Berakhot 59b — Le soleil a son point de départ, les fleuves du commencement, puis la berakha sur la pluie et la ligne de partage entre Chehe'heyanou et haTov vehaMetiv

Berakhot 59b

Sougya : Le daf ouvre sur la baraita de celui qui voit le soleil à son tekoufa, la lune dans sa force, les étoiles et les constellations dans leur ordre : il dit « qui fait l'œuvre du commencement ». Abaye fixe le moment de ce retour tous les vingt-huit ans, et Rachi en donne le calcul par les heures planétaires et le décalage de sept heures et demie entre deux tekoufot.

La sougya passe aux eaux qui sont restées dans leur cours d'origine, l'Euphrate et le Tigre, puis à l'explication de leurs noms et aux traits des gens de Me'hoza. Le corps du daf est ensuite consacré à la pluie : la michna prescrit haTov vehaMetiv, Rabbi Abahou enseigne la formule « Nous Te rendons grâce pour chaque goutte », et la Guemara cherche comment tenir les deux.

Trois distinctions sont essayées, entendre ou voir, peu ou beaucoup, posséder ou non une terre, jusqu'à la règle générale de la baraita : Chehe'heyanou sur ce qui est à lui seul, haTov vehaMetiv sur ce qui est à lui et à un autre. Cette règle est ensuite éprouvée par trois cas, la naissance d'un fils, l'héritage du père et le changement de vin.

Le daf se ferme sur la michna de la maison neuve et des ustensiles neufs, avec la mahloket de Rav Houna et de Rabbi Yo'hanan sur celui qui possède déjà des objets semblables.

Le retour du soleil à son point de départ : le grand cycle de 28 ans an 0 4 8 12 16 20 24 an 28 7 petits cycles de 4 ans = 1 grand cycle tekoufa de Nissan, nuit du 4e même heure, même nuit Le calcul de Rachi 1 tekoufa retarde de 7h30 sur la précédente 4 tekoufot par an = 30 heures = 1 jour et 1/4 de décalage annuel 4 ans = 5 jours entiers : la tekoufa retombe au début d'une nuit (petit cycle) 7 petits cycles ramènent la même heure planétaire, Chabtai, au début de la nuit du 4e jour
Le grand cycle solaire de vingt-huit ans selon Abaye, avec le calcul du décalage donné par Rachi.
La pluie est tombée : quelle berakha ? La michna dit haTov vehaMetiv, Rabbi Abahou dit Modim anahnou lakh. Trois essais de conciliation. Il est tombé de la pluie 1er essai : il l'a entendu dire 1er essai : il l'a vu tomber Rejeté : entendre dire, c'est déjà le cas des bonnes nouvelles Retenu : les deux textes parlent de celui qui a vu 2e essai : la quantité peu de pluie : Modim anahnou lakh beaucoup de pluie : haTov vehaMetiv nafka mina : le volume tombe 3e essai : la terre sans terre : Modim anahnou lakh avec terre : haTov vehaMetiv nafka mina : le bénéfice reçu
Les trois tentatives de conciliation entre la michna et l'enseignement de Rabbi Abahou sur la pluie.
La règle générale de la baraita : qui profite du bien ? Le bien est à lui seul Le bien est à lui et à un autre Chehe'heyanou vekiyemanou haTov vehaMetiv Les trois cas qui éprouvent la règle Cas apparemment solitaire L'autre que la Guemara fait apparaître Sa femme a enfanté un garçon sa femme, qui se réjouit aussi Son père est mort et il en hérite ses frères, qui héritent avec lui Changement de vin au cours du repas les membres de la havoura, qui boivent avec lui Dans les trois cas la Guemara maintient la règle en montrant qu'un autre partage le bien.
La règle générale de la baraita et les trois objections qui la mettent à l'épreuve.
1
תָּנוּ רַבָּנַן: הָרוֹאֶה חַמָּה בִּתְקוּפָתָהּ, לְבָנָה בִּגְבוּרָתָהּ, וְכוֹכָבִים בִּמְסִילּוֹתָם, וּמַזָּלוֹת כְּסִדְרָן, אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ … עוֹשֶׂה בְּרֵאשִׁית״. וְאֵימַת הָוֵי? אָמַר אַבַּיֵּי: כָּל עֶשְׂרִין וּתְמָנְיָא שְׁנִין, וְהָדַר מַחְזוֹר וְנָפְלָה תְּקוּפַת נִיסָן, בְּשַׁבְּתַאי בְּאוּרְתָּא דִּתְלָת נַגְהֵי אַרְבַּע.

Nos maîtres ont enseigné : celui qui voit le soleil à son tekoufa (au point où son cycle recommence), la lune dans sa force, les étoiles sur leurs orbites et les constellations dans leur ordre, dit : « Béni... qui fait l'œuvre du commencement. » Et quand cela a-t-il lieu ? Abaye a dit : tous les vingt-huit ans, quand le cycle revient et que la tekoufa de Nissan tombe dans Chabtai (Saturne), au soir du troisième jour, à l'entrée de la nuit du quatrième.

📜 Rachi (6)
בִּתְקוּפָתָהּ מָקוֹם שֶׁהִיא חוֹזֶרֶת שָׁם לִתְחִלַּת הֶיקֵּפָהּ הִיא שְׁעַת תְּלִייַּת הַמְּאוֹרוֹת וּמֵאָז הִתְחִילָה לְהַקִּיף וּלְשַׁמֵּשׁ:
À son tekoufa - à l'endroit où il revient au commencement de son circuit, qui est l'heure où les luminaires ont été suspendus ; c'est depuis ce moment qu'il a commencé à tourner et à servir.
אֵימַת הָוֵי אַחַמָּה בִּתְקוּפָתָהּ קָאֵי:
Quand cela a-t-il lieu - la question porte sur le soleil à son tekoufa.
כָּל כ"ח שָׁנִים שֶׁל תְּקוּפַת נִיסָן שֶׁבְּסוֹף כ"ח כְּשֶׁחוֹזֵר מַחְזוֹר גָּדוֹל שֶׁל חַמָּה לִהְיוֹת תְּקוּפָה נוֹפֶלֶת בִּשְׁעַת תְּלִיַּית הַמְּאוֹרוֹת בְּשַׁבְּתַאי הִיא שָׁעָה תְּחִלַּת לֵיל ד':
Tous les vingt-huit ans - de la tekoufa de Nissan. Au terme de vingt-huit ans, quand le grand cycle du soleil revient de telle sorte que la tekoufa tombe à l'heure où les luminaires ont été suspendus, dans Chabtai, qui est l'heure ouvrant la nuit du quatrième jour.
בְּאֻורְתָּא דִּתְלָת נַגְהֵי ד' שֶׁהֶעֱרִיב שִׁמְשׁוֹ שֶׁל ג' בַּשַּׁבָּת וְיַתְחִיל לֵיל ד':
Au soir du troisième, à l'entrée du quatrième - lorsque le soleil du troisième jour de la semaine s'est couché et que commence la nuit du quatrième.
נַגְהֵי לֵיל כִּדְאָמַר בִּפְסָחִים בִּשְׁמַעְתָּא קַמַּיְיתָא (דַּף ג.) דְּאִיכָּא דֻּוכְתָּא דְּקָרוּ לְלֵילְיָא נַגְהֵי:
Neguehei - la nuit, comme il est dit dans Pessahim, dans la première sougya (folio 3a), qu'il existe un lieu où l'on appelle la nuit neguehei.
שַׁבְּתַאי שֵׁם שָׁעָה רִאשׁוֹנָה שֶׁל לֵיל ד' שֶׁבְּאוֹתָהּ שָׁעָה נִתְלוּ מְאוֹרוֹת וְשֶׁבַע שָׁעוֹת הֵן וְחוֹזְרוֹת חָלִילָה שצ"ם חנכ"ל תִּמְצָא בְּהֶקֵּף סִדְרָן שֶׁל עוֹלָם סִימָנֵי שָׁעוֹת תְּחִלַּת הַלֵּילוֹת כצנ"ש חל"ם מוֹצָאֵי שַׁבָּת כּוֹכָב. תְּחִלַּת לֵיל ב' צֶדֶק. תְּחִלַּת לֵיל ג' נֹוגַהּ. תְּחִלַּת לֵיל רְבִיעִי שַׁבְּתַאי. תְּחִלַּת לֵיל ה' חַמָּה. תְּחִלַּת לֵיל שִׁשִּׁי לְבָנָה. תְּחִלַּת לֵיל שַׁבָּת מַאְדִּים. וְסֵדֶר תְּחִלַּת הַיָּמִים כַּעֲלוֹת הַשַּׁחַר חל"ם כצנ"ש וּתְקוּפָה מוֹשֶׁכֶת מֵחֲבֶרְתָּהּ ז' שָׁעוֹת וּמֶחֱצָה כְּלוֹמַר מִתְאַחֶרֶת אַחַר הַיּוֹם וְהַשָּׁעָה שֶׁנָּפְלָה בָּהּ חֲבֶרְתָּהּ ז' שָׁעוֹת וּמֶחֱצָה הֲרֵי שְׁלֹשִׁים שָׁעוֹת לְאַרְבַּע תְּקוּפוֹת הֲרֵי יוֹם וּרְבִיעַ לְשָׁנָה. לד' שָׁנִים חֲמִשָּׁה יָמִים לָמַדְתָּ שֶׁאֵין תְּקוּפָה נוֹפֶלֶת בִּתְחִלַּת הַלַּיְלָה אֶלָּא לְסוֹף ד' שָׁנִים שֶׁהוּא מַחְזוֹר קָטָן וְז' מַחֲזוֹרִים קְטַנִּים לְמַחֲזוֹר גָּדוֹל וְסִימָנָיךְ דב"ז הגא"ו הֲרֵי שֶׁאֵינָהּ בָּאָה לִתְחִלַּת לֵיל ד' אֶלָּא מכ"ח שָׁנִים לכ"ח שָׁנִים בְּרֹאשׁ כָּל מַחְזוֹר קָטָן בָּאָה לִתְחִלַּת הַלַּיְלָה וּבְרֹאשׁ מַחֲזוֹר הַגָּדוֹל בָּאָה לַתְּקוּפָה הָרִאשׁוֹנָה שֶׁהוּא תְּחִלַּת לֵיל ד':
Chabtai - nom de la première heure de la nuit du quatrième jour, heure à laquelle les luminaires ont été suspendus. Elles sont sept et reviennent en boucle, selon le signe ChTsaM HaNKaL (Chabtai, Tsedek, Maadim, Hama, Noga, Kokhav, Levana). Tu trouveras, dans la révolution de leur ordre dans le monde, les repères des heures qui ouvrent les nuits : KaTsNaCh HaLaM. Sortie du chabbat : Kokhav. Début de la nuit du deuxième jour : Tsedek. Début de la nuit du troisième : Noga. Début de la nuit du quatrième : Chabtai. Début de la nuit du cinquième : Hama. Début de la nuit du sixième : Levana. Début de la nuit du chabbat : Maadim. Et l'ordre des débuts de journée, au lever de l'aube, est HaLaM KaTsNaCh. Chaque tekoufa se décale de la précédente de sept heures et demie, c'est-à-dire qu'elle retarde de sept heures et demie sur le jour et sur l'heure où est tombée celle qui la précède. Cela fait trente heures pour quatre tekoufot, soit un jour et un quart par an, et cinq jours pour quatre ans. Tu apprends ainsi qu'une tekoufa ne retombe au début de la nuit qu'au terme de quatre ans, ce qui forme le petit cycle, et que sept petits cycles forment un grand cycle, ton signe étant DaBaZ HaGAV. Il en ressort qu'elle ne revient au début de la nuit du quatrième jour que de vingt-huit ans en vingt-huit ans : à la tête de chaque petit cycle elle vient au début de la nuit, et à la tête du grand cycle elle vient à la première tekoufa, qui est le début de la nuit du quatrième jour.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר אַבַּיֵּי: כָּל עֶשְׂרִים וּשְׁמוֹנָה שְׁנִין, וַהֲדַר מַחֲזוֹר. נִרְאֶה לִי בס"ד טַעַם דְּמַחֲזוֹר חַמָּה כ"ח שָׁנִים, דְּיָדוּעַ חַמָּה שָׁורְשָׁהּ בְּשֵׁם הוי"ה וּלְבָנָה בְּשֵׁם אדנ"י, וְיָדוּעַ כִּי בְּשֵׁם הוי"ה יֵשׁ כ"ח אוֹתִיּוֹת בְּמִילּוֹאוֹ וּמִילּוּי מִילּוֹאוֹ.
« Abaye a dit : tous les vingt-huit ans, et le cycle revient. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison pour laquelle le cycle du soleil est de vingt-huit ans tient à ceci : il est connu que le soleil a sa racine dans le Nom Havaya et la lune dans le Nom Ado-nay ; et il est connu que le Nom Havaya compte vingt-huit lettres dans son milouy (son épellation pleine) et dans le milouy de son milouy.
💡 Explication

