Berakhot 53a — La lampe et les aromates de la havdala : quelle lumière mérite une bénédiction, et quelle odeur

Berakhot 53a

Sougya : Le daf poursuit la michna sur les bénédictions de la sortie du Chabbat. Il précise d'abord ce que signifie « une lumière qui a chômé » : elle a chômé d'un travail de transgression, et non de tout travail, si bien que la lampe allumée pour une accouchée ou pour un malade reste valable.

Une longue discussion suit sur la lampe allumée par un non-Juif à partir d'un autre non-Juif ; elle passe par la nature de la flamme, qui se renouvelle sans cesse, et par le cas de celui qui transporte une flamme dans le domaine public, avant de s'achever sur un décret rabbinique. La guemara dégage ensuite le critère central du chapitre : on ne bénit que sur une lumière faite pour éclairer, d'où les distinctions entre le début et la fin de la cuisson d'un four, entre la synagogue éclairée pour un homme de marque et celle éclairée pour l'assemblée, et entre les lampes des convois funèbres.

La dernière partie applique la même règle aux aromates : ceux des latrines, l'huile qui ôte la graisse, l'encens des rues de Tibériade et de Tsipori, et le marché d'idolâtrie.

Sur quelle lumière récite-t-on bore méoré ha-ech ? Critère de la michna : aor sheshavat, une lumière qui a chômé pendant le Chabbat Lumière vue à la sortie du Chabbat Allumée le Chabbat pour un travail interdit Allumée le Chabbat pour une accouchée, un malade Achachit allumée avant Chabbat, restée allumée Juif depuis un non-Juif, non-Juif depuis un Juif Non-Juif depuis un non-Juif, après la nuit Pas de bénédiction On bénit On bénit On bénit Pas de bénédiction (décret des Sages)
Le parcours du daf sur la lampe : le critère de départ est la lumière qui a chômé, mais il se réduit au seul travail de transgression, puis se complique du décret sur le feu détenu par un non-Juif.
Faite pour éclairer, ou faite pour autre chose ? Un seul critère commande toutes les beraitot contradictoires du daf Faite pour éclairer : on bénit Faite pour autre chose : pas de bénédiction Four à chaux À la fin : grand feu pour finir la cuisson Au début : le feu ne sert qu'à brûler les pierres Four à pain À la fin : brindilles allumées à la bouche Au début : le feu ne sert qu'à chauffer Synagogue Pas d'homme de marque, ou hazzan qui mange sans clair de lune Homme de marque seul, ou clair de lune qui suffit déjà au hazzan Lampe du mort Lampe portée seulement la nuit Lampe portée de jour comme de nuit
Le critère unificateur de toute la seconde moitié du daf : une lumière faite pour éclairer ouvre droit à la bénédiction, une lumière faite pour l'honneur ou pour la cuisson ne l'ouvre pas.
Hors de la ville : la règle de majorité Même beraita pour la lumière et pour l'odeur, deux issues différentes Majorité non-Juifs Moitié-moitié Majorité juifs Lumière vue Pas de bénédiction On bénit On bénit Odeur sentie tana kama Pas de bénédiction non traité On bénit Odeur sentie Rabbi Yosse Pas de bénédiction, même quand la majorité est juive Motif : une minorité brûle pour la sorcellerie, une minorité pour parfumer les vêtements.
La règle de majorité appliquée deux fois : pour la lumière elle joue simplement, pour l'odeur Rabbi Yosse la renverse en additionnant deux minorités.
1
אִי נֵימָא לֹא שָׁבַת מֵחֲמַת מְלָאכָה אֲפִילּוּ מִמְּלָאכָה דְּהֶתֵּירָא, וְהָתַנְיָא: אוּר שֶׁל חַיָּה וְשֶׁל חוֹלֶה — מְבָרְכִין עָלָיו!

Si l'on veut dire qu'elle n'a pas chômé d'un travail, même d'un travail permis — mais on a enseigné : la lumière [allumée pour] une accouchée ou pour un malade, on récite la bénédiction dessus !

📜 Rachi (1)
אִי נֵימָא לֹא שָׁבַת מֵחֲמַת מְלָאכָה וְאַפֵּי' הִיא מְלָאכָה שֶׁל הֶיתֵּר כְּגוֹן שֶׁל חוֹלֶה וְשֶׁל חַיָּה קָאָמַר דְּאֵין מְבָרְכִין:
C'est-à-dire qu'il viendrait à dire, pour la lampe d'un malade ou d'une accouchée, que l'on n'y récite pas la bénédiction.
💡 Explication

La michna n'autorise la bénédiction bore méoré ha-ech à la sortie du Chabbat que sur une lumière qui a chômé (aor sheshavat), c'est-à-dire qui n'a pas été allumée pendant le Chabbat. La guemara cherche le sens exact de ce verbe.

Première lecture : n'a pas chômé de tout travail. Elle est aussitôt réfutée par une beraita : on allume le Chabbat pour une accouchée ou pour un malade, ce qui est permis, et l'on bénit pourtant sur cette lumière-là.

2
אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: מַאי ״שַׁבָּת״ — שֶׁשָּׁבַת מֵחֲמַת מְלֶאכֶת עֲבֵירָה. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: עֲשָׁשִׁית שֶׁהָיְתָה דּוֹלֶקֶת וְהוֹלֶכֶת כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ, לְמוֹצָאֵי שַׁבָּת מְבָרְכִין עָלֶיהָ.

Rav Nahman bar Yitshaq a dit : que signifie « a chômé » ? Qu'elle a chômé d'un travail de transgression.

On a également enseigné ainsi : une lanterne (achachit) qui brûlait sans interruption toute la journée, à la sortie du Chabbat on récite la bénédiction dessus.

📜 Rachi (3)
עֲשָׁשִׁית לנטירנ"א:
Une lanterne.
שֶׁהָיְתָה דּוֹלֶקֶת וְהוֹלֶכֶת מע"ש וּבְבֵית יִשְׂרָאֵל:
Depuis la veille du Chabbat, et dans une maison juive.
למ"ש מְבָרְכִין לְפִי שֶׁלֹּא נֶעֶבְדָה בָּהּ עֲבֵירָה שֶׁלֹּא הֻודְלְקָה בְּשַׁבָּת:
Parce qu'aucune transgression n'a été commise avec elle : elle n'a pas été allumée pendant le Chabbat.
💡 Explication

La correction de Rav Nahman bar Yitshaq restreint le critère : chômer ne vise que le travail interdit. Une lampe allumée licitement pendant le Chabbat n'est donc pas écartée.

La beraita de l'achachit, la lanterne allumée avant l'entrée du Chabbat et laissée brûler, confirme la lecture : ce qui compte est l'acte d'allumage, non la combustion continue.

