Berakhot 57b — La fin du lexique des rêves : les triades de figures et de livres, les listes de trois, cinq, six et dix, puis le retour à la michna avec les berakhot sur l'idolâtrie déracinée et sur Bavel la mauvaise

Berakhot 57b

Sougya : Le daf achève le répertoire des signes du rêve ouvert dans les pages précédentes. Il procède d'abord par triades : trois rois, trois prophètes, trois grands et trois petits livres des Ketouvim, trois sages, trois talmide hakhamim, chaque série distribuant ses trois figures entre la piété, la sagesse et le malheur.

Viennent ensuite les règles générales par espèces — bêtes, métaux, fruits, légumes, couleurs, oiseaux — chacune favorable sauf une courte liste d'exceptions que la Guemara doit accorder avec des enseignements contraires. La sougya glisse alors vers des listes numériques qui ne parlent plus du rêve : trois qui entrent dans le corps sans profit, trois qui profitent sans y entrer, trois qui sont un avant-goût du monde à venir, cinq qui sont un soixantième d'une réalité plus grande, six bons signes pour le malade, six remèdes et dix rechutes.

Après un dernier passage sur le mort vu en rêve, la Guemara revient à la michna et traite les berakhot dites devant un Markoulis, devant un lieu d'où l'idolâtrie a été déracinée, et les cinq berakhot de Rav Hamnouna sur les ruines de Bavel.

Le lexique des rêves : six triades, trois destins Série Qu'il espère (bien) Qu'il espère la 'hokhma Qu'il craigne le malheur 3 rois David hassidout (piété) Chelomo Ahav 3 prophètes Yechayahou nehama (consolation) Ye'hezkel Yirmiyahou 3 grands Ketouvim Tehilim hassidout Michle Iyov 3 petits Ketouvim Chir haChirim hassidout Kohelet Kinot (Eikha) 3 sages R. Elazar ben Azaria achirout (richesse) Rabbi R. Yichmael ben Elicha 3 talmide hakhamim (sans le titre de Rabbi) Ben Azzai hassidout Ben Zoma Aher Hors des trois colonnes : le livre des Rois annonce la grandeur (gueoula de rang, guedoula) ; la meguila d'Esther annonce qu'un miracle sera fait pour celui qui l'a vue.
Les six triades du lexique des rêves, distribuées entre la piété, la sagesse et le malheur, avec les deux figures hors série.
Les listes numériques : trois, cinq, six, six, dix 3 entrent dans le corps sans que le corps en profite godgedaniot (cerises sauvages) kefaniot (mauvaises dattes) page temara (dattes vertes) Les trois figurent déjà parmi les mauvais signes du rêve. 3 n'entrent pas dans le corps et le corps en profite rehitsa (le bain) sikha (l'onction) tachmich (l'usage) Ici tachmich vaut pour les rapports conjugaux. 3 sont un avant-goût du monde à venir Chabbat le soleil tachmich nekavim La Guemara écarte ici les rapports, qui affaiblissent. 3 apaisent l'esprit mechivin daato un son une vue une odeur Ils rendent à l'homme l'esprit qu'il avait perdu. 3 élargissent l'esprit marhivin daato une belle demeure une belle épouse de beaux ustensiles Le Ben Yehoyada explique l'ordre de la liste. 5 sont un soixantième feu / feu du Guehinam miel / manne Chabbat / monde à venir sommeil / mort rêve / prophétie Rapport d'annulation, non de mesure. 6 bons signes pour le malade éternuement (Iyov 41) sueur (Berechit 3) diarrhée (Yechayahou 51) émission séminale (Yech. 53) sommeil (Iyov 3) rêve (Yechayahou 38) Chaque signe est adossé à un verset. 6 guérissent le malade le chou les bettes le sissin sec (décoction) la caillette la matrice le lobe du foie Certains ajoutent les petits poissons. 10 font rechuter le malade viande de bœuf, viande grasse, viande rôtie, viande d'oiseaux, œuf rôti, coupe des cheveux, cresson, lait, fromage, bain. Certains ajoutent les noix, d'autres les concombres. La rechute est plus grave que le mal.
Les neuf listes numériques du daf, des trois qui entrent dans le corps aux dix qui font rechuter le malade.
Rav Hamnouna : les cinq berakhot de celui qui voit Bavel 1 Bavel la mauvaise Béni ... qui a détruit Bavel la mauvaise 2 La maison de Nevoukhadnetsar Béni ... qui a détruit la maison du méchant 3 Fosse aux lions ou fournaise Béni ... qui a fait des miracles pour nos pères ici Roch : pour les justes 4 Un Markoulis Béni ... qui a donné de la patience à ceux qui transgressent Sa volonté 5 Le lieu d'où l'on prend la terre Béni ... qui dit et fait, qui décrète et accomplit Trois gestes autour de la cinquième station : Rava encourage les ânes qui emportent la terre de Bavel ; Mar fils de Ravina en jette au dehors pour accomplir le balai de la destruction ; Rav Achi, sans avoir entendu l'enseignement de Rav Hamnouna, a dit les cinq berakhot de sa propre réflexion.
Les cinq berakhot de Rav Hamnouna sur les ruines de Bavel, et les gestes des Amoraim qui les accompagnent.
1
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הִשְׁכִּים וְנָפַל פָּסוּק לְתוֹךְ פִּיו — הֲרֵי זֶה נְבוּאָה קְטַנָּה. תָּנוּ רַבָּנַן, שְׁלֹשָׁה מְלָכִים הֵם: הָרוֹאֶה דָּוִד בַּחֲלוֹם — יְצַפֶּה לַחֲסִידוּת. שְׁלֹמֹה — יְצַפֶּה לְחָכְמָה. אַחְאָב — יִדְאַג מִן הַפּוּרְעָנוּת.

Rabbi Yo'hanan a dit : celui qui s'est levé tôt et à qui un verset est tombé dans la bouche, voilà une petite prophétie. Nos maîtres ont enseigné : il y a trois rois.

Celui qui voit David en rêve, qu'il espère la hassidout (la piété). Chelomo, qu'il espère la 'hokhma (la sagesse).

Ahav, qu'il craigne le malheur (poreanout).

📜 Rachi (1)
הִשְׁכִּים הָעוֹמֵד מִמִּטָּתוֹ וְנָפַל לוֹ פָּסוּק בְּפִיו:
S'est levé tôt : celui qui se lève de son lit et à qui un verset tombe dans la bouche.
💡 Explication

Le daf s'ouvre sur une dernière remarque touchant la parole involontaire : le verset qui vient aux lèvres au réveil, sans qu'on l'ait cherché, vaut une petite prophétie. La formule prolonge la doctrine du rêve exposée plus haut, où le rêve lui-même est rapproché de la prophétie.

Commence alors une longue série de baraitot en triades. Chaque série range trois figures selon trois destins : la hassidout, la 'hokhma, et la poreanout, le malheur. Les trois rois donnent le modèle : David pour la piété, Chelomo pour la sagesse, Ahav pour le malheur, chacun selon ce que l'Écriture rapporte de lui.

🖼️ Schéma
Le lexique des rêves : six triades, trois destins Série Qu'il espère (bien) Qu'il espère la 'hokhma Qu'il craigne le malheur 3 rois David hassidout (piété) Chelomo Ahav 3 prophètes Yechayahou nehama (consolation) Ye'hezkel Yirmiyahou 3 grands Ketouvim Tehilim hassidout Michle Iyov 3 petits Ketouvim Chir haChirim hassidout Kohelet Kinot (Eikha) 3 sages R. Elazar ben Azaria achirout (richesse) Rabbi R. Yichmael ben Elicha 3 talmide hakhamim (sans le titre de Rabbi) Ben Azzai hassidout Ben Zoma Aher Hors des trois colonnes : le livre des Rois annonce la grandeur (gueoula de rang, guedoula) ; la meguila d'Esther annonce qu'un miracle sera fait pour celui qui l'a vue.
Les six triades du daf et leur répartition entre les trois destins.
2
שְׁלֹשָׁה נְבִיאִים הֵם: הָרוֹאֶה סֵפֶר מְלָכִים — יְצַפֶּה לִגְדֻולָּה. יְחֶזְקֵאל — יְצַפֶּה לְחָכְמָה. יְשַׁעְיָה — יְצַפֶּה לְנֶחָמָה. יִרְמְיָה — יִדְאַג מִן הַפּוּרְעָנוּת.

Il y a trois prophètes. Celui qui voit le livre des Rois, qu'il espère la grandeur.

Ye'hezkel, qu'il espère la 'hokhma. Yechayahou, qu'il espère la consolation.

Yirmiyahou, qu'il craigne le malheur.

💡 Explication

La baraita annonce trois prophètes et en nomme quatre. Le livre des Rois se tient à part : il relève des Prophètes premiers, il raconte la royauté, et il annonce donc la guedoula, l'élévation de rang. Les trois prophètes proprement dits sont les trois derniers nommés.

Chaque signe se lit sur le contenu du livre : la vision du char divin chez Ye'hezkel vaut pour la sagesse, les prophecies de consolation chez Yechayahou pour la nehama, et les annonces de destruction chez Yirmiyahou pour le malheur.

3
שְׁלֹשָׁה כְּתוּבִים גְּדוֹלִים הֵם: הָרוֹאֶה סֵפֶר תְּהִלִּים — יְצַפֶּה לַחֲסִידוּת, מִשְׁלֵי — יְצַפֶּה לְחָכְמָה, אִיּוֹב — יִדְאַג מִן הַפּוּרְעָנוּת.

Il y a trois grands livres des Ketouvim. Celui qui voit le livre des Tehilim, qu'il espère la hassidout ; Michle, qu'il espère la 'hokhma ; Iyov, qu'il craigne le malheur.

💡 Explication

Les Ketouvim sont partagés en grands et petits livres. Les trois grands suivent la même distribution : les Tehilim, tissus de supplications et de louanges, annoncent la piété ; Michle, recueil de sentences, la sagesse ; Iyov, livre de l'épreuve, le malheur.

