Berakhot 58b — Les berakhot de ce que l'on voit : maisons habitées et maisons en ruines, tombes, retrouvailles, sages et foules, corps hors du commun, puis les astres, la comète et l'équilibre de Kessil et de Kima

Berakhot 58b

Sougya : Le daf poursuit le catalogue des berakhot dues à la vue. Il ouvre sur les maisons : celles d'Israël habitées ou en ruines, celles des nations habitées ou en ruines, chacune avec sa formule propre.

De là, la Guemara passe au récit de Oulla et de Rav Hisda devant la maison ruinée de Rav Hana bar Hanilai, où sont rapportées la mesure du soupir selon Rav et selon Rabbi Yo'hanan, la générosité de cette maison, puis le décret porté sur les maisons des justes depuis la destruction du Temple et la promesse de leur rétablissement. Viennent ensuite les berakhot sur les tombes, celles que l'on dit en revoyant un compagnon après trente jours ou après douze mois, et l'épisode de Rav Papa et de Rav Houna fils de Rav Yehochoua devant Rav Hanina fils de Rav Ika, où se trouve la berakha du Sage des secrets.

La sougya traite alors des corps hors du commun et résout une contradiction par la distinction entre ce qui existe depuis le ventre de la mère et ce qui survient après la naissance. Le daf revient enfin à la michna sur les zikin : la comète selon Chemouel, les trois réponses au problème de son passage devant Kessil, l'équilibre entre la chaleur de Kessil et le froid de Kima, le dard du Scorpion dans le fleuve de feu, puis le sens des noms Kima et Ach.

Ce que l'on voit et la berakha que l'on dit Ce que l'on voit Formule Maisons d'Israël habitées Béni ... qui établit la borne de la veuve Maisons d'Israël en ruines Béni ... le Juge de vérité Maisons des nations habitées Verset : Il arrache la maison des orgueilleux Maisons des nations en ruines Verset : D.ieu des vengeances, resplendis Tombes d'Israël Qui vous a formés avec justice ... qui fait revivre les morts Tombes des nations Verset : Votre mère sera couverte de honte Compagnon cher, après trente jours Béni ... chehehiyanou, qui nous a fait vivre et parvenir à ce temps Compagnon cher, après douze mois Béni ... qui fait revivre les morts Un sage d'Israël Béni ... qui a donné de Sa sagesse à ceux qui Le craignent Soixante myriades d'Israël Béni ... le Sage des secrets Corps hors du commun, dès le ventre Béni ... qui change les créatures Corps devenu tel après la naissance Béni ... le Juge de vérité Éléphant, singe, kipof Béni ... qui change les créatures Belles créatures, beaux arbres Béni ... à qui il en est ainsi dans Son monde Toutes ces berakhot, selon le Roch, ne se disent que de trente jours en trente jours.
Vue d'ensemble du daf : ce que l'on voit, et la formule que l'on prononce.
Corps hors du commun : depuis le ventre, ou après la naissance Il voit un homme dont le corps est différent Le trait existe depuis le ventre de sa mère (mi-mee immo) Le trait est survenu après la naissance (batar de-itilid) Béni ... qui change les créatures Béni ... le Juge de vérité kouchi, guihor, lavkan, kipeah, nain, darnikos et les bahakanim, s'ils sont tels depuis la naissance kitea (amputé), aveugle, petouyei ha-roch, boiteux, mouke chehin et les bahakanim, s'ils le sont devenus ensuite Preuve du langage : la baraita range les bahakanim à côté du kitea, qui ne l'est jamais qu'après la naissance.
La distinction qui résout la contradiction sur les bahakanim.
La comète paraît franchir Kessil : trois réponses Tradition : la comète ne franchit pas Kessil ; si elle le franchissait, le monde serait détruit. Difficulté : nous voyons pourtant qu'elle le franchit. 1. Réponse de la Guemara Seul son éclat franchit Kessil, et elle paraît le franchir elle-même. 2. Rav Houna fils de Rav Yehochoua Le Vilon se déchire et s'enroule, laissant voir la lumière du firmament. 3. Rav Achi Une étoile se détache d'un côté de Kessil ; une autre la voit de l'autre côté et prend peur. Tossefot : ces réponses portent sur le passage devant Kessil, non sur la définition des zikin. Rachi lit au contraire Rav Houna comme une seconde définition du mot zikin de la michna.
Les trois réponses au problème de la comète qui paraît franchir Kessil.
1
תָּנוּ רַבָּנַן: הָרוֹאֶה בָּתֵּי יִשְׂרָאֵל בְּיִשּׁוּבָן, אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ … מַצִּיב גְּבוּל אַלְמָנָה״. בְּחֻורְבָּנָן, אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ דַּיַּין הָאֱמֶת״. בָּתֵּי אֻומּוֹת הָעוֹלָם בְּיִשּׁוּבָן, אוֹמֵר: ״בֵּית גֵּאִים יִסַּח ה׳״. בְּחֻורְבָּנָן, אוֹמֵר: ״אֵל נְקָמוֹת ה׳ אֵל נְקָמוֹת הוֹפִיַע״.

Nos maîtres ont enseigné : celui qui voit les maisons d'Israël habitées dit « Béni ... qui établit la borne de la veuve ». En ruines, il dit « Béni ... le Juge de vérité ».

Les maisons des nations du monde habitées, il dit « Hachem arrache la maison des orgueilleux ». En ruines, il dit « D.ieu des vengeances, Hachem, D.ieu des vengeances, resplendis ».

📜 Rachi (2)
בָּרוּךְ מַצִּיב גְּבוּל אַלְמָנָה כְּגוֹן בְּיִשּׁוּב בַּיִת שֵׁנִי:
Par exemple lors du peuplement du second Temple.
אוֹמֵר בָּרוּךְ דַּיַּין הָאֱמֶת דֻּומְיָא דִּקְטַע וּקְטַע בָּתַר דְּאֶתְיַלֵּיד הוּא:
Ce cas est semblable à celui de l'amputé, et l'amputé l'est devenu après sa naissance.
⚖️ Rosh (1)
רָאָה בָּתֵּי יִשְׂרָאֵל בְּיִשּׁוּבָן אוֹמֵר בָּרוּךְ מַצִּיב גְּבוּל אַלְמָנָה בְּחֻורְבָּנָן אוֹמֵר בָּרוּךְ דַּייַּן הָאֱמֶת בָּתֵּי עוֹבְדֵי כּוֹכָבִים בְּיִשּׁוּבָן אוֹמֵר בֵּית גֵּאִים יִסַּח ה' בְּחֻורְבָּנָן אוֹמֵר אֵל נְקָמוֹת ה' אֵל נְקָמוֹת הוֹפִיַע:
Il a vu les maisons d'Israël habitées, il dit « Béni ... qui établit la borne de la veuve » ; en ruines, il dit « Béni ... le Juge de vérité ». Les maisons des idolâtres habitées, il dit « Hachem arrache la maison des orgueilleux » ; en ruines, il dit « D.ieu des vengeances, Hachem, D.ieu des vengeances, resplendis ».
💡 Explication

La baraita croise deux couples : le peuple concerné, Israël ou les nations, et l'état des maisons, habitées ou ruinées. Quatre formules en résultent. Pour Israël, les deux énoncés sont de véritables berakhot, avec le Nom : la prospérité appelle « qui établit la borne de la veuve », la ruine appelle « le Juge de vérité », la formule que l'on dit sur une mauvaise nouvelle.

Pour les nations, la Guemara ne prescrit pas une berakha mais la récitation d'un verset. Rachi précise que la formule de la borne de la veuve vise un état d'établissement effectif, comme celui du second Temple.

2
עֻולָּא וְרַב חִסְדָּא הֲווֹ קָא אָזְלִי בְּאוֹרְחָא. כִּי מְטוֹ אַפִּתְחָא דְּבֵי רַב חָנָא בַּר חֲנִילַאי נְגַד רַב חִסְדָּא וְאִתְּנַח. אֲמַר לֵיהּ עֻולָּא: אַמַּאי קָא מַתְנַחַת? וְהָאָמַר רַב: אֲנָחָה שׁוֹבֶרֶת חֲצִי גּוּפוֹ שֶׁל אָדָם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְאַתָּה בֶן אָדָם הֵאָנַח בְּשִׁבְרוֹן מָתְנַיִם וְגוֹ׳״. וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר אַף כָּל גּוּפוֹ שֶׁל אָדָם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְהָיָה כִּי יֹאמְרוּ אֵלֶיךָ עַל מָה אַתָּה נֶאֱנָח וְאָמַרְתָּ אֶל שְׁמוּעָה כִי בָאָה וְנָמֵס כָּל לֵב וְגוֹ׳״.

Oulla et Rav Hisda marchaient sur la route. Lorsqu'ils parvinrent à la porte de la maison de Rav Hana bar Hanilai, Rav Hisda gémit et soupira.

Oulla lui dit : pourquoi soupires-tu ? Rav n'a-t-il pas dit : le soupir brise la moitié du corps de l'homme, ainsi qu'il est dit « Et toi, fils d'homme, soupire, les reins brisés, etc. » ?

Et Rabbi Yo'hanan a dit : même le corps entier de l'homme, ainsi qu'il est dit « Et lorsqu'ils te diront : pourquoi soupires-tu ? tu diras : à cause de la nouvelle qui vient, tout cœur fondra, etc. »

📜 Rachi (1)
אַמַּאי קָא מַתְנַחַת:
Pourquoi soupires-tu.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֲנָחָה שׁוֹבֶרֶת חֲצִי גּוּפוֹ שֶׁל אָדָם... וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: אַף כָּל גּוּפוֹ שֶׁל אָדָם. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת רַב וְר' יוֹחָנָן בְּמַאי פְּלִיגִי, וְעוֹד לָמָּה הֵבִיא דִּבְרֵי רַב דְּאָמַר חֲצִי תִּסְגֵּי לֵיהּ כְּדִבְרֵי ר' יוֹחָנָן דְּסָבַר כָּל גּוּפוֹ וְהַקֻּושְׁיָא מִזֶּה עֲדִיפָה טְפֵי? וְנִרְאֶה לִי בס"ד רַב וְר' יוֹחָנָן מָר אֲמַר חֲדָא וּמָר אֲמַר חֲדָא וְלָא פְּלִיגִי, דְּרַב אַיְירֵי בְּצַעַר הַנּוֹגֵעַ לְחֹומֶר דַּוְקָא, וְר' יוֹחָנָן אַייְרֵי בְּצַעַר הַנּוֹגֵעַ לַחֵלֶק הַנְפָשַׁיי וּלְחַלֵּק הַחֲמָרַיי, וְהוּא כִּי תֹּואַר אָדָם שָׁם כְּלָל לַחֵלֶק הַנְפָשַׁיי וּלְחַלֵּק הַחֲמָרַיי. וְהַייְנוּ אָלֶ"ף ד' א דָּם שֶׁבּוֹ רָמוּז שְׁמוֹ שֶׁל הקב"ה, כִּי צוּרַת אָלֶ"ף הוּא וָא"ו וּשְׁנֵי יוֹדִין שֶׁמִּסְפָּרָם כ"ו [26] , זֶה נִקְרָא עַל חֵלֶק הַנְפָשַׁיי שֶׁהַנֶּפֶשׁ הִיא חֵלֶק אֱלוֹהַּ מִמַּעַל, וְאוֹתִיּוֹת 'דָּם' דָּא דָּם נֶאֱמַר עַל הַחֲמָרַיי שֶׁהוּא דָּם, וְיָדוּעַ כִּי הַרְכָּבַת שְׁנֵי חֲלָקִים אֵלּוּ הַנְפָשַׁיי וְהָחֲמִרִיי נִקְרָא בְּשֵׁם 'גּוּף' וְהִנֵּה מִסְפַּר גּוּף [89] הוּא פ"ט וּמִסְפַּר הפ"ט אִם תְּחַלְּקֵהוּ לַחֲצָאִין [44.5] מֻוכְרָח לִהְיוֹת חֵלֶק אֶחָד מ"ה [45] כְּמִנְיַן שֵׁם הֲוָיָ"ה בְּמִלּוּי אַלְפִין, וְזֶהוּ כְּנֶגֶד חֵלֶק הַנְפָשַׁיי שֶׁהִיא חֵלֶק אֱלוֹהַּ מִמַּעַל, וְחֵלֶק הַשֵּׁנִי שֶׁל פ"ט שֶׁהוּא מִסְפַּר 'גּוּף' הוּא מִסְפַּר דָּם [44] , וְזֶהוּ כְּנֶגֶד חֵלֶק הַחֲמָרַיי שֶׁהוּא דָּם וְלָזֶה אָמַר רַב אֲנָחָה שׁוֹבֶרֶת חֲצִי גּוּפוֹ שֶׁל אָדָם, אָמַר גּוּפוֹ רְצוֹנוֹ לוֹמַר חֲצִי מִסְפַּר גּוּף שֶׁהוּא חֵלֶק שֶׁמִּסְּפָרוֹ דָּם [44] , כִּי הוּא אַיְירֵי בְּחֵלֶק הַחֲמָרַיי בִּלְבַד. וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר אַף כָּל גּוּפוֹ דְּאַיְּירִי בִּשְׁתֵּיהֶם רְצוֹנוֹ לוֹמַר גַּם בַּחֵלֶק הַנְפָשַׁיי שֶׁהוּא חֲצִי הָאֶחָד שֶׁל מִסְפַּר 'גּוּף' וְלָכֵן הֵבִיא לוֹ דִּבְרֵי שְׁנֵיהֶם כִּי הוּא לֹא יָדַע עַל מַה נֶאֱנָח אִם הוּא עַל דָּבָר שֶׁאֵין בּוֹ צַעַר אֶלָּא רַק לַחֵלֶק הַחֲמָרַיי בִּלְבַד דְּאַיְּירִי בֵּיהּ רַב, אוֹ נֶאֱנָח עַל דָּבָר שֶׁיֵּשׁ בּוֹ שְׁתַּיִים נְפָשַׁיי וְחַמָּרָיו דְּאַיְּירִי בֵּיהּ ר' יוֹחָנָן.
« Le soupir brise la moitié du corps de l'homme... et Rabbi Yo'hanan a dit : même le corps entier de l'homme. » Il y a lieu de demander : sur quoi Rav et Rabbi Yo'hanan sont-ils en désaccord ? De plus, pourquoi rapporter les paroles de Rav qui parle de la moitié, alors que les paroles de Rabbi Yo'hanan qui soutient le corps entier auraient suffi, la difficulté tirée de la étant plus forte ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Rav et Rabbi Yo'hanan disent chacun une chose et ne sont pas en désaccord : Rav parle d'une peine qui touche la seule part matérielle, et Rabbi Yo'hanan d'une peine qui touche à la fois la part de la nechama (âme) et la part matérielle. Car le nom adam est un terme général pour la part de la nechama et pour la part matérielle : c'est alef puis dam, a-dam, où est fait allusion au Nom du Saint béni soit-Il ; la forme du alef est un vav et deux youd, dont le nombre est vingt-six, et cela se dit de la part de la nechama, qui est une part divine d'en haut ; les lettres dam, « voici du sang », se disent de la part matérielle qui est sang. Il est connu que la composition de ces deux parts, celle de la nechama et celle de la matière, porte le nom de gouf (corps) ; or le nombre de gouf est quatre-vingt-neuf, et si tu le partages en deux, une part est nécessairement quarante-cinq, comme le compte du Nom de quatre lettres écrit en plénitude avec des alef, ce qui correspond à la part de la nechama, part divine d'en haut ; la seconde part de quatre-vingt-neuf est le compte de dam, quarante-quatre, ce qui correspond à la part matérielle qui est sang. C'est pourquoi Rav a dit : le soupir brise la moitié de son gouf ; il veut dire la moitié du compte de gouf, la part dont le nombre est celui de dam, car il ne parle que de la part matérielle. Et Rabbi Yo'hanan a dit : même tout son gouf, car il parle des deux, c'est-à-dire aussi de la part de la nechama, qui est l'autre moitié du compte de gouf. Oulla lui rapporta donc les paroles des deux, car il ignorait sur quoi Rav Hisda soupirait : sur une chose dont la peine ne touche que la part matérielle, dont parle Rav, ou sur une chose qui en comporte deux, celle de la nechama et celle de la matière, dont parle Rabbi Yo'hanan.
💡 Explication

