Berakhot 53b — Voir la flamme et en profiter, retourner au lieu du repas oublié, la durée de la digestion et les eaux qui encadrent la table

Berakhot 53b

Sougya : La fin du chapitre Elou Devarim règle d'abord les conditions de la bénédiction sur le feu à la sortie du Chabbat : la michna exige que l'on en tire profit (yéotou), et la guemara oppose deux lectures, celle de Rav, pour qui il suffit que la lumière soit utilisable par qui se tiendrait à proximité, et celle de Rava, qui exige un profit réel, mesuré par la capacité à distinguer deux pièces ou deux poids. Une beraita sur les charbons rougeoyants et une question d'orthographe sur omémot complètent le dossier.

Le daf passe ensuite à celui qui a oublié de réciter le birkat hamazon : Rav Zevid limite la divergence de Beth Chammai et de Beth Hillel au cas de l'oubli, la baraita de la bira met en balance la bourse perdue et l'honneur du Ciel, et deux récits, celui des deux disciples et celui de Rabba bar bar Hana, illustrent l'enjeu. Viennent enfin la mesure de la digestion, la valeur comparée de celui qui bénit et de celui qui répond amen, et le verset Véhitkadichtem qui ordonne les premières eaux, les dernières eaux, l'huile et la bénédiction.

Bénir sur le ner à la sortie du Chabbat : les deux conditions 1. VOIR la chalhevet (la flamme) manque si elle est cachée dans le sein ou dans un fanal 2. SE SERVIR de sa lumière manque si la flamme est cachée au coin d'un mur Que veut dire la michna par yéotou (en tirer profit) ? RAV (et Rav Achi) Profit possible, non profit réel. Il suffit que celui qui se tiendrait près de la flamme puisse s'en servir. Donc on bénit même de loin, pourvu que l'on voie la flamme. Pratique : Rav Yehouda bénit sur la maison d'Adda. RAVA Yéotou au sens propre : profit réel. Il faut se tenir à proximité. Mesure du profit : Oulla : distinguer issar et poundion Hizkiya : les poids de Tibériade et de Tsippori Pratique : Rava bénit sur la maison voisine. Nafka mina : peut-on bénir sur une lumière lointaine que l'on voit sans pouvoir s'en servir ?
Les deux conditions de la bénédiction sur le feu, et les deux lectures de yéotou (Rav contre Rava).
Il a mangé et n'a pas béni : faut-il retourner au lieu du repas ? Il s'est éloigné sans bénir be-chogueg (par oubli) be-mezid (délibérément) C'est là que porte la mahloket Beth Chammai Il retourne au lieu du repas et bénit Beth Hillel Il bénit là où il s'en est souvenu Rav Zevid : tous s'accordent il retourne au lieu du repas et bénit la michna dit bien : et il a oublié L'argument de la baraita (la bira) Beth Hillel : devrait-il remonter au sommet de la bira pour une bénédiction ? Beth Chammai : pour sa bourse il remonterait ; pour l'honneur du Ciel à plus forte raison. Les deux récits : le disciple qui retourne trouve une bourse d'or ; celui qui refuse délibérément est dévoré par un lion.
Oubli du birkat hamazon : où porte exactement la divergence de Beth Chammai et de Beth Hillel.
Le verset Véhitkadichtem lu comme l'ordre de la fin du repas Lévitique 20, 26 — quatre membres, quatre gestes Vous vous sanctifierez mayim richonim avant le repas Et vous serez saints mayim aharonim après le repas Car saint l'huile (chemen) pour ôter la souillure des mains Moi, votre D.ieu. le birkat hamazon terme de la séquence Ce que la beraita remplace Rabbi Zilaï : l'huile fait obstacle à la bénédiction. Rabbi Zivaï : elle n'y fait pas obstacle. Rav Aha : seule l'huile parfumée fait obstacle. Rabbi Zouhamaï : des mains souillées sont invalides pour la bénédiction, comme le kohen souillé pour le service. Rav Nahman bar Yitshak écarte les trois noms et s'appuie sur le verset seul.
Le verset Véhitkadichtem découpe en quatre gestes de fin de repas.
1
וְאֵין מְבָרְכִין עַל הַנֵּר עַד שֶׁיֵּאוֹתוּ.

« Et on ne bénit sur la lampe que lorsque l'on en tire profit. »

💡 Explication

La guemara reprend la dernière clause de la michna du chapitre. Le verbe yéotou (en tirer profit) va commander toute la première partie du daf : faut-il un profit effectif de la lumière, ou la seule aptitude de cette lumière à servir ?

2
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: לֹא ״יֵאוֹתוּ״ יֵאוֹתוּ מַמָּשׁ, אֶלָּא כָּל שֶׁאִילּוּ עוֹמֵד בְּקָרוֹב וּמִשְׁתַּמֵּשׁ לְאוֹרָהּ, וַאֲפִילּוּ בְּרִיחוּק מָקוֹם. וְכֵן אָמַר רַב אָשֵׁי: בְּרִיחוּק מָקוֹם שָׁנִינוּ.

Rav Yehouda a dit au nom de Rav : « en tirer profit » ne veut pas dire un profit effectif ; il suffit que, si l'on se tenait à proximité, on puisse se servir de sa lumière, et cela même si l'on se trouve à distance. Et de même Rav Achi a dit : c'est d'un lieu éloigné que nous avons appris la michna.

📜 Rachi (1)
לֹא יֵאוֹתוּ מַמָּשׁ שֶׁאֲפִילּוּ לֹא נֶהֱנֶה מִמֶּנּוּ מְבָרְכִין עָלָיו וּמַאי עַד שֶׁיֵּאוֹתוּ עַד שֶׁיְּהֵא אוֹרוֹ רָאוּי לֵיהָנוֹת מִמֶּנּוּ לָעוֹמְדִים סָמוּךְ לוֹ וְאָז מְבָרְכִים עָלָיו אַפֵּי' הָרְחוֹקִים מִמֶּנּוּ וּבִלְבַד שֶׁיִּרְאוּהוּ:
Même si l'on n'en tire aucun profit, on bénit dessus. Et que signifie « jusqu'à ce qu'on en tire profit » ? Jusqu'à ce que sa lumière soit propre à profiter à ceux qui se tiennent près d'elle ; alors ceux qui en sont éloignés bénissent aussi, à condition de la voir.
💡 Explication

Rav déplace le critère : la michna décrit une qualité de la lumière et non un état de celui qui bénit. Une flamme suffisamment vive pour servir à qui la côtoie ouvre la bénédiction à tous ceux qui la voient, même de loin. Rav Achi confirme en disant que la michna vise déjà le cas de l'éloignement.

3
מֵיתִיבִי: הָיְתָה לוֹ נֵר טְמוּנָה בְּחֵיקוֹ, אוֹ בְּפָנָס, אוֹ שֶׁרָאָה שַׁלְהֶבֶת וְלֹא נִשְׁתַּמֵּשׁ לְאוֹרָהּ, אוֹ נִשְׁתַּמֵּשׁ לְאוֹרָהּ וְלֹא רָאָה שַׁלְהֶבֶת — אֵינוֹ מְבָרֵךְ עַד שֶׁיִּרְאֶה שַׁלְהֶבֶת וְיִשְׁתַּמֵּשׁ לְאוֹרָהּ.

On soulève une objection : s'il avait une lampe cachée dans son sein ou placée dans un fanal, ou s'il a vu la flamme sans se servir de sa lumière, ou s'il s'est servi de sa lumière sans voir la flamme, il ne bénit pas tant qu'il n'a pas vu la flamme et ne s'est pas servi de sa lumière.

📜 Rachi (1)
בְּפָנָס בַּעֲשָׁשִׁית:
Dans un fanal : dans un fanal de verre (achachit).
💡 Explication

La beraita pose deux conditions cumulatives : voir la flamme et se servir de sa lumière. Le second membre semble contredire Rav, pour qui le profit possible suffit.

🖼️ Schéma
Les quatre cas de la tossefta Lampe cachée dans le sein flamme non vue lumière inutilisée on ne bénit pas Dans un fanal (panas, achachit) flamme voilée on ne bénit pas Lumière sans flamme la flamme est au coin d'un mur (keren zavit) cas facile à trouver on ne bénit pas Flamme sans lumière comment le trouver ? c'est ici que se joue l'objection contre Rav on ne bénit pas Objection : ce cas serait celui de la flamme éloignée Réponse : une flamme qui faiblit et s'éteint Les deux conditions de la michna se cumulent : voir la flamme et se servir de sa lumière.
Les quatre cas de la tossefta et le point où naît l'objection contre Rav.
4
בִּשְׁלָמָא מִשְׁתַּמֵּשׁ לְאוֹרָהּ וְלֹא רָאָה שַׁלְהֶבֶת מַשְׁכַּחַתְּ לַהּ — דְּקַייְמָא בְּקֶרֶן זָוִית. אֶלָּא רָאָה שַׁלְהֶבֶת וְלֹא נִשְׁתַּמֵּשׁ לְאוֹרָהּ הֵיכִי מַשְׁכַּחַתְּ לַהּ? לָאו דִּמְרַחֲקָא?!

Admettons pour « il s'est servi de sa lumière sans voir la flamme » : on trouve ce cas lorsque la flamme se tient au coin d'un mur. Mais « il a vu la flamme sans se servir de sa lumière », comment le trouver ?

N'est-ce pas lorsqu'elle est éloignée ?!

💡 Explication

La guemara vérifie d'abord que les deux cas de la beraita sont concevables. Le premier l'est aisément : la flamme éclaire depuis un angle sans être visible. Le second exige une situation où l'on voit une flamme dont la lumière reste inutilisable, et le candidat naturel est l'éloignement, ce qui réfuterait Rav.

5
לָא, כְּגוֹן דְּעָמְיָא וְאָזְלָא.

Non : par exemple lorsqu'elle faiblit et s'éteint peu à peu.

💡 Explication

La réponse conserve le cas de la beraita sans recourir à la distance : une flamme mourante se voit encore mais n'éclaire plus assez. La beraita cesse alors de contredire Rav.

6
תָּנוּ רַבָּנַן: גֶּחָלִים לוֹחֲשׁוֹת — מְבָרְכִין עֲלֵיהֶן, אוֹמְמוֹת — אֵין מְבָרְכִין עֲלֵיהֶן. הֵיכִי דָמֵי לוֹחֲשׁוֹת? אָמַר רַב חִסְדָּא: כָּל שֶׁאִילּוּ מַכְנִיס לְתוֹכָן קֵיסָם וְדוֹלֶקֶת מֵאֵילֶיהָ.

Nos maîtres ont enseigné : sur des charbons qui rougeoient, on bénit ; sur des charbons qui s'éteignent, on ne bénit pas. Quel est le cas des charbons qui rougeoient ?

Rav Hisda a dit : tous ceux dans lesquels, si l'on introduit un copeau, il prend feu de lui-même.

💡 Explication

Le critère de Rav Hisda mesure la vigueur du feu par un test : le copeau doit s'enflammer de lui-même, sans qu'on attise. En dessous de ce seuil, les braises comptent parmi les omémot, les charbons qui déclinent.

7
אִיבַּעְיָא לְהוּ: ״אוֹמְמוֹת״ אוֹ ״עוֹמְמוֹת״?

Une question leur fut posée : dit-on « ommot » avec un alef, ou « ommot » avec un ayin ?

💡 Explication

Question de graphie, qui commande le sens du mot et son étymologie. La guemara la tranche par un verset où la racine apparaît clairement.

8
תָּא שְׁמַע דְּאָמַר רַב חִסְדָּא בַּר אַבְדִּימִי: ״אֲרָזִים לֹא עֲמָמֻהוּ בְּגַן אֱ-לֹהִים״.

Viens et entends, car Rav Hisda bar Avdimi a dit : « Les cèdres ne l'obscurcirent point (lo amamouhou) dans le jardin de D.ieu » (Ezechiel 31, 8).

💡 Explication

Le verset emploie la racine ayin-mem-mem au sens d'obscurcir, d'éclipser. La leçon retenue est donc « ommot » avec un ayin : des charbons dont l'éclat s'assombrit.

9
וְרָבָא אָמַר: ״יֵאוֹתוּ״ מַמָּשׁ.

Et Rava a dit : « en tirer profit » au sens propre.

📜 Rachi (1)
יֵאוֹתוּ מַמָּשׁ עוֹמֵד בְּסָמוּךְ:
« En tirer profit au sens propre » : il se tient à proximité.
💡 Explication

Rava tient l'autre branche : la michna exige un profit réel, donc une position proche de la flamme. La suite du daf va chiffrer cette proximité.

10
וְכַמָּה? אָמַר עֻולָּא: כְּדֵי שֶׁיַּכִּיר בֵּין אִיסָּר לְפֻונְדְּיוֹן. חִזְקִיָּה אָמַר: כְּדֵי שֶׁיַּכִּיר בֵּין מְלוּזְמָא שֶׁל טְבֶרְיָא לִמְלוּזְמָא שֶׁל צִפּוֹרִי.

