Berakhot 51b — La fin des règles de la coupe de bénédiction, Oulla chez Rav Nahman, et l'ouverture du chapitre Elou dvarim : les divergences de Beth Chammai et Beth Hillel

Berakhot 51b

Sougya : Le daf achève la liste des dix choses dites au sujet de la coupe de bénédiction : la main gauche n'assistera pas la droite, on élève la coupe d'un tefah au-dessus du sol d'après « J'élèverai la coupe des saluts », on y fixe le regard pour ne pas s'en distraire, et on l'envoie à la maisonnée pour que l'épouse soit bénie. De là vient le récit d'Oulla chez Rav Nahman : Oulla refuse d'envoyer la coupe à Yalta au nom d'un enseignement de Rabbi Yo'hanan, Yalta brise quatre cents jarres, et lui répond par un proverbe cinglant.

Rav Assi ajoute deux règles — on ne converse pas sur la coupe de bénédiction, on ne bénit pas sur une coupe de malheur, c'est-à-dire la seconde d'une paire — puis Rabbi Abbahou fixe la posture : dans tous les cas, on s'assied pour bénir. Le chapitre se clôt par le Hadran, et s'ouvre le huitième chapitre, Elou dvarim, qui aligne huit divergences entre Beth Chammai et Beth Hillel dans la conduite du repas.

La guemara commence par la première : faut-il bénir d'abord sur le jour ou d'abord sur le vin ? Beth Chammai invoquent la priorité du jour, Beth Hillel la cause du vin et le principe « le fréquent passe en premier », et la halakha suit Beth Hillel.

Les dix choses dites au sujet de la coupe de bénédiction La baraita rapportée par R. Zeira au nom de R. Abbahou 1. hadaha — rincer la coupe à l'intérieur 2. chetifa — laver la coupe à l'extérieur 3. haï — le vin non coupé d'eau 4. mâle — la coupe pleine 5. itour — la couronner (disciples, ou coupes) 6. itouf — s'envelopper, ou étendre un soudar 7. la recevoir des deux mains 8. la faire passer dans la main droite 9. l'élever d'un tefah au-dessus du sol 10. y fixer son regard 11. l'envoyer aux gens de sa maison La baraita en annonce dix : les rishonim discutent lequel de ces items n'entre pas dans le compte. R. Yo'hanan : nous n'en avons que quatre hadaha — chetifa — haï — mâle Selon le Roch, ce compte n'écarte que l'itour et l'itouf : R. Yo'hanan lui-même discute de la main droite, et les autres items reposent chacun sur un verset. Aujourd'hui, dit le Roch, seul l'itour manque. Les versets du daf 51b Élever d'un tefah : J'élèverai la coupe des saluts (Teh. 116,13) Recevoir des deux mains : Élevez vos mains vers le sanctuaire (Teh. 134,2) Envoyer à la maisonnée : afin que l'épouse soit bénie Le regard : pour ne pas s'en distraire. Vert : retenu par R. Yo'hanan. Gris : écarté par lui. Ocre : hors de son compte, mais admis.
Les dix (onze) items de la coupe de bénédiction, ce que R. Yohanan en retient, et les versets du 51b.
Chapitre Elou dvarim : les huit divergences de la michna Point du repas Beth Chammai Beth Hillel 1. Ordre du kidouch le jour, puis le vin le vin, puis le jour 2. Vin d'avant le repas se laver les mains, puis couper la coupe couper la coupe, puis se laver les mains 3. La serviette (mapa) on la pose sur la table on la pose sur le coussin 4. Fin du repas balayer, puis mayim aharonim mayim aharonim, puis balayer 5. Une seule coupe à la sortie du chabbat lampe, repas, aromates, havdala lampe, aromates, repas, havdala 6. Bénédiction du feu chebara meor ha-ech (singulier) boreh meorei ha-ech (pluriel) 7. Il a oublié de bénir retourner à sa place et bénir bénir là où il s'en est souvenu 8. Vin après le repas, une seule coupe le vin, puis la bénédiction du repas la bénédiction du repas, puis le vin La halakha suit Beth Hillel. La michna ajoute deux règles communes : la lampe et les aromates des non-Juifs, des morts et de l'idolâtrie ; l'amen après un Kouti.
Les huit divergences de la michna Elou dvarim entre Beth Chammai et Beth Hillel.
Le parcours du daf : une fin de chapitre, un Hadran, un début de chapitre 1. Fin des dix règles la gauche, le tefah, le regard, l'envoi à la maisonnée 2. Le récit Oulla, Rav Nahman et Yalta : à qui profite la coupe ? 3. Rav Assi, R. Abbahou silence sur la coupe, coupe de malheur, posture assise HADRAN : Chelocha che-akhlou 4. Michna Elou dvarim huit divergences Beth Chammai / Beth Hillel 5. Guemara : la première divergence les raisons de chaque camp, et le principe tadir
Le parcours du daf, de la fin du septième chapitre à l'ouverture du huitième.
1
אנן נעבד לחומרא.

Nous, agissons avec rigueur (le-houmra).

📜 Rachi (1)
אנן נעבד לחומרא שלא תסייע שמאל לימין בשעת ברכה:
Nous, agissons avec rigueur — que la gauche n'assiste pas la droite au moment de la bénédiction.
💡 Explication

Fin de la question laissée ouverte à la fin du 51à : la coupe de bénédiction se tient de la main droite ; les anciens ont demandé si la main gauche peut la soutenir. La question n'a jamais été tranchée, et Rav Achi conclut qu'en pareil cas on adopte la conduite la plus stricte.

La rigueur consiste ici à s'abstenir de l'aide de la gauche : la coupe reste dans la seule main droite pendant toute la bénédiction.

2
ומגביהו מן הקרקע טפח. אמר רב אחא ברבי חנינא: מאי קראה — ״כוס ישועות אשא ובשם ה׳ אקרא״.

« Et il l'élève d'un tefah au-dessus du sol. » Rav Aha fils de Rabbi Hanina dit : quel est le verset [d'où cela se déduit] ? « J'élèverai la coupe des saluts et j'invoquerai le nom de Hachem » (Tehilim 116, 13).

