Berakhot 55a — Ce qui allonge et ce qui abrège les jours, la nomination du dirigeant, et l'ouverture de la sougya des rêves

Berakhot 55a

Sougya : Le daf achève la série de Rav Yehuda sur les conduites qui allongent les jours et il en résout les objections : prolonger sa prière vaut à condition de ne pas compter sur son exaucement, prolonger aux latrines vaut à condition de ne pas s'y suspendre. Il énonce ensuite les trois conduites qui abrègent les jours, chacune adossée à un verset, et la mort de Yossef avant ses frères en fournit l'illustration.

Vient alors une série sur ce qui dépend directement du Ciel : trois choses requièrent miséricorde, trois autres sont proclamées par le Saint béni soit-Il Lui-même, dont le bon parnas. De là, la Guemara tire la règle de nomination des dirigeants, qui exige la consultation de la communauté, et elle développe la figure de Betsalel : son nom, sa sagesse, sa capacité à rétablir l'ordre exact de l'ordre divin, et le principe que la sagesse n'est donnée qu'à qui en possède déjà.

Le daf s'ouvre enfin sur le grand traité des rêves, avec les maximes de Rav Hisda et le rapport du grain à la paille.

Rav Yehuda : les deux séries de trois Allongent les jours et les années Abrègent les jours et les années 1. Prolonger sa prière Objection : celui qui compte sur elle vient à la douleur de cœur. Réponse : il multiplie les supplications. 2. Prolonger à sa table Motif : peut-être un pauvre viendra. La table de l'homme expie comme l'autel. 3. Prolonger aux latrines Objection : dix choses amènent les tahtoniyot, dont se suspendre. Réponse : prolonger sans se suspendre. Preuve vivante : Rabbi Yehuda fils de Rabbi Ilai et les vingt-quatre latrines du chemin. 1. Reçoit un sefer Torah et ne lit pas car elle est ta vie et la longueur de tes jours Devarim 30,20 2. Reçoit la coupe et ne bénit pas et je bénirai ceux qui te bénissent Berechit 12,3 3. Se conduit avec rabbanout Yossef mourut avant ses frères Chemot 1,6 ; Rabbi Hama bar Hanina Ben Yehoyada : la charge acceptée par le public échappe à ce reproche.
Les deux séries de Rav Yehuda, avec les objections de la Guemara et leurs réponses.
La nomination de Betsalel : trois accords Le Saint béni soit-Il Vois, j'ai appelé par son nom Moche s'il Te convient, à moi aussi Israël à nous à plus forte raison Règle de Rabbi Yits'hak : on n'établit un parnas qu'après avoir consulté la communauté. Ordre transmis par Moche 1. aron 2. ustensiles 3. michkan ordre de la parachat Terouma Ordre rétabli par Betsalel 1. michkan 2. aron 3. ustensiles ordre de la parachat Ki Tissa, conforme à l'ordre divin
La chaîne d'accord exigée pour nommer un dirigeant, et le désaccord sur l'ordre des travaux du michkan.
Les maximes de Rav Hisda sur le rêve Le rêve attend son sens Un rêve non interprété est comme une lettre non lue. Rachi : le rêve suit l'interprétation. Le rêve se réalise en partie Ni le bon ni le mauvais rêve ne se réalisent tout entiers. Preuve : le rêve de Yossef. Le rêve mélangé Pas de grain sans paille, pas de rêve sans paroles vaines. Rabbi Chimon bar Yohai. Le mauvais rêve Il vaut mieux que le bon rêve. Rachi : il amène l'homme à la techouva. Sa tristesse lui suffit : l'affliction qu'il provoque annule sa réalisation. Il est plus dur que la flagellation. Le bon rêve Il requiert une demande de miséricorde. Sa joie lui suffit : la gaieté qu'il donne dissipe sa réalisation. Rav Yossef : même pour moi, privé de la vue, la gaieté du rêve le dissipe.
La doctrine du rêve selon Rav Hisda, ouverture de la sougya qui court jusqu'à 57b.
1
כָּל הַמַּאֲרִיךְ בִּתְפִלָּתוֹ וּמְעַייֵּן בָּהּ — סוֹף בָּא לִידֵי כְּאֵב לֵב, שֶׁנֶּאֱמַר: ״תּוֹחֶלֶת מְמֻשָּׁכָה מַחֲלָה לֵב״. וְאָמַר רַבִּי יִצְחָק: שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים מַזְכִּירִים עֲוֹנוֹתָיו שֶׁל אָדָם, וְאֵלּוּ הֵן: קִיר נָטוּי, וְעִיּוּן תְּפִלָּה, וּמוֹסֵר דִּין עַל חֲבֵירוֹ לַשָּׁמַיִם!

Quiconque prolonge sa prière et compte sur elle finit par en venir à la douleur de cœur, ainsi qu'il est dit : « Une attente prolongée rend le cœur malade. » Et Rabbi Yits'hak a dit : trois choses rappellent les fautes d'un homme, et les voici : un mur penché, l'iyoun tefila (le fait de compter sur sa prière), et celui qui remet au Ciel le jugement de son prochain !

📜 Rachi (6)
מְעַייֵּן בָּהּ אוֹמֵר בְּלִבּוֹ שֶׁתֵּיעָשֶׂה בַּקָּשָׁתוֹ לְפִי שֶׁהִתְפַּלֵּל בְּכַוָּנָה:
Il se dit dans son cœur que sa demande sera exaucée, parce qu'il a prié avec kavana (intention).
כְּאֵב לֵב שֶׁאֵין בַּקָּשָׁתוֹ נַעֲשֵׂית:
Parce que sa demande n'est pas exaucée.
תּוֹחֶלֶת לְשׁוֹן תְּפִלָּה כְּמוֹ וַיְחַל מֹשֶׁה (שְׁמוֹת לב):
Tohelet est un terme de prière, comme « et Moche implora » (Chemot 32).
מַזְכִּירִין עֲוֹנֹותָיו שֶׁעַל יְדֵיהֶן מְפַשְׁפְּשִׁים לְמַעְלָה בְּמַעֲשָׂיו לוֹמַר בּוֹטֵחַ זֶה בִּזְכִיּוֹתָיו נִרְאֶה מָה הֵם:
Par elles on scrute ses actes en haut, en disant : celui-ci se fie à ses mérites, voyons ce qu'ils valent.
קִיר נָטוּי מְקוֹם סַכָּנָה:
Un lieu de danger.
מוּסַר דִּין בּוֹטֵחַ הוּא בִּזְכִיּוֹתָיו שֶׁחֲבֵרוֹ יִהְיֶה נֶעֱנַשׁ עַל יָדוֹ:
Il se fie à ses mérites, comptant que son prochain sera puni par son fait.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְאָמַר רַבִּי יִצְחָק: שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים מַזְכִּירִין עֲוֹנֹותָיו שֶׁל אָדָם. מַקְשִׁים כֵּיוָן דְּמַקְשֵׁי מִן ר' יוֹחָנָן לְמַאי הִקְשָׁה גַּם מִן רַבִּי יִצְחָק, וְאִם מֵהָא נִרְאֶה לִי הַקֻּושְׁיָא חֲזָקָה יוֹתֵר, יִקְשֶׁה מִן רַבִּי יִצְחָק וְלֹא יִקְשֶׁה מִן רַבִּי יוֹחָנָן? וְנִרְאֶה לִי מִן רַבִּי יִצְחָק אֵין קֻושְׁיָא, דְּהוּא אָמַר עִיּוּן תְּפִלָּה וְרַב יְהוּדָה קָאָמַר מַאֲרִיךְ בִּתְפִלָּתוֹ, וּלְכָךְ הִקְשָׁה מִן ר' יוֹחָנָן דְּאָמַר כָּל הַמַּאֲרִיךְ, אַךְ מִן ר' יוֹחָנָן לְחוּדֵיהּ לֵיכָּא קֻושְׁיָא, דְּיֵשׁ לוֹמַר בִּדְבָרָיו תַּרְתֵּי מַאֲרִיךְ וְגַם מֵעֵין וְרַב יְאֻודֶּה נָקֵיט מַאֲרִיךְ בִּלְבַד, וּלְכָךְ הֵבִיא דְּרַבִּי יִצְחָק דְּלָא נָקֵיט אֶלָּא מַעְיָן וְנִמְצָא מַעְיָן לְחוּדֵיהּ אֵינוֹ נָכוֹן, וּמִסְּתָמָא הוּא הַדִּין דְּמַאֲרִיךְ לְחוּדֵיהּ וְלֹא מַעְיָן נָמֵי אֵינוֹ נָכוֹן. וְהַשְׁתָּא מֻוכְרָח אַתָּה לְפָרֵשׁ דְּר' יוֹחָנָן דְּנָקֵיט תַּרְתֵּי רְצוֹנוֹ לוֹמַר אוֹ אוֹ קָאָמַר, וְלָכֵן אֲפִילּוּ מַאֲרִיךְ לְחוּד אוֹ מַעְיָן לְחוּד אֵינוֹ נָכוֹן, וְתִקְשֵׁי לְרַב יְאֻודֶּה, וּמְשַׁנֵּי דְּרַבִּי יוֹחָנָן אַייְרֵי בָּתַרְתִּי בְּחָדָאד מַאֲרִיךְ וְגַם מֵעֵין, וְרַבִּי יִצְחָק סְבִירָא לֵיהּ מַעְייָן לְחוּדֵיהּ וְאֵינוֹ מַאֲרִיךְ אֵינוֹ נָכוֹן, וְרַק בְּמַאֲרִיךְ וְאֵינוֹ מֵעֵין לְכֻולֵּי עָלְמָא לֵית לַן בַּהּ.
« Et Rabbi Yits'hak a dit : trois choses rappellent les fautes d'un homme. » On demande : puisque la Guemara objecte déjà depuis Rabbi Yo'hanan, pourquoi objecte-t-elle aussi depuis Rabbi Yits'hak ? Et si l'objection tirée de là est plus forte, qu'elle objecte depuis Rabbi Yits'hak et laisse Rabbi Yo'hanan. Il me semble que de Rabbi Yits'hak seul il n'y a pas d'objection, car lui parle de l'iyoun tefila alors que Rav Yehuda parle de celui qui prolonge sa prière ; c'est pourquoi elle a objecté depuis Rabbi Yo'hanan, qui dit « quiconque prolonge ». Mais de Rabbi Yo'hanan seul non plus il n'y a pas d'objection, car on pourrait dire que ses paroles visent les deux ensemble, prolonger et aussi compter, tandis que Rav Yehuda ne retient que le fait de prolonger. C'est pourquoi elle a apporté les paroles de Rabbi Yits'hak, qui ne retient que le fait de compter : il se trouve ainsi que compter seul est déjà fautif, et vraisemblablement il en va de même de prolonger seul sans compter. Dès lors tu es contraint d'expliquer que Rabbi Yo'hanan, qui retient les deux, veut dire l'un ou l'autre ; donc même prolonger seul, ou compter seul, est fautif, et l'objection contre Rav Yehuda tient. La Guemara répond que Rabbi Yo'hanan parle des deux réunis en un, prolonger et aussi compter, et que Rabbi Yits'hak tient que compter seul, sans prolonger, est fautif ; quant à prolonger sans compter, de l'avis de tous cela ne pose aucun problème.
💡 Explication

Le daf s'ouvre en pleine objection. Rav Yehuda avait enseigné au verso que trois conduites allongent les jours, la première étant de prolonger sa prière. La Guemara oppose deux enseignements contraires : celui de Rabbi Yo'hanan sur la douleur de cœur, puis celui de Rabbi Yits'hak sur les trois choses qui font rappeler les fautes.

Le terme technique est iyoun tefila : compter sur sa prière, tenir son exaucement pour acquis en raison de la qualité de sa kavana. Rachi en donne le mécanisme : celui qui se prévaut de ses mérites provoque leur examen. Le mur penché et le fait de remettre son prochain au jugement du Ciel relèvent du même ressort, car ils supposent tous une confiance dans son propre crédit.

2
הָא לָא קַשְׁיָא: הָא דִּמְעַיֵּין בָּהּ, הָא דְּלָא מְעַייֵּן בַּהּ. וְהֵיכִי עֲבִיד? — דְּמִפִּישׁ בְּרַחֲמֵי.

