Berakhot 50b — Le zimoun déjà acquitté, le vin coupé d'eau, et les égards dus au pain et aux aliments

Berakhot 50b

Sougya : Le daf achève la sougya des trois convives venus de trois groupes distincts. Rava pose une limite : si les groupes d'origine ont déjà fait le zimoun en les comptant, l'obligation s'est envolée et ne revient plus ; il l'établit par la michna du lit impur qu'on a partagé puis reconstitué, et qui ne retrouve pas son impureté ancienne.

Une beraita ajoute que le serviteur commun joint deux groupes qui ne se voient pas. La guemara passe ensuite à la michna sur le vin : Rabbi Eliezer tient que le vin pur, trop fort pour être bu, garde la bénédiction du fruit de l'arbre et sert encore à la netilat yadayim, tandis que les Sages le tiennent pour du vin dans tous les cas.

Rabbi Yossi bar Hanina relève que pour la coupe de bénédiction les Sages concèdent à Rabbi Eliezer, au titre de la mitsva accomplie de la plus belle manière. Le daf se referme sur les égards dus à la nourriture : quatre choses dites à propos du pain, la distinction entre ce qui devient répugnant et ce qui ne le devient pas, les usages de noce, et la conduite de celui qui a mis un aliment en bouche avant d'avoir béni.

Trois convives venus de trois groupes : doivent-ils faire le zimoun entre eux ? Trois hommes se détachent un de chacun des trois groupes Les groupes n'ont PAS fait le zimoun en les comptant, à leur place Les groupes ONT fait le zimoun en les comptant, à leur place L'obligation demeure sur eux ils ne peuvent pas se séparer Parah zimoun minaihou le zimoun s'est envolé d'eux La preuve de Rava : le lit impur Lit impur entier tame Partagé en deux tahor : l'impureté part Reconstitué impur seulement à partir de là Ce qui s'est envolé ne revient pas rétroactivement : de même pour l'obligation de zimoun.
Le zimoun déjà accompli par les groupes d origine éteint l obligation, comme l impureté quitte le lit partagé.
Le vin pur, avant qu'on y mette de l'eau : quel statut ? Rabbi Eliezer Les Sages Principe Le vin pur est trop fort pour être bu : il n'a pas encore le statut de vin Le vin pur est déjà du vin : l'eau n'en change pas le statut Berakha Bore péri haets (fruit de l'arbre) Bore péri haguefen (fruit de la vigne) Netilat yadayim On peut s'en servir : c'est un jus de fruits On ne s'en sert pas Vin coupé Haguefen, et plus de netilat yadayim Aucun changement : haguefen Le point d'accord : la coupe de bénédiction Rabbi Yossi bar Hanina : les Sages concèdent à Rabbi Eliezer pour le kos chel berakha, on n'y bénit pas avant d'y avoir mis de l'eau. Raison de Rav Ochaya : mitsva min hamouvhar — la mitsva accomplie au mieux.
Rabbi Eliezer et les Sages sur le vin pur, et le point où ils se rejoignent : la coupe de bénédiction.
Peut-on lancer de la nourriture ? Le critère du memaes Que veut-on lancer ? Du pain pat Aliment qui s'abîme memaes : figues mûres, mûres Aliment qui ne s'abîme pas grenade, noix, chose dure Interdit en tout cas Interdit Permis Les quatre choses dites à propos du pain 1. Pas de viande crue posée sur le pain 2. Pas de coupe pleine passée au-dessus du pain 3. On ne jette pas le pain 4. On ne cale pas un plat avec du pain Chemouel concède les trois premiers ; sur le quatrième il permet si rien ne s'abîme.
Le critère du memaes commande ce qu on peut lancer, et les quatre égards dus au pain.
1
ולא אמרן אלא דלא אקדימו הנך ואזמון עלייהו בדוכתייהו, אבל אזמון עלייהו בדוכתייהו — פרח זימון מינייהו.

Et nous n'avons dit cela que lorsque ces derniers ne les ont pas devancés en faisant le zimoun sur eux à leur place ; mais s'ils ont fait le zimoun sur eux à leur place — le zimoun s'est envolé d'eux.