Le récit sert de cadre à un enseignement sur le soupir. Oulla ne reproche pas à Rav Hisda son émotion, il lui oppose le prix physique du soupir : Rav le mesure à la moitié du corps, Rabbi Yo'hanan au corps entier. Chacune des deux mesures est ancrée dans un verset d'Ezekiel, l'un parlant des reins brisés, l'autre du cœur qui fond.

La construction de la question est un procédé courant : une objection qui rapporte d'abord la mesure la plus faible, puis la plus forte, laisse au répondant le choix du terrain sur lequel il justifiera sa conduite.

3
אֲמַר לֵיהּ: הֵיכִי לָא אַתְנַח — בֵּיתָא דַּהֲווֹ בַּהּ שִׁיתִּין אָפְייָתָא בִּימָמָא וְשִׁיתִּין אָפְייָתָא בְּלֵילְיָא, וְאָפְייָן לְכָל מַאן דִּצְרִיךְ, וְלָא שְׁקַל יְדָא מִן כִּיסָא, דִּסְבַר דִּילְמָא אָתֵי עָנֵי בַּר טוֹבִים וְאַדְּמָטוּ לֵיהּ לְכִיסָא קָא מִכְּסִיף. וְתוּ, הֲווֹ פְּתִיחִין לֵיהּ אַרְבַּע בָּבֵי לְאַרְבַּע רוּחָתָא דְעָלְמָא, וְכֹל דַּהֲוָה עָיֵיל כָּפֵין נָפֵיק כִּי שָׂבַע. וַהֲווֹ שָׁדוּ לֵיהּ חִטֵּי וּשְׂעָרֵי בִּשְׁנֵי בַצֹּורֶת אַבָּרַאי, דְּכָל מַאן דִּכְסִיפָא מִילְּתָא לְמִשְׁקָל בִּימָמָא, אָתֵי וּשְׁקִיל בְּלֵילְיָא. הַשְׁתָּא נָפַל בְּתִלָּא — וְלָא אַתְנַח?

Il lui dit : comment ne soupirerais-je pas ? Une maison où il y avait soixante boulangères le jour et soixante boulangères la nuit, qui cuisaient pour quiconque en avait besoin ; et il ne retirait pas la main de sa bourse, se disant : peut-être viendra un pauvre de bonne famille, et le temps qu'il porte la main à la bourse, cet homme aura honte.

De plus, quatre portes lui étaient ouvertes vers les quatre vents du monde, et quiconque y entrait affamé en sortait rassasié. Et l'on répandait pour lui du blé et de l'orge au dehors dans les années de disette, afin que celui à qui il en coûtait d'en prendre le jour vienne en prendre la nuit.

Maintenant elle est tombée en ruines — et je ne soupirerais pas ?

📜 Rachi (1)
נָפַל לֵיהּ בְּתִלָּא שֶׁנָּפַל לוֹ וְנַעֲשָׂה תֵּל:
Elle s'est effondrée et est devenue un monceau de ruines.
🪔 Ben Yehoyada (2)
וְאָפְיָן לְכָל מַאן דִּצְרִיךְ. נִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה שֶׁהָיָה עוֹשֶׂה גְּמִילוּת חֲסָדִים גַּם עִם בְּנֵי אָדָם בֵּינוֹנִים, שֶׁהֵם אֵין מִתְפַּרְנְסִין מִן הַצְּדָקָה וְיֵשׁ לָהֶם יְכֹולֶת לִקְנוֹת קֶמַח מִן הַשּׁוּק, אַךְ אֵין לָהֶם תַּנּוּר בְּבֵיתָם לֶאֱפוֹת, וְגַם אֵין לָהֶם יְכֹולֶת לְהַסִּיק תַּנּוּר בְּעֵצִים הַרְבֵּה בִּשְׁבִיל לֶאֱפוֹת בּוֹ ד' וָהּ' כִּכָּרוֹת שֶׁיֵּשׁ לָהֶם, עַל כֵּן הֵם יָבִיאוּ לְבֵית ר' חִנָּא עִיסָּה קְטַנָּה שֶׁיֵּשׁ לָהֶם, וְיֹאפוּ לָהֶם הָאוֹפִים שֶׁל ר' חִנָּא בְּתַנּוּרִים שֶׁל ר' חִנָּא שֶׁכְּבָר הֵם מוֹסְקִים וְעוֹמְדִים, וְעַל זֶה אָמַר וְאָפְיָן לְכָל מַאן דִּצְרִיךְ, וְתוּ הֲווֹ פְּתִיחִין לֵיהּ אַרְבַּע בָּבֵי, נִרְאֶה לִי דְּכֵיוָן בָּזֶה כְּנֶגֶד יִחוּד אַרְבַּע אוֹתִיּוֹת הַשֵּׁם ב"ה, גַּם כְּנֶגֶד ד' מִלּוּאִים עסמ"ב שֶׁעוֹלִים מִסְפַּר הברכ"ה.
« Et elles cuisaient pour quiconque en avait besoin. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est qu'il faisait aussi guemilout hassadim (actes de bonté) avec des gens de condition moyenne, qui ne se nourrissent pas de la tsedaka et ont les moyens d'acheter de la farine au marché, mais n'ont pas de four chez eux pour cuire, ni les moyens de chauffer un four avec beaucoup de bois pour y cuire les quatre ou cinq pains qu'ils ont. Ils apportaient donc à la maison de Rav Hana la petite pâte qu'ils avaient, et les boulangers de Rav Hana la cuisaient pour eux dans les fours de Rav Hana, déjà chauffés et prêts. C'est ce que veut dire : elles cuisaient pour quiconque en avait besoin. Et « de plus, quatre portes lui étaient ouvertes » : il me semble qu'il visait par là l'union des quatre lettres du Nom béni soit-Il, ainsi que les quatre plénitudes ayin-samekh-mem-beit, dont le compte s'élève au nombre de berakha.
הַשְׁתָּא נָפַל בְּתִלָּא, וְלָא אֶתְנָח. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת תֵּיבַת הַשְׁתָּא נִרְאֶה לְשׁוֹן יֶתֶר, וַהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר וְנָפַל בְּתִלָּא, וְלָא אַתְנַח? וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶּׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא (כְּתֻובּוֹת סב.) דְּהָווּ יִשְׂרָאֵל וְגוֹי אָזְלִי בְּאוֹרְחָא וְלָא מְסַגֵּי גּוֹי בַּהֲדֵי יִשְׂרָאֵל, אַדְכְּרֵיהּ חֻרְבַּן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ נְגִיד וְאִתְּנַח וַאֲפִילּוּ הָכִי לָא מְסַגֵּי בַּהֲדֵיהּ, אֲמַר לֵיהּ לָאו אָמְרִיתוּ אֲנָחָה שׁוֹבֶרֶת חֲצִי גּוּפוֹ שֶׁל אָדָם, אֲמַר לֵיהּ הָנֵי מִילֵּי מִלְּתָא חַדְתָּא, וְהַייְנוּ דְּאָמְרִי אֱנָשֵׁי דְּמִלְפָא תִּיכְלֵי לָא בְּהַתָּא [זוֹ שֶׁרְגִילָה בְּשַׁכּוּל יְלָדֶיהָ אֵינֶנָּה פּוֹחֶדֶת כְּשֶׁמֵּת אֶחָד מִן הַיְלָדִים, וְכָךְ הוּא הַדָּבָר בְּמִי שֶׁמִּתְרַגֵּל לְצָרוֹת] עַד כָּאן, וְהִנֵּה יֵשׁ לוֹמַר כֵּיוָן דְּעֻולָּא רָאָה לֵר' חִנָּא דְּנֶאֱנָח בְּאוֹתוֹ מָקוֹם אֵיךְ לֹא יָדַע שֶׁהוּא נֶאֱנָח עַל אוֹתוֹ מָקוֹם, כִּי וַדַּאי הָיָה אוֹתוֹ מָקוֹם יָדוּעַ וּמְפֻורְסָם לַכֹּל? אַךְ נִרְאֶה דְּעֻולָּא רָאָה אֶת ר' חִנָּא נֶאֱנָח אֲנָחָה גְּדוֹלָה הַרְבֵּה שֶׁהִיא שִׁיעוּר הַשּׁוֹבֶרֶת גּוּפוֹ שֶׁל אָדָם, לָכֵן אֲמַר לֵיהּ אַמַּאי קָא מִתְאַנַּחַת אַנְּחָהּ גְּדוֹלָה כָּל כָּךְ דְּהָא אָמַר רַב אֲנָחָה שׁוֹבֶרֶת חֲצִי גּוּפוֹ שֶׁל אָדָם, וְכִי גָּדוֹל חֻרְבַּן בַּיִת זֶה יוֹתֵר מְחֻרְבַּן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ, דְּאֵין אָדָם נֶאֱנָח עָלָיו אֲנָחָה גְּדוֹלָה שֶׁשּׁוֹבֶרֶת גּוּפוֹ לֹא כֻּולּוֹ וְלֹא חֶצְיוֹ? וְהֵשִׁיב לוֹ בַּיִת זֶה הָיָה אוֹצָר שֶׁל מִצְוֹת וּגְמִילוּת חֲסָדִים הַרְבֵּה שֶׁכָּךְ וְכָךְ הָיָה נוֹהֵג בּוֹ, וְהֵם גְּדוֹלִים מֵעֲבוֹדָה שֶׁעוֹשִׂין בְּבֵית הַמִּקְדָּשׁ, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל שֶׁנֶּעֱנַשׁ דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה עַל אֲשֶׁר אָצַר הַבִּזָּה לְבִנְיַן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ וְלֹא הוֹצִיאוּ עַל מִצְוֹת וּגְמִילוּת חֲסָדִים עִם עֲמֵלֵי תּוֹרָה, וְלָכֵן רָאוּי לֶאֱנֹחַ עָלָיו יוֹתֵר. וְעוֹד זֶה יֵשׁ בּוֹ רְבוּתָא טְפֵי דְּהַשְׁתָּא הוּא דְּנָפַל, שֶׁהוּא חֻרְבָּן קָרוֹב וְאֵינָהּ אֲבֵלוּת יְשָׁנָה כְּחֻרְבַּן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ שֶׁנֶּחֱרַב קֹודֶם כַּמָּה מֵאוֹת שָׁנִים, שֶׁכְּפִי הַטֶּבַע אֵין אָדָם נֶאֱנָח בּוֹ אֲנָחָה שׁוֹבֶרֶת, אַךְ זֶה חָרְבֵּנוּ הָיָה מִקָּרוֹב בִּזְמַנָּם וְלֹא עָבַר עָלָיו זְמַן הַרְבֵּה וְאֵיךְ לֹא אֶתְנָח אֲנָחָה גְּדוֹלָה הַשּׁוֹבֶרֶת הַגּוּף, וְהֵשִׁיב לוֹ עֻולָּא הָכִי אָמַר ר' יוֹחָנָן מִיּוֹם שֶׁחָרַב בֵּית הַמִּקְדָּשׁ, נִגְזְרָה גְּזֵרָה עַל בָּתֵּיהֶם שֶׁל צַדִּיקִים, שֶׁיֶּחֶרְבוּ, הַכַּוָּנָה רְצוֹנוֹ לוֹמַר כְּמוֹ שֶׁחֻרְבַּן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ הָיָה לְטוֹבַת יִשְׂרָאֵל שֶׁשָּׁפַךְ חַמָּתוֹ עַל עֵצִים וַאֲבָנִים כְּדֵי לְהַצִּיל יִשְׂרָאֵל מִן כִּלָּיוֹן, כֵּן חֻרְבַּן בָּתֵּי צַדִּיקִים הִיא לְטוֹבַת יִשְׂרָאֵל, לְהָגֵין עַל הַדּוֹר מִן כִּלָּיוֹן לְשַׁכֵּךְ מִדַּת הַדִּין בָּזֶה, וְלָכֵן אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן עָתִיד הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְהַחֲזִירָן לְיִשּׁוּבָן כְּמוֹ בֵּית הַמִּקְדָּשׁ, חַזְיֵהּ דְּלָא מְיַתְּבָא דַּעְתֵּיהּ בִּדְבָרִים אֵלּוּ, אֶלָּא אַדְּרַבָּא עַתָּה גָּדֵל צַעַר וִיגַוְּנוּ, יַעַן כִּי ר' חִנָּא בְּעַצְמוֹ הָיָה עָשִׁיר מֻופְלָג כַּנִּזְכָּר בַּגְּמָרָא, וְעַתָּה בְּשָׁמְעוֹ דִּבְרֵי ר' יוֹחָנָן הַנִּזְכָּר נִתְרַבָּה יְגוֹנוֹ, כִּי חוֹשֵׁשׁ שֶׁגַּם עָלָיו יַעֲבֹור כּוֹס, וְאָז אָמַר לוֹ דַּיּוֹ לְעֶבֶד שֶׁיְּהֵא כְּרַבּוֹ, רְצוֹנוֹ לוֹמַר אֵין לְךָ לְהִצְטַעֵר גַּם עַל עַצְמְךָ, דַּאֲפִילּוּ אִם חָס וְחָלִילָה יַגִּיעַ לְבֵיתוֹ חֻרְבָּן כָּזֶה תִּזְכֹּור שֶׁגַּם בֵּית הַמִּקְדָּשׁ עַתָּה חָרֵב וְדַיּוֹ לְעֶבֶד וְכוּ'. אוֹ יוּבָן כְּלַפֵּי ר' חִנָּא בַּר חֲנִילַאי שֶׁהָיָה רֵישׁ גָּלוּתָא קָאָמַר לֵיהּ הָכִי, דְּרַב חִסְדָּא נֶחְשָׁב לְגַבֵּי רֵישׁ גָּלוּתָא כְּעֶבֶד לְגַבֵּי רַבּוֹ, וּמַה שֶׁאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן עָתִיד הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְהַחֲזִירָן לְיִשּׁוּבָן, נִרְאֶה לִי הַכַּוָּנָה שֶׁיַּחֲזִירֵם עַל יָדוֹ וְלֹא עַל יְדֵי מַלְאָךְ, כְּמוֹ הַחֲזָרָה שֶׁל צִיּוֹן שֶׁתִּהְיֶה עַל יְדֵי יִתְבָּרֵךְ כְּדֵי שֶׁלֹּא יִהְיֶה לָהּ עוֹד חֻרְבָּן.
« Maintenant elle est tombée en ruines, et je ne soupirerais pas ? » Il y a lieu de demander : le mot « maintenant » paraît superflu, il aurait suffi de dire « et elle est tombée en ruines, et je ne soupirerais pas ? » Il me semble, avec l'aide du Ciel, d'après ce qui est dit dans la Guemara (Ketoubot 62a) : un Juif et un non-Juif marchaient sur la route, et le non-Juif n'avançait pas au rythme du Juif ; celui-ci se rappela la destruction du Temple, gémit et soupira, et malgré cela l'autre n'avançait pas avec lui. Il lui dit : ne dites-vous pas que le soupir brise la moitié du corps de l'homme ? Il lui répondit : cela ne vaut que pour une chose nouvelle ; c'est ce que les gens disent, celle qui est habituée à enterrer ses enfants n'a plus peur — celle qui perd habituellement ses enfants ne s'effraie pas lorsque l'un d'eux meurt, et il en va de même pour qui s'habitue aux malheurs. Jusqu'ici. Or on pourrait demander : puisque Oulla voyait Rav Hisda soupirer en ce lieu, comment ne savait-il pas qu'il soupirait à cause de ce lieu, celui-ci étant certainement connu et réputé de tous ? Il apparaît qu'Oulla vit Rav Hisda pousser un soupir très grand, de la mesure qui brise le corps de l'homme ; c'est pourquoi il lui dit : pourquoi soupires-tu d'un si grand soupir, alors que Rav a dit que le soupir brise la moitié du corps de l'homme ? La destruction de cette maison serait-elle plus grande que celle du Temple, pour laquelle nul ne pousse un soupir si grand qu'il brise le corps, ni tout entier ni de moitié ? Il lui répondit : cette maison était un trésor de mitsvot et de nombreux actes de bonté, tel et tel usage y avait cours, et ils sont plus grands que le service accompli dans le Temple, ainsi que nos maîtres de mémoire bénie l'ont dit : le roi David, la paix soit sur lui, fut puni pour avoir amassé le butin en vue de la construction du Temple sans le dépenser en mitsvot et en actes de bonté envers ceux qui peinent dans la Torah ; il convient donc de soupirer davantage sur elle. De plus, il y a ici quelque chose de plus fort : c'est maintenant qu'elle est tombée, sa ruine est récente, ce n'est pas un deuil ancien comme la destruction du Temple, détruit plusieurs centaines d'années auparavant, sur lequel, selon la nature, on ne pousse pas un soupir qui brise ; celle-ci au contraire est advenue de leur temps, et peu de temps à passé : comment ne pas soupirer d'un grand soupir qui brise le corps ? Oulla lui répondit : ainsi a dit Rabbi Yo'hanan, du jour où le Temple fut détruit un décret fut prononcé sur les maisons des justes qu'elles soient détruites. Il veut dire : de même que la destruction du Temple fut pour le bien d'Israël, puisqu'Il a répandu Sa colère sur le bois et les pierres afin de sauver Israël de l'anéantissement, de même la destruction des maisons des justes est pour le bien d'Israël, pour protéger la génération de l'anéantissement et adoucir par là la mesure de rigueur. C'est pourquoi Rabbi Yo'hanan a dit : le Saint béni soit-Il les rétablira dans leur état habité, comme le Temple. « Il vit que son esprit ne se calmait pas » par ces paroles ; au contraire, sa peine et son chagrin s'accrurent alors, car Rav Hana lui-même était extrêmement riche, comme il est rapporté dans la Guemara, et en entendant les paroles de Rabbi Yo'hanan son chagrin augmenta, craignant que la même coupe ne passe sur lui. Il lui dit alors : il suffit au serviteur d'être comme son maître, voulant dire : tu n'as pas non plus à te peiner sur toi-même, car même si, à D.ieu ne plaise, une telle ruine atteignait ta maison, souviens-toi que le Temple lui aussi est aujourd'hui détruit, et il suffit au serviteur, etc. On peut aussi comprendre qu'il lui parle ainsi à propos de Rav Hana bar Hanilai, qui était Rech Galouta, car Rav Hisda est compté à l'égard du Rech Galouta comme un serviteur à l'égard de son maître. Et quant à ce que dit Rabbi Yo'hanan, que le Saint béni soit-Il les rétablira dans leur état habité, il me semble que l'intention est qu'Il les rétablira par Lui-même et non par un ange, comme le rétablissement de Tsion qui se fera par Lui, béni soit-Il, afin qu'elle ne connaisse plus de destruction.
💡 Explication

