Berakhot 52b — La coupe, la serviette et les miettes : les craintes croisées de Beth Chammai et Beth Hillel, puis l'ordre des bénédictions de la havdala et la formule sur le feu

Berakhot 52b

Sougya : La fin du chapitre Elou Devarim achève les divergences de Beth Chammai et de Beth Hillel autour du repas. La guemara demande d'abord sur quoi porte réellement le désaccord du lavage des mains et du mélange de la coupe : Beth Chammai interdisent de se servir d'un ustensile dont le dos a été rendu impur par des liquides, par crainte des éclaboussures, tandis que Beth Hillel l'autorisent et craignent, eux, que la coupe ne rende impurs les liquides des mains, en ajoutant le principe tekhef le-netilat yadayim seuda.

Vient ensuite la Tossefta de la serviette : chaque école redoute une chaîne d'impureté de sens inverse, l'une vers les mains par le coussin, l'autre vers les aliments par la table de deuxième degré. Puis le balayage de la maison et les mayim aharonim, ou le statut du serviteur, talmid 'hakham ou am ha-arets, commande tout ; Rav Houna y tranche comme Beth Chammai, et Rabbi Ochaya enseigne l'inverse.

Le daf se poursuit par l'ordre des bénédictions à la sortie du Chabbat, avec la version de Rabbi Yehouda que suit l'usage, puis par la formule de la bénédiction sur le feu : bara ou boré, maor ou meoré. Il s'achève sur la lampe et les aromates des non-Juifs et la notion de feu qui a chômé.

Laver les mains d'avance ou mélanger la coupe d'avance ? BETH CHAMMAÏ BETH HILLEL 1. netilat yadayim 2. mélanger la coupe 1. mélanger la coupe 2. netilat yadayim Principe : il est INTERDIT de se servir d'une coupe dont le dos est impur par des liquides Crainte : les nitsotsot (éclaboussures) intérieur de la coupe -> dos -> liquides du dos -> mains impures Donc : mains lavées AVANT de toucher la coupe Pas de crainte inverse : la coupe est de toute façon hors d'usage. Principe : il est PERMIS de se servir d'une coupe dont le dos est impur (nitsotsot rares) Crainte : les liquides des mains dos de la coupe -> liquides restés sur les mains -> mains impures Donc : coupe manipulée AVANT le lavage Davar aher : tekhef le-netilat yadayim seuda le repas doit suivre le lavage sans intervalle. Nafka mina : peut-on se servir d'un ustensile dont le dos seul est impur ?
Segments 1 à 5 : les deux craintes symétriques autour de la coupe et des mains.
Où poser la serviette (mappa) après s'être essuyé les mains ? BETH CHAMMAÏ : sur la TABLE BETH HILLEL : sur le COUSSIN Ce qu'ils redoutent si elle est sur le coussin Ce qu'ils redoutent si elle est sur la table coussin impur liquides de la serviette MAINS impures Table cheni : interdite d'usage (aklei terouma). table cheni (2e degré) liquides de la serviette ALIMENTS impurs Table cheni : permise (les kohanim sont zerizin). Davar aher de Beth Hillel : mieux vaut des mains impures, de-rabbanan, que des aliments impurs, de-oraita.
Segments 7 à 15 : la serviette, et les deux chaînes d impureté de sens inverse.
L'ordre des bénédictions à la sortie du Chabbat : deux lectures de la mahloket Selon RABBI MEÏR (michna) Beth Chammai ner mazon bessamim havdala Beth Hillel ner bessamim mazon havdala Accord sur la lampe en premier. Selon RABBI YEHOUDA (beraita citée par Rava) Aucun désaccord : mazon en premier, havdala en dernier. Le litige porte sur les deux places du milieu. Beth Chammai mazon maor bessamim havdala Beth Hillel mazon bessamim maor havdala Rabbi Yo'hanan : le peuple a pris l'usage de Beth Hillel selon Rabbi Yehouda -- bessamim avant le feu.
Segments 22 à 25 : l ordre des bénédictions selon Rabbi Meir et selon Rabbi Yehouda.
1
תּוֹכוֹ וְאָוגְנוֹ וְאָזְנוֹ וְיָדָיו טְהוֹרִין. נִטְמָא תּוֹכוֹ — נִטְמָא כֻּולּוֹ.

son intérieur, son rebord (ogen), son anse et ses poignées demeurent purs. Si son intérieur a été rendu impur, l'ustensile tout entier est impur.

📜 Rachi (1)
תּוֹכוֹ וְאָוגְנוֹ וְאָזְנוֹ וְיָדָיו טְהוֹרִין דְּכֵיוָן דְּטֻומְאָה זוֹ דְּרַבָּנָן הִיא עֲבַדוּ בָּהּ הֶיכֵּרָא דְּלִידְּעוּ דְּמִדְּרַבָּנָן הִיא כִּי הֵיכִי דְּלָא לִשְׂרֹוף עֲלָהּ תְּרוּמָה וְקָדָשִׁים וְהֵקֵילּוּ בָּהּ וְכֵן מְפֹורָשׁ (בִּבְכוֹרוֹת דַּף לח.) אָוגְנוֹ שְׂפָתוֹ הַכְּפוּלָה לְצַד חוּץ הָרָאוּי לְתַשְׁמִישׁ אָזְנוֹ כְּמוֹ אֹזֶן הֶחָבִית שֶׁקּוֹרִין אנש"א בְּלַעַ"ז וְיָדָיו כְּלִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ יָד כְּגוֹן מַחֲבַת:
Puisque cette impureté est d'ordre rabbinique, on y a institué un signe distinctif afin que l'on sache qu'elle est rabbinique, de sorte que l'on ne brûle pas à cause d'elle terouma et qodachim ; on a donc allégé son régime. Il en est de même expliqué (Bekhorot 38a) : ogen, sa lèvre repliée vers l'extérieur, apte à l'usage ; ozen, comme l'anse de la jarre, que l'on appelle anse en langue vernaculaire ; yadav, un ustensile qui possède un manche, comme une poêle.
💡 Explication

Fin de la michna de Kelim citée à la fin du folio précédent. Quand un ustensile rinçable contracte l'impureté par des liquides, l'impureté reste cantonnée au dos : l'intérieur, le rebord, l'anse et les poignées restent purs. Rachi donne la raison de cette scission : les Sages ont voulu un hekera, un signe visible que cette impureté est de leur institution, pour qu'on ne brûle pas de terouma sur sa foi.

La règle inverse vaut lorsque c'est l'intérieur qui a été atteint : l'ustensile est alors impur tout entier.

2
בְּמַאי קָא מִיפַּלְגִי?

Sur quoi porte leur désaccord ?

3
בֵּית שַׁמַּאי סָבְרִי אָסוּר לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בִּכְלִי שֶׁנִּטְמְאוּ אֲחוֹרָיו בְּמַשְׁקִין, גְּזֵרָה מִשּׁוּם נִיצוֹצוֹת. וְלֵיכָּא לְמִגְזַר שֶׁמָּא יִטָּמְאוּ הַמַּשְׁקִין שֶׁבַּיָּדַיִם בַּכּוֹס.

Beth Chammai tiennent qu'il est interdit de se servir d'un ustensile dont le dos a été rendu impur par des liquides, décret (gezera) établi à cause des éclaboussures (nitsotsot). Et il n'y a pas lieu de décréter de peur que les liquides qui se trouvent sur les mains ne soient rendus impurs par la coupe.

📜 Rachi (1)
גְּזֵרָה מִשּׁוּם נִיצוֹצוֹת שֶׁמָּא יִתְּזוּ נִיצוֹצוֹת מִתּוֹכָהּ עַל אֲחוֹרָיו וִיטַמְּאוּ מַשְׁקִין שֶׁמֵּאֲחוֹרָיו מֵחֲמַת אֲחוֹרַיִם וִיטַמְּאוּ אֶת הַיָּדַיִם הִלְכָּךְ נוֹטְלִים לַיָּדַיִם תְּחִלָּה שֶׁלֹּא יְטַמְּאוּ אֶת אֲחוֹרֵי הַכּוֹס וּלְמַאי דְּחָיְישִׁי ב"ה מֵחֲמַת אֲחוֹרָיו לָאו חֲשָׁשָׁא הוּא דְּהָא אָסוּר לְאִשְׁתַּמּוֹשֵׁי בֵּיהּ:
De peur que des éclaboussures ne jaillissent de l'intérieur de la coupe sur son dos, que les liquides se trouvant sur ce dos ne soient rendus impurs par lui, et qu'ils ne rendent ensuite les mains impures. C'est pourquoi on se lave les mains en premier, afin qu'elles ne rendent pas impur le dos de la coupe. Quant à ce que craignent Beth Hillel du fait du dos de l'ustensile, ce n'est pas une crainte pour eux, puisqu'il est de toute façon interdit de s'en servir.
💡 Explication

La guemara reconstruit la logique de chaque école. Pour Beth Chammai, une coupe dont le dos est impur est hors d'usage : le décret des nitsotsot (éclaboussures) interdit de s'en servir, de peur qu'une goutte partie de l'intérieur n'atteigne le dos impur, n'y devienne impure, et ne contamine ensuite les mains.

Conséquence directe : la crainte de Beth Hillel disparaît pour eux. Peu importe que les mains rendent le dos impur, puisque personne ne doit se servir d'une telle coupe. Reste alors une seule précaution utile : se laver les mains avant de la toucher.