La baraita réunit quatre spectacles célestes qui rappellent l'ordre posé au commencement : le soleil à son tekoufa, la lune dans sa force, les étoiles sur leurs orbites, les constellations dans leur ordre. Sur chacun on dit la berakha osse berechit, « qui fait l'œuvre du commencement ».

La Guemara demande quand le soleil se trouve à ce point. Abaye répond par le grand cycle solaire : tous les vingt-huit ans, la tekoufa de Nissan retombe à l'heure exacte de la suspension des luminaires, l'heure de Chabtai, au début de la nuit du quatrième jour de la semaine, celle-là même où les astres furent placés.

Rachi fournit le calcul complet. Le jour se divise en heures gouvernées à tour de rôle par sept astres. Comme chaque tekoufa retarde de sept heures et demie sur la précédente, l'année dérive d'un jour et un quart, quatre ans redonnent un décalage de cinq jours entiers, et sept de ces petits cycles ramènent la même heure planétaire au même moment de la semaine.

🖼️ Schéma
Les sept heures planétaires qui ouvrent les nuits, selon Rachi Ordre du cycle : ChTsaM HaNKaL. Ordre des débuts de nuit : KaTsNaCh HaLaM. Début de la nuit Astre de la première heure Sortie du chabbatKokhav (Mercure) Nuit du 2e jourTsedek (Jupiter) Nuit du 3e jourNoga (Vénus) Nuit du 4e jourChabtai (Saturne) : heure de la suspension des luminaires Nuit du 5e jourHama (le Soleil) Nuit du 6e jourLevana (la Lune) Nuit du chabbatMaadim (Mars)
Le tableau des heures planétaires ouvrant chaque nuit, d'après le commentaire de Rachi.
2
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר הָרוֹאֶה הַיָּם וְכוּ׳ לִפְרָקִים. עַד כַּמָּה? אָמַר רָמֵי בַּר אַבָּא אָמַר רַב יִצְחָק: עַד שְׁלֹשִׁים יוֹם.

« Rabbi Yehouda dit : celui qui voit la mer, etc. », à intervalles. Jusqu'à combien ?

Rami bar Abba a dit au nom de Rav Yits'hak : jusqu'à trente jours.

💡 Explication

La Guemara revient sur un mot de la michna. Rabbi Yehouda prescrit une berakha particulière sur la grande mer, lifrakim, « à intervalles », et la question porte sur la durée que ce mot recouvre. Rami bar Abba fixe le seuil à trente jours : en deçà, la vue n'est pas assez nouvelle pour appeler une berakha.

3
וְאָמַר רָמֵי בַּר אַבָּא אָמַר רַב יִצְחָק: הָרוֹאֶה פְּרָת אַגִּשְׁרָא דְבָבֶל, אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ … עוֹשֶׂה בְּרֵאשִׁית״. וְהָאִידָּנָא דְּשַׁנְּיוּהָ פָּרְסָאֵי — מִבֵּי שָׁבוּר וּלְעֵיל. רַב יוֹסֵף אָמַר: מֵאִיהִי דְּקִירָא וּלְעֵיל. וְאָמַר רָמֵי בַּר אַבָּא: הָרוֹאֶה דִּגְלַת אַגִּשְׁרָא דְּשָׁבִיסְתְּנָא, אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ … עוֹשֶׂה בְּרֵאשִׁית״.

Et Rami bar Abba a dit au nom de Rav Yits'hak : celui qui voit l'Euphrate au pont de Babel dit : « Béni... qui fait l'œuvre du commencement. » Et maintenant que les Perses en ont modifié le cours, c'est depuis Bé Chavor et en amont. Rav Yossef a dit : depuis Ihi Dekira et en amont.

Et Rami bar Abba a dit : celui qui voit le Tigre au pont de Chevistana dit : « Béni... qui fait l'œuvre du commencement. »

📜 Rachi (2)
אַגִּשְׁרָא דְּבָבֶל אוֹמֵר בָּרוּךְ עוֹשֵׂה בְּרֵאשִׁית קִים לְהוּ שֶׁלֹּא נִשְׁתַּנָּה פְּרָת מֵהִלּוּכוֹ ע"י אָדָם מִשָּׁם וּלְמַעְלָה אֲבָל מִשָּׁם וּלְמַטָּה הֱסִיבּוּהוּ בְּנֵי אָדָם דֶּרֶךְ אַחֶרֶת:
Au pont de Babel il dit : Béni... qui fait l'œuvre du commencement - ils tenaient pour établi que l'Euphrate n'a pas été détourné de son cours par la main de l'homme depuis cet endroit et en amont ; mais depuis cet endroit et en aval, des hommes lui ont fait prendre une autre voie.
וְהָאִידָּנָא דְּשַׁנְּיוּהּ פָּרְסָאֵי מִלְמַעְלָה לַגֶּשֶׁר אֵין מְבָרֵךְ עָלָיו עוֹשֵׂה בְּרֵאשִׁית אֶלָּא מֵאִיהִי דְּקִירָא וּלְעֵיל אִיהִי דְּקִירִי שֵׁם מָחוֹז שֶׁהוּא עַל הֲפָרַת:
Et maintenant que les Perses l'ont modifié - en amont du pont on ne dit plus sur lui « qui fait l'œuvre du commencement », mais seulement depuis Ihi Dekira et en amont. Ihi Dekira est le nom d'une localité située sur l'Euphrate.
💡 Explication

La berakha osse berechit se dit sur ce qui est demeuré tel qu'au commencement. Le critère retenu ici est donc géographique : sur la portion du fleuve dont le cours n'a pas été détourné par la main de l'homme, on dit la berakha ; sur la portion aménagée, on ne la dit pas.

