Berakhot 52a — L'ordre des bénédictions à la sortie du Chabbat, la coupe de la Birkat Hamazon, et le lavage des mains avant ou après le mélange de la coupe

Berakhot 52a

Sougya : Le daf s'ouvre sur la fin de la Tossefta précédente : celui qui suit Beth Chammai après la bat qol (voix céleste) qui a tranché comme Beth Hillel s'appuie sur Rabbi Yehochoua, pour qui on ne tient pas compte d'une bat qol. La guemara demande ensuite si Beth Chammai tiennent vraiment que la bénédiction du jour précède celle du vin : une beraita place le vin avant la havdala.

Après avoir établi, en deux étapes, que cette beraita est bien de Beth Chammai selon Rabbi Yehouda, la guemara résout la contradiction par une distinction entre l'entrée du jour, que l'on avance, et sa sortie, que l'on retarde. Vient alors une longue série d'objections sur la question de savoir si la Birkat Hamazon exige une coupe de vin selon Beth Chammai : le besoin de goûter, la coupe rendue défectueuse (pagoum), la mesure minimale, la formule « une seule coupe » ; la conclusion pose deux tanaim divergents au nom de Beth Chammai.

Le daf s'achève sur la michna du lavage des mains et du mélange de la coupe, expliquée par une Tossefta : chaque école craint une chaîne d'impureté de sens inverse, et la guemara précise les règles de tuma qui la commandent.

Sortie du Chabbat : quatre ordres en présence Ner = lampe | Besamim = aromates | Mazon = Birkat Hamazon | Yayin = vin Michna (R. Meir) Beth Chammai Ner Mazon Besamim Havdala Michna (R. Meir) Beth Hillel Ner Besamim Mazon Havdala Beraita (R. Yehouda) Beth Chammai Mazon Yayin Ner Besamim Havdala Beraita (R. Yehouda) Beth Hillel Mazon Yayin Besamim Ner Havdala Yayin avant Havdala
Les quatre ordres discutés dans le daf. La beraita de Rabbi Yehouda place le vin avant la havdala, ce qui contredit en apparence le principe de Beth Chammai selon lequel la bénédiction du jour passe en premier.
Netila puis méziga, ou méziga puis netila : deux chaînes d'impureté inverses Netila = lavage des mains | Méziga = mélange du vin et de l'eau dans la coupe Beth Chammai : netila d'abord Mains non lavées = cheni (2e degré) Liquides au dos de la coupe = richon La coupe devient impure Donc : laver les mains avant de mélanger Beth Hillel : méziga d'abord Dos de la coupe déjà impur Eau restée sur les mains = richon Les mains redeviennent impures Donc : mélanger et boire avant de laver
La michna finale : chaque école craint une transmission d'impureté de sens inverse, ce qui commande l'ordre entre la netila et le mélange de la coupe.
1
וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ הִיא, דְּאָמַר: אֵין מַשְׁגִּיחִין בְּבַת קוֹל.

Et cela suit Rabbi Yehochoua, qui dit : on ne tient pas compte d'une bat qol (voix céleste).

📜 Rachi (1)
וְר' יְהוֹשֻׁעַ הִיא בְּבָבָא מְצִיעָא בְּתַנּוּרוֹ שֶׁל עַכְנַאי בְּפֶ' הַזָּהָב (בָּבָא מְצִיעָא ד' נט:):
Dans le traité Baba Metsia, a propos du four d'Akhnai, au chapitre Hazahav (Baba Metsia 59b).
🗂️ Tossefot (1)
וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ הִיא דְּאָמַר אֵין מַשְׁגִּיחִין בְּבַת קוֹל וְאִם תֹּאמַר א"כ קָשֶׁה הִלְכְתָא אַהִלְכְתָא דְּהַהִיא דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ דְּתַנּוּר שֶׁל עַכְנַאי קי"ל כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ וקי"ל כב"ה וְי"ל דְּדַוְקָא הָתָם קָאָמַר דְּאֵין מַשְׁגִּיחִין בְּבַת קוֹל דְּהַבַּת קוֹל הָיָה כְּנֶגֶד הָרֹוב וּכְבָר אָמְרָה תּוֹרָה אַחֲרֵי רַבִּים לְהַטּוֹת (שְׁמוֹת כ״ג:ב׳) אֲבָל ב"ה הָיוּ רַבִּים אע"פ שֶׁמַּייְתֵי רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ הָכָא אע"ג דְּלָא דָמֵי דְּשָׁאנֵי הָתָם דְּהַבַּת קוֹל הָיָה כְּנֶגֶד הָרֹוב הַאי תַּנָּא סָבַר טְפֵי מֵרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ דְּאָמַר אֵין מַשְׁגִּיחִין בְּבַת קוֹל אע"פ שֶׁהָרֹוב מְסַייֵּעַ לְבַת קוֹל הוֹאִיל וב"ש מְחַדְּדִי טְפֵי וא"ת מ"ש דִּבְקִדּוּשׁ וְהַבְדָּלָה מְבָרְכִין קֹודֶם עַל הַיַּיִן וּבְבִרְכַּת הַמָּזוֹן אֵין מְבָרְכִין עַד לְאַחַר שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת וי"ל דְּהֵיכִי נַעֲבִיד אִם נְבָרֵךְ קֹודֶם בִּרְכַּת הַמָּזוֹן א"כ יְהֵא בִּרְכַּת הַמָּזוֹן הֶיסַּח הַדַּעַת דְּבִשְׁלָמָא בִּשְׁאָר בְּרָכוֹת לָא עָקַר נַפְשֵׁיהּ מִשְּׁתִיָּה דִּבְקִדּוּשׁ הָיָה רוֹצֶה לֶאֱכֹול וּבְהַבְדָּלָה הָיָה רוֹצֶה לִשְׁתּוֹת אֲבָל בְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן עָקַר נַפְשֵׁיהּ מִשְּׁתִיָּה:
Si tu demandes : dans ce cas, une décision halakhique en contredit une autre, car dans l'épisode de Rabbi Yehochoua au four d'Akhnai la halakha est fixée comme Rabbi Yehochoua, et par ailleurs la halakha est fixée comme Beth Hillel. On peut répondre : c'est précisément là-bas qu'il a dit que l'on ne tient pas compte d'une bat qol, parce que la bat qol allait contre la majorité et que la Tora a déjà dit « suis la majorité » (Chemot 23,2) ; alors qu'ici Beth Hillel formaient la majorité. Bien que la guemara invoque ici Rabbi Yehochoua, quoique les cas ne se ressemblent pas, puisque la-bas la bat qol allait contre la majorité, ce tana va plus loin que Rabbi Yehochoua : il tient que l'on ne tient pas compte d'une bat qol même lorsque la majorité l'appuie, puisque Beth Chammai avaient l'esprit plus pénétrant. Et si tu demandes : pourquoi, au qidouch et à la havdala, bénit-on d'abord sur le vin, tandis qu'à la Birkat Hamazon on ne bénit sur le vin qu'après les trois bénédictions ? On peut répondre : que ferions-nous ? Si nous bénissions sur le vin avant la Birkat Hamazon, la Birkat Hamazon constituerait une interruption d'attention (hessah hada'at). Pour les autres bénédictions, en effet, il ne s'est pas détourné de la boisson : au qidouch il voulait manger, et à la havdala il voulait boire ; mais lors de la Birkat Hamazon il s'est détourné de la boisson.
💡 Explication

