Sougya : Le daf poursuit l'explication des phénomènes sur lesquels la michna fait bénir. Il achève d'abord le récit des deux constellations : Kima a perdu deux étoiles quand le déluge a été ouvert, Ich en a perdu deux quand l'ouverture a été bouchée, et Ich marche depuis derrière Kima en réclamant ses enfants.
Trois objections examinent pourquoi les étoiles n'ont pas été rendues ni remplacées, et Rav Nahman annonce leur restitution future. Vient ensuite le tremblement de terre : le récit de Rav Ketina devant le nécromancien, puis cinq explications du gouha, chacune appuyée sur un verset.
Le même traitement est applique aux tonnerres, aux vents de tempête et aux éclairs, avec des indications pratiques sur ce qui annonce un malheur et sur la prière qu'il appelle. La fin du daf passe à l'arc-en-ciel, à sa berakha double selon Rav Papa, puis à la distinction d'Abaye et de Rava entre les deux formules de la michna, et se ferme sur le firmament pur, que Rav Hisda déclare invisible depuis la destruction du Temple.
... comme une chose battue et resserrée. Et si Ich (la Grande Ourse) marche derrière elle, c'est qu'elle lui dit : rends-moi mes enfants.
Car à l'heure où le Saint béni soit-Il voulut amener le déluge sur le monde, Il prit deux étoiles à Kima (les Pléiades) et amena le déluge sur le monde ; et lorsqu'Il voulut boucher l'ouverture, Il prit deux étoiles à Ich et l'en boucha.
Le daf précédent décrivait l'aspect de Kima, dont la guemara disait qu'elle paraît rapiécée. L'explication vient ici sous forme de récit : l'ouverture par laquelle les eaux du déluge sont montées a été faite en retirant deux étoiles à Kima, et la fermeture s'est faite avec deux étoiles prises à Ich. L'aspect irrégulier de la constellation garde donc la trace de l'opération.
De là vient la position relative des deux constellations dans le ciel : Ich suit Kima, et la guemara lit cette poursuite comme une réclamation. Les mots hav li benai désignent, selon Rachi, les deux étoiles enlevées.
Et qu'Il les lui rende ! — Le puits ne se remplit pas de sa propre terre. Ou encore : l'accusateur ne devient pas défenseur.
Deux réponses sont données, de nature différente. La première est une règle d'expérience : ein habor mitmalé mehouliato, la terre sortie d'un puits ne suffit jamais à le combler. La seconde est une règle de convenance : ein katigor naassé sanigor, ce qui a servi d'accusateur ne peut pas prendre le rôle de défenseur. Les étoiles qui ont ouvert la voie au déluge sont hors d'état de servir à sa réparation.
Cette seconde règle est un principe général du Talmud ; elle sert ailleurs à expliquer que le cohen gadol n'entre pas dans le Saint des saints avec des vêtements d'or, à cause du veau d'or.
Et qu'Il lui crée deux autres étoiles ! — « Il n'y a rien de nouveau sous le soleil. » Rav Nahman a dit : dans l'avenir, le Saint béni soit-Il les lui rendra, ainsi qu'il est dit : « Et Ich, avec ses fils, Tu la consoleras. »
La troisième objection demande une création nouvelle, et se heurte au verset de Kohelet : la création est achevée, et rien de nouveau n'y est ajouté. La sougya semble donc close sur un manque définitif.
Rav Nahman ouvre alors l'avenir. Le mot tanhem du verset d'Iyov est lu au sens de tanhoumim, la consolation : ce qui a été pris sera restitué. La restitution ne crée rien de nouveau et échappe donc à l'objection précédente.
« Et sur les zeva'ot. » Que sont les zeva'ot ? Rav Ketina a dit : le gouha (le tremblement de terre).
Rav Ketina cheminait sur la route. Lorsqu'il arriva à l'entrée de la maison d'un ova tamya (un nécromancien qui opère par des ossements), un gouha gronda.
Il dit : le ova tamya sait-il ce qu'est ce gouha ? Celui-ci éleva la voix vers lui : Ketina, Ketina, pourquoi ne le saurais-je pas ?
