Berakhot 58a — Les bénédictions sur les foules, les sages et les rois : Ben Zoma, Rav Chechet devant le cortège royal et Rabbi Chila devant le pouvoir

Berakhot 58a

Sougya : Le daf enchaîne sur les bénédictions que l'on dit devant ce que l'on voit. Il commence par la foule : six cent mille d'Israël appellent « Sage des secrets », parce que les pensées et les visages y diffèrent sans se répéter, tandis qu'une foule de nations appelle un verset de honte.

Ben Zoma en tire deux enseignements sur la reconnaissance : les onze travaux d'Adam pour un pain et les cinq pour un vêtement, puis le partage entre le bon hôte et le mauvais hôte. La suite passe aux sages et aux rois, avec une formule différente pour Israël et pour les nations, et la consigne de Rabbi Yo'hanan de courir au-devant des rois.

Deux récits occupent la fin : Rav Chechet, aveugle, qui reconnaît la venue du roi au silence et non au bruit, et Rabbi Chila traduit devant le pouvoir perse, sauvé par le verset « À Toi, Hachem, la grandeur ». Le daf se ferme sur deux lectures de ce verset, celle de Rabbi Chila et celle de Rabbi Akiva.

Ce que l'on voit, ce que l'on dit Deux formules parallèles : halak (Il a partagé) pour Israël, natan (Il a donné) pour les nations Objet vu Israël Nations Une foule okhlossa : pas moins de six cent mille Béni... Sage des secrets Il connaît ce qui est dans le cœur de chacun d'eux (Rachi) Votre mère est couverte de honte Yirmeya 50,12 : la fin des nations est désert et terre aride Des sages hakhmei qui a partagé de Sa sagesse à ceux qui Le craignent qui a donné de Sa sagesse à chair et sang Des rois malkhei qui a partagé de Sa gloire à ceux qui Le craignent qui a donné de Sa gloire à chair et sang Le partage suppose une part qui demeure chez celui qui partage ; le don est achevé dans la main de qui reçoit.
Le tableau des bénédictions du daf : foules, sages et rois, avec la différence constante entre halak (partage) pour Israël et natan (donne) pour les nations.
Rav Chechet reconnaît le roi au silence La royauté de la terre est à l'image de la royauté du ciel Le cortège du roi Eliyahou au Horev (Melakhim I 19) 1re troupe passe : le bruit s'élève Rav Chechet : le roi ne vient pas 2e troupe passe : le bruit s'élève Rav Chechet : le roi ne vient pas 3e troupe passe : le silence se fait Rav Chechet : maintenant le roi vient Le min voit des hommes et se trompe deux fois ; l'aveugle écoute et ne se trompe pas. Un vent grand et fort — pas dans le vent Une secousse — pas dans la secousse Un feu — pas dans le feu Une voix de fin silence kol demama daka Ce que le verset écarte, c'est le fracas ; la venue se reconnaît au silence. Rav Chechet applique au cortège perse la règle qu'il tire du récit du Horev.
Rav Chechet et le min : les trois troupes du cortège lues d'après la révélation d'Eliyahou au Horev, où la venue se marque au silence.
À Toi, Hachem, la grandeur : deux lectures du même verset Divrei haYamim I 29,11 — Rabbi Chila lit une suite d'événements, Rabbi Akiva une suite de fondations Mot du verset Rabbi Chila Rabbi Akiva (baraita) haguedoula L'œuvre de la création L'ouverture de la mer des Joncs vehaguevoura La sortie d'Égypte La plaie des premiers-nés vehatiferet Soleil et lune arrêtés pour Yehochoua Le don de la Torah vehanetsah La chute de Rome Yerouchalayim vehahod La guerre des torrents d'Arnon Le Temple ki khôl bachamayim ouvaarets La guerre de Sissera la baraita s'arrête ici hamamlakha La guerre d'Amalek vehamitnasse La guerre de Gog et Magog lekhol lerosh Même le préposé au réservoir est nommé du Ciel (Rav Hanan bar Rava au nom de Rabbi Yo'hanan) Rabbi Chila lit huit clauses comme huit interventions dans l'histoire ; Rabbi Akiva en lit cinq comme cinq dons faits à Israël.
Les clauses de « À Toi, Hachem, la grandeur » selon Rabbi Chila et selon la baraita au nom de Rabbi Akiva.
1
אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה בֶּן אֶלְעָזָר: נִתְקַלְּלָה בָּבֶל — נִתְקַלְּלוּ שְׁכֵנֶיהָ. נִתְקַלְּלָה שֹׁומְרוֹן — נִתְבָּרְכוּ שְׁכֵנֶיהָ: נִתְקַלְּלָה בָּבֶל — נִתְקַלְּלוּ שְׁכֵנֶיהָ, דִּכְתִיב: ״וְשַׂמְתִּיהָ לְמוֹרַשׁ קִפֹּד וְאַגְמֵי מָיִם״. נִתְקַלְּלָה שֹׁומְרוֹן נִתְבָּרְכוּ שְׁכֵנֶיהָ — דִּכְתִיב: ״וְשַׂמְתִּי שֹׁמְרוֹן לְעִי הַשָּׂדֶה לְמַטָּעֵי כָרֶם וְגוֹ׳״.

Rabbi Yirmeya ben Elazar a dit : Bavel a été maudite, ses voisines ont été maudites ; Chomron a été maudite, ses voisines ont été bénies. Bavel a été maudite, ses voisines ont été maudites, car il est écrit : « J'en ferai une possession du hérisson, et des marécages d'eau. » Chomron a été maudite, ses voisines ont été bénies, car il est écrit : « Je ferai de Chomron un tas de pierres dans le champ, un lieu de plantation de vignes, etc. »

📜 Rachi (2)
נִתְקַלְּלָה בָּבֶל נִתְקַלְּלוּ שְׁכֵנֶיהָ כְּלוֹמַר אוֹי לָרָשָׁע אוֹי לִשְׁכֵנוֹ:
C'est-à-dire : malheur au racha, malheur à son voisin.
קָאַת וְקִפּוֹד חַיּוֹת וְעוֹפוֹת רָעִים וּמַזִּיקִין אֶת הַשְּׁכֵנִים אֲבָל עִי הַשָּׂדֶה וּמַטָּעֵי כֶּרֶם שֶׁנִּתְקַלְּלוּ בָּהּ עָרֵי יִשְׂרָאֵל הֲנָאָה הִיא לִשְׁכֵנִים:
Des bêtes et des oiseaux mauvais, qui nuisent aux voisins. En revanche « un tas de pierres dans le champ » et « un lieu de plantation de vignes », par quoi les villes d'Israël ont été maudites, c'est un profit pour les voisins.
🪔 Ben Yehoyada (1)
נִתְקַלְּלָה בָּבֶל, נִתְקַלְּלוּ שְׁכֵנֶיהָ... דִּכְתִיב: "וְשַׂמְתִּיהָ לְמוֹרַשׁ קִפֹּד וְאַגְמֵי מָיִם". נִרְאֶה לִי בס"ד זֶה הָיָה קְלָלָה לַשְּׁכֵנִים, כִּי אַגְמֵי מַיִם יִתְהַוֶּוה מֵהֶם יַתּוּשִׁין הַרְבֵּה וְגַם עִיפּוּשׁ אֲוִיר וּרְטִיבוּת דְּקָשִׁים לָאָדָם, כִּי יִוָּולֵד מֵהֶם חוֹלְאִים לִסְבִיבוֹת, וְקִלְלַת שִׁימְרֹון בְּרָכָה לִשְׁכֵינֶיהָ לָאו מִשּׁוּם מִטְעֵי כֶּרֶם בִּלְבַד, אֶלָּא גַּם מִן עִי הַשָּׂדֶה, כִּי הָעֲשָׂבִים הַגְּדֵלִים שָׁם טוֹבִים לְמִרְעֶה הַבְּהֵמוֹת שֶׁיִּהְיוּ שְׁמֵנִים, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל שֶׁהָיוּ מְבִיאִים כְּבָשִׂים מֵחֶבְרוֹן מִפְּנֵי שֶׁהִיא טְרָשִׁים.
« Bavel a été maudite, ses voisines ont été maudites... car il est écrit : -- J'en ferai une possession du hérisson, et des marécages d'eau -- » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que ce fut là une malédiction pour les voisines, car les marécages d'eau engendrent quantité de moustiques, ainsi qu'une corruption de l'air et une humidité pénibles à l'homme, dont naissent des maladies pour les alentours. Et la malédiction de Chomron fut une bénédiction pour ses voisines non seulement à cause de la plantation de vignes, mais aussi à cause du « tas de pierres dans le champ » : les herbes qui poussent là sont bonnes au pâturage du bétail, qui en devient gras, comme l'ont dit nos maîtres, de mémoire bénie, que l'on amenait les agneaux de Hevron parce qu'elle est pierreuse.
💡 Explication

Le daf s'ouvre sur une comparaison entre deux villes frappées par la prophétie. La question porte sur le voisinage : la ruine d'une ville rejaillit-elle en mal ou en bien sur ce qui l'entoure ? La réponse tient à la forme que prend la ruine dans le verset. Pour Bavel, Yechayahou annonce des marécages et des animaux nuisibles, c'est-à-dire un lieu qui continue de nuire après sa destruction. Pour Chomron, Mikha annonce un champ de pierres et des vignes, c'est-à-dire un terrain rendu à l'agriculture.

Rachi résume la première moitié par un adage : malheur au racha, malheur à son voisin. Le Ben Yehoyada précise le détail matériel : l'eau stagnante produit moustiques, air corrompu et humidité, donc maladies ; le terrain pierreux, lui, produit l'herbe grasse dont vit le bétail.

🖼️ Schéma
Deux villes maudites, deux effets sur le voisinage Bavel maudite Chomron maudite Possession du hérisson, marécages d'eau Bêtes et oiseaux nuisibles aux voisins (Rachi) Moustiques, air corrompu, humidité (Ben Yehoyada) Tas de pierres au champ, plantation de vignes Un profit pour les voisins (Rachi) Herbe de pâturage sur le terrain pierreux (Ben Yehoyada) Les voisines sont maudites Les voisines sont bénies
Une même malédiction, deux effets opposés sur le voisinage.
2
וְאָמַר רַב הַמְנוּנָא: הָרוֹאֶה אֻוכְלוּסֵי יִשְׂרָאֵל, אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ … חֲכַם הָרָזִים״. אֻוכְלוּסֵי גּוֹיִם, אוֹמֵר: ״בּוּשָׁה אִמְּכֶם וְגוֹ׳״.

Et Rav Hamnouna a dit : celui qui voit des foules d'Israël dit : « Béni... le Sage des secrets. » Des foules de nations, il dit : « Votre mère est couverte de honte, etc. »

📜 Rachi (2)
אֻוכְלוּסֵי חַיִל גָּדוֹל שֶׁל שִׁשִּׁים רִבּוֹא:
Okhlossin : une grande armée de six cent mille.
חֲכַם הָרָזִים הַיּוֹדֵעַ מַה שֶׁבַּלֵּב כָּל אֵלּוּ:
Le Sage des secrets : Celui qui connaît ce qui est dans le cœur de chacun d'eux.
💡 Explication

La bénédiction ne porte pas sur le nombre en tant que tel, mais sur ce que ce nombre rend visible. Rachi fixe le seuil de l'okhlossa à six cent mille, et explique la formule : celui qui bénit reconnaît que Hachem connaît le contenu de chaque cœur dans cette foule. Devant une foule de nations, le verset de Yirmeya sur la honte de la mère remplace la bénédiction.

3
תָּנוּ רַבָּנַן: הָרוֹאֶה אֻוכְלוּסֵי יִשְׂרָאֵל, אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ … חֲכַם הָרָזִים״ — שֶׁאֵין דַּעְתָּם דּוֹמָה זֶה לָזֶה, וְאֵין פַּרְצוּפֵיהֶן דּוֹמִים זֶה לָזֶה. בֶּן זוֹמָא רָאָה אֻוכְלוּסָא עַל גַּב מַעֲלָה בְּהַר הַבַּיִת, אָמַר: ״בָּרוּךְ … חֲכַם הָרָזִים וּבָרוּךְ … שֶׁבָּרָא כָּל אֵלּוּ לְשַׁמְּשֵׁנִי״.

Nos maîtres ont enseigné : celui qui voit des foules d'Israël dit : « Béni... le Sage des secrets », parce que leurs pensées ne se ressemblent pas l'une l'autre et que leurs visages ne se ressemblent pas l'un l'autre. Ben Zoma vit une foule depuis une marche, au mont du Temple.

Il dit : « Béni... le Sage des secrets », et « Béni... qui a créé tous ceux-là pour me servir ».

