Berakhot 60a — Bénir sur le mal comme sur le bien, la prière qui arrive trop tard, et les prières des lieux de danger

Berakhot 60a

Sougya : Le folio achève d'abord la discussion sur la bénédiction du neuf : deux versions opposent Rav Houna et Rabbi Yo'hanan sur le cas de celui qui possède déjà un objet semblable et en achète un autre, et sur celui qui a acheté autrefois et achète de nouveau. Une baraita où s'affrontent Rabbi Meir et Rabbi Yehouda sert de pierre de touche.

La michna prend ensuite le relais : on bénit sur le mal comme sur le bien. La guemara donne deux cas où le présent et l'avenir divergent — la digue rompue qui déposera du limon, l'objet trouvé que le roi peut confisquer — et fixe la règle : la bénédiction suit l'état présent.

Vient alors la prière vaine, celle qui porte sur ce qui est déjà fixé. L'objection tirée de Léa et de la naissance de Dina reçoit deux réponses : on ne légifère pas d'après un miracle, et le cas de Léa se situait dans les quarante premiers jours, où la baraita des cinq demandes laisse encore place à la prière.

Hillel, qui entend un cri dans la ville sans s'effrayer, illustre le verset « il ne craint pas une mauvaise nouvelle ». Le folio se clôt sur les formules à dire aux lieux de danger : entrée et sortie de la grande ville selon Ben Azzai, entrée et sortie des bains publics, et prière avant la saignée.

Abaye intervient deux fois pour corriger une formule : on n'ouvre pas la bouche au Satan, et le médecin a reçu l'autorisation de guérir.

Bénir sur le neuf : trois cas, deux versions La bénédiction en cause est chehehiyanou, dite sur une maison neuve ou des ustensiles neufs. Les trois situations Ce qu'il y a de neuf 1. Il n'a jamais eu ni acheté cet objet Tout est neuf : la chose et l'acquisition. 2. Il en possède déjà un et en achète un L'acquisition est neuve, l'objet ne l'est pas. 3. Il en a acheté un autrefois, il rachète Rien de neuf : il a déjà béni sur cette acquisition. Première version Rav Houna : bénédiction au cas 1 seulement. Rabbi Yo'hanan : aussi au cas 2. Déduction : au cas 3, tous s'accordent à dispenser de la bénédiction. Rav Houna = R. Meir ; R. Yo'hanan = R. Yehouda. Seconde version Rav Houna : pas de bénédiction au cas 3. Rabbi Yo'hanan : bénédiction même au cas 3. Déduction : au cas 2, tous exigent la bénédiction. Difficulté : Rabbi Yo'hanan ne suit alors ni Rabbi Meir ni Rabbi Yehouda.
Les trois cas restent les mêmes ; les deux versions déplacent le point de désaccord, et seule la seconde met Rabbi Yohanan en difficulté face à la baraita.
La prière vaine : ce qui est déjà fixé Règle de la michna Celui qui crie sur ce qui est déjà arrivé prononce une prière vaine (tefilat chav) : le sexe de l'enfant, le cri dans la ville. Objection de Rav Yossef Léa a prié et le foetus est devenu fille : « ensuite elle enfanta une fille ». La prière aurait donc un effet. Deux réponses 1. On ne légifère pas sur un miracle Le cas de Léa est un fait miraculeux. On n'en tire pas de règle pour tous. La michna reste entière : après la détermination, la demande est vaine. 2. Léa était dans les quarante jours Avant le quarantième jour la demande d'un garçon est encore recevable. Reste l'objection de Rav Yitshak : le sexe tient à qui émet le premier. Cas d'émission simultanée.
Deux voies pour tenir ensemble la michna et le verset : écarter le miracle comme précédent, ou situer la prière de Léa avant que le sexe ne soit fixé.
Trois lieux de danger, une même structure Avant : yehi ratson, demande. Après : modeh ani, action de grâce sur ce qui a eu lieu. AVANT — yehi ratson APRÈS — modeh ani La grande ville (kerakh) Que tu me fasses entrer dans cette ville en paix. Ben Azzai : quatre prières en tout Sortie : rends grâce, puis demande pour la route. Les bains publics (beit ha-merhats) Que tu me sauves de ceci et de ce qui lui ressemble. Rav Aha Je te rends grâce de m'avoir sauvé du feu. La saignée (hakazat dam) Que cette opération me soit une guérison. Rav Aha Béni ... qui guérit gratuitement.
Le folio applique un même schéma à trois situations exposées : une demande à l'entrée, une reconnaissance à la sortie.
1
מִכְּלָל דְּכִי קָנָה וְחָזַר וְקָנָה, דִּבְרֵי הַכֹּל אֵין צָרִיךְ לְבָרֵךְ.

Il ressort de là que s'il a acheté puis achète de nouveau, de l'avis de tous il n'a pas besoin de faire la bénédiction.

📜 Rachi (1)
דְּקָנָה וְחָזַר וְקָנָה דִּבְרֵי הַכֹּל אֵין צָרִיךְ לְבָרֵךְ דְּהָא רַבִּי יוֹחָנָן לֹא אָמַר צָרִיךְ לְבָרֵךְ אֶלָּא מִשּׁוּם דִּלְעִנְיַן קְנִיָּיה חָדָשׁ הוּא:
Car Rabbi Yo'hanan n'a dit qu'il faut faire la bénédiction que parce que, du point de vue de l'acquisition, la chose est neuve pour lui.
💡 Explication

Fin de la discussion ouverte au folio précédent sur la bénédiction chehehiyanou dite sur une maison neuve ou des ustensiles neufs. Trois situations sont à distinguer : il n'a jamais possédé ni acheté cet objet ; il en possède déjà un semblable et en achète un nouveau (yech lo ve-kana) ; il en a acheté un autrefois et en rachète un maintenant (kana ve-hazar ve-kana).

Dans la première version, Rabbi Yo'hanan exige la bénédiction lorsqu'il en possède déjà un, parce que l'acte d'acquisition, lui, est neuf. La guemara en tire une conséquence : dans le cas où il avait déjà acheté un objet semblable, l'acquisition non plus n'est pas neuve, et tous s'accordent alors à dispenser de la bénédiction.

2
וְאִיכָּא דְּאָמְרִי: אָמַר רַב הוּנָא: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁלֹּא קָנָה וְחָזַר וְקָנָה, אֲבָל קָנָה וְחָזַר וְקָנָה — אֵין צָרִיךְ לְבָרֵךְ. וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: אֲפִילּוּ קָנָה חָזַר וְקָנָה — צָרִיךְ לְבָרֵךְ. מִכְּלָל דְּכִי יֵשׁ לוֹ וְקָנָה — דִּבְרֵי הַכֹּל צָרִיךְ לְבָרֵךְ.

Et certains rapportent ainsi : Rav Houna a dit : on n'a enseigné cela que lorsqu'il n'avait pas acheté puis acheté de nouveau ; mais s'il a acheté puis achète de nouveau, il n'a pas besoin de faire la bénédiction. Et Rabbi Yo'hanan a dit : même s'il a acheté puis achète de nouveau, il doit faire la bénédiction.

Il ressort de là que lorsqu'il en possède déjà et qu'il achète, de l'avis de tous il doit faire la bénédiction.

📜 Rachi (1)
וְאִיכָּא דְּאָמְרִי כו' מִכְּלָל דְּכִי יֵשׁ לוֹ וְקָנָה דִּבְרֵי הַכֹּל צָרִיךְ לְבָרֵךְ דְּהָא רַב הוּנָא לָא אָמַר אֵין צָרִיךְ לְבָרֵךְ אֶלָּא דְּקָנָה וְחָזַר וְקָנָה דְּלֵיכָּא חִדּוּשׁ כְּלָל אֲבָל יֵשׁ לוֹ וְקָנָה דְּאִיכָּא חִדּוּשׁ מוֹדֶה הוּא דְּצָרִיךְ:
Car Rav Houna n'a dit qu'il n'y a pas de bénédiction que dans le cas où il a acheté puis rachète, où il n'y a aucune nouveauté ; mais lorsqu'il en possède déjà et qu'il achète, où il y a une nouveauté, il admet lui aussi qu'il faut faire la bénédiction.
💡 Explication

La seconde version déplace le point de désaccord. Elle porte à présent sur celui qui a acheté autrefois et rachète aujourd'hui, et elle tient le cas de celui qui possède déjà pour acquis : tous y exigent la bénédiction, puisque l'acquisition y est neuve pour lui.

3
מֵיתִיבִי: בָּנָה בַּיִת חָדָשׁ וְאֵין לוֹ כַּיּוֹצֵא בּוֹ, קָנָה כֵּלִים חֲדָשִׁים וְאֵין לוֹ כַּיּוֹצֵא בָּהֶם — צָרִיךְ לְבָרֵךְ. יֵשׁ לוֹ כַּיּוֹצֵא בָּהֶם — אֵין צָרִיךְ לְבָרֵךְ, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: בֵּין כָּךְ וּבֵין כָּךְ צָרִיךְ לְבָרֵךְ.

On objecte : celui qui a bâti une maison neuve sans en posséder de semblable, ou qui a acheté des ustensiles neufs sans en posséder de semblables, doit faire la bénédiction ; s'il en possède de semblables, il n'a pas besoin de faire la bénédiction — telles sont les paroles de Rabbi Meir. Rabbi Yehouda dit : dans un cas comme dans l'autre, il doit faire la bénédiction.

📜 Rachi (1)
בֵּין כָּךְ וּבֵין כָּךְ בֵּין שֶׁיֵּשׁ לוֹ בֵּין שֶׁאֵין לוֹ הוֹאִיל וְלֹא קָנָה הָרִאשׁוֹנִים וְעַכְשָׁיו קָנָה צָרִיךְ לְבָרֵךְ:
Dans un cas comme dans l'autre, qu'il en possède déjà ou non : puisqu'il n'avait pas acheté les premiers et qu'à présent il achète, il doit faire la bénédiction.
4
בִּשְׁלָמָא לְלִישָּׁנָא קַמָּא — רַב הוּנָא כְּרַבִּי מֵאִיר, וְרַבִּי יוֹחָנָן כְּרַבִּי יְהוּדָה. אֶלָּא לְלִישָּׁנָא בָּתְרָא, בִּשְׁלָמָא רַב הוּנָא כְּרַבִּי יְהוּדָה, אֶלָּא רַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמַר כְּמַאן? לָא כְּרַבִּי מֵאִיר וְלָא כְּרַבִּי יְהוּדָה!

Selon la première version, tout va bien : Rav Houna se range à l'avis de Rabbi Meir et Rabbi Yo'hanan à celui de Rabbi Yehouda. Mais selon la seconde version, Rav Houna se range certes à l'avis de Rabbi Yehouda ; Rabbi Yo'hanan, lui, a parlé selon qui ?

Ni selon Rabbi Meir ni selon Rabbi Yehouda.

📜 Rachi (1)
לָא כְּרַבִּי מֵאִיר וְלָא כְּרַבִּי יְהוּדָה דַּאֲפִילּוּ רַבִּי יְהוּדָה לָא פְּלִיג אֶלָּא בְּיֵשׁ לוֹ וְקָנָה אֲבָל בְּקָנָה וְחָזַר וְקָנָה לֹא:
Car même Rabbi Yehouda ne conteste que dans le cas où il en possède déjà et qu'il achète ; dans le cas où il a acheté puis rachète, il ne conteste pas.
💡 Explication

La baraita ne connaît que deux positions, et la seconde version en place Rabbi Yo'hanan en dehors. Rachi précise pourquoi : Rabbi Yehouda lui-même, dans la baraita, n'exige la bénédiction que lorsque les premiers objets n'avaient pas été achetés. Rabbi Yo'hanan, qui l'exige même après un achat antérieur, va plus loin que lui.

5
אָמַר לָךְ רַבִּי יוֹחָנָן: הוּא הַדִּין דִּלְרַבִּי יְהוּדָה קָנָה וְחָזַר וְקָנָה — נָמֵי צָרִיךְ לְבָרֵךְ. וְהָא דְּקָא מִיפַּלְגִי בְּיֵשׁ לוֹ וְקָנָה, לְהוֹדִיעֲךָ כֹּחוֹ דְּרַבִּי מֵאִיר דַּאֲפִילּוּ קָנָה וְיֵשׁ לוֹ — אֵין צָרִיךְ לְבָרֵךְ, וְכָל שֶׁכֵּן קָנָה וְחָזַר וְקָנָה דְּאֵין צָרִיךְ לְבָרֵךְ.

Rabbi Yo'hanan pourrait te répondre : il en va de même pour Rabbi Yehouda — s'il a acheté puis achète de nouveau, il doit lui aussi faire la bénédiction. Et s'ils ont formulé leur désaccord sur le cas où il en possède déjà et qu'il achète, c'est pour te faire connaître la portée de l'avis de Rabbi Meir : même lorsqu'il achète alors qu'il en possède déjà, il n'a pas besoin de faire la bénédiction ; à plus forte raison s'il a acheté puis achète de nouveau, où il n'a pas besoin de faire la bénédiction.

💡 Explication

Réponse classique : le cas retenu par une baraita n'épuise pas la position de ses auteurs. Il a été choisi pour son rendement pédagogique. En plaçant le désaccord sur le cas où l'homme possède déjà un objet semblable, la baraita montre jusqu'où va la dispense de Rabbi Meir.

