Berakhot 54b — Les lieux de miracle et leurs bénédictions, la pierre d'Og, les quatre qui doivent rendre grâce et ceux qui ont besoin d'être gardés

Berakhot 54b

Sougya : Le daf poursuit la baraita des lieux où l'on doit louange et action de grâce. Il raconte d'abord l'embuscade des Émorites aux passages du torrent Arnon, déjouée par l'arche qui aplanissait les montagnes, puis explique les pierres d'elgavich, suspendues par le mérite de Moche et tombées par celui de Yehochoua.

Vient ensuite le récit de la pierre qu'Og roi du Bachan voulut jeter sur Israël, avec la lecture de Rech Lakich sur « tu as brisé les dents des méchants », lue « tu as allongé ». La guemara règle deux difficultés de la baraita : la femme de Lot, qui est un malheur et non un miracle, appelle « Dayan haémet », et Lot lui-même « zokher hatsadikim » ; la muraille de Yeriho, dite tombée dans le verset, a bien été engloutie parce que sa largeur égalait sa hauteur.

La seconde moitié du daf ouvre le dossier de la birkat hagomel : Rav Yehuda énumère les quatre qui doivent rendre grâce d'après le psaume 107, on discute la formule, le quorum de dix et la présence de deux maîtres, et le récit de Rav Yehuda guéri montre qu'un tiers peut bénir à la place du rescapé s'il répond amen. Le daf s'achève sur les listes de Rav Yehuda : ceux qui ont besoin d'être gardés, et les trois manières de prolonger qui allongent les jours.

Baraita des lieux : ce que l'on voit, ce que l'on dit Lieux de miracle Passages de la mer Passages du Jourdain Passages des torrents de l'Arnon Pierres d'elgavich (Beth Horon) Pierre d'Og roi du Bachan Pierre sur laquelle Moche s'assit Muraille de Yeriho engloutie Louange et action de grâce chevah ve-hodaa devant l'Omniprésent Femme de Lot malheur, non miracle on y voit aussi le lieu de Lot Sur la femme Dayan haémet le Juge de vérité Sur Lot Zokher hatsadikim qui se souvient des justes
La baraita des lieux : sept sites appellent louange et action de grâce ; la femme de Lot, elle, appelle deux bénédictions distinctes.
Les quatre qui doivent rendre grâce — la structure du psaume 107 Descendre en mer yordei hayam Marcher au désert holkhei midbarot Malade guéri hala ve-nitrapa Prisonnier libéré havouch ve-yatsa 1. Le danger décrit par le verset tempête / errance / dégoût de tout aliment / fers et ténèbres 2. Ils crièrent vers Hachem dans leur détresse 3. Le salut : Il les fit sortir de leurs angoisses 4. Yodou la-Chem hasdo — de là, l'obligation de rendre grâce
Les quatre catégories de Rav Yehuda et le schéma en quatre temps que la guemara lit dans le psaume 107 pour chacune d'elles.
Birkat hagomel : la formule et le quorum Rav Yehuda la formule : baroukh gomel hassadim tovim Abaye devant dix bi-khal am Mar Zoutra deux d'entre eux maîtres be-mochav zekenim Rav Achi : dis plutôt que tous doivent être des maîtres rejeté : le verset dit assemblée du peuple, non assemblée des anciens Dix en tout dont deux maîtres Dix du peuple + deux maîtres soit douze La guemara conclut : kacha, la question reste sans réponse Le Roch : puisque rien n'est tranché, on agit par rigueur et l'on exige les deux
La formule de la birkat hagomel et le débat sur le quorum, jusqu'à la conclusion pratique du Roch.
1
עָבְדִי לְהוֹן נְקִירָתָא וּטְשׁוֹ בְּהוֹן. אָמְרִי: כִּי חָלְפִי יִשְׂרָאֵל הָכָא — נִקְטְלִינּוּן, וְלָא הֲווֹ יָדְעִי דְּאָרוֹן הֲוָה מְסַגֵּי קַמַּיְיהוּ דְּיִשְׂרָאֵל וַהֲוָה מַמֵּיךְ לְהוּ טוּרֵי מִקַּמַּייְהוּ. כֵּיוָן דַּאֲתָא אָרוֹן, אִדְּבַקוּ טוּרֵי בַּהֲדֵי הֲדָדֵי, וְקַטְלִינּוּן, וּנְחַת דְּמַייְהוּ לְנַחֲלֵי אַרְנוֹן. כִּי אֲתוֹ אֶת וָהֵב, חֲזוֹ דְּמָא דְּקָא נָפֵיק מִבֵּינֵי טוּרֵי. אֲתוֹ וְאָמְרִי לְהוּ לְיִשְׂרָאֵל וַאֲמַרוּ שִׁירָה. הַיְינוּ דִּכְתִיב: ״וְאֶשֶׁד הַנְּחָלִים אֲשֶׁר נָטָה לְשֶׁבֶת עָר וְנִשְׁעַן לִגְבוּל מוֹאָב״.

Ils se creusèrent des cavités et s'y cachèrent. Ils dirent : quand Israël passera ici, nous les tuerons.

Ils ne savaient pas que l'arche avançait devant Israël et abaissait les montagnes devant eux. Lorsque l'arche arriva, les montagnes se collèrent l'une à l'autre, elles les tuèrent, et leur sang descendit dans les torrents de l'Arnon.

Quand Et et Hev arrivèrent, ils virent le sang qui sortait d'entre les montagnes ; ils vinrent le rapporter à Israël, et ceux-ci dirent un cantique. C'est ce qui est écrit : « et l'épanchement des torrents, qui s'incline vers l'habitat d'Ar et s'appuie sur la frontière de Moav ».

📜 Rachi (7)
עָבְדִי לְהוֹן נְקִירוּתָא מְעָרוֹת מַעְבְּרוֹת נַחַל אַרְנוֹן עֵמֶק עָמֹוק בֵּין ב' הָרִים גְּבוֹהִים וְהָיוּ יִשְׂרָאֵל צְרִיכִים לַעֲבֹור בְּאוֹתוֹ עֵמֶק עָשׂוּ אֱמוֹרִיִּים מְעָרוֹת בְּצִדֵּי הֶהָרִים וְנֶחְבְּאוּ שָׁם:
Les passages du torrent Arnon forment une vallée profonde entre deux hautes montagnes, et Israël devait traverser cette vallée. Les Émorites creusèrent des grottes dans les flancs des montagnes et s'y cachèrent.
וְטָשׁוּ נֶחְבְּאוּ:
Ils se dissimulèrent.
מְסַגֵּי עוֹבֵר:
Elle avance.
מִמִּיךְ טוּרֵי מַשְׁפִּיל הָרִים וּמִתְפַּשְּׁטִין זֶה לְצַד זֶה עַד שֶׁהָעֵמֶק שָׁוֶה:
Elle abaisse les montagnes, et elles s'étendent l'une vers l'autre jusqu'à ce que la vallée soit de niveau.
חֲזוּ דְּמָא כְּשֶׁחָזְרוּ הֶהָרִים לִמְקוֹמָן:
Ils virent le sang : lorsque les montagnes revinrent à leur place.
וְאֶשֶׁד וְשָׁפַךְ:
Ve-eched : et le déversement.
אֲשֶׁר נָטָה לְשֶׁבֶת עָר הָהָר שֶׁבְּעֵבֶר הָעֵמֶק נָטָה וְנִתְפַּשֵּׁט לְצַד חֲבֵרוֹ הָהָר אֲשֶׁר לְצַד עֵבֶר מוֹאָב וְשֵׁם אֶרֶץ מוֹאָב עֵר:
La montagne située de l'autre côté de la vallée s'inclina et s'étendit vers sa voisine, la montagne du côté de Moav ; et Ar est le nom d'un lieu du pays de Moav.
🪔 Ben Yehoyada (1)
עָבְדִי לְהוּ נְקִירוּתָא. פֵּירוּשׁ עַבְדּוֹ נְקִרְתָּא בְּרֹאשׁ הָהָר לְמַעְלָה, כְּדֵי שֶׁיַּעַמְדוּ בָּם וְיִזְרְקוּ חִיצִּים וַאֲבָנִים עַל יִשְׂרָאֵל בְּעֵת שֶׁיֵּלְכוּ בָּעֵמֶק אֲשֶׁר בֵּין הֶהָרִים כִּי זֶה דַּרְכָּם, וְאַף עַל גַּב דְּהֵם הָיוּ יוֹדְעִים מַעֲשֵׂה הָאָרוֹן, מֵאֵת ה' הָיָה הַדָּבָר שֶׁטִּמְטֵם לִבָּם וְלֹא שְׁמוֹ לֵב עַל מַעֲשָׂיו שֶׁל הָאָרוֹן וְלֹא רָאוּ אֶת הַנּוֹלָד, וְנֶחְבְּאוּ בְּאוֹתָם מְעָרוֹת וְנִקְרוֹת שֶׁהָיוּ בְּרָאשֵׁי הֶהָרִים, וּבָאוּ אַחַר כָּךְ מַעֲשֵׂה הָאָרוֹן וְאַבַּדָּם.
Ils se creusèrent des cavités. C'est-à-dire qu'ils creusèrent des cavités au sommet de la montagne, en haut, afin de s'y tenir et de lancer des flèches et des pierres sur Israël au moment où il passerait dans la vallée située entre les montagnes, car telle est leur manière de faire. Et bien qu'ils connussent l'affaire de l'arche, il vint de ה' que leur cœur fût obstrué : ils ne prirent pas garde à ce que faisait l'arche et ne virent pas ce qui allait en résulter. Ils se cachèrent dans ces grottes et ces cavités du sommet des montagnes, puis l'affaire de l'arche survint et les fit périr.
💡 Explication

La baraita mentionnait les passages des torrents de l'Arnon parmi les lieux où l'on doit rendre grâce. La guemara raconte ici le miracle qui s'y est produit : les Émorites s'étaient embusqués dans des grottes creusées dans les parois de la gorge, pour tirer d'en haut sur Israël qui devait passer au fond. L'arche, qui aplanissait le relief devant le camp, fit se rejoindre les deux versants et écrasa les embusqués.

Le miracle était invisible pour Israël, qui passait sans rien savoir. Ce sont Et et Hev, deux lépreux qui suivaient l'arrière du camp, qui virent le sang sortir d'entre les montagnes revenues à leur place et le rapportèrent. C'est parce que le miracle fut alors connu qu'un cantique put être dit, et que le lieu appelle aujourd'hui encore une bénédiction.

2
אַבְנֵי אֶלְגָּבִישׁ. מַאי אַבְנֵי אֶלְגָּבִישׁ?

« Les pierres d'elgavich. » Que sont les pierres d'elgavich ?

3
תַּנָּא: אֲבָנִים שֶׁעָמְדוּ עַל גַּב אִישׁ, וְיָרְדוּ עַל גַּב אִישׁ. עָמְדוּ עַל גַּב אִישׁ — זֶה מֹשֶׁה, דִּכְתִיב: ״וְהָאִישׁ מֹשֶׁה עָנָו מְאֹד״, וּכְתִיב: ״וַיַּחְדְּלוּ הַקֹּלוֹת וְהַבָּרָד וּמָטָר לֹא נִתַּךְ אָרְצָה״. יָרְדוּ עַל גַּב אִישׁ — זֶה יְהוֹשֻׁעַ, דִּכְתִיב: ״קַח לְךָ אֶת יְהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן אִישׁ אֲשֶׁר רוּחַ בּוֹ״, וּכְתִיב: ״וַיְהִי בְּנוּסָם מִפְּנֵי בְּנֵי יִשְׂרָאֵל הֵם בְּמוֹרַד בֵּית חוֹרֹן וַה׳ הִשְׁלִיךְ עֲלֵיהֶם אֲבָנִים גְּדֹלוֹת״.

Il a été enseigné : des pierres qui se sont arrêtées à cause d'un homme et qui sont descendues à cause d'un homme. Elles se sont arrêtées à cause d'un homme : c'est Moche, dont il est écrit « et l'homme Moche était très humble », et il est écrit « les tonnerres et la grêle cessèrent, et la pluie ne se déversa plus à terre ».

Elles sont descendues à cause d'un homme : c'est Yehochoua, dont il est écrit « prends-toi Yehochoua fils de Noun, un homme en qui il y a de l'esprit », et il est écrit « et il advint, tandis qu'ils fuyaient devant les enfants d'Israël et qu'ils étaient à la descente de Beth Horon, que ה' jeta sur eux de grandes pierres ».

📜 Rachi (2)
שֶׁעָמְדוּ בָּאֲוִיר:
Qui se sont arrêtées : en l'air.
לֹא נִתַּךְ אַרְצָה לֹא הִגִּיעַ לָאָרֶץ אֶלָּא עָמְדוּ בָּאֲוִיר:
Elle ne se déversa plus à terre : elle n'atteignit pas le sol, mais resta suspendue en l'air.
💡 Explication

Le nom elgavich est lu comme un composé : al gav ich, « à cause d'un homme ». Les mêmes pierres de grêle, retenues en l'air au temps de Moche lorsqu'il pria pour arrêter la plaie en Égypte, sont tombées au temps de Yehochoua sur les rois émorites à la descente de Beth Horon.

Les deux personnages sont désignés par le mot ich dans leurs versets respectifs, ce qui autorise le rapprochement. Le miracle porte donc sur une seule et même réserve de pierres, suspendue pendant des générations.

4
אֶבֶן שֶׁבִּקֵּשׁ עוֹג מֶלֶךְ הַבָּשָׁן לִזְרוֹק עַל יִשְׂרָאֵל, גְּמָרָא גְּמִירִי לָהּ. אֲמַר מַחֲנֵה יִשְׂרָאֵל כַּמָּה הָוֵי — תְּלָתָא פַּרְסֵי, אֵיזֵיל וְאֶיעֱקַר טוּרָא בַּר תְּלָתָא פַּרְסֵי וְאִישְׁדֵּי עֲלַיְיהוּ, וְאֶיקְטְלִינְהוּ. אֲזַל עֲקַר טוּרָא בַּר תְּלָתָא פַּרְסֵי וְאַיְיתִי עַל רֵישֵׁיהּ, וְאַיְיתִי קֻודְשָׁא בְּרִיךְ הוּא עֲלֵיהּ קַמְצֵי וְנַקְבוּהּ, וּנְחִית בְּצַוָּארֶיהָ.

La pierre qu'Og roi du Bachan voulut jeter sur Israël : c'est une tradition reçue, apprise de bouche à bouche. Il dit : le camp d'Israël, combien fait-il ?

Trois parsaot. J'irai, j'arracherai une montagne de trois parsaot, je la jetterai sur eux et je les tuerai.

Il alla, arracha une montagne de trois parsaot et la porta sur sa tête. Le Saint, béni soit-Il, amena sur elle des kamtzei (des insectes) qui la percèrent, et elle descendit autour de son cou.