📜 Rachi (1)
לְשַׁמְּשֵׁנִי שֶׁהֵם חוֹרְשִׁים וְזוֹרְעִים וַאֲנִי מוֹצֵא מוּכָן:
Pour me servir : car ils labourent et ils sèment, et moi je trouve tout prêt.
🪔 Ben Yehoyada (1)
לְפִי שֶׁאֵין דַּעְתָּם דּוֹמוֹת זֶה לָזֶה וְאֵין פַּרְצוּפֵיהֶם דּוֹמוֹת זֶה לָזֶה. נִרְאֶה לִי בס"ד הָא דְּנָקֵיט תַּרְתֵּי דַּעְתָּן וּפַרְצוּפֵיהֶם, מִפְּנֵי שֶׁבְּאֵלּוּ הַשְּׁתַּייִם נִבְדָּל הָאָדָם מִבַּעֲלֵי חַיִּים, הָא' בְּדַעַת וְהַשֵּׂכֶל וְהַב' מִצַּד הַפַּרְצוּף, שֶׁבְּנֵי אָדָם אֵין פַּרְצוּפֵיהֶם שָׁוִים מַה שֶׁאֵין כֵּן בַּעֲלֵי חַיִּים פַּרְצוּפֵיהֶן דּוֹמִין זֶה לָזֶה כָּל מִן בְּמִינוֹ. אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי בס"ד נָקֵיט הָנָךְ תַּרְתֵּי מִפְּנֵי שֶׁבָּהֶם תָּלוּי הַנְהָגַת הָאָדָם בָּעוֹלָם וְעַל יָדָם מִתְקַיֵּים הָעוֹלָם, וְהַייְנוּ בְּנֵי אָדָם שֶׁדַּעְתָּם שָׁוָה לֹא הָיוּ יְכוֹלִים לַעֲשׂוֹת מִינֵי עֵסֶק שֶׁל מִקָּח וּמִמְכָּר, וְהָיוּ כֻּולָּם אוֹהֲבִים עֵסֶק אֶחָד וּמְלָאכָה וּמַאֲכָל אֶחָד, וְאִי אֶפְשָׁר לְהִתְנַהֵג הָעוֹלָם בְּכָךְ, וְכָךְ בִּלְתִּי שִׁינּוּי הַפַּרְצוּפִים אֵין הָעוֹלָם מִתְקַייֵּם, שֶׁאִם דּוֹמִין זֶה לָזֶה הָיָה רְאוּבֵן בָּא עַל אֵשֶׁת שִׁמְעוֹן וְכֹל לְהֵפֶךְ, וּרְאוּבֵן לוֹקֵחַ נַחֲלַת שִׁמְעוֹן וְכֵן לְהֵפֶךְ, וְכֵן עַל זֶה הַדֶּרֶךְ מֵאַחַר דְּאֵין נִיכָּרִים וְאֵין מֻובְדָּלִים זֶה מִזֶּה, לְכָךְ נָקֵיט הָנֵי תַּרְתֵּי בְּאִכְלוּסָא שֶׁהֵם רִבּוּי עַם, כִּי עַל יְדֵי שְׁתַּיִים אֵלֶּה מִתְקַייֵּם רִבּוּי עַם בָּזֶה בָּעוֹלָם וְהָא דִּמְבָרֵךְ חֲכַם הָרָזִים הַייְנוּ דְּמֵ"ם שֶׁל מנצפ"ך חֶשְׁבּוֹנָהּ ת"ר, [חֶשְׁבּוֹן אוֹתִיּוֹת מנצפ"ך הַנִּזְכָּר בספה"ק יָדוּעַ בְּכָל סִפְרֵי הַקַּבָּלָה כִּי אוֹתִיּוֹת מנצפ"ך מִנְיָינָם כָּךְ:כ' פְּשׁוּטָה הוּא ת"ק 500 מ' מְרֻובַּעַת הוּא ת"ר 600 נ' פְּשׁוּטָה הוּא ת"ש 700 פ' פְּשׁוּטָה הוּא ת"ת 800 צ' פְּשׁוּטָה הוּא תת"ק 900] וְאַכְלוּסָא הִיא ת"ר אֶלֶף, וְזֶהוּ רָזֵי מ', אוֹ ה' רָזִים כִּי חֲמִשָּׁה חֲלָקִים שֶׁל נרנח"י [נֶפֶשׁ רוּחַ נְשָׁמָה חַיָּה יְחִידָה] לֹא זָכוּ בָּהֶם אֶלָּא רַק יִשְׂרָאֵל וְהֵם חֲמִשָּׁה רָזִים, וּמַה שֶׁאָמְרוּ בָּרוּךְ שֶׁבָּרָא כָּל אֵלּוּ לְשַׁמְּשֵׁנִי, אֵין דְּבָרִים אֵלּוּ שֶׁל יֻוהֲרָא חָס וְחָלִילָה, אֶלָּא כְּדֵי לְעוֹרֵר מוּסָר בִּלְבָבוֹ לוֹמַר בָּרָא כָּל אֵלּוּ לְשַׁמְּשֵׁנִי, כְּדֵי שֶׁאֶהְיֶה עוֹסֵק בַּתּוֹרָה יוֹמָם וְלֵיהּ וְלֹא אֶצְטָרֵךְ לַעֲסֹוק בְּעֵסֶק הַגַּשְׁמִי אֲנִי בְּעַצְמִי, וְעַל כֵּן כַּמָּה אֲנִי מְחֻוייָּב עַתָּה לְהִזָּהֵר מִן בִּיטּוּל תּוֹרָה וּמִן הִתְרַשְּׁלוּת, וְלָכֵן סִייֵּם כַּמָּה יְגִיעוֹת יָגַע אָדָם הָרִאשׁוֹן וְכוּ', וַאֲנִי עָשָׂה עִמִּי הקב"ה חֶסֶד גָּדוֹל יוֹתֵר מֵאָדָם הָרִאשׁוֹן, שֶׁאֲנִי מוֹצֵא הַכֹּל מוּכָן לִפְנֵי, וּלְכָךְ וַדַּאי אֲנִי מְחֻוייָּב הַרְבֵּה לְהִזְדָּרֵז בַּתּוֹרָה, וְאוֹמְרוֹ חָרַשׁ וְזָרַע וְקָצַר מָנָה כָּאן י"א מְלָאכוֹת עַד שֶׁיִּהְיֶה פַּת רָאוּי לַאֲכִילָה כְּמִנְיַן ו"ה [11] שֶׁבְּשֵׁם הוי"ה שֶׁהֵם סוֹד, וּבִמְלָאכוֹת יִהְיֶה הַבֵּירוּר הַשַּׁייָּךְ לְתִפְאֶרֶת וּמַלְכוּת שֶׁהֵם זו"ן, גַּם מָנֶה י"א כְּמִנְיַן ו"ה שֶׁהוּא לְשׁוֹן 'שִׂמְחָה', כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִ"לִ בֵּין ו"י לז"ה נִיצּוֹל רַ' יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי רָמַז בָּזֶה אַף עַל פִּי שֶׁאָדָם יָגֵעַ בִּמְלָאכוֹת אֵלּוּ צָרִיךְ לַעֲשׂוֹתָם בְּשִׂמְחָה, וְלָזֶה אָמַר (קֹהֶלֶת ט' ז') לֵךְ אֱכֹל בְּשִׂמְחָה לַחְמֶךָ, וְנָקֵיט שְׁנֵי מִינֵי יְגִיעוֹת א' עַל הַלֶּחֶם וְא' עַל הַלְּבוּשׁ, כְּמוֹ שֶׁאָמַר יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה (בְּרֵאשִׁית כח, כ) וְנָתַן לִי לֶחֶם לֶאֱכֹל וּבֶגֶד לִלְבֹּשׁ.
« Parce que leurs pensées ne se ressemblent pas l'une l'autre et que leurs visages ne se ressemblent pas l'un l'autre. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que s'il retient ces deux choses, la pensée et le visage, c'est parce que par elles deux l'homme se distingue des animaux : d'abord par la connaissance et l'intelligence, ensuite du côté du visage, car les visages des hommes ne sont pas semblables, tandis que chez les animaux les visages se ressemblent l'un l'autre, chaque espèce selon son espèce. On peut dire aussi, il me semble avec l'aide du Ciel, qu'il retient ces deux choses parce que d'elles dépend la conduite de l'homme dans le monde et que par elles le monde subsiste. En effet, si les hommes avaient tous la même pensée, ils ne pourraient exercer les diverses sortes d'affaires, d'achat et de vente : tous aimeraient une seule occupation, un seul métier, un seul aliment, et il serait impossible de conduire le monde ainsi. De même, sans la différence des visages le monde ne subsisterait pas, car s'ils se ressemblaient l'un l'autre, Reouven irait vers la femme de Chimon et inversement, Reouven prendrait l'héritage de Chimon et inversement, et ainsi de suite, puisqu'ils ne seraient ni reconnaissables ni distincts l'un de l'autre. C'est pourquoi il retient ces deux choses à propos de l'okhlossa, qui est une multitude, car par ces deux-là une telle multitude subsiste dans le monde. Quant à la bénédiction « Sage des secrets » : le mem final de mantspakh vaut six cents [le compte des lettres mantspakh mentionné dans les livres saints est connu de tous les livres de kabbale : kaf final vaut 500, mem final 600, noun final 700, peh final 800, tsadi final 900], et l'okhlossa est de six cent mille ; voilà les secrets du mem. Ou bien : cinq secrets, car les cinq parties de naran'hay [nefech, roua'h, nechama, haya, ye'hida] n'ont été acquises que par Israël, et ce sont cinq secrets. Et ce qu'il a dit, « Béni... qui a créé tous ceux-là pour me servir », ces paroles ne relèvent pas de l'orgueil, à D.ieu ne plaise, mais servent à éveiller la remontrance dans son cœur, en disant : Il a créé tous ceux-là pour me servir, afin que je m'occupe de Torah jour et nuit et que je n'aie pas à m'occuper moi-même des affaires matérielles ; combien donc suis-je tenu maintenant de me garder de l'oisiveté à l'égard de la Torah et de la négligence. C'est pourquoi il conclut par « combien de peines à peinées Adam le premier homme », etc. : le Saint béni soit-Il a usé envers moi d'une bonté plus grande qu'envers Adam le premier homme, puisque je trouve tout prêt devant moi, et certes je suis tenu de me hâter beaucoup dans la Torah. Lorsqu'il dit « il a labouré, semé, moissonné », il compte ici onze travaux jusqu'à ce que le pain soit propre à la consommation, comme le compte de vav-hé [11] dans le Nom Havaya, qui est un sod ; et dans ces travaux se fait le birour qui appartient à tiferet et malkhout, lesquelles sont zo'n. De plus, le compte onze est comme vav-hé, qui est aussi un terme de joie, ainsi que l'ont dit nos maîtres de mémoire bénie : « entre voy et ze fut sauvé Rabban Yo'hanan ben Zakkai ». Il est fait allusion par là que, même si l'homme peine dans ces travaux, il doit les accomplir avec joie, et c'est ce qui est dit : « va, mange ton pain avec joie » (Kohelet 9,7). Il retient deux sortes de peines, l'une pour le pain et l'autre pour le vêtement, comme l'a dit Yaakov notre père, que la paix soit sur lui : « et qu'Il me donne du pain à manger et un vêtement à porter » (Berechit 28,20).
💡 Explication

La baraita donne la raison de la formule : dans une foule de six cent mille, ni les pensées ni les visages ne se répètent. La bénédiction porte donc sur une connaissance qui atteint chaque intérieur séparément, ce que le mot razim (secrets) désigne.

Ben Zoma ajoute une seconde bénédiction, qui devient le point de départ des deux enseignements suivants. Rachi en donne le sens simple : les autres travaillent la terre, et lui trouve le résultat prêt. Le Ben Yehoyada tient à écarter la lecture orgueilleuse : la formule sert à se rappeler la dette et l'obligation d'étude qui en découle.

4
הוּא הָיָה אוֹמֵר: כַּמָּה יְגִיעוֹת יָגַע אָדָם הָרִאשׁוֹן עַד שֶׁמָּצָא פַּת לֶאֱכוֹל: חָרַשׁ, וְזָרַע, וְקָצַר, וְעִמֵּר, וְדָשׁ, וְזָרָה, וּבֵרֵר, וְטָחַן, וְהִרְקִיד, וְלָשׁ, וְאָפָה, וְאַחַר כָּךְ אָכַל. וַאֲנִי מַשְׁכִּים וּמוֹצֵא כָּל אֵלּוּ מְתֻוקָּנִין לְפָנַי. וְכַמָּה יְגִיעוֹת יָגַע אָדָם הָרִאשׁוֹן עַד שֶׁמָּצָא בֶּגֶד לִלְבּוֹשׁ: גָּזַז, וְלָבָן, וְנִפֵּץ, וְטָוָה, וְאָרַג, וְאַחַר כָּךְ מָצָא בֶּגֶד לִלְבּוֹשׁ, וַאֲנִי מַשְׁכִּים וּמוֹצֵא כָּל אֵלֶּה מְתֻוקָּנִים לְפָנַי. כָּל אֻומּוֹת שׁוֹקְדוֹת וּבָאוֹת לְפֶתַח בֵּיתִי, וַאֲנִי מַשְׁכִּים וּמוֹצֵא כָּל אֵלּוּ לְפָנַי.

Il avait coutume de dire : combien de peines à peinées Adam le premier homme avant de trouver du pain à manger : il a labouré, semé, moissonné, mis en gerbes, battu, vanné, trié, moulu, tamisé, pétri, cuit, et ensuite il a mangé. Et moi, je me lève au matin et je trouve tout cela préparé devant moi.

Et combien de peines à peinées Adam le premier homme avant de trouver un vêtement à porter : il a tondu, blanchi, cardé, filé, tissé, et ensuite il a trouvé un vêtement à porter. Et moi, je me lève au matin et je trouve tout cela préparé devant moi.

Toutes les nations s'empressent et viennent à la porte de ma maison, et moi je me lève au matin et je trouve tout cela devant moi.

📜 Rachi (1)
כָּל אֻומּוֹת שׁוֹקְדוֹת וּבָאוֹת לְפִתְחֵי עָשִׁיר הָיָה וְהַכֹּל בָּאִין אֶצְלוֹ לִסְחוֹרָה:
Toutes les nations s'empressent et viennent à ma porte : il était riche, et tous venaient chez lui pour le commerce.
💡 Explication

Ben Zoma décompose la chaîne du travail pour rendre sensible ce que recouvre un pain posé sur la table. Les onze opérations vont du labour à la cuisson, les cinq de la tonte au tissage. Le raisonnement repose sur la division du travail : ce qu'un seul homme devait faire entièrement, une société le répartit, de sorte que chacun reçoit le résultat de tous.

Rachi ajoute une donnée biographique qui explique la dernière phrase : Ben Zoma était riche, et les marchands venaient à sa porte.

🖼️ Schéma
Ce qu'Adam a dû faire, ce que Ben Zoma trouve déjà fait Le pain : onze travaux labouré semé moissonné met en gerbes bat vanné trié moud tamisé pétrit cuit et il mangea Le vêtement : cinq travaux tond blanchit cardé filé tissé un vêtement Et moi, je me lève au matin et je trouve tout cela préparé devant moi Ben Zoma était riche et tous venaient chez lui pour le commerce (Rachi)
Les onze travaux du pain et les cinq du vêtement, et ce que Ben Zoma trouve déjà fait au matin.
5
הוּא הָיָה אוֹמֵר: אוֹרֵחַ טוֹב מַהוּ אוֹמֵר? — כַּמָּה טְרָחוֹת טָרַח בַּעַל הַבַּיִת בִּשְׁבִילִי, כַּמָּה בָּשָׂר הֵבִיא לְפָנַי, כַּמָּה יַיִן הֵבִיא לְפָנַי, כַּמָּה גְּלוּסְקָאוֹת הֵבִיא לְפָנַי, וְכָל מַה שֶׁטָּרַח — לֹא טָרַח אֶלָּא בִּשְׁבִילִי. אֲבָל אוֹרֵחַ רַע מַהוּ אוֹמֵר? — מַה טֹּורַח טָרַח בַּעַל הַבַּיִת זֶה? פַּת אַחַת אָכַלְתִּי, חֲתִיכָה אַחַת אָכַלְתִּי, כּוֹס אֶחָד שָׁתִיתִי, כָּל טֹורַח שֶׁטָּרַח בַּעַל הַבַּיִת זֶה — לֹא טָרַח אֶלָּא בִּשְׁבִיל אִשְׁתּוֹ וּבָנָיו.

Il avait coutume de dire : le bon hôte, que dit-il ? Combien de peines à prises le maître de maison pour moi, combien de viande il a apportée devant moi, combien de vin il a apporté devant moi, combien de pains fins il a apportés devant moi ; et tout ce qu'il a peiné, il ne l'a peiné que pour moi.

Le mauvais hôte, en revanche, que dit-il ? Quelle peine à donc prise ce maître de maison ?

J'ai mangé un seul pain, j'ai mangé un seul morceau, j'ai bu une seule coupe ; toute la peine qu'a prise ce maître de maison, il ne l'a prise que pour sa femme et ses enfants.

