Berakhot 60b — Les bénédictions de la journée, du seuil des latrines au réveil, puis l'obligation de bénir sur le mal comme sur le bien

Berakhot 60b

Sougya : Le folio déroule d'abord un formulaire complet de bénédictions attachées aux gestes ordinaires de la vie : ce que l'on dit en entrant aux latrines et en en sortant (acher yatsar), la lecture du Chema et la bénédiction du coucher, la restitution de l'âme au réveil (Élokai nechama), puis la série des birkhot ha-chahar attachées chacune à un geste précis — le chant du coq, l'ouverture des yeux, le fait de s'asseoir, de s'habiller, de se redresser, de poser le pied à terre, de marcher, de se chausser, de se ceindre, de se couvrir la tête — et enfin les bénédictions du tsitsit, des tefilin et du lavage des mains. Une courte discussion oppose Rav, Chmouel et Rav Chechet sur la conclusion de acher yatsar ; Rav Papa tranche en réunissant les deux formules.

La seconde moitié du folio revient à la michna : l'homme est tenu de bénir sur le mal comme il bénit sur le bien. La guemara écarte l'idée d'une même formule pour les deux cas, puisque la michna elle-même distingue Hatov vehametiv et Dayan ha-émet ; Rava explique donc que la michna porte sur la manière de recevoir : avec joie.

Quatre appuis scripturaires sont apportés, puis la règle de Rabbi Meir et de Rabbi Akiva — tout ce que fait le Ciel, c'est pour le bien — illustrée par le récit de Rabbi Akiva sur la route, qui perd en une nuit sa lampe, son coq et son âne, et se trouve par là même sauvé d'une troupe armée.

La journée en bénédictions selon le folio 1. Les latrines Entrée : formule aux anges qui accompagnent (corrigée par Abbaye). Sortie : acher yatsar, sur les orifices et les cavités du corps. 2. Le coucher Chema, de Chema Israël jusqu'à Vehaya im chamoa. Puis ha-mapil : demande de protection pour la nuit. 3. Le réveil Élokai nechama : l'âme rendue pure, gardée, reprise, restituée. Clausule : qui rend les âmes aux corps morts. 4. Les birkhot ha-chahar Dix bénédictions, chacune arrimée à un geste : le coq, les yeux, s'asseoir, s'habiller, se redresser, poser pied à terre, marcher, se chausser, ceinture, tête. 5. Les mitsvot du matin Tsitsit ; tefilin du bras (lehaniah) et de la tête (al mitsvat) ; netilat yadayim. Puis, en se lavant le visage, la longue demande qui s'achève sur gomel hassadim.
Le folio suit l ordre réel de la journée : chaque geste ordinaire reçoit sa formule propre.
Bénir sur le mal comme sur le bien : marche du raisonnement Michna : on est tenu de bénir sur le mal comme on bénit sur le bien. Hava amina : même formule Hatov vehametiv sur le bien, Hatov vehametiv sur le mal. Réfute par la michna elle-même Bonne nouvelle : Hatov vehametiv. Mauvaise nouvelle : Dayan ha-émet. Rava : la michna porte sur l'accueil — recevoir le mal avec joie. Quatre appuis scripturaires R. Aha au nom de R. Levi — Ps 101,1 : bonté ou jugement, dans les deux cas je chante. R. Chmouel bar Nahmani — Ps 56,11 : les deux Noms, mesure de bonté et de rigueur. R. Tanhoum — Ps 116 : coupe des deliverances et détresse, même invocation. Rabbanan — Job 1,21. R. Meir et R. Akiva : que l'on s'habitue à dire tout ce que fait le Ciel, c'est pour le bien. Récit : Rabbi Akiva sur la route (fin du folio).
La question n est pas la formule à dire mais la disposition avec laquelle on la dit.
1
הַנִּכְנָס לְבֵית הַכִּסֵּא, אוֹמֵר: ״הִתְכַּבְּדוּ מְכֻובָּדִים קְדוֹשִׁים מְשָׁרְתֵי עֶלְיוֹן, תְּנוּ כָּבוֹד לֵא-לֹהֵי יִשְׂרָאֵל, הַרְפּוּ מִמֶּנִּי עַד שֶׁאִכָּנֵס וְאֶעֱשֶׂה רְצוֹנִי וְאָבֹא אֲלֵיכֶם״. אָמַר אַבַּיֵּי: לָא לֵימָא אִינָשׁ הָכִי, דִּלְמָא שָׁבְקִי לֵיהּ וְאָזְלִי. אֶלָּא לֵימָא: ״שֶׁמָּרוֹנֵי שֶׁמָּרוֹנִי, עִזְרוּנִי עִזְרוּנִי, סַמְּכוּנִי סַמְּכוּנִי, הַמְתִּינוּ לִי הַמְתִּינוּ לִי עַד שֶׁאֶכָּנֵס וְאֵצֵא, שֶׁכֵּן דַּרְכָּן שֶׁל בְּנֵי אָדָם״. כִּי נָפֵיק, אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ ... אֲשֶׁר יָצַר אֶת הָאָדָם בְּחָכְמָה, וּבָרָא בּוֹ נְקָבִים נְקָבִים, חֲלָלִים חֲלָלִים, גָּלוּי וְיָדוּעַ לִפְנֵי כִּסֵּא כְּבוֹדֶךָ שֶׁאִם יִפָּתֵחַ אֶחָד מֵהֶם אוֹ אִם יִסָּתֵם אֶחָד מֵהֶם אִי אֶפְשָׁר לַעֲמֹוד לְפָנֶיךָ״.

Celui qui entre aux latrines dit : « Soyez honorés, honorables et saints, serviteurs du Très-Haut, rendez honneur au D.ieu d'Israël ; écartez-vous de moi jusqu'à ce que j'entre, que je fasse ce que j'ai à faire, et que je revienne vers vous. » Abbaye a dit : qu'un homme ne parle pas ainsi, de peur qu'ils ne le laissent et s'en aillent. Qu'il dise plutôt : « Gardez-moi, gardez-moi ; aidez-moi, aidez-moi ; soutenez-moi, soutenez-moi ; attendez-moi, attendez-moi, jusqu'à ce que j'entre et que je sorte, car telle est la voie des hommes. » Lorsqu'il sort, il dit : « Béni ... qui a formé l'homme avec sagesse, et a créé en lui des orifices et des orifices, des cavités et des cavités.

