Sougya : Le daf ouvre sur la baraita de celui qui voit le soleil à son tekoufa, la lune dans sa force, les étoiles et les constellations dans leur ordre : il dit « qui fait l'œuvre du commencement ». Abaye fixe le moment de ce retour tous les vingt-huit ans, et Rachi en donne le calcul par les heures planétaires et le décalage de sept heures et demie entre deux tekoufot.
La sougya passe aux eaux qui sont restées dans leur cours d'origine, l'Euphrate et le Tigre, puis à l'explication de leurs noms et aux traits des gens de Me'hoza. Le corps du daf est ensuite consacré à la pluie : la michna prescrit haTov vehaMetiv, Rabbi Abahou enseigne la formule « Nous Te rendons grâce pour chaque goutte », et la Guemara cherche comment tenir les deux.
Trois distinctions sont essayées, entendre ou voir, peu ou beaucoup, posséder ou non une terre, jusqu'à la règle générale de la baraita : Chehe'heyanou sur ce qui est à lui seul, haTov vehaMetiv sur ce qui est à lui et à un autre. Cette règle est ensuite éprouvée par trois cas, la naissance d'un fils, l'héritage du père et le changement de vin.
Le daf se ferme sur la michna de la maison neuve et des ustensiles neufs, avec la mahloket de Rav Houna et de Rabbi Yo'hanan sur celui qui possède déjà des objets semblables.
Nos maîtres ont enseigné : celui qui voit le soleil à son tekoufa (au point où son cycle recommence), la lune dans sa force, les étoiles sur leurs orbites et les constellations dans leur ordre, dit : « Béni... qui fait l'œuvre du commencement. » Et quand cela a-t-il lieu ? Abaye a dit : tous les vingt-huit ans, quand le cycle revient et que la tekoufa de Nissan tombe dans Chabtai (Saturne), au soir du troisième jour, à l'entrée de la nuit du quatrième.
La baraita réunit quatre spectacles célestes qui rappellent l'ordre posé au commencement : le soleil à son tekoufa, la lune dans sa force, les étoiles sur leurs orbites, les constellations dans leur ordre. Sur chacun on dit la berakha osse berechit, « qui fait l'œuvre du commencement ».
La Guemara demande quand le soleil se trouve à ce point. Abaye répond par le grand cycle solaire : tous les vingt-huit ans, la tekoufa de Nissan retombe à l'heure exacte de la suspension des luminaires, l'heure de Chabtai, au début de la nuit du quatrième jour de la semaine, celle-là même où les astres furent placés.
Rachi fournit le calcul complet. Le jour se divise en heures gouvernées à tour de rôle par sept astres. Comme chaque tekoufa retarde de sept heures et demie sur la précédente, l'année dérive d'un jour et un quart, quatre ans redonnent un décalage de cinq jours entiers, et sept de ces petits cycles ramènent la même heure planétaire au même moment de la semaine.
« Rabbi Yehouda dit : celui qui voit la mer, etc. », à intervalles. Jusqu'à combien ?
Rami bar Abba a dit au nom de Rav Yits'hak : jusqu'à trente jours.
La Guemara revient sur un mot de la michna. Rabbi Yehouda prescrit une berakha particulière sur la grande mer, lifrakim, « à intervalles », et la question porte sur la durée que ce mot recouvre. Rami bar Abba fixe le seuil à trente jours : en deçà, la vue n'est pas assez nouvelle pour appeler une berakha.
Et Rami bar Abba a dit au nom de Rav Yits'hak : celui qui voit l'Euphrate au pont de Babel dit : « Béni... qui fait l'œuvre du commencement. » Et maintenant que les Perses en ont modifié le cours, c'est depuis Bé Chavor et en amont. Rav Yossef a dit : depuis Ihi Dekira et en amont.
Et Rami bar Abba a dit : celui qui voit le Tigre au pont de Chevistana dit : « Béni... qui fait l'œuvre du commencement. »
La berakha osse berechit se dit sur ce qui est demeuré tel qu'au commencement. Le critère retenu ici est donc géographique : sur la portion du fleuve dont le cours n'a pas été détourné par la main de l'homme, on dit la berakha ; sur la portion aménagée, on ne la dit pas.
