Sougya : Le daf achève le répertoire des signes du rêve ouvert dans les pages précédentes. Il procède d'abord par triades : trois rois, trois prophètes, trois grands et trois petits livres des Ketouvim, trois sages, trois talmide hakhamim, chaque série distribuant ses trois figures entre la piété, la sagesse et le malheur.
Viennent ensuite les règles générales par espèces — bêtes, métaux, fruits, légumes, couleurs, oiseaux — chacune favorable sauf une courte liste d'exceptions que la Guemara doit accorder avec des enseignements contraires. La sougya glisse alors vers des listes numériques qui ne parlent plus du rêve : trois qui entrent dans le corps sans profit, trois qui profitent sans y entrer, trois qui sont un avant-goût du monde à venir, cinq qui sont un soixantième d'une réalité plus grande, six bons signes pour le malade, six remèdes et dix rechutes.
Après un dernier passage sur le mort vu en rêve, la Guemara revient à la michna et traite les berakhot dites devant un Markoulis, devant un lieu d'où l'idolâtrie a été déracinée, et les cinq berakhot de Rav Hamnouna sur les ruines de Bavel.
Rabbi Yo'hanan a dit : celui qui s'est levé tôt et à qui un verset est tombé dans la bouche, voilà une petite prophétie. Nos maîtres ont enseigné : il y a trois rois.
Celui qui voit David en rêve, qu'il espère la hassidout (la piété). Chelomo, qu'il espère la 'hokhma (la sagesse).
Ahav, qu'il craigne le malheur (poreanout).
Le daf s'ouvre sur une dernière remarque touchant la parole involontaire : le verset qui vient aux lèvres au réveil, sans qu'on l'ait cherché, vaut une petite prophétie. La formule prolonge la doctrine du rêve exposée plus haut, où le rêve lui-même est rapproché de la prophétie.
Commence alors une longue série de baraitot en triades. Chaque série range trois figures selon trois destins : la hassidout, la 'hokhma, et la poreanout, le malheur. Les trois rois donnent le modèle : David pour la piété, Chelomo pour la sagesse, Ahav pour le malheur, chacun selon ce que l'Écriture rapporte de lui.
Il y a trois prophètes. Celui qui voit le livre des Rois, qu'il espère la grandeur.
Ye'hezkel, qu'il espère la 'hokhma. Yechayahou, qu'il espère la consolation.
Yirmiyahou, qu'il craigne le malheur.
La baraita annonce trois prophètes et en nomme quatre. Le livre des Rois se tient à part : il relève des Prophètes premiers, il raconte la royauté, et il annonce donc la guedoula, l'élévation de rang. Les trois prophètes proprement dits sont les trois derniers nommés.
Chaque signe se lit sur le contenu du livre : la vision du char divin chez Ye'hezkel vaut pour la sagesse, les prophecies de consolation chez Yechayahou pour la nehama, et les annonces de destruction chez Yirmiyahou pour le malheur.
Il y a trois grands livres des Ketouvim. Celui qui voit le livre des Tehilim, qu'il espère la hassidout ; Michle, qu'il espère la 'hokhma ; Iyov, qu'il craigne le malheur.
Les Ketouvim sont partagés en grands et petits livres. Les trois grands suivent la même distribution : les Tehilim, tissus de supplications et de louanges, annoncent la piété ; Michle, recueil de sentences, la sagesse ; Iyov, livre de l'épreuve, le malheur.
Il y a trois petits livres des Ketouvim. Celui qui voit le Chir haChirim en rêve, qu'il espère la hassidout.
Kohelet, qu'il espère la 'hokhma. Kinot, qu'il craigne le malheur.
Celui qui voit la meguila d'Esther, un miracle est fait pour lui.
Même répartition pour les trois petits livres. Rachi justifie le premier signe : le Chir haChirim dit d'un bout à l'autre l'attachement réciproque d'Israël et de son Créateur, ce qui est la définition même de la hassidout.
La meguila d'Esther vient hors série, avec un signe qui lui est propre : elle raconte un miracle caché, et celui qui la voit en rêve annonce qu'un miracle sera fait pour lui.
Il y a trois sages. Celui qui voit Rabbi en rêve, qu'il espère la 'hokhma.