🪔 Ben Yehoyada (1)
כַּמָּה יַיִן הֵבִיא לְפָנַי. קַשָּׁא אַמַּאי נָקֵיט לִפְנֵי בְּכָל חֲדָא וַחֲדָא, וְעוֹד כֵּיוָן דְּאָמַר כַּמָּה טָרַח לֹא צָרִיךְ לְמֵימַר לִפְנֵי כְּלָל, וְעוֹד קְשָׁא בְּאֹורַח רַע, מִמַּא נַפְשָׁךְ אִם בֶּאֱמֶת לֹא הֵבִיא בַּעַל הַבַּיִת לָמָּה יֶאְשַׁם הָאוֹרֵחַ, כָּל כָּךְ לְקָרְאוֹ רַע וַהֲלֹא אֱמֶת מְדַבֵּר, וְאִם בַּעַל הַבַּיִת הֵבִיא אֵיךְ יְשַׁקֵּר הָאוֹרֵחַ לוֹמַר שֶׁלֹּא הֵבִיא, לֹא יִמָּצֵא בָּעוֹלָם כָּפוּי טוֹבָה כָּזֶה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַעֲשֶׂה שֶׁהָיָה בְּאֶחָד עָשִׁיר וְקַמְּצָן אֶחָד וְהָיָה שֻׁלְחָנוֹ גָּדוֹל וְרָחָב הַרְבֵּה, וְעַל עַצְמוֹ וְעַל אִשְׁתּוֹ וּבָנָיו לֹא הָיָה צַר עַיִן וְהָיָה מְמַלֵּא שֻׁולְחָנוֹ מִפַּת וְכַמָּה קְעָרוֹת שֶׁל מִינֵי תַּבְשִׁילִין שֶׁל בָּשָׂר, אַךְ כְּשֶׁהָיָה מִזְדַּמֵּן אֶצְלוֹ אוֹרֵחַ בְּאֵיזֶה הֶכְרֵחַ הָיָה יוֹשֵׁב הוּא וְהָאוֹרֵחַ בְּצַד אֶחָד שֶׁל הַשֻּׁולְחָן, וְאִשְׁתּוֹ וּבָנָיו מִצַּד הַשֵּׁנִי שֶׁכְּנֶגְדּוֹ וְהָיָה מַנִּיחַ כָּל מִינֵי תַּבְשִׁילִין שֶׁל בָּשָׂר בַּצַּד שֶׁכְּנֶגְדּוֹ לִפְנֵי אִשְׁתּוֹ וּבָנָיו, אַךְ לְפָנָיו וְלִפְנֵי הָאוֹרֵחַ הָיָה מַנִּיחַ קְעָרוֹת תַּבְשִׁילִין שֶׁל יְרָקוֹת וּפוֹל בְּלֹא בָּשָׂר, וְכֵן פַּת לֹא יַנִּיחַ אֶלָּא שְׁנֵי פְּרוּסוֹת לִפְנֵי הָאוֹרֵחַ וּלְפָנָיו, אֲבָל בְּצַד שֶׁכְּנֶגְדָּן לִפְנֵי אִשְׁתּוֹ וּבָנָיו מַנִּיחַ פַּת הַרְבֵּה בְּשׁוֹפֵעַ, וְכַוָּנָתוֹ בָּזֶה כְּדֵי שֶׁהָאוֹרֵחַ לֹא יֹאכַל אֶלָּא פְּרוּסָה קְטַנָּה שֶׁל פַּת וְתַבְשִׁיל שֶׁל יְרָקוֹת וּפוֹל בִּלְבַד, כִּי מֵחֲמַת שֶׁהַשֻּׁלְחָן רָחָב הַרְבֵּה אִי אֶפְשָׁר לָאוֹרֵחַ לְהוֹשִׁיט יָדוֹ מִצִּידּוֹ לַצַּד הַב' שֶׁל הָאִשָּׁה וּבָנִים לִיקַּח מִשָּׁם חֲתִיכַת בָּשָׂר אוֹ פַּת, כִּי צָרִיךְ אָז לַעֲמֹוד מָלֵא קוֹמָתוֹ וּלְהִשְׁתַּטֵּחַ עַל הַשֻּׁלְחָן עַד שֶׁתַּגִּיעַ יָדוֹ לְשָׁם, וְכָזֹאת יֵבוֹשׁ הָאוֹרֵחַ לַעֲשׂוֹת. וְהִנֵּה פַּעַם אַחַת נִזְדַּמֵּן אֶצְלוֹ אוֹרֵחַ פִּיקֵּחַ, מֶה עָשָׂה אוֹתוֹ אוֹרֵחַ אַחַר שֶׁאָכַל פְּרוּסַת הַפַּת הַקְּטַנָּה שֶׁיֵּשׁ לְפָנָיו הִתְחִיל לְסַפֵּר לְבַעַל הַבַּיִת מַעֲשֵׂה פְּלָאוֹת אֲשֶׁר הַשּׁוֹמֵעַ לֹא יַאֲמִין שֶׁכָּךְ נַעֲשָׂה בָּעוֹלָם, וַיֹּאמֶר לוֹ הַבַּעַל הַבַּיִת אֵינִי מַאֲמִין לִדְבָרִים אֵלֶּה כִּי זֶה הוּא דְּבַר פֶּלֶא, וְעָשָׂה הָאוֹרֵחַ עַצְמוֹ כְּאִלּוּ הוּא מִתְכַּעֵס עַל אֲשֶׁר לֹא הֶאֱמִין לִדְבָרָיו, וְרָצָה לָתֵת אָמֵן לִדְבָרָיו בִּשְׁבוּעָה, וְיַעֲמוֹד עַל רַגְלָיו וְיַחְטֹוף כִּכָּר שָׁלֵם מִלִּפְנֵי הָאִשָּׁה וְהַבָּנִים שֶׁהֵם בַּצַּד הַשֵּׁנִי וְיִשָּׁבַע בַּפַּת הַהוּא שֶׁבְּיָדוֹ שֶׁהַדְּבָרִים שֶׁסִּיפֵּר הֵם אֱמֶת, שֶׁכֵּן דַּרְכָּן שֶׁל בְּנֵי אָדָם לְהִשָּׁבַע בְּלֶחֶם וְדָגָן וְכַיּוֹצֵא מִמְּחִייַּת הַבְּרִיּוֹת, וְכֵיוָן שֶׁלָּקַח הַכִּכָּר בְּיָדוֹ לְהִשָּׁבַע בּוֹ הִנִּיחוֹ לְפָנָיו וְלֹא הֶחֱזִירוֹ לִמְקוֹמוֹ וְאָז אָכַל מִמֶּנּוּ, אַחַר כָּךְ סִיפֵּר מַעֲשֶׂה אַחֶרֶת וְגִלְגֵּל בָּהּ דְּבָרִים שֶׁהֻוצְרַךְ לַעֲשׂוֹת בְּאוֹתָם הַדְּבָרִים אֵיזֶה דִּמְיוֹן לִקְעָרָה גְּדוֹלָה, וְעַל יְדֵי כֵּן קָם וְעָמַד וְלָקַח קְעָרָה גְּדוֹלָה שֶׁל הַבָּשָׂר מִלִּפְנֵי הָאִשָּׁה וְהַבָּנִים, וְאָחַז אוֹתָהּ בְּיָדוֹ כְּדֵי לְדַמּוֹת בָּהּ אֵיזֶה דָּבָר אֲשֶׁר מַזְכִּיר בְּאוֹתָהּ הַמַּעֲשֶׂה, וְכֵיוָן שֶׁאֲחָזָהּ בְּיָדוֹ וְדִבֵּר בָּהּ אֵיזֶה דְּבָרִים שֶׁל אוֹתָהּ מַעֲשֶׂה אָז הִנִּיחָהּ לְפָנָיו, וּמִמֵּילָא אָכַל בָּשָׂר מִמֶּנָּה כִּי בּוֹשָׁה לָהֶם לַהֲסִירָהּ מִלְּפָנָיו וּלְהַחֲזִירָהּ לִמְקוֹמָהּ עַד כָּאן. נִמְצָא לְפִי זֶה הַמַּעֲשֶׂה הַנִּזְכָּר יֵשׁ בַּעַל הַבַּיִת שֶׁמֵּבִיא עַל שֻׁולְחָנוֹ בָּשָׂר וְדָגִים וְיַיִן וְלֶחֶם הַרְבֵּה אַךְ אֵינוֹ מַנִּיחָם לִפְנֵי הָאוֹרֵחַ, אֶלָּא מַנִּיחָם רָחוֹק מִמֶּנּוּ לִבְנֵי אִשְׁתּוֹ וּבָנָיו, בְּאֹופֶן שֶׁאֵין הָאוֹרֵחַ יָכוֹל לְהוֹשִׁיט יָדוֹ כְּדֶרֶךְ כָּל הָאָרֶץ לֶאֱכֹול מִכָּל זֶה כְּלוּם, וְעַל זֶה הָאוֹרֵחַ הַטּוֹב שֶׁבָּא לְסַפֵּר בְּשֶׁבַח בַּעַל הַבַּיִת לֹא הִסְפִּיק לוֹ לֵאמֹר הֵבִיא יַיִן וּבָשָׂר וּגְלִסְקָאוֹת בִּסְתָם, כִּי הַשּׁוֹמֵעַ אֶפְשָׁר שֶׁיֹּאמַר שֶׁזֶּה הַבַּעַל הַבַּיִת עָשָׂה כְּמַעֲשֵׂה אוֹתוֹ בַּעַל הַבַּיִת שֶׁסִּפַּרְנוּ בַּמַּעֲשֶׂה הַנִּזְכָּר, לְכָךְ הֻוצְרַךְ לְפָרֵשׁ וְלוֹמַר הֵבִיא לְפָנַי בְּכָל חֲדָא וַחֲדָא, אֲבָל אֹורַח רַע אִם יֹאמַר לֹא הֵבִיא כְּלוּם הֲרֵי זֶה מְשַׁקֵּר לְהֶדְיָא, אֶלָּא אוֹמֵר מָה הֵבִיא לוֹ לְעַצְמִי עַל הַשֻּׁלְחָן, הֵן אֱמֶת שֶׁהֵבִיא עַל הַשֻּׁלְחָן הַכֹּל הוּא לְאִשְׁתּוֹ וּבָנָיו, כְּדֵי שֶׁהַשּׁוֹמֵעַ יָבִין שֶׁעָשָׂה בַּעַל הַבַּיִת כְּמוֹ אוֹתוֹ בַּעַל הַבַּיִת שֶׁל הַמַּעֲשֶׂה הַהִיא, שֶׁהֵבִיא הַרְבֵּה עַל הַשֻּׁלְחָן, אַךְ הֶחָשׁוּב וְהָרִבּוּי הִנִּיחוֹ לִפְנֵי אִשְׁתּוֹ וּבָנָיו, שֶׁאֵין יַד הָאוֹרֵחַ מַגַּעַת אֵלָיו.
« Combien de vin il a apporté devant moi. » Il y a une difficulté : pourquoi dit-il « devant moi » à chaque fois ? De plus, puisqu'il a déjà dit « combien il a peiné », il n'y avait aucun besoin de dire « devant moi ». Et il y a encore une difficulté sur le mauvais hôte : de toute façon, si en vérité le maître de maison n'a rien apporté, en quoi l'hôte serait-il coupable au point d'être appelé mauvais, puisqu'il dit la vérité ? Et si le maître de maison a apporté, comment l'hôte mentirait-il en disant qu'il n'a pas apporté ? On ne trouverait pas au monde un ingrat pareil. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la réponse tient à une histoire arrivée à un homme riche et avare, dont la table était grande et fort large. Envers lui-même, sa femme et ses enfants, il n'avait pas l'œil mauvais, et il remplissait sa table de pain et de plusieurs plats de mets de viande. Mais lorsqu'un hôte se trouvait chez lui par quelque nécessité, il s'asseyait avec l'hôte d'un côté de la table, sa femme et ses enfants du côté opposé, et il posait toutes les sortes de mets de viande du côté d'en face, devant sa femme et ses enfants ; devant lui et devant l'hôte il posait des plats de légumes et de fèves sans viande. De même pour le pain : il n'en posait que deux tranches devant l'hôte et devant lui, tandis que du côté opposé, devant sa femme et ses enfants, il en posait en abondance. Son intention était que l'hôte ne mange qu'une petite tranche de pain et un plat de légumes et de fèves, car la table étant très large, l'hôte ne pouvait tendre la main de son côté vers le second côté, celui de la femme et des enfants, pour y prendre un morceau de viande ou de pain : il lui aurait fallu se dresser de toute sa hauteur et s'étendre sur la table pour que sa main y parvienne, et l'hôte aurait honte d'agir ainsi. Or il arriva une fois qu'un hôte avisé se trouva chez lui. Que fit cet hôte ? Après avoir mangé la petite tranche de pain posée devant lui, il se mit à raconter au maître de maison une histoire prodigieuse, telle que celui qui l'entend ne croit pas que pareille chose se fasse au monde. Le maître de maison lui dit : je ne crois pas ces paroles, car c'est chose prodigieuse. L'hôte fit comme s'il se fâchait de ce qu'on n'ajoutait pas foi à ses paroles, et voulut les confirmer par un serment. Il se dressa sur ses pieds, saisit une miche entière devant la femme et les enfants, qui étaient de l'autre côté, et jura par ce pain qu'il tenait à la main que les choses racontées étaient vraies — car telle est la manière des hommes, de jurer par le pain, le grain et ce qui fait la subsistance des créatures. Et puisque il avait pris la miche en main pour y jurer, il la posa devant lui et ne la remit pas à sa place, et il en mangea. Ensuite il raconta une autre histoire et y amena les choses de telle sorte qu'il eût besoin, pour ces choses-là, de quelque comparaison avec un grand plat ; par ce moyen il se leva, prit le grand plat de viande devant la femme et les enfants, et le tint en main afin d'y comparer quelque détail mentionné dans cette histoire ; et puisqu'il le tenait en main et y rattachait quelques paroles de cette histoire, il le posa devant lui, et de la sorte il en mangea de la viande, car ils avaient honte de l'ôter de devant lui et de le remettre à sa place. Fin. Il ressort donc de cette histoire qu'il y a un maître de maison qui apporte sur sa table de la viande, du poisson, du vin et du pain en quantité, mais ne les pose pas devant l'hôte : il les pose loin de lui, du côté de sa femme et de ses enfants, de sorte que l'hôte ne peut tendre la main à la manière de tous pour manger quoi que ce soit de tout cela. C'est pourquoi le bon hôte, qui vient dire la louange du maître de maison, ne pouvait se contenter de dire qu'il a apporté du vin, de la viande et des pains fins sans plus, car celui qui entend pourrait dire que ce maître de maison a agi comme celui de l'histoire rapportée ; il lui a donc fallu préciser et dire « il a apporté devant moi » à chaque fois. Le mauvais hôte, en revanche, s'il disait qu'il n'a rien apporté, ce serait un mensonge manifeste ; il dit donc : qu'a-t-il apporte pour moi-même sur la table ? Il est vrai qu'il a tout apporté sur la table, mais pour sa femme et ses enfants — afin que celui qui l'entend comprenne que ce maître de maison a fait comme celui de cette histoire, qui apportait beaucoup sur la table, mais posait le meilleur et l'abondant devant sa femme et ses enfants, la où la main de l'hôte n'atteint pas.
💡 Explication

Ben Zoma passe de la dette envers la société entière à la dette envers un seul homme. Les deux hôtes assistent au même repas ; leur différence tient à ce qu'ils comptent. Le bon hôte compte la peine prise par l'hôte qui reçoit ; le mauvais hôte compte la quantité consommée par lui-même, et en conclut que la peine visait quelqu'un d'autre.

Le Ben Yehoyada s'arrête sur la répétition de l'expression « devant moi ». Il l'explique par un cas où de la nourriture est bien posée sur la table mais placée hors de portée de l'hôte, de sorte que la louange doit préciser que ce qui fut apporté fut apporté à sa portée.

🖼️ Schéma
Le bon hôte et le mauvais hôte : la même table, deux comptes Le bon hôte Le mauvais hôte Combien de peines à prises le maître de maison pour moi Combien de viande, de vin, de pains il a apportés devant moi Chaque fois : devant moi Tout ce qu'il a peiné, pour moi Verset : souviens-toi d'exalter son œuvre Quelle peine à donc prise ce maître de maison Un pain, un morceau, une coupe : voilà tout ce que j'ai eu Il compte ce qu'il a reçu, non ce qui fut fait Il a peiné pour sa femme et ses enfants Verset : c'est pourquoi les hommes le craignent Le partage tient au regard porte sur la même table, avant tout compte de ce qui fut mangé.
Le bon hôte et le mauvais hôte devant une même table.
6
עַל אוֹרֵחַ טוֹב מַהוּ אוֹמֵר? — ״זְכֹר כִּי תַשְׂגִּיא פָעֳלוֹ אֲשֶׁר שֹׁרְרוּ אֲנָשִׁים״. עַל אוֹרֵחַ רַע כְּתִיב: ״לָכֵן יְרֵאוּהוּ אֲנָשִׁים וְגוֹ׳״.

