Berakhot 51a — La bénédiction oubliée avant le repas, la coupe d'aspargos, et les dix règles de la coupe de bénédiction

Berakhot 51a

Sougya : Le daf achève d'abord la question de la bouche pleine : pourquoi recracher ce qui n'est pas repoussant plutôt que de le repousser sur le côté ? Rabbi Yo'hanan répond par le verset « Que ma bouche soit remplie de Ta louange » : la bénédiction demande une bouche entière.

De là, on demande à Rav Hisda ce que devient celui qui a mangé sans avoir dit la bénédiction d'avant ; Ravina veut le laisser rattraper jusqu'au bout du repas en s'appuyant sur la bénédiction dite après l'immersion, et la guemara écarte le rapprochement par le principe « une fois écarté, il reste écarté ». Suit une longue série sur l'aspargos, coupe matinale prise à jeun : ses effets contraires selon qu'elle est faite de vin ou de bière, ses six règles d'usage, puis deux listes de trois conseils reçus l'un de l'ange Souriel, l'autre de l'ange de la mort.

Le daf s'achève sur les dix choses dites au sujet de la coupe de bénédiction, que Rabbi Yo'hanan réduit à quatre, et sur la question laissée en suspens : la main gauche peut-elle assister la droite ?

Il a oublié la bénédiction d'avant : peut-il encore la dire ? Cas 1 : il s'en souvient la bouche pleine (fin du 50b) trois baraitot : il avalé / il recrache / il repousse sur le côté Boisson on ne peut pas la repousser il avalé, puis il bénit Roch : rien ne l'obligeait à plus Aliment non repoussant il le recrache, puis il bénit Question du daf : pourquoi pas le repousser simplement ? Aliment repoussant il le repousse sur le côté, puis il bénit le recracher serait déjà pris Réponse de Rabbi Yo'hanan (Rav Yitshak Kaskessaa) Que ma bouche soit remplie de Ta louange : la bouche entière, non la moitié Cas 2 : il a mangé et bu sans avoir béni du tout question posée à Rav Hisda Le repas n'est pas fini il revient et bénit il reste de quoi manger après : la bénédiction porte encore sur quelque chose Le repas est achevé il ne bénit plus image de Rav Hisda : manger un second ail pour corriger l'odeur du premier
Les deux situations du début du daf : la bouche pleine, et le repas achevé sans bénédiction.
L'aspargos : deux boissons sous un seul nom coupe prise chaque matin à jeun comme remède (Rachi) — toutes les contradictions se résolvent par la même distinction : faite de vin, ou faite de bière Aspargos de VIN Aspargos de BIÈRE Les deux acronymes des baraitot bon pour LA'AT, mauvais pour RAMAT bon pour RAMAT, mauvais pour LA'AT LA'AT = lev cœur, ayin œil, téhol rate RAMAT = roch tête, meayim intestins, tahtoniot hémorroïdes Ce qu'on mange aussitôt après (semikha) du pain un aliment de son espèce : figues, dattes Cracher après ? cracher rend malade : qu'il ne crache pas ne pas cracher rend malade : qu'il crache Rav Achi tire la conséquence pour l'aspargos de bière l'eau qui monte à la bouche se crache même devant le roi : le danger l'emporte sur l'égard Autre distinction du daf : vin nouveau (mauvais pour les intestins) contre vin vieilli de trois ans (bon)
Toutes les contradictions sur l'aspargos se résolvent par la distinction vin / bière.
Les dix choses dites au sujet de la coupe de bénédiction Rabbi Zeira au nom de Rabbi Abbahou — en vert, les quatre que Rabbi Yo'hanan retient 1. hadaha — rinçage à l'intérieur de la coupe 2. chétifa — lavage à l'extérieur de la coupe 3. haï — vin pur Rachi : verse pur, coupe d'eau ensuite 4. mâle — coupe pleine héritage sans limites (R. Yo'hanan) 5. itour — parure Rav Yehouda : des élèves autour de lui 6. itouf — enveloppement Rav Papa dans son talit ; Rav Assi, un soudar 7. il la prend des deux mains Levez vos mains vers le sanctuaire 8. il la pose dans la droite question laissée ouverte : la gauche aide-t-elle ? 9. il l'élève d'un tefah au-dessus du sol, ou de la table 10. il y fixe son regard pour ne pas détourner sa pensée Yech omrim (onzième usage) : il l'envoie en cadeau aux gens de sa maison — Rachi : à son épouse Roch : le compte de Rabbi Yo'hanan écarte seulement la parure et l'enveloppement ; aujourd'hui il ne manque que la parure
Les dix règles de la coupe de bénédiction, et les quatre que Rabbi Yohanan retient.
1
במידי דלא ממאיס נמי, לסלקינהו לצד אחד וליברך? תרגמה רב יצחק קסקסאה קמיה דרבי יוסי בר אבין משמיה דרבי יוחנן: משום שנאמר ״ימלא פי תהלתך״.

Pour ce qui n'est pas repoussant aussi, qu'il les repousse sur un côté et qu'il bénisse ! Rav Yitshak Kaskessaa l'a expliqué devant Rabbi Yossi bar Avin au nom de Rabbi Yo'hanan : parce qu'il est dit « Que ma bouche soit remplie de Ta louange » (Tehilim 71, 8).

📜 Rachi (1)
במידי דלא ממאיס נמי למה לי פולטן לסלקינהו לצד אחד:
Pourquoi faudrait-il qu'il les recrache ? Qu'il les repousse sur un côté.
⚖️ Rosh (1)
אמר רב יהודה שכח והכניס אוכלין לתוך פיו מסלקן לצדדין ומברך תני חדא בולען ותניא אידך פולטן ותניא אידך מסלקן הא דתנא בולען במשקין והא דתנא פולטן במידי דלא מאיס והא דתני מסלקן לצדדין במידי דמאיס פר"ח ז"ל במשקין בולען ואין מברך עליהן משום דאידחו להן מתורת משקין דאינן ראוין לשתות לכל אדם הלכך אין להקפיד על ברכתו אפי' יכול לברך ע"י הדחק ולא משמע הכי דמשמע בולען ופולטן ומסלקן הכל בענין אחד שיברך עליהן ובמידי דלא ממאיס הצריכו רבנן לפלוט ולברך ובמידי דממאיס התירו לו לסלקן לצד אחד ולברך ובמשקין שאי אפשר בסילוק לצד אחד התירו לו לבלוע ולברך ולא דמי לאכל ושכח ולא בירך עד שגמר סעודתו שאינו מברך דשאני הכא דנזכר שלא בירך בעוד המשקין בפיו ודומה קצת עובר לעשייתו מה שנזכר קודם לבליעה אלא שלא היה יכול לברך וכן פי' הראב"ד ז"ל. ומידי דלא ממאיס נמי לסלקינהו לצד אחד ולברך תרגמה ר' יצחק קסקסאה קמיה דר' יוסי בר אבין משמיה דר' יוחנן משום שנאמר ימלא פי תהלתך. מי שאכל ושכח ולא בירך לפניו מהו שיחזור ויברך ומסיק שחוזר ומברך כל זמן שלא גמר סעודתו ולאחר שגמר סעודתו אינו חוזר ומברך משום שנראה ונדחה:
Rav Yehouda a dit : s'il a oublié et a mis des aliments dans sa bouche, il les repousse sur les côtés et il bénit. Une baraita enseigne qu'il les avalé, une autre qu'il les recrache, une troisième qu'il les repousse. Celle qui enseigne qu'il les avalé parle de boissons ; celle qui enseigne qu'il les recrache parle de ce qui n'est pas repoussant ; celle qui enseigne qu'il les repousse sur les côtés parle de ce qui est repoussant. Rabbenou Hananel a expliqué : pour les boissons, il les avalé et ne bénit pas dessus, parce qu'elles sont sorties du statut de boisson, n'étant plus propres à être bues par tout homme ; il n'y a donc pas lieu de tenir à leur bénédiction, même s'il pouvait bénir à grand-peine. Cette lecture ne paraît pas juste, car il ressort que « il les avalé », « il les recrache » et « il les repousse » vont tous dans le même sens : qu'il bénisse dessus. Pour ce qui n'est pas repoussant, les Sages ont exigé qu'il recrache et qu'il bénisse ; pour ce qui est repoussant, ils lui ont permis de repousser sur un côté et de bénir ; et pour des boissons, où l'on ne peut pas repousser sur un côté, ils lui ont permis d'avaler et de bénir. Cela ne ressemble pas au cas de celui qui a mangé et a oublié de bénir jusqu'à la fin de son repas, lequel ne bénit plus : ici, il s'est souvenu de son omission alors que les boissons étaient encore dans sa bouche, et ce souvenir antérieur à la déglutition ressemble un peu à « avant l'accomplissement ». Il ne pouvait simplement pas bénir. Ainsi a expliqué le Raavad. — « Pour ce qui n'est pas repoussant aussi, qu'il les repousse sur un côté et qu'il bénisse » : Rabbi Yitshak Kaskessaa l'a expliqué devant Rabbi Yossi bar Avin au nom de Rabbi Yo'hanan, parce qu'il est dit « Que ma bouche soit remplie de Ta louange ». — Celui qui a mangé et a oublié de bénir avant : doit-il revenir et bénir ? La conclusion est qu'il revient et bénit tant qu'il n'a pas achevé son repas, et qu'une fois le repas achevé il ne revient plus bénir, parce qu'il a été apte puis écarté.
💡 Explication

La guemara reprend la dernière des trois baraitot du feuillet précédent. Puisqu'on autorise à repousser sur le côté ce qui est repoussant, la même solution devrait valoir pour un aliment ordinaire : elle évite de gaspiller la nourriture et de recracher.