Il est révélé et connu devant le trône de Ta gloire que si l'une d'elles s'ouvrait, ou si l'un d'eux se bouchait, il serait impossible de subsister devant Toi. »

📜 Rachi (3)
הִתְכַּבְּדוּ וְכוּ' אֶל הַמַּלְאָכִים הַמַּלְוִים אוֹתוֹ הוּא אוֹמֵר שֶׁנֶּאֱמַר כִּי מַלְאָכָיו יְצַוֶּה לָּךְ (תְּהִילִּים צ״א:י״א):
« Soyez honorés, etc. » — c'est aux anges qui l'accompagnent qu'il s'adresse, comme il est dit : « car Il ordonnera pour toi à Ses anges » (Ps 91,11).
שֶׁאִם יִפָּתֵחַ אֶחָד מֵהֶם מִן הַחֲלָלִים כְּגוֹן הַלֵּב אוֹ הַכָּרֵס אוֹ הַמֵּעַיִם:
« Si l'une d'elles s'ouvrait » — parmi les cavités, comme le cœur, la panse ou les intestins.
אוֹ אִם יִסָּתֵם אֶחָד מֵהֶם מִן הַנְּקָבִים הַפְּתוּחִים כְּגוֹן הַפֶּה אוֹ הַחֹוטֶם אוֹ פִּי הַטַּבַּעַת. יִפְתַּח קָאֵי אַחֲלָלִים יִסָּתֵם קָאֵי אַנְּקָבִים:
« Ou si l'un d'eux se bouchait » — parmi les orifices ouverts, comme la bouche, le nez ou l'anus. « S'ouvrir » se rapporte aux cavités, « se boucher » se rapporte aux orifices.
🗂️ Tossefot (1)
אֲשֶׁר יָצַר אֶת הָאָדָם בְּחָכְמָה בְּתַנְחוּמָא וַיִּבְרָא אֱ-לֹהִים אֶת הָאָדָם א"ר בְּוַן בְּחָכְמָה שֶׁהִתְקִין מְזוֹנוֹתָיו וְאַחַ"כּ בְּרָאוֹ הַייְנוּ דְּאָמַר בְּסַנְהֶדְרִין בס"פ אֶחָד דִּינֵי מָמוֹנוֹת (סַנְהֶדְרִין דַּף לח.) לְכָךְ נִבְרָא בְּעֶרֶב שַׁבָּת כְּדֵי שֶׁיִּכָּנֵס לַסְּעוּדָה מִיָּד וע"כ יָסְדוּ אֲשֶׁר יָצַר אֶת הָאָדָם בְּחָכְמָה:
« Qui a formé l'homme avec sagesse » — dans le Tan'houma, sur « et D.ieu créa l'homme », Rabbi Boun a dit : avec sagesse, car Il a préparé sa nourriture et ne l'a créé qu'ensuite. C'est ce qui est dit dans Sanhédrin, a la fin du chapitre Ehad diné mamonot (38a) : il a été créé la veille de chabbat afin d'entrer aussitôt au festin. C'est pour cela que l'on a institué « qui a formé l'homme avec sagesse ».
💡 Explication

Le folio ouvre une longue série de formulaires. Celui des latrines suppose que l'homme est accompagné d'anges qui ne peuvent entrer avec lui : il faut donc les congédier. Abbaye corrige la formulation, parce que congédier des accompagnateurs risque de les faire partir pour de bon ; il substitue une demande d'attente et de protection.

La bénédiction de sortie, acher yatsar, tient sur une distinction anatomique que Rachi explicite : les nekavim (orifices ouverts : bouche, nez, anus) doivent rester ouverts, les halalim (cavités fermées : cœur, panse, intestins) doivent rester fermés. Le danger est donc croisé — une cavité qui s'ouvre, un orifice qui se bouche — et c'est exactement l'ordre des deux verbes du texte.

🖼️ Schéma
Acher yatsar : orifices et cavités, deux dangers inverses Nekavim — les orifices ouverts La bouche, le nez, l'anus (Rachi). Leur état normal : ouverts. Danger : yistam — qu'un seul se bouche. Prodige souligné par Rachi et Tossefot : une outre percée ne retient pas son souffle, le corps percé de partout le retient toute la vie. Halalim — les cavités fermées Le cœur, la panse, les intestins (Rachi). Leur état normal : closes. Danger : yipatah — qu'une seule s'ouvre. Rachi : dans le texte, yipatah se rapporte aux cavités et yistam aux orifices — l'ordre des verbes croise celui des noms.
Chaque partie du corps a son état propre ; la bénédiction porte sur le maintien de cet équilibre.
2
מַאי חֲתִים? אָמַר רַב: ״רוֹפֵא חוֹלִים״. אָמַר שְׁמוּאֵל: קָא שַׁוִּינְהוּ אַבָּא לְכֻולֵּי עָלְמָא קְצִירֵי. אֶלָּא: ״רוֹפֵא כָּל בָּשָׂר״. רַב שֵׁשֶׁת אָמַר: ״מַפְלִיא לַעֲשׂוֹת״. אָמַר רַב פָּפָּא: הִלְכָּךְ נַמְרִינְהוּ לְתַרְוַיְיהוּ — ״רוֹפֵא כָּל בָּשָׂר וּמַפְלִיא לַעֲשׂוֹת״.

Par quoi conclut-on ? Rav a dit : « qui guérit les malades ».

Chmouel a dit : Abba a fait de tout le monde des malades ! Plutôt : « qui guérit toute chair ».

Rav Chechet a dit : « qui accomplit des merveilles ». Rav Papa a dit : dès lors, disons-les toutes les deux — « qui guérit toute chair et accomplit des merveilles ».

📜 Rachi (3)
קְצִירֵי חוֹלִים:
« Ketsiré » — des malades.
רוֹפֵא כָּל בָּשָׂר כְּנֶגֶד הַיְּצִיאָה שֶׁהִיא רְפוּאַת כָּל הַגּוּף:
« Qui guérit toute chair » — en regard de l'évacuation, qui est la guérison de tout le corps.
וּמַפְלִיא לַעֲשׂוֹת כְּנֶגֶד שֶׁהַגּוּף חָלוּל כְּמוֹ נֹאד וְהַנֹּאד הַזֶּה אִם יֵשׁ בּוֹ נֶקֶב אֵין הָרוּחַ עוֹמֵד בְּתוֹכוֹ והקב"ה בָּרָא אֶת הָאָדָם בְּחָכְמָה וּבָרָא בּוֹ נְקָבִים נְקָבִים הַרְבֵּה ואעפ"כ הָרוּחַ בְּתוֹכוֹ כָּל יְמֵי חַיָּיו וְזוֹ הִיא פְּלִיאָה וְחָכְמָה:
« Et accomplit des merveilles » — en regard du fait que le corps est creux comme une outre. Cette outre-là, s'il s'y trouve un trou, le souffle ne s'y maintient pas ; or le Saint béni soit-Il a créé l'homme avec sagesse et a créé en lui de nombreux orifices, et malgré cela le souffle demeure en lui tous les jours de sa vie. Voilà la merveille et la sagesse.
🗂️ Tossefot (1)
מַפְלִיא לַעֲשׂוֹת מִשּׁוּם דְּאָמְרִינַן בב"ר כִּי גָדוֹל אַתָּה וְעֹושֵׂה נִפְלָאוֹת אַתָּה אֱ-לֹהִים לְבַדֶּךָ אָדָם עוֹשֶׂה נֹאד אֲפִילּוּ יֵשׁ בּוֹ נֶקֶב אֶחָד מְלֹא מַחַט סִדְקִית הָרוּחַ יוֹצֵא וְאֵינוֹ יָכוֹל לִשְׁמוֹר בּוֹ יַיִן והקב"ה בָּרָא נְקָבִים נְקָבִים בָּאָדָם וְשׁוֹמֵר הָרוּחַ שֶׁאֵינוֹ יוֹצֵא מִמֶּנּוּ:
« Qui accomplit des merveilles » — parce qu'il est dit dans Berechit Rabba : « car Tu es grand et Tu fais des merveilles, Toi seul es D.ieu » — un homme fabrique une outre : même s'il n'y a en elle qu'un seul trou de la taille d'une aiguille à coudre, le souffle s'échappe et elle ne peut plus garder son vin ; et le Saint béni soit-Il a créé dans l'homme des orifices et des orifices, et Il garde le souffle pour qu'il n'en sorte pas.
💡 Explication