Au sujet du bon hôte, que dit-on ? « Souviens-toi d'exalter son œuvre, que les hommes ont chantée. » Au sujet du mauvais hôte il est écrit : « C'est pourquoi les hommes le craignent, etc. »

🪔 Ben Yehoyada (1)
עַל אוֹרֵחַ טוֹב מַהוּ אוֹמֵר זְכֹר כִּי תַשְׂגִּיא פָעֳלוֹ אֲשֶׁר שֹׁרְרוּ אֲנָשִׁים. פֵּירֵשׁ תַּשְׂגִּיא פָּעוּל שֶׁל הקב"ה שֶׁתַּגְדִּיל וּתְרוֹמֵם פָּעֳולוֹ הַטּוֹב אֲשֶׁר עָשָׂה עִמְּךָ, עַל כֵּן שׁוֹרְרוּ אֲנָשִׁים כִּי גַּם הָאֲנָשִׁים כָּל אָדָם עִם חֲבֵירוֹ מִנְהָגָם לְשׁוֹרֵר וּלְפָאֵר כָּל אֶחָד אֶת פּוֹעֵל חֲבֵירוֹ, וְכָל שֶׁכֵּן מַה שֶׁבֵּינְךָ לְבֵין הַמָּקוֹם שֶׁלֹּא תִּהְיֶה כָּפוּי טוֹבָה, אֶלָּא תּוֹדָה בִּטְבוּתוֹ שֶׁל מָקוֹם וְתַגְדִּיל וּתְרוֹמֵם אוֹתָהּ
« Au sujet du bon hôte, que dit-on ? -- Souviens-toi d'exalter Son œuvre, que les hommes ont chantée -- » Explication : que tu grandisses et élèves l'œuvre bonne du Saint béni soit-Il, qu'Il a faite avec toi ; c'est pourquoi « les hommes ont chanté », car les hommes eux-mêmes, chacun avec son compagnon, ont coutume de chanter et de glorifier chacun l'œuvre de son compagnon ; à plus forte raison pour ce qui est entre toi et le Lieu : ne sois pas ingrat, mais reconnais la bonté du Lieu, grandis-la et élève-la.
💡 Explication

Les deux versets de Iyov servent ici de sentences sur les deux attitudes. Le premier commande de se souvenir et d'exalter l'œuvre d'un autre ; le second décrit un homme que l'on craint et qui ne regarde aucun sage de cœur. Le Ben Yehoyada tire du premier un raisonnement de kal va-homer : si l'usage entre hommes est de louer l'œuvre de son prochain, la reconnaissance envers Hachem l'exige à plus forte raison.

7
״וְהָאִישׁ בִּימֵי שָׁאוּל זָקֵן בָּא בַאֲנָשִׁים״. אָמַר רָבָא, וְאִיתֵּימָא רַב זִבֵּיד, וְאִיתֵּימָא רַב אוֹשַׁעְיָא: זֶה יִשַׁי אֲבִי דָּוִד שֶׁיָּצָא בְּאֻוכְלוּסָא, וְנִכְנַס בְּאוֹכְלוֹסָא, וְדָרַשׁ בְּאוֹכְלוֹסָא. אָמַר עֻולָּא: נְקִיטִינַן אֵין אֻוכְלוּסָא בְּבָבֶל. תַּנָּא: אֵין אֻוכְלוּסָא פְּחוּתָה מִשִּׁשִּׁים רִבּוֹא.

« Et l'homme, aux jours de Chaoul, était vieux, venu parmi les hommes. » Rava a dit, et certains disent Rav Zvid, et certains disent Rav Ochaya : c'est Yichai, père de David, qui sortait avec une foule, entrait avec une foule et enseignait devant une foule. Oulla a dit : nous tenons qu'il n'y a pas de foule à Bavel.

Un tanna a enseigné : une foule est d'au moins six cent mille.

🪔 Ben Yehoyada (1)
יָצָא בְּאֻכְלוּסָא וְנִכְנַס בְּאֻכְלוּסָא. נִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה יָצָא לְמִלְחָמָה רֹאשׁ וְשַׂר לְשִׁשִּׁים רִבּוֹא, וְהִצְלִיחַ שֶׁלֹּא נִפְקַד מֵהֶם אִישׁ, אֶלָּא גַּם בַּחֲזָרָתוֹ מִן הַמִּלְחָמָה נִכְנַס בְּאוֹכְלוֹסָא הֵם אוֹתָם שֶׁיָּצָא עִמָּהֶם, וְעוֹד לוֹ מַעֲלָה שֶׁדָּרַשׁ בְּדִבְרֵי תּוֹרָה בְּאוֹכְלוֹסָא שֶׁהֵם רִבּוּי עַם הַרְבֵּה, שֶׁיֵּשׁ בָּהֶם חֲכָמִים בְּוַדַּאי וְלֹא נִמְצָא מִי שֶׁיָּבֹא לִטְעוֹן אֵיזֶה פִּיקְפּוּק בְּדִבְרֵי תּוֹרָה שֶׁדָּרַשׁ בָּהֶם, וְנִרְאֶה לִי נִרְמַז זֶה בְּתֵיבַת אֲנָשִׁים, כִּי אוֹת מֵ"ם דמנצפ"ך מִסְפָּרָהּ ת"ר, וְאִם כֵּן קָרֵי בָּהּ אַנְשֵׁי מֵ"ם רְצוֹנוֹ לוֹמַר אַנְשֵׁי ת"ר, כִּי הָאוֹכְלוֹסָא הִיא ת"ר אֶלֶף.
« Il sortait avec une foule et entrait avec une foule. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est celle-ci : il sortait à la guerre comme chef et prince de six cent mille, et il réussissait, de sorte qu'aucun d'eux ne manquait ; bien plus, à son retour de la guerre il entrait avec une foule, ceux-là mêmes avec qui il était sorti. Il avait encore ce mérite d'enseigner des paroles de Torah devant une okhlossa, qui est une très grande multitude, où se trouvent certainement des sages, et il ne s'est trouvé personne pour élever quelque objection sur les paroles de Torah qu'il exposait devant eux. Il me semble que cela est indiqué dans le mot anachim : la lettre mem final de mantspakh vaut six cents ; lis donc anchei mem, c'est-à-dire les hommes de six cents, car l'okhlossa est de six cent mille.
💡 Explication

La sougya revient sur le mot okhlossa pour en fixer la mesure. Le verset de Chmouel décrit Yichai « venu parmi les hommes », lu comme une habitude de vie entourée d'une multitude. Oulla ajoute une donnée géographique : la mesure ne se rencontre pas à Bavel. La baraita fixe enfin le seuil à six cent mille, ce qui explique aussi la bénédiction du début du daf.

8
תָּנוּ רַבָּנַן: הָרוֹאֶה חַכְמֵי יִשְׂרָאֵל, אוֹמֵר ״בָּרוּךְ … שֶׁחָלַק מֵחָכְמָתוֹ לִירֵאָיו״. חַכְמֵי אוּמוֹת הָעוֹלָם, אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ … שֶׁנָּתַן מֵחָכְמָתוֹ לְבָשָׂר וָדָם״. הָרוֹאֶה מַלְכֵי יִשְׂרָאֵל, אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ … שֶׁחָלַק מִכְּבוֹדוֹ לִירֵאָיו״. מַלְכֵי אוּמוֹת הָעוֹלָם, אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ … שֶׁנָּתַן מִכְּבוֹדוֹ לְבָשָׂר וָדָם״.

Nos maîtres ont enseigné : celui qui voit des sages d'Israël dit : « Béni... qui a partagé de Sa sagesse à ceux qui Le craignent. » Des sages des nations du monde, il dit : « Béni... qui a donné de Sa sagesse à chair et sang. » Celui qui voit des rois d'Israël dit : « Béni... qui a partagé de Sa gloire à ceux qui Le craignent. » Des rois des nations du monde, il dit : « Béni... qui a donné de Sa gloire à chair et sang. »

💡 Explication

La baraita construit quatre formules sur deux axes : l'objet vu (sagesse ou gloire) et celui chez qui on le voit (Israël ou les nations). La variation porte sur un seul verbe. Halak, partager, se dit d'une part prélevée sur un ensemble qui demeure ; natan, donner, se dit d'un transfert achevé. Le second membre varie de même : « ceux qui Le craignent » d'un côté, « chair et sang » de l'autre.

9
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: לְעוֹלָם יִשְׁתַּדֵּל אָדָם לָרוּץ לִקְרַאת מַלְכֵי יִשְׂרָאֵל. וְלֹא לִקְרַאת מַלְכֵי יִשְׂרָאֵל בִּלְבַד, אֶלָּא אֲפִילּוּ לִקְרַאת מַלְכֵי אֻומּוֹת הָעוֹלָם, שֶׁאִם יִזְכֶּה — יַבְחִין בֵּין מַלְכֵי יִשְׂרָאֵל לְמַלְכֵי אֻומּוֹת הָעוֹלָם.

Rabbi Yo'hanan a dit : que l'homme s'efforce toujours de courir au-devant des rois d'Israël. Et non pas seulement au-devant des rois d'Israël, mais même au-devant des rois des nations du monde : ainsi, s'il en est digne, il distinguera entre les rois d'Israël et les rois des nations du monde.

📜 Rachi (2)
שֶׁאִם יִזְכֶּה לָעוֹלָם הַבָּא וְיֵרָאֶה בִּכְבוֹד מֶלֶךְ הַמָּשִׁיחַ:
S'il en est digne : pour le monde à venir, et qu'il voie la gloire du roi Machiah.
יַבְחִין כַּמָּה יֶתֶר כָּבוֹד נוֹטְלֵי שְׂכַר מִצְוֹת יוֹתֵר מִמַּה שֶׁהָיָה כְּבוֹד הָאֻומּוֹת בעוה"ז:
Il distinguera : combien la gloire de ceux qui reçoivent la récompense des mitsvot dépasse la gloire qu'avaient les nations en ce monde.
💡 Explication

La consigne surprend : pourquoi courir au-devant d'un roi des nations ? Rachi donne la réponse en deux temps. « S'il en est digne » vise le monde à venir et la vue de la gloire du Machiah ; « il distinguera » veut dire qu'il pourra alors mesurer l'écart, ayant vu de ses yeux ce que valait la gloire des rois de ce monde.

10
רַב שֵׁשֶׁת סַגִּי נְהוֹר הֲוָה. הֲווֹ קָאָזְלִי כֻּולֵּי עָלְמָא לְקַבּוֹלֵי אַפֵּי מַלְכָּא, וְקָם אֲזַל בַּהֲדַיְיהוּ רַב שֵׁשֶׁת. אַשִּׁכְחֵיהּ הַהוּא מִינָא, אֲמַר לֵיהּ: חַצְבֵי לְנַהֲרָא, כַּגְנֵי לְיָיא? אֲמַר לֵיהּ: תָּא חֲזִי דְּיָדַעְנָא טְפֵי מִינָּךְ. חָלַף גֻּונְדָּא קַמַּיְיתָא. כִּי קָא אָוְושָׁא, אֲמַר לֵיהּ הָהוּא מִינָא: אֲתָא מַלְכָּא. אֲמַר לֵיהּ רַב שֵׁשֶׁת: לָא קָאָתֵי. חָלַף גֻּונְדָּא תִּנְייָנָא. כִּי קָא אָוְושָׁא, אֲמַר לֵיהּ הָהוּא מִינָא: הַשְׁתָּא קָא אָתֵי מַלְכָּא. אֲמַר לֵיהּ רַב שֵׁשֶׁת: לָא קָא אָתֵי מַלְכָּא. חֲלֵיף תְּלִיתַאי. כִּי קָא שָׁתְקָא, אֲמַר לֵיהּ רַב שֵׁשֶׁת: וַדַּאי הַשְׁתָּא אָתֵי מַלְכָּא.

Rav Chechet était aveugle. Tout le monde allait à la rencontre du roi, et Rav Chechet se leva et alla avec eux.

Un certain min le trouva et lui dit : les cruches entières vont au fleuve ; les brisées, où vont-elles ? Il lui dit : viens voir que j'en sais plus que toi.

La première troupe passa. Comme le bruit s'élevait, ce min lui dit : le roi arrive.

Rav Chechet lui dit : il n'arrive pas. La deuxième troupe passa.

Comme le bruit s'élevait, ce min lui dit : maintenant le roi arrive. Rav Chechet lui dit : le roi n'arrive pas.

La troisième passa. Comme le silence se fit, Rav Chechet lui dit : maintenant, certainement, le roi arrive.

📜 Rachi (3)
חַצְבֵי לְנַהֲרָא הַכַּדִּין הַשְּׁלֵמִים הוֹלְכִים לַנָּהָר לִשְׁאֹוב מַיִם:
Hatsvei lenahara : les cruches intactes vont au fleuve pour puiser de l'eau.
כַּגְנֵי לְיָיא הַשְּׁבוּרִים לְהֵיכָן כְּלוֹמַר לָמָּה הוֹלְכִים וְאַף אַתָּה שֶׁאַתָּה סוּמָא וְלֹא תִּרְאֵהוּ לְהֵיכָן תֵּלֵךְ:
Kganei laya : les brisées, où vont-elles ? C'est-à-dire : pourquoi y vont-elles ? Et toi aussi, qui es aveugle et ne le verras pas, où vas-tu ?
גּוּנְדָּא כַּת:
Gounda : une troupe.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֲמַר לֵיהּ תָּא חֲזִי דְּיָדַעְנָא טְפֵי מִינָּךְ. פֵּירוּשׁ אַתָּה אִינָךְ רוֹאֶה אֶלָּא בְּעַיִן הַחוּשִׁית, אֲבָל עַיִן הַשִּׂכְלִית שֶׁלְּךָ סְמוּיָה, אֲבָל אֲנִי רוֹאֶה בְּעַיִן הַשִּׂכְלִית שֶׁהִיא פְּתוּחָה אֶצְלִי, וּבְוַדַּאי רְאִיָּיה בָּעַיִן הַשִּׂכְלִית עֲדִיפָה כִּי לֹא יָבֹא בָּהּ הָאָדָם לִידֵי טָעוּת, מַה שֶׁאֵין כֵּן הַחוּשִׁית לְבַדָּהּ אֶפְשָׁר שֶׁיִּטְעֶה, שֶׁיַּעֲבֹור אָדָם חָשׁוּב וּמְהֻודָּר הַרְבֵּה וְיַחְשֹׁוב שֶׁהוּא הַמֶּלֶךְ, וְלָזֶה אָמַר לוֹ תָּא חֲזֵי בְּעַיִן הַשִּׂכְלִית שֶׁאֲנִי רוֹאֶה בָּהּ, וְתִמְצָא דַּאֲנָא הָרוֹאֶה בְּעַיִן הַשִּׂכְלִית עֲדִיפָנָא.
« Il lui dit : viens voir que j'en sais plus que toi. » Explication : toi, tu ne vois que par l'œil des sens, tandis que ton œil intellectuel est aveugle ; moi, je vois par l'œil intellectuel, qui est ouvert chez moi. Et certes la vision par l'œil intellectuel est préférable, car l'homme n'y vient pas à se tromper, tandis que par le sens seul il peut se tromper : un homme important et fort paré passerait, et il penserait que c'est le roi. C'est pourquoi il lui a dit : viens voir par l'œil intellectuel avec lequel je vois, et tu trouveras que moi, qui vois par l'œil intellectuel, je l'emporte.
💡 Explication

Le min attaque par une image de proverbe, que Rachi explicite : on porte au fleuve les cruches qui peuvent contenir de l'eau, et la cruche brisée n'a rien à y faire. Appliquée à un aveugle qui va voir le roi, la pointe est claire.

La réponse de Rav Chechet se fait par une démonstration et non par un argument. Deux fois le min se fie au bruit et se trompe ; la troisième fois, c'est le silence qui annonce. Le Ben Yehoyada nomme la faculté en jeu : l'œil intellectuel, qui juge par la règle, contre l'œil des sens, qui peut prendre un dignitaire pour le roi.