Et combien ? Oulla a dit : de quoi distinguer un issar d'un poundion.

Hizkiya a dit : de quoi distinguer un poids (mélouzma) de Tibériade d'un poids de Tsippori.

📜 Rachi (2)
וְכַמָּה הוּא צָרִיךְ לִהְיוֹת בְּסָמוּךְ:
« Et combien » : à quelle proximité doit-il se tenir.
מְלוּזְמָא מִשְׁקָל:
Mélouzma : un poids.
💡 Explication

Deux mesures pratiques du profit : discerner deux pièces voisines par leur taille, ou deux poids de villes différentes, presque semblables. Le seuil de la bénédiction devient une acuité visuelle mesurable.

11
רַב יְהוּדָה מְבָרֵךְ אַדְּבֵי אַדָּא דַּייָּלָא, רָבָא מְבָרֵךְ אַדְּבֵי גּוּרְיָא בַּר חָמָא. אַבָּיֵי מְבָרֵךְ אַדְּבֵי בַּר אֲבוּהּ.

Rav Yehouda bénissait sur la lumière de la maison d'Adda le bedeau ; Rava bénissait sur celle de la maison de Gouria bar Hama ; Abaye bénissait sur celle de la maison de bar Avouh.

📜 Rachi (2)
רַב יְהוּדָה הָיָה מְבָרֵךְ עַל אוּר שֶׁבְּבֵית אַדָּא דַּייָּלָא וְרָחוֹק מִבֵּיתוֹ הָיָה רַב יְהוּדָה לְטַעְמֵיהּ דְּלָא בָּעֵי סָמוּךְ:
Rav Yehouda bénissait sur la lumière qui se trouvait dans la maison d'Adda le bedeau, laquelle était éloignée de sa propre maison : Rav Yehouda suit ici sa position, lui qui n'exige pas la proximité.
רָבָא מְבָרֵךְ אַדְּבֵי גּוּרְיָא בַּר חָמָא סָמוּךְ לְבֵיתוֹ הָיָה רָבָא לְטַעְמֵיהּ דְּאָמַר סָמוּךְ בָּעֵינַן:
« Rava bénissait sur celle de la maison de Gouria bar Hama » : elle était proche de sa maison ; Rava suit ici sa position, lui qui dit que nous exigeons la proximité.
💡 Explication

La guemara vérifie les opinions par la conduite : chacun bénit sur une lumière dont la distance correspond à sa thèse. Ce genre de notation, le-taamei (chacun selon son propre raisonnement), sert de preuve pratique.

12
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: אֵין מְחַזְּרִין עַל הָאוּר כְּדֶרֶךְ שֶׁמְחַזְּרִים עַל הַמִּצְוֹת. אָמַר רַבִּי זֵירָא: מֵרֵישׁ הֲוָה מַהְדַּרְנָא, כֵּיוָן דִּשְׁמַעְנָא לְהָא דְּרַב יְהוּדָה אָמַר רַב, אֲנָא נָמֵי לָא מְהַדַּרְנָא, אֶלָּא אִי מִקְּלַע לִי מִמֵּילָא — מְבָרֵיכְנָא.

Rav Yehouda a dit au nom de Rav : on ne se met pas en quête du feu comme on se met en quête des mitsvot. Rabbi Zeira a dit : au début je me mettais en quête ; depuis que j'ai entendu cet enseignement de Rav Yehouda au nom de Rav, moi non plus je ne me mets plus en quête, mais si une lumière se présente d'elle-même, je bénis.

📜 Rachi (1)
אֵין מְחַזְּרִין עַל הָאוּר אִם אֵין לוֹ אוֹר א"צ לְחַזֵּר אַחֲרָיו:
« On ne se met pas en quête du feu » : s'il n'a pas de lumière, il n'a pas besoin de la rechercher.
💡 Explication

La bénédiction sur le feu reçoit un statut allégé : son absence n'empêche pas la havdala. Rabbi Zeira raconte le changement de sa propre pratique, ce qui donne à l'énoncé de Rav une portée halakhique immédiate.

13
מִי שֶׁאָכַל וְכוּ׳. אָמַר רַב זְבִיד וְאִיתֵּימָא רַב דִּימִי בַּר אַבָּא: מַחֲלֹוקֶת בְּשָׁכַח, אֲבָל בְּמֵזִיד, דִּבְרֵי הַכֹּל — יַחֲזֹור לִמְקוֹמוֹ וִיבָרֵךְ.

« Celui qui a mangé, etc. » Rav Zevid a dit, et certains disent Rav Dimi bar Abba : la divergence porte sur celui qui a oublié ; mais s'il a agi délibérément, tous s'accordent qu'il retourne à sa place et bénit.

💡 Explication

Rav Zevid délimite la mahloket. Beth Hillel dispensent du retour celui que l'oubli a fait s'éloigner ; celui qui s'est éloigné be-mezid, délibérément, doit revenir de l'avis de tous.

14
פְּשִׁיטָא, ״וְשָׁכַח״ תְּנַן.

C'est évident : « et il a oublié », voilà ce que nous avons appris dans la michna !

15
מַהוּ דְּתֵימָא הוּא הַדִּין אֲפִילּוּ בְּמֵזִיד, וְהַאי דְּקָתָנֵי ״וְשָׁכַח״ — לְהוֹדִיעֲךָ כֹּחָן דְּבֵית שַׁמַּאי. קָמַשְׁמַע לַן.

Tu aurais pu dire qu'il en va de même dans le cas délibéré, et que si l'on a enseigné « et il a oublié », c'est pour te faire connaître la force de Beth Chammai. Il nous fait donc savoir qu'il n'en est rien.

💡 Explication

La guemara justifie l'énoncé de Rav Zevid par une lecture possible de la michna. Le procédé est courant : un terme apparemment restrictif peut n'être là que pour montrer kohan de-Beth Chammai, la fermeté de la position rigoureuse, sans limiter la position indulgente.

16
תַּנְיָא, אָמְרוּ לָהֶם בֵּית הִלֵּל לְבֵית שַׁמַּאי: לְדִבְרֵיכֶם, מִי שֶׁאָכַל בְּרֹאשׁ הַבִּירָה וְשָׁכַח וְיָרַד וְלֹא בֵּרַךְ, יַחְזֹור לְרֹאשׁ הַבִּירָה וִיבָרֵךְ?! אָמְרוּ לָהֶן בֵּית שַׁמַּאי לְבֵית הִלֵּל: לְדִבְרֵיכֶם מִי שֶׁשָּׁכַח אַרְנָקִי בְּרֹאשׁ הַבִּירָה לֹא יַעֲלֶה וְיִטְלֶנָּה? לִכְבוֹד עַצְמוֹ הוּא עוֹלֶה, לִכְבוֹד שָׁמַיִם לֹא כָּל שֶׁכֵּן?!

Il a été enseigné : Beth Hillel dirent à Beth Chammai : selon vos paroles, celui qui a mangé au sommet de la bira, a oublié, est descendu et n'a pas béni, devrait-il remonter au sommet de la bira pour bénir ?! Beth Chammai leur répondirent : selon vos paroles, celui qui a oublié sa bourse au sommet de la bira ne remonterait-il pas la prendre ?

S'il monte pour son propre honneur, pour l'honneur du Ciel à plus forte raison !

🪔 Ben Yehoyada (1)
מִי שֶׁשָּׁכַח אַרְנָקִי בְּרֹאשׁ הַבִּירָה לֹא יַעֲלֶה וְיִטְלֶנָּה. קַשָּׁא מַה דִּמְיוֹן לָזֶה הָתָם אִם לֹא יַעֲלֶה יְאַבֵּד הָאַרְנְקֵי לְגַמְרֵי, אֲבָל הָכָא יְבָרֵךְ בַּמָּקוֹם שֶׁנִּזְכַּר וְאֵינוֹ מַפְסִיד הַבְּרָכָה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד הָכִי קָאָמְרִי מִי שֶׁשָּׁכַח אַרְנָקִי הֲיִתָּכֵן שֶׁיִּתְאַפֵּק וְלֹא יָרוּץ וְיַעֲלֶה בְּעַצְמוֹ כְּדֵי לְיִטְּלֶנּוּ, אֶלָּא יַמְתִּין עַד שֶׁיִּשְׁלַח אֲחֵרִים לַהֲבִיאוֹ, הָא וַדַּאי אֵין דֶּרֶךְ הָעוֹלָם בְּכָךְ שֶׁהָאָדָם בָּהוּל עַל מָמוֹנוֹ, וְאַף עַל פִּי שֶׁאֶפְשָׁר לִשְׁלֹוחַ אַחֵר יִהְיֶה הוּא רָץ לַעֲלוֹת מַהֵר לַהֲבִיאוֹ, וְאִם כֵּן אִם בִּשְׁבִיל חִיבַּת מָמוֹנוֹ עוֹלֶה הוּא בְּעַצְמוֹ, לִכְבוֹד שָׁמַיִם לֹא כָּל שֶׁכֵּן שֶׁיִּטְרַח וְיַחֲזֹור הוּא בְּעַצְמוֹ לְבָרֵךְ?!
« Celui qui a oublié sa bourse au sommet de la bira ne remonterait-il pas la prendre ? » Difficulté : quelle comparaison y a-t-il ? Là-bas, s'il ne monte pas, la bourse est entièrement perdue ; ici, il bénira à l'endroit où il s'est souvenu et ne perd pas la bénédiction. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que voici ce qu'ils veulent dire : celui qui a oublié sa bourse, est-il concevable qu'il se retienne, qu'il ne coure pas et ne monte pas lui-même la prendre, mais attende d'envoyer d'autres personnes la rapporter ? Ce n'est certes pas ainsi que va le monde, car l'homme s'affole pour son argent : même s'il pouvait envoyer quelqu'un, c'est lui qui courra monter en hâte pour la rapporter. Et si, par attachement à son argent, il monte en personne, pour l'honneur du Ciel à plus forte raison doit-il se donner la peine de revenir lui-même bénir !
💡 Explication

La bira désigne ici une haute construction, comprise par les commentateurs comme la montagne du Temple. Beth Hillel cherchent à montrer l'excessive charge que représente le retour ; Beth Chammai retournent l'argument par un kal va-homer tiré du comportement ordinaire des hommes envers leur argent.

17
הָנְהוּ תְּרֵי תַּלְמִידֵי, חַד עֲבַד בְּשׁוֹגֵג כְּבֵית שַׁמַּאי וְאַשְׁכַּח אַרְנְקָא דְּדַהֲבָא, וְחַד עֲבַד בְּמֵזִיד כְּבֵית הִלֵּל וְאַכְלֵיהּ אַרְיָא.

Ces deux disciples : l'un agit par inadvertance selon Beth Chammai et trouva une bourse d'or ; l'autre agit délibérément selon Beth Hillel et un lion le dévora.

📜 Rachi (2)
חַד עֲבַד בְּשׁוֹגֵג כב"ש אע"פ שֶׁשָּׁגַג וְנֶעֱקַר מִן הַמָּקוֹם ע"י שִׁכְחָה הֶחְמִיר עַל עַצְמוֹ כב"ש וְחָזַר לַמָּקוֹם שֶׁאָכַל וּבֵרַךְ:
« L'un agit par inadvertance selon Beth Chammai » : bien qu'il eût fauté par inadvertance et se fût éloigné du lieu par oubli, il se montra rigoureux envers lui-même comme Beth Chammai, retourna au lieu où il avait mangé et y bénit.
חַד עֲבַד בְּמֵזִיד נֶעֱקַר מִמָּקוֹם שֶׁאָכַל בְּמֵזִיד כְּדֵי לְבָרֵךְ בְּמָקוֹם אַחֵר שֶׁהֻוצְרַךְ לֵילֵךְ:
« L'autre agit délibérément » : il s'éloigna délibérément du lieu où il avait mangé, afin de bénir dans un autre endroit où il devait se rendre.
💡 Explication

Les deux récits confirment la délimitation de Rav Zevid. Le premier disciple s'est montré rigoureux dans le cas de l'oubli, là où Beth Hillel dispensaient ; le second s'est appuyé sur Beth Hillel dans un cas où eux-mêmes ne dispensent pas.

18
רַבָּה בַּר בַּר חָנָה הֲוָה קָאָזֵל בְּשַׁיַּירְתָּא, אֲכַל וְאִשְׁתְּלִי וְלָא בָּרֵיךְ. אָמַר: הֵיכִי אַעֲבִיד? אִי אָמֵינָא לְהוּ ״אִנְּשַׁאי לְבָרֵךְ״, אָמְרוּ לִי: בְּרִיךְ, כָּל הֵיכָא דִּמְבָרֶכֶת — לְרַחֲמָנָא מְבָרֶכֶת. מוּטָב דְּאָמֵינָא לְהוּ: אִנְּשַׁאי יוֹנָה דְּדַהֲבָא. אֲמַר לְהוּ: אִנְּטַרוּ לִי, דְּאִנְּשַׁאי יוֹנָה דְּדַהֲבָא. אָזֵיל וּבָרֵיךְ וְאַשְׁכַּח יוֹנָה דְּדַהֲבָא.

