Berakhot 50a — Les formules du zimoun comme marque du talmid hakham, le nombre des convives, et la division des groupes

Berakhot 50a

Sougya : Le daf achève la règle de Chemouel : celui qui conduit le zimoun ne s'exclut pas de la collectivité. Rav Ada bar Ahava en tire une preuve de la michna sur les six convives qui se divisent, puis une baraita établit qu'on ne reprend personne sur le choix de la formule.

S'ouvre alors une série de couples de formules, où chaque variante trahit celui qui la dit : ouvétouvo contre oumitouvo, hayinou contre 'hayim, nevarekh chi-akhalnou contre lemi chi-akhalnou, baroukh chi-akhalnou contre al hamazon. Rav Houna fils de Rav Yehochoua restreint la dernière règle au zimoun de trois, où le Nom n'est pas mentionné.

La guemara revient ensuite à la contradiction interne de la michna sur le nombre des convives : Rav Yossef l'attribue à deux tanaim, Rabbi Yossi le Galiléen graduant la formule selon l'assemblée et Rabbi Akiva la fixant à dix. Rava tranche comme Rabbi Akiva, ce qu'illustrent deux scènes chez le Resh Galouta et une à la synagogue d'Abei Guivar.

La nouvelle michna règle enfin la division des groupes, de trois à vingt, et la guemara demande ce qu'elle ajoute à ce qui a déjà été enseigné.

Aux bénédictions d'un homme on reconnaît s'il est un talmid 'hakham Formule du talmid 'hakham Formule de l'ignorant (bour) ouvétouvo hayinou par SA bonté : le bien reçu est entier Rabbi oumitouvo hayinou d'UNE PART de sa bonté : il diminue les bienfaits de D.ieu, juste de quoi vivre bétouvo hayinou : NOUS vivons il se compte parmi ceux qu'Il nourrit Neharbela enseigne l'inverse, halakha contre eux bétouvo 'hayim : ILS vivent il exclut sa personne de la collectivité nevarekh chi-akhalnou michelo Celui dont tous mangent : Il est unique Rabbi Yo'hanan lemi chi-akhalnou michelo à celui dont... : on croirait plusieurs nourriciers, il bénit le maître de maison baroukh chi-akhalnou michelo la bénédiction vise Celui qui donne al hamazon che-akhalnou on croirait qu'il bénit le repas ou l'hôte Restriction de Rav Houna fils de Rav Yehochoua zimoun de TROIS pas de Nom du Ciel : al hamazon prête à confusion zimoun de DIX le Nom est mentionné : la chose est évidente
Les quatre couples de formules du zimoun et la restriction de Rav Houna fils de Rav Yehochoua.
La formule dépend-elle du nombre des convives ? Contradiction interne de la michna dix ou cent mille : formule identique à cent... à mille... à dix mille... : formule graduée Rav Yossef : deux tanaim Rabbi Yossi le Galiléen selon l'importance de l'assemblée la formule s'allonge verset : Dans les assemblées bénissez D.ieu. Tehilim 68,27 les foetus qui ont chanté sur la mer, il les tire du mot source Rabbi Akiva comme à la synagogue : un seuil unique à dix, la formule ne change plus le verset lui sert à la baraita de Rabbi Meir : même les foetus ont dit le cantique Rava : la halakha suit Rabbi Akiva Nafka mina en acte : chez le Resh Galouta Rav Hama voulait rassembler cent convives pour la formule des cent Ravina l'arrête : inutile, Rava a tranché comme Rabbi Akiva
La contradiction de la michna sur le nombre des convives, les deux tanaim et la halakha de Rava.
Un groupe peut-il se diviser ? La règle de la michna Principe : on ne se divise que si chaque part garde le même niveau de zimoun 3, 4 ou 5 convives ils ne peuvent pas se diviser une des deux parts tomberait sous les trois : plus de zimoun Rachi : l'obligation est déjà tombée sur eux 6 à 9 convives ils peuvent se diviser 3 + 3, et pour neuf aussi 3 + 3 + 3 de quoi faire un zimoun de chaque côté 10 à 19 convives ils ne peuvent plus se diviser la mention du Nom est tombée sur eux et se perdrait dans chaque moitié 20 convives division permise : 10 + 10 le Nom est mentionné des deux côtés Ce que la michna ajoute, selon la guemara Rabbi Abba au nom de Chemouel assis pour manger, sans avoir mangé : déjà liés. Autre version : chacun sa miche Rav Houna trois venus de trois groupes de trois restent liés par l'obligation contractée
La michna sur la division des groupes : de trois à vingt, et ce que la guemara y lit de neuf.
1
אף ״ברכו״, ומכל מקום ״נברך״ עדיף, דאמר רב אדא בר אהבה, אמרי בי רב, תנינא: ששה נחלקין עד עשרה.

[Lis :] même « Barekhou ». Et de toute façon « Névarekh » est préférable, car Rav Ada bar Ahava a dit : on dit à l'école de Rav : nous avons appris : six se divisent, jusqu'à dix.

📜 Rachi (4)
אף ברכו שפיר דמי ומיהו טוב לו להיות בכלל המברכים:
C'est convenable ; toutefois il est bon pour lui de figurer parmi ceux qui bénissent.
תנינא סיעתא לשמואל:
Un appui pour Chemouel.
ששה נחלקין אם רצו ליחלק לשתי חבורות ולזמן אלו לעצמן ואלו לעצמן רשאין הן שהרי יש זימון כאן וכאן:
S'ils ont voulu se séparer en deux groupes et que ceux-ci fassent le zimoun pour eux-mêmes et ceux-là pour eux-mêmes, ils en ont le droit, car il y a un zimoun ici et un zimoun là.
עד עשרה כלומר וכן ז' וכן ח' לשתי חבורות וכן ט' לשתי חבורות או לשלשה עד עשרה אבל אם היו עשרה חלה עליהן הזכרת השם ואם יחלקו לא יהיה שם הזכרה אין נחלקין עד שיהיו שם עשרים:
C'est-à-dire : de même sept, de même huit en deux groupes, de même neuf en deux groupes ou en trois, jusqu'à dix. Mais s'ils étaient dix, la mention du Nom est tombée sur eux ; s'ils se divisaient, il n'y aurait plus là de mention du Nom. Ils ne se divisent pas tant qu'ils ne sont pas vingt.
💡 Explication

La guemara achève la réponse commencée au feuillet précédent : la michna dit « même Barekhou », ce qui en fait une formule permise plutôt que recommandée. La règle de Chemouel tient donc : le mezamén ne s'exclut pas de la collectivité.

Rav Ada bar Ahava cherche un appui dans une michna sur la division des groupes. Six convives peuvent se séparer en deux zimounim de trois. Cette permission suppose que la formule d'un zimoun de trois soit pleinement satisfaisante, alors même qu'un groupe de six aurait permis à un homme de dire « Barekhou » à cinq autres. La suite du raisonnement va exploiter ce point.

2
אי אמרת בשלמא ״נברך״ עדיף — משום הכי נחלקין, אלא אי אמרת ״ברכו״ עדיף — אמאי נחלקין! אלא לאו שמע מינה ״נברך״ עדיף. שמע מינה.

Si tu dis, soit, que « Névarekh » est préférable, c'est pour cela qu'ils se divisent ; mais si tu dis que « Barekhou » est préférable, pourquoi se divisent-ils ? Ne faut-il donc pas en conclure que « Névarekh » est préférable ?

Conclus-en effectivement.

📜 Rachi (2)
ה"ג ואי אמרת ברכו עדיף אמאי ששה נחלקין אם ירצו הא מעיקרא יכולין לומר ברכו והשתא תו לא אמרי:
S'ils le veulent : or au départ ils pouvaient dire « Barekhou », et désormais ils ne le diront plus.
אלא לאו ש"מ אף ברכו קאמר מתני' וכיון דמתני' אף ברכו קאמר מסתברא היא שטוב לו לאדם להיות מן המברכים וסייעתא דשמואל וגירסא הכי איתא ששה עד עשרה ואי אמרת ברכו דוקא אמאי ששה נחלקין אלא לאו ש"מ אף ברכו ש"מ:
La michna dit « même Barekhou ». Et puisque la michna dit « même Barekhou », il est logique qu'il soit bon pour l'homme de compter parmi ceux qui bénissent, et c'est un appui pour Chemouel. La version du texte est celle-ci : « six, jusqu'à dix ; et si tu dis que Barekhou est seul valable, pourquoi six se divisent-ils ? Ne faut-il donc pas en conclure même Barekhou ? Conclus-en effectivement. »
🗂️ Tossefot (1)
אלא ש"מ נברך עדיף לאו דוקא עדיף אלא כי הדדי נינהו ועדיף היינו חשוב כמו הקישא עדיף וג"ש עדיף פ' איזהו מקומן (זבחים ד' מח.) ר"ל דההיקש חשוב ואין לבטלו מפני הג"ש וה"נ קאמר נברך חשוב כמו ברכו ולפיכך לא יוציא עצמו מן הכלל והקונטרס מוחק עדיף ומיהו אתי שפיר עדיף כדפי':
« Préférable » n'est pas à prendre au sens strict : les deux formules se valent, et « préférable » signifie ici « qui a du poids », comme dans « le hekech (rapprochement de deux sujets dans un même verset) a du poids » et « la gezera chava (analogie verbale) a du poids » au chapitre Eizehou mekoman (Zevahim 48a), où l'on veut dire que le hekech compte et qu'on ne l'annule pas devant la gezera chava. De même ici : « Névarekh » a autant de poids que « Barekhou », et c'est pourquoi il n'exclura pas sa personne de la collectivité. Le Kountras (Rachi) efface le mot « préférable » ; il se comprend pourtant bien selon notre explication.
💡 Explication

L'argument tient à une comparaison de valeur. Un groupe de six pourrait rester uni et permettre à l'un de dire « Barekhou » aux cinq autres. La michna autorise malgré tout la division en deux zimounim de trois, où la formule sera « Névarekh ». Si « Barekhou » avait été la formule supérieure, la michna aurait dû interdire une division qui la fait perdre.