Discussion sur la hatima, la formule de clôture de la bénédiction. Rav propose « qui guérit les malades » ; Chmouel objecte que cette clausule, dite par tout un chacun chaque jour, reviendrait à classer l'humanité entière parmi les malades, et lui substitue « qui guérit toute chair ». Rav Chechet oriente la clausule vers l'émerveillement plutôt que vers la guérison : « qui accomplit des merveilles ».

Rachi montre que les deux clausules ne se recouvrent pas : l'une répond à l'évacuation elle-même, l'autre au fait que le souffle vital tienne dans un corps percé de toutes parts. Rav Papa les réunit — et c'est la formule qui nous est restée.

🖼️ Schéma
Comment conclure acher yatsar : quatre positions Rav rofé holim — qui guérit les malades. Objection de Chmouel. Chmouel rofé kol bassar — qui guérit toute chair. Vise l'évacuation (Rachi). Rav Chechet mafli laassot — qui accomplit des merveilles. Vise le souffle retenu. Rav Papa : disons les deux ensemble rofé kol bassar oumafli laassot — la formule retenue.
Les deux clausules retenues ne disent pas la même chose : l'une porte sur la guérison, l'autre sur le prodige du souffle.
3
הַנִּכְנָס לִישַׁן עַל מִטָּתוֹ, אוֹמֵר מִ״שְׁמַע יִשְׂרָאֵל״ עַד ״וְהָיָה אִם שָׁמוֹעַ״, וְאוֹמֵר: ״בָּרוּךְ … הַמַּפִּיל חַבְלֵי שֵׁינָה עַל עֵינַי וּתְנוּמָה עַל עַפְעַפַּי, וּמֵאִיר לְאִישׁוֹן בַּת עָיִן. יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנֶיךָ ה׳ אֱ-לֹהַי, שֶׁתַּשְׁכִּיבֵנִי לְשָׁלוֹם, וְתֵן חֶלְקִי בְּתוֹרָתְךָ, וְתַרְגִּילֵנִי לִידֵי מִצְוָה, וְאַל תַּרְגִּילֵנִי לִידֵי עֲבֵירָה, וְאַל תְּבִיאֵנִי לִידֵי חֵטְא, וְלֹא לִידֵי עָוֹן, וְלֹא לִידֵי נִסָּיוֹן, וְלֹא לִידֵי בִּזָּיוֹן. וְיִשְׁלֹוט בִּי יֵצֶר טוֹב, וְאַל יִשְׁלֹוט בִּי יֵצֶר הָרָע. וְתַצִּילֵנִי מְפַגֵּעַ רַע, וּמֵחֲלָאִים רָעִים. וְאַל יְבַהֲלוּנִי חֲלוֹמוֹת רָעִים וְהִרְהוּרִים רָעִים. וּתְהֵא מִטָּתִי שְׁלֵמָה לְפָנֶיךָ. וְהָאֵר עֵינַי פֶּן אִישַׁן הַמָּוֶת. בָּרוּךְ אַתָּה ה׳ הַמֵּאִיר לָעוֹלָם כֻּולּוֹ בִּכְבוֹדוֹ״.

Celui qui entre pour dormir sur son lit dit, depuis « Chema Israël » jusqu'à « Vehaya im chamoa », et il dit : « Béni ... qui fait tomber les liens du sommeil sur mes yeux et l'assoupissement sur mes paupières, et qui donne la lumière à la pupille de l'œil. Que ce soit Ta volonté, ה' mon D.ieu, de me coucher en paix ; donne ma part dans Ta Torah, habitue-moi à la mitsva et ne m'habitue pas à la transgression ; ne m'amène ni à la faute, ni à l'iniquité, ni à l'épreuve, ni au mépris.

Que le bon penchant domine en moi et que le mauvais penchant ne domine pas en moi. Délivre-moi d'une atteinte mauvaise et de maladies mauvaises.

Que des rêves mauvais et des pensées mauvaises ne m'épouvantent pas. Que ma couche soit entière devant Toi.

Illumine mes yeux, de peur que je ne dorme du sommeil de la mort. Béni sois-Tu ה', qui illumine le monde entier dans Sa gloire. »

📜 Rachi (1)
וּתְהֵא מִטָּתִי שְׁלֵמָה שֶׁלֹּא יְהֵא פָּסוּל וְרָשָׁע בְּזַרְעִי:
« Que ma couche soit entière » — qu'il n'y ait ni homme invalide ni impie dans ma descendance.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר ר' אֶלְעָזָר כָּל הָאוֹמֵר תְּהִלָּה לְדָוִד בְּכָל יוֹם מֻובְטָח לוֹ שֶׁהוּא בֶּן הָעוֹלָם הַבָּא. מַה שֶׁאָנוּ פּוֹתְחִין בְּאַשְׁרֵי יוֹשְׁבֵי מִשּׁוּם דְּמִנֵּיהּ נָפְקָא לָן לְקַמָּן (בְּרָכוֹת דַּף לב:) צָרִיךְ אָדָם שֶׁיִּשְׁהֶה שָׁעָה אַחַת קֹודֶם שֶׁיִּתְפַּלֵּל. וְגַם מְסַייְּמִין וַאֲנַחְנוּ נְבָרֵךְ יָהּ כְּדֵי שֶׁיְּסַייֵּם בְּהַלְלוּיָהּ. אָמַר רִיבָּ"ל אַף עַל פִּי שֶׁקָּרָא אָדָם קְרִיאַת שְׁמַע בְּבֵית הַכְּנֶסֶת מִצְוָה לִקְרוֹתָהּ עַל מִטָּתוֹ. וְדַוְקָא פָּרָשָׁה רִאשׁוֹנָה כִּדְאָמַר בְּפֶרֶק הָרוֹאֶה (בְּרָכוֹת דַּף ס:):
Rabbi Eleazar a dit : quiconque récite Tehila le-David chaque jour, il lui est assuré qu'il est fils du monde à venir. Si nous ouvrons par Achré yochvé vétékha, c'est parce que de là nous déduisons plus loin (Berakhot 32b) que l'homme doit patienter une heure avant de prier. Et nous concluons aussi par Va-anahnou nevarekh Y-a, afin de finir sur Halelouya. Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : bien qu'un homme ait déjà lu le Chema à la synagogue, c'est une mitsva de le lire sur son lit. Et cela vaut uniquement pour la première parachiya, comme il est dit au chapitre Ha-roé (Berakhot 60b).
💡 Explication

La lecture du Chema au coucher n'est pas la lecture du soir de la michna : le Roch précise qu'elle se limite à la première parachiya, et qu'elle demeure une mitsva même pour qui a déjà lu le Chema à la synagogue. Notre texte, lui, va « jusqu'à Vehaya im chamoa », c'est-à-dire jusqu'au seuil de la deuxième parachiya.

