Berakhot 55b — Le rêve suit la bouche : qui voit quel rêve, comment on améliore un mauvais rêve, et d'où vient la matière du songe

Berakhot 55b

Sougya : Le daf poursuit le grand traité des rêves. Il achève d'abord la démonstration de Rabbi Berekhya sur le second rêve de Yossef, puis fixe avec Rabbi Levi le délai pendant lequel on doit attendre l'accomplissement d'un bon rêve.

Rav Huna énonce ensuite un principe renversant : l'homme juste ne voit pas de bon rêve et l'homme mauvais ne voit pas de mauvais rêve, principe illustré par David et Ahitofel, puis confronté à deux objections qui obligent à le préciser. Vient la partie pratique : la hatavat halom devant trois personnes avec ses neuf versets, la prière à dire pendant la birkat kohanim, la sauvegarde contre le mauvais œil et la conduite du malade, transmises par Ameimar, Mar Zoutra et Rav Achi.

Le daf se clôture sur la doctrine de l'interprétation : tous les rêves suivent la bouche, avec la restriction de Rava, et sur l'origine de la matière onirique, qui vient soit d'un ange soit d'un chede, et toujours des pensées du cœur.

Rav Houna : qui voit quel rêve, et les deux objections À l'homme bon on ne montre pas de bon rêve, à l'homme mauvais pas de mauvais rêve. L'homme bon : mauvais rêve Rachi : pour qu'il s'inquiète et ne pèche pas, et pour que son affliction lui serve d'expiation. Illustration : David, jamais de bon rêve. L'homme mauvais : bon rêve Rachi : pour le réjouir, qu'il consomme déjà son monde ici-bas. Illustration : Ahitofel, jamais de mauvais rêve. Objection 1 : « Aucun mal ne t'atteindra » — donc le juste n'est pas effrayé par de mauvais rêves. Réponse : lui-même ne le voit pas ; ce sont les autres qui le voient à son sujet. La souffrance existe donc, mais elle reste hors de sa conscience. Objection 2 : Rabbi Zeira — sept nuits sans rêve, l'homme est appelé « mauvais ». Si David ne voyait ni bon ni mauvais rêve, il ne voyait rien du tout : cela le condamnerait. Réponse : il voyait, mais ne savait pas ce qu'il avait vu — le bon rêve s'effaçait avant le réveil.
Le principe de Rav Houna sur la répartition des rêves, son illustration par David et Ahitofel, et les deux objections qui le précisent.
La hatavat halom : améliorer un rêve, non l'interpréter Il a fait un rêve et son âme en est affligée Refus de la lecture première : « qu'il le fasse interpréter » un rêve non interprété est comme une lettre non lue — on ne l'active pas Correction : « qu'il le rende bon devant trois » Il dit : j'ai vu un bon rêve. Ils répondent : il est bon et bon il sera. 3 renversements Tehilim 30 : deuil en danse Yirmiya 31 : deuil en joie Devarim 23 : malédiction de Bilam changée en bénédiction 3 rachats Tehilim 55 : Il a racheté mon âme en paix Yechaya 35 : les rachetés Chmouel I 14 : Yonatan sauvé 3 paix Yechaya 57 : paix au lointain et au proche Divre Hayamim I 12 : Amassai Chmouel I 25 : paix à ta maison
La hatavat halom : pourquoi la Guemara corrige « interpréter » en « rendre bon », et les neuf versets à réciter.
D'où vient le rêve, et qui en décide le sens 1. La matière du rêve Contradiction relevée par Rava Je lui parle en rêve (Bamidbar 12) par un ange Les rêves parlent faussement (Zekharia 10) par un chede Rabbi Chmouel bar Nahmani On ne montre à l'homme que les pensées de son cœur : rien qu'il n'ait déjà pensé. Preuve de Rava On ne montre jamais à personne un palmier d'or, ni un éléphant passant par le chas d'une aiguille. 2. Le sens du rêve Tous les rêves suivent la bouche l'interprétation fixe ce que le rêve deviendra Rabbi Bena'a : 24 interprètes à Jérusalem Un seul rêve, 24 interprétations différentes, et toutes se sont réalisées en lui. Source : Rabbi Elazar « Comme il nous avait interprété, ainsi fut-il » Restriction de Rava Seulement si l'interprétation tient au contenu du rêve.
Deux questions distinctes : d'où vient la matière du rêve, et qui en fixe le sens.
1
וְהַהִיא שַׁעְתָּא אִמֵּיהּ לָא הֲוָת.

— et à ce moment-là, sa mère n'était plus en vie.

📜 Rachi (1)
וְהַהִיא שַׁעְתָּא דְּחָלַם אִמֵּיהּ לָא הֲוָת:
Au moment où il fit ce rêve, sa mère n'était plus en vie.
💡 Explication

Fin de la démonstration de Rabbi Berekhya commencée au recto. Dans le second rêve de Yossef, la lune se prosterne devant lui ; or la lune désigne sa mère, Rahel, morte avant que le rêve ne s'accomplisse.

La conclusion est un principe général : un rêve peut se réaliser en partie sans se réaliser en entier. Même le rêve le plus manifestement vérifié de toute l'Écriture comporte un élément demeuré sans accomplissement.

2
אָמַר רַבִּי לֵוִי: לְעוֹלָם יְצַפֶּה אָדָם לַחֲלוֹם טוֹב עַד עֶשְׂרִים וּשְׁתַּיִם שָׁנָה. מִנָּלַן? — מִיּוֹסֵף, דִּכְתִיב: ״אֵלֶּה תֹּלְדוֹת יַעֲקֹב יוֹסֵף בֶּן שְׁבַע עֶשְׂרֵה שָׁנָה וְגוֹ׳״, וּכְתִיב: ״וְיוֹסֵף בֶּן שְׁלֹשִׁים שָׁנָה בְּעָמְדוֹ לִפְנֵי פַּרְעֹה וְגוֹ׳״. מִן שַׁבְסְרֵי עַד תְּלָתִין כַּמָּה הָוֵי? — תְּלָת סְרֵי, וְשַׁב דְּשִׂבְעָא וְתַרְתֵּי דְּכַפְנָא — הָא עֶשְׂרִים וּשְׁתַּיִם.

Rabbi Levi a dit : l'homme doit toujours attendre l'accomplissement d'un bon rêve jusqu'à vingt-deux ans. D'où le savons-nous ?

De Yossef, car il est écrit : « Voici les engendrements de Yaakov : Yossef, âgé de dix-sept ans, etc. », et il est écrit : « Et Yossef avait trente ans lorsqu'il se tint devant Pharaon, etc. » De dix-sept à trente, combien cela fait-il ? Treize.

Ajoute les sept ans d'abondance et les deux ans de famine : cela fait vingt-deux.

📜 Rachi (2)
יְצַפֶּה שֶׁיִּתְקַיֵּים:
Qu'il se réalise.
מִיּוֹסֵף שֶׁלֹּא נִתְקַייְּמוּ הִשְׁתַּחֲוָאוֹת הַלָּלוּ עַד עֶשְׂרִים וּשְׁתַּיִם שָׁנָה כְּשֶׁיָּרַד יַעֲקֹב לְמִצְרַיִם שֶׁכְּבָר הָיָה הָרָעָב שְׁתֵּי שָׁנִים דִּכְתִיב כִּי זֶה שְׁנָתַיִם הָרָעָב (בְּרֵאשִׁית מַה):
De Yossef : ces prosternations ne se sont accomplies qu'au bout de vingt-deux ans, quand Yaakov descendit en Égypte, alors que la famine durait déjà depuis deux ans, comme il est écrit : « car voici deux ans que la famine est dans le pays » (Berechit 45).
💡 Explication

Le calcul est purement scripturaire. Deux versets donnent deux âges de Yossef : dix-sept ans au moment du rêve, trente ans au moment de sa nomination. L'écart vaut treize ans.

Restent les années qui séparent la nomination de l'accomplissement effectif : les sept années d'abondance, puis deux années de famine, au terme desquelles les frères descendent en Égypte et se prosternent. Le total, vingt-deux, devient une règle de conduite : un bon rêve n'est déclaré caduc qu'après ce délai.

🖼️ Schéma
Les vingt-deux ans de Yossef, selon Rabbi Levi 17 ans le rêve 30 ans devant Pharaon 37 ans fin de l'abondance 39 ans les frères se prosternent 13 ans 7 ans d'abondance 2 ans de famine 13 + 7 + 2 = 22 ans d'attente
Le décompte des vingt-deux ans, tiré de deux versets et de la durée de la famine.
3
אָמַר רַב הוּנָא: לְאָדָם טוֹב אֵין מַרְאִין לוֹ חֲלוֹם טוֹב, וּלְאָדָם רַע אֵין מַרְאִין לוֹ חֲלוֹם רַע.

Rav Houna a dit : à l'homme bon on ne montre pas de bon rêve, et à l'homme mauvais on ne montre pas de mauvais rêve.

📜 Rachi (2)
לְאָדָם טוֹב מַרְאִין לוֹ חֲלוֹם רַע כְּדֵי שֶׁיִּדְאַג וְלֹא יֶחֱטָא וְשֶׁיְּכַפֵּר לוֹ עִצְבוֹנוֹ:
À l'homme bon on montre un mauvais rêve : afin qu'il s'inquiète et ne pèche pas, et afin que son affliction lui serve d'expiation.
לְאָדָם רַע מַרְאִין לוֹ חֲלוֹם טוֹב כְּדֵי לְשַׂמְּחוֹ שֶׁיֹּאכַל עוֹלָמוֹ:
À l'homme mauvais on montre un bon rêve : afin de le réjouir, pour qu'il consomme déjà sa part de monde.
💡 Explication

Rav Houna énonce le principe par la négative ; Rachi le retourne en positif et en donne la raison. Le juste reçoit un mauvais rêve comme avertissement et comme peine légère qui tient lieu d'expiation pour ses fautes rares.

Le mauvais reçoit un bon rêve comme paiement anticipé de ses mérites rares, afin qu'il n'en reste rien pour le monde à venir. Le rêve fonctionne ici comme un instrument de comptabilité : il solde ce qui ne cadre pas avec le compte principal.

4
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: כָּל שְׁנוֹתָיו שֶׁל דָּוִד לֹא רָאָה חֲלוֹם טוֹב, וְכָל שְׁנוֹתָיו שֶׁל אֲחִיתֹופֶל לֹא רָאָה חֲלוֹם רַע.

Cela a également été enseigné dans une baraita : de toutes les années de sa vie, David n'a jamais vu de bon rêve, et de toutes les années de sa vie, Ahitofel n'a jamais vu de mauvais rêve.

💡 Explication

La baraita fournit la vérification biographique du principe de Rav Houna, avec les deux figures extrêmes du livre de Chmouel : David d'un côté, Ahitofel de l'autre.