Tossefot corrige la portée du mot adif (préférable). Les deux formules se valent ; le terme désigne ici le poids d'une formule, comme dans les débats sur la hiérarchie des modes de derachot. La conclusion pratique reste que le mezamén se compte parmi ceux qui bénissent.

3
תניא נמי הכי: בין שאמר ״ברכו״ בין שאמר ״נברך״ — אין תופסין אותו על כך, והנקדנין תופסין אותו על כך. ומברכותיו של אדם ניכר אם תלמיד חכם הוא אם לאו. כיצד? רבי אומר: ״ובטובו״ — הרי זה תלמיד חכם, ״ומטובו״ — הרי זה בור.

Cela a aussi été enseigné dans une baraita : qu'il ait dit « Barekhou » ou qu'il ait dit « Névarekh », on ne le reprend pas pour cela ; les pointilleux le reprennent pour cela. Et aux bénédictions d'un homme on reconnaît s'il est un talmid 'hakham ou non.

Comment ? Rabbi dit : « ouvétouvo » (et par sa bonté) — c'est un talmid 'hakham ; « oumitouvo » (et d'une part de sa bonté) — c'est un ignorant.

📜 Rachi (3)
תנ"ה דמתני' אף ברכו קאמר:
Que la michna dit bien « même Barekhou ».
והנקדנין דווקנין תופסין אותו על שהוציא עצמו מן הכלל:
Les méticuleux : ils le reprennent d'avoir exclu sa personne de la collectivité.
ומטובו הרי זה בור שממעט בתגמוליו של מקום דמשמע דבר מועט כדי חיים:
Car il diminue les bienfaits de D.ieu : la formule laisse entendre une chose menue, juste de quoi vivre.
🗂️ Tossefot (1)
שמש מצרפן לזמון וה"ה בשני בתים ובני אדם עומדים ומשמשין מזו לזו מצטרפין וכן איתא בירושלמי ובלבד שישמעו ברכת המזון מפי המברך והא דנקט במתני' בית [אחד] משום חדוש דסיפא דאפילו בבית אחד אם לאו אין מזמנין וכן בבית חתנים כשאוכלים בחופה בב' בתים ובני אדם משמשין מזו לזו מצטרפין ובלבד שישמעו ברכת המזון מפי המברך:
Il en va de même dans deux maisons : si des gens se tiennent debout et font le service de l'une à l'autre, elles se joignent ; ainsi est-il dit dans le Yerouchalmi, à condition qu'ils entendent le Birkat Hamazon de la bouche de celui qui bénit. Si la michna a parlé d'une seule maison, c'est à cause de la nouveauté de la fin : même dans une seule maison, si elles ne se voient pas, elles ne font pas le zimoun ensemble. De même dans une maison de noces : lorsqu'on mange sous la houppa dans deux salles et que des gens font le service de l'une à l'autre, elles se joignent, à condition qu'ils entendent le Birkat Hamazon de la bouche de celui qui bénit.
🪔 Ben Yehoyada (1)
"ובטובו" הרי זה תלמיד חכם, "ומטובו" הרי זה בור. נראה לי בס"ד לתת סימן לדבר (משלי יד, א) חכמות נשים בנתה ביתה, שהחכם קורא בטובו בבי"ת ולא מטובו במ"ם, וזה בנתה ביתה רצונו לומר באות בי"ת. והטעם נראה לי בס"ד שהחכם שמח בחלקו, והטוב שנמצא לפניו רואהו שלם ואף על פי שהוא מעט, לכך אינו להוט על עולם הזה ויוכל לעסוק בתורה, ולכן אומר בטובו, כלומר טוב גמור הוא, אך בור הוא בעל תאוה שאינו שביע, וכל טוב שנמצא לפניו יחשבהו למועט, לזה אמר מטובו, רצונו לומר מקצת, ולכן הוא בור שאינו יכול לעסוק בתורה, כי יהיה להוט אחר הממון ימים ולילות, ויש לו מנה רוצה מאתים, ומה שאמר ההוא בדברי תורה כתיב נראה לי בס"ד לכך אמר (תהלים פא, א) הרחב פיך ואמלאהו, כי פה במילוי כזה פ"ה ה"י , המלוי אותיות י"ה שהם חכמה ובינה הצריכים ללימוד התורה.
« Ouvétouvo » — c'est un talmid 'hakham ; « oumitouvo » — c'est un ignorant. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on peut donner un signe à la chose : « La sagesse des femmes a bâti sa maison » (Michle 14,1). Le sage lit « bétouvo » avec un beth et non « mitouvo » avec un mem ; et « elle a bâti sa maison » veut dire : par la lettre beth. La raison me semble, avec l'aide du Ciel, que le sage se réjouit de sa part : le bien qui se trouve devant lui, il le voit entier, même s'il est peu de chose. Aussi n'est-il pas avide de ce monde et peut-il s'adonner à la Torah, et c'est pourquoi il dit « bétouvo », c'est-à-dire un bien complet. L'ignorant est un homme de désir que rien ne rassasie ; tout bien qui se trouve devant lui, il le tient pour peu de chose, et c'est pourquoi il dit « mitouvo », c'est-à-dire une partie. Il est donc un ignorant, incapable de s'adonner à la Torah, car il court après l'argent jours et nuits, et qui a cent en veut deux cents. Quant à ce qui est dit plus loin « ce verset-là est écrit à propos des paroles de Torah », il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est pour cela qu'il est dit « Élargis ta bouche et je la remplirai » (Tehilim 81,11) : car le mot pe (bouche) écrit en plénitude donne pe-hé, hé-youd, et les lettres de remplissage sont youd et hé, qui sont 'hokhma (sagesse) et bina (discernement), nécessaires à l'étude de la Torah.
💡 Explication

La baraita confirme la lecture retenue et fixe la mesure : les deux formules sont recevables, et seuls des nakdanim, des hommes pointilleux, reprendraient celui qui dit « Barekhou ».

S'ouvre ensuite une série de couples de formules. La première oppose ouvétouvo, « et par sa bonté », à oumitouvo, « et d'une part de sa bonté ». Le mem partitif réduit le don reçu à une portion mesurée, ce que Rachi explique comme un amoindrissement des bienfaits reçus.

🖼️ Schéma
Aux bénédictions d'un homme on reconnaît s'il est un talmid 'hakham Formule du talmid 'hakham Formule de l'ignorant (bour) ouvétouvo hayinou par SA bonté : le bien reçu est entier Rabbi oumitouvo hayinou d'UNE PART de sa bonté : il diminue les bienfaits de D.ieu, juste de quoi vivre bétouvo hayinou : NOUS vivons il se compte parmi ceux qu'Il nourrit Neharbela enseigne l'inverse, halakha contre eux bétouvo 'hayim : ILS vivent il exclut sa personne de la collectivité nevarekh chi-akhalnou michelo Celui dont tous mangent : Il est unique Rabbi Yo'hanan lemi chi-akhalnou michelo à celui dont... : on croirait plusieurs nourriciers, il bénit le maître de maison baroukh chi-akhalnou michelo la bénédiction vise Celui qui donne al hamazon che-akhalnou on croirait qu'il bénit le repas ou l'hôte Restriction de Rav Houna fils de Rav Yehochoua zimoun de TROIS pas de Nom du Ciel : al hamazon prête à confusion zimoun de DIX le Nom est mentionné : la chose est évidente
Les couples de formules ouverts par cette baraita, avec leur suite dans le daf.
4
אמר ליה אביי לרב דימי: והכתיב: ״ומברכתך יברך (את) בית עבדך לעולם״! — בשאלה שאני. בשאלה נמי, הכתיב: ״הרחב פיך ואמלאהו״! — ההוא, בדברי תורה כתיב.

Abaye dit à Rav Dimi : mais il est écrit « et de ta bénédiction sera bénie la maison de ton serviteur à jamais » (Chemouel II 7,29) ! — Dans une demande, il en va autrement. — Dans une demande aussi : n'est-il pas écrit « Élargis ta bouche et je la remplirai » (Tehilim 81,11) ! — Ce verset-là est écrit à propos des paroles de Torah.

