲשִׁיבָא בְּרָכָה נ"א אֲכִילָה לְבָרֵךְ עָלָיו מֵעֵין ג' מִיהוּ מִדְּכָייֵל בְּדִבְרֵי חֲכָמִים כֹּל שֶׁהוּא מִין דָּגָן וְלֹא עֲשָׂאוֹ פַּת מַשְׁמַע אֲפִי' אֲכָלוֹ חַי דֻּומְיָא דְּשִׁבְעַת הַמִּינִים דְּרֵישָׁא וּבְמַחֲזוֹר דר"ת זַ"ל הָיָה כָּתוּב הַכּוֹסֵס אֶת הַחִטָּה מְבָרֵךְ בְּרָכָה אַחַת מֵעֵין ג' עַל הָאֲדָמָה וְעַל פְּרִי הָאֲדָמָה וְהוֹגָה מִבַּחוּץ מְבָרְכִין עָלָיו ב"נ וְכֵן כָּתַב בה"ג בּוֹרֵא נְפָשׁוֹת בְּכוֹסֵס אֶת הַחִטָּה אוֹ שַׁלְקִינְהוּ וְאִיתְנַיְיהוּ בְּעֵינַייְהוּ וְנָכוֹן לְהַחְמִיר שֶׁלֹּא לֶאֱכֹול חִטִּין אוֹ שְׁלָקוֹת בְּעֵינַייְהוּ אִם לֹא בְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה מִשּׁוּם סָפֵק בְּרָכָה אַחֲרוֹנָה וְאָמְרִינַן בַּיְּרוּשַׁלְמִי דְּפִירְקִין דְּר' יִרְמְיָה בָּעֵי הַדִּין דְּאָכַל סֹולֶת מַהוּ מְבָרֵךְ בְּסוֹפָהּ אָמַר ר' יוֹסֵי וּלְהָכִי לֹא אָכַל סֹולֶת ר' יִרְמְיָה מִיּוֹמֵיהּ לְפִי שֶׁהָיָה מְסֻופָּק בִּבְרָכָה אַחֲרוֹנָה שֶׁאִם הָיָה מְסֻופָּק בִּבְרָכָה רִאשׁוֹנָה יָכוֹל לְבָרֵךְ שהנ"ב דִּתְנַן עַל כֻּולָּם אִם אָמַר שהנ"ב יָצָא אֲבָל בְּרָכָה אַחֲרוֹנָה אֵין לוֹ לְבָרֵךְ אֶלָּא בְּרָכָה שֶׁנִּתְקְנָה:
Celui qui croque du blé bénit dessus bore péri haadama, et la Michna n'a pas précisé quelle bénédiction il dira après. Il apparaît qu'il dira bore nefachot, plutôt qu'une bénédiction meïn chalosh (résumé des trois), car plus loin (Berakhot 44a) la Guemara explique ce qu'est cette « seule bénédiction, résumé des trois » et dit que sur les cinq espèces on dit « pour la subsistance et pour l'entretien », et sur les fruits de l'arbre « pour l'arbre et pour le fruit de l'arbre » : nous ne trouvons nulle part qu'on ait institué une bénédiction meïn chalosh sous la forme « pour la terre et pour le fruit de la terre ». Et ce qui est dit dans notre passage — tout ce qui est céréale sans qu'on en ait fait du pain : Rabban Gamliel dit trois bénédictions et les Sages disent une seule bénédiction résumé des trois — vise le cas où on les a fait bouillir et où l'on en a fait une sorte de bouillie ; mais celui qui croque des grains de blé, ou qui les a fait bouillir et les a laissés tels quels, ne bénit après eux que bore nefachot. Et bien que le blé figure dans le verset, puisque sa consommation ainsi n'est pas tenue pour importante, elle n'est pas jugée digne — autre version : cette consommation n'est pas jugée assez importante — qu'on bénisse dessus meïn chalosh. Toutefois, du fait que les Sages englobent « tout ce qui est céréale sans qu'on en ait fait du pain », cela laisse entendre même s'il l'a mangé cru, à l'image des sept espèces mentionnées au début. Dans le mahzor de Rabbenou Tam, de mémoire bénie, il était écrit : celui qui croque du blé dit une seule bénédiction meïn chalosh, « pour la terre et pour le fruit de la terre » ; et il a été corrigé en marge : on bénit dessus bore nefachot. Ainsi a écrit le Behag : bore nefachot pour celui qui croque du blé, ou qui les a fait bouillir et les a laissés tels quels. Il convient d'être rigoureux et de s'abstenir de manger du blé ou des grains bouillis tels quels sinon au cours du repas, à cause du doute sur la bénédiction finale. Et nous disons dans le Yerouchalmi de notre chapitre que Rabbi Yirmeya demanda : celui qui a mangé de la semoule, que bénit-il à la fin ? Rabbi Yossi dit : c'est pour cela que Rabbi Yirmeya n'a jamais mangé de semoule de sa vie, parce qu'il avait un doute sur la bénédiction finale ; car s'il avait eu un doute sur la bénédiction initiale, il aurait pu dire chehakol nihya bidvaro, puisque nous avons appris que sur toutes choses, s'il a dit chehakol nihya bidvaro, il s'est acquitté ; mais pour la bénédiction finale, il ne peut dire que la bénédiction qui a été instituée.
💡 Explication