Rachi explique que le pont de Babel marquait autrefois cette limite pour l'Euphrate. Des travaux perses ayant ensuite déplacé le point de rupture, les Amoraim actualisent le repère : Bé Chavor et en amont, ou selon Rav Yossef Ihi Dekira et en amont.
Que signifie « 'Hidekel » ? Rav Achi a dit : parce que ses eaux sont vives ('hadin) et légères (kalin).
Que signifie « Perat » ? Parce que ses eaux sont fécondes (parin) et se multiplient (ravin).
Les deux noms de fleuves sont lus comme des notarikon, des mots décomposés en leurs éléments. 'Hidekel se lit 'had et kal, vif et léger : Rachi précise les trois sens de ces qualités, la vivacité de l'eau, sa légèreté au poids, et le fait qu'elle n'alourdit pas celui qui la boit.
Perat se lit parin ve-ravin, fécondes et nombreuses, en référence à la quantité de poissons qu'il porte. Le Ben Yehoyada rattache cette différence à un partage entre masculin et féminin, et y voit la raison pour laquelle les gens de Me'hoza, qui boivent au Tigre, sont dits vifs d'esprit dans le segment suivant.
Et Rava a dit : si les gens de Me'hoza sont vifs, c'est parce qu'ils boivent les eaux du Diglat. S'ils sont rougeauds, c'est parce qu'ils ont des relations conjugales de jour.
Et si leurs yeux sont mobiles, c'est parce qu'ils habitent dans des maisons obscures.
Rava applique aux habitants de Me'hoza, ville située sur le Tigre, le principe que le milieu façonne le corps. Trois traits observés reçoivent trois causes distinctes : l'eau bue, l'heure des relations conjugales, l'obscurité des maisons.
Le raisonnement prolonge le segment précédent. Puisque les eaux du Diglat sont vives et légères, ceux qui s'en abreuvent ont l'esprit vif ; les deux autres traits relève du même type d'explication par les conditions de vie.
« Sur les pluies, etc. » Et sur les pluies dit-on la berakha « haTov vehaMetiv » ? Or Rabbi Abahou a dit, et certains l'enseignent comme une baraita : à partir de quand dit-on la berakha sur les pluies ?
Depuis que le fiancé est sorti à la rencontre de la fiancée.
La Guemara revient au mot de la michna sur la pluie et ouvre la sougya centrale du daf. La michna prescrit haTov vehaMetiv, « Celui qui est bon et fait le bien ». Rabbi Abahou, lui, enseigne un moment et, comme on le verra au segment suivant, une formule différente.
L'image du fiancé et de la fiancée désigne un fait physique précis, que Rachi explicite : la pluie a déjà formé des flaques, et la goutte qui tombe fait jaillir l'eau du sol à sa rencontre. C'est le signe que la pluie est suffisante pour appeler une berakha.
Quelle berakha dit-on ? Rav Yehouda a dit : « Nous Te rendons grâce pour chaque goutte que Tu as fait descendre pour nous. » Et Rabbi Yo'hanan la conclut ainsi : « Quand bien même notre bouche serait pleine de chant comme la mer, etc., nous ne saurions Te rendre grâce assez, Hachem notre D.ieu », jusqu'à « se prosternera ».
« Béni sois-Tu, Hachem, l'abondance des actions de grâce. »
La formule rapportée par Rav Yehouda est une action de grâce détaillée, Modim anahnou lakh, qui compte chaque goutte tombée. Rabbi Yo'hanan la prolonge par le texte de Nichmat, dit le chabbat matin, jusqu'à la fin de ce passage.
La conclusion, rov hahodaot, « l'abondance des actions de grâce », va faire difficulté au segment suivant : elle semble limiter ce qui devrait être sans limite.
« L'abondance des actions de grâce », et non toutes les actions de grâce ? Rava a dit : dis plutôt « le D.ieu des actions de grâce ».