5
וְהָכְתִיב: ״לֹא תְאֻנֶּה אֵלֶיךָ רָעָה״. וְאָמַר רַב חִסְדָּא אָמַר רַב יִרְמְיָה בַּר אַבָּא: שֶׁלֹּא יַבְהִילוּךָ לֹא חֲלוֹמוֹת רָעִים וְלֹא הִרְהוּרִים רָעִים. ״וְנֶגַע לֹא יִקְרַב בְּאָהֳלֶךָ״ — שֶׁלֹּא תִּמְצָא אִשְׁתְּךָ סְפֵק נִדָּה בְּשָׁעָה שֶׁאַתָּה בָּא מִן הַדֶּרֶךְ. אֶלָּא אִיהוּ לָא חָזֵי לֵיהּ, אַחֲרֵינִי חָזוּ לֵיהּ.

Mais il est écrit : « Aucun mal ne t'atteindra » — et Rav Hisda a dit au nom de Rav Yirmeya bar Abba : que ne t'effraient ni les mauvais rêves ni les mauvaises pensées. « Et aucune plaie n'approchera de ta tente » — que tu ne trouves pas ta femme dans un doute de nidda a l'heure où tu reviens de voyage.

Plutôt : lui-même ne le voit pas, ce sont d'autres qui le voient à son sujet.

📜 Rachi (1)
וְדָוִד לֹא רָאָה חֲלוֹם טוֹב וְהָא כְּתִיב וְכוּ' לָא גָּרְסִינַן הָכִי אֶלָּא גָּרְסִינַן וְהָא כְּתִיב לֹא תְאֻונֶּה אֵלֶיךָ רָעָה וְגוֹ'. קַשְׁיָא לְרַב הוּנָא דְּאָמַר לְאָדָם טוֹב מַרְאִין לוֹ חֲלוֹם רַע וּמְשַׁנֵּי אִיהוּ לָא חָזֵי אַחֲרֵינִי חָזוּ לֵיהּ חֲלוֹם רַע:
« Et David n'a pas vu de bon rêve — or il est écrit, etc. » : ce n'est pas la lecture ; on lit plutôt : « or il est écrit : aucun mal ne t'atteindra, etc. » C'est une difficulté contre Rav Houna, qui a dit qu'à l'homme bon on montre un mauvais rêve. Et la Guemara répond : lui-même ne voit pas, d'autres voient à son sujet un mauvais rêve.
🪔 Ben Yehoyada (1)
שֶׁלֹּא תִּמְצָא אִשְׁתְּךָ סְפֵק נִדָּה בְּשָׁעָה שֶׁאַתָּה בָּא מִן הַדֶּרֶךְ. קַשָּׁא אַמַּאי לֹא אָמַר גַּם עַל וַדַּאי נִדָּה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי וַדַּאי נִדָּה הוּא עִנְיָן טִבְעִי שֶׁבָּא הַוֶּסֶת בִּזְמַנּוֹ, וְלֹא יְשַׁנֶּה הַטֶּבַע בַּעֲבוּר הֲנָאָה מוּעֶטֶת כָּזֹאת שֶׁהוּא לְשַׁמֵּשׁ עִמָּהּ בְּבוֹאוֹ מִן הַדֶּרֶךְ, אֲבָל סְפֵק נִדָּה זֶה עִנְיָן מִקַּרְיִי שֶׁנִּזְדַּמֵּן לָהּ וְאֵינוֹ שֶׁל וֶסֶת הַטִּבְעִי וּמִזֶּה יַצִּילֵהוּ הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ. אִי נָמֵי וַדַּאי נִדָּה יְכוֹלָה לִמְנוֹת ז' נְקִיִּים וְתִטְבֹּול וְתִטְהָר, אַךְ סָפֵק נִדָּה הוּא כֶּתֶם בְּעָלְמָא דְּאֵינוֹ וֶסֶת הַנָּהוּג, וְאַחַר חֲמִשָּׁה יָמִים תִּמְנֶה ז' נְקִיִּים, וְאֶפְשָׁר קֹודֶם שֶׁתִּטְבֹּול בְּיוֹם הַז' יַגִּיעַ הַוֶּסֶת שֶׁלָּהּ וְאָז תִּרְאֶה נִדָּה וּצְרִיכָה לְהַמְתִּין עוֹד ז' נְקִיִּים עַד שֶׁתִּטְבֹּול, אִם כֵּן מִן הַסָּפֵק נִדָּה יְסוֹבֵב מִזֶּה הַרְחָקָה גְּדוֹלָה, וְדַע כִּי בְּסַנְהֶדְרִין (דַּף קג) פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י זַ"ל עַל סָפֵק הוּא מֵיצֵר וְיִצְרוֹ תּוֹקְפוֹ שֶׁאוֹמֵר בְּדַעְתּוֹ טְהוֹרָה הִיא וְעַל חִנָּם אֲנִי מוֹנֵעַ עַייֵּן שָׁם. וְיֵשׁ לְהַקְשׁוֹת דִּכְבָר בָּרְכוּ (תְּהִלִּים צא, י) לֹא תְאֻנֶּה אֵלֶיךָ רָעָה, שֶׁלֹּא יִשְׁלֹוט בּוֹ יֵצֶר הָרַע וְאֵיךְ יִצְרוֹ תְּקָפוֹ? וְיֵשׁ לְיַשֵּׁב, אָמְנָם בִּמְצִיעָא (דַּף קח) שָׁם פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י זַ"ל סְפֵק נִדָּה וְכָל שֶׁכֵּן וַדַּאי! יְעַייֵּן שָׁם, וְהָרַב פֶּתַח עֵינַיִם זַ"ל בְּסַנְהֶדְרִין נִרְגָּשׁ בָּזֶה וְתֵירֵץ דְּהָתָם הוּא בְּרָכָה וְהָכָא הַבְטָחָה עַיֵּין שָׁם. וְתֵירוּץ זֶה דֹּוחַק דְּהָכָא נָמֵי בְּרָכָה דְּכָל הַמִּזְמוֹר הוּא נֶאֱמַר לִבְרָכָה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהָכָא בִּתְהִלִּים קָרֵי לָהּ נָגַע וְגַם תָּלָה זֶה בְּאִשָּׁה, וְהִנֵּה דַּם הַוַּדַּאי שֶׁל אִשָּׁה אֵין זֶה נֶגַע כִּי אַדְּרַבָּה עַל יְדֵי הַדָּם תּוֹלִיד הַבָּנִים, אֲבָל סָפֵק נִדָּה שֶׁנֶּאֱסֶרֶת עַל בַּעְלָהּ אַף עַל פִּי שֶׁבֶּאֱמֶת טְהוֹרָה הִיא זֶה חֲשִׁיב נָגַע, וְלָזֶה אָמַר וְנֶגַע לֹא יִקְרַב בְּאָהֳלֶךָ, מַה שֶׁאֵין כֵּן פָּסוּק בָּרוּךְ אַתָּה בְּבָאֲךָ שֶׁתָּלָה הַטּוֹבָה בּוֹ, שֶׁיִּהְיֶה מְעֻונָּג בְּבוֹאוֹ מִן הַדֶּרֶךְ שֶׁלֹּא יִמָּנַע מִן הַתַּשְׁמִישׁ, אִם תִּרְאֶה וַדַּאי דָּם אָז יִמָּנַע מִכָּל שֶׁכֵּן וְגַם מִזֶּה יִהְיֶה בָּרוּךְ.
« Que tu ne trouves pas ta femme dans un doute de nidda a l'heure où tu reviens de voyage. » Difficulté : pourquoi ne pas avoir dit cela aussi d'une nidda certaine ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la nidda certaine relève de l'ordre naturel, la période venant en son temps ; or la nature ne se modifie pas pour un profit aussi mince que celui de s'unir à elle au retour d'un voyage. Le doute de nidda, lui, est un accident qui lui survient hors de son cycle naturel, et c'est de cela que Hachem le préserve. On peut dire aussi : une nidda certaine peut compter sept jours propres, s'immerger et redevenir pure ; mais le doute de nidda vient d'une simple tache, qui ne correspond pas à une période régulière, de sorte qu'elle ne compte les sept jours propres qu'après cinq jours ; il se peut alors qu'avant son immersion du septième jour sa période arrive, la rendant nidda et l'obligeant à recommencer sept jours propres avant de s'immerger. Du doute de nidda résulte donc un éloignement bien plus long. Sache que dans Sanhédrin (103a) Rachi explique, à propos du doute : il en souffre et son penchant le domine, car il se dit en lui-même qu'elle est pure et qu'il s'abstient pour rien. On peut objecter : le verset a déjà béni l'homme en disant « aucun mal ne t'atteindra », c'est-à-dire que le mauvais penchant ne le dominera pas — comment donc son penchant le domine-t-il ? Il y a matière à résoudre. Cependant, dans Bava Metsia (108) Rachi explique : un doute de nidda, et à plus forte raison une nidda certaine. Le Petah Enayim, dans Sanhédrin, s'est ému de cette question et a répondu que là-bas il s'agit d'une bénédiction et ici d'une promesse. Cette réponse reste forcée, car ici aussi il s'agit d'une bénédiction, tout le psaume étant dit sur le mode de la bénédiction. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'ici le verset des Tehilim emploie le mot « plaie » et rattache la chose à la femme : or le sang certain d'une femme n'est pas une plaie, puisque c'est par ce sang qu'elle enfante ; le doute de nidda, en revanche, qui l'interdit à son mari alors qu'en vérité elle est pure, mérite bien le nom de plaie. C'est pourquoi il est dit : « et aucune plaie n'approchera de ta tente ». Il en va autrement du verset « béni sois-tu à ton arrivée », qui rattache le bien à l'homme lui-même : qu'il ait de l'agrément à son retour de voyage et ne soit pas empêché de l'union ; et si elle voit un sang certain, il en sera empêché, mais de cela aussi il sera béni.
💡 Explication

Objection contre Rav Houna. Le verset des Tehilim promet au juste que rien de mauvais ne l'atteindra, et la tradition de Rav Hisda applique explicitement cette promesse aux mauvais rêves. Le juste devrait donc en être exempté, non pourvu.

La réponse déplace le sujet du verbe : le juste ne voit pas lui-même ce mauvais rêve, ce sont d'autres qui rêvent de lui. L'avertissement est donné, mais il passe par un tiers, de sorte que la promesse d'être épargné reste tenue.

6
וְכִי לָא חֲזָא אִיהוּ, מְעַלְּיוּתָא הוּא? וְהָאָמַר רַבִּי זְעֵירָא: כָּל הַלָּן שִׁבְעָה יָמִים בְּלֹא חֲלוֹם — נִקְרָא ״רַע״. שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְשָׂבֵעַ יָלִין בַּל יִפָּקֶד רָע״. אַל תִּקְרֵי ״שֶׁבַע״ אֶלָּא ״שֶׁבַע״. — אֶלָּא, הָכִי קָאָמַר: דַּחֲזָא וְלָא יָדַע מַאי חֲזָא.