📜 Rachi (2)
ולא אמרן אלא דלא אקדימו הנך חבורות שפרשו אלו מהן ואזמון עלייהו דהני כגון אם היו ארבעה בכל חבורה ונשאר בכל אחת כדי זימון והפורשים הללו היו צריכים לצאת לשוק קודם שגמרו החבורות את סעודתם:
« Et nous n'avons dit cela que lorsque ces derniers ne les ont pas devancés » : les groupes dont ceux-ci se sont détachés, et qui ont fait le zimoun en les comptant. Par exemple, s'ils étaient quatre dans chaque groupe et qu'il restait dans chacun de quoi faire un zimoun, et que ceux qui se sont détachés devaient sortir au marché avant que les groupes n'aient achevé leur repas.
אבל אזמון עלייהו דהני כגון שנצטרפו אלו עמהם לזימון כדאמ' לעיל קורין לו ומזמנים עליו וברכו החבורות ואלו לא היו שם אלא כדי נברך וברוך הוא ועכשיו הם באים לברך לא מזמני דפרח מינייהו חובת זימון ותו לא הדר עלייהו:
« Mais s'ils ont fait le zimoun sur eux » : par exemple lorsque ceux-ci se sont joints à eux pour le zimoun, comme il est dit plus haut : on l'appelle et on fait le zimoun sur lui ; les groupes ont béni, et ceux-ci n'étaient présents que le temps de « Nevarekh » et de « Baroukh hou », et maintenant ils viennent bénir — on ne fait pas de zimoun, car l'obligation de zimoun s'est envolée d'eux et elle ne leur revient plus.
🗂️ Tossefot (1)
אבל אי אקדימו ואזמינו עלייהו בדוכתייהו פי' שאכל כל אחד מהשלשה והפסיק לשתים שהיו מסובין עמו עד הזן כדאיתא לעיל (ברכות דף מה:) פרח חובת זמון מעליהם כלומר פטורין מן הזמון ורשאין עתה ליחלק ורש"י לא פירש כן:
Explication : chacun des trois a mangé puis s'est interrompu pour les deux qui étaient attablés avec lui, jusqu'à la bénédiction Hazan, comme il est rapporté plus haut (Berakhot 45b) ; l'obligation de zimoun s'est envolée d'eux, c'est-à-dire qu'ils en sont dispensés et qu'ils ont désormais le droit de se séparer. Rachi n'a pas expliqué ainsi.
⚖️ Rosh (1)
גמ' מאי קמ"ל תנינא חדא זימנא שלשה שאכלו כאחת חייבין לזמן קמ"ל כי הא דאמר ר' אבא אמר שמואל שלשה שישבו לאכול אין רשאין ליחלק פירוש שישבו לאכול וברכו ברכת המוציא ועדיין לא אכלו שיעור ברכה אינן רשאין ליחלק וחומרא הוא שהחמירו חכמים בדבר וממשנה יתירא שמעינן לה דקתני שלשה שאכלו כאחת ומפרש להו שהתחילו לאכול ובירושלמי גרס בריש פירקין הכא את אמרת חייבין בזימון והכא את אמרת אין רשאין ליחלק כלומר מאי קמ"ל היינו רישא שמואל אמר כאן בתחלה וכאן בסוף ואיזהו בתחלה ואיזהו בסוף תרין אמוראי חד אמר נתנו דעתן לאכול זהו בתחלה אכלו כזית זהו בסוף ואחרים אומרים אכלו כזית זהו בתחלה גמרו לאכול זהו בסוף והא דפרשינן הכא שברכו ברכת המוציא ועדיין לא אכלו שיעור ברכה היינו כמ"ד אכלו כזית זהו בתחלה וכזית דנקט לאו דוקא אלא לאפוקי ממ"ד נתנו דעתם לאכול זהו בתחלה דמשמע רק שגמרו בדעתם אע"פ שלא ברכו ברכת המוציא ואי הוי מפרשינן שישבו לאכול אע"פ שלא ברכו ברכת המוציא אז הוי כמ"ד נתנו דעתם לאכול זהו בתחלה אבל לא מסתברא לפרושי כן דחומרא יתירא היא זאת ורב אלפס גרס שלשה שישבו לאכול אע"פ שכל אחד ואחד אוכל לעצמו אינן רשאין ליחלק וכן פיר"ח שלשה שאכלו כאחת וכל אחד אוכל מככרו מצטרפין לזימון אבל לשון הירושלמי לא משמע כפירושו אי נמי כי הא דאמר רב הונא שלשה שבאו משלש חבורות אינן רשאין ליחלק א"ר חסדא והוא שבאו משלש חבורות של שלשה בני אדם אמר רבא ולא אמרן אלא דלא זימון עלייהו בדוכתייהו אבל אי זימון עלייהו בדוכתייהו פרח זימון מינייהו פירש"י אזמון עלייהו בדוכתייהו כגון שנצטרפו אלו עמהן לזימון כדאמר לעיל קורין לו ומזמנין לו ומברכין עליו ואלו לא היו שם אלא כדי נברך וברוך שאכלנו ועכשיו הן באין לברך אין מזמנין דפרח מינייהו חובת זימון ותו לא הדר עלייהו והקשה ה"ר יהודה דהא מלתא דפשיטא היא שלא יזמנו עוד שהרי כל אחד ואחד יצא ידי זימון עם חבורתו וגם לא שייך על זה לומר פרח זימון מינייהו שהרי זימנו כבר ולא פרח מהם אלא יצאו ידי זימון כמו אחרים והיאך יצטרפו ויאמרו נברך פעם אחרת ועוד דאין הנדון דומה לראיה שמביא ממטה שחלקוה דפרחה טומאה ישנה ממנה אפי' החזירה דהכא לא שייך חזרה דכיון שנפטרו ידי זימון ואפי' נתקבצו השלשה יחד אין כאן חזרה ופירש הוא דאלו החבורות היו בכל אחת ארבעה ופירש אחד מכל חבורה ונצטרפו לחבורה אחרת וזימנו השלשה הנשארים והאי דקאמר אזמין עלייהו בדוכתייהו לא שהיו עמהם אלא הכי קאמר זימנו עמהם כאלו היו שם כי נשאר להם כדי זימון פרח זימון מינייהו כיון שחבריהם זימנו הוי כמו מטה שנחלקה שפרחה ממנה טומאה ישנה ולא תחזור עוד אפי' החזירוה הכא נמי לא יצטרפו עוד לזימון ולשון אזמון עלייהו אינו מורה כלל על הפירוש הזה ומה שהקשה הר"י דמלתא דפשיטא הוא שלא יזמנו עוד שהרי כל אחד יצא ידי זימון עם חבורתו לא קשיא מידי דרבותא קמ"ל שאע"פ שאכלו אלו השלשה ביחד אח"כ וגמרו סעודתן שהתחילו עם חבורתן בלא נט"י ובלא המוציא כדמשמע לישנא דמשנה דשלשה שאכלו כאחת דמינה דייקי הך דרב הונא אפילו הכי אינם יכולים לזמן דפרח זימון מינייהו אפי' על מה שאכלו אחר מכן כיון דזימנו כבר על תחלת סעודה וכל אחד חוזר למקום שפסק ועתה מדמה ליה שפיר למטה ישנה דאע"פ שחזרו לחבורה אחרת ואכלו יחד אינם מצטרפים לזימון:
Guemara : « Que vient nous apprendre la michna ? Nous l'avons déjà appris une fois : trois qui ont mangé ensemble sont tenus au zimoun. » Elle vient nous apprendre ce qu'a dit Rabbi Abba au nom de Chemouel : trois qui se sont assis pour manger n'ont pas le droit de se séparer. Explication : ils se sont assis pour manger et ont récité la bénédiction Hamotsi, mais n'ont pas encore mangé la mesure qui oblige à la bénédiction finale — ils n'ont pas le droit de se séparer ; c'est une rigueur que les Sages ont instituée. Nous l'apprenons du caractère superflu de la michna, qui enseigne « trois qui ont mangé ensemble » et qu'on explique comme signifiant qu'ils ont commencé à manger. Dans le Yerouchalmi, on lit au début de notre chapitre : « Ici tu dis qu'ils sont tenus au zimoun et ici tu dis qu'ils n'ont pas le droit de se séparer » — c'est-à-dire : que vient nous apprendre la michna, puisque c'est la première partie elle-même ? Chemouel répond : ici au commencement, là à la fin. Et qu'est-ce que le commencement, qu'est-ce que la fin ? Deux Amoraim : l'un dit qu'avoir formé l'intention de manger, c'est le commencement, et avoir mangé un kazayit (mesure d'une olive), c'est la fin ; d'autres disent qu'avoir mangé un kazayit, c'est le commencement, et avoir achevé de manger, c'est la fin. Ce que nous avons expliqué ici — qu'ils ont récité Hamotsi sans avoir encore mangé la mesure qui oblige à la bénédiction — correspond à celui qui dit qu'avoir mangé un kazayit est le commencement ; et le kazayit mentionné n'est pas à prendre au pied de la lettre, il sert seulement à exclure celui qui dit qu'avoir formé l'intention de manger est le commencement, ce qui laisserait entendre qu'il suffit qu'ils l'aient décidé en pensée, même sans avoir récité Hamotsi. Si nous avions expliqué « ils se sont assis pour manger » même sans avoir récité Hamotsi, ce serait alors comme celui qui dit qu'avoir formé l'intention de manger est le commencement ; mais il n'est pas raisonnable d'expliquer ainsi, car ce serait une rigueur excessive. Rav Alfas lit : trois qui se sont assis pour manger, bien que chacun mange pour lui-même, n'ont pas le droit de se séparer ; et ainsi a expliqué Rabbenou Hananel : trois qui ont mangé ensemble, chacun mangeant de son propre pain, se joignent pour le zimoun. Mais la formulation du Yerouchalmi ne paraît pas conforme à son explication. Ou bien ce que la michna vient nous apprendre est ce qu'a dit Rav Houna : trois qui sont venus de trois groupes n'ont pas le droit de se séparer. Rav Hisda dit : et cela seulement s'ils sont venus de trois groupes de trois personnes. Rava dit : et nous n'avons dit cela que lorsqu'on n'a pas fait le zimoun sur eux à leur place, mais si on a fait le zimoun sur eux à leur place, le zimoun s'est envolé d'eux. Rachi a expliqué : « on a fait le zimoun sur eux à leur place », par exemple lorsque ceux-ci se sont joints à eux pour le zimoun, comme il est dit plus haut — on l'appelle, on fait le zimoun sur lui et on bénit avec lui — et ceux-ci n'étaient présents que le temps de « Nevarekh » et de « Baroukh chea'halnou », et maintenant ils viennent bénir : on ne fait pas de zimoun, car l'obligation de zimoun s'est envolée d'eux et ne leur revient plus. Rabbi Yehouda a objecté : c'est une chose évidente qu'ils ne feront plus de zimoun, puisque chacun s'est acquitté du zimoun avec son groupe ; et il ne convient pas non plus de dire à ce sujet « le zimoun s'est envolé d'eux », puisqu'ils ont déjà fait le zimoun et que rien ne s'est envolé d'eux — ils s'en sont acquittés comme les autres ; comment donc se joindraient-ils pour dire « Nevarekh » une seconde fois ? De plus, le cas jugé ne ressemble pas à la preuve tirée du lit qu'on a partagé, dont l'impureté ancienne s'est envolée même si on l'a reconstitué : ici il n'y a pas lieu de parler de retour, puisque, dès lors qu'ils se sont acquittés du zimoun, même si les trois se rassemblent, il n'y a là aucun retour. Il a donc expliqué ainsi : ces groupes comptaient chacun quatre personnes, l'un de chaque groupe s'est retiré et s'est joint à un autre groupe, et les trois restants ont fait le zimoun ; et ce que l'on dit « on a fait le zimoun sur eux à leur place » ne signifie pas qu'ils étaient avec eux, mais : ils ont fait le zimoun comme s'ils avaient été là, puisqu'il leur restait de quoi faire un zimoun — le zimoun s'est envolé d'eux dès lors que leurs compagnons ont fait le zimoun ; c'est comme le lit partagé, dont l'impureté ancienne s'est envolée et ne revient plus même si on le reconstitue — ici de même, ils ne se joindront plus pour un zimoun. Mais l'expression « on a fait le zimoun sur eux » n'indique nullement cette explication. Quant à l'objection du Rabbi Yehouda — que c'est une chose évidente qu'ils ne feront plus de zimoun puisque chacun s'est acquitté avec son groupe — elle ne fait pas difficulté : la nouveauté qu'on nous apprend est que, même si ces trois ont mangé ensemble ensuite et ont achevé leur repas, l'ayant commencé avec leur groupe sans nouvelle netilat yadayim et sans nouveau Hamotsi, comme le laisse entendre la formulation de la michna « trois qui ont mangé ensemble », d'où l'on déduit l'enseignement de Rav Houna — même ainsi, ils ne peuvent pas faire le zimoun, car le zimoun s'est envolé d'eux, même sur ce qu'ils ont mangé ensuite, puisqu'on a déjà fait le zimoun sur le début du repas et que chacun revient au point où il s'était arrêté. La comparaison avec le lit ancien devient alors juste : bien qu'ils soient revenus dans un autre groupe et qu'ils aient mangé ensemble, ils ne se joignent pas pour le zimoun.
💡 Explication

Rava borne l'enseignement de Rav Houna. L'obligation de zimoun qui pèse sur les trois convives détachés leur vient de leur groupe d'origine. Si ce groupe a déjà accompli le zimoun en les comptant, l'obligation est acquittée : parah zimoun minaihou, elle s'est envolée d'eux, et ils redeviennent trois individus libres de se séparer.

Rachi et Tossefot divergent sur le cas visé. Pour Rachi, les trois étaient encore présents au début du zimoun de leur groupe, le temps du « Nevarekh » et de la réponse, puis sont partis. Pour Tossefot, chacun a interrompu son repas pour ses deux compagnons jusqu'à la bénédiction Hazan, comme le prévoit la guemara plus haut.

🖼️ Schéma
Trois convives venus de trois groupes : doivent-ils faire le zimoun entre eux ? Trois hommes se détachent un de chacun des trois groupes Les groupes n'ont PAS fait le zimoun en les comptant, à leur place Les groupes ONT fait le zimoun en les comptant, à leur place L'obligation demeure sur eux ils ne peuvent pas se séparer Parah zimoun minaihou le zimoun s'est envolé d'eux La preuve de Rava : le lit impur Lit impur entier tame Partagé en deux tahor : l'impureté part Reconstitué impur seulement à partir de là Ce qui s'est envolé ne revient pas rétroactivement : de même pour l'obligation de zimoun.
Le partage du critère de Rava, et la preuve tirée du lit impur.
2
אמר רבא: מנא אמינא לה — דתנן: מטה שנגנבה חציה, או שאבדה חציה, או שחלקוה אחין או שותפין — טהורה. החזירוה — מקבלת טומאה מכאן ולהבא.

Rava dit : d'où est-ce que je le dis ? De ce que nous avons appris : un lit dont la moitié a été volée, ou dont la moitié a été perdue, ou que des frères ou des associés ont partagé — il est pur.

S'ils l'ont reconstitué — il reçoit l'impureté à partir de maintenant.

