Sougya : Le daf s'ouvre sur la fin de la Tossefta précédente : celui qui suit Beth Chammai après la bat qol (voix céleste) qui a tranché comme Beth Hillel s'appuie sur Rabbi Yehochoua, pour qui on ne tient pas compte d'une bat qol. La guemara demande ensuite si Beth Chammai tiennent vraiment que la bénédiction du jour précède celle du vin : une beraita place le vin avant la havdala.
Après avoir établi, en deux étapes, que cette beraita est bien de Beth Chammai selon Rabbi Yehouda, la guemara résout la contradiction par une distinction entre l'entrée du jour, que l'on avance, et sa sortie, que l'on retarde. Vient alors une longue série d'objections sur la question de savoir si la Birkat Hamazon exige une coupe de vin selon Beth Chammai : le besoin de goûter, la coupe rendue défectueuse (pagoum), la mesure minimale, la formule « une seule coupe » ; la conclusion pose deux tanaim divergents au nom de Beth Chammai.
Le daf s'achève sur la michna du lavage des mains et du mélange de la coupe, expliquée par une Tossefta : chaque école craint une chaîne d'impureté de sens inverse, et la guemara précise les règles de tuma qui la commandent.
Et cela suit Rabbi Yehochoua, qui dit : on ne tient pas compte d'une bat qol (voix céleste).
Ce segment achève la Tossefta citée à la fin du daf précédent. Elle évoque celui qui continue de suivre Beth Chammai après la bat qol (voix céleste) qui a proclamé que la halakha suit Beth Hillel. La guemara identifie l'auteur de cette position : Rabbi Yehochoua, celui qui, au four d'Akhnai, a repoussé la bat qol par le verset « elle n'est pas dans le ciel ».
Tossefot soulève la difficulté de fond : la halakha suit à la fois Rabbi Yehochoua et Beth Hillel. Sa réponse distingue les deux bat qol par leur rapport à la majorité.
Et Beth Chammai tiennent-ils que la bénédiction du jour a la priorité ? Mais on a enseigné : celui qui rentre chez lui à la sortie du Chabbat bénit sur le vin, sur la lumière et sur les aromates, puis il dit la havdala.
Et s'il n'a qu'une seule coupe, il la réserve pour après le repas et il enchaîne toutes les bénédictions après lui.
La michna a rapporté que, pour Beth Chammai, la bénédiction du jour précède celle du vin. La guemara oppose une beraita où l'ordre est inversé à la sortie du Chabbat : le vin vient en tête et la havdala en dernier.
Le cas de la coupe unique est le plus parlant : au lieu de faire la havdala tout de suite, on garde la coupe jusqu'à la fin du repas et l'on enchaîne (mechalchelan) Birkat Hamazon, vin, lumière, aromates et havdala sur cette même coupe.
Mais cette beraita, d'où sait-on qu'elle est de Beth Chammai ? Peut-être est-elle de Beth Hillel ?!
Cela ne peut te venir à l'esprit, car il y est enseigné : la lumière puis les aromates. Et de qui as-tu entendu qu'il tient ce raisonnement ?
De Beth Chammai. Car on a enseigné : Rabbi Yehouda a dit : Beth Chammai et Beth Hillel n'ont pas divergé sur le repas, qui vient en premier, ni sur la havdala, qui vient en dernier.
Sur quoi ont-ils divergé ? Sur la lumière et sur les aromates.
Beth Chammai disent : la lumière puis les aromates ; et Beth Hillel disent : les aromates puis la lumière.
L'identification passe par un détail d'ordre interne : la beraita place la lumière avant les aromates. Or, selon la Tossefta de Rabbi Yehouda, cet ordre précis est la marque de Beth Chammai, Beth Hillel tenant l'ordre inversé.
Il faut noter que, selon Rabbi Yehouda, les deux écoles s'accordent pour placer la Birkat Hamazon en tête et la havdala en fin. Leur désaccord se réduit aux deux bénédictions intermédiaires.
Et d'où sait-on qu'elle est de Beth Chammai selon Rabbi Yehouda ? Peut-être est-elle de Beth Hillel selon Rabbi Meir ?!