À l'heure où le Saint béni soit-Il Se souvient de Ses enfants qui demeurent dans la peine parmi les nations du monde, Il fait descendre deux larmes dans la grande mer, et Sa voix s'entend d'un bout du monde à l'autre : voilà le gouha.
La michna faisait bénir sur les zeva'ot. Rav Ketina identifie le mot au gouha, terme araméen du tremblement de terre, et le récit qui suit sert de cadre à la question de sa cause.
Le personnage rencontré est un ova tamya. Rachi refuse d'y lire ov tamé, un nécromancien impur, et établit d'après le traité Kelim et le Bereshit Rabba que tamya désigne les ossements : il s'agit d'un homme qui interroge les morts par leurs os. Sa réponse est pourtant une explication élevée, où le tremblement de terre traduit le souvenir divin de l'exil.
Rav Ketina a dit : le ova tamya est un menteur et ses paroles sont mensonge. S'il en est ainsi, il faudrait un gouha puis un gouha !
Il n'en va pas ainsi : il se produit bien un gouha puis un gouha ; et si Rav Ketina ne lui a pas donné raison, c'est pour que tout le monde ne s'égare pas à sa suite.
La guemara construit d'abord une objection interne au propos du nécromancien : deux larmes devraient produire deux secousses. Elle la retire ensuite, en constatant que la secousse est effectivement double.
Reste alors à expliquer le désaveu de Rav Ketina. La raison donnée est pratique : confirmer publiquement un nécromancien reviendrait à accréditer son art et à entraîner le public derrière lui. Le désaveu porte sur l'autorité du personnage plus que sur le contenu de sa phrase.
Et Rav Ketina, pour sa part, a dit : Il frappe Ses paumes l'une contre l'autre, ainsi qu'il est dit : « Et Moi aussi Je frapperai Ma paume contre Ma paume et J'apaiserai Ma fureur. » Rabbi Natan dit : Il pousse un soupir, ainsi qu'il est dit : « J'apaiserai Ma fureur contre eux et Je serai consolé. » Et les Sages disent : Il donne un coup de pied dans le firmament, ainsi qu'il est dit : « Il pousse le cri des fouleurs de raisin contre tous les habitants de la terre. » Rav Aha bar Yaakov a dit : Il presse Ses pieds sous le Trône de gloire, ainsi qu'il est dit : « Ainsi a dit Hachem : les cieux sont Mon trône et la terre l'escabeau de Mes pieds. »
Quatre explications succèdent à celle du nécromancien, et chacune est rattachée à un verset. Le point commun est la réaction au sort d'Israël : le battement des paumes et le soupir viennent tous deux de versets où il est question d'apaiser la fureur.
Les deux dernières explications passent du geste au mouvement du corps : le coup de pied dans le firmament chez les Sages, la pression des pieds sous le kissé hakavod chez Rav Aha bar Yaakov. Rachi précise que le coup atteint la terre parce qu'elle est désignée par le verset comme l'escabeau des pieds.
« Et sur les tonnerres. » Que sont les tonnerres ? Chemouel a dit : des nuées dans la sphère, ainsi qu'il est dit : « La voix de Ton tonnerre était dans la roue, les éclairs ont illuminé le monde, la terre s'est émue et a tremblé. » Et les Sages disent : des nuées qui versent de l'eau l'une dans l'autre, ainsi qu'il est dit : « Au bruit qu'Il fait, il y a une multitude d'eaux dans les cieux. » Rav Aha bar Yaakov a dit : un éclair puissant qui fulgure dans la nuée et brise les blocs de grêle.
Rav Achi a dit : les nuées sont creuses, le vent vient souffler à leur ouverture, et cela ressemble au vent sur la bouche des jarres. Et il est raisonnable de suivre Rav Aha bar Yaakov, car l'éclair fulgure, les nuées grondent, et la pluie vient.
Cinq explications physiques du tonnerre sont proposées. Les deux premières s'appuient sur un verset, les trois suivantes sur une description du phénomène : l'éclair qui brise la grêle, la nuée creuse où souffle le vent comme sur la bouche d'une jarre.
