Berakhot 59a — Ce qui ébranle le monde : Kima et Ich, les tremblements de terre, les tonnerres, les vents, les éclairs et l'arc-en-ciel

Berakhot 59a

Sougya : Le daf poursuit l'explication des phénomènes sur lesquels la michna fait bénir. Il achève d'abord le récit des deux constellations : Kima a perdu deux étoiles quand le déluge a été ouvert, Ich en a perdu deux quand l'ouverture a été bouchée, et Ich marche depuis derrière Kima en réclamant ses enfants.

Trois objections examinent pourquoi les étoiles n'ont pas été rendues ni remplacées, et Rav Nahman annonce leur restitution future. Vient ensuite le tremblement de terre : le récit de Rav Ketina devant le nécromancien, puis cinq explications du gouha, chacune appuyée sur un verset.

Le même traitement est applique aux tonnerres, aux vents de tempête et aux éclairs, avec des indications pratiques sur ce qui annonce un malheur et sur la prière qu'il appelle. La fin du daf passe à l'arc-en-ciel, à sa berakha double selon Rav Papa, puis à la distinction d'Abaye et de Rava entre les deux formules de la michna, et se ferme sur le firmament pur, que Rav Hisda déclare invisible depuis la destruction du Temple.

Le gouha : cinq explications du tremblement de terre Une seule est prononcée par un nécromancien ; les quatre autres sont celles des maîtres. Qui parle Cause du gouha Appui Le ova tamya le nécromancien Deux larmes tombées dans la grande mer Aucun verset. Rav Ketina : il ment, et ses paroles sont mensonge. Rav Ketina Il frappe Ses paumes l'une contre l'autre Ye'hezkel 21, 22 Je frapperai Ma paume contre Ma paume Rabbi Natan Il pousse un soupir Ye'hezkel 5, 13 J'apaiserai Ma fureur et Je serai consolé Les Sages Il donne un coup de pied dans le firmament Yirmeya 25, 30 Il crie comme les fouleurs de raisin Rav Aha bar Yaakov Il presse Ses pieds sous le Trône de gloire Yechayahou 66, 1 La terre est l'escabeau de Mes pieds Toutes ces expressions décrivent une réaction à la peine d'Israël parmi les nations. La guemara admet que la terre tremble bien deux fois ; Rav Ketina se tait pour ne pas accréditer le nécromancien.
Les cinq explications du tremblement de terre, du nécromancien à Rav Aha bar Yaakov, avec le verset sur lequel chacune s'appuie.
Les tonnerres : cinq explications et une conclusion Les trois premières s'appuient sur un verset, les deux dernières sur une observation. Qui parle Ce qui produit le bruit Appui Chemouel Anané begalgala : les nuées dans la sphère Rachi : elles se frottent, ou elles roulent avec la sphère Tehilim 77, 19 Les Sages Des nuées qui versent l'eau l'une dans l'autre Yirmeya 10, 13 Rav Aha bar Yaakov opinion retenue Un éclair puissant fulgure dans la nuée et brise les blocs de grêle L'ordre observé : l'éclair, le grondement, puis la pluie Rav Achi Les nuées sont creuses et le vent souffle à leur ouverture, comme sur une jarre Comparaison matérielle Conclusion : mistabra ke-Rav Aha bar Yaakov. L'éclair passe, les nuées grondent, la pluie vient. L'argument décisif est la succession constante des trois phénomènes.
Les cinq explications du tonnerre et la raison qui fait retenir celle de Rav Aha bar Yaakov : l'éclair, le grondement, puis la pluie.
Deux formules pour deux sortes de phénomènes La michna distingue ; la guemara demande pourquoi, et deux réponses s'opposent. Groupe 1 : ce qui passe Zikin, zeva'ot, reamim, ruhot, berakim Chekoho ougvourato malé olam dont la force et la puissance emplissent le monde Ils se produisent partout à la fois. Groupe 2 : ce qui demeure Montagnes, collines, mers, fleuves, déserts Ossé maassé bereshit qui fait l'œuvre de la création Rachi : chacune est à sa place, non partout. Objection : les éclairs aussi relèvent de la création, car il est écrit : Il fait des éclairs pour la pluie. Abaye : kerokh outni On lie les deux formules et on les enseigne ensemble : sur tous les cas, les deux berakhot. La michna ne sépare pas deux catégories. Rava : la distinction tient Groupe 1 : les deux formules. Groupe 2 : ossé maassé bereshit seule, car malé olam ne s'y applique pas. Tossefot au nom du Rif : selon Rava on dit l'une ou l'autre, celle que l'on veut.
Les deux formules de la michna, l'objection tirée des éclairs, et les deux réponses d'Abaye et de Rava.
1
כְּטִרְפָא דִּטְרִיף. וְהַאי דְּאָזְלָא בָּתְרָהּ, דְּאָמְרָה לָהּ: הַב לִי בְּנִי. שֶׁבְּשָׁעָה שֶׁהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא בִּקֵּשׁ לְהָבִיא מַבּוּל לְעוֹלָם נָטַל שְׁנֵי כּוֹכָבִים מִכִּימָה וְהֵבִיא מַבּוּל לָעוֹלָם. וּכְשֶׁבִּקֵּשׁ לְסָתְמָהּ, נָטַל שְׁנֵי כּוֹכָבִים מֵעַיִשׁ וּסְתָמָהּ.

... comme une chose battue et resserrée. Et si Ich (la Grande Ourse) marche derrière elle, c'est qu'elle lui dit : rends-moi mes enfants.

Car à l'heure où le Saint béni soit-Il voulut amener le déluge sur le monde, Il prit deux étoiles à Kima (les Pléiades) et amena le déluge sur le monde ; et lorsqu'Il voulut boucher l'ouverture, Il prit deux étoiles à Ich et l'en boucha.

📜 Rachi (3)
כְּטִרְפָא דִּטְרִיף דָּבָר שֶׁהוּא חָסֵר וּסְתָמוּהוּ מִגּוּפוֹ שֶׁעֲשָׂאוּהוּ כָּנוּס וּמִתְחֲזֵי כְּמַכֶּה בְּקוּרְנָס טָרְפָא דִּטְרִיף מֻוכֵּה בְּהַכָּאוֹת כְּמוֹ בֵּיצָה טְרוּפָה. ל"א דְּמִתְחַזְיָא כִּדְטָרְפָא מִטֶּרֶף נִדְבַּק יַחַד וַעֲשָׂאוֹ סְנִיפִין כְּמִין חִיבּוּר:
Ketarfa detarif : une chose à laquelle il manque quelque chose et que l'on a bouchée avec sa propre matière, en la resserrant, si bien qu'elle paraît frappée au marteau. Tarfa detarif : frappée de coups, comme un œuf battu (betsa teroufa). Autre explication : elle paraît comme une chose collée ensemble, dont on a fait des pièces rapportées, à la manière d'un raccord.
וְהַאי דְּאָזְלָא עַיִשׁ אַחַר כִּימָה:
Vehai deazla : Ich derrière Kima.
דְּאָמְרָה לַהּ הַב לִי בְּנַי שְׁנֵי כּוֹכָבִים שֶׁלִּי:
Deamra lah hav li benai : mes deux étoiles.
💡 Explication

Le daf précédent décrivait l'aspect de Kima, dont la guemara disait qu'elle paraît rapiécée. L'explication vient ici sous forme de récit : l'ouverture par laquelle les eaux du déluge sont montées a été faite en retirant deux étoiles à Kima, et la fermeture s'est faite avec deux étoiles prises à Ich. L'aspect irrégulier de la constellation garde donc la trace de l'opération.

De là vient la position relative des deux constellations dans le ciel : Ich suit Kima, et la guemara lit cette poursuite comme une réclamation. Les mots hav li benai désignent, selon Rachi, les deux étoiles enlevées.

🖼️ Schéma
Kima et Ich : les deux étoiles du déluge Kima : les Pléiades. Ich : la Grande Ourse. Quatre étoiles déplacées, trois objections. 1. Ouvrir le déluge Deux étoiles sont retirées à Kima. Le vide ainsi ouvert laisse monter les eaux et le déluge vient sur le monde. 2. Boucher l'ouverture Deux étoiles sont retirées à Ich et servent à fermer le vide de Kima. Rachi : d'où l'aspect rapiécé, tarfa de-tarif. Depuis lors Ich marche derrière Kima et lui dit : rends-moi mes enfants. Qu'Il les rende à Kima Le puits ne se remplit pas de sa propre terre. Ou : l'accusateur ne devient pas défenseur. Qu'Il en crée deux autres Il n'y a rien de nouveau sous le soleil. Kohelet 1, 9 Rav Nahman Dans l'avenir elles lui seront rendues. Iyov 38, 32 : tanhem, lu comme consolation. Les deux premières réponses expliquent le présent ; la troisième ouvre sur l'avenir. Ce qui a servi à punir ne peut pas servir à réparer : c'est le sens de la seconde réponse.
Le trajet des quatre étoiles, la plainte de Ich et les trois objections de la guemara.
2
וְלֶיהְדַּר לָהּ? — אֵין הַבּוֹר מִתְמַלֵּא מֵחֻולְיָתוֹ. אִי נָמֵי — אֵין קָטֵיגוֹר נַעֲשָׂה סָנֵיגוֹר.

Et qu'Il les lui rende ! — Le puits ne se remplit pas de sa propre terre. Ou encore : l'accusateur ne devient pas défenseur.

📜 Rachi (1)
וְלֶיהְדַּר לְכִימָה אוֹתָן כּוֹכָבִים עַצְמָן שֶׁנָּטַל הֵימֶנָּה:
Veliheder : qu'Il rende à Kima les étoiles mêmes qu'Il lui avait prises.
💡 Explication

Deux réponses sont données, de nature différente. La première est une règle d'expérience : ein habor mitmalé mehouliato, la terre sortie d'un puits ne suffit jamais à le combler. La seconde est une règle de convenance : ein katigor naassé sanigor, ce qui a servi d'accusateur ne peut pas prendre le rôle de défenseur. Les étoiles qui ont ouvert la voie au déluge sont hors d'état de servir à sa réparation.

Cette seconde règle est un principe général du Talmud ; elle sert ailleurs à expliquer que le cohen gadol n'entre pas dans le Saint des saints avec des vêtements d'or, à cause du veau d'or.

3
וְלִיבְרֵי לַהּ תְּרֵי כֹּכְבֵי אַחֲרִינֵי! — ״אֵין כָּל חָדָשׁ תַּחַת הַשָּׁמֶשׁ״. אָמַר רַב נַחְמָן: עָתִיד הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְהַחֲזִירָן לָהּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְעַיִשׁ עַל בָּנֶיהָ תַנְחֵם״.

Et qu'Il lui crée deux autres étoiles ! — « Il n'y a rien de nouveau sous le soleil. » Rav Nahman a dit : dans l'avenir, le Saint béni soit-Il les lui rendra, ainsi qu'il est dit : « Et Ich, avec ses fils, Tu la consoleras. »

💡 Explication

La troisième objection demande une création nouvelle, et se heurte au verset de Kohelet : la création est achevée, et rien de nouveau n'y est ajouté. La sougya semble donc close sur un manque définitif.

Rav Nahman ouvre alors l'avenir. Le mot tanhem du verset d'Iyov est lu au sens de tanhoumim, la consolation : ce qui a été pris sera restitué. La restitution ne crée rien de nouveau et échappe donc à l'objection précédente.