L'objection est serrée. Le même ordre lumière puis aromates appartient à Beth Chammai dans la lecture de Rabbi Yehouda, mais à Beth Hillel dans la lecture de Rabbi Meir, laquelle est celle de notre michna. Le détail d'ordre ne suffit donc pas encore à trancher.
Cela ne peut te venir à l'esprit, car ici, dans notre michna, il est enseigné : Beth Chammai disent la lampe, le repas, les aromates et la havdala ; et Beth Hillel disent la lampe, les aromates, le repas et la havdala. Et là-bas, dans la beraita, il est enseigné : s'il n'a qu'une seule coupe, il la réserve pour après le repas et il enchaîne toutes les bénédictions après lui.
Apprends-en qu'elle est de Beth Chammai selon Rabbi Yehouda.
Le départ se fait sur la place de la Birkat Hamazon. Selon Rabbi Meir, dans notre michna, elle se situe au milieu de la série, aussi bien pour Beth Chammai que pour Beth Hillel. La beraita, elle, place toutes les bénédictions après le repas, ce qui correspond à la lecture de Rabbi Yehouda.
Et malgré tout la difficulté demeure. Beth Chammai tiennent que l'entrée du jour diffère de sa sortie.
L'entrée du jour : plus on l'avance, mieux c'est. La sortie du jour : plus on la retarde, mieux c'est, afin qu'il ne soit pas sur nous comme une charge.
La beraita est bien de Beth Chammai, et la contradiction reste entière : au qidouch, Beth Chammai font passer la bénédiction du jour avant celle du vin ; à la havdala, ils font passer le vin avant.
La réponse distingue les deux moments. À l'entrée du jour, on cherche à l'accueillir au plus tôt, donc le qidouch passe en tête. À la sortie, on cherche à le prolonger, donc on repousse la havdala derrière la bénédiction du vin. Le motif donné est que le jour ne doit pas peser comme une charge dont on se hâte de se défaire.
Et Beth Chammai tiennent-ils que la Birkat Hamazon exige une coupe ? Mais nous avons appris : du vin leur est arrivé après le repas ; s'il n'y a là que cette seule coupe, Beth Chammai disent : il bénit sur le vin, puis il bénit sur le repas.
N'est-ce pas qu'il bénit dessus et le boit ? Non : il bénit dessus et le pose.
Toute la discussion précédente supposait que, pour Beth Chammai, la Birkat Hamazon exige une coupe de vin : c'est pourquoi on garde l'unique coupe jusqu'après le repas. La guemara oppose une michna où Beth Chammai laissent bénir sur le vin d'abord.
La réponse joue sur un seul mot : bénir sur la coupe ne signifie pas la vider. Il prononce la bénédiction du vin, puis pose la coupe pour s'en servir à la Birkat Hamazon. Cette réponse va devoir affronter trois objections successives.
Mais le Maître n'a-t-il pas dit : celui qui bénit doit goûter ! — Il en goûte. Mais le Maître n'a-t-il pas dit : l'avoir goûté l'a rendu défectueux ! — Il en goûte avec sa main.
Deux règles se heurtent. D'une part, celui qui bénit doit goûter, sans quoi la bénédiction reste sans objet. D'autre part, un vin dont on a bu directement à la coupe devient pagoum (défectueux) et ne convient plus comme coupe de bénédiction.
La solution est technique : il prend un peu de vin dans le creux de sa main et le goûte de là, ce qui satisfait à la première règle sans rendre la coupe pagouma.
Mais le Maître n'a-t-il pas dit : la coupe de bénédiction exige une mesure, et voilà qu'il la réduit en dessous de sa mesure ! — Elle en contient plus que sa mesure.
Mais il est enseigné : s'il n'y a là que cette seule coupe ! — Il n'y en a pas deux, mais il y a plus d'une.
La formule de la michna, cette seule coupe, semblait exclure tout surplus. La guemara la lit autrement : elle indique qu'il n'y a pas de quoi remplir deux coupes complètes, tout en laissant place à un volume supérieur à la mesure d'une seule.