Ce segment achève la Tossefta citée à la fin du daf précédent. Elle évoque celui qui continue de suivre Beth Chammai après la bat qol (voix céleste) qui a proclamé que la halakha suit Beth Hillel. La guemara identifie l'auteur de cette position : Rabbi Yehochoua, celui qui, au four d'Akhnai, a repoussé la bat qol par le verset « elle n'est pas dans le ciel ».

Tossefot soulève la difficulté de fond : la halakha suit à la fois Rabbi Yehochoua et Beth Hillel. Sa réponse distingue les deux bat qol par leur rapport à la majorité.

2
וְסָבְרִי בֵּית שַׁמַּאי דְּבִרְכַּת הַיּוֹם עֲדִיפָא? וְהָתַנְיָא: הַנִּכְנָס לְבֵיתוֹ בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת, מְבָרֵךְ עַל הַיַּיִן וְעַל הַמָּאוֹר וְעַל הַבְּשָׂמִים, וְאַחַר כָּךְ אוֹמֵר הַבְדָּלָה. וְאִם אֵין לוֹ אֶלָּא כּוֹס אֶחָד, מַנִּיחוֹ לְאַחַר הַמָּזוֹן וּמְשַׁלְשְׁלָן כֻּולָּן לְאַחֲרָיו.

Et Beth Chammai tiennent-ils que la bénédiction du jour a la priorité ? Mais on a enseigné : celui qui rentre chez lui à la sortie du Chabbat bénit sur le vin, sur la lumière et sur les aromates, puis il dit la havdala.

Et s'il n'a qu'une seule coupe, il la réserve pour après le repas et il enchaîne toutes les bénédictions après lui.

📜 Rachi (1)
וּמְשַׁלְשְׁלָן לְשׁוֹן שַׁלְשֶׁלֶת כְּלוֹמַר סוֹדְרָן לְאַחַר הַמָּזוֹן:
Terme dérivé de chalchelet (chaîne) : il les ordonne à la suite, après le repas.
🗂️ Tossefot (1)
מַנִּיחוֹ עַד לְאַחַר הַמָּזוֹן הָכָא מַשְׁמַע שֶׁמֻּותָּר לִטְעֹום קֹודֶם הַבְדָּלָה. תֵּימַהּ הָא אָמֵימָר בַּת טְווָת (ע"פ דַּף קז.) פִּי' לָן מְעֻונֶּה לְפִי שֶׁלֹּא הָיָה לוֹ יַיִן לְהַבְדִּיל עָלָיו. וְי"ל דְּשָׁאנֵי אָמֵימָר שֶׁהָיָה סָבוּר שֶׁיִּהְיֶה לוֹ כּוֹס לְמָחָר אוֹ מַחְמִיר עַל עַצְמוֹ הָיָה וְהָכָא שָׁאנֵי דְּקָסָבַר בִּרְכַּת הַמָּזוֹן טְעוּנָה כּוֹס וּלְכָךְ מַנִּיחוֹ לְבִרְכַּת הַמָּזוֹן:
Il ressort d'ici qu'il est permis de goûter avant la havdala. C'est étonnant, car Amemar a passé la nuit à jeun (Pessahim 107a) et il nous a expliqué qu'il était affamé parce qu'il n'avait pas de vin sur lequel faire la havdala. On peut répondre : le cas d'Amemar est différent, car il pensait avoir une coupe le lendemain, ou bien il se montrait rigoureux envers lui-même ; et ici c'est différent, car ce tana tient que la Birkat Hamazon exige une coupe, et c'est pourquoi il réserve la coupe pour la Birkat Hamazon.
💡 Explication

La michna a rapporté que, pour Beth Chammai, la bénédiction du jour précède celle du vin. La guemara oppose une beraita où l'ordre est inversé à la sortie du Chabbat : le vin vient en tête et la havdala en dernier.

Le cas de la coupe unique est le plus parlant : au lieu de faire la havdala tout de suite, on garde la coupe jusqu'à la fin du repas et l'on enchaîne (mechalchelan) Birkat Hamazon, vin, lumière, aromates et havdala sur cette même coupe.

3
וְהָא, מִמַּאי דְּבֵית שַׁמַּאי הִיא? דִּלְמָא בֵּית הִלֵּל הִיא?!

Mais cette beraita, d'où sait-on qu'elle est de Beth Chammai ? Peut-être est-elle de Beth Hillel ?!