🖼️ Schéma
Laver les mains d'avance ou mélanger la coupe d'avance ? BETH CHAMMAÏ BETH HILLEL 1. netilat yadayim 2. mélanger la coupe 1. mélanger la coupe 2. netilat yadayim Principe : il est INTERDIT de se servir d'une coupe dont le dos est impur par des liquides Crainte : les nitsotsot (éclaboussures) intérieur de la coupe -> dos -> liquides du dos -> mains impures Donc : mains lavées AVANT de toucher la coupe Pas de crainte inverse : la coupe est de toute façon hors d'usage. Principe : il est PERMIS de se servir d'une coupe dont le dos est impur (nitsotsot rares) Crainte : les liquides des mains dos de la coupe -> liquides restés sur les mains -> mains impures Donc : coupe manipulée AVANT le lavage Davar aher : tekhef le-netilat yadayim seuda le repas doit suivre le lavage sans intervalle. Nafka mina : peut-on se servir d'un ustensile dont le dos seul est impur ?
Deux craintes symétriques : les éclaboussures pour Beth Chammai, les liquides des mains pour Beth Hillel.
4
וּבֵית הִלֵּל סָבְרִי מֻותָּר לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בִּכְלִי שֶׁנִּטְמְאוּ אֲחוֹרָיו בְּמַשְׁקִין, אָמְרִי נִיצוֹצוֹת לָא שְׁכִיחִי, וְאִיכָּא לְמֵיחַשׁ שֶׁמָּא יִטָּמְאוּ מַשְׁקִין שֶׁבַּיָּדַיִם מֵחֲמַת הַכּוֹס.

Et Beth Hillel tiennent qu'il est permis de se servir d'un ustensile dont le dos a été rendu impur par des liquides ; ils disent : les éclaboussures ne sont pas fréquentes. Il y a donc lieu de craindre que les liquides qui se trouvent sur les mains ne deviennent impurs du fait de la coupe.

📜 Rachi (1)
וב"ה סָבְרִי מֻותָּר לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בּוֹ הִלְכָּךְ לַחֲשָׁשָׁא דִּידַן אִיכָּא לְמֵיחַשׁ אֲבָל לַחֲשָׁשָׁא דִּידְכוּ לֵיכָּא לְמֵיחַשׁ דְּלָא אִיכְפַּת לָן אִם יִטָּמְאוּ אֲחוֹרָיו:
C'est pourquoi notre crainte à nous a lieu d'être, mais la vôtre n'a pas lieu d'être, car il nous importe peu que son dos devienne impur.
5
דָּבָר אַחֵר: תֵּכֶף לִנְטִילַת יָדַיִם סְעוּדָה.

Autre raison : immédiatement après la netilat yadayim (lavage des mains) vient le repas.

🗂️ Tossefot (1)
תֵּכֶף לִנְטִילַת יָדַיִם סְעוּדָה וְהַאי דְּלָא חֲשִׁיב לֵיהּ לְעֵיל בְּפֶ' כ"מ (בְּרָכוֹת דַּף מב.) בַּהֲדֵי אִידָךְ תְּכִיפוֹת מִשּׁוּם דִּשְׁנוּיָה בַּמִּשְׁנָה לֹא חָשׁ לְמַתַּנְיָיה:
Si cette règle n'a pas été comptée plus haut, au chapitre Keitsad Mevarekhin (Berakhot 42a), parmi les autres règles de succession immédiate (tekhifout), c'est parce qu'elle est déjà enseignée dans une michna : on n'a donc pas jugé nécessaire de la répéter.
6
מַאי ״דָּבָר אַחֵר״? הָכִי קָאָמְרִי לְהוּ בֵּית הִלֵּל לְבֵית שַׁמַּאי: לְדִידְכוּ דְּאָמְרִיתוּ אָסוּר לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בִּכְלִי שֶׁאֲחוֹרָיו טְמֵאִין דְּגָזְרִינַן מִשּׁוּם נִיצוֹצוֹת, אֲפִילּוּ הָכִי הָא עֲדִיפָא, דְּתֵכֶף לִנְטִילַת יָדַיִם סְעוּדָה.

Que vient ajouter « autre raison » ? Beth Hillel disent ceci à Beth Chammai : même selon vous, qui dites qu'il est interdit de se servir d'un ustensile dont le dos est impur parce que nous décrétons à cause des éclaboussures, même ainsi notre pratique est préférable, car immédiatement après le lavage des mains vient le repas.

📜 Rachi (1)
הָא עֲדִיפָא לִמְזֹוג הַכּוֹס תְּחִלָּה וְאח"כ נט"י תֵּכֶף לִסְעוּדָה וְלָא אָתְיָא חֲשָׁשָׁא דְּנִיצוֹצוֹת וּמַפְקְעָה הִלְכְתָא וְזוֹ מֵהִלְכוֹת סְעוּדָה הִיא:
Il est préférable de mélanger la coupe d'abord et de se laver les mains ensuite, immédiatement avant le repas ; la crainte des éclaboussures ne saurait venir abolir une halakha, et celle-ci fait partie des lois du repas.
💡 Explication

Beth Hillel ne se contentent pas d'un argument valable dans leur seul système. Ils offrent une raison qui vaut même selon Beth Chammai : le principe tekhef le-netilat yadayim seuda, qui interdit de laisser un intervalle entre le lavage des mains et le début du repas.

Rachi formule la hiérarchie : une gezera fondée sur une crainte (les éclaboussures) ne peut faire céder une halakha établie des lois du repas. Mélanger la coupe doit donc être fait avant, pour que le lavage touche directement au repas.

7
בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים מְקַנֵּחַ וְכוּ׳.

« Beth Chammai disent : il essuie... », etc. (reprise de la michna).

8
תָּנוּ רַבָּנַן: בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: מְקַנֵּחַ יָדָיו בַּמַּפָּה וּמַנִּיחָהּ עַל הַשֻּׁלְחָן. שֶׁאִם אַתָּה אוֹמֵר עַל הַכֶּסֶת, גְּזֵרָה שֶׁמָּא יִטָּמְאוּ מַשְׁקִין שֶׁבַּמַּפָּה מֵחֲמַת הַכֶּסֶת, וְיַחְזְרוּ וִיטַמְּאוּ אֶת הַיָּדַיִם.

Nos maîtres ont enseigné : Beth Chammai disent : il essuie ses mains avec la serviette (mappa) et la pose sur la table. Car si tu dis qu'il la pose sur le coussin, il y a lieu de décréter de peur que les liquides qui sont sur la serviette ne deviennent impurs du fait du coussin, et qu'ils ne rendent en retour les mains impures.

📜 Rachi (1)
מַשְׁקִין שֶׁבַּמַּפָּה שֶׁמָּא יְהֵא מַשְׁקֶה טוֹפֵחַ עָלֶיהָ מֵחֲמַת נִגּוּב הַיָּדַיִם וְיַחְזְרוּ וִיטַמְּאוּ אֶת הַיָּדַיִם כְּשֶׁיְּקַנֵּחַ בָּהּ תָּמִיד בְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה:
Peut-être restera-t-il sur elle un liquide assez humide pour mouiller (machké tofeah) du fait de l'essuyage des mains, et ces liquides rendront de nouveau les mains impures lorsqu'il s'y essuiera régulièrement au cours du repas.
🖼️ Schéma
Où poser la serviette (mappa) après s'être essuyé les mains ? BETH CHAMMAÏ : sur la TABLE BETH HILLEL : sur le COUSSIN Ce qu'ils redoutent si elle est sur le coussin Ce qu'ils redoutent si elle est sur la table coussin impur liquides de la serviette MAINS impures Table cheni : interdite d'usage (aklei terouma). table cheni (2e degré) liquides de la serviette ALIMENTS impurs Table cheni : permise (les kohanim sont zerizin). Davar aher de Beth Hillel : mieux vaut des mains impures, de-rabbanan, que des aliments impurs, de-oraita.
La serviette entre la table et le coussin : deux chaînes d'impureté de sens inverse.
9
וְנִטַמְּייֵהּ כֶּסֶת לְמַפָּה! — אֵין כְּלִי מְטַמֵּא כְּלִי.

Mais que le coussin rende directement la serviette impure ! — Un ustensile ne rend pas impur un autre ustensile.

📜 Rachi (2)
וּנְטַמְּייֵהּ כֶּסֶת לְמַפָּה בְּלֹא מַשְׁקִים:
Sans l'intermédiaire des liquides.
אֵין כְּלִי שֶׁאֵינוֹ אַב הַטֻּומְאָה מְטַמֵּא כֵּלִים וְלֹא אָדָם וְהוּא יִזָּהֵר שֶׁלֹּא יִגְּעוּ יָדָיו בַּכֶּסֶת אִם רִאשׁוֹנָה הִיא לְטֻומְאָה:
Un ustensile qui n'est pas av hatoum'a (source première d'impureté) ne rend impurs ni les ustensiles ni les personnes ; et il prendra garde que ses mains ne touchent pas le coussin, si celui-ci est de premier degré d'impureté.
💡 Explication

Deux principes généraux de tuma soutiennent tout le passage : un ustensile qui n'est pas av hatoum'a ne transmet pas l'impureté à un autre ustensile, ni à une personne. Le coussin ne peut donc atteindre la serviette directement.

Toute la crainte de Beth Chammai passe par un intermédiaire : les liquides, que les Sages ont institués comme vecteur d'impureté. C'est la serviette humide, non la serviette sèche, qui pose problème.

10
וּנְטַמְּייֵהּ כֶּסֶת לְגַבְרָא גּוּפֵיהּ! — אֵין כְּלִי מְטַמֵּא אָדָם.

Mais que le coussin rende impur l'homme lui-même ! — Un ustensile ne rend pas impure une personne.

11
וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: עַל הַכֶּסֶת. שֶׁאִם אַתָּה אוֹמֵר עַל הַשֻּׁלְחָן, גְּזֵרָה שֶׁמָּא יִטָּמְאוּ מַשְׁקִין שֶׁבַּמַּפָּה מֵחֲמַת הַשֻּׁולְחָן וְיַחְזְרוּ וִיטַמְּאוּ אֶת הָאֳוכָלִין.

Et Beth Hillel disent : sur le coussin. Car si tu dis sur la table, il y a lieu de décréter de peur que les liquides qui sont sur la serviette ne deviennent impurs du fait de la table, et qu'ils ne rendent en retour les aliments impurs.