4
שְׁלֹשָׁה כְּתוּבִים קְטַנִּים הֵם: הָרוֹאֶה שִׁיר הַשִּׁירִים בַּחֲלוֹם — יְצַפֶּה לַחֲסִידוּת. קֹהֶלֶת — יְצַפֶּה לְחָכְמָה. קִינוֹת — יִדְאַג מִן הַפּוּרְעָנוּת. הָרוֹאֶה מְגִלַּת אֶסְתֵּר — נֵס נַעֲשָׂה לוֹ.

Il y a trois petits livres des Ketouvim. Celui qui voit le Chir haChirim en rêve, qu'il espère la hassidout.

Kohelet, qu'il espère la 'hokhma. Kinot, qu'il craigne le malheur.

Celui qui voit la meguila d'Esther, un miracle est fait pour lui.

📜 Rachi (1)
שִׁיר הַשִּׁירִים כֻּולּוֹ יִרְאַת שָׁמַיִם וְחִבַּת הַמָּקוֹם בְּלֵב כָּל יִשְׂרָאֵל:
Le Chir haChirim : il est tout entier crainte du Ciel et affection du Lieu dans le cœur de tout Israël.
💡 Explication

Même répartition pour les trois petits livres. Rachi justifie le premier signe : le Chir haChirim dit d'un bout à l'autre l'attachement réciproque d'Israël et de son Créateur, ce qui est la définition même de la hassidout.

La meguila d'Esther vient hors série, avec un signe qui lui est propre : elle raconte un miracle caché, et celui qui la voit en rêve annonce qu'un miracle sera fait pour lui.

5
שְׁלֹשָׁה חֲכָמִים הֵם: הָרוֹאֶה רַבִּי בַּחֲלוֹם — יְצַפֶּה לַחָכְמָה. רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה — יְצַפֶּה לַעֲשִׁירוּת. רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בֶּן אֱלִישָׁע — יִדְאַג מִן הַפּוּרְעָנוּת.

Il y a trois sages. Celui qui voit Rabbi en rêve, qu'il espère la 'hokhma.

Rabbi Elazar ben Azaria, qu'il espère la richesse. Rabbi Yichmael ben Elicha, qu'il craigne le malheur.

📜 Rachi (1)
רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בֶּן אֱלִישָׁע מֵהֲרוּגֵי מַלְכוּת הָיָה וְהִפְשִׁיטוּ עוֹר קַרְקַפְתּוֹ בְּחַיָּיו:
Rabbi Yichmael ben Elicha : il fut de ceux que le pouvoir mit à mort, et on lui arracha de son vivant la peau du crâne.
💡 Explication

La triade des sages remplace la piété par la richesse : Rabbi Elazar ben Azaria était connu pour sa fortune. Rabbi, rédacteur de la michna, tient la place de la sagesse.

Rachi explique le troisième signe : Rabbi Yichmael ben Elicha fut l'un des dix martyrs du royaume, et le supplice rapporté à son sujet fait de son apparition en rêve l'annonce d'un malheur.

6
שְׁלֹשָׁה תַּלְמִידֵי חֲכָמִים הֵם: הָרוֹאֶה בֶּן עַזַּאי בַּחֲלוֹם — יְצַפֶּה לַחֲסִידוּת. בֶּן זוֹמָא — יְצַפֶּה לְחָכְמָה. אַחֵר — יִדְאַג מִן הַפּוּרְעָנוּת.

Il y a trois talmide hakhamim. Celui qui voit ben Azzai en rêve, qu'il espère la hassidout.

Ben Zoma, qu'il espère la 'hokhma. Aher, qu'il craigne le malheur.

💡 Explication

Dernière triade, celle des talmide hakhamim : trois maîtres que la tradition désigne sans le titre de Rabbi. Les trois sont associés par ailleurs dans le récit de ceux qui entrèrent au pardes.

Aher, Elicha ben Avouya, y perdit sa voie ; son apparition en rêve annonce donc le malheur, comme Ahav pour les rois et Iyov pour les livres.

7
כָּל מִינֵי חַיּוֹת יָפוֹת לַחֲלוֹם, חוּץ מִן הַפִּיל וְהַקּוֹף וְהַקִּפּוֹד. וְהָאָמַר מַר, הָרוֹאֶה פִּיל בַּחֲלוֹם פֶּלֶא נַעֲשָׂה לוֹ! לָא קַשְׁיָא, הָא דִּמְסָרַג, הָא דְּלָא מְסָרֵג.

Toutes les espèces de bêtes sauvages sont favorables pour le rêve, sauf l'éléphant, le singe et le kipod. Mais le Maître n'a-t-il pas dit : celui qui voit un éléphant en rêve, une merveille (pelé) est faite pour lui !

Ce n'offre pas de difficulté : ici quand il est sellé, là quand il ne l'est pas.

📜 Rachi (2)
חוּץ מִן הַפִּיל וְהַקּוֹף וְהַקִּפּוֹד שֶׁמְּשֻׁונִּין בְּמַרְאֵיהֶן. קִפּוֹד חַיָּה שֶׁדּוֹמָה לְקוֹף וְיֵשׁ לָהּ זָנָב אָרֹוךְ וּשְׁמָהּ מרטינ"א:
Sauf l'éléphant, le singe et le kipod : parce que leur apparence est étrange. Le kipod est une bête qui ressemble au singe et qui a une longue queue ; son nom est martina en la'az.
דִּמְסָרַג אֻוכָּף עַל גַּבָּיו וי"א נָתוּן בְּאַפְסָר:
Quand il est sellé : une selle sur son dos ; certains disent qu'il est tenu par un licol.
💡 Explication

La sougya passe des figures nommées aux règles par espèce : toute une catégorie est déclarée favorable, sauf une courte liste. Rachi donne le critère commun des trois exceptions : leur apparence étrange, qui fait du rêve une vision inquiétante.

L'objection vient de l'enseignement rapporté à la fin du daf précédent, où l'éléphant annonce une merveille par le rapprochement de pil et de pelé. La réponse distingue selon l'état de la bête : sellée, elle est domptée et son étrangeté devient signe de merveille ; libre, elle reste parmi les exceptions.

8
כָּל מִינֵי מַתֶּכֶת יָפִין לַחֲלוֹם, חוּץ מִמַּר, פַּסָּל, וְקַרְדֹּום. וְהָנֵי מִילֵּי דַּחֲזַנְהוּ בְּקַתַּיְיהוּ. כָּל מִינֵי פֵּירוֹת יָפִין לַחֲלוֹם, חוּץ מִפַּגֵּי תְּמָרָה. כָּל מִינֵי יְרָקוֹת יָפִין לַחֲלוֹם, חוּץ מֵרָאשֵׁי לְפָתוֹת. וְהָאָמַר רַב: לָא אִיעַתַּרִי עַד דַּחֲזַאי רָאשַׁי לְפָתוֹת! כִּי חֲזָא — בְּכַנַּייְהוּ חֲזָא. כָּל מִינֵי צִבְעוֹנִין יָפִין לַחֲלוֹם, חוּץ מִן הַתְּכֵלֶת. כָּל מִינֵי עוֹפוֹת יָפִין לַחֲלוֹם, חוּץ מִן קַרְיָא וְקִפּוֹפָא וְקֻורְפְּרַאי.

Toutes les espèces de métal sont favorables pour le rêve, sauf la houe (mar), le ciseau (pessel) et la hache (kardom). Et cela vaut quand on les a vus emmanchés.

Toutes les espèces de fruits sont favorables pour le rêve, sauf les dattes vertes. Toutes les espèces de légumes sont favorables pour le rêve, sauf les têtes de navets.

Mais Rav n'a-t-il pas dit : je ne me suis enrichi que lorsque j'ai vu des têtes de navets ! Quand il en a vu, il les a vues sur leurs tiges.

Toutes les espèces de couleurs sont favorables pour le rêve, sauf le tekhelet. Toutes les espèces d'oiseaux sont favorables pour le rêve, sauf le karia, la kefofa et le kourferai.

📜 Rachi (9)
חוּץ מִמַּר פשו"ר בְּלַעַ"ז:
Sauf le mar : pachour en la'az, la houe.
פָּסַל דוליי"ר:
Le pessel : doliyer en la'az, le ciseau du tailleur de pierre.
דַּחֲזָנְהוּ בְּקַתַּיְיהוּ שֶׁרְאוּיִין לִמְלַאכְתָּן לְחַבֵּל וּלְהַשְׁחִית:
Quand il les a vus emmanchés : quand ils sont en état de servir à leur ouvrage, qui est de blesser et de détruire.
פַּגֵּי תְּמָרָה שֶׁלֹּא בָּשְׁלוּ כָּל צָרְכָן:
Page temara : des dattes qui ne sont pas arrivées à maturité.
בְּכַנַּיְיהוּ בִּמְחֻובָּר אֲבָל בְּתָלוּשׁ סִימָן הוּא לְמַכּוֹת כְּדִפְשַׁר לֵיהּ בַּר הֲדָיָא לְרָבָא קֻולְפֵי בְּלַעַת:
Sur leurs tiges : encore attachées au sol. Détachées, elles sont un signe de coups, comme bar Hadaya l'a interprété pour Rava : tu as reçu des coups de bâton.
תְּכֵלֶת יָרוֹק הוּא וּמִי שֶׁפָּנָיו יְרוּקִים חוֹלֶה הוּא:
Le tekhelet : c'est une couleur verte, et celui dont le visage est vert est malade.
קָרְיָא יבנ"ץ:
Le karia : yavnets en la'az.
קִפּוּפָא צואיט"א בְּלַעַ"ז וְיֵשׁ לָהּ לְסָתוֹת כִּלְחָיֵי אָדָם לְפִיכָךְ הֵן מְגֻונִּים:
La kefofa : tsoueta en la'az ; elle a des joues semblables aux joues d'un homme, ce qui rend ces oiseaux repoussants.
קוּרְפְּרַאי טלפ"א:
Le kourferai : talpa en la'az.
💡 Explication

Cinq catégories nouvelles, batties sur le même modèle. Les trois métaux écartés sont des outils de coupe ; Rachi précise la restriction de la Guemara : le mauvais signe tient à ce qu'ils soient emmanchés, donc en état de détruire. Vus sans leur manche, ils redeviennent du métal ordinaire.