Cela ne fait pas difficulté : ici il compte sur elle, la il ne compte pas sur elle. Et comment fait-il ?

Il multiplie les supplications.

📜 Rachi (1)
ה"ג הָא דְּמַעְייָן הָא דְּלָא מַעְיָין:
On lit ainsi : ici il compte, là il ne compte pas.
💡 Explication

La résolution partage le cas en deux états d'esprit. Le même allongement matériel de la prière vaut mérite ou faute selon ce que l'orant attend de lui.

La question « et comment fait-il ? » demande en quoi consiste alors l'allongement louable. La réponse, mafich be-rahamei, désigne le fait de multiplier les demandes de miséricorde, sans rien attendre en retour du volume de sa prière.

🖼️ Schéma
Prolonger sa prière : deux cas Celui qui prolonge sa prière et il compte sur elle Il se dit : ma demande sera exaucée, car j'ai prié avec kavana. On examine ses actes en haut ; il vient à la douleur de cœur. et il ne compte pas sur elle Il multiplie seulement les supplications (mafich be-rahamei). Ses jours et ses années sont allongés.
Le même acte, deux dispositions intérieures, deux issues opposées.
3
וְהַמַּאֲרִיךְ עַל שֻׁלְחָנוֹ: דִּלְמָא אָתֵי עַנְיָא וְיָהֵיב לֵיהּ. דִּכְתִיב: ״הַמִּזְבֵּחַ עֵץ שָׁלוֹשׁ אַמּוֹת גָּבֹהַּ״, וּכְתִיב: ״וַיְדַבֵּר אֵלַי זֶה הַשֻּׁלְחָן אֲשֶׁר לִפְנֵי ה׳״, פָּתַח בַּמִּזְבֵּחַ וְסִייֵּם בַּשֻּׁלְחָן! רַבִּי יוֹחָנָן וְרַבִּי אֶלְעָזָר דְּאָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ: כָּל זְמַן שֶׁבֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַייָּם — מִזְבֵּחַ מְכַפֵּר עַל יִשְׂרָאֵל, וְעַכְשָׁיו, שֻׁלְחָנוֹ שֶׁל אָדָם מְכַפֵּר עָלָיו.

Et celui qui prolonge à sa table : peut-être viendra-t-il un pauvre et il lui donnera. Car il est écrit : « L'autel de bois, haut de trois coudées », et il est écrit : « Et il me dit : ceci est la table qui est devant Hachem » — il a commencé par l'autel et il a fini par la table !

Rabbi Yo'hanan et Rabbi Elazar disent tous deux : tant que le Temple était debout, l'autel expiait pour Israël ; et maintenant, la table d'un homme expie pour lui.

🪔 Ben Yehoyada (1)
וּמַאֲרִיךְ עַל שֻׁלְחָנוֹ, דִּלְמָא אָתֵי עַנְיָא וְיָהֵיב לֵיהּ מִידִי. הָא דְּפֵירֵשׁ טַעַם כָּאן וְלֹא פֵּירֵשׁ בְּהַךְ תַּרְתֵּי? נִרְאֶה לִי מִשּׁוּם דְּהָתָם הַטַּעַם יָדוּעַ אַךְ כָּאן הֻוצְרַךְ לְפָרֵשׁ, כְּדֵי שֶׁלֹּא נַחְשֹׁוב מַאֲרִיךְ עַל שֻׁלְחָנוֹ כְּדֵי שֶׁיִּלְמֹוד תּוֹרָה יוֹתֵר, אַךְ קְשָׁא כֵּיוָן דְּמַאֲרִיךְ עַל שֻׁלְחָנוֹ עֲדִיפוֹתֶיהָ הוּא מִשּׁוּם שֶׁיִּתֵּן לֶעָנִי אִם כֵּן לֵימָא הַנּוֹתֵן לֶעָנִי מִשֻּׁלְחָנוֹ? דְּהָא אִם הֶאֱרִיךְ עַל שֻׁלְחָנוֹ וְאָתֵי עַנְיָא וְקָרֵי וְלֹא נָתַן לוֹ אֵין זֶה כְּלוּם, וְאִם כֵּן לָמָּה תָּלָה רַב יְהוּדָה הַכַּפָּרָה בְּמַאֲרִיךְ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִם לֹא הֶאֱרִיךְ וּבָא עָנִי וְנָתַן לוֹ אֵין זֶה כְּדַאי לִהְיוֹת כַּפָּרָה כְּמוֹ מִזְבֵּחַ, כִּי נִמּוֹס הָעוֹלָם מַכְרִיחוֹ בָּזֶה כֵּיוָן שֶׁיֵּשׁ לְפָנָיו לֶחֶם וּבָא עָנִי קוֹרֵא רָעָב מֻוכְרָח שֶׁיִּתֵּן לוֹ, אַךְ עִיקַּר סְגֻולַּת הַכַּפָּרָה הוּא רַק אִם מַאֲרִיךְ שֶׁהוּא מַאֲרִיךְ בַּאֲכִילָתוֹ וְאֵינוֹ אוֹכֵל בִּמְהֵרָה כְּדֵי לְסַלֵּק הַמַּאֲכָל מִפְּנֵי שֶׁאוֹמֵר אוּלַי יָבֹא עָנִי וְיִקְרָא וְאֶתֵּן לוֹ, הִנֵּה זֶה יֵשׁ לוֹ רְבוּתָא בְּצִדְקָתוֹ וְנִדְבַת לִבּוֹ שֶׁהוּא רוֹדֵף אַחַר הַצְּדָקָה וְעוֹשֶׂה הַמְצָאָה לְהַמְצִיא הַצְּדָקָה לַעֲנִיִּים, וְעִנְיָן זֶה הוּא לְבַדּוֹ כְּדַאי שֶׁיִּהְיֶה שֻׁלְחָנוֹ מִזְבֵּחַ כַּפָּרָה, וְלָכֵן אֲפִילּוּ אִם לֹא נִזְדַּמֵּן שֶׁבָּא אֲנִי וְנָתַן לוֹ, כֵּיוָן שֶׁהֶאֱרִיךְ עַל שֻׁולְחָנוֹ כְּדֵי שֶׁיָּבֹא עָנִי נַעֲשֶׂה לוֹ בָּזֶה כַּפָּרָה, וּלְכָךְ אָמַר כָּל הַמַּאֲרִיךְ דְּאֵין הַנְּתִינָה גּוֹרֶמֶת הַכַּפָּרָה אֶלָּא מְצִיאוּת הָאֲרִיכוּת עַל הַשֻּׁלְחָן.
« Et celui qui prolonge à sa table, peut-être viendra un pauvre et il lui donnera quelque chose. » Pourquoi a-t-il donné la raison ici et non pour les deux autres cas ? Il me semble que là, la raison est connue, tandis qu'ici il fallait l'expliquer, pour que nous n'allions pas croire qu'on prolonge à sa table afin d'y étudier davantage la Torah. Mais il y a une difficulté : puisque la supériorité de celui qui prolonge à sa table tient à ce qu'il donnera au pauvre, qu'il dise donc « celui qui donne au pauvre de sa table » ! Car s'il a prolongé à sa table, qu'un pauvre est venu appeler et qu'il ne lui a rien donné, cela ne vaut rien ; pourquoi donc Rav Yehuda a-t-il suspendu l'expiation au fait de prolonger ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que s'il n'a pas prolongé et qu'un pauvre est venu et qu'il lui a donné, cela ne suffit pas à valoir expiation comme l'autel, car la convenance du monde l'y contraint : ayant du pain devant lui, un pauvre venant crier la faim, il est bien forcé de lui donner. La vertu propre de l'expiation tient seulement au fait de prolonger : il prolonge son repas et ne mange pas vite, pour ne pas avoir à desservir, se disant peut-être viendra un pauvre qui appellera et je lui donnerai. Voilà qui marque une grandeur dans sa tsedaka et dans la générosité de son cœur, car il court après la tsedaka et invente un moyen de la procurer aux pauvres ; cette conduite à elle seule suffit à faire de sa table un autel d'expiation. C'est pourquoi, même s'il ne s'est pas trouvé qu'un pauvre vienne et qu'il lui donne, du moment qu'il a prolongé à sa table afin qu'un pauvre vienne, l'expiation lui est acquise par cela. Et c'est pourquoi il a dit « quiconque prolonge » : l'expiation est causée par le fait même de prolonger à la table, et non par le don.
💡 Explication

La Guemara donne le motif du deuxième cas : la lenteur du repas ouvre une fenêtre pendant laquelle un pauvre peut se présenter et être servi sans attendre.

Le verset d'Yehezkel décrit un objet unique en le nommant deux fois : il l'ouvre comme mizbeah (autel) et le referme comme chulhan (table). Rabbi Yo'hanan et Rabbi Elazar en tirent le transfert de fonction : depuis la destruction, la table de l'homme tient le rôle expiatoire de l'autel, par la tsedaka qui s'y pratique.

4
וְהַמַּאֲרִיךְ בְּבֵית הַכִּסֵּא: מְעַלְּיוּתָא הוּא? וְהָתַנְיָא: עֲשָׂרָה דְּבָרִים מְבִיאִין אֶת הָאָדָם לִידֵי תַּחְתּוֹנִיּוֹת: הָאוֹכֵל עֲלֵי קָנִים, וְעָלַי גְּפָנִים, וְלוּלְבֵי גְּפָנִים, וּמוֹרִיגֵּי בְּהֵמָה, וְשִׁדְרוֹ שֶׁל דָּג, וְדָג מָלִיחַ שֶׁאֵינוֹ מְבֻושָּׁל כָּל צָרְכּוֹ, וְהַשּׁוֹתֶה שִׁמְרֵי יַיִן, וְהַמְקַנֵּחַ בְּסִיד וּבְחַרְסִית. וְהַמְקַנֵּחַ בִּצְרוֹר שֶׁקִּנַּח בּוֹ חֲבֵרוֹ, וְיֵשׁ אוֹמְרִים: אַף הַתּוֹלֶה עַצְמוֹ בְּבֵית הַכִּסֵּא יוֹתֵר מִדַּאי.

Et celui qui prolonge aux latrines : est-ce donc une qualité ? N'a-t-on pas enseigné : dix choses amènent l'homme aux tahtoniyot (hémorroïdes) : celui qui mange des feuilles de roseau, des feuilles de vigne, de jeunes pousses de vigne, les morigim (parties rugueuses) d'un animal, l'échine d'un poisson, un poisson salé insuffisamment cuit, celui qui boit la lie du vin, celui qui s'essuie avec de la chaux ou de l'argile, celui qui s'essuie avec une pierre dont son prochain s'est déjà essuyé.

Et certains disent : également celui qui se suspend aux latrines plus que de raison.

📜 Rachi (3)
לוּלְבֵי גְּפָנִים וידלי"ש בְּלַעַ"ז:
Loulevei gefanim : vidles en langue vernaculaire (jeunes pousses de vigne).
מוֹרִיגֵּי בְּהֵמָה כָּל בָּשָׂר שֶׁבִּבְהֵמָה שֶׁאֵינוֹ חָלָק אֶלָּא דּוֹמֶה לְמוֹרַג חָרוּץ שֶׁאֵינוֹ חָלָק כְּמוֹ הַחֵיךְ וְהַלָּשׁוֹן וְהַכֶּרֶס הַפְּנִימִי וּבֵית הַכּוֹסוֹת:
Toute chair de l'animal qui n'est pas lisse mais ressemble à un moreg harouts (traîneau à battre denté), comme le palais, la langue, la panse intérieure et le bonnet.
הַתּוֹלֶה שֶׁאֵינוֹ יוֹשֵׁב אֶלָּא עַל בִּרְכָּיו שֶׁמִּתּוֹךְ כָּךְ נְקָבָיו נִפְתָּחִין יוֹתֵר מִדַּאי:
Celui qui se suspend : il ne s'assied pas mais se tient sur ses genoux, de sorte que ses orifices s'ouvrent plus que de raison.
💡 Explication

Troisième objection, cette fois d'ordre médical. La baraita énumère dix causes des tahtoniyot : sept relèvent de l'alimentation, deux du mode d'essuyage, et la dernière, introduite par « certains disent », vise précisément la station prolongée aux latrines.