📜 Rachi (1)
מֵחֲמַת שֻׁלְחָן כְּדִמְפָרֵשׁ לְקַמֵּיהּ דְּסָבְרִי ב"ה מֻותָּר לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בְּשֻׁלְחָן שֵׁנִי:
Comme la guemara l'explique plus loin : Beth Hillel tiennent qu'il est permis de se servir d'une table de deuxième degré d'impureté (cheni).
12
וּלְטַמֵּא שֻׁלְחָן לָאֳוכָלִין שֶׁבְּתוֹכוֹ! — הָכָא בְּשֻׁלְחָן שֵׁנִי עָסְקִינַן, וְאֵין שֵׁנִי עוֹשֶׂה שְׁלִישִׁי בְּחֻולִּין אֶלָּא עַל יְדֵי מַשְׁקִין.

Mais que la table rende impurs les aliments qui se trouvent sur elle ! — Ici nous traitons d'une table de deuxième degré (cheni), et un cheni ne produit un troisième degré (chelichi) dans les aliments profanes (houlin) que par l'intermédiaire de liquides.

💡 Explication

La question suppose que la table impure atteindrait les aliments directement. La réponse rappelle la gradation : dans les houlin, un cheni ne crée pas de chelichi par contact. La chaîne s'arrête là.

Elle repart uniquement par le détour des liquides : un liquide touché par un cheni devient richon par décret rabbinique, et un richon rend bien l'aliment impur. La serviette humide sert donc de relais là où la table nue serait sans effet.

🖼️ Schéma
Les degrés d'impureté et le rôle des liquides av hatoumaa richon (1er degré) cheni (2e degré) chelichi (3e degré) pas dans les houlin Dans les aliments profanes (houlin), un cheni ne produit PAS de troisième degré par contact direct. Le détour par les liquides table cheni --> liquide touché par elle : les Sages en font un RICHON --> il rend l'aliment impur. C'est pourquoi la crainte de Beth Hillel ne vise que la serviette humide, non la table nue.
Pourquoi la chaîne s'arrête au deuxième degré, et comment les liquides la relancent.
13
בְּמַאי קָמִיפַּלְגִי? בֵּית שַׁמַּאי סָבְרִי אָסוּר לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בְּשֻׁלְחָן שֵׁנִי, גְּזֵרָה מִשּׁוּם אוֹכְלֵי תְרוּמָה.

Sur quoi porte leur désaccord ? Beth Chammai tiennent qu'il est interdit de se servir d'une table cheni, décret établi à cause de ceux qui mangent de la terouma.

📜 Rachi (1)
מִשּׁוּם אָוכְלֵי תְּרוּמָה שֶׁהַשֵּׁנִי פּוֹסֵל אֶת הַתְּרוּמָה:
Car le cheni rend la terouma passoul (invalide).
14
וּבֵית הִלֵּל סָבְרִי מֻותָּר לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בְּשֻׁלְחָן שֵׁנִי, אוֹכְלֵי תְּרוּמָה זְרִיזִין הֵם.

Et Beth Hillel tiennent qu'il est permis de se servir d'une table cheni : ceux qui mangent de la terouma sont vigilants (zerizin).

15
דָּבָר אַחֵר: אֵין נְטִילַת יָדַיִם לְחֻולִּין מִן הַתּוֹרָה.

Autre raison : la netilat yadayim pour les aliments profanes (houlin) n'est pas d'ordre toranique.

🗂️ Tossefot (1)
דָּבָר אַחֵר אֵין נְטִילַת יָדַיִם לְחֻולִּין מִן הַתּוֹרָה וְכוּ' יֵשׁ סְפָרִים שֶׁכָּתוּב בָּהֶן הָכִי קָאָמְרִי לְהוּ ב"ש לְבֵית הִלֵּל אֲפִילּוּ לְדִידְכוּ דְּאָמְרִיתוּ אָסוּר לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בְּשֻׁלְחָן שֵׁנִי מִשּׁוּם אָוכְלֵי תְּרוּמָה הָא עֲדִיפָא דְּאֵין נְטִילַת יָדַיִם לְחֻולִּין מִן הַתּוֹרָה מוּטָב וְכוּ' וְאַל יִטַּמָּא וְכוּ' ול"נ דְּהָא קָאָמְרִי ב"ש דְּאָסוּר לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בְּשֻׁלְחָן שֵׁנִי וְדֹוחַק לוֹמַר כְּמוֹ שֶׁפֵּירֵשׁ רַשִׁ"י שֶׁמָּא בְּמִקְרֶה בְּעָלְמָא יִשְׁתַּמֵּשׁ אֶלָּא נִרְאֶה כִּסְפָרִים שֶׁכָּתוּב בָּהֶן מַאי דָּבָר אַחֵר הָכִי קָאָמְרִי לְהוּ ב"ה לב"ש וכ"ת מ"ש גַּבֵּי אוֹכְלִין דְּחָיְישִׁינַן ומ"ש גַּבֵּי יָדַיִם דְּלָא חָייְשִׁינַן וְכוּ' וְהַשְׁתָּא לָא הָוֵי הַאי דָּבָר אַחֵר כִּי הַהִיא דִּלְעֵיל שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ לְטַעַם רִאשׁוֹן אֲבָל הָכָא הַאי ד"א לֹא בָּא אֶלָּא לְפָרֵשׁ טַעְמָא דב"ה קָאָמַר וּלְיַישֵּׁב דִּבְרֵיהֶם:
Certains manuscrits portent : ainsi Beth Chammai disent-ils à Beth Hillel : même selon vous, qui dites qu'il est interdit de se servir d'une table cheni à cause de ceux qui mangent de la terouma, notre position est préférable, car la netilat yadayim pour les houlin n'est pas d'ordre toranique ; mieux vaut, etc., et qu'ils ne rendent pas impur, etc. Cela ne me paraît pas juste, car ce sont bien Beth Chammai qui disent qu'il est interdit de se servir d'une table cheni, et il est forcé de dire, comme l'explique Rachi, que peut-être s'en servira-t-il par simple accident. Il paraît plutôt conforme aux manuscrits qui portent : que vient ajouter « autre raison » ? Ainsi Beth Hillel disent-ils à Beth Chammai : et si vous objectez, quelle différence y a-t-il entre les aliments, pour lesquels nous craignons, et les mains, pour lesquelles nous ne craignons pas, etc. Dans ce cas, cette « autre raison » n'est pas comme la précédente, laquelle se passait du premier motif ; ici, elle ne vient que pour expliquer le motif de Beth Hillel et justifier leurs paroles.
16
מַאי ״דָּבָר אַחֵר״? הָכִי קָאָמְרִי לְהוּ בֵּית הִלֵּל לְבֵית שַׁמַּאי: וְכִי תֵּימְרוּ מַאי שְׁנָא גַּבֵּי אֳוכָלִין דְּחָייְשִׁינַן וּמַאי שְׁנָא גַּבֵּי יָדַיִם דְּלָא חָיְישִׁינַן? אֲפִילּוּ הָכִי הָא עֲדִיפָא, דְּאֵין נְטִילַת יָדַיִם לְחֻולִּין מִן הַתּוֹרָה. מוּטָב שֶׁיִּטָּמְאוּ יָדַיִם דְּלֵית לְהוּ עִיקָּר מִדְּאוֹרָייְתָא, וְאַל יִטָּמְאוּ אוֹכְלִים דְּאִית לְהוּ עִיקָּר מִדְּאוֹרָיְיתָא.

Que vient ajouter « autre raison » ? Beth Hillel disent ceci à Beth Chammai : et si vous objectez : quelle différence y a-t-il entre les aliments, pour lesquels nous craignons, et les mains, pour lesquelles nous ne craignons pas ?

Même ainsi, notre position est préférable, car la netilat yadayim pour les houlin n'est pas d'ordre toranique. Mieux vaut que soient rendues impures les mains, dont l'impureté n'a pas de fondement toranique, plutôt que les aliments, dont l'impureté a un fondement toranique.

📜 Rachi (1)
אֲפִילּוּ הָכִי הָא עֲדִיפָא לָחוּשׁ שֶׁמָּא אֵירַע מִקְרֶה שֶׁיִּשְׁתַּמְּשׁוּ בְּשֻׁלְחָן שֵׁנִי וְלֹא יַנִּיחֶנָּה עַל גַּבֵּי הַשֻּׁלְחָן שֶׁלֹּא תְּטַמֵּא אֶת הָאֳוכָלִין מֵחֲמַת מַשְׁקִין שֶׁבָּהּ מִלָּחוֹשׁ שֶׁלֹּא תְּטַמֵּא מֵחֲמַת כֶּסֶת וְתַחֲזֹור וּתְטַמֵּא אֶת הַיָּדַיִם:
Il vaut mieux craindre qu'il n'arrive par accident que l'on se serve d'une table cheni — et donc ne pas poser la serviette sur la table, afin qu'elle ne rende pas les aliments impurs par les liquides qu'elle porte — que de craindre qu'elle ne devienne impure du fait du coussin et ne rende ensuite les mains impures.
💡 Explication

Beth Hillel répondent à une objection de symétrie : pourquoi craindre pour les aliments et non pour les mains ? Leur réponse hiérarchise les enjeux. L'impureté des mains pour des houlin repose entièrement sur une institution rabbinique ; celle des aliments possède un ikar min haTora, un fondement toranique.

Devant deux risques que l'on ne peut éviter ensemble, on accepte le moindre. Tossefot signale ici une variante de manuscrits : selon lui, cette « autre raison » ne remplace pas la première mais l'explique.

17
בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים מְכַבְּדִין וְכוּ׳.

« Beth Chammai disent : on balaie... », etc. (reprise de la michna).

18
תָּנוּ רַבָּנַן: בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים מְכַבְּדִין אֶת הַבַּיִת וְאַחַר כָּךְ נוֹטְלִין לַיָּדַיִם, שֶׁאִם אַתָּה אוֹמֵר נוֹטְלִין לַיָּדַיִם תְּחִלָּה, נִמְצָא אַתָּה מַפְסִיד אֶת הָאֳוכָלִין. אֲבָל נְטִילַת יָדַיִם לְבֵית שַׁמַּאי תְּחִלָּה לָא סְבִירָא לְהוּ. מַאי טַעְמָא? — מִשּׁוּם פֵּירוּרִין.