La réponse déplace la question du côté de la bénédiction elle-même. Le verset « Que ma bouche soit remplie de Ta louange » demande une bouche entière pour la louange. Un aliment repoussant, qu'on ne peut pas avaler, laisse la seule solution du déplacement ; un aliment ordinaire doit sortir.

2
בעו מיניה מרב חסדא: מי שאכל ושתה ולא ברך, מהו שיחזור ויברך? אמר להו: מי שאכל שום וריחו נודף, יחזור ויאכל שום אחר כדי שיהא ריחו נודף?!

On demanda à Rav Hisda : celui qui a mangé et bu sans avoir béni, doit-il revenir et bénir ? Il leur dit : celui qui a mangé de l'ail et dont l'haleine sent, va-t-il manger un autre ail pour que son haleine sente encore ?!

📜 Rachi (3)
מי שאכל ושתה ולא ברך לפניהם קאי אברכת המוציא וברכת היין:
Il s'agit des bénédictions d'avant : celle de hamotsi et celle du vin.
מהו שיחזור וכו' לאחר אכילה ושתיה:
Après avoir mangé et bu.
יחזור ויאכל שום אחר כדי שיסריח יותר כלומר יוסיף על סרחונו ויעשה ברכה לבטלה:
Pour que l'odeur soit pire encore : il ajouterait à sa mauvaise odeur et prononcerait une bénédiction en vain.
💡 Explication

La question porte sur la berakha richona, celle qui précède la consommation. Son moment propre est passé : la dire maintenant reviendrait à bénir après coup.

Rav Hisda répond par une image plutôt que par une règle. La faute est déjà commise ; une bénédiction hors de son temps serait une berakha levatala (bénédiction en vain), qui ajoute à la faute au lieu de la réparer.

3
אמר רבינא: הלכך אפילו גמר סעודתו, יחזור ויברך. דתניא: טבל ועלה, אומר בעלייתו ״ברוך אשר קדשנו במצותיו וצונו על הטבילה״.

Ravina a dit : donc, même s'il a achevé son repas, il revient et bénit. Car il a été enseigné : celui qui s'est immergé et est remonté dit en remontant « Béni... qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné l'immersion ».

📜 Rachi (2)
הלכך כיון דאם נזכר באמצע יכול לברך אפי' גמר סעודתו נמי יכול לברך:
Puisque, s'il s'en souvient au milieu du repas, il peut bénir, alors même s'il a achevé son repas il peut encore bénir.
על הטבילה אלמא אע"ג דטבל הויא ברכה:
Preuve que la bénédiction vaut, bien qu'il se soit déjà immergé.
💡 Explication

Ravina lit la réponse de Rav Hisda comme une permission générale et cherche un appui. La bénédiction sur la tevila (immersion) se dit en remontant du mikve, donc après l'acte ; elle montrerait qu'une bénédiction gardée pour la fin reste valable.

4
ולא היא, התם — מעיקרא גברא לא חזי, הכא — מעיקרא גברא חזי, והואיל ואידחי — אידחי.

Il n'en est pas ainsi. Là-bas, l'homme était dès le départ inapte ; ici, l'homme était dès le départ apte, et puisqu'il a été écarté, il reste écarté.

📜 Rachi (1)
התם מעיקרא לא חזי דרוב טבילות משום קרי הם ובעלי קריין אסורים בברכות שהם דברי תורה כדאמרינן בפרק מי שמתו (ברכות ד' כ:) ודחוי מעיקרא לאו דחוי הוא ולכי מתקן הדר מברך אבל האי מעיקרא איחזי וכיון דגמ' אידחי והואיל ואידחי אידחי:
Car la plupart des immersions se font à la suite d'une émission séminale, et celui qui se trouve dans cet état n'a pas le droit de dire des bénédictions, qui sont paroles de Torah, comme nous le disons au chapitre Mi che-meto (Berakhot 20b). Or une exclusion présente dès le départ ne constitue pas une exclusion : des qu'il se met en règle, il revient et il bénit. Mais dans notre cas, il était apte au départ, et puisqu'il a achevé son repas il a été écarté ; et puisqu'il a été écarté, il reste écarté.
🗂️ Tossefot (1)
מעיקרא גברא לא חזי תימה והלא טמא אינו אסור לברך ובקונטרס פירש דבעלי קריין אסורים בדברי תורה וי"ל דמיירי בטבילת גרים ומפני אותה טבילה הצריכו לכל שאר טבילות לברך לאחר טבילה וכן בנט"י שפעמים אדם בא מבית הכסא ואין אדם ראוי לברך עד לאחר הנטילה נהגו העם לברך כל שאר ברכת ידים לאחר נטילה:
Difficulté : un homme impur n'a pourtant pas d'interdiction de bénir. Rachi a expliqué que celui qui a eu une émission séminale n'a pas le droit de dire des paroles de Torah. On peut répondre qu'il s'agit de l'immersion des convertis : à cause de cette immersion-là, on a exigé que toutes les autres immersions soient bénies après coup. De même pour la netilat yadaim : comme il arrive qu'un homme sorte des latrines et ne soit pas en état de bénir avant de s'être lavé les mains, l'usage s'est établi de dire toutes les autres bénédictions sur les mains après l'ablution.
💡 Explication

La guemara distingue deux sortes d'empêchement. Une dehiya (exclusion) présente dès le départ n'a jamais été une perte, puisque l'homme n'a jamais tenu l'occasion : l'immersion elle-même le rend apte, et il bénit alors.

Celui qui a mangé sans bénir tenait l'occasion et l'a laissée passer. C'est le principe hoil ve-idhi, idhi : une fois écarté, il reste écarté. La bénédiction d'avant est perdue.

🖼️ Schéma
Pourquoi l'immersion ne prouve rien pour notre cas Celui qui s'immerge Avant : impur, inapte à bénir Rachi : la plupart des immersions suivent une émission séminale L'empêchement existe dès le départ Une exclusion présente dès le départ n'est pas une exclusion il bénit en remontant du mikve Celui qui a mangé sans bénir Avant : parfaitement apte à bénir Il a laissé passer le moment Le repas achevé, il est écarté Puisqu'il a été écarté, il reste écarté la bénédiction d'avant est perdue Tossefot : Rachi suppose l'interdit fait au baal keri ; on peut aussi partir de l'immersion du converti
Immersion et repas : deux formes d'empêchement qui ne se comparent pas.
5
תנו רבנן: אספרגוס — יפה ללב וטוב לעינים, וכל שכן לבני מעים. והרגיל בו — יפה לכל גופו. והמשתכר הימנו — קשה לכל גופו.

Nos maîtres ont enseigné : l'aspargos est bon pour le cœur et bon pour les yeux, et à plus forte raison pour les intestins. Celui qui en prend régulièrement, cela est bon pour tout son corps ; celui qui s'en enivre, cela est mauvais pour tout son corps.

📜 Rachi (1)
אספרגוס כוס שהיו שותים בכל בקר אליבא ריקנא לרפואה:
Une coupe que l'on buvait chaque matin à jeun, comme remède.
💡 Explication

L'aspargos désigne une coupe de vin ou de bière prise à jeun le matin, à usage médicinal. La guemara y vient parce que les lignes précédentes traitaient du vin.

6
מדקתני יפה ללב, מכלל דבחמרא עסקינן, וקתני: וכל שכן לבני מעים. והתניא: ללע״ט — יפה, לרמ״ת — קשה!

Du fait qu'il est enseigné « bon pour le cœur », on déduit que nous traitons de l'aspargos de vin, et il est enseigné « à plus forte raison pour les intestins ». Or il a été enseigné : pour LA'AT il est bon, pour RAMAT il est mauvais !