La bénédiction ha-mapil qui suit demande la protection sur trois plans : le corps (atteinte, maladies), l'esprit pendant le sommeil (rêves et pensées), et la conduite morale au réveil. Rachi lit « que ma couche soit entière » comme une demande sur la descendance, et non sur le lit lui-même.

4
כִּי מִתְּעַר אוֹמֵר: ״אֱ-לֹהַי, נְשָׁמָה שֶׁנָּתַתָּ בִּי טְהוֹרָה. אַתָּה יְצַרְתָּהּ בֵּי, אַתָּה נִפְחֲתָה בִּי, וְאַתָּה מִשְׁמָרָה בְּקִרְבִּי, וְאַתָּה עָתִיד לִיטְּלָהּ מִמֶּנִּי וּלְהַחֲזִירָהּ בִּי לְעָתִיד לָבֹא. כָּל זְמַן שֶׁהַנְּשָׁמָה בְּקִרְבִּי מוֹדֶה אֲנִי לְפָנֶיךָ ה׳ אֱ-לֹהַי וֵא-לֹהֵי אֲבוֹתַי, רִבּוֹן כָּל הָעוֹלָמִים, אֲדוֹן כָּל הַנְּשָׁמוֹת. בָּרוּךְ אַתָּה ה׳, הַמַּחֲזִיר נְשָׁמוֹת לִפְגָרִים מֵתִים״.

Lorsqu'il se réveille, il dit : « Mon D.ieu, l'âme (nechama) que Tu as placée en moi est pure. Toi Tu l'as formée en moi, Toi Tu l'as insufflée en moi, et Toi Tu la gardes au-dedans de moi ; Toi Tu es destiné à la reprendre de moi et à me la rendre dans le temps à venir.

Tant que l'âme est au-dedans de moi, je Te rends grâce, ה' mon D.ieu et D.ieu de mes pères, Maître de tous les mondes, Seigneur de toutes les âmes. Béni sois-Tu ה', qui rend les âmes aux corps morts. »

💡 Explication

La formule du réveil articule quatre moments d'une même nechama : elle est formée, insufflée, gardée, puis reprise et rendue. La clausule « qui rend les âmes aux corps morts » traite le sommeil comme une image de la mort, en reprise directe de la demande du coucher — « illumine mes yeux, de peur que je ne dorme du sommeil de la mort ».

5
כִּי שָׁמַע קוֹל תַּרְנְגוֹלָא, לֵימָא: ״בָּרוּךְ … אֲשֶׁר נָתַן לַשֶּׂכְוִי בִּינָה לְהַבְחִין בֵּין יוֹם וּבֵין לָיְלָה״. כִּי פָּתַח עֵינֶיהָ, לֵימָא: ״בָּרוּךְ … פּוֹקֵחַ עִוְרִים״. כִּי תָּרֵיץ וְיָתֵיב, לֵימָא: ״בָּרוּךְ … מַתִּיר אֲסוּרִים״. כִּי לָבֵישׁ, לֵימָא: ״בָּרוּךְ … מַלְבִּישׁ עֲרוּמִים״. כִּי זָקֵיף, לֵימָא: ״בָּרוּךְ … זוֹקֵף כְּפוּפִים״. כִּי נְחִית לְאַרְעָא, לֵימָא: ״בָּרוּךְ … רֹוקַע הָאָרֶץ עַל הַמָּיִם״. כִּי מְסַגֵּי, לֵימָא: ״בָּרוּךְ … הַמֵּכִין מִצְעֲדֵי גֶּבֶר״. כִּי סַיֵּים מְסָאנֵיהּ, לֵימָא: ״בָּרוּךְ … שֶׁעָשָׂה לִי כָּל צָרְכִּי״. כִּי אָסַר הֶמְיָינֵיהּ, לֵימָא: ״בָּרוּךְ … אוֹזֵר יִשְׂרָאֵל בִּגְבוּרָה״. כִּי פָּרֵיס סוּדָרָא עַל רֵישֵׁיהּ, לֵימָא: ״בָּרוּךְ … עוֹטֵר יִשְׂרָאֵל בְּתִפְאָרָה״.

Quand il entend le chant du coq, qu'il dise : « Béni ... qui a donné au sekhvi le discernement de distinguer entre le jour et la nuit. » Quand il ouvre les yeux, qu'il dise : « Béni ... qui rend la vue aux aveugles. » Quand il se redresse et s'assied, qu'il dise : « Béni ... qui délie les entraves. » Quand il s'habille, qu'il dise : « Béni ... qui vêt ceux qui sont nus. » Quand il se tient droit, qu'il dise : « Béni ... qui redresse ceux qui sont courbés. » Quand il descend à terre, qu'il dise : « Béni ... qui étend la terre sur les eaux. » Quand il marche, qu'il dise : « Béni ... qui affermit les pas de l'homme. » Quand il met ses chaussures, qu'il dise : « Béni ... qui a pourvu à tous mes besoins. » Quand il attache sa ceinture, qu'il dise : « Béni ... qui ceint Israël de force. » Quand il étend le soudar sur sa tête, qu'il dise : « Béni ... qui couronne Israël de splendeur. »