4
וְעַל הַזְּוָעוֹת. מַאי זְוָעוֹת? אָמַר רַב קַטִּינָא: גּוּהָא. רַב קַטִּינָא הֲוָה קָאָזֵיל בְּאוֹרְחָא. כִּי מְטָא אַפִּתְחָא דְּבֵי אוֹבָא טַמְיָא גְּנַח גּוּהָא. אָמַר: מִי יָדַע אוֹבָא טַמְיָא הַאי גּוּהָא מַהוּ? רְמָא לֵיהּ קָלָא: קַטִּינָא קַטִּינָא, אַמַּאי לָא יָדַעְנָא? בְּשָׁעָה שֶׁהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא זוֹכֵר אֶת בָּנָיו שֶׁשְּׁרוּיִים בְּצַעַר בֵּין אֻומּוֹת הָעוֹלָם מוֹרִיד שְׁתֵּי דְמָעוֹת לַיָּם הַגָּדוֹל, וְקוֹלוֹ נִשְׁמָע מִסּוֹף הָעוֹלָם וְעַד סוֹפוֹ, וְהַיְינוּ גּוּהָא.

« Et sur les zeva'ot. » Que sont les zeva'ot ? Rav Ketina a dit : le gouha (le tremblement de terre).

Rav Ketina cheminait sur la route. Lorsqu'il arriva à l'entrée de la maison d'un ova tamya (un nécromancien qui opère par des ossements), un gouha gronda.

Il dit : le ova tamya sait-il ce qu'est ce gouha ? Celui-ci éleva la voix vers lui : Ketina, Ketina, pourquoi ne le saurais-je pas ?

À l'heure où le Saint béni soit-Il Se souvient de Ses enfants qui demeurent dans la peine parmi les nations du monde, Il fait descendre deux larmes dans la grande mer, et Sa voix s'entend d'un bout du monde à l'autre : voilà le gouha.