📜 Rachi (1)
מטה טמאה שנגנבה חציה:
« Un lit » : un lit impur dont on a volé la moitié.
🗂️ Tossefot (1)
שחלקוה אחין או שותפין טהורה תימה דאמר בסוכה (פ"ק דף טז.) מטה מטמאה אברים כגון ארוכה ושתי כרעים. ולי נראה דהתם מיירי שיכול להחזירה כאשר בתחלה ולתקנה שהכרעים בעין והדיוט יכול להחזירה. וא"ת אמאי לא פריך הכא מכל כלי שנשבר וטהור אלמא כיון דפלגוה פרח לה טומאה ול"נ דשאני התם שאינו ראוי עוד להצטרף הכלי יחד ולקבל טומאה אפילו מכאן ולהבא ולא הוי דומיא דשלשה בני אדם דהוו ראוים עוד להצטרף לזמון:
« Que des frères ou des associés ont partagé, il est pur » : cela étonne, car il est dit dans Souka (premier chapitre, 16a) qu'un lit contracte l'impureté par ses éléments, par exemple un longeron et deux pieds. Il me semble que là-bas il s'agit d'un cas où l'on peut le remettre dans son état premier et le réparer, les pieds étant disponibles et un profane pouvant le reconstituer. Et si tu demandes pourquoi l'on n'objecte pas ici à partir de tout ustensile brisé, qui est pur, ce qui montrerait que dès lors qu'on l'a partagé l'impureté s'en est envolée : il me semble qu'il en va autrement là-bas, où l'ustensile n'est plus apte à être réassemblé ni à recevoir l'impureté même à partir de maintenant, et le cas ne ressemble donc pas à celui de trois personnes, qui restent aptes à se joindre pour le zimoun.
💡 Explication

Rava cherche un appui dans un tout autre domaine : les lois de pureté des ustensiles. Un lit impur qui perd la moitié de sa structure cesse d'être un ustensile ; le nom de lit se retire, et avec lui l'impureté. La michna précise toutefois que sa reconstitution le rend à nouveau susceptible d'impureté à partir de maintenant, formule sur laquelle porte toute l'inférence.

3
מכאן ולהבא — אין, למפרע — לא. אלמא, כיון דפלגוה — פרח לה טומאה מינה. הכא נמי כיון דאזמון עלייהו, פרח זימון מינייהו.

« À partir de maintenant » — oui ; rétroactivement — non. Il en ressort que, dès lors qu'on l'a partagé, l'impureté s'en est envolée.

Ici de même : dès lors qu'on a fait le zimoun sur eux, le zimoun s'est envolé d'eux.

📜 Rachi (1)
אלמא כיון דפלגוה פקע שם מטה מינה ושם טומאה אע"ג דהדר הדרוה והרי היא מטה לא הדרה טומאתה הכא נמי כיון דפקע שם שלשה מינייהו בהפרדם ושם זימון ע"י שזימנו הראשונים עליהם אע"ג דהדרי לכלל שם שלשה לא הדרי לכלל זימון אבל כי לא אזמון לא פקע חובת זימון מהן אף לפי פרידתם:
« Il en ressort que, dès lors qu'on l'a partagé » : le nom de lit s'en est retiré, et avec lui le nom d'impureté ; même s'ils l'ont ensuite reconstitué et que c'est de nouveau un lit, son impureté n'est pas revenue. Ici de même : dès lors que le nom de « trois » s'est retiré d'eux par leur séparation, ainsi que le nom de zimoun du fait que les premiers ont fait le zimoun en les comptant, même s'ils reviennent au titre de « trois », ils ne reviennent pas au titre du zimoun. Mais si on n'a pas fait le zimoun sur eux, l'obligation de zimoun ne s'est pas retirée d'eux, même après leur séparation.
💡 Explication

Le raisonnement repose sur une précision de langue. En disant que le lit reconstitué reçoit l'impureté à partir de maintenant, la michna enseigne que l'impureté ancienne ne revient pas : ce qui s'est envolé est perdu, même lorsque la structure est rétablie. Rava applique cette règle au zimoun : l'obligation déjà acquittée ne renaît pas du regroupement des trois convives.

4
שתי חבורות וכו׳. תנא: אם יש שמש ביניהם — שמש מצרפן.

« Deux groupes, etc. » On a enseigné : s'il y a un serviteur entre eux — le serviteur les joint.

📜 Rachi (2)
אם יש שמש ביניהם שמשמש לשתיהם:
« S'il y a un serviteur entre eux » : qui sert les deux groupes.
שמש מצרפן אע"פ שאין אלו רואין את אלו כגון יריעה פרוסה ביניהם:
« Le serviteur les joint » : même si les uns ne voient pas les autres, par exemple lorsqu'une tenture est tendue entre eux.
🗂️ Tossefot (1)
שמש מצרפן לזמון וה"ה בשני בתים ובני אדם עומדים ומשמשין מזו לזו מצטרפין וכן איתא בירושלמי ובלבד שישמעו ברכת המזון מפי המברך והא דנקט במתני' בית [אחד] משום חדוש דסיפא דאפילו בבית אחד אם לאו אין מזמנין וכן בבית חתנים כשאוכלים בחופה בב' בתים ובני אדם משמשין מזו לזו מצטרפין ובלבד שישמעו ברכת המזון מפי המברך:
« Le serviteur les joint pour le zimoun » : il en va de même dans deux maisons où des gens se tiennent debout et servent de l'une à l'autre — ils se joignent. Ainsi est-il dit dans le Yerouchalmi, à condition qu'ils entendent le Birkat Hamazon de la bouche de celui qui bénit. Si la michna a mentionné une seule maison, c'est en raison de la nouveauté de la seconde partie : même dans une seule maison, s'il n'y a pas de serviteur, on ne fait pas de zimoun. De même, dans une maison de noces, lorsqu'on mange sous la houpa dans deux maisons et que des gens servent de l'une à l'autre, ils se joignent, à condition qu'ils entendent le Birkat Hamazon de la bouche de celui qui bénit.
💡 Explication

La michna exigeait que les deux groupes puissent se voir pour former un seul zimoun. La beraita ajoute un substitut : le chamach, le serviteur commun qui circule d'un groupe à l'autre, crée entre eux le lien que le regard aurait produit. Tossefot étend la règle à deux maisons distinctes et pose la condition qui l'accompagne : entendre effectivement le Birkat Hamazon de celui qui bénit.

🖼️ Schéma
Deux groupes séparés par une tenture : le serviteur les joint Groupe A ne voit pas le groupe B Groupe B ne voit pas le groupe A tenture chamach Le serviteur qui sert les deux les joint pour le zimoun à condition qu'ils entendent le Birkat Hamazon de celui qui bénit
Le serviteur commun tient lieu du regard qui joint les deux groupes.
5
אין מברכין על היין. תנו רבנן: יין עד שלא נתן לתוכו מים — אין מברכין עליו ״בורא פרי הגפן״ אלא ״בורא פרי העץ״. ונוטלין ממנו לידים. משנתן לתוכו מים — מברכין עליו ״בורא פרי הגפן״, ואין נוטלין ממנו לידים, דברי רבי אליעזר. וחכמים אומרים: בין כך ובין כך, מברכין עליו ״בורא פרי הגפן״ ואין נוטלין הימנו לידים.

« On ne récite pas la bénédiction sur le vin. » Nos maîtres ont enseigné : le vin, tant qu'on n'y a pas mis d'eau, on ne récite pas dessus « Bore péri haguefen » mais « Bore péri haets » ; et on s'en sert pour la netilat yadayim. Une fois qu'on y a mis de l'eau, on récite dessus « Bore péri haguefen » et on ne s'en sert pas pour la netilat yadayim — parole de Rabbi Eliezer.

Et les Sages disent : dans un cas comme dans l'autre, on récite dessus « Bore péri haguefen » et on ne s'en sert pas pour la netilat yadayim.

📜 Rachi (3)
אין מברכין עליו ב"פ הגפן לפי שהיה יינם חזק מאד ואין ראוי לשתיה בלא מים הלכך אכתי לא אשתני למעליותא ולא זז מברכתו הראשונה והרי הוא כענבים וברכתו ב"פ העץ:
« On ne récite pas dessus Bore péri haguefen » : parce que leur vin était très fort et impropre à la consommation sans eau ; il n'a donc pas encore changé vers un état supérieur et n'a pas quitté sa bénédiction première : il est comme du raisin, et sa bénédiction est « Bore péri haets ».
ונוטלין ממנו לידים דשם מים עליו דמי פירות בעלמא מקרי:
« Et on s'en sert pour la netilat yadayim » : car il porte le nom d'eau ; on l'appelle simplement jus de fruits.
משנתן לתוכו מים שם יין עליו ואין נוטלין אלא במים. לשון אחר הכי גרסי' יין עד שלא נתן לתוכו מים מברכין עליו ב"פ העץ ואין נוטלין הימנו לידים משנתן לתוכו מים מברכין עליו בורא פרי הגפן ונוטלין הימנו לידים דברי רבי אליעזר וחכ"א בין כך ובין כך מברכין עליו ב"פ הגפן ואין נוטלין ממנו לידים וטעמייהו דרבנן משום הפסד אוכלין כך מצאתי בהלכות גדולות אצל קידוש והבדלה ובדקתי בתוספתא ולא גרסינן בה הכי אלא כמו שהוא בספרים:
« Une fois qu'on y a mis de l'eau » : il porte alors le nom de vin, et l'on ne fait la netilat yadayim qu'avec de l'eau. Autre leçon : on lit ainsi — le vin, tant qu'on n'y a pas mis d'eau, on récite dessus « Bore péri haets » et on ne s'en sert pas pour la netilat yadayim ; une fois qu'on y a mis de l'eau, on récite dessus « Bore péri haguefen » et on s'en sert pour la netilat yadayim, parole de Rabbi Eliezer ; et les Sages disent : dans un cas comme dans l'autre, on récite dessus « Bore péri haguefen » et on ne s'en sert pas pour la netilat yadayim — la raison des Sages étant la perte de nourriture. J'ai trouvé cette leçon dans les Halakhot Guedolot, aux lois du kidouch et de la havdala ; j'ai vérifié dans la Tossefta et on n'y lit pas ainsi, mais comme il figure dans nos livres.
🗂️ Tossefot (1)
בורא פרי העץ ונוטלין ממנו לידים פירש"י כי לא נתן לתוכו מים לא הוי אלא כמי פירות ומכאן משמע דמי פירות כשרין לנטילת ידים ויש לחלק בין הני דאמרינן בפרק כל הבשר (חולין דף קז.) דאחזותא קפדיתו ומיהו יש מפרשים לנטילת ידים בעינן מים דכתיב וידיו לא שטף במים:
« Bore péri haets, et on s'en sert pour la netilat yadayim » : Rachi a expliqué que, tant qu'on n'y a pas mis d'eau, ce n'est que du jus de fruits ; d'où il ressort que les jus de fruits sont valides pour la netilat yadayim. Il y a lieu de distinguer d'avec ce que nous disons au chapitre Kol Habassar (Houlin 107a), que l'on est exigeant sur l'aspect. Toutefois, certains expliquent que la netilat yadayim requiert de l'eau, comme il est écrit : « et il n'a pas rincé ses mains dans l'eau ».
⚖️ Rosh (1)
מתני' אין מברכין על היין עד שיתן לתוכו מים דברי ר' אליעזר וחכ"א מברכין:
Michna : on ne récite pas la bénédiction sur le vin tant qu'on n'y a pas mis d'eau — parole de Rabbi Eliezer ; et les Sages disent : on récite la bénédiction.
💡 Explication