Et lorsqu'il ne voit rien lui-même, est-ce une qualité ? Rabbi Zeira n'a-t-il pas dit : quiconque passe sept nuits sans rêve est appelé « mauvais », ainsi qu'il est dit : « et rassasié il passera la nuit, il ne sera pas visité par le mal » — ne lis pas « rassasié (sava) » mais « sept (cheva) ».

Plutôt, voici ce qu'il faut dire : il voyait, mais ne savait pas ce qu'il avait vu.

📜 Rachi (3)
וְכִי לָא חָזֵי אִיהוּ מְעַלְּיוּתָא הוּא כֵּיוָן דְּלָא חָזֵי חֲלוֹם רַע כִּדְקָאָמַר שֶׁלֹּא יַבְהִילוּהוּ וַחֲלוֹם טוֹב לֹא כָל שֶׁכֵּן דְּלָא חָזֵי דְּהָא קָתָנֵי כָּל יָמָיו שֶׁל דָּוִד לֹא רָאָה חֲלוֹם טוֹב אִם כֵּן לָא חָזֵי חֲלוֹם כְּלָל:
« Et lorsqu'il ne voit pas lui-même, est-ce une qualité ? » : puisqu'il ne voit pas de mauvais rêve, comme il a été dit qu'on ne l'effraie pas, à plus forte raison ne voit-il pas de bon rêve, puisqu'il est enseigné que de toute sa vie David n'a pas vu de bon rêve. Il ne voyait donc aucun rêve du tout.
אֶלָּא שֶׁבַע ז' לֵילוֹת יָלִין וְלֹא יִפָּקֶד בְּשׁוּם חֲלוֹם הֲרֵי הוּא רַע וְשׂוֹנְאִים אוֹתוֹ וְאֵין מַרְאִין לוֹ כְּלוּם:
« Plutôt : sept » : sept nuits durant il dort sans être visité par aucun rêve — c'est un homme mauvais, on le hait et on ne lui montre rien.
וּמְשַׁנֵּי דְּחָזֵי וְלֹא יָדַע מַאי חֲזִי אָדָם טוֹב מַרְאִין לוֹ חֲלוֹם טוֹב וְעַד שֶׁלֹּא יָקִיץ מִשְׁתַּכֵּחַ מִמֶּנּוּ כְּדֵי שֶׁלֹּא יִשְׂמַח:
« Et la Guemara répond : il voyait mais ne savait pas ce qu'il voyait » : à l'homme bon on montre un bon rêve, mais avant qu'il ne se réveille le rêve s'efface de lui, afin qu'il ne s'en réjouisse pas.
💡 Explication

Seconde objection, tirée de la réponse précédente. Si le juste ne voit pas de mauvais rêve, et si la baraita affirme qu'il ne voit pas non plus de bon rêve, il ne rêve pas du tout ; or Rabbi Zeira fait de l'absence prolongée de rêve un signe défavorable, par le jeu de lecture sava / cheva.

La réponse finale réajuste la baraita : David voyait bien des rêves, y compris de bons, mais la vision lui échappait avant le réveil. Rachi précise le motif : pour qu'il n'en tire pas de joie, la joie du bon rêve étant déjà une part de récompense consommée.

7
אָמַר רַב הוּנָא בַּר אַמֵּי אָמַר רַבִּי פְּדָת אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הָרוֹאֶה חֲלוֹם וְנַפְשׁוֹ עֲגוּמָה, יֵלֵךְ וְיִפְתְּרֶנּוּ בִּפְנֵי שְׁלֹשָׁה. ״יִפְתְּרֶנּוּ״?! וְהָאָמַר רַב חִסְדָּא חֶלְמָא דְּלָא מְפַשַּׁר כְּאִגַּרְתָּא דְּלָא מִקַּרְיָא? אֶלָּא אֵימָא: יְטִיבֶנּוּ בִּפְנֵי שְׁלֹשָׁה. לַיְתֵי תְּלָתָא וְלֵימָא לְהוּ: ״חֶלְמָא טָבָא חֲזַאי״. וְלֵימְרוּ לֵיהּ הָנָךְ: ״טָבָא הוּא וְטָבָא לֶיהֱוֵי, רַחֲמָנָא לְשַׁוְיָיה לְטָב. שְׁבַע זִימְנִין לִגְזְרוּ עֲלָךְ מִן שְׁמַיָּא דְּלֶהֱוֵי טָבָא, וְיֶהֱוֵי טָבָא״. וְלֵימְרוּ שָׁלֹשׁ הֲפוּכוֹת, וְשָׁלֹשׁ פְּדוּיוֹת, וְשָׁלֹשׁ שְׁלוֹמוֹת.

Rav Houna bar Ami a dit au nom de Rabbi Pedat, au nom de Rabbi Yo'hanan : celui qui a fait un rêve dont son âme est affligée, qu'il aille le faire interpréter devant trois personnes. « Le faire interpréter » ?!

Mais Rav Hisda n'a-t-il pas dit qu'un rêve non interprété est comme une lettre non lue ? Dis plutôt : qu'il le rende bon devant trois personnes.

Qu'il amène trois hommes et leur dise : « j'ai vu un bon rêve. » Et que ceux-ci lui répondent : « il est bon et bon il sera, que le Miséricordieux le rende bon ; sept fois qu'ils décrètent sur toi depuis le Ciel qu'il soit bon, et bon il sera. » Et qu'ils disent trois versets de renversement, trois de rachat et trois de paix.

🗂️ Tossefot (1)
שְׁבַע זִימְנִין לִגְזְרוּ עֲלָךְ כָּךְ הוּא הַלַּחַשׁ שְׁבַע זִימְנִין לִגְזְרוּ עֲלָךְ וְיֵשׁ מְפָרֵשׁ דְּשֶׁבַע זִימְנִין צָרִיךְ לוֹמַר חֶלְמָא טָבָא חֲזַאי וְכֵן לַעֲנוֹת אַחֲרָיו. אֲבָל ר"י לֹא הָיָה רָגִיל לְאוֹמְרוֹ אֶלָּא שָׁלֹשׁ פְּעָמִים:
« Sept fois qu'ils décrètent sur toi » : telle est la formule — « sept fois qu'ils décrètent sur toi ». Certains expliquent que c'est sept fois qu'il faut dire « j'ai vu un bon rêve », et de même pour la réponse. Mais le Ri n'avait pas coutume de le dire plus de trois fois.
💡 Explication

La Guemara bute sur le mot yiftorenou (qu'il le fasse interpréter). Puisque le rêve suit son interprétation, faire interpréter un rêve qui angoisse reviendrait à l'activer ; la formule de Rav Hisda sur la lettre non lue prescrit au contraire de le laisser en suspens.

La correction remplace un mot par un autre : yetivenou, qu'il le rende bon. Il ne s'agit plus de découvrir un sens mais de fixer publiquement une lecture favorable, devant trois personnes qui forment un beth din. La réponse récitée installe cette lecture, et les neuf versets qui suivent en donnent le contenu.

🖼️ Schéma
Amemar, Mar Zoutra et Rav Achi : chacun dit ce que l'autre n'a pas entendu 1. Rêve non identifié Situation : il a rêve et ignore ce qu'il a vu. Moment : pendant la birkat kohanim, quand ils étendent les mains. Il remet le rêve, demande quatre guérisons anciennes et le renversement de Bilam. Il finit avec les kohanim pour que le public réponde amen. 2. Crainte du mauvais œil Situation : il entre dans une ville et craint le mauvais œil. Geste : chaque pouce saisi dans la main opposée. Formule : je viens de la descendance de Yossef. Deux versets : olé ayin, et les poissons couverts d'eau. S'il craint son propre œil : qu'il regarde son aile gauche de nez. 3. Le malade Premier jour : ne rien dire, pour ne pas fragiliser son mazal. À partir du deuxième jour : qu'il le publie. Rava : que ceux qui m'aiment demandent miséricorde, et que ceux qui me haïssent se réjouissent. Car leur joie fait détourner la colère de dessus le malade.
Les trois enseignements rapportés plus bas par Amemar, Mar Zoutra et Rav Achi.
8
שָׁלֹשׁ הֲפוּכוֹת — ״הָפַכְתָּ מִסְפְּדִי לְמָחוֹל לִי פִּתַּחְתָּ שַׂקִּי וַתְּאַזְּרֵנִי שִׂמְחָה״, ״אָז תִּשְׂמַח בְּתוּלָה בְּמָחוֹל וּבַחֻרִים וּזְקֵנִים יַחְדָּו וְהָפַכְתִּי אֶבְלָם לְשָׂשׂוֹן וְגוֹ׳״, ״וְלֹא אָבָה ה׳ אֱ-לֹהֶיךָ לִשְׁמֹעַ אֶל בִּלְעָם וַיַּהֲפֹךְ וְגוֹ׳״.

Trois versets de renversement : « Tu as changé mon deuil en danse, Tu as délié mon sac et Tu m'as ceint de joie » ; « alors la jeune fille se réjouira dans la danse, jeunes gens et vieillards ensemble, et Je changerai leur deuil en allégresse, etc. » ; « mais Hachem ton D.ieu n'a pas voulu écouter Bilam, et Hachem ton D.ieu a changé pour toi la malédiction en bénédiction, etc. »

💡 Explication

Les trois versets ont en commun la racine hafakh (renverser). Le premier est individuel, le deuxième collectif et tourne vers l'avenir, le troisième porte sur une parole déjà prononcée : la malédiction de Bilam, formulée puis retournée en cours de route.

Ce troisième cas est le plus proche du rêve : une parole hostile déjà émise peut encore changer de sens avant d'agir.

9
שָׁלֹשׁ פְּדוּיוֹת, דִּכְתִיב: ״פָּדָה בְשָׁלוֹם נַפְשִׁי מִקְּרָב לִי וְגוֹ׳״, ״וּפְדוּיֵי ה׳ יְשֻׁבוּן וְגוֹ׳״, ״וַיֹּאמֶר הָעָם אֶל שָׁאוּל הֲיוֹנָתָן יָמוּת אֲשֶׁר עָשָׂה הַיְשׁוּעָה וְגוֹ׳״.

Trois versets de rachat, car il est écrit : « Il a racheté mon âme en paix du combat qui m'était livré, etc. » ; « et les rachetés de Hachem reviendront, etc. » ; « et le peuple dit à Chaoul : Yonatan mourrait-il, lui qui a opéré ce grand salut, etc. »

💡 Explication

Les trois versets contiennent la racine pada (racheter, délivrer). Le dernier est un rachat opéré par des hommes contre une sentence déjà prononcée : le peuple arrache Yonatan à un serment qui le condamnait.