3
תָּנוּ רַבָּנַן: גּוֹי שֶׁהִדְלִיק מִיִּשְׂרָאֵל, וְיִשְׂרָאֵל שֶׁהִדְלִיק מִגּוֹי מְבָרְכִין עָלָיו. גּוֹי מִגּוֹי — אֵין מְבָרְכִין עָלָיו.

Nos maîtres ont enseigné : un non-Juif qui a allumé [sa lampe] à partir de celle d'un Juif, et un Juif qui a allumé à partir de celle d'un non-Juif — on récite la bénédiction dessus. Un non-Juif [qui a allumé] à partir d'un non-Juif — on ne récite pas la bénédiction dessus.

📜 Rachi (1)
נָכְרִי שֶׁהִדְלִיק מִיִּשְׂרָאֵל מִשֶּׁחֲשֵׁכָה מ"ש:
Après la tombée de la nuit, à la sortie du Chabbat.
💡 Explication

Trois combinaisons sont mises en regard. Rachi précise que tous ces allumages ont lieu après la tombée de la nuit, donc une fois le Chabbat achevé, ce qui rend le cas difficile : plus rien n'y est interdit.

La beraita écarte pourtant la dernière combinaison. Toute la sougya qui suit cherche le motif de cette exclusion.

4
מַאי שְׁנָא גּוֹי מִגּוֹי דְּלָא — מִשּׁוּם דְּלָא שָׁבַת? אִי הָכִי, יִשְׂרָאֵל מִגּוֹי נָמֵי הָא לֹא שָׁבַת!

En quoi le cas d'un non-Juif [allumant] à partir d'un non-Juif est-il différent, pour qu'on n'y récite pas la bénédiction — parce qu'elle n'a pas chômé ? Si c'est ainsi, [la lampe d']un Juif [allumée] à partir d'un non-Juif non plus n'a pas chômé !

💡 Explication

Première tentative d'explication : la lampe du non-Juif remonte à un allumage effectué pendant le Chabbat, elle n'a donc pas chômé. La guemara objecte aussitôt que la lampe du Juif allumée à la même source remonte à ce même allumage.

5
וְכִי תֵּימָא הָךְ אִיסּוּרָא אֲזַל לֵיהּ, וְהָא אַחַרְיַנָא הוּא, וּבִידָא דְיִשְׂרָאֵל קָא מִתְיַלְדָא — אֶלָּא הָא דְּתַנְיָא: הַמּוֹצִיא שַׁלְהֶבֶת לִרְשׁוּת הָרַבִּים — חַיָּיב. אַמַּאי חַייָּב? מַה שֶּׁעָקַר לֹא הִנִּיחַ, וּמַה שֶׁהִנִּיחַ לֹא עָקַר!

Et si tu dis : cette [flamme] interdite s'en est allée, et celle-ci en est une autre, qui naît dans la main du Juif — mais alors ce que l'on a enseigné : celui qui fait sortir une flamme dans le domaine public est passible ! Pourquoi est-il passible ?

Ce qu'il a arraché il ne l'a pas déposé, et ce qu'il a déposé il ne l'a pas arraché !

📜 Rachi (3)
הַךְ אִיסּוּרָא אָזְלָא מִתּוֹךְ שֶׁשַּׁלְהֶבֶת דּוֹלֶקֶת וְהוֹלֶכֶת קַמָּא קַמָּא פָּרַח לֵיהּ:
Puisque la flamme brûle sans discontinuer, chaque parcelle antérieure s'envole à mesure.
הַמּוֹצִיא שַׁלְהֶבֶת לר"ה בְּשַׁבָּת חַייָּב וּמוֹקְמִינַן לָהּ בְּמַסֶּכֶת בֵּיצָה כְּגוֹן דְּשַׁיְיפֵיהּ לַחֶרֶס מִשְׁחָא וְאַתְלִי בֵּהּ נוּרָא דְּגַחֶלֶת לֵיכָּא אֶלָּא שַׁלְהֶבֶת וּמִשּׁוּם חֶרֶס לָא מִחַיַּיב דְּלֵית בָּהּ שִׁיעוּרָא:
Le Chabbat, il est passible ; on établit ce cas dans le traité Betsa, par exemple lorsqu'il a enduit un tesson d'huile et y a mis le feu, de sorte qu'il n'y a pas de braise mais seulement une flamme ; et pour le tesson lui-même il n'est pas passible, car il n'atteint pas la mesure minimale.
מַה שֶּׁעָקַר לֹא הִנִּיחַ וְהוֹצָאַת שַׁבָּת לָא מִחַייְּבָא עַד דְּאִיכָּא עֲקִירָה מֵרְשׁוּת זוֹ וְהַנָּחָה בִּרְשׁוּת זוֹ:
L'interdit de faire sortir un objet le Chabbat n'engage la responsabilité que s'il y a arrachage (aqira) d'un domaine et dépôt (hanaha) dans l'autre.
🗂️ Tossefot (1)
וְכִי תֵּימָא הָךְ אִיסּוּרָא אֲזַל לֵיהּ ה"מ לְאַקְשׁוֹיֵי אִי הָכִי נָכְרִי מִנָּכְרִי נָמֵי אֶלָּא עֲדִיפָא מִינֵּיהּ פָּרִיךְ דה"מ לְשַׁנּוֹיֵי כְּדִמְשַׁנֵּי בְּסָמוּךְ:
Il aurait pu objecter : « si c'est ainsi, un non-Juif [allumant] à partir d'un non-Juif devrait lui aussi être permis ». Mais il pose une objection plus forte que celle-là, car à la première on aurait pu répondre comme la guemara répond un peu plus loin.
💡 Explication

La solution proposée repose sur une physique de la flamme : elle se consume et se réengendre à chaque instant, si bien que la flamme interdite à déjà disparu quand le Juif allume la sienne.

La guemara réfute cette thèse par une règle de Chabbat : la responsabilité pour hotsaa (faire sortir un objet d'un domaine dans un autre) exige une aqira (arrachage) et une hanaha (dépôt) portant sur le même objet. Si la flamme se renouvelait entièrement, celui qui la transporte ne serait jamais passible.

🖼️ Schéma
La flamme se renouvelle-t-elle à chaque instant ? Hypothèse La parcelle antérieure s'envole Une parcelle nouvelle naît Donc la flamme interdite n'est plus là : on pourrait bénir Objection Celui qui transporte une flamme dans le domaine public est passible. Si tout se renouvelle, aucune flamme n'est à la fois arrachée et déposée. Domaine privé aqira : flamme A Domaine public hanaha : flamme B A n'est jamais déposée, B n'a jamais été arrachée : il ne devrait pas être passible. Or la beraita le déclare passible. Conclusion : la flamme interdite subsiste ; on bénit sur l'accroissement permis né dans la main du Juif.
L'hypothèse du renouvellement continu de la flamme, et l'objection tirée du transport dans le domaine public.
6
אֶלָּא לְעוֹלָם דְּאִיסּוּרָא נָמֵי אִיתֵיהּ, וְכִי קָא מְבָרֵךְ — אַתּוֹסֶפְתָּא דְּהֶתֵּירָא קָא מְבָרֵךְ, אִי הָכִי, גּוֹי מִגּוֹי נָמֵי!