Cette Michna ouvre la question centrale de la fin du chapitre : jusqu'où s'étend l'obligation de la birkat hamazon ? Rabban Gamliel l'étend aux fruits des sept espèces par lesquelles la terre d'Israël est louée ; les Sages la réservent au pain et instituent pour le reste une bénédiction condensée, la berakha meïn chalosh.

Rabbi Akiva déplace le critère : ce qui compte à ses yeux est que l'aliment tienne lieu de repas, même un simple légume bouilli. La Michna se clôt sur un cas opposé, l'eau bue pour la soif, où l'on discute seulement de la formule de la bénédiction préliminaire.

🖼️ Schéma
Trois critères pour la bénédiction après le repas Rabban Gamliel Critère : la louange de la terre Les sept espèces sont incluses Trois bénédictions comme après le pain Les Sages Critère : le pain seul Le verset coupe après le pain Une berakha meïn chalosh forme condensée des trois Rabbi Akiva Critère : ce qui tient lieu de repas même un légume bouilli Trois bénédictions l'usage l'emporte sur l'espèce Nafka mina : un homme qui s'est rassasié de figues doit-il la birkat hamazon complète, une formule abrégée, ou rien de plus qu'une bénédiction générale ?
Les trois positions et le critère qui commande chacune.
9
גְּמ׳ מַאי טַעְמָא דְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל? דִּכְתִיב: ״אֶרֶץ חִטָּה וּשְׂעֹרָה וְגוֹ׳״, וּכְתִיב: ״אֶרֶץ אֲשֶׁר לֹא בְמִסְכֵּנֻת תֹּאכַל בָּהּ לֶחֶם וְגוֹ׳״, וּכְתִיב: ״וְאָכַלְתָּ וְשָׂבָעְתָּ וּבֵרַכְתָּ אֶת ה׳ אֱ-לֹהֶיךָ״.

GUEMARA. Quel est le motif de Rabban Gamliel ?

Car il est écrit : « une terre de blé et d'orge, etc. », et il est écrit : « une terre où tu mangeras du pain sans pénurie, etc. », et il est écrit : « tu mangeras, tu seras rassasié, et tu béniras Hachem ton D.ieu ».