⚖️ Rosh (1)
אמר ר' זירא א"ר אבהו ואמרי לה במתניתא תנא עשרה דברים נאמרו בכוס של ברכה טעון הדחה ושטיפה חי ומלא עיטור עיטוף ומקבלו בשתי ידיו ונותנו לימינו ומגביהו מן הקרקע טפח ונותן עיניו בו ומשגרו לאנשי ביתו וא"ת הא אמרי' לעיל הכל מודים בכוס של ברכה שאין מברכין עליו עד שיתן לתוכו מים ורב אלפס ז"ל כתב חי עד ברכת הארץ ואז מוזגו להודיע שבח ארץ ישראל שהיינות חזקות וצריך לערבן במים רבים ולשון אין מברכים עליו עד שיתן לתוכו מים משמע שמתחלת הברכה אין מברכין ועוד אם אין בכוס אלא רובע רביעית נמצא חסר הרבה ואנן מלא בעינן הלכך נראה כפר"ת שהיה מזוג קצת ולא נתקן על חדא תלת מיא עד שמגיע לברכת הארץ ומזוג ולא מזוג מיקרי שפיר חי כדאיתא בפ' בן סורר ומורה (סנהדרין דף ע.) דקתני דאינו חייב עד שישתה חי ומוקי לה במזוג ולא מזוג ורש"י פי' שנתנו לתוך כוס של ברכה חי וימזגנו בתוכו א"נ מוציאו מן החבית לשם ברכה פריש"ק בלע"ז וי"מ דחי אכלי קאי דומיא דאינך ופירושו שלם כדאיתא בב"ק דף נד. כלים שבירתן זו היא מיתתן ואמר נמי בפ' בתרא דמכות דף טז: ריסק ט' נמלים ואחד חי משלימו לכזית לוקה א"ר יוחנן אנו אין לנו אלא ד' הדחה ושטיפה חי ומלא הדחה בפנים ושטיפה מבחוץ ומנינא דר' יוחנן לא אתי למעוטי אלא עיטור ועיטוף אבל נתינת ימין מודה דקאמר רבי יוחנן ראשונים שאלו שמאל מהו שתסייע לימין ומסתמא גם במקבלו בשתי ידיו מודה דדריש ליה מקרא שאו ידיכם קודש וברכו וגו' גם במגביהו טפח דדריש ליה מקרא כוס ישועות אשא וכן נותן עיניו מסתברא שלא יסיח דעתו מן הברכה וכן רב נחמן היה רגיל לשגרו לילתא וכל הנך רגילין האידנא אף בפריסת סודר שלא יברך בגילוי הראש ואין חסר לנו אלא עיטור אמר ר' יוחנן כל המברך על הכוס מלא נותנין לו נחלה בלי מצרים שנאמר מלא ברכת ה' ים ודרום ירשה ור' יוסי בר חנינא אומר זוכה ונוחל שני עולמים העוה"ז והעוה"ב שנאמר ים ודרום ירשה עיטור רב יהודה מעטרינהו בתלמידים רב חסדא מעטר ליה באנטליא עיטוף רב פפא מעטיף ויתיב רב אשי פריס סודרא ארישיה נוטלו בשתי ידיו דאמר רב חנינא בר פפא אמר קרא שאו ידיכם קודש וברכו את ה' ואוחזו בימין א"ר חייא בר אבא א"ר יוחנן ראשונים שאלו שמאל מהו שתסייע לימין אמר רב אשי הואיל וראשונים לא איפשטוה אנן נעביד לחומרא ומגביהו מן הקרקע טפח אמר רב אחא בר חנינא אמר קרא כוס ישועות אשא וגו' אמר רב אסי אין מסיחין על הכוס של ברכה פירש"י שלא יסיח המברך משנתנו לו הכוס לברך ונראה דהוא הדין המסובין אין להם להסיח משהתחיל לברך לא מבעי בשעה שהוא מברך שאין להן לדבר שהן צריכין להבין ולשמוע כדי שיצאו בשמיעה אלא אפי' בין ברכה לברכה אין להסיח דאין להפסיק שמיעתן בשיחת חולין ואע"ג דאמרי' ר"ה דף לד: גבי תקיעות שמע תשע תקיעות בתשע שעות ביום יצא ומסתמא הסיח בינתיים היינו בדיעבד אבל לכתחלה צריך לשומעם על הסדר ושלא יסיח בינתיים וא"ר אסי אין מברכין על הכוס של פורענות מאי כוס של פורענות כוס שני פי' אם שתה שני כוסות לא יברך על השלישי תניא נמי הכי השותה כפלים לא יברך שנאמר הכון לקראת א-להיך ישראל וכיון ששתה זוגות לא קרינן ביה הכון לפי שאין דעתו מיושבת עליו שהוא ירא שמא יוזק ונותן עיניו בו דלא יסיח דעתו מיניה:
R. Zeira dit au nom de R. Abbahou, et certains l'enseignent dans une baraita : dix choses ont été dites au sujet de la coupe de bénédiction — elle requiert le rinçage (hadaha) et le lavage (chetifa), [le vin] pur (haï) et [la coupe] pleine (mâle), la couronne (itour) et l'enveloppement (itouf) ; il la reçoit des deux mains, la place dans sa [main] droite, l'élève d'un tefah au-dessus du sol, y fixe son regard, et l'envoie aux gens de sa maison. Et si tu objectes : n'avons-nous pas dit plus haut que tous s'accordent, pour la coupe de bénédiction, qu'on ne bénit pas dessus tant qu'on n'y a pas mis d'eau ? Le Rif a écrit : [le vin reste] pur jusqu'à la bénédiction de la Terre, et c'est alors qu'on le coupe [d'eau], pour faire connaître la louange de la Terre d'Israël, dont les vins sont forts et doivent être mélangés à beaucoup d'eau. Mais l'expression « on ne bénit pas dessus tant qu'on n'y a pas mis d'eau » implique que dès le début de la bénédiction on ne bénit pas [sans eau] ; de plus, s'il n'y a dans la coupe qu'un quart de reviit, elle se trouve fort incomplète, alors que nous exigeons qu'elle soit pleine. Il paraît donc [juste] comme l'a expliqué Rabbenou Tam : [le vin] était déjà un peu coupé, sans avoir été amené à la proportion d'une [mesure de vin] pour trois d'eau, jusqu'à ce qu'on parvienne à la bénédiction de la Terre ; et « coupé sans être coupé » se nomme bien « haï », comme il est dit au chapitre Ben Sorer ou-Moreh (Sanhédrin 70a), où l'on enseigne qu'[le fils rebelle] n'est passible que s'il a bu [du vin] pur, et l'on établit [cela] pour du vin coupé-sans-être-coupé. Rachi a expliqué qu'on le verse pur dans la coupe de bénédiction et qu'on le coupera [d'eau] dedans ; ou bien qu'on le tire du tonneau en vue de la bénédiction — « fresc » en langue vulgaire. Certains expliquent que « haï » se rapporte au récipient, à l'instar des autres [items], et que son sens est « intact », comme il est dit à Baba Kama 54a : pour les récipients, leur bris est leur mort ; et il est dit également au dernier chapitre de Makot (16b) : s'il a écrasé neuf fourmis et qu'une [dixième] est entière et complète la mesure d'un kazayit, il est passible de flagellation. R. Yo'hanan dit : nous n'avons que quatre [items] — le rinçage, le lavage, [le vin] pur et [la coupe] pleine ; le rinçage à l'intérieur et le lavage à l'extérieur. Or le compte de R. Yo'hanan ne vient exclure que l'itour et l'itouf ; mais pour le fait de la placer dans la droite, il en convient, puisque R. Yo'hanan a dit lui-même : les premiers ont demandé si la gauche peut assister la droite. Et vraisemblablement il convient aussi qu'on la reçoit des deux mains, puisqu'on le déduit du verset « Élevez vos mains vers le sanctuaire et bénissez... » ; de même pour l'élever d'un tefah, qu'on déduit du verset « J'élèverai la coupe des saluts » ; de même y fixer son regard, ce qui est logique afin de ne pas détourner son attention de la bénédiction ; et de même Rav Nahman avait coutume de l'envoyer à Yalta. Toutes ces pratiques sont d'usage aujourd'hui, y compris l'étendue du soudar [sur la tête], afin de ne pas bénir tête découverte ; il ne nous manque que l'itour. R. Yo'hanan dit : quiconque bénit sur une coupe pleine, on lui donne un héritage sans frontières, ainsi qu'il est dit « comblé de la bénédiction de Hachem, prends possession de la mer et du sud » (Devarim 33, 23). Et R. Yossi bar Hanina dit : il mérite d'hériter des deux mondes, ce monde-ci et le monde à venir, ainsi qu'il est dit « la mer et le sud, il en prendra possession ». L'itour : Rav Yehouda l'entourait de disciples ; Rav Hisda l'entourait de coupes [de vin]. L'itouf : Rav Papa s'enveloppait et s'asseyait ; Rav Achi étendait un soudar sur sa tête. Il la prend des deux mains, car Rav Hanina bar Papa a dit : le verset dit « Élevez vos mains vers le sanctuaire et bénissez Hachem ». Et il la tient de la droite : R. Hiya bar Abba dit au nom de R. Yo'hanan — les premiers ont demandé si la gauche peut assister la droite ; Rav Achi dit : puisque les premiers ne l'ont pas tranchée, nous, agissons avec rigueur. Il l'élève d'un tefah au-dessus du sol : Rav Aha bar Hanina dit, le verset dit « J'élèverai la coupe des saluts... ». Rav Assi dit : on ne converse pas sur la coupe de bénédiction. Rachi a expliqué : celui qui bénit ne doit pas se distraire depuis qu'on lui a donné la coupe pour bénir. Et il paraît qu'il en va de même pour les convives : ils ne doivent pas converser dès lors qu'il a commencé à bénir. Il va sans dire que pendant qu'il bénit ils ne doivent pas parler, car ils doivent comprendre et entendre afin de s'acquitter par l'écoute ; mais même entre une bénédiction et l'autre il ne faut pas converser, car il ne faut pas interrompre leur écoute par des propos profanes. Et bien que nous disions à Roch Hachana 34b, à propos des sonneries : s'il a entendu neuf sonneries en neuf heures dans la journée il s'est acquitté — et vraisemblablement il a conversé entre-temps —, cela vaut a posteriori (bediavad) ; mais a priori (lekhathila) il doit les entendre dans l'ordre et sans converser entre-temps. Et Rav Assi dit : on ne bénit pas sur une coupe de malheur. Qu'est-ce qu'une coupe de malheur ? La deuxième coupe. Explication : s'il a bu deux coupes, il ne bénira pas sur la troisième. Il a été enseigné de même : celui qui boit en paires ne bénira pas, ainsi qu'il est dit « Prépare-toi à la rencontre de ton D.ieu, Israël » ; et puisqu'il a bu en paires, on ne peut lui appliquer « prépare-toi », car son esprit n'est pas posé, craignant d'être atteint. Et il y fixe son regard, afin de ne pas en détourner son attention.
💡 Explication

La guemara reprend un à un les items de la liste des dix choses énoncées au sujet de la coupe de bénédiction et leur donne un appui. Pour l'élévation d'un tefah (une largeur de main), l'appui est le verset des Tehilim où le mot « j'élèverai » (essa) est associé à la coupe.