📜 Rachi (2)
בשאלה שאני שהשואל שואל כעני על פתח שאינו מרים ראש לשאול שאלה גדולה:
Celui qui demande demande comme un pauvre à la porte, qui ne lève pas la tête pour formuler une grande demande.
הרחב פיך לשאול כל תאותך:
Pour demander tout ton désir.
💡 Explication

Abaye objecte à partir de la prière de David, qui emploie le mem partitif : « de ta bénédiction ». Si ce tour marquait un amoindrissement, David ne l'aurait pas utilisé.

La réponse distingue deux registres. Dans une demande, la retenue convient, et l'homme se présente comme un pauvre à la porte. L'objection revient alors avec un verset qui invite justement à demander largement, et la guemara le réserve aux paroles de Torah, seul domaine où la demande sans mesure est à sa place.

5
תניא, רבי אומר: ״בטובו חיינו״ — הרי זה תלמיד חכם, ״חיים״ — הרי זה בור. נהרבלאי מתני איפכא, ולית הילכתא כנהרבלאי.

Il a été enseigné : Rabbi dit : « bétouvo hayinou » (par sa bonté nous vivons) — c'est un talmid 'hakham ; « 'hayim » (ils vivent) — c'est un ignorant. Les gens de Neharbela enseignent l'inverse, et la halakha ne suit pas les gens de Neharbela.

📜 Rachi (2)
חיים ה"ז בור דהוציא עצמו מן הכלל:
Car il a exclu sa personne de la collectivité.
מתני איפכא חיים עדיף שכולל את כל באי עולם:
« 'Hayim » serait préférable, car cette forme inclut tous les êtres venus au monde.
💡 Explication

Le deuxième couple porte sur la personne du verbe. Hayinou, « nous vivons », range celui qui bénit parmi ceux qu'Il nourrit ; 'hayim, « ils vivent », l'en retire. On retrouve le principe de Chemouel applique à une autre portion de la formule.

Les sages de Neharbela inversaient, tenant la forme large pour supérieure parce qu'elle embrasse toutes les créatures. La guemara écarte leur avis : rester dans la collectivité l'emporte sur l'ampleur de la formule.

6
אמר רבי יוחנן: ״נברך שאכלנו משלו״ — הרי זה תלמיד חכם, ״למי שאכלנו משלו״ — הרי זה בור.

Rabbi Yo'hanan a dit : « Névarekh chi-akhalnou michelo » (bénissons Celui dont nous avons mangé) — c'est un talmid 'hakham ; « lemi chi-akhalnou michelo » (bénissons celui dont nous avons mangé) — c'est un ignorant.

📜 Rachi (2)
נברך שאכלנו משלו משמע שהוא יחידי שהכל אוכלים משלו:
Cela signifie qu'Il est unique et que tous mangent de ce qui est à Lui.
למי שאכלנו משלו משמע מרובים הן זה זן את זה וזה זן את זה ולפי דבריו מברך את בעל הבית:
Cela laisse entendre qu'ils sont nombreux, celui-ci nourrissant l'un et celui-là nourrissant l'autre ; et selon ses paroles il bénit le maître de maison.
💡 Explication

Le troisième couple porte sur la construction de la relative. Chi-akhalnou michelo désigne directement Celui dont on a mangé, et la formule ne peut viser qu'un donateur unique.

Lemi chi-akhalnou michelo introduit un pronom indéfini qui ouvre la porte à d'autres nourriciers, et la bénédiction risque de se porter sur le maître de maison qui a servi le repas.

7
אמר ליה רב אחא בריה דרבא לרב אשי: והא אמרינן ״למי שעשה לאבותינו ולנו את כל הנסים האלו״. אמר ליה: התם מוכחא מילתא, מאן עביד ניסי — קודשא בריך הוא.

Rav Aha fils de Rava dit à Rav Achi : mais nous disons bien « lemi che-assa la-avoténou velanou et kol hanissim ha-elou » (à Celui qui a fait pour nos pères et pour nous tous ces miracles) ! Il lui dit : là, la chose est évidente : qui fait des miracles ?

Le Saint béni soit-Il.

📜 Rachi (1)
התם מוכחא מילתא דבמעשה נסים ליכא למימר מרובין:
Car pour l'accomplissement des miracles on ne peut pas dire qu'ils seraient plusieurs.
💡 Explication

L'objection vient de la Haggada de Pessa'h, où la formule employée est justement lemi che-assa. Si ce tour était défectueux, la liturgie ne l'aurait pas retenu.

La réponse repose sur le contenu de la phrase : les miracles n'ont qu'un auteur possible, de sorte que mouhaha milta, la chose se démontre d'elle-même. Le risque de confusion ne naît que là où un homme aurait pu accomplir l'acte mentionné, comme servir un repas.

8
אמר רבי יוחנן: ״ברוך שאכלנו משלו״ — הרי זה תלמיד חכם, ״על המזון שאכלנו״ — הרי זה בור.

Rabbi Yo'hanan a dit : « Baroukh chi-akhalnou michelo » (béni soit Celui dont nous avons mangé) — c'est un talmid 'hakham ; « al hamazon che-akhalnou » (pour la nourriture que nous avons mangée) — c'est un ignorant.

🗂️ Tossefot (1)
על המזון הרי זה בור דמשמע דמברך לבעל הבית המאכילו דאי לרחמנא למה הוא מזכיר מזון בלא מזון יש הרבה לברכו:
Cela laisse entendre qu'il bénit le maître de maison qui le nourrit : car s'il s'adressait au Miséricordieux, pourquoi mentionner la nourriture ? Sans même la nourriture, il y a beaucoup de raisons de Le bénir.
💡 Explication

Le quatrième couple oppose une formule qui nomme le donateur à une formule qui nomme le don. Al hamazon réduit l'objet de la bénédiction au repas.

Tossefot fournit le raisonnement : une bénédiction adressée au Miséricordieux n'a pas besoin de se limiter à la nourriture, puisque tout appelle la louange. Mentionner le repas seul suggère donc qu'on remercie celui qui l'a servi.

9
אמר רב הונא בריה דרב יהושע: לא אמרן אלא בשלשה, דליכא שם שמים, אבל בעשרה, דאיכא שם שמים — מוכחא מילתא, כדתנן: כענין שהוא מברך, כך עונין אחריו: ״ברוך ה׳ א-להי ישראל א-להי הצבאות יושב הכרובים על המזון שאכלנו״.

Rav Houna fils de Rav Yehochoua a dit : nous n'avons dit cela que pour trois, où il n'y a pas de mention du Nom du Ciel ; mais pour dix, où il y a mention du Nom du Ciel, la chose est évidente, comme nous l'avons appris : de la manière dont il bénit, ainsi répond-on après lui : « Béni soit ה', D.ieu d'Israël, D.ieu des armées, qui siège sur les keroubim, pour la nourriture que nous avons mangée ».

📜 Rachi (1)
כדתנן על המזון שאכלנו ולא קתני משלו:
Et il n'est pas enseigné « michelo ».
💡 Explication

Rav Houna fils de Rav Yehochoua restreint la dernière règle. Le défaut de al hamazon tient au risque de croire qu'on bénit un homme ; ce risque n'existe que dans un zimoun de trois, où le Nom n'est pas prononcé.

La preuve vient de la michna elle-même, dont la formule pour dix comporte le Nom et se termine pourtant par al hamazon che-akhalnou. Rachi relève précisément que la michna ne dit pas là « michelo » : c'est bien la formule critiquée qui se trouve là, et le Nom suffit à lever l'ambiguïté.

10
אחד עשרה, ואחד עשרה רבוא. הא גופא קשיא, אמרת אחד עשרה ואחד עשרה רבוא, אלמא כי הדדי נינהו, והדר קתני במאה אומר, באלף אומר, ברבוא אומר!

« Qu'ils soient dix ou qu'ils soient cent mille. » Ce texte lui-même fait difficulté : tu as dit « qu'ils soient dix ou qu'ils soient cent mille », donc les deux cas s'équivalent, et ensuite il est enseigné : à cent il dit..., à mille il dit..., à dix mille il dit... !