📜 Rachi (1)
גְּמ' וּבִרְכַּת אַכּוּלְּהוּ קָאֵי וּבְהַהוּא קְרָא ג' בְּרָכוֹת רְמִיזִי כִּדְאָמְרִינַן בְּפֶרֶק שְׁלֹשָׁה שֶׁאָכְלוּ (בְּרָכוֹת דַּף מח:):
« Et tu béniras » porte sur tout ce qui précède, et dans ce verset les trois bénédictions sont sous-entendues, comme il est dit au chapitre Chelocha CheAkhlou (Berakhot 48b).
💡 Explication

Le raisonnement de Rabban Gamliel enchaîne trois versets consécutifs de Devarim 8. Le premier énumère les sept espèces ; le deuxième parle du pain ; le troisième ordonne de bénir après avoir mangé et s'être rassasié. Rabban Gamliel rattache l'ordre de bénir à l'ensemble de la louange, fruits compris.

10
וְרַבָּנָן ״אֶרֶץ״ הִפְסִיק הָעִנְיָן. וְרַבָּן גַּמְלִיאֵל נָמֵי ״אֶרֶץ״ הִפְסִיק הָעִנְיָן! הַהוּא מִבְּעֵי לֵיהּ לְמַעוֹטֵי הַכּוֹסֵס אֶת הַחִטָּה.

Et les Sages ? Le mot « terre » a interrompu le sujet.

Mais pour Rabban Gamliel aussi, le mot « terre » interrompt le sujet ! Celui-là, il en a besoin pour exclure celui qui croque du blé.

📜 Rachi (2)
אֶרֶץ הִפְסִיק הָעִנְיָן וְלָא קָאֵי וּבֵרַכְתָּ אֶלָּא אַלֶּחֶם דִּסְמִיךְ לֵיהּ:
« Et tu béniras » ne porte donc que sur le pain, qui lui est contigu.
ור"ג הַהוּא הַפְסָקָה לְפָרוֹשֵׁי חִטָּה דִּכְתִיב בִּקְרָא קַמָּא אֲתָא וּלְמִעוּטֵי שֶׁאִם כְּסָסָהּ כְּמוֹת שֶׁהִיא אֵין זוֹ בִּכְלַל בְּרָכָה אא"כ עֲשָׂאָהּ לֶחֶם:
Pour Rabban Gamliel, cette interruption vient préciser le blé mentionné dans le premier verset et exclure le cas où on le croque tel quel : il n'entre alors pas dans l'obligation de bénir, à moins qu'on n'en ait fait du pain.
💡 Explication

Les Sages lisent la reprise du mot « terre » au verset 9 comme une coupure : l'obligation de bénir énoncée au verset 10 se rattache au seul pain qui la précède immédiatement.

Rabban Gamliel accepte que le mot coupe, mais lui donne une autre fonction : restreindre le blé du verset 8 à sa forme travaillée. Même pour lui, celui qui croque des grains crus reste hors de l'obligation.

🖼️ Schéma
Devarim 8, 8-10 : où passe la coupure ? v. 8 : une terre de blé et d'orge, de vigne, de figuier et de grenadier, une terre d'olivier à huile et de miel v. 9 : une TERRE où tu mangeras du pain sans pénurie v. 10 : tu mangeras, tu seras rassasié, et tu béniras Rabban Gamliel Bénir porte jusqu'au v. 8 : les fruits sont inclus. La coupure sert à exclure le blé croqué cru. Les Sages Le mot terre coupe : bénir suit le seul pain. Les fruits reçoivent une formule abrégée.
Le même mot sert de coupure aux deux avis, avec deux fonctions différentes.
11
אָמַר רַבִּי יַעֲקֹב בַּר אִידִי אָמַר רַבִּי חֲנִינָא: כָּל שֶׁהוּא מֵחֲמֵשֶׁת הַמִּינִין, בַּתְּחִלָּה — מְבָרֵךְ עָלָיו ״בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת״, וּלְבַסּוֹף — בְּרָכָה אַחַת מֵעֵין שָׁלֹשׁ.

Rabbi Yaakov bar Idi a dit au nom de Rabbi Hanina : tout ce qui provient des cinq espèces de céréales, au début on bénit dessus bore miney mezonot, et à la fin une seule bénédiction, résumé des trois.

