Sougya : Le folio achève d'abord la discussion sur la bénédiction du neuf : deux versions opposent Rav Houna et Rabbi Yo'hanan sur le cas de celui qui possède déjà un objet semblable et en achète un autre, et sur celui qui a acheté autrefois et achète de nouveau. Une baraita où s'affrontent Rabbi Meir et Rabbi Yehouda sert de pierre de touche.
La michna prend ensuite le relais : on bénit sur le mal comme sur le bien. La guemara donne deux cas où le présent et l'avenir divergent — la digue rompue qui déposera du limon, l'objet trouvé que le roi peut confisquer — et fixe la règle : la bénédiction suit l'état présent.
Vient alors la prière vaine, celle qui porte sur ce qui est déjà fixé. L'objection tirée de Léa et de la naissance de Dina reçoit deux réponses : on ne légifère pas d'après un miracle, et le cas de Léa se situait dans les quarante premiers jours, où la baraita des cinq demandes laisse encore place à la prière.
Hillel, qui entend un cri dans la ville sans s'effrayer, illustre le verset « il ne craint pas une mauvaise nouvelle ». Le folio se clôt sur les formules à dire aux lieux de danger : entrée et sortie de la grande ville selon Ben Azzai, entrée et sortie des bains publics, et prière avant la saignée.
Abaye intervient deux fois pour corriger une formule : on n'ouvre pas la bouche au Satan, et le médecin a reçu l'autorisation de guérir.
Il ressort de là que s'il a acheté puis achète de nouveau, de l'avis de tous il n'a pas besoin de faire la bénédiction.
Fin de la discussion ouverte au folio précédent sur la bénédiction chehehiyanou dite sur une maison neuve ou des ustensiles neufs. Trois situations sont à distinguer : il n'a jamais possédé ni acheté cet objet ; il en possède déjà un semblable et en achète un nouveau (yech lo ve-kana) ; il en a acheté un autrefois et en rachète un maintenant (kana ve-hazar ve-kana).
Dans la première version, Rabbi Yo'hanan exige la bénédiction lorsqu'il en possède déjà un, parce que l'acte d'acquisition, lui, est neuf. La guemara en tire une conséquence : dans le cas où il avait déjà acheté un objet semblable, l'acquisition non plus n'est pas neuve, et tous s'accordent alors à dispenser de la bénédiction.
Et certains rapportent ainsi : Rav Houna a dit : on n'a enseigné cela que lorsqu'il n'avait pas acheté puis acheté de nouveau ; mais s'il a acheté puis achète de nouveau, il n'a pas besoin de faire la bénédiction. Et Rabbi Yo'hanan a dit : même s'il a acheté puis achète de nouveau, il doit faire la bénédiction.
Il ressort de là que lorsqu'il en possède déjà et qu'il achète, de l'avis de tous il doit faire la bénédiction.
La seconde version déplace le point de désaccord. Elle porte à présent sur celui qui a acheté autrefois et rachète aujourd'hui, et elle tient le cas de celui qui possède déjà pour acquis : tous y exigent la bénédiction, puisque l'acquisition y est neuve pour lui.
On objecte : celui qui a bâti une maison neuve sans en posséder de semblable, ou qui a acheté des ustensiles neufs sans en posséder de semblables, doit faire la bénédiction ; s'il en possède de semblables, il n'a pas besoin de faire la bénédiction — telles sont les paroles de Rabbi Meir. Rabbi Yehouda dit : dans un cas comme dans l'autre, il doit faire la bénédiction.
Selon la première version, tout va bien : Rav Houna se range à l'avis de Rabbi Meir et Rabbi Yo'hanan à celui de Rabbi Yehouda. Mais selon la seconde version, Rav Houna se range certes à l'avis de Rabbi Yehouda ; Rabbi Yo'hanan, lui, a parlé selon qui ?
Ni selon Rabbi Meir ni selon Rabbi Yehouda.
La baraita ne connaît que deux positions, et la seconde version en place Rabbi Yo'hanan en dehors. Rachi précise pourquoi : Rabbi Yehouda lui-même, dans la baraita, n'exige la bénédiction que lorsque les premiers objets n'avaient pas été achetés. Rabbi Yo'hanan, qui l'exige même après un achat antérieur, va plus loin que lui.