11
אֲמַר לֵיהּ הָהוּא מִינָא: מְנָא לָךְ הָא? אֲמַר לֵיהּ: דְּמַלְכוּתָא דְּאַרְעָא כְּעֵין מַלְכוּתָא דִרְקִיעָא, דִּכְתִיב: ״צֵא וְעָמַדְתָּ בָהָר לִפְנֵי ה׳ וְהִנֵּה ה׳ עֹבֵר וְרוּחַ גְּדוֹלָה וְחָזָק מְפָרֵק הָרִים וּמְשַׁבֵּר סְלָעִים לִפְנֵי ה׳ לֹא בָרוּחַ ה׳ וְאַחַר הָרוּחַ רַעַשׁ לֹא בָרַעַשׁ ה׳. וְאַחַר הָרַעַשׁ אֵשׁ לֹא בָאֵשׁ ה׳ וְאַחַר הָאֵשׁ קוֹל דְּמָמָה דַקָּה״.

Ce min lui dit : d'où tiens-tu cela ? Il lui dit : parce que la royauté de la terre est à l'image de la royauté du firmament, ainsi qu'il est écrit : « Sors et tiens-toi sur la montagne devant Hachem.

Et voici, Hachem passait, et un vent grand et fort fendait les montagnes et brisait les rochers devant Hachem ; Hachem n'était pas dans le vent. Et après le vent, une secousse ; Hachem n'était pas dans la secousse.

Et après la secousse, un feu ; Hachem n'était pas dans le feu. Et après le feu, une voix de fin silence. »

💡 Explication

Rav Chechet donne la source de sa règle. Le récit d'Eliyahou au Horev énumère trois manifestations bruyantes, chacune suivie d'une négation, et se conclut par une kol demama daka, une voix de fin silence. La règle qu'il en tire : ce qui précède et fait du bruit annonce, sans être la venue elle-même.

Le principe général est énoncé d'abord : la royauté d'en bas est faite à l'image de la royauté d'en haut. Il autorise à transposer du récit prophétique à un cortège royal perse.

12
כִּי אֲתָא מַלְכָּא, פָּתַח רַב שֵׁשֶׁת וְקָא מְבָרֵךְ לֵיהּ. אֲמַר לֵיהּ הָהוּא מִינָא: לְמַאן דְּלָא חָזֵית לֵיהּ קָא מְבָרְכַתְּ? וּמַאי הֲוִי עֲלֵיהּ דְּהָהוּא מִינָא? אִיכָּא דְאָמְרִי: חַבְרוֹהִי כַּחְלִינְהוּ לְעֵינֵיהּ, וְאִיכָּא דְּאָמְרִי: רַב שֵׁשֶׁת נָתַן עֵינָיו בּוֹ, וְנַעֲשָׂה גַּל שֶׁל עֲצָמוֹת.

Quand le roi arriva, Rav Chechet commença et le bénit. Ce min lui dit : celui que tu ne vois pas, tu le bénis ?

Et qu'advint-il de ce min ? Certains disent : ses compagnons lui crevèrent les yeux ; et certains disent : Rav Chechet posa les yeux sur lui, et il devint un tas d'ossements.

📜 Rachi (1)
כַּחְלִינְהוּ לְעֵינֵיהּ נִקְּרוּ לְעֵינָיו:
Kahalinhou le'eineh : ils lui crevèrent les yeux.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אִיכָּא דְּאָמְרִי חַבְרוֹהִי כַּחְלִינְהוּ לְעֵינֵיהּ. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁנַּעֲשָׂה לוֹ סִימּוּי הָעַיִן עַל יְדֵי חֲבֵירָיו וְלֹא נִסְמֵית עֵינָיו מֵאֵלֶיהָ עַל יְדֵי חֹולִי, כְּדֵי שֶׁלֹּא יִתְלֶה הַדָּבָר בְּמִקְרֶה וּבְאֵיזֶה סִיבָּה טִבְעִית, אַךְ אִם אוֹהֲבָיו נִקְּרוּ עֵינָיו זֶה חִידּוּשׁ שֶׁיָּצָא מֵהַקַּשׁ הַטִּבְעִי, וְהַכֹּל יַאֲמִינוּ שֶׁדָּבָר זֶה נַעֲשָׂה לוֹ בְּהַשְׁגָּחָה מִן הַשָּׁמַיִם בִּשְׁבִיל אוֹנָאַת דְּבָרִים שֶׁעָשָׂה לֵר' שֵׁשֶׁת מִצַּד מַרְאֵה עֵינַיִם, וְאִיכָּא דְּאָמְרִי רַב שֵׁשֶׁת נָתַן עֵינָיו בּוֹ רְצוֹנוֹ לוֹמַר עַיִן הַשִּׂכְלִית, שֶׁעָשָׂה כַּוָּנָה בְּשֵׁם כה"ת שֶׁבּוֹ הָרַג מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה אוֹת הַמִּצְרִי, וְכֵן כָּל הַצַּדִּיקִים מַעֲנִישִׁים אֶת הָרְשָׁעִים בְּכַוָּנָתָם בְּשֵׁם זֶה. וְנִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁשֵּׁם זֶה רָמוּז בִּשְׁתֵּי עֵינַיִם, כִּי שֵׁם זֶה בְּמִילּוֹאוֹ כָּזֶה כָּ"ף הֵ"א ת"ו עוֹלֶה תקי"ב [512] , וּב' פְּעָמִים עַיִן בְּמִילּוֹאָם עַיִ"ן יוֹ"ד נוּ"ן עוֹלִים תקי"ב [512] , וְלָזֶה אָמַר נָתַן עֵינָיו בּוֹ 'עֵינָיו' דַּייְקָא הֵם שְׁנֵי עַיִ"ן. וְאוֹמְרָם עֲשָׂאוֹ גַּל שֶׁל עֲצָמוֹת הִנֵּה מָצִינוּ לְרַבּוֹתֵינוּ זַ"ל דְּנָקְטִי הָכִי בְּכָל מַעֲשִׂים אֲשֶׁר יַעֲשׂוּ הַצַּדִּיקִים בְּעָונְשָׁם לָרְשָׁעִים, וְצָרִיךְ לְהָבִין מַה זֶּה וְעַל מַה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד בְּעֵת שֶׁמַּעֲנִישׁ הַצַּדִּיק לָרָשָׁע לַהֲמִיתוֹ עַל יְדֵי עוֹנַת הַשֵּׁם אִם יִהְיֶה זֶה פֶּגֶר מֵת, יֵשׁ חֲשָׁשָׁה עַל הַמַּעֲנִישׁ מִצַּד הַמֶּמְשָׁלָה פֶּן יַעֲלִילוּ עָלָיו עֲלִילָה לוֹמַר שֶׁהָרְגוּ בְּיָדָם, לְכָךְ מֵאֵת ה' נַעֲשָׂה נֵס שֶׁאוֹתוֹ הַנֶּעֱנָשׁ תֵּיכֶף הָיָה גַּל שֶׁל עֲצָמוֹת שֶׁהַבָּשָׂר כָּלֶה נֶאֱבַד וְאִינֵּינוּ וְלֹא נִשְׁאַר עָלָיו צוּרַת פָּנִים לְהַכִּירוֹ, וְלֹא יֵשׁ כִּי אִם גַּל עֲצָמוֹת מֻורְקָבִין כְּמוֹ מֵת שֶׁעָבְרוּ עָלָיו כְּמ הַשָּׁנִים וְאָז אֵין מְקוֹם תְּפִיסָה לַעֲלִילָה. בְּרַם הַקֻּושְׁיָא בָּזֶה יְדוּעָה אֵיךְ הא"ד פְּלִיגִי בִּמְצִיאוּת, וְהַתֵּירוּץ עַל זֶה פָּשׁוּט דְּהָא וְהָא הֲוַאי, דִּתְחִלָּה נִסְתַּמֵּא עַל יְדֵי חֲבֵרָיו וְאַחַר כָּךְ נָתַן עֵינָיו בּוֹ וַעֲשָׂאוֹ גַּל שֶׁל עֲצָמוֹת, אַךְ עֲדַייִן צָרִיךְ לְהָבִין לָמָּה לָקָה בָּתַרְתִּי, וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁאָמְרוּ בְּבָתְרָא דַּף ג' בְּהוֹרְדּוֹס שֶׁהָרַג אֶת הַחֲכָמִים וְהִשְׁאִיר אֶת בָּבָא בֶּן בֻּוטָּא וְנִיקֵּר אֶת עֵינָיו, וְעִם כָּל זֶה נִזְהַר בָּבָא בֶּן בֻּוטָּא בִּכְבוֹד מַלְכוּת וְלֹא רָצָה לְקַלְּלוֹ, עַייֵּן שָׁם, וְיָדוּעַ מַה שֶּׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל כִּי רַב שֵׁשֶׁת הָיָה גִּלְגּוּל בָּבָא בֶּן בֻּוטָּא כִּי שֵׁשֶׁת בא"ת ב"ש בָּבָא, וְלָכֵן הָיָה סַגִּי נְהוֹר כְּמוֹ בָּבָא בֶּן בֻּוטָּא, וְעַל פִּי זֶה אָמַרְתִּי טַעַם נָכוֹן לָמָּה רַב שֵׁשֶׁת עַתָּה הָיָה מִשְׁתַּדֵּל הַרְבֵּה לִכְבוֹד הַמַּלְכוּת לִרְאוֹת בִּכְבוֹדָן וּלְבָרֵךְ, כִּי בְּמִצְוָה זוֹ הָיָה נִזְהָר מְאֹד בְּאוֹתוֹ גִּלְגּוּל, שֶׁהָיָה נִזְהָר בִּכְבוֹד מַלְכוּת שֶׁלֹּא רָצָה לְקַלֵּל אֶת הוֹרְדּוֹס הַמֶּלֶךְ אַף עַל פִּי שֶׁסִּימֵּא אֶת עֵינָיו, לְכָךְ עַתָּה גַּם שֶׁהוּא סוּמָא הִשְׁתַּדֵּל לָצֵאת לִכְבוֹד הַמֶּלֶךְ, וְהִנֵּה אִיתָא בְּכִתְבֵי רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל דְּכָל נֶפֶשׁ אֲשֶׁר תָּבֹא בְּגִלְגּוּל בְּגוּף שֵׁנִי אִי אֶפְשָׁר שֶׁתָּבֹא לְבַדָּהּ, אֶלָּא מֻוכְרָח שֶׁתָּבֹא עִימָּהּ עוֹד נֶפֶשׁ חֲדָשָׁה קְטַנָּה אוֹ גְּדוֹלָה, עַייֵּן שָׁם, וְאִם כֵּן וַדַּאי ר' שֵׁשֶׁת הָיָה לוֹ ב' בְּחִינוֹת נֶפֶשׁ, אַחַת שֶׁל בָּבָא בֶּן בֻּוטָּא וְאַחַת חֲדָשָׁה שֶׁבָּאָה לוֹ עִם נֶפֶשׁ בָּבָא בֶּן בֻּוטָּא, וּלְפִי זֶה אוֹתוֹ מִן פָּגַע בִּכְבוֹד שְׁנֵיהֶם, לְכָךְ בִּשְׁבִיל מַה שֶׁחָטָא נֶגֶד כְּבוֹד בָּבָא בֶּן בֻּוטָּא חֲבֵירוֹ סִימוּ אֶת עֵינָיו, וּבִשְׁבִיל שֶׁחָטָא נֶגֶד כְּבוֹד נֶפֶשׁ חֲדָשָׁה שֶׁל ר' שֵׁשֶׁת עַצְמוֹ נָתַן בּוֹ עֵינָיו ר' שֵׁשֶׁת וְכוּ'.
« Certains disent : ses compagnons lui crevèrent les yeux. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison pour laquelle l'aveuglement lui vint par ses compagnons, et non de lui-même par une maladie, est qu'on ne puisse imputer la chose au hasard ni à quelque cause naturelle ; mais si ceux qui l'aimaient lui crevèrent les yeux, voilà une nouveauté qui sort du cours naturel, et tous croiront que cela lui fut fait par une providence du Ciel, à cause de l'offense de paroles qu'il avait faite à Rav Chechet du côté de la vue des yeux. Et « certains disent : Rav Chechet posa les yeux sur lui », c'est-à-dire l'œil intellectuel : il fit une kavana par le Nom Ka-Hé-Tav, celui par lequel Moche notre maître, que la paix soit sur lui, tua l'Égyptien ; et ainsi tous les tsadikim punissent les rechaim par leur kavana en ce Nom. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que ce Nom est indiqué dans les deux yeux : ce Nom dans son remplissage, kaf-hé-tav, vaut cinq cent douze [512], et deux fois le mot ayin dans son remplissage, ayin-yod-noun, vaut cinq cent douze [512] ; c'est pourquoi il est dit « il posa ses yeux sur lui », « ses yeux » au pluriel précisément, qui sont deux ayin. Quant à « il en fit un tas d'ossements », nous trouvons que nos maîtres de mémoire bénie emploient cette expression pour tous les actes que font les tsadikim en punissant les rechaim, et il faut comprendre ce qu'il en est et pourquoi. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'au moment où le tsadik punit le racha en le faisant mourir par la kavana du Nom, s'il restait un cadavre il y aurait à craindre pour celui qui punit, du côté du pouvoir, qu'on ne monte contre lui une accusation en disant qu'il l'a tué de ses mains ; c'est pourquoi, de par le Ciel, un miracle se fait : celui qui est puni devient aussitôt un tas d'ossements, la chair ayant disparu, et il ne reste sur lui aucune forme de visage pour le reconnaître, seulement un tas d'ossements pourris comme un mort sur lequel ont passé quantité d'années, et alors l'accusation n'a plus de prise. Reste la difficulté connue : comment deux avis peuvent-ils diverger sur un fait ? La réponse en est simple : l'un et l'autre ont eu lieu ; d'abord il fut aveuglé par ses compagnons, et ensuite Rav Chechet posa les yeux sur lui et en fit un tas d'ossements. Mais il faut encore comprendre pourquoi il fut frappé des deux. Il me semble, avec l'aide du Ciel, d'après ce qui est dit dans Bava Batra, page 3, au sujet d'Hordos, qui tua les sages et laissa Bava ben Bouta en lui crevant les yeux ; malgré cela, Bava ben Bouta se garda dans l'honneur de la royauté et ne voulut pas le maudire, voir là-bas. Il est connu que notre maître le Ari, de mémoire bénie, a écrit que Rav Chechet était un guilgoul de Bava ben Bouta, car Chechet en at-bach donne Bava, et c'est pourquoi il était aveugle comme Bava ben Bouta. D'après cela j'ai dit une raison juste de ce que Rav Chechet s'efforçait tant, maintenant, pour l'honneur de la royauté, de voir leur gloire et de bénir : parce que dans ce guilgoul-là il s'était beaucoup gardé dans cette mitsva, se gardant dans l'honneur de la royauté au point de ne pas vouloir maudire le roi Hordos, bien qu'il lui eût crevé les yeux ; c'est pourquoi maintenant, tout aveugle qu'il était, il s'efforça de sortir pour l'honneur du roi. Or il se trouve dans les écrits de notre maître le Ari, de mémoire bénie, que toute nefech qui vient en guilgoul dans un second corps ne peut venir seule : il faut nécessairement qu'avec elle vienne encore une nefech nouvelle, petite ou grande, voir là-bas. S'il en est ainsi, Rav Chechet avait certainement deux aspects de nefech, l'une de Bava ben Bouta et l'autre nouvelle, venue avec la nefech de Bava ben Bouta. Selon cela, ce min a porté atteinte à l'honneur des deux : pour ce qu'il a commis contre l'honneur de Bava ben Bouta, ses compagnons lui crevèrent les yeux ; et pour ce qu'il a commis contre l'honneur de la nefech nouvelle de Rav Chechet lui-même, Rav Chechet posa les yeux sur lui, etc.
💡 Explication

Le récit se conclut par deux traditions sur le sort du min, toutes deux liées à l'œil, puisque c'est par la vue qu'il avait attaque. Le Ben Yehoyada les tient ensemble : d'abord l'aveuglement par les compagnons, ensuite la mort. Il explique aussi pourquoi la punition passe par des hommes plutôt que par une maladie, afin qu'on ne l'attribue pas au cours naturel.