Le geste est donc une mise en vue : la coupe doit se détacher visiblement de la table au moment où l'on prononce la bénédiction.

🖼️ Schéma
Les dix choses dites au sujet de la coupe de bénédiction La baraita rapportée par R. Zeira au nom de R. Abbahou 1. hadaha — rincer la coupe à l'intérieur 2. chetifa — laver la coupe à l'extérieur 3. haï — le vin non coupé d'eau 4. mâle — la coupe pleine 5. itour — la couronner (disciples, ou coupes) 6. itouf — s'envelopper, ou étendre un soudar 7. la recevoir des deux mains 8. la faire passer dans la main droite 9. l'élever d'un tefah au-dessus du sol 10. y fixer son regard 11. l'envoyer aux gens de sa maison La baraita en annonce dix : les rishonim discutent lequel de ces items n'entre pas dans le compte. R. Yo'hanan : nous n'en avons que quatre hadaha — chetifa — haï — mâle Selon le Roch, ce compte n'écarte que l'itour et l'itouf : R. Yo'hanan lui-même discute de la main droite, et les autres items reposent chacun sur un verset. Aujourd'hui, dit le Roch, seul l'itour manque. Les versets du daf 51b Élever d'un tefah : J'élèverai la coupe des saluts (Teh. 116,13) Recevoir des deux mains : Élevez vos mains vers le sanctuaire (Teh. 134,2) Envoyer à la maisonnée : afin que l'épouse soit bénie Le regard : pour ne pas s'en distraire. Vert : retenu par R. Yo'hanan. Gris : écarté par lui. Ocre : hors de son compte, mais admis.
La liste complète, avec la place de l'élévation d'un tefah et son verset.
3
ונותן עיניו בו — כי היכי דלא ניסח דעתיה מיניה.

« Et il y fixe son regard » — afin de ne pas en détourner son attention.

💡 Explication

Appui du huitième item de la liste. Le regard posé sur la coupe est un moyen : il empêche la distraction (hessah ha-daat) pendant la bénédiction.

4
ומשגרו לאנשי ביתו במתנה — כי היכי דתתברך דביתהו.

« Et il l'envoie aux gens de sa maison » en cadeau — afin que son épouse soit bénie.

💡 Explication

Dernier item de la liste : la coupe, une fois bue par celui qui a béni, est envoyée à la maisonnée. La raison donnée vise l'épouse : la bénédiction attachée à la coupe lui parvient par ce don.

C'est cette règle qui va ouvrir le récit d'Oulla chez Rav Nahman, où son application concrète devient l'objet du différend.

5
עולא אקלע לבי רב נחמן. כריך ריפתא, בריך ברכת מזונא, יהב ליה כסא דברכתא לרב נחמן. אמר ליה רב נחמן: לישדר מר כסא דברכתא לילתא. אמר ליה: הכי אמר רבי יוחנן: אין פרי בטנה של אשה מתברך אלא מפרי בטנו של איש, שנאמר ״וברך פרי בטנך״. ״פרי בטנה״ לא נאמר, אלא ״פרי בטנך״.

Oulla se trouva de passage chez Rav Nahman. Il rompit le pain, récita la bénédiction après le repas, et remit la coupe de bénédiction à Rav Nahman.

Rav Nahman lui dit : que le maître envoie la coupe de bénédiction à Yalta. Il lui dit : ainsi a dit Rabbi Yo'hanan — le fruit du ventre de la femme n'est béni que par le fruit du ventre de l'homme, ainsi qu'il est dit « et Il bénira le fruit de ton ventre » (Devarim 7, 13).

Il n'est pas dit « le fruit de son ventre [à elle] », mais « le fruit de ton ventre [à toi] ».

🪔 Ben Yehoyada (1)
לשדר מר כסא דברכתא לילתא. הא דקראה בשמה לפניו, נראה לי בס"ד דאמרו רבותינו ז"ל על אילת השחר, אילת זו רחמה צר וחביבה על בעלה, לכך קראה בשמה ילתא אותיות אילת , לרמוז לו היא חביבה עליו כאילת שאני אוהב אותה הרבה, וכפי הטבע אשה שבעלה אוהב אותה ביותר תביא נקבות מפני כי על הרוב הוא יזריע תחלה, ואיש מזריע תחלה יולדת נקבה, ולכך רמז לו שזו היא צריכה לסגולת כוס של ברכה כדי שתהיה מביאה זכרים.
« Que le maître envoie la coupe de bénédiction à Yalta. » Qu'il l'ait nommée par son nom devant lui : il me semble, avec l'aide du Ciel, que nos maîtres ont dit au sujet de « la biche de l'aube » (ayelet ha-chahar) que cette biche a la matrice étroite et qu'elle est chère à son époux. C'est pourquoi il l'a nommée par son nom, Yalta, qui porte les mêmes lettres que ayelet (biche), pour lui faire entendre : elle m'est chère comme la biche, je l'aime beaucoup. Or, selon la nature, une femme que son mari aime particulièrement enfante des filles, parce que le plus souvent c'est lui qui émet la semence en premier, et l'homme qui émet la semence en premier engendre une fille. Il lui fit donc allusion que celle-ci a besoin de la vertu (segoula) de la coupe de bénédiction afin d'enfanter des garçons.
💡 Explication

Oulla, venu de la Terre d'Israël, est l'invité ; c'est lui qui a conduit la bénédiction après le repas et qui tient donc la coupe. Rav Nahman, maître de maison, lui demande d'appliquer la règle qui vient d'être énoncée : envoyer la coupe à son épouse Yalta.

Oulla refuse, en s'appuyant sur un enseignement de Rabbi Yo'hanan. La bénédiction de la fécondité s'adresse grammaticalement au masculin, « le fruit de ton ventre » ; le don de la coupe au mari suffit donc, la bénédiction atteignant l'épouse par lui.

🖼️ Schéma
Oulla chez Rav Nahman : le trajet de la coupe de bénédiction Oulla, l'invité rompt le pain, dit la bénédiction après le repas, tient la coupe Rav Nahman, le maître de maison Que le maître envoie la coupe à Yalta. Yalta, l'épouse fille du Nassi ; elle entend le refus depuis la pièce voisine Le refus d'Oulla, et sa raison R. Yo'hanan : le fruit du ventre de la femme n'est béni que par le fruit du ventre de l'homme. Il suffit donc que le mari boive. La réaction de Yalta elle monte au cellier et quatre cents jarres se brisent. Le Ben Yehoyada lit une chute accidentelle, non un bris volontaire. L'offre de réparation Oulla envoie une autre coupe : tout le vin du tonneau vaut coupe de bénédiction. La réponse en proverbe Des colporteurs viennent les racontars, et des haillons viennent les poux.
Le trajet de la coupe et les trois positions en présence.
6
תניא נמי הכי, רבי נתן אומר: מנין שאין פרי בטנה של אשה מתברך אלא מפרי בטנו של איש — שנאמר: ״וברך פרי בטנך״, ״פרי בטנה״ לא נאמר, אלא ״פרי בטנך״.

Il a été enseigné de même : Rabbi Natan dit — d'où [sait-on] que le fruit du ventre de la femme n'est béni que par le fruit du ventre de l'homme ? De ce qu'il est dit « et Il bénira le fruit de ton ventre » : il n'est pas dit « le fruit de son ventre », mais « le fruit de ton ventre ».