Le vin de l'époque était assez concentré pour être imbuvable pur. Rabbi Eliezer en tire une conséquence de statut : tant qu'il reste pur, il n'a pas atteint l'état de vin et conserve la bénédiction du raisin, Bore péri haets ; il demeure un simple jus de fruits, dont on peut donc encore se servir pour la netilat yadayim. L'ajout d'eau le fait passer au statut de vin, avec la bénédiction correspondante.

Les Sages refusent cette gradation : le vin est vin dès le départ. La divergence produit deux nafka minot — la formule de la bénédiction et l'usage du liquide pour l'ablution des mains. Rachi signale ici une seconde leçon de la beraita, transmise par les Halakhot Guedolot, qui inverse les positions sur la netilat yadayim et fonde l'avis des Sages sur la perte de nourriture.

🖼️ Schéma
Le vin pur, avant qu'on y mette de l'eau : quel statut ? Rabbi Eliezer Les Sages Principe Le vin pur est trop fort pour être bu : il n'a pas encore le statut de vin Le vin pur est déjà du vin : l'eau n'en change pas le statut Berakha Bore péri haets (fruit de l'arbre) Bore péri haguefen (fruit de la vigne) Netilat yadayim On peut s'en servir : c'est un jus de fruits On ne s'en sert pas Vin coupé Haguefen, et plus de netilat yadayim Aucun changement : haguefen Le point d'accord : la coupe de bénédiction Rabbi Yossi bar Hanina : les Sages concèdent à Rabbi Eliezer pour le kos chel berakha, on n'y bénit pas avant d'y avoir mis de l'eau. Raison de Rav Ochaya : mitsva min hamouvhar — la mitsva accomplie au mieux.
Les positions de Rabbi Eliezer et des Sages, et leur point de rencontre.
6
כמאן אזלא הא דאמר שמואל: עושה אדם כל צרכיו בפת, כמאן? כרבי אליעזר.

Selon qui se comprend ce qu'a dit Chemouel : un homme peut faire tous ses usages avec du pain ? Selon qui ?

Selon Rabbi Eliezer.