10
שָׁלֹשׁ שְׁלוֹמוֹת, דִּכְתִיב: ״בּוֹרֵא נִיב שְׂפָתָיִם שָׁלוֹם שָׁלוֹם לָרָחוֹק וְלַקָּרוֹב אָמַר ה׳ וּרְפָאתִיו״, ״וְרוּחַ לָבְשָׁה אֶת עֲמָשַׂי וְגוֹ׳״, ״וַאֲמַרְתֶּם כֹּה לֶחָי וְאַתָּה שָׁלוֹם וּבֵיתְךָ שָׁלוֹם וְגוֹ׳״.

Trois versets de paix, car il est écrit : « Je crée l'expression des lèvres : paix, paix au lointain et au proche, dit Hachem, et Je le guérirai » ; « et un esprit revêtit Amassai, etc. » ; « et vous direz ainsi : à la vie ! paix à toi, paix à ta maison, etc. »

💡 Explication

Les trois versets emploient chalom. Le premier joint explicitement la parole et la guérison : « Je crée l'expression des lèvres [...] et Je le guérirai », ce qui fonde la logique de tout le rite — une parole prononcée opère.

11
אָמֵימָר וּמַר זוּטְרָא וְרַב אָשֵׁי הֲווֹ יָתְבִי בַּהֲדֵי הֲדָדֵי. אָמְרִי: כֹּל חַד וְחַד מִינַּן לֵימָא מִלְּתָא דְּלָא שְׁמִיעַ לֵיהּ לְחַבְרֵיהּ. פְּתַח חַד מִינַּייְהוּ וַאֲמַר: הַאי מַאן דַּחֲזָא חֶלְמָא וְלָא יָדַע מַאי חֲזָא, לִיקוּם קַמֵּי כָּהֲנֵי בְּעִידָּנָא דְּפָרְסִי יְדַייְהוּ וְלֵימָא הָכִי: ״רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, אֲנִי שֶׁלָּךְ וַחֲלוֹמוֹתַי שֶׁלָּךְ, חֲלוֹם חָלַמְתִּי וְאֵינִי יוֹדֵעַ מָה הוּא. בֵּין שֶׁחָלַמְתִּי אֲנִי לְעַצְמִי וּבֵין שֶׁחָלְמוּ לִי חֲבֵירַי וּבֵין שֶׁחָלַמְתִּי עַל אֲחֵרִים, אִם טוֹבִים הֵם — חַזְּקֵם וְאַמְּצֵם כַּחֲלוֹמוֹתָיו שֶׁל יוֹסֵף. וְאִם צְרִיכִים רְפוּאָה — רְפָאֵם כְּמֵי מָרָה עַל יְדֵי מֹשֶׁה רַבֵּינוּ, וּכְמָרִים מִצָּרַעְתָּהּ, וּכְחִזְקִיָּה מֵחָלְיוֹ, וּכְמֵי יְרִיחוֹ עַל יְדֵי אֱלִישָׁע. וּכְשֵׁם שֶׁהָפַכְתָּ קִלְלַת בִּלְעָם הָרָשָׁע לִבְרָכָה, כֵּן הֲפֹוךְ כָּל חֲלוֹמוֹתַי עָלַי לְטוֹבָה״. וּמְסַייֵּם בַּהֲדֵי כָּהֲנֵי דְּעָנֵי צִבּוּרָא ״אָמֵן״. וְאִי לָא, לֵימָא הָכִי: ״אַדִּיר בַּמָּרוֹם, שׁוֹכֵן בִּגְבוּרָה, אַתָּה שָׁלוֹם וְשִׁמְךָ שָׁלוֹם. יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנֶיךָ שֶׁתָּשִׂים עָלֵינוּ שָׁלוֹם״.

Amemar, Mar Zoutra et Rav Achi étaient assis ensemble. Ils dirent : que chacun d'entre nous dise une chose que son compagnon n'a pas entendue.

L'un d'eux commença et dit : celui qui a fait un rêve et ne sait pas ce qu'il a vu, qu'il se tienne devant les kohanim à l'heure où ils étendent les mains et dise ainsi : « Maître du monde, je suis à Toi et mes rêves sont à Toi ; j'ai fait un rêve et je ne sais pas ce qu'il est. Que j'aie rêve de moi-même, que mes compagnons aient rêve de moi, ou que j'aie rêve d'autrui — s'ils sont bons, affermis-les et fortifie-les comme les rêves de Yossef ; et s'ils ont besoin de guérison, guéris-les comme les eaux de Mara par Moche notre maître, comme Miryam de sa lèpre, comme Hizkiyahou de sa maladie, et comme les eaux de Yeriho par Elicha.

Et de même que Tu as changé la malédiction de Bilam le mécréant en bénédiction, ainsi change tous mes rêves sur moi en bien. » Et qu'il termine en même temps que les kohanim, afin que la communauté réponde « amen ». Et s'il n'y parvient pas, qu'il dise ainsi : « Puissant dans les hauteurs, qui réside dans la force, Tu es paix et Ton nom est paix ; que ce soit Ta volonté de mettre sur nous la paix. »

💡 Explication

Le cas traité ici diffère de la hatavat halom : l'homme ignore le contenu même de son rêve, de sorte qu'aucune interprétation n'est possible. Il remet donc le rêve entier à Hachem et demande une orientation globale.

Le moment choisi est la birkat kohanim, instant où une bénédiction descend déjà et où la communauté répondra « amen ». La prière individuelle s'ajuste sur ce temps public, et le « amen » du public couvre aussi sa demande.

Les quatre guérisons citées sont quatre précédents de transformation : des eaux amères rendues douces, une lèpre effacée, une maladie mortelle levée, des eaux stériles assainies. La malédiction de Bilam ferme la liste comme cas de parole retournée.

12
פָּתַח אִידָךְ וְאָמַר: הַאי מַאן דְּעָיֵיל לְמָתָא וְדָחֵיל מֵעֵינָא בִּישָׁא, לִנְקֹוט זִקְפָּא דִּידָא דְיַמִּינֵיהּ בִּידָא דִּשְׂמָאלֵיהּ וְזִקְפָּא דִּידָא דִשְׂמָאלֵיהּ בִּידָא דְיַמִּינֵיהּ, וְלֵימָא הָכִי: אֲנָא פְּלוֹנִי בַּר פְּלוֹנִי מִזַּרְעָא דְיוֹסֵף קָאָתֵינָא, דְּלָא שָׁלְטָא בֵּיהּ עֵינָא בִּישָׁא, שֶׁנֶּאֱמַר: ״בֵּן פֹּרָת יוֹסֵף בֵּן פֹּרָת עֲלֵי עָיִן וְגוֹ׳״, אַל תִּקְרֵי ״עֲלֵי עַיִן״, אֶלָּא ״עוֹלֵי עַיִן״. רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא אָמַר, מֵהָכָא: ״וְיִדְגּוּ לָרֹב בְּקֶרֶב הָאָרֶץ״ — מַה דָּגִים שֶׁבַּיָּם מַיִם מְכַסִּים עֲלֵיהֶם וְאֵין עַיִן רָעָה שׁוֹלֶטֶת בָּהֶם, אַף זַרְעוֹ שֶׁל יוֹסֵף אֵין עַיִן רָעָה שׁוֹלֶטֶת בָּהֶם. וְאִי דָּחֵיל מֵעֵינָא בִּישָׁא דִּילֵיהּ, לִיחְזֵי אַטְרְפָא דִּנְחִירֵיהּ דִּשְׂמָאלֵיהּ.

Un autre commença et dit : celui qui entre dans une ville et craint le mauvais œil, qu'il tienne le pouce de sa main droite dans sa main gauche et le pouce de sa main gauche dans sa main droite, et qu'il dise ainsi : « Moi, untel fils d'untel, je viens de la descendance de Yossef, sur laquelle le mauvais œil n'a pas de prise », ainsi qu'il est dit : « Yossef est un rameau fécond, un rameau fécond près d'une source (alé ayin), etc. » — ne lis pas « alé ayin » mais « olé ayin », qui s'élève au-dessus de l'œil. Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina dit : c'est d'ici qu'on l'apprend : « et qu'ils foisonnent comme des poissons au milieu du pays » — de même que les poissons de la mer sont couverts par les eaux et que le mauvais œil n'a pas de prise sur eux, ainsi le mauvais œil n'a pas de prise sur la descendance de Yossef.

Et s'il craint son propre mauvais œil, qu'il regarde l'aile gauche de son nez.