⚖️ Rosh (1)
ה"ר יהודה הברצלוני ז"ל כתב בשם רב סעדיה גאון שהעולה לס"ת אחר שאמר ברכו והשומעים עונין ברוך ה' המבורך לעולם ועד גם הוא יש לו לחזור ולומר ברוך ה' המבורך דכי היכי דאמרי' לעיל דהמברך בהמ"ז חוזר למקום שפסק ואומר ברוך שאכלנו משלו ובטובו חיינו כמו שאמרוה אחרים ה"נ חוזר ואומר מה שאמרו האחרים ואע"פ שאומר המבורך לא הוציא עצמו מן הכלל דה"נ המברך כשאומר נברך לא הוציא עצמו מן הכלל ואפ"ה חוזר ואומר ברוך שאכלנו משלו: תניא נמי הכי כיצד רבי אומר ובטובו חיינו ה"ז ת"ח ומטובו חיינו ה"ז בור חיינו ה"ז ת"ח חיים ה"ז בור א"ר יוחנן נברך שאכלנו משלו ה"ז ת"ח למי שאכלנו משלו ה"ז בור דמתחזי כמאן דמברך לאינש בעלמא והאי דאמר דאמרי' למי שעשה לאבותינו ולנו את כל הנסים האלו נסים שאני דמוכחא מלתא דקודשא בריך הוא דעביד ליה ניסא וא"ר יוחנן אמר נברך שאכלנו משלו ה"ז ת"ח על המזון שאכלנו משלו הרי זה בור דמתחזי כמאן דמברך ליה למזון אמר רב הונא בריה דרב יהושע לא אמרן אלא בתלתא דלא אידכר שם שמים אבל בעשרה כיון דאמר א-להינו מוכחא מלתא דתנן כעין שהוא מברך כך עונין אחריו נברך א-להינו א-להי ישראל א-להי הצבאות יושב הכרובים על המזון שאכלנו משלו: אחד עשרה ואחד עשרה רבוא וכו' ואוקימנא כר' עקיבא דאמר מה מצינו בבהכ"נ אחד מרובין ואחד מועטין וכן פסיק רבא הלכה כר"ע:
Rabbenou Yehouda de Barcelone a écrit au nom de Rav Saadia Gaon : celui qui monte à la Torah, après avoir dit « Barekhou » et que les auditeurs ont répondu « Baroukh ה' hamévorakh leolam vaed », doit lui aussi reprendre et dire « Baroukh ה' hamévorakh ». Car de même qu'on a dit plus haut que celui qui conduit le Birkat Hamazon revient à l'endroit où il s'est arrêté et dit « Baroukh chi-akhalnou michélo ouvétouvo hayinou » comme les autres l'ont dit, de même ici il reprend et dit ce que les autres ont dit. Et bien qu'il dise « hamévorakh », il n'a pas exclu sa personne de la collectivité : de même celui qui conduit le zimoun, lorsqu'il dit « Névarekh », n'exclut pas sa personne de la collectivité, et malgré cela il reprend et dit « Baroukh chi-akhalnou michélo ». Cela a aussi été enseigné : comment ? Rabbi dit : « ouvétouvo hayinou » — c'est un talmid 'hakham ; « oumitouvo hayinou » — c'est un ignorant ; « hayinou » — c'est un talmid 'hakham ; « 'hayim » — c'est un ignorant. Rabbi Yo'hanan a dit : « Névarekh chi-akhalnou michélo » — c'est un talmid 'hakham ; « lemi chi-akhalnou michélo » — c'est un ignorant, car il paraît bénir un homme ordinaire. Et ce qu'on dit « lemi che-assa la-avoténou vélanou et kol hanissim ha-elou », les miracles font exception, car la chose est évidente : c'est le Saint béni soit-Il qui a fait le miracle. Et Rabbi Yo'hanan a dit : celui qui dit « Névarekh chi-akhalnou michélo » — c'est un talmid 'hakham ; « al hamazon che-akhalnou michélo » — c'est un ignorant, car il paraît bénir la nourriture. Rav Houna fils de Rav Yehochoua a dit : nous n'avons dit cela que pour trois, ou le Nom du Ciel n'est pas mentionné ; mais pour dix, puisqu'il dit « Elokenou », la chose est évidente, comme nous l'avons appris : de la manière dont il bénit, ainsi répond-on après lui : « Névarekh Elokenou, D.ieu d'Israël, D.ieu des armées, qui siège sur les keroubim, pour la nourriture que nous avons mangée. » « Qu'ils soient dix ou qu'ils soient cent mille, etc. » : nous avons établi la michna selon Rabbi Akiva, qui dit « ce que nous trouvons à la synagogue : autant pour un grand nombre que pour un petit nombre » ; et ainsi Rava a tranché : la halakha suit Rabbi Akiva.
💡 Explication

La guemara revient au corps de la michna du chapitre précédent et y relève une contradiction interne, ce qu'elle nomme ha goufa kachia, le texte lui-même fait difficulté.

La première phrase égalise dix convives et cent mille, ce qui suppose une formule fixe dès le quorum de dix. La suite énumère des formules distinctes pour cent, mille et dix mille, ce qui suppose une gradation selon l'assemblée.

🖼️ Schéma
La michna se contredit-elle sur le nombre ? Première phrase qu'ils soient dix ou qu'ils soient cent mille les deux cas se valent Suite de la michna à cent il dit... à mille il dit... à dix mille il dit... la formule suit le nombre Ha goufa kachia : le texte lui-même fait difficulté Réponse de Rav Yossef la michna réunit deux avis : Rabbi Yossi le Galiléen pour la gradation, Rabbi Akiva pour le seuil unique
Les deux moitiés de la michna et la solution de Rav Yossef.
11
אמר רב יוסף: לא קשיא, הא רבי יוסי הגלילי, הא רבי עקיבא. דתנן, רבי יוסי הגלילי אומר: לפי רוב הקהל הם מברכין, שנאמר: ״במקהלות ברכו א-להים״.

Rav Yossef a dit : ce n'est pas une difficulté : ceci est de Rabbi Yossi le Galiléen, cela est de Rabbi Akiva. Car nous avons appris : Rabbi Yossi le Galiléen dit : c'est selon l'importance de l'assemblée qu'ils bénissent, ainsi qu'il est dit : « Dans les assemblées bénissez D.ieu » (Tehilim 68,27).

💡 Explication

Rav Yossef répartit la michna entre deux tanaim, procède courant lorsqu'un texte unique porte deux règles inconciliables. La partie graduée revient à Rabbi Yossi le Galiléen, la partie fixe à Rabbi Akiva.

Le verset de Tehilim sert d'appui à la gradation : le pluriel bimkhélot, « dans les assemblées », indique que la bénédiction se dit selon la taille du rassemblement.

12
אמר רבי עקיבא: מה מצינו בבית הכנסת וכו׳. ורבי עקיבא, האי קרא דרבי יוסי הגלילי מאי עביד ליה? מיבעי ליה לכדתניא, היה רבי מאיר אומר: מנין שאפילו עוברין שבמעי אמן אמרו שירה על הים — שנאמר: ״במקהלות ברכו א-להים ה׳ ממקור ישראל״. ואידך? מ״מקור״ נפקא.

« Rabbi Akiva dit : ce que nous trouvons à la synagogue, etc. » Et Rabbi Akiva, que fait-il de ce verset de Rabbi Yossi le Galiléen ? Il lui est nécessaire pour ce qui a été enseigné : Rabbi Meir disait : d'où sait-on que même les foetus dans le ventre de leur mère ont dit le cantique sur la mer ?

Ainsi qu'il est dit : « Dans les assemblées bénissez D.ieu, ה', depuis la source d'Israël » (Tehilim 68,27). Et l'autre ?

Il le tire du mot « source ».

📜 Rachi (1)
ואידך עוברים ממקור נפקא ואנן ממקהלות דרשינן:
Les foetus, il les tire du mot « source » ; et nous, c'est de « dans les assemblées » que nous faisons la deracha.
💡 Explication

Rabbi Akiva raisonne par analogie avec la synagogue, où le seuil de dix suffit et où la formule ne varie plus ensuite. La guemara lui demande alors ce qu'il fait du verset de son contradicteur.

Il l'affecte à une deracha de Rabbi Meir : le mot « assemblées » englobe jusqu'aux enfants à naître, qui ont participé au cantique de la mer. Rabbi Yossi le Galiléen tire la même chose du mot mâkor, la source, et garde donc « assemblées » pour la gradation de la formule.

13
אמר רבא: הלכה כרבי עקיבא. רבינא ורב חמא בר בוזי אקלעו לבי ריש גלותא. קם רב חמא וקא מהדר אבי מאה. אמר ליה רבינא: לא צריכת, הכי אמר רבא: הלכה כרבי עקיבא.

Rava a dit : la halakha suit Rabbi Akiva. Ravina et Rav Hama bar Bouzi se trouvèrent chez le Resh Galouta.

Rav Hama se leva et cherchait à réunir cent convives. Ravina lui dit : tu n'en as pas besoin, ainsi a dit Rava : la halakha suit Rabbi Akiva.

📜 Rachi (1)
הלכה כר"ע בבהמ"ז דאחד עשרה ואחד עשרה רבוא:
Pour le Birkat Hamazon : qu'ils soient dix ou qu'ils soient cent mille.
🗂️ Tossefot (1)
אמר רבא הלכה כר"ע פירש ר"ח דהכי קיי"ל והלכך בין בעשרה בין במאה בין ברבוא אומר נברך א-להינו על המזון שאכלנו אבל בג' לא יזכיר על המזון כדאמר לעיל וגם בעשרה אם אינו רוצה להזכיר על המזון הרשות בידו ואומר ובטובו חיינו:
Rabbenou Hananel explique que telle est notre halakha établie. Par conséquent, qu'ils soient dix, cent ou dix mille, il dit « Névarekh Elokenou al hamazon che-akhalnou ». Mais à trois, il ne mentionnera pas « al hamazon », comme il a été dit plus haut. Et même à dix, s'il ne veut pas mentionner « al hamazon », il en a le droit et dit « ouvétouvo hayinou ».
💡 Explication

Rava tranche pour le seuil unique, et la scène chez le Resh Galouta (l'Exilarque) montre la portée pratique de cette décision : Rav Hama cherchait à rassembler cent convives pour pouvoir dire la formule des cent, et Ravina l'arrête au nom de la halakha.