Cette dernière clause seule contredit Rav Yehuda. La réponse du segment suivant portera donc sur le mot exact employé par la baraita : tole, se suspendre.

5
לָא קַשְׁיָא: הָא דְּמַאֲרִיךְ וְתָלֵי, הָא דְּמַאֲרִיךְ וְלָא תָּלֵי.

Cela ne fait pas difficulté : ici il prolonge et se suspend, là il prolonge et ne se suspend pas.

📜 Rachi (1)
הָכִי גָּרְסִינַן הָא דְּמַאֲרִיךְ וְתָלֵי הָא דְּמַאֲרִיךְ וְלָא תָּלֵי:
On lit ainsi : ici il prolonge et se suspend, là il prolonge et ne se suspend pas.
💡 Explication

La baraita vise une posture, non une durée. Rachi a expliqué que tole désigne celui qui se tient sur ses genoux au lieu de s'asseoir, ce qui force les orifices.

Rav Yehuda loue donc la durée prise dans une posture normale. Le partage suit exactement le même schéma que celui de la prière : un acte identique, distingué par sa manière.

🖼️ Schéma
Prolonger aux latrines : le partage Prolonge et se suspend Rachi : il ne s'assied pas, il reste sur ses genoux. Les orifices s'ouvrent plus que de raison : c'est la dixième cause des tahtoniyot de la baraita. Prolonge sans se suspendre Il laisse au corps le temps de se soulager entièrement. C'est le cas de Rav Yehuda : ses jours et ses années sont allongés.
La distinction porte sur la posture, non sur la durée.
6
כִּי הָא דַּאֲמַרָה לֵיהּ הָהִיא מַטְרוֹנִיתָא לְרַבִּי יְהוּדָה בְּרַבִּי אִלְעַאי: פָּנֶיךָ דּוֹמִים לִמְגַדְּלֵי חֲזִירִים וּלְמַלְוֵי בְּרִבִּית. אֲמַר לָהּ: הֵימָנוּתָא, לְדִידִי תַּרְוַיְיהוּ אֲסִירָן, אֶלָּא — עֶשְׂרִים וְאַרְבָּעָה בֵּית הַכִּסֵּא אִיכָּא מֵאוּשְׁפִּיזַאי לְבֵי מִדְרְשָׁא, דְּכִי אַזָּיֵלְנָא, בְּדִיקְנָא נַפְשַׁאי בְּכוּלְּהוּ.

Comme dans ce fait : une certaine matrone dit à Rabbi Yehuda fils de Rabbi Ilai : ton visage ressemble à ceux des éleveurs de porcs et des prêteurs à intérêt. Il lui dit : par ma foi, l'un et l'autre me sont interdits ; mais il y a vingt-quatre latrines entre mon logis et la maison d'étude, et quand j'y vais, je m'examine dans toutes.

📜 Rachi (2)
לִמְגַדְּלֵי חֲזִירִים וּמַלְוֵי בְּרִבִּית שְׂכָרָן מְרֻובֶּה בְּלֹא טֹורַח וּשְׂמֵחִים בְּחֶלְקָם לְכָךְ פְּנֵיהֶם צְהֻובִּים:
Leur gain est abondant sans peine et ils se réjouissent de leur part, c'est pourquoi leurs visages sont resplendissants.
הֵימָנוּתָא לְשׁוֹן שְׁבוּעָה כְּלוֹמַר בֶּאֱמוּנָה שְׁתֵּיהֶן אֲסוּרוֹת לִי:
Heimenouta : terme de serment, c'est-à-dire : en vérité, les deux me sont interdits.
💡 Explication

Le récit illustre le bénéfice de la conduite précédente. La matrone lit sur le visage du sage les signes d'une vie sans effort, et lui attribue par là deux métiers réputés lucratifs et sans peine.

La réponse écarte les deux hypothèses, l'une et l'autre interdites, et donne la vraie cause : une hygiène régulière, pratiquée à chaque occasion sur le trajet de la maison d'étude.

7
וְאָמַר רַב יְהוּדָה: שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים מְקַצְּרִים יָמָיו וּשְׁנוֹתָיו שֶׁל אָדָם: מִי שֶׁנּוֹתְנִין לוֹ סֵפֶר תּוֹרָה לִקְרוֹת וְאֵינוֹ קוֹרֵא, כּוֹס שֶׁל בְּרָכָה לְבָרֵךְ וְאֵינוֹ מְבָרֵךְ, וְהַמַּנְהִיג עַצְמוֹ בְּרַבָּנוּת.

Et Rav Yehuda a dit : trois choses raccourcissent les jours et les années d'un homme : celui à qui l'on donne un sefer Torah pour lire et qui ne lit pas, une coupe de bénédiction pour bénir et qui ne bénit pas, et celui qui se conduit avec rabbanout (autorité, air de supériorité).

🪔 Ben Yehoyada (1)
שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים מְקַצְּרִין יָמָיו וּשְׁנוֹתָיו שֶׁל אָדָם ...וְהַמַּנְהִיג עַצְמוֹ בְּרַבָּנוּת. פֵּירוּשׁ מֵסֵב בָּרֹאשׁ, נִכְנָס בָּרֹאשׁ וְיוֹצֵא בָּרֹאשׁ, מְדַבֵּר בָּרֹאשׁ וּמְבַקֵּשׁ שֵׁירוּת מִכָּל אָדָם, כְּגוֹן הָבֵא לִי מַיִם תּוֹשִׁיט לִי חֵפֶץ זֶה וְכֹל כַּיּוֹצֵא בָּזֶה. מִיהוּ אִם הַקָּהָל קִבְּלוּ אוֹתוֹ עֲלֵיהֶם לְרֹאשׁ וּמַנְהִיג זֶה רָאוּי לְהִתְנַהֵג בְּרַבָּנוּת בִּשְׁבִיל הַצִּיבּוּר.
« Trois choses raccourcissent les jours et les années d'un homme... et celui qui se conduit avec rabbanout. » Explication : il s'installe en tête, entre le premier et sort le premier, parle le premier, et réclame d'être servi par tout un chacun, disant par exemple apporte-moi de l'eau, passe-moi cet objet, et tout ce qui y ressemble. Toutefois, si la communauté l'a accepté sur elle comme chef et dirigeant, il convient qu'il se conduise avec rabbanout pour le bien du public.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַב שְׁלֹשָׁה צְרִיכִין שִׁימּוּר חוֹלֶה חַיָּה וְכַלָּה בְּמַתְנִיתָא תָּנָא חוֹלֶה חַיָּה חָתָן וְכַלָּה וי"א אַף אָבֵל וי"א אַף ת"ח בַּלַּיְלָה א"ר יְהוּדָה שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים מַאֲרִיכִין לוֹ יָמָיו וּשְׁנוֹתָיו שֶׁל אָדָם הַמַּאֲרִיךְ בִּתְפִלָּתוֹ וְהַמַּאֲרִיךְ עַל שֻׁולְחָנוֹ וְהַמַּאֲרִיךְ בְּבֵית הַכִּסֵּא וא"ר יְהוּדָה שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים מְקַצְּרִין יָמָיו וּשְׁנוֹתָיו שֶׁל אָדָם מִי שֶׁנּוֹתְנִין לוֹ ס"ת לִקְרוֹת וְאֵין קוֹרֵא כּוֹס שֶׁל בְּרָכָה לְבָרֵךְ וְאֵין מְבָרֵךְ וְהַמַּנְהִיג עַצְמוֹ בְּרַבָּנוּת ס"ת דִּכְתִיב כִּי הוּא חַיֶּיךָ וְאֹורֶךְ יָמֶיךָ כּוֹס שֶׁל בְּרָכָה דִּכְתִיב וַאֲבָרְכָה מְבָרְכֶיךָ וְהַמַּנְהִיג עַצְמוֹ בְּרַבָּנוּת דְּאָמַר רַב יְהוּדָה וְאִיתֵּימָא רַב אַחָא בַּר חִינְנָא מִפְּנֵי מַה מֵת יוֹסֵף קֹודֶם אָחִיו מִפְּנֵי שֶׁהִנְהִיג עַצְמוֹ בְּרַבָּנוּת אָמַר רַבִּי יִצְחָק אֵין מַעֲמִידִין פַּרְנָס עַל הַצִּבּוּר עַד שֶׁנִּמְלָכִים בַּצִּבּוּר שֶׁנֶּאֱמַר רְאוּ קָרָא ה' בְּשֵׁם בְּצַלְאֵל:
Rav a dit : trois requièrent une garde, le malade, la femme en couches et la mariée. Dans une baraita on a enseigné : le malade, la femme en couches, le marié et la mariée ; et certains disent : le endeuillé aussi ; et certains disent : le talmid 'hakham aussi, la nuit. Rav Yehuda a dit : trois choses allongent les jours et les années d'un homme : celui qui prolonge sa prière, celui qui prolonge à sa table et celui qui prolonge aux latrines. Et Rav Yehuda a dit : trois choses raccourcissent les jours et les années d'un homme : celui à qui l'on donne un sefer Torah pour lire et qui ne lit pas, une coupe de bénédiction pour bénir et qui ne bénit pas, et celui qui se conduit avec rabbanout. Le sefer Torah, car il est écrit « car elle est ta vie et la longueur de tes jours » ; la coupe de bénédiction, car il est écrit « et je bénirai ceux qui te bénissent » ; celui qui se conduit avec rabbanout, car Rav Yehuda, et certains disent Rav Aha bar Hanina, a dit : pourquoi Yossef est-il mort avant ses frères ? Parce qu'il s'est conduit avec rabbanout. Rabbi Yits'hak a dit : on n'établit un parnas sur la communauté qu'après avoir consulté la communauté, ainsi qu'il est dit : « Voyez, Hachem a appelé par son nom Betsalel ».
💡 Explication

Seconde série de Rav Yehuda, symétrique de la première. Les deux premiers cas portent sur un honneur proposé et refusé : la lecture de la Torah et la coupe du birkat hamazon.

Le troisième, la rabbanout, désigne la conduite de celui qui s'arroge le premier rang. Le Ben Yehoyada en donne les marques concrètes et pose aussitôt la limite : la charge reçue de la communauté ne tombe pas sous ce reproche.

8
סֵפֶר תּוֹרָה לִקְרוֹת וְאֵינוֹ קוֹרֵא, דִּכְתִיב: ״כִּי הוּא חַיֶּיךָ וְאֹרֶךְ יָמֶיךָ״. כּוֹס שֶׁל בְּרָכָה לְבָרֵךְ וְאֵינוֹ מְבָרֵךְ — דִּכְתִיב: ״וַאֲבָרְכָהּ מְבָרְכֶיךָ״. וְהַמַּנְהִיג עַצְמוֹ בְּרַבָּנוּת — דְּאָמַר רַבִּי חָמָא בַּר חֲנִינָא: מִפְּנֵי מַה מֵת יוֹסֵף קֹודֶם לְאֶחָיו — מִפְּנֵי שֶׁהִנְהִיג עַצְמוֹ בְּרַבָּנוּת.

Un sefer Torah pour lire et il ne lit pas, car il est écrit : « car elle est ta vie et la longueur de tes jours ». Une coupe de bénédiction pour bénir et il ne bénit pas, car il est écrit : « et je bénirai ceux qui te bénissent ».

Et celui qui se conduit avec rabbanout, car Rabbi Hama bar Hanina a dit : pourquoi Yossef est-il mort avant ses frères ? Parce qu'il s'est conduit avec rabbanout.

📜 Rachi (2)
וַאֲבָרְכָהּ מְבָרְכֶיךָ וְהַמְּבָרֵךְ בִּרְכַּת הַמָּזוֹן מְבָרֵךְ לְבַעַל הַבַּיִת:
Ve-avarekha mevarkhekha : celui qui récite le birkat hamazon bénit le maître de maison.
יוֹסֵף מֵת קֹודֶם לְאֶחָיו דִּכְתִיב וַיָּמָת יוֹסֵף וְכָל אֶחָיו (שְׁמוֹת א׳:ו׳):
Yossef mourut avant ses frères, car il est écrit « et Yossef mourut, et tous ses frères » (Chemot 1,6).
💡 Explication

Chaque cas reçoit sa source. Les deux premières sont des versets où la vie et la bénédiction dépendent d'un acte précis : lire la Torah, bénir.