💡 Explication

La guemara appuie la position d'Oulla par une baraita : l'enseignement de Rabbi Yo'hanan qu'il a cité se retrouve au nom de Rabbi Natan, tanna. La réponse d'Oulla à Rav Nahman repose donc sur une source ancienne, non sur une préférence personnelle.

7
אדהכי שמעה ילתא, קמה בזיהרא, ועלת לבי חמרא, ותברא ארבע מאה דני דחמרא. אמר ליה רב נחמן: נשדר לה מר כסא אחרינא, שלח לה: כל האי נבגא, דברכתא היא. שלחה ליה: ממהדורי — מילי, ומסמרטוטי — כלמי.

Sur ces entrefaites, Yalta entendit. Elle se leva de fureur, monta au cellier à vin, et quatre cents jarres de vin se brisèrent.

Rav Nahman lui dit : que le maître lui envoie une autre coupe. Il lui fit dire : toute cette cruche est [du vin] de bénédiction.

Elle lui répondit : des colporteurs viennent les racontars, et des haillons les poux.

📜 Rachi (6)
שמעה ילתא שלא ישגר לה כוס של ברכה:
Yalta entendit — qu'il ne lui enverrait pas la coupe de bénédiction.
קמה בזיהרא עמדה בכעס:
Elle se leva be-zihara — elle se leva en colère.
כל האי נבגא דברכתא היא כל יין שבחבית ככוס של ברכה הוא שתי ממנו:
Toute cette cruche est [du vin] de bénédiction — tout le vin qui se trouve dans le tonneau est comme la coupe de bénédiction ; bois-en.
נבגא כוס כמו לשתי מר אנבגא:
Nabga — une coupe, comme dans « que le maître boive une coupe (anbaga) ».
ממהדורי מילי ממחזירי בעיירות ירבו תמיד דברים:
Des colporteurs, des paroles — de ceux qui font le tour des villes, les paroles abondent toujours.
ומסמרטוטי כלמי וממשחקי בגדים בלויים וממורטים ירבו כנים. כנים מתרגמינ' כלמתא:
Et des haillons, des poux — et de ceux qui usent des vêtements usés et rapiécés, les poux abondent. « Kinim » (poux) se traduit [en araméen] par « kalmeta ».
🪔 Ben Yehoyada (2)
אדהכי, שמעת ילתא, קמא בזיהרא ועלתה לבי חמרא, ותברא ארבע מאה דני דחמרא. קשא אפילו אם נאמר שהיו כלים קטנים, עם כל זה נראה שעשתה עון גדול לשבר כלים בחמתה, דאמרו רבותינו ז"ל כאלו עובד עבודה זרה, ועוד איכא בל תשחית הן מצד הכלים הן מצד היין, ואיך רצה עולא אחר כך לפייסה בכוס אחר, נהי דהיתה בת הנשיא ואינו יכול להוכיחה עם כל זה אינו ראוי לפייסה אחר עשותה מעשה הזאת? ונראה לי בס"ד כי ודאי לא שברה אותם במתכוין אלא נכנסה בכעס לבית אוצר היין כדי לסגור אוצר היין במנעול ברזל שהיה מונח שם, כי אפשר שהיין משלה היתה בהיתה בת הנשיא, ואמרה איך האורחים שותים מיין שלי ולא ישלחו לי כוס של ברכה, ולכך רצתה לסגור כדי שלא תתן עוד יין לאורחים, ובכניסתה לתוך האוצר ליקח המנעול שהיה שם, מחמת שהיתה הולכת בכעס נתקלה בתיבה אחת של ברזל שלא היתה עומדת בטוב, וכשנתקלה בה נפלה על הכלים האלה שהיו מסודרין זה על גב זה ונשברו כולם זה בזה, ואפשר שהיו מזכוכית דמשתברים בנקל.
« Sur ces entrefaites, Yalta entendit, se leva de fureur, monta au cellier à vin et brisa quatre cents jarres de vin. » C'est difficile : même si l'on dit que c'étaient de petits récipients, il apparaît tout de même qu'elle a commis une grande faute en brisant des récipients dans sa colère, car nos maîtres ont dit que celui qui agit ainsi est comme s'il servait une idolâtrie ; et il y a en outre l'interdit de bal tach'hit (ne pas détruire), tant du côté des récipients que du côté du vin. Et comment Oulla a-t-il ensuite voulu l'apaiser par une autre coupe ? Certes elle était fille du Nassi et il ne pouvait pas la réprimander, mais il ne convenait pas pour autant de l'apaiser après qu'elle eut commis un tel acte. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'assurément elle ne les a pas brisés intentionnellement : elle est entrée en colère dans la réserve à vin afin de la fermer avec un cadenas de fer qui s'y trouvait, car il est possible que le vin fût à elle, étant fille du Nassi, et elle se dit : comment les invités boivent-ils de mon vin sans qu'on m'envoie une coupe de bénédiction ? Elle voulut donc fermer [la réserve] afin de ne plus donner de vin aux invités. En entrant dans la réserve pour prendre le cadenas qui s'y trouvait, comme elle marchait avec colère, elle trébucha sur un coffre de fer qui n'était pas bien posé ; en trébuchant, elle tomba sur ces récipients qui étaient rangés les uns sur les autres, et ils se brisèrent tous les uns contre les autres. Il est possible qu'ils fussent de verre, qui se brise aisément.
ממהדורי מילי, ומסמרטוטי כלמי. קשא זלזלה כל כך בכבוד עולא האיש המפורסם בתורה ובצדקות?! ונראה לי בס"ד הכונה מילי נאמר בלשון התלמוד על דברים חשובים, כמו הבו חמרא לדרדקי כי היכי דלמרו מילי, שהוא רצונו לומר דברים חשובים והוא מלשון מילת, והמשל זה לא אמרה אותו כנגד עולא, אלא כנגד ב' כוסות היין, והיינו כוס הראשון שנתהדר בברכת המזון יש בו תועלת להתברך ממנו, וכן המשל מבני אדם ההדורים יצא מהם מילי, כלומר דברים חשובים שהם הנאה לנפש, אך מסמרטוטי אותם שאינם חשובים אין יוצא מהם אלא כינים בלבד, וזה המשל אמרתו על כוס השני ששלח אחר ברכת המזון, שלא נתהדר זה בברכת המזון אין בו תועלת להאשה להתברך בו, כי אין בו הנאה נפשית אלא הנאה גופניית שדומה לכלמי.
« Des colporteurs les racontars, et des haillons les poux. » C'est difficile : à-t-elle à ce point méprisé l'honneur d'Oulla, homme renommé en Torah et en piété ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est celle-ci : « mili » se dit dans la langue du Talmud de choses de valeur, comme dans « donnez du vin aux jeunes enfants afin qu'ils apprennent des mili », ce qui veut dire des choses de valeur, le mot venant de « milat » [la laine fine]. Elle n'a pas dit ce proverbe contre Oulla, mais à propos des deux coupes de vin. La première coupe, honorée par la bénédiction après le repas, a le pouvoir d'en faire tirer une bénédiction ; de même, dans le proverbe, des hommes bien parés (mehoudarim) sortent des « mili », c'est-à-dire des choses de valeur, qui sont un profit pour l'âme. Mais des haillons, ceux qui n'ont pas de valeur, il ne sort que des poux. Et ce proverbe, elle l'a dit à propos de la seconde coupe, envoyée après la bénédiction du repas : n'ayant pas été honorée par la bénédiction après le repas, elle n'a pas le pouvoir de faire bénir la femme, car il n'y a en elle aucun profit pour l'âme, seulement un profit corporel, semblable aux poux.
💡 Explication

Yalta, fille de l'exilarque, entend le refus. La réaction est violente et le chiffre de quatre cents jarres marque l'ampleur du dommage. Le Ben Yehoyada, gêné par la faute que supposerait un bris volontaire — bal tach'hit, et la comparaison talmudique entre celui qui brise dans la colère et l'idolâtre — lit la scène autrement : elle entre pour fermer le cellier, trébuche, et les jarres tombent.

Oulla tente une réparation : le vin du tonneau d'où la coupe a été versée garde le statut de vin de bénédiction. Yalta refuse par un proverbe : ce qui vient d'un colporteur ne vaut que des racontars.