📜 Rachi (3)
זַקְפָּא גּוּדָל:
Zakfa : le pouce.
עֲלֵי עַיִן עוֹלֵי עַיִן שַׁלִּיטִין עַל הָעַיִן וְלֹא הָעַיִן עוֹלֶה בָּהֶן:
« Alé ayin, olé ayin » : ils dominent l'œil, et l'œil ne les surmonte pas.
אַטְרְפָא דִּנְחִירֵיהּ דִּשְׂמָאלֵיהּ דֹּופֶן הַשְּׂמָאלִי שֶׁל חָוטְמוֹ:
« L'atrafa de sa narine gauche » : la paroi gauche de son nez.
🪔 Ben Yehoyada (2)
הַאי מַאן דְּעָיֵל לְמָתָא וְדָחֵיל מֵעֵינָא בִּישָׁא, לִינְקֹוט זִקְפָּא דִּידָא דְיַמִּינֵיהּ בִּידָא דִּשְׂמָאלֵיהּ וְזִקְפָּא דִּידָא דִשְׂמָאלֵיהּ בִּידָא דְיַמִּינֵיהּ. נִרְאֶה לִי בס"ד טַעַם לִסְגֻולָּה זוֹ, דְּהַגּוּדָל רוֹמֵז לְיִשְׂרָאֵל לְכָךְ הוּא מֻובְדָּל מִשְּׁאָר אֶצְבָּעוֹת, וְכֵן יִשְׂרָאֵל כְּתִיב בְּהוּ (בַּמִּדְבָּר כ"ג ט') הֶן עָם לְבָדָד יִשְׁכֹּן וּבַגּוֹיִם לֹא יִתְחַשָּׁב, וְהָאַרְבַּע אֶצְבָּעוֹת עִם הַכַּף הֵם י"ג פְּרָקִים כְּמִנְיַן אֶחָד [13] , וּכְמִנְיַן אַהֲבָה [13] , וְאִם יַנִּיחַ גֹּודֶל הַיָּמִין בְּתוֹךְ י"ג הַנִּזְכָּר, וְכֵן שֶׁל שְׂמֹאל בְּיָמִין יִהְיֶה מִזֶּה אֶחָד וּמִזֶּה אֶחָד מִסְפַּר שֵׁם הֲוָיָ"ה [26] הַשּׁוֹמֵר אֶת יִשְׂרָאֵל מֵעֵין רָעָה, כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (תְּהִלִּים קכא ז) ה' יִשְׁמָרְךָ מִכָּל רָע, שֶׁהוּא 'עַיִן הָרַע' הַכּוֹלֶלֶת כָּל רַע שֶׁבָּעוֹלָם, וְזֶה שֶׁנֶּאֱמַר אֶחָד ב אֶחָד יִגַּשׁוּ וְרוּחַ לֹא יָבוֹא בֵינֵיהֶם (אִיּוֹב מא ח) רְצוֹנוֹ לוֹמַר רוּחַ הַנִּמְשָׁךְ מִן עַיִן הָרַע.
« Celui qui entre dans une ville et craint le mauvais œil, qu'il tienne le pouce de sa main droite dans sa main gauche et le pouce de sa main gauche dans sa main droite. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, une raison à cette segoula : le pouce fait allusion à Israël, et c'est pourquoi il se tient à l'écart des autres doigts ; de même il est écrit d'Israël « voici un peuple qui demeure à part et ne se compte pas parmi les nations » (Bamidbar 23, 9). Les quatre doigts avec la paume comptent treize articulations, nombre de ehad (un, 13) et nombre de ahava (amour, 13). S'il place le pouce droit à l'intérieur de ces treize, et de même celui de gauche dans la droite, il obtient un « un » d'un côté et un « un » de l'autre, soit le compte du Nom de quatre lettres (26), qui garde Israël du mauvais œil, ainsi qu'il est dit « Hachem te gardera de tout mal » (Tehilim 121, 7), c'est-à-dire du mauvais œil, qui contient tout le mal du monde. Et c'est ce qui est dit : « l'un à l'autre ils se touchent, et aucun souffle ne passe entre eux » (Iyov 41, 8) — c'est-à-dire le souffle qui procède du mauvais œil.
וְלֵימָא הָכִי: אֲנָא פְּלוֹנִי בַּר פְּלָנִיתָא. הַטַּעַם שֶׁמַּזְכִּיר שֵׁם אִמּוֹ וְלֹא שֶׁל אָבִיו, אוֹמְרִים הָעוֹלָם כִּי אִמּוֹ וַדָּאִית יוֹתֵר מֵאָבִיו וְלָא נִיחָא לִי בָּזֶה, וְאַדְּרַבָּא יֵשׁ בָּזֶה חִילּוּל כָּבוֹד שֶׁמְּזַלְזֵל בְּאָבִיו שֶׁעוֹשֵׂהוּ בְּתוֹרַת סָפֵק. אָמְנָם נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם מִפְּנֵי שֶׁהָאִשָּׁה אֵין עָלֶיהָ קִטְרוּגִים כָּל כָּךְ כְּמוֹ הָאִישׁ , חֲדָא שֶׁהִיא פְּטוּרָה מִמִּצְוַת עֲשֵׂה שֶׁהַזְּמַן גְּרָמָא, וְעוֹד מֻוצֶּלֶת מִשְּׁנֵי עוֹנוֹת חֲמוּרִים שֶׁל בִּיטּוּל תּוֹרָה וְשֶׁל קֶרִי, וְגַם לִהְיוֹתָהּ אִשָּׁה אֵין הַמְקַטְרְגִים מְקַנְּאִין בָּהּ כְּמוֹ הָאִישׁ, לְכָךְ מַזְכִּיר הָאָדָם בִּתְפִילָּתוֹ שֵׁם אִמּוֹ וְלֹא שֵׁם אָבִיו. אִי נָמֵי יֵשׁ לוֹמַר כֵּיוָן שֶׁאִשָּׁה מַזְרַעַת תְּחִלָּה יוֹלֶדֶת זָכָר נִמְצָא הִיא הָיְתָה סִיבָּה לְבִיאָתוֹ לָעוֹלָם הַזֶּה, לְכָךְ מְייַחֵס עַצְמוֹ לָהּ, וְלָא נִיחָא לִי בָּזֶה דְּבֶאֱמֶת מָצִינוּ גַּם הַנְּקֵבָה תֹּאמַר בַּר פְּלָנִיתָא. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד דְּאַף עַל גַּב דְּאָב וְאֵם שֻׁותָּפִים הֵם בַּוָּלָד, עִם כָּל זֶה הָאֵם עִיקָּר הֵן מִצַּד הַגַּשְׁמִיּוּת הֵן מִצַּד הַנַּפְשִׁיּוּת, דְּכָתְבוּ חַכְמֵי הַטֶּבַע שֶׁאִם הָאֵם בְּרִיאָה אַף עַל פִּי שֶׁהָאָב כָּחוּשׁ מְאֹד תּוֹלִיד בֵּן בָּרִיא, מַה שֶׁאֵין כֵּן לְהֵפֶךְ נִמְצָא מִצַּד הַגַּשְׁמִיּוּת הָאֵם עִיקָּר וְכֵן מִצַּד הַנְּפָשׁוֹת כַּוָּנַת הָאֵם בְּעֵת הַזִּוּוּג פּוֹעֶלֶת בְּיֶלֶד יוֹתֵר מִן כַּוָּונַת הָאָב, וּכְמוֹ שֶׁכָּתוּב בִּישֵׁי כְּשֶׁהוֹלִיד אֶת דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה.
« Et qu'il dise ainsi : moi, untel fils d'unetelle. » Quant à la raison pour laquelle on mentionne le nom de sa mère et non celui de son père, les gens disent que la mère est plus certaine que le père ; cela ne me satisfait pas, et au contraire il y aurait là une atteinte à l'honneur du père, qu'on tiendrait pour douteux. Il me semble plutôt, avec l'aide du Ciel, que la raison tient à ce que la femme n'est pas l'objet d'autant d'accusations que l'homme : d'une part elle est dispensée des commandements positifs liés au temps, d'autre part elle est préservée de deux fautes graves, la négligence de l'étude et l'émission séminale ; et parce qu'elle est femme, les accusateurs ne la jalousent pas comme l'homme. C'est pourquoi on mentionne dans sa prière le nom de sa mère et non celui de son père. On peut dire aussi que, la femme qui émet sa semence la première enfantant un mâle, elle a été la cause de sa venue en ce monde, et c'est pourquoi il se rattache à elle ; mais cela ne me satisfait pas, car une femme aussi se désigne comme « fille d'unetelle ». D'une autre manière, il me semble, avec l'aide du Ciel, que bien que le père et la mère soient associés dans l'enfant, la mère est principale, tant du côté matériel que du côté de l'âme : les naturalistes ont écrit que si la mère est robuste, le fils naîtra robuste même si le père est très faible, et non l'inverse ; du côté matériel la mère est donc principale, et du côté des âmes l'intention de la mère au moment de l'union agit sur l'enfant plus que celle du père, comme il est écrit d'Ichaï lorsqu'il engendra le roi David, la paix soit sur lui.
💡 Explication

Trois éléments composent la sauvegarde : un geste, une déclaration généalogique et un appui scripturaire. Le geste croise les deux pouces dans les mains opposées ; la déclaration rattache celui qui parle à Yossef.

Deux lectures fondent l'immunité de la descendance de Yossef. La première joue sur alé ayin lu olé ayin : il s'élève au-dessus de l'œil. La seconde, de Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina, part de la bénédiction des poissons : ce qui est recouvert échappe au regard.

Le dernier cas retourne la situation. L'homme peut craindre non d'être regardé mais de nuire par son propre regard ; le conseil détourne alors ce regard vers un point de son propre visage.

13
פָּתַח אִידָךְ וְאָמַר: הָאִי מָאן דַּחֲלִישׁ, יוֹמָא קַמָּא לָא לְגַלֵּי, כִּי הֵיכִי דְּלָא לִתָּרַע מַזָּלֵיהּ, מִכָּאן וְאֵילָךְ לְגַלֵּי. כִּי הָא דְּרָבָא, כִּי הֲוָה חֲלִישׁ, יוֹמָא קַמָּא לָא מְגַלֵּי מִכָּאן וְאֵילָךְ אֲמַר לֵיהּ לְשַׁמָּעֵיהּ: פּוּק אַכְרִיז: ״רָבָא חַלָּשׁ״. מַאן דְּרָחֵים לִי — לִבְעֵי עֲלֵי רַחֲמֵי, וּמַאן דְּסָנֵי לִי — לִחְדֵּי לִי. וּכְתִיב: ״בִּנְפֹל אוֹיִבְךָ אַל תִּשְׂמָח וּבִכָּשְׁלוֹ אַל יָגֵל לִבֶּךָ פֶּן יִרְאֶה ה׳ וְרַע בְּעֵינָיו וְהֵשִׁיב מֵעָלָיו אַפּוֹ״.

Un autre commença et dit : celui qui tombe malade, qu'il ne le dévoile pas le premier jour, afin que son mazal ne soit pas fragilisé ; à partir de là, qu'il le dévoile. Ainsi faisait Rava : quand il tombait malade, il ne le dévoilait pas le premier jour ; à partir de là, il disait à son serviteur : sors et proclame « Rava est malade ».

Que celui qui m'aime demande miséricorde pour moi, et que celui qui me hait se réjouisse à mon sujet. Or il est écrit : « Ne te réjouis pas de la chute de ton ennemi, et que ton cœur ne soit pas dans l'allégresse quand il trébuche, de peur que Hachem ne le voie, que cela ne Lui déplaise et qu'Il ne détourne de lui Sa colère. »

📜 Rachi (2)
הָאִי מָאן דַּחֲלִישׁ מִי שֶׁחָלָה:
« Celui qui halich » : celui qui est tombé malade.
דְּסָנֵי לִי לִחְדֵּי לִי וּמִתּוֹךְ כָּךְ יָשׁוּב חֲרוֹן אַף מֵעָלַי:
« Que celui qui me hait se réjouisse à mon sujet » : car par là, l'ardeur de la colère se détournera de moi.
💡 Explication

Deux temps opposés. Le premier jour, le silence protège le mazal du malade, encore instable. Ensuite, la publicité devient utile : elle mobilise ceux qui prieront.

Le calcul de Rava est le plus surprenant : il souhaite même la joie de ses ennemis. Le verset des Michle affirme en effet que cette joie déplaît au Ciel et provoque le détournement de la colère de dessus celui qui trébuche. Rava fait donc servir à sa guérison la faute d'autrui.

14
שְׁמוּאֵל כִּי הֲוָה חָזֵי חֶלְמָא בִּישָׁא אָמַר: ״וַחֲלָמוֹת הַשָּׁוְא יְדַבְּרוּ״. כִּי הֲוָה חָזֵי חֶלְמָא טָבָא אָמַר: וְכִי הַחֲלוֹמוֹת הַשָּׁוְא יְדַבֵּרוּ? וְהָכְתִיב ״בַּחֲלוֹם אֲדַבֵּר בּוֹ״!

Chmouel, lorsqu'il voyait un mauvais rêve, disait : « et les rêves parlent faussement ». Lorsqu'il voyait un bon rêve, il disait : et les rêves parleraient faussement ?

Mais il est écrit : « c'est dans un rêve que Je lui parle » !