Pour les légumes, l'objection vient de Rav lui-même, qui datait sa fortune du rêve des têtes de navets. La réponse distingue l'état de la plante : attachée au sol, elle promet ; arrachée, elle annonce les coups, et Rachi renvoie à la lecture que bar Hadaya en avait faite pour Rava au daf précédent.

Le tekhelet est écarté pour sa teinte, que Rachi rapproche du visage verdi du malade ; les trois oiseaux, tous nocturnes, le sont pour leur apparence.

🖼️ Schéma
Règle générale par espèce, et sa courte liste d'exceptions Espèce Toutes favorables Sauf Bêtes sauvages oui éléphant, singe, kipod Métaux oui houe, ciseau, hache (s'ils sont emmanchés) Fruits oui dattes vertes Légumes oui têtes de navets détachées Couleurs oui le tekhelet Oiseaux oui karia, kefofa, kourferai Objection : l'éléphant annonce une merveille. Réponse : sellé, il est favorable ; sans selle, il reste parmi les exceptions. Objection : Rav s'est enrichi après avoir vu des têtes de navets. Réponse : il les a vues sur leurs tiges, encore attachées au sol.
Les six règles par espèce, leurs exceptions, et les deux distinctions qui accordent les enseignements contraires.
9
(הַגּוּף, הַגּוּף, מֵעֵין, מְשִׁיבִין, וּמַרְחִיבִין, סִימָן).

(Le corps, le corps, avant-goût, apaisent, élargissent : mnémotechnique.)

💡 Explication

Un siman, mot-clé mnémotechnique, annonce les cinq listes qui suivent : deux sur le corps, une sur l'avant-goût du monde à venir, une sur ce qui apaise l'esprit, une sur ce qui l'élargit. Ces repères ont été insérés pour aider à retenir l'ordre des baraitot transmises oralement.

10
שְׁלֹשָׁה נִכְנָסִין לַגּוּף, וְאֵין הַגּוּף נֶהֱנֶה מֵהֶן: גֻּודְגְּדָנִיּוֹת, וְכַפְנִיּוֹת, וּפַגֵּי תְּמָרָה. שְׁלֹשָׁה אֵין נִכְנָסִין לַגּוּף, וְהַגּוּף נֶהֱנֶה מֵהֶן, אֵלּוּ הֵן: רְחִיצָה, וְסִיכָה, וְתַשְׁמִישׁ. שְׁלֹשָׁה מֵעֵין הָעוֹלָם הַבָּא, אֵלּוּ הֵן: שַׁבָּת, שֶׁמֶשׁ, וְתַשְׁמִישׁ.

Trois choses entrent dans le corps sans que le corps en tire profit : les godgedaniot, les kefaniot et les dattes vertes. Trois choses n'entrent pas dans le corps et le corps en tire profit, les voici : le bain (rehitsa), l'onction (sikha) et le tachmich (l'usage).

Trois choses sont un avant-goût du monde à venir, les voici : le Chabbat, le soleil et le tachmich.

📜 Rachi (3)
גֻּודְגְּדָנִיּוֹת צירתי"ש:
Godgedaniot : tsirtiches en la'az.
כַּפְנִיּוֹת מִין תְּמָרִים רָעִים:
Kefaniot : une espèce de mauvaises dattes.
שֶׁמֶשׁ חַמָּה זוֹרַחַת:
Le soleil : le soleil qui brille.
🪔 Ben Yehoyada (2)
ג' נִכְנָסִין לַגּוּף וְאֵין הַגּוּף נֶהֱנֶה מֵהֶן. גֻּדְגְּדָנִיּוֹת, וְכַפְנִיּוֹת, וּפַגֵּי תְּמָרָה. פֵּירֵשׁ הַמְבָאֵר בערב"י גֻּדְגְּדָנִיּוֹת הֵם מַאֲכַל גְּמַלִּים, וְקוֹרִין אוֹתָם בְּעַרְבֵי תנדקו"ק וְהָאָדָם אוֹכְלָם עַל יְדֵי הַדְּחָק, וְכַפְנִיּוֹת הֵם תְּמָרִים רָעִים שֶׁלֹּא יִתְבַּשְּׁלוּ לְעוֹלָם, וּפַגֵּי תְּמָרָה תְּמָרִים טוֹבִים שֶׁסּוֹפָם לְהִתְבַּשֵּׁל אַךְ בְּעוֹדָם קָשִׁים קֹודֶם בִּשּׁוּלָם נִקְרָאִין פַּגִּין.
« Trois entrent dans le corps sans que le corps en tire profit : godgedaniot, kefaniot et page temara. » Le commentateur a expliqué en arabe : les godgedaniot sont une nourriture de chameaux, qu'on appelle en arabe tandekouk, et l'homme n'en mange que par contrainte. Les kefaniot sont de mauvaises dattes qui ne mûriront jamais. Les page temara sont de bonnes dattes qui finiront par mûrir, mais tant qu'elles sont dures, avant leur maturation, on les appelle paguin.
שְׁלֹשָׁה מֵעֵין הָעוֹלָם הַבָּא, אֵלּוּ הֵן: שַׁבָּת, שֶׁמֶשׁ וְתַשְׁמִישׁ. נִרְאֶה לִי בס"ד הַאי עוֹלָם הַבָּא קָאֵי עַל עוֹלָם הַזֶּה אַחַר גְּמַר הַתִּקּוּן, וּבְשַׁבָּת יֵשׁ תּוֹסְפוֹת נר"ן [נֶפֶשׁ רוּחַ נְשָׁמָה] וּלְעָתִיד אַחַר גְּמַר תִּיקִין יִהְיֶה עִנְיָן גָּדוֹל בנר"ן, שֶׁלֹּא יִהְיוּ מְעֹורָבִים מִכַּמָּה שָׁרָשִׁים בְּאָדָם אֶחָד, אֶלָּא כָּל אָדָם יִקַּח נר"ן הַשַּׁייָּכִים לוֹ כְּפִי שָׁרְשׁוֹ בִּלְבַד, וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל עַל פָּסוּק (מַלְאָכִי ג, כד) וְהֵשִׁיב לֵב אָבוֹת עַל בָּנִים וְלֵב בָּנִים עַל אֲבוֹתָם, וְלָכֵן שַׁבָּת שֶׁיֵּשׁ בּוֹ מַעֲלָה בנר"ן הוּא מֵעֵין עוֹלָם הַבָּא הַנִּזְכָּר, וְכֵן הַשֶּׁמֶשׁ כְּתִיב בָּעוֹלָם הַבָּא הַנִּזְכָּר (שָׁם שָׁם כ') וְזָרְחָה לָכֶם יִרְאֵי שְׁמִי שֶׁמֶשׁ צְדָקָה וּמַרְפֵּא בִּכְנָפֶיהָ, הֲרֵי יֵשׁ לֶעָתִיד הֲנָאָה גְּדוֹלָה בַּשֶּׁמֶשׁ, וְהַתַּשְׁמִישׁ הוּא תַּשְׁמִישׁ נְקָבִים שֶׁעוֹשֶׂה נְקִיּוּת לָאָדָם בַּבֶּטֶן, וְהִנֵּה הוּא מֵעֵין עוֹלָם הַבָּא הַנִּזְכָּר, כִּי בִּנְקִיּוּת שֶׁל עַתָּה יִשָּׁאֵר קְצָת פְּסֹולֶת בַּבֶּטֶן, וְאִי אֶפְשָׁר שֶׁיִּהְיֶה נָקִי לְגַמְרֵי, אֲבָל בָּעוֹלָם הַבָּא אַחַר הַתִּיקּוּן כָּל מַה שֶׁיֹּאכַל הָאָדָם לֹא יִהְיֶה פְּסֹולֶת בְּבִטְנוֹ אֶלָּא נִבְלָע בָּאֵבָרִים כְּמוֹ מָן, הֲרֵי זֶה מֵעֵין עוֹלָם הַבָּא, וְנָקֵיט הַשְּׁלֹשָׁה הַנִּזְכָּר בְּסֵדֶר זֶה עַל פִּי מְצִיאוּתָם מִתַּתָּא לְעֵילָּא, כִּי הַשַּׁבָּת פַּעַם בְּשָׁבוּעַ, וְהַשֶּׁמֶשׁ בְּכָל יוֹם אַךְ לֹא מְצוּיָה בַּלַּיְלָה, וְתַשְׁמִישׁ נְקָבִים מָצוּי בַּיּוֹם וּבַלַּיְלָה, וְכֵן אוֹתָם שְׁלֹשָׁה שֶׁל סִיכָה וּרְחִיצָה וְכוּ' נָקֵיט הַמָּצוּי קֹודֶם, דִּרְחִיצָה מְצוּיָה אֵצֶל אָדָם יוֹתֵר מִסִּיכָה, וְתַשְׁמִישׁ מָצוּי יוֹתֵר מֵרְחִיצָה.
« Trois sont un avant-goût du monde à venir, les voici : le Chabbat, le soleil et le tachmich. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que ce monde à venir vise le monde d'ici-bas après l'achèvement du tikoun (la réparation). Au Chabbat il y a un surcroît de nefech-roua'h-nechama, et dans l'avenir, après l'achèvement du tikoun, il y aura une grande affaire dans le nefech-roua'h-nechama : ils ne seront plus mêlés de plusieurs racines dans un seul homme, mais chaque homme prendra le nefech-roua'h-nechama qui lui appartiennent selon sa seule racine, comme l'a écrit notre maître le Ari, de mémoire bénie, sur le verset (Malakhi 3, 24) « Il ramènera le cœur des pères vers les fils et le cœur des fils vers leurs pères ». C'est pourquoi le Chabbat, qui comporte une élévation dans le nefech-roua'h-nechama, est un avant-goût de ce monde à venir. De même pour le soleil, dont il est écrit à propos de ce monde à venir (ibid. 3, 20) « Et pour vous qui craignez Mon nom se lèvera un soleil de justice, portant la guérison dans ses ailes » : il y aura donc dans l'avenir un grand bienfait par le soleil. Et le tachmich est l'usage des orifices, qui rend l'homme net dans son ventre ; voilà un avant-goût de ce monde à venir, car dans la propreté d'aujourd'hui il reste un peu de déchet dans le ventre, et il est impossible d'être entièrement net, tandis que dans le monde à venir, après le tikoun, tout ce que l'homme mangera ne laissera pas de déchet dans son ventre, mais sera absorbé dans les membres comme la manne. Et il retient ces trois-là dans cet ordre selon leur fréquence, de bas en haut : le Chabbat une fois par semaine, le soleil chaque jour mais absent la nuit, et l'usage des orifices présent de jour comme de nuit. De même, dans la série de l'onction, du bain et du reste, il retient d'abord le plus fréquent : le bain est plus fréquent chez l'homme que l'onction, et le tachmich plus fréquent que le bain.
💡 Explication

La sougya quitte le rêve pour des listes de trois qui portent sur le corps et sur l'esprit. Les trois premiers aliments, déjà rencontrés parmi les mauvais signes du rêve, sont ceux qu'on avalé sans en tirer de nourriture.