📜 Rachi (2)
מַחֲנֵה יִשְׂרָאֵל כַּמָּה הָוֵי תְּלָתָא פַּרְסֵי עוֹג חָשַׁב כֵּן בְּלִבּוֹ מַחֲנֵה יִשְׂרָאֵל תְּלָתָא פַּרְסֵי דִּכְתִיב (בַּמִּדְבָּר ל״ג:מ״ט) וַיַּחֲנוּ מִבֵּית הַיְשִׁימוֹת עַד אָבֵל הַשִּׁטִּים וְאָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה לְדִידִי חָזֵי לִי הַהוּא דֻּוכְתָּא וַהֲוָה תְּלָתָא פַּרְסֵי אֻורְכָּא וּתְלָתָא פַּרְסֵי פֻּותְיָא (עֵירוּבִין פ"ה ד' נה:):
Og fit ce calcul en son cœur : le camp d'Israël fait trois parsaot, comme il est écrit « et ils campèrent depuis Beth Hayechimot jusqu'à Avel Hachitim » ; et Rabba bar bar Hana a dit : j'ai vu moi-même cet endroit, il faisait trois parsaot de long et trois parsaot de large (Erouvin, chapitre 5, 55b).
קָמְצִי נְמָלִים:
Kamtzei : des fourmis.
🪔 Ben Yehoyada (1)
עֲקַר טוּרָא בַּר תְּלָתָא פַּרְסֵי, וְאוֹתְבֵיהּ אַרֵישֵׁיהּ. מַאֲמָר זֶה לְפִי פְּשׁוּטוֹ זָר מְאֹד, כִּי הָר שֶׁהוּא ג' פַּרְסָאוֹת עַל ג' פַּרְסָאוֹת הוּא שִׁיעוּר כ"ד אֶלֶף אַמָּה עַל כ"ד אֶלֶף, וְהוּא מַהֲלַךְ שְׁלֹשָׁה שָׁעוֹת וָחֵצִי וְיוֹתֵר, וַאֲפִילּוּ עוֹג הָיָה מִן בְּנֵי הַנְּפִילִים אִי אֶפְשָׁר לַעֲקֹור הַר כָּזֶה בְּטֶבַע, וְעוֹד אִם רָצָה לַעֲקֹור הַר גָּדוֹל כָּזֶה אֵיךְ הַבָּרַיְיתָא קָרֵי לֵיהּ אֶבֶן, הַר לְחוּד וְאֶבֶן לְחוּד, וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב הָרַשְׁבָּ"א זַ"ל בָּזֶה, אֶלָּא וַדַּאי דְּבָרִים אֵלּוּ אֵינָם כִּפְשׁוּטָם אֶלָּא הֵם עַל דֶּרֶךְ הַמָּשָׁל וְחִידָה. וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל דֶּרֶךְ הַסּוֹד יָדוּעַ כָּל ג' סְפִירוֹת נִקְרָאִים פַּרְסָה, וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב מא"א זַ"ל וְיָדוּעַ שֶׁבְּחִינַת וָא"ו דְּשֵׁם הוי"ה הַנִּקְרָא יִשְׂרָאֵל יֵשׁ בּוֹ רַק ט' סְפִירוֹת שֶׁהֵם ג' פַּרְסָאוֹת, וְהַמַּלְכוּת שֶׁהִיא סוֹד הֵ"א אַחֲרוֹנָה מִשֶּׁלְּמֵתוֹ לְעֶשֶׂר, וְיָדוּעַ שֶׁיִּשְׂרָאֵל שֶׁרָשַׁם שָׁם בְּסוֹד בָּנִים אַתֶּם לַה' אֱ-לֹהֵיכֶם, וְלָזֶה אֲמַר מַחֲנֵה יִשְׂרָאֵל כַּמָּה הֲוָה? תְּלָתָא פַּרְסֵי שֶׁהֵם ט' סְפִירוֹת, אֵיזֵיל וְאֶיעֱקַר טוּרָא בַּר תְּלָתָא פַּרְסֵי , פֵּירוּשׁ רוֹצֶה לִמְשֹׁוךְ לוֹ כֹּחַ מִן הַקְּלִיפָּה שֶׁכְּנֶגֶד הַקְּדֻושָּׁה אֲשֶׁר גַּם שָׁם יֵשׁ תְּלָתָא פַּרְסֵי שֶׁהֵם ט' סְפִירוֹת דְּטֻומְאָה, וַאֲשַׁדִי עֲלַיְהוּ רְצוֹנוֹ לוֹמַר אֶהֶרְגֵם בְּכֹחַ זֶה שֶׁל ט"ס דְּטֻומְאָה וְאֶיקְטְלִינְהוּ בְּמִלְחַמְתִּי בָּם שֶׁאֶתְגַּבֵּר עֲלֵיהֶם, וְכֵן עָשָׂה, עַל יְדֵי כְּשָׁפָיו וּקְסָמָיו הִמְשִׁיךְ לְעַצְמוֹ כֹּחַ טֻומְאָה שֶׁעִקָּרוֹ מִן הַקְּלִיפָּה מִן ט' סְפִירוֹת שֶׁבָּהּ, שֶׁהֵם כְּנֶגֶד ט' סְפִירוֹת דִּקְדֻושָּׁה שֶׁל יִשְׂרָאֵל הַקָּדוֹשׁ, וְאוֹתְבֵיהּ אַרֵישֵׁיהּ , שֶׁעָשָׂה אֶת רֹאשׁוֹ מֶרְכָּבָה לְאוֹתוֹ כֹּחַ טֻומְאָה שֶׁעָקַר מִן הַקְּלִיפָּה, כְּמוֹ שֶׁהַצַּדִּיק יִהְיֶה רֹאשׁוֹ מֶרְכָּבָה אֶל הַקְּדֻושָּׁה, כֵּן הוּא רָצָה לְהִדָּמוֹת כְּקוֹף בִּפְנֵי אָדָם, מֶה עָשָׂה הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא הִמְשִׁיךְ כֹּחַ עֶלְיוֹן מִן הַכֶּתֶר, שֶׁהוּא לְמַעְלָה לְמַעְלָה וְרָמוּז בְּקוֹץ הַיּוֹ"ד בְּשֵׁם הוי"ה, כְּדֵי לְבַטֵּל כֹּחַ הַטֻּומְאָה שֶׁהִמְשִׁיךְ זֶה מִן סְפִירוֹת הַטֻּומְאָה. וְלָזֶה אָמַר אִיתֵיהּ עָלֶיהָ קֻומְצֵי, וְנִקְּבוּהָ רֶמֶז לְכוֹחוֹת קְדֻושָּׁה מִן הַכֶּתֶר שֶׁשָּׁם הוּא נְקֻודּוֹת הַקֹּמֶץ כַּנּוֹדָע, וּלְכָךְ קָרֵי לֵיהּ קֻומְצֵי, וְנִקְּבוּהָ לְאוֹתוֹ כֹּחַ טֻומְאָה שֶׁעָשׂוּ לוֹ בִּיטּוּל, וְנֶהְפַּךְ הָרַע שֶׁל כֹּחַ הַטֻּומְאָה עַל עוֹג עַצְמוֹ, וּכְמוֹ עִנְיָן שֶׁנַּעֲשָׂה בְּהַמָּן שֶׁהֵרַע לֹא נִתְבַּטֵּל לְגַמְרֵי אֶלָּא נֶהְפַּךְ עַל הַמָּן, וְכֵן כָּאן נָפַל הָרַע שֶׁל כֹּחַ הַטֻּומְאָה עָלָיו וְעַל צַוָּארוֹ , וְהוּא אַחַר שֶׁהִרְגִּישׁ מַזָּלוֹ בָּזֶה שֶׁלֹּא הוֹעִילוּ כְּשָׁפָיו לְהַזִּיק אֶת יִשְׂרָאֵל בְּעָא לִמְשַׁלְּפֵיהּ , שֶׁרָצָה לִסְתּוֹר אֶת מַעֲשָׂיו כְּדֵי שֶׁלֹּא יָשׁוּב הָרַע עָלָיו וִיאַבְּדֵהוּ, אַךְ לֹא הָיָה יָכוֹל עַל זֶה, כִּי מְשָׁכוּהָ שִׁינֶּיהָ הֵם כּוֹחוֹת הַדִּינִין הַמְכֻונִּים בְּשֵׁם שִׁינַּיִם לְהַאי גִּיסָא וּלְהַאי גִּיסָא , פֵּירוּשׁ מִיְּמִינוֹ וּמִשְּׂמֹאלוֹ שֶׁהַמַּיְימִינִים וְהַמַּשְׂמְאִילִים שֶׁלּוֹ כֻּולָּם נַעֲשׂוּ לְרָעָתוֹ, וּדְבַקְתּוּ הָרָעָה אֲשֶׁר חָשַׁב עַל הַיְּהוּדִים, וְהַיְנוּ דִּכְתִיב (תְּהִלִּים ג' ח') " שְׁנֵי רְשָׁעִים שָׁבַרְתָּ " אַל תִּקְרֵי “שִׁבַּרְתָּ", אֶלָּא “שִׁרְבַּבְתָּ ", שְׁכוּחוֹת הַדִּינִין תִּשְׁתַּרְבֵּב וַתֵּרֶד עֲלֵיהֶם לְאַבְּדָם, וְאָמַר עוֹד מֹשֶׁה כַּמָּה הֲוַאי? עֶשֶׂר אַמִּין , פֵּירוּשׁ שֶׁזָּכָה לְבֵינָהּ שֶׁהִיא סוֹד הֵ"א רִאשׁוֹנָה שֶׁשָּׁם יֵשׁ י"ס שְׁלֵימוֹת, וּלְכָךְ שָׁקַל שָׁקַל נַרְגָּא בַּת עֶשֶׂר אַמִּין , פֵּירוּשׁ לָקַח כֹּחַ מִן י"ס דְּבִינָה, ו שׁוֹר עֶשֶׂר אַמִּין פֵּירוּשׁ הִמְשִׁיךְ כֹּחַ גַּם מִן הַיּוּ"ד דְּשֵׁם הוי"ה שֶׁהוּא סוֹד חָכְמָה, שֶׁגַּם שָׁם יֵשׁ י"ס שְׁלֵימוֹת, כִּי מֵאַחַר שֶׁזָּכָה לְבֵינָהּ שֶׁהִיא סוֹד הֵ"א רִאשׁוֹנָה, יֵשׁ לוֹ כֹּחַ לִקְפֹּוץ וְלִיקַּח גַּם מִן הַחָכְמָה שֶׁהִיא סוֹד יוּ"ד, מִפְּנֵי כִּי חָכְמָה וּבִינָה כַּחֲדָא נָפְקִין וְכַחֲדָא שַׁרְיָין, וּבָזֶה גָּדַל כּוֹחוֹ לְהָמִית אֶת עוֹג הֶחָזָק בְּמַכָּה קְטַנָּה כָּל דְּהוּ, אֲשֶׁר הִכָּהוּ בְּקַרְסוּלֵיהּ כִּי נַעֲשָׂה לְפָנָיו כְּיַתּוּשׁ קָטָן , מֵחֲמַת תִּגְבֹּורֶת הַנִּזְכָּר שֶׁהָיָה לְמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה מִן הַקְּדֻושָּׁה מֵחָכְמָה וּבִינָה. וּלְפִי פְּשַׁט הַמַּאֲמָר כָּתְבוּ הַמְפָרְשִׁים זַ"ל דְּעוֹג לָקַח אֶבֶן פְּשׁוּטָה בַּת שָׁלֹשׁ אַמּוֹת וְעָשָׂה בָּהּ פֹּועַל דִּמְיוֹנִי עַל יְדֵי כְּשָׁפִים, כְּדֵי שֶׁבָּזֶה הַכְּשָׁפִים שֶׁעוֹשֶׂה עַל אֶבֶן זֹאת יִהְיֶה נֶעֱקַר הַר גָּדוֹל בַּת שָׁלֹשׁ פַּרְסָאוֹת וְיִפּוֹל עַל יִשְׂרָאֵל, וְהוּא עַל דֶּרֶךְ שֶׁהָיְתָה עוֹשָׂה אוֹתָהּ אִשָּׁה הַנִּקְרֵאת יוֹחָנִי בַּת רָטְבֵי כַּנִּזְכָּר בַּגְּמָרָא דְּסוֹטָה (דַּף כב), וְהֵבִיא עִנְיָן שֶׁלָּהּ רַשִׁ"י זַ"ל שָׁם, יְעֻויַּן שָׁם, והקב"ה בִּיטֵּל כְּשֶׁפִּיו וְעָשָׂה שֶׁאוֹתָהּ הָאֶבֶן תִּפּוֹל עַל צַוָּארוֹ, וְלֹא תִּפּוֹל בָּאָרֶץ כַּאֲשֶׁר כִּיוֵּן הוּא בַּהֲבָנָה שֶׁלּוֹ שֶׁעָשָׂה בִּכְשָׁפָיו. וְעַתָּה אָבֹא לְפָרֵשׁ בס"ד טַעַם לְמַעֲשֶׂה הַנֵּס שֶׁעָשָׂה הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ בְּהַמְשָׁכַת שִׁינַּייִם שֶׁל עוֹג, וְלֹא עָשָׂה שֶׁהָאֶבֶן תִּהְיֶה דְּבוּקָה בְּצַוָּארוֹ וְלֹא תָּמוּשׁ בְּשׁוּם אֹופֶן? וְהָעִנְיָן כִּי בַּגְּמָרָא דְּנִדָּה (דַּף סא) אָמַר שֶׁהָיָה מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה יָרֵא פֶּן תַּעֲמֹוד לוֹ זְכוּת אַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה, דִּכְתִיב (בְּרֵאשִׁית יד, יג) וַיָּבֹא הַפָּלִיט וַיַּגֵּד לְאַבְרָם, זֶה עוֹג שֶׁפָּלַט מִדּוֹר הַמַּבּוּל, וּבְשַׁעַר הַגִּלְגּוּלִים לְרַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל (דַּף מ') אִיתָא שֶׁבְּעוֹג הָיָה כָּלוּל נִיצוֹץ נִשְׁמַת ר' שִׁמְעוֹן בֶּן נְתַנְאֵל יְרֵא חֵטְא, וְהוּא רָאשֵׁי תֵּיבוֹת בָּשָׁ"ן ש מֵעָוֹן ב ן נ תָּנְאָל, וְהָיָה מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה מִתְייָרֵא לְהָרְגוֹ מִפְּנֵי זֶה, וְאָמַר ה' אֶל מֹשֶׁה אַל תִּירָא אֹתוֹ, וְאַחַר כָּךְ הַנִּיצוֹץ הַהוּא הָיָה תַּלְמִיד רַ' יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי, עַייֵּן שָׁם, וְלִכְאוֹרָה דְּסָתְרִי? וְנִרְאֶה לִי דְּלָא סָתְרוּ, דִּלְעוֹלָם הָיָה יָרֵא מֵחֲמַת נִיצוֹץ הַקָּדוֹשׁ שֶׁל שִׁמְעוֹן בֶּן נְתַנְאֵל, אַךְ לוּלֵי זְכוּת אַבְרָהָם לֹא הָיָה מִתְיָירֵא מִזֶּה, כִּי וַדַּאי הַנָּצוּץ שֶׁבְּתוֹךְ קְלִיפָּתוֹ לֹא יַעַזְרֵהוּ כְּנֶגֶד יִשְׂרָאֵל, וְרַק הָיָה יָרֵא פֶּן יִהְיֶה לוֹ עֵזֶר מֵאוֹתוֹ נִיצוֹץ מֵחֲמַת זְכוּת אַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה, אַךְ הקב"ה אָמַר לוֹ אַל תִּירָא וַהֲרָגוֹ, וְאָז כְּשֶׁהָרְגוּ הִפְרִיד אֶת נִיצוֹץ הַהוּא מִקְּלִיפָּתוֹ, וּלְכָךְ הָיָה אַחַר כָּךְ תַּלְמִיד לֵר' יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי שֶׁהָיָה בְּחִינַת מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה כַּנִּזְכָּר בְּדִבְרֵי רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל. וְהָשְׁתָּא בָּזֶה מוּבָן בס"ד הַטַּעַם שַׁפִּיר מַה שֶׁעָשָׂה הקב"ה הַנֵּס בְּאֹופֶן זֶה עַל יְדֵי שֵׁן שֶׁל עוֹג עַצְמוֹ שֶׁנִּשְׁתַּרְבֵּב, כִּי שֵׁן רָאשֵׁי תֵּיבוֹת נ שֶׁמֵּת ש מֵעָוֹן, אוֹ נ יָצוּץ ש מֵעָוֹן אוֹ ש מֵעָוֹן נ תנאל, וְהַייְנוּ כִּי זֶה נִיצוֹץ שֶׁל נִשְׁמַת שִׁמְעוֹן בֶּן נְתַנְאֵל שֶׁהָיָה מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה יָרֵא מִמֶּנּוּ, הִיא הָיְתָה עֵזֶר לְמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה לַהֲרֹוג אֶת עוֹג בַּעַל הַקְּלִיפָּה, וְהַשִּׁרְבּוּב הָיָה שֶׁיָּצָא הַשֵּׁן מִפִּיו שֶׁל עוֹג, זֶה יוֹרֶה שֶׁנִּשְׁמַת שִׁמְעוֹן בֶּן נְתַנְאֵל תֵּצֵא מִמֶּנּוּ וְלֹא יִהְיֶה לוֹ יְנִיקָה וְכֹחַ מִן שִׁמְעוֹן בֶּן נְתַנְאֵל, וּבָזֶה יוּבָן אַל תִּקְרֵי שִׁבַּרְתָּ אֶל שִׁרְבַּבְתָּ, דְּיָדוּעַ כְּלָל אַל תִּקְרֵי, וְגַם כָּאן יָבֹא נָכוֹן, כִּי לֹא נִשְׁבַּר עוֹג אֶלָּא עַל יְדֵי שֶׁנִּשְׁתַּרְבֵּב הַנִּיצוֹץ וְיָצָא מִמֶּנּוּ.
Il arracha une montagne de trois parsaot et la posa sur sa tête. Cet énoncé, pris au sens littéral, est fort étrange : une montagne de trois parsaot sur trois parsaot mesure vingt-quatre mille coudées sur vingt-quatre mille, soit plus de trois heures et demie de marche, et même si Og était des fils des nefilim, il est impossible par nature d'arracher une telle montagne. De plus, s'il voulait arracher une montagne aussi grande, comment la baraita l'appelle-t-elle une pierre ? Une montagne est une chose, une pierre en est une autre, ainsi qu'a écrit le Rachba de mémoire bénie à ce sujet. Ces paroles procèdent donc assurément par parabole et par énigme. Il me semble, avec l'aide du Ciel, selon la voie du sod : il est connu que chaque groupe de trois sefirot est appelé une parsa, comme l'a écrit mon maître et grand-père de mémoire bénie ; il est connu que l'aspect vav du Nom havaya, appelé Israël, ne comporte que neuf sefirot, soit trois parsaot, et que la malkhout, secret du dernier hé, le complète à dix ; et il est connu que la racine d'Israël est là, selon le secret du verset « vous êtes des fils pour ה' votre D.ieu ». C'est pourquoi il dit : le camp d'Israël, combien fait-il ? Trois parsaot, soit neuf sefirot. « J'irai et j'arracherai une montagne de trois parsaot » : il veut attirer à lui une force de la klipa qui fait face à la sainteté, où se trouvent également trois parsaot, soit neuf sefirot d'impureté. « Et je la jetterai sur eux » veut dire : je les tuerai par cette force des neuf sefirot d'impureté ; « et je les tuerai » dans ma guerre contre eux, en les dominant. Et il fit ainsi : par ses sortilèges et ses divinations, il attira à lui une force d'impureté qu'il arracha à la klipa, aux neuf sefirot qui s'y trouvent et qui font face aux neuf sefirot de sainteté d'Israël le saint. « Et il la posa sur sa tête » : il fit de sa tête un char (merkava) pour cette force d'impureté arrachée à la klipa, de même que le juste fait de sa tête un char pour la sainteté ; il voulut ainsi imiter, comme le singe devant l'homme. Que fit le Saint, béni soit-Il ? Il fit descendre une force supérieure venue du keter, qui est tout en haut et se laisse indiquer par la pointe du youd dans le Nom havaya, afin d'annuler la force d'impureté qu'Og avait attirée des sefirot de l'impureté. C'est pourquoi il dit : « il amena sur elle des kamtzei et elles la percèrent » — allusion aux forces de sainteté venues du keter, où se trouve la voyelle kamats, comme on le sait ; c'est pourquoi il les appelle kamtzei. « Et elles la percèrent » : elles annulèrent cette force d'impureté, et le mal de la force d'impureté se retourna contre Og lui-même, comme il en fut pour Haman, où le mal, sans être entièrement annulé, se retourna sur Haman. Ici de même, le mal de la force d'impureté tomba sur lui et sur son cou. Et lui, après que son mazal eut senti que ses sortilèges n'avaient pas réussi à nuire à Israël, « voulut la retirer » : il voulut défaire son propre ouvrage pour que le mal ne revienne pas sur lui et ne le fasse pas périr ; il ne le put pas, car « ses dents s'allongèrent » — ce sont les forces de rigueur (dinim), désignées par le nom de dents — « d'un côté et de l'autre », c'est-à-dire à sa droite et à sa gauche : ceux de sa droite et ceux de sa gauche se retournèrent tous contre lui, et le mal qu'il avait pensé contre les Juifs s'attacha à lui. C'est ce qui est écrit : « tu as brisé les dents des méchants » — ne lis pas « tu as brisé » mais « tu as allongé » : les forces de rigueur s'allongent et descendent sur eux pour les faire périr. Il dit encore : Moche, combien mesurait-il ? Dix coudées — c'est-à-dire qu'il avait mérité la bina, secret du premier hé, où se trouvent dix sefirot complètes. C'est pourquoi « il prit une hache de dix coudées » : il prit une force venue des dix sefirot de la bina ; et « il bondit de dix coudées » : il attira aussi une force venue du youd du Nom havaya, secret de la 'hokhma, où se trouvent également dix sefirot complètes ; car du moment qu'il avait mérité la bina, secret du premier hé, il avait le pouvoir de bondir et de prendre aussi de la 'hokhma, secret du youd, puisque 'hokhma et bina sortent ensemble et demeurent ensemble. Par là sa force grandit au point de faire mourir Og le puissant d'un coup infime, celui qu'il lui porta à la cheville, car Og était devenu devant lui comme un petit moustique, en raison de la force que Moche notre maître, la paix soit sur lui, avait reçue de la sainteté, de la 'hokhma et de la bina. Selon le sens simple de l'énoncé, les commentateurs de mémoire bénie ont écrit qu'Og prit une pierre ordinaire de trois coudées et opéra sur elle un acte de figuration par sortilège, afin que par cette opération une grande montagne de trois parsaot soit arrachée et tombe sur Israël, à la manière de cette femme appelée Yohani bat Retivi mentionnée dans la guemara de Sota (22a), dont Rachi de mémoire bénie rapporte l'affaire sur place, qu'on s'y reporte ; et le Saint, béni soit-Il, annula ses sortilèges et fit que cette pierre tombât sur son cou, au lieu de tomber à terre comme il l'avait visé dans le calcul de sa magie. Je viens maintenant expliquer, avec l'aide du Ciel, la raison du miracle que le Nom, qu'Il soit béni, opéra par l'allongement des dents d'Og, au lieu de faire que la pierre restât collée à son cou sans pouvoir bouger. Voici la chose : dans la guemara de Nida (61a) il est dit que Moche notre maître craignait que le mérite d'Avraham notre père ne se tienne en faveur d'Og, ainsi qu'il est écrit « le rescapé vint et l'annonça à Avram » — c'est Og, rescapé de la génération du déluge ; et dans le Chaar HaGuilgoulim de notre maître le Ari de mémoire bénie (p. 40) il est écrit qu'Og contenait une étincelle de l'âme de Rabbi Chimon ben Netanel, celui qui craint la faute, dont l'acronyme forme chen (chin-noun) : Chimon ben Netanel ; c'est pour cela que Moche notre maître craignait de le tuer, et ה' dit à Moche « ne le crains pas » ; et ensuite cette étincelle fut un disciple de Rabban Yo'hanan ben Zakai, qu'on s'y reporte. À première vue les deux explications se contredisent. Il me semble qu'elles ne se contredisent pas : il craignait bien à cause de l'étincelle sainte de Chimon ben Netanel, mais sans le mérite d'Avraham il n'aurait pas eu cette crainte, car assurément l'étincelle prise dans sa klipa ne l'aiderait pas contre Israël ; il craignait seulement que cette étincelle ne lui vienne en aide en raison du mérite d'Avraham notre père. Le Saint, béni soit-Il, lui dit : ne crains pas, et tue-le ; et lorsqu'il le tua, il sépara cette étincelle de sa klipa, c'est pourquoi elle fut ensuite disciple de Rabban Yo'hanan ben Zakai, qui était de l'aspect de Moche notre maître, comme le rapportent les paroles de notre maître le Ari. On comprend bien alors, avec l'aide du Ciel, la raison pour laquelle le Saint, béni soit-Il, opéra le miracle de cette manière, par la dent d'Og elle-même qui s'allongea : car chen (dent) est l'acronyme de « nechama de Chimon », ou « nitsots de Chimon », ou « Chimon Netanel » ; cette étincelle de l'âme de Chimon ben Netanel, dont Moche notre maître avait peur, fut précisément son aide pour tuer Og, maître de la klipa. Et l'allongement, qui fit sortir la dent de la bouche d'Og, indique que l'âme de Chimon ben Netanel sortirait de lui et qu'il n'aurait plus ni alimentation ni force venues de Chimon ben Netanel. Par là se comprend le « ne lis pas chibarta mais chirbavta » : la règle du al tikri est connue, et elle tombe juste ici, car Og ne fut brisé que par l'allongement de l'étincelle, qui sortit de lui.
💡 Explication