📜 Rachi (1)
כר"א דאמר נוטלין הימנו לידים ולא חייש להפסד אוכלין:
« Selon Rabbi Eliezer » : qui dit qu'on s'en sert pour la netilat yadayim et ne se soucie pas de la perte de nourriture.
🗂️ Tossefot (1)
כמאן אזלא הא דאמר שמואל וכו' כר' אליעזר לכאורה משמע ממאי דאמר ר"א נוטלין וכו'. ותימה דאמרינן בפרק במה טומנין (שבת ד' נ:) אימר דאמר שמואל במידי דלא ממאיס במידי דממאיס מי אמר וא"כ היכי מוקים לה הא דשמואל כר"א דהא יין מידי דממאיס בנטילת ידים ובמידי דממאיס מודה שמואל ועוד קשה דהכא משמע דאין הלכה כשמואל מדמוקי לה כר"א ובפרק שני דביצה (ד' כא:) קאמר סתמא דגמ' דסופלי לחיותא בי"ט דמטלטלינן להו אגב רפתא כשמואל משמע דקי"ל כוותיה וי"ל דהכא לא קאמר אלא לדברי ר"א דסבר לה כשמואל ועדיפא מיניה קאמר שמתיר אפילו היכא דממאיס ולא נחת כאן אלא לפרש טעמא דר"א כדפירשנו ובה"ג אמר דהלכה כרבנן דהכא והלכה נמי כשמואל דכי קאמר שמואל הני מילי מידי דלא ממאיס אבל מידי דממאיס לא ודלא כפי' ר"ת שפסק דלא כשמואל מדמוקי ליה כר"א אלא ודאי קיימא לן כשמואל כדפירשנו וא"כ מותר לסמוך הקערה בפת היכא דלא ממאיס וי"א דצריך לאכלו אח"כ ויש נוהגים לאכול דייסא בפת הואיל ואוכלין הפת אח"כ אבל במס' סופרים אוסרו דאמרינן במס' סופרים (פ"ג) אין אוכלין אוכלין באוכלין אא"כ היה אוכלן בבת אחת ושמא ההיא דלא כשמואל:
« Selon qui se comprend ce qu'a dit Chemouel, etc. ? Selon Rabbi Eliezer » : à première vue, cela ressort de ce que Rabbi Eliezer dit qu'on s'en sert pour la netilat yadayim. Cela étonne, car nous disons au chapitre Bameh Tomnin (Chabbat 50b) : « Dis que Chemouel l'a dit pour une chose qui ne devient pas répugnante ; l'a-t-il dit pour une chose qui devient répugnante ? » S'il en est ainsi, comment établit-on l'enseignement de Chemouel selon Rabbi Eliezer, puisque le vin devient répugnant par la netilat yadayim et que, pour une chose qui devient répugnante, Chemouel lui-même concède ? Autre difficulté : ici il semble que la halakha ne suit pas Chemouel, puisqu'on l'établit selon Rabbi Eliezer ; or au deuxième chapitre de Betsa (21b) la guemara affirme anonymement qu'on déplace les noyaux de dattes destinés au bétail un jour de fête grâce au pain, comme Chemouel, ce qui laisse entendre que nous tenons comme lui. On peut répondre qu'ici on parle seulement selon Rabbi Eliezer, qui tient comme Chemouel et va au-delà de lui, puisqu'il permet même là où la chose devient répugnante ; on n'est descendu ici qu'à expliquer la raison de Rabbi Eliezer, comme nous l'avons dit. Les Halakhot Guedolot disent que la halakha suit les Sages d'ici et suit également Chemouel : car lorsque Chemouel a parlé, ce n'était que pour une chose qui ne devient pas répugnante, mais non pour une chose qui devient répugnante — à l'encontre de l'explication de Rabbenou Tam, qui a tranché que la halakha ne suit pas Chemouel du fait qu'on l'établit selon Rabbi Eliezer. En vérité, nous tenons comme Chemouel, ainsi que nous l'avons expliqué ; il est donc permis de caler un plat avec du pain là où il ne devient pas répugnant. Certains disent qu'il faut ensuite le manger. Certains ont l'usage de manger de la bouillie avec du pain, puisqu'ils mangent le pain ensuite ; mais le traité Soferim l'interdit, car nous disons dans le traité Soferim (chap. 3) : on ne mange pas des aliments avec des aliments à moins de les manger tous en même temps. Peut-être cet enseignement ne suit-il pas Chemouel.
⚖️ Rosh (1)
כמאן אזלא הא דאמר שמואל עושה אדם כל צורכו בפת כמאן כר' אליעזר פסק ר"ח כרבנן וגם ברייתא דבסמוך דאין סומכין את הקערה בפת פליגא אדשמואל הלכך אין הלכה כשמואל מיהו בפ"ב דמס' יו"ט דף כא: אמר הני סופלי דחיותא ביומא טבא היכי עבדינן להו ומסיק דמטלטלין אגב ריפתא כדשמואל דאמר שמואל עושה אדם כל צרכו בפת אלמא דסתמא דגמרא סבירא ליה כשמואל ובה"ג גבי הלכות קידוש והבדלה כתב והלכתא כרבנן דאמרי עד שלא נתן לתוכו מים נמי מברכינן עליו בפה"ג ואין נוטלין הימנו לידים ואע"ג דאמרי' כמאן אזלא הא דאמר שמואל עושה אדם כל צורכו בפת כמאן כר' אליעזר וקי"ל הלכתא כשמואל ה"מ במידי דלא ממאיס אבל במידי דממאיס לא ונראה דאפי' שמואל מודה דבמידי דממאיס אסור כדמוכח בשבת בפרק במה טומנין (שבת דף נ:) בעו מיניה מרב ששת מהו לפצוע זיתים בשבת פי' ליטול ידיו במים היוצאים מהם שחזקים הם ומעבירים את הזוהמא כדתנן ע"ג דף עה. או מולגן במי זיתים אמר ליה וכי בחול מי התירו לך סבר משום הפסד אוכלין נימא פליגי דשמואל דאמר עושה אדם כל צרכו בפת אמרי פת לא מאיסא הני מאיסא והא דקאמר הכא כמאן אזלא הא דקאמר שמואל כר"א ה"ק ר"א ס"ל כשמואל ועדיפא מיניה מתיר אפי' היכא דממאיס הלכך קי"ל כשמואל דהיכא דלא מאיסא עושה כל צרכו בפת ומותר לסמוך הקערה בפת אי לא ממאיס ויש שנוהגים לאכול דייסא וחביצא בפת במקום כף כיון שאוכלין הפת אח"כ במס' סופרים פ"ג הל' י"ד גרסינן אין נוהגין בזוי באוכלין ואין זורקין אוכלין ממקום למקום ולא ישב אדם על גב קופה מלאה זיתים ותמרים וגרוגרות אבל יושב הוא על גבי קופה מלאה קטניות או על גבי עיגול של דבלה מפני שנהגו כן אין סומכין באוכלין ואין מכסין באוכלים ואין אוכלין אוכלין באוכלין אא"כ ראוין לאכילה פי' שראוין לאכול אלו עם אלו ואוכלן ביחד דאין לפרש שהן ראוין לאכילה דכ"ש אם אינן ראוין לאכילה דמותר להשתמש בהן דכשישתמש מעשה עץ שימש אלמא אסור לאכול דייסא עם פת במקום כף ואפשר דההיא דמס' סופרים פליגא דשמואל דקתני ואין סומכין אוכלין באוכלין ולשמואל שרי דהא לא ממאיס ואנן קי"ל כשמואל ולא ממאיס הפת שאכל בה דייסא וראיתי גדולים שהיו אוכלין בכל פעם מעט מן הפת עם הדייסא א"ר יוסי בר חנינא מודים חכמים לר' אליעזר בכוס של ברכה שאין מברכין על היין עד שיתן לתוכו מים מ"ט אמר ר' אושעיא בעינן מצוה מן המובחר. ת"ר ארבעה דברים נאמרו בפת אין מניחין בשר חי על הפת ואין מעבירין כוס מלא על הפת ואין סומכין את הקערה בפת ואין זורקין בפת כשם שאין זורקין את הפת כך אין זורקין את האוכלין ודוקא מידי דממאיס אבל מידי דלא ממאיס כגון אמגוזי ורמוני וחבושי לית לן בה ושמואל מודה בכל מה ששנינו בברייתא זו בר מאין סומכין דשרי אי לא מאוס. תנו רבנן מושכין יין בצינורות לפני חתן וכלה ומיירי שמקבלן בכלי בפי צנור וזורקין לפניהן קליות ואגוזין בימות החמה אבל לא בימות הגשמים אבל לא חתיכות וגלוסקאות לא בימות החמה ולא בימות הגשמים:
« Selon qui se comprend ce qu'a dit Chemouel : un homme peut faire tous ses usages avec du pain ? Selon qui ? Selon Rabbi Eliezer. » Rabbenou Hananel a tranché comme les Sages ; de plus, la beraita qui suit — on ne cale pas un plat avec du pain — est en désaccord avec Chemouel ; la halakha ne suit donc pas Chemouel. Toutefois, au deuxième chapitre du traité Yom Tov (Betsa 21b), on demande : ces noyaux de dattes pour le bétail, un jour de fête, comment fait-on ? Et l'on conclut qu'on les déplace grâce au pain, comme Chemouel qui a dit qu'un homme peut faire tous ses usages avec du pain — ce qui montre que la guemara anonyme tient comme Chemouel. Les Halakhot Guedolot, aux lois du kidouch et de la havdala, écrivent : la halakha suit les Sages, qui disent que même avant qu'on y ait mis de l'eau on récite dessus « Bore péri haguefen » et qu'on ne s'en sert pas pour la netilat yadayim ; et bien que nous disions « selon qui se comprend ce qu'a dit Chemouel... selon Rabbi Eliezer » alors que nous tenons la halakha comme Chemouel, cela ne vaut que pour une chose qui ne devient pas répugnante, mais non pour une chose qui devient répugnante. Il semble que même Chemouel concède que, pour une chose qui devient répugnante, c'est interdit, comme le prouve Chabbat, chapitre Bameh Tomnin (50b) : on demanda à Rav Chechet s'il est permis d'écraser des olives un jour de Chabbat — c'est-à-dire de se laver les mains avec le liquide qui en sort, car il est fort et enlève la saleté, comme il est enseigné dans Avoda Zara (75a) — ou de les échauder dans du jus d'olives. Il répondit : et en semaine, te l'a-t-on permis ? Il pensait que c'était à cause de la perte de nourriture. Dirons-nous qu'il contredit Chemouel, qui a dit qu'un homme peut faire tous ses usages avec du pain ? On répond : le pain ne devient pas répugnant, ceux-ci deviennent répugnants. Et ce qu'on dit ici, « selon qui se comprend ce qu'a dit Chemouel ? Selon Rabbi Eliezer », veut dire ceci : Rabbi Eliezer tient comme Chemouel et va au-delà de lui, permettant même là où la chose devient répugnante. Nous tenons donc comme Chemouel : là où la chose ne devient pas répugnante, on fait tous ses usages avec du pain, et il est permis de caler un plat avec du pain s'il ne devient pas répugnant. Certains ont l'usage de manger de la bouillie et du havitsa avec du pain en guise de cuillère, puisqu'ils mangent ensuite le pain. Dans le traité Soferim, chapitre 3, halakha 14, nous lisons : on n'agit pas avec mépris envers les aliments, on ne jette pas les aliments d'un endroit à un autre, un homme ne s'assied pas sur une corbeille pleine d'olives, de dattes ou de figues sèches, mais il s'assied sur une corbeille pleine de légumineuses ou sur une galette de figues sèches, car tel est l'usage ; on ne cale pas avec des aliments, on ne couvre pas avec des aliments, et on ne mange pas des aliments avec des aliments à moins qu'ils ne soient propres à être mangés — c'est-à-dire propres à être mangés les uns avec les autres et qu'on les mange ensemble ; car on ne peut pas expliquer « qu'ils soient propres à la consommation », puisqu'à plus forte raison, s'ils n'y sont pas propres, il serait permis de s'en servir, l'usage étant alors celui d'un objet de bois. Il ressort donc qu'il est interdit de manger de la bouillie avec du pain en guise de cuillère ; il se peut que cet enseignement du traité Soferim soit en désaccord avec Chemouel, puisqu'il enseigne « on ne cale pas des aliments avec des aliments », alors que pour Chemouel c'est permis dès lors que cela ne devient pas répugnant ; et nous tenons comme Chemouel, et le pain avec lequel on a mangé de la bouillie ne devient pas répugnant. J'ai vu de grands maîtres qui mangeaient chaque fois un peu du pain avec la bouillie. Rabbi Yossi bar Hanina dit : les Sages concèdent à Rabbi Eliezer pour la coupe de bénédiction qu'on ne récite pas la bénédiction sur le vin tant qu'on n'y a pas mis d'eau. Quelle en est la raison ? Rav Ochaya dit : nous exigeons que la mitsva soit accomplie de la plus belle manière. Nos maîtres ont enseigné : quatre choses ont été dites à propos du pain — on ne pose pas de viande crue sur le pain, on ne fait pas passer une coupe pleine au-dessus du pain, on ne cale pas un plat avec du pain et on ne jette pas le pain ; et de même qu'on ne jette pas le pain, on ne jette pas les aliments — cela valant précisément pour ce qui devient répugnant, alors que pour ce qui ne devient pas répugnant, comme les noix, les grenades et les coings, il n'y a rien à redire. Chemouel concède sur tout ce qui est enseigné dans cette beraita, sauf sur « on ne cale pas », qui est permis lorsque cela ne devient pas répugnant. Nos maîtres ont enseigné : on fait couler du vin dans des conduits devant le marié et la mariée — et il s'agit d'un cas où on le recueille dans un récipient à la sortie du conduit — et on jette devant eux des grains grillés et des noix à la saison chaude, mais non à la saison des pluies ; en revanche, ni des morceaux ni des gâteaux, ni à la saison chaude ni à la saison des pluies.
💡 Explication

Chemouel autorise à se servir du pain pour tout usage, sans y voir un manque d'égard envers la nourriture. La guemara rattache cette position à Rabbi Eliezer, qui permet la netilat yadayim avec du vin pur et ne retient donc pas l'argument de la perte de nourriture (hefsed okhalin).

Tossefot et le Roch relèvent la tension avec Chabbat 50b, où Chemouel lui-même limite sa permission à ce qui ne devient pas répugnant. Leur réponse : Rabbi Eliezer va plus loin que Chemouel, et la guemara ne cite son avis que pour éclairer le raisonnement, sans faire dépendre la halakha de Chemouel de sa position.

7
אמר רבי יוסי ברבי חנינא: מודים חכמים לרבי אליעזר בכוס של ברכה שאין מברכין עליו עד שיתן לתוכו מים. מאי טעמא? אמר רב אושעיא: בעינן מצוה מן המובחר.

Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina dit : les Sages concèdent à Rabbi Eliezer, s'agissant de la coupe de bénédiction, qu'on ne récite pas la bénédiction dessus tant qu'on n'y a pas mis d'eau. Quelle en est la raison ?

Rav Ochaya dit : nous exigeons que la mitsva soit accomplie de la plus belle manière.

🗂️ Tossefot (1)
מודים חכמים לר"א בכוס של ברכה שאין מברכין עליו עד שיתן לתוכו מים תימה דאמרינן לקמן ד' דברים נאמרו בכוס של ברכה חי ומלא וי"ל דבעינן שיתנו חי לתוך הכוס ואח"כ ימזגנו אי נמי בעינן חי מן החבית אי נמי קאי אכוס עצמו ומאי חי שלם כדאיתא במכות (ד' טז:) ריסק ט' נמלים ואחד חי וכו' אלמא דאותו חי היינו שלם ה"נ בעינן שיהא הכוס שלם בלא שבירה:
« Les Sages concèdent à Rabbi Eliezer pour la coupe de bénédiction qu'on ne récite pas la bénédiction dessus tant qu'on n'y a pas mis d'eau » : cela étonne, car nous disons plus loin que quatre choses ont été dites à propos de la coupe de bénédiction — « haï » (pur) et pleine. On peut répondre qu'il faut le verser pur dans la coupe et le couper ensuite. Ou bien : nous exigeons qu'il soit pur au sortir du tonneau. Ou encore : cela se rapporte à la coupe elle-même, et « haï » signifie entière, comme il est rapporté dans Makot (16b) : « il a écrasé neuf fourmis et une entière, etc. », ce qui montre que « haï » y signifie entière ; ici de même, nous exigeons que la coupe soit entière, sans brisure.
💡 Explication

Sur la coupe du Birkat Hamazon, les Sages rejoignent Rabbi Eliezer : l'eau y est requise. Le motif change de nature. Il ne porte plus sur le statut du liquide, mais sur la qualité de l'accomplissement : mitsva min hamouvhar, la mitsva accomplie de la manière la plus accomplie. Le vin coupé étant le vin que l'on boit, c'est lui qui convient à la coupe de bénédiction.