La deuxième liste renverse le rapport : le bain, l'onction et le tachmich agissent sur le corps de l'extérieur. La troisième reprend le mot tachmich dans un autre sens, ce qui déclenchera la question du segment suivant.

🖼️ Schéma
Les listes numériques : trois, cinq, six, six, dix 3 entrent dans le corps sans que le corps en profite godgedaniot (cerises sauvages) kefaniot (mauvaises dattes) page temara (dattes vertes) Les trois figurent déjà parmi les mauvais signes du rêve. 3 n'entrent pas dans le corps et le corps en profite rehitsa (le bain) sikha (l'onction) tachmich (l'usage) Ici tachmich vaut pour les rapports conjugaux. 3 sont un avant-goût du monde à venir Chabbat le soleil tachmich nekavim La Guemara écarte ici les rapports, qui affaiblissent. 3 apaisent l'esprit mechivin daato un son une vue une odeur Ils rendent à l'homme l'esprit qu'il avait perdu. 3 élargissent l'esprit marhivin daato une belle demeure une belle épouse de beaux ustensiles Le Ben Yehoyada explique l'ordre de la liste. 5 sont un soixantième feu / feu du Guehinam miel / manne Chabbat / monde à venir sommeil / mort rêve / prophétie Rapport d'annulation, non de mesure. 6 bons signes pour le malade éternuement (Iyov 41) sueur (Berechit 3) diarrhée (Yechayahou 51) émission séminale (Yech. 53) sommeil (Iyov 3) rêve (Yechayahou 38) Chaque signe est adossé à un verset. 6 guérissent le malade le chou les bettes le sissin sec (décoction) la caillette la matrice le lobe du foie Certains ajoutent les petits poissons. 10 font rechuter le malade viande de bœuf, viande grasse, viande rôtie, viande d'oiseaux, œuf rôti, coupe des cheveux, cresson, lait, fromage, bain. Certains ajoutent les noix, d'autres les concombres. La rechute est plus grave que le mal.
Vue d'ensemble des neuf listes numériques que la sougya enchaîne ici.
11
תַּשְׁמִישׁ דְּמַאי? אִילֵּימָא תַּשְׁמִישׁ הַמִּטָּה — הָא מְכַחֵשׁ כְּחִישׁ! אֶלָּא תַּשְׁמִישׁ נְקָבִים.

Le tachmich de quoi ? Si l'on dit le tachmich hamita (les rapports conjugaux), mais cela affaiblit !

Plutôt le tachmich nekavim (l'usage des orifices).

🪔 Ben Yehoyada (1)
תַּשְׁמִישׁ דְּמַאי? אִילֵּימָא תַּשְׁמִישׁ הַמִּטָּה, וַהֲלֹא מַכְחִישׁ כְּחִישׁ? אֶלָּא תַּשְׁמִישׁ נְקָבִים. קַשָּׁא הֲוָה לֵיהּ לִשָּׁאֵל זֶה עַל חֲלֻוקָּה שֶׁזָּכַר קֹודֶם שֶׁהִיא סִיכָה וּרְחִיצָה וְתַשְׁמִישׁ? נִרְאֶה לִי בס"ד כִּי עַל תַּשְׁמִישׁ שֶׁל חֲלֻוקָּה הַנִּזְכָּר הָיָה מֵבִין בִּפְשִׁיטוּת דְּקָאֵי עַל תַּשְׁמִישׁ הַמִּטָּה, וְלָכֵן לֹא הִקְשָׁה דִּמְכַחֵשׁ כְּחִישׁ, אִין הָכִי נָמֵי כְּחִישׁ אֲבָל יֵשׁ בּוֹ הֲנָאָה לַגּוּף, דְּהָתָם לָא נְחִית לִשְׁבוּחוֹ בְּהוּ, אַךְ בַּחֲלֻוקָּה זוֹ דְּנָחִית לְשַׁבְּחוֹ בְּהוּ דְּקָאָמַר מֵעֵין עוֹלָם הַבָּא, לְכָךְ הִקְשָׁה אִי תַּשְׁמִישׁ הַמִּטָּה מַכְחִישׁ כְּחִישׁ וּמַה שֶׁבַח יֵשׁ בּוֹ.
« Le tachmich de quoi ? Si l'on dit le tachmich hamita, mais cela affaiblit ! Plutôt le tachmich des orifices. » On demande : il aurait fallu poser cette question sur la série précédente, celle de l'onction, du bain et du tachmich. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que dans cette série-là il comprenait simplement que le tachmich vise les rapports conjugaux, et il n'a pas objecté que cela affaiblit, car en effet cela affaiblit et le corps y trouve tout de même du profit ; là, en effet, la baraita ne cherchait pas à en faire l'éloge. Mais dans cette série-ci, où elle en fait l'éloge en disant qu'ils sont un avant-goût du monde à venir, elle objecte : s'il s'agit du tachmich hamita, cela affaiblit, quel éloge y a-t-il là ?
💡 Explication

La Guemara refuse de lire le même mot de la même façon dans les deux listes. Le mot tachmich désigne un usage, et le contexte en fixe l'objet. Dans une liste qui promet un avant-goût du monde à venir, un acte qui affaiblit le corps ne convient pas.

La Guemara retient donc le tachmich nekavim, le soulagement des besoins naturels. Le Ben Yehoyada précise la logique : la première liste parlait seulement de profit, celle-ci fait un éloge, et l'éloge exige davantage.

12
שְׁלֹשָׁה מְשִׁיבִין דַּעְתּוֹ שֶׁל אָדָם, אֵלּוּ הֵן: קוֹל, וּמַרְאֶה, וְרֵיחַ. שְׁלֹשָׁה מַרְחִיבִין דַּעְתּוֹ שֶׁל אָדָם, אֵלּוּ הֵן: דִּירָה נָאָה, וְאִשָּׁה נָאָה, וְכֵלִים נָאִים.

Trois choses apaisent l'esprit d'un homme, les voici : un son, une vue et une odeur. Trois choses élargissent l'esprit d'un homme, les voici : une belle demeure, une belle épouse et de beaux ustensiles.

📜 Rachi (1)
קוֹל שֶׁל מִינֵי זֶמֶר אוֹ קוֹל עָרֵב שֶׁל אִשָּׁה:
Un son : celui des instruments de musique, ou la voix agréable d'une femme.
🪔 Ben Yehoyada (1)
שְׁלֹשָׁה מַרְחִיבִין דַּעְתּוֹ שֶׁל אָדָם, דִּירָה נָאָה, וְאִשָּׁה נָאָה, וְכֵלִים נָאִים. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר כֵּלִים בַּהֲדֵי דִּירָה שֶׁדּוֹמִין זֶה לָזֶה, דְּתַרְוַוייְהוּ אֵין בָּהֶם חַיּוּת וְהֵם מִן הַדּוֹמֵם אוֹ דּוֹמֵם וְצוֹמֵחַ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד נָקֵיט אִשָּׁה בַּהֲדֵי דִּירָה, כִּי הָאָדָם יֵשׁ לוֹ דִּירָה אַחַת וְאִשָּׁה אַחַת וְלוֹקֵחַ הַדִּירָה וְאַחַר כָּךְ הָאִשָּׁה, אֲבָל הַכֵּלִים אֵין לָהֶם זְמַן קָבוּעַ אֶלָּא קוֹנֶה וְחוֹזֵר וְקוֹנֶה כָּל יָמָיו, וְכָל פַּעַם שֶׁקּוֹנֶה מִתְרַחֶבֶת דַּעְתּוֹ מֵחָדָשׁ.
« Trois choses élargissent l'esprit d'un homme : une belle demeure, une belle épouse et de beaux ustensiles. » On peut demander : il aurait fallu placer les ustensiles à côté de la demeure, qui se ressemblent, puisque ni l'une ni les autres n'ont de vie et relèvent de l'inanimé, ou de l'inanimé et du végétal. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il place l'épouse à côté de la demeure parce que l'homme a une seule demeure et une seule épouse, et qu'il prend d'abord la demeure puis l'épouse ; tandis que les ustensiles n'ont pas de temps fixe : il en achète et en rachète tous ses jours, et chaque fois qu'il en achète son esprit s'élargit à nouveau.
💡 Explication

Deux verbes distinguent les deux listes. Mechivin daato : elles rendent à l'homme l'esprit qu'il avait perdu, par les sens du son, de la vue et de l'odorat. Marhivin daato : elles lui donnent de l'aise, par ce qu'il possède.

Le Ben Yehoyada s'arrête sur l'ordre de la seconde liste, où l'épouse est placée entre la demeure et les ustensiles, et l'explique par le moment de l'acquisition plutôt que par la nature des choses.