🖼️ Schéma
Oulla chez Rav Nahman : le trajet de la coupe de bénédiction Oulla, l'invité rompt le pain, dit la bénédiction après le repas, tient la coupe Rav Nahman, le maître de maison Que le maître envoie la coupe à Yalta. Yalta, l'épouse fille du Nassi ; elle entend le refus depuis la pièce voisine Le refus d'Oulla, et sa raison R. Yo'hanan : le fruit du ventre de la femme n'est béni que par le fruit du ventre de l'homme. Il suffit donc que le mari boive. La réaction de Yalta elle monte au cellier et quatre cents jarres se brisent. Le Ben Yehoyada lit une chute accidentelle, non un bris volontaire. L'offre de réparation Oulla envoie une autre coupe : tout le vin du tonneau vaut coupe de bénédiction. La réponse en proverbe Des colporteurs viennent les racontars, et des haillons viennent les poux.
Les quatre temps du récit : le refus, sa raison, la réaction, la réponse.
8
אמר רב אסי: אין מסיחין על כוס של ברכה. ואמר רב אסי: אין מברכין על כוס של פורענות. מאי ״כוס של פורענות״? אמר רב נחמן בר יצחק: כוס שני. תניא נמי הכי: השותה כפלים לא יברך, משום שנאמר ״הכון לקראת א-להיך ישראל״, והאי לא מתקן.

Rav Assi dit : on ne converse pas sur la coupe de bénédiction. Et Rav Assi dit : on ne récite pas de bénédiction sur une coupe de malheur.

Qu'est-ce qu'une « coupe de malheur » ? Rav Nahman bar Yitshak dit : la deuxième coupe.

Il a été enseigné de même : celui qui boit en double ne bénira pas, car il est dit « Prépare-toi à la rencontre de ton D.ieu, Israël » (Amos 4, 12) — et celui-ci n'est pas préparé.

📜 Rachi (4)
אין מסיחין משאחזו עד שיברך:
On ne converse pas — depuis qu'il l'a saisie jusqu'à ce qu'il bénisse.
כוס שני שהוא של זוגות והעומד על שלחנו ושתי זוגות ניזוק על ידי שדים:
La deuxième coupe — car elle relève des paires ; et celui qui se tient à sa table et a bu en paires est atteint par les démons.
כפלים זוגות:
En double — en paires (zougot).
הכון לקראת בדברים נאים ולא בדברי פורענות:
Prépare-toi à la rencontre — par des choses convenables, et non par des choses de malheur.
🗂️ Tossefot (1)
אין מסיחין על כוס של ברכה פי' רש"י שלא יסיח (דעת) המברך משנתנו לו כוס של ברכה וה"ה המסובין שאין רשאין להסיח דבעינן שיתכוין שומע ומשמיע וגם אין להפסיק השומעים בשיחת חולין כמו שאין המברך רשאי להסיח ואף על פי שאמר התם (פרק בתרא דר"ה ד' לד:) שמע תשע תקיעות בתשע שעות ביום יצא משמע שהשומע סח בינתים ואפילו הכי יצא אך לכתחלה אין לעשות כן ומיהו נראה דהיינו דוקא בשעה שהמברך שותק מעט בין ברכה לברכה אבל בשעה שהוא מברך אם היה מדבר אפילו בדיעבד לא יצא:
« On ne converse pas sur la coupe de bénédiction » — Rachi a expliqué que celui qui bénit ne doit pas détourner [son attention] depuis qu'on lui a donné la coupe de bénédiction ; et il en va de même pour les convives, qui ne sont pas autorisés à converser, car nous exigeons que celui qui écoute et celui qui fait entendre soient l'un et l'autre attentifs. Il ne faut pas non plus interrompre les auditeurs par des propos profanes, de même que celui qui bénit n'est pas autorisé à se distraire. Et bien qu'on ait dit là-bas (dernier chapitre de Roch Hachana, 34b) : s'il a entendu neuf sonneries en neuf heures dans la journée, il s'est acquitté — ce qui implique que l'auditeur a conversé entre-temps et s'est néanmoins acquitté —, a priori il ne faut pas agir ainsi. Toutefois il paraît que cela vaut précisément lorsque celui qui bénit se tait un instant entre une bénédiction et l'autre ; mais pendant qu'il bénit, s'il parlait, même a posteriori il ne s'est pas acquitté.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אין מסיחין על כוס של ברכה. נראה לי בס"ד הכונה אין מרבין שיחה בדברים זה עם זה, שזה אומר 'אני אברך' וזה אומר 'אני אברך', אלא זה מסור ביד בעל הבית שהוא יזמין לאחד מן המסובין, ואמר אין מסיחין ולא אמר אין מריבין לרבותא, שאפילו רבוי שיחה בלא מריבה אין ראוי לעשות, ולאותם פירושים אחרים לא יבא היטב לשון על כוס, וגם עוד קשא דתיפוק לי משום ברכת המזון.
« On ne converse pas sur la coupe de bénédiction. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est qu'on ne multiplie pas les paroles les uns avec les autres, celui-ci disant « c'est moi qui bénirai » et celui-là « c'est moi qui bénirai » : cela est remis entre les mains du maître de maison, qui désignera l'un des convives. Et il a dit « on ne converse pas » plutôt que « on ne se dispute pas », pour enseigner davantage : même une abondance de paroles sans dispute ne convient pas. Selon les autres explications, l'expression « sur la coupe » ne s'ajuste pas bien ; et il reste en outre cette difficulté : cela découlerait déjà de [l'interdit de converser pendant] la bénédiction après le repas.
💡 Explication

Deux règles de Rav Assi. La première prolonge l'exigence d'attention : depuis le moment où l'on saisit la coupe jusqu'à la fin de la bénédiction, on ne parle pas. Tossefot étend la règle aux convives, qui doivent entendre pour s'acquitter, et distingue deux niveaux : parler entre deux bénédictions est interdit à priori, parler pendant la bénédiction empêche de s'acquitter même a posteriori.

La seconde règle concerne les zougot, les nombres pairs de coupes, tenus pour exposés au danger. La coupe qui clôture une paire porte le nom de « coupe de malheur » et ne convient pas comme support d'une bénédiction. Le verset d'Amos exige un état de préparation devant D.ieu ; celui qui redoute d'être atteint n'a pas l'esprit posé.

9
אמר רבי אבהו, ואמרי לה במתניתא תנא: האוכל ומהלך מברך מעומד, וכשהוא אוכל מעומד — מברך מיושב, וכשהוא מיסב ואוכל — יושב ומברך. והלכתא בכולהו יושב ומברך.

Rabbi Abbahou dit — et certains l'enseignent dans une baraita : celui qui mange en marchant bénit debout ; celui qui mange debout bénit assis ; celui qui mange accoudé (messev) s'assied et bénit. Et la halakha est : dans tous les cas, on s'assied et l'on bénit.

📜 Rachi (2)
מסב במטה דרך הסבה:
Accoudé — sur un lit, à la manière de l'accoudement (hessev).
והלכתא בכולהו יושב ומברך:
Et la halakha est : dans tous les cas, il s'assied et bénit.
🗂️ Tossefot (1)
והלכתא בכולהו יושב ומברך לפי שברכת המזון דאורייתא החמירו בה להיות יושב ומברך שהרי עשרה דברים נאמרו בו מה שאין כן בשאר ברכות והוא נוטריקון ואכלת ושבעת שב עת וברכת לברכת המזון מפי רבי משה אלברט:
« Et la halakha est : dans tous les cas, il s'assied et bénit » — parce que la bénédiction après le repas est d'ordre torahique, on y a imposé une rigueur : s'asseoir et bénir ; car dix choses ont été dites à son sujet, ce qui n'est pas le cas des autres bénédictions. Et c'est une notarikon : « et tu mangeras et tu te rassasieras (ve-savata) » — « assieds-toi au moment (chev et) » — « et tu béniras » ; [enseignement] reçu de la bouche de Rabbi Moche Albert.
⚖️ Rosh (1)
אמר רבי אבהו ואמרי לה במתניתא תנא אוכל כשהוא מהלך עומד ומברך עומד ואוכל יושב ומברך מסב ואוכל יושב ומברך והלכתא בכולהו יושב במקומו ומברך נ"ל דהאי אוכל כשהוא מהלך מיירי במי שמהלך בביתו ואוכל אבל המהלך בדרך לא הזקיקו לעמוד יותר מקורא בקריאת שמע ומתפלל לפי שאין דעתו מיושבת עליו אם יאחר דרכו: הדרן עלך שלשה שאכלו
Rabbi Abbahou dit, et certains l'enseignent dans une baraita : celui qui mange en marchant se tient debout et bénit ; celui qui mange debout s'assied et bénit ; celui qui mange accoudé s'assied et bénit. Et la halakha est : dans tous les cas, il s'assied à sa place et bénit. Il me semble que « celui qui mange en marchant » vise celui qui marche dans sa maison en mangeant ; mais celui qui marche sur la route, on ne l'a pas obligé à s'arrêter, pas plus que celui qui lit le Chema ou qui prie, parce que son esprit ne serait pas posé s'il devait retarder sa route. Hadran alakh « Chelocha che-akhlou ».
💡 Explication