Plutôt : en vérité la [flamme] interdite subsiste elle aussi, et lorsqu'il récite la bénédiction, c'est sur l'accroissement permis qu'il la récite. Si c'est ainsi, un non-Juif [allumant] à partir d'un non-Juif également !

💡 Explication

Nouvelle position : la flamme originelle demeure, mais la flamme grandit, et ce qui s'ajoute après la sortie du Chabbat est permis. La bénédiction porte sur cet accroissement (tossefet) licite.

La difficulté revient aussitôt : cet accroissement existe tout autant chez le non-Juif qui allume d'un non-Juif.

7
אִין הָכִי נָמֵי, גְּזֵירָה מִשּׁוּם גּוֹי רִאשׁוֹן וְעַמּוּד רִאשׁוֹן.

En effet, il en est bien ainsi ; [et si l'on n'y bénit pas, c'est] un décret à cause du premier non-Juif et de la première colonne [de flamme].

📜 Rachi (1)
גְּזֵירָה מִשּׁוּם נָכְרִי רִאשׁוֹן וְעַמּוּד רִאשׁוֹן אִי שָׁרִית בְּנָכְרִי שֶׁהִדְלִיק מִנָּכְרִי מִשֶּׁחֲשֵׁכָה אָתֵי לְבָרוֹכֵי בְּנָכְרִי שֶׁהִדְלִיק מִבְּעוֹד יוֹם וּבְאוֹתוֹ אוֹר עַצְמוֹ שֶׁלֹּא נִתּוֹסַף מִשֶּׁחֲשֵׁכָה כְּגוֹן שֶׁמְּבָרֵךְ עָלָיו סָמוּךְ לַחֲשֵׁכָה מִיָּד:
Si tu permets [de bénir] sur un non-Juif qui a allumé à partir d'un non-Juif après la tombée de la nuit, on en viendra à bénir sur un non-Juif qui a allumé alors qu'il faisait encore jour, et sur cette lumière même, qui ne s'est pas accrue depuis la tombée de la nuit, par exemple lorsqu'il récite la bénédiction dessus immédiatement, tout près de la tombée de la nuit.
🗂️ Tossefot (1)
גְּזֵירָה מִשּׁוּם נָכְרִי רִאשׁוֹן וְנָכְרִי רִאשׁוֹן מִשּׁוּם עַמּוּד רִאשׁוֹן וְכוּ' חֲדָא גְּזֵרָה הִיא דְּגָזְרוּ חֲכָמִים כָּל אֵשׁ נָכְרִי שֶׁבְּיַד הַנָּכְרִי דְּאִי לָא הָא לָא קָיְימָא הָא אֲבָל נָכְרִי שֶׁהִדְלִיק מִיִּשְׂרָאֵל וְיִשְׂרָאֵל מִנָּכְרִי מְבָרְכִין עָלָיו וְהָכִי קַיְימָא לַן:
C'est un seul et même décret : les Sages ont décrété sur tout feu de non-Juif qui se trouve dans la main d'un non-Juif, car sans le premier interdit le second ne tiendrait pas. En revanche, un non-Juif qui a allumé à partir d'un Juif, et un Juif qui a allumé à partir d'un non-Juif, on récite la bénédiction dessus, et telle est la halakha que nous retenons.
💡 Explication

La réponse concède le raisonnement : sur le fond, l'accroissement du non-Juif serait permis. L'interdit est une gezera, un décret de précaution.

Deux confusions sont redoutées : le premier non-Juif, celui qui a allumé pendant le Chabbat sans emprunter à personne, et la première colonne de flamme, celle que l'on bénirait juste après la tombée de la nuit, avant qu'aucun accroissement licite ne se soit produit.

Tossefot ajoutent la conclusion pratique : la halakha suit la beraita, on bénit dans les deux cas mixtes.

🖼️ Schéma
Pourquoi interdire le non-Juif qui allume d'un non-Juif Non-Juif allumant d'un non-Juif, après la nuit En soi permis : accroissement né après Chabbat interdit par décret, de peur qu'on en vienne à : Le premier non-Juif : lampe allumée en plein Chabbat et non à partir d'une autre La première colonne de flamme, bénie aussitôt, avant tout accroissement permis Non-Juif depuis un Juif, Juif depuis un non-Juif Hors du décret : on bénit (halakha retenue) Tossefot : c'est un décret unique portant sur tout feu de non-Juif tenu par un non-Juif.
Le décret et les deux cas qu'il protège ; à droite, les combinaisons demeurées permises.
8
תָּנוּ רַבָּנַן: הָיָה מְהַלֵּךְ חוּץ לַכְּרַךְ וְרָאָה אוּר, אִם רֹוב גּוֹיִם — אֵינוֹ מְבָרֵךְ, אִם רֹוב יִשְׂרָאֵל — מְבָרֵךְ.

Nos maîtres ont enseigné : s'il marchait hors d'une grande ville (kerakh) et a vu une lumière : si la majorité [des habitants] sont des non-Juifs, il ne récite pas la bénédiction ; si la majorité sont juifs, il récite la bénédiction.

9
הָא גוּפָא קַשְׁיָא, אָמְרַתְּ אִם רֹוב גּוֹיִם — אֵינוֹ מְבָרֵךְ, הָא מֶחֱצָה עַל מֶחֱצָה — מְבָרֵךְ, וַהֲדַר תָּנֵי אִם רֹוב יִשְׂרָאֵל — מְבָרֵךְ, הָא מֶחֱצָה עַל מֶחֱצָה — אֵינוֹ מְבָרֵךְ!

Ce texte se contredit lui-même : tu as dit « si la majorité sont des non-Juifs, il ne récite pas la bénédiction » — donc à moitié-moitié, il récite la bénédiction ; et ensuite il enseigne « si la majorité sont juifs, il récite la bénédiction » — donc à moitié-moitié, il ne récite pas la bénédiction !

💡 Explication

La guemara lit chaque clause à contrario, procédé courant appelé diyouk. La première clause laisse entendre que le partage égal suffit pour bénir, la seconde qu'il ne suffit pas.

10
בְּדִין הוּא דַּאֲפִילּוּ מֶחֱצָה עַל מֶחֱצָה נָמֵי מְבָרֵךְ, וְאַיְּידֵי דִּתְנָא רֵישָׁא ״רֹוב גּוֹיִם״, תְּנָא סֵיפָא ״רֹוב יִשְׂרָאֵל״.