📜 Rachi (2)
חֲמֵשֶׁת הַמִּינִים כֻּולָּם מִין דָּגָן חִטִּין וּשְׂעוֹרִין וְכֻוסְּמִין וְשִׁבֹּולֶת שׁוּעָל וְשִׁיפוֹן כֻּוסְּמִין מִין חִטָּה שִׁבֹּולֶת שׁוּעָל וְשִׁיפוֹן מִין שְׂעוֹרָה:
Les cinq espèces sont toutes des céréales : blé, orge, épeautre, avoine et seigle. L'épeautre est une variété de blé ; l'avoine et le seigle sont des variétés d'orge.
מְבָרֵךְ עָלָיו ב"מ מְזוֹנוֹת אִם עֲשָׂאוֹ תַּבְשִׁיל:
S'il en a fait un mets cuit.
12
אָמַר רַבָּה בַּר מָרִי אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: כָּל שֶׁהוּא מִשִּׁבְעַת הַמִּינִין, בַּתְּחִלָּה — מְבָרֵךְ ״בּוֹרֵא פְּרִי הָעֵץ״, וּלְבַסּוֹף — בְּרָכָה אַחַת מֵעֵין שָׁלֹשׁ.

Rabba bar Mari a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi : tout ce qui provient des sept espèces, au début on bénit bore péri haets, et à la fin une seule bénédiction, résumé des trois.

📜 Rachi (1)
כָּל שֶׁהוּא מז' הַמִּינִים מִשְּׁאָר ז' הַמִּינִים הָאֲמוּרִים בַּפָּסוּק וְאֵינוֹ מִין דָּגָן:
Parmi les autres espèces des sept mentionnées dans le verset, celles qui ne sont pas des céréales.
💡 Explication

Les deux enseignements précédents fixent la halakha issue du débat de la Michna : les Sages l'emportent, et la berakha meïn chalosh s'applique aux deux catégories tirées du verset de la louange — les cinq espèces de céréales d'une part, les fruits des sept espèces de l'autre.

13
אֲמַר לֵיהּ אַבָּיֵי לְרַב דִּימִי: מַאי נִיהוּ ״בְּרָכָה אַחַת מֵעֵין שָׁלֹשׁ״? אֲמַר לֵיהּ: אַפֵּירֵי דְּעֵץ ״עַל הָעֵץ וְעַל פְּרִי הָעֵץ, וְעַל תְּנוּבַת הַשָּׂדֶה, וְעַל אֶרֶץ חֶמְדָּה טוֹבָה וּרְחָבָה שֶׁהִנְחַלְתָּ לַאֲבוֹתֵינוּ לֶאֱכוֹל מִפִּרְיָהּ וְלִשְׂבֹּועַ מִטּוּבָהּ. רַחֵם ה׳ אֱ-לֹהֵינוּ עַל יִשְׂרָאֵל עַמֶּךָ, וְעַל יְרוּשָׁלַיִם עִירְךָ, וְעַל מִקְדָּשְׁךָ, וְעַל מִזְבַּחֲךָ. וְתִבְנֶה יְרוּשָׁלַיִם עִיר קָדְשְׁךָ בִּמְהֵרָה בְּיָמֵינוּ. וְהַעֲלֵנוּ לְתוֹכָהּ, וְשַׂמְּחֵנוּ בָּהּ. כִּי אַתָּה טוֹב וּמֵטִיב לַכֹּל״.

Abaye dit à Rav Dimi : qu'est-ce que cette « seule bénédiction, résumé des trois » ? Il lui répondit : sur les fruits de l'arbre, « pour l'arbre et pour le fruit de l'arbre, pour le produit du champ, et pour une terre désirable, bonne et vaste, que Tu as donnée en héritage à nos pères pour qu'ils mangent de son fruit et se rassasient de sa bonté.