Rabbi Yo'hanan pourrait te répondre : il en va de même pour Rabbi Yehouda — s'il a acheté puis achète de nouveau, il doit lui aussi faire la bénédiction. Et s'ils ont formulé leur désaccord sur le cas où il en possède déjà et qu'il achète, c'est pour te faire connaître la portée de l'avis de Rabbi Meir : même lorsqu'il achète alors qu'il en possède déjà, il n'a pas besoin de faire la bénédiction ; à plus forte raison s'il a acheté puis achète de nouveau, où il n'a pas besoin de faire la bénédiction.
Réponse classique : le cas retenu par une baraita n'épuise pas la position de ses auteurs. Il a été choisi pour son rendement pédagogique. En plaçant le désaccord sur le cas où l'homme possède déjà un objet semblable, la baraita montre jusqu'où va la dispense de Rabbi Meir.
Qu'ils formulent alors leur désaccord sur le cas où il a acheté puis achète de nouveau, où l'on n'a pas besoin de faire la bénédiction, pour te faire connaître la portée de l'avis de Rabbi Yehouda ! — La force de ce qui est permis lui paraît préférable.
Le principe invoqué est koah de-hetera adif : lorsqu'un enseignement peut être formulé de deux façons, on retient celle qui expose la portée de la position indulgente. Une dispense large engage davantage son auteur qu'une exigence large, car celui qui dispense prend le risque de rendre licite ce qui ne le serait pas. La baraita choisit donc le cas qui montre l'ampleur de la dispense de Rabbi Meir.
« Il fait la bénédiction sur le mal, etc. »
Début du commentaire de la michna du chapitre : on bénit sur le mal comme sur le bien. La guemara va montrer que la difficulté porte sur les cas mixtes, où l'événement présent et son issue future ne vont pas dans le même sens.
Quel est le cas ? Par exemple lorsqu'un cours d'eau a rompu sa digue et s'est répandu sur son champ.
Bien que ce soit un bien pour lui, puisque la terre se couvrira de limon et s'en trouvera bonifiée, pour l'heure c'est un mal.
Le mot araméen bidka désigne la rupture d'une digue : les eaux se répandent sur le champ. Rachi explique le bénéfice : les eaux déposent un limon qui vaut une fumure et rend la terre meilleure pour les années suivantes. Reste que la récolte de l'année en cours est perdue, et la bénédiction du moment est celle du deuil, Dayan ha-émet.
« Et sur le bien, etc. »
Quel est le cas ? Par exemple lorsqu'il a trouvé un objet perdu.
Bien que ce soit un mal pour lui, puisque si le roi l'apprend il le lui prendra, pour l'heure c'est un bien.
« Sa femme était enceinte et il a dit : que ta volonté soit qu'elle mette au monde, etc. — voilà une prière vaine. »
La prière ne serait-elle donc d'aucun effet ? Rav Yossef objecte : « Ensuite elle enfanta une fille et l'appela du nom de Dina » (Berechit 30:21).
Que signifie « ensuite » ? Rav a dit : après que Léa eut porté sur elle-même un jugement et dit : douze tribus doivent sortir de Yaakov ; six sont sorties de moi et quatre des servantes, cela fait dix ; si celui-ci est un garçon, ma sœur Rahel ne sera pas même comme l'une des servantes.
Aussitôt le foetus fut changé en fille, comme il est dit : « et elle l'appela du nom de Dina ». — On ne fait pas état d'actes miraculeux.
Le nom Dina est lu comme un rappel du din, le jugement que Léa porte sur elle-même. La réponse de la guemara est une règle de méthode : ein mazkirin maasse nissim, on n'invoque pas un fait miraculeux pour en tirer une norme. Ce qui a eu lieu pour Léa ne fonde pas une règle sur l'efficacité de la prière pour tous.
Et si tu veux, dis plutôt : le fait de Léa se situait dans les quarante jours. Ainsi qu'il a été enseigné : les trois premiers jours, que l'homme demande miséricorde pour que la semence ne se corrompe pas.
Du troisième jour au quarantième, qu'il demande miséricorde pour que ce soit un garçon. Du quarantième jour jusqu'à trois mois, qu'il demande miséricorde pour que ce ne soit pas un sandal.
De trois mois à six, qu'il demande miséricorde pour que ce ne soit pas un avorton. De six à neuf, qu'il demande miséricorde pour qu'il sorte en paix.