6
וְלִיפַּלְגוּ בְּקָנָה וְחָזַר וְקָנָה דְּאֵין צָרִיךְ לְבָרֵךְ, לְהוֹדִיעֲךָ כֹּחוֹ דְּרַבִּי יְהוּדָה! כֹּחַ דְּהֶתֵּירָא עָדִיף לֵיהּ.

Qu'ils formulent alors leur désaccord sur le cas où il a acheté puis achète de nouveau, où l'on n'a pas besoin de faire la bénédiction, pour te faire connaître la portée de l'avis de Rabbi Yehouda ! — La force de ce qui est permis lui paraît préférable.

💡 Explication

Le principe invoqué est koah de-hetera adif : lorsqu'un enseignement peut être formulé de deux façons, on retient celle qui expose la portée de la position indulgente. Une dispense large engage davantage son auteur qu'une exigence large, car celui qui dispense prend le risque de rendre licite ce qui ne le serait pas. La baraita choisit donc le cas qui montre l'ampleur de la dispense de Rabbi Meir.

7
מְבָרֵךְ עַל הָרָעָה כּוּ׳.

« Il fait la bénédiction sur le mal, etc. »

🪔 Ben Yehoyada (1)
מְבָרֵךְ עַל הָרָעָה מֵעֵין עַל הַטּוֹבָה, הֵיכִי דָמֵי? כְּגוֹן דְּשָׁקִיל בִּידְקָא בְּאַרְעֵיהּ. נִרְאֶה לִי בס"ד לְכָךְ אַחַר אוֹתִיּוֹת רָעָה יֵשׁ שפ"ו [386] מִסֵּפֶר יְשֻׁולַּם [386], רְצוֹנוֹ לוֹמַר מַשְׁכַּחַת לָהּ 'אַחַר שֶׁתַּגִּיעַ לוֹ רָעָה לִהְיוֹת לוֹ נֶזֶק, יְשֻׁולַּם נִזְקוֹ' דְּפָסְקָא שִׂירְטוֹן, וְאַחַר טוֹבָה יֵשׁ אוֹתִיּוֹת גוז"י דְּמַשְׁכַּחַת לָהּ 'אַחַר שֶׁהִגִּיעָה לוֹ הַטּוֹבָה גָּזְזוּ לָהּ עֵינֶיהָ', דְּשָׁמַע מַלְכָּא וּשְׁקִיל לָהּ וּגְוָזֵי מִלָּשׁוֹן (תְּהִילִּים עא, ו) מִמְּעֵי אִמִּי אַתָּה גוֹזִי בְּךָ, (יִרְמְיָהוּ ז, כט) גָּזִּי נִזְרֵךְ, וּבְשֵׁם רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל כָּתְבוּ הַמְפָרְשִׁים דִּמְפָרֵשׁ בָּזֶה הַכָּתוּב (תְּהִלִּים לב, ו) עַל זֹאת יִתְפַּלֵּל כָּל חָסִיד אֵלֶיךָ לְעֵת מְצֹא רַק לְשֵׁטֶף מַיִם רַבִּים אֵלָיו לֹא יַגִּיעוּ, פֵּירוּשׁ הֶחָסִיד יִתְפַּלֵּל שֶׁתַּזְמִין לוֹ מְצִיאָה שֶׁהוּא טוֹב בַּהוֹוֶה, אַף עַל פִּי שֶׁאֶפְשָׁר שֶׁיִּהְיֶה לוֹ רַע לְהַבָּא דִּשְׁקַל לָהּ מַלְכָּא, אַךְ לִשְׁטֹף מַיִם רַבִּים שֶׁהוּא רַע בַּהוֹוֶה יִתְפַּלֵּל אֵלָיו לֹא יַגִּיעוּ, אַף עַל פִּי שֶׁהַתַּכְלִית יִהְיֶה טוֹב דְּמַסְּקָא שִׂירְטוֹן עַד כָּאן דְּבָרָיו וְשַׁ"י.
« Il fait la bénédiction sur le mal à la manière du bien. Quel est le cas ? Par exemple lorsqu'un cours d'eau a rompu sa digue et s'est répandu sur son champ. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est pourquoi les lettres qui suivent celles du mot raa (le mal) forment le nombre 386, comme le mot yechoullam (il sera dédommagé), qui vaut 386 : ce qui veut dire que l'on trouve ici « après que le mal lui est arrivé et lui a causé un dommage, son dommage lui sera payé », puisque le limon se dépose. Et les lettres qui suivent celles du mot tova (le bien) forment gouzi, ce qui veut dire que l'on trouve ici « après que le bien lui est arrivé, on lui en a arraché les yeux » : le roi l'apprend et le lui prend. Le mot gouzi est de la même racine que « depuis le ventre de ma mère c'est toi qui me tirais » (Tehilim 71:6) et « tonds ta chevelure » (Yirmeyahou 7:29). Et au nom de notre maître le Ari, de mémoire bénie, les commentateurs ont écrit qu'il expliquait ainsi le verset « c'est pour cela que tout homme pieux te priera au temps où l'on trouve ; seul le flot des grandes eaux ne l'atteindra pas » (Tehilim 32:6). Explication : l'homme pieux priera pour qu'une trouvaille lui soit ménagée, ce qui est un bien dans le présent, bien qu'il puisse en résulter un mal à venir, le roi la lui prenant ; mais quant au flot des grandes eaux, qui est un mal dans le présent, il priera qu'il ne l'atteigne pas, bien que l'issue en soit bonne, puisque le limon se dépose. Fin de ses paroles.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' מְבָרֵךְ עַל הָרָעָה מֵעֵין הַטּוֹבָה וְעַל הַטּוֹבָה מֵעֵין הָרָעָה וְהַצּוֹעֵק לְשֶׁעָבַר הֲרֵי זוֹ תְּפִלַּת שָׁוְא כֵּיצַד הָיְתָה אִשְׁתּוֹ מְעֻובֶּרֶת וְאוֹמֵר יְהִי רָצוֹן שֶׁתֵּלֵד אִשְׁתִּי זְכִרְהֲרִי זוֹ תְּפִלַּת שָׁוְא הָיָה בָּא בַּדֶּרֶךְ וְשָׁמַע קוֹל צְוָחָה בָּעִיר וְאוֹמֵר יְהִי רָצוֹן שֶׁלֹּא תְּהֵא בְּתוֹךְ בֵּיתִי ה"ז תְּפִלַּת שָׁוְא:
Michna. « Il fait la bénédiction sur le mal à la manière du bien, et sur le bien à la manière du mal. Et celui qui crie sur ce qui est déjà passé, voilà une prière vaine. Comment cela ? Sa femme était enceinte et il dit : que ta volonté soit que ma femme mette au monde un garçon — voilà une prière vaine. Il marchait sur la route et entendit un cri dans la ville, et il dit : que ta volonté soit que cela ne soit pas dans ma maison — voilà une prière vaine. »
💡 Explication

Début du commentaire de la michna du chapitre : on bénit sur le mal comme sur le bien. La guemara va montrer que la difficulté porte sur les cas mixtes, où l'événement présent et son issue future ne vont pas dans le même sens.

8
הֵיכִי דָמֵי? כְּגוֹן דִּשְׁקַל בִּדְקָא בְּאַרְעֵיהּ, אַף עַל גַּב דְּטָבָא הִיא לְדִידֵיהּ, דְּמַסְּקָא אַרְעָא שִׂירְטוֹן וְשָׁבְחָא, הַשְׁתָּא מִיהָא רָעָה הִיא.

Quel est le cas ? Par exemple lorsqu'un cours d'eau a rompu sa digue et s'est répandu sur son champ.

Bien que ce soit un bien pour lui, puisque la terre se couvrira de limon et s'en trouvera bonifiée, pour l'heure c'est un mal.

📜 Rachi (2)
דְּמַסְּקָא אַרְעָא שִׂרְטוֹן לימ"ץ מֵחֲמַת הַמַּיִם וַהֲוָה לֵיהּ לְזֶבֶל:
Du limon, limmec en langue vulgaire, du fait des eaux, et cela lui tient lieu de fumure.
הַשְׁתָּא מִיהָא רָעָה הִיא שֶׁמְּחַבֶּלֶת תְּבוּאָה שֶׁל שָׁנָה זוֹ וּמְבָרֵךְ בָּרוּךְ דַּיַּין הָאֱמֶת:
Car elle détruit la récolte de cette année ; il dit alors la bénédiction « Béni le Juge de vérité ».
💡 Explication

Le mot araméen bidka désigne la rupture d'une digue : les eaux se répandent sur le champ. Rachi explique le bénéfice : les eaux déposent un limon qui vaut une fumure et rend la terre meilleure pour les années suivantes. Reste que la récolte de l'année en cours est perdue, et la bénédiction du moment est celle du deuil, Dayan ha-émet.

🖼️ Schéma
La bénédiction suit le présent, non l'issue La digue rompue Présent : les eaux ruinent la récolte de cette année. Cela est un mal. Avenir : le limon déposé bonifie la terre et vaut une fumure. Bénédiction : Dayan ha-émet L'objet trouvé Présent : il a trouvé un bien sans rien dépenser. Cela est un bien. Avenir : si le roi l'apprend, il le lui prendra. Bénédiction : Ha-tov ve-ha-metiv
Deux cas symétriques où le présent et l'issue divergent ; la formule retenue est toujours celle de l'état présent.
9
וְעַל הַטּוֹבָה כו׳.

« Et sur le bien, etc. »

📜 Rachi (1)
וְעַל הַטּוֹב שֶׁהִיא מֵעֵין הָרָעָה יְבָרֵךְ הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב:
Sur le bien qui est à la manière du mal, il dira la bénédiction « Ha-tov ve-ha-metiv ».
10
הֵיכִי דָמֵי? כְּגוֹן דְּאַשְׁכַּח מְצִיאָה, אַף עַל גַּב דְּרָעָה הִיא לְדִידֵיהּ, דְּאִי שָׁמַע בַּהּ מַלְכָּא שָׁקֵיל לַהּ מִינֵּיהּ, הַשְׁתָּא מִיהָא טוֹבָה הִיא.

Quel est le cas ? Par exemple lorsqu'il a trouvé un objet perdu.

Bien que ce soit un mal pour lui, puisque si le roi l'apprend il le lui prendra, pour l'heure c'est un bien.

📜 Rachi (1)
מַאי הִיא כְּגוֹן דְּאַשְׁכַּח מְצִיאָה:
Par exemple lorsqu'il a trouvé un objet perdu.
11
הָיְתָה אִשְׁתּוֹ מְעֻובֶּרֶת וְאָמַר: ״יְהִי רָצוֹן שֶׁתֵּלֵד כּוּ׳״ — הֲרֵי זוֹ תְּפִלַּת שָׁוְא.

« Sa femme était enceinte et il a dit : que ta volonté soit qu'elle mette au monde, etc. — voilà une prière vaine. »