📜 Rachi (3)
גּוּהָא בִּלְשׁוֹנָם קוֹרִין רְעִידַת הָאָרֶץ גּוּהָא:
Gouha : dans leur langue on appelle le tremblement de terre gouha.
אוֹבָא טַמְיָא בַּעַל אוֹב שֶׁל עֲצָמוֹת שֶׁעוֹשֶׂה כִּשּׁוּף בְּעַצְמוֹת הַמֵּת. טַמְיָא עֲצָמוֹת וְדוֹמֶה לוֹ בְּמַסֶּכֶת כֵּלִים בַּיִת מָלֵא טַמְיָא וּפִי' רַב הַאי מָלֵא טַמְיָא בַּיִת שֶׁהוּא מָלֵא עֲצָמוֹת וְהֵבִיא רְאָיָה עַל זֶה מִבְּרֵאשִׁית רַבָּה דְּקָתָנֵי אַדְרִיָּנוּס שְׁחִיק טְמַיָּא דְּהַיְינוּ שְׁחִיק עֲצָמוֹת וְאֵין לְפָרֵשׁ אוֹב טָמֵא שֶׁאֵין זֶה הַלָּשׁוֹן:
Ova tamya : un maître de ov (nécromancie) par les ossements, qui pratique la sorcellerie avec les os du mort. Tamya : les ossements. On trouve de même au traité Kelim « une maison pleine de tamya », et Rav Haï a expliqué : « pleine de tamya », une maison pleine d'ossements ; il en a apporté la preuve du Bereshit Rabba, où il est enseigné « Adrianos chehik tamya », c'est-à-dire chehik atsamot, que ses os soient broyés. Et l'on ne peut expliquer ov tamé (impur), car ce n'est pas la tournure employée.
גָּנַח גּוּהָא וַתִּגְעַשׁ וַתִּרְעַשׁ כְּלוֹמַר נִזְדַּעֲזַעַתְּ הָאָרֶץ מְאֹד מְאֹד. גָּנַח גּוּהָא חֲדָא מִילְּתָא הִיא וְכֵן הַלָּשׁוֹן:
Ganah gouha : « elle tressaillit et trembla », c'est-à-dire que la terre fut ébranlée très fortement. Ganah gouha forment une seule expression, et c'est ainsi que l'on parle.
🪔 Ben Yehoyada (3)
רְמָא לֵיהּ קָלָא: קַטִּינָא קַטִּינָא, אַמַּאי לָא יָדַעְנָא? הָא דְּכָפַל שְׁמוֹ נִרְאֶה לִי שֶׁרָצָה לְקַנְתְּרוֹ בָּזֶה וּלְהַקְנִיטוֹ, לוֹמַר לוֹ אַתָּה שִׁמְךָ קַטִּינָא שֶׁהוּא לְשׁוֹן קַטְנוּת וְרָאוּי לְךָ שֵׁם זֶה כִּי אַתָּה בֶּאֱמֶת קַטִּינָא, רְצוֹנוֹ לוֹמַר קָטָן מִצַּד עַצְמְךָ וְלֹא גָּדוֹל וְנִרְאַת, לְכָךְ אָמַר רַב קַטִּינָא עָלָיו אוֹבָא טַמְיָא, כַּדִּיב הוּא וּמִילֵּיהּ כְּדִיבִין, גַּם הוּא כֶּפֶל לָשׁוֹן גְּנוּת עָלָיו. וְעוֹד נִרְאֶה לִי מַה שֶׁאָמַר הוּא כַּדִּיב הוּא וּמִילֵּיהּ כְּדִיבִין, כִּי יִמָּצֵא בְּדִבְרֵי חֲכָמֵינוּ זַ"ל מִילִין שֶׁהַפְּשָׁט שֶׁלָּהֶם אֵינוֹ אֱמֶת, וְרַק אֲמָרוּם בִּלְשׁוֹן חִידָא עַל דְּבַר נִסְתָּר שֶׁרָמְזוּ בָּהֶם שֶׁהוּא דְּבַר אֱמֶת וּכְמוֹ עִנְייַן מַאַמְרֵי רָבָא בַּר בַּר חִנָּא וְכַיּוֹצֵא בָּהֶם, אַךְ זֶה לֹא יִמָּצֵא כִּי אִם בְּדִבְרֵי חֲכָמֵינוּ זַ"ל שֶׁהֵם אֱמֶת וְלֹא יֹאמְרוּ דָּבָר שֶׁאֵינוֹ אֱמֶת, וְלָכֵן אִם תִּרְאֶה דְּבָרִים שֶׁאֵין פְּשׁוּטָם אֱמֶת מֻוכְרָח אַתָּה לוֹמַר שֶׁרָמְזוּ בָּהֶם דְּבַר אֱמֶת, אֲבָל אוֹבָא טַמְיָא הוּא כְּדָיֵב, וְלָכֵן אִם אוֹמֵר דָּבָר שֶׁאֵין פְּשׁוּטוֹ אֱמֶת אֵין אֲנַחְנוּ מֻוכְרָחִים לוֹמַר שֶׁרָמַז בּוֹ דְּבַר אֱמֶת, אֶלָּא נַחֲלִיט מֵעִקָּרָא עַל דְּבָרָיו לוֹמַר מִלּוּי כְּדָיְבִין לְגַמְרֵי, שֶׁגַּם בְּרֶמֶז שֶׁלָּהֶם לֹא כִּיוֵּן הוּא עַל אֵיזֶה דָּבָר שֶׁל אֱמֶת.
« Il éleva la voix vers lui : Ketina, Ketina, pourquoi ne le saurais-je pas ? » Ce redoublement de son nom, il me semble qu'il l'a fait pour le piquer et le contrarier, en lui disant : ton nom est Ketina, qui est un terme de petitesse, et ce nom te convient, car tu es réellement ketina, c'est-à-dire petit par toi-même et non pas grand ni considéré. C'est pourquoi Rav Ketina dit de lui : le ova tamya est un menteur et ses paroles sont mensonge — lui aussi redoubla à son sujet une expression de blâme. Et il me semble encore, dans ce qu'il dit « il est menteur et ses paroles sont mensonge » : on trouve dans les paroles de nos maîtres, de mémoire bénie, des propos dont le sens littéral n'est pas vrai, et ils ne les ont dits qu'en forme d'énigme, pour faire allusion à une chose cachée qui, elle, est vraie, comme les récits de Rabba bar bar Hana et leurs semblables. Mais cela ne se trouve que dans les paroles de nos maîtres, de mémoire bénie, qui sont vérité et qui ne diraient pas une chose fausse ; c'est pourquoi, si tu vois chez eux des propos dont le sens littéral n'est pas vrai, tu es contraint de dire qu'ils y ont fait allusion à une chose vraie. Le ova tamya, lui, est un menteur ; donc, s'il dit une chose dont le sens littéral n'est pas vrai, nous ne sommes pas contraints de dire qu'il y a fait allusion à une chose vraie, et nous tranchons d'emblée sur ses propos en disant que ses mots sont entièrement mensonge, car même dans leur allusion il n'a visé aucune chose vraie.
מוֹרִיד שְׁנֵי דְּמָעוֹת לַיָּם הַגָּדוֹל. נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל (בְּשַׁעַר מַאַמְרֵי רַשְׁבִּ"י דַּף יוּ"ד ע"ג) קַיִן וְהֶבֶל הֵם הֵם תְּרֵין דְּמַעְיָן דְּנָחֲתִי לְתַתָּא בַּמַּלְכוּת, וְקַיִן שֹׁורֶשׁ הַקְּלִיפּוֹת וְהֶבֶל שֹׁורֶשׁ הַדִּינִין, וְהֵם הַנִּקְרָאִים אַף וְחֵמָה עַייֵּן שָׁם. וּבָזֶה מוּבָן הַמַּאֲמָר כָּאן. וּמַה שֶׁאָמַר לַיָּם הַגָּדוֹל , הַיְינוּ כְּמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ זַ"ל שָׁם, דְּהֶבֶל שֶׁהוּא שֹׁורֶשׁ הַדִּינִין אֶתְבַּסֵּם בְּשִׁיקּוּעָא דְּיַמָּא רַבָּא, אֲבָל קַיִן שֶׁהוּא שֹׁורֶשׁ הַקְּלִיפּוֹת שֶׁקִּיעֵיהּ בִּתְהוֹמָא דְּיַמָּא רַבָּא וְלָא אֶתְבַּסֵּם עַייֵּן שָׁם, וְלָזֶה אָמַר כָּאן מוֹרִיד שְׁתֵּי דְּמָעוֹת הַנִּזְכָּרוֹת לַיָּם הַגָּדוֹל, וּמֵחֲמַת כֵּן תִּגְעַשׁ וַתִּרְעַשׁ הָאָרֶץ דַּעֲבִיד גּוּהָא א' כְּנֶגֶד אַף וְא' כְּנֶגֶד חֵימָה וְדוֹק הֵיטֵב. וּמַה שֶׁאָמַר כַּפָּיו סוֹפֵק זוֹ עַל גַּב זוֹ , נִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה דְּיָדוּעַ אוֹת כָּ"ף דּוֹמוֹת לִגְבוּרָה, כִּי הַג' הֵם חֲמִשָּׁה אוֹתִיּוֹת מנצפ"ך וְרֹאשָׁם כָּ"ף כִּי סִדְרָם הוּא כמנצפ"ך, אַךְ יָדוּעַ שֶׁאוֹתִיּוֹת אֵלּוּ הֵם כְּפוּלוֹת, וְכָ"ף הַפְּתוּחָה הִיא גְּבוּרָה מְמֻותֶּקֶת וְהַסְּתוּמָה גְּבוּרָה קָשֶׁה, וְלָכֵן אָמַר לוֹ הַקָּבָּ"ה לְמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה עַל רַבִּי עֲקִיבָה כָּךְ עָלָה בְּמַחְשָׁבָה, רָמַז לוֹ בְּתֵיבַת כָּךְ עַל גְּבוּרָה הָרִאשׁוֹנָה שֶׁל כמנצ"ץ הַמְמֻותֶּקֶת וְהִקְשָׁה שֶׁהֶעֱלָה אוֹתָהּ בְּאוֹר הַמַּחֲשָׁבָה, וְהִנֵּה אִם תַּכֶּה כַּף עַל כַּף שֶׁתֹּאמַר עֶשְׂרִים פַּעַם עֶשְׂרִים יַעֲלֶה חֶשְׁבּוֹן ת' וְהוּא שֶׁיֵּשׁ אַרְבַּע מֵאוֹת כּוֹחוֹת דִּינִין כְּנֶגֶד ת' עָלְמִין דְּכִיסּוּפִין, וְאֵלּוּ הֵם בְּסוֹד אַרְבַּע מְאָה דַּנֵּי חַמְרָא, וְכַאֲשֶׁר יִהְיֶה הִתְעוֹרְרוּת דִּינִים אֵלּוּ שֶׁהֵם סוֹד סִיפּוּק כָּ"ף עַל כָּ"ף, יִהְיֶה הַרְעָשָׁה בָּאָרֶץ הָעֶלְיוֹנָה שֶׁהִיא סוֹד הַמַּלְכוּת שֶׁבִּנְייָנָהּ עַל יְדֵי הַגְּבוּרוֹת, וְאָז כְּנֶגֶד זֶה תִּרְעַשׁ הָאָרֶץ הַתַּחְתּוֹנָה הַלֵּזוּ. וּמַה שֶׁאָמַר רַבִּי נָתָן אֲנָחָה מִתְאַנֵּחַ , נִרְאֶה לִי בס"ד עִנְיַן הָאֲנָחָה שֶׁזָּכַר כָּאן הוּא כִּי יָדוּעַ שֶׁאוֹתִיּוֹת דִּין דְּשֵׁם אֲדֹנָי הֵם דִּין גָּמוּר בִּקְרִיאָתָן, וְאִי אֶפְשָׁר לְעוֹלָם לְסָובְלָם, אַךְ מִתְמַתְּקִין עַל יְדֵי אוֹת אָלֶ"ף הַבָּא לָהֶם מִשֵּׁם אהי"ה שֶׁהוּא רַחֲמִים, וּבָזֶה מִתְבַּשְּׂמִים כַּנִּזְכָּר בְּכִתְבֵי רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל, אָמְנָם לִפְעָמִים עַל יְדֵי הָעֲוֹנוֹת תִּתְמַעֵט אוֹתָהּ הֶאָרָה הַבָּאָה מִן אוֹת אָלֶ"ף הַנִּזְכָּר וְלֹא תָּאִיר בָּהֶם בִּשְׁלֵימוּת, וּמֵחֲמַת כֵּן יִתְגַּבְּרוּ הַדִּינִים וְיִהְיוּ יִשְׂרָאֵל בְּצַעַר וּבְצָרָה, וְלָכֵן תִּמְצָא שֶׁאוֹתִיּוֹת דִּין הֵם מִסְפַּר אֲנָחָה, וְנִרְמָז בְּאוֹתִיּוֹת אֲנָחָה שֶׁהֵם מִסְפַּר דִּין, עִנְיַן מִעוּט וַחֲלִישׁוּת אוֹתָהּ הֶאָרָה הַבָּאָה מִן אוֹת אָלֶ"ף, וְהַיְינוּ כִּי אַנְּחָהּ קָרֵי בָּהּ אָלֶ"ף נָחָה, לִרְמֹוז הֶאָרַת אָלֶ"ף נָחָה וְאֵינָהּ תַּקִּיפָה, וּכְמוֹ שֶׁכָּתוּב נֹחַ הַטֶּבַע, וְעִנְיַן רָפֶה וְדָגֵשׁ כַּאֲשֶׁר הַהֶאָרָה שֶׁל אָלֶ"ף נָחָה וּרְפוּיָה אָז יַגִּיעַ אֲנָחָה לַתַּחְתּוֹנִים מֵאֵיזֶה צָרוֹת שֶׁלֹּא תָּבֹא. וּמַה שֶׁאָמַר דּוֹחֵק אֶת רַגְלָיו תַּחַת כִּסֵּא הַכָּבוֹד , נִרְאֶה לִי בס"ד כִּי סְפִירוֹת נֶצַח וְהוֹד מְכַוְּנִים בְּשֵׁם רַגְלַיִם כַּיָּדוּעַ וְהֵם מְקַבְּלִים הֶאָרָתָם וְכוֹחָם מִן הַתִּפְאֶרֶת שֶׁהוּא לְמַעְלָה מֵהֶם, וְהוּא בְּקַו הָאֶמְצָעִי אֲשֶׁר הוּא מְקַבֵּל מִן הַדַּעַת שֶׁלְּמַעְלָה מִמֶּנּוּ כַּנּוֹדָע, וְרָאִיתִי בְּסֵפֶר קה"י זַ"ל שֶׁהַתִּפְאֶרֶת נִקְרָא כִּסֵּא הַכָּבוֹד בִּשְׁבִיל שֶׁהוּא כִּסֵּא לִכְבוֹד הָעֶלְיוֹן שֶׁהוּא ל"ב נְתִיבוֹת חָכְמָה כְּמִסְפַּר כָּבוֹד עַיֵּין שָׁם, וְהִנֵּה יָדוּעַ כִּי הָאָרֶץ עוֹמֶדֶת עַל ז' עַמּוּדִים אוֹ שְׁנֵי עַמּוּדִים כַּנִּזְכָּר בַּגְּמָרָא דַּחֲגִיגָה, וְאֵלּוּ הָעַמּוּדִים הַנּוֹשְׂאִים אֶת הָאָרֶץ הֵם נִשְׁפָּעִים וּמְאִירִים מִנֶּצַח וְהוֹד שֶׁגַּם הֵם נִקְרָאִים עַמּוּדִים, עַמּוּד הַיְּמִינִי יָכִין וְעַמּוּד הַשְּׂמָאלִי בֹּועַז, וּכְבָר אָמַרְנוּ דְּנֶצַח וְהוֹד מְקַבְּלִים כֹּחַ וְהֶאָרָה מִן הַתִּפְאֶרֶת הַנִּקְרָא כִּסֵּא הַכָּבוֹד, וְאִם תִּהְיֶה הֶאָרָתָם מְצֻומְצֶמֶת בִּשְׁבִיל רִבּוּי הָעֲוֹנוֹת אָז גַּם הָעַמּוּדִים הַנּוֹשְׂאִים אֶת הָאָרֶץ אֲשֶׁר מְקַבְּלִים כֹּחַ מֵהֶם יְרֻופְּפוּ, וְכַאֲשֶׁר יְרֻופְּפוּ הָעַמּוּדִים הָאֵלֶּה הַנּוֹשְׂאִים אֶת הָאָרֶץ אָז מִמֵּילָא תִּגְעַשׁ וַתִּרְעַשׁ הָאָרֶץ בְּטֶבַע, וְזֶה שֶׁאָמַר דּוֹחֵק אֶת רַגְלָיו הֵם נֶצַח וְהוֹד הַמְכֻונִּים בְּשֵׁם רַגְלַיִם דֹּוחַק בְּצִמְצוּם הֶאָרָתָם, תַּחַת כִּסֵּא הַכָּבוֹד הוּא הַתִּפְאֶרֶת שֶׁמְּקַבְּלִים מִמֶּנּוּ, אָז מִמֵּילָא יְרוֹפְפוּ הָעַמּוּדִים הַנּוֹשְׂאִים אֶת הָאָרֶץ וַתִּגְעַשׁ וַתִּרְעַשׁ הָאָרֶץ. וּמַה שֶׁאָמְרוּ רַבָּנָן בּוֹעֵט בָּרָקִיעַ , בְּעִיטָה זוֹ הִיא דֶּרֶךְ מָשָׁל רוֹמֶזֶת עַל מִילּוּי כֹּחַ הַדִּין וְהַגְּבוּרָה לְמַעְלָה בְּתִגְבֹּורֶת גְּדוֹלָה, וּמֵחֲמַת כֵּן תִּרְעַשׁ הָאָרֶץ הַתַּחְתּוֹנָה, וּמַה שֶׁאָמַר שׁוֹאֵג בְּקוֹלוֹ, נִרְאֶה לִי 'קוֹל' הוּא סוֹד הה"ג שֶׁהֵם חֲמִשָּׁה הויו"ת שֶׁהֵם מִסְפַּר ק"ל [130] , וְעִם וָא"ו יִהְיוּ קוֹל וְגִילּוּיִים לְבַדָּם גּוֹרֵם הַרְעָשַׁת הָאָרֶץ הַתַּחְתּוֹנָה לְמַטָּה.
« Il fait descendre deux larmes dans la grande mer. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, d'après ce qu'a écrit notre maître le Ari, de mémoire bénie (Chaar Maamrei Rachbi, f. 10c) : Kayin et Hevel sont les deux larmes qui sont descendues en bas dans la Malkhout ; Kayin est la racine des kelipot (les écorces) et Hevel la racine des dinim (les rigueurs), et ce sont eux que l'on appelle af et hema (colère et fureur) — vois-y. Par là se comprend le propos rapporté ici. Et ce qu'il dit « dans la grande mer » est conforme à ce qu'a écrit notre maître, de mémoire bénie, au même endroit : Hevel, qui est la racine des dinim, a été adouci par son immersion dans la grande mer, tandis que Kayin, qui est la racine des kelipot, a été englouti dans l'abîme de la grande mer et n'a pas été adouci — vois-y. C'est pourquoi il est dit ici qu'Il fait descendre dans la grande mer les deux larmes mentionnées, et que de ce fait la terre tressaille et tremble, produisant un gouha : l'un en face de af et l'autre en face de hema. Étudie-le bien. Et ce qui est dit « Il frappe Ses paumes l'une contre l'autre », il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est celle-ci : on sait que la lettre kaf correspond à la guevoura, car les guevourot sont cinq, les cinq lettres manzepakh, dont la première est le kaf, leur ordre étant manzepakh ; or ces lettres sont doubles, le kaf ouvert étant une guevoura adoucie et le kaf fermé une guevoura dure. C'est pourquoi le Saint béni soit-Il dit à Moche notre maître, la paix sur lui, au sujet de Rabbi Akiva : « ainsi est-il monté dans la pensée » (kakh ala bemahchava) — Il lui fit allusion, par le mot kakh, à la première guevoura des lettres manzepakh, l'adoucie et la dure, qu'Il a fait monter dans la lumière de la pensée. Et si tu frappes kaf contre kaf, en disant vingt fois vingt, le compte s'élève à quatre cents : il y a quatre cents forces de dinim, en face des quatre cents mondes de désir (almin dekhissoufin), et ce sont là, dans le sod, les quatre cents jarres de vin. Et lorsque ces dinim s'éveillent, ce qui est le sod du battement de kaf contre kaf, il se produit un ébranlement dans la terre d'en haut, qui est le sod de la Malkhout dont l'édifice se fait par les guevourot ; et en face de cela tremble cette terre-ci, celle d'en bas. Et ce que dit Rabbi Natan, « Il pousse un soupir (anaha) », il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'affaire du soupir mentionné ici est celle-ci : on sait que les lettres dalet-youd-noun (din) du Nom Ado-nay sont rigueur pure dans leur lecture, et que le monde ne peut jamais les supporter ; elles s'adoucissent par la lettre alef qui leur vient du Nom Ekyé, lequel est miséricorde, et par là elles sont adoucies, comme il est mentionné dans les écrits de notre maître le Ari, de mémoire bénie. Toutefois, il arrive que par les fautes cet éclairement venant de la lettre alef diminue et ne les éclaire pas pleinement ; de ce fait les dinim se renforcent et Israël se trouve dans la peine et la détresse. Aussi trouveras-tu que les lettres din ont la valeur numérique de anaha, et il est fait allusion, dans les lettres de anaha qui valent din, à la diminution et à l'affaiblissement de cet éclairement venant de la lettre alef ; car anaha se lit alef naha, pour faire allusion à ce que l'éclairement de l'alef est au repos (naha) et sans force, comme il est écrit « la nature s'est apaisée », et de même pour l'affaire du rafé et du daguech : lorsque l'éclairement de l'alef est au repos et affaibli, alors le soupir atteint les êtres d'en bas, par quelque détresse — qu'elle ne vienne pas. Et ce qui est dit « Il presse Ses pieds sous le Trône de gloire », il me semble, avec l'aide du Ciel, que les sefirot Netsa'h et Hod sont désignées du nom de pieds, comme on sait, et qu'elles reçoivent leur éclairement et leur force du Tiferet qui est au-dessus d'elles, lequel se tient dans la ligne médiane et reçoit du Daat qui est au-dessus de lui, comme on sait. Et j'ai vu dans le livre Kehilat Yaakov, de mémoire bénie, que le Tiferet est appelé Trône de gloire parce qu'il est un trône pour la gloire supérieure, qui est les trente-deux sentiers de la sagesse, selon la valeur numérique de kavod — vois-y. Or on sait que la terre se tient sur sept colonnes, ou sur deux colonnes, comme il est mentionné dans la guemara de Haguiga, et que ces colonnes qui portent la terre reçoivent leur influx et leur lumière de Netsa'h et Hod, lesquels sont eux aussi appelés colonnes : la colonne de droite Yakhin et la colonne de gauche Boaz. Nous avons déjà dit que Netsa'h et Hod reçoivent force et éclairement du Tiferet appelé Trône de gloire ; si leur éclairement se trouve restreint à cause de la multitude des fautes, alors les colonnes qui portent la terre, lesquelles tirent d'eux leur force, sont ébranlées, et lorsque ces colonnes sont ébranlées la terre tressaille et tremble naturellement. C'est là ce qui est dit : « Il presse Ses pieds » — ce sont Netsa'h et Hod, désignés du nom de pieds — Il presse en restreignant leur éclairement, « sous le Trône de gloire », qui est le Tiferet dont ils reçoivent ; alors, nécessairement, les colonnes qui portent la terre sont ébranlées et la terre tressaille et tremble. Et ce que les Sages ont dit, « Il donne un coup de pied dans le firmament », ce coup de pied est une image qui fait allusion au remplissage de la force du din et de la guevoura en haut, dans une grande intensité, et c'est de ce fait que la terre d'en bas tremble. Et ce qui est dit « Il rugit de Sa voix », il me semble que la voix (kol) est le sod des cinq guevourot, qui sont cinq Noms de quatre lettres dont la valeur est cent trente ; avec le vav elles font kol, et leur seule révélation cause l'ébranlement de la terre d'en bas.
מַאי 'זִיקִים'? אָמַר שְׁמוּאֵל: כּוֹכְבָא דְּשָׁבִיט. עַייֵּן בְּסֵפֶר הַבְּרִית (בְּמַאֲמָר ג' כֶּרֶךְ ה') מַה שֶּׁכָּתַב בְּעִנְיָן זֶה, יְעֻויַּן שָׁם, וַאֲנָא עַבְדָּא כָּתַבְתִּי בְּעִנְיָן זֶה דְּבָרִים בְּאֹורֶךְ וְלֹא הֶעְתַּקְתִּים פֹּה וְאַיָּ"ה עַבְדָּא כָּתַבְתִּי בְּעִנְיָן זֶה דְּבָרִים בְּאֹורֶךְ וְלֹא הֶעְתַּקְתִּים פֹּה וְאַיָּ"ה יָבוֹאוּ בְּמָקוֹם אַחֵר, וְכֵן בְּמַאי דְּאָמַר לְקַמָּן (דַּף נט) מַאי 'זְוָעוֹת'? אָמַר רַב קַטִּינָא גּוּהָא וְכוּ', עַיֵּין בְּסֵפֶר הַבְּרִית (מַאֲמָר י' פֶּרֶק א'), וְכֵן כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ לְקַמָּן מַאי רְעָמִים אָמַר שְׁמוּאֵל עֲנָנֵי בְּגַלְגַּלָּא, עַיֵּין סֵפֶר הַבְּרִית (מַאֲמָר י' פֶּרֶק יג) וְכֵן בְּעִנְיַן הַקֶּשֶׁת עַיֵּין בְּסֵפֶר הַבְּרִית (מַאֲמַר י' פֶּרֶק יב), וְעַייֵּן יַעֲרַת דְּבַשׁ (ח"א דַּף פֹּא) וַאֲנָא עַבְדָּא כָּתַבְתִּי בְּכָל עִנְיָינִים הנז"ל בְּאֹורֶךְ וְלֹא הֶעְתַּקְתִּים פֹּה וְאַיָּ"ה יָבוֹאוּ בְּמָקוֹם אַחֵר.
« Que sont les zikim ? Chemouel a dit : une étoile filante. » Vois dans le livre Habrit (troisième discours, tome cinq) ce qui y est écrit sur ce sujet, vois-y ; et moi, le serviteur, j'ai écrit sur ce sujet des développements étendus que je n'ai pas recopiés ici, et s'il plaît à D.ieu ils paraîtront ailleurs. De même pour ce qui est dit plus loin (f. 59) « Que sont les zeva'ot ? Rav Ketina a dit : le gouha, etc. », vois le livre Habrit (discours 10, chap. 1) ; de même pour ce qui est dit plus loin « Que sont les tonnerres ? Chemouel a dit : des nuées dans la sphère », vois le livre Habrit (discours 10, chap. 13) ; de même pour l'affaire de l'arc-en-ciel, vois le livre Habrit (discours 10, chap. 12), et vois le Yaarot Devach (1re partie, f. 81). Et moi, le serviteur, j'ai écrit sur tous ces sujets des développements étendus que je n'ai pas recopiés ici, et s'il plaît à D.ieu ils paraîtront ailleurs.
💡 Explication