Le sandal est un foetus aplati, ainsi nommé d'après un poisson plat de ce nom. Rachi rapporte l'explication de Nidda : une seconde conception vient écraser la forme du premier enfant. La baraita sert ici à délimiter une fenêtre : jusqu'au quarantième jour, la demande d'un garçon reste recevable, et c'est là que la guemara situe la prière de Léa.
Mais la prière y sert-elle à quelque chose ? Rav Yitshak fils de Rav Ami n'a-t-il pas dit : lorsque l'homme émet le premier, elle enfante une fille ; lorsque la femme émet la première, elle enfante un garçon, comme il est dit : « lorsqu'une femme émettra une semence et enfantera un mâle » (Vayikra 12:2) ! — De quoi traitons-nous ici ?
Du cas où tous deux ont émis en même temps.
L'objection porte sur le mécanisme même : si le sexe est déterminé au moment de la conception par l'ordre des émissions, la fenêtre des quarante jours ne change rien. La réponse restreint le cas : lorsque les deux émissions sont simultanées, rien n'est fixé par ce mécanisme, et la prière garde une prise jusqu'au quarantième jour.
« Il marchait sur la route. »
Nos maîtres ont enseigné : il est arrivé à Hillel l'Ancien, marchant sur la route, d'entendre un cri dans la ville. Il dit : je suis assuré que cela n'est pas dans ma maison.
Et c'est de lui que l'Écriture dit : « il ne craint pas une mauvaise nouvelle, son cœur est ferme, confiant en Hachem » (Tehilim 112:7). Rava a dit : de quelque manière que tu expliques ce verset, il s'explique — du début vers la fin il s'explique, de la fin vers le début il s'explique.
Du début vers la fin il s'explique : « il ne craint pas une mauvaise nouvelle » — pour quelle raison ? « son cœur est ferme, confiant en Hachem ».
De la fin vers le début il s'explique : « son cœur est ferme, confiant en Hachem, il ne craint pas une mauvaise nouvelle ».
Hillel ne devine rien : il tient la conduite décrite par le verset, celle de l'homme dont la confiance précède l'événement. Rava observe que le verset supporte deux lectures. Dans l'une, la fermeté du cœur est la raison avancée pour expliquer l'absence de crainte ; dans l'autre, elle en est la cause et l'absence de crainte en découle.
Un certain disciple marchait derrière Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yossei sur le marché de Tsion. Il le vit qui s'effrayait.
Il lui dit : tu es un fauteur, car il est écrit « les fauteurs ont peur dans Tsion » (Yechaya 33:14). Il lui répondit : mais n'est-il pas écrit « heureux l'homme qui craint toujours » (Michlei 28:14) ?
Il lui dit : ce verset-là est écrit au sujet des paroles de Torah.
Deux versets paraissent s'opposer sur la crainte. La réponse les répartit : la crainte louée par Michlei porte sur l'oubli de la Torah et pousse à la révision ; la crainte reprochée par Yechaya est celle qui s'installe devant les événements et marque un défaut de confiance.
Yehouda bar Natan marchait derrière Rav Hamnouna. Il soupira.
Il lui dit : cet homme veut-il attirer sur lui-même des souffrances ? Car il est écrit : « ce que je craignais m'est arrivé, et ce que je redoutais est venu sur moi » (Iyov 3:25). — Mais n'est-il pas écrit « heureux l'homme qui craint toujours » ? — Ce verset-là est écrit au sujet des paroles de Torah.
« Celui qui entre dans une grande ville. »
Nos maîtres ont enseigné : à son entrée, que dit-il ? « Que ta volonté soit, Hachem mon D.ieu, de me faire entrer dans cette ville en paix. » Une fois entré, il dit : « Je te rends grâce, Hachem mon D.ieu, de m'avoir fait entrer dans cette ville en paix. » Lorsqu'il veut sortir, il dit : « Que ta volonté soit, Hachem mon D.ieu et D.ieu de mes pères, de me faire sortir de cette ville en paix. » Une fois sorti, il dit : « Je te rends grâce, Hachem mon D.ieu, de m'avoir fait sortir de cette ville en paix ; et de même que tu m'as fait sortir en paix, ainsi conduis-moi en paix, soutiens-moi en paix, dirige mes pas en paix, et délivre-moi de la main de tout ennemi et de qui guette sur la route. »
Le kerakh est la grande ville fortifiée, où la justice est aux mains d'une autorité étrangère et où un étranger de passage est exposé. La baraita développe la position de Ben Azzai citée dans la michna : quatre prières, disposées deux par deux selon un même ordre — demande avant l'épreuve, action de grâce après.