La troisième repose sur une lecture de l'ordre des mots. Le verset nomme Yossef avant ses frères dans la mort, alors qu'il était des plus jeunes ; Rabbi Hama bar Hanina l'impute à l'exercice de l'autorité qu'il assuma en Égypte.

9
וְאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב, שְׁלֹשָׁה צְרִיכִים רַחֲמִים: מֶלֶךְ טוֹב, שָׁנָה טוֹבָה וַחֲלוֹם טוֹב. מֶלֶךְ טוֹב — דִּכְתִיב: ״פַּלְגֵי מַיִם לֶב מֶלֶךְ בְּיַד ה׳״. שָׁנָה טוֹבָה — דִּכְתִיב: ״תָּמִיד עֵינֵי ה׳ אֱ-לֹהֶיךָ בָּהּ מֵרֵאשִׁית הַשָּׁנָה וְעַד אַחֲרִית שָׁנָה״. חֲלוֹם טוֹב — דִּכְתִיב: ״וְתַחֲלִימֵנִי וּתְחַיֵּינִי״.

Et Rav Yehuda a dit au nom de Rav : trois choses requièrent miséricorde : un bon roi, une bonne année et un bon rêve. Un bon roi, car il est écrit : « Le cœur du roi est comme des ruisseaux d'eau dans la main de Hachem ».

Une bonne année, car il est écrit : « Les yeux de Hachem ton D.ieu sont constamment sur elle, du début de l'année jusqu'à la fin de l'année ». Un bon rêve, car il est écrit : « Tu me rétabliras (ve-tahlimeni) et me feras vivre ».

📜 Rachi (1)
צְרִיכִים רַחֲמִים צְרִיכִים לְבַקֵּשׁ רַחֲמִים שֶׁיָּבֹאוּ לְפִי שֶׁהֵם בְּיָדוֹ שֶׁל הקב"ה וְאֵין לָהֶם רְשׁוּת לָבֹא אֶלָּא בִּרְשׁוּתוֹ:
Ils requièrent qu'on demande miséricorde pour qu'ils viennent, parce qu'ils sont dans la main du Saint béni soit-Il et n'ont permission de venir qu'avec Sa permission.
🪔 Ben Yehoyada (1)
שְׁלֹשָׁה צְרִיכִין רַחֲמִים, וְאֵלּוּ הֵן: חֲלוֹם טוֹב, וְשָׁנָה טוֹבָה, וּמֶלֶךְ טוֹב. פֵּירוּשׁ רָשִׁ"י לְפִי שֶׁהֵם בְּיָדוֹ שֶׁל הקב"ה וְכוּ', וְקַשָּׁא אִפְּכָא מִסְתַּבְּרָא, אִם בְּיַד מַלְאָךְ צָרִיךְ בַּקָּשַׁת רַחֲמִים מהקב"ה שֶׁיִּגְזֹור עַל הַמַּלְאָךְ שֶׁיַּעֲשֶׂה לְטוֹבָתוֹ, וְעוֹד אַמַּאי לֹא מָנוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל אֶת אֵלּוּ בַּהֲדֵי מָטָר וְלֵידָה וְתִחְיֶה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד לְעוֹלָם יֵשׁ מַלְאָךְ מְמֻונֶּה עַל אֵלּוּ בִּשְׁאָר דְּבָרִים, וּמַה שֶׁאָמַר צְרִיכִין רָחֲמִין נִרְאֶה לִי אַף עַל פִּי שֶׁרָאָה תְּחִלָּתָם טוֹב, כְּגוֹן שֶׁרָאָה אֹופֶן הַחֲלוֹם מוֹרֶה עַל טוֹבָה, אַל יַחְשֹׁוב שֶׁתָּפַס הַטּוֹבָה בְּיָדוֹ אֶלָּא יְבַקֵּשׁ רַחֲמִים שֶׁתִּתְקַייֵּם בּוֹ הוֹרָאָתוֹ הַטּוֹבָה, וְכֵן אִם רָאָה תְּחִלַּת הַשָּׁנָה טוֹבָה שֶׁבָּאוּ בָּהּ גִּשְׁמֵי רָצוֹן אַל יִבְטַח בָּזֶה כְּאִלּוּ אָחַז הַטּוֹב שֶׁלָּהּ בְּיָדוֹ, אֶלָּא צָרִיךְ רַחֲמִים שֶׁתִּהְיֶה אַחֲרִיתָהּ גַּם כֵּן טוֹבָה, וּכְמוֹ שֶׁתִּיקְּנוּ אַנְשֵׁי כְּנֶסֶת הַגְּדוֹלָה בְּנֻוסַּח הַתְּפִילָּה, וְכֵן בְּמֶלֶךְ נִרְאֶה תְּחִילָּתוֹ טוֹב כְּדֵי שֶׁיִּמְשֹׁוךְ לֵב הָעוֹלָם, וְאַחַר כָּךְ יִהְיֶה קָשֶׁה מְאֹד וְצָרִיךְ לָזֶה רַחֲמִים.
« Trois requièrent miséricorde, et les voici : un bon rêve, une bonne année et un bon roi. » Rachi explique : parce qu'ils sont dans la main du Saint béni soit-Il, etc. Difficulté : l'inverse serait plus logique, car si la chose est dans la main d'un ange, il faut demander miséricorde au Saint béni soit-Il pour qu'Il décrète sur cet ange d'agir en sa faveur. En outre, pourquoi nos maîtres, de mémoire bénie, n'ont-ils pas compté ces trois-là avec la pluie, l'enfantement et la résurrection ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'en vérité il y a un ange préposé à ces choses comme aux autres, et que « elles requièrent miséricorde » veut dire ceci : même s'il en a vu le commencement bon, par exemple s'il a vu que la forme du rêve indique du bien, qu'il ne pense pas tenir ce bien dans sa main, mais qu'il demande miséricorde pour que l'indication favorable se réalise en lui. De même s'il a vu que le début de l'année est bon, des pluies de bienveillance étant tombées, qu'il ne s'y fie pas comme s'il tenait déjà son bien en main ; il lui faut miséricorde pour que la fin en soit bonne aussi, ainsi que les hommes de la Grande Assemblée l'ont institué dans le texte de la prière. Et de même pour le roi, dont le début paraît bon afin d'attirer le cœur du monde, et qui devient ensuite fort dur : cela requiert miséricorde.
💡 Explication

La série change de registre : elle porte sur ce que l'homme ne peut obtenir par son action et qui demande une tefila expresse. Rachi en donne la raison commune : ces trois réalités relèvent directement de la décision d'en haut.

La preuve du rêve repose sur un rapprochement de racines : le mot ve-tahlimeni d'Yechaya, entendu par la Guemara à partir de halom. L'insertion du rêve ici prépare toute la sougya qui suit.

10
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים מַכְרִיז עֲלֵיהֶם הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא בְּעַצְמוֹ וְאֵלּוּ הֵן: רָעָב, וְשֹׂובַע, וּפַרְנָס טוֹב. רָעָב — דִּכְתִיב: ״כִּי קָרָא ה׳ לָרָעָב וְגוֹ׳״. שֹׂובַע — דִּכְתִיב: ״וְקָרָאתִי אֶל הַדָּגָן וְהִרְבֵּיתִי אֹתוֹ״. פַּרְנָס טוֹב — דִּכְתִיב: ״וַיֹּאמֶר ה׳ אֶל מֹשֶׁה לֵּאמֹר. רְאֵה קָרָאתִי בְשֵׁם בְּצַלְאֵל וְגוֹ׳״.

Rabbi Yo'hanan a dit : trois choses, le Saint béni soit-Il les proclame Lui-même, et les voici : la famine, l'abondance et un bon parnas (dirigeant). La famine, car il est écrit : « Car Hachem a appelé la famine, etc. ».

L'abondance, car il est écrit : « Et j'appellerai le blé et je le multiplierai ». Un bon parnas, car il est écrit : « Et Hachem parla à Moche en disant : vois, j'ai appelé par son nom Betsalel, etc. ».

💡 Explication

Le fil conducteur est le verbe kara, appeler ou proclamer, présent dans les trois versets. La famine et l'abondance concernent la subsistance du monde ; le parnas, dont le nom vient de la même racine que la subsistance, en est le pendant humain.

Le verset sur Betsalel, cité ici pour la désignation d'un dirigeant, sert de charnière : il commande toute la suite du daf.

11
אָמַר רַבִּי יִצְחָק: אֵין מַעֲמִידִין פַּרְנָס עַל הַצִּבּוּר אֶלָּא אִם כֵּן נִמְלָכִים בַּצִּבּוּר, שֶׁנֶּאֱמַר: ״רְאוּ קָרָא ה׳ בְּשֵׁם בְּצַלְאֵל״, אָמַר לוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְמֹשֶׁה: מֹשֶׁה, הָגוּן עָלֶיךָ בְּצַלְאֵל? אָמַר לוֹ: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, אִם לְפָנֶיךָ הָגוּן — לְפָנַי לֹא כָּל שֶׁכֵּן! אָמַר לוֹ: אַף עַל פִּי כֵן, לֵךְ אֱמֹור לָהֶם. הָלַךְ וְאָמַר לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל: הָגוּן עֲלֵיכֶם בְּצַלְאֵל? אָמְרוּ לוֹ: אִם לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא וּלְפָנֶיךָ הוּא הָגוּן, לְפָנֵינוּ לֹא כָּל שֶׁכֵּן!

Rabbi Yits'hak a dit : on n'établit un parnas sur la communauté qu'après avoir consulté la communauté, ainsi qu'il est dit : « Voyez, Hachem a appelé par son nom Betsalel ». Le Saint béni soit-Il dit à Moche : Moche, Betsalel te convient-il ?

Il Lui dit : Maître du monde, s'il Te convient, à moi à plus forte raison ! Il lui dit : malgré cela, va le leur dire.

Il alla et dit à Israël : Betsalel vous convient-il ? Ils lui dirent : s'il convient au Saint béni soit-Il et à toi, à nous à plus forte raison !