Rav Hisda justifie son soupir par un inventaire de la guemilout hassadim pratiquée dans cette maison. Trois traits y sont soulignés : une cuisine ouverte jour et nuit, une main tenue dans la bourse pour que le pauvre de bonne famille ne soit jamais laissé à attendre, et quatre portes ouvertes aux quatre points cardinaux.

Le détail du blé répandu au dehors pendant les années de disette répond au même souci : permettre à celui que la honte retient de prendre à l'abri des regards. La générosité est ici mesurée à la place qu'elle laisse à la dignité de celui qui reçoit.

4
אֲמַר לֵיהּ: הָכִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן — מִיּוֹם שֶׁחָרַב בֵּית הַמִּקְדָּשׁ נִגְזְרָה גְּזֵירָה עַל בַּתֵּיהֶן שֶׁל צַדִּיקִים שֶׁיֶּחֶרְבוּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״בְּאָזְנָי ה׳ צְבָאוֹת אִם לֹא בָּתִּים רַבִּים לְשַׁמָּה יִהְיוּ גְּדֹלִים וְטוֹבִים מֵאֵין יוֹשֵׁב״. וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: עָתִיד הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְהַחֲזִירָן לְיִשּׁוּבָן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״שִׁיר הַמַּעֲלוֹת לְדָוִד הַבֹּטְחִים בַּה׳ כְּהַר צִיּוֹן״. מָה הַר צִיּוֹן עָתִיד הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְהַחֲזִירוֹ לְיִשּׁוּבוֹ, אַף בָּתֵּיהֶן שֶׁל צַדִּיקִים עָתִיד הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְהַחֲזִירָן לְיִשּׁוּבָן. חַזְיֵיהּ דְּלָא מְיַישְּׁבָא דַּעְתֵּיהּ. אֲמַר לֵיהּ: דַּיּוֹ לְעֶבֶד שֶׁיְּהֵא כְּרַבּוֹ.

Il lui dit : ainsi a dit Rabbi Yo'hanan — du jour où le Temple fut détruit, un décret fut prononcé sur les maisons des justes, qu'elles soient détruites, ainsi qu'il est dit « Aux oreilles de Hachem Tsevaot : de nombreuses maisons seront désolées, grandes et belles, sans habitant ». Et Rabbi Yo'hanan a dit : le Saint béni soit-Il les rétablira un jour dans leur état habité, ainsi qu'il est dit « Cantique des montées, de David : ceux qui se confient en Hachem sont comme le mont Tsion ».

De même que le Saint béni soit-Il rétablira le mont Tsion dans son état habité, de même les maisons des justes, le Saint béni soit-Il les rétablira dans leur état habité. Il vit que son esprit ne se calmait pas.

Il lui dit : il suffit au serviteur d'être comme son maître.

📜 Rachi (1)
דַּיּוֹ לְעֶבֶד שֶׁיְּהֵא כְּרַבּוֹ שֶׁהֲרֵי בֵּית הַמִּקְדָּשׁ חָרֵב שֶׁהוּא בֵּיתוֹ שֶׁל הקב"ה:
Car le Temple, qui est la maison du Saint béni soit-Il, est détruit.
💡 Explication

Oulla répond en deux temps. D'abord un décret général : depuis la destruction du Temple, la ruine des maisons des justes n'est plus un accident particulier, elle appartient à un ordre plus large, attesté par le verset d'Isaie. Ensuite une promesse : le rétablissement du mont Tsion sert de modèle au rétablissement de ces maisons, les deux étant liés par le verset des Psaumes qui compare ceux qui se confient en Hachem au mont Tsion.

La consolation ne suffit pas, et Oulla ajoute une dernière parole : il suffit au serviteur d'être comme son maître. Rachi en donne la portée : la maison du Saint béni soit-Il est elle-même détruite, et l'homme n'a pas à attendre pour ses propres murs un sort meilleur.

5
תָּנוּ רַבָּנַן: הָרוֹאֶה קִבְרֵי יִשְׂרָאֵל, אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ … אֲשֶׁר יָצַר אֶתְכֶם בַּדִּין, וְזָן אֶתְכֶם בַּדִּין, וְכִלְכֵּל אֶתְכֶם בַּדִּין, וְאָסַף אֶתְכֶם בַּדִּין, וְעָתִיד לַהֲקִימְכֶם בַּדִּין״. מָר בְּרֵיהּ דְּרָבִינָא מְסַייֵּם בַּהּ, מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב נַחְמָן: ״וְיוֹדֵעַ מִסְפַּר כֻּולְּכֶם, וְהוּא עָתִיד לְהַחְיוֹתְכֶם וּלְקַיֵּים אֶתְכֶם. בָּרוּךְ … מְחַיֶּה הַמֵּתִים״. קִבְרֵי גּוֹיִם, אוֹמֵר: ״בּוּשָׁה אִמְּכֶם וְגוֹ׳״.

Nos maîtres ont enseigné : celui qui voit des tombes d'Israël dit « Béni ... qui vous a formés avec justice, vous a nourris avec justice, vous a entretenus avec justice, vous a recueillis avec justice, et qui vous relèvera avec justice ». Mar fils de Ravina conclut la formule, au nom de Rav Nahman : « et qui connaît le nombre de vous tous, et qui vous fera revivre et vous maintiendra.

Béni ... qui fait revivre les morts ». Les tombes des non-Juifs, il dit « Votre mère sera couverte de honte, etc. »

⚖️ Rosh (1)
הָרוֹאֶה קִבְרֵי יִשְׂרָאֵל אוֹמֵר בָּרוּךְ אֲשֶׁר יָצַר אֶתְכֶם בַּדִּין וְזָן אֶתְכֶם בַּדִּין וְכִלְכֵּל אֶתְכֶם בַּדִּין וְהֵמִית אֶתְכֶם בַּדִּין וְעָתִיד לַהֲקִימְכֶם בַּדִּין וְיוֹדֵעַ מִסְפַּר כֻּולְּכֶם בַּדִּין בָּרוּךְ מְחַיֶּה הַמֵּתִים כו' קִבְרֵי עוֹבְדֵי כּוֹכָבִים אוֹמֵר בּוֹשָׁה אִמְּכֶם מְאֹד וְגוֹ':
Celui qui voit des tombes d'Israël dit « Béni ... qui vous a formés avec justice, vous a nourris avec justice, vous a entretenus avec justice, vous a fait mourir avec justice, qui vous relèvera avec justice et qui connaît le nombre de vous tous avec justice. Béni ... qui fait revivre les morts », etc. Les tombes des idolâtres, il dit « Votre mère sera couverte de honte, etc. »
💡 Explication

La berakha des tombes répète cinq fois le mot ba-din, avec justice : la formation, la subsistance, l'entretien, le rappel et la résurrection future sont tous placés sous le même regard. La reconnaissance porte moins sur le fait de la mort que sur la mesure qui la régit.

Mar fils de Ravina ajoute la clause finale, qui transforme l'énoncé en berakha achevée par la formule « qui fait revivre les morts ». Le Roch transmet une variante de la liste, avec « vous a fait mourir avec justice » à la place de « vous a recueillis avec justice ». Pour les tombes des nations, un verset remplace la berakha.

6
אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: הָרוֹאֶה אֶת חֲבֵירוֹ לְאַחַר שְׁלֹשִׁים יוֹם, אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ … שֶׁהֶחֱייָנוּ וְקִייְּמָנוּ וְהִגִּיעָנוּ לַזְּמַן הַזֶּה״. לְאַחַר שְׁנֵים עָשָׂר חֹדֶשׁ, אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ … מְחַיֶּה הַמֵּתִים״. אָמַר רַב: אֵין הַמֵּת מִשְׁתַּכֵּחַ מִן הַלֵּב אֶלָּא לְאַחַר שְׁנֵים עָשָׂר חֹדֶשׁ. שֶׁנֶּאֱמַר: ״נִשְׁכַּחְתִּי כְּמֵת מִלֵּב הָיִיתִי כִּכְלִי אֹובֵד״.

Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : celui qui voit son compagnon après trente jours dit « Béni ... qui nous a fait vivre, nous a maintenus et nous a fait parvenir à ce temps ». Après douze mois, il dit « Béni ... qui fait revivre les morts ».

Rav a dit : le mort ne s'efface du cœur qu'après douze mois, ainsi qu'il est dit « J'ai été oublié du cœur comme un mort, j'ai été comme un ustensile perdu ».

📜 Rachi (1)
כִּכְלִי אוֹבֵד וּסְתָם כְּלִי לְאַחַר י"ב חֹדֶשׁ מִשְׁתַּכֵּחַ מִן הַלֵּב דְּיֵאוּשׁ בְּעָלִים לְאַחַר י"ב חֹדֶשׁ בְּפֶרֶק אֵלּוּ מְצִיאוֹת (בָּבָא מְצִיעָא ד' כח.) מִי שֶׁמָּצָא כְּלִי אוֹ שׁוּם מְצִיאָה חַיָּיב לְהַכְרִיז שָׁלֹשׁ רְגָלִים וְאִם נִמְצָא אַחַר הַסֻּוכּוֹת צָרִיךְ לְהַמְתִּין וּלְהַכְרִיז בְּפֶסַח וּבָעֲצֶרֶת וּבְחַג דְּהַיְינוּ י"ב חֹדֶשׁ וְשׁוּב אֵין צָרִיךְ לְהַכְרִיז:
Un ustensile ordinaire s'efface du cœur après douze mois, car les propriétaires y renoncent au bout de douze mois. Au chapitre Elou metsiot (Baba Metsia 28a) : celui qui a trouvé un ustensile ou un objet perdu quelconque doit l'annoncer aux trois fêtes de pèlerinage ; s'il l'a trouvé après Souccot, il doit attendre et l'annoncer à Pessa'h, à Atseret et à la fête, soit douze mois, et ensuite il n'a plus à l'annoncer.
🗂️ Tossefot (1)
הָרוֹאֶה חֲבֵירוֹ אַחַר שְׁלֹשִׁים יוֹם אוֹמֵר שֶׁהֶחֱיָינוּ אוֹמֵר רִ"י דַּוְקָא חֲבֵירוֹ הֶחָבִיב עָלָיו אֲבָל בְּעִנְיָן אַחֵר לֹא:
Le Ri dit qu'il s'agit précisément d'un compagnon qui lui est cher, mais autrement non.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֵין הַמֵּת מִשְׁתַּכֵּחַ מִן הַלֵּב, אֶלָּא לְאַחַר שְׁנֵים עָשָׂר חֹדֶשׁ. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם מִפְּנֵי שֶׁבְּתוֹךְ י"ב חֹודֶשׁ הוּא נִידּוֹן עַל הָרֹוב , וְכֵיוָן דְּנִידּוֹן הוּא עוֹמֵד בְּצַעַר לְכָךְ גַּם קְרוֹבָיו וְאוֹהֲבָיו זוֹכְרִים אוֹתוֹ כְּדֵי שֶׁיִּשְׁתַּתְּפוּ גַּם בְּצַעַר, דְּמַזָּלַיְיהוּ חָזֵי כְּמוֹ עִנְיַן חֲבֵרָיו שֶׁל אִיּוֹב, אֲשֶׁר בִּהְיוֹתָם בְּמָקוֹם רָחוֹק הִרְגִּישׁוּ בְּצַעֲרוֹ דְּמַזָּלַיְיהוּ חָזֵי.
« Le mort ne s'efface du cœur qu'après douze mois. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison en est que durant les douze mois il est jugé, le plus souvent ; et puisqu'il est jugé, il demeure dans la peine, c'est pourquoi ses proches et ceux qui l'aiment se souviennent de lui, afin de participer eux aussi à cette peine, car leur mazal voit, comme dans le cas des compagnons de Job qui, se trouvant en un lieu éloigné, ressentirent sa peine, leur mazal voyant.
⚖️ Rosh (2)
אַרִיבָּ"ל הָרוֹאֶה אֶת חֲבֵירוֹ לְאַחַר ל' יוֹם אוֹמֵר בָּרוּךְ שֶׁהֶחֱייָנוּ וְקִיְּמָנוּ וְהִגִּיעָנוּ לַזְּמַן הַזֶּה לְאַחַר י"ב חֹדֶשׁ אוֹמֵר מְחַיֶּה הַמֵּתִים וְדַוְקָא חֲבֵירוֹ שֶׁחָבִיב עָלָיו וְשָׂמֵחַ וְנֶהֱנֶה בִּרְאִיָּיתוֹ:
Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : celui qui voit son compagnon après trente jours dit « Béni ... qui nous a fait vivre, nous a maintenus et nous a fait parvenir à ce temps » ; après douze mois, il dit « qui fait revivre les morts ». Et il s'agit précisément d'un compagnon qui lui est cher, dont la vue le réjouit et lui fait plaisir.
גְּמ' וְאַנִּיסָּא דְּרַבִּים מְבָרְכִין וְאַנִּיסָּא דְּיָחִיד לָא מְבָרְכִין וְהָא הָהוּא גַּבְרָא דַּהֲוָה אָזֵיל בַּעֲבַר יַמִּינָא נְפַל עֲלֵיהּ אַרְיָא אִיתְעֲבִיד לֵיהּ נִיסָּא וְאִתַּצִּיל אֲתָא לִקְּמוּהּ דְּרָבָא אֲמַר לֵיהּ כִּי מָטֵית לְהָתָם אֱמֹור בָּרוּךְ שֶׁעָשָׂה לִי נֵס בַּמָּקוֹם הַזֶּה אָמְרִי אַנִּיסָּא דְּרַבִּים כ"ע צְרִיכִי לְבָרוֹכֵי אַנִּיסָּא דְּיָחִיד הוּא וּבְרִיָּה וּבַר בְּרֵיהּ צְרִיכִי לְבָרוֹכֵי וכ"ע לָא צְרִיכִי ה"ג רַב אִלְפָּס וְכֵן רַב הַאי גָּאוֹן אֲבָל בְּנֻוסַּח גְּמָרָא דִּידַן לֹא כָּתַב אֶלָּא אַנִּיסָּא דְּיָחִיד הוּא נִיהוּ צָרִיךְ לְבָרוֹכֵי יְרוּשַׁלְמִי מַתְנֵי' בְּנִיסָּא דְּרַבִּים אֲבָל בְּנִיסָּא דְּיָחִיד א"צ לְבָרֵךְ מַהוּ שֶׁיְּבָרֵךְ אָדָם עַל נִסֵּי אָבִיו וְרַבּוֹ וְאִם הָיָה מְסֻויָּם כְּגוֹן יוֹאָב בֶּן צְרוּיָה וַחֲבֵירָיו וְאָדָם שֶׁנִּתְקַדֵּשׁ בּוֹ שֵׁם שָׁמַיִם כְּגוֹן דָּנִיֵּאל וַחֲבֵירָיו מְבָרֵךְ. נֵס שֶׁל שְׁבָטִים מַהוּ שֶׁיְּבָרֵךְ מ"ד כָּל שֵׁבֶט וְשֵׁבֶט אִיַּקַּרוּ קָהָל צָרִיךְ לְבָרֵךְ מ"ד כָּל הַשְּׁבָטִים אִיַּקַּרוּ קָהָל א"צ לְבָרֵךְ וּפְלוּגְתָּא הוּא בפ"ק דְּהוֹרָיוֹת דַּף ה. וְכָל הַבְּרָכוֹת הַשְּׁנוּיוֹת בְּזֶה הַפֶּרֶק צָרִיךְ לְהַזְכִּיר בָּהֶם שֵׁם וּמַלְכוּת וְהָכִי אִיתָא נַמֵּי בִּירוּשַׁלְמִי דְּפִרְקִין רַבִּי זֵירָא וְרַב יְהוּדָה כָּל בְּרָכָה שֶׁאֵין בָּהּ מַלְכוּת אֵינָהּ בְּרַבָּה א"ר תַּנְחוּמָא אֲנָא אָמֵינָא טַעְמָא אֲרוֹמִמְךָ אֱ-לֹהֵי הַמֶּלֶךְ רַבָּה אוֹמֵר צ"ל אַתָּה. שְׁמוּאֵל אוֹמֵר אֱ-לֹהֵינוּ מֶלֶךְ הָעוֹלָם וְכָל הַבְּרָכוֹת הָאֵלּוּ אֵינָן אֶלָּא מִשְּׁלשִׁים יוֹם לִשְׁלשִׁים יוֹם וה"נ אָמְרִי' בגמ' דַּף נח: הָרוֹאֶה אֶת חֲבֵירוֹ לְאַחַר שְׁלֹשִׁים יוֹם אוֹמֵר שֶׁהֶחֱייָנוּ וּתְנַן נָמֵי הָרוֹאֶה אֶת הַיָּם הַגָּדוֹל לִפְרָקִים דְּהַיְינוּ אַחַת לִשְׁלֹשִׁים יוֹם וְאָמְרִינַן נָמֵי בִּירוּשַׁלְמִי דְּפִירְקִין שִׁמְעוֹן קָמְטִיקְיָא שָׁאַל אֶת ר' חִייָּא בַּר אַבָּא כְּגוֹן אֲנָא דְּסָלֵיק וְחָמִי יְרוּשָׁלַיִם כָּל שָׁעָה וְשָׁעָה מַהוּ שֶׁאֶקְרַע א"ל אֵין אַתָּה צָרִיךְ לִקְרֹועַ וְכִי תַּעֲלֶה עַל דַּעְתָּךְ שֶׁהָרוֹאֶה הַמֶּלֶךְ בְּכָל יוֹם יְבָרֵךְ הִלְכָּךְ נִרְאֶה דְּכָל הַבְּרָכוֹת אֵינָם אֶלָּא מִשְּׁלשִׁים יוֹם לִשְׁלשִׁים יוֹם מַר בְּרֵיהּ דְּרָבִינָא הֲוָה קָאָזֵיל בְּרִיסְתְּקָא דְּמָחוֹזָא נָפַל עָלֶיהָ גַּמְלָא פְּרִיצָא אִיתְרְחִישׁ לֵיהּ נִיסָּא אִתְפָּרְקָא לֵיהּ אֲשִׁיתָא וְעָל לְגַבֵּיהּ וְאִיתַּצִּיל מִינֵּיהּ וְתוּ זִימְנָא חֲדָא הֲוָה אָזֵיל בְּפַקְתָּא דַּעֲרָבוֹת צְחִי לְמַיָּא אִיתְרְחִישׁ לֵיהּ נִיסָּא נָפְקָא לֵהּ עֵינָא דְמַיָּא וְאִישְׁתִּי כִּי הֲוָה מָטֵי לַעֲרָבוֹת מְבָרֵךְ בָּרוּךְ שֶׁעָשָׂה לִי נֵס בַּעֲרָבוֹת וּבְגָמָל כִּי מְטָא לְרִיסְתְּקָא דְּמָחוֹזָא אָמַר בָּרוּךְ שֶׁעָשָׂה לִי נֵס בְּגָמָל וּבַעֲרָבוֹת מִכָּאן מַשְׁמַע שֶׁיָּחִיד שֶׁנַּעֲשׂוּ לוֹ נִסִּים הַרְבֵּה בְּהַגִּיעוֹ אֶל אֶחָד מִן הַמְּקוֹמוֹת שֶׁנַּעֲשָׂה לוֹ נֵס יִכְלֹול כָּל שְׁאָר הַנִּסִּים עִם זֶה:
Guemara : sur un miracle survenu à la collectivité on récite une berakha, et sur un miracle survenu à un individu on n'en récite pas ? Or il y eut cet homme qui allait dans la région de la rive droite ; un lion se jeta sur lui, un miracle lui fut fait et il fut sauvé. Il vint devant Rava, qui lui dit : lorsque tu arriveras là-bas, dis « Béni ... qui m'a fait un miracle en ce lieu ». Ils répondirent : pour un miracle survenu à la collectivité, tous doivent réciter la berakha ; s'il s'agit d'un miracle survenu à un individu, lui, son fils et le fils de son fils doivent la réciter, mais non tout le monde. Telle est la leçon du Rif, et de même Rav Haï Gaon ; mais dans le texte de notre Guemara il n'est écrit que ceci : s'il s'agit d'un miracle survenu à un individu, c'est lui qui doit réciter la berakha. Talmud de Jérusalem : notre michna traite d'un miracle survenu à la collectivité, mais pour un miracle survenu à un individu il n'y a pas lieu de réciter une berakha. Un homme récite-t-il une berakha sur les miracles de son père et de son maître ? S'il s'agissait d'un homme éminent, comme Yoav fils de Tserouya et ses compagnons, ou d'un homme par qui le Nom du Ciel a été sanctifié, comme Daniel et ses compagnons, il récite la berakha. Un miracle survenu à des tribus, récite-t-on une berakha ? Pour celui qui dit que chaque tribu est appelée « assemblée », il faut réciter la berakha ; pour celui qui dit que ce sont toutes les tribus ensemble qui sont appelées « assemblée », il n'y a pas lieu de la réciter ; c'est une controverse au premier chapitre de Horayot (5a). Et dans toutes les berakhot enseignées dans ce chapitre il faut mentionner le Nom et la royauté ; ainsi est-il dit également dans le Talmud de Jérusalem sur notre chapitre : Rabbi Zera et Rav Yehouda ont dit, toute berakha qui ne comporte pas la royauté n'est pas une berakha ; Rabbi Tan'houma a dit, moi j'en donne la raison, « Je T'exalterai, mon D.ieu, le Roi ». Rabba dit qu'il faut dire « Toi » ; Chemouel dit « notre D.ieu, Roi du monde ». Et toutes ces berakhot ne se récitent que de trente jours en trente jours ; ainsi est-il dit dans la Guemara (58b) : celui qui voit son compagnon après trente jours dit chehehiyanou ; et nous avons appris de même, celui qui voit la grande mer par intervalles, c'est-à-dire une fois tous les trente jours. Il est dit également dans le Talmud de Jérusalem sur notre chapitre : Chimon Kamtikia demanda à Rabbi Hiya bar Abba, moi qui monte et vois Jérusalem à toute heure, dois-je déchirer mon vêtement ? Il lui répondit : tu n'as pas à déchirer ; te viendrait-il à l'esprit que celui qui voit le roi chaque jour lui récite une berakha ? Il apparaît donc que toutes les berakhot ne se récitent que de trente jours en trente jours. Mar fils de Ravina allait dans la rue de Mahoza ; un chameau furieux se jeta sur lui, un miracle lui fut fait, un mur s'ouvrit pour lui, il y entra et fut sauvé. Une autre fois il allait dans la vallée d'Aravot, il eut soif, un miracle lui fut fait, une source d'eau jaillit et il but. Lorsqu'il arrivait à Aravot il bénissait « Béni ... qui m'a fait un miracle à Aravot et avec le chameau », et lorsqu'il arrivait à la rue de Mahoza il disait « Béni ... qui m'a fait un miracle avec le chameau et à Aravot ». On apprend de là qu'un individu à qui de nombreux miracles ont été faits peut, en arrivant à l'un des lieux où un miracle lui a été fait, inclure tous les autres miracles avec celui-ci.
💡 Explication

Deux seuils commandent la berakha des retrouvailles. À trente jours, la joie de revoir suffit et l'on dit chehehiyanou. À douze mois, la formule change et devient « qui fait revivre les morts ».