Rabba bar bar Hana cheminait avec une caravane. Il mangea, oublia et ne bénit pas.

Il se dit : comment faire ? Si je leur dis « j'ai oublié de bénir », ils me répondront : bénis ici, car en quelque lieu que tu bénisses, c'est au Miséricordieux que tu bénis.

Mieux vaut leur dire : j'ai oublié une colombe d'or. Il leur dit : attendez-moi, car j'ai oublié une colombe d'or.

Il alla, bénit, et trouva une colombe d'or.

📜 Rachi (1)
אִנְּשַׁאי יוֹנָה דְּדַהֲבָא שָׁכַחְתִּי יוֹנָה שֶׁל זָהָב:
« J'ai oublié une colombe d'or » : j'ai oublié une colombe faite d'or.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מוּטָב דְּאָמֵינָא לְהוּ, אִנְּשַׁאי יוֹנָה דְּדַהֲבָא. נִרְאֶה לִי בס"ד לֹא הוֹצִיא שֶׁקֶר חָס וְחָלִילָה אֶלָּא כַּוָּנָתוֹ עַל בִּרְכַּת הַמָּזוֹן שֶׁיֵּשׁ בָּהּ ד' בְּרָכוֹת, רִאשׁוֹנָה הַזָּן מִתְּחִלָּה בְּאוֹת הֵ"א דְּיוּנ ה , שְׁנִיָּה בִּרְכַּת הָאָרֶץ מִתְּחִלַּת נוֹדֶה לְךָ הוּא נוּ"ן דְּיוֹ נ ה, שְׁלִישִׁית נִקְרֵאת עַל שֵׁם יְרוּשָׁלִַם שֶׁיֵּשׁ בְּשֵׁם זֶה 'שִׁשָּׁה אוֹתִיּוֹת', כִּי יְרוּשָׁלַיִם כְּתִיב בְּחַד יוֹ"ד וְזֶה אוֹת ואו"ו דַּי ו נה, וּרְבִיעִית הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב שֶׁעִיקַּר הַבְּרָכָה נִתְקְנָה בִּשְׁבִיל שְׁנֵי תֵּיבוֹת אֵלּוּ, הַטּוֹב שֶׁלֹּא הִסְרִיחוּ וְהַמֵּטִיב שֶׁנִּתְּנוּ לִקְבוּרָה כִּדְאָמַר לְעֵיל, וּב' תֵּיבוֹת הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב הֵם 'עֲשָׂרָה אוֹתִיּוֹת', וְזוֹ הִיא אוֹת יוֹ"ד ד י וַנָּהּ, וְלָכֵן לְבִרְכַּת הַמָּזוֹן כִּינָּה אוֹתָהּ בְּשֵׁם יוֹנָה . אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי בס"ד הַגּוּף רוֹצֶה מְזוֹנוֹ וּסְעֻודָּתוֹ, וְהַנֶּפֶשׁ גַּם כֵּן רוֹצֶה מִזּוֹנָה, אַךְ הַגּוּף צוֹעֵק וְקוֹרֵא עַל מְזוֹנוֹ, וְאִי אֶפְשָׁר לָבֹא לִידֵי שִׁכְחָה מַה שֶׁאֵין כֵּן הַנֶּפֶשׁ אֵינָהּ צוֹעֶקֶת, וְיָדוּעַ כִּי הַנֶּפֶשׁ מְכֻונֵּית בְּשֵׁם יוֹנָה, כִּי הִיא מִסּוֹד הַמַּלְכוּת שֶׁנִּקְרֵאת יוֹנָה, וְלָזֶה אָמַר אִנְּשַׁאי יוֹנָה דְּדַהֲבָא, שֶׁהַזָּהָב הוּא נֻוקְבָּא, רְצוֹנוֹ לוֹמַר שָׁכַחְתִּי מָזוֹן שֶׁלָּהּ, וְהֵם הֵבִינוּ הַדְּבָרִים כִּפְשׁוּטָן. וְהָא דְּאַשְׁכַּח אַרְנָקוֹ דְּזָהָב וְלֹא דְּכֶסֶף , נִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ בֵּית שַׁמַּאי שֶׁרָשַׁם בְּמִידַּת הַגְּבוּרָה וּבֵית הִלֵּל בְּחֶסֶד, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּזֹּוהַר הִלֵּל וְשַׁמַּאי דַּרְגִין דְּאַבְרָהָם וְיִצְחָק, וְלָכֵן בֵּית שַׁמַּאי תָּמִיד מַחְמִירִין, וּבֵית הִלֵּל מְקִילִּין , וְהַזָּהָב הוּא גְּבוּרָה, לָכֵן כֵּיוָן שֶׁרָצָה לְהַחְמִיר כִּסְבָרַת בֵּית שַׁמַּאי שֶׁשָּׁרְשָׁם בִּגְבוּרָה שֶׁהוּא סוֹד זָהָב אַשְׁכַּח אַרְנְקָא דְּדַהֲבָא, וְלָכֵן אוֹתוֹ תַּלְמִיד שֶׁרָצָה לְזַלְזֵל בִּסְבָרַת בֵּית שַׁמַּאי בְּמִידֵּי דְּלָא פְּלִיגִי עֲלַייְהוּ בֵּית הִלֵּל, שֶׁעָשָׂה בְּמֵזִיד שֶׁגַּם בֵּית הִלֵּל מוֹדִים בָּזֶה אֲכָלוֹ אַרְיֵה שֶׁהוּא בְּסוֹד הַגְּבוּרָה, כִּי אַרְיֵה [216] גֵּימַטְרְיָא גְּבוּרָה [216] כַּנּוֹדָע, וּמַה שֶׁהָיְתָה הַמְּצִיאָה אַרְנָקִי שֶׁהוּא כִּיס וְלֹא צְרוֹר שֶׁל זָהָב? כִּי אַרְנָקִי הוּא כִּיס דֻּוגְמַת כּוֹס לִרְמֹוז שֶׁזֶּה הָיָה שְׂכַר בִּרְכַּת הַמָּזוֹן שֶׁטְּעוּנָה כּוֹס. בְּרַם בְּהַאי עֻובְדָּא מַקְשִׁים, מַה שֶׁנֶּאֱמַר מֵהַךְ דְּרַבִּי טִרְפוֹן שֶׁהִטָּה לִקְרוֹת כְּדִבְרֵי בֵּית שַׁמַּאי כִּדְאִיתָא לְעֵיל (דַּף י)? וְנִרְאֶה לִי בס"ד הָתָם מוֹכְחָא מִלְּתָא שֶׁעָבַר עַל דִּבְרֵי בֵּית הִלֵּל, כֵּיוָן שֶׁהָיָה מְהַלֵּךְ כְּדֶרֶךְ וְעָמַד וְהִטָּה כְּדֵי לִקְרוֹת, אֲבָל הָכָא לֹא מוּכָח שֶׁחָזַר בִּשְׁבִיל הַבְּרָכָה, אֶלָּא אוּלַי שָׁכַח אֵיזֶה דָּבָר וְחָזַר לַהֲבִיאוֹ, וּשְׁכָחָהּ כָּזוֹ מְצוּיָה בְּעוֹבְרֵי דְּרָכִים, וַאֲפִילּוּ אִם לֹא נַעֲשָׂה לוֹ הַנֵּס וְלֹא הָיָה מוֹצֵא אַרְנָקִי וְהָיָה מְבָרֵךְ וְחוֹזֵר גַּם כֵּן לָא מִנַּכְרָא מִלְּתָא, דְּאִין הָכִי נָמֵי הוּא חָזַר בִּשְׁבִיל שֶׁשָּׁכַח חֵפֶץ וְלֹא מָצָא וְנִזְכַּר עַל הַבְּרָכָה וּבֵירַךְ שָׁם, וְעוֹד יֵשׁ בָּזֶה תֵּירוּץ פָּשׁוּט, דְּדַוְקָא אִם יַעֲשֶׂה כְּבֵית שַׁמַּאי מִשּׁוּרַת הַדִּין בָּזֶה יֵעָנֵשׁ שֶׁעָבַר עַל דִּבְרֵי בֵּית הִלֵּל, אַךְ אִם הוּא יוֹדֵעַ וּמוֹדֶה שֶׁהַדִּין כְּבֵית הִלֵּל, וְאֵינוֹ מְכַוֵּוין לַעֲשׂוֹת כְּבֵית שַׁמַּאי אֶלָּא דֶּרֶךְ חֲסִידוּת וְחוּמְרָא וְלָאו מִשּׁוּרַת הַדִּין וְהַחִיּוּב, אֵין זֶה עוֹבֵר עַל דִּבְרֵי בֵּית הִלֵּל וּבָרוּךְ יִהְיֶה, יַעַן שֶׁגַּם בֵּית הִלֵּל הֵם הָיוּ בְּכַמָּה דְּבָרִים מַחְמִירִים עַל עַצְמָם דַּוְקָא לַעֲשׂוֹת כְּבֵית שַׁמַּאי. וּבָזֶה נְתָרֵץ בס"ד קֻושְׁיַת מָהַרְשָׁ"א זַ"ל, שֶׁהִקְשָׁה אַמַּאי הָיָה צָרִיךְ לְהָבִיא כָּאן דְּרָשָׁה שֶׁל מִצְוֹת מְגִינּוֹת עֲלֵיהֶם, כִּי אִם הָיָה צָרִיךְ שֶׁיֹּאמַר הַטַּעַם מִשּׁוּם דִּכְנֶסֶת יִשְׂרָאֵל אַמְּתִילָא לְיוֹנָה, וְזֶה הַדָּבָר כְּבָר יָדוּעַ וְנִזְכַּר בְּכַמָּה מִקְרָאוֹת שֶׁקְּרָאָהּ יוֹנָה, וּמַה שֶׁתֵּרֵץ מָהַרְשָׁ"א זַ"ל עַל זֶה דֹּוחַק. וּמַה שֶׁתֵּירֵץ הָרַב סֵפֶר חֲסִידִים זַ"ל קָשֶׁה מְאֹד, חֲדָא אֲפִילּוּ לְפִי דֶּרֶךְ שֶׁהָיוּ כֻּולָּם גּוֹיִם אוֹ רֻובָּם הִנֵּה בְּוַדַּאי לֹא חָזְרוּ כִּי אִם הִמְתִּינוּ, וְכֵן נִרְאֶה מִבַּקָּשָׁתוֹ דְּאָמַר אִנְּטַרוּ לִי, וְעוֹד אֲפִילּוּ אִם יֵלְכוּ וְלֹא יִמְצְאוּ כְּלוּם לֹא הָיָה מֻוחְזָק לְשַׁקְרָן חָס וְחָלִילָה, דְּדִילְמָא עָבַר אָדָם בְּאוֹתוֹ מָקוֹם וּלְקָחָהּ קֹודֶם בּוֹאָם, אָמְנָם בָּזֶה הַחִילּוּק שֶׁכָּתַבְנוּ יָבֹא נָכוֹן, דְּיָדוּעַ מַה שֶׁאָמְרוּ הַמְפָרְשִׁים זַ"ל עַל מַה שֶּׁאָמְרוּ הַנּוֹתֵן סֶלַע לִצְדָקָה עַל מְנָת שֶׁיִּחְיֶה הֲרֵי זֶה צַדִּיק גָּמוּר, וַהֲלֹא שְׂכַר מִצְוֹת בֶּעָתִיד לָבֹא, וְתֵרְצוּ דַּוְקָא שְׂכַר מִצְוֹת דְּחִיּוּב בֶּעָתִיד לָבֹא, אֲבָל בְּעוֹשֶׂה יֶתֶר עַל הַחִיּוּב וּבְמִידַּת חֲסִידוּת יֵשׁ שָׂכָר גַּם בָּעוֹלָם הַזֶּה. וְעַל דֶּרֶךְ זֶה אָמְרוּ גַּם כֵּן עַל מַאֲמַר רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בְּמִצְוֹת הַמַּנְגִּינוֹת בָּעוֹלָם הַזֶּה, דְּגַם כֵּן תִּקְשֵׁי וַהֲלֹא שְׂכַר מִצְוֹת בֶּעָתִיד לָבֹא, וְתֵירְצוּ דְּאִם עוֹשֶׂה יֶתֶר עַל חִיּוּב וּמִידַּת חֲסִידוּת תָּגִין גַּם בָּעוֹלָם הַזֶּה עַד כָּאן, וּלְפִי זֶה מַה שֶׁנֶּאֱמַר בִּדְרָשָׁה זוֹ מַה יוֹנָה וְכוּ' אַף יִשְׂרָאֵל מִצְוֹת מְגִינּוֹת עֲלֵיהֶם אַייְּרִי בְּמִצְוֹת שֶׁעוֹשִׂים טְפֵי מֵחִיּוּבָם, וְלָזֶה הֵבִיא דְּרָשָׁה זוֹ כָּאן כְּדֵי לְתָרֵץ בָּזֶה הַקֻּושְׁיָא, דְּלָא תִּיקְשֵׁי עַל רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אֵיךְ עֲבִיד כְּבֵית שַׁמַּאי וְלֹא עוֹד שֶׁקִּבֵּל שָׂכָר, וּבָזֶה נִתְיַישְּׁבָה הַקֻּושְׁיָא כִּי כְּמוֹ דְּמַאֲמָר זֶה אַיְירֵי בְּעָבֵיד בְּתוֹרַת חֲסִידוּת יָתֵר עַל חִיּוּבוֹ, כֵּן רַבָּה בַּר בַּר חָנָה עֲבִיד דָּבָר זֶה בְּתוֹרַת חֲסִידוּת לֹא שֶׁנִּתְכַּוֵּין לְקַייֵּם דִּבְרֵי בֵּית שַׁמַּאי בְּתוֹרַת חִיּוּב מִן הַדִּין, וּלְכָךְ הִצְלִיחַ דְּהִנֵּה שְׂכָרוֹ אִתּוֹ שֶׁמָּצָא אַרְנְקָא דְּדַהֲבָא.
« Mieux vaut leur dire : j'ai oublié une colombe d'or. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il n'a pas proféré de mensonge, à D.ieu ne plaise ; son intention visait le birkat hamazon, qui comporte quatre bénédictions. La première, hazan, commence par la lettre hé, celle de yona (colombe). La deuxième, la bénédiction de la terre, commence par node lekha, dont le noun est le noun de yona. La troisième est appelée du nom de Jérusalem, nom qui compte six lettres, car Yerouchalem s'écrit avec un seul youd, et c'est la lettre vav de yona. La quatrième, hatov ve-hametiv, tient sa raison d'être de ces deux mots mêmes : hatov, parce que les corps ne se sont pas corrompus, ve-hametiv, parce qu'ils ont été donnés à la sépulture, comme il a été dit plus haut ; et les deux mots hatov ve-hametiv comptent dix lettres, ce qui est la lettre youd de yona. Il a donc désigné le birkat hamazon sous le nom de colombe. Autre explication, avec l'aide du Ciel : le corps réclame sa nourriture et son repas, et la nechama (l'âme) réclame elle aussi sa nourriture ; mais le corps crie et réclame son aliment, en sorte qu'on ne saurait l'oublier, tandis que la nechama ne crie pas. Or il est connu que la nechama est désignée du nom de colombe, car elle relève du sod (secret) de la malkhout, elle-même appelée colombe. C'est pourquoi il a dit : j'ai oublié une colombe d'or, l'or étant du côté féminin, autrement dit : j'ai oublié sa nourriture ; et eux ont entendu ces paroles au sens littéral. Quant au fait qu'il ait trouvé une bourse d'or et non d'argent, il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il est connu que Beth Chammai ont leur racine dans la midda de la guevoura (rigueur) et Beth Hillel dans le 'hessed (bonté), comme il est dit dans le Zohar que Hillel et Chammai sont les degrés d'Avraham et d'Yitshak ; c'est pourquoi Beth Chammai sont toujours rigoureux et Beth Hillel indulgents. L'or relève de la guevoura : dès lors, puisqu'il a voulu se montrer rigoureux selon l'avis de Beth Chammai, dont la racine est dans la guevoura, laquelle est le sod de l'or, il a trouvé une bourse d'or. Et le disciple qui a voulu mépriser l'avis de Beth Chammai dans un cas où Beth Hillel ne divergent pas d'eux, puisqu'il a agi délibérément, cas où Beth Hillel eux-mêmes concèdent, un lion l'a dévoré, le lion relevant du sod de la guevoura, car arie (216) a la même valeur numérique que guevoura (216), comme on le sait. Et pourquoi l'objet trouvé fut-il une bourse, c'est-à-dire une escarcelle, plutôt qu'un sac d'or ? Parce que la bourse est une poche, semblable à une coupe, pour indiquer que c'était là la récompense du birkat hamazon, qui requiert une coupe. Cependant, on soulève une difficulté sur ce récit, d'après ce qui est rapporté de Rabbi Tarfon, qui s'étendit pour réciter le Chema selon Beth Chammai, comme il est dit plus haut (folio 10). Il me semble, avec l'aide du Ciel, que là-bas la chose était manifeste : il transgressait les paroles de Beth Hillel, puisqu'il cheminait, s'arrêta et s'étendit pour réciter ; tandis qu'ici rien ne prouve qu'il soit revenu pour la bénédiction, car peut-être avait-il oublié quelque objet et revenait-il le chercher, oubli fréquent chez les voyageurs. Et même si le miracle ne