Rav Matna a dit : on n'a enseigné cela que pour une ville où l'on ne juge ni ne met à mort ; mais dans une ville où l'on juge et met à mort, il n'y a pas lieu de s'en préoccuper.
Certains rapportent que Rav Matna a dit : même dans une ville où l'on juge et met à mort, car il arrive qu'il ne se trouve personne pour plaider en sa faveur.
La première version limite ces prières aux villes sans justice réglée, où l'on peut être tué sans jugement ; là où un tribunal fonctionne, l'innocent est protégé. La seconde version maintient les prières partout : un tribunal juge encore faut-il que quelqu'un se lève pour plaider la cause de l'accusé, et un étranger de passage n'a personne.
Nos maîtres ont enseigné : celui qui entre aux bains publics dit : « Que ta volonté soit, Hachem mon D.ieu, de me sauver de ceci et de ce qui lui ressemble ; qu'aucun accident ni aucune faute ne m'arrivent ; et s'il m'arrive un accident ou une faute, que ma mort soit expiation pour toutes mes fautes. »
Les bains publics de l'époque sont chauffés par un foyer placé sous le sol : le danger vient du feu et de l'effondrement du plancher. La formule rapportée ici comporte une clause conditionnelle sur la mort, que la guemara va aussitôt écarter.
Abaye a dit : que l'homme ne dise pas cela, pour ne pas ouvrir la bouche au Satan. Car Rech Lakich a dit, et de même a-t-on enseigné au nom de Rabbi Yossei : que jamais l'homme n'ouvre la bouche au Satan.
Ouvrir la bouche au Satan : formuler soi-même l'hypothèse d'un malheur. La règle vise la clause « et s'il m'arrive un accident ». Abaye retranche cette moitié de la formule et laisse la demande seule.
Rav Yossef a dit : quel est le verset ? Ce qui est écrit : « peu s'en est fallu que nous ne soyons comme Sedom, semblables à Amora » (Yechaya 1:9).
Que leur a répondu le prophète ? « Écoutez la parole de Hachem, chefs de Sedom, etc. » (Yechaya 1:10).
Le peuple s'est comparé de lui-même à Sedom ; le prophète reprend aussitôt la comparaison et l'applique. La parole prononcée a fixé le terme dont on s'était servi.
Lorsqu'il sort, que dit-il ? Rav Aha a dit : « Je te rends grâce, Hachem, de m'avoir sauvé du feu. »
Rabbi Abbahou entra aux bains. Le plancher des bains s'effondra sous lui, et un miracle lui fut fait : il se tint debout sur un pilier et sauva cent un hommes avec un seul de ses bras.
Il dit : voilà bien ce qu'a dit Rav Aha.
Car Rav Aha a dit : celui qui entre pour se faire saigner dit : « Que ta volonté soit, Hachem mon D.ieu, que cette opération me soit une guérison et que tu me guérisses, car tu es un D.ieu guérisseur fidèle et ta guérison est vérité ; car il n'appartient pas aux hommes de guérir, seulement ils en ont pris l'habitude. »
La hakazat dam, la saignée, était un acte médical courant et risque. La formule de Rav Aha se termine par une phrase de portée générale : les hommes n'auraient pas dû recourir aux remèdes, ils en ont pris l'habitude. Rachi la comprend dans son sens fort — la voie propre était de demander miséricorde.
Abaye a dit : que l'homme ne dise pas cela, car on a enseigné dans l'école de Rabbi Yichmael : « il le fera guérir » (Chemot 21:19) — de là on apprend que l'autorisation a été donnée au médecin de guérir.
Le verset de Chemot 21:19 traite de celui qui a blessé son prochain et doit payer les frais de guérison. L'école de Rabbi Yichmael lit le doublement de l'expression hébraïque comme une autorisation donnée au médecin d'exercer. Abaye retranche donc la dernière clause de la formule de Rav Aha.
Lorsqu'il se relève, que dit-il ? Rav Aha a dit : « Béni ... qui guérit gratuitement. »
La formule de sortie garde la même structure que dans les cas précédents : une reconnaissance après coup. Rofe hinam, « qui guérit gratuitement », marque le contraste avec le médecin, qui se fait payer.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).