Rachi explique que le pont de Babel marquait autrefois cette limite pour l'Euphrate. Des travaux perses ayant ensuite déplacé le point de rupture, les Amoraim actualisent le repère : Bé Chavor et en amont, ou selon Rav Yossef Ihi Dekira et en amont.

🖼️ Schéma
Où dit-on la berakha sur l'Euphrate ? La berakha suppose un cours resté tel qu'au commencement. amont aval pont de Babel Cours d'origine On dit : qui fait l'œuvre du commencement après les travaux perses : depuis Bé Chavor, Cours détourné par l'homme On ne dit pas cette berakha ou depuis Ihi Dekira selon Rav Yossef
La limite en amont de laquelle le cours du fleuve est tenu pour celui du commencement.
4
מַאי ״חִדֶּקֶל״ — אָמַר רַב אַשִּׁי: שֶׁמֵּימָיו חַדִּין וְקַלִּין. מַאי ״פְּרָת״? — שֶׁמֵּימָיו פָּרִין וְרָבִין.

Que signifie « 'Hidekel » ? Rav Achi a dit : parce que ses eaux sont vives ('hadin) et légères (kalin).

Que signifie « Perat » ? Parce que ses eaux sont fécondes (parin) et se multiplient (ravin).

📜 Rachi (1)
חַדִּין חֲרִיפִין מַיָּא וְקַלִּין לִשְׁקֹול בְּמֹאזְנַיִם וְטוֹבִים לִשְׁתּוֹת שֶׁאֵין מַכְבִּידִין אֶת הַגּוּף:
'Hadin - les eaux sont vives, et légères à peser dans la balance, et bonnes à boire car elles n'alourdissent pas le corps.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מַאי 'חִדֶּקֶל'? אָמַר רַב אַשִּׁי: שֶׁמֵּימָיו חַדִּין וְקַלִּין. נִרְאֶה לִי בס"ד כִּי מִלְּתָא יְדוּעָה בְּפִי הָעוֹלָם מֵי חִדֶּקֶל הֵם זָכָר וּמֵי פְּרָת נְקֵבָה, וְיָדוּעַ מַה שֶׁכָּתוּב בָּאִדְּרָא [זֹוהַר אִדְּרָא רַבָּא קמב:] תְּאָנָא בִּצְנִיעוּתָא דְּסָפְרָא כָּל דִּינִין דְּמִשְׁתַּכְחִין מִדְּכוֹרָא תַּקִּיפִין בְּרֵישָׁא וְנָיְיחִין בְּסֵיפָא [-לָמַדְנוּ בְּסִפְרָא דְּצָנִיאוּתָא שֶׁכָּל הַדִּינִים הַנִּמְצָאִים מז"א הֵם קָשִׁים בִּתְחִילָּתָם אֲבָל הֵם נוֹחִים בְּסוֹפָם] , וְכָל דִּינִין דְּמִשְׁתַּכְחִין מִנֻּוקְבָּא נָייְחִין בְּרֵישָׁא וְתַקִּיפִין בְּסֵיפָא [-וְכָל הַדִּינִים הַנִּמְצָאִים בְּנֻוקְבָּא הֵם נוֹחִים בִּתְחִילָּתָם אֲבָל קָשִׁים בְּסוֹפָם] , וּלְפִי זֶה חִדֶּקֶל שֶׁהוּא בְּחִינַת זָכָר לְכָךְ נִקְרָא ' חַד קַל ' דְּהַיְינוּ, חַד בְּרֵישָׁא וְקַל בְּסוֹפָא, אֲבָל פְּרָת שֶׁהוּא נֻוקְבָּא מֵימָיו סָרִים וְרַבִּים כִּנְקֵבָה שֶׁמִּתְעַבֶּרֶת וְחוֹזֶרֶת וּמִתְעַבֶּרֶת, וְלָכֵן פְּרָת יָצָא קֹודֶם, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא הוּא פְּרָת דְּמֵעִיקָּרָא שֶׁהָיָה כֵּן לְסִימָן טוֹב, כִּי 'בַּת בַּתְּחִלָּה סִימָן יָפֶה לְבָנִים', וְכֵן הָיָה עִנְיַן יְצִיאַת בי"ע, דְּהַבְּרִיאָה שֶׁהִיא סוֹד נֻוקְבָּא יָצְאָה קֹודֶם הַיְּצִירָה שֶׁהִיא סוֹד זָכָר, וּכְמוֹ אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בְּשַׁעַר הַפְּסוּקִים פָּרָשַׁת תַּזְרִיעַ בְּסוֹד אִשָּׁה מַזְרַעַת תְּחִלָּה, יוֹלֶדֶת זָכָר, אִישׁ מַזְרִיעַ תְּחִלָּה, יוֹלֶדֶת נְקֵבָה הִילְכָּךְ נוֹלַד הַבְּרִיאָה קֹודֶם הַיְּצִירָה, יְעַייֵּן שָׁם, וּמֵאַחַר דְּחִדֶּקֶל זָכָר לְכָךְ הַשּׁוֹתֶה מֵימָיו יִתְחַכֵּם, כִּי הַחָכְמָה מְצוּיָה בִּזְכָרִים, וּבְנָשִׁים אִתְּמַר דַּעְתָּן קַלָּה, וְלָזֶה הַאי דַּחֲרִיפֵי בְּנֵי מָחוֹזָא, מִשּׁוּם דְּשָׁתוּ מַיָּא דְּדִגְלַת שֶׁהוּא חִדֶּקֶל.
« Que signifie 'Hidekel ? Rav Achi a dit : parce que ses eaux sont 'hadin et kalin. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est une chose connue dans la bouche du monde : les eaux du 'Hidekel sont masculines et les eaux du Perat féminines. Et l'on connaît ce qui est écrit dans l'Idra (Zohar, Idra Rabba 142b) : nous avons appris dans le Sifra deTsniouta que tous les jugements qui proviennent du masculin, Zeir Anpin, sont durs à leur commencement et s'apaisent à leur fin, et que tous les jugements qui proviennent du féminin, la Noukva, sont doux à leur commencement et durs à leur fin. Selon cela, le 'Hidekel, qui relève de l'aspect masculin, est appelé « 'had kal », dur au commencement et léger à la fin. Le Perat, qui est la Noukva, a des eaux qui sont fécondes et se multiplient, à la manière de la femme qui conçoit, puis conçoit de nouveau. C'est pourquoi le Perat est sorti en premier, comme la Guemara le dit : c'est le Perat qui existait dès l'origine, ce qui fut un bon signe, car « une fille en premier est un bon signe pour les fils ». Il en va de même de la sortie des mondes de Beria, Yetsira et Assia : la Beria, qui est le sod (le sens caché) de la Noukva, est sortie avant la Yetsira, qui est le sod du masculin, comme l'ont dit nos maîtres dans le Chaar haPessoukim, parachat Tazria, sur le sod de « la femme qui émet sa semence en premier enfante un mâle, l'homme qui émet sa semence en premier enfante une fille » ; c'est pourquoi la Beria est née avant la Yetsira, voir là-bas. Et puisque le 'Hidekel est masculin, celui qui boit de ses eaux devient sage, car la sagesse se trouve chez les hommes, tandis qu'il est dit des femmes que leur daat est légère. C'est ce qui explique « les gens de Me'hoza sont vifs, parce qu'ils boivent les eaux du Diglat », qui est le 'Hidekel.
💡 Explication

Les deux noms de fleuves sont lus comme des notarikon, des mots décomposés en leurs éléments. 'Hidekel se lit 'had et kal, vif et léger : Rachi précise les trois sens de ces qualités, la vivacité de l'eau, sa légèreté au poids, et le fait qu'elle n'alourdit pas celui qui la boit.

Perat se lit parin ve-ravin, fécondes et nombreuses, en référence à la quantité de poissons qu'il porte. Le Ben Yehoyada rattache cette différence à un partage entre masculin et féminin, et y voit la raison pour laquelle les gens de Me'hoza, qui boivent au Tigre, sont dits vifs d'esprit dans le segment suivant.

5
וְאָמַר רָבָא: הַאי דַּחֲרִיפֵי בְּנֵי מָחוֹזָא — מִשּׁוּם דְּשָׁתוּ מַיָּא דְּדִגְלַת. הַאי דְּגִיחוֹרֵי — מִשּׁוּם דִּמְשַׁמְּשִׁי בִּימָמָא. וְהַאי דְּנָיְידִי עֵינַייְהוּ — מִשּׁוּם דְּדָיְירוּ בְּבַיִת אָפֵל.

Et Rava a dit : si les gens de Me'hoza sont vifs, c'est parce qu'ils boivent les eaux du Diglat. S'ils sont rougeauds, c'est parce qu'ils ont des relations conjugales de jour.