📜 Rachi (1)
לַשֶּׂכְוִי תַּרְנְגוֹל דְּאִיכָּא דֻּוכְתָּא דְּקָרוּ לְתַרְנְגוֹל שֶׂכְוִי כִּדְאָמְרִינַן בר"ה (דַּף כו.):
« Le sekhvi » — le coq ; car il y a des endroits où l'on appelle le coq sekhvi, comme nous l'avons dit dans Roch Hachana (26a).
🗂️ Tossefot (2)
כִּי שָׁמַע קוֹל תַּרְנְגוֹלָא אוֹמֵר בָּרוּךְ שֶׁנָּתַן לַשֶּׂכְוִי בִּינָה לְהַבְחִין וְהוּא הַדִּין אֲפִילּוּ כִּי לֹא שָׁמַע דְּאֵין בְּרָכָה זוֹ אֶלָּא לְהַבְחָנָה עַל הֲנָאַת הָאוֹרָה שֶׁתַּרְנְגוֹל מַבְחִין וְהוּא נֶהֱנֶה מִן הָאוֹר:
« Quand il entend le chant du coq, il dit : Béni, qui a donné au sekhvi le discernement » — et il en va de même s'il ne l'a pas entendu, car cette bénédiction ne porte que sur le discernement lié au plaisir de la lumière : le coq discerne, et l'homme jouit de la lumière.
כִּי פָּרֵיס סוּדָרָא עַל רֵישֵׁיהּ וה"ה לְכָל כּוֹבַע וּלְכָל כִּסּוּי וְדַוְקָא כְּשֶׁנֶּהֱנֶה אֲבָל אִם אֵינוֹ נֶהֱנֶה כְּגוֹן שֶׁהוּא שׁוֹכֵב עַל מִטָּתוֹ לֹא יְבָרֵךְ לֹא זוֹ וְלֹא מַלְבִּישׁ עֲרוּמִים וְלֹא בְּרָכוֹת כַּיּוֹצֵא בָּהֶן כֵּיוָן שֶׁלֹּא נֶהֱנֶה כִּדְמַשְׁמַע בְּפֶרֶק שְׁלִישִׁי דִּמְגִילָּה (דַּף כֹּד:) גַּבֵּי מִי שֶׁלֹּא רָאָה מְאוֹרוֹת מִיָּמָיו דְּכֻולֵּי עָלְמָא בָּעֵי שֶׁיֵּהָנֶה מִן הָאוֹרָה:
« Quand il étend le soudar sur sa tête » — et il en va de même pour tout bonnet et toute coiffure. Cela ne vaut que lorsqu'il en tire un profit ; mais s'il n'en tire pas de profit, par exemple s'il est couché sur son lit, il ne bénit ni celle-ci, ni « qui vêt ceux qui sont nus », ni les bénédictions du même genre, puisqu'il n'en tire pas de profit — comme cela ressort du troisième chapitre de Meguila (24b), à propos de celui qui n'a jamais vu les luminaires : tout le monde exige qu'il tire profit de la lumière.
💡 Explication

Voici les birkhot ha-chahar dans leur état premier : chacune est arrimée à un geste précis, dans l'ordre où le corps sort du sommeil. La formule ne décrit pas une doctrine mais accompagne un mouvement — entendre, ouvrir les yeux, s'asseoir, s'habiller, se lever, poser le pied à terre, marcher, se chausser, se ceindre, se couvrir la tête.

Tossefot pose le principe qui gouverne toute la série : la bénédiction est due au profit (hanaa) tiré du geste, non à l'événement lui-même. D'où deux conséquences opposées — on bénit sur le coq même sans l'avoir entendu, puisque c'est du jour que l'on jouit ; et on ne bénit pas sur l'habit si l'on reste couché, puisqu'on n'en tire rien.

🖼️ Schéma
Un geste, une bénédiction : la série du réveil Le coq chantenatan la-sekhvi bina Il ouvre les yeuxpokéah ivrim Il se redresse et s'assiedmatir assourim Il s'habillemalbich aroumim Il se tient droitzokef kefoufim Il pose le pied à terreroka ha-arets al ha-mayim Il marcheha-mekhin mitsadé gaver Il se chausseche-assa li kol tsorki Il se ceintozer Israël bigvoura Il se couvre la têteôter Israël betifara Règle de Tossefot La bénédiction suit le profit tiré du geste, non le geste seul.
Dix bénédictions, dix gestes, dans l'ordre du lever.
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כִּי מֵעָטֵף בְּצִיצִית, לֵימָא: ״בָּרוּךְ … אֲשֶׁר קִדְּשָׁנוּ בְּמִצְוֹתָיו וְצִוָּנוּ לְהִתְעַטֵּף בְּצִיצִית״. כִּי מַנַּח תְּפִילִּין אַדְּרָעֵיהּ, לֵימָא: ״בָּרוּךְ … אֲשֶׁר קִדְּשָׁנוּ בְּמִצְוֹתָיו וְצִוָּנוּ לְהַנִּיחַ תְּפִילִּין״, אַרֵישֵׁיהּ, לֵימָא: ״בָּרוּךְ … אֲשֶׁר קִדְּשָׁנוּ בְּמִצְוֹתָיו וְצִוָּנוּ עַל מִצְוַת תְּפִילִּין״. כִּי מֶשִׁי יָדֶיהָ, לֵימָא: ״בָּרוּךְ … אֲשֶׁר קִדְּשָׁנוּ בְּמִצְוֹתָיו וְצִוָּנוּ עַל נְטִילַת יָדַיִם״. כִּי מֶשִׁי אַפֵּיהּ, לֵימָא: בָּרוּךְ … הַמַּעֲבִיר חַבְלֵי שֵׁינָה מֵעֵינָי וּתְנוּמָה מֵעַפְעַפָּי. וִיהִי רָצוֹן מִלְּפָנֶיךָ ה׳ אֱ-לֹהַי, שֶׁתַּרְגִּילֵנִי בְּתוֹרָתְךָ, וְדִבְקָנֵי בְּמִצְוֹתֶיךָ, וְאַל תְּבִיאֵנִי לֹא לִידֵי חֵטְא, וְלֹא לִידֵי עָוֹן, וְלֹא לִידֵי נִסָּיוֹן, וְלֹא לִידֵי בִּזָּיוֹן. וְכוֹף אֶת יִצְרִי לְהִשְׁתַּעְבֵּד לָךְ. וּרְחָקַנִי מֵאָדָם רַע, וּמְחַבֵּר רַע. וְדַבְּקֵנִי בְּיֵצֶר טוֹב וּבְחָבֵר טוֹב בְּעוֹלָמֶךָ. וּתְנֵנִי הַיּוֹם וּבְכָל יוֹם לְחֵן וּלְחֶסֶד וּלְרַחֲמִים בְּעֵינֶיךָ וּבְעֵינֵי כָּל רוֹאַי, וְתִגְמְלֵנִי חֲסָדִים טוֹבִים. בָּרוּךְ אַתָּה ה׳ גּוֹמֵל חֲסָדִים טוֹבִים לְעַמּוֹ יִשְׂרָאֵל״.

Quand il s'enveloppe du tsitsit, qu'il dise : « Béni ... qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné de nous envelopper du tsitsit. » Quand il pose les tefilin sur son bras, qu'il dise : « Béni ... qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné de poser les tefilin » ; sur sa tête, qu'il dise : « Béni ... qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné au sujet de la mitsva des tefilin. » Quand il se lave les mains, qu'il dise : « Béni ... qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné au sujet du lavage des mains. » Quand il se lave le visage, qu'il dise : « Béni ... qui ôte les liens du sommeil de mes yeux et l'assoupissement de mes paupières. Et que ce soit Ta volonté, ה' mon D.ieu, de m'habituer à Ta Torah, de m'attacher à Tes commandements, et de ne m'amener ni à la faute, ni à l'iniquité, ni à l'épreuve, ni au mépris.

Ploie mon penchant pour qu'il Te soit assujetti. Éloigne-moi d'un homme mauvais et d'un compagnon mauvais.

Attache-moi au bon penchant et à un bon compagnon dans Ton monde. Accorde-moi aujourd'hui et chaque jour grâce, bienveillance et miséricorde à Tes yeux et aux yeux de tous ceux qui me voient, et accorde-moi de bonnes bontés.