s'était pas produit et qu'il n'eût pas trouvé de bourse, bénissant et revenant, la chose ne se serait pas davantage remarquée : on aurait pu dire qu'il était revenu parce qu'il avait oublié un objet, ne l'avait pas trouvé, s'était souvenu de la bénédiction et avait béni là. Il y a en outre à cela une réponse simple : ce n'est que s'il agissait comme Beth Chammai au titre de la stricte loi qu'il serait puni pour avoir transgressé les paroles de Beth Hillel ; mais s'il sait et reconnaît que la loi suit Beth Hillel, et qu'il n'entend pas agir comme Beth Chammai sinon par voie de piété et de rigueur volontaire, hors de la stricte loi et de l'obligation, il ne transgresse pas les paroles de Beth Hillel et il sera béni, car Beth Hillel eux-mêmes se montraient en plusieurs matières rigoureux envers eux-mêmes, précisément pour agir comme Beth Chammai. Par là se résout, avec l'aide du Ciel, la difficulté du Maharcha, de mémoire bénie, qui demandait pourquoi il fallait apporter ici l'exposition selon laquelle les mitsvot protègent Israël, alors qu'il suffisait de dire que la communauté d'Israël est comparée à une colombe, chose déjà connue et mentionnée dans plusieurs versets ; et la réponse que le Maharcha, de mémoire bénie, y donne est forcée. Quant à la réponse du Sefer Hassidim, elle est fort difficile : d'abord, même selon la voie qui veut qu'ils eussent tous été non-Juifs, ou la plupart, ils ne sont certainement pas revenus sur leurs pas mais ont attendu, comme il ressort de sa demande, puisqu'il a dit « attendez-moi » ; ensuite, même s'ils étaient allés et n'avaient rien trouvé, il n'aurait pas été tenu pour menteur, à D.ieu ne plaise, car peut-être un homme était-il passe la et l'avait-il prise avant leur arrivée. Mais avec la distinction que nous avons écrite, tout s'ordonne bien. On sait en effet ce qu'ont dit les commentateurs, de mémoire bénie, sur l'enseignement selon lequel celui qui donne un sela à la tsedaka en disant « afin que mon fils vive » est un juste accompli, alors que la récompense des mitsvot est réservée au monde à venir : ils ont répondu que seule la récompense des mitsvot obligatoires est réservée au monde à venir, tandis que celui qui fait au-delà de l'obligation, par voie de piété, reçoit une récompense en ce monde-ci également. De la même manière, ils ont expliqué la parole de nos maîtres, de mémoire bénie, sur les mitsvot qui protègent en ce monde-ci, où l'on peut objecter de même que la récompense des mitsvot est réservée au monde à venir ; et ils ont répondu que celui qui fait au-delà de son obligation et par voie de piété, cela le protège aussi en ce monde-ci. Selon cela, ce qui est dit dans cette exposition, « de même que la colombe, etc., ainsi Israël : les mitsvot les protègent », vise les mitsvot que l'on accomplit au-delà de son obligation ; c'est pourquoi cette exposition est apportée ici, afin de résoudre la difficulté, pour que l'on ne demande pas comment Rabba bar bar Hana a pu agir comme Beth Chammai, et bien plus recevoir une récompense. La difficulté se trouve ainsi résolue : de même que cet enseignement vise celui qui agit par piété au-delà de son obligation, ainsi Rabba bar bar Hana a agi de la sorte par piété, sans se proposer d'accomplir les paroles de Beth Chammai à titre d'obligation légale ; et c'est pourquoi il a réussi, sa récompense l'accompagnant, puisqu'il a trouvé une bourse d'or.
⚖️ Rosh (3)
גְּמ' נֵר שֶׁל עוֹבֵד כּוֹכָבִים מִשּׁוּם דְּלָא שַׁבָּת וּבְשָׂמִים שֶׁל עוֹבֵד כּוֹכָבִים מִשּׁוּם דִּסְתָם מְסִיבָּתָן לַעֲבוֹדַת כּוֹכָבִים. ת"ר אוֹר שֶׁשָּׁבַת מְבָרְכִין עָלָיו שֶׁלֹּא שָׁבַת אֵין מְבָרְכִין עָלָיו וּמַאי שֶׁלֹּא שַׁבָּת שֶׁלֹּא שָׁבַת מִמְּלֶאכֶת עֲבֵירָה אֲבָל אוּר שֶׁל חַיָּה וְשֶׁל חוֹלֶה מְבָרְכִין עָלָיו תנ"ה עֲשָׁשִׁית שֶׁהָיְתָה הוֹלֶכֶת וְדוֹלֶקֶת בְּשַׁבָּת לְמוֹצַ"שׁ מְבָרְכִין עָלֶיהָ: ת"ר יִשְׂרָאֵל שֶׁהִדְלִיק מֵעַכּוּ"ם וְעַכּוּ"ם שֶׁהִדְלִיק מִיִּשְׂרָאֵל מְבָרְכִין עָלָיו עַכּוּ"ם מֵעַכּוּ"ם אֵין מְבָרְכִין עָלָיו עַכּוּ"ם שֶׁהִדְלִיק מִיִּשְׂרָאֵל נִיחָא וְיִשְׂרָאֵל שֶׁהִדְלִיק מֵעַכּוּ"ם אע"פ שֶׁלֹּא שָׁבַת מְבָרֵךְ דְּכִי קָא מְבָרֵךְ אַתּוֹסֶפְתָּא דְּהֶיתֵּרָא קָמְבָרַךְ וְהָא דְּאֵין מְבָרְכִים עַל הָעַכּוּ"ם שֶׁהִדְלִיק מֵעַכּוּ"ם אַתּוֹסֶפְתָּא דְּהֶיתֵּרָא דְּגָזְרִינַן אַטּוּ עַכּוּ"ם רִאשׁוֹן וְעַמּוּד רִאשׁוֹן: ת"ר הָיָה מְהַלֵּךְ חוּץ לַכְּרַךְ וְרָאָה אוּר אִם רֹוב עַכּוּ"ם אֵינוֹ מְבָרֵךְ וְאִם רֹוב יִשְׂרָאֵל מְבָרֵךְ תָּנֵי חֲדָא אוּר שֶׁל כִּבְשָׁן מְבָרְכִין עָלָיו וְתַנְיָא אִידַּךְ אֵין מְבָרְכִין עָלָיו לָא קַשְׁיָא הָא לְכַתְּחִלָּה וְהָא לְבַסּוֹף דְּהָא דִּלְבַסּוֹף נַעֲשָׂה לְהָאִיר וּמְבָרְכִין עָלָיו תָּנֵי חֲדָא אוּר שֶׁל בהכנ"ס מְבָרְכִין עָלָיו וְתַנְיָא אִידַּךְ אֵין מְבָרְכִין עָלָיו לָא קַשְׁיָא הָא דְּאִיכָּא אָדָם חָשׁוּב וְהָא דְּלֵיכָּא אָדָם חָשׁוּב פירש"י כְּשֶׁיֵּשׁ אָדָם חָשׁוּב אָז עָשׂוּי לְכָבוֹד וְלֹא לְהָאִיר וי"מ אִיפְּכָא דְּאָדָם חָשׁוּב עָשׂוּי לְהָאִיר וְאִי לֵיכָּא אָדָם חָשׁוּב לִכְבוֹד בֵּית הַכְּנֶסֶת הִדְלִיקוּ וְגָרְסִינַן הָא וְהָא דְּלֵיכָּא אָדָם חָשׁוּב ת"ר הָיוּ יוֹשְׁבִים בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ וְהֵבִיאוּ אוּר לִפְנֵיהֶם ב"ש אוֹמְרִים כָּל אֶחָד מְבָרֵךְ לְעַצְמוֹ מִפְּנֵי בִּיטּוּל בֵּית הַמִּדְרָשׁ וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים אֶחָד מְבָרֵךְ לְכֻולָּן מִשּׁוּם בְּרָוב עָם הַדְרַת מֶלֶךְ וְלָא דָּמֵי לְפַת דְּאָמְרִינַן לְעֵיל פֶּרֶק כֵּיצַד מְבָרְכִין (בְּרָכוֹת דַּף מב) בְּיָשְׁבוּ שֶׁמְּבָרֵךְ לְעַצְמוֹ דְּשָׁאנֵי הָתָם כֵּיוָן דְּצָרִיךְ הֲסִיבָּה וְלֹא הֵסֵיבּוּ לָא קְבִיעִי לָצֵאת אֶחָד בְּבִרְכַּת חֲבֵירוֹ אֲבָל הָכָא הָוֵי כְּמוֹ יַיִן אַלִּיבָּא דְּרַב שָׁם דַּף מג דְּלָא בָּעֵי הֲסִיבָּה וַאֲפִילּוּ לְרַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמַר יַיִן בָּעֵי הֲסִיבָּה ה"מ דְּחָשׁוּב וּרְגִילִין לְהָסֵב עָלָיו אֲבָל שְׁאָר בְּרָכוֹת כְּמוֹ שֶׁהֵסֵיבּוּ דָּמִי: ע"ב ת"ר גֶּחָלִים לוֹחֲשׁוֹת מְבָרְכִין עֲלֵיהֶם עוֹמְמוֹת אֵין מְבָרְכִין עֲלֵיהֶם הֵיכִי דָּמֵי לוֹחֲשׁוֹת אָמַר רַב חִסְדָּא כָּל שֶׁאִילּוּ מַכְנִיס קֵיסָם בֵּינֵיהֶם וְדוֹלֵק מֵאֵילָיו וּמַייְרֵי דְּהָנֵי גֶּחָלִים לוֹחֲשׁוֹת עִשּׂוּיַן לְהָאִיר: ע"א וְלֹא עַל הַנֵּר וְלֹא עַל הַבְּשָׂמִים שֶׁל מֵתִים אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב כֹּל שֶׁמּוֹצִיאִין לְפָנָיו בַּיּוֹם וּבַלַּיְלָה אֵין מְבָרְכִין עָלָיו וְכֹל שֶׁאֵין מוֹצִיאִין לְפָנָיו בְּיוֹם נ"א אֶלָּא בַּלַּיְלָה מְבָרְכִין עָלָיו וְאוֹתוֹ שֶׁמּוֹצִיאִין לְפָנָיו בַּיּוֹם וּבַלַּיְלָה אע"ג דְּהַשְׁתָּא מִיהָא לְהָאִיר הוּא עָשׂוּי כֵּיוָן שָׁאפֵי' בַּיּוֹם מוֹצִיאִין לְפָנָיו לְכָבוֹד אֵין מְבָרְכִין עָלָיו הִלְכָּךְ אֵין מְבָרְכִים עַל הַנֵּר שֶׁל בֵּית הַכְּנֶסֶת כֵּיוָן דִּרְגִילִין הָאִידָּנָא לְהַדְלִיקוֹ לִכְבוֹד בֵּית הַכְּנֶסֶת אֲפִילּוּ בַּיּוֹם. א"ר הוּנָא בְּשָׂמִים שֶׁל בֵּית הַכִּסֵּא וְשֶׁמֶן הֶעָשׂוּי לְהַעֲבִיר אֶת הַזֻּוהֲמָא אֵין מְבָרְכִין עָלָיו מ"ט כָּל מִידִי דְּלָאו לְרֵיחָא עֲבִיד לָא מְבָרְכִין עָלֶיהָ הָא דְּאָמְרִינַן לְעֵיל בְּפֶרֶק כֵּיצַד מְבָרְכִין (בְּרָכוֹת דַּף מג.) הָאִי מָאן דְּאֹרַח אַתְרוּגָּא אוֹ בַּחֲבוּשִׁים מְבָרֵךְ בָּרוּךְ שֶׁנָּתַן רֵיחַ טוֹב בַּפֵּירוֹת מַייְרֵי כְּגוֹן שֶׁלְּקָחוֹ לְהָרִיחַ בּוֹ אוֹ לְאָוכְלוֹ וּלְהָרִיחַ בּוֹ אֲבָל אִם לְקָחוֹ לְאָוכְלוֹ וְהָרֵיחַ בּוֹ כֵּיוָן דְּלָא נִתְכַּוֵּין לְהָרִיחַ אֵין צָרִיךְ לְבָרֵךְ עָלָיו: תָּנוּ רַבָּנַן הַנְכַנֵּם לַחֲנוּתוֹ שֶׁל בַּשָּׂם וְהֵרִיחַ רֵיחַ אֲפִילּוּ יָשַׁב שָׁם כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ אֵינוֹ מְבָרֵךְ אֶלָּא פַּעַם אַחַת נִכְנַס וְיָצָא נִכְנַס וְיָצָא מְבָרֵךְ עַל כָּל פַּעַם וּפַעַם. ת"ר הָיָה מְהַלֵּךְ חוּץ לַכְּרַךְ וְהֵרִיחַ רֵיחַ אִם רֹוב עַכּוּ"ם אֵינוֹ מְבָרֵךְ אִם רֹוב יִשְׂרָאֵל מְבָרֵךְ. אָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן הָיָה מְהַלֵּךְ בְּשׁוּקֵי טְבֶרְיָא בְּעַרְבֵי שַׁבָּתוֹת אוֹ בְּשׁוּקֵי צִפּוֹרִי בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּתוֹת וְהֵרִיחַ רֵיחַ אֵינוֹ מְבָרֵךְ מִפְּנֵי שֶׁחֶזְקָתוֹ לְגַמֵּר אֶת הַכֵּלִים: אֵין מְבָרְכִין עַל הַנֵּר עַד שֶׁיֵּאוֹתוּ לְאוֹרוֹ וְכַמָּה עֻולָּא אָמַר כְּדֵי שֶׁיַּכִּיר בֵּין אִיסָּר לְפֻונְדְּיוֹן וְחִזְקִיָּה אָמַר כְּדֵי שֶׁיַּכִּיר בֵּין מְלוּזְמָא שֶׁל טְבֶרְיָא לִמְלוּזְמָא שֶׁל צִפּוֹרִי לְכָךְ נָהֲגוּ לְהִסְתַּכֵּל בַּצִּפָּרְנַיִם בְּשָׁעָה שֶׁמְּבָרְכִין עַל הַנֵּר לְהַרְאוֹת שֶׁיָּכוֹל לֵיהָנוֹת מִמֶּנּוּ וּלְהַכִּיר בֵּין מַטְבֵּעַ לְמַטְבֵּעַ כְּמוֹ שֶׁמַּכִּיר בֵּין צִפֹּורֶן לְבָשָׂר. אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב אֵין מְחַזְּרִין עַל הָאוּר כְּדֶרֶךְ שֶׁמְּחַזְּרִין עַל כָּל הַמִּצְוֹת לְפִי שֶׁבְּרָכָה זוֹ אֵינָהּ אֶלָּא לְזֵכֶר בְּעָלְמָא שֶׁנִּבְרָא הָאוּר במו"ש דְּאִי מִשּׁוּם הֲנָאַת הָאוּר מְבָרֵךְ הָיָה צָרִיךְ לְבָרֵךְ בְּכָל פַּעַם וּפַעַם כְּשֶׁנֶּהֱנִין מִן הָאוּר מכ"ש עַל הַבְּשָׂמִים דְּאֵינָהּ אֶלָּא לַהֲשָׁבַת נַפְשׁוֹ:
Guemara : la lampe d'un idolâtre, parce qu'elle n'a pas chômé ; et les aromates d'un idolâtre, parce que leur banquet est présumé voué à l'idolâtrie. Nos maîtres ont enseigné : sur un feu qui a chômé, on bénit ; sur un feu qui n'a pas chômé, on ne bénit pas. Et qu'est-ce que « qui n'a pas chômé » ? Qui n'a pas chômé d'un travail interdit ; mais sur le feu allumé pour une parturiente ou pour un malade, on bénit. Une beraita l'enseigne de même : un fanal demeuré allumé tout au long du Chabbat, on bénit dessus à la sortie du Chabbat. Nos maîtres ont enseigné : un Juif qui a allumé au feu d'un idolâtre, et un idolâtre qui a allumé au feu d'un Juif, on bénit dessus ; un idolâtre qui a allumé au feu d'un idolâtre, on ne bénit pas dessus. L'idolâtre qui a allumé au feu d'un Juif se comprend ; et le Juif qui a allumé au feu d'un idolâtre, bien que ce feu n'ait pas chômé, il bénit, car lorsqu'il bénit, c'est sur le supplément permis qu'il bénit. Et si l'on ne bénit pas sur le feu de l'idolâtre qui a allumé au feu d'un idolâtre, même au titre du supplément permis, c'est que l'on décrète par crainte du premier idolâtre et de la première flamme. Nos maîtres ont enseigné : s'il cheminait hors de la ville et vit une lumière, si la majorité est idolâtre il ne bénit pas, et si la majorité est juive il bénit. Une beraita enseigne : sur le feu d'un four on bénit ; une autre enseigne : on ne bénit pas. Pas de difficulté : l'une vise le début, l'autre la fin, car à la fin il sert à éclairer et l'on bénit dessus. Une beraita enseigne : sur la lumière de la synagogue on bénit ; une autre enseigne : on ne bénit pas. Pas de difficulté : l'une vise le cas où il y a un homme important, l'autre le cas où il n'y en a pas. Rachi a expliqué : lorsqu'il y a un homme important, la lumière est faite pour l'honneur et non pour éclairer. D'autres expliquent l'inverse : avec un homme important elle est faite pour éclairer, et s'il n'y a pas d'homme important c'est pour l'honneur de la synagogue qu'on l'a allumée ; et nous lisons : l'une et l'autre traitent du cas où il n'y a pas d'homme important. Nos maîtres ont enseigné : ils étaient assis à la maison d'étude et on apporta une lumière devant eux. Beth Chammai disent : chacun bénit pour lui-même, à cause de l'interruption de l'étude ; et Beth Hillel disent : un seul bénit pour tous, en vertu de « dans la multitude du peuple est la splendeur du roi ». Et cela ne ressemble pas au pain, dont nous avons dit plus haut, au chapitre Keitsad Mevarekhin (Berakhot 42), que lorsqu'ils sont assis chacun bénit pour lui-même ; car il en va autrement là-bas : puisqu'il faut la hassiba (l'accoudement) et qu'ils ne se sont pas accoudés, ils ne sont pas suffisamment fixés ensemble pour que l'un s'acquitte par la bénédiction de son compagnon. Ici en revanche, il en va comme du vin selon Rav (là-bas, folio 43), qui n'exige pas la hassiba ; et même selon Rabbi Yo'hanan, qui dit que le vin exige la hassiba, cela ne vaut que pour lui, qui est important et sur lequel on a coutume de s'accouder, tandis que pour les autres bénédictions c'est comme s'ils s'étaient accoudés. Verso : nos maîtres ont enseigné : sur des charbons qui rougeoient on bénit, sur des charbons qui s'éteignent on ne bénit pas. Quel est le cas de ceux qui rougeoient ? Rav Hisda a dit : tous ceux entre lesquels, si l'on introduit un copeau, il prend feu de lui-même ; et il s'agit de charbons rougeoyants faits pour éclairer. Recto : « ni sur la lampe ni sur les aromates des morts » : Rav Yehouda a dit au nom de Rav, tout ce que l'on porte devant lui de jour comme de nuit, on ne bénit pas dessus, et tout ce que l'on ne porte devant lui que la nuit, on bénit dessus ; et ce que l'on porte devant lui de jour comme de nuit, bien qu'il soit à présent fait pour éclairer, puisqu'on le porte devant lui même de jour, pour l'honneur, on ne bénit pas dessus. Par conséquent, on ne bénit pas sur la lampe de la synagogue, puisqu'on a coutume aujourd'hui de l'allumer pour l'honneur de la synagogue, même de jour. Rav Houna a dit : sur les aromates des lieux d'aisance et sur l'huile destinée à ôter la souillure, on ne bénit pas. Quelle en est la raison ? Tout ce qui n'est pas fait pour l'odeur, on ne bénit pas dessus. Ce que nous avons dit plus haut, au chapitre Keitsad Mevarekhin (Berakhot 43a), que celui qui sent un etrog ou des coings bénit « béni soit celui qui a mis une bonne odeur dans les fruits », vise le cas où il l'a pris pour le sentir, ou pour le manger et le sentir ; mais s'il l'a pris pour le manger et l'a senti, puisqu'il n'avait pas l'intention de le sentir, il n'a pas besoin de bénir dessus. Nos maîtres ont enseigné : celui qui entre dans la boutique d'un parfumeur et sent l'odeur, même s'il y est resté assis toute la journée, ne bénit qu'une seule fois ; s'il est entré et sorti, entré et sorti, il bénit à chaque fois. Nos maîtres ont enseigné : s'il cheminait hors de la ville et sentit une odeur, si la majorité est idolâtre il ne bénit pas, si la majorité est juive il bénit. Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : s'il cheminait dans les marchés de Tibériade la veille du Chabbat, ou dans les marchés de Tsippori à la sortie du Chabbat, et sentit une odeur, il ne bénit pas, parce qu'elle est présumée destinée à parfumer les vêtements. « On ne bénit sur la lampe que lorsque l'on tire profit de sa lumière. » Et combien ? Oulla a dit : de quoi distinguer un issar d'un poundion ; et Hizkiya a dit : de quoi distinguer un poids de Tibériade d'un poids de Tsippori. C'est pourquoi on a pris l'usage de regarder ses ongles au moment où l'on bénit sur la lampe, pour montrer que l'on peut en tirer profit et distinguer une pièce d'une autre comme on distingue l'ongle de la chair. Rav Yehouda a dit au nom de Rav : on ne se met pas en quête du feu comme on se met en quête de toutes les mitsvot, parce que cette bénédiction n'est qu'un simple rappel du fait que le feu fut créé à la sortie du Chabbat ; car si l'on bénissait à raison du profit tiré du feu, il faudrait bénir à chaque fois que l'on en tire profit, et à plus forte raison sur les aromates, qui ne servent qu'à restaurer l'âme.
גָּרְסִי' בְּפֶרֶק מָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ (פְּסָחִים דַּף נד.) א"ר בִּנְיָמִין בַּר יֶפֶת אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מְבָרְכִין עַל הָאוּר בֵּין בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת בֵּין בְּמוֹצָאֵי יוֹם הַכִּפּוּרִים וְכֵן עַמָּא דָּבַר מֵיתִיבִי אֵין מְבָרְכִין עַל הָאוּר אֶלָּא בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּתוֹת הוֹאִיל וּתְחִלַּת בְּרִייָּתוֹ הוּא וּכְשֶׁרוֹאֵהוּ מְבָרֵךְ מִיָּד ר' יְהוּדָה מְסַדְּרָן עַל הַכּוֹס אָמַר ר' יוֹחָנָן הֲלָכָה כְּר' יְהוּדָה ל"ק כָּאן בְּאוּר שֶׁשָּׁבַת כָּאן בְּאוּר הַיּוֹצֵא מִן הָעֵצִים וַאֲבָנִים דְּאֵין מְבָרְכִין בְּמוֹצָאֵי יוה"כ אֶלָּא בְּאוּר שֶׁשָּׁבַת אֲבָל הַיּוֹצֵא מִן הָעֵצִים וּמִן הָאֲבָנִים לֹא דְּדַוְקָא בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת שֶׁנִּבְרָא בּוֹ הָאוּר מְבָרְכִין עָלָיו:
Nous lisons au chapitre Makom Chenahagou (Pessahim 54a) : Rabbi Binyamin bar Yefet a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : on bénit sur le feu tant à la sortie du Chabbat qu'à la sortie de Yom Kippour, et c'est ainsi que le peuple agit. On objecte : on ne bénit sur le feu qu'à la sortie du Chabbat, puisque c'est alors le commencement de sa création, et lorsqu'on le voit on bénit aussitôt ; Rabbi Yehouda les ordonne sur la coupe. Rabbi Yo'hanan a dit : la loi suit Rabbi Yehouda. Pas de difficulté : ici il s'agit d'un feu qui a chômé, là d'un feu tiré du bois et des pierres ; car à la sortie de Yom Kippour on ne bénit que sur un feu qui a chômé, mais non sur celui qui sort du bois et des pierres, puisque c'est précisément à la sortie du Chabbat, jour où le feu fut créé, que l'on bénit dessus.
גְּמ' אָמַר רַב זְבִיד מַחֲלֹוקֶת בְּשׁוֹגֵג אֲבָל בְּמֵזִיד ד"ה יַחֲזֹור לִמְקוֹמוֹ וִיבָרֵךְ הָנְהוּ תְּרֵי תַּלְמִידֵי חַד עֲבִיד בְּשׁוֹגֵג כב"ש וְאַשְׁכַּח אַרְנְקָא וְחַד עֲבִיד בְּמֵזִיד כב"ה וְאִכְלִי' אִרְיָא וּבְסֵדֶר רַב עַמְרָם פְּסַק הֲלָכָה כב"ש וְהָא דְּאָמְרִינַן לְעֵיל א"ר יִצְחָק בַּר חֲנִינָא א"ר הוּנָא בְּכוּלֵּי פִּירְקִין הֲלָכָה כְּב"ה בַּר מֵהָא דַּהֲלָכָה כב"ש לָא אֲתָא לְאַפּוּקֵי הָא דְּהָכָא מִשּׁוּם דַּאֲפִילּוּ ב"ה מוֹדוֹ הָכָא שֶׁטּוֹב לַעֲשׂוֹת כְּבֵית שַׁמַּאי אֶלָּא שֶׁלֹּא הִטְרִיחוּהוּ לְכָךְ וְדַוְקָא בְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן אֲבָל בַּז' הַמִּינִים אֵין טְעוּנִין בְּרָכָה לְאַחֲרֵיהֶן בִּמְקוֹמָן אֶלָּא יְבָרֵךְ בַּמָּקוֹם שֶׁנִּזְכַּר וְכַמָּה שִׁיעוּר עִכּוּל אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן כָּל זְמַן שֶׁאֵינוֹ רָעֵב מֵחֲמַת אוֹתָהּ אֲכִילָה וְכֵן לְעִנְיַן שְׁתִיַּית יַיִן וַאֲכִילַת פֵּירוֹת אִם אֵינוֹ צָמֵא אוֹ רָעֵב וְתָאֵב לְאוֹתָן פֵּירוֹת יְבָרֵךְ תַּנְיָא אַחַר הַכֹּל עוֹנִין אָמֵן חוּץ מִתִּינוֹקוֹת שֶׁל בֵּית רַבָּן וה"מ בְּעִידָּנָא דְּקָא גָּמְרִי לְהוּ אֲבָל בְּעִידָּנָא דְּקָא מִפַּטְרִי נַפְשַׁיְיהוּ עוֹנִין פִּי' הָרָאָבָ"ד זַ"ל בְּשָׁעָה שֶׁאָכְלוּ דְּחִינּוּךְ מִצְוָה הוּא וי"מ בְּעִידַּן מִפִּטְרַייְהוּ אַחַר שֶׁלָּמְדוּ נִפְטָרִין מִשָּׁם וְאוֹמְרִים קַדִּישׁ:
Guemara : Rav Zevid a dit, la divergence porte sur celui qui a oublié, mais s'il a agi délibérément, tous s'accordent qu'il retourne à sa place et bénit. Ces deux disciples : l'un agit par inadvertance selon Beth Chammai et trouva une bourse ; l'autre agit délibérément selon Beth Hillel et un lion le dévora. Dans le Seder de Rav Amram, il a tranché que la loi suit Beth Chammai. Et ce que nous avons dit plus haut, que Rabbi Yitshak bar Hanina a dit au nom de Rav Houna que dans tout ce chapitre la loi suit Beth Hillel, hormis ce cas où la loi suit Beth Chammai, ne vient pas exclure notre cas, car même Beth Hillel concèdent ici qu'il est bon d'agir comme Beth Chammai, seulement ils n'ont pas voulu lui imposer cette peine. Et cela vaut précisément pour le birkat hamazon ; mais pour les sept espèces, leur bénédiction finale n'a pas besoin d'être dite à leur place, et il bénit à l'endroit où il s'en est souvenu. « Quelle est la mesure de la digestion ? » Rabbi Yo'hanan a dit : tant qu'il n'a pas faim du fait de ce repas. Il en va de même pour la consommation du vin et des fruits : s'il n'a ni soif ni faim ni désir de ces fruits, il bénit. Il a été enseigné : après tous on répond amen, sauf après les enfants de la maison du maître ; et cela vaut au moment où ils apprennent, mais au moment où ils se libèrent, on répond. Le Raavad, de mémoire bénie, a expliqué : au moment où ils ont mangé, car il y a là l'éducation à la mitsva. D'autres expliquent : « au moment où ils se libèrent », après avoir étudié, ils prennent congé des lieux et disent le kaddich.
💡 Explication