🪔 Ben Yehoyada (1)
מִשְׁנָה. הַצּוֹעֵק עַל מַה שֶׁעָבַר, הֲרֵי זוֹ תְּפִלַּת שָׁוְא, כֵּיצַד? הָיְתָה אִשְׁתּוֹ מְעֻבֶּרֶת, וְאוֹמֵר: "יְהִי רָצוֹן שֶׁתֵּלֵד אִשְׁתִּי זָכָר", הֲרֵי זוֹ תְּפִלַּת שָׁוְא. הָיָה בָּא בַּדֶּרֶךְ וְשָׁמַע קוֹל צְוָחָה בָּעִיר, וְאוֹמֵר: "יְהִי רָצוֹן שֶׁלֹּא יְהֵא בְּתוֹךְ בֵּיתִי", הֲרֵי זוֹ תְּפִלַּת שָׁוְא. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לְמַאי נָקֵיט שְׁנֵי אוֹפַנִּים דְּסַגִּי בַּחֲדָא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִי נָקֵיט מְעֻבֶּרֶת בִּלְבַד הֲוָה אֲמִינָא הָוֵי תְּפִלַּת שָׁוְא מִפְּנֵי שֶׁהוּא מְפָרֵשׁ שֶׁתֵּלֵד זָכָר וְאוּלַי הָעֻובָּר הוּא נְקֵבָה, מַה שֶׁאֵין כֵּן בְּצָוְוחָה אֵינוֹ מַזְכִּיר צָווְחָה בִּתְפִלָּתוֹ, אֶלָּא אָמַר שֶׁלֹּא יְהֵא בְּתוֹךְ בֵּיתִי, וְאֶפְשָׁר בִּכְהַאי גַּוְונָא לָא הָוֵי תְּפִלַּת שָׁוְא, וְאִי נָקֵיט צְוָחָה בִּלְבַד הֲוָה אָמֵינָא אַף עַל גַּב דְּלָא הִזְכִּיר צְוָחָה סְתָמוֹ כְּפֵירוּשׁוֹ דְּעַל צְוָחָה שֶׁשָּׁמַע קָאָמַר תְּפִלָּה זוֹ, וְדִילְמָא הַאי צְוָחָה שֶׁשָּׁמַע הִיא כְּבָר בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ, מַה שֶׁאֵין כֵּן מְעֻבֶּרֶת לָא קָאָמַר שֶׁיִּהְיֶה עוֹבֵר זֶה זָכָר, אֶלָּא אָמַר "יְהִי רָצוֹן שֶׁתֵּלֵד אִשְׁתִּי זָכָר" וְאֶפְשָׁר לְפָרֵשׁ תְּפִלָּה זוֹ לָאו עַל עִיבּוּר זֶה הוּא מִתְפַּלֵּל אֶלָּא עַל עִיבּוּר שֶׁתִּתְעַבֵּר אַחֲרֵי זֶה. וּמַה שֶׁאָמַר לְאַחַר שֶׁדָּנָה לֵאָה דִּין בְּעַצְמָהּ נִרְאֶה לִי בס"ד, עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל לֵאָה בְּחִינַת עֶצֶם לְכָךְ הִיא דִּינָא קַשְׁיָא, וְרָחֵל בְּחִינַת בָּשָׂר לְכָךְ הִיא דִּינָא רַפְיָא, וְלָזֶה אָמַר אַשְׁמְעִינַן בָּזֶה רְבוּתָא שֶׁדָּנָה לֵאָה דִּין בְּעַצְמָהּ, שֶׁאַף עַל פִּי שֶׁהִיא בְּחִינַת עֶצֶם דִּינָא קַשְׁיָא דָּנָה דִּין זֶה לְזַכּוֹת אֶת אֲחוֹתָהּ בּוֹ.
Michna. « Celui qui crie sur ce qui est déjà passé, voilà une prière vaine. Comment cela ? Sa femme était enceinte et il dit : que ta volonté soit que ma femme mette au monde un garçon — voilà une prière vaine. Il marchait sur la route et entendit un cri dans la ville, et il dit : que ta volonté soit que cela ne soit pas dans ma maison — voilà une prière vaine. » Il y a lieu de demander : pourquoi retenir deux cas alors qu'un seul suffirait ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que s'il n'avait retenu que la femme enceinte, j'aurais pu dire que la prière est vaine parce qu'il précise « qu'elle mette au monde un garçon » alors que le foetus est peut-être une fille ; tandis que dans le cas du cri il ne mentionne pas le cri dans sa prière mais dit seulement « que cela ne soit pas dans ma maison », et l'on pourrait croire que dans un tel cas la prière n'est pas vaine. Et s'il n'avait retenu que le cri, j'aurais pu dire que, bien qu'il ne mentionne pas le cri, ce qu'il tait vaut ce qu'il dit, et que sa prière porte bien sur le cri qu'il a entendu, lequel vient peut-être déjà de sa maison ; tandis que dans le cas de la femme enceinte il ne dit pas que ce foetus-ci soit un garçon, mais « que ta volonté soit que ma femme mette au monde un garçon », et l'on pourrait comprendre cette prière comme portant non sur cette grossesse mais sur une grossesse ultérieure. Et quant à ce qui est dit « après que Léa eut porté sur elle-même un jugement », il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il faut l'entendre d'après ce qu'a écrit notre maître le Ari, de mémoire bénie : Léa relève de l'aspect de l'os, et pour cette raison elle est jugement rigoureux, tandis que Rahel relève de l'aspect de la chair, et pour cette raison elle est jugement adouci. C'est en ce sens qu'il dit « Léa porta sur elle-même un jugement » : voilà la chose remarquable qu'il nous enseigne — bien qu'elle relève de l'aspect de l'os, qui est jugement rigoureux, elle a rendu ce jugement au bénéfice de sa sœur.
12
וְלָא מְהַנֵּי רַחֲמֵי? מֵתִיב רַב יוֹסֵף: ״וְאַחַר יָלְדָה בַּת וַתִּקְרָא אֶת שְׁמָהּ דִּינָה״: מַאי ״וְאַחַר״? אָמַר רַב: לְאַחַר שֶׁדָּנָה לֵאָה דִּין בְּעַצְמָהּ וְאָמְרָה: שְׁנֵים עָשָׂר שְׁבָטִים עֲתִידִין לָצֵאת מִיַּעֲקֹב, שִׁשָּׁה יָצְאוּ מִמֶּנִּי וְאַרְבָּעָה מִן הַשְּׁפָחוֹת, הֲרֵי עֲשָׂרָה. אִם זֶה זָכָר, לֹא תְּהֵא אֲחוֹתִי רָחֵל כְּאַחַת הַשְּׁפָחוֹת, מִיָּד נֶהֶפְכָה לְבַת, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַתִּקְרָא אֶת שְׁמָהּ דִּינָה״. אֵין מַזְכִּירִין מַעֲשֵׂה נִסִּים.

La prière ne serait-elle donc d'aucun effet ? Rav Yossef objecte : « Ensuite elle enfanta une fille et l'appela du nom de Dina » (Berechit 30:21).

Que signifie « ensuite » ? Rav a dit : après que Léa eut porté sur elle-même un jugement et dit : douze tribus doivent sortir de Yaakov ; six sont sorties de moi et quatre des servantes, cela fait dix ; si celui-ci est un garçon, ma sœur Rahel ne sera pas même comme l'une des servantes.

Aussitôt le foetus fut changé en fille, comme il est dit : « et elle l'appela du nom de Dina ». — On ne fait pas état d'actes miraculeux.

💡 Explication

Le nom Dina est lu comme un rappel du din, le jugement que Léa porte sur elle-même. La réponse de la guemara est une règle de méthode : ein mazkirin maasse nissim, on n'invoque pas un fait miraculeux pour en tirer une norme. Ce qui a eu lieu pour Léa ne fonde pas une règle sur l'efficacité de la prière pour tous.

13
וְאִיבָּעֵית אֵימָא: מַעֲשֶׂה דְּלֵאָה בְּתוֹךְ אַרְבָּעִים יוֹם הֲוָה. כִּדְתַנְיָא: שְׁלֹשָׁה יָמִים הָרִאשׁוֹנִים — יְבַקֵּשׁ אָדָם רַחֲמִים שֶׁלֹּא יַסְרִיחַ. מִשְּׁלֹשָׁה וְעַד אַרְבָּעִים יְבַקֵּשׁ רַחֲמִים שֶׁיְּהֵא זָכָר. מֵאַרְבָּעִים יוֹם וְעַד שְׁלֹשָׁה חֳדָשִׁים — יְבַקֵּשׁ רַחֲמִים שֶׁלֹּא יְהֵא סַנְדָּל. מִשְּׁלֹשָׁה חֳדָשִׁים וְעַד שִׁשָּׁה — יְבַקֵּשׁ רַחֲמִים שֶׁלֹּא יְהֵא נֵפֶל. מִשִּׁשָּׁה וְעַד תִּשְׁעָה — יְבַקֵּשׁ רַחֲמִים שֶׁיֵּצֵא בְּשָׁלוֹם.

Et si tu veux, dis plutôt : le fait de Léa se situait dans les quarante jours. Ainsi qu'il a été enseigné : les trois premiers jours, que l'homme demande miséricorde pour que la semence ne se corrompe pas.

Du troisième jour au quarantième, qu'il demande miséricorde pour que ce soit un garçon. Du quarantième jour jusqu'à trois mois, qu'il demande miséricorde pour que ce ne soit pas un sandal.

De trois mois à six, qu'il demande miséricorde pour que ce ne soit pas un avorton. De six à neuf, qu'il demande miséricorde pour qu'il sorte en paix.

📜 Rachi (2)
שֶׁלֹּא יַסְרִיחַ הַזֶּרַע אֶלָּא יִקְלֹוט וְיִהְיֶה וָלָד וּלְאַחַר שְׁלֹשָׁה יָמִים אִם לֹא קָלַט כְּבָר הִסְרִיחַ וְאֵין תְּפִלָּה מוֹעֶלֶת:
Que la semence ne se corrompe pas, mais qu'elle prenne et devienne un enfant. Passé trois jours, si elle n'a pas pris, elle s'est déjà corrompue et la prière n'y sert de rien.
שֶׁלֹּא יְהֵא סַנְדָּל שֶׁלֹּא תִּתְעַבֵּר אִשְׁתּוֹ וָלָד אַחֵר וְיִהְיֶה פּוֹחֵת צוּרָתוֹ שֶׁל רִאשׁוֹן וְדוֹמֶה לְדָג שֶׁל יָם שֶׁשְּׁמוֹ סַנְדָּל הָכִי אָמְרִינַן בְּמַס' נִדָּה (דַּף כֹּה:) סַנְדָּל דּוֹמֶה לְסַנְדָּל שֶׁל יָם וּמִתְּחִלָּתוֹ וָלָד הָיָה אֶלָּא שֶׁנִּרְצַף מָשָׁל לְאָדָם שֶׁסָּטַר אֶת חֲבֵירוֹ וְהֶחְזִיר צוּרָתוֹ לַאֲחוֹרָיו:
Que sa femme ne conçoive pas un second enfant qui viendrait écraser la forme du premier et le rendre semblable à un poisson de mer nommé sandal. Ainsi disons-nous au traité Nidda (25b) : le sandal ressemble au sandal de la mer ; c'était au départ un enfant, mais il a été aplati. À l'image d'un homme qui aurait giflé son compagnon et lui aurait retourné le visage en arrière.
💡 Explication

Le sandal est un foetus aplati, ainsi nommé d'après un poisson plat de ce nom. Rachi rapporte l'explication de Nidda : une seconde conception vient écraser la forme du premier enfant. La baraita sert ici à délimiter une fenêtre : jusqu'au quarantième jour, la demande d'un garçon reste recevable, et c'est là que la guemara situe la prière de Léa.

🖼️ Schéma
Les cinq demandes de la grossesse 0 3 jours 40 jours 3 mois 6 mois 9 mois que la semence ne se corrompe pas que ce soit un garçon seule fenêtre pour le sexe que ce ne soit pas un sandal (foetus aplati) que ce ne soit pas un avorton qu'il sorte en paix Passé le quarantième jour, la demande d'un garçon devient une prière vaine : le sexe est fixé. C'est dans cette fenêtre que la guemara situe la prière de Léa.
La baraita échelonne cinq demandes sur les neuf mois ; la barre rouge marque la limite au-delà de laquelle la demande d'un garçon devient vaine.
14
וּמִי מְהַנֵּי רַחֲמֵי? וְהָאָמַר רַב יִצְחָק בְּרֵיהּ דְּרַב אַמֵּי: אִישׁ מַזְרִיעַ תְּחִלָּה — יוֹלֶדֶת נְקֵבָה, אִשָּׁה מַזְרַעַת תְּחִלָּה — יוֹלֶדֶת זָכָר. שֶׁנֶּאֱמַר: ״אִשָּׁה כִּי תַזְרִיעַ וְיָלְדָה זָכָר״! הָכָא בְמַאי עָסְקִינַן — כְּגוֹן שֶׁהִזְרִיעוּ שְׁנֵיהֶם בְּבַת אַחַת.

Mais la prière y sert-elle à quelque chose ? Rav Yitshak fils de Rav Ami n'a-t-il pas dit : lorsque l'homme émet le premier, elle enfante une fille ; lorsque la femme émet la première, elle enfante un garçon, comme il est dit : « lorsqu'une femme émettra une semence et enfantera un mâle » (Vayikra 12:2) ! — De quoi traitons-nous ici ?

Du cas où tous deux ont émis en même temps.

📜 Rachi (2)
וּמִי מְהַנֵּי תְּפִלָּה לְזָכָר אֲפִילּוּ בְּתוֹךְ אַרְבָּעִים יוֹם וַהֲלֹא הַדָּבָר תָּלוּי בְּהַזְרָעָה תְּחִלָּה:
La prière pour un garçon sert-elle à quelque chose, même dans les quarante jours ? La chose ne dépend-elle pas de qui émet le premier ?
הָכִי גָּרְסִינַן מַשְׁכַּחַת לָהּ דִּמְהַנְּיָא כְּגוֹן שֶׁהִזְרִיעוּ שְׁנֵיהֶם בְּבַת אַחַת:
Telle est notre leçon : tu trouves un cas où elle sert à quelque chose, par exemple lorsque tous deux ont émis en même temps.
💡 Explication

L'objection porte sur le mécanisme même : si le sexe est déterminé au moment de la conception par l'ordre des émissions, la fenêtre des quarante jours ne change rien. La réponse restreint le cas : lorsque les deux émissions sont simultanées, rien n'est fixé par ce mécanisme, et la prière garde une prise jusqu'au quarantième jour.

15
הָיָה בָּא בַּדֶּרֶךְ.