Rav donne la raison du second seuil : douze mois est le terme au-delà duquel le mort s'efface du cœur. Rachi appuie cette mesure sur le droit des objets perdus : la loi fixe elle aussi à douze mois, soit trois fêtes de pèlerinage, le terme au bout duquel le propriétaire est réputé avoir renoncé. Retrouver quelqu'un après ce terme équivaut donc à le retrouver après l'oubli.

Les Tossefot au nom du Ri, et le Roch après eux, limitent la règle à un compagnon qui lui est cher et dont la vue le réjouit.

🖼️ Schéma
Revoir un compagnon : les deux seuils 30 jours 12 mois Aucune berakha Béni ... chehehiyanou Qui fait revivre les morts Raison du second seuil : Rav enseigne que le mort ne s'efface du cœur qu'après douze mois. Condition : il s'agit d'un compagnon qui lui est cher, et dont la vue le réjouit (Tossefot au nom du Ri, et Roch).
Les deux seuils de la berakha des retrouvailles et leur condition.
7
רַב פָּפָּא וְרַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ הֲווֹ קָאָזְלִי בְּאוֹרְחָא. פְּגַעוּ בֵּיהּ בְּרַב חֲנִינָא בְּרֵיהּ דְּרַב אִיקָא. אָמְרוּ לֵיהּ: בַּהֲדֵי דַּחֲזֵינָךָ בָּרֵיכִינַן עֲלָךְ תַּרְתֵּי: ״בָּרוּךְ … אֲשֶׁר חָלַק מֵחָכְמָתוֹ לִירֵאָיו״ וְ״שֶׁהֶחֱיָינוּ״. אֲמַר לְהוּ: אֲנָא נַמֵּי, כֵּיוָן דַּחֲזִתִינְכוּ חַשֵּׁבְתִּינְכוּ עִלָּוַאי כְּשִׁיתִּין רִבְּווָן בֵּית יִשְׂרָאֵל, וּבְרִיכְנָא עֲלַיְיכוּ תְּלָתָא: הָנָךְ תַּרְתֵּי, וְ״בָּרוּךְ … חֲכַם הָרָזִים״. אָמְרוּ לֵיהּ: חֲכִימַתְּ כֻּולֵּי הַאי! יָהֲבִי בֵּיהּ עֵינַייְהוּ, וּשְׁכִיב.

Rav Papa et Rav Houna fils de Rav Yehochoua marchaient sur la route. Ils rencontrèrent Rav Hanina fils de Rav Ika.

Ils lui dirent : en te voyant, nous avons récité sur toi deux berakhot, « Béni ... qui a donné de Sa sagesse à ceux qui Le craignent » et « chehehiyanou ». Il leur dit : moi aussi, dès que je vous ai vus je vous ai comptés à mes yeux comme soixante myriades de la maison d'Israël, et j'ai récité sur vous trois berakhot : ces deux-là, et « Béni ... le Sage des secrets ».

Ils lui dirent : es-tu sage à ce point ! Ils fixèrent sur lui leur regard, et il mourut.

📜 Rachi (2)
אֲשֶׁר חָלַק וְשֶׁהֶחֱיָינוּ דִּלְאַחַר שְׁלֹשִׁים יוֹם הֲוָה:
Car c'était après trente jours.
מֵחָכְמָתוֹ לִירֵאָיו כְּרַב חֲנִינָא דְּחַכִּים טְפֵי:
Comme Rav Hanina, qui était plus sage qu'eux.
🪔 Ben Yehoyada (2)
אָמְרוּ לֵיהּ: חֲכִימַתְּ כֻּולֵּי הַאי? יָהֲבִי בֵּיהּ עֵינֵיהוּ, וּשְׁכִיב. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת אַמַּאי נִתְפַּלְּאוּ כָּל כָּךְ בַּעֲבוּר דָּבָר זֶה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי הֵם נִתְפַּלְּאוּ בָּתַרְתִּי, הָא' שֶׁיָּדַע לִשְׁקֹול חָכְמָתָם אִם כֵּן הוּא גָּדוֹל מֵהֶם, וְהַב' שֶׁחִידֵּשׁ דִּין מִדַּעְתּוֹ בְּרֶגַע אֶחָד, כִּי הַמִּשְׁנָה אָמְרָה הֲלָכָה זוֹ עַל שִׁשִּׁים רִבּוֹא מַמָּשׁ, וְהוּא חִידֵּשׁ אֲפִילּוּ שְׁנַיִם יְחִידִים אִם שְׁקוּלִים בְּמַעֲלָתָם כְּשִׁשִּׁים רִבּוֹא מְבָרְכִין עֲלֵיהֶם, וּבְוַדַּאי שֶׁעָשָׂה בְּדַעְתּוֹ רְאָיוֹת וְהוֹכָחוֹת לְדִין זֶה, דְּאִם לֹא כֵן לָא הֲוָה חוֹתֵךְ כֵּן בְּסַכִּינָא חָרִיפָא. וְעוֹד נִרְאֶה לִי שֶׁנִּתְפַּלְּאוּ עַל חֲרִיפוּתוֹ שֶׁהֵשִׁיב דְּבַר עֲנָוָה בְּהַשְׂכָּלָה דַּקָּה, שֶׁלֹּא רָצָה לְגַלּוֹת הָעֲנָוָה שֶׁלּוֹ בִּתְשׁוּבָתוֹ זוֹ, וְהַיְינוּ דְּיֵשׁ לְהַקְשׁוֹת אוֹמְרוֹ חֲשַׁבְתּוּן עִילָּווַא, תֵּיבַת עִילְווָא יַתִּיר וְסַגִּי לוֹמַר חֲשַׁבְתּוּן בִּלְבַד? אַךְ נִרְאֶה לִי שֶׁדִּבֵּר בְּדֶרֶךְ עֲנָוָה כִּי הֶחָכָם לְגַבֵּי בֵּינוֹנִי נֶחְשָׁב כְּמֵאָה, אֲבָל לְגַבֵּי קָטָן הַרְבֵּה נֶחְשָׁב כְּאֶלֶף אוֹ כַּעֲשָׂרָה אֲלָפִים, וְלָזֶה אָמַר חֲשַׁבְתּוּן עִילָּוַוְא, רְצוֹנוֹ לוֹמַר לְגַבֵּי דִּידִי שֶׁאֲנִי קָטָן הַרְבֵּה אַתֶּם נֶחְשָׁבִים כְּעֵרֶךְ שִׁשִּׁים רִבּוֹא, וְהוּא לֹא הֵשִׁיב לָהֶם מָה אֲנִי מָה חַיַּי שֶׁאַתֶּם אוֹמְרִים עָלַי כֵּן כְּדֵי שֶׁלֹּא לְפַרְסֵם עֲנָוָה, אַךְ הֵשִׁיב לָהֶם דִּבְרֵי עֲנָוָה שֶׁהִקְטִין עַצְמוֹ בְּרֶמֶז דַּק. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד הָא דְּנִתְפַּלְּאוּ עַל חָכְמָתוֹ וְאָמְרוּ לֵיהּ חֲכִימַתְּ כֻּולֵּי הַאי, עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַב הָרַב בִּינָה לְעִתִּים זַ"ל, דִּכְפִי הַטֶּבַע מִי שֶׁהוּא זְכָרָן הַרְבֵּה לֹא יִהְיֶה חָרִיף הַרְבֵּה , וּבָזֶה פֵּירֵשׁ מַה שֶׁאָמַר שְׁמוּאֵל לר"י שִׁינָּנָא פְּתַח פֻּומָּךְ תָּנֵי עַייֵּן שָׁם. וְלָכֵן כָּאן אֶפְשָׁר שֶׁהֵם הָיוּ יוֹדְעִים בּוֹ שֶׁהוּא זְכָרָן גָּדוֹל שֶׁהָיָה סִינַי כְּרַב יוֹסֵף וְלָכֵן אָמְרוּ לֵיהּ רָאוּי לְבָרֵךְ עָלֶיךָ שֶׁחָלַק מֵחָכְמָתוֹ לִירֵאָיו, כִּי כֹּחַ הַזִּכָּרוֹן יִמָּשֵׁךְ מִמָּקוֹם עֶלְיוֹן הַנִּקְרָא כָּבוֹד, בְּסוֹד מַה שֶּׁאוֹמְרִים בִּתְפִלָּה וְאֵין שִׁכְחָה לִפְנֵי כִּסֵּא כְבוֹדֶךָ כַּנּוֹדָע, וּכְשֶׁרָאוּ אוֹתוֹ עַתָּה שֶׁהוּא חָרִיף גָּדוֹל כָּמֹהוּ וְאָמְרוּ לֵיהּ חֲכִימַתְּ כֻּולֵּי הַאי, כִּי אַתָּה שֶׁיֵּשׁ לְךָ כֹּחַ הַזְכָּרָה הַרְבֵּה אֵין רָאוּי שֶׁתִּהְיֶה חָרִיף כָּל כָּךְ מִצַּד הַטֶּבַע, וְהָא דְּיָהֲבִי בֵּיהּ עֵינֵיהוּ, וּשְׁכֵיב, אֵין הַכַּוָּנָה שֶׁיֵּשׁ לָהֶם עַיִן הָרַע חָס וְחָלִילָה, אֶלָּא יֵשׁ צַדִּיק שָׁרְשׁוֹ בְּחֶסֶד וְיֵשׁ שָׁרְשׁוֹ בִּגְבוּרָה, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ הִלֵּל וְשַׁמַּאי דַּרְגִין דְּאַבְרָהָם וְיִצְחָק, וְכָל צַדִּיק שֶׁשָּׁרְשׁוֹ בִּגְבוּרָה נֶאֱחָזִין בְּקֹוֵוי עֵינַיִם שֶׁלּוֹ כּוֹחוֹת דִּינִים, וְהֵם יָהֲבִי בֵּיהּ עַנְיַיְהוּ לְטוֹבָה, אַךְ לִהְיוֹתָם שָׁורְשָׁם בִּגְבוּרָה אָז אוֹתָם כּוֹחוֹת הַדִּינִין הַנִּתְלִין וְנֶאֱחָזִים בְּעֵינֵיהֶם נִתְלוּ בּוֹ וְנִזּוֹק מֵהֶם וּשְׁכִיב וְהַדְּבָרִים עֲמֻוקִּים.
« Ils lui dirent : es-tu sage à ce point ? Ils fixèrent sur lui leur regard, et il mourut. » Il y a lieu de demander : pourquoi s'étonnèrent-ils à ce point pour cette chose ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'ils s'étonnèrent de deux choses. La première, qu'il ait su évaluer leur sagesse : il est donc plus grand qu'eux. La seconde, qu'il ait innové une règle de son propre chef en un instant ; car la michna énonce cette halakha à propos de soixante myriades réelles, et lui a innové que même deux hommes seuls, s'ils sont d'une valeur égale à soixante myriades, on récite sur eux la berakha. Il avait certainement établi en son esprit des preuves et des démonstrations pour cette règle, sans quoi il n'aurait pas tranché ainsi d'un couteau aiguisé. Il me semble en outre qu'ils s'étonnèrent de sa finesse, car il répondit une parole d'humilité avec une subtilité délicate, ne voulant pas dévoiler son humilité dans cette réponse. C'est que l'on peut demander : le mot « à mes yeux » paraît superflu, il aurait suffi de dire « je vous ai comptés ». Il apparaît qu'il parla par humilité, car le sage vaut cent aux yeux d'un homme moyen, mais aux yeux d'un homme très petit il en vaut mille ou dix mille ; c'est pourquoi il dit « je vous ai comptés à mes yeux », voulant dire : à mon égard, moi qui suis très petit, vous valez soixante myriades. Il ne leur répondit pas « que suis-je et qu'est ma vie, pour que vous parliez ainsi de moi », afin de ne pas rendre publique son humilité, mais il leur répondit des paroles d'humilité où il se rabaissait par une allusion délicate. Autrement, il me semble, avec l'aide du Ciel, que leur étonnement devant sa sagesse et leur parole « es-tu sage à ce point » s'expliquent d'après ce qu'a écrit le Rav Bina la-Itim, de mémoire bénie : selon la nature, celui qui a beaucoup de mémoire n'a pas beaucoup de finesse ; c'est ainsi qu'il a expliqué ce que Chemouel dit à Rav Yehouda, « homme à la dent aiguisée, ouvre la bouche et étudie », vois-le là. Il est donc possible qu'ils aient su de lui qu'il avait une grande mémoire, qu'il était un Sinaï comme Rav Yossef, et c'est pourquoi ils lui dirent qu'il convient de réciter sur toi « qui a donné de Sa sagesse à ceux qui Le craignent », car la force de la mémoire découle d'un lieu élevé nommé kavod (gloire), selon le sod de ce que l'on dit dans la prière, « il n'y a pas d'oubli devant le trône de Ta gloire », comme on le sait. Et lorsqu'ils virent qu'il était en outre d'une grande finesse, ils lui dirent « es-tu sage à ce point », car toi qui as une si grande force de mémoire, il ne conviendrait pas selon la nature que tu sois si fin. Quant à « ils fixèrent sur lui leur regard, et il mourut », l'intention n'est pas qu'il y ait eu chez eux un mauvais œil, à D.ieu ne plaise ; mais il est un juste dont la racine est dans 'hessed et un juste dont la racine est dans guevoura, comme il est dit dans le saint Zohar que Hillel et Chamai étaient les degrés d'Avraham et d'Its'hak ; et chez tout juste dont la racine est dans guevoura, des forces de rigueur s'attachent aux traits de ses yeux. Eux fixèrent sur lui leur regard pour le bien ; mais leur racine étant dans guevoura, ces forces de rigueur suspendues et attachées à leurs yeux se sont attachées à lui, il en fut lésé et il mourut. Et les choses sont profondes.
וְלֹא עוֹד אֶלָּא שֶׁגּוֹרֵם לַשְּׁכִינָה שֶׁתִּסְתַּלֵּק מִיִּשְׂרָאֵל. הַדָּבָר הַזֶּה יִפָּלֵא, הֲיִתָּכֵן בִּשְׁבִיל שֶׁלֹּא הִמְתִּין לָזֶה יִגְרֹום רַע כָּל כָּךְ לְיִשְׂרָאֵל כֻּולָּם בְּסִילּוּק שְׁכִינָה, שֶׁהוּא דָּבָר קָשֶׁה מִכָּל רָעוֹת שֶׁבָּעוֹלָם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי יָדוּעַ דְּהַשְׁרָאַת שְׁכִינָה עַל יִשְׂרָאֵל יֵשׁ בָּזֶה מַדְרֵגוֹת רַבּוֹת, וּמַדְרֵגָה הַגְּדוֹלָה הִיא בִּהְיוֹתָם שִׁשִּׁים רִבּוֹא בְּאַחְדוּת אֶחָד אָז תִּשְׁרֶה שְׁכִינָה עֲלֵיהֶם בְּמַדְרֵגָה גְּדוֹלָה מְאֹד, וְלָכֵן אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (בְּרָכוֹת פ"ט) הָרוֹאֶה שִׁשִּׁים רִבּוֹא יִשְׂרָאֵל מְבָרֵךְ בָּרוּךְ חֲכַם הָרָזִים, וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב בָּזֶה רַבֵּינוּ מָהָרָ"ם אַלְשֵׁיךְ זַ"ל, וְהִנֵּה צֵא וַחֲשֹׁוב בְּדַעְתְּךָ אִם הָיוּ יִשְׂרָאֵל בְּאוֹתוֹ זְמַן שִׁשִּׁים רִבּוֹא בְּאַחְדוּת אֶחָד עִם הִצְטָרְפוּת שֶׁל זֶה הָאִישׁ שֶׁקָּדַם לְהִתְפַּלֵּל, וְאָז הָיְתָה הַשְׁרָאַת שְׁכִינָה עֲלֵיהֶם בְּמַדְרֵגָה הַגְּדוֹלָה, וְעַל יְדֵי שֶׁהִנִּיחַ חֲבֵירוֹ בִּמְקוֹם סַכָּנָה וְיָצָא נִמְצָא הִפְרִיד עַצְמוֹ מִכְּלָלוּת יִשְׂרָאֵל וְכָאָמוּר לְעֵיל, וְאִם כֵּן נֶחְסְרוּ שִׁשִּׁים רִבּוֹא אָדָם אֶחָד, וּמִמֵּילָא אוֹתָהּ הַמַּדְרֵגָה הָעֶלְיוֹנָה שֶׁל הַשְׁרָאַת שְׁכִינָה נִסְתַּלְּקָה, הֲרֵי אֶפְשָׁר שֶׁבָּזֶה הַדָּבָר יִגְרֹום סִילּוּק שְׁכִינָה מִיִּשְׂרָאֵל.
« Et non seulement cela, mais il fait que la Chekhina se retire d'Israël. » Cette chose est étonnante : est-il possible que, pour n'avoir pas attendu celui-ci, il cause un mal si grand à tout Israël par le retrait de la Chekhina, ce qui est plus dur que tous les maux du monde ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il est connu que la résidence de la Chekhina sur Israël comporte de nombreux degrés, et que le plus grand degré est lorsqu'ils sont soixante myriades dans une seule union : alors la Chekhina réside sur eux à un degré très élevé. C'est pourquoi nos maîtres de mémoire bénie ont dit (Berakhot chapitre 9) : celui qui voit soixante myriades d'Israël bénit « Béni ... le Sage des secrets », comme l'a écrit sur ce point notre maître le Maharam Alchikh, de mémoire bénie. Va donc et calcule en ton esprit : si Israël était à ce moment-là soixante myriades dans une seule union, avec l'adjonction de cet homme qui avait commencé à prier, la résidence de la Chekhina était alors sur eux au degré le plus élevé ; et du fait qu'il a laissé son compagnon en un lieu de danger et qu'il est sorti, il s'est séparé de la totalité d'Israël, comme il a été dit plus haut. Il manque donc un homme aux soixante myriades, et de ce fait ce degré supérieur de résidence de la Chekhina s'est retiré. Il est donc possible que par cela il cause le retrait de la Chekhina d'Israël.
💡 Explication