13
חֲמִשָּׁה וְשִׁשָּׁה וַעֲשָׂרָה סִימָן: חֲמִשָּׁה אֶחָד מִשִּׁשִּׁים, אֵלּוּ הֵן: אֵשׁ, דְּבַשׁ, וְשַׁבָּת, וְשֵׁינָה, וַחֲלוֹם. אֵשׁ — אֶחָד מִשִּׁשִּׁים לְגֵיהִנָּם. דְּבַשׁ — אֶחָד מִשִּׁשִּׁים לַמָּן. שַׁבָּת — אֶחָד מִשִּׁשִּׁים לָעוֹלָם הַבָּא. שֵׁינָה — אֶחָד מִשִּׁשִּׁים לְמִיתָה. חֲלוֹם — אֶחָד מִשִּׁשִּׁים לִנְבוּאָה.

Cinq, six et dix : mnémotechnique. Cinq choses sont un soixantième, les voici : le feu, le miel, le Chabbat, le sommeil et le rêve.

Le feu, un soixantième du Guehinam. Le miel, un soixantième de la manne.

Le Chabbat, un soixantième du monde à venir. Le sommeil, un soixantième de la mort.

Le rêve, un soixantième de la prophétie.

🪔 Ben Yehoyada (1)
אֶחָד מִשִּׁשִּׁים לְגֵיהִנָּם. נִרְאֶה לִי בס"ד כָּל שִׁיעוּרִים אֵלּוּ שֶׁל אֶחָד מִשִּׁשִּׁים דְּנָקֵיט הָכָא, אֵינָם אֶחָד מִשִּׁשִּׁים אֶלָּא וַדַּאי שֶׁיֵּשׁ בָּהֶם יִתְרוֹן לְמֵאוֹת וַאֲלָפִים וְיוֹתֵר כָּל אֶחָד לְפִי עִנְיָינוֹ, וְהָא דְּנָקֵיט בְּכוּלְּהוּ אֶחָד מִשִּׁשִּׁים, מִפְּנֵי כִּי בְּעָלְמָא שִׁיעוּר הַבִּיטּוּלִים הוּא בְּשִׁשִּׁים, שֶׁכָּל דְּבַר אִסּוּר יִתְבַּטֵּל אֶחָד מִשִּׁשִּׁים וַחֲשִׁיב כְּאִלּוּ אֵינוֹ כְּלָל וְעִיקָּר, וְכֵן הָעִנְיָן כָּאן בָּא לְלַמְּדֵנוּ אֵשׁ הַמָּצוּי פֹּה יִתְבַּטֵּל כּוֹחוֹ לְגַבֵּי כֹּחַ אֵשׁ גֵּיהִנָּם כְּמוֹ בִּיטּוּל הָאִיסּוּר שֶׁיִּתְבַּטֵּל אֶחָד מִשִּׁשִּׁים, וַחֲשִׁיב זֶה חֵלֶק הָאֶחָד כְּאִילּוּ אֵינוֹ, אֲבָל לְעוֹלָם וַדַּאי כֹּחַ אֵשׁ גֵּיהִנָּם הוּא עָצוּם וְרַב וְגָדוֹל עַל כֹּחַ אֵשׁ הַמָּצוּי אֶצְלֵינוּ יוֹתֵר מִמֵּאָה אַלְפֵי פְּעָמִים, וְכֵן הָעִנְיָן בִּשְׁאָר מִינִים אֲשֶׁר מַזְכִּיר פֹּה, וְדַע כִּי מַה שֶׁאָמַר שַׁבָּת אֶחָד מִשִּׁשִּׁים לָעוֹלָם הַבָּא, לָאו עַל עוֹלַם הַנְּשָׁמוֹת קָאָמַר, אֶלָּא עַל עוֹלָם הַזֶּה שֶׁאַחַר הַתְּחִיָּה דְּקָרוּ לֵיהּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל גַּם כֵּן בְּשֵׁם עוֹלָם הַבָּא, אוֹ בְּשֵׁם עָתִיד לָבֹא, מִפְּנֵי שֶׁהוּא נֶחְשָׁב עוֹלָם חָדָשׁ בַּמֶּזֶג חָדָשׁ, וְהוּא עוֹלָם שֶׁכֻּולּוֹ שַׁבָּת.
« Un soixantième du Guehinam. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que toutes ces mesures d'un soixantième retenues ici ne valent pas un soixantième exact : il y a certainement entre les deux termes un écart de centaines, de milliers et davantage, chacun selon son sujet. S'il retient partout un soixantième, c'est parce qu'en général la mesure de l'annulation est de soixante : toute chose interdite s'annule dans soixante et est alors tenue pour absolument inexistante. Il en va de même ici : il vient nous enseigner que la force du feu qui se trouve ici s'annule devant la force du feu du Guehinam comme s'annule l'interdit dans soixante, cette part unique étant tenue pour rien. En vérité, la force du feu du Guehinam est immense, grande, supérieure à celle du feu qui se trouve chez nous plus de cent mille fois. Il en va de même pour les autres espèces mentionnées ici. Et sache que ce qu'il dit, « le Chabbat est un soixantième du monde à venir », vise le monde d'ici-bas après la résurrection, que nos maîtres, de mémoire bénie, appellent aussi du nom de monde à venir, ou d'avenir à venir, parce qu'il compte comme un monde nouveau dans un tempérament nouveau, le monde qui est tout entier Chabbat ; et non le monde des âmes.
💡 Explication

Nouveau siman, qui annonce les listes de cinq, de six et de dix. La liste de cinq pose un rapport constant entre une réalité d'ici-bas et une réalité plus grande dont elle serait le soixantième.

Le nombre soixante vient du droit des mélanges : un interdit tombe dans soixante fois son volume s'annule. Le Ben Yehoyada s'en sert pour lire la baraita : le rapport énonce l'annulation du terme inférieur devant le supérieur, plutôt qu'une proportion arithmétique.

🖼️ Schéma
Cinq réalités d'ici-bas, un soixantième d'une réalité plus grande Ce que nous connaissons Ce dont il est le soixantième le feu x 60 le feu du Guehinam le miel x 60 la manne le Chabbat x 60 le monde à venir le sommeil x 60 la mort le rêve x 60 la prophétie
Les cinq couples de la baraita, du feu à la prophétie.
14
שִׁשָּׁה דְּבָרִים סִימָן יָפֶה לַחוֹלֶה, אֵלּוּ הֵן: עִטּוּשׁ, זֵיעָה, שִׁלְשׁוּל, קֶרִי, וְשֵׁינָה, וַחֲלוֹם. עִטּוּשׁ — דִּכְתִיב: ״עֲטִישׁוֹתָיו תָּהֵל אוֹר״. זֵיעָה — דִּכְתִיב: ״בְּזֵעַת אַפֶּיךָ תֹּאכַל לֶחֶם״. שִׁלְשׁוּל — דִּכְתִיב: ״מִהַר צֹעֶה לְהִפָּתֵחַ וְלֹא יָמוּת לַשַּׁחַת״. קֶרִי — דִּכְתִיב: ״יִרְאֶה זֶרַע יַאֲרִיךְ יָמִים״. שֵׁינָה — דִּכְתִיב: ״יָשַׁנְתִּי אָז יָנוּחַ לִי״. חֲלוֹם — דִּכְתִיב: ״וְתַחֲלִימֵנִי וְהַחֵינִי״.

Six choses sont un bon signe pour le malade, les voici : l'éternuement, la sueur, la diarrhée, l'émission séminale, le sommeil et le rêve. L'éternuement, ainsi qu'il est écrit : « Ses éternuements font jaillir la lumière. » La sueur, ainsi qu'il est écrit : « À la sueur de ton visage tu mangeras du pain. » La diarrhée, ainsi qu'il est écrit : « Vite, celui qui est courbé sera délié, et il ne descendra pas mourant dans la fosse. » L'émission séminale, ainsi qu'il est écrit : « Il verra une descendance, il prolongera ses jours. » Le sommeil, ainsi qu'il est écrit : « J'aurais dormi, alors j'aurais dû repos. » Le rêve, ainsi qu'il est écrit : « Tu me rétablis (vatahlimeni) et tu me fais vivre. »

📜 Rachi (3)
עִטּוּשׁ אשטרנוד"ר:
L'éternuement : echternouder en la'az.
מַהֵר צוֹעֶה מִי שֶׁצָּרִיךְ לְהָרִיק מֵעָיו הֲרָקַת כְּלִי נִקְרֵאת צָעֵיהּ שֶׁנֶּאֱמַר (יִרְמְיָהוּ מח) וְשִׁלַּחְתִּי לוֹ צֹועִים וְצֵעֻוהוּ וְכֵלָיו יָרִיקוּ בְּמוֹאָב כְּתִיב:
Mahar tsoe : celui qui a besoin de vider ses entrailles. Le fait de vider un récipient s'appelle tseia, comme il est dit (Yirmiyahou 48) « et j'enverrai contre lui des videurs qui le videront et videront ses vases », ce qui est écrit à propos de Moav.
וְתַחֲלִימֵנִי וְהֶחְיַינִי בְּחִזְקִיָּה כְּתִיב:
Vatahlimeni vetahayeni : ce verset est écrit à propos de Hizkiyahou.
💡 Explication

Chacun des six signes est adossé à un verset, selon un procédé constant de la aggada : le signe médical est confirmé par une occurrence scripturaire du même mot. L'éternuement est lié à la lumière par Iyov 41, la sueur au pain par Berechit 3.

Le dernier signe fonctionne par rapprochement de racines : vatahlimeni, dans la prière de Hizkiyahou après sa guérison, est rapproché de halom, le rêve. Rachi prend soin d'indiquer le contexte du verset, qui parle précisément d'un malade rétabli.

15
שִׁשָּׁה דְּבָרִים מְרַפְּאִין אֶת הַחוֹלֶה מֵחָלְיוֹ וּרְפוּאָתוֹ רְפוּאָה, אֵלּוּ הֵן: כְּרוּב, וּתְרָדִין, וְסִיסִין יְבֵשִׁין, וְקֵיבָה, וְהֶרֶת, וְיוֹתֶרֶת הַכָּבֵד. וְיֵשׁ אוֹמְרִים: אַף דָּגִים קְטַנִּים. וְלֹא עוֹד, אֶלָּא שֶׁדָּגִים קְטַנִּים מַפְרִין וּמַבְרִין כָּל גּוּפוֹ שֶׁל אָדָם.