📜 Rachi (1)
רָאָה קָרָאתִי בְּשֵׁם רְאֵה מַשְׁמַע הַיֵּשׁ בְּלִבְּךָ תֵּן עֵינֶיךָ בַּדָּבָר:
Reeh karati ve-chem : « vois » implique : y a-t-il accord dans ton cœur, porte les yeux sur la chose.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר רַבִּי יוֹנָתָן: "בְּצַלְאֵל", עַל שֵׁם חָכְמָתוֹ נִקְרָא. בְּשָׁעָה שֶׁאָמַר לוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְמֹשֶׁה: לֵךְ אֱמֹר לוֹ לִבְצַלְאֵל: עֲשֵׂה לִי מִשְׁכָּן, אָרוֹן וְכֵלִים, הָלַךְ מֹשֶׁה וְהָפַךְ וְאָמַר לוֹ: עֲשֵׂה כֵּלִים וְאָרוֹן. שָׁם הָלַךְ מֹשֶׁה וְאָמַר לְהֶפֶךְ. מַקְשִׁים אֵיךְ יֹאמַר לְהֵפֶךְ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה רָאָה וְהִשִּׂיג סוֹד אָרוֹן וְשֻׁלְחָן וּמְנוֹרָה שֶׁהֵם פִּנְמִיִּים שֶׁרוֹמְזִים לְאוֹרוֹת עֶלְיוֹנִים תְּחִלָּה, וְאַחַר כָּךְ רָאָה וְהִשִּׂיג סוֹד גּוּף הַמִּשְׁכָּן שֶׁהוּא קָטָן וְחִיצוֹנִי לָהֶם, כִּי כֵן סֵדֶר הַהַשָּׂגָה וְהָרְאָיָה, וְהוּא שָׁמַע מהקב"ה שֶׁאָמַר לוֹ בְּרֵישׁ תְּרוּמָה (שְׁמוֹת כה, ט) כְּכֹל אֲשֶׁר אֲנִי מַרְאֶה אוֹתְךָ אֵת תַּבְנִית הַמִּשְׁכָּן וְאֵת תַּבְנִית כָּל כֵּלָיו וְכֵן תַּעֲשׂוּ, וְיֵשׁ לְפָרֵשׁ וְכֵן תַּעֲשׂוּ קָאֵי אַרֵישָׁא דִּקְרָא, וְהָכִי קא"ל כְּפִי הָרְאָיָה הָאֱלֹהִית הַסּוֹדִית אֲשֶׁר אֲנִי מַרְאֶה אוֹתְךָ בַּמִּשְׁכָּן וְכֵלָיו כֵּן תַּעֲשׂוּ כַּסֵּדֶר הַזֶּה, וּלְפִי זֶה צָרִיךְ לַעֲשׂוֹת תְּחִלָּה הַכֵּלִים הָעֶלְיוֹנִים שֶׁהֵם אָרוֹן וְשֻׁלְחָן וּמְנוֹרָה שֶׁרוֹמְזִים לְאוֹרוֹת הָעֶלְיוֹנִים, וְאַחַר כָּךְ גּוּף הַמִּשְׁכָּן, כִּי הַהַשָּׂגָה וּרְאָיָה הַסּוֹדִית שֶׁרָאָה מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה הָיְתָה שֶׁל אֵלּוּ תְּחִלָּה, וְלָכֵן מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה אָמַר לוֹ עֲשֵׂה אָרוֹן וְכֵלִים וּמִשְׁכָּן, שֶׁפֵּירֵשׁ דְּבָרָיו יִתְבָּרֵךְ עַל פִּי אֹופֶן הַנִּזְכָּר. אַךְ בֶּאֱמֶת דְּבָרָיו יִתְבָּרֵךְ יֵשׁ בָּהֶם פֵּירוּשׁ אַחֵר, דְּקָאֵי וְכֵן תַּעֲשׂוּ עַל סוֹף הַפָּסוּק, שֶׁהִזְכִּיר הַמִּשְׁכָּן קֹודֶם בְּאוֹמְרוֹ אֵת תַּבְנִית הַמִּשְׁכָּן וְאֵת תַּבְנִית כָּל כֵּלָיו וְכֵן תַּעֲשׂוּ עַל פִּי הַסֵּדֶר הַזֶּה שֶׁאֲנִי מַזְכִּיר אוֹתָם עַתָּה הַמִּשְׁכָּן תְּחִלָּה וְאַחַר כָּךְ הַכֵּלִים. וְזֶה הַפֵּירוּשׁ הִשִּׂיגוֹ בְּצַלְאֵל מֵחֲמַת הַטַּעַם שֶׁרָאָה בְּהִכְרִיחַ, כֵּלִים שֶׁאֲנִי עוֹשֶׂה, לְהֵיכָן אַכְנִיסֵם? וּמֵאֵת ה' הָיְתָה זֹאת שֶׁיִּתְעַלֵּם פֵּירוּשׁ זֶה תְּחִלָּה מִן מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה כְּדֵי שֶׁיִּזְכֶּה בּוֹ בְּצַלְאֵל הָעוֹסֵק בִּמְלֶאכֶת הַקֹּודֶשׁ. אוֹ אֶפְשָׁר גַּם מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה הִשִּׂיג זֶה הַפֵּירוּשׁ אַךְ אָמַר לוֹ פֵּירוּשׁ הַהֶפֶךְ לְנַסּוֹתוֹ וּלְחַדְּדוֹ וּלְהַגְדִּיל שִׁבְחוֹ בְּעֵינֵי יִשְׂרָאֵל, כְּדֵי שֶׁיֹּאמַר לוֹ אַחַר כָּךְ בְּצֵל אֵל הָיִיתָ וְיָדַעְתָּ. וּמַה שֶׁאָמַר רַב יְהוּדָה, אָמַר רַב: יוֹדֵעַ הָיָה בְּצַלְאֵל לְצָרֵף אוֹתִיּוֹת שֶׁנִּבְרְאוּ בָּהֶן שָׁמַיִם וָאָרֶץ נִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה עַל שֵׁם בֶּן מ"ב הַיּוֹצֵא מִן בְּרֵאשִׁית עַד ב' מִן ו ב הוֹ כַּנּוֹדָע לַמְקֻובָּלִים זַ"ל, וְעַיֵּין זֹוהַר הַקָּדוֹשׁ רֵישׁ בְּרֵאשִׁית דִּיּוּקַנָא דִּבְרִית אִזְדְּרַע במ"ב זִוּוּגִין וְכוּ', וְעַל מַה שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ זַ"ל בְּשַׁעַר מַאַמְרֵי ר' שִׁמְעוֹן בַּר יוֹחַאי (דַּף ו) יְעֻויַּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד אַחַר אוֹתִיּוֹת א"ל יֵשׁ מ"ב , לְכָךְ נִקְרָא בְּצַלְאֵל שֶׁהוּא צֵל אֵל , רֶמֶז שֶׁהִשִּׂיג שֵׁם מ"ב שֶׁהוּא רָמוּז בְּצֵל אוֹתִיּוֹת אֵל.
« Rabbi Yonatan a dit : Betsalel fut appelé d'après sa sagesse. Lorsque le Saint béni soit-Il dit à Moche : va dire à Betsalel, fais-moi un michkan, un aron et des ustensiles, Moche alla et inversa, et lui dit : fais des ustensiles et un aron. » On demande : comment Moche a-t-il pu dire l'inverse ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Moche notre maître, la paix soit sur lui, vit et saisit d'abord le sod de l'aron, de la table et de la menora, qui sont intérieurs et font allusion aux lumières supérieures, et qu'ensuite seulement il vit et saisit le sod du corps du michkan, qui leur est petit et extérieur, car tel est l'ordre de la saisie et de la vision. Or il avait entendu du Saint béni soit-Il ce qui lui fut dit au début de Terouma (Chemot 25,9) : « selon tout ce que je te montre, la forme du michkan et la forme de tous ses ustensiles, ainsi ferez-vous » ; on peut expliquer que « ainsi ferez-vous » se rapporte au début du verset, et qu'Il lui dit : selon la vision divine et secrète que je te montre du michkan et de ses ustensiles, ainsi ferez-vous, dans cet ordre. Selon cela il faut faire d'abord les ustensiles supérieurs, aron, table et menora, qui font allusion aux lumières supérieures, et ensuite le corps du michkan, car la saisie et la vision secrète de Moche notre maître portèrent d'abord sur ceux-là. C'est pourquoi Moche notre maître lui dit : fais un aron, des ustensiles et un michkan, expliquant ainsi les paroles divines de la manière indiquée. Mais en vérité les paroles divines comportent une autre explication : « ainsi ferez-vous » se rapporte à la fin du verset, où le michkan est mentionné d'abord, « la forme du michkan et la forme de tous ses ustensiles » ; ainsi ferez-vous selon l'ordre dans lequel je les mentionne maintenant, le michkan d'abord et les ustensiles ensuite. Cette explication, Betsalel la saisit à cause de la raison qui s'imposait à lui : les ustensiles que je fais, où les mettrai-je ? Et cela vint de Hachem, que cette explication fût d'abord cachée à Moche notre maître afin que Betsalel, qui s'occupait de l'œuvre sainte, y mérite. Ou bien il se peut que Moche notre maître ait lui aussi saisi cette explication, et qu'il lui ait dit l'explication inverse pour l'éprouver, l'aiguiser et grandir sa louange aux yeux d'Israël, afin de pouvoir lui dire ensuite : tu étais dans l'ombre de D.ieu et tu l'as su. Et quant à ce qu'a dit Rav Yehuda au nom de Rav, que Betsalel savait combiner les lettres par lesquelles furent créés les cieux et la terre, il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention vise le Nom de quarante-deux, qui sort du mot Berechit jusqu'au beth de « va-vohou », comme cela est connu des mekoubalim (kabbalistes), de mémoire bénie ; voir le saint Zohar au début de Berechit, « la forme de l'alliance fut semée en quarante-deux unions », etc., ainsi que ce qu'a écrit notre maître, de mémoire bénie, dans le Chaar maamerei Rachbi (feuillet 6), voir là-bas. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'après les lettres alef-lamed il y a quarante-deux, la valeur des lettres beth et mem ; c'est pourquoi il est appelé Betsalel, c'est-à-dire tsel El (ombre de D.ieu), allusion à ce qu'il saisit le Nom de quarante-deux, indiqué dans l'ombre des lettres alef-lamed.
💡 Explication

La règle est tirée du mot reou, « voyez », adressé par Moche à Israël : l'annonce de la désignation prend la forme d'une consultation. Rachi lit « vois » comme une demande d'assentiment.

Le récit déroule trois accords successifs, du haut vers le bas. Chacun des deux derniers s'exprime par un kal va-homer : celui qui convient à une autorité supérieure convient à plus forte raison à l'inférieure. La consultation demeure requise malgré son issue prévisible.

12
אָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר רַבִּי יוֹנָתָן: בְּצַלְאֵל עַל שֵׁם חָכְמָתוֹ נִקְרָא. בְּשָׁעָה שֶׁאָמַר לוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְמֹשֶׁה: לֵךְ אֱמֹור לוֹ לִבְצַלְאֵל ״עֲשֵׂה לִי מִשְׁכָּן אָרוֹן וְכֵלִים״. הָלַךְ מֹשֶׁה וְהָפַךְ וְאָמַר לוֹ: ״עֲשֵׂה אָרוֹן וְכֵלִים וּמִשְׁכָּן״. אָמַר לוֹ: מֹשֶׁה רַבֵּינוּ, מִנְהָגוֹ שֶׁל עוֹלָם אָדָם בּוֹנֶה בַּיִת וְאַחַר כָּךְ מַכְנִיס לְתוֹכוֹ כֵּלִים, וְאַתָּה אוֹמֵר ״עֲשֵׂה לִי אָרוֹן וְכֵלִים וּמִשְׁכָּן״, כֵּלִים שֶׁאֲנִי עוֹשֶׂה, לְהֵיכָן אַכְנִיסֵם? שֶׁמָּא כָּךְ אָמַר לְךָ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא, ״עֲשֵׂה מִשְׁכָּן אָרוֹן וְכֵלִים״?! אָמַר לוֹ: שֶׁמָּא בְּצֵל אֵל הָיִיתָ וְיָדַעְתָּ?

Rabbi Chmuel bar Nahmani a dit au nom de Rabbi Yonatan : Betsalel a été appelé d'après sa sagesse. Lorsque le Saint béni soit-Il dit à Moche : va dire à Betsalel « fais-moi un michkan, un aron et des ustensiles », Moche alla et inversa, et lui dit : « fais un aron, des ustensiles et un michkan ».

Il lui dit : Moche notre maître, l'usage du monde est qu'un homme bâtit une maison et y introduit ensuite les ustensiles, et toi tu me dis « fais-moi un aron, des ustensiles et un michkan » : les ustensiles que je fais, où les introduirai-je ? Peut-être le Saint béni soit-Il t'a-t-Il dit ainsi : « fais un michkan, un aron et des ustensiles » ?

Il lui dit : peut-être étais-tu dans l'ombre de D.ieu (be-tsel El) et l'as-tu su ?