La guemara tranche par un argument d'observation, marqué par le mot mistabra (il est raisonnable) : l'ordre constant des faits est l'éclair, puis le grondement, puis la pluie. Cet enchaînement convient à l'explication de Rav Aha bar Yaakov, qui fait du tonnerre un effet de l'éclair.
« Et sur les vents. » Que sont les vents ? Abaye a dit : le ze'afa (le vent de tempête).
Et Abaye a dit : nous tenons par tradition qu'il n'y a pas de ze'afa la nuit. Mais nous voyons bien qu'il y en a ! — Celui-là a commencé de jour.
Et Abaye a dit : nous tenons par tradition qu'un ze'afa ne tient pas deux heures, pour accomplir ce qui est dit : « La détresse ne se lèvera pas deux fois. » Mais nous voyons bien qu'il tient ! — C'est qu'il s'interrompt entre-temps.
Deux traditions d'Abaye encadrent le vent de tempête, et chacune reçoit aussitôt une objection tirée de l'expérience. La réponse ne nie pas le fait observé, elle en précise la lecture : le vent nocturne a commencé de jour, et le vent qui paraît durer comporte des interruptions.
La seconde tradition est rattachée au verset de Nahoum lo takoum paamayim tsara. La limite de deux heures est ainsi présentée comme l'accomplissement d'une promesse et non comme une simple donnée météorologique.
« Et sur les éclairs il dit : Béni... dont la force et la puissance emplissent le monde. » Que sont les éclairs ? Rava a dit : le barka.
Et Rava a dit : un éclair isolé, un éclair blanc, un éclair verdâtre, des nuées qui montent à l'angle occidental et viennent de l'angle méridional, et deux nuées qui montent l'une au-devant de l'autre — toutes sont dures.
Rava identifie d'abord le mot de la michna : les berakim sont le barka, la fulguration. Il énumère ensuite cinq apparitions du ciel qu'il qualifie de kachyan, dures. Rachi glose : elles ne sont pas de bénédiction, c'est-à-dire qu'elles annoncent un malheur.
Trois de ces signes concernent l'éclair lui-même, isolé ou d'une couleur particulière ; les deux autres concernent le mouvement des nuées, soit qu'elles viennent d'une direction qui ne correspond pas à leur point de départ, soit qu'elles se heurtent.
Quelle en est la conséquence pratique ? Demander miséricorde.
Et cela vaut la nuit ; mais le matin, ils sont sans consistance.
La guemara demande ce que change la connaissance de ces signes. La réponse lemibaei rahamei oriente tout le passage vers la prière : le signe appelle une demande de miséricorde, et non une conduite particulière à tenir.
Une restriction suit aussitôt. Les mêmes phénomènes, vus le matin, sont déclarés let behou machacha, sans consistance. C'est ce point que les lignes suivantes vont discuter.
Rabbi Chemouel bar Yitshak a dit : ces nuées du matin sont sans consistance, ainsi qu'il est écrit : « Et votre bonté est comme la nuée du matin, etc. » Rav Papa dit à Abaye : mais les gens disent : quand on ouvre les portes et qu'il pleut, ânier, plie ton sac et dors ! Il n'y a pas de difficulté : ici, le ciel est noué de nuage épais ; là, il est noué de nuées légères.
Rabbi Chemouel bar Yitshak appuie la règle du matin sur le verset de Hochea, où la nuée du matin sert d'image de ce qui se dissipe. Rav Papa oppose un dicton populaire qui dit exactement l'inverse : la pluie du matin annonce une journée de pluie, au point que le voiturier peut renoncer à son voyage.
La résolution repose sur une distinction d'aspect du ciel, marquée par les deux termes araméens iba et anana : un ciel noué de nuage épais donne la pluie durable du dicton, un ciel noué de nuées minces donne la nuée du matin qui passe. Rachi glose les deux mots dans ce sens.
Rabbi Alexandri a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi : les tonnerres n'ont été créés que pour redresser la tortuosité du cœur, ainsi qu'il est dit : « Et D.ieu a fait en sorte que l'on craigne devant Lui. » Et Rabbi Alexandri a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi : celui qui voit l'arc-en-ciel dans la nuée doit tomber sur sa face, ainsi qu'il est dit : « Comme l'aspect de l'arc qui est dans la nuée, etc. Je vis, et je tombai sur ma face. » En Occident (en Eretz Israël) on maudissait cet usage, parce qu'il a l'apparence d'une prosternation devant l'arc.