L'épisode illustre par la pratique les berakhot énoncées dans la sougya. Rav Papa et Rav Houna disent deux berakhot : celle du sage, qui a donné de Sa sagesse à ceux qui Le craignent, et chehehiyanou, puisque, comme le note Rachi, plus de trente jours s'étaient écoulés.

Rav Hanina en ajoute une troisième, le Sage des secrets, normalement réservée à la vue de soixante myriades d'Israël. Il l'applique à deux hommes seuls, en estimant que leur valeur équivaut à celle d'une telle foule. C'est cette extension, tirée de son propre raisonnement, qui provoque l'exclamation de ses interlocuteurs.

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אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: הָרוֹאֶה אֶת הַבַּהֲקָנִים, אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ … מְשַׁנֶּה הַבְּרִיּוֹת״. מֵיתִיבִי: רָאָה אֶת הַכּוּשִׁי, וְאֶת הַגִּיחוֹר, וְאֶת הַלַּווְקָן, וְאֶת הַקִּפֵּחַ, וְאֶת הַנַּנָּס, וְאֶת הַדַּרְנִיקוֹס, אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ … מְשַׁנֶּה אֶת הַבְּרִיּוֹת״. אֶת הַקִּטֵּעַ, וְאֶת הַסּוּמָא, וְאֶת פְּתוּיֵי הָרֹאשׁ, וְאֶת הַחִגֵּר, וְאֶת הַמֻּוכֶּה שְׁחִין, וְאֶת הַבַּהֲקָנִים, אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ … דַּייַּן אֱמֶת״!

Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : celui qui voit des bahakanim (hommes couverts de taches) dit « Béni ... qui change les créatures ». On objecte : il a vu un kouchi, un guihor, un lavkan, un kipeah, un nain, un darnikos, il dit « Béni ... qui change les créatures » ; un kitea (amputé), un aveugle, un petouyei ha-roch, un boiteux, un mouke chehin (homme atteint de plaies) et des bahakanim, il dit « Béni ...

Juge de vérité » !

📜 Rachi (9)
בְּהַקָּנִים לינטייליו"ש כַּעֲדָשִׁים:
En langue vulgaire lintiliious : des taches semblables à des lentilles.
כּוּשִׁי שָׁחוֹר הַרְבֵּה:
Très noir.
גִּיחוֹר אָדֹום הַרְבֵּה רו"ש בְּלַעַ"ז:
Très rouge ; en langue vulgaire rouch.
לַווְקָן לָבָן יוֹתֵר מִדַּאי:
Blanc à l'excès.
קפח בֶּטֶן גָּדוֹל מִתּוֹךְ עָובְיוֹ נִרְאֵית קוֹמָתוֹ מְקֻופַּחַת לָשׁוֹן אַחֵר קפח אָרֹוךְ הַרְבֵּה וּפַרְצוּפוֹ שָׁמוּט וּבוֹלֵט דִּמְכֹועָר הָוֵי:
Un grand ventre, dont l'épaisseur fait paraître sa taille rabougrie. Autre explication : kipeah, très long, au visage affaissé et saillant, ce qui le rend disgracieux.
הַדַּרְנִיקוֹס רודא"ש לָשׁוֹן אַחֵר פִּיו עָקֹום:
En langue vulgaire roudach. Autre explication : sa bouche est de travers.
אוֹמֵר בָּרוּךְ מְשַׁנֶּה אֶת הַבְּרִיּוֹת דְּמִמְּעֵי אָמֵן הָווּ:
Car ils sont ainsi depuis le ventre de leur mère.
קָטַע שֶׁנִּקְטְעוּ יָדָיו הָכָא הוּא דְּקִטֵּעַ מַשְׁמַע דְּיָדַיִם הוּא מִשּׁוּם דְּקָתָנֵי תַּרְתֵּי קָטַע וְחִגֵּר אֲבָל הֵיכָא דְּקָתָנֵי קָטַע לְחוּד מַשְׁמַע דְּרַגְלַיִם כְּדִתְנַן (שַׁבָּת פ"ו ד' סה:) הַקִּטֵּעַ יוֹצֵא בְּקַב שֶׁלּוֹ:
Celui dont les mains ont été coupées. Ici kitea désigne les mains, parce que la baraita enseigne deux termes, kitea et boiteux ; mais là où elle enseigne kitea seul, cela désigne les jambes, comme nous avons appris (Chabbat 65b) : l'amputé sort avec sa jambe de bois.
פְּתוּיֵי רֹאשׁ שֶׁשְּׂעָרוֹ כְּנַמְטָא כָּל שְׂעָרוֹ דָּבוּק זֶה בָּזֶה פלטדי"ר בְּלַעַ"ז:
Dont les cheveux sont comme du feutre, tous collés les uns aux autres ; en langue vulgaire peltadir.
⚖️ Rosh (1)
הָרוֹאֶה אֶת הַכּוּשִׁי וְאֶת הַגִּיחוֹר וְאֶת הַלַּווְקָן וְאֶת הַקִּפֵּחַ וּפְתוּיֵי הָרֹאשׁ וְאֶת הַנַּנָּס וְהַדַּרְנִיקוּס אוֹמֵר בָּרוּךְ מְשַׁנֶּה הַבְּרִיּוֹת רָאָה אֶת הַחִיגֵּר וְאֶת הַסּוּמָא וְאֶת הַקִּיטֵּעַ וּמֻוכֵּה שְׁחִין וְהַבַּהֲקָנִים אוֹמֵר בָּרוּךְ דַּייַּן הָאֱמֶת וְאִם מִמְּעֵי אִמָּן הֵן אוֹמֵר בָּרוּךְ מְשַׁנֶּה הַבְּרִיּוֹת ת"ר הָרוֹאֶה אֶת הַפִּיל וְאֶת הַקּוֹף וְאֶת הַקִּיפוֹף אוֹמֵר בָּרוּךְ מְשַׁנֶּה מְשַׁנֶּה הַבְּרִיּוֹת רָאָה בְּרִיּוֹת טוֹבוֹת וְאִילָנוֹת טוֹבוֹת אוֹמֵר בָּרוּךְ שֶׁכָּכָה לוֹ בְּעוֹלָמוֹ:
Celui qui voit un kouchi, un guihor, un lavkan, un kipeah, un petouyei ha-roch, un nain ou un darnikos dit « Béni ... qui change les créatures ». Il a vu un boiteux, un aveugle, un kitea, un mouke chehin ou des bahakanim, il dit « Béni ... le Juge de vérité » ; et s'ils sont ainsi depuis le ventre de leur mère, il dit « Béni ... qui change les créatures ». Nos maîtres ont enseigné : celui qui voit un éléphant, un singe ou un kipof dit « Béni ... qui change les créatures » ; il a vu de belles créatures ou de beaux arbres, il dit « Béni ... à qui il en est ainsi dans Son monde ».
💡 Explication

Rabbi Yehochoua ben Levi range les bahakanim, hommes couverts de taches, sous la berakha « qui change les créatures ». La baraita citée contre lui donne deux listes de six termes chacune, et place les bahakanim dans la seconde, celle qui appelle « Juge de vérité ».

Rachi identifie chaque terme, souvent par un mot de la langue vulgaire de son temps : kouchi, très noir ; guihor, très rouge ; lavkan, blanc à l'excès ; kipeah, au ventre énorme ou au visage affaissé ; darnikos, à la bouche de travers. Il note aussi une règle de lecture utile : kitea employé seul désigne les jambes, mais lorsqu'il figure à côté de « boiteux », il désigne les mains.

9
לָא קַשְׁיָא: הָא מִמְּעֵי אִמּוֹ, הָא בָּתַר דְּאִיתְיְלִיד. דַּיְקָא נָמֵי, דְּקָתָנֵי דֻּומְיָא דְּקִטֵּעַ. שְׁמַע מִינָּה.

Ce n'est pas une difficulté : ici, depuis le ventre de sa mère ; là, après qu'il est né. Le langage lui aussi est précis, puisqu'il enseigne ce cas à la manière de l'amputé.

Conclus-en ainsi.

📜 Rachi (2)
הֵיכָא דְּאִיתְּרַע לֵיהּ בָּתַר דְּאֶתְיַלֵּיד לְאַחַר שֶׁנּוֹלַד נוֹלְדוּ בּוֹ:
Après sa naissance, ces défauts sont survenus en lui.
דֻּומְיָא דְּקִטֵּעַ וּקְטַע בָּתַר דְּאִיתְיְלִיד הוּא:
Et l'amputé l'est devenu après sa naissance.
💡 Explication

La contradiction se résout par la cause du trait, non par sa nature. Une particularité présente depuis le ventre de la mère relève de la formation même de la créature, et appelle « qui change les créatures ». Une particularité survenue après la naissance est une perte, et appelle « le Juge de vérité ».

La Guemara ajoute une preuve tirée de la formulation : la baraita énumère les bahakanim aux côtés du kitea, et l'amputation ne survient jamais avant la naissance. Le voisinage des termes dans la liste indique donc de quel cas elle parle.