📜 Rachi (1)
וּמִמַּאי דב"ש הִיא כוּ' אַלְמָא לב"ש מָאוֹר וְאַחַ"כּ בְּשָׂמִים וְכֵן בָּרַייְתָא נָמֵי מָאוֹר וְאַחַר כָּךְ בְּשָׂמִים קָאָמַר אַלְמָא ב"ש הִיא וְקָתָנֵי יַיִן בְּרֵישָׁא מִקַּמֵּי הַבְדָּלָה:
Il en ressort que, pour Beth Chammai, c'est la lumière puis les aromates ; et la beraita dit également la lumière puis les aromates. Il en ressort qu'elle est de Beth Chammai, et pourtant elle enseigne le vin en tête, avant la havdala.
4
לָא סָלְקָא דַעְתָּךְ, דְּקָתָנֵי מָאוֹר וְאַחַר כָּךְ בְּשָׂמִים, וּמַאן שָׁמְעַתְּ לֵיהּ דְּאִית לֵיהּ הַאי סְבָרָא — בֵּית שַׁמַּאי, דְּתַנְיָא אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: לֹא נֶחְלְקוּ בֵּית שַׁמַּאי וּבֵית הִלֵּל עַל הַמָּזוֹן שֶׁבִּתְחִלָּה וְעַל הַבְדָּלָה שֶׁהִיא בַּסּוֹף, עַל מַה נֶחְלְקוּ — עַל הַמָּאוֹר וְעַל הַבְּשָׂמִים. בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: מָאוֹר וְאַחַר כָּךְ בְּשָׂמִים, וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: בְּשָׂמִים וְאַחַר כָּךְ מָאוֹר.

Cela ne peut te venir à l'esprit, car il y est enseigné : la lumière puis les aromates. Et de qui as-tu entendu qu'il tient ce raisonnement ?

De Beth Chammai. Car on a enseigné : Rabbi Yehouda a dit : Beth Chammai et Beth Hillel n'ont pas divergé sur le repas, qui vient en premier, ni sur la havdala, qui vient en dernier.

Sur quoi ont-ils divergé ? Sur la lumière et sur les aromates.

Beth Chammai disent : la lumière puis les aromates ; et Beth Hillel disent : les aromates puis la lumière.

💡 Explication

L'identification passe par un détail d'ordre interne : la beraita place la lumière avant les aromates. Or, selon la Tossefta de Rabbi Yehouda, cet ordre précis est la marque de Beth Chammai, Beth Hillel tenant l'ordre inversé.

Il faut noter que, selon Rabbi Yehouda, les deux écoles s'accordent pour placer la Birkat Hamazon en tête et la havdala en fin. Leur désaccord se réduit aux deux bénédictions intermédiaires.

5
וּמִמַּאי דְּבֵית שַׁמַּאי הִיא וְאַלִּיבָּא דְּרַבִּי יְהוּדָה, דִּילְמָא בֵּית הִלֵּל הִיא וְאַלִּיבָּא דְּרַבִּי מֵאִיר?!

Et d'où sait-on qu'elle est de Beth Chammai selon Rabbi Yehouda ? Peut-être est-elle de Beth Hillel selon Rabbi Meir ?!

📜 Rachi (1)
וְדִילְמָא ב"ה הִיא וְאַלִּיבָּא דר"מ דִּתְנַן בְּמַתְנִיתִין בּ"ה אוֹמְרִים נֵר וּבְשָׂמִים וְאָמַר בַּגְּמָרָא ר"מ הִיא:
Car nous avons appris dans notre michna : Beth Hillel disent la lampe et les aromates ; et la guemara a dit qu'elle est de Rabbi Meir.
💡 Explication

L'objection est serrée. Le même ordre lumière puis aromates appartient à Beth Chammai dans la lecture de Rabbi Yehouda, mais à Beth Hillel dans la lecture de Rabbi Meir, laquelle est celle de notre michna. Le détail d'ordre ne suffit donc pas encore à trancher.

6
לָא סָלְקָא דַעְתָּךְ, דְּקָתָנֵי הָכָא בְּמַתְנִיתִין, בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: נֵר וּמָזוֹן בְּשָׂמִים וְהַבְדָּלָה, וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: נֵר וּבְשָׂמִים מָזוֹן וְהַבְדָּלָה, וְהָתָם בְּבָרַיְיתָא קָתָנֵי אִם אֵין לוֹ אֶלָּא כּוֹס אֶחָד, מַנִּיחוֹ לְאַחַר הַמָּזוֹן, וּמְשַׁלְשְׁלָן כֻּולָּן לְאַחֲרָיו. שְׁמַע מִינַּהּ דְּבֵית שַׁמַּאי הִיא וְאַלִּיבָּא דְּרַבִּי יְהוּדָה.

Cela ne peut te venir à l'esprit, car ici, dans notre michna, il est enseigné : Beth Chammai disent la lampe, le repas, les aromates et la havdala ; et Beth Hillel disent la lampe, les aromates, le repas et la havdala. Et là-bas, dans la beraita, il est enseigné : s'il n'a qu'une seule coupe, il la réserve pour après le repas et il enchaîne toutes les bénédictions après lui.

Apprends-en qu'elle est de Beth Chammai selon Rabbi Yehouda.

📜 Rachi (1)
לָא סָלְקָא דַעְתָּךְ לְאוֹקְמֵי בָּרַייְתָא כְּמַתְנִיתִין דְּמַתְנִי' קָתָנֵי מָזוֹן בְּאֶמְצַע וּבָרַיְיתָא קָתָנֵי מְשַׁלְשְׁלָן כֻּולָּן לְאַחֲרָיו כְּר' יְהוּדָה דְּאָמַר עַל הַמָּזוֹן שֶׁבַּתְּחִלָּה וּמִדְּקָתָנֵי לְרַבִּי יְהוּדָה מְאוֹר וְאַחַ"כּ בְּשָׂמִים בֵּית שַׁמַּאי הִיא:
D'établir la beraita comme notre michna. Car notre michna enseigne le repas au milieu, tandis que la beraita enseigne qu'il enchaîne toutes les bénédictions après lui, à la manière de Rabbi Yehouda qui dit que le repas vient en premier ; et puisque, selon Rabbi Yehouda, il est enseigné la lumière puis les aromates, c'est Beth Chammai.
💡 Explication

Le départ se fait sur la place de la Birkat Hamazon. Selon Rabbi Meir, dans notre michna, elle se situe au milieu de la série, aussi bien pour Beth Chammai que pour Beth Hillel. La beraita, elle, place toutes les bénédictions après le repas, ce qui correspond à la lecture de Rabbi Yehouda.