📜 Rachi (3)
דבחמרא עסקינן דאמרינן לקמן בשמעתין אספרגוס ללע"ט יפה ואוקמינן בשל יין וסימן לע"ט לב עין טחול:
Car nous disons plus loin dans notre sougya que l'aspargos est bon pour LA'AT, et nous l'avons établi comme parlant de celui de vin. LA'AT est l'acronyme de lev (cœur), ayin (œil), téhol (rate).
וכ״ש לבני מעים קושיא היא כלו' בדחמרא קתני וכ״ש לבני מעים:
C'est la question : autrement dit, à propos de l'aspargos de vin, on enseigne « à plus forte raison pour les intestins ».
והתניא לקמן לרמ"ת קשה אספרגוס של יין וסימן רמ"ת ראש מעים תחתוניות:
Plus loin : l'aspargos de vin est mauvais pour RAMAT, acronyme de roch (tête), meayim (intestins), tahtoniot (hémorroïdes).
💡 Explication

La baraita du segment précédent parlait donc de l'aspargos de vin, puisqu'elle le dit bon pour le cœur. Elle ajoute qu'il est bon pour les intestins. Une autre baraita range justement les intestins parmi ce que l'aspargos abîme : la contradiction porte sur ce seul organe.

7
כי תניא ההיא, במיושן. כדתנן: קונם יין שאני טועם, שהיין קשה לבני מעים. אמרו לו: והלא מיושן יפה הוא לבני מעים! ושתק — אסור בחדש, ומותר במיושן. שמע מינה.

Cet enseignement-là a été formulé à propos du vin vieilli. Comme nous l'avons appris : « Konam soit pour moi le vin que je goûterais », car le vin est mauvais pour les intestins.

On lui dit : le vin vieilli n'est-il pas bon pour les intestins ! S'il s'est tu, il lui est interdit dans le vin nouveau et permis dans le vin vieilli.

Apprends-en.

📜 Rachi (3)
כי תניא ההיא דקתני וכ"ש לבני מעים:
Celui qui enseigne « à plus forte raison pour les intestins ».
ביין מיושן של ג' שנים כדתנן בבבא בתרא (ד' צח.) ישן משל אשתקד מיושן של שלש שנים:
De trois ans, comme nous l'avons appris dans Baba Batra 98a : « vieux » désigne celui de l'année passée, « vieilli » celui de trois ans.
קונם יין שאני טועם כהקדש יהא עלי יין שאני טועם:
Que le vin que je goûterais me soit comme du hekdech (bien consacré).
💡 Explication

La guemara distingue à l'intérieur du vin : le vin nouveau nuit aux intestins, le vin vieilli de trois ans leur est bon. La michna sur les vœux le confirme : celui qui a motivé son vœu par le tort fait aux intestins et s'est tu quand on lui a objecté le vin vieilli, garde son vœu sur le seul vin nouveau, car son motif ne vaut que là.

8
תנו רבנן: ששה דברים נאמרו באספרגוס: אין שותין אותו אלא כשהוא חי ומלא; מקבלו בימין ושותהו בשמאל; ואין משיחין אחריו, ואין מפסיקין בו; ואין מחזירין אותו אלא למי שנתנו לו; ורק אחריו; ואין סומכין אותו אלא במינו.

Nos maîtres ont enseigné : six choses ont été dites au sujet de l'aspargos. On ne le boit que pur et dans une coupe pleine ; on le reçoit de la main droite et on le boit de la main gauche ; on ne parle pas après l'avoir bu et on ne s'interrompt pas pendant ; on ne le rend qu'à celui qui l'a donné ; on crache après ; et on ne le fait suivre que d'un aliment de son espèce.

📜 Rachi (3)
אלא חי יין חי שאינו מזוג:
Du vin pur, non coupé d'eau.
אין מפסיקין בו אלא שותהו בבת אחת:
Il le boit d'un seul trait.
ואין סומכין אותו לאכול אחריו מיד:
Manger aussitôt après l'avoir bu.
9
והתניא אין סומכין אותו אלא בפת! לא קשיא, הא — בדחמרא, הא — בדשכרא.

Or il a été enseigné : on ne le fait suivre que de pain ! Cela ne fait pas difficulté : l'un parle de l'aspargos de vin, l'autre de celui de bière.

📜 Rachi (2)
בדחמרא סמיכתו בפת:
On le fait suivre de pain.
בדשכרא סמיכתו במינו אם שכר תאנים סומכו בתאנים ואם של תמרים הוא סומכו בתמרים:
On le fait suivre d'un aliment de son espèce : si c'est une bière de figues, on la fait suivre de figues ; si c'est une bière de dattes, on la fait suivre de dattes.
💡 Explication

Voici la première application de la clé qui va servir trois fois de suite : l'aspargos désigne deux boissons distinctes. La semikha (ce qu'on mange aussitôt après) diffère selon la matière de la coupe.

10
תני חדא ללע״ט יפה, לרמ״ת קשה. ותניא אידך: לרמ״ת יפה, ללע״ט קשה! לא קשיא, הא — בדחמרא, הא — בדשכרא.

Il a été enseigné dans une baraita : pour LA'AT il est bon, pour RAMAT il est mauvais ; et il a été enseigné dans une autre : pour RAMAT il est bon, pour LA'AT il est mauvais ! Cela ne fait pas difficulté : l'un parle de celui de vin, l'autre de celui de bière.

11
תני חדא: רק אחריו — לוקה. ותניא אידך: לא רק אחריו — לוקה! לא קשיא, הא — בדחמרא, הא — בדשכרא.

Il a été enseigné dans une baraita : s'il crache après, il est frappé. Et il a été enseigné dans une autre : s'il ne crache pas après, il est frappé !

Cela ne fait pas difficulté : l'un parle de celui de vin, l'autre de celui de bière.

📜 Rachi (3)
לוקה בחולי:
D'une maladie.
בדחמרא לא ירוק:
Qu'il ne crache pas.
בדשכרא אם לא רק מים הבאים בפיו אחריו לוקה:
S'il ne crache pas l'eau qui lui vient dans la bouche après, il est frappé.
⚖️ Rosh (1)
תניא טבל ועלה בעלייתו אומר אקב"ו על הטבילה פירש"י משום דבעל קרי אסור לברך קודם טבילה וטבילת בעלי קריין שכיח לכך נהגו בכל הטבילות לברך אחר הטבילה ואע"ג דהשתא בעל קרי מותר בדברי תורה לא נשתנה המנהג והיינו טעמא נמי דמברכינן על נט"י אחר הנטילה משום דהבא מבית הכסא לא מצי מברך קודם נטילה הלכך נהגו כן בכל הנטילות כדי שלא יבא לברך באיסור היוצא מבית הכסא ועוד איכא טעמא לנט"י דאחר נטילה נמי מיקרי קצת עובר לעשייתן כל זמן שלא נגב ידיו דאמרי' בפ"ק דסוטה דף ד: כל האוכל בלא ניגוב ידים כאלו אוכל לחם טמא:
Il a été enseigné : celui qui s'est immergé et est remonté dit en remontant « qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné l'immersion ». Rachi a expliqué : parce que celui qui a eu une émission séminale n'a pas le droit de bénir avant l'immersion, et comme l'immersion de ces gens-là était fréquente, on a pris l'usage de bénir après l'immersion dans tous les cas. Et bien qu'aujourd'hui un tel homme soit autorisé aux paroles de Torah, l'usage n'a pas changé. C'est aussi la raison pour laquelle on bénit la netilat yadaim après l'ablution : celui qui sort des latrines ne peut pas bénir avant de s'être lavé les mains ; on a donc pris cet usage pour toutes les ablutions, afin qu'il n'arrive pas de bénir dans un état interdit en sortant des latrines. Il y a encore une raison propre à la netilat yadaim : même après l'ablution, tant qu'il ne s'est pas essuyé les mains, cela s'appelle encore un peu « avant l'accomplissement », car nous disons au premier chapitre de Sota (4b) que quiconque mange sans s'être essuyé les mains, c'est comme s'il mangeait du pain impur.
💡 Explication

Le mot loke (frappe) désigne ici une atteinte du corps, non une peine du tribunal, comme Rachi le précise. Les deux baraitot donnent des consignes opposées parce qu'elles portent sur deux boissons.

12
אמר רב אשי: השתא דאמרת לא רק אחריו לוקה, מימיו נזרקין אפילו בפני המלך.

Rav Achi a dit : maintenant que tu as dit que celui qui ne crache pas après est frappé, son eau se jette même devant le roi.