« Il marchait sur la route. »

🪔 Ben Yehoyada (1)
מַעֲשֶׂה בְּהִלֵּל הַזָּקֵן שֶׁהָיָה בָּא בַּדֶּרֶךְ וְשָׁמַע קוֹל צְוָחָה בָּעִיר אָמַר מֻבְטָח אֲנִי שֶׁאֵין זֶה בְּתוֹךְ בֵּיתִי. מַקְשִׁים וַהֲלֹא הִלֵּל עָנָיו סַגִּי הֲוָה וְאֵיךְ אוֹמֵר דְּבָרִים אֵלּוּ שֶׁנִּרְאִין דִּבְרֵי יֻוהֲרָא חָס וְחָלִילָה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהַגּוּף נִקְרָא בֵּית, כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (קֹהֶלֶת יב, ג) בַּיּוֹם שֶׁיָּזֻעוּ שֹׁמְרֵי הַבַּיִת, וְחֵלֶק הַנְפָשַׁיי עוֹמֵד בְּתוֹךְ הַבַּיִת שֶׁהוּא 'הַגּוּף', וְהִלֵּל אוֹמֵר מֻבְטָח אֲנִי שֶׁאֵין זֶה הַצַּעַר שֶׁל צְוָחָה זוֹ בְּתוֹךְ בֵּיתִי, רְצוֹנוֹ לוֹמַר אֵינוֹ נוֹגֵעַ לַחֵלֶק הַנְפָשַׁיי אֲפִילּוּ אִם הוּא נוֹגֵעַ אֵלַי, אֶלָּא נוֹגֵעַ לַחֵלֶק הַגַּשְׁמִי דַּוְקָא. וּמַה שֶׁאָמַר הַהוּא בְּדִבְרֵי תּוֹרָה כְּתִיב, נִרְאֶה לִי בס"ד אַחַר ע"ז ג ' יֵשׁ פַּחַד , כִּי עז הִיא הַתּוֹרָה וְהִיא מְשֻׁולֶּשֶׁת אוֹרְיָין תְּלִיתַאי, יֵשׁ פַּחַד שֶׁתִּתְקַיֵּים כְּמוֹ שֶׁיֵּשׁ לוֹ פַּחַד בַּעֲבוּרָהּ.
« Il est arrivé à Hillel l'Ancien, marchant sur la route, d'entendre un cri dans la ville ; il dit : je suis assuré que cela n'est pas dans ma maison. » On demande : Hillel était pourtant très humble ; comment a-t-il pu prononcer des paroles qui paraissent de l'arrogance, ce dont il faut le préserver ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le corps est appelé maison, comme il est dit « au jour où tremblent les gardiens de la maison » (Kohelet 12:3), et que la part de l'âme se tient dans la maison, c'est-à-dire dans le corps. Hillel dit donc : je suis assuré que la douleur de ce cri n'est pas dans ma maison, c'est-à-dire qu'elle n'atteint pas la part de l'âme même si elle m'atteint, mais qu'elle n'atteint que la part corporelle. Et quant à ce qui est dit « ce verset-là est écrit au sujet des paroles de Torah », il me semble, avec l'aide du Ciel, que les lettres qui suivent celles de oz (la force), avec un guimel, forment pahad (la crainte) : car la Torah est force, et elle est triple, une Écriture en trois parties ; il y a donc une crainte qu'elle se maintienne, comme il y a une crainte à son sujet.
16
תָּנוּ רַבָּנַן: מַעֲשֶׂה בְּהִלֵּל הַזָּקֵן שֶׁהָיָה בָּא בַּדֶּרֶךְ וְשָׁמַע קוֹל צְוָחָה בָּעִיר, אָמַר: מֻובְטָח אֲנִי שֶׁאֵין זֶה בְּתוֹךְ בֵּיתִי. וְעָלָיו הַכָּתוּב אוֹמֵר: ״מִשְּׁמוּעָה רָעָה לֹא יִירָא נָכוֹן לִבּוֹ בָּטֻחַ בַּה׳״. אָמַר רָבָא: כָּל הֵיכִי דְּדָרְשַׁתְּ לְהַאי קְרָא מֵרֵישֵׁיהּ לְסֵיפֵיהּ — מִדְּרִישׁ, מִסֵּיפֵיהּ לְרֵישֵׁיהּ — מִדְּרִישׁ: מֵרֵישֵׁיהּ לְסֵיפֵיהּ מִדְּרִישׁ — ״מִשְּׁמוּעָה רָעָה לֹא יִירָא״, מַה טַעַם? — ״נָכוֹן לִבּוֹ בָּטֻחַ בַּה׳״. מִסֵּיפֵיהּ לְרֵישֵׁיהּ מִדְּרִישׁ — ״נָכוֹן לִבּוֹ בָּטֻחַ בַּה׳, מִשְּׁמוּעָה רָעָה לֹא יִירָא״.

Nos maîtres ont enseigné : il est arrivé à Hillel l'Ancien, marchant sur la route, d'entendre un cri dans la ville. Il dit : je suis assuré que cela n'est pas dans ma maison.

Et c'est de lui que l'Écriture dit : « il ne craint pas une mauvaise nouvelle, son cœur est ferme, confiant en Hachem » (Tehilim 112:7). Rava a dit : de quelque manière que tu expliques ce verset, il s'explique — du début vers la fin il s'explique, de la fin vers le début il s'explique.

Du début vers la fin il s'explique : « il ne craint pas une mauvaise nouvelle » — pour quelle raison ? « son cœur est ferme, confiant en Hachem ».

De la fin vers le début il s'explique : « son cœur est ferme, confiant en Hachem, il ne craint pas une mauvaise nouvelle ».

📜 Rachi (2)
כָּל הֵיכִי דְּדָרַשְׁתָּ לֵיהּ לְהַאי קְרָא מִדְּרִישׁ לַחֲדָא מַשְׁמָעוּת:
Il s'explique dans un sens comme dans l'autre.
מִסֵּיפֵיהּ לְרֵישֵׁיהּ מִדְּרִישׁ מִי שֶׁנָּכוֹן לִבּוֹ בָּטוּחַ בַּיי' מִשְּׁמוּעָה רָעָה לֹא יִירָא:
Celui dont le cœur est ferme, confiant en Hachem, ne craint pas une mauvaise nouvelle.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מַעֲשֶׂה בְּהִלֵּל הַזָּקֵן שֶׁהָיָה בָּא בַּדֶּרֶךְ וְשָׁמַע קוֹל צְוָחָה בָּעִיר אָמַר מֻבְטָח אֲנִי שֶׁאֵין זֶה בְּתוֹךְ בֵּיתִי. מַקְשִׁים וַהֲלֹא הִלֵּל עָנָיו סַגִּי הֲוָה וְאֵיךְ אוֹמֵר דְּבָרִים אֵלּוּ שֶׁנִּרְאִין דִּבְרֵי יֻוהֲרָא חָס וְחָלִילָה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהַגּוּף נִקְרָא בֵּית, כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (קֹהֶלֶת יב, ג) בַּיּוֹם שֶׁיָּזֻעוּ שֹׁמְרֵי הַבַּיִת, וְחֵלֶק הַנְפָשַׁיי עוֹמֵד בְּתוֹךְ הַבַּיִת שֶׁהוּא 'הַגּוּף', וְהִלֵּל אוֹמֵר מֻבְטָח אֲנִי שֶׁאֵין זֶה הַצַּעַר שֶׁל צְוָחָה זוֹ בְּתוֹךְ בֵּיתִי, רְצוֹנוֹ לוֹמַר אֵינוֹ נוֹגֵעַ לַחֵלֶק הַנְפָשַׁיי אֲפִילּוּ אִם הוּא נוֹגֵעַ אֵלַי, אֶלָּא נוֹגֵעַ לַחֵלֶק הַגַּשְׁמִי דַּוְקָא. וּמַה שֶׁאָמַר הַהוּא בְּדִבְרֵי תּוֹרָה כְּתִיב, נִרְאֶה לִי בס"ד אַחַר ע"ז ג ' יֵשׁ פַּחַד , כִּי עז הִיא הַתּוֹרָה וְהִיא מְשֻׁולֶּשֶׁת אוֹרְיָין תְּלִיתַאי, יֵשׁ פַּחַד שֶׁתִּתְקַיֵּים כְּמוֹ שֶׁיֵּשׁ לוֹ פַּחַד בַּעֲבוּרָהּ.
« Il est arrivé à Hillel l'Ancien, marchant sur la route, d'entendre un cri dans la ville ; il dit : je suis assuré que cela n'est pas dans ma maison. » On demande : Hillel était pourtant très humble ; comment a-t-il pu prononcer des paroles qui paraissent de l'arrogance, ce dont il faut le préserver ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le corps est appelé maison, comme il est dit « au jour où tremblent les gardiens de la maison » (Kohelet 12:3), et que la part de l'âme se tient dans la maison, c'est-à-dire dans le corps. Hillel dit donc : je suis assuré que la douleur de ce cri n'est pas dans ma maison, c'est-à-dire qu'elle n'atteint pas la part de l'âme même si elle m'atteint, mais qu'elle n'atteint que la part corporelle. Et quant à ce qui est dit « ce verset-là est écrit au sujet des paroles de Torah », il me semble, avec l'aide du Ciel, que les lettres qui suivent celles de oz (la force), avec un guimel, forment pahad (la crainte) : car la Torah est force, et elle est triple, une Écriture en trois parties ; il y a donc une crainte qu'elle se maintienne, comme il y a une crainte à son sujet.
💡 Explication

Hillel ne devine rien : il tient la conduite décrite par le verset, celle de l'homme dont la confiance précède l'événement. Rava observe que le verset supporte deux lectures. Dans l'une, la fermeté du cœur est la raison avancée pour expliquer l'absence de crainte ; dans l'autre, elle en est la cause et l'absence de crainte en découle.

🖼️ Schéma
Un verset qui se lit dans les deux sens (Tehilim 112:7) « Il ne craint pas une mauvaise nouvelle — son cœur est ferme, confiant en Hachem. » Du début vers la fin Constat : il ne craint pas. Question : pour quelle raison ? Réponse : son cœur est confiant. La confiance explique l'absence de crainte. De la fin vers le début Point de départ : son cœur est ferme, confiant en Hachem. Conséquence : il ne craint pas. La confiance produit l'absence de crainte.
Rava lit le verset dans les deux sens : la seconde moitié sert tantôt de raison, tantôt de cause.
17
הַהוּא תַּלְמִידָא דַּהֲוָה קָא אָזֵיל בָּתְרֵיהּ דְּרַבִּי יִשְׁמָעֵאל בְּרַבִּי יוֹסֵי בְּשׁוּקָא דְּצִיּוֹן. חַזְיֵיהּ דְּקָא מַפְחִיד. אֲמַר לֵיהּ: חֲטָאָה אַתְּ, דִּכְתִיב: ״פָּחֲדוּ בְּצִיּוֹן חֲטָאִים״. אֲמַר לֵיהּ: וְהָכְתִיב ״אַשְׁרֵי אָדָם מְפַחֵד תָּמִיד״! אֲמַר לֵיהּ: הַהוּא בְּדִבְרֵי תּוֹרָה כְּתִיב.

Un certain disciple marchait derrière Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yossei sur le marché de Tsion. Il le vit qui s'effrayait.

Il lui dit : tu es un fauteur, car il est écrit « les fauteurs ont peur dans Tsion » (Yechaya 33:14). Il lui répondit : mais n'est-il pas écrit « heureux l'homme qui craint toujours » (Michlei 28:14) ?

Il lui dit : ce verset-là est écrit au sujet des paroles de Torah.

📜 Rachi (1)
בְּדִבְרֵי תּוֹרָה כְּתִיב אַשְׁרֵי אָדָם מְפַחֵד תָּמִיד שֶׁמָּא תִּשְׁתַּכַּח מִמֶּנּוּ שֶׁמִּתּוֹךְ כָּךְ הוּא מַחֲזִיר לְשַׁנּוֹתָם תָּמִיד:
« Heureux l'homme qui craint toujours » — de crainte qu'elles ne s'oublient de lui ; et c'est par là qu'il revient les répéter constamment.
💡 Explication

Deux versets paraissent s'opposer sur la crainte. La réponse les répartit : la crainte louée par Michlei porte sur l'oubli de la Torah et pousse à la révision ; la crainte reprochée par Yechaya est celle qui s'installe devant les événements et marque un défaut de confiance.

18
יְהוּדָה בַּר נָתָן הֲוָה שָׁקֵיל וְאָזֵיל בָּתְרֵיהּ דְּרַב הַמְנוּנָא. אֶתְנָח. אֲמַר לֵיהּ: יִסּוּרִים בָּעֵי הַהוּא גַּבְרָא לְאֵתוּיֵי אַנַּפְשֵׁיהּ? דִּכְתִיב: ״כִּי פַחַד פָּחַדְתִּי וַיֶּאֱתָיֵנִי וַאֲשֶׁר יָגֹרְתִּי יָבֹא לִי״! וְהָא כְּתִיב: ״אַשְׁרֵי אָדָם מְפַחֵד תָּמִיד״! הַהוּא בְּדִבְרֵי תּוֹרָה כְּתִיב.

Yehouda bar Natan marchait derrière Rav Hamnouna. Il soupira.

Il lui dit : cet homme veut-il attirer sur lui-même des souffrances ? Car il est écrit : « ce que je craignais m'est arrivé, et ce que je redoutais est venu sur moi » (Iyov 3:25). — Mais n'est-il pas écrit « heureux l'homme qui craint toujours » ? — Ce verset-là est écrit au sujet des paroles de Torah.

19
הַנִּכְנָס לִכְרַךְ.