La guemara signale d'abord que cette pierre, contrairement aux autres lieux de la baraita, n'a pas de verset : guemara guemiri la, c'est une tradition orale reçue. Le récit fonctionne comme un calcul retourné : Og mesure le camp d'Israël pour tailler son projectile à la bonne dimension, et cette mesure exacte devient l'instrument de sa perte.

Le détail des kamtzei est essentiel : de très petits animaux suffisent à percer la montagne. Rachi les identifie à des fourmis. La disproportion entre la cause et l'effet est le ressort du récit, et elle se retrouve au segment suivant avec le coup porté à la cheville.

5
הֲוָה בָּעֵי לִמְשַׁלְּפָה, מָשְׁכִי שִׁינֵּיהּ לְהַאי גִּיסָא וּלְהַאי גִּיסָא וְלָא מָצֵי לְמִשְׁלְפֵהּ. וְהַיְינוּ דִּכְתִיב: ״שְׁנֵי רְשָׁעִים שִׁבַּרְתָּ״. וְכִדְרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ. דְּאָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ: מַאי דִכְתִיב ״שְׁנֵי רְשָׁעִים שִׁבַּרְתָּ״ — אַל תִּקְרֵי ״שִׁבַּרְתָּ״ אֶלָּא ״שִׁרְבַּבְתָּ״.

Il voulut la retirer ; ses dents s'allongèrent d'un côté et de l'autre et il ne put la retirer. C'est ce qui est écrit : « tu as brisé les dents des méchants ».

Et cela s'accorde avec Rabbi Chimon ben Lakich, car Rabbi Chimon ben Lakich a dit : que signifie ce qui est écrit, « tu as brisé les dents des méchants » ? Ne lis pas « chibarta » (tu as brisé) mais « chirbavta » (tu as allongé).

📜 Rachi (1)
שִׁרְבַּבְתָּ לְשׁוֹן אִשְׁתַּרְבּוּבֵי אִשְׁתַּרְבּוּב יָרְדוּ וְגָדְלוּ לְמַטָּה:
Chirbavta : de la forme ichtarbouvei ichtarbouv (s'allonger) ; elles descendirent et s'allongèrent vers le bas.
💡 Explication

Le procédé est celui du al tikri : les mêmes consonnes se lisent autrement. Chibarta (tu as brisé) devient chirbavta (tu as allongé). Le verset des Tehilim vient alors confirmer le détail du récit : les dents d'Og s'allongent de part et d'autre de la pierre et l'emprisonnent.

6
מֹשֶׁה כַּמָּה הֲוָה — עֶשֶׂר אַמּוֹת, שְׁקֵיל נַרְגָּא בַּר עֶשֶׂר אַמִּין, שְׁוַור עָשָׂר אַמִּין, וּמַחְיֵיהּ בְּקַרְסוּלֵיהּ וְקַטְלֵיהּ.

Moche, combien mesurait-il ? Dix coudées.

Il prit une hache de dix coudées, bondit de dix coudées, le frappa à la cheville et le tua.

📜 Rachi (3)
מֹשֶׁה כַּמָּה הָוֵי עֶשֶׂר אַמִּין שֶׁהֲרֵי הוּא הֵקִים אֶת הַמִּשְׁכָּן וְדָרְשִׁי' הֵקִים אֶת עַצְמוֹ לְקוֹמַת הַמִּשְׁכָּן וּכְתִיב בֵּיהּ עֶשֶׂר אַמּוֹת אֹורֶךְ הַקָּרֶשׁ (שְׁמוֹת ל״ו:כ״א):
Moche, combien mesurait-il ? Dix coudées : car c'est lui qui dressa le michkan, et l'on expose qu'il se dressa lui-même à la hauteur du michkan, dont il est écrit « dix coudées, la longueur de la planche ».
שָׁוַור קָפַץ לְמַעְלָה:
Chavar : il sauta vers le haut.
בְּקַרְסוּלֵיהּ קבילי"א בְּלַעַ"ז:
À sa cheville : cavilia en langue vernaculaire.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וּמִחְיָה בְּקַרְסוּלֵיהּ וְקַטְלֵיהּ. נִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁהִכָּהוּ שָׁם כִּי אָמְרוּ בַּגְּמָרָא דְּנִדָּה שֶׁהָיָה תְּחִלָּה יָרֵא פֶּן תַּעֲמֹוד לוֹ זְכוּת אַבְרָהָם אָבִינוּ דִּכְתִיב וַיָּבֹא הַפָּלִיט וַיַּגֵּד לְאַבְרָם הָעִבְרִי, וְנִמְצָא שֶׁיֵּשׁ לוֹ שְׂכַר הֲלִיכָה שֶׁהָלַךְ בְּרַגְלָיו וְהִגִּיד לוֹ אוֹתוֹ דָּבָר, אַךְ בֶּאֱמֶת אָמַר לוֹ הקב"ה אַל תִּירָא אִתּוֹ מִפְּנֵי כִּי עוֹג הָיְתָה כַּוָּנָתוֹ לְרָעָה כְּשֶׁהָלַךְ וְהִגִּיד לְאַבְרָם, כִּי נָתַן עֵינָיו בְּשָׂרָהּ, לְכָךְ אָמַר 'אֵלֵךְ וְאַגִּיד לְאַבְרָהָם כְּדֵי שֶׁיִּלָּחֵם וְיֵהָרֵג, וָאֶקַּח אֶת שָׂרָה'! וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בָּזֶה, וְהַשְׁתָּא מוּבָן שַׁפִּיר שֶׁעֵזֶר הקב"ה לְהַכּוֹתוֹ בְּקַרְסוּלֵיהּ וְיָמוּת בָּזֶה, לְהוֹרוֹת לוֹ כִּי זְכוּת רַגְלָיו שֶׁאַתָּה הָיִיתָ יָרֵא מִמֶּנּוּ אַדְּרַבָּא יִהְיֶה קִטְרוּג עָלָיו, מֵאַחַר שֶׁכַּוָּונָתוֹ הָיְתָה בָּזֶה לְרָעָה וְאֵיךְ יָגֵין עָלָיו זְכוּת אַבְרָהָם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּרָמְזוּ חֲכָמֵינוּ זַ"ל בָּזֶה שֶׁהֲרָגוֹ מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה עַל יְדֵי יִחוּד הוי"ה אֲדֹנָי [91] שֶׁהֵם צ"א אֲשֶׁר עָשָׂה, וּמִסְפָּרָם רָמוּז אַחַר אוֹתִיּוֹת 'עוֹג' שֶׁהֵם פז"ד [91] , וְלָזֶה אָמַר מְחַיֶּה בְּקַרְסוּלֵיהּ וְקַטְלֵיהּ, קַרְסוּלֵיהּ הֵם סוֹף הַגּוּף, וְאוֹתִיּוֹת 'פֶּזֶד' שֶׁנִּרְמַז בָּהֶם מִסְפָּר הַנִּזְכָּר הֵם סוֹף אוֹתִיּוֹת 'עוֹג'.
Il le frappa à la cheville et le tua. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il le frappa là parce qu'il est dit dans la guemara de Nida qu'au début Moche craignait que le mérite d'Avraham notre père ne se tienne en faveur d'Og, ainsi qu'il est écrit « le rescapé vint et l'annonça à Avram l'Hébreu » : Og avait donc le salaire de sa marche, puisqu'il alla de ses pieds lui annoncer la chose. En vérité, le Saint, béni soit-Il, lui dit « ne le crains pas », parce que l'intention d'Og était mauvaise lorsqu'il alla l'annoncer à Avram : il avait jeté les yeux sur Sara et s'était dit, j'irai l'annoncer à Avraham afin qu'il parte en guerre et soit tué, et je prendrai Sara — comme l'ont dit nos maîtres de mémoire bénie à ce sujet. On comprend bien alors que le Saint, béni soit-Il, l'aida à le frapper à la cheville pour qu'il en meure, afin de lui montrer que le mérite de ses pieds, celui dont tu avais peur, se retourne au contraire en accusation contre lui, puisque son intention était mauvaise ; comment le mérite d'Avraham le protégerait-il ? Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que nos sages ont fait allusion par là au fait que Moche notre maître le tua par l'union du Nom havaya et du Nom Ado-nay, dont la valeur ensemble est quatre-vingt-onze, union qu'il réalisa ; et ce nombre est indiqué par les lettres qui suivent celles de « Og », soit pe, zayin, dalet, qui valent quatre-vingt-onze. C'est pourquoi il dit « il le frappa à la cheville et le tua » : les chevilles sont l'extrémité du corps, et les lettres pe, zayin, dalet, où est indiqué ce nombre, sont l'extrémité des lettres de « Og ».
💡 Explication