7
וּמִכָּל מָקוֹם קַשְׁיָא. קָא סָבְרִי בֵּית שַׁמַּאי שָׁאנֵי עַיּוֹלֵי יוֹמָא מֵאַפּוֹקֵי יוֹמָא. עַיּוֹלֵי יוֹמָא, כַּמָּה דְּמַקְדְּמִינַן לֵיהּ עֲדִיף. אִפּוּקֵי יוֹמָא, כַּמָּה דִּמְאַחֲרִינַן לֵיהּ עֲדִיף, כִּי הֵיכִי דְּלָא לֶהֱוֵי עֲלַן כְּמַשּׂוֹי.

Et malgré tout la difficulté demeure. Beth Chammai tiennent que l'entrée du jour diffère de sa sortie.

L'entrée du jour : plus on l'avance, mieux c'est. La sortie du jour : plus on la retarde, mieux c'est, afin qu'il ne soit pas sur nous comme une charge.

📜 Rachi (2)
ומ"מ קַשְׁיָא דְּבִרְכַּת הַיַּיִן קָדְמָה לְהַבְדָּלָה:
Car la bénédiction du vin y précède la havdala.
קִדּוּשׁ עִיּוּלֵי הוּא וְהַבְדָּלָה אִפּוּקֵי הִיא:
Le qidouch relève de l'entrée du jour, et la havdala de sa sortie.
💡 Explication

La beraita est bien de Beth Chammai, et la contradiction reste entière : au qidouch, Beth Chammai font passer la bénédiction du jour avant celle du vin ; à la havdala, ils font passer le vin avant.

La réponse distingue les deux moments. À l'entrée du jour, on cherche à l'accueillir au plus tôt, donc le qidouch passe en tête. À la sortie, on cherche à le prolonger, donc on repousse la havdala derrière la bénédiction du vin. Le motif donné est que le jour ne doit pas peser comme une charge dont on se hâte de se défaire.

🖼️ Schéma
Entrée du jour et sortie du jour Chabbat Entrée : on avance Qidouch en tête Sortie : on retarde Havdala en dernier Afin que le jour ne pèse pas comme une charge
Le principe qui résout la contradiction : on avance ce qui fait entrer le jour, on retarde ce qui le fait sortir.
8
וְסָבְרִי בֵּית שַׁמַּאי בִּרְכַּת הַמָּזוֹן טְעוּנָה כּוֹס? וְהָא תְנַן: בָּא לָהֶם יַיִן לְאַחַר הַמָּזוֹן, אִם אֵין שָׁם אֶלָּא אוֹתוֹ כּוֹס, בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: מְבָרֵךְ עַל הַיַּיִן וְאַחַר כָּךְ מְבָרֵךְ עַל הַמָּזוֹן, מַאי לָאו דִּמְבָרֵךְ עִילָּוֵיהּ וְשָׁתֵי לֵיהּ? לֹא, דִּמְבָרֵךְ עִילָּוֵיהּ וּמַנַּח לֵיהּ.

Et Beth Chammai tiennent-ils que la Birkat Hamazon exige une coupe ? Mais nous avons appris : du vin leur est arrivé après le repas ; s'il n'y a là que cette seule coupe, Beth Chammai disent : il bénit sur le vin, puis il bénit sur le repas.

N'est-ce pas qu'il bénit dessus et le boit ? Non : il bénit dessus et le pose.

📜 Rachi (5)
בְּרָכָה טְעוּנָה כּוֹס בִּרְכַּת הַמָּזוֹן דְּקָתָנֵי מַנִּיחוֹ לְאַחַר הַמָּזוֹן:
La Birkat Hamazon, puisqu'il est enseigné qu'il réserve la coupe pour après le repas.
וְהִתְנָן מַתְנֵי' בְּפִרְקִין:
Une michna de notre chapitre.
בָּא לָהֶן כָּל יְמוֹת הַשָּׁנָה קָאָמַר:
Il parle de tous les jours de l'année.
אַחַר הַמָּזוֹן וּבְתוֹךְ הַמָּזוֹן לֹא בָּא לָהֶם וּכְשֶׁגָּמְרוּ סְעֻודָּתָם בָּא לָהֶם לִפְנֵי בִּרְכַּת הַמָּזוֹן:
Pendant le repas il ne leur en était pas arrivé ; et lorsqu'ils ont achevé leur repas il leur en est arrivé, avant la Birkat Hamazon.
מַאי לַָאו דְּשָׁתֵי לֵיהּ וה"ק ב"ש אִם רָצָה מְבָרֵךְ עַל הַיַּיִן וְשׁוֹתֵהוּ וְאֵין צָרִיךְ לְהַנִּיחוֹ לְבִרְכַּת הַמָּזוֹן:
Beth Chammai veulent dire : s'il le souhaite, il bénit sur le vin et le boit, et il n'a pas besoin de le réserver pour la Birkat Hamazon.
💡 Explication

Toute la discussion précédente supposait que, pour Beth Chammai, la Birkat Hamazon exige une coupe de vin : c'est pourquoi on garde l'unique coupe jusqu'après le repas. La guemara oppose une michna où Beth Chammai laissent bénir sur le vin d'abord.

La réponse joue sur un seul mot : bénir sur la coupe ne signifie pas la vider. Il prononce la bénédiction du vin, puis pose la coupe pour s'en servir à la Birkat Hamazon. Cette réponse va devoir affronter trois objections successives.

9
וְהָאָמַר מָר הַמְבָרֵךְ צָרִיךְ שֶׁיִּטְעֹום! — דִּטְעֵים לֵיהּ. וְהָאָמַר מָר טְעָמוֹ פְּגָמוֹ! — דִּטְעֵים לֵיהּ בִּידֵיהּ.

Mais le Maître n'a-t-il pas dit : celui qui bénit doit goûter ! — Il en goûte. Mais le Maître n'a-t-il pas dit : l'avoir goûté l'a rendu défectueux ! — Il en goûte avec sa main.