Aie pitié, ה' notre D.ieu, d'Israël Ton peuple, de Jérusalem Ta ville, de Ton sanctuaire et de Ton autel. Rebâtis Jérusalem, ville de Ta sainteté, promptement et de nos jours ; fais-nous y monter et réjouis-nous en elle, car Tu es bon et Tu fais du bien à tous ».

📜 Rachi (1)
אַפֵּרֵי דְּעֵץ עַל הָעֵץ וְעַל פְּרִי הָעֵץ וְעַל אֶרֶץ חֶמְדָּה טוֹבָה וּרְחָבָה אַתַּרְוַייְהוּ קָאֵי כֻּולָּהּ עַד סוֹפָהּ:
« Et pour une terre désirable, bonne et vaste » se rapporte aux deux mentions précédentes, et il en va de même de toute la suite jusqu'à la fin.
🗂️ Tossefot (1)
עַל הָעֵץ וְעַל פְּרִי הָעֵץ אֲבָל עַל הַיַּיִן מְבָרְכִים עַל הַגֶּפֶן וְעַל פְּרִי הַגֶּפֶן דְּכֵיוָן דְּיַיִן קוֹבֵעַ בְּרָכָה לְעַצְמוֹ מִשּׁוּם חַבִּיבוּתֵיהּ הוּא הַדִּין לְאַחֲרָיו וּבַחֲתִימָה יֵשׁ שֶׁחוֹתְמִין עַל הָאָרֶץ וְעַל הַפֵּירוֹת וְיֵשׁ שֶׁחוֹתְמִין עַל הַגֶּפֶן וְעַל פְּרִי הַגֶּפֶן מִיהוּ לִכְאוֹרָה מַשְׁמַע דא"צ לְשַׁנּוֹת הַחֲתִימָה שֶׁהֲרֵי אֵין אָנוּ מְשַׁנִּין רַק לוֹמַר פְּרִי הַגָּפֶן בִּמְקוֹם פְּרִי הָעֵץ אֲבָל בְּעָלְמָא הֵיכָא דְּלָא מְבָרְכִינַן עַל הָעֵץ אֶלָּא בִּסְתָמָא עַל הָאָרֶץ וְעַל הַפֵּירוֹת בְּיַיִן נָמֵי אֵין לְשַׁנּוֹת וּבָס' הֲמַיְימוֹנִי מַצְרִיךְ לְהַזְכִּיר בָּהּ מֵעֵין הַמְאֹורָע בְּשַׁבָּת ובי"ט וְכֵן מַשְׁמַע בַּיָּרוֹ' וּמִיהוּ לֹא נָהֲגוּ הָעוֹלָם כֵּן וְיָכוֹל לִהְיוֹת מַה שֶׁמַּזְכִּירִים מֵעֵין הַמְאֹורָע הַייְנוּ דַּוְקָא בִּימֵיהֶם שֶׁהָיוּ רְגִילִין לִקְבֹּועַ אַיַּיִן וְאַמִּינֵי פֵּירוֹת אֲבָל הָאִידָּנָא לָא קָבָעֵי ופר"ח הֵיכָא דְּאָכִיל מִינֵי מְזוֹנוֹת כְּגוֹן דַּייְסָא וּתְאֵנִים וְשָׁתֵי חַמְרָא מְבָרֵךְ בָּרוּךְ אַתָּה ה' אמ"ה עַל הַמִּחְיָה וְעַל הַכַּלְכָּלָה עַל הַגֶּפֶן וְעַל פְּרִי הַגֶּפֶן וְעַל הָעֵץ וְעַל פְּרִי הָעֵץ וְעַל תְּנוּבַת הַשָּׂדֶה וְכוּ' וְחוֹתֵם בא"י אמ"ה עַל הָאָרֶץ וְעַל הַמִּחְיָה וְעַל הַפֵּירוֹת וְלָא הָוֵי חֲתִימָה בִּשְׁתַּיִם דְּהָאָרֶץ הִיא הַמּוֹצִיאָה הַמִּחְיָה וְהַפֵּירוֹת:
« Pour l'arbre et pour le fruit de l'arbre » : mais sur le vin on bénit « pour la vigne et pour le fruit de la vigne », car puisque le vin fixe pour lui-même une bénédiction propre en raison de son importance, il en va de même pour la bénédiction qui le suit. Quant à la conclusion (hatima), certains concluent « pour la terre et pour les fruits », d'autres « pour la vigne et pour le fruit de la vigne ». Il semble pourtant à première vue qu'il n'y ait pas lieu de modifier la conclusion, car nous ne modifions que pour dire « fruit de la vigne » à la place de « fruit de l'arbre » ; or dans le cas général, où l'on ne bénit pas « pour l'arbre » mais simplement « pour la terre et pour les fruits », il n'y a pas davantage lieu de modifier pour le vin. Dans le livre du Maïmoni, il est exigé de mentionner dans cette bénédiction ce qui évoque la circonstance, Chabbat ou jour de fête, et c'est aussi ce que laisse entendre le Yerouchalmi ; toutefois l'usage du monde à suivi une autre voie. Il se peut que la mention de la circonstance ait valu de leur temps seulement, où l'on avait coutume de fixer son repas sur le vin et sur des espèces de fruits, alors qu'aujourd'hui on ne fixe plus ainsi. Et Rabbenou Hananel a expliqué : lorsqu'on mange des mets de céréales, comme de la bouillie, ainsi que des figues, et que l'on boit du vin, on bénit « Béni sois-Tu ה' notre D.ieu, roi du monde, pour la subsistance et pour l'entretien, pour la vigne et pour le fruit de la vigne, pour l'arbre et pour le fruit de l'arbre, pour le produit du champ, etc. », et l'on conclut « Béni sois-Tu ה', pour la terre, pour la subsistance et pour les fruits » ; il ne s'agit pas là d'une conclusion sur deux thèmes, car c'est la terre qui produit la subsistance et les fruits.
💡 Explication