📜 Rachi (1)
לֵךְ אֱמֹור לוֹ לִבְצַלְאֵל עֲשֵׂה מִשְׁכָּן אָרוֹן וְכֵלִים שֶׁכֵּן הֵם סְדוּרִים בְּפָרָשַׁת כִּי תִשָּׂא רְאֵה קָרָאתִי בְּשֵׁם וְגוֹ' אֵת אֹהֶל מוֹעֵד וְאֶת הָאָרֹון לָעֵדֻות וְכָל הַפָּרָשָׁה וּמֹשֶׁה אָמַר לוֹ עֲשֵׂה אָרוֹן וְכֵלִים כְּגוֹן שֻׁלְחָן וּמְנוֹרָה וְאַחַר כָּךְ מִשְׁכָּן דס"ל לר"י שֶׁכַּסֵּדֶר שֶׁהֵם סְדוּרִים בִּוְיִקְחוּ לִי תְּרוּמָה אָמַר לוֹ:
Va dire à Betsalel : fais un michkan, un aron et des ustensiles : car tel est leur ordre dans la parachat Ki Tissa, « vois, j'ai appelé par son nom, etc. », « la tente d'assignation et l'arche du témoignage », et toute la paracha. Et Moche lui dit : fais l'aron et les ustensiles, par exemple la table et la menora, et ensuite le michkan, car Rabbi Yonatan tient qu'il lui parla selon l'ordre dans lequel ils sont rangés dans « Vayikhou li terouma ».
🗂️ Tossefot (1)
לֵךְ אֱמֹור לִבְצַלְאֵל עֲשֵׂה מִשְׁכָּן אָרוֹן וְכֵלִים וְאִם תֹּאמַר הֵיכָא אַשְׁכְּחַן שֶׁצִּוָּה הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לַעֲשׂוֹת מִשְׁכָּן תְּחִלָּה הֲרֵי בְּפָרָשַׁת תְּרוּמָה כְּתִיב אָרוֹן תְּחִלָּה. וְיֵשׁ לוֹמַר דִּבְפָרָשַׁת כִּי תִשָּׂא כְּתִיב אֵת אֹהֶל מוֹעֵד וְאֶת הָאָרֹון לָעֵדֻות:
Et si tu dis : où trouvons-nous que le Saint béni soit-Il ait ordonné de faire le michkan en premier ? Dans la parachat Terouma, l'aron est écrit en premier ! On peut dire que dans la parachat Ki Tissa il est écrit « la tente d'assignation et l'arche du témoignage ».
💡 Explication

Le récit explique le nom. Moche transmet l'ordre des travaux selon la séquence de Terouma, où l'aron vient en tête ; Betsalel objecte par l'usage du monde, qui veut qu'on bâtisse le contenant avant le contenu.

La force de l'objection tient à ce que Betsalel restitue exactement la séquence de Ki Tissa, qu'il n'avait pas entendue. D'où la conclusion de Moche : be-tsel El, dans l'ombre de D.ieu ; le nom devient le titre de sa sagesse.

🖼️ Schéma
La nomination de Betsalel : trois accords Le Saint béni soit-Il Vois, j'ai appelé par son nom Moche s'il Te convient, à moi aussi Israël à nous à plus forte raison Règle de Rabbi Yits'hak : on n'établit un parnas qu'après avoir consulté la communauté. Ordre transmis par Moche 1. aron 2. ustensiles 3. michkan ordre de la parachat Terouma Ordre rétabli par Betsalel 1. michkan 2. aron 3. ustensiles ordre de la parachat Ki Tissa, conforme à l'ordre divin
Les deux séquences en présence et la chaîne d'accord qui précède la nomination.
13
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: יוֹדֵעַ הָיָה בְּצַלְאֵל לְצָרֵף אוֹתִיּוֹת שֶׁנִּבְרְאוּ בָּהֶן שָׁמַיִם וָאָרֶץ. כְּתִיב הָכָא: ״וַיְמַלֵּא אֹתוֹ רוּחַ אֱ-לֹהִים בְּחָכְמָה וּבִתְבוּנָה וּבְדַעַת״, וּכְתִיב הָתָם: ״ה׳ בְּחָכְמָה יָסַד אָרֶץ כּוֹנֵן שָׁמַיִם בִּתְבוּנָה״. וּכְתִיב: ״בְּדַעְתּוֹ תְּהוֹמוֹת נִבְקְעוּ״.

Rav Yehuda a dit au nom de Rav : Betsalel savait combiner les lettres par lesquelles furent créés les cieux et la terre. Il est écrit ici : « Et je l'ai rempli d'un esprit divin, en sagesse, en intelligence et en connaissance », et il est écrit là-bas : « Hachem a fondé la terre par la sagesse, Il a établi les cieux par l'intelligence », et il est écrit : « Par Sa connaissance les abîmes se sont fendus ».

📜 Rachi (1)
אוֹתִיּוֹת שֶׁנִּבְרְאוּ בָּהֶן שָׁמַיִם וָאָרֶץ עַל יְדֵי צֵירוּפָן וּבְסֵפֶר יְצִירָה תָּנֵי לְהוּ:
Les lettres par lesquelles furent créés les cieux et la terre : par leur combinaison ; le Sefer Yetsira les enseigne.
💡 Explication

La preuve procède par gezera chava de vocabulaire : les trois termes 'hokhma, tevouna et daat qualifient Betsalel dans Chemot et servent d'instruments de la création dans Michlei.

Rachi renvoie au Sefer Yetsira pour la notion de tseirouf otiot, la combinaison des lettres. La sagesse de Betsalel est ainsi décrite comme la connaissance du procédé par lequel le monde fut fait, applique à la construction du michkan.

14
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אֵין הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא נוֹתֵן חָכְמָה אֶלָּא לְמִי שֶׁיֵּשׁ בּוֹ חָכְמָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״יָהֵב חָכְמְתָא לְחַכִּימִין וּמַנְדְּעָא לְיָדְעֵי בִינָה״. שְׁמַע רַב תַּחְלִיפָא בַּר מַעְרְבָא וְאַמְרַהּ קַמֵּיהּ דְּרַבִּי אֲבָהוּ. אֲמַר לֵיהּ: אַתּוּן מֵהָתָם מַתְנִיתוּ לַהּ, אֲנַן מֵהָכָא מַתְנִינַן לָהּ, דִּכְתִיב: ״וּבְלֵב כָּל חֲכַם לֵב נָתַתִּי חָכְמָה״.

Rabbi Yo'hanan a dit : le Saint béni soit-Il ne donne la sagesse qu'à celui en qui il y a de la sagesse, ainsi qu'il est dit : « Il donne la sagesse aux sages et la connaissance à ceux qui savent l'intelligence ». Rav Tahlifa d'Occident l'entendit et le rapporta devant Rabbi Abahou.

Il lui dit : vous, vous l'enseignez de là ; nous, nous l'enseignons d'ici, car il est écrit : « Et dans le cœur de tout sage de cœur j'ai placé de la sagesse ».

🪔 Ben Yehoyada (1)
אַתּוּן מֵהָתָם מַתְנִיתוּ לַהּ, אֲנַן מֵהָכָא מַתְנִינַן לָהּ, דִּכְתִיב (שְׁמוֹת לא) וּבְלֵב כָּל חֲכַם לֵב נָתַתִּי חָכְמָה. קַשָּׁא לָמָּה הֻוצְרַךְ לְהַאֲרִיךְ לוֹמַר אַתּוּן מֵהָתָם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כֵּיוָן שֶׁהֵם הֵבִיאוּ רְאָיָה מִן הַכָּתוּב וְהוּא מֵבִיא רְאָיָה מִן הַתּוֹרָה אַתְמוֹהֵי קָא מַתְמַהּ עֲלַיְיהוּ בִּלְשׁוֹן קֻושְׁיָא וְתֵימָא, רְצוֹנוֹ לוֹמַר, רַחֲמִים שֶׁהוּא פָּסוּק כְּתוּבִים מַתְנִיתוּ , הֲלֹא אֲנַן מֵהָכָא שֶׁהוּא פָּסוּק תּוֹרָה מַתְנִינַן לָהּ , וְאַמַּאי לֹא אֲמַרְתֶּם כָּמוֹנוּ? אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי בס"ד כִּי הוּא יָדוּעַ דְּזוֹ הַהוֹכָחָה שֶׁמֵּבִיא מִן הַתּוֹרָה אֵינֶנָּה הוֹכָחָה גְּמוּרָה, וְרַק הִיא דֶּרֶךְ דְּרָשׁ רֶמֶז לַדָּבָר, וְאִם לֹא הָיָה לָזֶה הוֹכָחָה גְּמוּרָה מִן פָּסוּק דָּנִיֵּאל לֹא הָיוּ אוֹמְרִים זוֹ הַהוֹכָחָה מִן הַתּוֹרָה שֶׁהִיא רֶמֶז וְזֵכֶר בְּעָלְמָא, וְלָזֶה אָמַר כֵּיוָן דְּאַתּוּן מֵהָתָם מַתְנִיתוּ לָהּ שֶׁיֵּשׁ לְדָבָר זֶה הוֹכָחָה לְכָךְ אֲנַן מֵהָכָא מַתְנִינַן לָהּ דֶּרֶךְ רֶמֶז וְדָרַשׁ. אָמְנָם הָרַב עִיּוּן יַעֲקֹב זַ"ל הִקְשָׁה אַמַּאי לֹא הֵבִיא פָּסוּק תְּצַוֶּה דִּקְדִים, דִּכְתִיב (שְׁמוֹת כֹּח, ג) וְאַתָּה תְּדַבֵּר אֶל כָּל חַכְמֵי לֵב אֲשֶׁר מִלֵּאתִיו רוּחַ חָכְמָה, עַיֵּין שָׁם, וְלֹא קָשֶׁה מִידִי דְּהָתָם לֹא מוּכָח שֶׁעַתָּה הוּא נוֹתֵן לָהֶם חָכְמָה מֵחָדָשׁ אַחַר שֶׁהָיוּ חֲכָמִים מִכְּבָר, אֶלָּא הָכִי קָאָמַר תְּדַבֵּר אֶל כָּל חַכְמֵי לֵב אֲשֶׁר מֵעִיקָּרָא מִלֵּאתִיו רוּחַ חָכְמָה, שֶׁנָּתַתִּי לָהֶם הַחָכְמָה בְּרִבּוּי וּמִילּוּי וְלֹא לְאוֹתָם שֶׁצִּמְצַמְתִּי בְּחָכְמָתָם אַף עַל פִּי שֶׁגַּן כֵּן נִקְרָאִים חֲכָמִים, מַה שֶׁאֵין כֵּן פָּסוּק (שָׁם לא, ו) וּבְלֵב כָּל חֲכַם לֵב נָתַתִּי חָכְמָה, מַשְׁמַע נָתַתִּי עַתָּה, דְּלָא אָמַר אֲשֶׁר דְּמַשְׁמַע מִקֹּודֶם, וְהָא דְּלָא הֵבִיא רַבִּי יוֹחָנָן פָּסוּק שֶׁל תּוֹרָה וְהֵבִיא מִן דָּנִיֵּאל? נִרְאֶה לִי בס"ד דְּיֵשׁ לוֹמַר הָכָא אַיְירֵי בִּמְלָאכָה דַּוְקָא, אַךְ פָּסוּק דָּנִיֵּאל אַייְרֵי בִּסְתָם מַשְׁמַע גַּם בְּחָכְמַת הַתּוֹרָה. אִי נָמֵי יֵשׁ לוֹמַר הָכָא שָׁאנֵי דְּהָיָה צֹורֶךְ שָׁעָה לַעֲשׂוֹת הַמִּשְׁכָּן וְצָרִיךְ לְהוֹסִיף חָכְמָה עַל חָכְמָתָם.
« Vous, vous l'enseignez de là ; nous, nous l'enseignons d'ici, car il est écrit (Chemot 31) : et dans le cœur de tout sage de cœur j'ai placé de la sagesse. » Difficulté : pourquoi a-t-il fallu allonger et dire « vous, de là » ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que puisqu'ils apportent une preuve d'un verset des Ketouvim tandis que lui apporte une preuve de la Torah, il s'étonne d'eux sur un ton de question : vous l'enseignez d'un verset des Ketouvim, alors que nous l'enseignons d'ici, d'un verset de la Torah ; pourquoi n'avez-vous pas dit comme nous ? Ou bien il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il est connu que la preuve apportée de la Torah n'est pas une preuve complète, seulement une voie de drach, une allusion à la chose ; et si la chose n'avait pas eu une preuve complète par le verset de Daniel, on n'aurait pas énoncé cette preuve tirée de la Torah, qui n'est qu'une allusion et un rappel. C'est pourquoi il a dit : puisque vous l'enseignez de là, où la chose a une preuve, nous l'enseignons d'ici par voie d'allusion et de drach. Cependant le Rav Iyoun Yaakov, de mémoire bénie, a demandé pourquoi il n'a pas apporté le verset de Tetsave, qui précède : « et toi, tu parleras à tous les sages de cœur que j'ai remplis d'un esprit de sagesse » (Chemot 28,3), voir là-bas. Cela ne fait aucune difficulté, car là il n'est pas prouvé qu'Il leur donne maintenant une sagesse nouvelle après qu'ils étaient déjà sages ; le verset dit : tu parleras à tous les sages de cœur que j'ai remplis dès l'origine d'un esprit de sagesse, ceux à qui j'ai donné la sagesse en abondance et en plénitude, à l'exclusion de ceux dont j'ai mesuré la sagesse, bien qu'eux aussi soient appelés sages. Il en va autrement du verset « et dans le cœur de tout sage de cœur j'ai placé de la sagesse » (ibid. 31,6), qui implique : j'ai donné maintenant, puisqu'il n'y est pas dit « que j'ai remplis », ce qui impliquerait auparavant. Et pourquoi Rabbi Yo'hanan n'a-t-il pas apporté le verset de la Torah, apportant celui de Daniel ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on peut dire qu'ici il s'agit précisément de l'ouvrage du michkan, tandis que le verset de Daniel parle de façon générale, ce qui inclut aussi la sagesse de la Torah. Ou bien on peut dire qu'ici c'est différent, car il y avait là une nécessité de l'heure, faire le michkan, et il fallait ajouter de la sagesse à leur sagesse.
💡 Explication

Le principe prolonge la figure de Betsalel : la sagesse reçue d'en haut se pose sur une sagesse déjà acquise. Le verset de Daniel le dit expressément, « il donne la sagesse aux sages ».