Les trois dix coudées s'additionnent : la taille de Moche, la longueur de la hache et la hauteur du bond donnent trente coudées, ce qui situe la cheville d'Og et donne l'échelle du géant. Rachi tire la taille de Moche du montage du michkan, dont les planches mesuraient dix coudées.

Le géant tombe par le point le plus bas de son corps, atteint par le plus grand effort possible d'un homme de taille ordinaire multipliée par trois.

🖼️ Schéma
Le calcul d'Og et son retournement Le camp d'Israël trois parsaot Il arrache une montagne de trois parsaot Il la porte sur sa tête pour la jeter sur eux Les kamtzei la percent Elle retombe autour de son cou ses dents s'allongent : impossible de la retirer Chirbavta, non chibarta Rech Lakich lit : tu as allongé les dents Moche : dix coudées de taille, hache de dix coudées, bond de dix coudées il l'atteint à la cheville, à trente coudées de haut, et le tue
Le calcul d'Og, son retournement, et la mesure de Moche : trente coudées en tout pour atteindre la cheville.
7
וְאֶבֶן שֶׁיָּשַׁב עָלֶיהָ מֹשֶׁה — דִּכְתִיב: ״וִידֵי מֹשֶׁה כְּבֵדִים וַיִּקְחוּ אֶבֶן וַיָּשִׂימוּ תַחְתָּיו וַיֵּשֶׁב עָלֶיהָ״.

Et la pierre sur laquelle Moche s'assit, ainsi qu'il est écrit : « et les mains de Moche étaient lourdes ; ils prirent une pierre, la mirent sous lui et il s'assit dessus ».

📜 Rachi (1)
וִידֵי מֹשֶׁה כְּבֵדִים וְאֵינוֹ יָכוֹל לְפָושְׁטָן כָּל הַיּוֹם אֶלָּא אִם כֵּן תּוֹמְכִים בִּזְרוֹעוֹתָיו וַיִּקְחוּ אֶבֶן וַיָּשִׂימוּ תַחְתָּיו:
Et les mains de Moche étaient lourdes : il ne pouvait plus les tenir tendues toute la journée à moins qu'on ne lui soutienne les bras ; ils prirent une pierre et la mirent sous lui.
8
וְאִשְׁתּוֹ שֶׁל לוֹט — שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַתַּבֵּט אִשְׁתּוֹ מֵאַחֲרָיו וַתְּהִי נְצִיב מֶלַח״. וְחוֹמַת יְרִיחוֹ שֶׁנִּבְלְעָה — דִּכְתִיב: ״וַתִּפֹּל הַחוֹמָה תַּחְתֶּיהָ״.

Et la femme de Lot, ainsi qu'il est dit : « sa femme regarda derrière lui et elle devint une colonne de sel ». Et la muraille de Yeriho qui fut engloutie, ainsi qu'il est écrit : « et la muraille tomba sur place ».

📜 Rachi (1)
תַּחְתֶּיהָ מַשְׁמַע בִּמְקוֹמָהּ וְאִי אֶפְשָׁר זוֹ אֶלָּא עַל יְדֵי בְּלִיעָה:
Tahteha (sur place) : cela signifie à son emplacement même, et cela ne peut se produire que par engloutissement.
9
בִּשְׁלָמָא כּוּלְּהוּ — נִיסָּא, אֶלָּא אִשְׁתּוֹ שֶׁל לוֹט פֻּורְעָנוּתָא הוּא! — דְּאָמַר ״בָּרוּךְ … דַּייַּן הָאֱמֶת״.

Soit pour toutes les autres : ce sont des miracles. Mais la femme de Lot est un malheur ! — Il dit : « béni... le Juge de vérité ».

📜 Rachi (1)
דְּאָמַר בָּרוּךְ דַּיַּין הָאֱמֶת תֵּירוּצָא הוּא:
Il dit : béni... le Juge de vérité. C'est la réponse.
⚖️ Rosh (1)
ת"ר הָרוֹאֶה מַעְבְּרוֹת הַיָּם מַעְבְּרוֹת הַיַּרְדֵּן מַעְבְּרוֹת נַחֲלֵי אַרְנוֹן וְאַבְנֵי אֶלְגָּבִישׁ שֶׁל בֵּית חוֹרוֹן וְאֶבֶן שֶׁבִּיקֵּשׁ עוֹג מֶלֶךְ הַבָּשָׁן לִזְרוֹק עַל יִשְׂרָאֵל וְאֶבֶן שֶׁיָּשַׁב עָלֶיהָ מֹשֶׁה בְּשָׁעָה שֶׁעָשָׂה מִלְחָמָה עִם עֲמָלֵק וְחוֹמַת יְרִיחוֹ שֶׁנִּבְלְעָה בִּמְקוֹמָהּ צָרִיךְ שֶׁיִּתֵּן שֶׁבַח וְהוֹדָאָה לִפְנֵי הַמָּקוֹם וְהָרוֹאֶה אִשְׁתּוֹ שֶׁל לוֹט מְבָרֵךְ שְׁתַּיִם עַל אִשְׁתּוֹ אוֹמֵר בָּרוּךְ דַּיַּין הָאֱמֶת וְעַל לוֹט מְבָרֵךְ בָּרוּךְ זוֹכֵר הַצַּדִּיקִים דִּכְתִיב וַיְהִי בְּשַׁחֵת אֱ-לֹהִים אֶת עָרֵי הַכִּכָּר וַיִּזְכֹּור אֱ-לֹהִים אֶת אַבְרָהָם וְגוֹ':
Nos maîtres ont enseigné : celui qui voit les passages de la mer, les passages du Jourdain, les passages des torrents de l'Arnon, les pierres d'elgavich de Beth Horon, la pierre qu'Og roi du Bachan voulut jeter sur Israël, la pierre sur laquelle Moche s'assit lorsqu'il fit la guerre à Amalek, et la muraille de Yeriho engloutie sur place, doit donner louange et action de grâce devant l'Omniprésent. Et celui qui voit la femme de Lot récite deux bénédictions : sur la femme il dit « béni... le Juge de vérité », et sur Lot il bénit « béni... qui se souvient des justes », ainsi qu'il est écrit : « et il advint, lorsque D.ieu détruisit les villes de la plaine, que D.ieu se souvint d'Avraham, etc. »
💡 Explication

La baraita avait rangé tous ces lieux sous une seule obligation, chevah ve-hodaa, louange et action de grâce. La femme de Lot fait exception : ce qu'on y voit est un châtiment. La réponse consiste à maintenir l'obligation de bénir en changeant la formule : Dayan haemet, la bénédiction que l'on dit sur une mauvaise nouvelle.

10
וְהָא ״הוֹדָאָה וְשֶׁבַח״ קָתָנֵי! תָּנֵי: עַל לוֹט וְעַל אִשְׁתּוֹ מְבָרְכִים שְׁתַּיִם. עַל אִשְׁתּוֹ אוֹמֵר ״בָּרוּךְ … דַּייַּן הָאֱמֶת״, וְעַל לוֹט אוֹמֵר ״בָּרוּךְ … זוֹכֵר אֶת הַצַּדִּיקִים״. אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אֲפִילּוּ בִּשְׁעַת כַּעֲסוֹ שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא, זוֹכֵר אֶת הַצַּדִּיקִים, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיְהִי בְּשַׁחֵת אֱ-לֹהִים אֶת עָרֵי הַכִּכָּר וַיִּזְכֹּר אֱ-לֹהִים אֶת אַבְרָהָם וַיְשַׁלַּח אֶת לוֹט מִתּוֹךְ הַהֲפֵכָה וְגוֹ׳״.

Mais la baraita enseigne « action de grâce et louange » ! — Enseigne plutôt : sur Lot et sur sa femme on récite deux bénédictions. Sur sa femme il dit « béni... le Juge de vérité », et sur Lot il dit « béni... qui se souvient des justes ».

Rabbi Yo'hanan a dit : même à l'heure de la colère du Saint, béni soit-Il, Il se souvient des justes, ainsi qu'il est dit : « et il advint, lorsque D.ieu détruisit les villes de la plaine, que D.ieu se souvint d'Avraham et fit sortir Lot du milieu du bouleversement, etc. »

📜 Rachi (1)
זוֹכֵר אֶת הַצַּדִּיקִים שֶׁזָּכַר אֶת אַבְרָהָם:
Qui se souvient des justes : car Il s'est souvenu d'Avraham.
💡 Explication

La réponse précédente ne suffit pas : la baraita parle bien de louange, ce qui ne convient pas à une bénédiction de deuil seule. La guemara corrige donc le texte de la baraita : sur ce site on dit deux bénédictions, une sur la femme (Dayan haemet, l'action de grâce) et une sur Lot (Zokher hatsadikim, la louange). Chacun des deux termes de la baraita trouve ainsi son objet.

Rabbi Yo'hanan tire du verset une règle générale : le souvenir du juste s'exerce au moment même de la rigueur, ce qui est ici la raison d'une louange.

11
וְחוֹמַת יְרִיחוֹ שֶׁנִּבְלְעָה. וְחוֹמַת יְרִיחוֹ נִבְלְעָה? וְהָא נָפְלָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיְהִי כִשְׁמֹעַ הָעָם אֶת קוֹל הַשּׁוֹפָר וַיָּרִיעוּ הָעָם תְּרוּעָה גְדוֹלָה וַתִּפֹּל הַחוֹמָה תַּחְתֶּיהָ״! — כֵּיוָן דְּפֻותְיַהּ וְרוּמַהּ כִּי הֲדָדֵי נִינְהוּ, מִשּׁוּם הָכִי אִבַּלְעָה בְּלוֹעֵי.

« Et la muraille de Yeriho qui fut engloutie. » La muraille de Yeriho fut-elle engloutie ? Elle est tombée, ainsi qu'il est dit : « et il advint, lorsque le peuple entendit le son du chofar, que le peuple poussa une grande clameur, et la muraille tomba sur place » ! — Puisque sa largeur et sa hauteur étaient égales l'une à l'autre, c'est pour cela qu'elle fut engloutie.

📜 Rachi (1)
כֵּיוָן דְּפֻותְיַהּ וְרוּמַהּ כִּי הֲדָדֵי הָווּ וְאֵין נְפִילָה נִיכֶּרֶת בָּהּ אִם לֹא נִבְלְעָה מִשּׁוּם הָכִי אִבַּלְעָה וְהוּא דֶּרֶךְ נְפִילָה לַחוֹמָה כָּזוֹ:
Puisque sa largeur et sa hauteur étaient égales : la chute ne se serait pas remarquée sans engloutissement ; c'est pour cela qu'elle fut engloutie, et telle est la manière de tomber d'une muraille de cette sorte.
💡 Explication

Le verset dit tahteha, « sous elle, sur place », ce que la baraita lit comme un engloutissement dans le sol. La difficulté vient du verbe : le texte dit qu'elle est tombée. La réponse joue sur la géométrie : une muraille aussi large que haute, une fois couchée, occuperait exactement la même emprise au sol ; sa chute serait invisible. L'engloutissement est donc, pour une telle muraille, la forme même de la chute.

12
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: אַרְבָּעָה צְרִיכִין לְהוֹדוֹת: יוֹרְדֵי הַיָּם, הוֹלְכֵי מִדְבָּרוֹת, וּמִי שֶׁהָיָה חוֹלֶה וְנִתְרַפֵּא, וּמִי שֶׁהָיָה חָבוּשׁ בְּבֵית הָאֲסוּרִים וְיָצָא.

Rav Yehuda a dit au nom de Rav : quatre doivent rendre grâce : ceux qui descendent en mer, ceux qui marchent au désert, celui qui a été malade et a guéri, et celui qui était détenu en prison et en est sorti.