En droit, même à moitié-moitié il récite la bénédiction ; mais puisque la première clause a enseigné « la majorité sont des non-Juifs », la seconde a enseigné « la majorité sont juifs ».

💡 Explication

La réponse annule le second diyouk : la formulation de la seconde clause est commandée par le style, elle reprend le mot « majorité » de la première. Seule la première clause est donc porteuse d'une déduction : le partage égal autorise la bénédiction.

11
תָּנוּ רַבָּנַן: הָיָה מְהַלֵּךְ חוּץ לַכְּרַךְ וְרָאָה תִּינוֹק וַאֲבוּקָה בְּיָדוֹ, בּוֹדֵק אַחֲרָיו; אִם יִשְׂרָאֵל הוּא — מְבָרֵךְ, אִם נָכְרִי הוּא — אֵינוֹ מְבָרֵךְ.

Nos maîtres ont enseigné : s'il marchait hors d'une grande ville et a vu un enfant tenant une torche à la main, il enquête à son sujet : s'il est juif, il récite la bénédiction ; s'il est non-Juif, il ne récite pas la bénédiction.

12
מַאי אִירְיָא תִּינוֹק? אֲפִילּוּ גָּדוֹל נָמֵי!

Pourquoi parler précisément d'un enfant ? Même d'un adulte aussi !

13
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: הָכָא בְּסָמוּךְ לִשְׁקִיעַת הַחַמָּה עָסְקִינַן. גָּדוֹל, מוֹכְחָא מִילְּתָא דְּוַדַּאי נָכְרִי הוּא. תִּינוֹק, אֵימַר יִשְׂרָאֵל הוּא, אִקְרֵי וְנָקֵיט.

Rav Yehouda a dit au nom de Rav : ici, nous traitons d'un moment tout proche du coucher du soleil. S'il s'agit d'un adulte, la chose est manifeste : il est certainement non-Juif.

S'il s'agit d'un enfant, dis qu'il est peut-être juif et qu'il s'est trouvé qu'il a saisi [la torche].

📜 Rachi (1)
גָּדוֹל מוֹכְחָא מִלְּתָא דְּנָכְרִי הוּא וְאֵין צָרִיךְ לִבְדֹּוק אַחֲרָיו דְּאִי אִיתָא דְּיִשְׂרָאֵל הוּא לֹא הָיָה מְמַהֵר סָמוּךְ לַחֲשֵׁכָה מִיָּד לֶאֱחֹוז הָאוּר בְּיָדוֹ:
Il n'est pas nécessaire d'enquêter à son sujet ; car s'il était juif, il ne se serait pas hâté de saisir la lumière en main immédiatement, tout près de la tombée de la nuit.
💡 Explication

La beraita vise l'instant même où la nuit tombe. Un adulte juif attendrait avant d'allumer et de porter une torche ; sa présence avec du feu à cet instant précis fait présumer qu'il est non-Juif, sans qu'aucune enquête soit nécessaire.

Un enfant échappe à cette présomption : il a pu saisir la torche par hasard. C'est pourquoi la beraita a parlé d'un enfant, seul cas où la vérification a un sens.

14
תָּנוּ רַבָּנַן: הָיָה מְהַלֵּךְ חוּץ לַכְּרַךְ וְרָאָה אוּר, אִם עָבֶה כְּפִי הַכִּבְשָׁן — מְבָרֵךְ עָלָיו. וְאִם לָאו אֵינוֹ מְבָרֵךְ עָלָיו.

Nos maîtres ont enseigné : s'il marchait hors d'une grande ville et a vu une lumière : si elle est épaisse comme [celle qui sort de] la bouche du four à chaux (kivchan), il récite la bénédiction dessus ; sinon, il ne récite pas la bénédiction dessus.

📜 Rachi (2)
כְּפִי הַכִּבְשָׁן שֶׁשּׂוֹרְפִים בּוֹ אֲבָנִים לְסִיד אִם עָבָה כְּאוּר הַיּוֹצֵא מִפִּי הַכִּבְשָׁן נְהוֹרָא בָּרִיא הִיא וּלְהִשְׁתַּמֵּשׁ לְאוֹרָהּ הִיא נַעֲשֵׂית:
Le four où l'on brûle des pierres pour faire de la chaux. Si elle est épaisse comme la lumière qui sort de la bouche du four, c'est une lumière solide, faite pour qu'on s'en serve.
וְאִם לָאו לָאו לְאוֹרָהּ נַעֲשֵׂית אֶלָּא לְבַשֵּׁל וְאֵין מְבָרְכִין אֶלָּא עַל שֶׁנַּעֲשָׂה לְהָאִיר:
Elle n'a pas été faite pour sa lumière, mais pour cuire ; or on ne récite la bénédiction que sur ce qui a été fait pour éclairer.
💡 Explication

Rachi dégage ici le critère qui commande tout le reste du daf : on ne bénit que sur une lumière faite pour éclairer. L'épaisseur de la flamme sert d'indice : une lumière franche est faite pour qu'on s'en serve.

15
תָּנֵי חֲדָא: אוּר שֶׁל כִּבְשָׁן מְבָרְכִין עָלָיו, וְתַנְיָא אִידָךְ: אֵין מְבָרְכִין עָלָיו!

Une beraita enseigne : la lumière d'un four à chaux, on récite la bénédiction dessus ; et une autre beraita enseigne : on ne récite pas la bénédiction dessus !

16
לָא קַשְׁיָא: הָא בַּתְּחִלָּה, הָא לְבַסּוֹף.

Il n'y a pas de difficulté : l'une parle du début, l'autre de la fin.

📜 Rachi (2)
בַּתְּחִלָּה בִּתְחִלַּת שְׂרֵפַת אֲבָנִים אֵין הָאוֹר לְהָאִיר:
Au début de la cuisson des pierres, la lumière n'est pas destinée à éclairer.
בַּסּוֹף לְאַחַר שֶׁנִּשְׂרְפוּ הָאֲבָנִים רֻובָּן מַדְלִיקִין אוֹר גָּדוֹל מִלְמַעְלָה לְמָרֵק שְׂרֵפַת הָאֲבָנִים וּמִשְׁתַּמְּשִׁין נָמֵי לְאוֹרָהּ:
Après que la plupart des pierres ont été brûlées, on allume un grand feu par le haut pour achever la cuisson des pierres, et l'on se sert aussi de sa lumière.
💡 Explication

La contradiction se résout par le moment de l'opération. Au début, le feu ne sert qu'à la cuisson ; à la fin, on allume par le haut et l'on profite réellement de la clarté.

Le même couple début/fin va servir à résoudre la contradiction suivante sur le four à pain, ce qui montre que le critère retenu n'est pas l'objet mais l'usage.