🖼️ Schéma
Corps hors du commun : depuis le ventre, ou après la naissance Il voit un homme dont le corps est différent Le trait existe depuis le ventre de sa mère (mi-mee immo) Le trait est survenu après la naissance (batar de-itilid) Béni ... qui change les créatures Béni ... le Juge de vérité kouchi, guihor, lavkan, kipeah, nain, darnikos et les bahakanim, s'ils sont tels depuis la naissance kitea (amputé), aveugle, petouyei ha-roch, boiteux, mouke chehin et les bahakanim, s'ils le sont devenus ensuite Preuve du langage : la baraita range les bahakanim à côté du kitea, qui ne l'est jamais qu'après la naissance.
La distinction retenue et la preuve tirée du voisinage des termes.
10
תָּנוּ רַבָּנַן: הָרוֹאֶה פִּיל, קוֹף וְקָפוֹף, אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ … מְשַׁנֶּה אֶת הַבְּרִיּוֹת״. רָאָה בְּרִיּוֹת טוֹבוֹת, וְאִילָנוֹת טוֹבוֹת, אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ … שֶׁכָּכָה לוֹ בְּעוֹלָמוֹ״.

Nos maîtres ont enseigné : celui qui voit un éléphant, un singe ou un kipof dit « Béni ... qui change les créatures ». Il a vu de belles créatures ou de beaux arbres, il dit « Béni ... à qui il en est ainsi dans Son monde ».

📜 Rachi (1)
קִפּוֹף עוֹף שֶׁקּוֹרִין וולטו"ר וְיֵשׁ לוֹ לְסָתוֹת וּלְחָיַיִם כְּאָדָם:
Un oiseau que l'on appelle voltour, qui a des mâchoires et des joues comme celles d'un homme.
💡 Explication

La même berakha « qui change les créatures » s'étend des hommes aux animaux dont l'aspect s'écarte de l'ordinaire. Rachi décrit le kipof comme un oiseau pourvu de mâchoires et de joues semblables à celles d'un homme, ce qui explique sa présence dans cette liste.

La seconde formule, à qui il en est ainsi dans Son monde, porte sur la beauté et non sur l'écart. Elle vaut pour les créatures comme pour les arbres.

11
עַל הַזִּיקִין: מַאי זִיקִין? אָמַר שְׁמוּאֵל: כּוֹכְבָא דְּשָׁבִיט. וְאָמַר שְׁמוּאֵל: נְהִירִין לִי שְׁבִילֵי דִשְׁמַיָּא כִּשְׁבִילֵי דִנְהַרְדָּעָא, לְבַר מִכּוֹכְבָא דְּשָׁבֵיט דְּלָא יָדַעְנָא מַאי נִיהוּ. וּגְמִירִי דְּלָא עָבַר כִּסְלָא, וְאִי עָבַר כִּסְלָא — חָרַב עָלְמָא. וְהָא קָא חָזֵינַן דְּעָבַר! — זִיוֶיהָ הוּא דְּעָבַר, וּמִתְחֲזֵי כִּדְעָבַר אִיהוּ. רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ אָמַר: וִילוֹן הוּא דְּמִקְּרַע, דְּמִגַּלְגַּל וּמִחֲזֵי נְהוֹרָא דְרָקִיעַ. רַב אַשִּׁי אָמַר: כּוֹכְבָא הוּא דְּעָקַר מֵהַאי גִּיסָא דְּכִסְלָא וְחָזֵי לֵיהּ חַבְרֵיהּ מֵהַךְ גִּיסָא, וּמִיבְּעִית, וּמֶחֱזֵי כְּמַאן דְּעָבַר.

« Sur les zikin » : que sont les zikin ? Chemouel a dit : une comète.

Et Chemouel a dit : les sentiers du ciel me sont aussi clairs que les sentiers de Nehardea, hormis la comète, dont je ne sais pas ce qu'elle est. Nous avons reçu par tradition qu'elle ne franchit pas Kessil, et que si elle franchissait Kessil le monde serait détruit.

Mais nous voyons bien qu'elle le franchit ! — C'est son éclat qui franchit, et cela paraît comme si elle-même franchissait. Rav Houna fils de Rav Yehochoua a dit : c'est le Vilon qui se déchire, s'enroule et laisse voir la lumière du firmament.

Rav Achi a dit : c'est une étoile qui se détache d'un côté de Kessil, une autre la voit de l'autre côté, prend peur, et cela paraît comme si elle franchissait.

📜 Rachi (4)
כּוֹכְבָא דְּשָׁבִיט כּוֹכָב הַיּוֹרֵד כַּחֵץ בָּרָקִיעַ מִמָּקוֹם לְמָקוֹם וְאָרֹוךְ כְּשֵׁבֶט שֶׁהוּא יוֹרֶה וְנִרְאֶה כְּמוֹ שֶׁפּוֹתֵחַ רָקִיעַ:
Une étoile qui descend comme une flèche dans le firmament d'un lieu à un autre, longue comme une verge, qui file et paraît ouvrir le firmament.
וּגְמִירִי דְּלָא עָבַר כִּסְלָא שֶׁאֵינוֹ מַעֲבִיר מַזָּל כְּסִיל כְּשֶׁהוּא שָׁבִיט:
Elle ne fait pas passer la constellation de Kessil lorsqu'elle file.
כִּסְלָא כְּסִיל:
Kessil, c'est-à-dire Kessil (Orion).
רַב הוּנָא אָמַר מַאי זִיקִין וִילוֹן הוּא דְּמִקְּרַע וּמִתְחֲזֵי רָקִיעַ דֶּרֶךְ הַקְּרִיעָה כְּרֹומַח:
Rav Houna dit : que sont les zikin ? C'est le Vilon qui se déchire, et le firmament se laisse voir par la déchirure, semblable à une lance.
🗂️ Tossefot (1)
וִילוֹן הוּא דְּמִקְּרַע וּמֶחֱזֵי נְהוֹרָא בָּרָקִיעַ לְפִי הָעִנְיָן מַשְׁמַע דְּבָא רַב הוּנָא לְתָרֵץ דְּלָא עָבַר כִּסְלָא וְלָא קָאֵי אַמַּתְנִיתִין לְפָרוֹשֵׁי מַאי זִיקִין דְּהָא רַב אַשִּׁי דְּבָתְרֵיהּ קָאֵי אַשִּׁנּוּיָא דְּלָא עָבַר כִּסְלָא וּדְלֹא כְּפֵירוּשׁ רַשִׁ"י:
D'après le contexte, il apparaît que Rav Houna vient répondre à la difficulté selon laquelle elle ne franchit pas Kessil, et qu'il ne se rapporte pas à la michna pour expliquer ce que sont les zikin ; car Rav Achi, qui vient après lui, se rapporte à la réponse « elle ne franchit pas Kessil ». Cela va à l'encontre du commentaire de Rachi.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מַאי 'זִיקִים'? אָמַר שְׁמוּאֵל: כּוֹכְבָא דְּשָׁבִיט. עַייֵּן בְּסֵפֶר הַבְּרִית (בְּמַאֲמָר ג' כֶּרֶךְ ה') מַה שֶּׁכָּתַב בְּעִנְיָן זֶה, יְעֻויַּן שָׁם, וַאֲנָא עַבְדָּא כָּתַבְתִּי בְּעִנְיָן זֶה דְּבָרִים בְּאֹורֶךְ וְלֹא הֶעְתַּקְתִּים פֹּה וְאַיָּ"ה עַבְדָּא כָּתַבְתִּי בְּעִנְיָן זֶה דְּבָרִים בְּאֹורֶךְ וְלֹא הֶעְתַּקְתִּים פֹּה וְאַיָּ"ה יָבוֹאוּ בְּמָקוֹם אַחֵר, וְכֵן בְּמַאי דְּאָמַר לְקַמָּן (דַּף נט) מַאי 'זְוָעוֹת'? אָמַר רַב קַטִּינָא גּוּהָא וְכוּ', עַיֵּין בְּסֵפֶר הַבְּרִית (מַאֲמָר י' פֶּרֶק א'), וְכֵן כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ לְקַמָּן מַאי רְעָמִים אָמַר שְׁמוּאֵל עֲנָנֵי בְּגַלְגַּלָּא, עַיֵּין סֵפֶר הַבְּרִית (מַאֲמָר י' פֶּרֶק יג) וְכֵן בְּעִנְיַן הַקֶּשֶׁת עַיֵּין בְּסֵפֶר הַבְּרִית (מַאֲמַר י' פֶּרֶק יב), וְעַייֵּן יַעֲרַת דְּבַשׁ (ח"א דַּף פֹּא) וַאֲנָא עַבְדָּא כָּתַבְתִּי בְּכָל עִנְיָינִים הנז"ל בְּאֹורֶךְ וְלֹא הֶעְתַּקְתִּים פֹּה וְאַיָּ"ה יָבוֹאוּ בְּמָקוֹם אַחֵר.
« Que sont les zikin ? Chemouel a dit : une comète. » Vois dans le Sefer ha-Berit (troisième discours, cinquième volume) ce qui est écrit sur ce sujet, vois-le là. Et moi, serviteur, j'ai écrit sur ce sujet des développements étendus que je n'ai pas recopiés ici, et s'il plaît à D.ieu ils viendront en un autre endroit. De même pour ce qui est dit plus loin (folio 59) : que sont les zeouot ? Rav Ketina a dit, un tremblement, etc. ; vois le Sefer ha-Berit (dixième discours, chapitre premier). De même pour ce qui est dit plus loin : que sont les tonnerres ? Chemouel a dit, des nuages dans la sphère ; vois le Sefer ha-Berit (dixième discours, chapitre treize). Et de même au sujet de l'arc-en-ciel, vois le Sefer ha-Berit (dixième discours, chapitre douze), et vois le Yaarot Devach (première partie, folio 81). Et moi, serviteur, j'ai écrit sur tous ces sujets des développements étendus que je n'ai pas recopiés ici, et s'il plaît à D.ieu ils viendront en un autre endroit.
⚖️ Rosh (2)
מַתְנֵי' עַל הַזִּיקִין וְעַל הַזְּוָעוֹת וְעַל הָרְעָמִים וְעַל הַבְּרָקִים וְעַל הָרוּחוֹת אוֹמֵר בָּרוּךְ שֶׁכֹּחוֹ וּגְבוּרָתוֹ מָלֵא עוֹלָם עַל הֶהָרִים וְעַל הַגְּבָעוֹת וְעַל הַיַּמִּים וְעַל הַנְּהָרוֹת וְעַל הַמִּדְבָּרוֹת אוֹמֵר בָּרוּךְ עוֹשֵׂה מַעֲשֵׂה בְרֵאשִׁית רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר הָרוֹאֶה אֶת הַיָּם הַגָּדוֹל אוֹמֵר בָּרוּךְ שֶׁעָשָׂה אֶת הַיָּם הַגָּדוֹל אֵימָתַי שֶׁרָאָהוּ לִפְרָקִים:
Michna : sur les zikin, sur les zeouot, sur les tonnerres, sur les éclairs et sur les vents, on dit « Béni ... dont la force et la puissance emplissent le monde ». Sur les montagnes, sur les collines, sur les mers, sur les fleuves et sur les déserts, on dit « Béni ... qui fait l'œuvre du commencement ». Rabbi Yehouda dit : celui qui voit la grande mer dit « Béni ... qui a fait la grande mer », lorsqu'il la voit par intervalles.
גְּמ' מַאי זִיקִין אָמַר שְׁמוּאֵל כּוֹכְבָא דְּשָׁבֵיט מַאי זְוָעוֹת א"ר קַטִּינָא גּוּהָא מַאי רוּחוֹת אָמַר אַבָּיֵי זַעְפָּא רוּחַ סְעָרָה חָזָק בְּיוֹתֵר אַרִיבָּ"ל הָרוֹאֶה אֶת הַקֶּשֶׁת אוֹמֵר בָּרוּךְ זוֹכֵר הַבְּרִית בְּמַתְנִיתָא תָּנָא נֶאֱמָן בִּבְרִיתוֹ וְקַייָּם בְּמַאֲמָרוֹ: עַל הֶהָרִים וְעַל הַגְּבָעוֹת וְכוּ' אַטּוּ כָּל הָנֵי דַּאֲמַרַן עַד הַשְׁתָּא לָא מַעֲשֵׂה בְּרֵאשִׁית נִינְהוּ וְהָכְתִיב בְּרָקִים לַמָּטָר עָשָׂה אָמַר רָבָא הָתָם מְבָרֵךְ תַּרְתֵּי שֶׁכֹּחוֹ וּגְבוּרָתוֹ מָלֵא עוֹלָם וְעוֹשֶׂה מַעֲשֵׂה בְּרֵאשִׁית פֵּירוּשׁ הֵי מִינַּייְהוּ דְּבָעֵי הָכָא עוֹשֶׂה מַעֲשֵׂה בְּרֵאשִׁית אִיכָּא שֶׁכֹּחוֹ וּגְבוּרָתוֹ מָלֵא עוֹלָם לֵיכָּא. יְרוּשַׁלְמִי עַל הַבְּרָקִים ר' יִרְמְיָה וְר' זֵירָא בְּשֵׁם רַב חִסְדָּא דַּיּוֹ פַּעַם אֶחָד בְּכָל יוֹם ר' יוֹסֵי בָּעֵי בַּמֶּה אֲנַן קָיְימִין אִם בְּטָרוֹדִין דַּיּוֹ פַּעַם אַחַת בַּיּוֹם אִם בְּמַפְסִיקִין מְבָרֵךְ עַל כָּל פַּעַם וּפַעַם פֵּירוּשׁ טָרוֹדִין שֶׁלֹּא נִתְפַּזְּרוּ הֶעָבִים בֵּינְתַיִים מַפְסִיקִים שֶׁנִּתְפַּזְּרוּ הֶעָבִים בֵּינְתַיִים חָייְלִי' דְּר' יוֹסֵי מִן הָדָא הָיָה יוֹשֵׁב בַּחֲנוּת שֶׁל בְּשֵׁם כָּל הַיּוֹם אֵינוֹ מְבָרֵךְ אֶלָּא אַחַת אֲבָל אִם הָיָה נִכְנָס וְיוֹצֵא מְבָרֵךְ עַל כָּל פַּעַם וּפַעַם הָיָה יוֹשֵׁב בְּבֵית הַכִּסֵּא אוֹ בְּכֶסְפּוּקְלְרָיא אִם הָיָה יָכוֹל לָצֵאת לְבָרֵךְ תּוֹךְ כְּדֵי דִבּוּר יָצָא וְאִם לָאו לֹא יָצָא ר' יִרְמְיָה בָּעֵי הָיָה יוֹשֵׁב בְּתוֹךְ מִגְדָּל שֶׁל עֵצִים מַהוּ שֶׁיַּעֲשֶׂה כְּמוֹ מַלְבּוּשׁ וְיוֹצִיא רֹאשׁוֹ חוּץ לַחַלּוֹן וִיבָרֵךְ מְסַפְּקָא לֵיהּ אִם לִבּוֹ רוֹאֶה אֶת הָעֶרְוָה אָסוּר אוֹ מֻותָּר וּלְמַעְלָה סוֹף פ"ג פָּסַקְנוּ שֶׁאָסוּר:
Guemara : que sont les zikin ? Chemouel a dit, une comète. Que sont les zeouot ? Rav Ketina a dit, un tremblement. Que sont les rouhot ? Abaye a dit, la tempête, un vent d'orage très fort. Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : celui qui voit l'arc-en-ciel dit « Béni ... qui se souvient de l'alliance » ; une baraita a enseigné « fidèle en Son alliance et stable en Sa parole ». « Sur les montagnes et sur les collines, etc. » : est-ce à dire que tout ce que nous avons énoncé jusqu'ici ne relève pas de l'œuvre du commencement ? N'est-il pas écrit « Il a fait les éclairs pour la pluie » ? Rava a dit : là-bas on récite deux berakhot, « dont la force et la puissance emplissent le monde » et « qui fait l'œuvre du commencement ». Explication : laquelle des deux est requise ? Ici « qui fait l'œuvre du commencement » est requise, « dont la force et la puissance emplissent le monde » ne l'est pas. Talmud de Jérusalem : sur les éclairs, Rabbi Yirmeya et Rabbi Zera au nom de Rav Hisda, il suffit d'une fois par jour. Rabbi Yossi demande : de quoi parlons-nous ? S'il s'agit d'éclairs continus, il suffit d'une fois par jour ; s'il s'agit d'éclairs interrompus, il bénit à chaque fois. Explication : « continus » signifie que les nuages ne se sont pas dispersés entre-temps ; « interrompus », que les nuages se sont dispersés entre-temps. La preuve de Rabbi Yossi vient de ceci : celui qui est assis toute la journée dans une boutique de parfumeur ne récite qu'une seule berakha, mais s'il entrait et sortait, il bénit à chaque fois. S'il était assis dans les toilettes ou dans un lieu semblable, s'il pouvait sortir et bénir dans le temps d'une parole, il s'est acquitté ; sinon, il ne s'est pas acquitté. Rabbi Yirmeya demande : s'il était assis dans une tour de bois, peut-il en faire comme un vêtement, sortir la tête par la fenêtre et bénir ? Il doute si, lorsque son cœur voit la nudité, cela est interdit ou permis ; et plus haut, à la fin du chapitre trois, nous avons tranché que cela est interdit.
💡 Explication