📜 Rachi (1)
צְרִיכִין לְהוֹדוֹת כְּשֶׁיּוֹצְאִין מִן הַסַּכָּנָה:
Doivent rendre grâce : lorsqu'ils sortent du danger.
🗂️ Tossefot (1)
אַרְבָּעָה צְרִיכִין לְהוֹדוֹת יוֹרְדֵי הַיָּם וְכוּ' וּבִתְהִלִּים לָא חֲשִׁיב כְּזֶה הַסֵּדֶר אֶלָּא חֲשִׁיב הוֹלְכֵי הַמִּדְבָּר רִאשׁוֹן דִּקְרָא נְקַט סֵדֶר הַמְסֻוכָּנִין יוֹתֵר תְּחִלָּה וּגְמָרָא נְקַט הַמְצֻוייָּן תְּחִלָּה:
Dans les Tehilim l'ordre est différent : ceux qui marchent au désert y sont comptés en premier, car le verset prend d'abord ceux qui courent le plus grand danger, tandis que la guemara prend d'abord les cas les plus fréquents.
🪔 Ben Yehoyada (2)
אַרְבָּעָה צְרִיכִין לְהוֹדוֹת. קַשָּׁא מִנְייָנָא לָמָּה לִי, וַהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר אֵלּוּ הֵן שֶׁצְּרִיכִין לְהוֹדוֹת? וְנִרְאֶה לִי בס"ד מִפְּנֵי כִּי אֵלּוּ נִשְׁמָרִים מִן ד' אוֹתִיּוֹת שֵׁם הֲוָיָ"ה כָּל אֶחָד הָאוֹת אֶחָד, הוֹלְכֵי מִדְבָּרוֹת מִן הֵ"א אַחֲרוֹנָה שֶׁהִיא סוֹד הַשְּׁכִינָה הַמִּתְלַוֶּה עִמָּהֶם בַּדֶּרֶךְ וּבַמִּדְבָּר שֶׁהוּא בְּחִינָתָהּ כַּנּוֹדָע, וּרְפוּאָה מִן בְּחִינַת וָא"ו דְּשֵׁם הוי"ה שֶׁהִיא סוֹד הַתִּפְאֶרֶת, וּכְמוֹ שֶׁכָּתוּב בְּסֵפֶר מְאוֹרֵי אוֹר וְזַ"ל, הָרְפוּאָה בְּתִפְאֶרֶת וּרְפָאֵל מֶרְכָּבָה לוֹ, עַד כָּאן, וְנִרְאֶה לִי לְכָךְ תִּמְצָא בְּאֶמְצַע 'ת פְּאֵר ת' יֵשׁ אוֹתִיּוֹת 'רְפָא', וְלָזֶה הִתְפַּלֵּל מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה עַל מִרְיָם (בַּמִּדְבָּר יב, יג) אֵל נָא רְפָא נָא לָהּ, וְהֵם י"א אוֹתִיּוֹת וְעִם הַכּוֹלֵל י"ב כְּמִנְיַן ו"ו בְּמִילְּאוּ, וְחָבוּשׁ מִן הַבִּינָה שֶׁהִיא סוֹד הֵ"א רִאשׁוֹנָה שֶׁבְּשֵׁם הוי"ה שֶׁמִּשָּׁם יוֹצֵא הַחֵירוּת, וְנִיתַּן בָּהּ בִּרְשׁוּתָהּ כָּל חֵירוּת הָעֲבָדִים וְכָל חֵירוּת הָאֲסוּרִים בְּבֵית הַסֹּהַר, וְכַנִּזְכָּר בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ, וְאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל גַּם הַשְּׁמִירָה מִן הַמַּיִם בַּיַּמִּים וּבַנְּהָרוֹת תִּמָּשֵׁךְ מִן הַחָכְמָה שֶׁהִיא סוֹד יוּ"ד דְּשֵׁם הוי"ה, כִּי הַסֵּדֶר לְמַעְלָה הֵם מַיִם אֵשׁ רוּחַ עָפָר וְנֶאֱחָזִים בְּאַרְבַּע אוֹתִיּוֹת שֵׁם הֲוָיָ"ה, נִמְצָא מַיִם הֵם בְּיוּ"ד, וְלָכֵן נָקֵיט בְּהוּ מִנְיַן אַרְבָּעָה לִרְמֹוז שֶׁהֵם נִשְׁפָּעִים מִן אַרְבָּעָה אוֹתִיּוֹת שֵׁם הֲוָיָ"ה הַנּוֹדָעִים.
Quatre doivent rendre grâce. On peut demander : à quoi bon le nombre ? Il aurait suffi de dire, voici ceux qui doivent rendre grâce. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est parce que ces quatre-là sont gardés chacun par une des quatre lettres du Nom havaya. Ceux qui marchent au désert, par le dernier hé, secret de la Chekhina qui les accompagne sur la route et au désert, lequel est son domaine comme on le sait. La guérison, par l'aspect vav du Nom havaya, secret de la tiferet, ainsi qu'il est écrit dans le livre Meorei Or : la guérison est dans la tiferet, et Refael en est le char, fin de citation ; et il me semble que c'est pour cela qu'on trouve au milieu du mot tiferet les lettres du verbe guérir (refa). C'est ainsi que Moche notre maître pria pour Miryam : « E-l na refa na la », onze lettres, douze avec le kolel, valeur du vav dans son plein. Le prisonnier, par la bina, secret du premier hé du Nom havaya, d'où sort la liberté : toute libération des esclaves et de ceux qui sont retenus en prison lui est remise, comme il est dit dans le saint Zohar. Et nos maîtres ont dit que la protection contre les eaux, dans les mers et les fleuves, découle de la 'hokhma, secret du youd du Nom havaya, car l'ordre en haut est eau, feu, air, terre, attachés aux quatre lettres du Nom havaya ; l'eau se trouve donc dans le youd. C'est pourquoi il retient à leur sujet le nombre quatre, pour indiquer qu'ils reçoivent l'influx des quatre lettres du Nom havaya que l'on sait.
יוֹרְדֵי הַיָּם, וְהוֹלְכֵי מִדְבָּרוֹת וְכוּ'. מַקְשִׁים אַמַּאי לָא נָקֵיט לְהוּ כַּסֵּדֶר דְּנָקֵיט בַּכָּתוּב? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי יוֹרְדֵי הַיָּם לֹא שַׁייָּךְ בְּיָחִיד כְּלָל, כִּי הַסְּפִינָה צְרִיכָה לְמַנְהִיגִים עַל כָּל פָּנִים, וְהוֹלְכֵי מִדְבָּרוֹת שַׁיָּיךְ לִפְעָמִים בְּיַחַד, אֲבָל הָרֹוב לֹא שַׁייָּךְ בְּיָחִיד אֶלָּא רַבִּים הוֹלְכִים יַחַד, וּלְכָךְ נָקֵיט יוֹרְדֵי הַיָּם בְּרֵישָׁא וְאַחֲרֵי זֶה הוֹלְכֵי מִדְבָּרוֹת. אַךְ חוֹלֶה וְחָבוּשׁ שֶׁמְּצוּיִים בְּיָחִיד נָקֵיט לְהוּ אַחַר כָּךְ, וְנָקֵיט חוֹלֶה קֹודֶם מִשּׁוּם דִּשְׁכִיחִי טְפֵי מַחְבּוֹשׁ, וּבָזֶה יֵשׁ לְתָרֵץ קֻושְׁיָא אַחֶרֶת לָמָּה נָקֵיט יוֹרְדֵי הוֹלְכֵי לְשׁוֹן רַבִּים. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד דִּבְיָם וּמְדַבֵּר אֵין אָדָם הוֹלֵךְ אֶלָּא לִרְצוֹנוֹ וּלְטוֹבָתוֹ וְלֹא יִהְיֶה לוֹ הֶכְרֵחַ מִן אֲחֵרִים, וְנָקֵיט יָם קֹודֶם מִדְבָּר מִפְּנֵי שֶׁהוּא מְסֻוכָּן יוֹתֵר, וְאַחַר כָּךְ נָקֵיט חוֹלֶה וְחָבוּשׁ דְּזֶה בָּא לְאָדָם שֶׁלֹּא בִּרְצוֹנוֹ, וּבַעַל כָּרְחוֹ שֶׁלֹּא בְּטוֹבָתוֹ, וְגַם בָּזֶה נָקֵיט הִקְשָׁה יוֹתֵר קֹודֶם כִּי חוֹלֶה קָשֶׁה מַחְבּוֹשׁ. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָם וּמְדַבֵּר אֵין אָדָם תִּוְהָא בָּהֶם אַחַר שֶׁיֵּצֵא מֵהֶם לְשָׁלוֹם, כִּי הוּא יָרַד וְהָלַךְ בָּהֶם לְטוֹבַת עַצְמוֹ בִּשְׁבִיל רִיוַּח וְעֵסֶק, וְאִם לֹא הָיָה הוֹלֵךְ וְיוֹרֵד לֹא הָיָה מַשִּׂיג חֶפְצוֹ אֲבָל חוֹלֶה וְחָבוּשׁ גַּם אַחַר שֶׁנִּיצּוֹל הוּא תִּוְהָא וְאוֹמֵר הַלְוַאי שֶׁלֹּא הָיָה נַחְלָא וְלֹא הָיָה נֶחְבַּשׁ וְלֹא הָיָה נִצְרָךְ לְבָרֵךְ גּוֹמֵל, לָכֵן נַקְטִינְהוּ לְבַסּוֹף, מִיהוּ עֲדַיִין מַקְשֶׁה לָמָּה בְּחוֹלֶה וְחָבוּשׁ נָקֵיט הַהַצְלָחָה שֶׁאָמַר וְנִתְרַפֵּא וַיֵּצֵא, וּבְיָם וּמְדַבֵּר לֹא אָמַר וְנִיצְּלוּ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד חוֹלֶה וְחָבוּשׁ הַנֶּזֶק הָיָה בְּעַיִן בְּגָלוּי, אֲבָל יָם וּמְדַבֵּר אַף עַל פִּי שֶׁלֹּא בָּאָה רוּחַ סְעָרָה וְלֹא בָּאוּ לִיסְטִים דְּאָז לֹא הֻוצְרַךְ לְהַצָּלָה, לְכָךְ לָא נָקֵיט וְנִיצּוּלוֹ אֶלָּא נָקֵיט רַק יוֹרְדֵי וְהוֹלְכֵי, דְּעַל יְרִידָה וַהֲלִיכָה בִּלְבַד חַיָּיב לְבָרֵךְ.
Ceux qui descendent en mer, ceux qui marchent au désert, etc. On demande pourquoi il ne les prend pas dans l'ordre du verset. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que descendre en mer ne se fait jamais seul, car le navire a besoin en tout état de cause de gens pour le conduire, tandis que marcher au désert se fait parfois seul, même si le plus souvent plusieurs marchent ensemble ; c'est pourquoi il prend d'abord ceux qui descendent en mer, puis ceux qui marchent au désert. Le malade et le prisonnier, qui se rencontrent isolément, il les prend ensuite, et il place le malade avant parce qu'il est plus fréquent que le prisonnier. Par là on répond à une autre question : pourquoi dit-il « ceux qui descendent » et « ceux qui marchent » au pluriel. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que sur mer et au désert l'homme ne va que de son gré et pour son avantage, sans y être contraint par autrui, et l'on place la mer avant le désert parce qu'elle est plus dangereuse ; ensuite viennent le malade et le prisonnier, dont la situation vient à l'homme contre son gré et malgré lui, et là aussi on place le plus dur en premier, car la maladie est plus dure que la détention. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que pour la mer et le désert l'homme n'éprouve pas de regret après en être sorti en paix, car il y est descendu et y a marché pour son propre profit, pour le gain et le négoce, et s'il n'y était pas allé il n'aurait pas obtenu ce qu'il voulait ; le malade et le prisonnier, même après avoir été sauvés, se disent avec regret : si seulement je n'avais pas été malade, si seulement je n'avais pas été emprisonné, et je n'aurais pas eu besoin de dire la bénédiction hagomel ; c'est pourquoi il les prend en dernier. Reste encore une question : pourquoi, pour le malade et le prisonnier, mentionne-t-il l'issue heureuse, « et il a guéri », « et il est sorti », alors que pour la mer et le désert il ne dit pas « et ils ont été sauvés » ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que pour le malade et le prisonnier le dommage était visible et manifeste, tandis que pour la mer et le désert, même si aucune tempête ne s'est levée et qu'aucun brigand n'est venu, auquel cas il n'y a pas eu besoin de sauvetage, il ne dit pas « et ils ont été sauvés » mais seulement « ceux qui descendent » et « ceux qui marchent », car c'est sur la descente et sur la marche elles-mêmes qu'il est tenu de bénir.
💡 Explication

La liste des quatre est tirée du psaume 107, où quatre situations reviennent avec le même refrain. La guemara va montrer, pour chacune, le même enchaînement : le danger, le cri vers ה', le salut, puis le verset yodou la-Chem hasdo, d'où l'on apprend l'obligation de rendre grâce.

Tossefot relève que l'ordre de Rav Yehuda diffère de celui du psaume, et donne un principe de classement : le verset ordonne par gravité du danger, la guemara par fréquence des cas.

13
יוֹרְדֵי הַיָּם מִנָּלַן? — דִּכְתִיב: ״יוֹרְדֵי הַיָּם בָּאֳנִיּוֹת וְגוֹ׳ הֵמָּה רָאוּ מַעֲשֵׂי ה׳״. וְאוֹמֵר: ״וַיַּעֲמֵד רוּחַ סְעָרָה יַעֲלוּ שָׁמַיִם יֵרְדוּ תְהוֹמוֹת״, וְאוֹמֵר: ״יָחוֹגּוּ וְיָנוּעוּ כַּשִּׁכּוֹר״, וְאוֹמֵר: ״וַיִּצְעֲקוּ אֶל ה׳ בַּצַּר לָהֶם וּמִמְּצוּקֹתֵיהֶם יוֹצִיאֵם״, וְאוֹמֵר: ״יָקֵם סְעָרָה לְדַמְּמָהּ״, וְאוֹמֵר: ״וְיִשְׂמְחוּ כִּי יִשְׁתְּקוּ״, וְאוֹמֵר: ״יוֹדוּ לַה׳ חַסְדּוֹ וְנִפְלְאוֹתָיו לִבְנֵי אָדָם״.

D'où savons-nous, pour ceux qui descendent en mer ? De ce qu'il est écrit : « ceux qui descendent en mer sur des navires, etc., ceux-là ont vu les œuvres de ה' » ; et il est dit : « Il fit lever un vent de tempête, ils montent aux cieux, ils descendent aux abîmes » ; et il est dit : « ils tournoient et chancellent comme un homme ivre » ; et il est dit : « ils crièrent vers ה' dans leur détresse, et Il les fit sortir de leurs angoisses » ; et il est dit : « Il change la tempête en silence » ; et il est dit : « et ils se réjouirent de ce qu'ils s'apaisèrent » ; et il est dit : « qu'ils rendent grâce à ה' pour sa bonté, et pour ses merveilles envers les fils de l'homme ».

14
הוֹלְכֵי מִדְבָּרוֹת מִנָּלַן? דִּכְתִיב: ״תָּעוּ בַמִּדְבָּר בִּישִׁימוֹן דָּרֶךְ עִיר מוֹשָׁב לֹא מָצָאוּ … וְיִצְעֲקוּ אֶל ה׳ … וְיַדְרִיכֵם בַּדֶּרֶךְ יְשָׁרָה … יוֹדוּ לָהּ׳ חַסְדּוֹ״.

D'où savons-nous, pour ceux qui marchent au désert ? De ce qu'il est écrit : « ils erraient au désert, dans la solitude du chemin, ils ne trouvaient pas de ville habitée... et ils crièrent vers ה'... et Il les conduisit par un chemin droit... qu'ils rendent grâce à ה' pour sa bonté ».

15
מִי שֶׁחָלָה וְנִתְרַפֵּא, דִּכְתִיב: ״אֱוִילִים מִדֶּרֶךְ פִּשְׁעָם וּמֵעֲוֹנֹתֵיהֶם יִתְעַנּוּ. כָּל אֹכֶל תְּתַעֵב נַפְשָׁם וְגוֹ׳ וַיִּזְעֲקוּ אֶל ה׳ בַּצַּר לָהֶם וְגוֹ׳ יִשְׁלַח דְּבָרוֹ וְיִרְפָּאֵם וְגוֹ׳ יוֹדוּ לַה׳ חַסְדּוֹ״.

Celui qui a été malade et a guéri, ainsi qu'il est écrit : « des insensés, à cause de la voie de leur faute et à cause de leurs iniquités, sont affligés ; leur âme a tout aliment en dégoût, etc. ; et ils crièrent vers ה' dans leur détresse, etc. ; Il envoya sa parole et les guérit, etc. ; qu'ils rendent grâce à ה' pour sa bonté ».

16
מִי שֶׁהָיָה חָבוּשׁ בְּבֵית הָאֲסוּרִין מִנָּלַן? — דִּכְתִיב: ״יֹשְׁבֵי חֹשֶׁךְ וְצַלְמָוֶת וְגוֹ׳ כִּי הִמְרוּ אִמְרֵי אֵל וְגוֹ׳״. וְאוֹמֵר: ״וַיַּכְנַע בֶּעָמָל לִבָּם וְגוֹ׳״, וְאוֹמֵר: ״וַיִּזְעֲקוּ אֶל ה׳ בַּצַּר לָהֶם״, וְאוֹמֵר: ״יוֹצִיאֵם מֵחֹשֶׁךְ וְצַלְמָוֶת וְגוֹ׳״, וְאוֹמֵר: ״יוֹדוּ לָה׳ חַסְדּוֹ״.