L'échange entre les académies porte sur la source. Rabbi Abahou avance un verset de la Torah, où les artisans du michkan sont dits hakhmei lev avant de recevoir la sagesse. Le Ben Yehoyada examine laquelle des deux preuves est contraignante.

15
אָמַר רַב חִסְדָּא: כָּל חֲלוֹם, וְלָא טְווָת. וְאָמַר רַב חִסְדָּא: חֶלְמָא דְּלָא מְפַשַּׁר כְּאִגַּרְתָּא דְּלָא מִקַּרְיָא. וְאָמַר רַב חִסְדָּא: לָא חֶלְמָא טָבָא מִקַּיַּים כֻּולֵּיהּ וְלָא חֶלְמָא בִּישָׁא מִקַּיַּים כֻּולֵּיהּ. וְאָמַר רַב חִסְדָּא: חֶלְמָא בִּישָׁא עֲדִיף מֵחֶלְמָא טָבָא. וְאָמַר רַב חִסְדָּא: חֶלְמָא בִּישָׁא — עֲצִיבוּתֵיהּ מִסָּתְיֵיהּ, חֶלְמָא טָבָא — חֲדוּיָה מִסָּתְיֵיהּ. אָמַר רַב יוֹסֵף: חֶלְמָא טָבָא, אֲפִילּוּ לְדִידִי, בְּדִיחוּתֵיהּ מְפַכְּחָא לֵיהּ. וְאָמַר רַב חִסְדָּא: חֶלְמָא בִּישָׁא קָשֶׁה מִנְּגָדָא, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְהָאֱ-לֹהִים עָשָׂה שֶׁיִּרְאוּ מִלְּפָנָיו״, וְאָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: זֶה חֲלוֹם רַע.

Rav Hisda a dit : tout rêve, mais non taavat (un jour de jeûne). Et Rav Hisda a dit : un rêve qui n'est pas interprété est comme une lettre qui n'est pas lue.

Et Rav Hisda a dit : un bon rêve ne se réalise pas tout entier, et un mauvais rêve ne se réalise pas tout entier. Et Rav Hisda a dit : un mauvais rêve vaut mieux qu'un bon rêve.

Et Rav Hisda a dit : un mauvais rêve, sa tristesse lui suffit ; un bon rêve, sa joie lui suffit. Rav Yossef a dit : un bon rêve, même pour moi, sa gaieté le dissipe.

Et Rav Hisda a dit : un mauvais rêve est plus dur que la flagellation, ainsi qu'il est dit : « Et D.ieu a fait en sorte qu'on Le craigne », et Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : c'est le mauvais rêve.