📜 Rachi (1)
אפילו בפני המלך ירוק ואל יסתכן:
Qu'il crache et ne se mette pas en danger.
💡 Explication

Cracher devant un roi passe pour un manque d'égard grave. Rav Achi tranche que le danger corporel l'emporte : la salive qui monte après l'aspargos de bière se rejette même là.

13
אמר רבי ישמעאל בן אלישע: שלשה דברים סח לי סוריאל שר הפנים: אל תטול חלוקך בשחרית מיד השמש ותלבש. ואל תטול ידיך ממי שלא נטל ידיו. ואל תחזיר כוס אספרגוס אלא למי שנתנו לך — מפני שתכספית, ואמרי לה, אסתלגנית של מלאכי חבלה מצפין לו לאדם, ואומרים: אימתי יבא אדם לידי אחד מדברים הללו וילכד.

Rabbi Yichmael ben Elicha a dit : trois choses m'ont été dites par Souriel, le prince de la Face. Ne prends pas ta tunique le matin de la main du serviteur pour la revêtir ; ne te fais pas verser l'eau sur les mains par quelqu'un qui ne s'est pas lavé les mains ; et ne rends la coupe d'aspargos qu'à celui qui te l'a donnée — parce que les Takhsafit, et certains disent les Istalganit, troupes d'anges destructeurs, guettent l'homme et disent : quand donc tombera-t-il dans l'une de ces choses, pour qu'il soit pris ?

📜 Rachi (5)
סוריאל מלאך חשוב לבא לפני הקב"ה:
Un ange important, admis à se présenter devant le Saint béni soit-Il.
אל תטול חלוקך שחרית מיד השמש אלא אתה בעצמך טלהו ממקום שהוא שם ותלבשנו:
Le matin, de la main du serviteur ; prends-la toi-même là où elle se trouve, et revêts-la.
תכספית שם חבורת שדים:
Nom d'une troupe de démons.
איסתלגנית שם חבורת מלאכי חבלה:
Nom d'une troupe d'anges destructeurs.
אימתי יבא אדם לידי אחד מן הדברים הללו וילכד רבי ישמעאל עלה לרקיע על ידי שם בברייתא דמעשה מרכבה:
Rabbi Yichmael est monté au firmament par un Nom, dans la baraita du Maasse Merkava.
14
אמר רבי יהושע בן לוי, שלשה דברים סח לי מלאך המות: אל תטול חלוקך שחרית מיד השמש ותלבש. ואל תטול ידיך ממי שלא נטל ידיו. ואל תעמוד לפני הנשים בשעה שחוזרות מן המת, מפני שאני מרקד ובא לפניהן וחרבי בידי ויש לי רשות לחבל.

Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : trois choses m'ont été dites par l'ange de la mort. Ne prends pas ta tunique le matin de la main du serviteur pour la revêtir ; ne te fais pas verser l'eau sur les mains par quelqu'un qui ne s'est pas lavé les mains ; et ne te tiens pas devant les femmes lorsqu'elles reviennent d'accompagner un mort, parce que je danse et j'avance devant elles, mon épée à la main, et j'ai permission de frapper.

🪔 Ben Yehoyada (1)
אמר רבי יהושע בן לוי: שלשה דברים סח לי מלאך המות וכו׳ ואל תעמד לפני הנשים בשעה שחוזרות מן המת. הא דלא אמר לו הא דאספרגוס, נראה לי בס"ד כי הוא היה יודע דרבי יהושע בן לוי לא היה שותה כוס אספרגוס שלא היה נוהג בו, והוא לא רצה ללמדו דבר טוב בשביל תועלת אחרים, אלא רק מה שהוא תועלת לעצמו בשביל שהיה אוהבו כנודע. ומה שאמר לו ואל תעמד לפני הנשים בשעה שחוזרות מן המת, נראה דוקא אותם שיוצאים ללות את המת ומספדים לו שם וחוזרות, אבל אותם שיוצאים אחר שנקבר ומספרים שם וחוזרים לא ילך לפניהם, ולכן נוהגין עתה שאין הנשים הולכים בהלוויות המת , ומה שהולך לפני הנשים ולא לפני האנשים, מפני שהנשים הם דין והוא דבק עם בעלי הדין, וכמו שכתוב בספרי רבינו האר"י ז"ל הטעם שהנחש דבר עם חוה על עץ הדעת ולא עם אדם. ועוד הולך ומרקד לפניהם, מפני כי הנקבה היא הביאה המיתה לעולם, ונמצא היא היתה סיבה שתהיה מלאכה זו בידו, ומה שנאמר אי איכא נהרא, ליעברה, נקיט תיקון זה בראשונה, מפני שבזה תועלת יותר מאם ילך בדרך אחר, כי בזה נמצא שהמים שהם 'חסד' מפסיקין בינו לבין מלאך המות, ודרכא אחרינא מועיל טפי מאם יעמוד אחורי הגדר שהוא עודנו קרוב לשם. ומה שנאמר ולימא ויאמר ה' אל השטן יגער ה' בך השטן ויגער ה' בך הבחר בירושל‍ם הלוא זה אוד מצל מאש, הנה בפסוק זה י"ח תיבות שהוא חי , ובזה גובר על המלאך הממונה על מת, גם בפסוק זה יש ב' גערות, א' כנגד ידו, וא' כנגד חרבו.
« Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : trois choses m'ont été dites par l'ange de la mort... et ne te tiens pas devant les femmes lorsqu'elles reviennent d'accompagner un mort. » S'il ne lui a pas dit la règle de l'aspargos, il me semble avec l'aide du Ciel que c'est parce qu'il savait que Rabbi Yehochoua ben Levi ne buvait pas la coupe d'aspargos, n'en ayant pas l'usage ; et il ne voulait pas lui enseigner une chose bonne pour l'utilité d'autrui, mais seulement ce qui lui servait à lui-même, parce qu'il l'aimait, comme on le sait. Et ce qu'il lui a dit, de ne pas se tenir devant les femmes lorsqu'elles reviennent d'accompagner un mort, vise semble-t-il celles qui sortent accompagner le mort, y font la déploration et reviennent ; mais pour celles qui sortent après l'ensevelissement, y parlent et reviennent, il n'a pas à s'écarter de leur chemin. C'est pourquoi l'usage s'est établi aujourd'hui que les femmes ne suivent pas les convois funèbres. Et s'il marche devant les femmes plutôt que devant les hommes, c'est parce que les femmes relèvent du din (la rigueur), et lui-même est attaché aux tenants du din, comme il est écrit dans les livres de notre maître le Ari à propos de la raison pour laquelle le serpent a parlé à Hava au sujet de l'arbre de la connaissance, et non à Adam. De plus il va et danse devant elles, parce que la femme a introduit la mort dans le monde : elle se trouve avoir été la cause que cette fonction lui soit remise. Quant à ce qui est dit, « s'il y a une rivière, qu'il la traverse », ce remède est placé en premier parce qu'il est plus utile que de prendre un autre chemin : ainsi les eaux, qui sont 'hessed (bonté), font écran entre lui et l'ange de la mort ; et prendre un autre chemin est plus utile que de se tenir derrière une clôture, où il demeure encore proche. Quant à ce qui est dit, « qu'il dise : Et Hachem dit au Satan, que Hachem te tance, Satan, que te tance Hachem qui a choisi Jérusalem ; celui-ci n'est-il pas un tison sauvé du feu », ce verset compte dix-huit mots, ce qui fait haï (vivant), et par là il l'emporte sur l'ange préposé au mort. Ce verset contient aussi deux fois le mot tancer : l'un face à sa main, l'autre face à son épée.
🖼️ Schéma
Deux listes de trois conseils, deux informateurs Rabbi Yichmael ben Elicha informateur : Souriel, prince de la Face 1. ne pas prendre sa tunique de la main du serviteur, au matin 2. ne pas se faire verser l'eau par qui ne s'est pas lavé les mains 3. ne rendre la coupe d'aspargos qu'à celui qui l'a donnée motif : Takhsafit ou Istalganit guettent l'occasion Rabbi Yehochoua ben Levi informateur : l'ange de la mort 1. même conseil sur la tunique 2. même conseil sur l'eau des mains 3. ne pas se tenir devant les femmes qui reviennent d'un enterrement il danse devant elles, l'épée à la main Ben Yehoyada : il enseigne ce qui sert à son ami Les deux premiers conseils sont communs : le vêtement et l'eau passent par une main étrangère Le troisième diffère selon celui qui parle : la coupe rendue, ou le retour du cimetière
Les deux listes de trois : deux conseils communs, un troisième propre à chacun.
15
ואי פגע, מאי תקנתיה? לינשוף מדוכתיה ארבע אמות, אי איכא נהרא — ליעבריה, ואי איכא דרכא אחרינא — ליזיל בה, ואי איכא גודא — ליקו אחורא, ואי לא — ליהדר אפיה ולימא: ״ויאמר ה׳ אל השטן יגער ה׳ בך וגו׳״ עד דחלפי מיניה.