Mais quant à bénir, on bénit certainement. Quelle berakha dit-on ?
« Béni... qui Se souvient de l'alliance. » Dans une baraita il a été enseigné : Rabbi Yichmael, fils de Rabbi Yo'hanan ben Beroka, dit : « fidèle en Son alliance et fiable en Sa parole ». Rav Papa a dit : donc, disons-les toutes les deux : « Béni... qui Se souvient de l'alliance, fidèle en Son alliance et fiable en Sa parole. »
Rabbi Yehochoua ben Levi donne d'abord une raison d'être au tonnerre : redresser la akmoumiyout chebalev, la tortuosité du cœur. Le verset de Kohelet rattache ce phénomène à la crainte.
Vient ensuite l'arc-en-ciel, avec un désaccord d'usage. Le geste de tomber sur la face se fonde sur la vision de Ye'hezkel, où l'arc sert d'image de la gloire divine. Les maîtres d'Eretz Israël s'y opposent pour une raison d'apparence : le public y verrait une prosternation adressée à l'arc. La berakha, elle, ne fait pas difficulté, et Rav Papa tranche en cumulant les deux formules reçues.
Tossefot précisent au nom du Ri la structure de cette berakha, qui ne comporte pas de conclusion finale, et rapprochent ce cumul de celui que l'on trouve dans Yichtabah.
« Sur les montagnes et sur les collines. » Est-ce à dire que tout ce que nous avons dit jusqu'ici ne relève pas de l'œuvre de la création ? N'est-il pas écrit : « Il fait des éclairs pour la pluie » !
Abaye a dit : lie et enseigne. Rava a dit : là-bas on bénit deux bénédictions, « Béni... dont la force emplit le monde » et « qui fait l'œuvre de la création » ; ici, « qui fait l'œuvre de la création » il y a, « dont la force emplit le monde » il n'y a pas.
La michna paraissait réserver ossé maassé bereshit aux réalités permanentes et chekoho ougvourato malé olam aux phénomènes passagers. La guemara objecte par un verset des Tehilim qui range les éclairs eux-mêmes dans l'œuvre de la création.
Abaye répond que la michna ne partage rien : kerokh outni, on lie les deux formules et on les dit sur tous les cas. Rava maintient au contraire la distinction, en la déplaçant : le premier groupe reçoit les deux formules, le second n'en reçoit qu'une, puisque « emplit le monde » ne convient pas à des montagnes fixées chacune à sa place, comme l'explique Rachi.
Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : celui qui voit le firmament dans sa pureté dit : « Béni... qui fait la création. » Quand cela ? Abaye a dit : quand la pluie tombe toute la nuit et qu'au matin vient l'istana (le vent du nord), qui découvre les cieux.
La berakha porte ici sur un ciel entièrement dégagé. Rachi en donne la raison : cet état est celui du firmament tel qu'il a été créé, le recouvrement par les nuées étant venu ensuite.
Abaye précise le cas, qui suppose deux conditions successives : une nuit entière de pluie, qui lave l'air, puis le vent du nord au matin, qui balaie ce qui reste de nuées.
Et cela est en désaccord avec Rafram bar Papa au nom de Rav Hisda. Car Rafram bar Papa a dit au nom de Rav Hisda : depuis le jour où le Temple a été détruit, le firmament n'a plus été vu dans sa pureté, ainsi qu'il est dit : « Je revêts les cieux de noirceur et Je fais du sac leur couverture. »
Le daf se ferme sur une opposition. La berakha enseignée par Rabbi Yehochoua ben Levi suppose que le firmament pur puisse encore être vu ; Rav Hisda le nie depuis la destruction du Temple, en s'appuyant sur le verset de Yechayahou où les cieux sont revêtus de noirceur.
Le mot ouplig'a signale que les deux enseignements ne se concilient pas. La conséquence pratique porte sur l'existence même du cas : selon Rav Hisda, la berakha du firmament pur n'a plus d'occasion de se dire.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).