La Guemara revient à la michna et définit le premier terme de sa liste. Chemouel identifie les zikin à la comète, et Rachi la décrit comme une traînée lumineuse qui traverse le ciel en paraissant l'ouvrir. L'aveu de Chemouel encadre cette définition : il connaît les chemins du ciel comme les rues de sa ville, sauf celui-là.

Une tradition affirme que la comète ne franchit pas Kessil, faute de quoi le monde serait détruit ; l'observation semble la contredire. Trois réponses sont données : seul l'éclat franchit, le Vilon se déchire, ou une étoile se détache et une autre s'effraie.

Les Tossefot précisent le statut de la deuxième réponse : Rav Houna répond à la difficulté du passage devant Kessil, il ne propose pas une nouvelle définition des zikin, contrairement à ce que suggère le commentaire de Rachi.

🖼️ Schéma
La comète paraît franchir Kessil : trois réponses Tradition : la comète ne franchit pas Kessil ; si elle le franchissait, le monde serait détruit. Difficulté : nous voyons pourtant qu'elle le franchit. 1. Réponse de la Guemara Seul son éclat franchit Kessil, et elle paraît le franchir elle-même. 2. Rav Houna fils de Rav Yehochoua Le Vilon se déchire et s'enroule, laissant voir la lumière du firmament. 3. Rav Achi Une étoile se détache d'un côté de Kessil ; une autre la voit de l'autre côté et prend peur. Tossefot : ces réponses portent sur le passage devant Kessil, non sur la définition des zikin. Rachi lit au contraire Rav Houna comme une seconde définition du mot zikin de la michna.
Le problème du passage devant Kessil et les trois réponses proposées.
12
שְׁמוּאֵל רָמֵי. כְּתִיב ״עֹשֶׂה עָשׁ כְּסִיל וְכִימָה״, וּכְתִיב: ״עָשָׂה כִּימָה וּכְסִיל״. הָא כֵיצַד? אִלְמָלֵא חַמָּה שֶׁל כְּסִיל, לֹא נִתְקַיֵּים עוֹלָם מִפְּנֵי צִינָּה שֶׁל כִּימָה, וְאִלְמָלֵא צִינָּה שֶׁל כִּימָה — לֹא נִתְקַייֵּם עוֹלָם מִפְּנֵי חַמָּה שֶׁל כְּסִיל.

Chemouel a soulevé une contradiction. Il est écrit « Il fait Ach, Kessil et Kima », et il est écrit « Il fait Kima et Kessil ».

Comment cela ? S'il n'y avait pas la chaleur de Kessil, le monde ne subsisterait pas à cause du froid de Kima ; et s'il n'y avait pas le froid de Kima, le monde ne subsisterait pas à cause de la chaleur de Kessil.

📜 Rachi (3)
כְּתִיב עֹושֶׂה עָשׁ כְּסִיל וְכִימָה דְּקַדְמֵיהּ לֵיהּ כְּסִיל לְכִימָה:
Ou Kessil précède Kima.
הָא כֵיצַד מְלַמֵּד שֶׁשְּׁנֵיהֶן שָׁוִין:
Cela enseigne qu'ils sont tous deux égaux.
שֶׁאִלְמָלֵא חַמָּה שֶׁל כְּסִיל וְכוּ' כְּסִיל שׁוֹלֵט בִּימוֹת הַחַמָּה לְהָכִי אָקָדֶמְיָה קְרָא כִּימָה שׁוֹלֵט בִּימוֹת הַגְּשָׁמִים וּלְהָכִי אָקָדֶמְיָה קְרָא:
Kessil domine aux jours de chaleur, c'est pourquoi ce verset-là le place en premier ; Kima domine aux jours de pluie, c'est pourquoi l'autre verset la place en premier.
💡 Explication

La contradiction porte sur l'ordre de deux noms dans deux versets. Job place Kessil avant Kima, Amos place Kima avant Kessil. Chemouel en tire que ni l'un ni l'autre n'a la préséance : ils sont égaux.

La raison est fonctionnelle. Kessil apporte la chaleur, Kima le froid, et le monde ne subsiste que par leur équilibre : sans la chaleur de l'un il périrait du froid de l'autre, et inversement. Rachi ajoute la répartition dans l'année, Kessil dominant la saison chaude et Kima la saison des pluies, ce qui explique que chaque verset nomme en premier celui qui domine dans la saison dont il parle.

🖼️ Schéma
Kessil et Kima : deux versets, un seul équilibre Job 9,9 place Kessil avant Kima Amos 5,8 place Kima avant Kessil Les deux sont égaux en puissance Kessil : la chaleur domine aux jours de chaleur Kima : le froid domine à la saison des pluies Sans la chaleur de Kessil le monde périrait du froid de Kima, et sans le froid de Kima il périrait de la chaleur de Kessil.
Les deux versets, l'égalité qui s'en déduit et la fonction de chaque constellation.
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וּגְמִירִי אִי לָאו עֻוקְצָא דְּעַקְרַבָּא דְּמַנַּח בִּנְהַר דִּינוּר, כֹּל מַאן דַּהֲוָה טָרְקָא לֵיהּ עַקְרַבָּא לָא הֲוָה חָיֵי. וְהַיְינוּ דְּקָאֲמַר לֵיהּ רַחֲמָנָא לְאִיּוֹב: ״הַתְקַשֵּׁר מַעֲדַנּוֹת כִּימָה אוֹ מֹשְׁכוֹת כְּסִיל תְּפַתֵּחַ״.

Nous avons reçu par tradition que si le dard du Scorpion ne reposait pas dans le fleuve de feu, quiconque est piqué par un scorpion ne survivrait pas. C'est ce que le Miséricordieux a dit à Job : « Peux-tu nouer les liens de Kima, ou délier les entraves de Kessil ? »

📜 Rachi (4)
עַקְרָב הַייְנוּ כִּימָה וּמִמַּזַּל טָלֶה הוּא:
Le Scorpion, c'est Kima, et il relève de la constellation du Bélier.
עֻוקְצָא דְּעַקְרַבָּא זְנַב הָעַקְרָב:
La queue du scorpion.
נְהַר דִּינוּר מַתֶּשֶׁת כֹּחוֹ שֶׁל עַקְרָב:
Il affaiblit la force du scorpion.
מַעֲדַנּוֹת כִּימָה קְשָׁרִים שֶׁל כִּימָה:
Les nœuds de Kima.
💡 Explication

Le même principe d'équilibre s'applique à une troisième constellation. Le dard du Scorpion, reste dans le fleuve de feu, y perd de sa force, ce qui rend survivables les piqûres de scorpion ici-bas.

Le verset de Job vient sceller le passage : nouer les liens de Kima et délier les entraves de Kessil, c'est régler la balance du froid et du chaud, et cela n'appartient pas à l'homme.

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מַאי ״כִּימָה״? אָמַר שְׁמוּאֵל: כְּמֵאָה כֹּכְבֵי. אָמְרִי לָהּ דִּמְכַנְּפִי, וְאָמְרִי לָהּ דְּמִבַּדְרָן.

Que signifie « Kima » ? Chemouel a dit : environ cent étoiles.

Certains disent qu'elles sont rassemblées, d'autres disent qu'elles sont dispersées.

📜 Rachi (2)
כְּמֵאָה כֹּכְבֵי יֵשׁ בֵּין הַכּוֹכָבִים שֶׁל כִּימָה שֶׁהֵן כֹּחָהּ שֶׁל כִּימָה:
Il y a une centaine d'étoiles parmi celles de Kima, celles qui font sa force.
אָמְרִי לָהּ דִּמְכַנְּפִי אוֹתָן שֶׁהֵן כֹּחָהּ שֶׁל כִּימָה וְאָמְרִי לָהּ דְּמִבַּדְרָן:
Celles qui font la force de Kima ; et d'autres disent qu'elles sont dispersées.
💡 Explication

Le nom est expliqué par son compte : Kima se lit ke-mea, environ cent, du nombre des étoiles qui composent la constellation. Deux traditions se partagent ensuite sur leur disposition, rassemblées ou dispersées.

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מַאי ״עָשׁ״? אָמַר רַב יְהוּדָה: יוּתָא. מַאי ״יוּתָא״? אָמְרִי לַהּ זְנַב טָלֶה. וְאָמְרִי לַהּ רֵישָׁא דְעִגְלָא. וּמִסְתַּבְּרָא כְּמַאן דְּאָמַר זְנַב טָלֶה, דִּכְתִיב: ״וְעַיִשׁ עַל בָּנֶיהָ תַנְחֵם״. אַלְמָא חֲסֵרָה וּמִתְחַזְיָא

Que signifie « Ach » ? Rav Yehouda a dit : Youta.

Que signifie « Youta » ? Certains disent la queue du Bélier, d'autres disent la tête du Taureau.

Et il est raisonnable de suivre celui qui dit la queue du Bélier, car il est écrit « Et Ach, tu la conduis avec ses fils ». Il ressort donc qu'elle est incomplète et qu'elle paraît

📜 Rachi (4)
יוּתָא אָמְרִי לָהּ דְּקַייְמָא בִּזְנַב טָלֶה וְאָמְרִי לָהּ דְּקַיְימָא בְּרֵישׁ עִגְלָא:
Certains disent qu'elle se tient dans la queue du Bélier, d'autres qu'elle se tient à la tête du Taureau.
רֵישָׁא דְּעִגְלָא רֹאשׁוֹ שֶׁל עֵגֶל וְהַייְנוּ מַזַּל שׁוֹר וְהוּא נִמְשָׁךְ אַחַר מַזַּל טָלֶה רֹאשׁ הַשּׁוֹר סָמוּךְ לִזְנַב טָלֶה שֶׁכֵּן הַסֵּדֶר טָלֶה שׁוֹר תְּאוֹמִים:
La tête du veau, c'est-à-dire la constellation du Taureau ; elle suit la constellation du Bélier, la tête du Taureau étant proche de la queue du Bélier, car tel est l'ordre : Bélier, Taureau, Gémeaux.
וּמִסְתַּבְּרָא כְּמַאן דְּאָמַר זְנַב הַייְנוּ כּוֹכָבִים הָעֲשׂוּיִין כִּזְנַב מִדִּכְתִיב וְעַיִשׁ עַל בָּנֶיהָ תַנְחֵם:
Ce sont des étoiles disposées en forme de queue, puisqu'il est écrit « Et Ach, tu la conduis avec ses fils ».
אַלְמָא חֲסֵרָה וְהַאי זָנָב מַחְזֵי כְּטִרְפָא דִּטְרִיף:
Et cette queue paraît comme arrachée.
💡 Explication

Le daf se termine sur l'identification du troisième nom du verset de Job. Ach est Youta, et deux traditions le situent, l'une à la queue du Bélier, l'autre à la tête du Taureau. Rachi rappelle que les deux positions sont voisines dans l'ordre du zodiaque, Bélier puis Taureau.

La Guemara tranche en faveur de la queue du Bélier à partir du verset « Et Ach, tu la conduis avec ses fils » : la figure y apparaît comme incomplète, ce qui convient à une queue. Le raisonnement se poursuit au début du folio suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).