Nos maîtres ont enseigné : Beth Chammai disent : on balaie la maison, puis on se lave les mains. Car si tu dis que l'on se lave les mains d'abord, il se trouve que tu gâtes les aliments.

Mais Beth Chammai ne tiennent pas que le lavage des mains vienne en premier. Pour quelle raison ?

À cause des miettes.

📜 Rachi (1)
מַפְסִיד אֶת הָאֳוכָלִין שֶׁמַּיִם אַחֲרוֹנִים נִתָּזִין עֲלֵיהֶם וְנִמְאָסִים:
Car les mayim aharonim (dernières eaux) les éclaboussent et elles deviennent répugnantes.
🖼️ Schéma
Balayer la maison ou verser les mayim aharonim en premier ? BETH CHAMMAÏ BETH HILLEL 1. balayer 2. mayim aharonim 1. mayim aharonim 2. balayer Le serviteur peut être un am ha-arets : de la nourriture reste sur le sol. Craindre de gâter les aliments : les dernières eaux éclaboussent les miettes et les rendent répugnantes. Donc on débarrasse avant de verser l'eau. Le serviteur est un talmid 'hakham : il a déjà retiré les miettes d'un kazayit. Ce qui reste fait moins d'un kazayit : Rabbi Yo'hanan permet de le détruire à la main -- aucune perte d'aliment à craindre. Donc l'eau d'abord, le balayage ensuite. Halakha : Rav Houna -- comme Beth Chammai ici seulement ; Rabbi Ochaya inverse les avis et tranche comme Beth Hillel.
Le statut du serviteur commande l'ordre : balayage puis eau, ou eau puis balayage.
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וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: אִם שַׁמָּשׁ תַּלְמִיד חָכָם הוּא, נוֹטֵל פֵּירוּרִין שֶׁיֵּשׁ בָּהֶם כְּזַיִת, וּמַנִּיחַ פֵּירוּרִין שֶׁאֵין בָּהֶן כְּזַיִת.

Et Beth Hillel disent : si le serviteur (chamach) est un talmid 'hakham, il enlève les miettes qui ont le volume d'un kazayit et laisse les miettes qui n'ont pas le volume d'un kazayit.

📜 Rachi (1)
ה"ג בַּתּוֹסֶפְתָּא בְּהֵ"א אִם שֶׁמֶשׁ ת"ח הוּא נוֹטֵל פֵּירוּרִין שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן כַּזַּיִת וּמַנִּיחַ פֵּירוּרִין שֶׁאֵין בָּהֶם כְּזַיִת:
Telle est la leçon dans la Tossefta : Beth Hillel disent : si le serviteur est un talmid 'hakham, il enlève les miettes qui ont le volume d'un kazayit et laisse les miettes qui n'ont pas ce volume.
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מְסַייַּע לֵיהּ לְרַבִּי יוֹחָנָן. דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: פֵּירוּרִין שֶׁאֵין בָּהֶם כְּזַיִת — מֻותָּר לְאַבְּדָן בַּיָּד.

Cela vient appuyer l'avis de Rabbi Yo'hanan, car Rabbi Yo'hanan a dit : les miettes qui n'ont pas le volume d'un kazayit, il est permis de les détruire à la main.

🗂️ Tossefot (1)
פֵּירוּרִין דְּלֵית בְּהוּ כְּזַיִת מֻותָּר לְאַבְּדָן בַּיָּד מִיהוּ קָשֶׁה לְעַנְיוּתָא כִּדְאָמְרִינַן בְּפֶרֶק כָּל הַבָּשָׂר (חֻולִּין דַּף קה:):
Toutefois cela expose à la pauvreté, comme il est dit au chapitre Kol Habassar (Houlin 105b).
💡 Explication

La Tossefta de Beth Hillel devient une preuve indirecte : si le serviteur laisse sciemment les miettes de moins d'un kazayit, c'est qu'elles ne comptent pas comme aliment et que les détruire ne constitue pas un gaspillage.

Tossefot pose aussitôt une limite d'usage : la permission est halakhique, mais la pratique reste déconseillée, une autre source y voyant une cause de pauvreté.

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בְּמַאי קָמִיפַּלְגִי? בֵּית הִלֵּל סָבְרִי אָסוּר לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בְּשַׁמָּשׁ עַם הָאָרֶץ. וּבֵית שַׁמַּאי סָבְרִי מֻותָּר לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בְּשַׁמָּשׁ עַם הָאָרֶץ.

Sur quoi porte leur désaccord ? Beth Hillel tiennent qu'il est interdit de se faire servir par un chamach am ha-arets ; et Beth Chammai tiennent qu'il est permis de se faire servir par un chamach am ha-arets.

💡 Explication

La racine du désaccord n'est pas la valeur des miettes mais l'identité du serviteur. Pour Beth Hillel, seul un talmid 'hakham peut servir : la table est donc déjà débarrassée de tout morceau significatif quand vient le moment des mayim aharonim.

Pour Beth Chammai, un am ha-arets peut servir, et de la nourriture reste encore en place ; il faut donc balayer avant de verser l'eau.

22
אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא אָמַר רַב הוּנָא: בְּכוּלֵּיהּ פִּרְקִין הֲלָכָה כְּבֵית הִלֵּל, בַּר מֵהָא דַּהֲלָכָה כְּבֵית שַׁמַּאי, וְרַבִּי אוֹשַׁעְיָא מַתְנִי אִיפְּכָא, וּבְהָא נָמֵי הֲלָכָה כְּבֵית הִלֵּל.

Rabbi Yossi bar Hanina a dit au nom de Rav Houna : dans tout notre chapitre la halakha est comme Beth Hillel, sauf en ce cas, où la halakha est comme Beth Chammai. Et Rabbi Ochaya enseignait l'inverse, et en ce cas aussi la halakha est comme Beth Hillel.

📜 Rachi (1)
מַתְנֵי אִיפְּכָא מִפִּיךָ בְּהַךְ סֵיפָא דב"ש לב"ה ודב"ה לב"ש וְקָבַע בְּהָא נָמֵי הֲלָכָה כְּב"ה:
Il inverse, dans cette dernière clause, l'avis de Beth Chammai en celui de Beth Hillel et celui de Beth Hillel en celui de Beth Chammai, et il fixe qu'en ce cas aussi la halakha est comme Beth Hillel.
🗂️ Tossefot (1)
בְּכוּלֵּיהּ פִּירְקִין הֲלָכָה כְּב"ה לְבַר מֵהָא וא"ת וְהָא בְּהַהוּא דְּיַחֲזֹור לִמְקוֹמוֹ וִיבָרֵךְ מַשְׁמַע דַּהֲלָכָה כב"ש לְקַמָּן (בְּרָכוֹת דַּף נג:) בִּשְׁמַעְתִּין מִדְּעָבְדִי אָמוֹרָאֵי בָּתְרַיְיהוּ. י"ל דְּלָא חָשֵׁיב לֵהּ מִשּׁוּם דְּהָתָם אַפֵּי' ב"ה מוֹדוֹ לב"ש אֶלָּא שֶׁלֹּא הִטְרִיחוּהוּ לְכָךְ:
Objection : dans le cas de celui qui doit retourner à sa place et y béni, il ressort plus loin (Berakhot 53b) que la halakha est comme Beth Chammai, puisque les Amoraim ont agi après eux en ce sens. On peut répondre qu'on ne l'a pas compté comme exception, car là-bas même Beth Hillel concèdent à Beth Chammai ; simplement, on ne lui a pas imposé cette peine.
💡 Explication

Rav Houna pose une règle et une exception : tout le chapitre suit Beth Hillel, hormis la séquence balayage / mayim aharonim, où l'on suit Beth Chammai. Rabbi Ochaya possède une autre version de la michna, avec les avis intervertis : chez lui, l'exception disparaît, puisque la position retenue est de nouveau celle de Beth Hillel.

Les deux maîtres aboutissent ainsi à la même pratique par des chemins opposés ; seule la nomenclature des avis diffère.

23
בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: נֵר וּמָזוֹן וְכוּ׳.

« Beth Chammai disent : la lampe et le repas... », etc. (reprise de la michna).

24
רַב הוּנָא בַּר יְהוּדָה אִיקְּלַע לְבֵי רָבָא. חַזְיֵיהּ לְרָבָא דְּבָרֵיךְ אַבְּשָׂמִים בְּרֵישָׁא. אֲמַר לֵיהּ: מִכְּדִי בֵּית שַׁמַּאי וּבֵית הִלֵּל אַמָּאוֹר לָא פְּלִיגִי, דְּתַנְיָא בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: נֵר וּמָזוֹן, בְּשָׂמִים וְהַבְדָּלָה. וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: נֵר וּבְשָׂמִים, מָזוֹן וְהַבְדָּלָה!

Rav Houna bar Yehouda se trouva chez Rava. Il le vit béni d'abord sur les aromates (bessamim).

Il lui dit : or donc, Beth Chammai et Beth Hillel ne divergent pas sur la lumière, car il est enseigné : Beth Chammai disent : lampe et repas, aromates et havdala ; et Beth Hillel disent : lampe et aromates, repas et havdala !

⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' ב"ש אוֹמְרִים נֵר וּמָזוֹן בְּשָׂמִים וְהַבְדָּלָה וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרֵי' נֵר וּבְשָׂמִים וּמָזוֹן וְהַבְדָּלָה יְרוּשַׁלְמִי וְקָשֶׁה לב"ה הֵיכִי עֲבִיד פִּי' הֵיאַךְ עוֹשֶׂה שֶׁיְּבָרֵךְ בִּרְכַּת הַמָּזוֹן וְהַבְדָּלָה עַל כּוֹס וְאָמְרִינַן בְּעַרְבֵי פְּסָחִים דַּף קז. אָסוּר לְאָדָם שֶׁיִּטְעֹום כְּלוּם קֹודֶם שֶׁיַּבְדִּיל וְאַמֵּימֵר בַּת טְוָת פֵּירוּשׁ לָן בְּתַעֲנִית לְפִי שֶׁלֹּא הָיָה לוֹ בַּלַּיְלָה כּוֹס לְהַבְדִּיל וּמְשַׁנֵּי הָיָה יוֹשֵׁב וְאוֹכֵל וְחָשְׁכָה לוֹ למ"ש וְאֵין לוֹ אֶלָּא כּוֹס אֶחָד וְכֵן הִקְשָׁה רַבֵּינוּ נִסִּים גָּאוֹן זַ"ל אַהַךְ בָּרַייְתָא דְּאָמַר בַּגְּמָרָא בע"פ שָׁם הַנִּכְנָס לְבֵיתוֹ בְּמוֹצַ"שׁ מְבָרֵךְ עַל הַיַּיִן וְעַל הַמָּאוֹר וְעַל הַבְּשָׂמִים וְאַחַ"כּ אוֹמֵר הַבְדָּלָה וְאִם אֵין לוֹ אֶלָּא כּוֹס אֶחָד מַנִּיחוֹ עַד לְאַחַר הַמָּזוֹן וּמְשַׁלְשְׁלָן כֻּולָּן לְאַחֲרָיו וְתֵירֵץ כְּמוֹ שֶׁתֵּירֵץ בַּיְּרוּשַׁלְמִי שֶׁהָיָה יוֹשֵׁב עַל שֻׁולְחָנוֹ וְחָשְׁכָה לוֹ וְלָא נְהִירָא דְּהַךְ שִׁינּוּיָא לֹא שַׁיָּיךְ אַבָּרַיְיתָא דְּלִישָּׁנָא הַנִּכְנָס לְבֵיתוֹ בְּמוֹצַ"שׁ לָא מַשְׁמַע הָכִי וע"ק דְּדָיֵיק מִינֵּיהּ בְּעַרְבֵי פְּסָחִים דַּף קה: דְּהַמַּבְדִּיל בַּתְּפִלָּה צָרִיךְ לְהַבְדִּיל עַל הַכּוֹס וְכֵיוָן שֶׁהִבְדִּיל בִּתְפִלָּה אַלְמָא שֶׁלֹּא הָיָה יוֹשֵׁב וְאוֹכֵל וְעוֹד דְּדָיֵיק מִינֵּיהּ בִּפְסָחִים ש"מ טַעַם מַבְדִּיל וּלְהַךְ שִׁינּוּיָא לֹא טָעַם כְּלוּם מִשֶּׁחֲשֵׁכָה הִלְכָּךְ נִרְאֶה לְפָרֵשׁ אִם אֵין לוֹ יֵין בַּלַּיְלָה וּמְצַפֶּה לְמָחָר שֶׁיִּזְדַּמֵּן לוֹ יַיִן לֹא יֹאכַל בַּלַּיְלָה אֶלָּא יַמְתִּין עַד לְמָחָר שֶׁיַּבְדִּיל עַל הַכּוֹס אֲבָל אִם יֵשׁ לוֹ כּוֹס וְאֵינוֹ מְצַפֶּה שֶׁיִּמְצָא לְמָחָר יַיִן אַחֵר יוֹתֵר טוֹב שֶׁיֹּאכַל קֹודֶם שֶׁיַּבְדִּיל וִיבָרֵךְ וְיַבְדִּיל עַל אוֹתוֹ כּוֹס מִמַּה שֶׁיַּבְדִּיל עַל הַכּוֹס וִיבָרֵךְ בִּרְכַּת הַמָּזוֹן בְּלֹא כּוֹס דקי"ל בִּרְכַּת הַמָּזוֹן טְעוּנָה כּוֹס וַאֲפִילּוּ יָחִיד הַמְבָרֵךְ טָעוּן כּוֹס מִדְּלָא מִדְּכַר בְּשׁוּם דֻּוכְתָּא זִימּוּן אֶלָּא בִּרְכַּת הַמָּזוֹן טְעוּנָה כּוֹס מַשְׁמַע כָּל בִּרְכַּת הַמָּזוֹן אַפֵּי' בְּיָחִיד וְכֵן מוּכָח בְּעַרְבֵי פְּסָחִים שָׁם דְּקָאָמַר עַל הַךְ בָּרַייְתָא הַנִּכְנָס לְבֵיתוֹ בְּמוֹצַ"שׁ ש"מ בִּרְכַּת הַמָּזוֹן טְעוּנָה כּוֹס וּלְשׁוֹן הַנִּכְנָס לְבֵיתוֹ בְּמוֹצַ"שׁ מַשְׁמַע דְּהוּא יָחִיד מִיהוּ אֵין רְאָיָה כָּל כָּךְ דְּהַנִּכְנָס לְבֵיתוֹ בְּבַעַל הַבַּיִת אַיְירֵי וְיֵשׁ לוֹ בְּנֵי בַּיִת וְיָכוֹל לְזַמֵּן וּרְאָיָה מֵהָא דְּאָמְרִינַן בְּפֶרֶק עַרְבֵי פְּסָחִים (פְּסָחִים דַּף קיז) אַהָא דִּתְנַן וּבַשְּׁלִישִׁי אוֹמֵר בהמ"ז ש"מ בְּרָכָה טְעוּנָה כּוֹס וְהָתָם אַיְירֵי אַפֵּי' בְּיָחִיד שֶׁהֲרֵי תִּיקְּנוּ ד' כּוֹסוֹת אֲפִילּוּ לְיָחִיד וה"נ אִיכָּא לְמִדְחֵי דְּהָכִי קָאָמַר ש"מ בְּרָכָה טְעוּנָה כּוֹס בַּג' דְּאִי אֵינָהּ טְעוּנָה כּוֹס אֲפִילּוּ בַּג' לָמָּה תִּיקְּנוּ עָלָיו כּוֹס אֶחָד הָיָה לָהֶם לְתַקֵּן עַל שִׁיר אַחֵר וה"ר יְחִיאֵל מפרי"ז אוֹמֵר שֶׁנִּרְאֶה שֶׁיֵּשׁ לְהָבִיא רְאָיָה מֵהַךְ דְּהָכָא אִם לֹא הָיָה צָרִיךְ יָחִיד כּוֹס לְבִרְכַּת הַמָּזוֹן יַבְדִּילוּ עַל כּוֹס וְיֹאכַל כָּל אֶחָד לְבַדּוֹ דְּרַשָּׁאִין לְחַלֵּק כָּל זְמַן שֶׁלֹּא הִתְחִילוּ לֶאֱכֹול וּמַה שֶׁאֵינוֹ מַבְדִּיל וְשׁוֹתֶה הֵימֶנּוּ מְעַט וְעַל הַמֻּותָּר יְבָרֵךְ בִּרְכַּת הַמָּזוֹן מִשּׁוּם דְּאָמְרִינַן בְּעַרְבֵי פְּסָחִים דַּף קה: שֶׁאֵין לְבָרֵךְ עַל הַכּוֹס פָּגוּם וּמִיהוּ לפירשב"ם זַ"ל שֶׁפֵּירֵשׁ שָׁם דַּוְקָא לְכַתְּחִלָּה אֵין לְבָרֵךְ עַל הַכּוֹס פָּגוּם אֲבָל אִם אֵין לוֹ אֶלָּא כּוֹס פָּגוּם יָכוֹל לְבָרֵךְ וּלְקַדֵּשׁ עָלָיו קָשֶׁה דְּהֵיאַךְ הִתִּירוּ לוֹ לֶאֱכֹול בְּלֹא הַבְדָּלָה מִשּׁוּם קְפִידָא דִּפְגִימָה כֵּיוָן דִּבְדִיעֲבַד יָכוֹל לְבָרֵךְ עַל כּוֹס פָּגוּם וצ"ל דְּאֵין בּוֹ אֶלָּא רְבִיעִית בְּצִמְצוּם וְיֵשׁ מְבִיאִין רְאָיָה מִן הַיְרוּשַׁלְמִי שֶׁיָּכוֹל לְהַכְשִׁיר כּוֹס פָּגוּם ע"י נְתִינַת מַיִם לְתוֹכוֹ וְעַל זֶה נָהֲגוּ לְהַכְשִׁיר בִּמְעַט יַיִן שֶׁשּׁוֹפְכִין לְתוֹכוֹ דְּגָרַס בִּירוּשַׁלְמִי בְּפֶרֶק שְׁלֹשָׁה שֶׁאָכְלוּ גַּבֵּי מַתְנֵי' דְּלָא מְבָרְכִין עַל הַיַּיִן עַד שֶׁיִּתֵּן לְתוֹכוֹ מַיִם וְכֵן נְהִיגִי דְּעָבְדִינַן בְּהַהוּא כָּסָא דְּקִדּוּשָׁא מִילְּתָא דְּרַבִּי יוֹנָה פְּלִיג דְּרַבִּי יוֹנָה טְעִים כָּסָא וּמְתַקֵּן לֵיהּ אִין תֵּימָא שֶׁהוּא מָזוּג הָא תַּנָּא הַשּׁוֹתֶה מַיִם מְזַוְּגִין שֶׁעָבַר עֲלֵיהֶם הַלַּיְלָה דָּמוֹ בְּרֹאשׁוֹ אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן וְהוּא שֶׁלָּנוּ בִּכְלֵי מַתֶּכֶת וּמְפָרְשִׁינַן כָּךְ שֶׁהָיָה טוֹעֵם כּוֹס שֶׁל קִידּוּשׁ וּמוֹזְגוֹ לְמָחָר וּמְקַדֵּשׁ עָלָיו שֵׁנִית וא"כ בִּשְׁעַת קִידּוּשׁ לֹא הָיָה מוֹזְגוֹ כִּי אָז לֹא יוּכַל לִשְׁתּוֹתוֹ לְמָחָר מִפְּנֵי הַסַּכָּנָה וּמְשַׁנֵּי דִּלְעוֹלָם לָא פְּלִיגָא שֶׁהָיָה מוֹזְגוֹ קְצָת בַּלַּיְלָה וּמְלִינוֹ בִּכְלִי שֶׁאֵינוֹ שֶׁל מַתֶּכֶת וּלְמָחָר מוֹסִיף עָלָיו מַיִם וּמְקַדֵּשׁ עָלָיו וְתֵימַהּ דא"כ הָא דְּקָאָמַר הָכָא וְאִם אֵין לוֹ אֶלָּא כּוֹס אֶחָד מְשַׁלְשְׁלָן לְאַחַר הַמָּזוֹן לָמָּה לֹא יַבְדִּיל עַל הַכּוֹס וִיתַקְּנֶנּוּ בְּמַיִם וְיַכְשִׁירֶנּוּ לְבִרְכַּת הַמָּזוֹן וְי"ל דְּמַיְירֵי שֶׁכְּבָר הָיָה מָזוּג כְּדִינוֹ וְאִם הָיָה מֵשִׂים בּוֹ מַיִם יוֹתֵר לֹא הָיָה רָאוּי לִשְׁתִיָּה וְהַהִיא דִּירוּשַׁלְמִי יֵשׁ לִדְחוֹת שֶׁהָיָה טוֹעֵם כּוֹס שֶׁל קִידּוּשׁ בִּכְלִי אַחֵר וּמוֹזְגוֹ לְמָחָר לְהַשְׁלִימוֹ לְכַשִּׁיעוּר רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ אִיקְּלַע לְבֵי רָבָא חַזְייֵהּ דַּהֲוָה בְּרִיךְ אַבְּשָׂמִים וַהֲדַר בָּרֵיךְ אַמָּאוֹר אָמַר מִכְּדֵי בֵּין לב"ש בֵּין לב"ה מְאוֹר וְאַחַ"כּ בְּשָׂמִים דִּתְנַן ב"ש אוֹמְרִים נֵר מָזוֹן בְּשָׂמִים וְהַבְדָּלָה וב"ה אוֹמְרִים נֵר וּבְשָׂמִים מָזוֹן וְהַבְדָּלָה עָנֵי רָבָא בָּתְרֵיהּ זוֹ דִּבְרֵי ר"מ אֲבָל ר"י אוֹמֵר לֹא נֶחְלְקוּ ב"ש וב"ה עַל הַמָּזוֹן שֶׁבִּתְחִלָּה וְעַל הַבְדָּלָה שֶׁהוּא לְבַסּוֹף עַל מַה נֶּאֶלְקוּ עַל הַמָּאוֹר וְעַל הַבְּשָׂמִים שב"ש אוֹמְרִים מָאוֹר וְאַחַ"כּ בְּשָׂמִים וב"ה אוֹמְרִים בְּשָׂמִים וְאַחַ"כּ מָאוֹר וְאָמַר ר' יוֹחָנָן נָהֲגוּ הָעָם כב"ה וְאַלִּיבָּא דְּרַבִּי יְהוּדָה:
Michna : Beth Chammai disent : lampe et repas, aromates et havdala ; et Beth Hillel disent : lampe et aromates, repas et havdala. Le Yerouchalmi demande : cela fait difficulté pour Beth Hillel, comment fait-il ? C'est-à-dire : comment peut-il réciter la Birkat Hamazon et la havdala sur une coupe, alors que nous disons dans Arvei Pessahim (107a) qu'il est interdit de goûter quoi que ce soit avant d'avoir fait la havdala, et qu'Amemar jeûna par force à Bat Tot parce qu'il n'avait pas de coupe le soir pour faire la havdala ? Le Yerouchalmi répond : il était assis en train de manger, la nuit de la sortie du Chabbat l'a surpris, et il n'a qu'une seule coupe. Rabbenou Nissim Gaon, de mémoire bénie, a soulevé la même difficulté à propos de la beraita citée dans la guemara là-bas, dans Arvei Pessahim : celui qui rentre chez lui à la sortie du Chabbat bénit sur le vin, sur la lumière et sur les aromates, puis dit la havdala ; et s'il n'a qu'une seule coupe, il la réserve pour après le repas et enchaîne alors toutes les bénédictions à la suite. Il a répondu comme le Yerouchalmi : il était assis à table et la nuit l'a surpris. Cela ne paraît pas exact, car cette réponse ne convient pas à la beraita : l'expression « celui qui rentre chez lui à la sortie du Chabbat » n'indique pas cela. Autre difficulté : on en déduit dans Arvei Pessahim (105b) que celui qui a fait la havdala dans la prière doit encore la faire sur la coupe ; or, puisqu'il a fait la havdala dans la prière, c'est donc qu'il n'était pas assis en train de manger. De plus, on en déduit dans Pessahim que celui qui fait la havdala a goûté, alors que selon cette réponse il n'a rien goûté depuis la tombée de la nuit. Il faut donc expliquer ainsi : s'il n'a pas de vin le soir et qu'il espère que du vin lui parvienne le lendemain, il ne mangera pas le soir mais attendra le lendemain pour faire la havdala sur la coupe. En revanche, s'il possède une coupe et n'espère pas trouver le lendemain un vin meilleur, mieux vaut qu'il mange avant de faire la havdala, puis qu'il récite la Birkat Hamazon et la havdala sur cette même coupe, plutôt que de faire la havdala sur la coupe et de réciter la Birkat Hamazon sans coupe, car nous tenons pour établi que la Birkat Hamazon requiert une coupe. Et même celui qui bénit seul requiert une coupe, puisque nulle part il n'est question de zimoun, mais seulement que la Birkat Hamazon requiert une coupe : cela indique toute Birkat Hamazon, même récitée seul. Cela ressort aussi d'Arvei Pessahim là-bas, où l'on dit à propos de cette beraita de celui qui rentre chez lui à la sortie du Chabbat : apprends-en que la Birkat Hamazon requiert une coupe ; et l'expression « celui qui rentre chez lui à la sortie du Chabbat » indique qu'il est seul. Toutefois la preuve n'est pas décisive, car « celui qui rentre chez lui » parle du maître de maison, qui a des gens chez lui et peut faire le zimoun. Une preuve vient de ce que nous disons au chapitre Arvei Pessahim (Pessahim 117) sur la michna « et sur la troisième il dit la Birkat Hamazon » : apprends-en que la bénédiction requiert une coupe ; or il s'agit là même de celui qui est seul, puisque l'on a institué les quatre coupes même pour un homme seul. Mais ici encore on peut repousser la preuve en disant : apprends-en que la bénédiction requiert une coupe lorsqu'ils sont trois, car si elle n'en requérait pas même à trois, pourquoi aurait-on institué pour elle une coupe ? On aurait pu l'instituer sur un autre chant. Rabbi Yehiel de Paris dit qu'il semble possible de tirer une preuve de notre passage : si un homme seul n'avait pas besoin de coupe pour la Birkat Hamazon, on ferait la havdala sur la coupe et chacun mangerait à part, puisqu'il est permis de se séparer tant que l'on n'a pas commencé à manger. Et s'il ne fait pas la havdala pour en boire un peu et réciter la Birkat Hamazon sur le reste, c'est parce que nous disons dans Arvei Pessahim (105b) qu'on ne bénit pas sur une coupe entamée (kos pagoum). Toutefois, selon l'explication du Rachbam, de mémoire bénie, qui explique là-bas que c'est seulement à priori que l'on ne bénit pas sur une coupe entamée, mais que si l'on n'a qu'une coupe entamée on peut y béni et y faire le kidouch, il est difficile de comprendre comment on lui a permis de manger sans havdala par souci d'une coupe entamée, puisque à posteriori il peut béni sur une telle coupe. Il faut donc dire qu'elle ne contient qu'un reviit tout juste. Certains apportent une preuve du Yerouchalmi selon laquelle on peut rendre apte une coupe entamée en y versant de l'eau ; c'est pour cela que l'usage s'est établi de la rendre apte avec un peu de vin que l'on y verse. Car on lit dans le Yerouchalmi, au chapitre Cheloucha Chea'khlou, à propos de la michna selon laquelle on ne bénit pas sur le vin avant d'y avoir versé de l'eau, et de même nous avons coutume d'agir ainsi pour la coupe du kidouch, l'enseignement de Rabbi Yona. On objecte que Rabbi Yona goûtait la coupe puis la remettait en état. Si tu dis qu'elle était déjà coupée d'eau, il est enseigné : celui qui boit une eau mélangée sur laquelle a passé la nuit, son sang est sur sa tête ; Rabbi Yo'hanan a dit : c'est lorsqu'elle a passé la nuit dans un ustensile de métal. On explique ainsi qu'il goûtait la coupe du kidouch, la coupait d'eau le lendemain et faisait de nouveau le kidouch sur elle ; or dans ce cas il ne la coupait pas d'eau au moment du kidouch, sinon il n'aurait pas pu la boire le lendemain à cause du danger. On répond qu'en vérité il n'y a pas de divergence : il la coupait un peu d'eau le soir, la laissait passer la nuit dans un ustensile qui n'est pas de métal, et le lendemain il y ajoutait de l'eau et faisait le kidouch sur elle. On s'étonne : s'il en est ainsi, pour ce qui est dit ici, que s'il n'a qu'une seule coupe il enchaîne les bénédictions après le repas, pourquoi ne ferait-il pas la havdala sur la coupe, puis ne la remettrait-il pas en état avec de l'eau pour la rendre apte à la Birkat Hamazon ? On peut répondre qu'il s'agit d'une coupe déjà coupée d'eau comme il se doit : y ajouter de l'eau la rendrait impropre à la boisson. Quant au passage du Yerouchalmi, on peut le repousser en disant qu'il goûtait la coupe du kidouch dans un autre récipient et la coupait d'eau le lendemain pour la compléter à la mesure requise. Rav Houna fils de Rav Yehochoua se trouva chez Rava ; il le vit béni sur les aromates puis sur la lumière. Il dit : or donc, aussi bien pour Beth Chammai que pour Beth Hillel, la lumière vient d'abord et les aromates ensuite, car nous avons appris : Beth Chammai disent lampe, repas, aromates et havdala, et Beth Hillel disent lampe et aromates, repas et havdala. Rava lui répondit : ce sont là les paroles de Rabbi Meir, mais Rabbi Yehouda dit : Beth Chammai et Beth Hillel n'ont pas divergé sur le repas, qui vient en premier, ni sur la havdala, qui vient en dernier ; sur quoi ont-ils divergé ? Sur la lumière et sur les aromates : Beth Chammai disent la lumière puis les aromates, et Beth Hillel disent les aromates puis la lumière. Et Rabbi Yo'hanan a dit : le peuple a pris l'usage de suivre Beth Hillel selon Rabbi Yehouda.
💡 Explication