📜 Rachi (1)
טַעְמוֹ פְּגָמוֹ לְבִרְכַּת הַמָּזוֹן וְלִקְדוֹשׁ וּלְהַבְדָּלָה בְּפֶרֶק עַרְבֵי פְּסָחִים (פְּסָחִים ד' קה:):
Pour la Birkat Hamazon, pour le qidouch et pour la havdala, au chapitre Arve Pessahim (Pessahim 105b).
🗂️ Tossefot (1)
טַעְמוֹ פְּגָמוֹ פרשב"ם דַּוְקָא לְקִדּוּשׁ וּלְהַבְדָּלָה צָרִיךְ שֶׁלֹּא יְהֵא פָּגוּם אֲבָל לִשְׁתּוֹת צָרִיךְ לְבָרֵךְ עָלָיו אע"פ שֶׁהוּא פָּגוּם דְּאָסוּר לֵיהָנוֹת מִן העוה"ז בְּלֹא בְּרָכָה וְקִדּוּשׁ וְהַבְדָּלָה נָמֵי לָא אֲמַרַן אֶלָּא בִּמְקוֹם דְּאֶפְשָׁר אֲבָל אִי אֶפְשָׁר מְבָרֵךְ אַפֵּי' אַפָּגוּם וְנוֹתֵן לְתוֹכוֹ מַיִם כִּדְאִיתָא בִּירוּשַׁלְמִי רַבִּי יוֹנָה טְעִים אַכָּסָא וּמְתַקֵּן לֵיהּ פִּי' לְאַחַר שֶׁשָּׁתָה מִמֶּנּוּ הוֹסִיף עָלָיו כָּל שֶׁהוּא מַיִם אוֹ יַיִן וְהָיָה מְבָרֵךְ עָלָיו:
Le Rachbam a expliqué : c'est précisément pour le qidouch et la havdala qu'il faut un vin qui ne soit pas pagoum (défectueux) ; mais pour boire, il faut bénir dessus même s'il est pagoum, car il est interdit de tirer profit de ce monde sans bénédiction. Et pour le qidouch et la havdala aussi, cela n'a été dit que là où c'est possible ; mais si ce n'est pas possible, il bénit même sur un vin pagoum et il y ajoute de l'eau, comme il est rapporté dans le Talmud de Jérusalem : Rabbi Yona goûtait la coupe puis la remettait en état, c'est-à-dire qu'après en avoir bu il y ajoutait un peu d'eau ou de vin, et il bénissait dessus.
💡 Explication

Deux règles se heurtent. D'une part, celui qui bénit doit goûter, sans quoi la bénédiction reste sans objet. D'autre part, un vin dont on a bu directement à la coupe devient pagoum (défectueux) et ne convient plus comme coupe de bénédiction.

La solution est technique : il prend un peu de vin dans le creux de sa main et le goûte de là, ce qui satisfait à la première règle sans rendre la coupe pagouma.

10
וְהָאָמַר מָר כּוֹס שֶׁל בְּרָכָה צָרִיךְ שִׁעוּר, וְהָא קָא פָּחֵית לֵיהּ מִשִּׁיעוּרֵיהּ! — דִּנְפִישׁ לֵיהּ טְפֵי מִשִּׁיעוּרֵיהּ.

Mais le Maître n'a-t-il pas dit : la coupe de bénédiction exige une mesure, et voilà qu'il la réduit en dessous de sa mesure ! — Elle en contient plus que sa mesure.

11
וְהָא אִם אֵין שָׁם אֶלָּא אוֹתוֹ כּוֹס קָתָנֵי! — תְּרֵי לָא הָוֵי וּמֵחַד נְפִישׁ.

Mais il est enseigné : s'il n'y a là que cette seule coupe ! — Il n'y en a pas deux, mais il y a plus d'une.

💡 Explication

La formule de la michna, cette seule coupe, semblait exclure tout surplus. La guemara la lit autrement : elle indique qu'il n'y a pas de quoi remplir deux coupes complètes, tout en laissant place à un volume supérieur à la mesure d'une seule.

12
וְהָא תָּנֵי רַבִּי חִייָּא: בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים מְבָרֵךְ עַל הַיַּיִן וְשׁוֹתֵהוּ וְאַחַר כָּךְ מְבָרֵךְ בִּרְכַּת הַמָּזוֹן! אֶלָּא תְּרֵי תַּנָּאֵי, וְאַלִּיבָּא דְּבֵית שַׁמַּאי.

Mais Rabbi Hiya a enseigné : Beth Chammai disent : il bénit sur le vin et le boit, puis il dit la Birkat Hamazon ! Il faut donc dire : deux tanaim, selon Beth Chammai.

📜 Rachi (1)
ה"ג אֶלָּא תְּרֵי תַנָּאֵי אַלִּיבָּא דב"ש תַּנָּא דְּמַתְנִי' וְתַנָּא דָּר' חַיָּיא תַּנָּא דְּרַבִּי חַייָּא אַלִּיבָּא דב"ש אָמַר אֵין בְּרָכָה טְעוּנָה כּוֹס וְתַנָּא דְּמַתְנִיתִין דִּלְעֵיל דְּרַבִּי יְהוּדָה אַלִּיבָּא דב"ש סָבַר בְּרָכָה טְעוּנָה כּוֹס:
Voici la leçon : le tana de notre michna et le tana de Rabbi Hiya. Le tana de Rabbi Hiya, selon Beth Chammai, dit que la Birkat Hamazon n'exige pas de coupe ; et le tana de l'enseignement cité plus haut, celui de Rabbi Yehouda, tient selon Beth Chammai que la Birkat Hamazon exige une coupe.
💡 Explication

La beraita de Rabbi Hiya dit explicitement ce que la guemara avait écarté : il bénit sur le vin et le boit. La lecture harmonisante devient impossible.

La conclusion abandonne l'unification : deux tanaim transmettent Beth Chammai de façon divergente, l'un exigeant une coupe pour la Birkat Hamazon, l'autre non.

13
בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים וְכוּ׳.

« Beth Chammai disent... », etc.

14
תָּנוּ רַבָּנַן, בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: נוֹטְלִין לַיָּדַיִם וְאַחַר כָּךְ מוֹזְגִין אֶת הַכּוֹס, שֶׁאִם אַתָּה אוֹמֵר מוֹזְגִין אֶת הַכּוֹס תְּחִלָּה, גְּזֵרָה שְׁמָא יִטָּמְאוּ מַשְׁקִין שֶׁאֲחוֹרֵי הַכּוֹס מֵחֲמַת יָדָיו, וְיַחְזְרוּ וִיטַמְּאוּ אֶת הַכּוֹס.