Celui qui était détenu en prison, d'où le savons-nous ? De ce qu'il est écrit : « ceux qui habitent les ténèbres et l'ombre de la mort, etc., car ils s'étaient rebelles contre les paroles de D.ieu, etc. » ; et il est dit : « Il humilia leur cœur par la peine, etc. » ; et il est dit : « et ils crièrent vers ה' dans leur détresse » ; et il est dit : « Il les fit sortir des ténèbres et de l'ombre de la mort, etc. » ; et il est dit : « qu'ils rendent grâce à ה' pour sa bonté ».

17
מַאי מְבָרֵךְ? אָמַר רַב יְהוּדָה: ״בָּרוּךְ גּוֹמֵל חֲסָדִים טוֹבִים״. אַבַּיֵּי אָמַר: וְצָרִיךְ לְאוֹדוֹיֵי קַמֵּי עַשְׂרָה, דִּכְתִיב: ״וִירוֹמְמוּהוּ בִּקְהַל עָם וְגוֹ׳״. מַר זוּטְרָא אָמַר: וּתְרֵין מִינַּייְהוּ רַבָּנָן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּבְמוֹשַׁב זְקֵנִים יְהַלְלוּהוּ״.

Que bénit-il ? Rav Yehuda a dit : « béni... qui accorde de bons bienfaits ».

Abaye a dit : et il faut rendre grâce devant dix, ainsi qu'il est écrit : « qu'ils L'exaltent dans l'assemblée du peuple, etc. ». Mar Zoutra a dit : et deux d'entre eux doivent être des maîtres, ainsi qu'il est dit : « et dans la séance des anciens qu'ils Le louent ».

📜 Rachi (1)
וִירוֹמְמוּהוּ בִּקְהַל עַם בְּסוֹף פָּרָשַׁת הַמִּזְמוֹר:
Qu'ils L'exaltent dans l'assemblée du peuple : à la fin du passage de ce psaume.
💡 Explication

Trois éléments se dégagent du même psaume : la formule de la bénédiction, le quorum de dix, tiré de « l'assemblée du peuple », et la présence de deux maîtres, tirée de « la séance des anciens », le pluriel indiquant au moins deux.

18
מַתְקִיף לַהּ רַב אַשִּׁי: וְאֵימָא כֻּולְּהוּ רַבָּנָן?! — מִי כְּתִיב ״בִּקְהַל זְקֵנִים״? ״בִּקְהַל עַם״ כְּתִיב. וְאֵימָא בֵּי עַשְׂרָה שְׁאָר עַמָּא, וּתְרֵי רַבָּנָן! קַשְׁיָא.

Rav Achi objecte : dis plutôt qu'ils doivent tous être des maîtres ! — Est-il écrit « dans l'assemblée des anciens » ? Il est écrit « dans l'assemblée du peuple ». — Dis alors : dix du reste du peuple, et deux maîtres en plus !

La question reste difficile.

🗂️ Tossefot (1)
וְאֵימָא בֵּי עֲשָׂרָה וּתְרֵי רַבָּנָן וְעָבְדִי לְחוּמְרָא וַאֲפִילּוּ לֵיכָּא תְּרֵי רַבָּנָן וְנָהֲגוּ הָעוֹלָם לְבָרֵךְ אַחַר שֶׁקּוֹרֵא בַּתּוֹרָה וְדַוְקָא בְּחוֹלֶה שֶׁנָּפַל לְמַטָּה אֲבָל חָשׁ בְּרֹאשׁוֹ אוֹ בְּמֵעָיו וְאֵינוֹ מֻוטָּל לְמַטָּה לֹא. ה"ר יוֹסֵף:
On agit par rigueur, même s'il n'y a pas deux maîtres présents. L'usage s'est répandu de réciter la bénédiction après avoir été appelé à la Torah. Et cela vaut précisément pour le malade tombé au lit ; celui qui souffre de la tête ou du ventre sans être alité ne bénit pas. Rabbenou Yossef.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְאֵימָא בַּעֲשָׂרָה שְׁאָר עַמָּא וּבִתְרֵין רַבָּנָן? הִנֵּה הָרֹא"שׁ זַ"ל פֵּירֵשׁ מַסְקָנַת הַגְּמָרָא דְּבָעֵינַן י"ב, עַייֵּן שָׁם. וּבָזֶה יוּבָן לִסְבָרָה זוֹ רֶמֶז הַכָּתוּב (תְּהִלִּים קט, פ) בְּתוֹךְ רַבִּים אַהַלְּלֵנוּ, רְצוֹנוֹ לוֹמַר תּוֹךְ תֵּיבַת ר בֵּי ם יֵשׁ י"ב, גַּם רַבִּים 'ב מָרִי', כִּי הֶחָכָם נִקְרָא 'מָרִי', וְזֶה רֶמֶז דְּבָעֵינַן תְּרֵי רַבָּנָן מֵאֵלּוּ הי"ב, וְלָמֶ"ד דְּבָעֵינַן עֲשָׂרָה בֵּין הַכֹּל, הָוֵי כְּנֶגֶד אוֹתִיּוֹת הַשֵּׁם בְּמִילּוּי ע"ב וס"ג ומ"ה שֶׁיֵּשׁ בּוֹ עֲשָׂרָה אוֹתִיּוֹת, וְלָמֶ"ד י"ב כְּנֶגֶד י"ב צֵירוּפֵי שֵׁם הֲוָיָ"ה ב"ה.
Dis alors : dix du reste du peuple et deux maîtres ? Le Roch de mémoire bénie a expliqué que la conclusion de la guemara demande douze, qu'on s'y reporte. Selon cette opinion se comprend l'allusion du verset « au milieu des nombreux je Le louerai » : à l'intérieur du mot rabim se trouvent les lettres qui valent douze ; et rabim se lit aussi be-mari (avec des maîtres), car le sage est appelé mari, allusion au fait qu'il faut deux maîtres parmi ces douze. Pour l'opinion qui exige dix en tout, cela correspond aux lettres du Nom dans ses pleins de valeur soixante-douze, soixante-trois et quarante-cinq, qui comptent dix lettres ; et pour l'opinion des douze, cela correspond aux douze permutations du Nom havaya, béni soit-Il.
💡 Explication

Deux lectures s'affrontent sur le même couple de versets. Si « anciens » qualifie l'assemblée entière, il faudrait dix maîtres, ce que le mot peuple exclut. Reste l'autre possibilité : dix du peuple auxquels s'ajoutent deux maîtres, soit douze. La guemara conclut par kacha, la question reste sans réponse.

Le Roch en tire une conséquence pratique : puisque rien n'est tranché, on agit par rigueur et l'on exige les deux conditions. Tossefot rapporte l'usage répandu de réciter la bénédiction après la lecture de la Torah, où les dix sont réunis, et limite l'obligation du malade à celui qui est tombé au lit.

19
רַב יְהוּדָה חֲלַשׁ וְאִתְּפַח. עָל לְגַבֵּיהּ רַב חָנָא בַּגְדָּתָאָה וְרַבָּנַן. אָמְרִי לֵיהּ: ״בְּרִיךְ רַחֲמָנָא דְּיַהֲבָךְ נִיהֲלַן וְלָא יַהֲבָךְ לְעַפְרָא״. אֲמַר לְהוּ: פְּטַרְתּוּן יָתִי מִלְּאוֹדוֹיֵי.

Rav Yehuda tomba malade et guérit. Rav Hana de Bagdad et les maîtres entrèrent chez lui.

Ils lui dirent : « béni soit le Miséricordieux qui t'a rendu à nous et ne t'a pas rendu à la poussière ». Il leur dit : vous m'avez exempté de rendre grâce.

📜 Rachi (2)
וְאִתְּפַח נִתְרַפֵּא:
Ve-itpah : il guérit.
בַּגְדְּתָאָה שֵׁם עִירוֹ בַּגְדָּד הִיא עִיר הַחֲשׁוּבָה שֶׁבְּבָבֶל מִשֶּׁחָרְבָה בָּבֶל:
De Bagdad : le nom de sa ville, Bagdad, qui est la ville importante de Babylonie depuis la ruine de Bavel.
🗂️ Tossefot (1)
פְּטַרְתַּן יָתִי מִלְּאוֹדוֹיֵי וא"ת וְהָא אָמְרִינַן בְּרָכָה שֶׁאֵין בָּהּ מַלְכוּת אֵינָהּ בְּרָכָה וְי"ל דְּרַב יְהוּדָה הָיָה מִתַּלְמִידֵי דְּרַב וְרַב סָבַר לְעֵיל בְּפֶרֶק כֵּיצַד מְבָרְכִין (בְּרָכוֹת דַּף מ:) דְּלָא בָּעֵינַן אֶלָּא הַזְכָּרַת הַשֵּׁם (אוֹ מַלְכוּת וְרַחֲמָנָא הַיְינוּ מַלְכוּת):
Si l'on demande : n'avons-nous pas dit qu'une bénédiction sans mention de la royauté n'est pas une bénédiction ? On peut répondre que Rav Yehuda était des disciples de Rav, et que Rav soutient plus haut, au chapitre Keitsad Mevarekhin (40b), qu'il suffit de mentionner le Nom (ou la royauté ; et Rahmana équivaut à la mention de la royauté).
💡 Explication

Le récit est un cas d'espèce de la halakha précédente. Les visiteurs bénissent eux-mêmes à la place du rescapé, et Rav Yehuda déclare son obligation acquittée. Deux difficultés se posent aussitôt, que la guemara traite au segment suivant : le quorum de dix, et le fait que le bénéficiaire n'a pas prononcé la bénédiction lui-même.

20
וְהָא אָמַר אַבָּיֵי בָּעֵי אוֹדוֹיֵי בְּאַפֵּי עַשְׂרָה! — דְּהָווּ בֵּי עֲשָׂרָה. וְהָא אִיהוּ לָא קָא מוֹדֵה! — לֹא צָרִיךְ, דְּעָנִי בָּתְרַיְיהוּ ״אָמֵן״.

Mais Abaye n'a-t-il pas dit qu'il faut rendre grâce devant dix ! — Ils étaient dix sur place. Mais lui-même n'a pas rendu grâce ! — Il n'en avait pas besoin, puisqu'il a répondu amen après eux.

💡 Explication

La réponse pose un principe général : celui qui répond amen après une bénédiction est tenu pour l'avoir dite. Le rescapé peut donc s'acquitter de la birkat hagomel par la bénédiction d'autrui, à condition d'y répondre amen et que les dix soient réunis.

21
אָמַר רַב יְהוּדָה: שְׁלֹשָׁה צְרִיכִין שִׁימּוּר, וְאֵלּוּ הֵן — חוֹלֶה, חָתָן, וְכַלָּה. בְּמַתְנִיתָא תַּנָּא: חוֹלֶה, חַיָּה, חָתָן, וְכַלָּה. וְיֵשׁ אוֹמְרִים: אַף אֲבָל. וְיֵשׁ אוֹמְרִים: אַף תַּלְמִידֵי חֲכָמִים בַּלַּיְלָה.

Rav Yehuda a dit : trois ont besoin d'être gardés, et les voici : le malade, le marié et la mariée. Dans une baraita il a été enseigné : le malade, la femme qui accouche, le marié et la mariée.

Et certains disent : même l'endeuillé. Et certains disent : même les disciples des sages, la nuit.