💡 Explication

Chmouel emploie les deux versets contradictoires comme deux outils, en choisissant à chaque fois celui qui affaiblit le mauvais rêve et renforce le bon. Le passage montre en acte le principe selon lequel la parole prononcée sur un rêve en oriente l'effet.

15
רָבָא רָמֵי: כְּתִיב ״בַּחֲלוֹם אֲדַבֵּר בּוֹ״, וּכְתִיב: ״וַחֲלָמוֹת הַשָּׁוְא יְדַבְּרוּ״! לָא קַשְׁיָא: כָּאן עַל יְדֵי מַלְאָךְ, כָּאן עַל יְדֵי שֵׁד.

Rava a relevé une contradiction : il est écrit « c'est dans un rêve que Je lui parle », et il est écrit « et les rêves parlent faussement » ! Ce n'est pas une difficulté : ici, par l'intermédiaire d'un ange ; là, par l'intermédiaire d'un chède (démon).

💡 Explication

Rava traite en question de fond ce que Chmouel utilisait en pratique. La réponse distingue deux canaux d'origine : le rêve transmis par un malakh porte une communication véridique, celui que produit un chède ne porte rien.

Cette distinction explique aussi pourquoi aucun rêve ne se réalise entièrement : le matériau des deux sources se mélange dans un même songe.

16
אָמַר רַבִּי בִּיזְנָא בַּר זַבְדָּא אָמַר רַבִּי עֲקִיבָא אָמַר רַבִּי פַּנְדָּא אָמַר רַב נַחוּם אָמַר רַבִּי בַּיָּרִים מִשּׁוּם זָקָן אֶחָד, וּמָנוּ — רַבִּי בְּנָאָהּ: עֶשְׂרִים וְאַרְבָּעָה פּוֹתְרֵי חֲלוֹמוֹת הָיוּ בִּירוּשָׁלַיִם, פַּעַם אַחַת חָלַמְתִּי חֲלוֹם וְהָלַכְתִּי אֵצֶל כֻּולָּם, וּמַה שֶּׁפָּתַר לִי זֶה לֹא פָּתַר לִי זֶה, וְכֻולָּם נִתְקַייְּמוּ בִּי. לְקַייֵּם מַה שֶׁנֶּאֱמַר: ״כָּל הַחֲלוֹמוֹת הוֹלְכִים אַחַר הַפֶּה״.

Rabbi Bizna bar Zavda a dit au nom de Rabbi Akiva, au nom de Rabbi Panda, au nom de Rav Nahoum, au nom de Rabbi Birayim, au nom d'un ancien — et qui est-ce ? Rabbi Bena'a : il y avait à Jérusalem vingt-quatre interprètes de rêves.

Une fois j'ai fait un rêve et je suis allé chez eux tous ; ce que l'un m'a interprété, l'autre ne me l'a pas interprété, et pourtant toutes les interprétations se sont réalisées en moi, pour accomplir ce qui est dit : tous les rêves suivent la bouche.

🗂️ Tossefot (1)
פּוֹתְרֵי חֲלוֹמוֹת פֵּירֵשׁ רִ"י דְּמַזַּל שְׁעַת הַלֵּידָה גֵּרִים וְאֵין הַדָּבָר תָּלוּי בְּחָכְמָה:
« Interprètes de rêves » : le Ri a expliqué que c'est le mazal de l'heure de la naissance qui en est cause, et que la chose ne dépend pas de la sagesse.
💡 Explication

Le témoignage est présenté au terme d'une longue chaîne de transmission, ce qui en souligne le caractère exceptionnel. Un seul rêve reçoit vingt-quatre lectures distinctes, et les vingt-quatre se vérifient.

Tossefot écarte l'explication par la compétence : si toutes se réalisent, le pouvoir ne vient pas du savoir de l'interprète. Le Ri le rattache au mazal de l'heure de sa naissance, autrement dit à une disposition reçue et non acquise.

17
אַטּוּ ״כָּל הַחֲלוֹמוֹת הוֹלְכִים אַחַר הַפֶּה״ קְרָא הוּא? אִין — וְכִדְרַבִּי אֶלְעָזָר. דְּאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: מִנַּיִן שֶׁכָּל הַחֲלוֹמוֹת הוֹלְכִין אַחַר הַפֶּה? — שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיְהִי כַּאֲשֶׁר פָּתַר לָנוּ כֵּן הָיָה״. אָמַר רָבָא: וְהוּא דִּמְפַשַּׁר לֵיהּ מֵעֵין חֶלְמֵיהּ, שֶׁנֶּאֱמַר ״אִישׁ כְּחָלְמוּ פָּתַר״.

Est-ce à dire que « tous les rêves suivent la bouche » soit un verset ? Oui, et cela selon Rabbi Elazar.

Car Rabbi Elazar a dit : d'où sait-on que tous les rêves suivent la bouche ? De ce qu'il est dit : « et il advint que, comme il nous avait interprété, ainsi il fut ».

Rava a dit : à condition qu'on le lui interprète en rapport avec son rêve, ainsi qu'il est dit : « il interpréta à chacun selon son rêve ».

🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל הַחֲלוֹמוֹת הוֹלְכִין אַחַר הַפֶּה. נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁכָּתוּב בַּסְּפָרִים סְגֻולָּה לְקִיּוּם הַחֲלוֹם שֶׁיִּכְתְּבֶנּוּ וְיִכְתֹּוב הַיּוֹם וְהַשָּׁבוּעַ וְהַחֹודֶשׁ וְהַשָּׁנָה , וְיָדוּעַ שְׁלֹשָׁה מְקוֹמוֹת יֵשׁ בַּגּוּף שֶׁנַּעֲשֶׂה בָּהֶם ג' פְּעֻולּוֹת שֶׁיֵּשׁ בָּעוֹלָם, הָאֶחָד הַמּוֹחַ שֶׁבּוֹ הַמַּחֲשָׁבָה, וְאַחֲרָיו הַפֶּה שֶׁבּוֹ פּוֹעֵל הַדִּבּוּר, וְאַחֲרָיו הַיָּדַיִם שֶׁבָּהֶם כֹּחַ הַמַּעֲשֶׂה, וְלָזֶה אָמַר הוֹלְכִין אַחַר הַפֶּה, רְצוֹנוֹ לוֹמַר שֶׁיַּעֲשֶׂה בָּהֶם מַעֲשֵׂה כְּתִיבָה בְּיָדַיִם שֶׁהֵם אַחַר הַפֶּה. אוֹ יוּבָן בס"ד עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַבְתִּי לְעֵיל בְּשֵׁם רַבֵּינוּ זַ"ל שֶׁהַחֲלוֹם בָּא מִכֹּחַ שְׁמוֹת אֱ-לֹהִים הַמְכֻסִּים עַל ההויו"ת, וְהִנֵּה שֵׁם אֱ-לֹהִים [86] הוּא מִסְפַּר פ"ו וּמְסַפֵּר פ"ו הוּא אַחַר מִסְפַּר פֶּה [85] אוֹ יוּבָן בס"ד כָּתְבוּ הַמְקֻובָּלִים זַ"ל הַחֲלוֹם נִמְשָׁךְ מִן הָעֲשִׂיָּה שֶׁיֵּשׁ שָׁם תַּעֲרֹובֶת טוֹב וְרַע לְכָךְ אֵין חֲלוֹם בְּלֹא דְּבָרִים בְּטֵלִים, וְיָדוּעַ כִּי שֵׁם הַמֵּאִיר בַּעֲשִׂיָּה הוּא שֵׁם א"ל אדנ"י , שֶׁמִּסְּפָרוֹ צ"ו [96] , וְאוֹתִיּוֹת צ"ו הֵם אַחַר אוֹתִיּוֹת פ"ה, וז"ש כָּל הַחֲלוֹמוֹת הוֹלְכִין אַחַר הַפֶּה, וּמַה שֶׁאָמַר עֶשְׂרִים וְאַרְבָּעָה פּוֹתְרֵי חֲלוֹמוֹת הָיוּ בִּירוּשָׁלַיִם וּפָתְרוּ חֲלוֹם לְאָדָם עֶשְׂרִים וְאַרְבָּעָה פִּתְרוֹנִים וְכֻלָּם נִתְקַיְּמוּ, הַדָּבָר יִפָּלֵא כִּי מִמַּה נַפְשָׁךְ מִן הַשָּׁמַיִם הֶרְאוּ לוֹ אֹופֶן אֶחָד דַּוְקָא, וּבִשְׁלָמָא חֲלוֹמוֹת אַבַּיֵּי וְרָבָא אַף עַל פִּי שֶׁהָיוּ נֻוסָּח אֶחָד וּבַלַּיְלָה אַחַת, יִתָּכֵן שֶׁאַבַּיֵּי רָאָה בְּשָׁעָה אַחַת וְרָבָא בְּשָׁעָה אַחֶרֶת, אֲבָל כָּאן אָדָם אֶחָד רָאָה חֲלוֹם אֶחָד, וְיֵשׁ לְהִדָּחֵק שֶׁרָאָה נֻוסָּח אֶחָד כ"ד פְּעָמִים בכ"ד עִתִּים וּמַזַּל שָׁעָה גּוֹרֵם.
« Tous les rêves suivent la bouche. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, d'après ce qui est écrit dans les livres, qu'une segoula pour l'accomplissement du rêve consiste à l'écrire, en notant le jour, la semaine, le mois et l'année. Or on sait qu'il y a dans le corps trois lieux où s'accomplissent les trois actions qui existent dans le monde : d'abord le cerveau, où réside la pensée ; puis la bouche, qui opère par la parole ; puis les mains, où se trouve la force de l'action. C'est en ce sens qu'il est dit « ils suivent la bouche », c'est-à-dire qu'il faut accomplir avec elles un acte d'écriture par les mains, qui viennent après la bouche. On peut aussi le comprendre, avec l'aide du Ciel, d'après ce que j'ai écrit plus haut au nom de notre maître : le rêve vient de la force des Noms Elokim qui recouvrent les Noms de quatre lettres ; or le Nom Elokim vaut 86, et 86 vient après le compte de pe (bouche, 85). On peut encore le comprendre, avec l'aide du Ciel, d'après ce qu'ont écrit les kabbalistes : le rêve procède du monde de la Assiya, où se trouve un mélange de bien et de mal, et c'est pourquoi il n'y a pas de rêve sans paroles vaines ; or on sait que le Nom qui éclaire dans la Assiya est El Adnout, dont le compte est 96, et les lettres tsadi-vav viennent après les lettres pe-hé. C'est ce que signifie « tous les rêves suivent la bouche ». Quant à ce qui est dit, qu'il y avait vingt-quatre interprètes de rêves à Jérusalem, qu'ils donnèrent à un homme vingt-quatre interprétations d'un même rêve et que toutes se réalisèrent, la chose est étonnante : de toute façon, on ne lui a montré du Ciel qu'une seule chose. Pour les rêves d'Abaye et de Rava, bien qu'ils aient eu la même teneur et la même nuit, on peut admettre qu'Abaye ait vu à une heure et Rava à une autre ; mais ici, un seul homme a vu un seul rêve. Il faut dire, avec quelque effort, qu'il a vu la même teneur vingt-quatre fois, à vingt-quatre moments différents, le mazal de l'heure en étant la cause.
💡 Explication

La Guemara vérifie d'abord le statut de la formule : elle est traitée comme un verset parce qu'elle résume un énoncé scripturaire, celui de l'échanson devant Pharaon rapportant l'exactitude des interprétations de Yossef.

