Sougya : Le daf achève la liste des dix choses dites au sujet de la coupe de bénédiction : la main gauche n'assistera pas la droite, on élève la coupe d'un tefah au-dessus du sol d'après « J'élèverai la coupe des saluts », on y fixe le regard pour ne pas s'en distraire, et on l'envoie à la maisonnée pour que l'épouse soit bénie. De là vient le récit d'Oulla chez Rav Nahman : Oulla refuse d'envoyer la coupe à Yalta au nom d'un enseignement de Rabbi Yo'hanan, Yalta brise quatre cents jarres, et lui répond par un proverbe cinglant.
Rav Assi ajoute deux règles — on ne converse pas sur la coupe de bénédiction, on ne bénit pas sur une coupe de malheur, c'est-à-dire la seconde d'une paire — puis Rabbi Abbahou fixe la posture : dans tous les cas, on s'assied pour bénir. Le chapitre se clôt par le Hadran, et s'ouvre le huitième chapitre, Elou dvarim, qui aligne huit divergences entre Beth Chammai et Beth Hillel dans la conduite du repas.
La guemara commence par la première : faut-il bénir d'abord sur le jour ou d'abord sur le vin ? Beth Chammai invoquent la priorité du jour, Beth Hillel la cause du vin et le principe « le fréquent passe en premier », et la halakha suit Beth Hillel.
Nous, agissons avec rigueur (le-houmra).
Fin de la question laissée ouverte à la fin du 51à : la coupe de bénédiction se tient de la main droite ; les anciens ont demandé si la main gauche peut la soutenir. La question n'a jamais été tranchée, et Rav Achi conclut qu'en pareil cas on adopte la conduite la plus stricte.
La rigueur consiste ici à s'abstenir de l'aide de la gauche : la coupe reste dans la seule main droite pendant toute la bénédiction.
« Et il l'élève d'un tefah au-dessus du sol. » Rav Aha fils de Rabbi Hanina dit : quel est le verset [d'où cela se déduit] ? « J'élèverai la coupe des saluts et j'invoquerai le nom de Hachem » (Tehilim 116, 13).
La guemara reprend un à un les items de la liste des dix choses énoncées au sujet de la coupe de bénédiction et leur donne un appui. Pour l'élévation d'un tefah (une largeur de main), l'appui est le verset des Tehilim où le mot « j'élèverai » (essa) est associé à la coupe.
Le geste est donc une mise en vue : la coupe doit se détacher visiblement de la table au moment où l'on prononce la bénédiction.
« Et il y fixe son regard » — afin de ne pas en détourner son attention.
Appui du huitième item de la liste. Le regard posé sur la coupe est un moyen : il empêche la distraction (hessah ha-daat) pendant la bénédiction.
« Et il l'envoie aux gens de sa maison » en cadeau — afin que son épouse soit bénie.
Dernier item de la liste : la coupe, une fois bue par celui qui a béni, est envoyée à la maisonnée. La raison donnée vise l'épouse : la bénédiction attachée à la coupe lui parvient par ce don.
C'est cette règle qui va ouvrir le récit d'Oulla chez Rav Nahman, où son application concrète devient l'objet du différend.
Oulla se trouva de passage chez Rav Nahman. Il rompit le pain, récita la bénédiction après le repas, et remit la coupe de bénédiction à Rav Nahman.
Rav Nahman lui dit : que le maître envoie la coupe de bénédiction à Yalta. Il lui dit : ainsi a dit Rabbi Yo'hanan — le fruit du ventre de la femme n'est béni que par le fruit du ventre de l'homme, ainsi qu'il est dit « et Il bénira le fruit de ton ventre » (Devarim 7, 13).
Il n'est pas dit « le fruit de son ventre [à elle] », mais « le fruit de ton ventre [à toi] ».
Oulla, venu de la Terre d'Israël, est l'invité ; c'est lui qui a conduit la bénédiction après le repas et qui tient donc la coupe. Rav Nahman, maître de maison, lui demande d'appliquer la règle qui vient d'être énoncée : envoyer la coupe à son épouse Yalta.
Oulla refuse, en s'appuyant sur un enseignement de Rabbi Yo'hanan. La bénédiction de la fécondité s'adresse grammaticalement au masculin, « le fruit de ton ventre » ; le don de la coupe au mari suffit donc, la bénédiction atteignant l'épouse par lui.