Dernière règle du chapitre : la posture de la bénédiction après le repas. L'enseignement demande à chaque fois un degré de stabilité supérieur à celui du repas lui-même : le marcheur s'arrête, celui qui était debout s'assied, celui qui était accoudé se redresse en position assise.

La conclusion tranchée simplifie tout : dans tous les cas, on s'assied. Tossefot explique cette rigueur par le caractère torahique de la bénédiction après le repas. Le Roch précise l'application : celui qui marche dans sa maison est visé, non le voyageur sur la route, que l'arrêt retarderait.

🖼️ Schéma
Dans quelle posture dire la bénédiction après le repas ? Il mangeait en marchant R. Abbahou il s'arrête et bénit debout Il mangeait debout R. Abbahou il s'assied et bénit Il mangeait accoudé R. Abbahou il s'assied et bénit Halakha : dans tous les cas, il s'assied à sa place et bénit. Tossefot : la bénédiction après le repas est d'ordre torahique ; on lui applique donc une rigueur. Le Roch limite le cas de la marche à l'intérieur de la maison, non au voyageur sur la route.
Les trois cas de Rabbi Abbahou et la halakha unique qui les recouvre.
10
הדרן עלך שלשה שאכלו

Hadran alakh « Chelocha che-akhlou » — nous reviendrons vers toi, [chapitre] « Trois qui ont mangé ».

📜 Rachi (1)
הדרן עלך שלשה שאכלו
Hadran alakh « Chelocha che-akhlou » — nous reviendrons vers toi, [chapitre] « Trois qui ont mangé ».
🗂️ Tossefot (1)
הדרן עלך שלשה שאכלו
Hadran alakh « Chelocha che-akhlou » — nous reviendrons vers toi, [chapitre] « Trois qui ont mangé ».
💡 Explication

Formule de clôture du septième chapitre. Le Hadran exprime l'engagement de revenir vers ce qui vient d'être étudié ; il marque ici la fin des lois du zimoun et de la bénédiction après le repas.

11
מתני׳ אלו דברים שבין בית שמאי ובין בית הלל בסעודה: בית שמאי אומרים: מברך על היום, ואחר כך מברך על היין. ובית הלל אומרים: מברך על היין ואחר כך מברך על היום.

MICHNA. Voici les points sur lesquels divergent Beth Chammai et Beth Hillel au sujet du repas.

Beth Chammai disent : on bénit sur le jour, puis on bénit sur le vin. Et Beth Hillel disent : on bénit sur le vin, puis on bénit sur le jour.

📜 Rachi (2)
אלו דברים וכו' בסעודה שנחלקו בהלכות סעודה:
« Voici les points... au sujet du repas » — sur lesquels ils ont divergé dans les lois du repas.
מברך על היום בקידוש שבתות וימים טובים:
On bénit sur le jour — dans le kidouch des chabbatot et des jours de fête.
💡 Explication

Ouverture du huitième chapitre, Elou dvarim. La michna rassemble une série de divergences entre les deux écoles portant toutes sur la conduite du repas : ordre des bénédictions, lavage des mains, serviette, balayage, havdala.

Première divergence : dans le kidouch, faut-il d'abord la bénédiction du jour — la sanctification du chabbat ou de la fête — ou celle du vin ? La guemara donnera plus bas les raisons de chaque camp.

🖼️ Schéma
Chapitre Elou dvarim : les huit divergences de la michna Point du repas Beth Chammai Beth Hillel 1. Ordre du kidouch le jour, puis le vin le vin, puis le jour 2. Vin d'avant le repas se laver les mains, puis couper la coupe couper la coupe, puis se laver les mains 3. La serviette (mapa) on la pose sur la table on la pose sur le coussin 4. Fin du repas balayer, puis mayim aharonim mayim aharonim, puis balayer 5. Une seule coupe à la sortie du chabbat lampe, repas, aromates, havdala lampe, aromates, repas, havdala 6. Bénédiction du feu chébara méor ha-ech (singulier) boréh meorei ha-ech (pluriel) 7. Il a oublié de bénir retourner à sa place et bénir bénir là où il s'en est souvenu 8. Vin après le repas, une seule coupe le vin, puis la bénédiction du repas la bénédiction du repas, puis le vin La halakha suit Beth Hillel. La michna ajoute deux règles communes : la lampe et les aromates des non-Juifs, des morts et de l'idolâtrie ; l'amen après un Kouti.
Vue d'ensemble des huit divergences de la michna.
12
בית שמאי אומרים: נוטלין לידים ואחר כך מוזגין את הכוס. ובית הלל אומרים: מוזגין את הכוס ואחר כך נוטלין לידים.

Beth Chammai disent : on se lave les mains, puis on coupe la coupe [de vin avec de l'eau]. Et Beth Hillel disent : on coupe la coupe, puis on se lave les mains.

📜 Rachi (1)
ואחר כך מוזגין את הכוס יין הבא לפני המזון כדאמרינן בפרק כיצד מברכין (ברכות דף מג.) הסבו אע"פ שנטל כו' הביאו להם יין וכו' וקאמרי ב"ש נוטלין לידים ואחר כך שותים את הכוס ואוכלים סעודתם בההיא נטילה וב"ה אומרים מוזגין את הכוס ושותין אותו ואחר כך נוטלין לידים וטעמא דתרוייהו מפרש בגמרא:
« Puis on coupe la coupe » — le vin qui vient avant le repas, comme nous le disons au chapitre Keitsad mevarkhin (Berakhot 43a) : « s'ils se sont accoudés, bien que l'un se soit déjà lavé... on leur a apporté du vin... ». Beth Chammai disent : on se lave les mains, puis on boit la coupe et l'on mange son repas avec ce même lavage ; et Beth Hillel disent : on coupe la coupe et on la boit, puis on se lave les mains. La raison des deux [avis] est expliquée dans la guemara.
💡 Explication

Deuxième divergence, portant sur le vin bu avant le repas. L'ordre en cause est celui du lavage des mains (netilat yadayim) et de la préparation de la coupe.

L'enjeu, comme la guemara l'expliquera, relève des lois de pureté : selon qu'on tient les mains ou l'extérieur de la coupe pour la source d'impureté, l'ordre change.

13
בית שמאי אומרים: מקנח ידיו במפה, ומניחה על השולחן. ובית הלל אומרים: על הכסת.

Beth Chammai disent : il s'essuie les mains avec la serviette et la pose sur la table. Et Beth Hillel disent : sur le coussin.

📜 Rachi (3)
ומקנח ידיו במפה מנטילת מים ראשונים:
Et il s'essuie les mains avec la serviette — du lavage des premières eaux (mayim richonim).
ומניחה על השולחן ומקנח בה ידיו תמיד מזוהמת התבשיל:
Et il la pose sur la table — et il s'y essuie constamment les mains de la souillure du plat.
וב"ה אומרים על הכר או על הכסת יניחנה אחרי כן ושם יקנח בה ידיו תמיד וטעמא מפרש בגמ':
Et Beth Hillel disent — sur l'oreiller ou sur le coussin il la posera ensuite, et c'est là qu'il s'y essuiera constamment les mains ; la raison est expliquée dans la guemara.
💡 Explication

Troisième divergence : où déposer la mapa, la serviette avec laquelle on s'est essuyé les mains après les mayim richonim ? Beth Chammai la posent sur la table, Beth Hillel sur le coussin sur lequel on est accoudé.