Mais Rabbi Hiya a enseigné : Beth Chammai disent : il bénit sur le vin et le boit, puis il dit la Birkat Hamazon ! Il faut donc dire : deux tanaim, selon Beth Chammai.
La beraita de Rabbi Hiya dit explicitement ce que la guemara avait écarté : il bénit sur le vin et le boit. La lecture harmonisante devient impossible.
La conclusion abandonne l'unification : deux tanaim transmettent Beth Chammai de façon divergente, l'un exigeant une coupe pour la Birkat Hamazon, l'autre non.
« Beth Chammai disent... », etc.
Nos maîtres ont enseigné : Beth Chammai disent : on se lave les mains puis on mélange la coupe ; car si tu dis que l'on mélange d'abord la coupe, il y a un décret de crainte que les liquides se trouvant au dos de la coupe ne deviennent impurs à cause de ses mains, et qu'ils ne rendent à leur tour la coupe impure.
La michna passe à une nouvelle divergence : l'ordre entre la netilat yadayim (lavage des mains) et la mezigat hakos (mélange du vin avec de l'eau). La Tossefta donne la raison de chaque école.
Beth Chammai raisonnent ainsi : des mains non lavées ont statut de cheni (deuxième degré d'impureté). Si l'on mélange la coupe avant de se laver, les gouttes qui coulent sur le dos de la coupe recevront cette impureté et la transmettront à la coupe elle-même. Il faut donc laver d'abord.
Mais que les mains rendent directement la coupe impure !
Les mains ont statut de cheni (deuxième degré), et un cheni ne produit pas de chelichi (troisième degré) dans le houlin, si ce n'est par l'intermédiaire de liquides.
Réponse à l'objection précédente. Dans le houlin (aliments profanes), la chaîne d'impureté s'arrête au deuxième degré : un cheni ne crée pas de chelichi. Les mains ne peuvent donc pas contaminer la coupe directement.
Les liquides font exception. Par décret rabbinique, un liquide touché par un cheni devient richon (premier degré), et un richon peut rendre un ustensile impur. Le détour par les gouttes du dos de la coupe n'est donc pas un détail de style, il est le seul chemin possible de la contamination.
Et Beth Hillel disent : on mélange la coupe puis on se lave les mains ; car si tu dis que l'on se lave d'abord les mains, il y a un décret de crainte que les liquides restés sur les mains ne deviennent impurs à cause de la coupe, et qu'ils ne rendent à leur tour les mains impures.
Beth Hillel partent d'une donnée inverse : le dos d'une coupe est présumé impur, et cela ne gêne pas puisqu'un ustensile dont seul le dos est impur reste utilisable. Le danger se trouve ailleurs.
Si l'on se lave les mains d'abord, il y reste de l'eau. Cette eau, au contact du dos de la coupe, devient richon et rend les mains impures juste avant le repas. Il vaut donc mieux mélanger et boire la coupe avant la netila.
Mais que la coupe rende directement les mains impures ! — Un ustensile ne rend pas une personne impure.
Même structure d'objection que précédemment, en sens inverse : pourquoi passer par l'eau restée sur les mains ? La réponse énonce une règle générale : un ustensile ne rend pas une personne impure, du moins lorsqu'il tient son impureté d'un dérivé et non d'un av hatoum'a.
Rachi tire la conséquence pratique : les coupes que l'on apporte pendant le repas, les mains étant alors sèches, ne posent aucun problème.
Mais qu'elle rende impurs les liquides qui se trouvent à l'intérieur ! — Ici, nous traitons d'un ustensile dont le dos a été rendu impur par des liquides : son intérieur est pur et son dos impur. Car nous avons appris : un ustensile dont le dos a été rendu impur par des liquides, son dos est impur
Dernière objection du daf : si le dos de la coupe est impur, pourquoi le vin qu'elle contient ne le devient-il pas ? La réponse repose sur une règle propre à l'impureté d'origine rabbinique : lorsqu'un ustensile rinçable contracte l'impureté par des liquides, l'impureté reste cantonnée au dos.
La coupe se divise donc en deux zones de statut distinct : tokho tahor (intérieur pur) et gabo tame (dos impur). La michna de Kelim citée ici sera développée au début du folio suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).