« Celui qui entre dans une grande ville. »

⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' הַנִּכְנָס לִכְרַךְ מְבָרֵךְ שְׁתַּיִם אַחַת בִּכְנִיסָתוֹ וְאַחַת בִּיצִיאָתוֹ בֶּן עַזַּאי אוֹמֵר ד' שְׁתַּיִם בִּכְנִיסָתוֹ וּשְׁתַּיִם בִּיצִיאָתוֹ וְנוֹתֵן הוֹדָאָה לְשֶׁעָבַר וְצוֹעֵק עַל הֶעָתִיד לָבוֹא:
Michna. « Celui qui entre dans une grande ville dit deux prières, une à son entrée et une à sa sortie. Ben Azzai dit : quatre — deux à son entrée et deux à sa sortie ; il rend grâce pour ce qui est passé et implore pour ce qui est à venir. »
20
תָּנוּ רַבָּנַן: בִּכְנִיסָתוֹ מַהוּ אוֹמֵר? — ״יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנֶיךָ ה׳ אֱ-לֹהַי שֶׁתַּכְנִיסֵנִי לִכְרַךְ זֶה לְשָׁלוֹם״. נִכְנָס, אוֹמֵר: ״מוֹדֶה אֲנִי לְפָנֶיךָ ה׳ אֱ-לֹהַי שֶׁהִכְנַסְתַּנִי לִכְרַךְ זֶה לְשָׁלוֹם״. בִּקֵּשׁ לָצֵאת, אוֹמֵר: ״יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנֶיךָ ה׳ אֱ-לֹהַי וֵא-לֹהֵי אֲבוֹתַי, שֶׁתּוֹצִיאֵנִי מִכְּרַךְ זֶה לְשָׁלוֹם״. יָצָא, אוֹמֵר: ״מוֹדֶה אֲנִי לְפָנֶיךָ ה׳ אֱ-לֹהַי שֶׁהוֹצֵאתַנִי מִכְּרַךְ זֶה לְשָׁלוֹם. וּכְשֵׁם שֶׁהוֹצֵאתַנִי לְשָׁלוֹם, כָּךְ תּוֹלִיכֵנִי לְשָׁלוֹם, וְתִסְמְכֵנִי לְשָׁלוֹם, וְתַצְעִידֵנִי לְשָׁלוֹם, וְתַצִּילֵנִי מִכַּף כָּל אוֹיֵב וְאוֹרֵב בַּדֶּרֶךְ״.

Nos maîtres ont enseigné : à son entrée, que dit-il ? « Que ta volonté soit, Hachem mon D.ieu, de me faire entrer dans cette ville en paix. » Une fois entré, il dit : « Je te rends grâce, Hachem mon D.ieu, de m'avoir fait entrer dans cette ville en paix. » Lorsqu'il veut sortir, il dit : « Que ta volonté soit, Hachem mon D.ieu et D.ieu de mes pères, de me faire sortir de cette ville en paix. » Une fois sorti, il dit : « Je te rends grâce, Hachem mon D.ieu, de m'avoir fait sortir de cette ville en paix ; et de même que tu m'as fait sortir en paix, ainsi conduis-moi en paix, soutiens-moi en paix, dirige mes pas en paix, et délivre-moi de la main de tout ennemi et de qui guette sur la route. »

📜 Rachi (1)
תָּנוּ רַבָּנַן בֶּן עַזַּאי אָמְרָה דְּאָמַר שְׁתַּיִם בִּכְנִיסָתוֹ וּשְׁתַּיִם בִּיצִיאָתוֹ:
C'est Ben Azzai qui l'a enseigné, lui qui dit deux prières à l'entrée et deux à la sortie.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' ת"ר בִּכְנִיסָתוֹ מַהוּ אוֹמֵר י"ר מִלְּפָנֶיךָ ה' אֱ-לֹהֵינוּ שֶׁתַּכְנִיסֵנִי לִכְרַךְ זֶה לְשָׁלוֹם נִכְנַס בְּשָׁלוֹם אוֹמֵר מוֹדֶה אֲנִי לְפָנֶיךָ ה' אֱ-לֹהַי שֶׁהִכְנַסְתַּנִי לִכְרַךְ זֶה לְשָׁלוֹם בִּקֵּשׁ לָצֵאת אוֹמֵר י"ר מי"א שֶׁתּוֹצִיאֵנִי מִכְּרַךְ זֶה לְשָׁלוֹם יָצָא בְּשָׁלוֹם אוֹמֵר מוֹדֶה אֲנִי לְפָנֶיךָ ה' אֱ-לֹהַי שֶׁהוֹצֵאתַנִי מִכְּרַךְ זֶה בְּשָׁלוֹם וּכְשֵׁם שֶׁהוֹצֵאתַנִי לְשָׁלוֹם כָּךְ תּוֹלִיכֵנִי לְשָׁלוֹם וְתִסְמְכֵנִי לְשָׁלוֹם וְתַצְעִידֵנִי לְשָׁלוֹם וְתַצִּילֵנִי מִכַּף כָּל אוֹיֵב וְאוֹרֵב בַּדֶּרֶךְ:
Guemara. Nos maîtres ont enseigné : à son entrée, que dit-il ? « Que ta volonté soit, Hachem notre D.ieu, de me faire entrer dans cette ville en paix. » Une fois entré en paix, il dit : « Je te rends grâce, Hachem mon D.ieu, de m'avoir fait entrer dans cette ville en paix. » Lorsqu'il veut sortir, il dit : « Que ta volonté soit devant toi, Hachem mon D.ieu et D.ieu de mes pères, de me faire sortir de cette ville en paix. » Une fois sorti en paix, il dit : « Je te rends grâce, Hachem mon D.ieu, de m'avoir fait sortir de cette ville en paix ; et de même que tu m'as fait sortir en paix, ainsi conduis-moi en paix, soutiens-moi en paix, dirige mes pas en paix, et délivre-moi de la main de tout ennemi et de qui guette sur la route. »
💡 Explication

Le kerakh est la grande ville fortifiée, où la justice est aux mains d'une autorité étrangère et où un étranger de passage est exposé. La baraita développe la position de Ben Azzai citée dans la michna : quatre prières, disposées deux par deux selon un même ordre — demande avant l'épreuve, action de grâce après.

🖼️ Schéma
Les quatre prières de Ben Azzai autour de la grande ville La grande ville 1. Avant d'entrer — demande que tu me fasses entrer en paix 2. Une fois entré — grâce de m'avoir fait entrer en paix 3. Avant de sortir — demande que tu me fasses sortir en paix 4. Une fois sorti — grâce et demande pour la suite de la route La quatrième prière seule est double : elle rend grâce pour ce qui est passé et implore pour ce qui reste de chemin.
Deux demandes et deux actions de grâce ; la dernière prolonge la reconnaissance en demande pour la route.
21
אָמַר רַב מַתְנָא: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא בִּכְרַךְ שֶׁאֵין דָּנִין וְהוֹרְגִין בּוֹ, אֲבָל בִּכְרַךְ שֶׁדָּנִין וְהוֹרְגִין בּוֹ — לֵית לַן בַּהּ.

Rav Matna a dit : on n'a enseigné cela que pour une ville où l'on ne juge ni ne met à mort ; mais dans une ville où l'on juge et met à mort, il n'y a pas lieu de s'en préoccuper.

📜 Rachi (1)
לֵית לַן בַּהּ יִזָּהֵר בְּעַצְמוֹ שֶׁלֹּא יִפְשַׁע אוֹ אִם פָּשַׁע כְּבָר אַל יִכָּנֵס בִּמְקוֹם סַכָּנָה:
Qu'il prenne garde à lui-même de ne pas commettre de faute ; et s'il en a déjà commis une, qu'il n'entre pas dans un lieu de danger.
22
אִיכָּא דְאָמְרִי, אָמַר רַב מַתְנָא: אֲפִילּוּ בִּכְרַךְ שֶׁדָּנִין וְהוֹרְגִין בּוֹ, זִימְנִין דְּלָא מִתְרְמֵי לֵיהּ אִינָשׁ דְּיָלֵיף לֵיהּ זְכוּתָא.

Certains rapportent que Rav Matna a dit : même dans une ville où l'on juge et met à mort, car il arrive qu'il ne se trouve personne pour plaider en sa faveur.

💡 Explication

La première version limite ces prières aux villes sans justice réglée, où l'on peut être tué sans jugement ; là où un tribunal fonctionne, l'innocent est protégé. La seconde version maintient les prières partout : un tribunal juge encore faut-il que quelqu'un se lève pour plaider la cause de l'accusé, et un étranger de passage n'a personne.

🖼️ Schéma
Rav Matna : où ces prières s'appliquent-elles ? Première version Ville sans tribunal qui juge et met à mort : on prie. Ville où l'on juge et met à mort : pas lieu de s'en préoccuper. Rachi : qu'il se garde de fauter, et s'il a fauté, qu'il n'y entre pas. Seconde version On prie dans les deux cas. Même là où l'on juge avant de mettre à mort, il arrive qu'aucun homme ne se trouve pour plaider sa cause. Le procès existe, la défense peut manquer.
Le partage tient à ce qu'on attend d'un tribunal : la première version y voit une garantie, la seconde une garantie incomplète.
23
תָּנוּ רַבָּנַן: הַנִּכְנָס לְבֵית הַמֶּרְחָץ, אוֹמֵר: ״יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנֶיךָ ה׳ אֱ-לֹהַי שֶׁתַּצִּילֵנִי מִזֶּה וְכַיּוֹצֵא בּוֹ, וְאַל יֶאֱרַע בִּי דְּבַר קַלְקָלָה וְעָוֹן. וְאִם יֶאֱרַע בִּי דְּבַר קַלְקָלָה וְעָוֹן — תְּהֵא מִיתָתִי כַּפָּרָה לְכָל עֲוֹנֹותַי״.

Nos maîtres ont enseigné : celui qui entre aux bains publics dit : « Que ta volonté soit, Hachem mon D.ieu, de me sauver de ceci et de ce qui lui ressemble ; qu'aucun accident ni aucune faute ne m'arrivent ; et s'il m'arrive un accident ou une faute, que ma mort soit expiation pour toutes mes fautes. »

⚖️ Rosh (2)
ת"ר הַנִּכְנָס לְבֵית הַמֶּרְחָץ אוֹמֵר י"ר מי"א שֶׁתַּכְנִיסֵנִי לְשָׁלוֹם וְתוֹצִיאֵנִי לְשָׁלוֹם וְתַצִּילֵנִי מִן הָאוֹר הַזֶּה וְכַיּוֹצֵא בּוֹ לֶעָתִיד לָבוֹא וְכִי נָפֵיק מַאי אוֹמֵר א"ר אֲחָא בָּרוּךְ שֶׁהִצַּלְתַּנִי מִן הָאוֹר הַזֶּה:
Nos maîtres ont enseigné : celui qui entre aux bains publics dit : « Que ta volonté soit devant toi, Hachem mon D.ieu et D.ieu de mes pères, de me faire entrer en paix et de me faire sortir en paix, et de me sauver de ce feu-ci et de ce qui lui ressemble à l'avenir. » Et lorsqu'il sort, que dit-il ? Rav Aha a dit : « Béni sois-tu, toi qui m'as sauvé de ce feu-ci. »
הַנִּכְנָס לְבֵית הַכִּסֵּא אוֹמֵר הִתְכַּבְּדוּ מְכֻובָּדִים קְדוֹשִׁים מְשָׁרְתֵי עֶלְיוֹן תְּנוּ כָּבוֹד לֵא-לֹהֵי יִשְׂרָאֵל שִׁמְרוּנִי שִׁמְרוּנִי עִזְרוּנִי עִזְרוּנִי סִמְכוּנִי סִמְכוּנִי וְהִמְתִּינוּ לִי עַד שֶׁאֶכָּנֵס וְאֵצֵא שֶׁכֵּן דַּרְכָּן שֶׁל בְּנֵי אָדָם כַּד נָפֵיק אוֹמֵר בא"י אמ"ה אֲשֶׁר יָצַר אֶת הָאָדָם בְּחָכְמָה וּבָרָא בּוֹ נְקָבִים נְקָבִים חֲלוּלִים חֲלוּלִים גָּלוּי וְיָדוּעַ לִפְנֵי כִּסֵּא כְּבוֹדֶךָ שֶׁאִם יִפָּתֵחַ אֶחָד מֵהֶם אוֹ יִסָּתֵם אֶחָד מֵהֶם אִי אֶפְשָׁר לְהִתְקַיֵּים וְלַעֲמֹוד לְפָנֶיךָ אֲפִילּוּ שָׁעָה בא"י רוֹפֵא חֹולִי כָּל בָּשָׂר וּמַפְלִיא לַעֲשׂוֹת:
Celui qui entre aux latrines dit : « Faites-vous honneur, vous qui êtes honorés, saints, serviteurs du Très-Haut ; rendez gloire au D.ieu d'Israël. Gardez-moi, gardez-moi ; aidez-moi, aidez-moi ; soutenez-moi, soutenez-moi ; et attendez-moi jusqu'à ce que j'entre et que je sorte, car telle est la voie des hommes. » Lorsqu'il sort, il dit : « Béni sois-tu, Hachem notre D.ieu, roi du monde, qui a formé l'homme avec sagesse et a créé en lui des orifices et des cavités. Il est découvert et connu devant le trône de ta gloire que si l'un d'eux s'ouvrait ou si l'un d'eux se bouchait, il serait impossible de subsister et de tenir devant toi même une heure. Béni sois-tu, Hachem, qui guérit toute chair et fait des merveilles. »
💡 Explication

Les bains publics de l'époque sont chauffés par un foyer placé sous le sol : le danger vient du feu et de l'effondrement du plancher. La formule rapportée ici comporte une clause conditionnelle sur la mort, que la guemara va aussitôt écarter.