La michna faisait bénir sur les zeva'ot. Rav Ketina identifie le mot au gouha, terme araméen du tremblement de terre, et le récit qui suit sert de cadre à la question de sa cause.

Le personnage rencontré est un ova tamya. Rachi refuse d'y lire ov tamé, un nécromancien impur, et établit d'après le traité Kelim et le Bereshit Rabba que tamya désigne les ossements : il s'agit d'un homme qui interroge les morts par leurs os. Sa réponse est pourtant une explication élevée, où le tremblement de terre traduit le souvenir divin de l'exil.

5
אָמַר רַב קַטִּינָא: אוֹבָא טַמְיָא כַּדִּיב הוּא, וּמִילֵּיהּ כְּדֵיבִין. אִי הָכִי — גּוּהָא גּוּהָא מִיבְּעֵי לֵיהּ? וְלֹא הִיא, גּוּהָא גּוּהָא עֲבִיד, וְהַאי דְּלָא אוֹדִי לֵיהּ, כִּי הֵיכִי דְּלָא לִיטְעֵי כֻּולֵּי עָלְמָא אַבָּתְרֵיהּ.

Rav Ketina a dit : le ova tamya est un menteur et ses paroles sont mensonge. S'il en est ainsi, il faudrait un gouha puis un gouha !

Il n'en va pas ainsi : il se produit bien un gouha puis un gouha ; et si Rav Ketina ne lui a pas donné raison, c'est pour que tout le monde ne s'égare pas à sa suite.

📜 Rachi (1)
גּוּהָא גּוּהָא מִיבְּעֵי לֵיהּ שְׁנֵי פְּעָמִים הָיָה לוֹ לְהִזְדַּעְזֵעַ כְּנֶגֶד שְׁתֵּי דְּמָעוֹת:
Gouha gouha mibaei leih : la terre aurait dû être ébranlée deux fois, en face des deux larmes.
💡 Explication

La guemara construit d'abord une objection interne au propos du nécromancien : deux larmes devraient produire deux secousses. Elle la retire ensuite, en constatant que la secousse est effectivement double.

Reste alors à expliquer le désaveu de Rav Ketina. La raison donnée est pratique : confirmer publiquement un nécromancien reviendrait à accréditer son art et à entraîner le public derrière lui. Le désaveu porte sur l'autorité du personnage plus que sur le contenu de sa phrase.

6
וְרַב קַטִּינָא דִּידֵיהּ אָמַר: סוֹפֵק כַּפָּיו, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְגַם אֲנִי אַכֶּה כַפִּי אֶל כַּפִּי וַהֲנִיחֹתִי חֲמָתִי״. רַבִּי נָתָן אוֹמֵר: אַנְּחָהּ מִתְאַנֵּחַ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַהֲנִיחוֹתִי חֲמָתִי בָּם וְהִנֶּחָמְתִּי״. וְרַבָּנָן אָמְרִי: בּוֹעֵט בָּרָקִיעַ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הֵידָד כְּדֹרְכִים יַעֲנֶה אֶל כָּל יֹשְׁבֵי הָאָרֶץ״. רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב אָמַר: דּוֹחֵק אֶת רַגְלָיו תַּחַת כִּסֵּא הַכָּבוֹד, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כֹּה אָמַר ה׳ הַשָּׁמַיִם כִּסְאִי וְהָאָרֶץ הֲדֹם רַגְלָי״.

Et Rav Ketina, pour sa part, a dit : Il frappe Ses paumes l'une contre l'autre, ainsi qu'il est dit : « Et Moi aussi Je frapperai Ma paume contre Ma paume et J'apaiserai Ma fureur. » Rabbi Natan dit : Il pousse un soupir, ainsi qu'il est dit : « J'apaiserai Ma fureur contre eux et Je serai consolé. » Et les Sages disent : Il donne un coup de pied dans le firmament, ainsi qu'il est dit : « Il pousse le cri des fouleurs de raisin contre tous les habitants de la terre. » Rav Aha bar Yaakov a dit : Il presse Ses pieds sous le Trône de gloire, ainsi qu'il est dit : « Ainsi a dit Hachem : les cieux sont Mon trône et la terre l'escabeau de Mes pieds. »

📜 Rachi (5)
סוֹפֵק כַּפָּיו וּמֵאוֹתוֹ קוֹל מִזְדַּעְזַעַת הָאָרֶץ שֶׁמָּצִינוּ שֶׁכַּפָּיו סוֹפֵק שֶׁנֶּאֱמַר גַּם אֲנִי אַכֶּה כַפִּי אֶל כַּפִּי (יְחֶזְקֵאל כ״א:כ״ב):
Sofek kapav : et c'est de ce bruit que la terre est ébranlée. Nous trouvons en effet qu'Il frappe Ses paumes, ainsi qu'il est dit : « Moi aussi Je frapperai Ma paume contre Ma paume » (Ye'hezkel 21, 22).
אֲנָחָה מִתְאַנֵּחַ וּמֵאוֹתָהּ אַנְּחָהּ מַרְעִיד הַקַּרְקַע וּמָצִינוּ שֶׁמִּתְאַנֵּחַ שֶׁנֶּאֱמַר וַהֲנִיחוֹתִי חֲמָתִי בָּם (יְחֶזְקֵאל ה׳:י״ג) כִּבְיָכוֹל כְּאָדָם שֶׁיֵּשׁ לוֹ חֵימָה וּמִתְאַנֵּחַ וּמִתְנַחֵם דַּעְתּוֹ וְעוֹשֶׂה לוֹ נַחַת רוּחַ:
Anaha mitanah : et c'est de ce soupir que le sol tremble. Nous trouvons qu'Il soupire, ainsi qu'il est dit : « J'apaiserai Ma fureur contre eux » (Ye'hezkel 5, 13) — pour ainsi dire, comme un homme qui a de la fureur, soupire, se console dans sa pensée et se donne du repos.
וְהִנֶּחָמְתִּי אֶנָּחֵם עַל הָרָעָה שֶׁעָשִׂיתִי לָהֶן:
Vehinahamti : Je Me consolerai du mal que Je leur ai fait.
הֵידָד כְּדוֹרְכִים יַעֲנֶה שֶׁדּוֹרֵךְ וּבוֹעֵט בָּרָקִיעַ:
Heidad kedorekhim yaané : Il foule et donne un coup de pied dans le firmament.
וְהָאָרֶץ הֲדֹום רַגְלֵי כְּגוֹן שֶׁדָּחָה תַּחַת כִּסֵּא הַכָּבוֹד וּמַגִּיעַ בִּעוּטוֹ עַד לָאָרֶץ שֶׁהִיא הֲדוֹם רַגְלָיו:
Vehaarets hadom raglai : comme lorsqu'Il pousse sous le Trône de gloire et que Son coup atteint jusqu'à la terre, qui est l'escabeau de Ses pieds.
💡 Explication

Quatre explications succèdent à celle du nécromancien, et chacune est rattachée à un verset. Le point commun est la réaction au sort d'Israël : le battement des paumes et le soupir viennent tous deux de versets où il est question d'apaiser la fureur.