Et s'il les rencontre, quel est son remède ? Qu'il bondisse de sa place de quatre coudées ; s'il y a une rivière, qu'il la traverse ; s'il y a un autre chemin, qu'il le prenne ; s'il y a un mur, qu'il se tienne derrière ; et sinon, qu'il détourne son visage et qu'il dise : « Et Hachem dit au Satan : que Hachem te tance... » (Zekharia 3, 2), jusqu'à ce qu'elles soient passées.

📜 Rachi (1)
גודא כותל:
Un mur.
🖼️ Schéma
S'il les a rencontrées : les remèdes, du meilleur au dernier recours 0. bondir de quatre coudées hors de sa place 1. une rivière : la traverser Ben Yehoyada : les eaux sont 'hessed, elles font écran 2. un autre chemin : le prendre il s'éloigne vraiment du lieu 3. un mur : se tenir derrière il reste proche : moins efficace 4. rien : détourner le visage et dire le verset de Zekharia 3, 2 dix-huit mots, valeur de haï ; deux fois le mot tance
Les remèdes sont donnés dans l'ordre : chaque solution vaut mieux que la suivante.
16
אמר רבי זירא אמר רבי אבהו, ואמרי לה במתניתא תנא: עשרה דברים נאמרו בכוס של ברכה: טעון הדחה ושטיפה. חי ומלא. עיטור ועיטוף. נוטלו בשתי ידיו, ונותנו בימין. ומגביהו מן הקרקע טפח, ונותן עיניו בו. ויש אומרים: אף משגרו במתנה לאנשי ביתו.

Rabbi Zeira a dit au nom de Rabbi Abbahou, et certains disent que cela a été enseigné dans une baraita : dix choses ont été dites au sujet de la coupe de bénédiction. Elle requiert le rinçage et le lavage ; le vin pur et la coupe pleine ; la parure et l'enveloppement ; il la prend de ses deux mains et la pose dans la droite ; il l'élève d'un tefah au-dessus du sol et il y fixe son regard.

Et certains disent : il l'envoie encore en cadeau aux gens de sa maison.

📜 Rachi (5)
כוס של ברכה ברכת המזון:
Celle du Birkat Hamazon.
הדחה ושטיפה וכו' כולהו מפרש להו ואזיל:
La guemara va toutes les expliquer.
מן הקרקע אם ע"ג קרקע הסב ואם על גבי שלחן מגביהו מן השלחן:
S'il est attablé à même le sol ; et s'il l'est à une table, il l'élève au-dessus de la table.
במתנה דרך דורון וחשיבות:
En guise de présent et de marque d'honneur.
לאנשי ביתו לאשתו:
À son épouse.
🪔 Ben Yehoyada (1)
עשרה דברים נאמרו בכוס של ברכה. נראה לי בס"ד גם גוף האדם נקרא כוס, וכמו שאמרו בסנהדרין אמר רבא כולהו גופני דרופתקי נינהו, ופירש רש"י דרופתקי כיס ארוך שמשימין בו המעות, עיין שם. ובגוף האדם שייכי הני עשרה דברים שנאמרו בכוס, הדחה מבפנים ושטיפה מבחוץ, תחלת הכל סור מרע מן הנסתרות ומן הנגלות, וכמו שאמר הכתוב (ישעיהו א, טז) רחצו הזכו הסירו רע מעלליכם, וכיון שנטהר מטומאת העונות אז נקרא בתואר חי , כי הרשע בחייו קרוי מת והצדיק חי, על דרך מה שאמר הכתוב (שמואל ב' כג, כ) ובניהו בן יהוידע בן איש חי, ואחר כך מלא בחלק ועשה טוב, כי מצות שיעשה בעודו רשע תשלוט בהם הסטרא אחרא ותשבה אותם, ואחר כך עטור זה עסק התורה שמתעטר בו אם הוא צדיק, וכמו שאמרו בגמרא על פסוק (שמות כה, כה) זר זהב, זכה נעשית לו זר, לא זכה זרה ממנו, ואז עתה יזכה ל עטוף , הוא חלוקא דרבנן, גם נוטלו בשתי ידיו , שיהיה נשמר ונשפע מן ימין שהוא החסד ומן השמאל שהוא מדת הגבורה, וכמו שאמרו (תהלים קמה, טז) פותח את ידך, ימין ושמאל שהם חסד וגבורה, ומשביע לכל חי הוא הצדיק הנקרא חי ישביע לו לרצון, ונותנו בימין שיהיה מיד קשור ודבוק בחסד, וכמו שאמרו רבותינו ז"ל הקב"ה מושך עליו חוט של חסד ביום, וכמו דוד המלך ע"ה אמר (תהלים קלח, ז) ותושיעני ימינך, גם מגביהו מן הקרקע טפח שהוא ארבע גודלים, רמז לארבע עולמות אצילות, בריאה, יצירה, עשיה שמעלהו באצילית, ונותן עיניו בו , שהקב"ה יסתכל בו בעינא טבא עינא פקיחא, כמו שנאמר (תהלים לג, יח) הנה עין ה' אל יראיו, גם עוד משגרו במתנה לאנשי ביתו שהקב"ה שולח ניצוצות מן נשמתו אחר שילך לגן עדן, ובסוד העיבור אצל הצדיקים אשר הם בחיים בעולם הזה, והם אנשי ביתו של הקב"ה שהם מיושבי בית המדרש שעוסקים בתורה, ובזה יהיה לו הרווחה גדולה לצדיק שיקח חלק שכר מאותם תורה ומצות שעושין בעזרתו (או אנשי ביתו הם אנשים שהם משורשו), והנה ר' יוחנן לרוב ענוה שלו אמר אנו אין לנו אלא ארבעה בלבד שהם הדחה שטיפה חי מלא, ושאר מעלות הנזכר לא נוכל להשיגם.
« Dix choses ont été dites au sujet de la coupe de bénédiction. » Il me semble avec l'aide du Ciel que le corps de l'homme aussi est appelé coupe, comme ils ont dit dans Sanhédrin : Rava a dit, tous les corps sont des dorafteki ; Rachi explique dorafteki : une longue bourse où l'on met les pièces. Or dans le corps de l'homme se retrouvent ces dix choses dites au sujet de la coupe. Le rinçage à l'intérieur et le lavage à l'extérieur : le commencement de tout est de s'écarter du mal, dans le caché et dans le visible, comme le dit le verset (Yechayahou 1, 16) « Lavez-vous, purifiez-vous, ôtez la malice de vos actes ». Et une fois purifié de l'impureté des fautes, il reçoit le titre de haï (vivant), car le méchant, même de son vivant, est appelé mort, et le juste est appelé vivant, dans le sens du verset (Chemouel II 23, 20) « Benayahou fils de Yehoyada, fils d'un homme vivant ». Ensuite mâle (plein), par la part du « fais le bien » : car les mitsvot qu'il accomplit tant qu'il est méchant, la sitra a'hra (l'autre côté) y prend prise et les capture. Ensuite la parure, qui est l'étude de la Torah dont il se couronne s'il est juste, comme ils ont dit dans la guemara sur le verset (Chemot 25, 25) « zer zahav » : s'il le mérite, elle devient pour lui une couronne ; s'il ne le mérite pas, elle lui devient étrangère. Alors il mérite l'enveloppement, qui est le halouka de-rabbanan (le vêtement des sages). De même « il la prend de ses deux mains » : qu'il soit garde et abreuvé par la droite, qui est le 'hessed, et par la gauche, qui est la mesure de la guevoura, comme il est dit (Tehilim 145, 16) « Tu ouvres Ta main » — droite et gauche, 'hessed et guevoura — « et Tu rassasies tout vivant » : c'est le juste appelé vivant, qu'Il rassasie à satiété. « Et il la pose dans la droite » : qu'il soit aussitôt lié et attaché au 'hessed, comme nos maîtres ont dit que le Saint béni soit-Il tire sur lui un fil de 'hessed durant le jour, et comme David a dit (Tehilim 138, 7) « et Ta droite me sauve ». De même « il l'élève d'un tefah au-dessus du sol », soit quatre doigts, allusion aux quatre mondes atsilout, beria, yetsira, assia, qu'il fait monter jusqu'à l'atsilout. « Et il y fixe son regard » : que le Saint béni soit-Il pose sur lui un regard bon, un œil ouvert, comme il est dit (Tehilim 33, 18) « voici, l'œil de Hachem est sur ceux qui Le craignent ». De même « il l'envoie en cadeau aux gens de sa maison » : le Saint béni soit-Il envoie des étincelles de son âme, après qu'il est parti au gan éden, par le sod ha-ibour (le secret de la gestation), auprès des justes encore vivants en ce monde ; et ceux-là sont les gens de la maison du Saint béni soit-Il, ceux qui siègent dans la maison d'étude et s'occupent de Torah. Il en résultera pour le juste un grand soulagement, car il prendra part à la récompense de la Torah et des mitsvot accomplies avec son aide (ou bien : les gens de sa maison sont ceux qui proviennent de sa racine). Quant à Rabbi Yo'hanan, c'est par grande humilité qu'il a dit : nous n'en retenons que quatre, le rinçage, le lavage, le vin pur et la coupe pleine, et les autres degrés mentionnés, nous ne pouvons pas les atteindre.
💡 Explication

La liste vaut pour la coupe du Birkat Hamazon. Ses dix éléments se rangent en deux groupes : la propreté et le contenu de la coupe (rinçage, lavage, vin pur, coupe pleine), puis la manière de la tenir et de l'honorer (parure, enveloppement, deux mains, main droite, élévation d'un tefah, regard fixé).