Il rattache enfin le personnage à Bava ben Bouta, aveugle par Hordos et pourtant attentif à l'honneur de la royauté, ce qui rend compte de l'insistance de Rav Chechet à sortir malgré sa cécité.

13
רַבִּי שֵׁילָא נַגְּדֵיהּ לְהָהוּא גַּבְרָא דִּבְעַל גּוֹיָה. אֲזַל אֲכַל בֵּיהּ קֻורְצֵי בֵּי מַלְכָּא, אֲמַר: אִיכָּא חַד גַּבְרָא בִּיהוּדָאֵי דְּקָא דָּייֵן דִּינָא בְּלָא הַרְמָנָא דְמַלְכָּא. שֶׁדָּר עָלֶיהָ פְּרֵיסְתְּקָא. כִּי אֲתָא אָמְרִי לֵיהּ: מַאי טַעְמָא נַגֵּדְתֵּיהּ לְהַאי? אֲמַר לְהוּ: דְּבָא עַל חֲמָרְתָא. אָמְרִי לֵיהּ: אִית לָךְ סָהֲדֵי? אֲמַר לְהוּ: אִין. אֲתָא אֵלִיָּהוּ אִדְּמִי לֵיהּ כְּאִינִישׁ, וְאַסְהִיד. אָמְרִי לֵיהּ: אִי הָכִי, בַּר קְטָלָא הוּא! אֲמַר לְהוּ: אֲנַן מִיּוֹמָא דִּגְלֵינַן מֵאַרְעִין לֵית לַן רְשׁוּתָא לְמִקְטַל. אַתּוּן, מַאי דְּבָעֵיתוּן עֲבִידוּ בֵּיהּ.

Rabbi Chila fit flageller un certain homme qui avait eu commerce avec une non-Juive. Cet homme alla le dénoncer à la cour royale et dit : il y a chez les Juifs un homme qui rend des jugements sans l'autorisation du roi.

On envoya contre lui un messager. Quand il arriva, on lui dit : pourquoi as-tu fait flageller cet homme ?

Il leur dit : parce qu'il a eu commerce avec une ânesse. Ils lui dirent : as-tu des témoins ?

Il leur dit : oui. Eliyahou vint, se présenta à lui sous l'apparence d'un homme, et témoigna.

Ils lui dirent : s'il en est ainsi, il est passible de mort ! Il leur dit : depuis le jour où nous avons été exilés de notre terre, nous n'avons plus l'autorité de mettre à mort.

Vous, faites de lui ce que vous voulez.

🪔 Ben Yehoyada (1)
אִי הָכִי בַּר קְטָלָא. אַף עַל גַּב דְּהֵם הִקְפִּידוּ אֲפִילּוּ עַל נְגִידָה, וְאֵיךְ אוֹמְרִים לוֹ דְּהָיָה לְךָ לְהָרְגוֹ, נִרְאֶה שֶׁהֵם בְּדָבָר זֶה בָּאוּ לְהַכְחִישׁ עֵדוּתוֹ שֶׁהֵעִיד שֶׁבַּעַל חֲמָרְתָא, דִּלְפִי דְּבָרֶיךָ אֵין זֶה גְּמַר דִּין שֶׁלּוֹ, וְהֵשִׁיב שֶׁאֵין לָנוּ רְשׁוּת וּבָזֶה הִצִּיל עַצְמוֹ גַּם מֵהַקְפָּדָה שֶׁהִקְפִּידוּ עַל נְגִידָא לוֹמַר עֲשִׂיַּית הַמִּשְׁפָּט הִיא מְסוּרָה בְּיֶדְכֶם וְאֵין לָנוּ רְשׁוּת לַעֲשׂוֹת דִּין כְּמִשְׁפָּטוֹ, אַךְ זֶה שֶׁחַייָּב הָרַג אִם עָשִׂיתִי לוֹ נְגִידָא אֵין זֶה נֶחְשָׁב דִּין וְאֵין בָּזֶה קְפִידָא, אֲבָל אִם הָיָה מִן הַדִּין חַיָּיב נְגִידָא לֹא הָיִיתִי עָשָׂה לוֹ נְגִידָא שֶׁהוּא עֲשִׂייַּת מִשְׁפָּט, וְאֵין לָנוּ רְשׁוּת לַעֲשׂוֹת דִּין כְּמִשְׁפָּטוֹ שֶׁזֶּה מָסוּר בְּיֶדְכֶם. וּבָזֶה נִיחָא לְתָרֵץ דִּקְדּוּק אַחֵר, וְהוּא מַה שֶׁסִּיֵּים וְאָמַר אַתּוּן מַה דְּבֵיעִיתוּן עַבִּידוּ בֵּיהּ, דְּקָשֶׁה מַה לוֹ בִּדְבָרִים אֵלּוּ, הַיּוֹעֵץ לַמֶּלֶךְ נַתְנוּךְ, וְדַי לוֹ בְּמַה שֶׁהֵשִׁיב לֵית לַן רְשׁוּתָא לְמִקְטַל, וּבָזֶה שֶׁכָּתַבְתִּי נִיחָא שֶׁהוֹסִיף דְּבָרִים אֵלּוּ כְּדֵי לְהַצִּיל עַצְמוֹ, שֶׁלֹּא יֹאמְרוּ לוֹ מֵאַחַר שֶׁנִּתְכַּוַּונְתָּ לָדוּן דִּינָא בְּלָא הַרְמָנָא דְמַלְכָּא, מַאי הֶפְרֵשׁ אִיכָּא בֵּין קְטַע רֵישַׁע לִקְטֹעַ צָצִיתָא, דַּהֲרֵי עַל כָּל פָּנִים עֲבַדְתְּ נְגִידָא בְּלֹא הַרְמָנָא דְּמַלְכָּא, וּלְכָךְ אָמַר לוֹ אַתּוּן מַאי דְּבֵיעִיתוּן עַבִּידוּ בֵּיהּ, כְּלוֹמַר אַף עַל פִּי שֶׁעָשִׂיתִי לוֹ דִּינָא אֵין זֶה מִשְׁפָּטוֹ, אֶלָּא עֲדַיִין דִּין שֶׁלּוֹ מֻונָּח עַד שֶׁתַּעֲשׂוּ אוֹתוֹ אַתֶּם, כִּי זוֹ הַנְּגִידָא אֵינָהּ חֲשׁוּבָה כְּלוּם, מֵאַחַר שֶׁדִּינוֹ הֲרִיגָה הֲרֵי זֶה נֶחְשָׁב כְּעֵרֶךְ סְטִירָה אַחַת, וְאִם כֵּן אֲנִי לֹא נִתְכַּוַּונְתִּי לָדוּן דִּין בָּזֶה, אֶלָּא מֵעִקָּרָא חָשַׁבְתִּי שֶׁאַתֶּם תִּגְמְרוּ וְתַעֲשׂוּ בּוֹ מִשְׁפָּט כָּתוּב לַעֲשׂוֹת לוֹ אֹופֶן הַמִּיתָה כַּאֲשֶׁר תִּשְׂעֲרוּ בְּדַעְתְּכֶם, אִם בַּחֶרֶב אִם בְּחֶנֶק אוֹ בְּדָבָר אַחֵר, כִּי דָּבָר זֶה הוּא מָסוּר לָכֶם שֶׁיֵּשׁ לָכֶם הֻורְמָנָא דְּמַלְכָּא. וּבָזֶה נִיחָא לְתָרֵץ דִּקְדּוּק אַחֵר אֵיךְ קָאָמַר עַד דִּמְעַיְּינִי בֵּיהּ בְּדִינָא, וַהֲלֹא הֵם כְּבָר פָּסְקוּ הַדִּין וְאָמַר לוֹ בַּר קְטָלָא הוּא, וּמַה צָרִיךְ עִיּוּן עוֹד, וּבָזֶה נִיחָא דִּמְעַיְּינִי בְּאֵיזֶה אֹופֶן מִיתָה יָמִיתוּ אוֹתוֹ אִם בַּחֶרֶב אוֹ בְּחֶנֶק אוֹ בְּדָבָר אַחֵר, וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד דִּקְדּוּק זֶה עַל פִּי מַה שֶׁכָּתַב מָהַרְשָׁ"א זַ"ל דְּהֵם אָמְרוּ תְּחִלָּה אִית לָךְ סָהֲדֵי דְּבָעוּ שְׁנֵי עֵדִים, וְכֵן שׁוּרַת הַדִּין מְחַיֶּיבֶת שֶׁאֵין הָאָדָם נֶהֱרָג עַל פִּי אֶחָד, וְאֵיךְ נִתְרַצּוּ בְּעֵדוּת אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב לְבַדּוֹ, וְתֵירֵץ דְּצֵירְפוּ עִמּוֹ אֶת רַב שִׁילָא גַּם כֵּן, יְעַיֵּין שָׁם, וּבָזֶה נִיחָא מַה שֶׁיִּישְּׁבוּ לְעַייֵּן הוּא לִרְאוֹת אִם ר' שִׁילָא יוֹעִיל לְהִצְטָרֵף וּלְהָרְגוֹ או"ד ר' שִׁיל אַחֲשִׁיב נוֹגֵעַ בַּדָּבָר וְאֵין דְּבָרָיו כְּלוּם לְהָרְגוֹ, מִיהוּ לְעִיקַּר קֻושְׁייַת מָהַרְשָׁ"א זַ"ל הַנִּזְכָּר אֲנָא עַבְדָּא תֵּרַצְתִּי דְּאֶפְשָׁר דְּאֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב הֵעִיד ב' פְּעָמִים כִּי הוּא מַלְאָךְ וּבְרֶגַע יוּכַל לְהִתְהַפֵּךְ בְּצוּרַת אָדָם אַחֵר וְיָעִיד, וְהֵם חָשְׁבוּ שְׁנֵי עֵדִים הֵם.
« S'il en est ainsi, il est passible de mort. » Bien qu'ils eussent fait grief de la flagellation elle-même, comment lui disent-ils qu'il aurait dû le tuer ? Il apparaît qu'ils sont venus par là contester son témoignage, celui d'avoir eu commerce avec une ânesse : selon tes propres paroles, ce n'est pas là le jugement achevé qui lui revient. Il répondit que nous n'en avons pas l'autorité, et par cela il se sauva aussi du grief qu'ils avaient fait sur la flagellation, comme s'ils disaient : l'exercice du droit vous est retiré et nous n'avons pas l'autorité de juger selon la règle. Il répond donc : celui qui est passible de mort, si je lui ai donné la flagellation, cela ne compte pas comme un jugement et il n'y a pas là de grief ; mais s'il avait été, selon le droit, passible de flagellation, je ne la lui aurais pas donnée, car ce serait là l'exercice du droit, et nous n'avons pas l'autorité de juger selon la règle, puisque cela vous est remis. Par là se résout un autre point de détail : ce qu'il conclut en disant « vous, faites de lui ce que vous voulez ». En quoi ces paroles le concernaient-elles ? L'a-t-on fait conseiller du roi ? Il lui suffisait de répondre : nous n'avons pas l'autorité de mettre à mort. D'après ce que j'ai écrit, on comprend qu'il ajoute ces paroles pour se sauver, afin qu'on ne lui dise pas : puisque tu as eu l'intention de rendre un jugement sans l'autorisation du roi, quelle différence y a-t-il entre couper la tête et couper les franges ? Car en tout état de cause tu as fait flageller sans l'autorisation du roi. C'est pourquoi il leur dit : vous, faites de lui ce que vous voulez, c'est-à-dire : bien que je lui aie applique quelque chose, ce n'est pas là son jugement ; son jugement reste en suspens jusqu'à ce que vous l'appliquiez vous-mêmes, car cette flagellation ne compte pour rien, puisque, son jugement étant la mort, elle vaut comme une gifle. Je n'ai donc pas eu l'intention de rendre un jugement en cela ; dès le départ j'ai pensé que vous achèveriez et lui appliqueriez le droit écrit, en fixant le mode de mort selon votre appréciation, par l'épée, par l'étranglement ou autrement, car cette chose vous est remise, puisque vous avez l'autorisation du roi. Par là se résout encore un autre point de détail : comment est-il dit « pendant qu'ils examinaient son cas », alors qu'ils avaient déjà tranché et lui avaient dit qu'il était passible de mort — quel examen restait-il ? On comprend qu'ils examinaient par quel mode de mort le faire mourir, par l'épée, par l'étranglement ou autrement. Et d'une autre façon, il me semble avec l'aide du Ciel de résoudre ce détail d'après ce qu'a écrit le Maharcha, de mémoire bénie : ils ont d'abord dit « as-tu des témoins », voulant deux témoins, et telle est bien la règle du droit, car un homme n'est pas mis à mort sur la parole d'un seul ; comment donc se sont-ils contentés du seul témoignage d'Eliyahou, dont le souvenir est pour le bien ? Il a répondu qu'ils lui ont adjoint aussi Rabbi Chila, voir là-bas. Par là on comprend que l'examen consistait à voir si Rabbi Chila pouvait valablement se joindre pour le mettre à mort, ou bien si Rabbi Chila était considéré comme intéressé à l'affaire, ses paroles étant alors sans valeur pour le mettre à mort. Toutefois, sur la difficulté principale du Maharcha, de mémoire bénie, moi, le serviteur, j'ai répondu qu'il est possible qu'Eliyahou, dont le souvenir est pour le bien, ait témoigné deux fois, car il est un ange et peut en un instant se transformer en la figure d'un autre homme et témoigner, et ils ont pensé qu'ils étaient deux témoins.
💡 Explication

La sougya passe du principe à son épreuve : la royauté d'en bas étant à l'image de celle d'en haut, comment un juge d'Israël se tient-il devant elle ? Rabbi Chila a puni un homme, et l'homme le dénonce pour avoir jugé sans harmana, l'autorisation royale.

Sa réponse déplace le grief : il présente l'acte comme relevant du droit perse, où l'accusation est capitale, et Eliyahou vient témoigner. Il conclut en rappelant que depuis l'exil les tribunaux d'Israël n'appliquent plus la peine capitale, et remet la suite entre leurs mains.

🖼️ Schéma
Rabbi Chila devant le pouvoir : le fil du récit Rabbi Chila fait flageller un homme qui avait eu commerce avec une non-Juive L'homme le dénonce au roi il juge sans l'autorisation royale (harmana) Convoqué, il répond : il a eu commerce avec une ânesse Eliyahou paraît sous les traits d'un homme et témoigne Ils disent : il est passible de mort Depuis l'exil nous n'avons plus l'autorité Faites de lui ce que vous voulez Pendant l'examen, il ouvre par le verset À Toi, Hachem, la grandeur et la force Divrei haYamim I 29,11 Traduction donnée aux juges : Il donne une royauté sur terre à l'image du ciel et vous a donné pouvoir et amour du droit Ils lui remettent le koulpa, le bâton Juge, lui disent-ils À la sortie, l'homme menace de rapporter qu'il les a appelés ânes verset de Ye'hezkel 23,20 Cet homme est un rodef Qui vient te tuer, devance-le : il le frappe du koulpa Le bâton reçu pour juger devient l'instrument du salut
Le récit de Rabbi Chila, de la flagellation initiale au coup de bâton final.
14
עַד דִּמְעַיְּינִי בֵּיהּ בְּדִינָא, פְּתַח רַבִּי שֵׁילָא וַאֲמַר: ״לְךָ ה׳ הַגְּדֻלָּה וְהַגְּבוּרָה וְגוֹ׳״. אָמְרִי לֵיהּ: מַאי קָאָמְרַתְּ? אֲמַר לְהוּ, הָכִי קָאָמֵינָא: ״בְּרִיךְ רַחֲמָנָא דְּיָהֵיב מַלְכוּתָא בְּאַרְעָא כְּעֵין מַלְכוּתָא דִרְקִיעָא, וִיהַב לְכוּ שֻׁולְטָנָא וְרָחֲמִי דִּינָא״. אָמְרוּ: חֲבִיבָא עֲלֵיהּ יְקָרָא דְמַלְכוּתָא כֻּולֵּי הַאי! יָהֲבִי לֵיהּ קֻולְפָּא אָמְרוּ לֵיהּ: דּוּן דִּינָא.