Rava pose ensuite la limite qui empêche la règle de devenir arbitraire : l'interprétation ne vaut que si elle est me-eyn hilméh, tirée de la matière même du rêve. Le verset « il interpréta à chacun selon son rêve » en donne le modèle. La bouche choisit parmi les sens que le rêve porte déjà.

🖼️ Schéma
La restriction de Rava sur le pouvoir de l'interprète Interprétation valide Elle tient à la matière même du rêve (me-eyn hilméh). Yossef : chacun selon son rêve. Interprétation sans prise Elle est plaquée de l'extérieur, sans appui dans les images vues. La bouche n'a alors aucun pouvoir. Conséquence pratique Le rêve laisse un jeu de sens ouverts ; l'interprète choisit dans ce jeu, il ne le crée pas. D'où 24 lectures toutes vérifiées.
Ce que la restriction de Rava autorise et ce qu'elle exclut.
18
״וַיַּרְא שַׂר הָאַפַּיִם״, מְנָא יָדַע? אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: מְלַמֵּד שֶׁכָּל אֶחָד וְאֶחָד הֶרְאוּהוּ חֲלוֹמוֹ וּפִתְרוֹן חֲלוֹמוֹ שֶׁל חֲבֵירוֹ.

« Et le chef des panetiers vit » — d'où le savait-il ? Rabbi Elazar a dit : cela enseigne que l'on montra à chacun d'eux son propre rêve ainsi que l'interprétation du rêve de son compagnon.

🪔 Ben Yehoyada (1)
מְלַמֵּד שֶׁכָּל אֶחָד וְאֶחָד, הֶרְאוּהוּ חֲלוֹמוֹ וּפִתְרוֹן חֲלוֹמוֹ שֶׁל חֲבֵרוֹ. נִרְאֶה לִי בס"ד בָּזֶה לְפָרֵשׁ מַה שֶׁאָמַר לָהֶם (בְּרֵאשִׁית מ, ח) הֲלוֹא לֵא-לֹהִים פִּתְרֹנִים סַפְּרוּ נָא לִי, פֵּירוּשׁ הָאֱ-לֹהִים הֶרְאָה לָכֶם גַּם הַפִּתְרוֹנִים וְאִם כֵּן סְפָרוֹ נָא לִי וּבָזֶה יִתְבָּרֵר לָכֶם אִם אֲנִי פּוֹתֵר אֱמֶת, וְהוּא רָאָה בְּרוּחַ הַקּוֹדֶשׁ שֶׁכָּל אֶחָד רָאָה פִּתְרוֹן חֲלוֹמוֹ שֶׁל חֲבֵרוֹ.
« Cela enseigne que l'on montra à chacun d'eux son propre rêve ainsi que l'interprétation du rêve de son compagnon. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on peut expliquer par là ce que Yossef leur dit : « les interprétations ne sont-elles pas à D.ieu ? Racontez-moi donc » (Berechit 40, 8) — c'est-à-dire : D.ieu vous a montré aussi les interprétations ; racontez-moi donc, et par là il vous apparaîtra clairement si j'interprète avec vérité. Et lui-même vit par l'esprit saint que chacun avait vu l'interprétation du rêve de son compagnon.
💡 Explication

La question porte sur un détail de récit : le chef des panetiers n'a pas encore entendu de verdict le concernant, et pourtant le verset dit qu'il « vit que l'interprétation était bonne ».

Rabbi Elazar en déduit que chacun avait reçu deux choses : son propre rêve, et la clé du rêve de l'autre. L'exactitude de Yossef devenait ainsi vérifiable sur place, ce qui explique la réaction immédiate du panetier.

19
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הִשְׁכִּים וְנָפַל לוֹ פָּסוּק לְתוֹךְ פִּיו, הֲרֵי זוֹ נְבוּאָה קְטַנָּה.

Rabbi Yo'hanan a dit : celui qui se lève le matin et à qui un verset tombe dans la bouche, voilà une petite prophétie.

🪔 Ben Yehoyada (1)
הִשְׁכִּים וְנָפַל לוֹ פָּסוּק לְתוֹךְ פִּיו, הֲרֵי זוֹ נְבוּאָה קְטַנָּה. בָּזֶה יוּבָן בס"ד הַכָּתוּב (יְשַׁעְיָהוּ נא, טז) וְאָשָׁם דִּבְרֵי בְּפִיךָ, שֶׁאֲפִילּוּ פָּסוּק לְתוֹךְ פִּיךָ, וּבָזֶה בְּצֵל יָדִי, זוֹ הַנְּבוּאָה, כְּסִיתִיךְ, דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל יד כִּינּוּי לִנְבוּאָה שֶׁנֶּאֱמַר הָיְתָה עָלַי יַד ה', וְכֵן וְיַד ה' עָלַי חָזָקָה.
« Celui qui se lève le matin et à qui un verset tombe dans la bouche, voilà une petite prophétie. » Par là se comprend, avec l'aide du Ciel, le verset « et J'ai mis Mes paroles dans ta bouche » (Yechaya 51, 16) — même un verset dans ta bouche ; « et à l'ombre de Ma main », c'est la prophétie, « Je t'ai couvert », car nos maîtres ont dit que « main » est une désignation de la prophétie, ainsi qu'il est dit « la main de Hachem fut sur moi », et de même « et la main de Hachem était forte sur moi ».
💡 Explication

Le passage prolonge la sougya des rêves vers un phénomène voisin : ce qui vient à l'homme au sortir du sommeil, avant que la pensée délibérée ne reprenne la main. Le verset qui surgit alors est classé comme nevoua ketana, prophétie de moindre degré.

20
וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן, שְׁלֹשָׁה חֲלוֹמוֹת מִתְקַייְּמִין: חֲלוֹם שֶׁל שַׁחֲרִית, וַחֲלוֹם שֶׁחָלַם לוֹ חֲבֵירוֹ, וַחֲלוֹם שֶׁנִּפְתַּר בְּתוֹךְ חֲלוֹם. וְיֵשׁ אוֹמֵר: אַף חֲלוֹם שֶׁנִּשְׁנָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְעַל הִשָּׁנוֹת הַחֲלוֹם וְגוֹ׳״.

Et Rabbi Yo'hanan a dit : trois rêves se réalisent — le rêve du matin, le rêve que le compagnon a fait à son sujet, et le rêve qui a été interprété à l'intérieur d'un rêve. Et certains disent : également le rêve qui s'est répété, ainsi qu'il est dit : « et quant au redoublement du rêve, etc. »

💡 Explication

Trois critères de fiabilité. Le rêve du matin est proche du réveil, donc moins mélangé de pensées diurnes ; le rêve fait par un tiers échappe à l'imagination du sujet ; le rêve interprété à l'intérieur du rêve porte déjà sa propre lecture.

L'ajout des « certains disent » prend appui sur le rêve de Pharaon, redoublé précisément parce que « la chose est arrêtée de par D.ieu et Il se hâte de l'accomplir ».

21
אָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר רַבִּי יוֹנָתָן: אֵין מַרְאִין לוֹ לְאָדָם אֶלָּא מֵהִרְהוּרֵי לִבּוֹ. שֶׁנֶּאֱמַר: ״אַנְתְּ מַלְכָּא רַעְיוֹנָךְ עַל מִשְׁכְּבָךְ סְלִקוּ״. וְאִיבָּעֵית אֵימָא מֵהָכָא: ״וְרַעְיוֹנַי לְבָבְךָ תִּנְדַּע״. אָמַר רָבָא: תֵּדַע, דְּלָא מַחֲווּ לֵיהּ לְאִינִשׁ לָא דִּקְלָא דְּדַהֲבָא וְלָא פִּילָא דְּעָיֵיל בְּקוֹפָא דְמַחְטָא.

Rabbi Chmouel bar Nahmani a dit au nom de Rabbi Yonatan : on ne montre à l'homme que les pensées de son cœur, ainsi qu'il est dit : « toi, ô roi, tes pensées sont montées sur ta couche ». Et si tu veux, dis plutôt d'ici : « et afin que tu connaisses les pensées de ton cœur ».

Rava a dit : sache-le, car on ne montre jamais à l'homme ni un palmier d'or, ni un éléphant passant par le chas d'une aiguille.