Les deux dernières explications passent du geste au mouvement du corps : le coup de pied dans le firmament chez les Sages, la pression des pieds sous le kissé hakavod chez Rav Aha bar Yaakov. Rachi précise que le coup atteint la terre parce qu'elle est désignée par le verset comme l'escabeau des pieds.

🖼️ Schéma
Le gouha : cinq explications du tremblement de terre Une seule est prononcée par un nécromancien ; les quatre autres sont celles des maîtres. Qui parle Cause du gouha Appui Le ova tamya le nécromancien Deux larmes tombées dans la grande mer Aucun verset. Rav Ketina : il ment, et ses paroles sont mensonge. Rav Ketina Il frappe Ses paumes l'une contre l'autre Ye'hezkel 21, 22 Je frapperai Ma paume contre Ma paume Rabbi Natan Il pousse un soupir Ye'hezkel 5, 13 J'apaiserai Ma fureur et Je serai consolé Les Sages Il donne un coup de pied dans le firmament Yirmeya 25, 30 Il crie comme les fouleurs de raisin Rav Aha bar Yaakov Il presse Ses pieds sous le Trône de gloire Yechayahou 66, 1 La terre est l'escabeau de Mes pieds Toutes ces expressions décrivent une réaction à la peine d'Israël parmi les nations. La guemara admet que la terre tremble bien deux fois ; Rav Ketina se tait pour ne pas accréditer le nécromancien.
Les cinq explications du gouha, leur auteur et le verset invoqué.
7
וְעַל הָרְעָמִים. מַאי רְעָמִים? אָמַר שְׁמוּאֵל: עַנְנֵי בְּגִלְגְּלָא. שֶׁנֶּאֱמַר: ״קוֹל רַעַמְךָ בַּגַּלְגַּל הֵאִירוּ בְרָקִים תֵּבֵל רָגְזָה וַתִּרְעַשׁ הָאָרֶץ״. וְרַבָּנָן אָמְרִי: עֲנָנֵי דְּשָׁפְכִי מַיָּא לַהֲדָדֵי, שֶׁנֶּאֱמַר: ״לְקוֹל תִּתּוֹ הֲמוֹן מַיִם בַּשָּׁמַיִם״. רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב אָמַר: בַּרְקָא תַּקִּיפָא דְּבָרֵיק בַּעֲנָנָא, וּמְתַבַּר גְּזִיזֵי דְּבַרְזָא. רַב אַשִּׁי אָמַר: עַנְנֵי חַלְחוּלֵי מְחַלְחֲלִי, וְאָתֵי זִיקָא וּמְנַשֵּׁב אַפֻּומַּייְהוּ, וְדָמֵי כְּזִיקָּא עַל פּוּם דַּנֵּי. וּמִסְתַּבְּרָא כְּרַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב, דִּבְרֵיק בַּרְקָא, וּמְנַהֲמִי עַנְנֵי, וְאָתֵי מִטְרָא.

« Et sur les tonnerres. » Que sont les tonnerres ? Chemouel a dit : des nuées dans la sphère, ainsi qu'il est dit : « La voix de Ton tonnerre était dans la roue, les éclairs ont illuminé le monde, la terre s'est émue et a tremblé. » Et les Sages disent : des nuées qui versent de l'eau l'une dans l'autre, ainsi qu'il est dit : « Au bruit qu'Il fait, il y a une multitude d'eaux dans les cieux. » Rav Aha bar Yaakov a dit : un éclair puissant qui fulgure dans la nuée et brise les blocs de grêle.

Rav Achi a dit : les nuées sont creuses, le vent vient souffler à leur ouverture, et cela ressemble au vent sur la bouche des jarres. Et il est raisonnable de suivre Rav Aha bar Yaakov, car l'éclair fulgure, les nuées grondent, et la pluie vient.

📜 Rachi (5)
עַנְנֵי בְּגִלְגְּלָא עֲנָנִים מִתְחוֹפְפִין וּמִתְחַכְּכִין וְנִשְׁמַע הַקּוֹל לָשׁוֹן אַחֵר הָעֲנָנִים פּוֹגְעִין בַּגַּלְגַּל וּמִתְגַּלְגְּלוֹת עִם הַגַּלְגַּל בְּעַל כָּרְחָם וְאוֹתוֹ הַקּוֹל הַיְינוּ רְעָמִים:
Anané begalgala : les nuées se pressent et se frottent, et le bruit s'entend. Autre explication : les nuées rencontrent la sphère et roulent avec elle malgré elles, et ce bruit-là, ce sont les tonnerres.
בַּרְקָא בְּרָקִים שֶׁל אֵשׁ:
Barka : des éclairs de feu.
וּמְתַבַּר גְּזִיזֵי דְּבַרְזָא וְאוֹתוֹ הַקּוֹל הַייְנוּ רְעָמִים. גְּזִיזֵי גלציי"ש חֲתִיכוֹת שֶׁל בָּרָד:
Oumtabar guezizei debarza : et ce bruit-là, ce sont les tonnerres. Guezizei : glacies en la'az, des morceaux de grêle.
חַלְחוּלֵי מְחַלְחֲלִי עַנְנֵי וּמְנַשֵּׁב זִיקָא עֲלַיְיהוּ וְהַייְנוּ רְעָמִים:
Halholei mehalhelei : les nuées, et le vent souffle sur elles ; voilà les tonnerres.
מְנַהֲמִי עַנְנֵי הוֹמוֹת הָעֲנָנִים:
Menahamei anané : les nuées grondent.
💡 Explication

Cinq explications physiques du tonnerre sont proposées. Les deux premières s'appuient sur un verset, les trois suivantes sur une description du phénomène : l'éclair qui brise la grêle, la nuée creuse où souffle le vent comme sur la bouche d'une jarre.

La guemara tranche par un argument d'observation, marqué par le mot mistabra (il est raisonnable) : l'ordre constant des faits est l'éclair, puis le grondement, puis la pluie. Cet enchaînement convient à l'explication de Rav Aha bar Yaakov, qui fait du tonnerre un effet de l'éclair.

🖼️ Schéma
Les tonnerres : cinq explications et une conclusion Les trois premières s'appuient sur un verset, les deux dernières sur une observation. Qui parle Ce qui produit le bruit Appui Chemouel Anané begalgala : les nuées dans la sphère Rachi : elles se frottent, ou elles roulent avec la sphère Tehilim 77, 19 Les Sages Des nuées qui versent l'eau l'une dans l'autre Yirmeya 10, 13 Rav Aha bar Yaakov opinion retenue Un éclair puissant fulgure dans la nuée et brise les blocs de grêle L'ordre observé : l'éclair, le grondement, puis la pluie Rav Achi Les nuées sont creuses et le vent souffle à leur ouverture, comme sur une jarre Comparaison matérielle Conclusion : mistabra ke-Rav Aha bar Yaakov. L'éclair passe, les nuées grondent, la pluie vient. L'argument décisif est la succession constante des trois phénomènes.
Les cinq explications du tonnerre et l'argument qui fait retenir la dernière.
8
וְעַל הָרוּחוֹת. מַאי רוּחוֹת? אָמַר אַבַּיֵּי: זַעֲפָּא. וְאָמַר אַבַּיֵּי: גְּמִירִי, דְּזַעְפָּא בְּלֵילְיָא לָא הָוֵי. וְהָא קָא חֲזֵינַן דְּהָוֵי! — הַהוּא, דְּאַתְחִיל בִּימָמָא. וְאָמַר אַבַּיֵּי: גְּמִירִי, דְּזַעְפָּא תַּרְתֵּי שָׁעֵי לָא קָאֵי, לְקַיֵּים מַה שֶׁנֶּאֱמַר: ״לֹא תָקוּם פַּעֲמַיִם צָרָה״. וְהָא קָא חָזֵינַן דְּקָאֵי! — דְּמַפְסִיק בֵּינֵי בֵּינֵי.

« Et sur les vents. » Que sont les vents ? Abaye a dit : le ze'afa (le vent de tempête).

Et Abaye a dit : nous tenons par tradition qu'il n'y a pas de ze'afa la nuit. Mais nous voyons bien qu'il y en a ! — Celui-là a commencé de jour.

Et Abaye a dit : nous tenons par tradition qu'un ze'afa ne tient pas deux heures, pour accomplir ce qui est dit : « La détresse ne se lèvera pas deux fois. » Mais nous voyons bien qu'il tient ! — C'est qu'il s'interrompt entre-temps.