Tossefot en tire la conduite courante. Dès dix convives, on emploie la formule avec le Nom et la mention al hamazon ; à trois, on s'en abstient à cause de la règle de Rav Houna fils de Rav Yehochoua ; et même à dix, on peut s'en tenir à ouvétouvo hayinou.

🖼️ Schéma
La formule dépend-elle du nombre des convives ? Contradiction interne de la michna dix ou cent mille : formule identique à cent... à mille... à dix mille... : formule graduée Rav Yossef : deux tanaim Rabbi Yossi le Galiléen selon l'importance de l'assemblée la formule s'allonge verset : Dans les assemblées bénissez D.ieu. Tehilim 68,27 les foetus qui ont chanté sur la mer, il les tire du mot source Rabbi Akiva comme à la synagogue : un seuil unique à dix, la formule ne change plus le verset lui sert à la baraita de Rabbi Meir : même les foetus ont dit le cantique Rava : la halakha suit Rabbi Akiva Nafka mina en acte : chez le Resh Galouta Rav Hama voulait rassembler cent convives pour la formule des cent Ravina l'arrête : inutile, Rava a tranché comme Rabbi Akiva
La mahloket sur le nombre, sa base scripturaire et la halakha appliquée.
14
אמר רבא: כי אכלינן רפתא בי ריש גלותא, מברכינן שלשה שלשה. וליברכו עשרה עשרה! — שמע ריש גלותא ואיקפד. וניפקו בברכתא דריש גלותא! — איידי דאוושו כולי עלמא, לא שמעי.

Rava a dit : lorsque nous mangions du pain chez le Resh Galouta, nous bénissions par groupes de trois. — Qu'ils bénissent donc par groupes de dix ! — Le Resh Galouta l'entendrait et s'en offusquerait. — Qu'ils s'acquittent donc par la bénédiction du Resh Galouta ! — Comme tout le monde fait du bruit, ils n'entendent pas.

📜 Rachi (2)
מברכינן תלתא תלתא ריש גלותא מאריך בסעודתו ואנן כל ג' וג' שגמרו סעודתן מזמנין בקול נמוך ויושבין אחר הברכה עד שגמר ריש גלותא ויזמנו הוא והיושבין אצלו בקול רם ולקמן פריך וניפקו בברכה דריש גלותא:
Le Resh Galouta prolongeait son repas ; et nous, chaque groupe de trois qui avait achevé son repas faisait le zimoun à voix basse, puis restait assis après la bénédiction jusqu'à ce que le Resh Galouta ait achevé et qu'il fasse le zimoun à voix haute avec ceux qui étaient assis près de lui. Plus loin, la guemara demande : qu'ils s'acquittent donc par la bénédiction du Resh Galouta.
שמע ריש גלותא אם היו מזמנין י' י' היה צריך המברך להגביה קולו וישמע ריש גלותא ויחרה לו שאנו עושין חבורה לעצמנו בפרהסיא אע"ג דמפקי נפשייהו מידי זמון של הזכרת השם וכי הדר מזמן ריש גלותא בהזכרת השם לאו אינהו נפקי ביה כדאמר רבה תוספאה דאין זמון למפרע אפ"ה ניחא להו בהכי משום דאוושי כולי עלמא שהיו שם מסובין רבים ואין קול המברך נשמע:
S'ils faisaient le zimoun par dix, celui qui bénit devrait élever la voix, le Resh Galouta l'entendrait et s'irriterait de ce que nous formions un groupe à part en public. Et bien qu'ils se privent ainsi du zimoun avec mention du Nom, et que lorsque le Resh Galouta fera ensuite le zimoun avec mention du Nom ils ne s'en acquitteront pas — comme l'a dit Rabba Tousséfaa, il n'y a pas de zimoun rétroactif —, malgré tout cela leur convient, parce que tout le monde fait du bruit : les convives étaient nombreux et la voix de celui qui bénit ne se faisait pas entendre.
💡 Explication

La scène précise ce que la halakha de Rava coûte en pratique. Chez l'Exilarque, les sages bénissaient par trois, donc sans la mention du Nom réservée au zimoun de dix.

La guemara examine les deux solutions plus avantageuses et les écarte l'une après l'autre. Un zimoun de dix exigerait une voix haute qui froisserait l'Exilarque encore attablé ; et s'acquitter par sa bénédiction à lui reste impossible, car le brouhaha empêche de l'entendre, et une bénédiction qu'on n'entend pas ne libère pas de l'obligation.

15
אמר רבה תוספאה: הני שלשה דכרכי רפתא בהדי הדדי, וקדים חד מינייהו ובריך לדעתיה — אינון נפקין בזמון דידיה, איהו לא נפיק בזמון דידהו — לפי שאין זמון למפרע.

Rabba Tousséfaa a dit : ces trois qui ont mangé du pain ensemble et dont l'un a devancé les autres et a béni pour lui-même — eux s'acquittent par son zimoun, lui ne s'acquitte pas par leur zimoun, parce qu'il n'y a pas de zimoun rétroactif.

📜 Rachi (2)
ובריך לדעתיה לעצמו בלא זימון:
Pour lui-même, sans zimoun.
למפרע משבירך וידי זמון לא יצא:
Une fois qu'il a béni, il ne s'est pas acquitté de l'obligation du zimoun.
💡 Explication

La règle est dissymétrique. Celui qui a déjà béni seul peut encore servir de troisième et permettre aux deux autres de faire le zimoun, puisque sa présence et sa réponse suffisent à les constituer en groupe.

Pour lui-même, en revanche, le zimoun arrive trop tard : sa bénédiction est dite, et ein zimoun lemafrea, le zimoun ne s'applique pas rétroactivement. Il reste tenu de l'obligation qu'il a laissé passer.

🖼️ Schéma
Il n'y a pas de zimoun rétroactif A B C trois qui ont mangé du pain ensemble A devancé les autres et bénit seul, sans zimoun B et C s'acquittent par le zimoun auquel A se joint A peut encore dire baroukh chi-akhalnou A lui-même ne s'acquitte pas de leur zimoun sa bénédiction est déjà dite : le zimoun ne rattrape pas le passé
Celui qui a béni seul reste utile aux autres et perd son propre zimoun.
16
רבי ישמעאל אומר. רפרם בר פפא אקלע לבי כנישתא דאבי גיבר, קם קרא בספרא ואמר ״ברכו את ה׳״, ואשתיק, ולא אמר ״המבורך״. אוושו כולי עלמא: ״ברכו את ה׳ המבורך״. אמר רבא: פתיא אוכמא, בהדי פלוגתא למה לך? ועוד, הא נהוג עלמא כרבי ישמעאל.

« Rabbi Yichmael dit... » Rafram bar Papa se trouva à la synagogue d'Abéi Guivar. Il se leva, lut dans le sefer Torah et dit « Barekhou et ה' », puis se tut sans dire « hamévorakh ».

Tout le monde protesta bruyamment : « Barekhou et ה' hamévorakh ! » Rava lui dit : marmite noire, qu'as-tu besoin de te mêler d'une controverse ? De plus, l'usage répandu suit Rabbi Yichmael.

📜 Rachi (2)
פתיא כלי חרס כדאמר (ע"ז ד' לג:) הני פתיותא דבי מכסי:
Patya : un récipient de terre cuite, comme il est dit (Avoda Zara 33b) : « ces patyata de la maison de Mekhassi ».
בהדי פלוגתא למה לך טוב לך לאחוז דברי רבי ישמעאל שאף ר"ע מודה דכי אמר המבורך טפי עדיף אלא שאין צריך:
Il vaut mieux pour toi t'en tenir aux paroles de Rabbi Yichmael, car même Rabbi Akiva concède que dire « hamévorakh » vaut encore mieux ; simplement, ce n'est pas indispensable.
💡 Explication

La michna oppose Rabbi Akiva, qui fait dire « Barekhou et ה' », à Rabbi Yichmael, qui ajoute hamévorakh. Rafram bar Papa a suivi Rabbi Akiva à la lettre, et l'assemblée l'a repris à voix haute.

Rava lui adresse deux reproches. Le premier tient à la prudence : la formule de Rabbi Yichmael contient celle de Rabbi Akiva, de sorte qu'elle satisfait les deux avis et évite d'engager le public dans un débat de tanaim. Le second est l'usage établi, qui suit Rabbi Yichmael. L'apostrophe patya oukhma, « marmite noire », vise un homme noirci par le labeur de l'étude.