🖼️ Schéma
Le four à chaux : deux moments, deux beraitot Au début Le feu est en dessous, il sert à brûler les pierres. Personne ne s'en sert pour éclairer. Pas de bénédiction À la fin Les pierres sont cuites : on allume un grand feu par le haut, et l'on se sert aussi de sa lumière. On bénit La même distinction résout la contradiction sur le four à pain et les fourneaux au segment suivant.
Le four à chaux au début et à la fin de la cuisson : c'est l'usage effectif de la lumière qui décide.
17
תָּנֵי חֲדָא: אוּר שֶׁל תַּנּוּר וְשֶׁל כִּירַיִם מְבָרְכִין עָלָיו, וְתַנְיָא אִידָךְ: אֵין מְבָרְכִין עָלָיו!

Une beraita enseigne : la lumière d'un four (tanour) et de fourneaux (kirayim), on récite la bénédiction dessus ; et une autre beraita enseigne : on ne récite pas la bénédiction dessus !

📜 Rachi (1)
שֶׁל תַּנּוּר בַּסּוֹף מְבָרְכִין עָלָיו לְאַחַר שֶׁהֻוסַּק הַתַּנּוּר וְהַפַּת בְּתוֹכָהּ מַדְלִיקִין קִסְמִין דַּקִּין בְּפִיו לְהָאִיר וְלִקְלוֹט חֻומּוֹ לְתוֹכוֹ וְכֵיוָן דְּמִשְׁתַּמֵּשׁ לְאוֹרוֹ מְבָרְכִין עָלָיו:
À la fin on récite la bénédiction dessus : après que le four a été chauffé et que le pain s'y trouve, on allume de fines brindilles à son ouverture pour éclairer et pour retenir la chaleur à l'intérieur ; et puisqu'on se sert de sa lumière, on récite la bénédiction dessus.
18
לָא קַשְׁיָא: הָא בַּתְּחִלָּה, הָא לְבַסּוֹף.

Il n'y a pas de difficulté : l'une parle du début, l'autre de la fin.

19
תָּנֵי חֲדָא: אוּר שֶׁל בֵּית הַכְּנֶסֶת וְשֶׁל בֵּית הַמִּדְרָשׁ מְבָרְכִין עָלָיו, וְתַנְיָא אִידָךְ: אֵין מְבָרְכִין עָלָיו!

Une beraita enseigne : la lumière d'une synagogue et d'une maison d'étude, on récite la bénédiction dessus ; et une autre beraita enseigne : on ne récite pas la bénédiction dessus !

📜 Rachi (1)
אוּר שֶׁל בֵּית הַכְּנֶסֶת בִּדְאִיכָּא אָדָם חָשׁוּב לִכְבוֹדוֹ הִדְלִיקוּהָ וְלֹא שֶׁצָּרִיךְ לְאוֹר אֶלָּא לְכָבוֹד בְּעָלְמָא וְאֵין מְבָרְכִין עָלָיו:
Lorsqu'il y a un homme de marque, c'est en son honneur qu'on l'a allumée : on n'a pas besoin de sa lumière, elle n'est là que pour l'honneur, et l'on ne récite pas la bénédiction dessus.
20
לָא קַשְׁיָא: הָא דְּאִיכָּא אָדָם חָשׁוּב, הָא דְּלֵיכָּא אָדָם חָשׁוּב.

Il n'y a pas de difficulté : l'une parle du cas où il y a un homme de marque, l'autre du cas où il n'y a pas d'homme de marque.

📜 Rachi (1)
לֵיכָּא אָדָם חָשׁוּב לְהָאִיר לָהֶם הִדְלִיקוּהָ וּמְבָרְכִין:
C'est pour leur donner de la lumière qu'on l'a allumée, et l'on récite la bénédiction.
🗂️ Tossefot (1)
הָא דְּאִיכָּא אָדָם חָשׁוּב אִם כֵּן מִשּׁוּם כְּבוֹדוֹ שֶׁל חָשׁוּב וְלֹא לְאוֹרָהּ כָּךְ פרש"י ור"ח פֵּירֵשׁ אִיפְּכָא בְּאָדָם חָשׁוּב לְאוֹרָהּ וּבִדְלֵיכָּא אָדָם חָשׁוּב עָשׂוּי לִכְבוֹד בֵּית הַכְּנֶסֶת:
S'il en est ainsi, c'est pour l'honneur de l'homme de marque et non pour la lumière : telle est l'explication de Rachi. Rabbenou Hananel a expliqué l'inverse : lorsqu'il y a un homme de marque, elle est faite pour la lumière ; lorsqu'il n'y a pas d'homme de marque, elle est faite pour l'honneur de la synagogue.
💡 Explication

Le critère de l'usage s'applique à la synagogue. Pour Rachi, la présence d'un adam hachouv (homme de marque) fait présumer une lampe d'apparat, donc pas de bénédiction.

Rabbenou Hananel renverse la lecture : c'est en présence d'un homme de marque que l'on veille à un éclairage effectif, tandis qu'en son absence la lampe honore le lieu. Les deux explications acceptent le même critère et divergent sur l'indice.

21
וְאִי בָּעֵית אֵימָא הָא וְהָא דְּאִיכָּא אָדָם חָשׁוּב, וְלָא קַשְׁיָא: הָא דְּאִיכָּא חַזָּנָא, הָא דְּלֵיכָּא חַזָּנָא.

Et si tu veux, dis : dans les deux cas il y a un homme de marque, et il n'y a pas de difficulté : l'une parle du cas où il y a un hazzan, l'autre du cas où il n'y a pas de hazzan.

📜 Rachi (1)
הָא וְהָא דְּאִיכָּא אָדָם חָשׁוּב וְאִי אִיכָּא חַזָּנָא שַׁמָּשׁ שֶׁאוֹכֵל בְּבֵית הַכְּנֶסֶת אַף לְאוֹרָהּ עֲשׂוּיָה שֶׁיֹּאכַל הַחַזָּן לְאוֹרָהּ וּמְבָרְכִין:
Et s'il y a un hazzan — le bedeau qui mange dans la synagogue — elle est faite aussi pour la lumière, afin que le hazzan mange à sa clarté, et l'on récite la bénédiction.
22
וְאִי בָּעֵית אֵימָא הָא וְהָא דְּאִיכָּא חַזָּנָא, וְלָא קַשְׁיָא: הָא דְּאִיכָּא סֵהֲרָא, וְהָא דְּלֵיכָּא סֵהֲרָא.

Et si tu veux, dis : dans les deux cas il y a un hazzan, et il n'y a pas de difficulté : l'une parle du cas où il y a un clair de lune (sahara), l'autre du cas où il n'y a pas de clair de lune.