Le onzième usage, donné au nom de « certains disent », sort de la coupe elle-même : envoyer le vin restant à la maison.

17
אמר רבי יוחנן: אנו אין לנו אלא ארבעה בלבד: הדחה, שטיפה, חי, ומלא. תנא: הדחה — מבפנים, ושטיפה — מבחוץ.

Rabbi Yo'hanan a dit : nous n'en retenons que quatre seulement : le rinçage, le lavage, le vin pur et la coupe pleine. Il a été enseigné : le rinçage se fait à l'intérieur, et le lavage à l'extérieur.

📜 Rachi (1)
חי שמוזגו במים לאחר שנתנו בכוס חי אבל לברך עליו חי הא אמרן במתני' אין מברכין אי נמי חי בלע"ז פריש"ק להביאו מן החבית לשמו:
Il le coupe d'eau après l'avoir versé pur dans la coupe ; mais bénir sur du vin pur, nous avons déjà dit dans la michna qu'on ne le fait pas. Ou bien haï signifie en langue vulgaire frais : le tirer du tonneau expressément pour elle.
🗂️ Tossefot (3)
אין לנו אלא ארבעה דברים ומיהו לא משמע (כן) דפליג ר' יוחנן אההיא דנותנו לימינו כדאמרי' לקמן א"ר יוחנן ראשונים שאלו מהו שתסייע שמאל לימין משמע שכן היו נוהגים. ומיהו מדהאמוראים היו עושים עיטור ועיטוף משמע שהיו מחמירים על עצמן והיו נזהרים בכולן ולפיכך יש להחמיר בכוס של ברכה:
Il ne semble pourtant pas que Rabbi Yo'hanan conteste la règle de la poser dans la droite, puisqu'on dit plus loin : Rabbi Yo'hanan a dit, les premiers ont demandé si la gauche peut assister la droite — signe qu'ils la pratiquaient. Et du fait que les Amoraim faisaient la parure et l'enveloppement, il ressort qu'ils se montraient rigoureux avec eux-mêmes et prenaient garde à toutes ces règles ; c'est pourquoi il convient d'être rigoureux dans la coupe de bénédiction.
שטיפה חי ומלא ירושלמי דסוף פירקין א"ר אחא שלשה דברים נאמרו בכוס של ברכה מלא עיטור ומודח ושלשתן מקרא נפתלי שבע רצון ומלא ברכת ה' שבע עיטור רצון מודח ומלא כמשמעו:
Talmud de Jérusalem, à la fin de notre chapitre : Rabbi Aha a dit, trois choses ont été dites au sujet de la coupe de bénédiction — pleine, parée et rincée ; et les trois se tirent du verset « Naftali, rassasié de faveur et rempli de la bénédiction de Hachem » (Devarim 33, 23) : sava (rassasié) pour la parure, ratson (faveur) pour le rinçage, et mâle (rempli) au sens littéral.
שטיפה מבחוץ והדחה מבפנים ופי' ר"י דוקא שאין הכוס יפה שיש בו שיורי כוסות אבל אם הוא יפה בלאו הכי שפיר דמי דלא בעינן אלא שיהא כוס של ברכה יפה:
Le Ri a expliqué : cela ne vaut que si la coupe n'est pas propre, parce qu'il y reste des fonds de coupes ; mais si elle est déjà propre, cela suffit ainsi, car on ne demande que la propreté de la coupe de bénédiction.
⚖️ Rosh (1)
אמר ר' זירא א"ר אבהו ואמרי לה במתניתא תנא עשרה דברים נאמרו בכוס של ברכה טעון הדחה ושטיפה חי ומלא עיטור עיטוף ומקבלו בשתי ידיו ונותנו לימינו ומגביהו מן הקרקע טפח ונותן עיניו בו ומשגרו לאנשי ביתו וא"ת הא אמרי' לעיל הכל מודים בכוס של ברכה שאין מברכין עליו עד שיתן לתוכו מים ורב אלפס ז"ל כתב חי עד ברכת הארץ ואז מוזגו להודיע שבח ארץ ישראל שהיינות חזקות וצריך לערבן במים רבים ולשון אין מברכים עליו עד שיתן לתוכו מים משמע שמתחלת הברכה אין מברכין ועוד אם אין בכוס אלא רובע רביעית נמצא חסר הרבה ואנן מלא בעינן הלכך נראה כפר"ת שהיה מזוג קצת ולא נתקן על חדא תלת מיא עד שמגיע לברכת הארץ ומזוג ולא מזוג מיקרי שפיר חי כדאיתא בפ' בן סורר ומורה (סנהדרין דף ע.) דקתני דאינו חייב עד שישתה חי ומוקי לה במזוג ולא מזוג ורש"י פי' שנתנו לתוך כוס של ברכה חי וימזגנו בתוכו א"נ מוציאו מן החבית לשם ברכה פריש"ק בלע"ז וי"מ דחי אכלי קאי דומיא דאינך ופירושו שלם כדאיתא בב"ק דף נד. כלים שבירתן זו היא מיתתן ואמר נמי בפ' בתרא דמכות דף טז: ריסק ט' נמלים ואחד חי משלימו לכזית לוקה א"ר יוחנן אנו אין לנו אלא ד' הדחה ושטיפה חי ומלא הדחה בפנים ושטיפה מבחוץ ומנינא דר' יוחנן לא אתי למעוטי אלא עיטור ועיטוף אבל נתינת ימין מודה דקאמר רבי יוחנן ראשונים שאלו שמאל מהו שתסייע לימין ומסתמא גם במקבלו בשתי ידיו מודה דדריש ליה מקרא שאו ידיכם קודש וברכו וגו' גם במגביהו טפח דדריש ליה מקרא כוס ישועות אשא וכן נותן עיניו מסתברא שלא יסיח דעתו מן הברכה וכן רב נחמן היה רגיל לשגרו לילתא וכל הנך רגילין האידנא אף בפריסת סודר שלא יברך בגילוי הראש ואין חסר לנו אלא עיטור אמר ר' יוחנן כל המברך על הכוס מלא נותנין לו נחלה בלי מצרים שנאמר מלא ברכת ה' ים ודרום ירשה ור' יוסי בר חנינא אומר זוכה ונוחל שני עולמים העוה"ז והעוה"ב שנאמר ים ודרום ירשה עיטור רב יהודה מעטרינהו בתלמידים רב חסדא מעטר ליה באנטליא עיטוף רב פפא מעטיף ויתיב רב אשי פריס סודרא ארישיה נוטלו בשתי ידיו דאמר רב חנינא בר פפא אמר קרא שאו ידיכם קודש וברכו את ה' ואוחזו בימין א"ר חייא בר אבא א"ר יוחנן ראשונים שאלו שמאל מהו שתסייע לימין אמר רב אשי הואיל וראשונים לא איפשטוה אנן נעביד לחומרא ומגביהו מן הקרקע טפח אמר רב אחא בר חנינא אמר קרא כוס ישועות אשא וגו' אמר רב אסי אין מסיחין על הכוס של ברכה פירש"י שלא יסיח המברך משנתנו לו הכוס לברך ונראה דהוא הדין המסובין אין להם להסיח משהתחיל לברך לא מבעי בשעה שהוא מברך שאין להן לדבר שהן צריכין להבין ולשמוע כדי שיצאו בשמיעה אלא אפי' בין ברכה לברכה אין להסיח דאין להפסיק שמיעתן בשיחת חולין ואע"ג דאמרי' ר"ה דף לד: גבי תקיעות שמע תשע תקיעות בתשע שעות ביום יצא ומסתמא הסיח בינתיים היינו בדיעבד אבל לכתחלה צריך לשומעם על הסדר ושלא יסיח בינתיים וא"ר אסי אין מברכין על הכוס של פורענות מאי כוס של פורענות כוס שני פי' אם שתה שני כוסות לא יברך על השלישי תניא נמי הכי השותה כפלים לא יברך שנאמר הכון לקראת א-להיך ישראל וכיון ששתה זוגות לא קרינן ביה הכון לפי שאין דעתו מיושבת עליו שהוא ירא שמא יוזק ונותן עיניו בו דלא יסיח דעתו מיניה:
Rabbi Zeira a dit au nom de Rabbi Abbahou, et certains disent que cela a été enseigné dans une baraita : dix choses ont été dites au sujet de la coupe de bénédiction — elle requiert le rinçage et le lavage, le vin pur, la coupe pleine, la parure, l'enveloppement ; il la reçoit de ses deux mains, la pose dans sa droite, l'élève d'un tefah au-dessus du sol, y fixe son regard, et l'envoie aux gens de sa maison. Et si tu objectes : n'avons-nous pas dit plus haut que tous s'accordent qu'on ne bénit pas sur la coupe de bénédiction avant d'y avoir mis de l'eau ? Le Rif a écrit : pur jusqu'à la bénédiction de la terre, et alors on le coupe d'eau, pour faire connaître la louange de la terre d'Israël, dont les vins sont forts et demandent d'être mélangés à beaucoup d'eau. Mais la formule « on ne bénit pas dessus avant d'y avoir mis de l'eau » indique que dès le début de la bénédiction on ne bénit pas ainsi ; et de plus, si la coupe ne contient qu'un quart de revi'it, elle se trouve très incomplète, alors que nous exigeons qu'elle soit pleine. Il paraît donc juste d'expliquer comme Rabbenou Tam : le vin était un peu coupé d'eau, sans être encore mélangé à raison d'un tiers de vin pour trois d'eau, jusqu'à la bénédiction de la terre ; et « coupé sans être coupé » s'appelle bien « pur », comme il ressort du chapitre Ben sorer oumoré (Sanhédrin 70a), où il est enseigné qu'il n'est passible que s'il a bu du vin pur, et où l'on établit qu'il s'agit de vin coupé sans être coupé. Rachi a expliqué qu'on le verse pur dans la coupe de bénédiction et qu'on l'y coupe d'eau ; ou bien qu'on le tire du tonneau pour la bénédiction même, ce qu'on appelle frais en langue vulgaire. Certains expliquent que « pur » se rapporte au récipient, à l'instar des autres règles, et signifie « entier », comme il est dit dans Baba Kama 54a : pour les ustensiles, leur bris est leur mort ; et comme il est dit au dernier chapitre de Makot 16b : s'il a broyé neuf fourmis et qu'une dixième, entière, complète la mesure d'un kazayit, il est frappé. Rabbi Yo'hanan a dit : nous n'en retenons que quatre — le rinçage, le lavage, le vin pur et la coupe pleine ; le rinçage à l'intérieur et le lavage à l'extérieur. Le compte de Rabbi Yo'hanan n'écarte que la parure et l'enveloppement ; mais il reconnaît la remise dans la droite, puisque Rabbi Yo'hanan dit lui-même : les premiers ont demandé si la gauche peut assister la droite. Vraisemblablement il reconnaît aussi qu'il la prend de ses deux mains, puisqu'on le tire du verset « Levez vos mains vers le sanctuaire et bénissez » ; de même qu'il l'élève d'un tefah, qu'on tire du verset « Je lèverai la coupe des saluts » ; et de même qu'il y fixe son regard, ce qui se comprend pour qu'il ne détourne pas sa pensée de la bénédiction. De même Rav Nahman avait coutume de l'envoyer à Yalta. Toutes ces pratiques sont aujourd'hui d'usage, y compris l'étendue du soudar, pour ne pas bénir tête découverte ; il ne nous manque que la parure. Rabbi Yo'hanan a dit : quiconque bénit sur une coupe pleine, on lui donne un héritage sans limites, comme il est dit « et rempli de la bénédiction de Hachem, la mer et le sud, prends-en possession ». Rabbi Yossi bar Hanina dit : il mérite et hérite deux mondes, ce monde-ci et le monde à venir, comme il est dit « la mer et le sud, prends-en possession ». La parure : Rav Yehouda la paraît d'élèves, Rav Hisda la paraît de brocs. L'enveloppement : Rav Papa s'enveloppait et s'asseyait, Rav Achi étendait un soudar sur sa tête. « Il la prend de ses deux mains » : Rav Hanina bar Papa a dit, le verset dit « Levez vos mains vers le sanctuaire et bénissez Hachem ». Et il la tient dans la droite : Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan, les premiers ont demandé si la gauche peut assister la droite ; Rav Achi a dit : puisque les premiers ne l'ont pas tranché, agissons avec rigueur. « Et il l'élève d'un tefah au-dessus du sol » : Rav Aha bar Hanina a dit, le verset dit « Je lèverai la coupe des saluts ». Rav Assi a dit : on ne parle pas au-dessus de la coupe de bénédiction. Rachi a expliqué que celui qui bénit ne doit pas parler depuis qu'on lui a remis la coupe pour bénir ; et il paraît qu'il en va de même pour les convives, qui ne doivent pas parler depuis qu'il a commencé à bénir. Inutile de dire qu'ils ne doivent pas parler pendant qu'il bénit, puisqu'ils ont besoin de comprendre et d'entendre pour s'acquitter par l'écoute ; mais même entre une bénédiction et l'autre, on ne doit pas parler, car il ne convient pas d'interrompre leur écoute par des propos profanes. Et bien que nous disions dans Roch Hachana 34b, à propos des sonneries, que celui qui a entendu neuf sonneries en neuf heures de la journée s'est acquitté — et vraisemblablement il a parlé entre-temps — cela vaut après coup ; a priori, il faut les entendre dans l'ordre et sans parler entre-temps. Et Rav Assi a dit : on ne bénit pas sur une coupe de malheur. Qu'est-ce qu'une coupe de malheur ? La deuxième coupe, c'est-à-dire que s'il a bu deux coupes il ne bénira pas sur la troisième. Il a été enseigné de même : celui qui boit par paires ne bénira pas, comme il est dit « Prépare-toi à la rencontre de ton D.ieu, Israël » ; du moment qu'il a bu des paires, on ne lit plus à son sujet « prépare-toi », car son esprit n'est pas tranquille, craignant d'être atteint. « Et il y fixe son regard » : pour ne pas détourner sa pensée de la coupe.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan réduit la liste à quatre exigences, toutes portées sur la coupe et son contenu. Les Tossefot précisent la portée de cette réduction : elle écarte la parure et l'enveloppement, sans supprimer la main droite, que Rabbi Yo'hanan lui-même suppose plus loin.