Le récit prolonge la baraita précédente. Rabba bar bar Hana veut retourner bénir sans que ses compagnons l'en dissuadent par l'argument de Beth Hillel : la bénédiction vaut partout. Il choisit donc un prétexte que la caravane acceptera, et la colombe d'or qu'il invoque se trouve réellement sur son chemin.

19
וּמַאי שְׁנָא יוֹנָה? דִּמְתִילִי כְּנֶסֶת יִשְׂרָאֵל לְיוֹנָה. דִּכְתִיב: ״כַּנְפֵי יוֹנָה נֶחְפָּה בַכֶּסֶף וְאֶבְרוֹתֶיהָ בִּירַקְרַק חָרוּץ״ — מַה יוֹנָה אֵינָהּ נִיצֹּולֶת אֶלָּא בִּכְנָפֶיהָ, אַף יִשְׂרָאֵל אֵינָן נִיצּוֹלִין אֶלָּא בְּמִצְוֹת.

Et pourquoi une colombe ? Parce que la communauté d'Israël est comparée à une colombe, ainsi qu'il est écrit : « Les ailes de la colombe couvertes d'argent, et ses pennes d'un or brillant » (Psaumes 68, 14).

De même que la colombe n'est sauvée que par ses ailes, ainsi Israël n'est sauvé que par les mitsvot.

📜 Rachi (1)
יוֹנָה אֵינָהּ נִצֹּולֶת אֶלָּא בִּכְנָפֶיהָ אוֹ בּוֹרַחַת אוֹ נִלְחֶמֶת בְּרָאשֵׁי אֲגַפֶּיהָ:
« La colombe n'est sauvée que par ses ailes » : ou bien elle s'enfuit, ou bien elle combat de l'extrémité de ses ailes.
💡 Explication

La guemara justifie le détail du récit par une exégèse. Le mot choisi par Rabba bar bar Hana désigne déjà, dans le langage des versets, Knesset Israël, et les ailes qui sauvent la colombe figurent les mitsvot qui protègent Israël.

20
עַד אֵימָתַי הוּא וְכוּ׳.

« Jusqu'à quand peut-il, etc. »

21
כַּמָּה שִׁיעוּר עִכּוּל? אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כָּל זְמַן שֶׁאֵינוֹ רָעֵב. וְרֵישׁ לָקִישׁ אָמַר: כָּל זְמַן שֶׁיִּצְמָא מֵחֲמַת אֲכִילָתוֹ.

Quelle est la mesure de la digestion ? Rabbi Yo'hanan a dit : tant qu'il n'a pas faim.

Et Rech Lakich a dit : tant qu'il a soif du fait de ce qu'il a mangé.

💡 Explication

La michna fixe le terme du birkat hamazon à la digestion de l'aliment. Les deux amoraim en donnent un signe corporel : le retour de la faim pour Rabbi Yo'hanan, la persistance de la soif pour Rech Lakich.

🖼️ Schéma
Jusqu'à quand peut-on encore réciter le birkat hamazon ? chiour ikoul : la durée de la digestion RABBI YO'HANAN tant qu'il n'a pas de nouveau faim critère subjectif : le retour de la faim RECH LAKICH tant qu'il a soif du fait de son repas autre tradition : le temps de quatre mil Contradiction entre les deux énoncés de Rech Lakich Résolution : quatre mil pour un repas abondant, la soif pour un repas léger Tossefot inversent la répartition : la soif pour le repas abondant.
Les deux critères de la digestion et la résolution de la contradiction.
22
אֲמַר לֵיהּ רַב ייֵמַר בַּר שֶׁלֶמְיָא לְמָר זוּטְרָא וְאָמְרִי לַהּ רַב יֵימַר בַּר שֵׁיזְבִי לְמָר זוּטְרָא: מִי אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ הָכִי? וְהָאָמַר רַב אַמֵּי אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: כַּמָּה שִׁיעוּר עִכּוּל? — כְּדֵי לְהַלֵּךְ אַרְבַּע מִילִין!

Rav Yeimar bar Chelamia dit à Mar Zoutra, et certains disent que c'est Rav Yeimar bar Chizvi qui dit à Mar Zoutra : Rech Lakich a-t-il vraiment dit cela ? Mais Rav Ami n'a-t-il pas dit au nom de Rech Lakich : quelle est la mesure de la digestion ?

Le temps de parcourir quatre mil !

💡 Explication

Deux traditions au nom de Rech Lakich s'opposent : un signe physiologique d'un côté, une durée fixe de l'autre. Le mil est une unité de marche, et quatre mil valent environ soixante-douze minutes.

23
לָא קַשְׁיָא: כָּאן בַּאֲכִילָה מְרֻובָּה, כָּאן בַּאֲכִילָה מוּעֶטֶת.

Pas de difficulté : ici il s'agit d'un repas abondant, là d'un repas léger.