Et si leurs yeux sont mobiles, c'est parce qu'ils habitent dans des maisons obscures.

📜 Rachi (2)
ה"ג וְהַאי דְּגִיחוֹרֵי מִשּׁוּם דִּמְשַׁמְּשִׁי בִּימָמָא לְפִיכָךְ בְּנֵיהֶן אֲדֻומִּין כְּאַדְמוּמִית הַיּוֹם רו"ש בְּלַעַ"ז:
Telle est la version : « et s'ils sont rougeauds, c'est parce qu'ils ont des relations conjugales de jour » ; leurs enfants en sont rouges, de la rougeur du jour, rous en langue vulgaire.
דְּנָייְדִי עֵינַיְיהוּ עֵינֵיהֶם נָדִים וְנָעִים:
Que leurs yeux sont mobiles - leurs yeux vacillent et remuent.
💡 Explication

Rava applique aux habitants de Me'hoza, ville située sur le Tigre, le principe que le milieu façonne le corps. Trois traits observés reçoivent trois causes distinctes : l'eau bue, l'heure des relations conjugales, l'obscurité des maisons.

Le raisonnement prolonge le segment précédent. Puisque les eaux du Diglat sont vives et légères, ceux qui s'en abreuvent ont l'esprit vif ; les deux autres traits relève du même type d'explication par les conditions de vie.

6
עַל הַגְּשָׁמִים כו׳. וְעַל הַגְּשָׁמִים ״הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב״ מְבָרֵךְ? וְהָאָמַר רַבִּי אָבָהוּ, וְאָמְרִי לַהּ בְּמַתְנִיתָא תָּנָא: מֵאֵימָתַי מְבָרְכִין עַל הַגְּשָׁמִים — מִשֶּׁיֵּצֵא חָתָן לִקְרַאת כַּלָּה.

« Sur les pluies, etc. » Et sur les pluies dit-on la berakha « haTov vehaMetiv » ? Or Rabbi Abahou a dit, et certains l'enseignent comme une baraita : à partir de quand dit-on la berakha sur les pluies ?

Depuis que le fiancé est sorti à la rencontre de la fiancée.

📜 Rachi (1)
מִשֶּׁיֵּצֵא חָתָן לִקְרַאת כַּלָּה שֶׁהַמַּיִם קִבּוּצִין עַל הָאָרֶץ וּכְשֶׁהַטִּפָּה נוֹפֶלֶת עֲלֵיהֶן טִפָּה תַּחְתּוֹנָה בּוֹלֶטֶת לִקְרָאתָהּ:
Depuis que le fiancé est sorti à la rencontre de la fiancée - les eaux sont déjà rassemblées sur le sol, et quand la goutte tombe sur elles, la goutte d'en bas saillit à sa rencontre.
💡 Explication

La Guemara revient au mot de la michna sur la pluie et ouvre la sougya centrale du daf. La michna prescrit haTov vehaMetiv, « Celui qui est bon et fait le bien ». Rabbi Abahou, lui, enseigne un moment et, comme on le verra au segment suivant, une formule différente.

L'image du fiancé et de la fiancée désigne un fait physique précis, que Rachi explicite : la pluie a déjà formé des flaques, et la goutte qui tombe fait jaillir l'eau du sol à sa rencontre. C'est le signe que la pluie est suffisante pour appeler une berakha.

7
מַאי מְבָרְכִין? אָמַר רַב יְהוּדָה: ״מוֹדִים אֲנַחְנוּ לָךְ עַל כָּל טִפָּה וְטִפָּה שֶׁהוֹרַדְתָּ לָנוּ״. וְרַבִּי יוֹחָנָן מְסַיֵּים בַּהּ הָכִי: ״אִילּוּ פִּינוּ מָלֵא שִׁירָה כַּיָּם וְכוּ׳ אֵין אֲנַחְנוּ מַסְפִּיקִין לְהוֹדוֹת לְךָ ה׳ אֱ-לֹהֵינוּ״, עַד ״תִּשְׁתַּחֲוֶה״. ״בָּרוּךְ אַתָּה ה׳ רֹוב הַהוֹדָאוֹת״.

Quelle berakha dit-on ? Rav Yehouda a dit : « Nous Te rendons grâce pour chaque goutte que Tu as fait descendre pour nous. » Et Rabbi Yo'hanan la conclut ainsi : « Quand bien même notre bouche serait pleine de chant comme la mer, etc., nous ne saurions Te rendre grâce assez, Hachem notre D.ieu », jusqu'à « se prosternera ».

« Béni sois-Tu, Hachem, l'abondance des actions de grâce. »

💡 Explication

La formule rapportée par Rav Yehouda est une action de grâce détaillée, Modim anahnou lakh, qui compte chaque goutte tombée. Rabbi Yo'hanan la prolonge par le texte de Nichmat, dit le chabbat matin, jusqu'à la fin de ce passage.

La conclusion, rov hahodaot, « l'abondance des actions de grâce », va faire difficulté au segment suivant : elle semble limiter ce qui devrait être sans limite.

8
״רֹוב הַהוֹדָאוֹת״ וְלֹא כָּל הַהוֹדָאוֹת? אָמַר רָבָא: אֵימָא — ״הָאֵל הַהוֹדָאוֹת״. אָמַר רַב פָּפָּא: הִלְכָּךְ נֵימְרִינְהוּ לְתַרְוַיְיהוּ, ״רֹוב הַהוֹדָאוֹת״ ו״הָאֵל הַהוֹדָאוֹת״.

« L'abondance des actions de grâce », et non toutes les actions de grâce ? Rava a dit : dis plutôt « le D.ieu des actions de grâce ».

Rav Papa a dit : dès lors, disons les deux, « l'abondance des actions de grâce » et « le D.ieu des actions de grâce ».

💡 Explication

L'objection porte sur un mot de la 'hatima, la formule de clôture. Dire rov, l'abondance, laisse entendre qu'une part des actions de grâce irait ailleurs. Rava corrige donc le texte en haEl hahodaot, ce qui écarte toute limitation.

Rav Papa tranche par une solution de précaution : puisque la version exacte fait doute, on dit les deux expressions à la suite, et la 'hatima est acquittée selon l'une comme selon l'autre.

9
וְאֶלָּא קַשְׁיָא! — לָא קַשְׁיָא, הָא דְּשָׁמַע מַשְׁמַע, הָא דַּחֲזָא מַחְזֵי.

Mais la difficulté demeure ! Il n'y a pas de difficulté : ici il s'agit de celui qui l'a appris par ouï-dire, là de celui qui l'a vu de ses yeux.

📜 Rachi (1)
שְׁמַע מַשְׁמַע שֶׁבִּשְּׂרוּהוּ לֵאמֹר יָרְדוּ גְּשָׁמִים בַּלַּיְלָה אוֹמֵר הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב:
Il l'a appris par ouï-dire - on lui a annoncé que des pluies étaient tombées pendant la nuit ; il dit alors haTov vehaMetiv.
💡 Explication

La correction de la 'hatima réglée, la contradiction de fond subsiste : la michna prescrit haTov vehaMetiv et Rabbi Abahou Modim anahnou lakh. La Guemara propose une première distinction, celle du mode de connaissance.

Celui qui apprend la pluie par un tiers dit la berakha courte de la michna ; celui qui la voit tomber dit l'action de grâce développée. Rachi illustre le premier cas par la pluie de nuit, rapportée le lendemain.

10
דִּשְׁמַע מִשְׁמָע הַייְנוּ בְּשׂוֹרוֹת טוֹבוֹת, וּתְנַן: עַל בְּשׂוֹרוֹת טוֹבוֹת אוֹמֵר ״בָּרוּךְ הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב״!

Celui qui l'apprend par ouï-dire, c'est le cas des bonnes nouvelles, et nous avons appris dans la michna : sur les bonnes nouvelles on dit « Béni... haTov vehaMetiv » !

⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' עַל הַגְּשָׁמִים וְעַל בְּשׂוֹרוֹת טוֹבוֹת אוֹמֵר בָּרוּךְ הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב עַל בְּשׂוֹרוֹת רָעוֹת אוֹמֵר בָּרוּךְ דַּיַּין הָאֱמֶת:
Michna : sur les pluies et sur les bonnes nouvelles on dit « Béni... haTov vehaMetiv » ; sur les mauvaises nouvelles on dit « Béni... Dayan haEmet », le Juge de vérité.
💡 Explication

La distinction précédente est réfutée par un argument d'économie du texte. Si la michna, en parlant de la pluie, visait celui qui l'apprend par un tiers, elle répéterait un cas qu'elle énonce déjà sous le titre des bonnes nouvelles.

La michna citée par le Roch place bien les deux côtés à côté, la pluie et les bonnes nouvelles. Mentionner la pluie séparément suppose donc qu'elle ajoute quelque chose, et la première distinction tombe.