Le texte de la berakha reprend en abrégé les trois thèmes de la birkat hamazon : la nourriture reçue, la terre donnée en héritage, et la reconstruction de Jérusalem. D'où le nom de meïn chalosh, résumé des trois.

Rachi précise la construction de la phrase : la mention de la terre et tout ce qui suit se rapportent aux deux ouvertures, « pour l'arbre » et « pour le fruit de l'arbre ».

🖼️ Schéma
La berakha meïn chalosh : les trois thèmes condensés en une bénédiction 1. La nourriture Fruits : pour l'arbre et pour le fruit de l'arbre Céréales : pour la subsistance et pour l'entretien Vin : pour la vigne et pour le fruit de la vigne (Tossefot) 2. La terre pour le produit du champ pour une terre désirable, bonne et vaste donnée en héritage à nos pères pour manger de son fruit 3. Jérusalem Aie pitié d'Israël Ton peuple, de Jérusalem Ta ville, de Ton sanctuaire, de Ton autel Rebâtis-la promptement car Tu es bon et fais du bien à tous Reste à fixer la hatima : par quel thème conclure sans conclure sur deux sujets ?
Structure de la bénédiction abrégée et question laissée ouverte pour la suite.
14
דַּחֲמֵשֶׁת הַמִּינִין: ״עַל הַמִּחְיָה וְעַל הַכַּלְכָּלָה וְעַל תְּנוּבַת הַשָּׂדֶה כּוּ׳״. וְחוֹתֵם: ״עַל הָאָרֶץ וְעַל הַמִּחְיָה״.

Pour les cinq espèces : « pour la subsistance et pour l'entretien, pour le produit du champ, etc. ». Et il conclut : « pour la terre et pour la subsistance ».

15
מִיחְתָּם בְּמַאי חֲתִים? כִּי אֲתָא רַב דִּימִי אָמַר: רַב חָתֵים בְּרֹאשׁ חֹדֶשׁ ״בָּרוּךְ מְקַדֵּשׁ יִשְׂרָאֵל וְרָאשֵׁי חֳדָשִׁים״, הָכָא מַאי?