📜 Rachi (1)
אֲכִילָה מְרֻובָּה ד' מִילִין:
Repas abondant : quatre mil.
🗂️ Tossefot (1)
בַּאֲכִילָה מְרֻובָּה ד' מִילִין כָּךְ פירש"י וְלִי נִרְאֶה דְּזֶה מוּעָט יוֹתֵר מֵאֲכִילָה מוּעֶטֶת אֶלָּא נִרְאֶה לְפָרֵשׁ אִיפְּכָא אֲכִילָה מְרֻובָּה כָּל זְמַן שֶׁהוּא צָמֵא דְּאֵין שָׁם קִצְבָּה אֲבָל מוּעָט ד' מִילִין:
« Dans un repas abondant » : quatre mil, ainsi a expliqué Rachi. Mais il me semble que cette durée est plus courte que celle du repas léger ; il faut donc expliquer à l'inverse : repas abondant, tant qu'il a soif, durée qui n'a pas de mesure fixe ; repas léger, quatre mil.
💡 Explication

La guemara répartit les deux énoncés entre deux cas. Tossefot contestent la répartition de Rachi par un argument de durée : le critère de la soif s'étend plus longtemps que quatre mil, et convient donc au repas le plus copieux.

24
בָּא לָהֶן יַיִן וְכוּ׳.

« Si du vin leur est venu, etc. »

📜 Rachi (1)
בָּא לָהֶם יַיִן אַחַר הַמָּזוֹן הָא פָּרֵישׁ לָהּ בַּגְּמָרָא בְּרֵישׁ פִּרְקִין לב"ש אֵין בִּרְכַּת הַמָּזוֹן טְעוּנָה כּוֹס ולב"ה טְעוּנָה כּוֹס:
« Si du vin leur est venu après le repas » : la guemara l'a déjà expliqué au début de notre chapitre : pour Beth Chammai le birkat hamazon n'exige pas de coupe, et pour Beth Hillel il en exige une.
25
לְמֵימְרָא דְּיִשְׂרָאֵל אַף עַל גַּב דְּלָא שָׁמַע כֻּולָּהּ בְּרָכָה עוֹנֶה? וְכִי לָא שָׁמַע הֵיכִי נָפֵיק?

Est-ce à dire qu'un Juif, même s'il n'a pas entendu toute la bénédiction, répond amen ? Mais s'il ne l'a pas entendue, comment s'acquitte-t-il ?

📜 Rachi (1)
הֵיכִי נָפֵיק קס"ד בְּאֶחָד מִן הַמְסֻובִּין עָסְקִינַן בְּמָתְנֵי':
« Comment s'acquitte-t-il » : on pensait d'abord que la michna traite de l'un des convives.
💡 Explication

L'objection suppose que celui qui répond amen cherche à s'acquitter par la bénédiction d'autrui, ce qui demande d'en avoir entendu la totalité. La réponse va dissocier les deux questions.

26
אָמַר חִייָּא בַּר רַב: בְּשֶׁלֹּא אָכַל עִמָּהֶן, וְכֵן אָמַר רַב נַחְמָן אָמַר רַבָּה בַּר אֲבוּהּ בְּשֶׁלֹּא אָכַל עִמָּהֶן. אֲמַר לֵיהּ רַב לְחִיָּיא בְּרֵיהּ: בָּרִי, חֲטוֹף וּבְרִיךְ. וְכֵן אֲמַר רַב הוּנָא לְרַבָּה בְּרֵיהּ: חֲטוֹף וּבְרִיךְ.

Hiya bar Rav a dit : il s'agit de quelqu'un qui n'a pas mangé avec eux. Et de même Rav Nahman a dit au nom de Rabba bar Avouh : il s'agit de quelqu'un qui n'a pas mangé avec eux.

Rav dit à Hiya son fils : mon fils, saisis l'occasion et bénis. Et de même Rav Houna dit à Rabba son fils : saisis l'occasion et bénis.

📜 Rachi (1)
חֲטוֹף וּבָרֵיךְ כְּשֶׁמּוֹשִׁיטִין כּוֹס שֶׁל בְּרָכָה הָוֵי מְחַזֵּר שֶׁיִּתְּנֵהוּ לְךָ וּתְבָרֵךְ:
« Saisis et bénis » : lorsqu'on tend la coupe de la bénédiction, mets-toi en quête qu'on te la donne, et bénis.
💡 Explication

Celui qui n'a pas mangé avec les convives n'a rien à acquitter : son amen s'associe à la bénédiction sans la remplacer. Les deux instructions de Rav et de Rav Houna à leurs fils valorisent au contraire le rôle de celui qui bénit, ce qui ouvre la question suivante.

27
לְמֵימְרָא דִּמְבָרֵךְ עֲדִיף מִמַּאן דְּעָנֵי ״אָמֵן״? וְהָתַנְיָא רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: גָּדוֹל הָעוֹנֶה ״אָמֵן״ יוֹתֵר מִן הַמְבָרֵךְ.

Est-ce à dire que celui qui bénit l'emporte sur celui qui répond amen ? Mais n'a-t-il pas été enseigné : Rabbi Yossi dit : plus grand est celui qui répond amen que celui qui bénit !

🖼️ Schéma
Celui qui bénit ou celui qui répond amen : lequel l'emporte ? RAV et RAV HOUNA Saisis l'occasion et bénis recherche la coupe de la bénédiction celui qui bénit est privilégié RABBI YOSSI et RABBI NEHORAÏ Plus grand celui qui répond amen image : les auxiliaires ouvrent le combat les vaillants descendent et l'emportent Réponse : tannaim divergent (beraita de Levez-vous, bénissez) Les deux sont inclus dans le verset ; on se hâte seulement davantage à récompenser celui qui bénit. Exception : on ne répond pas amen aux enfants qui apprennent leurs bénédictions.
Les deux évaluations opposées et leur résolution par une divergence de tannaim.
28
אֲמַר לֵיהּ רַבִּי נְהוֹרַאי: הַשָּׁמַיִם, כֵּן הוּא. תֵּדַע — שֶׁהֲרֵי גּוּלְייָרִין יוֹרְדִין וּמִתְגָּרִין בַּמִּלְחָמָה, וְגִבּוֹרִים יוֹרְדִין וּמְנַצְּחִין!

Rabbi Nehoraï lui dit : par le Ciel, il en est ainsi. Sache-le : les auxiliaires (goulyarin) descendent et engagent le combat, et les vaillants descendent et l'emportent.

💡 Explication

L'image militaire soutient la position de Rabbi Yossi : le premier engagé n'est pas le décisif. Celui qui bénit ouvre, celui qui répond amen scelle, comme les guibborim qui entrent après les auxiliaires et décident de l'issue.

29
תַּנָּאֵי הִיא. דְּתַנְיָא: אֶחָד הַמְבָרֵךְ וְאֶחָד הָעוֹנָה ״אָמֵן״ בַּמַּשְׁמָע, אֶלָּא שֶׁמְּמַהֲרִין לַמְבָרֵךְ יוֹתֵר מִן הָעוֹנֶה אָמֵן.

C'est une divergence de tannaim. Car il a été enseigné : celui qui bénit et celui qui répond amen sont l'un et l'autre inclus dans le verset ; seulement, on se hâte davantage pour celui qui bénit que pour celui qui répond amen.

📜 Rachi (2)
בַּמַּשְׁמָע הָעוֹנֶה וְהַמְּבָרֵךְ בַּמַּשְׁמָע קוּמוּ בָּרֲכוּ אֶת ה' אֱ-לֹהֵיכֶם בַּס' עֶזְרָא (נְחֶמְיָה ט׳:ה׳) וְאוֹמֵר וִיבָרְכוּ שֵׁם כְּבוֹדְךָ וְהִיא עֲנִייַּת אָמֵן שֶׁבַּמִּקְדָּשׁ בְּמַסֶּכֶת תַּעֲנִית (פּ"ב דַּף טז: וּלְקַמָּן בְּרָכוֹת דַּף סג.) מְפָרֵשׁ קוּמוּ בָּרְכוּ בִּתְחִלַּת בְּרָכָה וִיבָרְכוּ שֵׁם כְּבוֹדֶךָ (נְחֶמְיָה ט׳:ה׳) בִּמְקוֹם עֲנִייַּת אָמֵן שֶׁבַּמִּקְדָּשׁ אוֹמֵר בשכמל"ו:
« Inclus » : celui qui répond et celui qui bénit sont inclus dans « Levez-vous, bénissez ה' votre D.ieu », dans le livre d'Ezra (Nehemie 9, 5), et il est dit « et que l'on bénisse ton Nom glorieux », ce qui vise la réponse amen au Temple ; dans le traité Taanit (chap. 2, 16b, et plus loin Berakhot 63a), on explique que « Levez-vous, bénissez » vise le début de la bénédiction, et que « et que l'on bénisse ton Nom glorieux » tient lieu de la réponse amen : au Temple, on dit Baroukh chem kevod malkhouto le-olam vaed.
שֶׁמְּמַהֲרִין לַמְּבָרֵךְ לִיתֵּן שָׂכָר:
« On se hâte pour celui qui bénit » : à lui donner sa récompense.
💡 Explication

La beraita concilie les deux appréciations : le verset englobe les deux rôles, et la différence porte seulement sur la promptitude de la récompense. Rabbi Yossi soutient l'autre lecture.

30
בְּעָא מִינֵּיהּ שְׁמוּאֵל מֵרַב: מַהוּ לַעֲנוֹת ״אָמֵן״ אַחַר תִּינוֹקוֹת שֶׁל בֵּית רַבָּן? אֲמַר לֵיהּ: אַחַר הַכֹּל עוֹנִין אָמֵן, חוּץ מִתִּינוֹקוֹת שֶׁל בֵּית רַבָּן, הוֹאִיל וּלְהִתְלַמֵּד עֲשׂוּיִין. וְהָנֵי מִילֵּי בִּדְלָא עִידָּן מִפְטְרַייְהוּ, אֲבָל בְּעִידַּן מִפִּטְרַייְהוּ — עוֹנִין.

Chmouel demanda à Rav : peut-on répondre amen après les enfants de la maison du maître ? Il lui répondit : après tous on répond amen, sauf après les enfants de la maison du maître, puisqu'ils bénissent pour apprendre.

Et cela vaut lorsque ce n'est pas le moment où ils se libèrent ; mais au moment où ils se libèrent, on répond.

📜 Rachi (3)
אַחַר תִּינוֹקוֹת כְּשֶׁלּוֹמְדִים בְּרָכוֹת מִפִּי רַבָּן:
« Après les enfants » : lorsqu'ils apprennent les bénédictions de la bouche de leur maître.
הוֹאִיל וּלְהִתְלַמֵּד עֲשׂוּיִין שֶׁאֵין מִתְכַּווְּנִים לְבָרֵךְ אֶלָּא לְלַמֵּד:
« Puisqu'ils le font pour apprendre » : ils n'ont pas l'intention de bénir, mais d'apprendre.
אֲבָל בְּעִידַּן מִפִּטְרַיְיהוּ כְּשֶׁאוֹמְרִים הַהַפְטָרָה וּמְבָרְכִין בַּתּוֹרָה וּבַנָּבִיא עוֹנִי' אַחֲרֵיהֶן אָמֵן:
« Mais au moment où ils se libèrent » : lorsqu'ils lisent la haftara et bénissent sur la Tora et sur les Prophètes, on répond amen après eux.
💡 Explication

Le critère est l'intention : une bénédiction prononcée comme exercice n'appelle pas de amen. Lorsque l'enfant bénit pour de bon, en s'acquittant d'une obligation, le amen redevient dû.

31
תָּנוּ רַבָּנַן: שֶׁמֶן מְעַכֵּב אֶת הַבְּרָכָה, דִּבְרֵי רַבִּי זִילָאֵי. רַבִּי זִיּוּאִי אוֹמֵר: אֵינוֹ מְעַכֵּב. רַב אֲחָא אוֹמֵר: שֶׁמֶן טוֹב מְעַכֵּב. רַבִּי זוֹהֲמַאי אוֹמֵר: כְּשֵׁם שֶׁמְּזוֹהָם פָּסוּל לַעֲבוֹדָה, כָּךְ יָדַיִם מְזֹוהָמוֹת פְּסוּלוֹת לִבְרָכָה.

Nos maîtres ont enseigné : l'huile fait obstacle à la bénédiction, paroles de Rabbi Zilaï. Rabbi Zivaï dit : elle n'y fait pas obstacle.

Rav Aha dit : l'huile parfumée fait obstacle. Rabbi Zouhamaï dit : de même que celui qui est souillé est invalidé pour le service, ainsi des mains souillées sont invalides pour la bénédiction.