📜 Rachi (9)
כָּל חֲלוֹם וְלָא טְוָות כָּל חֲלוֹמוֹת יִרְאֶה אָדָם וְלֹא יִרְאֶה אֶחָד מֵאוֹתָן שֶׁהוּא שָׁרוּי בְּתַעֲנִית שֶׁאֵינוֹ טוֹב טְוָות לְשׁוֹן תַּעֲנִית כְּמוֹ וּבַת טְווָת הָאָמוּר בְּדָרְיָוֶשׁ (דָּנִיֵּאל ו׳:י״ט):
Tout rêve, mais non taavat : que l'homme voie tous les rêves, mais qu'il ne voie pas l'un de ceux que l'on voit alors qu'on est en jeûne, qui n'est pas bon. Taavat est un terme de jeûne, comme « ou-vat tevat » dit à propos de Dariavech (Daniel 6,19).
דְּלָא מְפַשַּׁר שֶׁלֹּא פְּתָרוּהוּ:
De-là mefachar : qu'on n'a pas interprété.
כְּאִגַּרְתָּא דְּלָא מִקַּרְיָא לֹא טוֹב וְלֹא רַע הוּא שֶׁכָּל הַחֲלוֹמוֹת הוֹלְכִין אַחַר הַפִּתְרוֹן:
Comme une lettre qui n'est pas lue : il n'est ni bon ni mauvais, car tous les rêves suivent l'interprétation.
עָדִיף מֵחֶלְמָא טָבָא שֶׁמֵּבִיא אֶת הָאָדָם לִידֵי תְּשׁוּבָה:
Vaut mieux qu'un bon rêve : car il amène l'homme à la techouva.
עֲצִיבוּתֵיהּ מִסָּתְיֵיהּ דַּיּוֹ עִצְבוֹנוֹ מַה שֶּׁאָדָם מִתְעַצֵּב עָלָיו מְבַטֵּל אֶת הַחֲלוֹם:
Sa tristesse lui suffit : l'affliction que l'homme en éprouve annule le rêve.
אֲפִילּוּ לְדִידִי שֶׁאֲנִי מְאוֹר עֵינַיִם:
Même pour moi : moi qui suis privé de la vue.
בְּדִיחוּתֵיהּ מְפַכְּחָא לֵיהּ מֻבְטָלֶיהָ:
Sa gaieté le dissipe : elle l'annule.
מִנִּגְדָּא מִמַּלְקוּת קָשֶׁה לְגוּף הָאָדָם יוֹתֵר מִמַּלְקוּת לְפִי שֶׁדּוֹאֵג מִמֶּנּוּ:
Que la flagellation : plus dur pour le corps de l'homme que la flagellation, parce qu'il s'en inquiète.
זֶה חֲלוֹם רַע מִיִּרְאָתוֹ יָשׁוּב וַיַּכְנַע:
C'est le mauvais rêve : par sa crainte il fera techouva et se soumettra.
🪔 Ben Yehoyada (3)
כָּל חֲלוֹם וְלָא טְוָת. פֵּירוּשׁ רָשִׁ"י זַ"ל [כָּל חֲלוֹמוֹת יִרְאֶה אָדָם וְלֹא יִרְאֶה אֶחָד מֵאוֹתָן שֶׁהוּא שָׁרוּי בְּתַעֲנִית שֶׁאֵינוֹ טוֹב טְוָות לְשׁוֹן תַּעֲנִית כְּמוֹ וּבַת טְוָות הָאָמוּר בְּדָרְיָוֶשׁ] נִרְאֶה דֹּוחַק, דְּעַל הָרֹוב לֹא יִצְטַעֵר בַּלַּיְלָה, כֵּיוָן דְּאָכַל סָמוּךְ לַלַּיְלָה שֶׁהוּא שָׂבֵעַ הַרְבֵּה וְאֵין לוֹ תַּאֲוָה כְּלָל. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דּ אִם יִרְאֶה אָדָם חֲלוֹם רַע רְפוּאָתוֹ בְּדוּקָה וּמְנֻוסֶּה שֶׁהוּא לְהִתְעַנּוֹת בּוֹ בַּיּוֹם דַּוְקָא וְלֹא בְּיוֹם אַחֵר, וְאִם כֵּן אִם יִרְאֶה הַחֲלוֹם בַּלַּיְלָה שֶׁהַיּוֹם הַבָּא אַחֲרָיו הוּא בְּלָאו הָכִי יֵשׁ בּוֹ תַּעֲנִית צִבּוּר שֶׁחַייָּב לְהִתְעַנּוֹת אִם כֵּן רְפוּאָתוֹ רְחוֹקָה, כִּי הַתַּעֲנִית הַהוּא לֹא יוֹעִיל לַחֲלוֹם, וְאִם יִתְעַנֶּה בַּיּוֹם שֶׁאַחֲרָיו גַּם כֵּן לֹא יוֹעִיל כִּי צָרִיךְ בּוֹ בַּיּוֹם דַּוְקָא, וְלָכֵן אָמַר כָּל חֲלוֹם יִרְאֶה הָאָדָם בְּאֵיזֶה לַיְלָה שֶׁיִּהְיֶה שֶׁיֵּשׁ לָזֶה תְּרוּפָה, וְלֹא בַּלַּיְלָה שֶׁבַּיּוֹם הוּא טְוָות תַּעֲנִית צִיבּוּר שֶׁהוּא חַייָּב עָלָיו בְּלָאו הָכִי.
« Tout rêve, mais non taavat. » L'explication de Rachi, de mémoire bénie, selon laquelle l'homme doit voir tous les rêves sauf ceux que l'on voit lorsqu'on jeûne, taavat étant un terme de jeûne comme « ou-vat tevat » dit à propos de Dariavech, paraît forcée, car le plus souvent il ne souffrira pas la nuit, ayant mangé juste avant la nuit, étant bien rassasié et n'ayant aucune faim. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que si un homme voit un mauvais rêve, son remède éprouvé et vérifié est de jeûner ce jour-là même et non un autre jour. Dès lors, s'il voit le rêve une nuit dont le lendemain comporte de toute façon un jeûne public qu'il est tenu d'observer, son remède est hors d'atteinte, car ce jeûne-là ne servira pas au rêve ; et s'il jeûne le jour suivant, cela ne servira pas non plus, puisqu'il faut ce jour-là même. C'est pourquoi il a dit : que l'homme voie tout rêve, n'importe quelle nuit, où la chose a un remède, mais non la nuit dont le jour est taavat, un jeûne public auquel il est de toute manière tenu.
אָמַר רַב יוֹסֵף: חֶלְמָא טָבָא, אֲפִלּוּ לְדִידִי, בְּדִיחוּתֵיהּ מְפַכְּחָא לֵיהּ. לְפִי פְּשׁוּטוֹ כִּי הַסַּגִּי נְהוֹר אֵין לוֹ שִׂמְחָה שְׁלֵימָה בְּכָל דָּבָר עִם כָּל זֶה מְפַכְּחָא לֵיהּ. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁכָּתַב מֵהָרֵי"שׁ זַ"ל מַה שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל חֲלוֹם אֶחָד מִשִּׁשִּׁים מִנְּבוּאָה, הַיְינוּ כְּמוֹ הַנְּבוּאָה נִתְקַייֵּם יוֹתֵר אִם יִהְיֶה בָּהּ פּוֹעֵל דִּמְיוֹנִי, כֵּן הַחֲלוֹם עִנְיָינוֹ הוּא פּוֹעֵל דִּמְיוֹנִי, לְכָךְ הוּא מִתְקַיֵּים בְּדִבְרֵי הַנְּבוּאָה אִם הַפּוֹתֵר יִפְתֹּור אוֹתוֹ עַד כָּאן דְּבָרָיו, גַּם יָדוּעַ שֶׁהַחֲלוֹם בָּא מִכֹּחַ הַמְדַמֶּה שֶׁבַּנֶּפֶשׁ הַחַי, כִּי כֹּחַ הַמְדַמֶּה הַנִּשְׁאָר בַּגּוּף בְּעֵת הַשֵּׁינָה הוּא מְדַמֶּה לוֹ עִנְיָנִים בַּחֲלוֹמוֹת כַּאֲשֶׁר רָגִיל לְדַמּוֹת תָּמִיד בַּיּוֹם, כִּי הַמַּרְאוֹת שֶׁרָגִיל הָאָדָם לִרְאוֹת בְּחוּשׁ הָרֵיאוֹת, וְגַם עוֹד מַה שֶׁהוּא צוֹפֶה וְהִבִּיט בְּדִמְיוֹנוֹ, כֻּולָּם כְּרוּכִים וּמֻונָּחִים בְּכֹחַ הַמְדַמֶּה שֶׁבּוֹ, וְעַתָּה בְּעֵת שִׁינְתּוֹ פּוֹעֵל כֹּחַ הַמְדַמֶּה אֶת הַמּוּחָשִׁים הָהֵם בַּהֶרְגֵּשׁ הַחִיצוֹן מַמָּשׁ, וּלְפִי זֶה מוּבָן מִמֵּילָא אִם הָאָדָם סַגִּי נְהוֹר שֶׁאֵין לוֹ חוּשֵׁי הָרֵיאוֹת שֶׁאֵינוֹ רוֹאֶה מַרְאוֹת כְּלָל, אָז כְּפִי הַטֶּבַע אֵין נִמְצָא כָּרוּךְ וּמֻונָּח בְּכֹחַ הַמְדַמֶּה שֶׁלּוֹ מִזֶּה הַמַּרְאֶה שֶׁרָאָה בַּחֲלוֹמוֹ, וְרַק אֶפְשָׁר שֶׁיִּהְיֶה לוֹ בְּכֹחַ הַמַּרְאֶה מִמַּה שֶׁהָיָה מְחַשֵּׁב וּמְצַייֵּר בְּרַעֲיוֹנָיו וְאֵין מִזֶּה הַרְבֵּה, וְעַל כֵּן נִרְאֶה שֶׁחֲלוֹם הַסּוּמָא הוּא יִהְיֶה אֲמִתִּי יוֹתֵר מִן חֲלוֹם אָדָם בַּעַל חוּשׁ הָרֵיאוֹת, וְלָזֶה אָמַר אָמַר ר' יוֹחָנָן אֲפִילּוּ לְדִידִי שֶׁנִּרְאֶה חֲלוֹם שֶׁלִּי אֲמִיתִּי יוֹתֵר עִם כָּל זֶה בְּדִיחוּתֵיהּ מִפָּכְחָה לֵיהּ. וּמַה שֶׁאָמַר חֶלְמָא דְּלָא מְפַשַּׁר, כְּאִגַּרְתָּא דְּלָא מִיקַּרְיָא נִרְאֶה לִי בס"ד, לְכָךְ בַּחֲלוֹם הַשֵּׁנִי שֶׁל יוֹסֵף הַצַּדִּיק ע"ה כְּתִיב (בְּרֵאשִׁית לז, יא) וַיְקַנְאוּ בּוֹ אֶחָיו, כִּי רָאוּ שֶׁאָבִיו פָּתַר אוֹתוֹ כִּדְבָרָיו, אֲבָל בָּרִאשׁוֹן אַף עַל פִּי שֶׁאָמְרוּ הֲמָלֹךְ תִּמְלֹךְ עָלֵינוּ אִם מָשׁוֹל תִּמְשֹׁל בָּנוּ אֵין זֶה פִּתְרוֹן אֶלָּא מִלְּתָא בְּעָלְמָא דְּקָאָמְרִי לֵיהּ.
« Rav Yossef a dit : un bon rêve, même pour moi, sa gaieté le dissipe. » Selon le sens simple : l'aveugle n'a de joie entière en aucune chose, et malgré cela elle le dissipe. Il me semble en outre, avec l'aide du Ciel, d'après ce qu'a écrit le Mahari'ch, de mémoire bénie, au sujet de ce qu'ont dit nos maîtres, de mémoire bénie, que le rêve est un soixantième de la prophétie : de même que la prophétie se réalise davantage si elle comporte un acte figuratif, ainsi le rêve, dont l'affaire est un acte de l'imagination, se réalise selon les paroles de la prophétie lorsque celui qui l'interprète l'interprète ; fin de ses paroles. Il est connu aussi que le rêve vient de la faculté imaginative qui est dans l'âme vivante : la faculté imaginative qui demeure dans le corps pendant le sommeil lui figure des choses en rêve, comme il a coutume de se figurer sans cesse pendant le jour ; car les visions que l'homme a coutume de voir par le sens de la vue, et aussi ce qu'il contemple et regarde dans son imagination, sont tous enroulés et déposés dans sa faculté imaginative, et alors, pendant son sommeil, cette faculté agit ces sensations comme dans le sens extérieur même. Selon cela on comprend d'emblée que si l'homme est aveugle et n'a pas le sens de la vue, ne voyant aucune image, alors selon la nature rien ne se trouve enroulé et déposé dans sa faculté imaginative de la vision qu'il a vue en rêve ; il se peut seulement qu'il ait en puissance l'image de ce qu'il pensait et se représentait dans ses idées, et il n'y en a pas beaucoup. C'est pourquoi il apparaît que le rêve de l'aveugle est plus véridique que le rêve d'un homme doué du sens de la vue. Et c'est ce qu'il a dit : même pour moi, dont le rêve paraît plus véridique, malgré cela sa gaieté le dissipe. Quant à ce qu'il a dit, qu'un rêve qui n'est pas interprété est comme une lettre qui n'est pas lue, il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est pour cela qu'au sujet du second rêve de Yossef le juste, la paix soit sur lui, il est écrit (Berechit 37,11) « et ses frères le jalousèrent », car ils virent que son père l'avait interprété selon ses paroles ; tandis qu'au premier, bien qu'ils aient dit « régnerais-tu donc sur nous, dominerais-tu donc sur nous », ils lui disaient là une simple parole, qui n'avait pas valeur d'interprétation.
חֶלְמָא בִּישָׁא קָשֶׁה מִנְּגָדָא, שֶׁנֶּאֱמַר: (קֹהֶלֶת ג) "וְהָאֱ-לֹהִים עָשָׂה שֶׁיִּרְאוּ מִלְּפָנָיו". וְאָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה, אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: זֶה חֲלוֹם רַע. נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּשַׁעַר הַפְּסוּקִים פ' וַיֵּשֶׁב, שֶׁהַחֲלוֹם בָּא מִמֹּוחִין דהויו"ת הַמְכֻוסִּים בְּשֵׁמוֹת אֱ-לֹהִים, וְהַפִּתְרוֹן בָּא מִמֹּוחִין דְּגַדְלוּת שֶׁהֵם הוי"ה הַמְגֻולִּים בִּלְתִּי מְכֻוסִּים בְּשֵׁמוֹת אֱ-לֹהִים עַייֵּן שָׁם. וּבָזֶה אָמַרְתִּי בס"ד (בַּמִּדְבָּר יב, ו) בַּחֲלוֹם אֲדַבֶּר בּוֹ, תֵּיבַת בַּחֲלוֹם [86] גֵּימַטְרְיָא פ"ו מִסְפַּר שֵׁם אֱ-לֹהִים [86] , וְלָזֶה אָמַר וְהָאֱ-לֹהִים עָשָׂה שֶׁיִּרְאוּ מִלְּפָנָיו דָּיְיקָא, שֶׁהַחֲלוֹם נִמְשָׁךְ מִן הויו"ה שֶׁעוֹמְדִים בְּתוֹךְ וּפְנִימִיּוֹת שֵׁם אֱ-לֹהִים, וּלְהָכִי יָלֵיף מֵהָכָא דְּאַיְּירִי עַל הַחֲלוֹם שֶׁהוּא בָּא מִן הויו"ת שֶׁהֵם לִפְנִים מִשֵּׁמוֹת אֱ-לֹהִים.
« Un mauvais rêve est plus dur que la flagellation, ainsi qu'il est dit (Kohelet 3) : et l'Elo-him a fait en sorte qu'on Le craigne. Et Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : c'est le mauvais rêve. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, d'après ce qu'a écrit notre maître le Ari, de mémoire bénie, dans le Chaar hapessoukim, parachat Vayechev, que le rêve vient des mo'hin des Havayot couvertes dans les noms Elo-him, tandis que l'interprétation vient des mo'hin de gadlout, qui sont les Havayot dévoilées, non couvertes par les noms Elo-him, voir là-bas. Sur quoi j'ai dit, avec l'aide du Ciel, au sujet du verset (Bamidbar 12,6) « c'est en rêve que je lui parlerai » : le mot ba-halom a pour guematria 86, le nombre du nom Elo-him ; et c'est pourquoi il est dit précisément « et l'Elo-him a fait en sorte qu'on Le craigne », car le rêve découle des Havayot qui se tiennent à l'intérieur du nom Elo-him et dans son intériorité. De là on apprend qu'il s'agit du rêve, qui vient des Havayot situées en dedans des noms Elo-him.
💡 Explication

Ouverture de la grande sougya des rêves, qui court jusqu'à 57b. Rav Hisda en pose les principes : le rêve reste en suspens tant qu'il n'a pas été interprété, puisqu'il suit son interprétation ; aucun rêve ne se réalise entièrement ; et le mauvais rêve l'emporte sur le bon, parce qu'il conduit à la techouva.

Les deux maximes sur la tristesse et la joie énoncent une compensation : l'affliction ou la gaieté déjà éprouvées tiennent lieu de réalisation. Rav Yossef, aveugle, en témoigne pour lui-même.

La dernière maxime tire de Kohelet le rang du mauvais rêve : la crainte qu'il installe agit plus fortement sur l'homme que la peine corporelle.

16
״הַנָּבִיא אֲשֶׁר אִתּוֹ חֲלוֹם יְסַפֵּר חֲלוֹם וַאֲשֶׁר דְּבָרִי אִתּוֹ יְדַבֵּר דְּבָרִי אֱמֶת מַה לַתֶּבֶן אֶת הַבָּר נְאֻם ה׳״. וְכִי מָה עִנְיַן בַּר וְתֶבֶן אֵצֶל חֲלוֹם? אֶלָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי: כְּשֵׁם שֶׁאִי אֶפְשָׁר לְבַר בְּלֹא תֶּבֶן, כָּךְ אִי אֶפְשָׁר לַחֲלוֹם בְּלֹא דְּבָרִים בְּטֵלִים.

« Le prophète qui a un rêve, qu'il raconte un rêve, et celui qui a Ma parole, qu'il dise Ma parole en vérité ; qu'à de commun la paille avec le grain ? dit Hachem. » Or quel rapport le grain et la paille ont-ils avec le rêve ? Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Chimon bar Yohai : de même qu'il est impossible d'avoir du grain sans paille, ainsi il est impossible d'avoir un rêve sans paroles vaines.

💡 Explication

Le verset de Yirmiya oppose le prophète au songeur, puis passe sans transition à une image agricole. La question porte sur ce passage : pourquoi parler de grain et de paille à propos du rêve ?

La réponse fait de l'image une description de structure. Le bar (grain) et le teven (paille) poussent ensemble ; de même, la part vraie du rêve vient toujours accompagnée de devarim betelim, paroles sans consistance.

🖼️ Schéma
Le grain et la paille : la structure du rêve Le champ bar (grain) : ce qui nourrit teven (paille) : ce qui l'entoure Le grain ne pousse pas sans paille. = Le rêve le contenu qui se réalise les devarim betelim (paroles vaines) Aucun rêve sans part de vanité.
L'image agricole appliquée à la composition du rêve.
17
אָמַר רַבִּי בֶּרֶכְיָה: חֲלוֹם, אַף עַל פִּי שֶׁמִּקְצָתוֹ מִתְקַיֵּים — כֻּולּוֹ אֵינוֹ מִתְקַייֵּם. מְנָא לַן? — מִיּוֹסֵף, דִּכְתִיב: ״וְהִנֵּה הַשֶּׁמֶשׁ וְהַיָּרֵחַ וְגוֹ׳״.

Rabbi Berekhya a dit : un rêve, bien qu'une partie s'en réalise, ne se réalise pas tout entier. D'où le savons-nous ?

De Yossef, car il est écrit : « Et voici, le soleil et la lune, etc. »

💡 Explication

Rabbi Berekhya reprend le principe de Rav Hisda et lui donne une preuve narrative. Dans le second rêve de Yossef, le soleil, la lune et onze étoiles se prosternent devant lui.

Le raisonnement, dont la suite figure au verso, porte sur la lune : la mère de Yossef était déjà morte, de sorte que cette part du rêve ne pouvait s'accomplir. Le daf s'interrompt sur cette démonstration.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).