Six choses guérissent le malade de sa maladie, et leur guérison est une guérison véritable, les voici : le chou, les bettes, le sissin sec, la caillette, la matrice et le lobe du foie. Et certains disent : les petits poissons aussi.

Et bien plus : les petits poissons font prospérer et fortifient tout le corps de l'homme.

📜 Rachi (5)
תְּרָדִין בלי"ץ:
Les bettes : blits en la'az.
מֵי סִיסִין בִּשּׁוּל פוליאו"ל:
Me sissin : une décoction de poliol en la'az.
וְהֶרֶת וידלייר"א שֶׁהַשְּׁלִיל בְּתוֹכָהּ:
Et la matrice : vidleira en la'az, celle dans laquelle se tient le foetus.
יוֹתֶרֶת הַכָּבֵד אייבר"ש שֶׁל בְּהֵמָה:
Le lobe du foie : ayivers de la bête en la'az.
וּמַבְרִין לְשׁוֹן בְּרִיאוּת:
Oumavrin : terme de santé, de la racine beriout.
💡 Explication

La liste passe des signes aux remèdes. La formule « leur guérison est une guérison véritable » souligne que ces aliments agissent sur la cause du mal, et non seulement sur ses effets.

Rachi traduit chaque terme en la'az, le vieux français de sa région, parce que les noms de plantes et d'organes variaient d'un pays à l'autre. La caillette, la matrice et le lobe du foie sont des parties de l'animal ; le sissin et les bettes des végétaux.

16
עֲשָׂרָה דְּבָרִים מַחֲזִירִין אֶת הַחוֹלֶה לְחָלְיוֹ, וְחָלְיוֹ קָשֶׁה, אֵלּוּ הֵן: הָאוֹכֵל בְּשַׂר שׁוֹר, בָּשָׂר שָׁמֵן, בְּשַׂר צָלִי, בְּשַׂר צִפֳּרִים, וּבֵיצָה צְלוּיָה, וְתִגְלַחַת, וְשַׁחֲלַיִם, וְהֶחָלָב, וְהַגְּבִינָה וְהַמֶּרְחָץ. וְיֵשׁ אוֹמְרִים אַף אֱגוֹזִים. וְיֵשׁ אוֹמְרִים אַף קִשּׁוּאִים.

Dix choses ramènent le malade à sa maladie, et sa maladie est alors grave, les voici : celui qui mange de la viande de bœuf, de la viande grasse, de la viande rôtie, de la viande d'oiseaux, un œuf rôti, la coupe des cheveux, le cresson, le lait, le fromage et le bain. Et certains disent : les noix aussi.

Et certains disent : les concombres aussi.

📜 Rachi (1)
וְתִגְלַחַת אִם מְגַלֵּחַ:
Et la coupe des cheveux : s'il se fait raser.
💡 Explication

Symétrique de la liste précédente : dix conduites qui provoquent la rechute, avec cette précision que le retour du mal est plus dur que le mal initial. Huit des dix éléments sont des aliments lourds ou gras ; deux sont des soins du corps, la coupe des cheveux et le bain, qui exposent le convalescent.

La mention finale des concombres ouvre la discussion des deux segments suivants.

17
תָּנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: לָמָּה נִקְרָא שְׁמָן קִשּׁוּאִים — מִפְּנֵי שֶׁהֵן קָשִׁין לַגּוּף כַּחֲרָבוֹת. אֵינִי, וְהָכְתִיב: ״וַיֹּאמֶר ה׳ לָהּ שְׁנֵי גוֹיִם בְּבִטְנֵךְ״: אַל תִּקְרֵי ״גּוֹיִם״ אֶלָּא ״גֵּיְים״, וְאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: אֵלּוּ אַנְטוֹנִינוּס וְרַבִּי, שֶׁלֹּא פָּסַק מִשֻּׁלְחָנָם לֹא צְנוֹן וְלֹא חֲזֶרֶת וְלֹא קִשּׁוּאִין, לֹא בִּימוֹת הַחַמָּה וְלֹא בִּימוֹת הַגְּשָׁמִים.

On a enseigné dans l'école de Rabbi Yichmael : pourquoi les appelle-t-on kichouim ? Parce qu'ils sont durs (kachim) pour le corps comme des épées.

Est-ce ainsi ? Mais il est écrit : « Hachem lui dit : deux nations (goyim) sont dans ton ventre » ; ne lis pas goyim mais gueyim, des grands.

Et Rav Yehouda a dit au nom de Rav : ce sont Antoninus et Rabbi, de la table desquels n'ont jamais manqué ni le radis, ni la laitue, ni les concombres, ni à la saison chaude ni à la saison des pluies.

💡 Explication

L'école de Rabbi Yichmael justifie le dernier élément de la liste par une lecture du nom : kichouim vient de kachim, durs, et la comparaison aux épées mesure la nocivité.

L'objection est tirée d'un enseignement sur la bénédiction de Rivka. Le mot goyim y est lu gueyim, les grands, applique à Antoninus et à Rabbi, dont les tables étaient si fournies qu'elles avaient des concombres en toute saison. Un mets de rois se concilie mal avec un aliment comparé à des épées.

18
לָא קַשְׁיָא: הָא בְּרַבְרְבֵי, הָא בְּזוּטְרֵי.

Ce n'offre pas de difficulté : ici il s'agit des gros, là des petits.

📜 Rachi (1)
זוּטְרֵי יָפִין:
Les petits : ils sont bons.
💡 Explication

La distinction porte sur la taille. Les gros concombres sont ceux que l'école de Rabbi Yichmael compare aux épées ; les petits figuraient à la table d'Antoninus et de Rabbi. Le même légume change de statut selon son degré de développement, comme plus haut les dattes selon leur maturité.

19
תָּנוּ רַבָּנַן: מֵת בַּבַּיִת — שָׁלוֹם בַּבַּיִת. אָכַל וְשָׁתָה בַּבַּיִת — סִימָן יָפֶה לַבַּיִת. נָטַל כֵּלִים מִן הַבַּיִת — סִימָן רַע לַבַּיִת. תַּרְגְּמַהּ רַב פָּפָּא בִּמְסָאנָא וְסַנְדָּלָא. כֹּל דְּשָׁקִיל שָׁכְבָא — מְעַלֵּי, בַּר מִמְּסָאנָא וְסַנְדָּלָא. כֹּל דְּיָהֵיב שָׁכְבָא — מְעַלֵּי, בַּר מֵעַפְרָא וְחַרְדְּלָא.

Nos maîtres ont enseigné : un mort dans la maison, la paix dans la maison. Il a mangé et bu dans la maison, bon signe pour la maison.

Il a emporté des objets hors de la maison, mauvais signe pour la maison. Rav Papa l'a expliqué du soulier et de la sandale.

Tout ce que le mort prend est favorable, sauf le soulier et la sandale. Tout ce que le mort donne est favorable, sauf la poussière et la moutarde.

📜 Rachi (2)
מְסָאנָא וְסַנְדָּלָא סִימָן יוֹצְאֵי חוּץ הוּא שֶׁמּוֹצִיא אֲחֵרִים מִן הַבַּיִת:
Le soulier et la sandale : c'est le signe de ceux qui partent au dehors, car il fait sortir d'autres de la maison.
עַפְרָא סִימָן הוּא שֶׁרָמַז לָהֶם קְבוּרָה:
La poussière : c'est un signe, car elle leur fait allusion à la sépulture.
💡 Explication

Retour au lexique du rêve pour une dernière baraita, consacrée au mort vu en rêve. La règle générale est favorable : la présence du mort annonce la paix, et son repas dans la maison un bon signe.

Deux exceptions symétriques encadrent la règle. Ce que le mort prend est favorable, sauf la chaussure, signe de départ pour un vivant de la maison. Ce qu'il donne est favorable, sauf la poussière et la moutarde, qui lui ressemble par l'aspect : les deux évoquent la tombe.

20
מָקוֹם שֶׁנֶּעֶקְרָה מִמֶּנּוּ עֲבוֹדָה זָרָה. תָּנוּ רַבָּנַן: הָרוֹאֶה מַרְקוּלִיס, אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ … שֶׁנָּתַן אֶרֶךְ אַפַּיִם לְעוֹבְרֵי רְצוֹנוֹ״. מָקוֹם שֶׁנֶּעֶקְרָה מִמֶּנּוּ עֲבוֹדָה זָרָה, אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ … שֶׁעָקַר עֲבוֹדָה זָרָה מֵאַרְצֵנוּ. וּכְשֵׁם שֶׁנֶּעֶקְרָה מִמָּקוֹם זֶה כֵּן תֵּעָקֵר מִכָּל מְקוֹמוֹת יִשְׂרָאֵל, וְהָשֵׁב לֵב עוֹבְדֵיהֶם לְעָבְדֶךָ״. וּבְחוּץ לָאָרֶץ אֵין צָרִיךְ לוֹמַר ״וְהָשֵׁב לֵב עוֹבְדֵיהֶם לְעָבְדֶךָ״ מִפְּנֵי שֶׁרֻובָּהּ גּוֹיִים. רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר אוֹמֵר: אַף בְּחוּץ לָאָרֶץ צָרִיךְ לוֹמַר כֵּן, מִפְּנֵי שֶׁעֲתִידִים לְהִתְגַּיֵּיר, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אָז אֶהְפֹּךְ אֶל עַמִּים שָׂפָה בְרוּרָה״.

« Un lieu d'où l'idolâtrie a été déracinée. » Nos maîtres ont enseigné : celui qui voit un Markoulis dit : « Béni ... qui a donné de la patience à ceux qui transgressent Sa volonté. » Un lieu d'où l'idolâtrie a été déracinée, il dit : « Béni ... qui a déraciné l'idolâtrie de notre terre. Et comme elle a été déracinée de ce lieu, ainsi soit-elle déracinée de tous les lieux d'Israël, et ramène le cœur de ceux qui la servent à Te servir. » Et hors de la Terre d'Israël il n'a pas besoin de dire « et ramène le cœur de ceux qui la servent à Te servir », parce que la plupart des habitants y sont des non-Juifs.