📜 Rachi (1)
זַעֲפָּא סופטורביי"ל:
Ze'afa : sopturbeil en la'az, le vent de tempête.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר אַבַּיֵּי: גְּמִירִי, דְּזַעְפָּא בְּלֵילְיָא לָא הָוֵי. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם עַל פִּי מַה שֶׁכָּתְבוּ הַמְפָרְשִׁים זַ"ל בַּפָּסוּק (עָמוֹס ד, יג) יוֹצֵר הָרִים וּבֹרֵא רוּחַ וּמַגִּיד לְאָדָם מַה שֵּׂחוֹ, כִּי יֵשׁ הָרִים גְּדוֹלִים עַד מְאֹד שֶׁלֹּא נִבְרְאוּ אֶלָּא בִּשְׁבִיל לְהָגֵן עַל מְקוֹם הַיִּשּׁוּב מְתֻוקַּף רוּחַ סְעָרָה אֲשֶׁר יִהְיֶה בָּעוֹלָם, דְּלוּלֵא הֶהָרִים הָאֵלֶּה הָיָה עוֹקֵר כָּל בִּנְיַן הַבָּתִּים מֵחֲמַת תּוֹקְפוֹ, אַךְ בָּהֶם פּוֹגֵעַ תְּחִלָּה וְנֶחֱלַשׁ תּוֹקְפוֹ, וְהַטַּעַם שֶׁבָּרָא הקב"ה רוּחַ סְעָרָה תַּקִּיף כָּל כָּךְ שֶׁצָּרִיךְ לוֹ הָרִים לְהָגֵין בַּעֲבוּרוֹ, הַייְנוּ מֵחֲמַת כִּי בְּנֵי אָדָם חוֹטְאִים בְּדִיבּוּר שֶׁהוּא רוּחָא מְמַלְּלָא, וּמֵחֲמַת רֹוב חֶטְאָם אָז יִרְבֶּה רוּחַ סְעָרָה תַּקִּיף, וְלָכֵן מִזֶּה יִלְמֹוד הָאָדָם מוּסָר וְלֹא יָקֵל בְּעֵינָיו שִׂיחָתוֹ וְדִבּוּרוֹ עַייֵּן שָׁם. נִמְצָא הַזַּעֲפָּא יִהְיֶה מֵחֲמַת חֵטְא הַדִּבּוּר, וְהָאָדָם יִלְמֹוד מוּסָר גָּדוֹל לְהִשָּׁמֵר מֵחֵטְא הַדִּבּוּר בִּרְאוֹתוֹ הַזַּעֲפָּא, וּכְדֵי לְהוֹרוֹת שֶׁהַזִּעְפָּאבָא מֵחֵטְא הַדִּבּוּר, לְכָךְ עָשָׂה הקב"ה דְּזַעֲפָּא אֵינוֹ מַתְחִיל בַּלַּיְלָה מִפְּנֵי כִּי עַל הָרֹוב חֵטְא הַדִּבּוּר יִהְיֶה בַּיּוֹם, שֶׁבְּנֵי אָדָם עוֹסְקִין זֶה עִם זֶה וְיוֹשְׁבִים זֶה עִם זֶה לָכֵן מַרְבִּים בְּדִבּוּר וּבָאִין לִידֵי חֵטְא, מַה שֶׁאֵין כֵּן בַּלַּיְלָה כָּל אֶחָד אֶצֹּור בְּבֵיתוֹ וְאֵין לוֹ עֵסֶק כְּדֵי לַחֲטוֹא בְּדִבּוּר, וְלָכֵן מִזֶּה יָבִין הָאָדָם שֶׁהַזַּעֲפָאבָא מֵחֲמַת קִלְקוּל הַדִּיבּוּר שֶׁהוּא מָצוּי בַּיּוֹם, לְכָךְ אֵינוֹ מַתְחִיל אֶלָּא בַּיּוֹם. וּמַה שֶׁאָמַר אַבַּיֵּי גְּמִירִי דְּזַעֲפָּא שְׁתֵּי שָׁעֵי לָא קָאֵי , נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם דַּחֲלֻוקַּת הַשָּׁעָה לְמַעְלָה הִיא תתר"ף [1080] חֲלָקִים, וְעַל זֶה נֶאֱמַר (דִּבְרֵי הַיָּמִים א' יב, לג) וּמִבְּנֵי יִשָּׂשכָר יוֹדְעֵי בִינָה לַעִתִּים, שֶׁהִשִּׂיגוּ אֶת חֲלֻוקַּת הַשָּׁעָה שֶׁהִיא לְמַעְלָה תתר"ף חֲלָקִים וְכַנִּזְכָּר בַּסְּפָרִים, וְטַעַם לַחֲלֻוקָּה זוֹ שֶׁל תתר"ף פֵּירְשׁוּ הַמְקֻובָּלִים זַ"ל שֶׁהוּא מִסְפַּר חֲמִשָּׁה פְּעָמִים גְּבוּרָה [216] , וּבָזֶה יוּבָן בס"ד הַטַּעַם שֶׁהַמַּלְכוּת נִקְרֵאת 'שָׁעָה', כִּי הַמַּלְכוּת בִּנְיָינָהּ עַל יְדֵי חֲמִשָּׁה גְּבוּרוֹת שֶׁהֵם רְמוּזִים בַּחֲלֻוקָּה שֶׁל הַשָּׁעָה, וְלָכֵן תִּמְצָא ב תפ א רַתְּ יֵשׁ תתר"ף וְעוֹד אוֹת אָלֶ"ף בְּאֶמְצַע, כִּי הַתִּפְאֶרֶת הוּא בְּקַו הָאֶמְצָעִי וּמְקַבֵּל מִן הַכֶּתֶר שֶׁהִיא סוֹד אָלֶ"ף הָעוֹמֵד בְּרֹאשׁ קַו הָאֶמְצָעִי, וְעַל יְדֵי כָּךְ הַתִּפְאֶרֶת נוֹטֶה לְחֶסֶד וְנִקְרָא קַו הָרַחֲמִים, וְלָכֵן בּוֹ מַפְסִיק בְּתוֹךְ תתר"ף שֶׁרְמוּזִים לַהַג' אוֹת אָלֶ"ף שֶׁהוּא בְּסוֹד הַכֶּתֶר שֶׁהוּא חֶסֶד גָּמוּר, נִמְצָא בְּכָל שָׁעָה רָמוּז ה' פְּעָמִים גְּבוּרָה , וְלָכֵן אִם יִשָּׁאֵר זַעֲפָּא שְׁתֵּי שָׁעֵי שֶׁהֵם חֲמִשָּׁה גְּבוּרוֹת כְּפוּלִים יֶחֱרַב הָעוֹלָם.
« Abaye a dit : nous tenons par tradition qu'il n'y a pas de ze'afa la nuit. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison en est ce qu'ont écrit les commentateurs, de mémoire bénie, sur le verset (Amos 4, 13) « Il forme les montagnes et crée le vent, et Il annonce à l'homme quelle est sa parole » : il y a des montagnes extrêmement grandes qui n'ont été créées que pour protéger les lieux habités de la violence du vent de tempête qui souffle dans le monde, car sans ces montagnes il arracherait par sa force tous les bâtiments ; mais il les rencontre d'abord et sa force en est diminuée. Et la raison pour laquelle le Saint béni soit-Il a créé un vent de tempête si puissant qu'il faut des montagnes pour en protéger, c'est que les hommes fautent par la parole, qui est le roua'h memalela (le souffle qui parle) ; par la multitude de leurs fautes le vent de tempête se renforce. L'homme doit en tirer une leçon de moussar et ne pas tenir sa conversation et sa parole pour peu de chose — vois-y. Il se trouve donc que le ze'afa vient de la faute de la parole, et que l'homme doit en tirer un grand moussar, se gardant de la faute de la parole en voyant le ze'afa. Et pour montrer que le ze'afa vient de la faute de la parole, le Saint béni soit-Il a fait qu'il ne commence pas la nuit : car le plus souvent la faute de la parole se produit le jour, quand les hommes s'occupent les uns avec les autres et s'asseyent ensemble, de sorte qu'ils multiplient les paroles et en viennent à fauter ; la nuit, au contraire, chacun est enfermé dans sa maison et n'a pas d'occasion de fauter par la parole. L'homme comprendra donc par là que le ze'afa vient de l'altération de la parole, laquelle se produit de jour, et c'est pourquoi il ne commence que le jour. Et ce que dit Abaye, « nous tenons par tradition qu'un ze'afa ne tient pas deux heures », il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison en est que la division de l'heure, en haut, est de mille quatre-vingts parties. C'est de cela qu'il est dit (Divrei haYamim I 12, 33) « et des fils d'Issakhar, qui savaient discerner les temps » : ils ont atteint la division de l'heure, qui est en haut de mille quatre-vingts parties, comme il est mentionné dans les livres. Et la raison de cette division en mille quatre-vingts, les mekoubalim, de mémoire bénie, l'ont expliquée : c'est le nombre de cinq fois guevoura, dont la valeur est deux cent seize. Par là se comprend, avec l'aide du Ciel, pourquoi la Malkhout est appelée chaa (heure) : car l'édifice de la Malkhout se fait par les cinq guevourot, auxquelles la division de l'heure fait allusion. Aussi trouveras-tu dans le mot tiferet la valeur de mille quatre-vingts, avec en outre la lettre alef au milieu : car le Tiferet est dans la ligne médiane et reçoit du Keter, qui est le sod de l'alef se tenant à la tête de la ligne médiane, et par là le Tiferet penche vers le 'hessed et est appelé ligne de la miséricorde ; c'est pourquoi il y a en lui, au milieu des mille quatre-vingts qui font allusion aux guevourot, la lettre alef, qui est dans le sod du Keter, 'hessed parfait. Il se trouve donc qu'en chaque heure il est fait allusion à cinq fois guevoura ; aussi, si un ze'afa demeurait deux heures, ce qui ferait le double des cinq guevourot, le monde serait détruit.
💡 Explication

Deux traditions d'Abaye encadrent le vent de tempête, et chacune reçoit aussitôt une objection tirée de l'expérience. La réponse ne nie pas le fait observé, elle en précise la lecture : le vent nocturne a commencé de jour, et le vent qui paraît durer comporte des interruptions.

La seconde tradition est rattachée au verset de Nahoum lo takoum paamayim tsara. La limite de deux heures est ainsi présentée comme l'accomplissement d'une promesse et non comme une simple donnée météorologique.

9
וְעַל הַבְּרָקִים אוֹמֵר ״בָּרוּךְ … שֶׁכֹּחוֹ וּגְבוּרָתוֹ מָלֵא עוֹלָם״. מַאי בְּרָקִים? אָמַר רָבָא: בַּרְקָא. וְאָמַר רָבָא: בַּרְקָא יְחִידָאָה, וּבַרְקָא חִיוָּרָא, וּבַרְקָא יְרוּקְתָּא, וַעֲנָנֵי דְּסָלְקָן בְּקֶרֶן מַעֲרָבִית וְאָתְייָן מִקֶּרֶן דְּרוֹמִית, וְתַרְתֵּי עֲנָנֵי דְּסָלְקָן חֲדָא לְאַפֵּי חֲבֶרְתָּהּ — כּוּלְּהוּ קַשְׁיִין.

« Et sur les éclairs il dit : Béni... dont la force et la puissance emplissent le monde. » Que sont les éclairs ? Rava a dit : le barka.

Et Rava a dit : un éclair isolé, un éclair blanc, un éclair verdâtre, des nuées qui montent à l'angle occidental et viennent de l'angle méridional, et deux nuées qui montent l'une au-devant de l'autre — toutes sont dures.

📜 Rachi (4)
בַּרְקָא אישלוזיר"א לְשׁוֹן מַבְרִיק נָהָר:
Barka : echlozeira en la'az ; c'est un terme d'éclat, comme dans l'expression « le fleuve resplendit ».
בַּרְקָא יְחִידָאָה שֶׁלֹּא הִבְרִיק אֶלָּא פַּעַם אֶחָד:
Barka yehidaa : qui n'a fulguré qu'une seule fois.
וּבַרְקָא חִיוָּרָא וּבַרְקָא יְרֻוקְתָּא כֻּולְּהוּ קַשְׁיָין שֶׁאֵינָם שֶׁל בְּרָכָה:
Barka hivra ouvarka yerokta koulhou kachyan : elles ne sont pas de bénédiction.
דְּסָלְקָן חֲדָא לְאַפֵּי חֲבֶרְתָּהּ שֶׁשְּׁנֵי עֲנָנִים פּוֹגְעִים זֶה אֶת זֶה:
Desalkan hada leapei havrata : deux nuées qui se heurtent l'une l'autre.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מַאי 'בְּרָקִים'? אָמַר רָבָא: בַּרְקָא. קַשָּׁא מָה חִידֵּשׁ רָבָא בִּתְשׁוּבָה זוֹ לַשּׁוֹאֵל? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי הַשּׁוֹאֵל אֵינוֹ שׁוֹאֵל מַהוּ עִנְיָן שֶׁל בְּרָקִים, אֶלָּא בָּאָה לִשְׁאֹל דִּין, כִּי רָאָה דְּהַתַּנָּא נָקֵיט בְּרָקִים בִּלְשׁוֹן רַבִּים, וְנִסְתַּפֵּק אִם הָא דְּנָקֵיט בְּרָקִים וְלֹא אָמַר 'בָּרָק' כַּוָּנָתוֹ לוֹמַר דְּאֵין לְבָרֵךְ עַל בָּרָק אֶחָד אֶלָּא עַד שֶׁיִּהְיוּ ב' בְּרָקִים, אוֹ דִּילְמָא אֲפִילּוּ עַל בָּרָק אֶחָד מְבָרֵךְ וְנָקֵיט בְּרָקִים שֵׁם הַמִּין, וְלָאו לִמְעוּטֵי בָּרָק אֶחָד אֲתָא, וְהֵשִׁיב לוֹ רָבָא בַּרְקָא דְּנָקֵיט בְּרָקִים שֵׁם הַמִּין וַאֲפִילּוּ בַּרְקָא חַד מְבָרֵךְ, אוֹ אֶפְשָׁר הָא דְּנָקֵיט בְּרָקִים לְשׁוֹן רַבִּים אַיְּידֵי דְּנָקֵיט זְוָעוֹת זִיקִין רְעָמִים נָקֵיט נָמֵי בְּרָקִים לְשׁוֹן רַבִּים.
« Que sont les berakim ? Rava a dit : barka. » Difficulté : qu'a donc innové Rava dans cette réponse faite au questionneur ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que celui qui interroge ne demande pas ce que sont les éclairs, mais vient poser une question de loi. Il a vu que le tana emploie berakim au pluriel, et il s'est demandé si, en disant berakim et non barak, le tana entend que l'on ne bénit pas sur un seul éclair mais seulement s'il y en a deux, ou bien si l'on bénit même sur un seul éclair, berakim étant employé comme nom d'espèce et non pour exclure l'éclair unique. Rava lui répondit : barka — c'est-à-dire que berakim est employé comme nom d'espèce et que l'on bénit même sur un seul éclair. Il est aussi possible que le pluriel berakim soit venu par entraînement, parce que le tana avait dit zeva'ot, zikim et reamim : il a dit de même berakim au pluriel.
💡 Explication

Rava identifie d'abord le mot de la michna : les berakim sont le barka, la fulguration. Il énumère ensuite cinq apparitions du ciel qu'il qualifie de kachyan, dures. Rachi glose : elles ne sont pas de bénédiction, c'est-à-dire qu'elles annoncent un malheur.