📜 Rachi (4)
הִרְהוּרֵי לִבּוֹ מַה שֶׁהוּא מְהַרְהֵר בַּיּוֹם:
« Les pensées de son cœur » : ce à quoi il pense pendant le jour.
רַעְיוֹנָךְ מַחְשְׁבוֹתֶיךָ וְכֵן כָּל לְשׁוֹן רַעְיוֹן שֶׁבַּמִּקְרָא אֵינוֹ לְשׁוֹן רָצוֹן אֶלָּא לְשׁוֹן מַחְשָׁבָה וְזֶה יוֹכִיחַ וְרַעְיוֹנֵיהּ יְבַהֲלֻונֵּיהּ (דָּנִיֵּאל ד') וְכִי רְצוֹנוֹ שֶׁל אָדָם מְבַהֲלוֹ אֶלָּא מַחְשְׁבוֹתָיו מְבַהֲלִין אוֹתוֹ:
« Tes pensées (rayonakh) » : tes réflexions. De même, partout dans l'Écriture, le terme rayon ne désigne pas la volonté mais la pensée ; et ce verset le prouve : « et ses pensées l'épouvantaient » (Daniel 4) — est-ce que la volonté d'un homme l'épouvante ? Ce sont ses pensées qui l'épouvantent.
דְּקָלָא דְּדַהֲבָא דָּבָר שֶׁלֹּא הֻורְגַּל לִרְאוֹת וְלֹא הִרְהֵר בּוֹ מֵעוֹלָם:
« Un palmier d'or » : une chose qu'il n'a pas l'habitude de voir et à laquelle il n'a jamais pensé.
קוֹפָא דְּמֵחֵטְא נֶקֶב הַמַּחַט:
« Le koufa de l'aiguille » : le trou de l'aiguille.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַב הוּנָא בַּר אַמֵּי אָמַר ר' פְּדָת א"ר יוֹחָנָן הָרוֹאֶה חֲלוֹם וְנַפְשׁוֹ עֲגוּמָה עָלָיו יֵלֵךְ וִיטִיבֵנוּ בִּפְנֵי שְׁלֹשָׁה לַיְיתֵי תְּלָתָא דְּרַחֲמֵי לֵיהּ וְנֵימָא לְהוּ חֶלְמָא טָבָא חֲזַאי וְלֵימְרוּ לֵיהּ הָנָךְ טָבָא הוּא וְטָבָא לֶיהֱוֵי רַחֲמָנָא לְשַׁוְּיֵיהּ לְטָב שְׁבַע זִימְנִין לִיגְזְרוּ עָלֶיהָ מִן שְׁמַיָּא דְּלֶיהֱוֵי טָבָא וְיִהְוֵי טָבָא וְלֵימְרוּ לֵיהּ ג' הֲפוּכוֹת וג' פְּדוּיוֹת וְג' שְׁלוֹמוֹת ג' הֲפוּכוֹת שֶׁנֶּאֱמַר הָפַכְתָּ מִסְפְּדִי לְמָחוֹל לִי פִּתַּחְתָּ שַׂקִּי וַתְּאַזְּרֵנִי שִׂמְחָה אָז תִּשְׂמַח בְּתוּלָה בְּמָחוֹל בַּחוּרִים וּזְקֵנִים יַחְדָּו וְהָפַכְתִּי אֶבְלָם לְשָׂשׂוֹן וְנִחַמְתִּים וְשִׂמַּחְתִּים מִיגוֹנָם וְלֹא אָבָה ה' אֱ-לֹהֶיךָ לִשְׁמֹועַ אֶל בִּלְעָם וַיַּהֲפֹךְ ה' אֱ-לֹהֶיךָ לְּךָ אֶת הַקְּלָלָה לִבְרָכָה כִּי אֲהֵבְךָ ה' אֱ-לֹהֶיךָ ג' פְּדוּיוֹת דִּכְתִיב פָּדָה בְשָׁלוֹם נַפְשִׁי מִקֲּרָב לִי כִּי בְרַבִּים הָיוּ עִמָּדִי וּפְדוּיֵי ה' יְשֻׁובוּן וּבָאוּ צִיּוֹן בְּרִנָּה וְשִׂמְחַת עוֹלָם עַל רֹאשָׁם שָׂשׂוֹן וְשִׂמְחָה יַשִּׂיגוּ וְנָסוּ יָגוֹן וַאֲנָחָה וַיֹּאמֶר הָעָם אֶל שָׁאוּל הֲיוֹנָתָן יָמוּת אֲשֶׁר עָשָׂה הַיְשׁוּעָה הַגְּדוֹלָה הַזֹּאת בְּיִשְׂרָאֵל חָלִילָה חַי ה' אִם יִפֹּול מִשַּׂעֲרַת רֹאשׁוֹ אַרְצָה כִּי עִם אֱ-לֹהִים עָשָׂה הַיּוֹם הַזֶּה וַיִּפְדּוּ הָעָם אֶת יוֹנָתָן וְלֹא מֵת ג' שְׁלוֹמוֹת דִּכְתִיב בּוֹרֵא נִיב שְׂפָתָיִם שָׁלוֹם שָׁלוֹם לָרָחוֹק וְלַקָּרוֹב אָמַר ה' וּרְפָאתִיו וְרוּחַ לָבְשָׁה אֶת עֲמָשַׂי רֹאשׁ הַשָּׁלִישִׁים לְךָ דָוִיד וְעִמְּךָ בֶן יִשַׁי שָׁלוֹם שָׁלוֹם לְךָ וְשָׁלוֹם לְעֹוזְרֶךָ כִּי עֲזָרְךָ אֱ-לֹהֶיךָ וַיְקַבְּלֵם דָּוִיד וַיִּתְּנֵם בְּרָאשֵׁי הַגְּדוּד וַאֲמַרְתֶּם כֹּה לֶחָי וְאַתָּה שָׁלוֹם וּבֵיתְךָ שָׁלוֹם וְכֹל אֲשֶׁר לְךָ שָׁלוֹם: הַאי מַאן דַּחֲזָא חֶלְמָא וְלָא יָדַע מַהוּ אִי טָבָא הוּא אוֹ בִּישָׁא הוּא לִיזִּיל וְלֵיקוּם קַמֵּי כָּהֲנֵי וְיֹאמַר רבש"ע אֲנִי שֶׁלָּךְ וַחֲלוֹמוֹתַי שֶׁלָּךְ חֲלוֹם חָלַמְתִּי וְאֵינִי יוֹדֵעַ מָה הוּא בֵּין שֶׁחָלַמְתִּי אֲנִי לְעַצְמִי בֵּין שֶׁחָלְמוּ לִי חֲבֵירִי אִם טוֹבִים הֵם חַזְּקֵם וְאַמְּצֵם וְקִייְּמָם כַּחֲלוֹמוֹתָיו שֶׁל יוֹסֵף הַצַּדִּיק וְאִם צְרִיכִין רְפוּאָה רְפָאֵם כְּמֵי מָרָה ע"י מֹשֶׁה וּכְצָרַעַת מִרְיָם ע"י מֹשֶׁה וּכְצָרַעַת נַעֲמָן ע"י אֱלִישָׁע וּכְחָלְיוֹ שֶׁל חִזְקִיָּהוּ וּכְשֵׁם שֶׁהָפַכְתָּ קִלְלַת בִּלְעָם הָרָשָׁע עָלֵינוּ לְטוֹבָה כֵּן הֲפֹוךְ לִי אֶת חֲלוֹמוֹתַי לְטוֹבָה וְיִהְיוּ לְשָׁלוֹם וּלְכַוֵּין וְנִיסָּק בַּהֲדֵי כָּהֲנֵי וְיֹאמְרוּן כֻּולֵּי עָלְמָא אָמֵן וְכִי מְהַדְּרִי כָּהֲנֵי אַפַּייְהוּ יֹאמַר הַשּׁוֹכֵן בִּגְבוּרָה שָׁלוֹם שִׂים עָלֵינוּ שָׁלוֹם א"ר חִסְדָּא חֶלְמָא דְּלָא מִיפְּשַׁר כְּאִגַּרְתָּא דְּלָא מִיקַּרְיָא. גָּרְסִינַן בפ"ק דְּשַׁבָּת דַּף יא. אָמַר רָבָא בַּר מַחְסֵיָא אָמַר רַב חָמָא בַּר גּוּרְיָא אָמַר רַב יָפָה תַּעֲנִית לַחֲלוֹם כְּאֵשׁ לִנְעֹורֶת א"ר חִסְדָּא וּבוֹ בַּיּוֹם אָמַר רַב יוֹסֵף אֲפִי' בְּשַׁבָּת:
Rav Houna bar Ami a dit au nom de Rabbi Pedat, au nom de Rabbi Yo'hanan : celui qui a fait un rêve dont son âme est affligée, qu'il aille le rendre bon devant trois personnes. Qu'il amène trois hommes qui l'aiment et leur dise : j'ai vu un bon rêve ; et que ceux-ci lui répondent : il est bon et bon il sera, que le Miséricordieux le rende bon ; sept fois qu'ils décrètent sur lui depuis le Ciel qu'il soit bon, et bon il sera. Et qu'ils lui disent trois versets de renversement, trois de rachat et trois de paix. Trois de renversement, ainsi qu'il est dit : « Tu as changé mon deuil en danse, Tu as délié mon sac et Tu m'as ceint de joie » ; « alors la jeune fille se réjouira dans la danse, jeunes gens et vieillards ensemble, et Je changerai leur deuil en allégresse, Je les consolerai et les réjouirai de leur affliction » ; « mais Hachem ton D.ieu n'a pas voulu écouter Bilam, et Hachem ton D.ieu a changé pour toi la malédiction en bénédiction, car Hachem ton D.ieu t'aime ». Trois de rachat, car il est écrit : « Il a racheté mon âme en paix du combat qui m'était livré, car ils étaient nombreux contre moi » ; « et les rachetés de Hachem reviendront et viendront à Tsion avec des chants, une joie éternelle sur leur tête ; l'allégresse et la joie les atteindront, la peine et le gémissement s'enfuiront » ; « et le peuple dit à Chaoul : Yonatan mourrait-il, lui qui a opéré ce grand salut en Israël ? À D.ieu ne plaise ! par la vie de Hachem, il ne tombera pas à terre un cheveu de sa tête, car c'est avec D.ieu qu'il a agi en ce jour ; et le peuple racheta Yonatan, et il ne mourut pas ». Trois de paix, car il est écrit : « Je crée l'expression des lèvres : paix, paix au lointain et au proche, dit Hachem, et Je le guérirai » ; « et un esprit revêtit Amassai, chef des officiers : à toi, David, et avec toi, fils d'Ichaï ! paix, paix à toi et paix à qui te secourt, car ton D.ieu t'a secouru ; et David les accueillit et les plaça à la tête de la troupe » ; « et vous direz ainsi : à la vie ! paix à toi, paix à ta maison, et paix à tout ce qui est à toi ». Celui qui a fait un rêve et ne sait pas ce qu'il est, s'il est bon ou mauvais, qu'il aille se tenir devant les kohanim et dise : Maître du monde, je suis à Toi et mes rêves sont à Toi ; j'ai fait un rêve et je ne sais pas ce qu'il est ; que j'aie rêve de moi-même ou que mes compagnons aient rêve de moi, s'ils sont bons, affermis-les, fortifie-les et établis-les comme les rêves de Yossef le juste ; et s'ils ont besoin de guérison, guéris-les comme les eaux de Mara par Moche, comme la lèpre de Miryam par Moche, comme la lèpre de Naaman par Elicha, et comme la maladie de Hizkiyahou ; et de même que Tu as changé en bien pour nous la malédiction de Bilam le mécréant, ainsi change pour moi mes rêves en bien, et qu'ils soient pour la paix. Et il faut viser à terminer en même temps que les kohanim, afin que toute l'assemblée dise « amen ». Et lorsque les kohanim se retournent, qu'il dise : Celui qui réside dans la force, la paix ! mets sur nous la paix. Rav Hisda a dit : un rêve non interprété est comme une lettre non lue. Nous avons appris au premier chapitre de Chabbat (11a) : Rava bar Mehassia a dit au nom de Rav Hama bar Gouria, au nom de Rav : un jeûne est bon pour un rêve comme le feu pour l'étoupe. Rav Hisda a dit : et le jour même. Rav Yossef a dit : même un Chabbat.
💡 Explication

Dernier énoncé du daf, qui limite d'un coup toute la sougya : la matière du rêve est prise dans ce que l'homme a déjà pensé à l'état de veille. Deux versets de Daniel le fondent, tous deux tirés de l'explication adressée à Nevoukhadnetsar.

Rachi précise le sens de rayon : pensée, non volonté, avec une preuve interne au livre de Daniel. Le rêve n'est donc pas la projection d'un désir mais le remploi d'un contenu mental.

Rava fournit la vérification empirique par deux images impossibles : un palmier d'or et un éléphant passant par le chas d'une aiguille. Personne ne rêve cela, parce que personne n'y pense à l'état de veille.

✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).