Tossefot signale la difficulté avec les quatre exigences de la coupe énoncées plus loin, dont celle d'être haï. Trois réponses sont proposées : le vin est versé pur puis coupé ; l'exigence porte sur le vin tel qu'il sort du tonneau ; ou bien « haï » qualifie la coupe elle-même, qui doit être entière.

8
ורבנן, למאי חזי? אמר רבי זירא חזי לקורייטי.

Et selon les Sages, à quoi le vin pur est-il propre ? Rabbi Zera dit : il est propre au koriyatei.

📜 Rachi (2)
למאי חזי לשתיה דמברכין עליו ברכת היין:
« À quoi est-il propre » : à la consommation, de sorte qu'on récite dessus la bénédiction du vin.
לקורייטי פיישו"ן בלע"ז ובלשון חכמים אנומלית ואלונתית:
« Au koriyatei » : peychon en langue vernaculaire, et dans la langue des Sages : anomalin et aloutit.
🗂️ Tossefot (1)
למאי חזי פי' ולמאי אשתני לעילויא ומשני לקורייטי וכן הלכה כרבנן דיין חי מברכין עליו בורא פרי הגפן דאמרינן (פסחים קח:) שתאן חי יצא:
« À quoi est-il propre » : c'est-à-dire, vers quoi a-t-il changé en mieux ? Et l'on répond : au koriyatei. Telle est la halakha, selon les Sages : sur le vin pur on récite « Bore péri haguefen », car nous disons (Pessahim 108b) que s'il les a bus purs, il s'est acquitté.
💡 Explication

La question suppose le principe de Rabbi Eliezer : une bénédiction se fixe sur l'usage auquel la chose est propre. Si le vin pur est imbuvable, à quel titre les Sages lui donnent-ils déjà la bénédiction du vin ? Rabbi Zera répond qu'il sert au koriyatei, une préparation médicinale ; il a donc un usage propre en l'état. Tossefot en tire la conclusion pratique : la halakha suit les Sages.

9
תנו רבנן: ארבעה דברים נאמרו בפת: אין מניחין בשר חי על הפת. ואין מעבירין כוס מלא על הפת. ואין זורקין את הפת. ואין סומכין את הקערה בפת.

Nos maîtres ont enseigné : quatre choses ont été dites à propos du pain. On ne pose pas de viande crue sur le pain.

On ne fait pas passer une coupe pleine au-dessus du pain. On ne jette pas le pain.

Et on ne cale pas un plat avec du pain.

📜 Rachi (1)
אין מעבירים כוס מלא על הפת שלא ישפך על הפת ותהא הפת בזויה:
« On ne fait pas passer une coupe pleine au-dessus du pain » : de peur qu'elle ne se répande sur le pain et que le pain ne soit avili.
🪔 Ben Yehoyada (1)
ארבעה דברים נאמרו בפת. קשא מניינא למה לי, והוה ליה למימר תנו רבנן אין מניחין בשר חי על הפת, ואין מעבירין וכו'? ונראה לי בס"ד נחית למיקט מנין ארבעה בפירוש, לרמוז שזכה הפת לארבעה מיני כבוד אלו בשביל שזכה לעשות בו רמז לארבע אותיות שם הוי"ה ב"ה בשבת ויו"ט, כי ידוע בכונות האר"י ז"ל שצריך להניח בשבת ארבע ככרות על השולחן, ולכוין שהם כנגד ד' אותיות שם הוי"ה, ושתים העליונות הם כנגד אותיות י"ו, ושתים התחתונים כנגד שני ההי"ן, ומאחר שזכה לעשות בו רמז וכונה לארבע אותיות שם הוי"ה לכך זכה לארבע מיני כבוד אלו.
« Quatre choses ont été dites à propos du pain. » Le décompte fait difficulté : à quoi bon ? Il aurait suffi de dire : nos maîtres ont enseigné, on ne pose pas de viande crue sur le pain, on ne fait pas passer, etc. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il est descendu à préciser explicitement le nombre de quatre pour indiquer que le pain a mérité ces quatre sortes d'honneur parce qu'il a mérité qu'on fasse par lui une allusion aux quatre lettres du Nom ה' béni soit-Il, le Chabbat et les jours de fête. Car il est connu, dans les kavanot (intentions) de l'Ari de mémoire bénie, qu'il faut poser le Chabbat quatre pains sur la table et avoir l'intention qu'ils correspondent aux quatre lettres du Nom ה' : les deux du dessus correspondent aux lettres youd et vav, et les deux du dessous aux deux hé. Et puisque le pain a mérité qu'on fasse par lui une allusion et une intention portant sur les quatre lettres du Nom ה', il a mérité ces quatre sortes d'honneur.
💡 Explication

La guemara passe des lois de bénédiction aux égards dus à la nourriture. Les quatre interdits énumérés ont un motif commun, que Rachi énonce sur le deuxième : éviter que le pain ne soit avili, soit par une souillure, soit par un usage qui le traite comme un objet. Trois de ces règles portent sur un risque de dégradation matérielle, la quatrième sur un usage détourné.

🖼️ Schéma
Peut-on lancer de la nourriture ? Le critère du memaes Que veut-on lancer ? Du pain pat Aliment qui s'abîme memaes : figues mûres, mûres Aliment qui ne s'abîme pas grenade, noix, chose dure Interdit en tout cas Interdit Permis Les quatre choses dites à propos du pain 1. Pas de viande crue posée sur le pain 2. Pas de coupe pleine passée au-dessus du pain 3. On ne jette pas le pain 4. On ne cale pas un plat avec du pain Chemouel concède les trois premiers ; sur le quatrième il permet si rien ne s'abîme.
Les quatre égards dus au pain et le critère qui commande le jet des aliments.
10
אמימר ומר זוטרא ורב אשי כרכו ריפתא בהדי הדדי, אייתי לקמייהו תמרי ורמוני. שקל מר זוטרא פתק לקמיה דרב אשי דסתנא. אמר ליה: לא סבר לה מר להא דתניא אין זורקין את האוכלין? ההיא בפת תניא. והתניא: כשם שאין זורקין את הפת, כך אין זורקין את האוכלין! אמר ליה: והתניא: אף על פי שאין זורקין את הפת, אבל זורקין את האוכלין!

Amemar, Mar Zoutra et Rav Achi ont mangé du pain ensemble. On apporta devant eux des dattes et des grenades.

Mar Zoutra prit et lança devant Rav Achi un dessatna. Il lui dit : le maître ne tient-il pas ce qui a été enseigné, qu'on ne jette pas les aliments ?

Cela a été enseigné à propos du pain. Mais n'a-t-il pas été enseigné : de même qu'on ne jette pas le pain, ainsi ne jette-t-on pas les aliments !

Il lui dit : mais n'a-t-il pas été enseigné : bien qu'on ne jette pas le pain, on jette cependant les aliments !

📜 Rachi (2)
פתק זרק:
« Il lança » : il a jeté.
דסתנא אמינישטרישו"ן בלע"ז מנה של בשר מבושל:
« Un dessatna » : aministrichon en langue vernaculaire, une portion de viande cuite.
🗂️ Tossefot (1)
אין זורקין את האוכלים בהני שלשה מודה שמואל אין מעבירין כוס מלא על הפת וגם אין חותכין עליו בשר חי ואין זורקין את הפת אפילו לא ממאיס וכן שאר אוכלין אסור לזרוק במידי דממאיס:
« On ne jette pas les aliments » : sur ces trois points Chemouel concède — on ne fait pas passer une coupe pleine au-dessus du pain, on ne découpe pas non plus dessus de la viande crue, et on ne jette pas le pain, même s'il ne devient pas répugnant ; de même, pour les autres aliments, il est interdit de jeter ce qui devient répugnant.
🪔 Ben Yehoyada (1)
איתו לקמיהו תמרי ורמוני שקל מר זוטרא, פתק לקמיה דרב אשי דסתנא. פירש רש"י מנה של בשר, ויש להקשות אם כן אמאי לא אמר אייתו לקמייה תבשיל, ולמה נקיט תמרי ורמוני דלא דבר עליהם במעשה הזאת כלום, ואיך יהיה העיקר חסר? ונראה לי בס"ד כל דבר לח ורטוב נקרא דסתנא, ורש"י ז"ל דכתב מנה של בשר מבושל, רצונו לומר שם דסתנא נקרא על דבר מבושל, והכא ודאי לא הביאו לפניהם אלא רק תמרי ורמוני, ושקל מלא חפניו תמרי שהיו לחים ורטובים ביותר כמו דבר שהוא מבושל על האש.
« On apporta devant eux des dattes et des grenades ; Mar Zoutra prit et lança devant Rav Achi un dessatna. » Rachi a expliqué : une portion de viande. Il y a lieu d'objecter : s'il en est ainsi, pourquoi n'a-t-on pas dit « on apporta devant eux un plat cuit » ? Et pourquoi mentionner des dattes et des grenades, dont il n'est nullement question dans ce récit ? Comment l'essentiel ferait-il défaut ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que toute chose humide et juteuse est appelée dessatna ; et Rachi, de mémoire bénie, qui a écrit « une portion de viande cuite », a voulu dire que le nom dessatna se dit d'une chose cuite. Ici, assurément, on n'a apporté devant eux que des dattes et des grenades, et il prit pleines poignées de dattes qui étaient particulièrement humides et juteuses, comme une chose cuite au feu.
💡 Explication

Le récit met en scène la question laissée ouverte par la beraita précédente : l'interdit de jeter vise-t-il le seul pain ou tout aliment ? Mar Zoutra soutient d'abord la première lecture, puis oppose à Rav Achi une beraita qui permet de jeter les autres aliments. Deux beraitot se contredisent donc, et la guemara devra les concilier.