Il a été enseigné de même : Rabbi Natan dit — d'où [sait-on] que le fruit du ventre de la femme n'est béni que par le fruit du ventre de l'homme ? De ce qu'il est dit « et Il bénira le fruit de ton ventre » : il n'est pas dit « le fruit de son ventre », mais « le fruit de ton ventre ».
La guemara appuie la position d'Oulla par une baraita : l'enseignement de Rabbi Yo'hanan qu'il a cité se retrouve au nom de Rabbi Natan, tanna. La réponse d'Oulla à Rav Nahman repose donc sur une source ancienne, non sur une préférence personnelle.
Sur ces entrefaites, Yalta entendit. Elle se leva de fureur, monta au cellier à vin, et quatre cents jarres de vin se brisèrent.
Rav Nahman lui dit : que le maître lui envoie une autre coupe. Il lui fit dire : toute cette cruche est [du vin] de bénédiction.
Elle lui répondit : des colporteurs viennent les racontars, et des haillons les poux.
Yalta, fille de l'exilarque, entend le refus. La réaction est violente et le chiffre de quatre cents jarres marque l'ampleur du dommage. Le Ben Yehoyada, gêné par la faute que supposerait un bris volontaire — bal tach'hit, et la comparaison talmudique entre celui qui brise dans la colère et l'idolâtre — lit la scène autrement : elle entre pour fermer le cellier, trébuche, et les jarres tombent.
Oulla tente une réparation : le vin du tonneau d'où la coupe a été versée garde le statut de vin de bénédiction. Yalta refuse par un proverbe : ce qui vient d'un colporteur ne vaut que des racontars.
Rav Assi dit : on ne converse pas sur la coupe de bénédiction. Et Rav Assi dit : on ne récite pas de bénédiction sur une coupe de malheur.
Qu'est-ce qu'une « coupe de malheur » ? Rav Nahman bar Yitshak dit : la deuxième coupe.
Il a été enseigné de même : celui qui boit en double ne bénira pas, car il est dit « Prépare-toi à la rencontre de ton D.ieu, Israël » (Amos 4, 12) — et celui-ci n'est pas préparé.
Deux règles de Rav Assi. La première prolonge l'exigence d'attention : depuis le moment où l'on saisit la coupe jusqu'à la fin de la bénédiction, on ne parle pas. Tossefot étend la règle aux convives, qui doivent entendre pour s'acquitter, et distingue deux niveaux : parler entre deux bénédictions est interdit à priori, parler pendant la bénédiction empêche de s'acquitter même a posteriori.
La seconde règle concerne les zougot, les nombres pairs de coupes, tenus pour exposés au danger. La coupe qui clôture une paire porte le nom de « coupe de malheur » et ne convient pas comme support d'une bénédiction. Le verset d'Amos exige un état de préparation devant D.ieu ; celui qui redoute d'être atteint n'a pas l'esprit posé.
Rabbi Abbahou dit — et certains l'enseignent dans une baraita : celui qui mange en marchant bénit debout ; celui qui mange debout bénit assis ; celui qui mange accoudé (messev) s'assied et bénit. Et la halakha est : dans tous les cas, on s'assied et l'on bénit.
Dernière règle du chapitre : la posture de la bénédiction après le repas. L'enseignement demande à chaque fois un degré de stabilité supérieur à celui du repas lui-même : le marcheur s'arrête, celui qui était debout s'assied, celui qui était accoudé se redresse en position assise.
La conclusion tranchée simplifie tout : dans tous les cas, on s'assied. Tossefot explique cette rigueur par le caractère torahique de la bénédiction après le repas. Le Roch précise l'application : celui qui marche dans sa maison est visé, non le voyageur sur la route, que l'arrêt retarderait.
Hadran alakh « Chelocha che-akhlou » — nous reviendrons vers toi, [chapitre] « Trois qui ont mangé ».
Formule de clôture du septième chapitre. Le Hadran exprime l'engagement de revenir vers ce qui vient d'être étudié ; il marque ici la fin des lois du zimoun et de la bénédiction après le repas.
MICHNA. Voici les points sur lesquels divergent Beth Chammai et Beth Hillel au sujet du repas.
Beth Chammai disent : on bénit sur le jour, puis on bénit sur le vin. Et Beth Hillel disent : on bénit sur le vin, puis on bénit sur le jour.