17
מתני׳ שלשה שאכלו כאחת — אינן רשאין ליחלק. וכן ארבעה, וכן חמשה. ששה — נחלקין, עד עשרה. ועשרה — אין נחלקין, עד עשרים.

MICHNA. Trois qui ont mangé ensemble n'ont pas le droit de se séparer ; de même quatre, de même cinq.

Six se divisent, et ainsi jusqu'à dix. Dix ne se divisent pas, jusqu'à vingt.

📜 Rachi (4)
מתני' אינן רשאין ליחלק דאיתחייבו להו בזמון:
Car l'obligation du zimoun est tombée sur eux.
וכן ד' אין הג' מזמנין והיחיד יחלק מהם דאיהו נמי איקבע בחובת זמון:
Les trois ne feront pas le zimoun en laissant l'isolé se séparer d'eux, car lui aussi a été établi dans l'obligation du zimoun.
ששה נחלקים כדי זמון לכאן וכדי זמון לכאן:
De quoi faire un zimoun d'un côté et de quoi faire un zimoun de l'autre.
עד עשרה אבל עשרה אין נחלקים דאיתחייבו להו בזמון הזכרת השם עד שיהא עשרים ואז יחלקו אם ירצו לשתי חבורות:
Mais dix ne se divisent pas, car l'obligation du zimoun avec mention du Nom est tombée sur eux, jusqu'à ce qu'ils soient vingt ; alors ils se diviseront, s'ils le veulent, en deux groupes.
💡 Explication

La michna gouverne la division d'un groupe par un principe simple : on ne se sépare que si chaque part conserve le niveau de zimoun déjà acquis.

De trois à cinq, toute division fait tomber au moins un fragment sous le quorum de trois, et l'obligation contractée serait perdue. De six à neuf, chaque part garde trois convives. À dix, la mention du Nom s'ajoute à l'obligation, et il faut vingt convives pour que les deux moitiés la conservent.

🖼️ Schéma
Un groupe peut-il se diviser ? La règle de la michna Principe : on ne se divise que si chaque part garde le même niveau de zimoun 3, 4 ou 5 convives ils ne peuvent pas se diviser une des deux parts tomberait sous les trois : plus de zimoun Rachi : l'obligation est déjà tombée sur eux 6 à 9 convives ils peuvent se diviser 3 + 3, et pour neuf aussi 3 + 3 + 3 de quoi faire un zimoun de chaque côté 10 à 19 convives ils ne peuvent plus se diviser la mention du Nom est tombée sur eux et se perdrait dans chaque moitié 20 convives division permise : 10 + 10 le Nom est mentionné des deux côtés Ce que la michna ajoute, selon la guemara Rabbi Abba au nom de Chemouel assis pour manger, sans avoir mangé : déjà liés. Autre version : chacun sa miche Rav Houna trois venus de trois groupes de trois restent liés par l'obligation contractée
Les seuils de la michna et la lecture que la guemara en tire.
18
שתי חבורות שהיו אוכלות בבית אחד, בזמן שמקצתן רואין אלו את אלו — הרי אלו מצטרפין לזמון, ואם לאו — אלו מזמנין לעצמן ואלו מזמנין לעצמן.

Deux groupes qui mangeaient dans une même maison : lorsqu'une partie des uns voit les autres, ils se joignent pour le zimoun ; sinon, ceux-ci font le zimoun pour eux-mêmes et ceux-là pour eux-mêmes.

💡 Explication

La michna passe du problème inverse : deux groupes distincts qui pourraient se compter comme un seul. Le critère retenu est la vue réciproque, et il suffit qu'une partie de chaque groupe voie l'autre.

Tossefot, cité plus haut dans le daf, élargit le cas à deux maisons reliées par un serviteur qui va de l'une à l'autre, en posant que tous doivent entendre le Birkat Hamazon de la bouche du mézamen.

19
אין מברכין על היין עד שיתן לתוכו מים, דברי רבי אליעזר. וחכמים אומרים: מברכין.

On ne récite pas la bénédiction sur le vin tant qu'on n'y a pas mis d'eau, paroles de Rabbi Eliezer. Et les Sages disent : on la récite.

⚖️ Rosh (1)
מתני' שלשה שאכלו כאחת אינן רשאין ליחלק וכן ד' וכן ה' ששה נחלקים עד עשרה עשרה אינן נחלקים עד שיהו עשרים:
Michna : trois qui ont mangé ensemble n'ont pas le droit de se séparer ; de même quatre, de même cinq. Six se divisent, jusqu'à dix ; dix ne se divisent pas tant qu'ils ne sont pas vingt.
💡 Explication

La michna ouvre un nouveau sujet, la bénédiction sur le vin. Selon Rabbi Eliezer, le vin pur de leur temps était trop fort pour être bu tel quel, et seul le vin coupé d'eau mérite la bénédiction propre au vin.

Les Sages tiennent le vin pur pour buvable, et la bénédiction s'y applique dès avant le mélange. Le débat se poursuit au feuillet suivant.

20
גמ׳ מאי קא משמע לן? תנינא חדא זימנא, שלשה שאכלו כאחת חייבין לזמן!

GUEMARA. Que vient nous apprendre la michna ?

Nous l'avons déjà appris une fois : trois qui ont mangé ensemble sont tenus de faire le zimoun !