📜 Rachi (1)
הָא וְהָא דְּאִיכָּא חַזָּנָא וְאִיכָּא סֵהֲרָא שֶׁהַחַזָּן יָכוֹל לֶאֱכֹול לְאוֹרָהּ אֵין מְבָרְכִין עַל הַנֵּר שֶׁלֹּא לְהָאִיר הִדְלִיקוּהָ אֶלָּא לִכְבוֹד אָדָם חָשׁוּב:
Et il y a un clair de lune, de sorte que le hazzan peut manger à sa clarté : on ne récite pas la bénédiction sur la lampe, car ce n'est pas pour éclairer qu'on l'a allumée, mais pour l'honneur de l'homme de marque.
💡 Explication

Trois résolutions se succèdent, chacune absorbant la précédente. Le partage se déplace de la présence d'un homme de marque à celle d'un hazzan qui mange sur place, puis à celle du clair de lune, qui rend la lampe superflue.

Ce que chaque étape cherche à établir reste identique : quelqu'un tire-t-il un usage réel de cette lumière ?

🖼️ Schéma
La lumière de la synagogue : trois résolutions successives Chaque réponse absorbe la précédente et déplace le point de partage 1 Il y a un homme de marque : lampe d'honneur Pas d'homme de marque : lampe pour éclairer on bénit 2 Les deux beraitot parlent d'un cas où il y a un homme de marque Pas de hazzan qui mange sur place Un hazzan mange à la clarté de la lampe on bénit 3 Les deux beraitot parlent d'un cas où il y a un hazzan Clair de lune : la lampe est superflue Pas de lune : la lampe éclaire vraiment on bénit Dans les trois états de la discussion, la colonne de gauche donne toujours : pas de bénédiction. Ce qui change, c'est la question qui permet de savoir si la lampe sert réellement à éclairer.
Les trois résolutions successives de la contradiction sur la lampe de la synagogue.
23
תָּנוּ רַבָּנַן: הָיוּ יוֹשְׁבִין בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ וְהֵבִיאוּ אוּר לִפְנֵיהֶם, בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: כָּל אֶחָד וְאֶחָד מְבָרֵךְ לְעַצְמוֹ. וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: אֶחָד מְבָרֵךְ לְכֻולָּן — מִשּׁוּם שֶׁנֶּאֱמַר: ״בְּרָב עָם הַדְרַת מֶלֶךְ״.

Nos maîtres ont enseigné : ils étaient assis dans la maison d'étude et l'on apporta de la lumière devant eux. Beth Chammai disent : chacun récite la bénédiction pour lui-même.

Et Beth Hillel disent : un seul récite la bénédiction pour tous — car il est dit : « Dans la multitude du peuple est la splendeur du roi » (Michle 14,28).

24
בִּשְׁלָמָא בֵּית הִלֵּל מְפָרְשִׁי טַעְמָא, אֶלָּא בֵּית שַׁמַּאי מַאי טַעְמָא? קָסָבְרִי מִפְּנֵי בִּיטּוּל בֵּית הַמִּדְרָשׁ.

Soit, Beth Hillel donnent expressément leur raison ; mais Beth Chammai, quelle est leur raison ? Ils estiment : à cause de l'interruption de l'étude à la maison d'étude.

📜 Rachi (1)
מִפְּנֵי בִּטּוּל בֵּית הַמִּדְרָשׁ שֶׁבִּזְמַן שֶׁאֶחָד מְבָרֵךְ לְכֻולָּם הֵם צְרִיכִים לִשְׁתּוֹק מִגִּרְסָתָם כְּדֵי שֶׁיִּתְכַּוְּנוּ כֻּולָּם וְיִשְׁמְעוּ אֵלָיו וְיַעֲנוּ אָמֵן:
Car lorsqu'un seul récite la bénédiction pour tous, ils doivent interrompre leur étude afin d'être tous attentifs, de l'écouter et de répondre amen.
💡 Explication

Beth Hillel s'appuient sur un verset : la bénédiction collective honore davantage. Beth Chammai opposent le bitoul beth hamidrach, l'interruption de l'étude.

Selon Rachi, la bénédiction individuelle est plus rapide : chacun s'acquitte et revient à son texte, tandis qu'une bénédiction commune impose à toute l'assemblée de se taire et d'écouter.

25
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: שֶׁל בֵּית רַבָּן גַּמְלִיאֵל לֹא הָיוּ אוֹמְרִים ״מְרַפֵּא״ בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ, מִפְּנֵי בִּיטּוּל בֵּית הַמִּדְרָשׁ.

On a également enseigné ainsi : ceux de la maison de Rabban Gamliel ne disaient pas « marpe » dans la maison d'étude, à cause de l'interruption de l'étude.

📜 Rachi (1)
מְרַפֵּא לְאָדָם הַמִּתְעַטֵּשׁ שֶׁרְגִילִים לוֹמַר אָסוּתָא:
À celui qui éternue, à qui l'on a coutume de dire « assouta » (guérison).
💡 Explication

La beraita corrobore le motif attribué à Beth Chammai. La formule de souhait adressée à celui qui éternue est elle-même suspendue dans la maison d'étude, ce qui montre le poids reconnu à la continuité de l'étude.

26
אֵין מְבָרְכִין לֹא עַל הַנֵּר וְלֹא עַל הַבְּשָׂמִים שֶׁל מֵתִים. מַאי טַעְמָא? נֵר — לְכָבוֹד הוּא דַּעֲבִידָא, בְּשָׂמִים לְעַבּוֹרֵי רֵיחָא הוּא דַּעֲבִידִי.

[Michna :] On ne récite la bénédiction ni sur la lampe ni sur les aromates des morts. Quelle en est la raison ?

La lampe est faite pour l'honneur ; les aromates, eux, sont faits pour dissiper l'odeur.

📜 Rachi (2)
נֵר לְכָבוֹד הַמֵּת עֲבִידָא:
Elle est faite pour l'honneur du mort.
בְּשָׂמִים עֲבִידִי לְעַבּוֹרֵי רֵיחָא דְּסֵרָחוֹנוֹ שֶׁל מֵת עֲבִידִי וְלֹא לְהָרִיחַ:
Ils sont faits à cause de l'odeur du mort, et non pour être respirés.
💡 Explication

La michna passe aux aromates et applique aux deux objets un seul et même critère : l'usage pour lequel ils ont été préparés. La lampe du convoi sert à honorer, les aromates à couvrir une odeur.

27
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: כֹּל שֶׁמּוֹצִיאִין לְפָנָיו בַּיּוֹם וּבַלַּיְלָה — אֵין מְבָרְכִין עָלָיו. וְכֹל שֶׁאֵין מוֹצִיאִין לְפָנָיו אֶלָּא בַּלַּיְלָה — מְבָרְכִין עָלָיו.

Rav Yehouda a dit au nom de Rav : tout [mort] devant lequel on sort [une lampe] de jour comme de nuit — on ne récite pas la bénédiction dessus. Et tout [mort] devant lequel on ne sort [une lampe] que de nuit — on récite la bénédiction dessus.