Rav Houna bar Yehouda oppose à Rava la lettre de la michna : dans les deux écoles, la lampe figure en premier. Béni sur les aromates avant le feu semble donc contredire toutes les opinions enregistrées.

Le Roch cite ici, en tête de son siman, une longue discussion issue du Yerouchalmi et de Rabbenou Nissim Gaon : comment tenir ensemble l'interdiction de manger avant la havdala et la pratique consistant à reporter la havdala après le repas quand on n'a qu'une seule coupe ? Sa conclusion pratique retient que la Birkat Hamazon requiert une coupe, même pour celui qui bénit seul.

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עָנֵי רָבָא בָּתְרֵיהּ: זוֹ דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר, אֲבָל רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר לֹא נֶחְלְקוּ בֵּית שַׁמַּאי וּבֵית הִלֵּל עַל הַמָּזוֹן שֶׁהוּא בַּתְּחִילָּה וְעַל הַבְדָּלָה שֶׁהִיא בַּסּוֹף, עַל מַה נֶחְלְקוּ — עַל הַמָּאוֹר וְעַל הַבְּשָׂמִים, שֶׁבֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים עַל הַמָּאוֹר וְאַחַר כָּךְ בְּשָׂמִים, וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים בְּשָׂמִים וְאַחַר כָּךְ מָאוֹר.

Rava lui répondit : ce sont là les paroles de Rabbi Meir ; mais Rabbi Yehouda dit : Beth Chammai et Beth Hillel n'ont pas divergé sur le repas, qui vient en premier, ni sur la havdala, qui vient en dernier. Sur quoi ont-ils divergé ?

Sur la lumière et sur les aromates : Beth Chammai disent la lumière puis les aromates, et Beth Hillel disent les aromates puis la lumière.

🖼️ Schéma
L'ordre des bénédictions à la sortie du Chabbat : deux lectures de la mahloket Selon RABBI MEÏR (michna) Beth Chammai ner mazon bessamim havdala Beth Hillel ner bessamim mazon havdala Accord sur la lampe en premier. Selon RABBI YEHOUDA (beraita citée par Rava) Aucun désaccord : mazon en premier, havdala en dernier. Le litige porte sur les deux places du milieu. Beth Chammai mazon maor bessamim havdala Beth Hillel mazon bessamim maor havdala Rabbi Yo'hanan : le peuple a pris l'usage de Beth Hillel selon Rabbi Yehouda -- bessamim avant le feu.
La michna selon Rabbi Meir et la beraita selon Rabbi Yehouda : le litige se déplace vers les deux places du milieu.
26
וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן נָהֲגוּ הָעָם כְּבֵית הִלֵּל אַלִּיבָּא דְּרַבִּי יְהוּדָה.

Et Rabbi Yo'hanan a dit : le peuple a pris l'usage de suivre Beth Hillel selon Rabbi Yehouda.

📜 Rachi (1)
וא"ר יוֹחָנָן גָּרְסִי':
« Et Rabbi Yo'hanan a dit » : telle est la leçon (guirsa) que l'on retient.
🗂️ Tossefot (1)
נָהֲגוּ הָעָם כב"ה אַלִּיבָּא דְּרַבִּי יְהוּדָה תֵּימָא דַּאֲנַן אֲפִילּוּ לְכַתְּחִלָּה נוֹהֲגִין כֵּן וּבְפֶרֶק הֲדַר (עֵירוּבִין דַּף סב:) אוֹמֵר נָהֲגוּ אוֹרוֹיֵי לָא מוֹרֵינַן וְאִי עָבֵד הָכִי לָא מְהַדְּרִינַן לֵיהּ וְי"ל דְּהָתָם אִיכָּא אָמוֹרָאֵי דִּפְלִיגִי חַד אָמַר הֲלָכָה וַהֲוָה פֵּירוּשׁ הֲלָכָה לְכַתְּחִלָּה וּמוֹרִינַן הָכִי א"כ נָהֲגוּ דְּקָאָמַר אִידָךְ הָוֵי דִּיעֲבַד אֲבָל הָכָא יָכוֹל לִהְיוֹת דְּאֵין כָּאן אֶלָּא נָהֲגוּ גְּרֵידָא:
Difficulté : nous agissons ainsi même lekhathila (à priori), alors qu'au chapitre Hadar (Erouvin 62b) il est dit que « le peuple a pris l'usage » signifie que nous n'enseignons pas ainsi, et que si l'on a agi de la sorte on ne le fait pas recommencer. On peut répondre que là-bas il y a des Amoraim en désaccord, l'un disant « halakha », et « halakha » signifie à priori, et l'on enseigne ainsi ; dès lors le « ils ont pris l'usage » du second est à posteriori. Mais ici, il se peut qu'il n'y ait rien d'autre qu'un usage pur et simple.
💡 Explication

Rava tranche par la version de Rabbi Yehouda, où la michna de Rabbi Meir cesse d'être l'unique état de la mahloket. Selon cette lecture, l'ordre du repas et de la havdala fait l'unanimité, et le seul point discuté est la place respective du feu et des aromates.

L'usage reçu suit Beth Hillel dans cette version : aromates puis feu. Tossefot s'arrête sur le mot nahagou (ils ont pris l'usage), qui signale d'ordinaire une pratique que l'on ne recommande pas à priori, alors qu'ici elle est suivie d'emblée.

27
בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים שֶׁבָּרָא כּוּ׳.

« Beth Chammai disent : chebara... », etc. (reprise de la michna).

28
אָמַר רָבָא: ב״בְּרָא״ כֻּולֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי דְּבָרָא מַשְׁמַע. כִּי פְּלִיגִי ב״בּוֹרֵא״, בֵּית שַׁמַּאי סָבְרִי ״בּוֹרֵא״ דַּעֲתִיד לְמַבָּרָא, וּבֵית הִלֵּל סָבְרִי ״בּוֹרֵא״ נָמֵי דִּבְרָא מַשְׁמַע.

Rava a dit : quant à « bara », tout le monde s'accorde à dire que le mot signifie « il a créé ». Leur désaccord porte sur « boré » : Beth Chammai tiennent que « boré » désigne ce qu'Il créera à l'avenir, et Beth Hillel tiennent que « boré » signifie lui aussi « il a créé ».

📜 Rachi (2)
דִּבְרָא מַשְׁמַע לְשֶׁעָבַר וְיָפֶה לְאוֹמְרוֹ שֶׁעַל בְּרִייַּת הָאוֹר שֶׁבָּרָא בְּשֵׁשֶׁת יְמֵי בְּרֵאשִׁית מְשַׁבְּחִין אוֹתוֹ לְפִי שבמו"ש נִבְרָא כִּדְאָמְרִינַן בִּפְסָחִים (פ"ד דַּף נד.):
Au passé ; et il convient de le dire ainsi, car c'est pour la création de la lumière créée durant les six jours de la Genèse que l'on Le loue, puisque c'est à la sortie du Chabbat qu'elle fut créée, comme il est dit dans Pessahim (54a).
בּוֹרֵא דָּבָר שֶׁהוּא בּוֹרֵא תָּמִיד וְהָא לָא שַׁיְיכָא הָכָא שֶׁהֲרֵי כְּבָר נִבְרָא:
« Boré » : une chose qu'Il crée continuellement ; ce qui ne convient pas ici, puisqu'elle a déjà été créée.
🗂️ Tossefot (1)
בְּבָרָא כ"ע ל"פ וא"ת הוֹאִיל ול"פ בִּלְשׁוֹן בָּרָא אַמַּאי אָמַר בּוֹרֵא וי"ל דִּלְשׁוֹן קְרָא עָדִיף:
Objection : puisqu'ils ne divergent pas sur le terme « bara », pourquoi dit-on « boré » ? On peut répondre que la formulation empruntée au verset est préférable.
💡 Explication

Le litige de la michna porte sur la formule de la bénédiction sur le feu. Rava le situe dans la valeur temporelle du participe boré : action continue ou action à venir pour Beth Chammai, action déjà accomplie pour Beth Hillel.

L'enjeu est réel : la bénédiction de la sortie du Chabbat porte sur la lumière créée, selon la tradition, au terme du premier Chabbat. Une formule tournée vers l'avenir manquerait son objet.

29
מֵתִיב רַב יוֹסֵף: ״יוֹצֵר אוֹר וּבוֹרֵא חֹשֶׁךְ״, ״יוֹצֵר הָרִים וּבֹורֵא רוּחַ״, ״בּוֹרֵא הַשָּׁמַיִם וְנַוָּטֵיהֶם״. אֶלָּא אָמַר רַב יוֹסֵף: בְּ״בָּרָא״ וּ״בּוֹרֵא״ כֻּולֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי דְּבָרָא מַשְׁמַע, כִּי פְּלִיגִי בְּ״מְאוֹר״ וּ״מְאוֹרֵי״. דְּבֵית שַׁמַּאי סָבְרִי חֲדָא נְהוֹרָא אִיכָּא בְּנוּרָא, וּבֵית הִלֵּל סָבְרִי טוּבָא נְהוֹרֵי אִיכָּא בְּנוּרָא. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי, אָמְרוּ לָהֶם בֵּית הִלֵּל לְבֵית שַׁמַּאי: הַרְבֵּה מְאוֹרוֹת יֵשׁ בָּאוֹר.

Rav Yossef objecta : « Il forme la lumière et crée (boré) les ténèbres », « Il forme les montagnes et crée (boré) le vent », « Il crée (boré) les cieux et les déploie ». Rav Yossef dit plutôt : quant à « bara » et à « boré », tout le monde s'accorde à dire que cela signifie « il a créé » ; leur désaccord porte sur « maor » et « meoré ».