⚖️ Rosh (1)
גמ' מאי קמ"ל תנינא חדא זימנא שלשה שאכלו כאחת חייבין לזמן קמ"ל כי הא דאמר ר' אבא אמר שמואל שלשה שישבו לאכול אין רשאין ליחלק פירוש שישבו לאכול וברכו ברכת המוציא ועדיין לא אכלו שיעור ברכה אינן רשאין ליחלק וחומרא הוא שהחמירו חכמים בדבר וממשנה יתירא שמעינן לה דקתני שלשה שאכלו כאחת ומפרש להו שהתחילו לאכול ובירושלמי גרס בריש פירקין הכא את אמרת חייבין בזימון והכא את אמרת אין רשאין ליחלק כלומר מאי קמ"ל היינו רישא שמואל אמר כאן בתחלה וכאן בסוף ואיזהו בתחלה ואיזהו בסוף תרין אמוראי חד אמר נתנו דעתן לאכול זהו בתחלה אכלו כזית זהו בסוף ואחרים אומרים אכלו כזית זהו בתחלה גמרו לאכול זהו בסוף והא דפרשינן הכא שברכו ברכת המוציא ועדיין לא אכלו שיעור ברכה היינו כמ"ד אכלו כזית זהו בתחלה וכזית דנקט לאו דוקא אלא לאפוקי ממ"ד נתנו דעתם לאכול זהו בתחלה דמשמע רק שגמרו בדעתם אע"פ שלא ברכו ברכת המוציא ואי הוי מפרשינן שישבו לאכול אע"פ שלא ברכו ברכת המוציא אז הוי כמ"ד נתנו דעתם לאכול זהו בתחלה אבל לא מסתברא לפרושי כן דחומרא יתירא היא זאת ורב אלפס גרס שלשה שישבו לאכול אע"פ שכל אחד ואחד אוכל לעצמו אינן רשאין ליחלק וכן פיר"ח שלשה שאכלו כאחת וכל אחד אוכל מככרו מצטרפין לזימון אבל לשון הירושלמי לא משמע כפירושו אי נמי כי הא דאמר רב הונא שלשה שבאו משלש חבורות אינן רשאין ליחלק א"ר חסדא והוא שבאו משלש חבורות של שלשה בני אדם אמר רבא ולא אמרן אלא דלא זימון עלייהו בדוכתייהו אבל אי זימון עלייהו בדוכתייהו פרח זימון מינייהו פירש"י אזמון עלייהו בדוכתייהו כגון שנצטרפו אלו עמהן לזימון כדאמר לעיל קורין לו ומזמנין לו ומברכין עליו ואלו לא היו שם אלא כדי נברך וברוך שאכלנו ועכשיו הן באין לברך אין מזמנין דפרח מינייהו חובת זימון ותו לא הדר עלייהו והקשה ה"ר יהודה דהא מלתא דפשיטא היא שלא יזמנו עוד שהרי כל אחד ואחד יצא ידי זימון עם חבורתו וגם לא שייך על זה לומר פרח זימון מינייהו שהרי זימנו כבר ולא פרח מהם אלא יצאו ידי זימון כמו אחרים והיאך יצטרפו ויאמרו נברך פעם אחרת ועוד דאין הנדון דומה לראיה שמביא ממטה שחלקוה דפרחה טומאה ישנה ממנה אפי' החזירה דהכא לא שייך חזרה דכיון שנפטרו ידי זימון ואפי' נתקבצו השלשה יחד אין כאן חזרה ופירש הוא דאלו החבורות היו בכל אחת ארבעה ופירש אחד מכל חבורה ונצטרפו לחבורה אחרת וזימנו השלשה הנשארים והאי דקאמר אזמין עלייהו בדוכתייהו לא שהיו עמהם אלא הכי קאמר זימנו עמהם כאלו היו שם כי נשאר להם כדי זימון פרח זימון מינייהו כיון שחבריהם זימנו הוי כמו מטה שנחלקה שפרחה ממנה טומאה ישנה ולא תחזור עוד אפי' החזירוה הכא נמי לא יצטרפו עוד לזימון ולשון אזמון עלייהו אינו מורה כלל על הפירוש הזה ומה שהקשה הר"י דמלתא דפשיטא הוא שלא יזמנו עוד שהרי כל אחד יצא ידי זימון עם חבורתו לא קשיא מידי דרבותא קמ"ל שאע"פ שאכלו אלו השלשה ביחד אח"כ וגמרו סעודתן שהתחילו עם חבורתן בלא נט"י ובלא המוציא כדמשמע לישנא דמשנה דשלשה שאכלו כאחת דמינה דייקי הך דרב הונא אפילו הכי אינם יכולים לזמן דפרח זימון מינייהו אפי' על מה שאכלו אחר מכן כיון דזימנו כבר על תחלת סעודה וכל אחד חוזר למקום שפסק ועתה מדמה ליה שפיר למטה ישנה דאע"פ שחזרו לחבורה אחרת ואכלו יחד אינם מצטרפים לזימון:
Guemara : que vient nous apprendre la michna ? Nous l'avons déjà appris une fois : trois qui ont mangé ensemble sont tenus de faire le zimoun. Elle vient nous apprendre ce qu'a dit Rabbi Abba au nom de Chemouel : trois qui se sont assis pour manger n'ont pas le droit de se séparer. Explication : ils se sont assis pour manger et ont récité la bénédiction Hamotsi, mais n'ont pas encore mangé la quantité qui oblige à la bénédiction finale ; ils n'ont pas le droit de se séparer. C'est une rigueur que les Sages ont introduite dans cette affaire, et nous l'apprenons de la formulation superflue de la michna, qui enseigne « trois qui ont mangé ensemble » et que l'on explique comme : ils ont commencé à manger. Dans le Yerouchalmi on lit, au début de notre chapitre : « ici tu dis qu'ils sont tenus au zimoun et ici tu dis qu'ils n'ont pas le droit de se séparer », c'est-à-dire : que vient nous apprendre la michna, puisque c'est déjà le début du chapitre ? Chemouel a dit : ici au commencement et là à la fin. Et qu'est-ce que le commencement, qu'est-ce que la fin ? Deux Amoraim : l'un dit qu'avoir formé le projet de manger, c'est le commencement, et avoir mangé un kazayit, c'est la fin ; d'autres disent qu'avoir mangé un kazayit, c'est le commencement, et avoir achevé de manger, c'est la fin. Et ce que nous avons expliqué ici, qu'ils ont récité Hamotsi sans avoir encore mangé la quantité qui oblige à la bénédiction finale, suit celui qui dit qu'avoir mangé un kazayit, c'est le commencement ; et le kazayit mentionné n'est pas à prendre au sens strict, il sert à exclure celui qui dit qu'avoir formé le projet de manger, c'est le commencement, ce qui signifierait qu'il suffit d'en avoir décidé en soi-même, même sans avoir récité Hamotsi. Si nous expliquions « se sont assis pour manger » même sans avoir récité Hamotsi, ce serait suivre celui qui dit qu'avoir formé le projet de manger, c'est le commencement ; mais il n'est pas logique d'expliquer ainsi, car ce serait une rigueur excessive. Le Rif lit : « trois qui se sont assis pour manger, même si chacun mange pour lui-même, n'ont pas le droit de se séparer » ; ainsi a expliqué Rabbenou Hananel : trois qui ont mangé ensemble et dont chacun mange de son propre pain se joignent pour le zimoun. Mais la formulation du Yerouchalmi ne paraît pas conforme à son explication. Ou bien la michna vient nous apprendre ce qu'a dit Rav Houna : trois qui sont venus de trois groupes n'ont pas le droit de se séparer. Rav Hisda a dit : et cela à condition qu'ils soient venus de trois groupes de trois personnes. Rava a dit : nous n'avons dit cela que s'ils n'ont pas déjà fait le zimoun sur eux à leur place ; mais si l'on a fait le zimoun sur eux à leur place, le zimoun s'est envolé d'eux. Rachi a expliqué : « on a fait le zimoun sur eux à leur place », par exemple qu'ils se sont joints à eux pour le zimoun, comme il est dit plus haut « on l'appelle, on fait le zimoun avec lui et on récite la bénédiction sur lui » ; ceux-là n'étaient présents que pour « Nevarekh » et « Baroukh chi-akhalnou », et maintenant ils viennent bénir : on ne fait pas le zimoun, car l'obligation du zimoun s'est envolée d'eux et ne revient plus sur eux. Rabbenou Yehouda a objecté que c'est une évidence qu'ils ne feront plus le zimoun, puisque chacun s'est déjà acquitté du zimoun avec son groupe ; et il ne convient pas non plus de dire à ce sujet « le zimoun s'est envolé d'eux », puisqu'ils ont déjà fait le zimoun : il ne s'est pas envolé d'eux, ils s'en sont acquittés comme les autres. Comment donc se joindraient-ils pour dire « Nevarekh » une seconde fois ? De plus, le cas n'est pas comparable à la preuve qu'il tire du lit que l'on a démonté, dont la toum'a (impureté) ancienne s'est envolée même si on l'a remonté : ici, il n'y a pas lieu de parler de remontage, car du moment qu'ils se sont acquittés du zimoun, même si les trois se rassemblent, il n'y a pas de retour. Il a donc expliqué ainsi : ces groupes comptaient chacun quatre personnes, un homme de chaque groupe s'est retiré et s'est joint à un autre groupe, et les trois restants ont fait le zimoun. Et ce qu'on dit « on a fait le zimoun sur eux à leur place » ne veut pas dire qu'ils étaient avec eux, mais ceci : on a fait le zimoun avec eux comme s'ils avaient été là, puisqu'il restait de quoi faire un zimoun ; « le zimoun s'est envolé d'eux » puisque leurs compagnons ont fait le zimoun, et c'est comme le lit démonté dont la toum'a ancienne s'est envolée et ne reviendra plus même si on l'a remonté ; ici de même, ils ne se joindront plus pour un zimoun. Mais la formulation « on a fait le zimoun sur eux » n'indique nullement cette explication. Et l'objection de Rabbenou Yehouda, qu'il est évident qu'ils ne feront plus le zimoun puisque chacun s'est acquitté du zimoun avec son groupe, ne fait pas difficulté : la guemara nous apprend une chose forte, à savoir que même si ces trois-là ont ensuite mangé ensemble et achevé leur repas — repas commencé avec leur groupe, sans nouvelle netilat yadayim (ablution des mains) et sans nouveau Hamotsi, comme l'indique la formulation de la michna « trois qui ont mangé ensemble », d'où l'on déduit le cas de Rav Houna —, malgré tout ils ne peuvent pas faire le zimoun, car le zimoun s'est envolé d'eux, même pour ce qu'ils ont mangé ensuite, puisqu'ils ont déjà fait le zimoun sur le début du repas et que chacun revient à l'endroit où il s'était arrêté. Et alors la comparaison avec le lit ancien tient bien : même s'ils sont revenus dans un autre groupe et ont mangé ensemble, ils ne se joignent pas pour le zimoun.
💡 Explication

La guemara ouvre sur une question de redondance. Le premier enseignement du chapitre posait déjà que trois qui ont mangé ensemble sont tenus au zimoun ; la michna qui interdit de se séparer semble donc répéter la même règle.

La réponse consistera à lire dans la formulation un cas plus étendu que l'obligation déjà connue. Les deux propositions qui suivent chargent la michna d'une nouveauté, chacune à sa manière.

21
הא קא משמע לן, כי הא דאמר רבי אבא אמר שמואל: שלשה שישבו לאכול כאחת, ועדין לא אכלו — אינן רשאין ליחלק.

Voici ce qu'elle vient nous apprendre : ce qu'a dit Rabbi Abba au nom de Chemouel : trois qui se sont assis pour manger ensemble et n'ont pas encore mangé n'ont pas le droit de se séparer.

💡 Explication

La première réponse avance le moment où le groupe se lie. L'obligation du zimoun ne commence pas seulement quand chacun a mangé sa part : le fait de s'attabler ensemble suffit déjà à interdire la séparation.

Le Roch précise que ce cas suppose la bénédiction Hamotsi déjà récitée, et qu'il s'agit d'une rigueur rabbinique tirée de la formulation en apparence superflue de la michna.

22
לישנא אחרינא: אמר רבי אבא אמר שמואל, הכי קתני: שלשה שישבו לאכול כאחת, אף על פי שכל אחד ואחד אוכל מככרו, אינן רשאין ליחלק. אי נמי כי הא דרב הונא, דאמר רב הונא: שלשה שבאו משלש חבורות, אינן רשאין ליחלק.