📜 Rachi (3)
שִׁימּוּר מִן הַמַּזִּיקִין:
Chimour (garde) : contre les mazikin.
חוֹלֶה שֶׁהוּרַע מַזָּלוֹ לְפִיכָךְ הַשָּׁד מִתְגָּרֶה בּוֹ וְכֵן חַיָּה אִשָּׁה שֶׁיָּלְדָה וְכֵן אָבֵל:
Le malade : son mazal est affaibli, c'est pourquoi le démon s'en prend à lui ; de même l'accouchée, la femme qui vient d'enfanter, et de même l'endeuillé.
חָתָן וְכַלָּה וְתַלְמִידֵי חֲכָמִים מִקִּנְאָתוֹ מִתְגָּרֶה בָּהֶם:
Le marié, la mariée et les disciples des sages : il s'en prend à eux par jalousie.
🪔 Ben Yehoyada (1)
שְׁלֹשָׁה צְרִיכִין שָׁמוּר, וְאֵלּוּ הֵן: חוֹלֶה, חָתָן וְכַלָּה. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י זַ"ל בְּחָתָן וְכַלָּה מֵחֲמַת קִנְאָתָם יִתְגָּרוּ בָּהֶם. וְיֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה יְקַנְּאוּ בְּחָתָן וְכַלָּה טְפֵי מִשְּׁאָר בְּנֵי אָדָם הָעוֹמְדִים בְּעֹושֶׁר וּגְדוּלָּה וּמַעֲלָה וּמֶמְשָׁלָה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַב הָרַב וִימַהֵר אַבְרָהָם נר"ו מ"ע הַשִּׁי"ן בְּשֵׁם מִדְרַשׁ תַּלְפִּיּוֹת, הַשֵּׁידִים יֵשׁ לָהֶם ז' מְלָכִים וְכָל אֶחָד יֵשׁ לוֹ שְׁלִיטָה בְּיוֹם א', וּלְכָל א' יְנִיקָה מִכּוֹכָב אֶחָד מִן ז' כּוֹכְבֵי לֶכֶת, עַיֵּין שָׁם, וְיָדוּעַ חָתָן וְכַלָּה יֵשׁ לָהֶם תֹּואַר מֶלֶךְ וּמַלְכְּתָא, וּמֶשֶׁךְ מַלְכוּתָם שִׁבְעָה יָמִים לְכָךְ יִתְקַנְּאוּ בָּהֶם כִּי הֵם אֵינָם שׁוֹלְטִים בְּמַלְכוּתָם ז' יָמִים רְצוּפִים. וְלָמֶ"ד אַף יוֹלְדוֹת נִרְאֶה לִי בס"ד, שֶׁמִּתַּגָּרִין בָּהּ עַל פִּי מַה שֶׁכָּתַב קה"י זַ"ל בְּשֵׁם רַבֵּינוּ זַ"ל בְּבֵיאוּר הַסָּבָא, דְּהַשֵּׁדִים נִרְאִין וּמִתְדַּמִּין בְּשִׁבְעָה מִינִין וְנֶחְלָקִין לְשִׁבְעָה מִינֵי טֻומְאָה, עַייֵּן שָׁם, וּלְפִי זֶה לְכָךְ מִתְגָּרִין בַּיּוֹלְדוֹת שֶׁיֵּשׁ לָהּ שִׁבְעָה יְמֵי טֻומְאָה, דִּכְתִיב (וַיִּקְרָא יב, ב) וּטְמֵאָה שְׂבֵעַת יָמִים, וּנְקֵבָה שִׁבְעָה כְּפוּלִים, וּכְשֶׁרוֹאִין אוֹתָהּ לְבַדָּהּ רוֹצִים לְהִדָּבֵק, וּלְכָךְ אֶפְשָׁר שֶׁתִּהְיֶה נִיזֶּקֶת מֵהֶם, וּמַה שֶׁאָמַר אַף תַּלְמִיד חָכָם בַּלַּיְלָה, מִפְּנֵי שֶׁהַלַּיְלָה הִיא שְׁלִיטָתָם, וּכְלֵי זַיִן הַדּוֹחֶה אוֹתָם הוּא עֵסֶק הַתּוֹרָה הַמָּצוּי אֵצֶל תַּלְמִידֵי חֲכָמִים, דִּכְתִיב (אִיּוֹב ה' ז') וּבְנֵי רֶשֶׁף, אֵלּוּ מַזִּיקִין, יַגְבִּיהוּ עוֹף, הוּא לִימּוּד הַתּוֹרָה, וְאִיכָּא בַּיְּרוּשַׁלְמִי שֶׁרַבִּי חִינְנָא בַּר פָּפָּא הֲוָה מְחַלֵּק צְדָקָה בַּלַּיְלָה, פָּגַע בּוֹ שַׂר הַשֵּׁדִים, אָמַר לוֹ לֹא כָּךְ לָמַדְתָּ אַל תַּסִּיג גְּבוּל רֵעֶךָ [וְהַלַּיְלָה הוּא הַגְּבוּל שֶׁל הָרוּחוֹת וְהַשֵּׁדִים, וְלֹא שֶׁל בְּנֵי הָאָדָם, וְלָכֵן לָמָּה אַתָּה נִכְנָס בִּתְחוּמֵי? אֲמַר לֵיהּ רַבִּי חֲנִינָא בַּר פָּפָּא: וְלֹא כֵּן כְּתִיב (מִשְׁלֵי כא, יא) מַתָּן בַּסֵּתֶר יִכְפֶּה אָף? וַהֲוָה מִתְכַּפֵּי מִינֵּיהּ וַעֲרַק מִן קָמוּי כְּלוֹמַר הַשָּׁד הִתְכּוֹפֵף וּבָרַח מִמֶּנּוּ] ?! עַיֵּין שָׁם , לְכָךְ תַּלְמִיד חָכָם צָרִיךְ שִׁימּוּר בַּלַּיְלָה טְפֵי.
Trois ont besoin d'être gardés, et les voici : le malade, le marié et la mariée. Rachi de mémoire bénie a expliqué, pour le marié et la mariée, que les démons s'en prennent à eux par jalousie. On peut demander : pourquoi seraient-ils jaloux du marié et de la mariée plus que des autres hommes établis dans la richesse, la grandeur, le rang et le pouvoir ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, d'après ce qu'a écrit le rav de l'ouvrage Vayemaher Avraham, que le Miséricordieux le garde, à la lettre chin, au nom du Midrach Talpiot : les chedim ont sept rois, chacun exerçant son pouvoir un jour, et chacun tirant son alimentation d'une des sept planètes, qu'on s'y reporte. Or il est connu que le marié et la mariée ont le titre de roi et de reine, et que la durée de leur royauté est de sept jours ; c'est pourquoi ils en sont jaloux, car eux-mêmes ne règnent pas sept jours consécutifs. Pour l'opinion qui ajoute la femme qui accouche, il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'ils s'en prennent à elle d'après ce qu'a écrit le Kehilat Yaakov de mémoire bénie au nom de notre maître de mémoire bénie, dans l'explication du Sava : les chedim se montrent et prennent l'apparence de sept espèces et se divisent en sept sortes d'impureté, qu'on s'y reporte. Selon cela, ils s'en prennent à l'accouchée, qui a sept jours d'impureté, ainsi qu'il est écrit « elle sera impure sept jours », et pour une fille sept jours doubles ; et quand ils la voient seule ils veulent s'attacher à elle, de sorte qu'elle risque d'en subir un dommage. Et ce qu'il dit, même un disciple des sages la nuit : parce que la nuit est le temps de leur pouvoir, et que l'arme qui les repousse est l'étude de la Torah, qui se trouve chez les disciples des sages, ainsi qu'il est écrit « et les fils de rechef » — ce sont les mazikin — « s'élèvent en volant » — c'est l'étude de la Torah. Et il y a dans le Talmud de Jérusalem que Rabbi Hinena bar Papa distribuait la tsedaka de nuit ; le prince des démons le rencontra et lui dit : n'as-tu pas appris « ne déplace pas la frontière de ton prochain » ? [la nuit est la frontière des esprits et des démons, non celle des hommes ; pourquoi donc entres-tu dans mon domaine ? Rabbi Hanina bar Papa lui répondit : et n'est-il pas écrit « un don en secret apaise la colère » ? Le démon se courba devant lui et s'enfuit], qu'on s'y reporte. C'est pourquoi le disciple des sages a davantage besoin d'être gardé la nuit.
⚖️ Rosh (2)
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב ד' צְרִיכִים לְהוֹדוֹת יוֹרְדֵי הַיָּם בָּאֳנִיּוֹת וְהוֹלְכֵי מִדְבָּרִיּוֹת וּמִי שֶׁהָיָה חוֹלֶה וְנִתְרַפֵּא וּמִי שֶׁהָיָה חָבוּשׁ בְּבֵית הָאֲסוּרִין וְיָצָא יוֹרְדֵי הַיָּם דִּכְתִיב יוֹרְדֵי הַיָּם בָּאֳנִיּוֹת וְגוֹ' וּכְתִיב וַיִּשְׂמְחוּ כִי יִשְׁתֹּוקוּ וַיַּנְחֵם אֶל מְחוֹז חֶפְצָם וּכְתִיב יוֹדוּ לַה' חַסְדּוֹ וְגוֹ' הוֹלְכֵי מִדְבָּרוֹת דִּכְתִיב תָּעוּ בַמִּדְבָּר בִּישִׁימוֹן דָּרֶךְ עִיר מוֹשָׁב לֹא מָצָאוּ וְגוֹ' וְיַדְרִיכֵם בְּדֶרֶךְ יְשָׁרָה וְגוֹ' וּכְתִיב יוֹדוּ לַה' חַסְדּוֹ וְגוֹ' מִי שֶׁהָיָה חוֹלֶה וְנִתְרַפֵּא דִּכְתִיב אֱוִילִים מִדֶּרֶךְ פִּשְׁעָם וּמֵעֲוֹנֹותֵיהֶם יִתְעַנּוּ כָּל אֹוכֶל תְּתַעֵב נַפְשָׁם וְגוֹ' יִשְׁלַח דְּבָרוֹ וְיִרְפָּאֵם וְגוֹ' וּכְתִיב יוֹדוּ לַה' חַסְדּוֹ וְגוֹ' מִי שֶׁהָיָה חָבוּשׁ בְּבֵית הָאֲסוּרִים וְיָצָא דִּכְתִיב יֹושְׁבֵי חֹשֶׁךְ וְצַלְמָוֶת אֲסִירֵי עֳנִי וּבַרְזֶל וְגוֹ' יוֹצִיאֵם מֵחֹשֶׁךְ וְצַלְמָוֶת וּמוֹסְרוֹתֵיהֶם יְנַתֵּק וּכְתִיב יוֹדוּ לַה' חַסְדּוֹ וְגוֹ' מַאי מְבָרֵךְ א"ר יְהוּדָה אָמַר רַב בָּרוּךְ גּוֹמֵל לְחַיָּיבִים טוֹבוֹת שֶׁגְּמָלַנִי כָּל טוֹב אָמַר אַבַּיֵּי וְצָרִיךְ לְאוֹדוֹיֵי בְּאַנְפֵּי עֲשָׂרָה שֶׁנֶּאֱמַר וִירוֹמְמוּהוּ בִּקְהַל עַם א"ר הוּנָא וְהוּא דְּאִיכָּא תְּרֵי רַבָּנָן בַּהֲדַיְיהוּ דִּכְתִיב וּבְמוֹשַׁב זְקֵנִים יְהַלְלוּהוּ מַתְקֵיף לַהּ רַב אָשֵׁי וְאֵימָא בֵּי עֲשָׂרָה וּתְרֵי רַבָּנָן קַשְׁיָא וְכֵיוָן דְּלָא אִיפַּשְׁטָא לָן עָבְדִינַן לְחוּמְרָא וּבָעֵינַן תַּרְוַוייְהוּ וְרַב אִלְפָּס זַ"ל לֹא כָּתַב כֵּן וְנָהֲגוּ בְּאַשְׁכְּנַז וּבְצָרְפַת שֶׁאֵין מְבָרְכִין בִּרְכַּת הַגּוֹמֵל כְּשֶׁהוֹלְכִים מֵעִיר לָעִיר דִּסְבִירָא לְהוּ שֶׁלֹּא הִצְרִיכוּ לְהוֹדוֹת אֶלָּא הוֹלְכֵי מִדְבָּרִיּוֹת דִּשְׁכִיחִי בֵּיהּ חַיּוֹת וְלִסְטִים וְהָא דְּאָמְרִינַן בִּירוּשַׁלְמִי כָּל הַדְּרָכִים בְּחֶזְקַת סַכָּנָה לֹא אָמְרוּ אֶלָּא לְעִנְיַן תְּפִלַּת הַדֶּרֶךְ בִּלְבַד שֶׁבְּכָל הַדְּרָכִים צָרִיךְ אָדָם לְבַקֵּשׁ עַל נַפְשׁוֹ אֲבָל בִּרְכַּת הַגּוֹמֵל בִּמְקוֹם תּוֹדָה נִתְקְנָה וְכֵן כָּתַב ה"ר יוֹסֵף זַ"ל דַּוְקָא חוֹלֶה שֶׁנָּפַל לְמַטָּה אֲבָל אִם חָשׁ בְּרֹאשׁוֹ אוֹ בְּמֵעָיו א"צ לְבָרֵךְ אֲבָל בְּעָרוּוּךְ מַשְׁמַע אֲפִי' חָשׁ בְּרֹאשׁוֹ וּבְמֵעָיו: רַב יְהוּדָה חֲלַשׁ וְאִתְּפַח עָל לְגַבֵּיהּ רַב הוּנָא חִנָּא בַּגְדְּתָאָה וְרַבָּנָן אָמְרוּ לֵיהּ בְּרִיךְ רַחֲמָנָא דְּיַהֲבָךְ לָן וְלָא יַהֲבָךְ לְעַפְרָא אֲמַר לְהוּ פְּטַרְתּוּן יָתִי מִלְּאוֹדוֹיֵי כְּגוֹן שֶׁהָיָה בְּאוֹתָהּ בְּרָכָה שֵׁם וּמַלְכוּת כְּגוֹן דְּאָמְרִי בְּרִיךְ רַחֲמָנָא מַלְכָּא דְּעָלְמָא כִּדְשַׁנִּינַן לְעֵיל (בְּרָכוֹת דַּף מ:) גַּבֵּי בִּנְיָמִין רָעֲיָא כְּרִיךְ רִיפְתָּא וְהָאָמַר אַבַּיֵּי צָרִיךְ לְאוֹדוֹיֵי בְּאַנְפֵּי עַשְׂרָה דַּהֲווֹ בֵּי עַשְׂרָה הָא לָאו אִיהוּ קָמוֹדֵי לָא צְרִיכָא דְּעָנִי בָּתְרַיְיהוּ אָמֵן:
Rav Yehuda a dit au nom de Rav : quatre doivent rendre grâce, ceux qui descendent en mer sur des navires, ceux qui marchent au désert, celui qui a été malade et a guéri, et celui qui était détenu en prison et en est sorti. Ceux qui descendent en mer, comme il est écrit : « ceux qui descendent en mer sur des navires, etc. » ; et il est écrit : « et ils se réjouirent de ce qu'ils s'apaisèrent, et Il les conduisit au port de leur désir » ; et il est écrit : « qu'ils rendent grâce à ה' pour sa bonté, etc. ». Ceux qui marchent au désert, comme il est écrit : « ils erraient au désert, dans la solitude du chemin, ils ne trouvaient pas de ville habitée, etc. » ; « et Il les conduisit par un chemin droit, etc. » ; et il est écrit : « qu'ils rendent grâce à ה' pour sa bonté, etc. ». Celui qui a été malade et a guéri, comme il est écrit : « des insensés, à cause de la voie de leur faute et à cause de leurs iniquités, sont affligés ; leur âme a tout aliment en dégoût, etc. » ; « Il envoya sa parole et les guérit, etc. » ; et il est écrit : « qu'ils rendent grâce à ה' pour sa bonté, etc. ». Celui qui était détenu en prison et en est sorti, comme il est écrit : « ceux qui habitent les ténèbres et l'ombre de la mort, prisonniers de la misère et des fers, etc. » ; « Il les fit sortir des ténèbres et de l'ombre de la mort et brisa leurs liens » ; et il est écrit : « qu'ils rendent grâce à ה' pour sa bonté, etc. ». Que bénit-il ? Rav Yehuda a dit au nom de Rav : « béni... qui accorde de bons bienfaits aux coupables, qui m'a accordé tout bien ». Abaye a dit : et il faut rendre grâce devant dix, ainsi qu'il est dit : « qu'ils L'exaltent dans l'assemblée du peuple ». Rav Houna a dit : à condition qu'il y ait deux maîtres parmi eux, ainsi qu'il est écrit : « et dans la séance des anciens qu'ils Le louent ». Rav Achi objecte : dis plutôt dix, et deux maîtres en plus. La question reste difficile ; et puisque rien n'a été tranché pour nous, nous agissons par rigueur et nous exigeons les deux conditions. Le Rif de mémoire bénie n'a pas écrit ainsi. L'usage en Achkenaz et en France est de ne pas dire la birkat hagomel quand on va d'une ville à l'autre, car ils tiennent que l'obligation de rendre grâce n'a été imposée qu'à ceux qui marchent au désert, où se trouvent couramment des bêtes sauvages et des brigands ; et ce que nous disons dans le Talmud de Jérusalem, que toutes les routes sont présumées dangereuses, n'a été dit qu'à propos de la tefilat haderekh seulement, car sur toute route l'homme doit demander pour sa vie, tandis que la birkat hagomel a été instituée à la place du sacrifice de toda. Ainsi a écrit Rabbenou Yossef de mémoire bénie : cela vaut précisément pour le malade tombé au lit, mais celui qui souffre de la tête ou du ventre n'a pas à bénir ; du Aroukh il ressort cependant que même celui qui souffre de la tête ou du ventre bénit. Rav Yehuda tomba malade et guérit ; Rav Houna, Rav Hana de Bagdad et les maîtres entrèrent chez lui et lui dirent : « béni soit le Miséricordieux qui t'a rendu à nous et ne t'a pas rendu à la poussière » ; il leur dit : vous m'avez exempté de rendre grâce. Il s'agit d'un cas où cette bénédiction comportait le Nom et la royauté, par exemple s'ils ont dit « béni soit le Miséricordieux, roi du monde », comme nous l'avons expliqué plus haut (40b) à propos de Binyamin le berger qui mangeait son pain. Et Abaye n'a-t-il pas dit qu'il faut rendre grâce devant dix ? Ils étaient dix sur place. Mais lui-même n'a pas rendu grâce ! Il n'en avait pas besoin, puisqu'il a répondu amen après eux.
אָמַר רַב שְׁלֹשָׁה צְרִיכִין שִׁימּוּר חוֹלֶה חַיָּה וְכַלָּה בְּמַתְנִיתָא תָּנָא חוֹלֶה חַיָּה חָתָן וְכַלָּה וי"א אַף אָבֵל וי"א אַף ת"ח בַּלַּיְלָה א"ר יְהוּדָה שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים מַאֲרִיכִין לוֹ יָמָיו וּשְׁנוֹתָיו שֶׁל אָדָם הַמַּאֲרִיךְ בִּתְפִלָּתוֹ וְהַמַּאֲרִיךְ עַל שֻׁולְחָנוֹ וְהַמַּאֲרִיךְ בְּבֵית הַכִּסֵּא וא"ר יְהוּדָה שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים מְקַצְּרִין יָמָיו וּשְׁנוֹתָיו שֶׁל אָדָם מִי שֶׁנּוֹתְנִין לוֹ ס"ת לִקְרוֹת וְאֵין קוֹרֵא כּוֹס שֶׁל בְּרָכָה לְבָרֵךְ וְאֵין מְבָרֵךְ וְהַמַּנְהִיג עַצְמוֹ בְּרַבָּנוּת ס"ת דִּכְתִיב כִּי הוּא חַיֶּיךָ וְאֹורֶךְ יָמֶיךָ כּוֹס שֶׁל בְּרָכָה דִּכְתִיב וַאֲבָרְכָה מְבָרְכֶיךָ וְהַמַּנְהִיג עַצְמוֹ בְּרַבָּנוּת דְּאָמַר רַב יְהוּדָה וְאִיתֵּימָא רַב אַחָא בַּר חִינְנָא מִפְּנֵי מַה מֵת יוֹסֵף קֹודֶם אָחִיו מִפְּנֵי שֶׁהִנְהִיג עַצְמוֹ בְּרַבָּנוּת אָמַר רַבִּי יִצְחָק אֵין מַעֲמִידִין פַּרְנָס עַל הַצִּבּוּר עַד שֶׁנִּמְלָכִים בַּצִּבּוּר שֶׁנֶּאֱמַר רְאוּ קָרָא ה' בְּשֵׁם בְּצַלְאֵל:
Rav a dit : trois ont besoin d'être gardés, le malade, l'accouchée et la mariée. Dans une baraita il a été enseigné : le malade, l'accouchée, le marié et la mariée ; et certains disent : même l'endeuillé ; et certains disent : même un disciple des sages, la nuit. Rav Yehuda a dit : trois choses allongent les jours et les années de l'homme : celui qui prolonge sa prière, celui qui prolonge son repas à table, et celui qui prolonge son séjour aux lieux d'aisance. Et Rav Yehuda a dit : trois choses raccourcissent les jours et les années de l'homme : celui à qui l'on donne un sefer Torah pour lire et qui ne lit pas, celui à qui l'on donne la coupe de la bénédiction pour bénir et qui ne bénit pas, et celui qui se conduit avec autorité. Le sefer Torah, comme il est écrit « car c'est ta vie et la longueur de tes jours » ; la coupe de la bénédiction, comme il est écrit « et je bénirai ceux qui te bénissent » ; celui qui se conduit avec autorité, comme l'a dit Rav Yehuda, et certains disent Rav Aha bar Hinena : pourquoi Yossef est-il mort avant ses frères ? Parce qu'il s'est conduit avec autorité. Rabbi Yitshak a dit : on n'établit pas un responsable sur la communauté sans consulter la communauté, ainsi qu'il est dit : « voyez, ה' a appelé par son nom Betsalel ».
💡 Explication