11
אלא לא קשיא, הא — במידי דממאיס, הא — במידי דלא ממאיס.

Il n'y a en fait pas de difficulté : l'une traite d'une chose qui devient répugnante, l'autre d'une chose qui ne devient pas répugnante.

📜 Rachi (2)
מידי דממאיס שמתמעך בזריקתו כגון תאנים שבשלו כל צרכם ותותים:
« Une chose qui devient répugnante » : qui s'écrase en étant lancée, comme les figues parvenues à pleine maturité et les mûres.
דלא ממאיס רמון ואגוז וכל דבר קשה:
« Qui ne devient pas répugnante » : la grenade, la noix, et toute chose dure.
💡 Explication

La conciliation repose sur un critère physique : ce que le jet abîme. Un aliment memaes, qui s'écrase ou se salit, ne doit pas être lancé, car le jeter revient à le gâter. Un aliment dur, qui arrive intact, échappe à l'interdit. Le pain, lui, reste hors de cette distinction : on ne le jette pas dans tous les cas.

12
תנו רבנן: ממשיכין יין בצנורות לפני חתן ולפני כלה, וזורקין לפניהם קליות ואגוזים בימות החמה, אבל לא בימות הגשמים. אבל לא גלוסקאות לא בימות החמה ולא בימות הגשמים.

Nos maîtres ont enseigné : on fait couler du vin dans des conduits devant le marié et devant la mariée, et on jette devant eux des grains grillés et des noix à la saison chaude, mais non à la saison des pluies ; en revanche, pas de gâteaux, ni à la saison chaude ni à la saison des pluies.

📜 Rachi (3)
ממשיכין יין בצנורות משום סימן טוב ואין כאן משום בזיון והפסד לפי שמקבלים אותו בראש פי הצנור בכלי:
« On fait couler du vin dans des conduits » : en raison d'un signe favorable ; il n'y a là ni avilissement ni perte, puisqu'on le recueille dans un récipient à la sortie du conduit.
בימות החמה שאין טיט בדרכים:
« À la saison chaude » : car il n'y a pas de boue sur les chemins.
אבל לא גלוסקאות שהרי אף בימות החמה הן נמאסין בזריקתן:
« En revanche, pas de gâteaux » : car même à la saison chaude ils deviennent répugnants en étant jetés.
🗂️ Tossefot (1)
ולא בימות הגשמים אע"פ שבאגוזים אין האוכל נמאס בתוכו מ"מ כשהן נופלים בטיט נמאסים ומיהו עכשיו שדרכן לזרוק חטים בבית חתנים צריך ליזהר שלא יזרקום אלא במקום נקי:
« Ni à la saison des pluies » : bien que, pour les noix, l'aliment qui se trouve à l'intérieur ne devienne pas répugnant, elles deviennent tout de même répugnantes quand elles tombent dans la boue. Toutefois, aujourd'hui, où l'usage est de jeter du blé dans les maisons de noces, il faut veiller à ne le jeter qu'en un endroit propre.
🪔 Ben Yehoyada (1)
תנו רבנן: ממשיכין יין בצנורות לפני חתן וכלה. פירש רש"י ז"ל מקבלן בראש פי הצינור בכלי. ונראה לי בס"ד שעושין כן לסימן טוב על חבור הזכר והנקבה, שהזכר יורה זרעו כחץ ומקבלתו רחם הנקבה, והיין הוא רומז לזרע שממנו נוצר הולד, וכאשר יגבר זרע הזכר אזי יוליד זכר כמוהו, ומה שעושין זה הסימן ביין ולא בדבר אחר, מפני שה'יין' בתוך אותיות הפשוט שלו יש לו במילוי עוד 'יין' אחר, לרמוז שזרע האיש המקלח לתוך רחם האשה יוליד כמוהו, דהיינו זכר, ואף על גב דאותיות 'מים' גם כן יש בתוכם 'מים', עושין זה ביין שהוא משמח, ובלידת זכר הכל שמחין אפילו מלאכים כדנקיט רבותינו ז"ל. או נראה לי בזה עשה הדמיון לסימן שיולידו זכרים, שהדבור קשה ליין, וכן הוא קשה לזכרים, אבל לנקבות נאה להם כי אין להם עסק התורה, ולכך נשים דברניות הן , ועוד היין נאה לזכרים לשתות, וגנאי לנשים, ולכן ביין יש סימן לזכרים דהוא שייך להם. ומה שזורקין לפניהם קליות ואגוזים, נראה לי בס"ד אגוז [17] בגימטריא טוב [17] , וזה הוא לסימן טוב, גם אגוז 'זוג א', רצונו לומר הזווג נעשה אחד, כמו שנאמר (בראשית ב, כד) ודבק באשתו והיו לבשר אחד, וקליות [552] הוא אותיות לוו"י ת"ק כי רמ"ח [248] איברים באיש ו רנ"ב [252] באשה, ובעת שמתחברים יחד יהיה בהם לוו"י של ת"ק [500] .
« Nos maîtres ont enseigné : on fait couler du vin dans des conduits devant le marié et la mariée. » Rachi, de mémoire bénie, a expliqué : on le recueille dans un récipient à la sortie du conduit. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on agit ainsi comme signe favorable pour l'union du mâle et de la femelle : le mâle projette sa semence comme une flèche et la matrice de la femelle la reçoit ; le vin fait allusion à la semence dont l'enfant est formé, et lorsque la semence du mâle l'emporte, il engendre un mâle semblable à lui. Si l'on fait ce signe avec du vin et non avec autre chose, c'est parce que le mot yayin (vin), dans les lettres de son écriture simple, contient encore, dans son milouy (développement des lettres), un autre yayin — pour indiquer que la semence de l'homme qui jaillit dans la matrice de la femme engendrera son semblable, c'est-à-dire un mâle. Et bien que les lettres du mot mayim (eau) contiennent également mayim, on fait cela avec du vin parce qu'il réjouit, et qu'à la naissance d'un mâle tout le monde se réjouit, jusqu'aux anges, comme l'ont enseigné nos maîtres de mémoire bénie. Ou bien il me semble qu'on a fait cette comparaison comme signe qu'ils engendreront des mâles, car la parole nuit au vin, de même qu'elle nuit aux mâles ; pour les femmes en revanche elle convient, puisqu'elles n'ont pas l'occupation de la Torah, et c'est pourquoi les femmes sont bavardes. De plus, le vin convient aux hommes qui le boivent, et il est une honte pour les femmes ; le vin comporte donc un signe pour les mâles, à qui il appartient. Quant à ce qu'on jette devant eux des grains grillés et des noix, il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'egoz (noix) [17] a la même valeur numérique que tov (bon) [17], et c'est là un signe favorable ; de plus, egoz se lit « zoug a » — c'est-à-dire que l'union devient une, comme il est dit (Berechit 2, 24) : « il s'attachera à sa femme et ils deviendront une seule chair ». Et kaliot [552] est fait des lettres de « lavvouy » et de tav-kouf [500], car il y a 248 membres chez l'homme et 252 chez la femme, et lorsqu'ils s'unissent, il y a en eux le lavvouy de 500.
⚖️ Rosh (1)
גמ' ת"ר יין שלא נתן לתוכו מים מברכין עליו ב"פ הגפן ונוטלין הימנו לידים פירש"י דשם מים עליהם ומי פירות איקרו משמע מתוך פירושו דכל מי פירות ראוין לנט"י אבל משנתן לתוכו מים שם יין עליו ואין נטילה ביין ותימה דבפ' כל הבשר (חולין דף קז.) אמרי' דקפדינן אמנא וחזותא ותנן במס' ידים פ"א מ"ג מים שנפל לתוכו קומוס וקנקנתום ונשתנו מראיהם פסולין אלמא אפי' מראה מים בעינן ומי פירות אפי' מראה מים אין בהם ושמא יש לחלק דמים שנשתנו מראיהם גרוע ממי פירות שעומדים במראיתם ושם מים עליהם וטפי נראה כפי' הראב"ד ז"לשפירש האי נוטלין ממנו לידים דקאמרינן הכא לאו נט"י המכשירים לאכילה קאמר דאין נט"י בשום משקה אלא במים לפי שעשו נט"י לחולין כטהרת מקוה לתרומה ואין עושין מקוה אלא מן המים דכתיב וידיו לא שטף במים מכאן סמכו חולין דף קו. לנטילת ידים אלא נטילה לנקיות בעלמא קאמר וגרסינן בדברי ר' אליעזר ונוטלין הימנו לידים בין ברישא דלא נתן ובין בסיפא דנתן לתוכו מים ואית דגרסי משנתן לתוכו מים אין נוטלין ממנו לידים ופי' דמיירי במים אחרונים דלאו אורח ארעא דמשי ביה ידיה וחוזר ומברך עליה:
Guemara : nos maîtres ont enseigné : le vin auquel on n'a pas mis d'eau — on récite dessus « Bore péri haguefen » et on s'en sert pour la netilat yadayim. Rachi a expliqué : car il porte le nom d'eau et on l'appelle jus de fruits — il ressort de son explication que tous les jus de fruits sont propres à la netilat yadayim ; mais une fois qu'on y a mis de l'eau, il porte le nom de vin, et il n'y a pas de netilat yadayim avec du vin. Cela étonne, car au chapitre Kol Habassar (Houlin 107a) nous disons qu'on est exigeant sur le récipient et sur l'aspect, et nous avons appris au traité Yadayim (chap. 1, michna 3) : de l'eau dans laquelle est tombée de la gomme ou du vitriol et dont l'aspect a changé est invalide — ce qui montre que nous exigeons même l'aspect de l'eau, alors que les jus de fruits n'ont même pas l'aspect de l'eau. Peut-être y a-t-il lieu de distinguer : de l'eau dont l'aspect a changé est pire que des jus de fruits, qui gardent leur aspect propre et portent le nom d'eau. Mais il paraît préférable de suivre l'explication du Raavad, de mémoire bénie, qui a expliqué que ce « on s'en sert pour la netilat yadayim » dont il est question ici ne désigne pas la netilat yadayim qui rend apte à manger : car il n'y a de netilat yadayim avec aucun liquide sinon avec de l'eau, puisqu'on a fait de la netilat yadayim pour les aliments profanes l'équivalent de la purification au mikve pour la terouma, et qu'on ne constitue un mikve qu'avec de l'eau, comme il est écrit : « et il n'a pas rincé ses mains dans l'eau », d'où les Sages (Houlin 106a) ont tiré un appui pour la netilat yadayim. Il s'agit donc seulement d'une ablution de propreté. Et l'on lit dans les paroles de Rabbi Eliezer « et on s'en sert pour la netilat yadayim » aussi bien dans la première partie, où l'on n'y a pas mis d'eau, que dans la seconde, où l'on y a mis de l'eau. Certains lisent : « une fois qu'on y a mis de l'eau, on ne s'en sert pas pour la netilat yadayim », et ils expliquent qu'il s'agit des mayim aharonim (ablution finale), car il n'est pas convenable qu'on s'en lave les mains puis qu'on récite ensuite la bénédiction dessus.
💡 Explication