📜 Rachi (3)
שֶׁמֶן מְעַכֵּב אֶת הַבְּרָכָה שֶׁמֶן שֶׁהָיוּ רְגִילִין לְהָבִיא בְּסוֹף הַסְּעוּדָה לָסוּךְ אַחַר הַסְּעוּדָה אֶת הַיָּדַיִם אַחַר מַיִם אַחֲרוֹנִים לְהַעֲבִיר אֶת זֹוהַמְתֶּן:
« L'huile fait obstacle à la bénédiction » : l'huile que l'on avait coutume d'apporter à la fin du repas pour s'en oindre les mains après les dernières eaux, afin d'en ôter la souillure.
מְעַכֵּב אֶת הַבְּרָכָה שֶׁאָסוּר לְזַמֵּן עַד שֶׁיּוּבָא וְכֵן לְעִנְיַן שֶׁמְּעַכֵּב בְּרָכוֹת כָּל דָּבָר הַבָּא בְּקִנּוּחַ סְעוּדָה שֶׁמֻּותָּר לְאָכְלוֹ בְּלֹא בְּרָכָה עַד שֶׁיְּסֻכּוּהוּ:
« Fait obstacle à la bénédiction » : il est interdit de faire le zimoun avant qu'elle n'ait été apportée. Et de même, s'agissant de ce qui fait obstacle aux bénédictions, tout ce qui vient au dessert du repas, il est permis de le manger sans bénédiction jusqu'à ce qu'on s'en soit oint.
שֶׁמֶן טוֹב שֶׁיֵּשׁ בּוֹ בְּשָׂמִים מְעַכֵּב אֶת הַבְּרָכָה לְמִי שֶׁרָגִיל בּוֹ:
« Huile parfumée » : celle qui contient des aromates ; elle fait obstacle à la bénédiction pour celui qui en a l'usage.
💡 Explication

Quatre positions sur un même geste de fin de repas. Le désaccord porte sur le statut de l'onction : simple usage de propreté, ou condition préalable au birkat hamazon, sur le modèle de l'aptitude du kohen au service.

32
אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: אֲנָא לָא זִילַאי וְלָא זִיוַאי וְלָא זֻוהֲמַאי יָדַעְנָא אֶלָּא מַתְנִיתָא יָדַעְנָא. דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב וְאָמְרִי לַהּ בְּמַתְנִיתָא תָּנָא: ״וְהִתְקַדִּשְׁתֶּם״ אֵלּוּ מַיִם רִאשׁוֹנִים, ״וִהְיִיתֶם קָדָשִׁים״ אֵלּוּ מַיִם אַחֲרוֹנִים, ״כִּי קָדוֹשׁ״ — זֶה שֶׁמֶן, ״אֲנִי ה׳ אֱ-לֹהֵיכֶם״ — זוֹ בְּרָכָה.

Rav Nahman bar Yitshak a dit : je ne connais ni Zilaï, ni Zivaï, ni Zouhamaï ; je connais une beraita. Car Rav Yehouda a dit au nom de Rav, et certains disent qu'il a été enseigné dans une beraita : « Vous vous sanctifierez », ce sont les premières eaux ; « et vous serez saints », ce sont les dernières eaux ; « car saint », c'est l'huile ; « moi ה' votre D.ieu », c'est la bénédiction.

🗂️ Tossefot (1)
וִהְיִיתֶם קְדֹושִׁים אֵלּוּ מַיִם אַחֲרוֹנִים דַּוְקָא לָהֶם שֶׁהָיוּ רְגִילִין לִיטֹּול יְדֵיהֶם אַחַר הַסְּעוּדָה מִפְּנֵי מֶלַח סְדוֹמִית אֲבָל אָנוּ שֶׁאֵין מֶלַח סְדוֹמִית מָצוּי בֵּינֵינוּ וְאֵין אָנוּ רְגִילִין לִיטֹּול אַחַר הַסְּעוּדָה אֵין הַנְּטִילָה מְעַכֶּבֶת עָלֵינוּ לְבָרֵךְ וּמִיהוּ אֲנָשִׁים מְעֻונָּגִים הָרְגִילִין לִיטֹּול יְדֵיהֶן אַחַר הַסְּעוּדָה וַדַּאי לָהֶם מְעַכֶּבֶת הַנְּטִילָה לְבָרֵךְ בִּרְכַּת הַמָּזוֹן וּצְרִיכִים לִיטֹּול אֶת יְדֵיהֶם קֹודֶם בהמ"ז:
« Et vous serez saints, ce sont les dernières eaux » : cela vaut précisément pour eux, qui avaient coutume de se laver les mains après le repas à cause du sel de Sodome ; mais nous, chez qui le sel de Sodome ne se trouve pas et qui n'avons pas coutume de nous laver après le repas, cette ablution ne nous empêche pas de bénir. Toutefois, les gens délicats qui ont coutume de se laver les mains après le repas, pour eux l'ablution empêche certainement de réciter le birkat hamazon, et ils doivent se laver les mains avant de bénir.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב וְאָמְרִי לַהּ בְּמַתְנִיתָא תָּנָא וְהִתְקַדִּשְׁתֶּם אֵלּוּ מַיִם רִאשׁוֹנִים וִהְיִיתֶם קְדֹושִׁים אֵלּוּ מַיִם אַחֲרוֹנִים כִּי קָדוֹשׁ זֶה שֶׁמֶן הַטּוֹב אֲנִי ה' מְקַדִּשְׁכֶם זוֹ בְּרָכָה וְתֵימַהּ דְּהָכָא מַשְׁמַע דָּמִים אַחֲרוֹנִים מִצְוָה מִשּׁוּם קְדֻושָּׁה וּבְפֶרֶק כָּל הַבָּשָׂר (חֻולִּין דַּף קה:) מַשְׁמַע שֶׁהֵן חוֹבָה מִפְּנֵי הַסַּכָּנָה מִשּׁוּם מֶלַח סְדוֹמִית שֶׁמְּסַמֵּא אֶת הָעֵינַיִם וְיֵשׁ לוֹמַר מִשּׁוּם קְדֻושָּׁה אָמְרוּ שֶׁהֵן מִצְוָה וּמִשּׁוּם סַכָּנַת מֶלַח סְדוֹמִית הוֹסִיפוּ לַעֲשׂוֹתָהּ חוֹבָה אֲבָל רַב הַאי מִשָּׁם גָּאוֹן פֵּירֵשׁ דְּהָא דְּאָמְרִינַן הָכָא שֶׁהֵם מִצְוָה מִשּׁוּם קְדֻושָּׁה הַייְנוּ לִמְבָרֵךְ לְפִי שֶׁמַּזְכִּיר אֶת הַשֵּׁם צָרִיךְ לִיטֹּול יָדָיו קֹודֶם שֶׁיְּבָרֵךְ אֲבָל נְטִילַת הָאֲחֵרִים אֵינָן מִשּׁוּם קְדֻושָּׁה אֶלָּא מִפְּנֵי הַסַּכָּנָה בִּלְבַד וְאִם רָצוּ אֵין נוֹטְלִין קֹודֶם בְּרָכָה מַה שֶׁלֹּא נָהֲגוּ הָאִידָּנָא בְּמַיִם אַחֲרוֹנִים אוֹתָם שֶׁאֵינָם מְבָרְכִין אֵינָם צְרִיכִין לְפִי שֶׁאֵין מֶלַח סְדוֹמִית מָצוּי אֶצְלֵנוּ וְהַמְּבָרֵךְ נָמֵי כֵּיוָן שֶׁאֵין אָנוּ עוֹשִׂין כְּמוֹ שֶׁהַפָּסוּק אוֹמֵר כִּי קָדוֹשׁ זֶה שֶׁמֶן הַטּוֹב גַּם בִּנְטִילָה נָמֵי לֹא נָהֲגוּ וְגַם לָא אִיקְּרוֹ יָדַיִם מְזֹוהָמוֹת כֵּיוָן שֶׁאֵין אָנוּ רְגִילִין לִיטֹּול וְאֵין אָנוּ מַקְפִּידִים וְהָכִי נָמֵי בְּפֶרֶק כֵּיצַד מְבָרְכִין (בְּרָכוֹת דַּף מב.) אָמַר רַב אָשֵׁי כִּי הָוֵינַן בֵּי רַב כָּהֲנָא הֲווּ אָמְרִי כְּגוֹן אֲנַן דִּרְגִילִין בְּמִשְׁחָא מִשְׁחָא מְעַכֵּב לָן אַלְמָא אוֹתָם שֶׁלֹּא הָיוּ רְגִילִין לֹא הָיוּ חוֹשְׁשִׁין בּוֹ וְלֹא הָיָה מְעַכֵּב עֲלֵיהֶן אַף עַל גַּב דְּנָפְקָא לָן הָכָא מִקְּרָא אַסְמַכְתָּא בְּעָלְמָא הוּא וּמִיהוּ אִם יֵשׁ אָדָם שֶׁהוּא אִיסְטְנִיס וְרָגִיל לִיטֹּול יָדָיו לְאַחַר סְעוּדָה לְדִידֵיהּ הָווּ יָדַיִם מְזֹוהָמוֹת וְצָרִיךְ לִיטֹּול קֹודֶם שֶׁיְּבָרֵךְ וְיֵשׁ מִן הָרִאשׁוֹנִים שֶׁאָמְרוּ שֶׁמְּבָרֵךְ עַל הַמַּיִם אַחֲרוֹנִים עַל רְחִיצַת יָדַיִם אֲבָל רַב עַמְרָם כָּתַב שֶׁאֵין מְבָרְכִין עֲלֵיהֶם לֹא בִּלְשׁוֹן נְטִילָה וְלֹא בִּלְשׁוֹן רְחִיצָה וְלֹא בִּלְשׁוֹן שְׁטִיפָה וְנָתַן סִימָן לַדָּבָר מִשְּׁמַעְתָּא דנר"ש [בְּשַׁמְתָּא נֶרֶשׁ כצ"ל חֻולִּין קכו. וְכֵן גֵּי' הב"ח:] הָדְרָן עֲלָךְ אֵלּוּ דְּבָרִים
Rav Yehouda a dit au nom de Rav, et certains disent qu'il a été enseigné dans une beraita : « Vous vous sanctifierez », ce sont les premières eaux ; « et vous serez saints », ce sont les dernières eaux ; « car saint », c'est l'huile parfumée ; « moi ה' qui vous sanctifie », c'est la bénédiction. Et l'on s'étonne : ici il ressort que les dernières eaux sont une mitsva au titre de la sainteté, tandis qu'au chapitre Kol HaBassar (Houlin 105b) il ressort qu'elles sont une obligation en raison du danger, à cause du sel de Sodome qui aveugle les yeux. On peut répondre qu'au titre de la sainteté on a dit qu'elles sont une mitsva, et qu'à cause du danger du sel de Sodome on a ajouté d'en faire une obligation. Mais Rav Haï, au nom du Gaon, a expliqué que ce que nous disons ici, qu'elles sont une mitsva au titre de la sainteté, concerne celui qui bénit : puisqu'il mentionne le Nom, il doit se laver les mains avant de bénir ; tandis que l'ablution des autres ne relève pas de la sainteté mais du seul danger, et s'ils le veulent ils ne se lavent pas avant la bénédiction. Si l'on ne pratique pas aujourd'hui les dernières eaux, ceux qui ne bénissent pas n'en ont pas besoin, puisque le sel de Sodome ne se trouve pas chez nous ; et celui qui bénit non plus, puisque nous n'agissons pas selon ce que dit le verset, « car saint, c'est l'huile parfumée », de sorte que l'ablution non plus n'est pas entrée dans l'usage ; et les mains ne sont pas davantage appelées souillées, puisque nous n'avons pas coutume de nous laver et que nous n'y sommes pas attentifs. De même, au chapitre Keitsad Mevarekhin (Berakhot 42a), Rav Achi a dit : lorsque nous étions chez Rav Kahana, ils disaient, pour des gens comme nous qui avons l'habitude de l'huile, l'huile nous fait obstacle. Il en ressort que ceux qui n'en avaient pas l'habitude ne s'en souciaient pas et qu'elle ne leur faisait pas obstacle, et bien que nous le tirions ici d'un verset, ce n'est qu'un simple appui scripturaire (asmakhta). Toutefois, s'il y a un homme délicat qui a coutume de se laver les mains après le repas, ses mains sont pour lui des mains souillées et il doit se laver avant de bénir. Certains parmi les premiers ont dit que l'on bénit sur les dernières eaux « al rehitsat yadayim » ; mais Rav Amram a écrit que l'on ne bénit pas dessus, ni avec le terme netila, ni avec le terme rehitsa, ni avec le terme chetifa, et il en a donné pour signe l'enseignement de Nerech (à corriger : be-chamta Nerech, Houlin 126a, et telle est la version du Bah). Hadran alakh Elou Devarim.
💡 Explication

Rav Nahman bar Yitshak écarte les traditions attribuées aux trois maîtres et rattache toute la séquence à un seul verset. Le résultat est un ordre : mayim richonim, mayim aharonim, huile, puis bénédiction.

33
הָדְרָן עֲלָךְ אֵלּוּ דְּבָרִים

Hadran alakh Elou Devarim.

📜 Rachi (1)
הָדְרָן עֲלָךְ אֵלּוּ דְּבָרִים
Hadran alakh Elou Devarim
🗂️ Tossefot (1)
הָדְרָן עֲלָךְ אֵלּוּ דְּבָרִים
Hadran alakh Elou Devarim
💡 Explication

Formule de clôture du chapitre : « nous reviendrons vers toi, Elou Devarim ». Le chapitre suivant, Keitsad Mevarekhin, s'ouvre sur les bénédictions des aliments.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).