La distinction entre hadaha et chetifa tient au côté de la coupe traité : l'intérieur, où restent les fonds de coupes, et l'extérieur.

18
אמר רבי יוחנן: כל המברך על כוס מלא — נותנין לו נחלה בלי מצרים, שנאמר: ״ומלא ברכת ה׳ ים ודרום ירשה״. רבי יוסי בר חנינא אומר: זוכה ונוחל שני עולמים, העולם הזה והעולם הבא.

Rabbi Yo'hanan a dit : quiconque bénit sur une coupe pleine, on lui donne un héritage sans limites, comme il est dit : « et rempli de la bénédiction de Hachem, la mer et le sud, prends-en possession » (Devarim 33, 23). Rabbi Yossi bar Hanina dit : il mérite et hérite deux mondes, ce monde-ci et le monde à venir.

🗂️ Tossefot (1)
זוכה לשני עולמות פי' הרב רבי יוסף ממרשיליי"א מדהוה ליה למכתב ים ודרום רש וכתב ירשה הרי יו"ד ה"א יתירה וביו"ד ה"א נבראו שני עולמות כדאמרינן בהתכלת (מנחות ד' כט:) כי ביה ה' צור עולמים (אל תקרי צור אלא צר וכו'):
Rav Yossef de Marseille a expliqué : le verset aurait pu écrire « yam ve-darom rach » ; il a écrit « yercha », d'où un youd et un hé en surplus. Or c'est par le youd et le hé que les deux mondes ont été créés, comme nous le disons au chapitre Ha-tekhelet (Menahot 29b) sur « car par Y-ah sont formés les mondes » : ne lis pas tsour (rocher) mais tsar (Il a formé).
🪔 Ben Yehoyada (2)
כל המברך על כוס מלא, נותנין לו נחלה בלא מצרים. נראה לי בס"ד אותיות כוס במילואם כזה כ"ף ו"ו סמ"ך עולים מספר רל"ב [232] , כמנין ע"ב ס"ג מ"ה ב"ן [232] , שהם כנגד אצילות, בריאה, יצירה, עשיה ועולים מספר הברכ"ה [232] , והם נחלה בלי מצרים, וכיון שבירך על כוס מלא יזכה לברכה שלימה הרמוזה באותיות כוס במילואם, ולזה אמר ומלא ברכת ה' דייקא, לרמוז על ארבעה מילואים של שם הוי"ה שהם עסמ"ב, ולר' יוחנן דאמר נוחל עולם הזה והעולם הבא גם כן ניחא, כי עולם הבא ועולם הזה נרמזים באותיות שם הוי"ה, דהיינו י"ה סוד עולם הבא ו"ה סוד עולם הזה, ונראה לי בס"ד דקרי לארבע מילואים עסמ"ב נחלה בלי מצרים, כי בהם נרמז מספר תשעה שהוא המספר שלא ימוט, וכנזכר במקובלים, או נראה לי בס"ד נחלה בלי מצרים היא תורה שבעל פה דכתיב בה (איוב יא, ט) ארכה מארץ מדה ורחבה מני ים, והיא נמשלה ליין כמו שאמרו רבותינו ז"ל על פסוק (משלי ט' ה') ושתו ביין מסכתי על תורה שבעל פה, לכך המברך על כוס מלא יין זוכה להשגת תורה שבעל פה שהיא נחלה בלי מצרים. אי נמי זוכה לאות צדי"ק דמנ צ פ"ך שאין אחריו אות אחר, ולכן נקרא נחלה בלי מצרים, וזוכה לו על ידי כוס מלא יין כי בו רמוז יין, כי זה האות יש לו שני יודין בראשו, וגופו של האות הוא צורת נון פשוטה של יין.
« Quiconque bénit sur une coupe pleine, on lui donne un héritage sans limites. » Il me semble avec l'aide du Ciel que les lettres du mot kos écrites en plein — kaf-fé, vav-vav, samekh-kaf — totalisent 232, soit le nombre des quatre remplissages du Nom : av, sag, ma, ban [232], qui correspondent à atsilout, beria, yetsira, assia ; et ce nombre est aussi celui de ha-berakha [232]. Voilà l'héritage sans limites : dès lors qu'il a béni sur une coupe pleine, il mérite la bénédiction complète que désignent les lettres de kos écrites en plein. C'est pourquoi le verset dit précisément « et rempli de la bénédiction de Hachem », pour faire allusion aux quatre remplissages du Nom, av-sag-ma-ban. Et selon Rabbi Yo'hanan, qui dit qu'il hérite ce monde-ci et le monde à venir, cela se comprend aussi, car le monde à venir et ce monde-ci sont évoqués dans les lettres du Nom : youd-hé, sod du monde à venir, vav-hé, sod de ce monde-ci. Il me semble encore avec l'aide du Ciel que ces quatre remplissages sont appelés héritage sans limites parce qu'ils font allusion au nombre neuf, le nombre qui ne vacille pas, comme le rappellent les kabbalistes. Ou bien il me semble avec l'aide du Ciel que l'héritage sans limites est la Torah orale, dont il est écrit (Iyov 11, 9) « sa mesure est plus longue que la terre et plus large que la mer », et qui est comparée au vin, comme nos maîtres ont dit sur le verset (Michle 9, 5) « et buvez le vin que j'ai mélangé », qu'il vise la Torah orale ; c'est pourquoi celui qui bénit sur une coupe pleine de vin mérite d'atteindre la Torah orale, qui est un héritage sans limites. Ou encore, il mérite la lettre tsadi finale de mem-noun-tsadi-pe-kaf, après laquelle il n'y a plus d'autre lettre, d'où son nom d'héritage sans limites ; et il l'obtient par la coupe pleine de vin, car le vin y est évoqué : cette lettre porte deux youd à sa tête, et son corps a la forme d'un noun droit.
זוכה ונוחל שני עולמים. הא דאמר זוכה ונוחל נראה לי בס"ד על דרך זכה נוטל חלקו וחלק חבירו בגן עדן, וזה שאמרו זוכה בשל אחרים ונוחל משל עצמו, ומפיק לשני עולמים מן ים ודרום, כי עולם הזה נברא באות ה"א ראשונה שהיא בינה, שיש בה חמשים שערים כמנין ים [50] , ולכך נקראת מי , ועולם הבא נברא באות יו"ד שהיא סוד חכמה, ודרום כינוי לחכמה, ולזה אמרו רבותינו ז"ל הרוצה להחכים ידרים.
« Il mérite et hérite deux mondes. » S'il est dit « mérite et hérite », il me semble avec l'aide du Ciel que c'est dans le sens de : s'il le mérite, il prend sa part et la part de son compagnon au gan éden ; « il mérite » ce qui appartient à d'autres, et « il hérite » ce qui lui appartient en propre. Et il tire les deux mondes de « la mer et le sud », car ce monde-ci a été créé par le premier hé, qui est bina, dans laquelle il y a cinquante portes, comme le compte de yam (mer) [50] — c'est pourquoi elle est appelée mi ; et le monde à venir à été créé par la lettre youd, qui est le sod de la 'hokhma, et darom (le sud) est un surnom de la 'hokhma. C'est pourquoi nos maîtres ont dit : celui qui veut devenir sage, qu'il se tourne vers le sud.
💡 Explication

Le verset de Devarim 33, 23 sert deux lectures. Rabbi Yo'hanan y lit une possession sans bornes, tirée de « la mer et le sud », deux directions ouvertes ; Rabbi Yossi bar Hanina y lit deux mondes, en s'appuyant sur la forme allongée du verbe yercha, comme le détaillent les Tossefot.

19
עיטור. רב יהודה מעטרהו בתלמידים, רב חסדא מעטר ליה בנטלי. אמר רבי חנן: ובחי. אמר רב ששת: ובברכת הארץ.

La parure. Rav Yehouda la paraît d'élèves ; Rav Hisda la paraît de coupes.

Rabbi Hanan a dit : et avec du vin pur. Rav Chechet a dit : et dans la bénédiction de la terre.

📜 Rachi (3)
מעטרהו בתלמידים תלמידיו סובבין אותו כשהוא מברך:
Ses élèves l'entourent pendant qu'il bénit.
בנטלי כוסות:
Des coupes.
ובברכת הארץ כשמגיע לברכת הארץ מוסיף עליה:
Quand il arrive à la bénédiction de la terre, il y ajoute.
💡 Explication

Le mot itour (parure) reçoit quatre sens : entourer celui qui bénit d'élèves, entourer la coupe d'autres coupes, employer du vin pur, ou développer le texte de la bénédiction de la terre.

20
עיטוף. רב פפא מעטף ויתיב. רב אסי פריס סודרא על רישיה.

L'enveloppement. Rav Papa s'enveloppait et s'asseyait.

Rav Assi étendait un soudar sur sa tête.

📜 Rachi (1)
מעטף בטליתו:
Dans son talit.
21
נוטלו בשתי ידיו. אמר רבי חיננא בר פפא: מאי קראה? — ״שאו ידיכם קדש וברכו את ה׳״.

« Il la prend de ses deux mains. » Rabbi Hinena bar Papa a dit : quel est le verset ? « Levez vos mains vers le sanctuaire et bénissez Hachem » (Tehilim 134, 2).

22
ונותנו לימין. אמר רבי חייא בר אבא אמר רבי יוחנן: ראשונים שאלו: שמאל מהו שתסייע לימין? אמר רב אשי: הואיל וראשונים איבעיא להו ולא איפשט להו,

« Et il la pose dans la droite. » Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : les premiers ont demandé — la gauche peut-elle assister la droite ? Rav Achi a dit : puisque les premiers ont posé la question et qu'elle n'a pas été tranchée pour eux,

🗂️ Tossefot (1)
שמאל מהו שתסייע לימין בכוסות גדולות מיירי או בראש חדש טבת שחל להיות בשבת שהוא בחנוכה או בנישואין וצריך להאריך בברכת המזון:
Il s'agit de grandes coupes, ou bien de Roch Hodech Tevet tombant un Chabbat, qui se trouve aussi dans 'Hanouka, ou encore d'un repas de noces, où l'on doit prolonger le Birkat Hamazon.
💡 Explication

Le daf s'arrête au milieu de la réponse de Rav Achi, dont la suite se lit au feuillet 51b : puisque la question est restée sans réponse, on agit avec rigueur et l'on tient la coupe de la seule main droite.

Les Tossefot précisent quand la question se pose vraiment : une coupe lourde, ou un Birkat Hamazon allongé par des ajouts, rendent la tenue prolongée difficile.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).