Rav Papa a dit : dès lors, disons les deux, « l'abondance des actions de grâce » et « le D.ieu des actions de grâce ».
L'objection porte sur un mot de la 'hatima, la formule de clôture. Dire rov, l'abondance, laisse entendre qu'une part des actions de grâce irait ailleurs. Rava corrige donc le texte en haEl hahodaot, ce qui écarte toute limitation.
Rav Papa tranche par une solution de précaution : puisque la version exacte fait doute, on dit les deux expressions à la suite, et la 'hatima est acquittée selon l'une comme selon l'autre.
Mais la difficulté demeure ! Il n'y a pas de difficulté : ici il s'agit de celui qui l'a appris par ouï-dire, là de celui qui l'a vu de ses yeux.
La correction de la 'hatima réglée, la contradiction de fond subsiste : la michna prescrit haTov vehaMetiv et Rabbi Abahou Modim anahnou lakh. La Guemara propose une première distinction, celle du mode de connaissance.
Celui qui apprend la pluie par un tiers dit la berakha courte de la michna ; celui qui la voit tomber dit l'action de grâce développée. Rachi illustre le premier cas par la pluie de nuit, rapportée le lendemain.
Celui qui l'apprend par ouï-dire, c'est le cas des bonnes nouvelles, et nous avons appris dans la michna : sur les bonnes nouvelles on dit « Béni... haTov vehaMetiv » !
La distinction précédente est réfutée par un argument d'économie du texte. Si la michna, en parlant de la pluie, visait celui qui l'apprend par un tiers, elle répéterait un cas qu'elle énonce déjà sous le titre des bonnes nouvelles.
La michna citée par le Roch place bien les deux côtés à côté, la pluie et les bonnes nouvelles. Mentionner la pluie séparément suppose donc qu'elle ajoute quelque chose, et la première distinction tombe.
Plutôt : dans les deux cas il s'agit de celui qui a vu de ses yeux, et il n'y a pas de difficulté : ici il en est tombé peu, là il en est tombé beaucoup. Et si tu veux, dis : dans les deux cas il en est tombé beaucoup, et il n'y a pas de difficulté : ici il s'agit de celui qui possède une terre, là de celui qui ne possède pas de terre.
Deux nouvelles distinctions sont proposées, l'une et l'autre à l'intérieur du cas de celui qui a vu la pluie tomber. La première porte sur la quantité : une pluie faible appelle l'action de grâce développée, une pluie abondante appelle haTov vehaMetiv.
La seconde, introduite par ve-ibaeit eima, « et si tu veux, dis », porte sur le bénéficiaire. Celui qui possède une terre reçoit un bien direct et dit haTov vehaMetiv ; celui qui n'en possède pas se contente de l'action de grâce. Cette seconde voie prépare la règle générale qui va suivre.
Celui qui possède une terre dit « haTov vehaMetiv » ?! Or nous avons appris dans la michna : celui qui a bâti une maison neuve ou acquis des ustensiles neufs dit : « Béni...
Chehe'heyanou vehiguianou lazeman hazeh », qui nous a fait vivre et nous a fait parvenir à ce temps ; si c'est à lui et à d'autres, il dit « haTov vehaMetiv » ?
Objection contre la seconde distinction. La michna de la maison neuve établit un partage clair entre deux berakhot selon la propriété du bien : Chehe'heyanou quand le bien est à lui seul, haTov vehaMetiv quand il est partagé avec d'autres.
Or celui qui possède une terre en est, semble-t-il, seul propriétaire. Il devrait donc dire Chehe'heyanou sur la pluie qui tombe chez lui, et non haTov vehaMetiv.
Il n'y a pas de difficulté : ici il s'agit de celui qui a un associé, là de celui qui n'a pas d'associé. Et il a été enseigné ainsi : en résumé, sur ce qui est à lui il dit : « Béni...
Chehe'heyanou vekiyemanou » ; sur ce qui est à lui et à son compagnon, il dit : « Béni... haTov vehaMetiv ».