Pendant qu'ils examinaient son cas, Rabbi Chila commença et dit : « À Toi, Hachem, la grandeur et la force, etc. » Ils lui dirent : que dis-tu ? Il leur dit : voici ce que je dis : « Béni soit le Miséricordieux, qui a donné une royauté sur la terre à l'image de la royauté du firmament, et qui vous a donné le pouvoir et l'amour du droit. » Ils dirent : l'honneur de la royauté lui est cher à ce point !

Ils lui donnèrent un bâton et lui dirent : rends la justice.

📜 Rachi (2)
וְרַחֲמֵי דִּינָא אוֹהֲבִים מִשְׁפָּט:
Verahamei dina : ils aiment le droit.
קֻולְפָּא מַקֵּל לִרְדּוֹת:
Koulpa : un bâton pour châtier.
🪔 Ben Yehoyada (1)
פָּתַח רַב שֵׁילָא וַאֲמַר לְךָ ה' הַגְּדֻלָּה וְכוּ'. הָא דְּנָקֵיט הַאי קְרָא לְעֵת עַתָּה, נִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁרָצָה לְעוֹרֵר זְכוּת אַבְרָהָם יִצְחָק וְיַעֲקֹב וּמֹשֶׁה וְאַהֲרֹן שֶׁנִּרְמְזוּ בְּפָסוּק זֶה, כִּי אַבְרָהָם בְּחֶסֶד שֶׁהוּא הַגָּדוֹל, וְיִצְחָק בִּגְבוּרָה, וְיַעֲקֹב בְּתִפְאֶרֶת, וּמֹשֶׁה בְּנֶצַח, וְאַהֲרֹן בְּהוֹד כַּנּוֹדָע, וְלָכֵן ר' שִׁמְעוֹן בַּר יוֹחַאי כְּשֶׁבָּא לְעוֹרֵר אוֹתָם פָּתַח בְּהַאי קְרָא כַּנִּזְכָּר בַּתִּיקּוּנִים, קָם ר' שִׁילָא פָּתַח וַאֲמַר לְךָ ה' הַגְּדֻלָּה וְכוּ', עִלָּאִין שֶׁמִּיָּעוֹ אִינּוּן דְּמִיכִין דְּרִבְּרוֹן וְרָעֲיָא מְהֵימְנָא וְכוּ', וְאוֹמְרוֹ כִּי כֹל בַּשָּׁמַיִם וּבָאָרֶץ, הוּא עַל עֵת שֶׁיַּעֲשֶׂה הקב"ה נֵס בָּאָרֶץ עַל יְדֵי מַלְאָךְ שֶׁמּוֹרִידוֹ לָאָרֶץ כִּדְהָכָא, שֶׁשָּׁלַח לוֹ אֶת אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב מִן הַשָּׁמַיִם.
« Rabbi Chila commença et dit : -- À Toi, Hachem, la grandeur --, etc. » S'il a pris ce verset à ce moment précis, il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il voulait éveiller le mérite d'Avraham, Yitshak, Yaakov, Moche et Aharon, qui sont indiqués dans ce verset : Avraham dans 'hessed, qui est « la grandeur » ; Yitshak dans guevoura ; Yaakov dans tiferet ; Moche dans netsa'h ; et Aharon dans hod, comme il est connu. C'est pourquoi Rabbi Chimon bar Yohai, lorsqu'il vint les éveiller, ouvrit par ce verset, comme il est mentionné dans les Tikounim : « Rabbi Chila se leva, ouvrit et dit : À Toi, Hachem, la grandeur, etc. ; ceux d'en haut ont entendu, ceux qui dorment à Hevron et le Fidèle Pasteur, etc. » Et lorsqu'il dit « car tout ce qui est aux cieux et sur la terre », cela vise le moment où le Saint béni soit-Il fait un miracle sur la terre par un ange qu'Il fait descendre ici-bas, comme dans notre cas, où Il lui envoya Eliyahou, dont le souvenir est pour le bien, depuis les cieux.
💡 Explication

Le verset de Divrei haYamim est prononcé comme une louange en hébreu ; les juges ne le comprennent pas et demandent une traduction. Rabbi Chila leur en donne une version en araméen où le verset devient un éloge de leur propre pouvoir, fondé sur le principe déjà posé : la royauté terrestre à l'image de la royauté céleste.

Le résultat est une inversion complète de sa situation : accusé d'avoir jugé sans autorisation, il reçoit le koulpa, le bâton qui marque la licence de juger.

15
כִּי הֲוָה נָפֵיק, אֲמַר לֵיהּ הַהוּא גַּבְרָא: עָבֵיד רַחֲמָנָא נִיסָּא לְשַׁקָּרֵי הָכִי? אֲמַר לֵיהּ: רָשָׁע, לָאו חֲמָרֵי אִיַּקַּרוּ? דִּכְתִיב: ״אֲשֶׁר בְּשַׂר חֲמוֹרִים בְּשָׂרָם״. חַזְייֵהּ דְּקָאָזֵיל לְמֵימְרָא לְהוּ דִּקְרִינְהוּ חֲמָרֵי, אֲמַר: הַאי רוֹדֵף הוּא. וְהַתּוֹרָה אָמְרָה: אִם בָּא לְהָרְגְךָ — הַשְׁכֵּם לְהָרְגוֹ. מַחְיֵיהּ בְּקֻולְפָּא וְקַטְלֵיהּ.

Comme il sortait, cet homme lui dit : le Miséricordieux fait-Il de tels miracles pour les menteurs ? Il lui dit : racha !

Ne sont-ils pas appelés ânes ? Ainsi qu'il est écrit : « dont la chair est comme la chair des ânes ».

Il vit qu'il allait leur rapporter qu'il les avait appelés ânes. Il dit : cet homme est un rodef, et la Torah a dit : si quelqu'un vient pour te tuer, devance-le et tue-le.

Il le frappa du bâton et le tua.

📜 Rachi (1)
הַתּוֹרָה אָמְרָה אִם בָּא לְהָרְגְּךָ הַשְׁכֵּם לְהָרְגוֹ אִם בַּמַּחְתֶּרֶת וְגוֹ' (שְׁמוֹת כב) לְפִי שֶׁבָּא עַל עִסְקֵי נְפָשׁוֹת שֶׁיּוֹדֵעַ הוּא שֶׁאִם יִמָּצֵא וְתִמְצָאֶנּוּ חוֹתֵר לֹא תַּעֲמִיד עַצְמְךָ מִלְּהַצִּיל מָמוֹנְךָ וְהוּא בָּא לְדַעַת כֵּן שֶׁיָּקוּם עָלֶיךָ וְיַהֲרָגְךָ אָמְרָה תּוֹרָה הַשְׁכֵּם אַתָּה וְהָרְגֵהוּ:
La Torah a dit : si quelqu'un vient pour te tuer, devance-le et tue-le. « Si c'est dans le souterrain », etc. (Chemot 22) : puisqu'il est venu pour une affaire où des vies sont en jeu, car il sait que si on le trouve en train de percer, tu ne te retiendras pas de sauver ton bien, et il vient dans cette intention, qu'il se dressera contre toi et te tuera — la Torah a dit : devance-le, toi, et tue-le.
💡 Explication

La scène finale reprend le bâton qui vient d'être remis. L'homme comprend que le témoignage était un procédé et que le miracle a servi une parole inexacte ; Rabbi Chila lui répond par le verset de Ye'hezkel qui applique aux nations le terme d'ânes, de sorte que sa déclaration se soutient.

Le dénouement relève d'une règle bien définie : celui qui va provoquer la mort d'un autre a le statut de rodef, poursuivant, et Rachi rattache la règle au cas du voleur qui perce un mur, où la Torah autorise à devancer.

16
אָמַר: הוֹאִיל וְאִתְעֲבִיד לִי נִיסָּא בְּהַאי קְרָא, דְּרִישְׁנָא לֵיהּ: ״לְךָ ה׳ הַגְּדֵלָה״ — זוֹ מַעֲשֵׂה בְּרֵאשִׁית, וְכֵן הוּא אוֹמֵר: ״עֹשֶׂה גְדֹלוֹת עַד אֵין חֵקֶר״. ״וְהַגְּבוּרָה״ — זוֹ יְצִיאַת מִצְרַיִם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיַּרְא יִשְׂרָאֵל אֶת הַיָּד הַגְּדֹלָה וְגוֹ׳״. ״וְהַתִּפְאֶרֶת״ — זוֹ חַמָּה וּלְבָנָה שֶׁעָמְדוּ לוֹ לִיהוֹשֻׁעַ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיִּדֹּם הַשֶּׁמֶשׁ וְיָרֵחַ עָמָד וְגוֹ׳״. ״וְהַנֵּצַח״ — זוֹ מַפַּלְתָּהּ שֶׁל רוֹמִי. וְכֵן הוּא אוֹמֵר: ״וְיֵז נִצְחָם עַל בְּגָדַי וְגוֹ׳״. ״וְהַהוֹד״ — זוֹ מִלְחֶמֶת נַחֲלֵי אַרְנוֹן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״עַל כֵּן יֵאָמַר בְּסֵפֶר מִלְחֲמֹת ה׳ אֶת וָהֵב בְּסוּפָה וְגוֹ׳״. ״כִּי כֹל בַּשָּׁמַיִם וּבָאָרֶץ״ — זוֹ מִלְחֶמֶת סִיסְרָא, שֶׁנֶּאֱמַר: ״מִן שָׁמַיִם נִלְחָמוּ הַכּוֹכָבִים מִמְּסִלּוֹתָם וְגוֹ׳״. ״לְךָ ה׳ הַמַּמְלָכָה״ — זוֹ מִלְחֶמֶת עֲמָלֵק, וְכֵן הוּא אוֹמֵר: ״כִּי יָד עַל כֵּס יָהּ״. ״וְהַמִּתְנַשֵּׂא״ — זוֹ מִלְחֶמֶת גּוֹג וּמָגוֹג, וְכֵן הוּא אוֹמֵר: ״הִנְנִי אֵלֶיךָ גּוֹג נְשִׂיא רֹאשׁ מֶשֶׁךְ וְתֻבָל״. ״לְכָל לְרֹאשׁ״ — אָמַר רַב חָנָן בַּר רָבָא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אֲפִילּוּ רֵישׁ גַּרְגִּיתָא מִן שְׁמַיָּא מְנוּ לֵיהּ.

Il dit : puisqu'un miracle m'a été fait par ce verset, je vais l'expliquer. « À Toi, Hachem, la grandeur » : c'est l'œuvre de la création, et ainsi il est dit : « Il fait de grandes choses insondables. » « Et la force » : c'est la sortie d'Égypte, ainsi qu'il est dit : « Israël vit la grande main, etc. » « Et la splendeur » : ce sont le soleil et la lune qui se sont arrêtés pour Yehochoua, ainsi qu'il est dit : « Le soleil s'arrêta et la lune se tint, etc. » « Et la victoire » : c'est la chute de Rome, et ainsi il est dit : « Leur sang a jailli sur mes vêtements, etc. » « Et la majesté » : c'est la guerre des torrents d'Arnon, ainsi qu'il est dit : « C'est pourquoi il est dit dans le livre des guerres de Hachem : Vahev en Soufa, etc. » « Car tout ce qui est aux cieux et sur la terre » : c'est la guerre de Sissera, ainsi qu'il est dit : « Du haut des cieux on a combattu, les étoiles depuis leurs orbites, etc. » « À Toi, Hachem, la royauté » : c'est la guerre d'Amalek, et ainsi il est dit : « Car la main est sur le trône de Ya. » « Et Celui qui s'élève » : c'est la guerre de Gog et Magog, et ainsi il est dit : « Me voici contre toi, Gog, prince en chef de Mechekh et Touval. » « Au-dessus de tout, comme tête » : Rav Hanan bar Rava a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : même le préposé au réservoir, on le nomme depuis les cieux.