Quant à la conclusion, par quoi conclut-il ? Quand Rav Dimi arriva, il dit : Rav concluait à Roch Hodech « Béni... qui sanctifie Israël et les débuts de mois ».

Ici, qu'en est-il ?

📜 Rachi (2)
רַב חֲתִים בר"ח כו' אע"ג דְּדָמְיָא לְתָרָתִי:
Bien que cela ressemble à une conclusion portant sur deux thèmes.
הָכָא מַאי מִי מַחְתְּמִינַן בָּתַרְתִּי כְּהַאי גַּוְונָא כְּגוֹן עַל הָאָרֶץ וְעַל הַפֵּירוֹת וְלָא הָוְיָא חֲתִימָה בִּשְׁתַּיִם מַמָּשׁ כְּדִמְפָרֵשׁ לָהּ בְּפֶרֶק שְׁלֹשָׁה שֶׁאָכְלוּ (בְּרָכוֹת דַּף מט.):
Conclut-on par deux thèmes de cette manière, par exemple « pour la terre et pour les fruits » ? Il ne s'agit pas là d'une conclusion réellement double, comme l'explique le chapitre Chelocha CheAkhlou (Berakhot 49a).
💡 Explication

Une règle des bénédictions veut qu'on ne conclue pas sur deux thèmes distincts (hotmin bichtayim). La formule proposée mentionne la terre et les fruits : faut-il y voir deux thèmes ?

La pratique de Rav à Roch Hodech sert de précédent : il y conclut par Israël et par les débuts de mois. Rachi indique la réponse retenue ailleurs — les deux mentions se ramènent à un seul sujet, puisque les fruits proviennent de la terre.

16
רַב חִסְדָּא אָמַר: ״עַל הָאָרֶץ וְעַל פֵּירוֹתֶיהָ״. וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: ״עַל הָאָרֶץ וְעַל הַפֵּירוֹת״. אָמַר רַב עַמְרָם, וְלָא פְּלִיגִי: הָא לָן, וְהָא לְהוּ.

Rav Hisda a dit : « pour la terre et pour ses fruits ». Et Rabbi Yo'hanan a dit : « pour la terre et pour les fruits ».

Rav Amram a dit : ils ne divergent pas — ceci pour nous, cela pour eux.

📜 Rachi (1)
הָא לַן וְהָא לְהוּ רַב חִסְדָּא מִבָּבֶל וּבְבָבֶל חָתְמִי עַל הָאָרֶץ וְעַל פֵּירוֹתֶיהָ וְר' יוֹחָנָן מֵאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל וְהָתָם חָתְמִי עַל הַפֵּירוֹת:
Rav Hisda est de Babylonie, et en Babylonie on conclut « pour la terre et pour ses fruits » ; Rabbi Yo'hanan est de terre d'Israël, et là-bas on conclut « pour les fruits ».
17
מַתְקִיף לַהּ רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: אִינְהוּ אָכְלִי, וַאֲנַן מְבָרְכִין?! אֶלָּא אִיפּוּךְ: רַב חִסְדָּא אָמַר ״עַל הָאָרֶץ וְעַל הַפֵּירוֹת״, רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר ״עַל הָאָרֶץ וְעַל פֵּירוֹתֶיהָ״.

Rav Nahman bar Yits-hak objecte : eux mangent, et nous bénirions ?! Inverse plutôt : Rav Hisda a dit « pour la terre et pour les fruits », et Rabbi Yo'hanan a dit « pour la terre et pour ses fruits ».