Nos maîtres ont enseigné : Beth Chammai disent : on se lave les mains puis on mélange la coupe ; car si tu dis que l'on mélange d'abord la coupe, il y a un décret de crainte que les liquides se trouvant au dos de la coupe ne deviennent impurs à cause de ses mains, et qu'ils ne rendent à leur tour la coupe impure.

📜 Rachi (1)
גְּזֵרָה שֶׁמָּא יִטָּמְאוּ מַשְׁקִין שֶׁנָּפְלוּ בַּאֲחוֹרֵי הַכּוֹס מֵחֲמַת יָדַיִם דִּתְנַן (פָּרָה פ"ח מ"ז) כָּל הַפּוֹסֵל אֶת הַתְּרוּמָה מְטַמֵּא מַשְׁקִים לִהְיוֹת תְּחִלָּה וְיַחְזְרוּ וִיטַמְּאוּ אֶת הַכּוֹס וב"ש סָבְרִי אָסוּר לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בְּכוֹס שֶׁאֲחוֹרָיו טְמֵאוֹת כְּדִלְקַמָּן:
Des liquides tombés au dos de la coupe à cause des mains. Car nous avons appris (Para 8,7) : tout ce qui invalide la terouma rend les liquides impurs au point d'être tehila (premier degré), et ils rendront à leur tour la coupe impure. Et Beth Chammai tiennent qu'il est interdit de se servir d'une coupe dont le dos est impur, comme il ressort plus loin.
💡 Explication

La michna passe à une nouvelle divergence : l'ordre entre la netilat yadayim (lavage des mains) et la mezigat hakos (mélange du vin avec de l'eau). La Tossefta donne la raison de chaque école.

Beth Chammai raisonnent ainsi : des mains non lavées ont statut de cheni (deuxième degré d'impureté). Si l'on mélange la coupe avant de se laver, les gouttes qui coulent sur le dos de la coupe recevront cette impureté et la transmettront à la coupe elle-même. Il faut donc laver d'abord.

15
וְלִיטְּמוּ יָדַיִם לְכוֹס!

Mais que les mains rendent directement la coupe impure !

📜 Rachi (1)
וְלִיטְּמוּ יָדַיִם לְכוֹס לָמָּה לֵיהּ דְּקָאָמַר מַשְׁקִין שֶׁאֲחוֹרֵי הַכּוֹס בְּלֹא מַשְׁקִין נָמֵי מְטַמּוּ יָדַיִם לְכוֹס:
Pourquoi a-t-il besoin de parler des liquides au dos de la coupe ? Même sans liquides, les mains rendraient la coupe impure.
16
יָדַיִם שְׁנִיּוֹת הֵן, וְאֵין שֵׁנִי עוֹשֶׂה שְׁלִישִׁי בְּחֻולִּין אֶלָּא עַל יְדֵי מַשְׁקִין.

Les mains ont statut de cheni (deuxième degré), et un cheni ne produit pas de chelichi (troisième degré) dans le houlin, si ce n'est par l'intermédiaire de liquides.

📜 Rachi (1)
אֶלָּא ע"י מַשְׁקִין שֶׁהַמַּשְׁקִין נַעֲשִׂין רִאשׁוֹנִים מִדְּרַבָּנָן וא"ת כְּלִי אֵינוֹ מְקַבֵּל טֻומְאָה אֶלָּא מֵאַב הַטֻּומְאָה הָנֵי מִילֵּי מִדְּאוֹרַייְתָּא וַחֲכָמִים גָּזְרוּ שֶׁיְּהוּ מַשְׁקִים רִאשׁוֹנִים מְטַמְּאִים כְּלִי גְּזֵרָה מִשּׁוּם מַשְׁקִים זָב וְזָבָה שֶׁהֵן אֲבוֹת הַטֻּומְאָה כְּגוֹן רֻוקּוֹ וּמֵימֵי רַגְלָיו:
Car les liquides deviennent richonim (premier degré) par décret rabbinique. Et si tu demandes : un ustensile ne reçoit l'impureté que d'un av hatoum'a (père d'impureté) ! Cela vaut selon la Tora ; mais les Sages ont décrété que des liquides du premier degré rendent un ustensile impur, par décret à cause des liquides du zav et de la zava, qui sont eux-mêmes des avot hatoum'a, comme sa salive et son urine.
💡 Explication

Réponse à l'objection précédente. Dans le houlin (aliments profanes), la chaîne d'impureté s'arrête au deuxième degré : un cheni ne crée pas de chelichi. Les mains ne peuvent donc pas contaminer la coupe directement.

Les liquides font exception. Par décret rabbinique, un liquide touché par un cheni devient richon (premier degré), et un richon peut rendre un ustensile impur. Le détour par les gouttes du dos de la coupe n'est donc pas un détail de style, il est le seul chemin possible de la contamination.

🖼️ Schéma
Pourquoi passer par les liquides Mains = cheni Chelichi dans le houlin bloque Mains = cheni Liquides = richon (décret) La coupe est impure passe
Le chemin direct est bloqué dans le houlin ; le décret sur les liquides rouvre la chaîne.
17
וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: מוֹזְגִין אֶת הַכּוֹס וְאַחַר כָּךְ נוֹטְלִין לַיָּדַיִם. שֶׁאִם אַתָּה אוֹמֵר נוֹטְלִין לַיָּדַיִם תְּחִלָּה, גְּזֵרָה שֶׁמָּא יִטָּמְאוּ מַשְׁקִין שֶׁבַּיָּדַיִם מֵחֲמַת הַכּוֹס, וְיַחְזְרוּ וִיטַמְּאוּ אֶת הַיָּדַיִם.

Et Beth Hillel disent : on mélange la coupe puis on se lave les mains ; car si tu dis que l'on se lave d'abord les mains, il y a un décret de crainte que les liquides restés sur les mains ne deviennent impurs à cause de la coupe, et qu'ils ne rendent à leur tour les mains impures.