📜 Rachi (3)
כָּל מֵת שֶׁהוּא חָשׁוּב לְהוֹצִיא לְפָנָיו נֵר בַּיּוֹם אִם הוֹצִיאוּ בַּלַּיְלָה בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת לִקְבוּרָה אֵין מְבָרְכִין עַל אוֹתוֹ נֵר דְּלִכְבוֹד עֲבִידָא וְלֹא לְהָאִיר:
Un mort assez considéré pour que l'on porte une lampe devant lui en plein jour : si on l'a sorti de nuit, à la sortie du Chabbat, pour l'enterrer, on ne récite pas la bénédiction sur cette lampe, car elle est faite pour l'honneur et non pour éclairer.
וְכָל מֵת שֶׁאֵינוֹ חָשׁוּב לְהוֹצִיא נֵר לְפָנָיו בַּיּוֹם אֶלָּא בַּלַּיְלָה מְבָרְכִין עָלָיו אִם הוֹצִיאוּהוּ בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת לִקְבוּרָה:
Un mort qui n'est pas assez considéré pour que l'on porte une lampe devant lui de jour, mais seulement de nuit : on récite la bénédiction dessus si on l'a sorti à la sortie du Chabbat pour l'enterrer.
מְבָרְכִין עָלָיו דִּלְהָאִיר עֲבִידָא:
Car elle est faite pour éclairer.
💡 Explication

Rav fournit un test observable pour trancher l'intention. Une lampe portée de jour ne peut servir qu'à honorer ; si la même lampe accompagne le mort la nuit, elle garde ce statut.

La conduite diurne révèle donc la destination de la lampe nocturne. La michna qui exclut « la lampe des morts » ne vise ainsi pas tous les convois.

🖼️ Schéma
La lampe du convoi funèbre : le test de Rav Observer ce que l'on fait de jour révèle à quoi sert la lampe de nuit Lampe portée devant lui de jour comme de nuit De jour elle n'éclaire rien : elle est faite pour l'honneur Pas de bénédiction Lampe portée devant lui seulement la nuit On ne la sort que quand elle est utile : elle est faite pour éclairer On bénit
Le test de Rav : ce que l'on fait de jour révèle la destination de la lampe portée la nuit.
28
אָמַר רַב הוּנָא: בְּשָׂמִים שֶׁל בֵּית הַכִּסֵּא, וְשֶׁמֶן הֶעָשׂוּי לְהַעֲבִיר אֶת הַזֻּוהֲמָא — אֵין מְבָרְכִין עָלָיו.

Rav Houna a dit : les aromates des latrines et l'huile faite pour ôter la graisse (zohama) — on ne récite pas la bénédiction dessus.

📜 Rachi (3)
בְּשָׂמִים שֶׁמּוֹלִיךְ אָדָם אִסְטְנִיס לְבֵית הַכִּסֵּא לְהַעֲבִיר מִמֶּנּוּ רֵיחַ רַע שֶׁל בהכ"ס אֵין מְבָרְכִין עָלָיו:
Les aromates qu'un homme délicat (istenis) emporte avec lui aux latrines pour éloigner de lui la mauvaise odeur du lieu : on ne récite pas la bénédiction dessus.
וְשֶׁמֶן הֶעָשׂוּי לְהַעֲבִיר אֶת הַזֻּוהֲמָא שֶׁמְּבִיאִים בְּסוֹף הַסְּעוּדָה לָסוּךְ יָדַיִם מְזֹוהָמוֹת וְהוּא מְבֻושָּׂם בִּבְשָׂמִים:
Celle que l'on apporte à la fin du repas pour s'en oindre les mains grasses, et qui est parfumée d'aromates.
אֵין מְבָרְכִין עָלָיו בּוֹרֵא עֲצֵי בְּשָׂמִים אֶלָּא בּוֹרֵא שֶׁמֶן עָרֵב מְבָרְכִין אִם שֶׁמֶן שֶׁל אֲפַרְסְמוֹן הוּא וְהָא דְּאָמַר בִּכְיָצֹד מְבָרְכִין (דַּף מג.) הַאי מִשְׁחָא כְּבִישָׁה וּטְחִינָה מְבָרְכִין עָלָיו בע"ב לֹא בְּבָא בְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה קָאָמַר אֶלָּא בְּבָא לְהָרִיחַ:
On ne récite pas dessus « bore atsé vessamim » (Créateur des arbres odorants) ; mais on récite « bore chemen arev » (Créateur de l'huile agréable), s'il s'agit d'huile de baume (afarsemon). Et ce qui est dit au chapitre Keitsad mevarekhin (Berakhot 43a), qu'une huile obtenue par maçage ou par broyage, on récite dessus « bore atsé vessamim », ne parle pas de celle qui vient au milieu du repas, mais de celle que l'on apporte pour la respirer.
🗂️ Tossefot (1)
אֵין מְבָרְכִין עָלָיו פירש"י מִיהוּ מְבָרְכִין עָלָיו בָּרוּךְ שֶׁבָּרָא שֶׁמֶן עָרֵב וְהָא דְּאָמַר לְעֵיל בִּכְיָצָד מְבָרְכִין (בְּרָכוֹת ד' מג.) הַאי מִשְׁחָא כְּבִישָׁא מְבָרְכִין עָלָיו בּוֹרֵא עֲצֵי בְּשָׂמִים הַיְינוּ בְּבָא לְהָרִיחַ וְלָא מַיְירֵי בְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה:
Rachi a expliqué : néanmoins on récite dessus « Béni sois-Tu qui a créé l'huile agréable ». Et ce qui a été dit plus haut au chapitre Keitsad mevarekhin (Berakhot 43a), qu'une huile obtenue par maçage, on récite dessus « bore atsé vessamim », vise le cas où l'on vient la respirer, et ne traite pas de ce qui se passe au milieu du repas.
💡 Explication

Le critère de la destination passe des lampes aux aromates. Les parfums emportés aux latrines et l'huile de fin de repas servent à supprimer une mauvaise odeur, non à en procurer une bonne.

Rachi précise la portée de l'exclusion : elle ne concerne que la formule des aromates. Une huile parfumée garde sa bénédiction propre.

29
לְמֵימְרָא דְּכָל הֵיכָא דְּלָאו לְרֵיחָא עֲבִידָא לָא מְבָרְכִין עִלָּוֵיהּ? מֵתִיבִי: הַנִּכְנָס לַחֲנוּתוֹ שֶׁל בַּשָּׂם וְהֵרִיחַ רֵיחַ, אֲפִילּוּ יָשַׁב שָׁם כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ אֵינוֹ מְבָרֵךְ אֶלָּא פַּעַם אַחַת. נִכְנַס וְיָצָא, נִכְנַס וְיָצָא — מְבָרֵךְ עַל כָּל פַּעַם וּפַעַם. וְהָא הָכָא דְּלָאו לְרֵיחָא הוּא דַּעֲבִידָא, וְקָמְבָרֵךְ!