La beraita applique le critère du memaes aux usages de noce. Le vin qu'on fait couler dans des conduits est recueilli à l'arrivée, donc rien ne se perd. Les grains grillés et les noix supportent d'être jetés sur un sol sec, mais non dans la boue de la saison des pluies. Les gâteaux, eux, s'abîment dans tous les cas.

Tossefot en tire une consigne pour son temps, où l'on jetait du blé : ne le faire qu'en un endroit propre. La règle n'interdit pas la coutume, elle en fixe la condition.

13
אמר רב יהודה: שכח והכניס אוכלין לתוך פיו בלא ברכה — מסלקן לצד אחד ומברך.

Rav Yehouda dit : celui qui a oublié et a mis des aliments dans sa bouche sans bénédiction — il les écarte d'un côté et il bénit.

💡 Explication

Dernier sujet du daf. La bénédiction doit précéder la consommation, et celui qui l'a omise se trouve avec l'aliment déjà en bouche. Rav Yehouda ouvre une voie intermédiaire : déplacer l'aliment sur le côté de la bouche, ce qui dégage la parole sans obliger à recracher.

🖼️ Schéma
Il a mis l'aliment en bouche sans avoir béni : que fait-il ? De quoi s'agit-il ? Un liquide machkin Ne devient pas répugnant lo memaès Devient répugnant memaès Il les avalé boléan Il les recrache poltan, puis il bénit et remange Il les écarte de côté mesalkan, puis il bénit
Les trois conduites selon la nature de ce qui est en bouche.
14
תניא חדא: בולען, ותניא אידך: פולטן, ותניא אידך: מסלקן.

Une beraita enseigne : il les avalé ; une autre enseigne : il les recrache ; une autre enseigne : il les écarte.

📜 Rachi (2)
בולען בלא ברכה:
« Il les avalé » : sans bénédiction.
פולטן ומברך וחוזר ואוכלן:
« Il les recrache » : et il bénit, puis il les remange.
⚖️ Rosh (1)
אמר רב יהודה שכח והכניס אוכלין לתוך פיו מסלקן לצדדין ומברך תני חדא בולען ותניא אידך פולטן ותניא אידך מסלקן הא דתנא בולען במשקין והא דתנא פולטן במידי דלא מאיס והא דתני מסלקן לצדדין במידי דמאיס פר"ח ז"ל במשקין בולען ואין מברך עליהן משום דאידחו להן מתורת משקין דאינן ראוין לשתות לכל אדם הלכך אין להקפיד על ברכתו אפי' יכול לברך ע"י הדחק ולא משמע הכי דמשמע בולען ופולטן ומסלקן הכל בענין אחד שיברך עליהן ובמידי דלא ממאיס הצריכו רבנן לפלוט ולברך ובמידי דממאיס התירו לו לסלקן לצד אחד ולברך ובמשקין שאי אפשר בסילוק לצד אחד התירו לו לבלוע ולברך ולא דמי לאכל ושכח ולא בירך עד שגמר סעודתו שאינו מברך דשאני הכא דנזכר שלא בירך בעוד המשקין בפיו ודומה קצת עובר לעשייתו מה שנזכר קודם לבליעה אלא שלא היה יכול לברך וכן פי' הראב"ד ז"ל. ומידי דלא ממאיס נמי לסלקינהו לצד אחד ולברך תרגמה ר' יצחק קסקסאה קמיה דר' יוסי בר אבין משמיה דר' יוחנן משום שנאמר ימלא פי תהלתך. מי שאכל ושכח ולא בירך לפניו מהו שיחזור ויברך ומסיק שחוזר ומברך כל זמן שלא גמר סעודתו ולאחר שגמר סעודתו אינו חוזר ומברך משום שנראה ונדחה:
Rav Yehouda dit : celui qui a oublié et a mis des aliments dans sa bouche les écarte sur les côtés et bénit. Une beraita enseigne : il les avalé ; une autre : il les recrache ; une autre : il les écarte. Celle qui enseigne « il les avalé » traite des liquides ; celle qui enseigne « il les recrache » traite d'une chose qui ne devient pas répugnante ; celle qui enseigne « il les écarte sur les côtés » traite d'une chose qui devient répugnante. Rabbenou Hananel, de mémoire bénie, a expliqué : pour les liquides, il les avalé et ne récite pas de bénédiction dessus, parce qu'ils sont sortis du statut de liquides, n'étant plus propres à être bus par tout un chacun ; il n'y a donc pas lieu d'être exigeant sur leur bénédiction, même s'il pouvait bénir à grand-peine. Mais cela ne paraît pas ainsi : il ressort plutôt que « il les avalé », « il les recrache » et « il les écarte » vont tous dans le même sens, à savoir qu'il bénira dessus. Pour une chose qui ne devient pas répugnante, les Sages ont exigé qu'il la recrache et bénisse ; pour une chose qui devient répugnante, ils lui ont permis de l'écarter d'un côté et de bénir ; et pour les liquides, qu'il est impossible d'écarter d'un côté, ils lui ont permis d'avaler et de bénir. Cela ne ressemble pas au cas de celui qui a mangé et a oublié de bénir jusqu'à ce qu'il ait achevé son repas, et qui ne bénit pas : il en va autrement ici, puisqu'il s'est souvenu de ne pas avoir béni alors que les liquides étaient encore dans sa bouche, et le fait de s'en être souvenu avant de les avaler ressemble un peu à « avant l'accomplissement », sauf qu'il ne pouvait pas bénir. Ainsi a également expliqué le Raavad, de mémoire bénie. Et pour une chose qui ne devient pas répugnante, qu'il l'écarte lui aussi d'un côté et bénisse : Rabbi Its'hak Kaskessaa l'a exposé devant Rabbi Yossi bar Avin au nom de Rabbi Yo'hanan, en raison de ce qui est dit : « que ma bouche soit remplie de ta louange ». Celui qui a mangé et a oublié de bénir avant — doit-il revenir et bénir ? On conclut qu'il revient et bénit tant qu'il n'a pas achevé son repas ; mais après l'avoir achevé, il ne revient pas bénir, car cela apparaît comme une chose qui s'est présentée puis a été écartée.
💡 Explication

Trois beraitot donnent trois conduites différentes pour un même cas apparent. La guemara ne les traite pas comme une divergence d'opinions, mais comme trois cas de figure à distinguer, ce que le segment suivant va faire.

15
לא קשיא. הא דתניא בולען במשקין. והא דתניא פולטן במידי דלא ממאיס. והא דתניא מסלקן במידי דממאיס.

Il n'y a pas de difficulté : la beraita qui enseigne « il les avalé » traite des liquides ; celle qui enseigne « il les recrache » traite d'une chose qui ne devient pas répugnante ; celle qui enseigne « il les écarte » traite d'une chose qui devient répugnante.

📜 Rachi (2)
משקין בולען שאי אפשר לסלקן לאחד מלוגמיו ולברך ולא לפולטם שמפסידן:
« Les liquides » : il les avalé, car il est impossible de les écarter dans l'un des côtés de sa bouche pour bénir, ni de les recracher, ce qui les gâterait.
פולטן במידי דלא ממאיס במה שנתנו בפיו ויכול לחזור ולאוכלו:
« Il les recrache, pour une chose qui ne devient pas répugnante » : pour ce qu'il a mis dans sa bouche et qu'il peut remanger ensuite.
💡 Explication

La résolution reprend le critère déjà employé pour le jet des aliments. Un liquide ne peut ni être écarté sur le côté ni être recraché sans perte : il est avalé. Un solide qui reste consommable est recraché, bénit, puis mangé. Un solide qui deviendrait répugnant est simplement déplacé dans la bouche, ce qui suffit à permettre la parole.

Le Roch ajoute la source du procédé au nom de Rabbi Yo'hanan, tirée du verset « que ma bouche soit remplie de ta louange », et rappelle la règle voisine : celui qui a oublié la bénédiction initiale la récite tant que le repas n'est pas achevé, et non après.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).