Trois de ces signes concernent l'éclair lui-même, isolé ou d'une couleur particulière ; les deux autres concernent le mouvement des nuées, soit qu'elles viennent d'une direction qui ne correspond pas à leur point de départ, soit qu'elles se heurtent.

10
לְמַאי נָפְקָא מִינַּהּ? לְמִבְעֵי רַחֲמֵי. וְהָנֵי מִילֵּי בְּלֵילְיָא, אֲבָל בְּצַפְרָא — לֵית בְּהוּ מְשָׁשָׁא.

Quelle en est la conséquence pratique ? Demander miséricorde.

Et cela vaut la nuit ; mais le matin, ils sont sans consistance.

💡 Explication

La guemara demande ce que change la connaissance de ces signes. La réponse lemibaei rahamei oriente tout le passage vers la prière : le signe appelle une demande de miséricorde, et non une conduite particulière à tenir.

Une restriction suit aussitôt. Les mêmes phénomènes, vus le matin, sont déclarés let behou machacha, sans consistance. C'est ce point que les lignes suivantes vont discuter.

🖼️ Schéma
Les cinq signes durs de Rava, et ce qu'il faut en faire Rachi : ils ne sont pas de bénédiction. La conséquence est une prière, non une conduite à tenir. Ce que Rava énumère 1. Barka yehidaa : un éclair qui ne fulgure qu'une seule fois 2. Barka hivra : un éclair blanc 3. Barka yerokta : un éclair verdâtre 4. Des nuées qui montent à l'ouest et viennent du sud 5. Deux nuées qui montent l'une au-devant de l'autre Nafka mina Lemibaei rahamei : demander miséricorde Le signe appelle une prière. Restriction La nuit : le signe compte Le matin : let behou machacha ils sont sans consistance Rav Papa objecte le dicton populaire : pluie à l'ouverture des portes, l'ânier peut dormir. Réponse : ciel noué de nuage épais, la pluie tiendra ; noué de nuées légères, elle passera. La règle du matin vise les nuées minces, le dicton vise les nuées épaisses.
Les cinq signes durs, la prière qu'ils appellent et la restriction du matin.
11
אָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר יִצְחָק: הָנֵי עַנְנֵי דְּצַפְרָא לֵית בְּהוּ מְשָׁשָׁא, דִּכְתִיב: ״וְחַסְדְּכֶם כַּעֲנַן בֹּקֶר וְגוֹ׳״. אָמַר לֵיהּ רַב פָּפָּא לְאַבַּיֵּי, הָא אָמְרִי אִינָשֵׁי: כַּד מִפְתָּח בָּבֵי מִיטְרָא, בַּר חַמְרָא, מוֹךְ שָׁקִיךְ וְגָנֵי! לָא קַשְׁיָא: הָא דְּקָטַר בְּעֵיבָא, הָא דְּקָטַר בְּעַנְנֵי.

Rabbi Chemouel bar Yitshak a dit : ces nuées du matin sont sans consistance, ainsi qu'il est écrit : « Et votre bonté est comme la nuée du matin, etc. » Rav Papa dit à Abaye : mais les gens disent : quand on ouvre les portes et qu'il pleut, ânier, plie ton sac et dors ! Il n'y a pas de difficulté : ici, le ciel est noué de nuage épais ; là, il est noué de nuées légères.

📜 Rachi (4)
עֲנַן בֹּקֶר לֹא קָבוּעַ:
Anan boker : qui ne dure pas.
כַּד מִפְתָּח בָּבֵי מִטְרָא בַּר חַמָּרָא מוּךְ שַׂקָּיךָ וּגְנִי אִם כְּשֶׁתִּפְתַּח דְּלָתֶיךָ בַּבֹּקֶר יֵרֵד לְךָ מָטָר לְךָ אֲנִי אוֹמֵר חֲמַר הַהוֹלֵךְ מִמָּקוֹם לְמָקוֹם לְהָבִיא תְּבוּאָה מוֹךְ שָׁקִיךְ וּגְנֵי כָּפוּל שַׂקָּךְ תַּחְתֶּיךָ וְתִישַׁן עָלָיו וְלֹא תֵּלֵךְ אָנֶה וָאָנָה לְהָבִיא תְּבוּאָה לְפִי שֶׁיִּהְיוּ הַחִטִּים בְּזוֹל בִּשְׁבִיל הַגֶּשֶׁם:
Kad miftah babei mitra, bar hamara, moukh sakikh ougni : si, quand tu ouvres tes portes le matin, la pluie te tombe dessus, à toi je dis, ânier qui vas d'un lieu à l'autre pour rapporter du grain : plie ton sac sous toi et dors dessus, et ne va pas ici et là chercher du grain, car le blé sera à bas prix à cause de la pluie.
ה"ג הָא דְּקָטַר בְּעֵיבָא נִתְקַשְּׁרוּ הַשָּׁמַיִם בְּעָב עָבֶה אָז טוֹב כִּי יֵרֵד גֶּשֶׁם רַב:
Telle est la version : ha dekatar beiba — les cieux se sont noués d'une nuée épaisse ; alors c'est bon signe, car une pluie abondante tombera.
הָא דִּקְטִיר בַּעֲנָנָא עָנָן קָלוּשׁ הוּא עֲנַן בֹּקֶר שֶׁאֵין בּוֹ מַמָּשׁ:
Ha dekatir beanana : une nuée ténue, c'est la nuée du matin, qui est sans consistance.
💡 Explication

Rabbi Chemouel bar Yitshak appuie la règle du matin sur le verset de Hochea, où la nuée du matin sert d'image de ce qui se dissipe. Rav Papa oppose un dicton populaire qui dit exactement l'inverse : la pluie du matin annonce une journée de pluie, au point que le voiturier peut renoncer à son voyage.

La résolution repose sur une distinction d'aspect du ciel, marquée par les deux termes araméens iba et anana : un ciel noué de nuage épais donne la pluie durable du dicton, un ciel noué de nuées minces donne la nuée du matin qui passe. Rachi glose les deux mots dans ce sens.

12
אָמַר רַבִּי אֲלֶכְּסַנְדְּרִי אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: לֹא נִבְרְאוּ רְעָמִים אֶלָּא לִפְשֹׁוט עַקְמוּמִית שֶׁבַּלֵּב, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְהָאֱ-לֹהִים עָשָׂה שֶׁיִּרְאוּ מִלְּפָנָיו״. וְאָמַר רַבִּי אֲלֶכְּסַנְדְּרִי אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: הָרוֹאֶה אֶת הַקֶּשֶׁת בֶּעָנָן צָרִיךְ שֶׁיִּפֹּול עַל פָּנָיו, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כְּמַרְאֵה הַקֶּשֶׁת אֲשֶׁר יִהְיֶה בֶּעָנָן וְגוֹ׳ וָאֶרְאֶה וָאֶפֹּל עַל פָּנַי״. לָייְטִי עֲלָהּ בְּמַעֲרָבָא, מִשּׁוּם דְּמִחֲזֵי כְּמַאן דְּסָגֵיד לְקַשְׁתָּא. אֲבָל בָּרוֹכֵי וַדַּאי מְבָרֵךְ. מַאי מְבָרֵךְ? — ״בָּרוּךְ … זוֹכֵר הַבְּרִית״. בְּמַתְנִיתָא תַּנָּא, רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בְּנוֹ שֶׁל רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן בְּרֹוקָא אוֹמֵר: ״נֶאֱמָן בִּבְרִיתוֹ וְקַיָּים בְּמַאֲמָרוֹ״. אָמַר רַב פָּפָּא: הִלְכָּךְ נֵימְרִינְהוּ לְתַרְוַיְיהוּ: ״בָּרוּךְ … זוֹכֵר הַבְּרִית, וְנֶאֱמָן בִּבְרִיתוֹ וְקַיָּים בְּמַאֲמָרוֹ״.

Rabbi Alexandri a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi : les tonnerres n'ont été créés que pour redresser la tortuosité du cœur, ainsi qu'il est dit : « Et D.ieu a fait en sorte que l'on craigne devant Lui. » Et Rabbi Alexandri a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi : celui qui voit l'arc-en-ciel dans la nuée doit tomber sur sa face, ainsi qu'il est dit : « Comme l'aspect de l'arc qui est dans la nuée, etc. Je vis, et je tombai sur ma face. » En Occident (en Eretz Israël) on maudissait cet usage, parce qu'il a l'apparence d'une prosternation devant l'arc.

Mais quant à bénir, on bénit certainement. Quelle berakha dit-on ?

« Béni... qui Se souvient de l'alliance. » Dans une baraita il a été enseigné : Rabbi Yichmael, fils de Rabbi Yo'hanan ben Beroka, dit : « fidèle en Son alliance et fiable en Sa parole ». Rav Papa a dit : donc, disons-les toutes les deux : « Béni... qui Se souvient de l'alliance, fidèle en Son alliance et fiable en Sa parole. »