Est-ce à dire que partout où [l'aromate] n'a pas été fait pour l'odeur, on ne récite pas la bénédiction dessus ? Ils ont objecté : celui qui entre dans la boutique d'un parfumeur (bassam) et a senti une odeur, même s'il y est resté assis toute la journée, ne récite la bénédiction qu'une seule fois.

S'il est entré et sorti, entré et sorti — il récite la bénédiction à chaque fois. Or ici, [les aromates] n'ont pas été faits pour l'odeur, et pourtant il récite la bénédiction !

💡 Explication

L'objection généralise la règle de Rav Houna en principe, puis lui oppose la boutique du parfumeur : les aromates y sont entreposés pour la vente, et l'on y récite pourtant la bénédiction.

La beraita citée règle par ailleurs une question de répétition : une seule bénédiction pour un séjour continu, une nouvelle à chaque entrée après être sorti.

30
אִין, לְרֵיחָא נָמֵי הוּא דַּעֲבִידָא, כִּי הֵיכִי דְּנֵירְחוּ אִינָשֵׁי וְנֵיתוּ וְנִזְבּוֹן מִינֵּיהּ.

Oui, ils ont été faits aussi pour l'odeur, afin que les gens la sentent, viennent et lui achètent [de la marchandise].

💡 Explication

La réponse maintient le principe en élargissant l'intention du marchand : diffuser l'odeur fait partie de son commerce. Les aromates de la boutique sont donc bien destinés à être respirés.

31
תָּנוּ רַבָּנַן: הָיָה מְהַלֵּךְ חוּץ לַכְּרַךְ וְהֵרִיחַ רֵיחַ, אִם רֹוב גּוֹיִם — אֵינוֹ מְבָרֵךְ, אִם רֹוב יִשְׂרָאֵל — מְבָרֵךְ. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: אֲפִילּוּ רֹוב יִשְׂרָאֵל — נָמֵי אֵינוֹ מְבָרֵךְ, מִפְּנֵי שֶׁבְּנוֹת יִשְׂרָאֵל מְקַטְּרוֹת לִכְשָׁפִים.

Nos maîtres ont enseigné : s'il marchait hors d'une grande ville et a senti une odeur : si la majorité [des habitants] sont des non-Juifs, il ne récite pas la bénédiction ; si la majorité sont juifs, il récite la bénédiction. Rabbi Yosse dit : même si la majorité sont juifs, il ne récite pas non plus la bénédiction, parce que les filles d'Israël font brûler de l'encens pour la sorcellerie.

💡 Explication

La beraita reprend mot pour mot la structure du cas de la lumière, hors de la ville, mais applique la règle de majorité à l'odeur.

Rabbi Yosse écarte la bénédiction même là où la majorité est juive. Le motif énoncé vise un usage qui n'a pas l'odeur pour but, ce que le segment suivant va préciser.

32
אַטּוּ כֻּולְּהוּ לִכְשָׁפִים מְקַטְּרָן?! — הָוֵה לַהּ מִיעוּטָא לִכְשָׁפִים, וּמִיעוּטָא נָמֵי לְגַמֵּר אֶת הַכֵּלִים. אִשְׁתְּכַח רֻובָּא דְּלָאו לְרֵיחָא עֲבִיד, וְכָל רֻובָּא דְּלָאו לְרֵיחָא עֲבִיד לָא מְבָרֵךְ.

Est-ce à dire qu'elles font toutes brûler de l'encens pour la sorcellerie ?! — Il y a une minorité qui brûle pour la sorcellerie, et une minorité également pour parfumer les vêtements. Il se trouve donc que la majorité n'est pas faite pour l'odeur, et pour toute majorité qui n'est pas faite pour l'odeur, on ne récite pas la bénédiction.

📜 Rachi (1)
לְגַמֵּר אֶת הַכֵּלִים לְבַשֵּׂם בַּעֲשָׁנוֹ אֶת הַבְּגָדִים:
Parfumer les vêtements par sa fumée.
💡 Explication

La guemara refuse de prêter à Rabbi Yosse une présomption générale de sorcellerie. Elle reconstruit son raisonnement par addition : deux usages minoritaires, la sorcellerie et le parfumage des vêtements, ont en commun de ne pas viser l'odeur.

Leur somme forme une majorité, et c'est cette majorité qui bloque la bénédiction.

🖼️ Schéma
Deux minorités qui forment une majorité Comment la guemara sauve la position de Rabbi Yosse Sorcellerie Parfumer les vêtements Fait pour l'odeur Majorité : pas fait pour l'odeur donc pas de bénédiction Chaque usage pris seul reste minoritaire ; c'est leur somme qui fait basculer la présomption.
Deux usages minoritaires qui ne visent pas l'odeur forment ensemble la majorité.
33
אָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הַמְהַלֵּךְ בְּעַרְבֵי שַׁבָּתוֹת בִּטְבֶרְיָא וּבְמוֹצָאֵי שַׁבָּתוֹת בְּצִפּוֹרִי וְהֵרִיחַ רֵיחַ, אֵינוֹ מְבָרֵךְ, מִפְּנֵי שֶׁחֶזְקָתוֹ אֵינוֹ עָשׂוּי אֶלָּא לְגַמֵּר בּוֹ אֶת הַכֵּלִים.

Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : celui qui marche les veilles de Chabbat à Tibériade, ou aux sorties de Chabbat à Tsipori, et sent une odeur, ne récite pas la bénédiction, parce que la présomption est qu'elle n'est faite que pour parfumer les vêtements.

📜 Rachi (1)
בִּטְבֶרְיָא הָיוּ רְגִילִים לִגְמַר עַרְבֵי שַׁבָּתוֹת וּבְצִפּוֹרִי במו"ש:
On avait coutume, à Tibériade, de parfumer les vêtements les veilles de Chabbat, et à Tsipori aux sorties de Chabbat.
💡 Explication

Le même raisonnement devient une hazaka locale : en ces lieux et à ces heures, l'usage connu de la population détermine à lui seul la destination de l'encens.

34
תָּנוּ רַבָּנַן: הָיָה מְהַלֵּךְ בַּשּׁוּק שֶׁל עֲבוֹדָה זָרָה נִתְרַצָּה לְהָרִיחַ — הֲרֵי זֶה חוֹטֵא.

Nos maîtres ont enseigné : s'il marchait dans un marché d'idolâtrie et qu'il a consenti à en respirer [l'odeur] — celui-là est un pécheur.

💡 Explication

Le daf s'achève sur un renversement du critère. Ailleurs, l'absence d'intention d'odorer supprime la bénédiction ; ici, le fait de consentir à respirer engage la faute, car l'encens du marché est lié au culte étranger.

Le point de bascule est le consentement : celui qui traverse le lieu sans y consentir n'est pas visé.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).