11
אֶלָּא: אִידֵּי וְאִידֵּי דַּחֲזָא מִחְזֵי, וְלָא קַשְׁיָא: הָא דַּאֲתָא פֻּורְתָּא, הָא דַּאֲתָא טוּבָא. וְאִיבָּעֵית אֵימָא: הָא וְהָא דַּאֲתָא טוּבָא, וְלָא קַשְׁיָא — הָא דְּאִית לֵיהּ אַרְעָא, הָא דְּלֵית לֵיהּ אַרְעָא.

Plutôt : dans les deux cas il s'agit de celui qui a vu de ses yeux, et il n'y a pas de difficulté : ici il en est tombé peu, là il en est tombé beaucoup. Et si tu veux, dis : dans les deux cas il en est tombé beaucoup, et il n'y a pas de difficulté : ici il s'agit de celui qui possède une terre, là de celui qui ne possède pas de terre.

📜 Rachi (3)
אַתָּה פֻּורְתָּא מוֹדִים אֲנַחְנוּ לָךְ:
S'il en est tombé peu - il dit « Nous Te rendons grâce ».
אֲתָא טוּבָא הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב:
S'il en est tombé beaucoup - il dit haTov vehaMetiv.
אִית לֵיהּ אַרְעָא הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב שֶׁהֵטִיב לוֹ:
Il possède une terre - il dit haTov vehaMetiv, puisqu'un bien lui a été fait.
💡 Explication

Deux nouvelles distinctions sont proposées, l'une et l'autre à l'intérieur du cas de celui qui a vu la pluie tomber. La première porte sur la quantité : une pluie faible appelle l'action de grâce développée, une pluie abondante appelle haTov vehaMetiv.

La seconde, introduite par ve-ibaeit eima, « et si tu veux, dis », porte sur le bénéficiaire. Celui qui possède une terre reçoit un bien direct et dit haTov vehaMetiv ; celui qui n'en possède pas se contente de l'action de grâce. Cette seconde voie prépare la règle générale qui va suivre.

12
אִית לֵיהּ אַרְעָא ״הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב״ מְבָרֵךְ?! וְהָא תְנַן: בָּנָה בַּיִת חָדָשׁ, וְקָנָה כֵּלִים חֲדָשִׁים, אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ … שֶׁהֶחֱייָנוּ וְהִגִּיעָנוּ לַזְּמַן הַזֶּה״. שֶׁלּוֹ וְשֶׁל אֲחֵרִים — אוֹמֵר: ״הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב״?

Celui qui possède une terre dit « haTov vehaMetiv » ?! Or nous avons appris dans la michna : celui qui a bâti une maison neuve ou acquis des ustensiles neufs dit : « Béni...

Chehe'heyanou vehiguianou lazeman hazeh », qui nous a fait vivre et nous a fait parvenir à ce temps ; si c'est à lui et à d'autres, il dit « haTov vehaMetiv » ?

📜 Rachi (2)
בָּנָה בַּיִת חָדָשׁ שֶׁכֻּולּוֹ שֶׁלּוֹ אוֹמֵר שֶׁהֶחֱיָינוּ:
Il a bâti une maison neuve - qui est tout entière à lui : il dit Chehe'heyanou.
שֶׁלּוֹ וְשֶׁל אֲחֵרִים הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב:
À lui et à d'autres - il dit haTov vehaMetiv.
💡 Explication

Objection contre la seconde distinction. La michna de la maison neuve établit un partage clair entre deux berakhot selon la propriété du bien : Chehe'heyanou quand le bien est à lui seul, haTov vehaMetiv quand il est partagé avec d'autres.

Or celui qui possède une terre en est, semble-t-il, seul propriétaire. Il devrait donc dire Chehe'heyanou sur la pluie qui tombe chez lui, et non haTov vehaMetiv.

13
לָא קַשְׁיָא: הָא דְּאִית לֵיהּ שֻׁותָּפוּת, הָא דְּלֵית לֵיהּ שֻׁותָּפוּת. וְהָתַנְיָא: קָצְרוֹ שֶׁל דָּבָר, עַל שֶׁלּוֹ הוּא אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ … שֶׁהֶחֱייָנוּ וְקִיְּימָנוּ״, עַל שֶׁלּוֹ וְעַל שֶׁל חֲבֵירוֹ — אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ … הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב״.

Il n'y a pas de difficulté : ici il s'agit de celui qui a un associé, là de celui qui n'a pas d'associé. Et il a été enseigné ainsi : en résumé, sur ce qui est à lui il dit : « Béni...

Chehe'heyanou vekiyemanou » ; sur ce qui est à lui et à son compagnon, il dit : « Béni... haTov vehaMetiv ».

📜 Rachi (3)
ה"ג (וְהִתְנָן) בָּנָה בַּיִת חָדָשׁ וְכוּ' לָא קַשְׁיָא הָא דְּאִית לֵיהּ שֻׁותָּפוּת הָא דְּלֵית לֵיהּ שֻׁותָּפוּת ול"ג אֶלָּא הָא וְהָא דְּאִית לֵיהּ אַרְעָא וה"פ תֵּירוּצָא דְּשַׁנִּינַן קָאֵי בְּדֻוכְתֵּיהּ מוֹדִים אֲנַחְנוּ לָךְ בִּדְלֵית לֵיהּ אַרְעָא הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב בִּדְאִית לֵיהּ וּדְקָא קַשְׁיָא לָךְ בָּנָה בַּיִת חָדָשׁ אוֹמֵר שֶׁהֶחֱייָנוּ לָא קַשְׁיָא הַהוּא דְּבָנָה בַּיִת חָדָשׁ שֶׁאֵין לוֹ שֻׁותָּפוּת בָּהּ וְעָלֶיהָ מְבָרֵךְ שֶׁהֶחֱייָנוּ אֲבָל גְּשָׁמִים בִּדְאִית לֵיהּ אַרְעָא טוּבָא שֶׁיֵּשׁ לוֹ שֻׁותָּפוּת בָּהּ הִיא שֶׁהֲרֵי כָּל מִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ קַרְקַע שֻׁותָּף עִמּוֹ בְּטוֹבָה זוֹ:
Telle est la version : « (Et nous avons appris :) il a bâti une maison neuve, etc. Il n'y a pas de difficulté : ici il a un associé, là il n'a pas d'associé », et l'on ne lit pas « plutôt, dans les deux cas il possède une terre ». Voici le sens : la réponse que nous avons donnée tient toujours, « Nous Te rendons grâce » quand il ne possède pas de terre, haTov vehaMetiv quand il en possède. Et voici la réponse à ta difficulté tirée de « celui qui a bâti une maison neuve dit Chehe'heyanou » : celui qui a bâti une maison neuve n'y a pas d'associé, et c'est sur elle qu'il dit Chehe'heyanou ; mais pour les pluies, quand il possède beaucoup de terre, il y a un associé avec lui dans ce bien, puisque quiconque possède un champ lui est associé dans ce bienfait.
וְהַתַּנְיָא בְּנִיחוּתָא:
Et il a été enseigné - à lire sur le ton de l'assentiment, en appui de la réponse.
קָצְרוֹ שֶׁל דָּבָר כְּלוֹמַר כָּלְלוּ שֶׁל דָּבָר:
En résumé - c'est-à-dire : la règle générale de la chose.
💡 Explication

La réponse déplace le critère de la propriété vers l'association. Celui qui possède une terre a toujours, pour la pluie, des associés : tous ceux qui possèdent un champ profitent de la même averse. La maison neuve, elle, n'appartient qu'à son bâtisseur.

Une baraita vient confirmer le principe et l'énonce comme une règle générale, kitsro chel davar : Chehe'heyanou sur le bien exclusif, haTov vehaMetiv sur le bien partagé. Rachi souligne que cette baraita est citée en appui, non comme une objection.

🖼️ Schéma
La règle générale de la baraita : qui profite du bien ? Le bien est à lui seul Le bien est à lui et à un autre Chehe'heyanou vekiyemanou haTov vehaMetiv Les trois cas qui éprouvent la règle Cas apparemment solitaire L'autre que la Guemara fait apparaître Sa femme a enfanté un garçon sa femme, qui se réjouit aussi Son père est mort et il en hérite ses frères, qui héritent avec lui Changement de vin au cours du repas les membres de la havoura, qui boivent avec lui Dans les trois cas la Guemara maintient la règle en montrant qu'un autre partage le bien.
La règle générale dégagée ici, et les trois cas qui vont l'éprouver dans la suite du daf.
14
וְכָל הֵיכָא דְּלֵית לְאַחֲרִינָא בַּהֲדֵיהּ לָא מְבָרֵךְ ״הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב״? וְהָתַנְיָא: אֲמַרוּ לֵיהּ יָלְדָה אִשְׁתּוֹ זָכָר, אוֹמֵר ״בָּרוּךְ … הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב״! הָתָם נָמֵי, דְּאִיכָּא אִשְׁתּוֹ בַּהֲדֵיהּ דְּנִיחָא לַהּ בְּזָכָר.

Et partout où il n'y a pas d'autre avec lui, on ne dit pas « haTov vehaMetiv » ? Or il a été enseigné : si on lui a dit que sa femme a enfanté un garçon, il dit « Béni... haTov vehaMetiv » !

Là aussi, sa femme est avec lui, puisqu'elle se réjouit d'avoir un garçon.