📜 Rachi (1)
צָרִיךְ שֶׁיִּפֹּול עַל פָּנָיו לְפִי שֶׁהוּא מַרְאֶה כְּבוֹד ה':
Tsarikh cheyipol al panav : parce que c'est une apparence de la gloire de ה'.
🗂️ Tossefot (2)
הִלְכָּךְ נֵימְרִינְהוּ לְתַרְוַיְיהוּ אוֹמֵר רִ"י דְּאֵין חוֹתְמִין בְּבָרוּךְ בִּבְרָכָה זוֹ וְהֵיכִי מְבָרֵךְ בָּרוּךְ אַתָּה ה' אֱ-לֹהֵינוּ מֶלֶךְ הָעוֹלָם נֶאֱמָן בִּבְרִיתוֹ וְקַיָּים בִּשְׁבוּעָתוֹ וְזוֹכֵר הַבְּרִית:
Hilkakh nimrinhou letarvaihou — le Ri dit que l'on ne conclut pas cette berakha par une formule en « Béni ». Et comment bénit-on ? « Béni sois-Tu, ה' notre D.ieu, Roi du monde, fidèle en Son alliance, fiable en Son serment et qui Se souvient de l'alliance. »
הִלְכָּךְ נֵימְרִינְהוּ לְתַרְוַיְיהוּ רֹוב הַהוֹדָאוֹת וְאַל הַהוֹדָאוֹת. לְפִיכָךְ תִּקְּנוּ בְּיִשְׁתַּבַּח אַחַר סִיּוּם הַבְּרָכָה בָּרוּךְ אַתָּה ה' אֵל מֶלֶךְ גָּדוֹל בַּתִּשְׁבָּחוֹת אֵל הַהוֹדָאוֹת:
Hilkakh nimrinhou letarvaihou — de même « l'abondance des actions de grâce » et « D.ieu des actions de grâce » : c'est pourquoi on a institué dans Yichtabah, après la conclusion de la berakha : « Béni sois-Tu, ה', D.ieu, Roi grand dans les louanges, D.ieu des actions de grâce. »
🪔 Ben Yehoyada (1)
בָּרוּךְ זוֹכֵר הַבְּרִית, נֶאֱמָן בִּבְרִיתוֹ וְקַיָּם בְּמַאֲמָרוֹ. הָא דְּמַזְכִּירִין שְׁלֹשָׁה חֲלוּקוֹת, נִרְאֶה לִי בס"ד כִּי הַקֶּשֶׁת יֵשׁ בּוֹ ג' גַּוְונִין, וְהֵם לָבָן כְּנֶגֶד קַו הַחֶסֶד, וְאָדֹום כְּנֶגֶד קַו הַגְּבוּרָה, וְיָרוֹק כְּנֶגֶד קַו הָרַחֲמִים, וּכְנֶגֶד אֵלֶּה אוֹמְרִים ג' מִינֵי שֶׁבַח הַנִּזְכָּר.
« Béni... qui Se souvient de l'alliance, fidèle en Son alliance et fiable en Sa parole. » Si l'on mentionne trois membres, il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est parce que l'arc-en-ciel comporte trois couleurs : le blanc, en face de la ligne du 'hessed ; le rouge, en face de la ligne de la guevoura ; et le vert, en face de la ligne de la miséricorde. En face de ces trois on dit les trois sortes de louange mentionnées.
💡 Explication

Rabbi Yehochoua ben Levi donne d'abord une raison d'être au tonnerre : redresser la akmoumiyout chebalev, la tortuosité du cœur. Le verset de Kohelet rattache ce phénomène à la crainte.

Vient ensuite l'arc-en-ciel, avec un désaccord d'usage. Le geste de tomber sur la face se fonde sur la vision de Ye'hezkel, où l'arc sert d'image de la gloire divine. Les maîtres d'Eretz Israël s'y opposent pour une raison d'apparence : le public y verrait une prosternation adressée à l'arc. La berakha, elle, ne fait pas difficulté, et Rav Papa tranche en cumulant les deux formules reçues.

Tossefot précisent au nom du Ri la structure de cette berakha, qui ne comporte pas de conclusion finale, et rapprochent ce cumul de celui que l'on trouve dans Yichtabah.

🖼️ Schéma
L'arc-en-ciel : se prosterner ou bénir Deux usages s'opposent sur le geste ; sur la berakha, tous s'accordent. Rabbi Yehochoua ben Levi Celui qui le voit tombe sur sa face Ye'hezkel 1, 28 : je vis, et je tombai sur ma face Rachi : l'arc est une apparence de la gloire divine Le geste répond à ce qui est vu Les maîtres d'Eretz Israël Ils maudissaient celui qui le fait Le geste a l'apparence d'une prosternation devant l'arc lui-même Le souci porte sur ce que voit le public Aval berouhei vadai mevarekh : quant à bénir, on bénit certainement. Guemara Béni... qui Se souvient de l'alliance Baraita, R. Yichmael fidèle en Son alliance et fiable en Sa parole Rav Papa : halakha On dit les deux formules à la suite l'une de l'autre Ben Yehoyada : trois membres pour les trois couleurs de l'arc, 'hessed, guevoura et rahamim. Tossefot : selon le Ri, cette berakha ne se conclut pas par une formule finale.
Le geste contesté, la berakha admise et la halakha de Rav Papa.
13
עַל הֶהָרִים וְעַל הַגְּבָעוֹת. אַטּוּ כָּל הָנֵי דַּאֲמַרַן עַד הַשְׁתָּא, לָאו מַעֲשֵׂה בְּרֵאשִׁית נִינְהוּ? וְהָכְתִיב ״בְּרָקִים לְמָטָר עָשָׂה״! אָמַר אַבַּיֵּי: כְּרֹוךְ וּתְנִי. רָבָא אָמַר: הָתָם מְבָרֵךְ תַּרְתֵּי — ״בָּרוּךְ … שֶׁכֹּחוֹ מָלֵא עוֹלָם״, וְ״עוֹשֶׂה מַעֲשֵׂה בְּרֵאשִׁית״. הָכָא ״עוֹשֶׂה מַעֲשֵׂה בְּרֵאשִׁית״ — אִיכָּא, ״שֶׁכֹּחוֹ מָלֵא עוֹלָם״ לֵיכָּא.

« Sur les montagnes et sur les collines. » Est-ce à dire que tout ce que nous avons dit jusqu'ici ne relève pas de l'œuvre de la création ? N'est-il pas écrit : « Il fait des éclairs pour la pluie » !

Abaye a dit : lie et enseigne. Rava a dit : là-bas on bénit deux bénédictions, « Béni... dont la force emplit le monde » et « qui fait l'œuvre de la création » ; ici, « qui fait l'œuvre de la création » il y a, « dont la force emplit le monde » il n'y a pas.

📜 Rachi (2)
עַל הֶהָרִים לָא מָצֵי לְבָרוֹכֵי מָלֵא עוֹלָם שֶׁאֵינָן בְּמָקוֹם אֶחָד אֶלָּא כָּל אֶחָד וְאֶחָד בִּמְקוֹמוֹ:
Al heharim : on ne peut pas bénir « emplit le monde », car elles ne se trouvent pas en un seul lieu, mais chacune à sa place.
כְּרֹוךְ וּתְנִי בְּכוּלְּהוּ בָּרוּךְ עוֹשֵׂה בְרֵאשִׁית וּבָרוּךְ שֶׁכֹּחוֹ מָלֵא עוֹלָם כְּרֹוךְ וּתְנִי לְכוּלְּהוּ בַּחֲדָא בָּבָא וְעַל כֻּולָּם שְׁתֵּי בְּרָכוֹת הַלָּלוּ:
Kerokh outni : sur toutes, « Béni qui fait la création » et « Béni dont la force emplit le monde » ; lie-les et enseigne-les toutes dans une seule clause, et sur toutes ces deux bénédictions.
🗂️ Tossefot (1)
רָבָא אָמַר הָתָם מְבָרֵךְ שֶׁכֹּחוֹ וּגְבוּרָתוֹ מָלֵא עוֹלָם וְעוֹשֶׂה מַעֲשֵׂה בְּרֵאשִׁית פִּי' אוֹמֵר אוֹ הַאי אוֹ הַאי אֵיזֶה שֶׁיִּרְצֶה וְכֵן פֵּירֵשׁ רַב אִלְפָּס:
Rava amar hatam mevarekh chekoho ougvourato malé olam veossé maassé bereshit — c'est-à-dire qu'il dit l'une ou l'autre, celle qu'il veut ; ainsi a expliqué le Rif.
💡 Explication

La michna paraissait réserver ossé maassé bereshit aux réalités permanentes et chekoho ougvourato malé olam aux phénomènes passagers. La guemara objecte par un verset des Tehilim qui range les éclairs eux-mêmes dans l'œuvre de la création.

Abaye répond que la michna ne partage rien : kerokh outni, on lie les deux formules et on les dit sur tous les cas. Rava maintient au contraire la distinction, en la déplaçant : le premier groupe reçoit les deux formules, le second n'en reçoit qu'une, puisque « emplit le monde » ne convient pas à des montagnes fixées chacune à sa place, comme l'explique Rachi.

🖼️ Schéma
Deux formules pour deux sortes de phénomènes La michna distingue ; la guemara demande pourquoi, et deux réponses s'opposent. Groupe 1 : ce qui passe Zikin, zeva'ot, reamim, ruhot, berakim Chekoho ougvourato malé olam dont la force et la puissance emplissent le monde Ils se produisent partout à la fois. Groupe 2 : ce qui demeure Montagnes, collines, mers, fleuves, déserts Ossé maassé bereshit qui fait l'œuvre de la création Rachi : chacune est à sa place, non partout. Objection : les éclairs aussi relèvent de la création, car il est écrit : Il fait des éclairs pour la pluie. Abaye : kerokh outni On lie les deux formules et on les enseigne ensemble : sur tous les cas, les deux berakhot. La michna ne sépare pas deux catégories. Rava : la distinction tient Groupe 1 : les deux formules. Groupe 2 : ossé maassé bereshit seule, car malé olam ne s'y applique pas. Tossefot au nom du Rif : selon Rava on dit l'une ou l'autre, celle que l'on veut.
Les deux formules, l'objection tirée des éclairs, et les réponses d'Abaye et de Rava.
14
אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: הָרוֹאֶה רָקִיעַ בְּטַהֲרָתָהּ, אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ … עוֹשֵׂה בְּרֵאשִׁית״. אֵימָתַי? אָמַר אַבַּיֵּי: כִּי אָתֵי מִטְרָא כֻּולֵּי לֵילְיָא, וּבְצַפְרָא אָתֵי אִסְתָּנָא וּמְגַלְּיָא לְהוּ לִשְׁמַיָּא.

Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : celui qui voit le firmament dans sa pureté dit : « Béni... qui fait la création. » Quand cela ? Abaye a dit : quand la pluie tombe toute la nuit et qu'au matin vient l'istana (le vent du nord), qui découvre les cieux.

📜 Rachi (2)
אוֹמֵר בָּרוּךְ עוֹשֵׂה בְּרֵאשִׁית שֶׁכָּךְ הָיְתָה בְּרִייָּתוֹ וְאַחַר כָּךְ כִּסּוּהוּ עֲנָנִים:
Omer baroukh ossé bereshit : car telle était sa création, et ensuite les nuées l'ont recouvert.
אִסְתָּנָא רוּחַ צְפוֹנִית:
Istana : le vent du nord.
💡 Explication

La berakha porte ici sur un ciel entièrement dégagé. Rachi en donne la raison : cet état est celui du firmament tel qu'il a été créé, le recouvrement par les nuées étant venu ensuite.

Abaye précise le cas, qui suppose deux conditions successives : une nuit entière de pluie, qui lave l'air, puis le vent du nord au matin, qui balaie ce qui reste de nuées.

15
וּפְלִיגָא דְּרַפְרָם בַּר פָּפָּא אָמַר רַב חִסְדָּא. דְּאָמַר רַפְרָם בַּר פָּפָּא אָמַר רַב חִסְדָּא: מִיּוֹם שֶׁחָרַב בֵּית הַמִּקְדָּשׁ לֹא נִרְאֵית רָקִיעַ בְּטָהֳרָתָהּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אַלְבִּישׁ שָׁמַיִם קַדְרוּת וְשַׂק אָשִׂים כְּסוּתָם״.

Et cela est en désaccord avec Rafram bar Papa au nom de Rav Hisda. Car Rafram bar Papa a dit au nom de Rav Hisda : depuis le jour où le Temple a été détruit, le firmament n'a plus été vu dans sa pureté, ainsi qu'il est dit : « Je revêts les cieux de noirceur et Je fais du sac leur couverture. »

💡 Explication

Le daf se ferme sur une opposition. La berakha enseignée par Rabbi Yehochoua ben Levi suppose que le firmament pur puisse encore être vu ; Rav Hisda le nie depuis la destruction du Temple, en s'appuyant sur le verset de Yechayahou où les cieux sont revêtus de noirceur.

Le mot ouplig'a signale que les deux enseignements ne se concilient pas. La conséquence pratique porte sur l'existence même du cas : selon Rav Hisda, la berakha du firmament pur n'a plus d'occasion de se dire.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).