Rabbi Elazar ben Azaria, qu'il espère la richesse. Rabbi Yichmael ben Elicha, qu'il craigne le malheur.
La triade des sages remplace la piété par la richesse : Rabbi Elazar ben Azaria était connu pour sa fortune. Rabbi, rédacteur de la michna, tient la place de la sagesse.
Rachi explique le troisième signe : Rabbi Yichmael ben Elicha fut l'un des dix martyrs du royaume, et le supplice rapporté à son sujet fait de son apparition en rêve l'annonce d'un malheur.
Il y a trois talmide hakhamim. Celui qui voit ben Azzai en rêve, qu'il espère la hassidout.
Ben Zoma, qu'il espère la 'hokhma. Aher, qu'il craigne le malheur.
Dernière triade, celle des talmide hakhamim : trois maîtres que la tradition désigne sans le titre de Rabbi. Les trois sont associés par ailleurs dans le récit de ceux qui entrèrent au pardes.
Aher, Elicha ben Avouya, y perdit sa voie ; son apparition en rêve annonce donc le malheur, comme Ahav pour les rois et Iyov pour les livres.
Toutes les espèces de bêtes sauvages sont favorables pour le rêve, sauf l'éléphant, le singe et le kipod. Mais le Maître n'a-t-il pas dit : celui qui voit un éléphant en rêve, une merveille (pelé) est faite pour lui !
Ce n'offre pas de difficulté : ici quand il est sellé, là quand il ne l'est pas.
La sougya passe des figures nommées aux règles par espèce : toute une catégorie est déclarée favorable, sauf une courte liste. Rachi donne le critère commun des trois exceptions : leur apparence étrange, qui fait du rêve une vision inquiétante.
L'objection vient de l'enseignement rapporté à la fin du daf précédent, où l'éléphant annonce une merveille par le rapprochement de pil et de pelé. La réponse distingue selon l'état de la bête : sellée, elle est domptée et son étrangeté devient signe de merveille ; libre, elle reste parmi les exceptions.
Toutes les espèces de métal sont favorables pour le rêve, sauf la houe (mar), le ciseau (pessel) et la hache (kardom). Et cela vaut quand on les a vus emmanchés.
Toutes les espèces de fruits sont favorables pour le rêve, sauf les dattes vertes. Toutes les espèces de légumes sont favorables pour le rêve, sauf les têtes de navets.
Mais Rav n'a-t-il pas dit : je ne me suis enrichi que lorsque j'ai vu des têtes de navets ! Quand il en a vu, il les a vues sur leurs tiges.
Toutes les espèces de couleurs sont favorables pour le rêve, sauf le tekhelet. Toutes les espèces d'oiseaux sont favorables pour le rêve, sauf le karia, la kefofa et le kourferai.
Cinq catégories nouvelles, batties sur le même modèle. Les trois métaux écartés sont des outils de coupe ; Rachi précise la restriction de la Guemara : le mauvais signe tient à ce qu'ils soient emmanchés, donc en état de détruire. Vus sans leur manche, ils redeviennent du métal ordinaire.
Pour les légumes, l'objection vient de Rav lui-même, qui datait sa fortune du rêve des têtes de navets. La réponse distingue l'état de la plante : attachée au sol, elle promet ; arrachée, elle annonce les coups, et Rachi renvoie à la lecture que bar Hadaya en avait faite pour Rava au daf précédent.
Le tekhelet est écarté pour sa teinte, que Rachi rapproche du visage verdi du malade ; les trois oiseaux, tous nocturnes, le sont pour leur apparence.
(Le corps, le corps, avant-goût, apaisent, élargissent : mnémotechnique.)
Un siman, mot-clé mnémotechnique, annonce les cinq listes qui suivent : deux sur le corps, une sur l'avant-goût du monde à venir, une sur ce qui apaise l'esprit, une sur ce qui l'élargit. Ces repères ont été insérés pour aider à retenir l'ordre des baraitot transmises oralement.
Trois choses entrent dans le corps sans que le corps en tire profit : les godgedaniot, les kefaniot et les dattes vertes. Trois choses n'entrent pas dans le corps et le corps en tire profit, les voici : le bain (rehitsa), l'onction (sikha) et le tachmich (l'usage).