💡 Explication

Première épreuve de la règle. La naissance d'un fils semble un bien qui n'échoit qu'au père, et pourtant la baraita y prescrit haTov vehaMetiv.

La Guemara maintient la règle en identifiant l'associé : la mère partage cette joie. Le critère n'est donc pas la copropriété au sens juridique, mais le fait qu'un autre profite du même bien.

15
תָּא שְׁמַע: מֵת אָבִיו וְהוּא יוֹרְשׁוֹ, בַּתְּחִלָּה אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ … דַּייַּן הָאֱמֶת״, וּלְבַסּוֹף הוּא אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ … הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב״. הָתָם נָמֵי דְּאִיכָּא אֲחֵי דְּקָא יָרְתִי בַּהֲדֵיהּ.

Viens et entends : celui dont le père est mort et qui en hérite dit d'abord : « Béni... Dayan haEmet », et ensuite il dit : « Béni... haTov vehaMetiv ».

Là aussi, il s'agit d'un cas où il a des frères qui héritent avec lui.

📜 Rachi (1)
וּלְבַסּוֹף הוּא אוֹמֵר הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב עַל בְּשׂוֹרוֹת הַיְּרֻושָּׁה שֶׁנִּשְׁאֲרָה לוֹ יְרֻושָּׁה מֵאָבִיו שֶׁכֵּן בִּשְּׂרוּהוּ מֵת אָבִיו וְיוֹרְשׁוֹ כְּלוֹמַר הִנִּיחַ נְכָסִים:
Et ensuite il dit haTov vehaMetiv - sur la nouvelle de l'héritage, un héritage de son père lui étant échu ; car on lui a annoncé que son père était mort et qu'il en héritait, c'est-à-dire que le défunt a laissé des biens.
💡 Explication

Deuxième épreuve. Le même événement appelle deux berakhot successives : Dayan haEmet sur la mort du père, puis haTov vehaMetiv sur l'héritage reçu. Rachi précise que la seconde porte sur la nouvelle des biens laissés.

Ici encore la règle tient : la baraita vise l'héritier qui a des frères héritant avec lui, de sorte que le bien est partagé.

16
תָּא שְׁמַע: שִׁינּוּי יַיִן אֵינוֹ צָרִיךְ לְבָרֵךְ, שִׁינּוּי מָקוֹם צָרִיךְ לְבָרֵךְ. וְאָמַר רַבִּי יוֹסֵף בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן אַף עַל פִּי שֶׁאָמְרוּ שִׁינּוּי יַיִן אֵינוֹ צָרִיךְ לְבָרֵךְ, אֲבָל אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ … הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב״! הָתָם נָמֵי, דְּאִיכָּא בְּנֵי חֲבוּרָה דְּשָׁתוּ בַּהֲדֵיהּ.

Viens et entends : un changement de vin ne requiert pas de berakha, un changement de lieu requiert une berakha. Et Rabbi Yossef bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : bien qu'ils aient dit qu'un changement de vin ne requiert pas de berakha, il dit tout de même : « Béni... haTov vehaMetiv » !

Là aussi, il s'agit d'un cas où les membres de la 'havoura boivent avec lui.

📜 Rachi (2)
שִׁינּוּי יַיִן שָׁתָה יַיִן בִּסְעוּדָה וְהֵבִיאוּ לוֹ יַיִן אַחֵר טוֹב מִן הָרִאשׁוֹן אֵין צָרִיךְ לְבָרֵךְ בּוֹרֵא פְּרִי הַגָּפֶן:
Changement de vin - il a bu du vin au cours du repas et on lui a apporté un autre vin, meilleur que le premier : il n'a pas besoin de dire de nouveau « Bore péri haguefen ».
שִׁינּוּי מָקוֹם יָצָא מִכָּאן וְהָלַךְ לְבַיִת אַחֵר וְהֵבִיאוּ לוֹ יַיִן:
Changement de lieu - il est sorti d'ici et s'est rendu dans une autre maison, et on lui y a apporté du vin.
🗂️ Tossefot (2)
הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב אֲבָל אַשִּׁינּוּי לֶחֶם וְאַשִּׁינּוּי בָּשָׂר אֵין מְבָרְכִין הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב דְּדַוְוקָא אַיַּיִן דְּאִית בֵּיהּ תַּרְתֵּי דְּסָעִיד וּמְשַׂמֵּחַ מְבָרְכִין הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב אֲבָל בָּשָׂר וְלֶחֶם לֹא ופרשב"ם בְּעַרְבֵי פְּסָחִים (דַּף קא. וְשָׁם) דְּדַוְקָא כְּשֶׁהָאַחֲרוֹן מְשֻׁובָּח מְבָרְכִים הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב אֲבָל בְּכַיּוֹצֵא בּוֹ לֹא אַךְ בִּירוּשַׁלְמִי דְּכֵיצַד מְבָרְכִין א"ר אַבָּא בַּר רַב הוּנָא צָרִיךְ לְבָרֵךְ עַל יַיִן חָדָשׁ וְיָשָׁן שִׁינּוּי יַיִן א"צ לְבָרֵךְ שִׁינּוּי מָקוֹם צָרִיךְ לְבָרֵךְ הֶיסַּח הַדַּעַת כְּשִׁינּוּי מָקוֹם מַשְׁמַע דַּוְקָא כְּשֶׁהָאַחֲרוֹן יָשָׁן דְּעָדִיף טְפֵי ור"ת פִּי' דְּאַפֵּי' אֵין הָאַחֲרוֹן חֲשִׁיב רַק שֶׁלֹּא יִשְׁתַּנֶּה לִגְרִיעוּתָא יוֹתֵר מִדַּאי וּמְסַיֵּים בָּהּ רַבִּי עַל כָּל חָבִית וְחָבִית שֶׁהָיָה פּוֹתֵחַ הָיָה מְבָרֵךְ הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב וּמַשְׁמַע דְּלָא קָפֵיד אִם הָאַחֲרוֹן מְשֻׁובָּח אִם לָאו אע"ג דְּיָשֵׁן אִידְּכַר בַּסּוֹף מ"מ נֵימָא דְּרַבִּי פְּלִיג עָלֶיהָ ולפרשב"ם יַעֲמִידֶנָּה לְהַךְ דְּרַבִּי בִּמְסֻופָּק אִם הָאַחֲרוֹן טוֹב וּמִסָּפֵק הָיָה מְבָרֵךְ עַל כָּל אֶחָד שֶׁמָּא מְשֻׁובָּח הוּא אַךְ ר"ת מְפָרֵשׁ דְּעֻובְדָּא דְּרַבִּי בָּא לְחַלֵּק כִּדְפֵי' וי"מ דְּהַהוּא דְּחָדָשׁ וְיָשָׁן מַיְירֵי בְּבִרְכַּת בּוֹרֵא פְּרִי הַגָּפֶן דֻּומְיָא דְּשִׁינּוּי מָקוֹם דְּבָתַר הָכִי אֲבָל לֹא מָצִינוּ כֵּן בַּגְּמָרָא שֶׁלָּנוּ:
haTov vehaMetiv - Mais sur un changement de pain ou un changement de viande on ne dit pas haTov vehaMetiv, car c'est précisément sur le vin, qui réunit deux qualités, nourrir et réjouir, que l'on dit haTov vehaMetiv, tandis que pour la viande et le pain, non. Le Rachbam a expliqué dans Arvei Pessa'him (Pessa'him 101a et parallèles) que l'on ne dit haTov vehaMetiv que lorsque le second vin est de meilleure qualité, mais pour un vin semblable, non. Toutefois, dans le Talmud de Jérusalem, au chapitre Keitsad mevarekhin, Rabbi Abba bar Rav Houna a dit : il faut dire une berakha sur du vin nouveau et sur du vin vieux ; un changement de vin ne requiert pas de berakha, un changement de lieu requiert une berakha, et une interruption d'attention équivaut à un changement de lieu. Il en ressort que c'est précisément quand le second est vieux, donc préférable. Et Rabbenou Tam a expliqué qu'il suffit que le second ne soit pas trop inférieur au premier, même s'il ne lui est pas supérieur. La baraita conclut : Rabbi, sur chaque tonneau qu'il ouvrait, disait haTov vehaMetiv ; il en ressort qu'il ne se souciait pas de savoir si le dernier était meilleur ou non, et bien que le vin vieux ait été mentionné juste avant, on pourrait dire que Rabbi est en désaccord avec cet avis. Selon le Rachbam, on expliquera la conduite de Rabbi comme un cas de doute : il ne savait pas si le dernier était bon, et dans le doute il disait la berakha sur chacun, au cas où il serait meilleur. Rabbenou Tam, lui, explique que la conduite de Rabbi vient établir la distinction indiquée. Certains expliquent que le passage sur le vin nouveau et le vin vieux traite de la berakha « Bore péri haguefen », à la manière du changement de lieu qui le suit ; mais nous ne trouvons pas cela dans notre Talmud.
הָתָם דְּאִיכָּא בְּנֵי חֲבוּרָה דְּשָׁתוּ בַּהֲדֵיהּ וה"ה אִם אִשְׁתּוֹ וּבָנָיו עִמּוֹ אֵבֶל יָחִיד לֹא וַאֲפִילּוּ שֶׁהֶחֱיָינוּ אֵין מְבָרֵךְ יָחִיד עַל שִׁינּוּי יַיִן דְּלָא אַשְׁכְּחַן יָחִיד שֶׁמְּבָרֵךְ שֶׁהֶחֱייָנוּ רַק אַחַדְתָּא וְכֵן כָּל פְּרִי חָדָשׁ כְּשֶׁאָכְלוּ מְבָרֵךְ שֶׁהֶחֱיָינוּ כִּדְאָמְרִינַן בְּסוֹף בְּכָל מְעָרְבִין (עֵירוּבִין מ:):
Là aussi, les membres de la 'havoura boivent avec lui - et il en va de même si sa femme et ses enfants sont avec lui ; mais un homme seul, non. Et même Chehé'heyanou, un homme seul ne le dit pas sur un changement de vin, car nous ne trouvons pas qu'un individu dise Chehé'heyanou sinon sur une chose nouvelle ; ainsi de tout fruit nouveau, quand il en mange il dit Chehé'heyanou, comme nous le disons à la fin du chapitre Bekhol mearvin (Erouvin 40b).
💡 Explication