📜 Rachi (1)
וב"ה אוֹמְרִים כו' בַּתּוֹסֶפְתָּא ה"ג לָהּ וב"ה אוֹמְרִים אֲחוֹרֵי הַכּוֹס לְעוֹלָם טְמֵאִים דָּבָר אַחֵר תֵּכֶף לנט"י סְעוּדָה לְמַאי דְּחָיְישִׁיתוּ שֶׁלֹּא יְטַמְּאוּ הַיָּדַיִם אֶת אֲחוֹרֵי הַכּוֹס לָאו חֲשָׁשָׁא הִיא שֶׁאֲפִילּוּ לְכַתְּחִלָּה מֻותָּר לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בִּכְלִי שֶׁאֲחוֹרָיו טְמֵאִים וְתוֹכוֹ טָהוֹר כְּגוֹן זֶה שֶׁמְּטַמֵּא אֲחוֹרָיו מֵחֲמַת מַשְׁקִין דְּאָמְרִינַן בֵּיהּ בִּשְׁמַעְתִּין תּוֹכוֹ טָהוֹר הִלְכָּךְ מוֹזְגִין וְשׁוֹתִין אֶת הַכּוֹס תְּחִלָּה קֹודֶם נְטִילָה שֶׁאִם אַתָּה אוֹמֵר נוֹטְלִין לַיָּדַיִם תְּחִלָּה שֶׁמָּא יְהוּ אֲחוֹרֵי הַכּוֹס טְמֵאִין גְּזֵרָה שֶׁמָּא לֹא יְהוּ הַיָּדַיִם נְגוּבוֹת יָפֶה מִמֵּי הַנְּטִילָה וִיטַמְּאוּ הַמַּשְׁקִין שֶׁבַּיָּדַיִם מֵחֲמַת כּוֹס וְהֵן נַעֲשִׂים תְּחִלָּה וְיַחְזְרוּ וִיטַמְּאוּ אֶת הַיָּדַיִם וְנִמְצָא אוֹכֵל בְּיָדַיִם מְסֹואָבוֹת:
Dans la Tossefta, voici la leçon : et Beth Hillel disent : le dos de la coupe est de toute façon impur ; autre raison : le repas doit suivre immédiatement la netilat yadayim. Quant à ce que vous craignez, que les mains ne rendent impur le dos de la coupe, ce n'est pas une crainte fondée, car il est permis même a priori de se servir d'un ustensile dont le dos est impur et l'intérieur pur, comme celui-ci dont le dos a été rendu impur par des liquides et dont nous disons dans notre sougya que l'intérieur est pur. Par conséquent, on mélange et on boit la coupe d'abord, avant la netila ; car si tu dis que l'on se lave d'abord les mains, alors que le dos de la coupe est peut-être impur, il y a un décret de crainte que les mains ne soient pas bien sèches de l'eau de la netila : les liquides restés sur les mains deviendraient impurs à cause de la coupe, ils deviendraient premier degré et rendraient à leur tour les mains impures, et il se trouverait manger avec des mains souillées.
🗂️ Tossefot (1)
גְּזֵרָה שֶׁמָּא יִטָּמְאוּ מַשְׁקִין שֶׁבַּיָּדַיִם אֲבָל בְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה לֵיכָּא לְמֵיחַשׁ שֶׁהֲרֵי אָדָם מְנַגֵּב יָדָיו יָפֶה קֹודֶם אֲכִילָה כִּדְאָמְרִי' הָאוֹכֵל בְּלֹא נִיגּוּב יָדַיִם וְכוּ' אֲבָל בִּשְׁתִיָּה אֵין אָדָם מְדַקְדֵּק לְנַגֵּב יָדָיו כָּל כָּךְ:
Mais au cours du repas il n'y a pas lieu de craindre, car on s'essuie bien les mains avant de manger, comme nous disons : celui qui mange sans s'essuyer les mains, etc. ; tandis que pour boire, on ne prend pas autant soin de s'essuyer les mains.
💡 Explication

Beth Hillel partent d'une donnée inverse : le dos d'une coupe est présumé impur, et cela ne gêne pas puisqu'un ustensile dont seul le dos est impur reste utilisable. Le danger se trouve ailleurs.

Si l'on se lave les mains d'abord, il y reste de l'eau. Cette eau, au contact du dos de la coupe, devient richon et rend les mains impures juste avant le repas. Il vaut donc mieux mélanger et boire la coupe avant la netila.

18
וְנִיטַּמֵּי כּוֹס לַיָּדַיִם! — אֵין כְּלִי מְטַמֵּא אָדָם.

Mais que la coupe rende directement les mains impures ! — Un ustensile ne rend pas une personne impure.

📜 Rachi (2)
וְנִטַמֵּי כּוֹס לַיָּדַיִם לָמָּה לִי מַשְׁקִין בְּיָדַיִם אַפֵּי' יָדַיִם נְגוּבוֹת נָמֵי יְטַמֵּא כּוֹס לַיָּדַיִם וְכֵיוָן דְּהָכִי הוּא נְהִי נָמֵי דִּבְכוֹס שֶׁלִּפְנֵי הַמָּזוֹן עֲבִיד ב"ה תַּקַּנְתָּא דְּשׁוֹתֵהוּ קֹודֶם נְטִילָה כּוֹסוֹת הַבָּאִין בְּתוֹךְ הַמָּזוֹן מַה תְּהֵא עֲלֵיהֶן הֲלֹא מְטַמְּאִין אֶת הַיָּדַיִם:
Pourquoi ai-je besoin de liquides sur les mains ? Même avec des mains sèches, la coupe les rendrait impures. Et s'il en est ainsi, même si, pour la coupe qui précède le repas, Beth Hillel ont trouvé un remède en la buvant avant la netila, qu'en sera-t-il des coupes que l'on apporte au cours du repas ? Elles rendraient bien les mains impures !
אֵין כְּלִי מְטַמֵּא אָדָם כְּלוֹמַר כְּלִי כָּזֶה שֶׁנִּטְמָא בִּוְלַד הַטֻּומְאָה אֵינוֹ מְטַמֵּא אֶת הַיָּדַיִם דקיי"ל כְּרַבָּנַן דִּפְלִיגִי עֲלֵיהּ דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בְּמַסֶּכֶת יָדַיִם (פ"ג מ"א) בְּכֵלִים שֶׁנִּטְמְאוּ בְּמַשְׁקִין וְאוֹמֵר אֶת שֶׁנִּטְמָא בְּאַב הַטֻּומְאָה מְטַמֵּא אֶת הַיָּדַיִם וְשֶׁנִּטְמָא בִּוְלַד הַטֻּומְאָה אֵינוֹ מְטַמֵּא אֶת הַיָּדַיִם שֶׁאֵין שֵׁנִי עוֹשֶׂה שֵׁנִי ואע"פ שֶׁהַסֵּפֶר מְטַמֵּא אֶת הַיָּדַיִם אֵין לְמֵדִים הֵימֶנּוּ הִלְכָּךְ כּוֹסוֹת שֶׁבְּתוֹךְ הַמָּזוֹן שֶׁהַיָּדַיִם נִגּוּבִין אֵינָן מְטַמְּאִין אֶת הַיָּדַיִם וְאִם תֹּאמַר פְּעָמִים שֶׁיֵּשׁ מַשְׁקִין תַּבְשִׁיל טוֹפֵחַ עַל הַיָּדַיִם אֵין תּוֹרַת מַשְׁקִין עָלָיו אֶלָּא תּוֹרַת אֹוכֶל:
C'est-à-dire qu'un ustensile de ce genre, rendu impur par un valad hatoum'a (dérivé d'impureté), ne rend pas les mains impures. Car la halakha est fixée comme les Sages qui divergent de Rabbi Yehochoua dans le traité Yadayim (3,1) au sujet des ustensiles rendus impurs par des liquides. Il dit : ce qui a été rendu impur par un av hatoum'a rend les mains impures, et ce qui a été rendu impur par un valad hatoum'a ne rend pas les mains impures, car un cheni ne produit pas de cheni. Et bien que le rouleau des Écritures rende les mains impures, on n'en tire pas de déduction. Par conséquent, les coupes apportées au cours du repas, les mains étant sèches, ne rendent pas les mains impures. Et si tu demandes : il arrive qu'un liquide de mets humecte les mains ! Il n'a pas le statut de liquide mais le statut d'aliment.
💡 Explication