Rav Yehuda ouvre ici une série de listes numérotées, qui se poursuit jusqu'à la fin du chapitre. Celle-ci porte sur le chimour, la garde contre les mazikin. Le nombre grandit d'énoncé en énoncé : trois, puis quatre avec l'accouchée, puis l'endeuillé, puis le talmid 'hakham la nuit.

Rachi distingue deux causes qui recouvrent deux groupes. Le malade, l'accouchée et l'endeuillé sont exposés parce que leur mazal est affaibli ; le marié, la mariée et le disciple des sages, parce qu'on les envie. La même mesure de prudence répond ainsi à deux situations opposées, la faiblesse et l'éclat.

🖼️ Schéma
Qui a besoin d'être gardé, et pour quelle raison Rav Yehuda : trois le malade, le marié et la mariée Baraita : quatre le malade, l'accouchée, le marié et la mariée Yech omrim : on ajoute l'endeuillé le talmid 'hakham, la nuit Rachi, première raison le mazal est affaibli : malade, accouchée, endeuillé le mazik s'en prend à eux Rachi, seconde raison la jalousie : marié, mariée, talmid 'hakham on les envie et on les provoque
Les listes successives de ceux qui ont besoin d'être gardés, et les deux raisons distinctes que donne Rachi.
22
וְאָמַר רַב יְהוּדָה: שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים הַמַּאֲרִיךְ בָּהֶן מַאֲרִיכִין יָמָיו וּשְׁנוֹתָיו שֶׁל אָדָם. הַמַּאֲרִיךְ בִּתְפִלָּתוֹ, וְהַמַּאֲרִיךְ עַל שֻׁלְחָנוֹ, וְהַמַּאֲרִיךְ בְּבֵית הַכִּסֵּא.

Et Rav Yehuda a dit : trois choses, pour qui les prolonge, allongent les jours et les années de l'homme : celui qui prolonge sa prière, celui qui prolonge son repas à table, et celui qui prolonge son séjour aux lieux d'aisance.

📜 Rachi (2)
וְהַמַּאֲרִיךְ עַל שֻׁלְחָנוֹ שֶׁמִּתּוֹךְ כָּךְ עֲנִיִּים בָּאִין וּמִתְפַּרְנְסִים:
Et celui qui prolonge son repas à table : car de la sorte des pauvres viennent et se nourrissent.
וְהַמַּאֲרִיךְ בְּבֵית הַכִּסֵּא רְפוּאָה הִיא לוֹ:
Et celui qui prolonge son séjour aux lieux d'aisance : c'est pour lui une chose salutaire.
🪔 Ben Yehoyada (1)
שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים מַאֲרִיכִין יָמָיו שֶׁל אָדָם. נִרְאֶה לִי בס"ד טַעַם לְכָל הָנֵי, כִּי יֵשׁ אֲרִיכוּת יָמִים בְּאֵיכוּת שֶׁאֵין לוֹ דַּאֲגוֹת בְּלִבּוֹ וְאָז הַיּוֹם נֶחְשָׁב אֶצְלוֹ כְּעֵרֶךְ שָׁבוּעַ, מַה שֶׁאֵין כֵּן אָדָם מָלֵא דַּאֲגוֹת וּפַחַד הַיּוֹם רוֹאֵהוּ קָצָר כְּעֵרֶךְ שָׁעָה אַחַת, וְיֵשׁ רִבּוּי בְּכִימוֹת הַשָּׁנִים שֶׁיִּחְיֶה שָׁנִים הַרְבֵּה בְּמִסְפָּר, לָזֶה אָמַר (מִשְׁלֵי ט, יא) כִּי בִי יִרְבּוּ יָמֶיךָ 'בְּאֵיכוּת', וְיוֹסִיפוּ לְּךָ שְׁנוֹת חַיִּים 'בְּכַמּוּת', מַעֲשֶׂה בִּשְׁנַיִם שֻׁותָּפִים הָרוֹוְחָם שָׁוֶה וְהוֹצֵאתֶם שָׁוָה, וְאֶחָד הָיָה בָּרִיא וְשֶׁמֶן וְאֶחָד חָלוּשׁ וְכָחוּשׁ מְאֹד, מִפְּנֵי שֶׁזֶּה יֵשׁ לוֹ אֱמוּנָה בְּהַשְׁגָּחָתוֹ יִתְבָּרֵךְ שֶׁהַכֹּל בְּיָדוֹ לְכָךְ לֹא יִדְאַג עַל שׁוּם דָּבָר, וְהוּא חַי בְּטוֹב וְהַשֵּׁנִי אֵין לוֹ אֱמוּנָה כָּל כָּךְ וְלָכֵן מָלֵא דַּאֲגוֹת, וְלָזֶה הַמַּאֲרִיךְ בִּתְפִלָּתוֹ מִפְּנֵי שֶׁיֵּשׁ לוֹ אֱמוּנָה בְּהַשֵּׁם יִתְבָּרֵךְ שֶׁהַכֹּל מָסוּר בְּיָדוֹ וְהוּא הָעוֹשֶׂה, לְכָךְ מַאֲרִיכִין לוֹ יָמָיו דַּיְיקָא, רְצוֹנוֹ לוֹמַר 'אֲרִיכוּת שֶׁל אֵיכוּת' כִּי כֵן הַגִּרְסָא בְּעֵין יַעֲקֹב, יָמָיו וְלָא גָּרֵיס וּשְׁנוֹתָיו, וְהַיְינוּ דְּקָאֵי עַל הָאֵיכוּת דְּאָז אֵין לוֹ דְּאָגָה וְיֵשׁ לוֹ אֲרִיכוּת יָמִים בְּאֵיכוּת. וְהַמַּאֲרִיךְ בְּשֻׁלְחָנוֹ הַיְינוּ כְּדֵי שֶׁיִּתֵּן לֶעָנִי מַאֲכָל מִן הַשֻּׁולְחָן, וְיֵשׁ בָּזֶה עֲדִיפוּת טְפֵי עַל שְׁאָר צְדָקָה שֶׁעוֹשֶׂה אָדָם מִן מָמוֹנוֹ, מִשּׁוּם דִּמְקָרְבָא הֲנָיָיתֵיהּ, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בְּתַעֲנִית (דַּף כג) בִּדְבִיְּתָהוּ דְּאַבָּא חִלְקִיָּה שֶׁקָּדַם וְעָלָה עָנָן מִצַּד זָוִית שֶׁלָּהּ, וְכֵן אִיתָא בִּכְתֻובּוֹת (דַּף סג) בִּדְבִיְּתָהוּ דְּמַר עוּקְבָא עַייֵּן שָׁם [מַר עִקְבָּא – הָיָה עָנִי בִּשְׁכוּנָתוֹ, וְהָיָה רָגִיל בְּכָל יוֹם לִזְרֹק לוֹ אַרְבָּעָה זוּזִים בְּצִנּוֹר הַדֶּלֶת. פַּעַם אַחַת אָמַר: אֵלֵךְ וְאֶרְאֶה מִי עוֹשֶׂה עִמִּי טוֹבָה זוֹ. אוֹתוֹ הַיּוֹם שָׁהָה מַר עִקְבָּא בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ הַרְבֵּה וְהָלְכָה אִשְׁתּוֹ עִמּוֹ.כֵּיוָן שֶׁרְאֵם הֶעָנִי שֶׁהִטּוּ עַצְמָם לְדֶלֶת – יָצָא אַחֲרֵיהֶם. בָּרְחוּ וְנִכְנְסוּ שְׁנֵיהֶם לְתַנּוּר גָּרוּף, נִכְווּ רַגְלָיו שֶׁל מַר עִקְבָּא. אָמְרָה לוֹ אִשְׁתּוֹ: תֵּן רַגְלֶיךָ עַל רַגְלִי. חָלְשָׁה דַּעְתּוֹ! אָמְרָה לוֹ: אֲנִי מְצוּיָה בְּתוֹךְ הַבַּיִת וַהֲנָאָתִי קְרוֹבָה] וְלָכֵן זֶה הַמַּאֲרִיךְ בְּשֻׁלְחָנוֹ דְּאָז נוֹתֵן לַעֲנִיִּים דְּבַר מַאֲכָל דִּמְקָרְבָא הֲנָאָתוֹ לֶעָנִי יַאֲרִיךְ הקב"ה אֶת יָמָיו בָּאֵיכוּת שֶׁיִּהְיֶה נֶהֱנֶה מִן אֲכִילָה וּשְׁתִיָּה וְשֵׁינָה וִישִׁיבָה כֵּיוָן שֶׁאֵינוֹ רוֹאֶה שׁוּם צַעַר וּדְאָגָה כְּלָל, וְהַמַּאֲרִיךְ בְּבֵית הַכִּסֵּא בָּזֶה תִּהְיֶה אִצְטוֹמְכָא שֶׁלּוֹ נְקִיָּה תָּמִיד וְאָז תֶּעֱרַב לוֹ אֲכִילָתוֹ מְאֹד, וּמֵאַחַר שֶׁנִּתְעָרֵב לוֹ פּוֹעֶלֶת בְּגוּפוֹ כֹּחַ גָּדוֹל וּבְרִיאוּת טוֹבָה וְאָז מַרְגִּישׁ בְּרִבּוּי הָאֵיכוּת שֶׁל יָמָיו, שֶׁהָיָה דֶּשֶׁן וְרַעֲנָן בָּהֶם.
Trois choses allongent les jours de l'homme. Il me semble, avec l'aide du Ciel, en donner la raison pour chacune. Il existe un allongement des jours en qualité : celui qui n'a pas de souci dans le cœur, pour qui la journée compte comme une semaine, tandis que l'homme rempli d'inquiétude et de crainte voit sa journée courte comme une seule heure ; et il existe une multiplication en quantité des années, pour celui qui vit un grand nombre d'années. C'est ce que dit le verset : « car par moi tes jours se multiplieront », en qualité, « et des années de vie te seront ajoutées », en quantité. Il arriva que deux associés eurent le même gain et la même dépense, et que l'un était sain et gras tandis que l'autre était faible et très maigre : parce que le premier avait foi dans la providence du Nom, qu'Il soit béni, tout étant dans sa main, il ne s'inquiétait de rien et vivait bien, tandis que le second n'avait pas une telle foi et était donc rempli de soucis. Ainsi, celui qui prolonge sa prière le fait parce qu'il a foi dans le Nom, qu'Il soit béni, que tout Lui est remis et que c'est Lui qui agit ; c'est pourquoi on lui allonge précisément ses jours, c'est-à-dire un allongement de qualité, car telle est la version du Ein Yaakov, « ses jours » sans « et ses années », ce qui vise la qualité : alors il n'a pas de souci et jouit d'un allongement de jours en qualité. Celui qui prolonge son repas à table le fait afin de donner au pauvre de la nourriture de sa table, et il y a là un avantage sur les autres formes de tsedaka qu'un homme fait de son argent, parce que le bénéfice en parvient de plus près, comme il est dit dans Taanit (23a) au sujet de l'épouse d'Abba Hilkia, pour qui le nuage monta d'abord de son côté, et de même dans Ketoubot (63a) au sujet de l'épouse de Mar Oukva, qu'on s'y reporte. [Mar Oukva avait un pauvre dans son voisinage, et il avait coutume de lui jeter chaque jour quatre zouz par la fente de la porte. Un jour le pauvre se dit : j'irai voir qui me fait ce bien. Ce jour-là Mar Oukva s'attarda longuement à la maison d'étude et sa femme l'accompagna. Quand le pauvre les vit se pencher vers la porte, il sortit derrière eux ; ils s'enfuirent et entrèrent tous deux dans un four dont on avait retiré les braises, et les pieds de Mar Oukva furent brûlés. Sa femme lui dit : pose tes pieds sur les miens. Il en fut affecté. Elle lui dit : je me tiens dans la maison et mon bénéfice parvient de plus près.] C'est pourquoi celui qui prolonge son repas à table, donnant alors aux pauvres de la nourriture dont le bénéfice leur parvient de plus près, le Saint, béni soit-Il, lui allonge ses jours en qualité : il jouira du manger, du boire, du sommeil et du repos, puisqu'il ne connaît ni peine ni souci. Et celui qui prolonge son séjour aux lieux d'aisance garde par là son estomac toujours net, et sa nourriture lui est alors très agréable ; comme elle lui est agréable, elle produit dans son corps une grande force et une bonne santé, et il ressent alors l'abondance de qualité de ses jours, y étant gras et vigoureux.
💡 Explication

Une seconde liste de trois, bâtie sur un seul verbe : maarikh, prolonger. Les trois cas sont hétérogènes, et Rachi donne pour chacun une raison propre : la table prolongée permet au pauvre d'arriver et de manger ; le séjour prolongé aux lieux d'aisance est une mesure d'hygiène.

23
וְהַמַּאֲרִיךְ בִּתְפִלָּתוֹ מְעַלְּיוּתָא הִיא? וְהָאָמַר רַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן:

Et prolonger sa prière serait une qualité ? Rabbi Hiya bar Abba n'a-t-il pas dit au nom de Rabbi Yo'hanan :

💡 Explication

Le daf s'interrompt sur l'objection : ailleurs, celui qui prolonge sa prière en comptant sur son acceptation finit par en avoir le cœur malade. La réponse se trouve au début du daf suivant.

✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).