Troisième épreuve, tirée des règles de la table. Un changement de vin n'oblige pas à redire « Bore péri haguefen », mais Rabbi Yo'hanan enseigne qu'on dit alors haTov vehaMétiv sur le nouveau vin. Un changement de lieu, lui, oblige à redire la berakha initiale.

La réponse est la même que précédemment : la baraita vise un repas pris en 'havoura, où d'autres convives boivent le même vin. Tossefot en tire deux conséquences pratiques : la berakha ne vaut que pour le vin, qui nourrit et réjouit, et un homme seul ne dit ni haTov vehaMétiv ni Chehé'heyanou sur ce changement.

17
בָּנָה בַּיִת חָדָשׁ וְקָנָה כֵּלִים חֲדָשִׁים וְכוּ׳. אָמַר רַב הוּנָא: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁאֵין לוֹ כַּיּוֹצֵא בָּהֶן, אֲבָל יֵשׁ לוֹ כַּיּוֹצֵא בָּהֶן — אֵינוֹ צָרִיךְ לְבָרֵךְ. וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: אֲפִילּוּ יֵשׁ לוֹ כַּיּוֹצֵא בָּהֶן, צָרִיךְ לְבָרֵךְ.

« Il a bâti une maison neuve ou acquis des ustensiles neufs, etc. » Rav Houna a dit : ils n'ont enseigné cela que lorsqu'il n'a pas d'objets semblables ; mais s'il en a de semblables, il n'a pas besoin de dire la berakha. Et Rabbi Yo'hanan a dit : même s'il en a de semblables, il doit dire la berakha.