Béni sois-Tu ה', qui accorde de bonnes bontés à Son peuple Israël. »

🗂️ Tossefot (1)
אֲשֶׁר קִדְּשָׁנוּ בְּמִצְוֹתָיו וְצִוָּנוּ לְהַנִּיחַ תְּפִילִּין כֵּיוָן דִּתְחִלַּת הַנָּחָתוֹ בִּזְרוֹעוֹ יֵשׁ לְבָרֵךְ לְהַנִּיחַ אֲבָל בְּשֶׁל רֹאשׁ מְבָרֵךְ עַל מִצְוַת וְלֹא לְהַנִּיחַ שֶׁכְּבָר הִתְחִיל וְהִנִּיחַ אֶחָד מֵהֶם וּבְפֶ' הַקֹּומֶץ (מְנָחוֹת לו. וְשָׁם) אָמַר לֹא סָח מְבָרֵךְ אַחַת סָח מְבָרֵךְ שְׁתַּיִם פ"ה דְּעַל שְׁתֵּי הַתְּפִילִּין קָאָמַר דִּמְבָרֵךְ בְּרָכָה אַחַת עַל שְׁתֵּיהֶן בְּלֹא סָח בֵּינְתַיִם וְדֹוחַק לוֹמַר דְּלָא הֻוצְרְכוּ שְׁתֵּי בְּרָכוֹת דִּלְהַנִּיחַ וְעַל מִצְוַת אֶלָּא כְּשֶׁסָּח וְעָבַר עֲבֵירָה. לָכֵן פר"ת דְּעַל שֶׁל רֹאשׁ שֶׁהִיא גְּמַר מִצְוָה וְעִיקָּר דְּיֵשׁ בָּהּ ד' בָּתִּים וְשִׁי"ן מְבָרֵךְ עַל מִצְוַת אֲבָל סָח חוֹזֵר וּמְבָרֵךְ שְׁתַּיִם עַל שֶׁל רֹאשׁ וְכֵן בְּשִׁימּוּשָׁא רַבָּא דִּגְאוֹנִים ולפר"ת גַּבֵּי סָח מְבָרֵךְ שְׁתַּיִם אִם יַנִּיחַ שֶׁל רֹאשׁ לְבַד דְּאֵין מְעַכְּבִין זֶה אֶת זֶה מְבָרֵךְ שְׁתַּיִם עַל שֶׁל רֹאשׁ בִּלְבַד וּמַה שֶׁלֹּא הִזְכִּיר הגמ' עַל שֶׁל רֹאשׁ בִּלְבַד מְבָרֵךְ שְׁתַּיִם לְפִי שֶׁאֵין רְגִילוּת כְּלָל לְהַנִּיחַ זֶה בְּלֹא זֶה דִּתְפִילִּין בֵּי בַּר חָבוּ שְׁכִיחִי (ב"מ ד' כט:) וְכֵן פֵּי' רַבֵּינוּ תָּם בִּתְשׁוּבוֹתָיו וְכֵן רַבֵּינוּ אֶלְחָנָן בְּסֵדֶר תִּקּוּן תְּפִלָּה שֶׁלּוֹ כָּתַב כֵּן:
« Qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné de poser les tefilin » — puisque la pose commence par le bras, il convient de bénir « de poser » ; mais sur celui de la tête il bénit « au sujet de la mitsva » et non « de poser », puisqu'il a déjà commencé et posé l'un des deux. Au chapitre Ha-kometz (Menahot 36a), il est dit : s'il n'a pas parlé, il bénit une seule bénédiction ; s'il a parlé, il en bénit deux. Rachi explique que cela vise les deux tefilin : il bénit une seule bénédiction sur les deux lorsqu'il n'a pas parlé entre les deux — mais il est forcé de dire que les deux bénédictions, « de poser » et « au sujet de la mitsva », ne seraient requises que lorsqu'il a parlé et commis une transgression. C'est pourquoi Rabbenou Tam a expliqué que sur celui de la tête, qui est l'achèvement de la mitsva et son essentiel, puisqu'il comporte quatre compartiments et le chin, on bénit « au sujet de la mitsva » ; mais s'il a parlé, il revient et bénit deux bénédictions sur celui de la tête. Ainsi est-il écrit également dans le Chimoucha Rabba des Gueonim. Et selon Rabbenou Tam, au sujet de celui qui a parlé et bénit deux bénédictions : s'il pose celui de la tête seul — car ils ne se conditionnent pas l'un l'autre — il bénit deux bénédictions sur celui de la tête seul. Si la guemara n'a pas mentionné que sur celui de la tête seul on bénit deux bénédictions, c'est parce qu'il n'est nullement courant de poser l'un sans l'autre, car « les tefilin de chez Bar Habou sont courants » (Baba Metsia 29b). Ainsi l'a expliqué Rabbenou Tam dans ses responsa, et ainsi l'a écrit Rabbenou Elhanan dans son Seder Tikoun Tefila.
💡 Explication

La série se poursuit avec les mitsvot du matin. Le point technique porte sur les deux formules des tefilin : lehaniah tefilin pour le bras, al mitsvat tefilin pour la tête. Notre guemara les donne toutes deux, alors que Menahot 36a enseigné qu'une seule bénédiction suffit si l'on n'a pas parlé entre les deux poses.

Deux lectures s'affrontent chez Tossefot. Selon Rachi, la bénédiction unique couvre les deux tefilin, et la seconde formule ne serait requise qu'après une parole fautive — ce que Tossefot juge forcé. Selon Rabbenou Tam, la seconde formule tient à la dignité propre du tefilin de la tête, qui achève la mitsva ; celui qui a parlé recommence deux bénédictions sur celui de la tête.

7
חַייָּב אָדָם לְבָרֵךְ כּוּ׳: מַאי ״חַייָּב לְבָרֵךְ עַל הָרָעָה כְּשֵׁם שֶׁמְּבָרֵךְ עַל הַטּוֹבָה״? אִילֵּימָא כְּשֵׁם שֶׁמְּבָרֵךְ עַל הַטּוֹבָה ״הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב״, כָּךְ מְבָרֵךְ עַל הָרָעָה ״הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב״, וְהָתְנַן עַל בְּשׂוֹרוֹת טוֹבוֹת אוֹמֵר ״הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב״, עַל בְּשׂוֹרוֹת רָעוֹת אוֹמֵר ״בָּרוּךְ … דַּייַּן הָאֱמֶת״! אָמַר רָבָא: לֹא נִצְרְכָה, אֶלָּא לְקַבּוֹלִינְהוּ בְּשִׂמְחָה.

« L'homme est tenu de bénir, etc. » : que veut dire « il est tenu de bénir sur le mal comme il bénit sur le bien » ? Si l'on dit que, de même qu'il bénit sur le bien « Hatov vehametiv », ainsi bénit-il sur le mal « Hatov vehametiv » — mais nous avons appris dans la michna : sur de bonnes nouvelles il dit « Hatov vehametiv », sur de mauvaises nouvelles il dit « Béni ... le Juge de vérité » !