Le motif est encore la pureté : chacune des deux écoles craint un transfert d'impureté, l'une du coussin vers la serviette, l'autre de la serviette vers les aliments posés sur la table.

14
בית שמאי אומרים: מכבדין את הבית, ואחר כך נוטלין לידים. ובית הלל אומרים: נוטלין לידים, ואחר כך מכבדין את הבית.

Beth Chammai disent : on balaie la maison, puis on se lave les mains. Et Beth Hillel disent : on se lave les mains, puis on balaie la maison.

📜 Rachi (2)
מכבדין את הבית מקום שאכלו שם אם הסבו על גבי קרקע מכבדים את הקרקע או אם הסבו על השלחן מכבדין את השלחן משיורי אוכלין שנתפזרו עליו:
On balaie la maison — l'endroit où ils ont mangé : s'ils se sont accoudés à même le sol, on balaie le sol ; s'ils se sont accoudés à table, on nettoie la table des restes de nourriture qui s'y sont éparpillés.
ואחר כך נוטלין לידים מים אחרונים:
Puis on se lave les mains — les dernières eaux (mayim aharonim).
💡 Explication

Quatrième divergence, à la fin du repas : dans quel ordre balayer l'endroit où l'on a mangé et procéder aux mayim aharonim, les dernières eaux qui précèdent la bénédiction après le repas ?

15
בית שמאי אומרים: נר ומזון, בשמים והבדלה. ובית הלל אומרים: נר ובשמים, מזון והבדלה.

Beth Chammai disent : la lampe et le repas, les aromates et la havdala. Et Beth Hillel disent : la lampe et les aromates, le repas et la havdala.

📜 Rachi (1)
נר ומזון מי שאין לו אלא כוס אחד במוצאי שבת מניחו עד לאחר המזון וסודר עליו נר ומזון ובשמים והבדלה כו':
La lampe et le repas — celui qui n'a qu'une seule coupe à l'issue du chabbat la réserve jusqu'après le repas, et il ordonne dessus : lampe, repas, aromates et havdala, etc.
💡 Explication

Cinquième divergence, dans un cas précis : le repas s'est prolongé jusqu'à la sortie du chabbat et l'on ne dispose que d'une seule coupe. Il faut alors ordonner sur elle quatre bénédictions — la lampe (ner), la bénédiction après le repas (mazon), les aromates (bessamim) et la havdala.

Les deux écoles s'accordent sur la lampe en premier et la havdala en dernier ; elles divergent sur la place du repas et des aromates au milieu.

16
בית שמאי אומרים: ״שברא מאור האש״, ובית הלל אומרים: ״בורא מאורי האש״.

Beth Chammai disent : « [Béni...] qui a créé (chébara) la lumière du feu. » Et Beth Hillel disent : « qui crée (boréh) les lumières du feu. »

⚖️ Rosh (1)
מתני' בית שמאי אומרים מכבדין את הבית ואח"כ נוטלין לידים ובית הלל אומרים נוטלין לידים ואחר כך מכבדין את הבית:
Michna. Beth Chammai disent : on balaie la maison, puis on se lave les mains ; et Beth Hillel disent : on se lave les mains, puis on balaie la maison.
💡 Explication

Sixième divergence, sur le texte de la bénédiction du feu. Deux écarts : le temps du verbe — passé accompli chez Beth Chammai, participe présent chez Beth Hillel — et le nombre — lumière au singulier contre lumières au pluriel.

La guemara reviendra sur ces deux points ; le pluriel de Beth Hillel se justifiera par les teintes multiples contenues dans une flamme.

17
אין מברכין לא על הנר ולא על הבשמים של גוים, ולא על הנר ולא על הבשמים של מתים, ולא על הנר ולא על הבשמים של עבודה זרה. ואין מברכין על הנר עד שיאותו לאורו.

On ne récite de bénédiction ni sur la lampe ni sur les aromates des non-Juifs, ni sur la lampe ni sur les aromates des morts, ni sur la lampe ni sur les aromates de l'idolâtrie. Et l'on ne bénit pas sur la lampe tant qu'on n'a pas profité de sa lumière.

📜 Rachi (2)
אין מברכים על הנר ועל הבשמים של עכו״ם ושל מתים טעם דכולהו מפרש בגמרא:
On ne bénit pas sur la lampe ni sur les aromates des idolâtres ni des morts — la raison de tous ces cas est expliquée dans la guemara.
שיאותו שיהו נהנים ממנו:
Yé'ôtou — qu'ils en tirent profit.
💡 Explication

La michna quitte les divergences pour deux règles admises de tous. La première écarte trois provenances : la lampe et les aromates d'un non-Juif, ceux qui accompagnent un mort, et ceux d'une idolâtrie. La guemara donnera pour chacune un motif distinct.

La seconde exige un profit réel de la lumière avant de bénir : la bénédiction porte sur un usage, non sur la seule présence de la flamme.

18
מי שאכל, ושכח ולא בירך. בית שמאי אומרים: יחזור למקומו ויברך. ובית הלל אומרים: יברך במקום שנזכר. ועד מתי מברך? — עד כדי שיתעכל המזון שבמעיו.

Celui qui a mangé et a oublié de bénir : Beth Chammai disent — qu'il retourne à sa place et bénisse. Et Beth Hillel disent : qu'il bénisse à l'endroit où il s'en est souvenu.

Et jusqu'à quand peut-il bénir ? Jusqu'à ce que la nourriture soit digérée dans ses entrailles.

📜 Rachi (1)
עד כדי שיתעכל המזון מפרש שיעורא בגמרא:
Jusqu'à ce que la nourriture soit digérée — la mesure en est expliquée dans la guemara.
💡 Explication

Septième divergence : celui qui a quitté les lieux sans avoir dit la bénédiction après le repas. Beth Chammai imposent le retour au lieu du repas ; Beth Hillel permettent de bénir sur place.

Les deux écoles s'accordent sur la limite dans le temps : l'obligation dure tant que la nourriture n'est pas digérée. La mesure exacte de ce délai sera précisée dans la guemara.

19
בא להן יין אחר המזון, אם אין שם אלא אותו כוס, בית שמאי אומרים: מברך על היין ואחר כך מברך על המזון. ובית הלל אומרים: מברך על המזון ואחר כך מברך על היין.

Du vin leur est venu après le repas, et il n'y a là que cette seule coupe : Beth Chammai disent — il bénit sur le vin, puis il bénit sur la nourriture. Et Beth Hillel disent : il bénit sur la nourriture, puis il bénit sur le vin.

📜 Rachi (1)
מברך על היין בגמרא מפרש פלוגתייהו:
Il bénit sur le vin — la guemara explique leur divergence.
⚖️ Rosh (1)
אלו דברים שבין ב"ש וב"ה בסעודה ב"ש אומרים מברך על היום ואח"כ מברך על היין ובה"א מברך על היין ואח"כ מברך על היום ב"ש אומרים נוטלין לידים ואח"כ מוזגין את הכוס וב"ה אומרים מוזגין את הכוס ואח"כ נוטלין לידים:
« Voici les points sur lesquels divergent Beth Chammai et Beth Hillel au sujet du repas. » Beth Chammai disent : on bénit sur le jour, puis on bénit sur le vin ; et Beth Hillel disent : on bénit sur le vin, puis on bénit sur le jour. Beth Chammai disent : on se lave les mains, puis on coupe la coupe ; et Beth Hillel disent : on coupe la coupe, puis on se lave les mains.
💡 Explication

Huitième et dernière divergence de la michna. Une coupe unique arrive après le repas ; elle peut servir de support à la bénédiction après le repas et appeler aussi la bénédiction du vin.

Beth Chammai font passer la bénédiction du vin, présente et immédiate ; Beth Hillel font passer la bénédiction du repas, qui est l'obligation principale du moment.

20
ועונין ״אמן״ אחר ישראל המברך, ואין עונין ״אמן״ אחר כותי המברך, עד שישמע כל הברכה כולה.

Et l'on répond « amen » après un Juif qui bénit, et l'on ne répond pas « amen » après un Kouti qui bénit, tant qu'on n'a pas entendu toute la bénédiction.