Car Beth Chammai tiennent qu'il n'y a qu'une seule lumière dans le feu, et Beth Hillel tiennent qu'il y a de nombreuses lumières dans le feu. Ainsi est-il enseigné également : Beth Hillel dirent à Beth Chammai : il y a de nombreuses lumières dans le feu.

📜 Rachi (1)
הַרְבֵּה מְאוֹרוֹת שַׁלְהֶבֶת אֲדֻומָּה לְבָנָה וִירַקְרֶקֶת:
« De nombreuses lumières » : la flamme est rouge, blanche et verdâtre.
🪔 Ben Yehoyada (1)
בֵּית שַׁמַּאי סָבְרִי: חַד נְהוֹרָא אִיכָּא בְּנוּרָא, וּבֵית הִלֵּל סָבְרִי: טוּבָא נְהוֹרֵי אִיכָּא בְּנוּרָא. קַשָּׁא אֵיךְ חוֹלְקִים בִּמְצִיאוּת, וַהֲלֹא קָא חָזֵינַן דְּטוּבָא נְהוֹרָא אִיכָּא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד סָבְרִי בֵּית שַׁמַּאי אַף עַל גַּב דְּאִיכָּא טוּבָא נְהוֹרָא בְּנוּרִי, עִם כָּל זֶה לְגַבֵּי הֲנָאַת הַגּוּף נֶחְשָׁב אֶחָד, כִּי אֵין לַגּוּף הֲנָאוֹת פְּרָטִיּוֹת מִן פְּרָטֵי הֲגוּנִים שֶׁיֵּשׁ בְּנוּרָא, וַאֲנַחְנוּ צְרִיכִין לְבָרֵךְ בִּשְׁבִיל הֲנָאָה שֶׁמַּגַּעַת לַגּוּף שֶׁהִיא חֲדָא בָּאָה מִכְּלָלוּת הַגְּוָונִים שֶׁבָּאוֹר. אֲבָל בֵּית הִלֵּל סָבְרִי אֲנַחְנוּ צְרִיכִין לְבָרֵךְ עִיקָּר בִּשְׁבִיל הֲנָאַת הַנֶּפֶשׁ שֶׁהִיא נֶחֱלֶקֶת לִשְׁלֹשָׁה חֲלָקִים, שֶׁהֵם נר"ן [נֶפֶשׁ, רוּחַ, נְשָׁמָה] אוֹ לַחֲמִשָּׁה שֶׁהֵם נרנח"י [נֶפֶשׁ, רוּחַ, נְשָׁמָה, חַיָּה, יְחִידָה] , וְלָכֵן כָּל חֵלֶק מִמֶּנָּה נֶהֱנֶה מִן גִּוּוּן אֶחָד שֶׁיֵּשׁ בְּשָׁלֹשׁ אוֹ בְּחָמֵשׁ גַּוְונֵי הָאוּר.
« Beth Chammai tiennent qu'il n'y a qu'une seule lumière dans le feu, et Beth Hillel tiennent qu'il y a de nombreuses lumières dans le feu. » Difficulté : comment peuvent-ils diverger sur un fait constatable, alors que nous voyons bien qu'il y a de nombreuses lumières ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Beth Chammai tiennent que, même s'il y a de nombreuses lumières dans le feu, elles comptent malgré tout pour une seule du point de vue du plaisir du corps, car le corps ne reçoit pas de plaisirs distincts de chacune des teintes qui se trouvent dans le feu ; or nous devons béni pour le plaisir qui atteint le corps, lequel est unique et provient de l'ensemble des teintes de la lumière. Mais Beth Hillel tiennent que nous devons béni essentiellement pour le plaisir de la nechama (âme), laquelle se divise en trois parties, nefech, roua'h et nechama, ou en cinq, nefech, roua'h, nechama, haya et ye'hida ; c'est pourquoi chaque partie tire son plaisir d'une teinte parmi les trois ou les cinq teintes de la lumière.
💡 Explication

Rav Yossef écarte la lecture de Rava par trois versets où boré désigne clairement une création passée. Il déplace alors la mahloket vers le second mot de la formule : méor au singulier ou meoré au pluriel.

La question devient physique : combien de lumières distingue-t-on dans une flamme ? Rachi énumère les trois teintes, et une beraita confirme la position de Beth Hillel.

🖼️ Schéma
maor ou meoré : combien de lumières dans une flamme ? rouge, blanc, verdâtre (Rachi) BETH CHAMMAI une seule lumière dans le feu formule au singulier : méor haéch BETH HILLEL plusieurs lumières dans le feu formule au pluriel : meoré haéch Rav Yossef déplace la mahloket : elle ne porte plus sur bara / boré mais sur le nombre des lumières.
Une lumière ou plusieurs : la formule de la bénédiction suit la réponse donnée.
30
אֵין מְבָרְכִין כו׳. בִּשְׁלָמָא נֵר מִשּׁוּם דְּלֹא שָׁבַת, אֶלָּא בְּשָׂמִים מַה טַּעַם לָא?

« On ne bénit pas... », etc. (reprise de la michna).

Passe encore pour la lampe, parce qu'elle n'a pas chômé ; mais les aromates, quelle en est la raison ?

📜 Rachi (1)
מִשּׁוּם דְּלָא שָׁבַת מִמְּלֶאכֶת עֲבֵירָה שֶׁהָעוֹבֵד כּוֹכָבִים עוֹשֶׂה מְלָאכָה לְאוֹרוֹ וְתַנְיָא לְקַמָּן אוֹר שֶׁלֹּא שָׁבַת אֵין מְבָרְכִין עָלָיו הוֹאִיל וְנֶעֶבְדָה בּוֹ עֲבֵירָה:
« Parce qu'elle n'a pas chômé » : elle n'a pas chômé d'un travail interdit, car le non-Juif accomplit un travail à sa lumière ; et il est enseigné plus loin : sur une lumière qui n'a pas chômé on ne bénit pas, puisqu'une transgression a été accomplie par elle.
31
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: הָכָא בִּמְסִבַּת גּוֹיִם עָסְקִינַן, מִפְּנֵי שֶׁסְּתָם מְסִבַּת גּוֹיִם לַעֲבוֹדָה זָרָה הִיא.

Rav Yehouda a dit au nom de Rav : ici nous traitons d'un banquet de non-Juifs, parce qu'un banquet de non-Juifs est présumé voué à l'idolâtrie.

📜 Rachi (1)
בִּמְסִבַּת עוֹבְדֵי כּוֹכָבִים לַאֲכִילָה לִסְעוּדָה:
« D'un banquet de non-Juifs » : pour manger, pour un repas.
32
הָא מִדְּקָתָנֵי סֵיפָא אֵין מְבָרְכִין לֹא עַל הַנֵּר וְלֹא עַל הַבְּשָׂמִים שֶׁל עֲבוֹדָה זָרָה, מִכְלָל דְּרֵישָׁא לָאו בַּעֲבוֹדָה זָרָה עָסְקִינַן!

Mais du fait que la clause finale enseigne : on ne bénit ni sur la lampe ni sur les aromates de l'idolâtrie, il en résulte que la clause initiale ne traite pas de l'idolâtrie !

⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' אֵין מְבָרְכִין לֹא עַל הַנֵּר וְלֹא עַל הַבְּשָׂמִים שֶׁל עוֹבְדֵי כּוֹכָבִים וְלֹא עַל הַנֵּר וְלֹא עַל הַבְּשָׂמִים שֶׁל מֵתִים וְלֹא עַל הַנֵּר וְלֹא עַל הַבְּשָׂמִים שֶׁל עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים וְאֵין מְבָרְכִים עַל הַנֵּר עַד שֶׁיֵּאוֹתוּ לְאוֹרוֹ:
Michna : on ne bénit ni sur la lampe ni sur les aromates des non-Juifs, ni sur la lampe ni sur les aromates des morts, ni sur la lampe ni sur les aromates de l'idolâtrie ; et on ne bénit sur la lampe que lorsque l'on tire profit de sa lumière (chey'otou le-oro).
💡 Explication

L'objection est de méthode : la michna distingue deux clauses, celle des non-Juifs et celle de l'idolâtrie. Si la première s'expliquait déjà par l'idolâtrie, la seconde serait superflue.

33
אָמַר רַבִּי חֲנִינָא מִסּוּרָא: ״מַה טַעַם״ קָאָמַר: מַה טַּעַם אֵין מְבָרְכִין עַל הַנֵּר וְלֹא עַל הַבְּשָׂמִים שֶׁל גּוֹיִם — מִפְּנֵי שֶׁסְּתָם מְסִבַּת גּוֹיִם לַעֲבוֹדָה זָרָה.

Rabbi Hanina de Soura a dit : la michna s'exprime sur le mode du « quelle en est la raison » : quelle est la raison pour laquelle on ne bénit ni sur la lampe ni sur les aromates des non-Juifs ? Parce qu'un banquet de non-Juifs est présumé voué à l'idolâtrie.

💡 Explication

Rabbi Hanina de Soura résout l'objection par une lecture de style. Les deux clauses ne sont pas deux lois parallèles : la seconde donne la raison de la première, selon la formule ma taam (quelle en est la raison), fréquente dans la michna.

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תָּנוּ רַבָּנַן: אוֹר שֶׁשָּׁבַת — מְבָרְכִין עָלָיו, וְשֶׁלֹּא שָׁבַת — אֵין מְבָרְכִין עָלָיו. מַאי ״שַׁבָּת״ וּמַאי ״לֹא שַׁבָּת״?

Nos maîtres ont enseigné : sur un feu qui a chômé, on bénit ; et sur un feu qui n'a pas chômé, on ne bénit pas. Qu'est-ce que « a chômé » et qu'est-ce que « n'a pas chômé » ?

💡 Explication

Le daf s'achève sur une beraita qui pose le critère sans le définir : le feu doit avoir chômé (chavat) pendant le Chabbat. La guemara ouvre aussitôt la question des cas concrets, développée au début du folio suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).