📜 Rachi (1)
וַאֲנַן מְבָרְכִינַן עַל פֵּירוֹתֶיהָ אַאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל לְחוּדָהּ קָאֵי וַאֲנַן לָא אָכְלִינַן מִינַּייְהוּ וּמְבָרְכִים עֲלַיְיהוּ:
« Ses fruits » se rapporte à la seule terre d'Israël ; or nous n'en mangeons pas, et nous bénirions sur eux ?
🗂️ Tossefot (1)
אִינְהוּ מֵיכַל אָכְלִי וַאֲנַן מְבָרְכִין מַשְׁמַע שֶׁאֵין נִרְאֶה לַמַּקְשָׁן שֶׁיְּדַבְּרוּ הָאָמוֹרָאִים דְּבָבֶל בִּשְׁבִיל בְּנֵי אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל כִּי כָּךְ פר"ת גַּבֵּי (קִדּוּשִׁין כט:) לְעוֹלָם יִשָּׂא אִשָּׁה וְאַחַר כָּךְ יִלְמֹוד תּוֹרָה וְתַנָּא אַחֲרִיתִי יִלְמֹוד תּוֹרָה וְאַחַר כָּךְ יִשָּׂא אִשָּׁה וּמַסִּיק הָא לַן וְהָא לְהוּ וּפֵירֵשׁ ר"ת דְּר' יוֹחָנָן הָיָה מְדַבֵּר בִּשְׁבִיל תַּלְמִידָיו שֶׁהָיוּ מִבָּבֶל דְּשֶׁמָּא הָכָא קִים לֵיהּ לַמַּקְשָׁן דִּבְאוֹתָהּ שָׁעָה שֶׁאָמַר רַב חִסְדָּא הָא מִילְּתָא לֹא הָיָה לְפָנָיו שׁוּם תַּלְמִיד מא"י וְכֵן לֹא שׁוּם תַּלְמִיד מִבָּבֶל לִפְנֵי רַבִּי יוֹחָנָן וא"כ לֹא הָיָה מַזְכִּיר רַב חִסְדָּא שֶׁהָיָה מִבָּבֶל כִּי אִם לִבְנֵי בָּבֶל וּלְהָכִי פָּרִיךְ הֵיאַךְ יְבָרְכוּ בְּנֵי בָּבֶל עַל הָאָרֶץ וְעַל פֵּירוֹתֶיהָ מַשְׁמַע דְּקָאֵי דַּוְקָא עַל פֵּירוֹת שֶׁל אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל וְהֵם אֵינָם אוֹכְלִים אוֹתָן:
« Eux mangent, et nous bénissons » : cela laisse entendre que celui qui pose la question écarte l'idée que les Amoraïm de Babylonie parlent pour les gens de terre d'Israël. Ainsi Rabbenou Tam a-t-il expliqué à propos de Kiddouchin (29b) : « qu'un homme épouse d'abord une femme puis étudie la Torah », tandis qu'une autre braita enseigne « qu'il étudie la Torah puis épouse une femme », et la Guemara conclut : ceci pour nous, cela pour eux ; Rabbenou Tam a expliqué que Rabbi Yo'hanan parlait pour ses disciples venus de Babylonie. Peut-être celui qui pose ici la question tient-il pour acquis qu'au moment où Rav Hisda dit cette parole, il n'y avait devant lui aucun disciple de terre d'Israël, et de même aucun disciple de Babylonie devant Rabbi Yo'hanan ; si bien que Rav Hisda, qui était de Babylonie, ne parlait que pour les gens de Babylonie. C'est pourquoi il objecte : comment les gens de Babylonie diraient-ils « pour la terre et pour ses fruits », expression qui vise précisément les fruits de la terre d'Israël, dont ils ne mangent pas ?
💡 Explication

Rav Amram avait résolu la divergence par la géographie, en attribuant à chaque communauté la formule que ses maîtres employaient. Rav Nahman bar Yits-hak renverse l'attribution : la formule possessive convient à ceux qui mangent effectivement les fruits de la terre d'Israël.

Tossefot dégage le principe méthodologique en jeu : un Amora énonce sa formule pour ceux qui l'écoutent. Rav Hisda, à Babylonie, parle à des Babyloniens ; la formule qu'il transmet doit donc convenir à leur propre table.

✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).