Rava a dit : cela n'était nécessaire que pour les recevoir avec joie.

📜 Rachi (2)
הָכִי גָּרְסִי' אִילֵּימָא כְּשֵׁם שֶׁמְּבָרֵךְ עַל הַטּוֹבָה הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב כָּךְ מְבָרֵךְ עַל הָרָעָה הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב וְהָתְנַן עַל בְּשׂוֹרוֹת טוֹבוֹת הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב וְעַל שְׁמוּעוֹת רָעוֹת אוֹמֵר בָּרוּךְ דַּיַּין הָאֱמֶת:
Voici la version du texte : « Si l'on dit : de même qu'il bénit sur le bien Hatov vehametiv, ainsi bénit-il sur le mal Hatov vehametiv — mais nous avons appris dans la michna : sur de bonnes nouvelles, Hatov vehametiv, et sur de mauvaises nouvelles il dit : Béni le Juge de vérité. »
לְקַבּוֹלִינְהוּ בְּשִׂמְחָה לְבָרֵךְ עַל מִדַּת פֻּורְעָנוּת בְּלֵבָב שָׁלֵם:
« Pour les recevoir avec joie » — bénir sur la mesure de rigueur d'un cœur entier.
🪔 Ben Yehoyada (1)
לָא נִצְרְכָה אֶלָּא לְקַבְּלִנְהוּ בְּשִׂמְחָה. נִרְאֶה לִי בס"ד מִלּוּי שִׂמְחָה בָּזֶה ש י"ן מִ" ם ח י"ת הַ" י [520] עוֹלֶה מִסְפַּר דַּיַּין הָאֱמֶת [520] , רֶמֶז שֶׁיְּבָרֵךְ דַּייַּן הָאֱמֶת בְּשִׂמְחָה, וְלָזֶה אָמַר אַחַר כָּךְ (תְּהִלִּים נו, יא) בֵּא-לֹהִים אַהִלֵּל דָּבָר, זוֹ מִדַּת פֻּרְעָנוּת כִּי שֵׁם 'אֱ-לֹהִים' הוּא חֲמִשָּׁה אוֹתִיּוֹת, וַחֲמִשָּׁה הוּא אוֹתִיּוֹת 'שִׂמְחָה' בְּהִפּוּךְ אַתָּוָון.
« Cela n'était nécessaire que pour les recevoir avec joie. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le miloui — l'épellation des lettres — de simha (joie) : chin donne chin-youd-noun, mem donne mem-mem, het donne het-youd-tav, hé donne hé-youd, soit 520 — s'élève au même nombre que Dayan ha-émet, 520 : allusion au fait qu'il faut bénir « le Juge de vérité » dans la joie. C'est pourquoi il est dit ensuite (Ps 56,11) « en Elokim je louerai la parole », c'est-à-dire la mesure de rigueur — car le Nom Elokim comporte cinq lettres, et « cinq » (hamicha) est fait des mêmes lettres que simha, dans un ordre inverse.
💡 Explication

La guemara revient à la michna. La lecture spontanée — « bénir sur le mal comme sur le bien » signifierait dire la même formule — est immédiatement écartée, puisque la michna elle-même distingue deux clausules : Hatov vehametiv pour la bonne nouvelle, Dayan ha-émet pour la mauvaise.

Rava déplace donc l'enseignement : la michna ne porte pas sur le texte de la bénédiction mais sur la disposition intérieure. « Comme sur le bien » qualifie la simha, la joie avec laquelle on accueille l'événement. Rachi ajoute la nuance : bénir sur la rigueur « d'un cœur entier ».

🖼️ Schéma
La formule change, la disposition ne change pas Une nouvelle parvient à l'homme Bonne nouvelle Formule : Hatov vehametiv. Mauvaise nouvelle Formule : Béni ... Dayan ha-émet. Même accueil dans les deux cas : la simha (Rava).
La michna enseigne la disposition, pas la formule : les deux clausules restent distinctes.
8
אָמַר רַב אַחָא מִשּׁוּם רַבִּי לֵוִי: מַאי קְרָא — ״חֶסֶד וּמִשְׁפָּט אָשִׁירָה לְךָ ה׳ אֲזַמֵּרָה״. אִם חֶסֶד — אֲשֵׁירָה, וְאִם מִשְׁפָּט — אֲשֵׁירָה.

Rav Aha a dit au nom de Rabbi Levi : quel est le verset ? — « Bonté et jugement, je chanterai ; à Toi, ה', je psalmodierai » (Ps 101,1). Si c'est bonté — je chanterai ; et si c'est jugement — je chanterai.