📜 Rachi (1)
עונין אמן אחר ישראל המברך אפילו לא שמע אלא סוף ברכה אבל לא לאחר כותי שמא ברך להר גרזים:
On répond amen après un Juif qui bénit — même s'il n'a entendu que la fin de la bénédiction ; mais non après un Kouti, de crainte qu'il n'ait béni au mont Guerizim.
💡 Explication

Dernière règle de la michna, commune aux deux écoles. Après un Juif, un fragment entendu suffit pour répondre amen. Après un Kouti (Samaritain), il faut avoir entendu la bénédiction entière.

Rachi donne le motif : la partie non entendue pourrait contenir une mention du mont Guerizim, lieu de culte samaritain, à laquelle on ne saurait s'associer par un amen.

21
גמ׳ תנו רבנן: דברים שבין בית שמאי ובית הלל בסעודה. בית שמאי אומרים: מברך על היום ואחר כך מברך על היין. שהיום גורם ליין שיבא, וכבר קדש היום ועדיין יין לא בא.

GUEMARA. Nos maîtres ont enseigné : voici les points sur lesquels divergent Beth Chammai et Beth Hillel au sujet du repas.

Beth Chammai disent : on bénit sur le jour, puis on bénit sur le vin — car le jour est cause de la venue du vin, et [de plus] le jour est déjà sanctifié tandis que le vin n'est pas encore venu.

📜 Rachi (3)
גמ' שהיום גורם ליין שיבא כוס זה לא בא אלא בשביל שבת לקידוש:
Guemara. Car le jour est cause de la venue du vin — cette coupe n'est venue qu'en raison du chabbat, pour le kidouch.
וכבר קדש היום משקבלו עליו או מצאת הכוכבים:
Et le jour est déjà sanctifié — depuis qu'il l'a accepté sur lui, ou depuis la sortie des étoiles.
ועדיין יין לא בא לשלחן וכשם שקודם לכניסה כך קודם לברכה:
Et le vin n'est pas encore venu — à la table ; et de même qu'il précède quant à l'entrée, de même il précède quant à la bénédiction.
💡 Explication

La guemara ouvre par une baraita qui reprend la michna en y ajoutant les motifs. Beth Chammai donnent deux raisons.

La première est causale : sans le chabbat, cette coupe ne serait pas là ; le jour est donc la cause du vin, et ce qui cause passe en premier. La seconde est chronologique : le jour est déjà entré — depuis l'acceptation du chabbat ou la sortie des étoiles — alors que le vin n'a pas encore été apporté à table.

22
ובית הלל אומרים: מברך על היין ואחר כך מברך על היום. שהיין גורם לקדושה שתאמר. דבר אחר: ברכת היין תדירה, וברכת היום אינה תדירה. תדיר ושאינו תדיר — תדיר קודם. והלכה כדברי בית הלל.

Et Beth Hillel disent : on bénit sur le vin, puis on bénit sur le jour — car le vin est cause de ce que la sanctification soit dite. Autre raison (davar aher) : la bénédiction du vin est fréquente (tadir) et la bénédiction du jour n'est pas fréquente ; [entre] ce qui est fréquent et ce qui ne l'est pas, le fréquent passe en premier.

Et la halakha est conforme aux paroles de Beth Hillel.

📜 Rachi (2)
שהיין גורם לקדושה שתאמר שאם אין יין לא מקדשין והמקדש על הפת גם הוא במקום יין וברכת הפת קודמת:
Car le vin est cause de ce que la sanctification soit dite — car s'il n'y a pas de vin on ne fait pas le kidouch ; et celui qui fait le kidouch sur le pain, celui-ci tient également lieu de vin, et la bénédiction du pain précède.
תדיר קודם נפקא לן במסכת זבחים מהאי קרא דכתיב במוספין מלבד עולת הבקר אשר לעולת התמיד תעשו את אלה מלבד משמע לאחר שהקרבתם התמיד תקריבו המוספין וקא דרשינן אשר לעולת התמיד קרא יתירה למילף דבשביל שהיא תמיד הקדימה הכתוב ומכאן אתה למד לכל התמידין:
Le fréquent passe en premier — nous l'apprenons au traité Zevahim, de ce verset écrit à propos des offrandes additionnelles (moussafin) : « outre l'holocauste du matin qui est pour l'holocauste perpétuel, vous ferez ceux-là » ; « outre » implique : après que vous aurez offert le perpétuel (tamid), vous offrirez les moussafin. Et nous exposons que « qui est pour l'holocauste perpétuel » est une expression superflue du verset, pour enseigner que c'est parce qu'il est perpétuel que l'Écriture l'a fait passer en premier ; et de là tu apprends [la règle] pour tous les [sacrifices] permanents.
💡 Explication

Beth Hillel répondent d'abord sur le même terrain causal, en renversant le rapport : sans vin, on ne dirait pas le kidouch ; le vin est donc la cause de ce que la sanctification puisse être prononcée.

Vient ensuite une seconde raison, introduite par davar aher : le principe général tadir ve-cheeino tadir, tadir kodem. La bénédiction du vin revient sans cesse, celle du jour seulement au chabbat et aux fêtes. Rachi rattache ce principe au verset des offrandes additionnelles, où l'holocauste perpétuel (tamid) précède les moussafin.

🖼️ Schéma
Kidouch : sur le jour d'abord, ou sur le vin d'abord ? Beth Chammai : le jour, puis le vin Raison 1 : le jour est cause de la venue du vin. Cette coupe n'est là que pour le chabbat. Raison 2 : le jour est déjà sanctifié, le vin n'est pas encore arrivé sur la table. Deux raisons. Beth Hillel : le vin, puis le jour Raison 1 : le vin est cause de ce que la sanctification soit dite. Sans vin, pas de kidouch. Raison 2, davar aher : la bénédiction du vin est fréquente (tadir), celle du jour ne l'est pas. Deux raisons également : d'où le davar aher. Le principe tadir se déduit du tamid : outre l'holocauste du matin qui est pour l'holocauste perpétuel, vous ferez ceux-là (Bamidbar 28,23). Halakha : comme Beth Hillel. La guemara demandera alors pourquoi le préciser, puisqu'une voix céleste l'a déjà tranché.
Les deux raisons de chaque école, et la source du principe tadir.
23
מאי ״דבר אחר״? וכי תימא התם תרתי והכא חדא, הכא נמי תרתי נינהו: ברכת היין תדירה וברכת היום אינה תדירה, תדיר ושאינו תדיר — תדיר קודם.

Qu'est-ce que ce « autre raison » ? Et si tu dis : là-bas [Beth Chammai en donnent] deux et ici une seule — ici aussi elles sont deux : la bénédiction du vin est fréquente et la bénédiction du jour n'est pas fréquente ; [entre] ce qui est fréquent et ce qui ne l'est pas, le fréquent passe en premier.

💡 Explication

La guemara demande pourquoi Beth Hillel ajoutent un davar aher alors que leur première raison suffisait. Réponse : par symétrie de poids argumentatif. Beth Chammai avancent deux raisons ; si Beth Hillel n'en avançaient qu'une, leur position paraîtrait plus faible.

Le davar aher a donc une fonction dialectique : il rétablit l'équilibre du débat, deux raisons contre deux.

24
והלכה כדברי בית הלל. פשיטא, דהא נפקא בת קול?

« Et la halakha est conforme aux paroles de Beth Hillel. » Cela va de soi, puisqu'une voix céleste (bat kol) est sortie !

💡 Explication

Objection sur la dernière phrase de la baraita. Une bat kol a proclamé que la halakha suit Beth Hillel en toute matière ; préciser ici que la halakha suit Beth Hillel devient donc superflu.

25
איבעית אימא קודם בת קול. ואיבעית אימא לאחר בת קול,

Si tu veux, dis : [cet enseignement date] d'avant la voix céleste. Et si tu veux, dis : [il date] d'après la voix céleste,

💡 Explication

Deux réponses. La première situe la baraita avant la proclamation de la bat kol : à cette époque, chaque cas demandait encore d'être tranché.

La seconde la situe après, et sa suite se poursuit au début du daf 52a : elle fera intervenir Rabbi Yehochoua, qui tenait qu'on ne prête pas attention à une voix céleste en matière de halakha.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).