Trois choses sont un avant-goût du monde à venir, les voici : le Chabbat, le soleil et le tachmich.
La sougya quitte le rêve pour des listes de trois qui portent sur le corps et sur l'esprit. Les trois premiers aliments, déjà rencontrés parmi les mauvais signes du rêve, sont ceux qu'on avalé sans en tirer de nourriture.
La deuxième liste renverse le rapport : le bain, l'onction et le tachmich agissent sur le corps de l'extérieur. La troisième reprend le mot tachmich dans un autre sens, ce qui déclenchera la question du segment suivant.
Le tachmich de quoi ? Si l'on dit le tachmich hamita (les rapports conjugaux), mais cela affaiblit !
Plutôt le tachmich nekavim (l'usage des orifices).
La Guemara refuse de lire le même mot de la même façon dans les deux listes. Le mot tachmich désigne un usage, et le contexte en fixe l'objet. Dans une liste qui promet un avant-goût du monde à venir, un acte qui affaiblit le corps ne convient pas.
La Guemara retient donc le tachmich nekavim, le soulagement des besoins naturels. Le Ben Yehoyada précise la logique : la première liste parlait seulement de profit, celle-ci fait un éloge, et l'éloge exige davantage.
Trois choses apaisent l'esprit d'un homme, les voici : un son, une vue et une odeur. Trois choses élargissent l'esprit d'un homme, les voici : une belle demeure, une belle épouse et de beaux ustensiles.
Deux verbes distinguent les deux listes. Mechivin daato : elles rendent à l'homme l'esprit qu'il avait perdu, par les sens du son, de la vue et de l'odorat. Marhivin daato : elles lui donnent de l'aise, par ce qu'il possède.
Le Ben Yehoyada s'arrête sur l'ordre de la seconde liste, où l'épouse est placée entre la demeure et les ustensiles, et l'explique par le moment de l'acquisition plutôt que par la nature des choses.
Cinq, six et dix : mnémotechnique. Cinq choses sont un soixantième, les voici : le feu, le miel, le Chabbat, le sommeil et le rêve.
Le feu, un soixantième du Guehinam. Le miel, un soixantième de la manne.
Le Chabbat, un soixantième du monde à venir. Le sommeil, un soixantième de la mort.
Le rêve, un soixantième de la prophétie.
Nouveau siman, qui annonce les listes de cinq, de six et de dix. La liste de cinq pose un rapport constant entre une réalité d'ici-bas et une réalité plus grande dont elle serait le soixantième.
Le nombre soixante vient du droit des mélanges : un interdit tombe dans soixante fois son volume s'annule. Le Ben Yehoyada s'en sert pour lire la baraita : le rapport énonce l'annulation du terme inférieur devant le supérieur, plutôt qu'une proportion arithmétique.
Six choses sont un bon signe pour le malade, les voici : l'éternuement, la sueur, la diarrhée, l'émission séminale, le sommeil et le rêve. L'éternuement, ainsi qu'il est écrit : « Ses éternuements font jaillir la lumière. » La sueur, ainsi qu'il est écrit : « À la sueur de ton visage tu mangeras du pain. » La diarrhée, ainsi qu'il est écrit : « Vite, celui qui est courbé sera délié, et il ne descendra pas mourant dans la fosse. » L'émission séminale, ainsi qu'il est écrit : « Il verra une descendance, il prolongera ses jours. » Le sommeil, ainsi qu'il est écrit : « J'aurais dormi, alors j'aurais dû repos. » Le rêve, ainsi qu'il est écrit : « Tu me rétablis (vatahlimeni) et tu me fais vivre. »
Chacun des six signes est adossé à un verset, selon un procédé constant de la aggada : le signe médical est confirmé par une occurrence scripturaire du même mot. L'éternuement est lié à la lumière par Iyov 41, la sueur au pain par Berechit 3.
Le dernier signe fonctionne par rapprochement de racines : vatahlimeni, dans la prière de Hizkiyahou après sa guérison, est rapproché de halom, le rêve. Rachi prend soin d'indiquer le contexte du verset, qui parle précisément d'un malade rétabli.