📜 Rachi (1)
ר"י אָמַר אֲפִילּוּ יֵשׁ לוֹ כַּיּוֹצֵא בָּהֶן מִיְּרֻושָּׁה הוֹאִיל וּלְעִנְיַן קְנִיָּה חָדָשׁ הִיא אֶצְלוֹ צָרִיךְ לְבָרֵךְ:
Rabbi Yo'hanan a dit : même s'il en a de semblables - venus d'un héritage ; puisque, du point de vue de l'acquisition, la chose est neuve pour lui, il doit dire la berakha.
🗂️ Tossefot (1)
וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר אַפֵּי' קָנָה כַּיּוֹצֵא בָּהֶם וְהִלְכְתָא כַּר' יוֹחָנָן אַלִּיבָּא דְּלִישָּׁנָא בָּתְרָא אֲפִילּוּ קָנָה וַהֲדַר קָנָה שֶׁהָיוּ לוֹ כֵּלִים חֲדָשִׁים כַּיּוֹצֵא בְּאֵלּוּ צָרִיךְ לְבָרֵךְ דְּקי"ל כְּרַבִּי יוֹחָנָן לְגַבֵּי דְּרַב מכ"ש דִּלְגַבֵּי רַב הִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ וְאוֹמֵר ר"י דַּוְקָא בִּבְגָדִים חֲשׁוּבִים דֻּומְיָא דְּבַיִת חָדָשׁ נְקַט כֵּלִים חֲדָשִׁים אֲבָל שֶׁאֵינָם חֲשׁוּבֵין כ"כ כְּמוֹ מִנְעָלִים וְאַנְפִּלְיָאוֹת וְחָלוּק וְכַיּוֹצֵא בָּהֶן אֵין צָרִיךְ לְבָרֵךְ בִּירוּשַׁלְמִי א"ר חַיָּיא בַּר אַבָּא לֹא סוֹף דְּבָרִים חֲדָשִׁים אֶלָּא אֲפִי' שְׁחָקִים כְּאִילּוּ חֲדָשִׁים הֵן ר' יַעֲקֹב בְּשֵׁם רַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא אָמַר קָנָה אוֹמֵר שֶׁהֶחֱיָינוּ נִיתַּן לוֹ אוֹמֵר הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב לָבַשׁ בְּגָדִים אוֹמֵר מַלְבִּישׁ עֲרוּמִים וצ"ע בַּגְּמָרָא שֶׁלָּנוּ דְּלָא אַשְׁכְּחַן הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב אֶלָּא בִּדְאִיכָּא אַחַרְיַנָא בַּהֲדֵיהּ:
Et Rabbi Yo'hanan a dit : même s'il en a acheté de semblables - et la halakha suit Rabbi Yo'hanan selon la seconde version : même s'il a acheté puis achète de nouveau, ayant déjà des ustensiles neufs semblables à ceux-là, il doit dire la berakha, car nous tenons pour règle que la halakha suit Rabbi Yo'hanan contre Rav ; à plus forte raison la suit-elle contre Rav Houna. Et le Ri dit qu'il s'agit précisément de vêtements de valeur, la michna ayant dit « ustensiles neufs » à la manière de « maison neuve » ; mais pour ce qui n'a pas grande valeur, comme des chaussures, des chaussons, une tunique et choses semblables, il n'y a pas lieu de dire la berakha. Dans le Talmud de Jérusalem : Rabbi 'Hiya bar Abba a dit : il ne s'agit pas seulement d'objets neufs, mais aussi d'objets usés, s'ils sont comme neufs pour lui. Rabbi Yaakov au nom de Rabbi 'Hiya bar Abba a dit : s'il a acheté, il dit Chehé'heyanou ; si on le lui a donné, il dit haTov vehaMétiv ; s'il a revêtu des vêtements, il dit « qui vêt ceux qui sont nus ». Et cela demande examen au regard de notre Talmud, où nous ne trouvons haTov vehaMétiv que là où un autre est avec lui.
⚖️ Rosh (2)
מַתְנֵי' בָּנָה בַּיִת חָדָשׁ וְקָנָה כֵּלִים חֲדָשִׁים אוֹמֵר בָּרוּךְ שֶׁהֶחֱיָינוּ וְקִיְּימָנוּ:
Michna : celui qui a bâti une maison neuve ou acquis des ustensiles neufs dit : « Béni... Chehé'heyanou vekiyémanou ».
גְּמָ' אָמַר רַב הוּנָא ל"ש אֶלָּא שֶׁאֵין לוֹ כַּיּוֹצֵא בָּהֶם אֲבָל יֵשׁ לוֹ כַּיּוֹצֵא בָּהֶם אֵינוֹ צָרִיךְ לְבָרֵךְ וְר' יוֹחָנָן אָמַר אֶחָד זֶה וְאֶחָד זֶה צָרִיךְ לְבָרֵךְ מִכְּלָל דְּקָנָה וַהֲדַר קָנָה ד"ה א"צ לְבָרֵךְ וְלִישָּׁנָא אַחַרְיַנָא אָמְרִי לַהּ אָמַר רַב הוּנָא לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁלֹּא קָנָה כַּיּוֹצֵא בָּהֶם אֲבָל קָנָה כַּיּוֹצֵא בָּהֶם א"צ לְבָרֵךְ וְר' יוֹחָנָן אָמַר אַפֵּי' קָנָה כַּיּוֹצֵא בָּהֶם צָרִיךְ לְבָרֵךְ מִכְּלָל דְּיֵשׁ לוֹ וְקָנָה דִּבְרֵי הַכֹּל צָרִיךְ לְבָרֵךְ וְהִלְכְתָא כַּר' יוֹחָנָן כְּלִישָּׁנָא בָּתְרָא דְּאַפֵּי' קָנָה וְחָזַר וְקָנָה וְיֵשׁ לוֹ כֵּלִים חֲדָשִׁים כְּאִלּוּ צָרִיךְ לְבָרֵךְ דקי"ל כַּר' יוֹחָנָן לְגַבֵּי דְּרַב הוּנָא דְּאַפֵּי' לְגַבֵּי דְּרַב רַבּוֹ הֲלָכָה כַּר' יוֹחָנָן אע"ג דְּפָרִיךְ לְרַבִּי יוֹחָנָן לְלִישָּׁנָא בָּתְרָא הָא מְשַׁנֵּי לֵיהּ שַׁפִּיר נִרְאֶה לְרִ"י דְּדַוְקָא בְּכֵלִים חֲשׁוּבִים דְּכֵלִים חֲדָשִׁים מַשְׁמַע דֻּומְיָא דְּבַיִת חָדָשׁ אֲבָל דָּבָר קָטָן שֶׁאֵינוֹ חָשׁוּב כָּל כָּךְ כְּמוֹ מִנְעָלִים וְאַנִּפְלָאוֹת וְחָלוּק שֶׁל פִּשְׁתָּן וְכַיּוֹצֵא בָּזֶה א"צ לְבָרֵךְ שֶׁהֶחֱיָינוּ וְיֵרָאֶה לִי הַכֹּל לְפִי מַה שֶּׁהוּא אָדָם דְּיֵשׁ עָנִי שֶׁשָּׂמֵחַ בְּחָלוּק יוֹתֵר מֵעָשִׁיר בְּכֵלִים חֲשׁוּבִים כִּדְאִיתָא בִּנְדָרִים בְּפֶרֶק הַנּוֹדֵר מִן הַמְבֻושָּׁל (נְדָרִים דַּף מט:) דְּר' יְהוּדָה שֶׁלֹּא הָיְתָה לוֹ אֶלָּא גְּלִימָא רְעוּעָה וְכַד נָפְקָא דִּבְיַתְהוּ לְשׁוּקָא מִיכַּסְּיָא בֵּיהּ וְכִדְנָפֵיק ר' יְהוּדָה לְצַלּוֹיֵי הֲוָה מִיכַּסֵּי וּמְצַלֵּי וְכַד מִיכַּסֵּי בֵּיהּ הֲוָה מְבָרַךְ בָּרוּךְ שֶׁעָטָר מְעִיל לְפִי שֶׁהָיָה חָשׁוּב עָלָיו כִּמְעִיל לְעָשִׁיר: יְרוּשַׁלְמִי אָמַר ר' חַייָּא בְּרַבִּי אַבָּא לֹא סוֹף דָּבָר חֲדָשִׁים אֶלָּא אֲפִי' הֵן שְׁחָקִים וְהֵן חֲדָשִׁים לוֹ ר' יַעֲקֹב בַּר זְבִידָא מִשּׁוּם ר' חַיָּיא בַּר אַבָּא אָמַר קָנָה אוֹמֵר שֶׁהֶחֱיָינוּ נִיתְּנוּ לוֹ בְּמַתָּנָה אוֹמֵר הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב לָבַשׁ אוֹמֵר בָּרוּךְ מַלְבִּישׁ עֲרוּמִים וצ"ע דְּבַגְּמָ' דִּידַן לֹא מָצִינוּ הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב אֶלָּא הֵיכָא דְּאִיכָּא אַחַרְיַנָא בַּהֲדֵיהּ וְלִי נִרְאֶה דה"נ אִיכָּא אַחַרְיַנָא בַּהֲדֵיהּ הַמֵּטִיב לַנּוֹתֵן אִם הַמְקַבֵּל עָנִי שֶׁזִּכָּהוּ הַשֵּׁם וְחָנֵּנוּ מָמוֹן לַעֲשׂוֹת צְדָקָה וְאִם הוּא עָשִׁיר שָׂמֵחַ הַנּוֹתֵן בְּמַה שֶׁמְּקַבֵּל מַתְּנָתוֹ וְגַם מַשְׁמַע בִּירוּשַׁלְמִי דְּבִשְׁעַת קְנִיָּיה יֵשׁ לוֹ לְבָרֵךְ אע"פ שֶׁעֲדַייִן לֹא נִשְׁתַּמֵּשׁ בָּהֶם שֶׁאֵין הַבְּרָכָה אֶלָּא עַל שִׂמְחַת הַלֵּב שֶׁהוּא שָׂמֵחַ בִּקְנִיָּיתוֹ כְּדֶרֶךְ שֶׁמְּבָרְכִים עַל הַגְּשָׁמִים בִּשְׁעַת יְרִידָתָן אע"פ שֶׁאֵין הֲנָאָתָן נִיכֶּרֶת מִיָּד:
Guemara : Rav Houna a dit : ils n'ont enseigné cela que lorsqu'il n'a pas d'objets semblables ; mais s'il en a de semblables, il n'a pas besoin de dire la berakha. Et Rabbi Yo'hanan a dit : dans l'un et l'autre cas il doit dire la berakha. Il en ressort que s'il a acheté puis achète de nouveau, tous s'accordent qu'il n'a pas besoin de dire la berakha. Une autre version enseigne : Rav Houna a dit : ils n'ont enseigné cela que lorsqu'il n'a pas acheté d'objets semblables ; mais s'il en a acheté de semblables, il n'a pas besoin de dire la berakha. Et Rabbi Yo'hanan a dit : même s'il en a acheté de semblables, il doit dire la berakha. Il en ressort que s'il en avait déjà et qu'il en achète, tous s'accordent qu'il doit dire la berakha. Et la halakha suit Rabbi Yo'hanan selon la seconde version : même s'il a acheté puis achète de nouveau et qu'il possède déjà des ustensiles neufs comme ceux-là, il doit dire la berakha, car nous tenons pour règle que la halakha suit Rabbi Yo'hanan contre Rav Houna, puisque même contre Rav, son maître, la halakha suit Rabbi Yo'hanan ; et bien que l'on ait objecté à Rabbi Yo'hanan selon la seconde version, la Guemara lui a bien répondu. Il semble au Ri qu'il s'agit précisément d'ustensiles de valeur, car « ustensiles neufs » se comprend à la manière de « maison neuve » ; mais un petit objet de peu de valeur, comme des chaussures, des chaussons, une tunique de lin et choses semblables, ne requiert pas de berakha. Et il me semble que tout se mesure à l'homme qu'il est, car tel pauvre se réjouit d'une tunique plus qu'un riche d'ustensiles de valeur, comme il est rapporté dans Nedarim, au chapitre haNoder min hamevouchal (Nedarim 49b) : Rabbi Yehouda n'avait qu'un manteau usé ; quand sa femme sortait au marché elle s'en couvrait, et quand Rabbi Yehouda sortait pour prier il s'en couvrait et priait ; et quand il s'en couvrait il disait « Béni... qui a couronné d'un manteau », car il avait pour lui la valeur d'un manteau de riche. Talmud de Jérusalem : Rabbi 'Hiya beRabbi Abba a dit : il ne s'agit pas seulement d'objets neufs, mais aussi d'objets usés qui sont neufs pour lui. Rabbi Yaakov bar Zevida au nom de Rabbi 'Hiya bar Abba a dit : s'il a acheté, il dit Chehé'heyanou ; si on le lui a donné en cadeau, il dit haTov vehaMétiv ; s'il l'a revêtu, il dit « Béni... qui vêt ceux qui sont nus ». Et cela demande examen, car dans notre Talmud nous ne trouvons haTov vehaMétiv que là où un autre est avec lui. Il me semble qu'ici aussi un autre est avec lui : le bien est fait au donateur. Si celui qui reçoit est pauvre, le Ciel a favorisé le donateur et lui a accordé des biens pour faire la tsedaka ; et si celui qui reçoit est riche, le donateur se réjouit de ce que son présent soit accepté. Il ressort encore du Talmud de Jérusalem qu'il faut dire la berakha au moment de l'acquisition, même s'il ne s'en est pas encore servi, car la berakha porte sur la seule joie du cœur, celle qu'il éprouve de son acquisition, à la manière dont on dit la berakha sur les pluies au moment où elles tombent, bien que leur bienfait ne soit pas encore perceptible.
💡 Explication

Le daf se ferme sur la michna de la maison neuve et des ustensiles neufs. La question posée est celle du seuil de nouveauté : celui qui possède déjà un objet semblable doit-il dire Chehé'heyanou sur celui qu'il vient d'acquérir ?

Rav Houna l'en dispense, la nouveauté étant émoussée. Rabbi Yo'hanan l'y oblige, car l'acquisition elle-même constitue un fait nouveau ; Rachi précise que les objets déjà possédés viennent d'un héritage, de sorte que l'achat reste une première.

Tossefot et le Roch tranchent comme Rabbi Yo'hanan et posent une limite pratique : la berakha vaut pour des objets de valeur. Le Roch ajoute une mesure personnelle, l'exemple de Rabbi Yehouda et de son manteau usé montrant que la joie du cœur est le véritable objet de la berakha.

🖼️ Schéma
Il possède déjà des ustensiles semblables : dit-il Chehé'heyanou ? Rav Houna S'il a déjà des objets semblables, il ne dit pas la berakha. Raison : l'objet n'a plus rien de neuf pour lui, donc pas de joie nouvelle. Rabbi Yo'hanan Même s'il a déjà des objets semblables, il dit la berakha. Raison : l'acquisition elle-même est neuve pour lui (Rachi : par héritage). Halakha selon le Roch et Tossefot : comme Rabbi Yo'hanan, et sur des objets de valeur seulement.
La mahloket de Rav Houna et de Rabbi Yo'hanan sur l'objet semblable déjà possédé.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).