Ouverture du huitième chapitre, Elou dvarim. La michna rassemble une série de divergences entre les deux écoles portant toutes sur la conduite du repas : ordre des bénédictions, lavage des mains, serviette, balayage, havdala.
Première divergence : dans le kidouch, faut-il d'abord la bénédiction du jour — la sanctification du chabbat ou de la fête — ou celle du vin ? La guemara donnera plus bas les raisons de chaque camp.
Beth Chammai disent : on se lave les mains, puis on coupe la coupe [de vin avec de l'eau]. Et Beth Hillel disent : on coupe la coupe, puis on se lave les mains.
Deuxième divergence, portant sur le vin bu avant le repas. L'ordre en cause est celui du lavage des mains (netilat yadayim) et de la préparation de la coupe.
L'enjeu, comme la guemara l'expliquera, relève des lois de pureté : selon qu'on tient les mains ou l'extérieur de la coupe pour la source d'impureté, l'ordre change.
Beth Chammai disent : il s'essuie les mains avec la serviette et la pose sur la table. Et Beth Hillel disent : sur le coussin.
Troisième divergence : où déposer la mapa, la serviette avec laquelle on s'est essuyé les mains après les mayim richonim ? Beth Chammai la posent sur la table, Beth Hillel sur le coussin sur lequel on est accoudé.
Le motif est encore la pureté : chacune des deux écoles craint un transfert d'impureté, l'une du coussin vers la serviette, l'autre de la serviette vers les aliments posés sur la table.
Beth Chammai disent : on balaie la maison, puis on se lave les mains. Et Beth Hillel disent : on se lave les mains, puis on balaie la maison.
Quatrième divergence, à la fin du repas : dans quel ordre balayer l'endroit où l'on a mangé et procéder aux mayim aharonim, les dernières eaux qui précèdent la bénédiction après le repas ?
Beth Chammai disent : la lampe et le repas, les aromates et la havdala. Et Beth Hillel disent : la lampe et les aromates, le repas et la havdala.
Cinquième divergence, dans un cas précis : le repas s'est prolongé jusqu'à la sortie du chabbat et l'on ne dispose que d'une seule coupe. Il faut alors ordonner sur elle quatre bénédictions — la lampe (ner), la bénédiction après le repas (mazon), les aromates (bessamim) et la havdala.
Les deux écoles s'accordent sur la lampe en premier et la havdala en dernier ; elles divergent sur la place du repas et des aromates au milieu.
Beth Chammai disent : « [Béni...] qui a créé (chébara) la lumière du feu. » Et Beth Hillel disent : « qui crée (boréh) les lumières du feu. »
Sixième divergence, sur le texte de la bénédiction du feu. Deux écarts : le temps du verbe — passé accompli chez Beth Chammai, participe présent chez Beth Hillel — et le nombre — lumière au singulier contre lumières au pluriel.
La guemara reviendra sur ces deux points ; le pluriel de Beth Hillel se justifiera par les teintes multiples contenues dans une flamme.
On ne récite de bénédiction ni sur la lampe ni sur les aromates des non-Juifs, ni sur la lampe ni sur les aromates des morts, ni sur la lampe ni sur les aromates de l'idolâtrie. Et l'on ne bénit pas sur la lampe tant qu'on n'a pas profité de sa lumière.
La michna quitte les divergences pour deux règles admises de tous. La première écarte trois provenances : la lampe et les aromates d'un non-Juif, ceux qui accompagnent un mort, et ceux d'une idolâtrie. La guemara donnera pour chacune un motif distinct.
La seconde exige un profit réel de la lumière avant de bénir : la bénédiction porte sur un usage, non sur la seule présence de la flamme.
Celui qui a mangé et a oublié de bénir : Beth Chammai disent — qu'il retourne à sa place et bénisse. Et Beth Hillel disent : qu'il bénisse à l'endroit où il s'en est souvenu.
Et jusqu'à quand peut-il bénir ? Jusqu'à ce que la nourriture soit digérée dans ses entrailles.
Septième divergence : celui qui a quitté les lieux sans avoir dit la bénédiction après le repas. Beth Chammai imposent le retour au lieu du repas ; Beth Hillel permettent de bénir sur place.
Les deux écoles s'accordent sur la limite dans le temps : l'obligation dure tant que la nourriture n'est pas digérée. La mesure exacte de ce délai sera précisée dans la guemara.