📜 Rachi (4)
הַמַּמְלָכָה זוֹ מִלְחֶמֶת עֲמָלֵק דִּכְתִיב בָּהּ כִּסֵּא מַלְכוּת כִּי יָד עַל כֵּס יָהּ (שְׁמוֹת י״ז:ט״ז) כְּלוֹמַר עַל יְדֵי מִלְחָמָה לִייָ' בַּעֲמָלֵק יִתְעַלֶּה כִּסְאוֹ:
« La royauté, c'est la guerre d'Amalek » : car il y est écrit le trône de la royauté, « car la main est sur le trône de Ya » (Chemot 17,16), c'est-à-dire que par la guerre de Hachem contre Amalek Son trône s'élèvera.
הַמִּתְנַשֵּׂא מִדִּכְתִיב לְשׁוֹן נְשִׂיאוּת מַשְׁמַע עַל נְשִׂיא רֹאשׁ מֶשֶׁךְ וְתֻובָל:
« Celui qui s'élève » : puisqu'il est écrit un terme de nessiout, cela indique « le prince en chef de Mechekh et Touval ».
לְכָל לְרֹאשׁ לְכָל הַקָּם לִהְיוֹת לְרֹאשׁ הוּא מִתְנַשֵּׂא כְּלוֹמַר שֶׁהוּא גּוֹזֵר וּמַעֲמִידוֹ:
« Au-dessus de tout, comme tête » : pour tout ce qui se dresse pour être tête, c'est Lui qui l'élève, c'est-à-dire qu'Il décrète et qu'Il l'établit.
רֵישׁ גַּרְגִּיתָא בּוֹר הַמְמֻונֶּה עַל הַחוֹפְרִין חֲפִירוֹת לִמְלֵאוּתָן מַיִם כְּדֵי לְהַשְׁקוֹת בָּהֶן שְׂדוֹתֵיהֶן:
Rech guarguita : le puits ; le préposé à ceux qui creusent des fosses pour les remplir d'eau afin d'en arroser leurs champs.
🪔 Ben Yehoyada (2)
הַגְּדֵלָה זוֹ מַעֲשֵׂה בְּרֵאשִׁית. נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁאָמְרוּ בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ בְּמַעֲשֵׂה בְּרֵאשִׁית בִּינָה הֲוָות אֻומָּנָא, וְיָדוּעַ כִּי הַבִּינָה הִיא סוֹד הֵ"א רִאשׁוֹנָה שֶׁבְּשֵׁם הוי"ה, שֶׁהִיא הֵ"א גְּדוֹלָה, וְזֶהוּ הַגְּדֵלָה הֵ"א גְּדוֹלָה, וְהַגְּבוּרָה זוֹ יְצִיאַת מִצְרַיִם, כִּי כָּל מַכָּה הָיְתָה מֵחָמֵשׁ מַכּוֹת מִפְּנֵי שֶׁהֻוכּוּ עַל יְדֵי ה"ג מנצפ"ך כַּנּוֹדָע, וְזֶהוּ הַגְּבוּרָה הֵ"א גְּבוּרָה, כִּי מנצפ"ך הֵם חֲמִשָּׁה גְּבוּרוֹת, וְהַתִּפְאֶרֶת זוֹ חַמָּה וּלְבָנָה שֶׁעָמְדוּ לִיהוֹשֻׁעַ, שֶׁבָּזֶה נַעֲשָׂה הַתִּפְאֶרֶת לְיִשְׂרָאֵל בְּכָל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ בְּנֵס זֶה, וְהַנֵּצַח זוֹ מַפָּלַת אֱדוֹם שֶׁהֶחֱרִיבוּ בֵּית הַמִּקְדָּשׁ בְּסוֹף אֶלֶף הָרְבִיעִי שֶׁהוּא כְּנֶגֶד הַנֶּצַח כַּנּוֹדָע, וְהַהוֹד זוֹ מִלְחֶמֶת נַחֲלֵי אַרְנוֹן שֶׁדָּבְקוּ הֶהָרִים זֶה בָּזֶה וְנַעֲשׂוּ הַשְּׁנַיִם הַר אֶחָד, וְהוֹד הוּא דּוּ הֵ"א, וְהַיְינוּ אוֹת הָא' דְּהוֹד רֶמֶז לְהַר, וְאוֹתִיּוֹת דּוּ רְצוֹנוֹ לוֹמַר שְׁנַיִם, לְךָ ה' הַמַּמְלָכָה זוֹ מִלְחֶמֶת עֲמָלֵק, דִּכְתִיב (שְׁמוֹת יז, טז) כִּי יָד עַל כֵּס יָהּ, שֶׁחָסֵר אוֹתִיּוֹת או"ה, כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (תְּהִילִּים קלב, יג) אֻוָּה לְמוֹשָׁב לוֹ, וְאוֹתִיּוֹת אֵלּוּ בְּמִילּוֹאָם כָּזֶה אָלֶ"ף וָא"ו ה"ה עוֹלֶה מִסְפָּרָם עִם הַכּוֹלֵל כְּמִנְיַן 'מַמְלָכָה' [135] , וְהַמִּתְנַשֵּׂא זוֹ מִלְחֶמֶת גּוֹג וּמָגוֹג כִּי קָרְאוּ נָשִׂיא, וְתֵיבַת 'מִתְנַשֵּׂא' חֲלֹקְנָה לִשְׁתַּיִם וְקָרֵי בָּהּ 'מֵת נָשִׂיא' הַשִּׁי"ן בחיר"ק תְּמוּרַת הַיּוֹ"ד, וְתַנָּא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי עֲקִיבָה הַגְּדֻלָּה זוֹ קְרִיעַת יַם סוּף שֶׁהָיָה הַנֵּס גָּדוֹל שֶׁכָּל מֵימוֹת שֶׁבָּעוֹלָם נִבְקְעוּ, וְהַגְּבוּרָה זוֹ מַכַּת בְּכוֹרוֹת שֶׁצָּרִיךְ לָהּ גְּבוּרָה לְהַבְחִין בֵּין טִיפָּה לְטִיפָּה, וְלָכֵן כְּתִיב בָּהּ אֲנִי וְלֹא מַלְאָךְ, וְהַתִּפְאֶרֶת זוֹ מַתַּן תּוֹרָה שֶׁלָּבְשׁוּ יִשְׂרָאֵל כְּתָרִים בְּרֹאשָׁם שֶׁהֵם פְּאֵר, גַּם אוֹתִיּוֹת 'וְהַתִּפְאֶרֶת' הוּא אוֹתִיּוֹת 'פא"ת תור"ה', כִּי כֶּתֶר תּוֹרָה מֻונָּח בְּקֶרֶן זָוִית וּפֵאָה קֶרֶן זָוִית הִיא, וְהַנֵּצַח זוֹ יְרוּשָׁלַיִם דִּכְתִיב בָּהּ (יְשַׁעְיָהוּ מט, כב) וְהֵבִיאוּ בָּנַיִךְ בְּחֹצֶן, וּפֵרַשְׁנוּ בְּחֹצֶן אוֹתִיּוֹת ב נֶצַח , כִּי יִמָּלֵךְ בָּהּ מָשִׁיחַ בֶּן דָּוִד שֶׁהוּא בְּנֶצַח יַמִּינָא, וְהַהוֹד זֶה בֵּית הַמִּקְדָּשׁ שֶׁהוּא סוֹד רָחֵל וְסוֹד לֵאָה שֶׁהֵם שְׁנֵי ההי"ן, וְזֶהוּ הוֹד דּוּ הֵ"א, אוֹ מִקְדָּשׁ שֶׁל מַעְלָה בִּינָה הִיא הֵ"א רִאשׁוֹנָה, מִקְדָּשׁ שֶׁל מַטָּה מַלְכוּת שֶׁהִיא הֵ"א אַחֲרוֹנָה, וְזֶהוּ הוֹד דּוּ הֵ"א.
« La grandeur, c'est l'œuvre de la création. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, d'après ce qui est dit dans le saint Zohar, que dans l'œuvre de la création bina était l'artisan ; et il est connu que bina est le sod du premier hé du Nom Havaya, qui est un hé grand : voilà haguedoula, hé grand. « Et la force, c'est la sortie d'Égypte », car chaque plaie était faite de cinq plaies, puisqu'elles furent frappées par les cinq guevourot mantspakh, comme il est connu : voilà haguevoura, hé de guevoura, car mantspakh sont cinq guevourot. « Et la splendeur, ce sont le soleil et la lune qui se sont arrêtés pour Yehochoua », car par ce miracle une splendeur fut faite à Israël dans le monde entier. « Et la victoire, c'est la chute d'Edom », qui a détruit le Temple, à la fin du quatrième millénaire, lequel correspond à netsa'h, comme il est connu. « Et la majesté, c'est la guerre des torrents d'Arnon », où les montagnes se sont collées l'une à l'autre et les deux sont devenues une seule montagne ; et hod se lit do-hé, la première lettre de hod faisant allusion à har, la montagne, et les lettres do voulant dire deux. « À Toi, Hachem, la royauté, c'est la guerre d'Amalek », car il est écrit « la main est sur le trône de Ya » (Chemot 17,16), où manquent les lettres alef-vav-hé, comme il est dit « Il l'a désirée pour Sa demeure » (Tehilim 132,13) ; ces lettres dans leur remplissage, alef-vav-hé, atteignent avec l'unité le compte de mamlakha [135]. « Et Celui qui s'élève, c'est la guerre de Gog et Magog », car il l'appelle nassi ; et le mot mitnasse, partagé en deux, se lit met nassi, le chine portant hirik à la place du yod. « Et il a été enseigné au nom de Rabbi Akiva : la grandeur, c'est l'ouverture de la mer des Joncs », car le miracle fut grand, toutes les eaux du monde s'étant fendues. « Et la force, c'est la plaie des premiers-nés », qui demande une force pour distinguer entre une goutte et une goutte, et c'est pourquoi il y est écrit « Moi et non un ange ». « Et la splendeur, c'est le don de la Torah », où Israël revêtit des couronnes sur leurs têtes, qui sont une parure ; de plus, les lettres de vehatiferet sont les lettres de peat Torah, car la couronne de la Torah est posée dans un coin, et la pea est un coin. « Et la victoire, c'est Yerouchalayim », dont il est écrit « ils amèneront tes fils dans leur giron » (Yechayahou 49,22), et nous avons expliqué behotsen comme les lettres be-netsa'h, car y régnera le Machiah fils de David, qui est dans netsa'h, à droite. « Et la majesté, c'est le Temple », qui est le sod de Rahel et le sod de Léa, lesquelles sont les deux hé : voilà hod, do-hé. Ou bien : le sanctuaire d'en haut, qui est bina, le premier hé ; le sanctuaire d'en bas, qui est malkhout, le dernier hé : voilà hod, do-hé.
הוֹאִיל וְאִתְעֲבִיד לִי נִיסָּא בְּהַאי קְרָא. קָשֶׁה וַהֲלֹא הַנֵּס נַעֲשָׂה לוֹ בְּבִיאַת אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב לְהָעִיד לוֹ קֹודֶם שֶׁאָמַר זֶה הַפָּסוּק? ונ"ל בס"ד דְּאִין הָכִי נָמֵי בְּעֵדוּת אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב נַעֲשָׂה לוֹ נֵס שֶׁנִּיצּוֹל מֵאוֹתָהּ הַתְּבִיעָה שֶׁטָּעַן עָלָיו אוֹתוֹ הָאִישׁ, אַךְ אַחַר זֶה נָפַל בְּסַכָּנָה אַחֶרֶת וְהוּא אַחַר שֶׁנָּתְנוּ לוֹ רְשׁוּת לָדוּן אֶת אוֹתוֹ הָאִישׁ, וְאָמַר לוֹ אוֹתוֹ הָאִישׁ וְכִי עֲבִיד קב"ה נִיסָּא לְשַׁקָּרֵי וְהוּא קְרָאָם חֲמוֹרִים, בָּזֶה נָפַל בְּסַכָּנָה שֶׁרָצָה אוֹתוֹ הָאִישׁ לִמְסֹור אוֹתוֹ שֶׁקְּרָאָם 'חֲמוֹרִים', וְהוּא נִיצּוֹל מִזֶּה עַל יְדֵי שֶׁקָּדַם וַהֲרָגוֹ, וְאִם הֵם לֹא הָיוּ מוֹסְרִים דִּינוֹ שֶׁל אוֹתוֹ הָאִישׁ בְּיָדוֹ אֵיךְ הָיָה יָכוֹל לְהָרְגוֹ, וּבְוַדַּאי הָיָה הוֹלֵךְ אוֹתוֹ הָאִישׁ וּמוֹסֵר עָלָיו שֶׁקְּרָאָם חֲמוֹרִים וְהָיוּ הוֹרְגִים אֶת ר' שֵׁשֶׁת, נִמְצָא ר' שֵׁשֶׁת נִיצּוֹל מִסַּכָּנָה הַשֵּׁנִית עַל יְדֵי שֶׁנָּתְנוּ לוֹ מִכְּבָר רְשׁוּת לָדוּן אֶת זֶה הָאִישׁ וּלְהָרְגוֹ כַּטּוֹב בְּעֵינָיו, וּמֵהֵיכָן בָּא לוֹ זֶה הַהֻורְמָנָא לִמְסֹור דִּינוֹ שֶׁל אוֹתוֹ הָאִישׁ בְּיָדוֹ, הִנֵּה זֶה בָּא לוֹ מִכֹּחַ שֶׁאָמַר הַכָּתוּב הַזֶּה, וְשָׁאֲלוּ אוֹתוֹ מָה אַתָּה אוֹמֵר וְהֵשִׁיב לָהֶם כָּךְ וְכָךְ, וְאָמְרוּ כֵּיוָן דַּחֲבִיבָה לֵיהּ יְקָרָא דְּמַלְכוּתָא יְהַבוּ לֵיהּ קֻולְפָּא לְדִין דִּינָא, נִמְצָא הַצָּלָתוֹ מִסַּכָּנָה הַשֵּׁנִית שֶׁנָּפַל בָּהּ הִיא הָיְתָה מֵאוֹתוֹ הַפָּסוּק, לְכָךְ אֲמַר הוֹאִיל וְאִתְעֲבִיד לִי נִיסָּא בְּהַאי קְרָא, פֵּירֵשׁ נֵס שֵׁנִי בְּסַכָּנָה הַשֵּׁנִית ודו"ק.
« Puisqu'un miracle m'a été fait par ce verset. » Difficulté : le miracle lui fut fait par la venue d'Eliyahou, dont le souvenir est pour le bien, qui témoigna pour lui avant qu'il ne dise ce verset. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'en effet, par le témoignage d'Eliyahou, dont le souvenir est pour le bien, un miracle lui fut fait, en ce qu'il échappa à la plainte que cet homme avait portée contre lui ; mais après cela il tomba dans un autre danger, une fois qu'on lui eut donné l'autorisation de juger cet homme. Cet homme lui dit : le Saint béni soit-Il fait-Il des miracles pour les menteurs ? et il les appela ânes ; par là il tomba dans un danger, car cet homme voulait le dénoncer pour les avoir appelés ânes, et il en fut sauvé en le tuant le premier. Or, s'ils ne lui avaient pas remis entre les mains le jugement de cet homme, comment aurait-il pu le tuer ? Cet homme serait certainement allé le dénoncer pour les avoir appelés ânes, et ils l'auraient mis à mort. Il se trouve donc qu'il fut sauvé du second danger parce qu'on lui avait donné auparavant l'autorisation de juger cet homme et de le tuer selon ce qui lui semblerait bon. Et d'où lui vint cette autorisation de recevoir en main le jugement de cet homme ? Elle lui vint par la force de ce verset qu'il avait dit, lorsqu'ils lui demandèrent ce qu'il disait et qu'il leur répondit ainsi et ainsi, et qu'ils dirent : puisque l'honneur de la royauté lui est cher, ils lui donnèrent un bâton pour rendre la justice. Sa délivrance du second danger, dans lequel il était tombé, vint donc de ce verset ; c'est pourquoi il dit « puisqu'un miracle m'a été fait par ce verset », entendant le second miracle, dans le second danger. Étudie-le bien.
💡 Explication

Rabbi Chila revient au verset qui l'a sauvé et en donne une lecture suivie. Chacune de ses huit clauses reçoit un événement, dans un ordre qui va de la création jusqu'à la guerre de Gog et Magog, c'est-à-dire de l'origine à la fin. La dernière expression, lekhol lerosh, quitte la grande histoire pour la plus petite charge : même le préposé au réservoir d'irrigation, précise Rachi, tient sa nomination du Ciel.

Le lien avec le récit est direct : Rabbi Chila vient d'éprouver que le pouvoir d'un roi perse et sa propre licence de juger relèvent de la même désignation d'en haut.

17
בְּמַתְנִיתָא תְּנָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי עֲקִיבָא: ״לְךָ ה׳ הַגְּדֵלָה״ — זוֹ קְרִיעַת יַם סוּף. ״וְהַגְּבוּרָה״ — זוֹ מַכַּת בְּכוֹרוֹת. ״וְהַתִּפְאֶרֶת״ — זוֹ מַתַּן תּוֹרָה. ״וְהַנֵּצַח״ — זוֹ יְרוּשָׁלַיִם. ״וְהַהוֹד״ — זוֹ בֵּית הַמִּקְדָּשׁ.

Il a été enseigné dans une baraita au nom de Rabbi Akiva : « À Toi, Hachem, la grandeur » : c'est l'ouverture de la mer des Joncs. « Et la force » : c'est la plaie des premiers-nés.

« Et la splendeur » : c'est le don de la Torah. « Et la victoire » : c'est Yerouchalayim.

« Et la majesté » : c'est le Temple.

💡 Explication

La baraita propose une seconde lecture du même verset, limitée à cinq clauses. La différence d'ensemble est nette : Rabbi Chila lit une série d'interventions dans l'histoire, y compris des guerres et la chute de Rome ; la baraita au nom de Rabbi Akiva lit une série de dons faits à Israël, de la mer des Joncs jusqu'au Temple.

🖼️ Schéma
À Toi, Hachem, la grandeur : deux lectures du même verset Divrei haYamim I 29,11 — Rabbi Chila lit une suite d'événements, Rabbi Akiva une suite de fondations Mot du verset Rabbi Chila Rabbi Akiva (baraita) haguedoula L'œuvre de la création L'ouverture de la mer des Joncs vehaguevoura La sortie d'Égypte La plaie des premiers-nés vehatiferet Soleil et lune arrêtés pour Yehochoua Le don de la Torah vehanetsah La chute de Rome Yerouchalayim vehahod La guerre des torrents d'Arnon Le Temple ki khôl bachamayim ouvaarets La guerre de Sissera la baraita s'arrête ici hamamlakha La guerre d'Amalek vehamitnasse La guerre de Gog et Magog lekhol lerosh Même le préposé au réservoir est nommé du Ciel (Rav Hanan bar Rava au nom de Rabbi Yo'hanan) Rabbi Chila lit huit clauses comme huit interventions dans l'histoire ; Rabbi Akiva en lit cinq comme cinq dons faits à Israël.
Les huit clauses selon Rabbi Chila, les cinq selon Rabbi Akiva.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).