24
אָמַר אַבַּיֵּי: לָא לֵימָא אִינָשׁ הָכִי, דְּלָא לִפְתַּח פֻּומֵּיהּ לְשָׂטָן. דְּאָמַר רֵישׁ לָקִישׁ, וְכֵן תָּנָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב יוֹסֵי: לְעוֹלָם אַל יִפְתַּח אָדָם פִּיו לַשָּׂטָן.

Abaye a dit : que l'homme ne dise pas cela, pour ne pas ouvrir la bouche au Satan. Car Rech Lakich a dit, et de même a-t-on enseigné au nom de Rabbi Yossei : que jamais l'homme n'ouvre la bouche au Satan.

💡 Explication

Ouvrir la bouche au Satan : formuler soi-même l'hypothèse d'un malheur. La règle vise la clause « et s'il m'arrive un accident ». Abaye retranche cette moitié de la formule et laisse la demande seule.

25
אָמַר רַב יוֹסֵף: מַאי קְרָאָהּ — דִּכְתִיב: ״כִּמְעָט כִּסְדֹם הָיִינוּ לַעֲמֹרָה דָּמִינוּ״, מַאי אַהְדַּר לְהוּ נָבִיא — ״שִׁמְעוּ דְבַר ה׳ קְצִינֵי סְדֹם וְגוֹ׳״.

Rav Yossef a dit : quel est le verset ? Ce qui est écrit : « peu s'en est fallu que nous ne soyons comme Sedom, semblables à Amora » (Yechaya 1:9).

Que leur a répondu le prophète ? « Écoutez la parole de Hachem, chefs de Sedom, etc. » (Yechaya 1:10).

💡 Explication

Le peuple s'est comparé de lui-même à Sedom ; le prophète reprend aussitôt la comparaison et l'applique. La parole prononcée a fixé le terme dont on s'était servi.

26
כִּי נָפֵיק מַאי אוֹמֵר? אָמַר רַב אַחָא: ״מוֹדֶה אֲנִי לְפָנֶיךָ ה׳ שֶׁהִצַּלְתַּנִי מִן הָאוּר״.

Lorsqu'il sort, que dit-il ? Rav Aha a dit : « Je te rends grâce, Hachem, de m'avoir sauvé du feu. »

27
רַבִּי אֲבָהוּ עָל לְבֵי בָנֵי. אִפְּחִית בֵּי בָנֵי מִתּוּתֵיהּ, אִתְרְחִישׁ לֵיהּ נִיסָּא קָם עַל עַמּוּדָא, שֵׁזִיב מְאָה וְחַד גַּבְרֵי בְּחַד אֵבְרֵיהּ. אָמַר: הַייְנוּ דְּרַב אֲחָא.

Rabbi Abbahou entra aux bains. Le plancher des bains s'effondra sous lui, et un miracle lui fut fait : il se tint debout sur un pilier et sauva cent un hommes avec un seul de ses bras.

Il dit : voilà bien ce qu'a dit Rav Aha.

📜 Rachi (4)
בֵּי בָּנִי בֵּית הַמֶּרְחָץ:
Les bains publics.
מִתּוּתֵיהּ חֲפִירָה שֶׁהַמַּיִם נוֹפְלִים לְתוֹכָהּ וּבְנֵי אָדָם רוֹחֲצִים עַל גַּבֵּי תִּקְרָה שֶׁעַל גַּבָּהּ:
Une fosse dans laquelle tombent les eaux ; les gens se baignent sur le plancher qui la recouvre.
בְּחַד אַבְּרֵיהּ בִּזְרוֹעוֹ הֶחֱזִיק אֶחָד אוֹ שְׁנַיִם וְזֶה בָּזֶה הֶחֱזִיקוּ עַד מֵאָה וְאֶחָד:
Avec son bras, il en retint un ou deux, et ceux-là en retinrent d'autres, jusqu'à cent un.
הַייְנוּ דְּרַבִּי אֲחָא דְּבָעֵי אַוִּדּוּיִי שֶׁהוֹצֵאתַנִי לְשָׁלוֹם:
Il fallait rendre grâce de ce que « tu m'as fait sortir en paix ».
🪔 Ben Yehoyada (1)
אִתְרְחִישׁ לֵיהּ נִיסָּא קָם עַל עַמּוּדָא חֲדָא. נִרְאֶה לִי בס"ד רָמְזוּ לוֹ מִן הַשָּׁמַיִם זְכוּתוֹ רַב וְהוּא לְבַדּוֹ כְּדַאי שֶׁיִּתְקַיֵּים הָעוֹלָם עָלָיו, כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִ"לִ עַל עַמּוּד אֶחָד הָעוֹלָם מִתְקַייֵּם וְצַדִּיק שְׁמוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר (מִשְׁלֵי י, כה) וְצַדִּיק יְסוֹד עוֹלָם. וְהָא 'דְּשָׁזִיב מֵאָה וְחַד' נִרְאֶה לִי בס"ד, הָיָה מִסֵּפֶר זֶה בְּהַשְׁגָּחָה לִרְמֹוז כָּל אֵלּוּ נִיצְּלוּ בִּזְכוּת רַבִּי אֱבֵהוּ וְלֹא בִּזְכוּתָם, וְהַנִּיצּוֹל בִּזְכוּת הַצַּדִּיק הוּא נִיצּוֹל עַל פִּי מִדַּת הַחֶסֶד, אֲבָל הַצַּדִּיק עַצְמוֹ נִיצּוֹל בִּגְבוּרָה, כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִ"לִ בַּפָּסוּק (יְשַׁעְיָהוּ מו, יב) הָרְחוֹקִים מִצְּדָקָה, אֵלּוּ צַדִּיקִים, שֶׁכָּל הָעוֹלָם נִזּוֹן בִּצְדָקָה, וְהֵם נִזּוֹנִין בִּזְרוֹעַ, וְלָכֵן הָווּ מֵאָה וְחַד כְּמִנְיַן מִיכָאֵל [101] שֶׁהוּא שַׂר הַחֶסֶד.
« Un miracle lui fut fait : il se tint debout sur un unique pilier. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on lui fit signe du Ciel que son mérite est grand et que lui seul suffit pour que le monde tienne sur lui, selon la parole de nos maîtres, de mémoire bénie : « sur un seul pilier le monde tient, et son nom est Juste », comme il est dit « le juste est le fondement du monde » (Michlei 10:25). Et quant à ce qu'il « sauva cent un », il me semble, avec l'aide du Ciel, que ce nombre relève d'une providence, pour signifier que tous ceux-là furent sauvés par le mérite de Rabbi Abbahou et non par le leur ; or celui qui est sauvé par le mérite du juste l'est selon la mesure de bienveillance, tandis que le juste lui-même est sauvé par la rigueur, ainsi que l'ont dit nos maîtres, de mémoire bénie, sur le verset « vous qui êtes éloignés de la justice » (Yechaya 46:12) — ce sont les justes, car le monde entier est nourri par la tsedaka tandis qu'eux sont nourris de haute lutte. C'est pourquoi ils furent cent un, comme la valeur numérique de Mikhael [101], qui est le prince de la bienveillance.
🖼️ Schéma
Les bains publics d'après Rachi : le danger vient du dessous Salle de bain : les baigneurs se tiennent sur le plancher plancher Fosse en dessous : les eaux y tombent, le feu chauffe Deux dangers : l'effondrement du plancher et le feu Le pilier sur lequel se tient Rabbi Abbahou
Rachi décrit la structure : une fosse chauffée, un plancher au-dessus. L'effondrement du plancher est le danger que vise la prière.
28
דְּאָמַר רַב אֲחָא: הַנִּכְנָס לְהַקִּיז דָּם, אוֹמֵר: ״יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנֶיךָ ה׳ אֱ-לֹהַי שֶׁיְּהֵא עֵסֶק זֶה לִי לִרְפוּאָה, וּתְרַפְּאֵנִי. כִּי אֵל רוֹפֵא נֶאֱמָן אָתָּה וּרְפוּאָתְךָ אֱמֶת, לְפִי שֶׁאֵין דַּרְכָּן שֶׁל בְּנֵי אָדָם לְרַפּאוֹת אֶלָּא שֶׁנָּהֲגוּ״.

Car Rav Aha a dit : celui qui entre pour se faire saigner dit : « Que ta volonté soit, Hachem mon D.ieu, que cette opération me soit une guérison et que tu me guérisses, car tu es un D.ieu guérisseur fidèle et ta guérison est vérité ; car il n'appartient pas aux hommes de guérir, seulement ils en ont pris l'habitude. »