Du vin leur est venu après le repas, et il n'y a là que cette seule coupe : Beth Chammai disent — il bénit sur le vin, puis il bénit sur la nourriture. Et Beth Hillel disent : il bénit sur la nourriture, puis il bénit sur le vin.
Huitième et dernière divergence de la michna. Une coupe unique arrive après le repas ; elle peut servir de support à la bénédiction après le repas et appeler aussi la bénédiction du vin.
Beth Chammai font passer la bénédiction du vin, présente et immédiate ; Beth Hillel font passer la bénédiction du repas, qui est l'obligation principale du moment.
Et l'on répond « amen » après un Juif qui bénit, et l'on ne répond pas « amen » après un Kouti qui bénit, tant qu'on n'a pas entendu toute la bénédiction.
Dernière règle de la michna, commune aux deux écoles. Après un Juif, un fragment entendu suffit pour répondre amen. Après un Kouti (Samaritain), il faut avoir entendu la bénédiction entière.
Rachi donne le motif : la partie non entendue pourrait contenir une mention du mont Guerizim, lieu de culte samaritain, à laquelle on ne saurait s'associer par un amen.
GUEMARA. Nos maîtres ont enseigné : voici les points sur lesquels divergent Beth Chammai et Beth Hillel au sujet du repas.
Beth Chammai disent : on bénit sur le jour, puis on bénit sur le vin — car le jour est cause de la venue du vin, et [de plus] le jour est déjà sanctifié tandis que le vin n'est pas encore venu.
La guemara ouvre par une baraita qui reprend la michna en y ajoutant les motifs. Beth Chammai donnent deux raisons.
La première est causale : sans le chabbat, cette coupe ne serait pas là ; le jour est donc la cause du vin, et ce qui cause passe en premier. La seconde est chronologique : le jour est déjà entré — depuis l'acceptation du chabbat ou la sortie des étoiles — alors que le vin n'a pas encore été apporté à table.
Et Beth Hillel disent : on bénit sur le vin, puis on bénit sur le jour — car le vin est cause de ce que la sanctification soit dite. Autre raison (davar aher) : la bénédiction du vin est fréquente (tadir) et la bénédiction du jour n'est pas fréquente ; [entre] ce qui est fréquent et ce qui ne l'est pas, le fréquent passe en premier.
Et la halakha est conforme aux paroles de Beth Hillel.
Beth Hillel répondent d'abord sur le même terrain causal, en renversant le rapport : sans vin, on ne dirait pas le kidouch ; le vin est donc la cause de ce que la sanctification puisse être prononcée.
Vient ensuite une seconde raison, introduite par davar aher : le principe général tadir ve-cheeino tadir, tadir kodem. La bénédiction du vin revient sans cesse, celle du jour seulement au chabbat et aux fêtes. Rachi rattache ce principe au verset des offrandes additionnelles, où l'holocauste perpétuel (tamid) précède les moussafin.
Qu'est-ce que ce « autre raison » ? Et si tu dis : là-bas [Beth Chammai en donnent] deux et ici une seule — ici aussi elles sont deux : la bénédiction du vin est fréquente et la bénédiction du jour n'est pas fréquente ; [entre] ce qui est fréquent et ce qui ne l'est pas, le fréquent passe en premier.
La guemara demande pourquoi Beth Hillel ajoutent un davar aher alors que leur première raison suffisait. Réponse : par symétrie de poids argumentatif. Beth Chammai avancent deux raisons ; si Beth Hillel n'en avançaient qu'une, leur position paraîtrait plus faible.
Le davar aher a donc une fonction dialectique : il rétablit l'équilibre du débat, deux raisons contre deux.
« Et la halakha est conforme aux paroles de Beth Hillel. » Cela va de soi, puisqu'une voix céleste (bat kol) est sortie !
Objection sur la dernière phrase de la baraita. Une bat kol a proclamé que la halakha suit Beth Hillel en toute matière ; préciser ici que la halakha suit Beth Hillel devient donc superflu.
Si tu veux, dis : [cet enseignement date] d'avant la voix céleste. Et si tu veux, dis : [il date] d'après la voix céleste,
Deux réponses. La première situe la baraita avant la proclamation de la bat kol : à cette époque, chaque cas demandait encore d'être tranché.
La seconde la situe après, et sa suite se poursuit au début du daf 52a : elle fera intervenir Rabbi Yehochoua, qui tenait qu'on ne prête pas attention à une voix céleste en matière de halakha.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).