Même structure d'objection que précédemment, en sens inverse : pourquoi passer par l'eau restée sur les mains ? La réponse énonce une règle générale : un ustensile ne rend pas une personne impure, du moins lorsqu'il tient son impureté d'un dérivé et non d'un av hatoum'a.

Rachi tire la conséquence pratique : les coupes que l'on apporte pendant le repas, les mains étant alors sèches, ne posent aucun problème.

19
וְנִיטַּמֵּי לְמַשְׁקִין שֶׁבְּתוֹכוֹ! — הָכָא בִּכְלִי שֶׁנִּטְמְאוּ אֲחוֹרָיו בְּמַשְׁקִין עָסְקִינַן, דְּתוֹכוֹ טָהוֹר וְגַבּוֹ טָמֵא. דִּתְנַן: כְּלִי שֶׁנִּטְמְאוּ אֲחוֹרָיו בְּמַשְׁקִין אֲחוֹרָיו טְמֵאִים

Mais qu'elle rende impurs les liquides qui se trouvent à l'intérieur ! — Ici, nous traitons d'un ustensile dont le dos a été rendu impur par des liquides : son intérieur est pur et son dos impur. Car nous avons appris : un ustensile dont le dos a été rendu impur par des liquides, son dos est impur

📜 Rachi (3)
כְּלִי שֶׁנִּטְמְאוּ אֲחוֹרָיו בְּמַשְׁקִין בִּכְלִי שֶׁטֶף קָאָמַר דְּאִילּוּ כְּלֵי חֶרֶס אֵין מְטַמְּאִין מִגַּבָּן אֲפִילּוּ בְּטֻומְאָה דְּאוֹרָיְיתָא:
Il parle d'un ustensile rinçable (kli chetef) ; car les ustensiles de terre ne contractent pas l'impureté par leur dos, même pour une impureté de la Tora.
שֶׁנִּטְמְאוּ אֲחוֹרָיו בְּמַשְׁקִין אֵין לְךָ מַשְׁקֶה שֶׁאֵינוֹ רִאשׁוֹן לְטֻומְאָה שֶׁאַף אִם נָגַע בִּשְׁנֵי עֲשָׂאוּהוּ חֲכָמִים תְּחִלָּה:
Il n'est pas de liquide qui ne soit premier degré d'impureté : même s'il n'a touché qu'un cheni, les Sages en ont fait un tehila (premier degré).
אֲחוֹרָיו טְמֵאִין אַף עַל פִּי שֶׁאֵין אָדָם וְכֵלִים מְקַבְּלִין טֻומְאָה מִן הַתּוֹרָה אֶלָּא מֵאַב הַטֻּומְאָה גָּזְרוּ חֲכָמִים שֶׁיְּהוּ מַשְׁקִין מְטַמְּאִין כֵּלִים מִפְּנֵי שֶׁמָּצִינוּ מַשְׁקֶה שֶׁהוּא אַב הַטֻּומְאָה לְטַמֵּא אָדָם וְכֵלִים מה"ת כְּגוֹן זוֹבוֹ שֶׁל זָב וְרֻוקּוֹ וּמֵימֵי רַגְלָיו גָּזְרוּ עַל כָּל הַמַּשְׁקִין טְמֵאִין שֶׁיִּטָּמְאוּ כֵּלִים:
Bien que les personnes et les ustensiles ne reçoivent d'impureté, selon la Tora, que d'un av hatoum'a, les Sages ont décrété que les liquides rendent les ustensiles impurs, parce que nous trouvons un liquide qui est av hatoum'a et rend impurs personnes et ustensiles selon la Tora, comme l'écoulement du zav, sa salive et son urine ; ils ont donc décrété sur tous les liquides impurs qu'ils rendent les ustensiles impurs.
💡 Explication

Dernière objection du daf : si le dos de la coupe est impur, pourquoi le vin qu'elle contient ne le devient-il pas ? La réponse repose sur une règle propre à l'impureté d'origine rabbinique : lorsqu'un ustensile rinçable contracte l'impureté par des liquides, l'impureté reste cantonnée au dos.

La coupe se divise donc en deux zones de statut distinct : tokho tahor (intérieur pur) et gabo tame (dos impur). La michna de Kelim citée ici sera développée au début du folio suivant.

🖼️ Schéma
Un ustensile dont le dos seul est impur tokho tahor intérieur pur gabo tame dos impur (par liquides) Le dos impur ne contamine ni le contenu, ni la main qui tient la coupe.
Un ustensile rinçable rendu impur par des liquides : l'impureté ne franchit pas la paroi.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).