📜 Rachi (1)
שֶׁאֵין דַּרְכָּן שֶׁל בְּנֵי אָדָם וְכוּ' כְּלוֹמַר לֹא הָיָה לָהֶם לַעֲסֹוק בִּרְפוּאוֹת אֶלָּא לְבַקֵּשׁ רַחֲמִים:
C'est-à-dire : ils n'auraient pas dû s'occuper de remèdes, mais demander miséricorde.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כִּי אֵל רוֹפֵא נֶאֱמָן אָתָּה וּרְפוּאָתְךָ אֱמֶת. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מָה עִנְיַן אֱמֶת יֵשׁ בִּרְפוּאָה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד יֵשׁ רוֹפֵא נוֹתֵן סַמָּנִים לַחוֹלֶה וְקָם מֵחָלְיוֹ, אַךְ אוֹתָם סִימָנִים הִזִּיקוּ לוֹ בְּעִנְיָן אַחֵר שֶׁנַּעֲשָׂה עִקָּר וְכֵן הַנְּקֵבָה עֲקָרָה שֶׁלֹּא תּוֹלִיד, וְזֶה אֵינוֹ נִיכָּר בִּשְׁעַת הָרְפוּאָה אֶלָּא אַחֲרֵי זֶה, וְכֵן אֶפְשָׁר שֶׁיִּהְיֶה לוֹ קִלְקוּלִים אֲחֵרִים וְאֵינָם נָכְרִים לְפִי שָׁעָה, אֲבָל הקב"ה רוֹפֵא נֶאֱמָן הוּא שֶׁרְפוּאָתוֹ אֱמֶת! כְּלוֹמַר אֲמִיתִּית שֶׁאֵינָהּ עוֹשֶׂה קִלְקוּל בְּדָבָר אַחֵר כְּלָל.
« Car tu es un D.ieu guérisseur fidèle et ta guérison est vérité. » Il y a lieu de demander : quel rapport la vérité a-t-elle avec la guérison ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il y a des médecins qui donnent des remèdes au malade, lequel se relève de sa maladie ; mais ces remèdes lui ont nui sous un autre rapport, le rendant stérile, ou rendant la femme stérile de sorte qu'elle n'enfantera pas, et cela ne se remarque pas au moment de la guérison mais seulement après ; et il est possible de même que d'autres dégâts lui surviennent sans se remarquer sur le moment. Mais le Saint, béni soit-il, est un guérisseur fidèle dont la guérison est vérité — c'est-à-dire véritable, qui ne cause aucun dommage sous quelque autre rapport que ce soit.
⚖️ Rosh (2)
הַנִּכְנָס לְהַקִּיז דָּם אוֹמֵר יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנֶיךָ ה' אֱ-לֹהֵינוּ שֶׁיְּהֵא עֵסֶק זֶה לִי לִרְפוּאָה כִּי רוֹפֵא חִנָּם אַתָּה וְכִי קָאֵי מַאי אוֹמֵר אָמַר רָבָא בָּרוּךְ רוֹפֵא חִנָּם:
Celui qui entre pour se faire saigner dit : « Que ta volonté soit, Hachem notre D.ieu, que cette opération me soit une guérison, car tu es un guérisseur qui guérit gratuitement. » Et lorsqu'il se relève, que dit-il ? Rava a dit : « Béni ... qui guérit gratuitement. »
הַנִּכְנָס לִישַׁן עַל מִטָּתוֹ אוֹמֵר שְׁמַע עַד וְהָיָה אִם שָׁמוֹעַ ור"ח זַ"ל כָּתַב גַּם פָּרָשָׁה שְׁנִיָּה לְפִי שֶׁיֵּשׁ בָּהּ בְּשָׁכְבְּךָ וּבְקוּמֶךָ וְאֶפְשָׁר דְּגָרְסִינַן שְׁמַע וְהָיָה אִם שָׁמוֹעַ וּמְבָרֵךְ בָּרוּךְ הַמַּפִּיל חַבְלֵי שֵׁינָה עַל עֵינַי וּתְנוּמָה עַל עַפְעַפַּי י"ר מי"א שֶׁתַּשְׁכִּיבֵנִי לְשָׁלוֹם וְתַעֲמִידֵנִי לְחַיִּים וּלְשָׁלוֹם וְאַל יְבַהֲלוּנִי חֲלוֹמוֹת רָעִים וְהִרְהוּרִים רָעִים וּתְהֵא מִטָּתִי שְׁלֵמָה לְפָנֶיךָ וְהָאֵר עֵינַי פֶּן אִישַׁן הַמָּוֶת בא"י הַמֵּאִיר לָעוֹלָם כֻּולּוֹ בִּכְבוֹדוֹ וְכִי מִיתְּעָר לֵימָא הָכִי אֱ-לֹהַי נְשָׁמָה שֶׁנָּתַתָּ בִּי טְהוֹרָה הִיא אַתָּה בְּרָאתָהּ וְאַתָּה יְצַרְתָּהּ וְאַתָּה נְפַחְתָּהּ בִּי עַד בא"י הַמַּחֲזִיר נְשָׁמוֹת לִפְגָרִים מֵתִים וְכִי שָׁמַע קוֹל תַּרְנְגוֹלָא לֵימָא בָּרוּךְ שֶׁנָּתַן לַשֶּׂכְוִי בִּינָה לְהַבְחִין בֵּין יוֹם וּבֵין לָיְלָה הַלֵּב נִקְרָא שֶׂכְוִי בִּלְשׁוֹן הַמִּקְרָא דִּכְתִיב מִי נָתַן לַשֶּׂכְוִי בִינָה וְהַלֵּב הוּא הַמֵּבִין וע"י הַבִּינָה אָדָם מַבְחִין בֵּין יוֹם וּבֵין לָיְלָה וּמִפְּנֵי שֶׁתַּרְנְגוֹל מֵבִין גַּם כֵּן וּבְעַרְבֵי קוֹרִין לְתַרְנְגוֹל שֶׂכְוִי הִתְקִינוּ בְּרָכָה זוֹ לְאוֹמְרָהּ בִּשְׁמִיעַת קוֹל הַתַּרְנְגוֹל וּמִיהוּ אִם לֹא שָׁמַע קוֹל הַתַּרְנְגוֹל יָכוֹל לְבָרֵךְ בְּרָכָה זוֹ שֶׁאֵינָהּ אֶלָּא הוֹדָאָה לַמָּקוֹם שֶׁנָּתַן לָנוּ בִּינָה וַהֲבָנָה וּבָרָא לָנוּ כָּל צָרְכֵינוּ דְּאַף אִם יָשַׁן אָדָם בְּבַיִת אָפֵל יַבְחִין בִּיאַת הַיּוֹם ע"י קוֹל הַתַּרְנְגוֹל וְכִי לוֹבֵשׁ לֵימָא בָּרוּךְ מַלְבִּישׁ עֲרֻומִּים וְכִי מַנַּח יָדֶיהָ לְעֵינֵיהּ אוֹמֵר בָּרוּךְ פּוֹקֵחַ עִוְרִים וְכִי תָּרֵיץ וְיָתֵיב אוֹמֵר בָּרוּךְ מַתִּיר אֲסוּרִים וְכִי זְקִיף אוֹמֵר בָּרוּךְ זוֹקֵף כְּפוּפִים וְכִי נְחִית לְאַרְעָא אוֹמֵר בָּרוּךְ רֹוקַע הָאָרֶץ עַל הַמָּיִם וְכִי מְסַייֵּם מְסָאנֵי אוֹמֵר בָּרוּךְ שֶׁעָשִׂיתָ לִי כָּל צָרְכֵי וְכִי מְסַגֵּי אוֹמֵר בָּרוּךְ הַמֵּכִין מִצְעֲדֵי גָבֶר וְכִי אָסַר הֶמְיָינֵיהּ אוֹמֵר בָּרוּךְ אוֹזֵר יִשְׂרָאֵל בִּגְבוּרָה וְכִי פְּרִיס סוּדָרָא אַרֵישֵׁיהּ אוֹמֵר בָּרוּךְ עוֹטֵר יִשְׂרָאֵל בְּתִפְאָרָה כִּי מֶשִׁי יָדֶיהָ אוֹמֵר בָּרוּךְ אקב"ו עַל נְטִילַת יָדַיִם לְפִי שֶׁיָּדָיו שֶׁל אָדָם עַסְקָנִיּוֹת הֵם וְאִי אֶפְשָׁר שֶׁלֹּא לִיגַע בְּבָשָׂר הַמְטֻונָּף בַּלַּיְלָה. תִּיקְּנוּ בְּרָכָה קֹודֶם שֶׁיִּקְרָא ק"ש וְיִתְפַּלֵּל וְרָאוּי הָיָה לְבָרֵךְ עַל נְקִיּוּת יָדַיִם אֶלָּא עַל שֵׁם שֶׁתִּיקְּנוּ בִּנְטִילַת יָדַיִם לַאֲכִילָה לְבָרֵךְ ענט"י לְפִי שֶׁצָּרִיךְ לִיטֹּול מִן הַכְּלִי וְהַכְּלִי שְׁמוֹ נַטְלָא בִּלְשׁוֹן הַגְּמָרָא לְכָךְ תִּיקְּנוּ נָמֵי לְבָרֵךְ עַל נְטִילַת יָדַיִם. וְנִרְאֶה שֶׁאִם אֵין לוֹ מַיִם וּמְנַקֶּה אֶת יָדָיו בִּצְרוֹר וְעָפָר שֶׁמְּבָרֵךְ עַל נְקִיּוּת יָדַיִם דְּחַיָּיב אָדָם לְנַקּוֹת יָדָיו בִּשְׁעַת תְּפִלָּה כִּדְאָמַר לְעֵיל פ"ב (בְּרָכוֹת דַּף טו.) דְּכָתֵיב אֶרְחַץ בְּנִקָּיוֹן כַּפָּי. מִזֶּה יֵשׁ לִלְמֹוד דְּהוּא הַדִּין בִּתְפִלַּת הַמִּנְחָה וּבִתְפִלַּת הָעַרְבִית אִם עָשָׂה צְרָכָיו וְנוֹטֵל יָדָיו מְבָרֵךְ עַל נְטִילַת יָדַיִם אֲבָל כָּל הַיּוֹם כְּשֶׁעוֹשֶׂה צְרָכָיו אֵין צָרִיךְ לְבָרֵךְ כִּי אִם אֲשֶׁר יָצַר דְּלָא נִתְקְנָה בִּרְכַּת עַל נְטִילַת יָדַיִם כִּי אִם לִסְעוּדָה וְלִתְפִלָּה כִּי הַךְ דְּהָכָא. כִּי מֶשִׁי אַפֵּיהּ אוֹמֵר בָּרוּךְ הַמַּעֲבִיר שֵׁינָה מֵעֵינַי וּתְנוּמָה מֵעַפְעַפָּי יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנֶיךָ ה' אֱ-לֹהֵינוּ שֶׁתַּרְגִּילֵנִי בְּתוֹרָתֶךָ וְדַבְּקֵנִי בְּמִצְוֹתֶיךָ וְאַל תְּבִיאֵנִי לֹא לִידֵי חֵטְא וְלֹא לִידֵי עֲבֵירָה וְעָוֹן וְלֹא לִידֵי בִּזָּיוֹן וְלֹא לִידֵי נִסָּיוֹן וְלֹא יִשְׁלֹוט בִּי יֵצֶר הָרָע וְכוֹף אֶת יִצְרִי לְהִשְׁתַּעְבֵּד לָךְ וּתְנֵנִי הַיּוֹם וּבְכָל יוֹם לְחֵן וּלְחֶסֶד וּלְרַחֲמִים בְּעֵינֶיךָ וּבְעֵינֵי כָּל רוֹאַי וְתִגְמְלֵנִי חֲסָדִים טוֹבִים בָּרוּךְ אַתָּה ה' גּוֹמֵל חֲסָדִים טוֹבִים לְעַמּוֹ יִשְׂרָאֵל וּלְעֵיל בְּפֶרֶק שְׁלֹשָׁה שֶׁאָכְלוּ (בְּרָכוֹת דַּף מו.) פֵּירְשׁוּ הַתּוֹסָפוֹת שֶׁיֵּשׁ בִּבְרָכָה זוֹ מֵעֵין פְּתִיחָה סָמוּךְ לַחֲתִימָה כָּל הָנָךְ בְּרָכוֹת שֶׁהֵן לַהֲנָאָתוֹ כְּמוֹ מַלְבּוּשׁ עֲרוּמִים וְעוֹטֵר אֶת יִשְׂרָאֵל וְשֶׁעָשִׂיתָ לִי כָּל צָרְכֵי אִם אֵין נֶהֱנֶה מֵהֶם כְּגוֹן שֶׁשָּׁכַב עַל מִטָּתוֹ עָרֹום אֵינוֹ מְבָרֵךְ אוֹתָם וְהָאִידָּנָא נָהֲגוּ לְבָרֵךְ אֵלּוּ הַבְּרָכוֹת עַל הַסֵּדֶר אַחַר שֶׁנָּטַל יָדָיו דְּכָל זְמַן שֶׁאֵין יָדָיו נְקִיּוֹת אֵין לְבָרְכָן וְהָא דְּאָמְרִינַן פְּסָחִים ז: כָּל הַבְּרָכוֹת כֻּולָּן מְבָרְכִים עֲלֵיהֶם עוֹבֵר לַעֲשִׂיָּיתָן הַייְנוּ בִּרְכַּת הַמִּצְוֹת שֶׁאוֹמֵר בָּהֶן וְצִוָּנוּ צָרִיךְ לְבָרֵךְ לְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא תְּחִלָּה עַל מַה שֶׁצִּוָּנוּ וְקֵרְבָנוּ לַעֲבוֹדָתוֹ אֲבָל בְּרָכָה שֶׁל הוֹדָאָה וְשֶׁבַח כְּגוֹן אֵלּוּ יָכוֹל לְבָרֵךְ אַחַר כֵּן. מִיהוּ מִלָּשׁוֹן שֶׁסִּדְּרָם הַגְּמָרָא מַשְׁמַע שֶׁיָּכוֹל לְבָרֵךְ כָּל אֵלּוּ הַבְּרָכוֹת קֹודֶם נְטִילַת יָדַיִם וְזֶהוּ סַעַד לִדְבָרַי שֶׁלֹּא תִּקְּנוּ נְטִילַת יָדַיִם אֶלָּא לק"ש וְלִתְפִלָּה:
Celui qui vient dormir sur son lit dit le Chema jusqu'à « Vé-haya im chamoa ». Rabbenou Hananel, de mémoire bénie, a écrit qu'on dit aussi la seconde section, parce qu'elle contient « quand tu te couches et quand tu te lèves » ; il est possible que notre leçon soit « Chema » et « Vé-haya im chamoa ». Et il dit la bénédiction : « Béni ... qui fait tomber les liens du sommeil sur mes yeux et l'assoupissement sur mes paupières. Que ta volonté soit, Hachem notre D.ieu et D.ieu de nos pères, de me coucher en paix et de me relever pour la vie et pour la paix ; que des rêves mauvais et des pensées mauvaises ne m'épouvantent pas ; que ma couche soit entière devant toi ; éclaire mes yeux, de peur que je ne dorme du sommeil de la mort. Béni sois-tu, Hachem, qui éclaire le monde entier dans sa gloire. » Et lorsqu'il se réveille, qu'il dise ainsi : « Mon D.ieu, l'âme que tu as mise en moi est pure ; tu l'as créée, tu l'as formée, tu l'as insufflée en moi » — jusqu'à « Béni sois-tu, Hachem, qui rends les âmes aux corps morts ». Et lorsqu'il entend la voix du coq, qu'il dise : « Béni ... qui a donné au sekhvi le discernement pour distinguer entre le jour et la nuit. » Le cœur est appelé sekhvi dans la langue de l'Écriture, comme il est écrit « qui a donné au sekhvi le discernement » ; c'est le cœur qui comprend, et c'est par le discernement que l'homme distingue entre le jour et la nuit. Et parce que le coq, lui aussi, discerne, et qu'en arabe on appelle le coq sekhvi, on a institué de dire cette bénédiction en entendant la voix du coq. Toutefois, s'il n'a pas entendu la voix du coq, il peut dire cette bénédiction, car elle n'est qu'une action de grâce envers l'Omniprésent qui nous a donné discernement et intelligence et a créé pour nous tous nos besoins ; car même si un homme dort dans une maison obscure, il discernera la venue du jour par la voix du coq. Lorsqu'il s'habille, qu'il dise : « Béni ... qui vêt ceux qui sont nus. » Lorsqu'il passe la main sur ses yeux, il dit : « Béni ... qui ouvre les yeux des aveugles. » Lorsqu'il se redresse et s'assied, il dit : « Béni ... qui délie ceux qui sont liés. » Lorsqu'il se tient droit, il dit : « Béni ... qui redresse ceux qui sont courbés. » Lorsqu'il descend à terre, il dit : « Béni ... qui étend la terre sur les eaux. » Lorsqu'il chausse ses souliers, il dit : « Béni ... qui as pourvu à tous mes besoins. » Lorsqu'il marche, il dit : « Béni ... qui affermit les pas de l'homme. » Lorsqu'il ceint sa ceinture, il dit : « Béni ... qui ceint Israël de force. » Lorsqu'il pose son turban sur sa tête, il dit : « Béni ... qui couronne Israël de splendeur. » Lorsqu'il se lave les mains, il dit : « Béni ... qui nous a sanctifiés par ses commandements et nous a ordonné la netilat yadayim » — parce que les mains de l'homme sont affairées et qu'il est impossible qu'elles n'aient pas touché pendant la nuit une partie du corps souillée : on a institué une bénédiction avant qu'il ne lise le Chema et ne prie. Il aurait convenu de bénir « sur la propreté des mains » ; seulement, puisqu'on a institué pour l'ablution du repas de bénir « al netilat yadayim » — car il faut y verser depuis un récipient, et le récipient se nomme natla dans la langue de la guemara —, on a institué de même ici de bénir « al netilat yadayim ». Et il semble que s'il n'a pas d'eau et qu'il nettoie ses mains avec un caillou ou de la terre, il bénit « sur la propreté des mains », car l'homme est tenu de nettoyer ses mains à l'heure de la prière, ainsi qu'il est dit plus haut, au deuxième chapitre (Berakhot 15a), d'après le verset « je laverai mes mains dans la pureté » (Tehilim 26:6). On apprend de là qu'il en va de même pour la prière de minha et pour celle du soir : s'il a fait ses besoins et se lave les mains, il bénit « al netilat yadayim » ; mais tout le long du jour, lorsqu'il fait ses besoins, il n'a à dire que « acher yatsar », car la bénédiction « al netilat yadayim » n'a été instituée que pour le repas et pour la prière, comme dans notre cas. Lorsqu'il se lave le visage, il dit : « Béni ... qui ôte le sommeil de mes yeux et l'assoupissement de mes paupières. Que ta volonté soit, Hachem notre D.ieu et D.ieu de nos pères, de m'accoutumer à ta Torah, de m'attacher à tes commandements, et de ne me faire venir ni à la faute, ni à la transgression, ni au péché, ni au mépris, ni à l'épreuve ; que le penchant mauvais ne domine pas en moi ; soumets mon penchant à te servir ; accorde-moi aujourd'hui et chaque jour grâce, bienveillance et miséricorde à tes yeux et aux yeux de tous ceux qui me voient, et accorde-moi de bonnes faveurs. Béni sois-tu, Hachem, qui accorde de bonnes faveurs à son peuple Israël. » Et plus haut, au chapitre Cheloucha che-akhelou (Berakhot 46a), les Tossefot ont expliqué que cette bénédiction comporte une formule d'ouverture proche de sa formule de clôture. Toutes ces bénédictions qui portent sur une jouissance — comme « qui vêt ceux qui sont nus », « qui couronne Israël » et « qui as pourvu à tous mes besoins » —, s'il n'en tire pas jouissance, par exemple s'il a dormi nu sur son lit, il ne les dit pas. De nos jours, l'usage s'est établi de dire ces bénédictions dans l'ordre après s'être lavé les mains, car tant que ses mains ne sont pas propres il ne convient pas de les dire. Et ce que nous disons dans Pessahim (7b), que toutes les bénédictions se disent avant l'accomplissement, vise les bénédictions des commandements, où l'on dit « et il nous a ordonné » : il faut bénir d'abord le Saint, béni soit-il, pour ce qu'il nous a ordonné et nous a rapprochés de son service ; mais une bénédiction de reconnaissance et de louange comme celles-ci, on peut la dire ensuite. Toutefois, la manière dont la guemara les a ordonnées indique qu'on peut dire toutes ces bénédictions avant la netilat yadayim, ce qui vient à l'appui de ce que nous avons dit : la netilat yadayim n'a été instituée que pour le Chema et pour la prière.
💡 Explication