Autre version : Rabbi Abba a dit au nom de Chemouel : voici ce que la michna enseigne : trois qui se sont assis pour manger ensemble, même si chacun mange de son propre pain, n'ont pas le droit de se séparer. Ou bien elle enseigne le cas de Rav Houna, car Rav Houna a dit : trois qui sont venus de trois groupes n'ont pas le droit de se séparer.

📜 Rachi (1)
גמ' ג' שבאו משלש חבורות וכדמסיים רב חסדא שבאו מג' חבורות של ג' בני אדם בכל חבורה ונתחייבו אלו בזמון ועמד אחד מכל חבורה ונצטרפו שלשה לחבורה אחת חייבין לזמן ואינן רשאין ליחלק שכבר הוקבעו ואפילו לא אכלו אלו השלשה משנצטרפו יחד שכבר גמרו סעודתן עם הראשונים:
Comme le précise Rav Hisda : venus de trois groupes de trois personnes chacun, de sorte que ceux-là ont été rendus obligés au zimoun. Un homme de chaque groupe s'est levé et les trois se sont joints en un seul groupe : ils sont tenus de faire le zimoun et n'ont pas le droit de se séparer, car ils ont déjà été établis dans l'obligation ; et cela même si ces trois-là n'ont rien mangé depuis qu'ils se sont joints, puisqu'ils avaient déjà achevé leur repas avec les premiers.
🗂️ Tossefot (1)
שלשה שישבו לאכול כאחד אף על פי שהיו חלוקין בככר שכל אחד ואחד אוכל מככרו אינן רשאין ליחלק כלומר אף על פי שהן חלוקין בככרות וס"ד אין זה צרוף ולא חל עליהם חובת זימון אפ"ה אינן רשאין ליחלק:
Même s'ils étaient séparés quant au pain, chacun mangeant de sa propre miche, ils n'ont pas le droit de se séparer. C'est-à-dire : bien qu'ils soient séparés quant aux miches, et qu'on aurait pu penser qu'il n'y a pas là de réunion et que l'obligation du zimoun n'est pas tombée sur eux, malgré cela ils n'ont pas le droit de se séparer.
⚖️ Rosh (1)
גמ' אמר שמואל לעולם אל יוציא אדם את עצמו מן הכלל כלומר אע"פ שיש לו לומר ברכו נברך עדיף כדי שלא יוציא את עצמו מן הכלל והכי מסקנא נברך עדיף ואם אמר ברכו אין תופסין אותו על כך ותניא נמי הכי בין שאמר נברך בין שאמר ברכו אין תופסין אותו על כך והנקדנין תופסין אותו בכך ומברכותיו של אדם ניכר אם ת"ח הוא אם בור הוא. ירושלמי שמואל אמר אינו מוציא את עצמו מן הכלל התיבון ה"ז הקורא בתורה אומר ברכו א"ר אבין מכיון דהוא אומר המבורך אינו מוציא עצמו מן הכלל:
Guemara : Chemouel a dit : que l'homme n'exclue jamais sa personne de la collectivité. C'est-à-dire : bien qu'il puisse dire « Barekhou », « Nevarekh » est préférable, afin de ne pas exclure sa personne de la collectivité. Et telle est la conclusion : « Nevarekh » est préférable ; et s'il a dit « Barekhou », on ne le reprend pas pour cela. Cela a aussi été enseigné : qu'il ait dit « Nevarekh » ou qu'il ait dit « Barekhou », on ne le reprend pas pour cela, et les pointilleux le reprennent pour cela ; et aux bénédictions d'un homme on reconnaît s'il est un talmid 'hakham ou un ignorant. Yerouchalmi : Chemouel a dit qu'il n'exclut pas sa personne de la collectivité. On a objecté : voici celui qui lit dans la Torah, il dit bien « Barekhou » ! Rabbi Avin a dit : du moment qu'il dit « hamevorakh », il n'exclut pas sa personne de la collectivité.
💡 Explication

La deuxième lecture porte sur l'unité du repas. Trois hommes attablés ensemble forment un groupe pour le zimoun alors même que chacun mange de sa propre miche, sans partage de pain. Tossefot souligne la nouveauté : on aurait pu tenir cette séparation des miches pour un défaut de tseirouf, de réunion.

La troisième lecture, celle de Rav Houna, va plus loin encore : trois hommes venus chacun d'un groupe différent restent liés par une obligation contractée ailleurs, sans avoir rien mangé ensemble.

🖼️ Schéma
Trois venus de trois groupes (Rav Houna, précisé par Rav Hisda) Groupe 1 : trois convives obligation de zimoun contractée Groupe 2 : trois convives obligation de zimoun contractée Groupe 3 : trois convives obligation de zimoun contractée Les trois se réunissent tenus de faire le zimoun ensemble, même sans rien manger de nouveau
Le cas de Rav Houna : une obligation contractée dans un groupe suit le convive.
23
אמר רב חסדא: והוא שבאו משלש חבורות של שלשה בני אדם.

Rav Hisda a dit : et cela à condition qu'ils soient venus de trois groupes de trois personnes.

💡 Explication

Rav Hisda pose la condition qui rend la règle de Rav Houna cohérente. Chacun des trois groupes d'origine devait compter au moins trois convives, de sorte que l'obligation du zimoun y était déjà née.

Ce qui suit ces hommes dans leur nouveau groupe est donc une obligation réelle et non un simple souvenir de repas. Un convive venu d'un groupe de deux n'apportait rien de tel.

24
אמר רבא:

Rava a dit :

⚖️ Rosh (2)
אמר רבא כי אכילנא ריפתא בי ריש גלותא מברכינן בי תלתא תלתא וליברכו עשרה עשרה שמע ריש גלותא וקפיד וליפקו בברכתא דבי ריש גלותא איידי דאוושא כ"ע לא שמעו אע"פ שנתחייבו בברכת השם בעשרה טוב להם זה ממה שלא היו יוצאין בבהמ"ז שלא היו יכולין לשמוע את המברך:
Rava a dit : lorsque nous mangions du pain chez le Resh Galouta, nous bénissions par groupes de trois. — Qu'ils bénissent donc par groupes de dix ! — Le Resh Galouta l'entendrait et s'en offusquerait. — Qu'ils s'acquittent donc par la bénédiction de la maison du Resh Galouta ! — Comme tout le monde fait du bruit, ils n'entendent pas. Bien qu'ils fussent tenus à la bénédiction avec le Nom dès lors qu'ils étaient dix, cela valait mieux pour eux que de ne pas s'acquitter du Birkat Hamazon, puisqu'ils ne pouvaient pas entendre celui qui bénissait.
אמר רבא תוספאה הני תלתא דכרכי ריפתא בהדי הדדי וקדים חד מינייהו ובריך לדעתיה אינהו נפקי בזימון דידיה אע"פ שבירך כבר מצי למימר ברוך שאכלנו דלא גרע מבא בתוך הסעודה ואכל עלה של ירק לעיל סי' כ"א שאומר עמהם ברוך שאכלנו מיהו איהו לא נפיק בזימון דידהו לפי שאין זימון למפרע ודוקא שנים עם האחד אבל אם ברכו שנים אין השלישי יכול לזמן עמהם דאי לא תימא הכי א"כ לאשמעינן רבותא טפי וכי תימא דאשמעינן הך רבותא דאפי' אחד אינו יוצא בזימון שנים כיון שבירך דאין זימון למפרע הא מלתא דפשיטא היא דכיון שבירך אין זימון למפרע:
Rava Toussefaa a dit : ces trois qui ont mangé du pain ensemble et dont l'un a devancé les autres et a béni pour lui-même, eux s'acquittent par son zimoun. Bien qu'il ait déjà béni, il peut dire « Baroukh chi-akhalnou », car son cas n'est pas moindre que celui qui arrive au milieu du repas et mange une feuille de légume (plus haut, siman 21), lequel dit avec eux « Baroukh chi-akhalnou ». Lui-même, en revanche, ne s'acquitte pas par leur zimoun, parce qu'il n'y a pas de zimoun rétroactif. Et cela ne vaut que pour deux avec ce troisième ; mais si deux ont déjà béni, le troisième ne peut pas faire le zimoun avec eux. Car si tu ne disais pas ainsi, la guemara nous aurait enseigné une chose plus forte encore. Et si tu dis qu'elle nous enseigne précisément cette chose forte, qu'un seul ne s'acquitte pas par le zimoun de deux puisqu'il a déjà béni, parce qu'il n'y a pas de zimoun rétroactif : c'est une évidence, puisque du moment qu'il a béni, il n'y a pas de zimoun rétroactif.
💡 Explication

Le daf s'arrête sur l'ouverture de la parole de Rava, qui viendra restreindre la règle de Rav Houna. Sa précision se lit au feuillet 50b : la réunion ne crée une obligation nouvelle qu'à condition que le zimoun n'ait pas déjà été accompli dans les groupes d'origine.

Le Roch, placé ici, rassemble la conclusion pratique des deux scènes précédentes : le choix d'un zimoun de trois quand la bénédiction de l'assemblée reste inaudible, et le sort de celui qui a béni avant les autres.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).