La réponse déplace le critère de la propriété vers l'association. Celui qui possède une terre a toujours, pour la pluie, des associés : tous ceux qui possèdent un champ profitent de la même averse. La maison neuve, elle, n'appartient qu'à son bâtisseur.
Une baraita vient confirmer le principe et l'énonce comme une règle générale, kitsro chel davar : Chehe'heyanou sur le bien exclusif, haTov vehaMetiv sur le bien partagé. Rachi souligne que cette baraita est citée en appui, non comme une objection.
Et partout où il n'y a pas d'autre avec lui, on ne dit pas « haTov vehaMetiv » ? Or il a été enseigné : si on lui a dit que sa femme a enfanté un garçon, il dit « Béni... haTov vehaMetiv » !
Là aussi, sa femme est avec lui, puisqu'elle se réjouit d'avoir un garçon.
Première épreuve de la règle. La naissance d'un fils semble un bien qui n'échoit qu'au père, et pourtant la baraita y prescrit haTov vehaMetiv.
La Guemara maintient la règle en identifiant l'associé : la mère partage cette joie. Le critère n'est donc pas la copropriété au sens juridique, mais le fait qu'un autre profite du même bien.
Viens et entends : celui dont le père est mort et qui en hérite dit d'abord : « Béni... Dayan haEmet », et ensuite il dit : « Béni... haTov vehaMetiv ».
Là aussi, il s'agit d'un cas où il a des frères qui héritent avec lui.
Deuxième épreuve. Le même événement appelle deux berakhot successives : Dayan haEmet sur la mort du père, puis haTov vehaMetiv sur l'héritage reçu. Rachi précise que la seconde porte sur la nouvelle des biens laissés.
Ici encore la règle tient : la baraita vise l'héritier qui a des frères héritant avec lui, de sorte que le bien est partagé.
Viens et entends : un changement de vin ne requiert pas de berakha, un changement de lieu requiert une berakha. Et Rabbi Yossef bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : bien qu'ils aient dit qu'un changement de vin ne requiert pas de berakha, il dit tout de même : « Béni... haTov vehaMetiv » !
Là aussi, il s'agit d'un cas où les membres de la 'havoura boivent avec lui.
Troisième épreuve, tirée des règles de la table. Un changement de vin n'oblige pas à redire « Bore péri haguefen », mais Rabbi Yo'hanan enseigne qu'on dit alors haTov vehaMétiv sur le nouveau vin. Un changement de lieu, lui, oblige à redire la berakha initiale.
La réponse est la même que précédemment : la baraita vise un repas pris en 'havoura, où d'autres convives boivent le même vin. Tossefot en tire deux conséquences pratiques : la berakha ne vaut que pour le vin, qui nourrit et réjouit, et un homme seul ne dit ni haTov vehaMétiv ni Chehé'heyanou sur ce changement.
« Il a bâti une maison neuve ou acquis des ustensiles neufs, etc. » Rav Houna a dit : ils n'ont enseigné cela que lorsqu'il n'a pas d'objets semblables ; mais s'il en a de semblables, il n'a pas besoin de dire la berakha. Et Rabbi Yo'hanan a dit : même s'il en a de semblables, il doit dire la berakha.
Le daf se ferme sur la michna de la maison neuve et des ustensiles neufs. La question posée est celle du seuil de nouveauté : celui qui possède déjà un objet semblable doit-il dire Chehé'heyanou sur celui qu'il vient d'acquérir ?
Rav Houna l'en dispense, la nouveauté étant émoussée. Rabbi Yo'hanan l'y oblige, car l'acquisition elle-même constitue un fait nouveau ; Rachi précise que les objets déjà possédés viennent d'un héritage, de sorte que l'achat reste une première.
Tossefot et le Roch tranchent comme Rabbi Yo'hanan et posent une limite pratique : la berakha vaut pour des objets de valeur. Le Roch ajoute une mesure personnelle, l'exemple de Rabbi Yehouda et de son manteau usé montrant que la joie du cœur est le véritable objet de la berakha.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).