Rabbi Chimon ben Elazar dit : même hors de la Terre d'Israël il faut le dire, parce qu'ils sont destinés à se convertir, ainsi qu'il est dit : « Alors Je donnerai aux peuples une langue pure. »

📜 Rachi (1)
לֵב עוֹבְדֵיהֶם עַל פּוֹשְׁעֵי יִשְׂרָאֵל מִתְפַּלֵּל:
Le cœur de ceux qui la servent : il prie pour les fautifs d'Israël.
🗂️ Tossefot (2)
הָרוֹאֶה מַרְקוּלִיס בַּתּוֹסֶפְתָּא תְּנַן בִּמְקוֹם מַרְקוּלִיס דְּהָכָא עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים וא"כ לָאו דַּוְקָא מַרְקוּלִיס אֶלָּא לְפִי שֶׁבִּמְקוֹמוֹ שֶׁל תַּנָּא הָיוּ עוֹבְדִים לָהּ וְעַתָּה אֵין אָנוּ רְגִילִים לְבָרֵךְ לְפִי שֶׁאָנוּ רוֹאִים אוֹתָהּ בְּכָל יוֹם וְכָל הָנָךְ הָרוֹאִים אָמְרוּ לְעֵיל דְּהָוֵי מִשְּׁלשִׁים יוֹם לִשְׁלשִׁים יוֹם:
Celui qui voit un Markoulis : dans la Tossefta on enseigne « avoda zara » a la place du Markoulis qui figure ici. Le Markoulis n'est donc pas visé à l'exclusion des autres : du temps du tana, c'est à lui qu'on rendait un culte dans son lieu. Aujourd'hui nous n'avons pas l'usage de dire cette berakha, parce que nous en voyons chaque jour ; et tous ces « celui qui voit » énoncés plus haut, on a dit qu'ils valent de trente jours en trente jours.
הָרוֹאֶה מַרְקוּלִיס פֵּירֵשׁ רִ"י לָא יָדַעְנָא אַמַּאי נְקַט מַרְקוּלִיס יוֹתֵר מִשְּׁאָר עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים. וְנִרְאֶה לִי דא"צ לְבָרֵךְ רַק בְּמָקוֹם שֶׁבּוֹנִים עַכּוּ"ם אוֹ שֶׁהָועָמְדָה שָׁם מֵחָדָשׁ וּלְכָךְ נְקַט מַרְקוּלִיס שֶׁרוֹגְמִין בָּהּ אֲבָנִים בְּכָל יוֹם וְהָוֵי כִּמְגַדֵּל עַכּוּ"ם אֲבָל לֹא עַל עַכּוּ"ם קְבוּעָה שָׁם מִקֹּודֶם וּבַיְּרוּשַׁלְמִי יֵשׁ נֶעֶקְרָה עַכּוּ"ם מִמָּקוֹם אֶחָד וּנְתָנָהּ לְמָקוֹם אַחֵר בְּמָקוֹם שֶׁנְּתָנָהּ אוֹמֵר בָּרוּךְ שֶׁנָּתַן אֶרֶךְ אַפַּיִם לְעוֹבְרֵי רְצוֹנוֹ וּבְמָקוֹם שֶׁנֶּעֶקְרָה אוֹמֵר בָּרוּךְ שֶׁעָקַר עַכּוּ"ם מִן הַמָּקוֹם הַזֶּה:
Celui qui voit un Markoulis : le Ri a expliqué : je ne sais pas pourquoi il retient le Markoulis plutôt qu'une autre idolâtrie. Il me semble qu'on ne dit cette berakha que dans un lieu où l'on bâtit une idolâtrie, ou bien où elle vient d'être dressée à neuf ; c'est pourquoi il retient le Markoulis, sur lequel on jette des pierres chaque jour, ce qui revient à l'agrandir. Mais on ne la dit pas sur une idolâtrie déjà installée là auparavant. Et dans le Yerouchalmi il est dit : si une idolâtrie a été déracinée d'un lieu et placée dans un autre, au lieu où elle a été placée on dit « Béni ... qui a donné de la patience à ceux qui transgressent Sa volonté », et au lieu d'où elle a été déracinée on dit « Béni ... qui a déraciné l'idolâtrie de ce lieu ».
🪔 Ben Yehoyada (1)
הָרוֹאֶה מַרְקוּלִיס אוֹמֵר. מַקְשִׁים לָמָּה בַּחֲלֻוקָּה זוֹ נָקֵיט מַרְקוּלִיס וְלֹא אָמַר עֲבוֹדָה זָרָה בִּסְתָם, וּבַחֲלוּקָה הַשֵּׁנִית שֶׁל עֲקִירָה נָקֵיט עֲבוֹדָה זָרָה בִּסְתָם, שֶׁהוּא שֵׁם כְּלָלֵי עַל כָּל מִינֵי עֲבוֹדָה זָרָה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד בִּזְמַן הַתַּנָּא לֹא הָיָה בִּמְקוֹמוֹ מָצוּי מִינֵי עֲבוֹדָה זָרָה אֶלָּא רַק הַמַּרְקוּלִיס לְכָךְ נָקֵיט בַּחֲלֻוקָּה רִאשׁוֹנָה מַרְקוּלִיס, אֲבָל בִּבְרָכָה שֶׁל עֲקִירָה, שֶׁהוּא מְבָרֵךְ עַל מַה שֶׁהָיָה מִכְּבָר וְנֶעֱקַר עַתָּה נָקֵיט עֲבוֹדָה זָרָה בִּסְתָם, שֶׁהוּא שֵׁם כְּלָלִי לְכָל מִינֵי עֲבוֹדָה זָרָה, כִּי בִּמְקוֹמוֹ הָיָה מִקֹּודֶם כַּמָּה מִינֵי ע"ז וְנֶעֶקְרוּ עַתָּה בִּזְמַנּוֹ.
« Celui qui voit un Markoulis dit. » On demande : pourquoi retient-il ici le Markoulis, sans dire avoda zara de manière générale, alors que dans la seconde partie, celle du déracinement, il retient avoda zara de manière générale, qui est un nom d'ensemble pour toutes les espèces d'idolâtrie ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'au temps du tana on ne trouvait dans son lieu d'autre idolâtrie que le Markoulis ; c'est pourquoi il retient le Markoulis dans la première partie. Mais dans la berakha du déracinement, où il bénit sur ce qui existait autrefois et vient d'être déraciné, il retient avoda zara de manière générale, nom d'ensemble de toutes les espèces d'idolâtrie, car dans son lieu il y avait auparavant plusieurs espèces d'idolâtrie qui ont été déracinées de son temps.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' הָרוֹאֶה מָקוֹם שֶׁנֶּעֶקְרָה מִמֶּנּוּ עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים יֹאמַר בָּרוּךְ שֶׁעָקַר עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים מֵאַרְצֵנוּ. יְרוּשַׁלְמִי כְּשֶׁנֶּעֶקְרָה עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים מִמְּקוֹמָהּ בא"י אֲבָל נֶעֶקְרָה עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים מִמָּקוֹם אַחֵר אוֹמֵר בָּרוּךְ שֶׁעָקַר עֲבוֹדַת כּוֹכְבֵי' מִמָּקוֹם הַזֶּה:
Michna : celui qui voit un lieu d'où l'idolâtrie a été déracinée dit « Béni ... qui a déraciné l'idolâtrie de notre terre ». Yerouchalmi : cela vaut lorsque l'idolâtrie a été déracinée de son lieu en Terre d'Israël ; mais si elle a été déracinée d'un autre lieu, il dit « Béni ... qui a déraciné l'idolâtrie de ce lieu ».
💡 Explication

La Guemara revient à la michna du chapitre, citée ici par ses premiers mots, et rapporte la baraita qui en donne les formules. Deux vues distinctes appellent deux berakhot opposées : l'idole debout fait dire la patience divine envers ceux qui transgressent, le lieu déraciné fait dire la disparition de l'idolâtrie.

La formule du déracinement se prolonge en prière pour le retour de ceux qui servent l'idole. Rachi limite cette demande aux fautifs d'Israël, ce qui explique le partage suivant : hors de la Terre d'Israël, la population étant en majorité non juive, le tana kama supprime ce membre de phrase. Rabbi Chimon ben Elazar le maintient partout, au nom de la conversion annoncée par Tsefania.

Les Tossefot ajoutent deux limites pratiques : la berakha vise une idolâtrie nouvelle ou entretenue, comme le Markoulis auquel on jette chaque jour des pierres, et toutes ces berakhot de vision ne se disent que de trente jours en trente jours.

🖼️ Schéma
Que voit-il, et que dit-il ? Ce qu'il voit Un Markoulis debout Béni ... qui a donné de la patience à ceux qui transgressent Sa volonté Un lieu d'où elle fut déracinée Béni ... qui a déraciné l'idolâtrie de notre terre En Erets Israël Il ajoute : ramène le cœur de ceux qui la servent à Te servir Hors d'Israël Tana kama : il omet R. Chimon ben Elazar : il ajoute quand même Nafka mina : le motif de l'omission est la population non juive du lieu ; R. Chimon ben Elazar répond par Tsefania 3, 9, qui annonce leur conversion.
Les deux berakhot selon ce qui est vu, et le partage sur la fin de la formule hors de la Terre d'Israël.
21
דָּרַשׁ רַב הַמְנוּנָא: הָרוֹאֶה בָּבֶל הָרְשָׁעָה צָרִיךְ לְבָרֵךְ חָמֵשׁ בְּרָכוֹת. רָאָה בָּבֶל, אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ … שֶׁהֶחֱרִיב בָּבֶל הָרְשָׁעָה״. רָאָה בֵּיתוֹ שֶׁל נְבוּכַדְנֶצַּר, אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ … שֶׁהֶחֱרִיב בֵּיתוֹ שֶׁל נְבוּכַדְנֶצַּר הָרָשָׁע״. רָאָה גּוֹב שֶׁל אֲרָיוֹת אוֹ כִּבְשַׁן הָאֵשׁ, אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ … שֶׁעָשָׂה נִסִּים לַאֲבוֹתֵינוּ בַּמָּקוֹם הַזֶּה״. רָאָה מַרְקוּלִיס, אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ … שֶׁנָּתַן אֶרֶךְ אַפַּיִם לְעוֹבְרֵי רְצוֹנוֹ״. רָאָה מָקוֹם שֶׁנּוֹטְלִין מִמֶּנּוּ עָפָר, אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ … אוֹמֵר וְעוֹשֶׂה גּוֹזֵר וּמְקַיֵּים״.