Six choses guérissent le malade de sa maladie, et leur guérison est une guérison véritable, les voici : le chou, les bettes, le sissin sec, la caillette, la matrice et le lobe du foie. Et certains disent : les petits poissons aussi.
Et bien plus : les petits poissons font prospérer et fortifient tout le corps de l'homme.
La liste passe des signes aux remèdes. La formule « leur guérison est une guérison véritable » souligne que ces aliments agissent sur la cause du mal, et non seulement sur ses effets.
Rachi traduit chaque terme en la'az, le vieux français de sa région, parce que les noms de plantes et d'organes variaient d'un pays à l'autre. La caillette, la matrice et le lobe du foie sont des parties de l'animal ; le sissin et les bettes des végétaux.
Dix choses ramènent le malade à sa maladie, et sa maladie est alors grave, les voici : celui qui mange de la viande de bœuf, de la viande grasse, de la viande rôtie, de la viande d'oiseaux, un œuf rôti, la coupe des cheveux, le cresson, le lait, le fromage et le bain. Et certains disent : les noix aussi.
Et certains disent : les concombres aussi.
Symétrique de la liste précédente : dix conduites qui provoquent la rechute, avec cette précision que le retour du mal est plus dur que le mal initial. Huit des dix éléments sont des aliments lourds ou gras ; deux sont des soins du corps, la coupe des cheveux et le bain, qui exposent le convalescent.
La mention finale des concombres ouvre la discussion des deux segments suivants.
On a enseigné dans l'école de Rabbi Yichmael : pourquoi les appelle-t-on kichouim ? Parce qu'ils sont durs (kachim) pour le corps comme des épées.
Est-ce ainsi ? Mais il est écrit : « Hachem lui dit : deux nations (goyim) sont dans ton ventre » ; ne lis pas goyim mais gueyim, des grands.
Et Rav Yehouda a dit au nom de Rav : ce sont Antoninus et Rabbi, de la table desquels n'ont jamais manqué ni le radis, ni la laitue, ni les concombres, ni à la saison chaude ni à la saison des pluies.
L'école de Rabbi Yichmael justifie le dernier élément de la liste par une lecture du nom : kichouim vient de kachim, durs, et la comparaison aux épées mesure la nocivité.
L'objection est tirée d'un enseignement sur la bénédiction de Rivka. Le mot goyim y est lu gueyim, les grands, applique à Antoninus et à Rabbi, dont les tables étaient si fournies qu'elles avaient des concombres en toute saison. Un mets de rois se concilie mal avec un aliment comparé à des épées.
Ce n'offre pas de difficulté : ici il s'agit des gros, là des petits.
La distinction porte sur la taille. Les gros concombres sont ceux que l'école de Rabbi Yichmael compare aux épées ; les petits figuraient à la table d'Antoninus et de Rabbi. Le même légume change de statut selon son degré de développement, comme plus haut les dattes selon leur maturité.
Nos maîtres ont enseigné : un mort dans la maison, la paix dans la maison. Il a mangé et bu dans la maison, bon signe pour la maison.
Il a emporté des objets hors de la maison, mauvais signe pour la maison. Rav Papa l'a expliqué du soulier et de la sandale.
Tout ce que le mort prend est favorable, sauf le soulier et la sandale. Tout ce que le mort donne est favorable, sauf la poussière et la moutarde.
Retour au lexique du rêve pour une dernière baraita, consacrée au mort vu en rêve. La règle générale est favorable : la présence du mort annonce la paix, et son repas dans la maison un bon signe.
Deux exceptions symétriques encadrent la règle. Ce que le mort prend est favorable, sauf la chaussure, signe de départ pour un vivant de la maison. Ce qu'il donne est favorable, sauf la poussière et la moutarde, qui lui ressemble par l'aspect : les deux évoquent la tombe.
« Un lieu d'où l'idolâtrie a été déracinée. » Nos maîtres ont enseigné : celui qui voit un Markoulis dit : « Béni ... qui a donné de la patience à ceux qui transgressent Sa volonté. » Un lieu d'où l'idolâtrie a été déracinée, il dit : « Béni ... qui a déraciné l'idolâtrie de notre terre. Et comme elle a été déracinée de ce lieu, ainsi soit-elle déracinée de tous les lieux d'Israël, et ramène le cœur de ceux qui la servent à Te servir. » Et hors de la Terre d'Israël il n'a pas besoin de dire « et ramène le cœur de ceux qui la servent à Te servir », parce que la plupart des habitants y sont des non-Juifs.