La hakazat dam, la saignée, était un acte médical courant et risque. La formule de Rav Aha se termine par une phrase de portée générale : les hommes n'auraient pas dû recourir aux remèdes, ils en ont pris l'habitude. Rachi la comprend dans son sens fort — la voie propre était de demander miséricorde.

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אָמַר אַבַּיֵּי: לָא לֵימָא אִינָשׁ הָכִי, דְּתָנֵי דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: ״וְרַפֹּא יְרַפֵּא״ — מִכָּאן שֶׁנִּיתְּנָה רְשׁוּת לָרוֹפֵא לְרַפּאוֹת.

Abaye a dit : que l'homme ne dise pas cela, car on a enseigné dans l'école de Rabbi Yichmael : « il le fera guérir » (Chemot 21:19) — de là on apprend que l'autorisation a été donnée au médecin de guérir.

🪔 Ben Yehoyada (1)
וְרַפֹּא יְרַפֵּא מִכָּאן שֶׁנִּתְּנָה רְשׁוּת לָרוֹפֵא לְרַפּאוֹת. קַשָּׁא לְמַאי אִצְטְרִיךְ לִכְפֹּול הַלָּשׁוֹן דִּ'וְרַפֹּא יְרַפֵּא'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד מַעֲשֶׂה בִּשְׁנֵי חַכְמֵי יִשְׂרָאֵל הָיוּ מְהַלְּכִין בַּדֶּרֶךְ, וְרָאוּ לִפְנֵיהֶם א' מֻוכֵּה שְׁחִין מִצְטַעֵר מְאֹד, אָמְרוּ לוֹ עֲשֵׂה סַם פְּלוֹנִי וּפְלוֹנִי וְתִתְרַפֵּא, וְהָיָה אָדָם אַחֵר הוֹלֵךְ אַחֲרֵיהֶם נוֹשֵׂא קֻופָּה תֻּרְמוֹסִין מְבֻושָּׁלִים לִמְכֹּור, אָמַר לָהֶם אַתֶּם הַחֲכָמִים נִכְנָסִים בְּעִנְייָנִים שֶׁאֵינָם שֶׁלָּכֶם, וּמֵימֵי לֹא רָאִיתִי חָכָם מְרַפֵּא כִּי הֶחָכָם עִסְקוֹ בַּתּוֹרָה וּמַה לוֹ אֵצֶל רְפוּאוֹת?! וְעוֹד אֵיךְ אַתֶּם דּוֹחֲקִים לַעֲשׂוֹת דָּבָר נֶגֶד רְצוֹן הַבּוֹרֵא, שהקב"ה נָתַן לוֹ צָרַעַת, לָזֶה וְאַתֶּם רוֹצִים לַהֲסִירָהּ מִמֶּנּוּ?! אָמְרוּ לוֹ הֶחָכָם מְחֻוכָּם בְּכָל דָּבָר וְאֵין זֶה חִידּוּשׁ, וְעוֹד מָה אַתָּה נוֹשֵׂא? אָמַר לָהֶם תֻּרְמוֹסִים מְבֻושָּׁלִים. אָמְרוּ לוֹ הקב"ה בָּרָא תֻּרְמוֹסִים אֵלּוּ מָרִים כְּלַעֲנָה, וְאַתָּה עָבַרְתָּ רְצוֹנוֹ וְעָשִׂיתָ אוֹתָם מְתוּקִים?! אָמַר לָהֶם כָּךְ דַּרְכּוֹ שֶׁל הקב"ה בּוֹרֵא כַּמָּה דְּבָרִים שֶׁהֵם חֲסֵרִים וְרוֹצֶה שֶׁהָאָדָם יָבֹא וִיתַקְּנֵם, אָמְרוּ לוֹ גַּם זֶה נָתַן לוֹ צָרַעַת וְרוֹצֶה שֶׁהָאָדָם יְרַפֵּא אוֹתוֹ מִמֶּנָּה! עַד כָּאן. וְהִנֵּה תִּיקְשֵׁי לָמָּה לֹא אָמְרוּ לוֹ רְאָיָה זוֹ מִמַּה שֶׁאָמַר הַכָּתוּב וְרַפֹּא יְרַפֵּא, שֶׁהִיא רְאָיָה מִן הַתּוֹרָה, וְהֵשִׁיבוּ לוֹ דָּבָר מִסְּבָרָה? אַךְ נִרְאֶה דְּאִם יֹאמְרוּ לוֹ פָּסוּק זֶה יָשִׁיב שֶׁהַפָּסוּק אַיְירֵי בְּחֹולִי הַבָּא לָאָדָם עַל יְדֵי אָדָם וְלֹא עַל יְדֵי שָׁמַיִם, וּבָזֶה אֲנִי מוֹדֶה שֶׁרַשַּׁאי אָדָם לִרְפָאת, לְכָךְ אָמְרוּ לוֹ דָּבָר עַל פִּי הַסְּבָרָה, וּבָזֶה יִתְיַישֵּׁב דִּקְדּוּק הַנִּזְכָּר, דְּאִם לֹא הָיָה הַכָּתוּב כּוֹפֵל הַלָּשׁוֹן הָיִיתִי מְפָרֵשׁ דְּלָא נִיתַּן רְשׁוּת לָרוֹפֵא לִרְפָאת אֶלָּא רַק חֹולִי וּמַכֶּה הַבָּא עַל יְדֵי אָדָם, וּבִפְרָט דְּהַאי קְרָא בַּחֲבוּרָה הַבָּאָה עַל יְדֵי אָדָם אַייְרֵי, לְכָךְ כָּפַל הַכָּתוּב הַלָּשׁוֹן וְרַפֹּא יְרַפֵּא לְרַבּוֹת כָּל דָּבָר, הֵן הַבָּא עַל יְדֵי אָדָם הֵן הַבָּא עַל יְדֵי שָׁמַיִם.
« Il le fera guérir — de là on apprend que l'autorisation a été donnée au médecin de guérir. » Il est difficile de comprendre pourquoi l'Écriture double l'expression « il le fera guérir ». Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il faut le rapporter à ce qui est arrivé à deux sages d'Israël qui marchaient sur la route et virent devant eux un homme atteint d'ulcères qui souffrait beaucoup. Ils lui dirent : prends tel et tel remède et tu guérirais. Or un autre homme marchait derrière eux, portant un panier de lupins cuits à vendre. Il leur dit : vous, les sages, vous vous mêlez de ce qui n'est pas votre affaire ; de mes jours je n'ai vu de sage qui soigne, car le sage s'occupe de la Torah — qu'a-t-il affaire des remèdes ? Et de plus, comment vous efforcez-vous de faire une chose contre la volonté du Créateur ? Le Saint, béni soit-il, a donné à celui-ci la lèpre, et vous voulez la lui enlever ! Ils lui répondirent : le sage est habile en toute chose, et cela n'a rien d'étonnant. Et encore : que portes-tu là ? Il leur dit : des lupins cuits. Ils lui dirent : le Saint, béni soit-il, a créé ces lupins amers comme l'absinthe, et tu as passé outre à sa volonté en les rendant doux ! Il leur dit : telle est la voie du Saint, béni soit-il — il crée quantité de choses incomplètes et veut que l'homme vienne les achever. Ils lui dirent : de même, il a donné à celui-ci la lèpre et il veut que l'homme l'en guérisse. Fin. Or il y a lieu de demander : pourquoi ne lui ont-ils pas donné la preuve tirée de ce que dit l'Écriture, « il le fera guérir », qui est une preuve de la Torah, et lui ont-ils répondu par un raisonnement ? Il apparaît que s'ils lui avaient cité ce verset, il aurait répondu que le verset traite d'une maladie venue à l'homme par la main d'un homme et non par la main du Ciel, et qu'en ce cas il accorde qu'il est permis de guérir ; c'est pourquoi ils lui ont répondu par un raisonnement. Par là se résout la question posée plus haut : si l'Écriture n'avait pas double l'expression, j'aurais expliqué que l'autorisation n'a été donnée au médecin que pour une maladie ou une blessure venue par la main d'un homme — d'autant que ce verset traite d'une blessure faite par un homme. C'est pourquoi l'Écriture double l'expression « il le fera guérir », pour inclure toute chose, aussi bien ce qui vient par la main d'un homme que ce qui vient par la main du Ciel.
💡 Explication

Le verset de Chemot 21:19 traite de celui qui a blessé son prochain et doit payer les frais de guérison. L'école de Rabbi Yichmael lit le doublement de l'expression hébraïque comme une autorisation donnée au médecin d'exercer. Abaye retranche donc la dernière clause de la formule de Rav Aha.

🖼️ Schéma
Faut-il se soigner ? La formule corrigée par Abaye Rav Aha : la formule Elle se termine par : il n'appartient pas aux hommes de guérir, ils en ont seulement pris l'habitude. Rachi : la voie propre était de demander miséricorde. Abaye : on ne dit pas cela École de Rabbi Yichmael, sur Chemot 21:19 : l'expression est doublée, « il le fera guérir ». L'autorisation est donnée au médecin. Ben Yehoyada : le doublement étend l'autorisation aux maux venus du Ciel. Même structure qu'au sujet des bains : Abaye retranche de la formule la clause qui pose difficulté.
Deuxième intervention d'Abaye sur une formule de Rav Aha : il en retire la clause finale et lui oppose un enseignement de la Torah.
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כִּי קָאֵי מַאי אוֹמֵר? — אָמַר רַב אַחָא: ״בָּרוּךְ … רוֹפֵא חִנָּם״.

Lorsqu'il se relève, que dit-il ? Rav Aha a dit : « Béni ... qui guérit gratuitement. »

💡 Explication

La formule de sortie garde la même structure que dans les cas précédents : une reconnaissance après coup. Rofe hinam, « qui guérit gratuitement », marque le contraste avec le médecin, qui se fait payer.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).