Rav Hamnouna a exposé : celui qui voit Bavel la mauvaise doit dire cinq berakhot. Il a vu Bavel, il dit : « Béni ... qui a détruit Bavel la mauvaise. » Il a vu la maison de Nevoukhadnetsar, il dit : « Béni ... qui a détruit la maison de Nevoukhadnetsar le méchant. » Il a vu la fosse aux lions ou la fournaise ardente, il dit : « Béni ... qui a fait des miracles pour nos pères en ce lieu. » Il a vu un Markoulis, il dit : « Béni ... qui a donné de la patience à ceux qui transgressent Sa volonté. » Il a vu un lieu d'où l'on prend de la poussière, il dit : « Béni ... qui dit et fait, qui décrète et accomplit. »

📜 Rachi (3)
כִּבְשָׁן שֶׁל אֵשׁ חֲפִירָה שֶׁהֻוסַּק בָּהּ כִּבְשָׁנָם שֶׁל חֲנַנְיָה מִישָׁאֵל וַעֲזַרְיָה:
La fournaise ardente : la fosse dans laquelle fut chauffée la fournaise de Hanania, Michaël et Azaria.
מָקוֹם שֶׁנּוֹטְלִין מִמֶּנּוּ עָפָר מָקוֹם יֵשׁ בְּבָבֶל שֶׁאֵין בְּהֵמָה יוֹצְאָהּ מִשָּׁם אִם אֵין נוֹתְנִים עָלֶיהָ עָפָר מֵעֲפַר הַמָּקוֹם וְהוּא סִימָן הַשְּׁמָד וּמִקִּלְלוֹתֶיהָ שֶׁל בָּבֶל הִיא וּבִיסוֹד מהר"ר יִצְחָק רָאִיתִי שֶׁנּוֹטְלִים מִשָּׁם עָפָר לַטִּיט לְבִנְיְנֵי הַמָּקוֹם וְסוֹף סוֹף אוֹתוֹ מָקוֹם אֵין בּוֹ יִשּׁוּב וְלֹא זֶרַע וְלֹא נְטִיעָה:
Un lieu d'où l'on prend de la poussière : il y a en Bavel un lieu d'où aucune bête ne sort si l'on ne place pas sur elle de la poussière de ce lieu ; c'est un signe de destruction, et cela fait partie des malédictions de Bavel. Et dans le Yessod de notre maître Rabbi Yitshak, j'ai vu qu'on y prend de la poussière pour le mortier des constructions du lieu ; en fin de compte, ce lieu demeure sans habitation, sans semailles et sans plantation.
גּוֹזֵר וּמְקַיֵּים שֶׁגָּזַר לְהַשְׁמִידָהּ וְקַיָּים:
Qui décrète et accomplit : Il a décrété de la détruire, et Il a accompli.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַב הוּנָא הָרוֹאֶה בָּבֶל הָרְשָׁעָה צָרִיךְ לְבָרֵךְ חָמֵשׁ רָאָה בָּבֶל הָרְשָׁעָה אוֹמֵר בָּרוּךְ שֶׁהֶחֱרִיב בָּבֶל הָרְשָׁעָה רָאָה בֵּיתוֹ שֶׁל נְבוּכַדְנֶצַּר הָרָשָׁע אוֹמֵר בָּרוּךְ שֶׁהֶחֱרִיב בֵּיתוֹ שֶׁל נְבוּכַדְנֶצַּר הָרָשָׁע רָאָה גּוֹב שֶׁל אֲרָיוֹת וְכִבְשַׁן הָאֵשׁ אוֹמֵר בָּרוּךְ שֶׁעָשָׂה נֵס לַצַּדִּיקִים בַּמָּקוֹם הַזֶּה רָאָה מַרְקוּלִיס אוֹמֵר בָּרוּךְ שֶׁנָּתַן אֶרֶךְ אַפַּיִם לְעוֹבְרֵי רְצוֹנוֹ רָאָה מָקוֹם שֶׁנּוֹטְלִין מִמֶּנּוּ עָפָר אוֹמֵר בָּרוּךְ אוֹמֵר וְעוֹשֶׂה בָּרוּךְ גּוֹזֵר וּמְקַיֵּים מָר בְּרֵיהּ דְּרָבִינָא כִּי הֲוָה מָטֵי לְבָבֶל הֲוָה צִיֵּיר עַפְרָא בְּסוּדָרֵיהּ וּמַפִּיק לְהוּ לִבְרָא לְקַייֵּם מ"ש וְטֵאטֵאתִיהָ בִּמְטַאטְאָהשְׁמְד:
Rav Houna a dit : celui qui voit Bavel la mauvaise doit dire cinq berakhot. Il a vu Bavel la mauvaise, il dit « Béni ... qui a détruit Bavel la mauvaise ». Il a vu la maison de Nevoukhadnetsar le méchant, il dit « Béni ... qui a détruit la maison de Nevoukhadnetsar le méchant ». Il a vu la fosse aux lions et la fournaise ardente, il dit « Béni ... qui a fait un miracle pour les justes en ce lieu ». Il a vu un Markoulis, il dit « Béni ... qui a donné de la patience à ceux qui transgressent Sa volonté ». Il a vu un lieu d'où l'on prend de la poussière, il dit « Béni ... qui dit et fait, béni ... qui décrète et accomplit ». Mar fils de Ravina, lorsqu'il arrivait à Bavel, nouait de la poussière dans son foulard et la portait au dehors, pour accomplir ce qui est dit : « et Je la balayerai du balai de la destruction ».
💡 Explication

Rav Hamnouna organise en cinq berakhot le parcours de celui qui traverse les ruines de Bavel. Les deux premières portent sur la chute de l'empire et de son roi, la troisième sur les miracles de Daniel et de ses compagnons, la quatrième sur l'idolâtrie encore debout, la cinquième sur la désolation du sol.

Rachi donne deux explications du dernier lieu : soit une terre dont on charge les bêtes qui la traversent, soit une carrière de terre à mortier. Dans les deux cas le résultat est le même, un sol sans habitation ni culture, ce qui accomplit la parole prophétique. La formule qui dit et fait, qui décrète et accomplit vise cette correspondance entre l'annonce et la ruine.

Le Roch rapporte l'enseignement au nom de Rav Houna, avec une variante dans la troisième formule : un miracle fait pour les justes, plutôt que pour nos pères.

🖼️ Schéma
Rav Hamnouna : les cinq berakhot de celui qui voit Bavel 1 Bavel la mauvaise Béni ... qui a détruit Bavel la mauvaise 2 La maison de Nevoukhadnetsar Béni ... qui a détruit la maison du méchant 3 Fosse aux lions ou fournaise Béni ... qui a fait des miracles pour nos pères ici Roch : pour les justes 4 Un Markoulis Béni ... qui a donné de la patience à ceux qui transgressent Sa volonté 5 Le lieu d'où l'on prend la terre Béni ... qui dit et fait, qui décrète et accomplit Trois gestes autour de la cinquième station : Rava encourage les ânes qui emportent la terre de Bavel ; Mar fils de Ravina en jette au dehors pour accomplir le balai de la destruction ; Rav Achi, sans avoir entendu l'enseignement de Rav Hamnouna, a dit les cinq berakhot de sa propre réflexion.
Les cinq stations du parcours de Bavel et la formule propre à chacune.
22
רָבָא כִּי הֲוָה חָזֵי חֲמָרֵי דְּשָׁקְלִי עַפְרָא, טָרֵיף לְהוּ יְדָא עַל גַּבַּיְיהוּ, וַאֲמַר: רְהוּטוּ צַדִּיקֵי לְמֶעְבַּד רְעוּתָא דְמָרַיְיכוּ. מָר בְּרֵיהּ דְּרָבִינָא כִּי הֲוָה מָטֵי לְבָבֶל הֲוָה שָׁקֵיל עַפְרָא בְּסוּדָרֵיהּ וְשָׁדֵי לְבַרָּא, לְקַיֵּים מַה שֶׁנֶּאֱמַר ״וְטֵאטֵאתִיהָ בְּמַטְאֲטֵא הַשְׁמֵד״. אָמַר רַב אַשִּׁי: אֲנָא, הָא דְּרַב הַמְנוּנָא לָא שְׁמִיעַ לִי, אֶלָּא מִדַּעְתַּאי בָּרֵיכְתִּינְהוּ לְכֻולְּהוּ.

Rava, lorsqu'il voyait des ânes qui transportaient de la poussière, leur frappait la main sur le dos et disait : courez, justes, pour faire la volonté de votre Maître. Mar fils de Ravina, lorsqu'il arrivait à Bavel, prenait de la poussière dans son foulard et la jetait au dehors, pour accomplir ce qui est dit : « et Je la balayerai du balai de la destruction. » Rav Achi a dit : moi, cet enseignement de Rav Hamnouna, je ne l'avais pas entendu ; mais de ma propre réflexion je les ai toutes dites.

💡 Explication

Trois attitudes closent la sougya. Rava voit dans les bêtes de somme qui emportent la terre de Bavel des agents de la prophétie, et il les encourage comme on encourage des justes à leur tâche. Mar fils de Ravina accomplit le verset de son propre geste, en emportant lui-même un peu de terre hors du lieu.

La dernière remarque touche la méthode. Rav Achi n'avait pas reçu la baraita de Rav Hamnouna, et il avait pourtant institué les cinq berakhot par son seul raisonnement. Une conclusion atteinte de la sorte confirme l'enseignement transmis, et la Guemara la conserve pour cette raison.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).