Rabbi Chimon ben Elazar dit : même hors de la Terre d'Israël il faut le dire, parce qu'ils sont destinés à se convertir, ainsi qu'il est dit : « Alors Je donnerai aux peuples une langue pure. »
La Guemara revient à la michna du chapitre, citée ici par ses premiers mots, et rapporte la baraita qui en donne les formules. Deux vues distinctes appellent deux berakhot opposées : l'idole debout fait dire la patience divine envers ceux qui transgressent, le lieu déraciné fait dire la disparition de l'idolâtrie.
La formule du déracinement se prolonge en prière pour le retour de ceux qui servent l'idole. Rachi limite cette demande aux fautifs d'Israël, ce qui explique le partage suivant : hors de la Terre d'Israël, la population étant en majorité non juive, le tana kama supprime ce membre de phrase. Rabbi Chimon ben Elazar le maintient partout, au nom de la conversion annoncée par Tsefania.
Les Tossefot ajoutent deux limites pratiques : la berakha vise une idolâtrie nouvelle ou entretenue, comme le Markoulis auquel on jette chaque jour des pierres, et toutes ces berakhot de vision ne se disent que de trente jours en trente jours.
Rav Hamnouna a exposé : celui qui voit Bavel la mauvaise doit dire cinq berakhot. Il a vu Bavel, il dit : « Béni ... qui a détruit Bavel la mauvaise. » Il a vu la maison de Nevoukhadnetsar, il dit : « Béni ... qui a détruit la maison de Nevoukhadnetsar le méchant. » Il a vu la fosse aux lions ou la fournaise ardente, il dit : « Béni ... qui a fait des miracles pour nos pères en ce lieu. » Il a vu un Markoulis, il dit : « Béni ... qui a donné de la patience à ceux qui transgressent Sa volonté. » Il a vu un lieu d'où l'on prend de la poussière, il dit : « Béni ... qui dit et fait, qui décrète et accomplit. »
Rav Hamnouna organise en cinq berakhot le parcours de celui qui traverse les ruines de Bavel. Les deux premières portent sur la chute de l'empire et de son roi, la troisième sur les miracles de Daniel et de ses compagnons, la quatrième sur l'idolâtrie encore debout, la cinquième sur la désolation du sol.
Rachi donne deux explications du dernier lieu : soit une terre dont on charge les bêtes qui la traversent, soit une carrière de terre à mortier. Dans les deux cas le résultat est le même, un sol sans habitation ni culture, ce qui accomplit la parole prophétique. La formule qui dit et fait, qui décrète et accomplit vise cette correspondance entre l'annonce et la ruine.
Le Roch rapporte l'enseignement au nom de Rav Houna, avec une variante dans la troisième formule : un miracle fait pour les justes, plutôt que pour nos pères.
Rava, lorsqu'il voyait des ânes qui transportaient de la poussière, leur frappait la main sur le dos et disait : courez, justes, pour faire la volonté de votre Maître. Mar fils de Ravina, lorsqu'il arrivait à Bavel, prenait de la poussière dans son foulard et la jetait au dehors, pour accomplir ce qui est dit : « et Je la balayerai du balai de la destruction. » Rav Achi a dit : moi, cet enseignement de Rav Hamnouna, je ne l'avais pas entendu ; mais de ma propre réflexion je les ai toutes dites.
Trois attitudes closent la sougya. Rava voit dans les bêtes de somme qui emportent la terre de Bavel des agents de la prophétie, et il les encourage comme on encourage des justes à leur tâche. Mar fils de Ravina accomplit le verset de son propre geste, en emportant lui-même un peu de terre hors du lieu.
La dernière remarque touche la méthode. Rav Achi n'avait pas reçu la baraita de Rav Hamnouna, et il avait pourtant institué les cinq berakhot par son seul raisonnement. Une conclusion atteinte de la sorte confirme l'enseignement transmis, et la Guemara la conserve pour cette raison.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).