🪔 Ben Yehoyada (1)
מַאי קְרָא (תְּהִלִּים קא, א) חֶסֶד וּמִשְׁפָּט אָשִׁירָה לְךָ ה' אֲזַמֵּרָה. הָא דְּלָא הִסְפִּיק לוֹ הַאי קְרָא דְּמַיְיתִי ר"י (תְּהִלִּים נו, יא) בָּהּ' אַהִלֵּל דָּבָר, דִּסְבִירָא לֵיהּ זֶה אַייְרֵי בְּהֵיכָא דְּהַטּוֹבָה וְהַפֻּרְעָנוּת כָּל חַד בִּפְנֵי עַצְמוֹ, לְכָךְ יְבָרֵךְ עַל כָּל א' בְּרָכָה הַשָּׁיְיכָה לוֹ, אַךְ הֵיכָא דְּהָוֵי הַטּוֹבָה וְהָרָעָה בְּדָבָר אֶחָד, כְּגוֹן דְּשָׁקִיל בְּדָרָא בְּאַרְעֵיהּ הו"א לֹא יְבָרֵךְ כְּלָל, לֹא טוֹב וְהַמֵּטִיב וְלֹא דַּייַּן הָאֱמֶת, לְכָךְ הֵבִיא קְרָא דְּ'חֶסֶד וּמִשְׁפָּט אָשִׁירָה' דְּכָלִיל לְתַרְוַוייְהוּ בְּבַת אַחַת, דְּהַייְנוּ תְּחִלָּה חֶסֶד שֶׁמָּצָא מְצִיאָה, וְאַחַר כָּךְ יִהְיֶה מִשְׁפַּט פֻּרְעָנוּת דְּשָׁקִיל לָהּ מַלְכָּא, וְכֵן כְּמוֹ עִנְיַן בִּדְקָא בְּאַרְעֵיהּ, עִם כָּל זֶה אֲשֵׁירָה עַל כָּל דָּבָר בְּרָכָה הַשָּׁייְכָה לוֹ. וְרַבִּי תַּנְחוּם לֹא הִסְפִּיק לוֹ קְרָא שֶׁל בָּהּ' אַהִלֵּל דָּבָר, דְּיֵשׁ לוֹמַר זֶה אַייְרֵי בְּפֻרְעָנוּת שֶׁרוֹאֶה בַּאֲחֵרִים, כְּגוֹן הָרוֹאֶה אִשְׁתּוֹ שֶׁל לוֹט וְכַיּוֹצֵא, אֲבָל עַל פֻּרְעָנוּת דִּידֵיהּ לָאו כֵּיוָן דְּהוּא מִצְטַעֵר טוֹבָה, לְכָךְ הֵבִיא פָּסוּק (שָׁם קטז, ג) צָרָה וְיָגוֹן אֶמְצָא וּבְשֵׁם ה' אֶקְרָא, וְאִידָךְ לֹא חָשׁ לְדִקְדּוּק זֶה וְהֵבִיא פָּסוּק בָּהּ' אַהִלֵּל דָּבָר דִּקְדִים לְאוֹתוֹ פָּסוּק, וְרַבָּנָן לֹא הִסְפִּיקוּ לָהֶם כָּל מִקְרָאוֹת הַלָּלוּ מִפְּנֵי שֶׁלֹּא נִזְכַּר בָּהֶם לְשׁוֹן בְּרָכָה, וּלְכָה אָמַר פָּסוּק (אִיּוֹב א כא) ה' נָתַן וַה' לָקָח יְהִי שֵׁם ה' מְבֹרָךְ.
« Quel est le verset ? (Ps 101,1) Bonté et jugement, je chanterai ; à Toi, ה', je psalmodierai. » Si ce maître ne s'est pas contenté du verset qu'apporte Rabbi Chmouel — « en ה' je louerai la parole » — c'est qu'il tient que ce dernier parle du cas où le bien et la rigueur surviennent chacun à part : on bénit alors sur chacun la bénédiction qui lui revient. Mais là où le bien et le mal se trouvent dans une seule et même chose — par exemple lorsqu'un courant d'eau se déverse sur son champ, qui l'arrose et l'emporte à la fois — on aurait pu penser qu'il ne bénit pas du tout, ni Hatov vehametiv ni Dayan ha-émet. C'est pourquoi il apporte le verset « bonté et jugement, je chanterai », qui réunit les deux en une seule fois : d'abord la bonté, en ce qu'il a trouvé un objet perdu, puis le jugement de rigueur, en ce que le roi le lui prend ; et de même pour l'affaire du courant d'eau dans son champ. Malgré tout, « je chanterai » — sur chaque chose, la bénédiction qui lui revient. Et Rabbi Tanhoum ne s'est pas contenté du verset « en ה' je louerai la parole », car on peut dire qu'il parle d'une rigueur qu'il voit chez d'autres — comme celui qui voit la femme de Loth, ou chose semblable — mais non de la rigueur qui le touche lui-même, puisqu'il en souffre. C'est pourquoi il apporte le verset (ibid. 116,3) « détresse et affliction je rencontrais, et j'invoquais le nom de ה' ». L'autre maître ne s'est pas soucié de cette précision et a apporté le verset « en ה' je louerai la parole », qui précède celui-là. Quant aux Sages, aucun de tous ces versets ne leur a suffi, parce que le terme de bénédiction n'y est pas mentionné ; c'est pourquoi ils ont cité le verset (Job 1,21) « ה' a donné et ה' a repris, que le nom de ה' soit béni ».
💡 Explication

Premier appui scripturaire. Le verset juxtapose 'hessed (bonté) et michpat (jugement) sous un unique verbe : « je chanterai ». La lecture consiste à distribuer ce verbe sur les deux termes — si c'est bonté, je chante ; si c'est jugement, je chante encore.

9
רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר, מֵהָכָא: ״בַּה׳ אֲהַלֵּל דָּבָר בֵּא-לֹהִים אֲהַלֵּל דָּבָר״. בָּהּ׳ אַהִלֵּל דָּבָר — זוֹ מִדָּה טוֹבָה, בֵּא-לֹהִים אַהִלֵּל דָּבָר — זוֹ מִדַּת פֻּורְעָנוּת.

Rabbi Chmouel bar Nahmani a dit : de là — « En ה' je louerai la parole, en Elokim je louerai la parole » (Ps 56,11). « En ה' je louerai la parole » — c'est la mesure de bonté ; « en Elokim je louerai la parole » — c'est la mesure de rigueur.

📜 Rachi (1)
אֱ-לֹהִים לְשׁוֹן דַּייָּן כְּמוֹ עַד הָאֱ-לֹהִים יָבֹא דְּבַר שְׁנֵיהֶם (שְׁמוֹת כ״ב:ח׳):
« Elokim » — au sens de juge, comme dans « jusqu'aux juges viendra l'affaire des deux » (Ex 22,8).
💡 Explication

Deuxième appui. Ici l'argument ne porte plus sur les objets mais sur les Noms. Le verset répète la même proposition en changeant seulement de Nom divin : le Tétragramme désigne la mesure de bonté, Elokim la mesure de rigueur. Rachi appuie cette équivalence par l'usage juridique du terme dans l'Exode, où il désigne les juges.

La démonstration est donc formelle : la louange est identique des deux côtés, seul le Nom sous lequel elle est prononcée varie.

10
רַבִּי תַּנְחוּם אָמַר: מֵהָכָא: ״כּוֹס יְשׁוּעוֹת אֶשָּׂא וּבְשֵׁם ה׳ אֶקְרָא״, ״צָרָה וְיָגוֹן אֶמְצָא וּבְשֵׁם ה׳ אֶקְרָא״.

Rabbi Tanhoum a dit : de là — « Je lèverai la coupe des délivrances et j'invoquerai le nom de ה' » (Ps 116,13), « détresse et affliction je rencontrais, et j'invoquais le nom de ה' » (Ps 116,3-4).

💡 Explication

Troisième appui, tiré de deux versets du même psaume. Le premier décrit la délivrance, le second la détresse ; l'un et l'autre s'achèvent par la même formule — « j'invoquerai le nom de ה' ». Le Ben Yehoyada explique le besoin de ce troisième verset : les précédents pouvaient se comprendre d'une rigueur observée chez autrui, tandis qu'ici c'est celui qui souffre lui-même qui invoque.

11
וְרַבָּנָן אָמְרִי, מֵהָכָא: ״ה׳ נָתַן וַה׳ לָקָח יְהִי שֵׁם ה׳ מְבֹרָךְ״.

Et les Sages disent : de là — « ה' a donné et ה' a repris, que le nom de ה' soit béni » (Job 1,21).

💡 Explication

Quatrième appui, et le plus proche du sujet : c'est le seul des quatre versets où figure le terme même de berakha. Job prononce cette parole au moment où il vient de tout perdre — l'exemple le plus net d'une bénédiction dite sur le mal.

12
אָמַר רַב הוּנָא אָמַר רַב מִשּׁוּם רַבִּי מֵאִיר, וְכֵן תָּנָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי עֲקִיבָא: לְעוֹלָם יְהֵא אָדָם רָגִיל לוֹמַר: ״כָּל דְּעָבֵיד רַחֲמָנָא לְטָב עָבֵיד״.

Rav Houna a dit au nom de Rav, au nom de Rabbi Meir, et de même à-t-on enseigné au nom de Rabbi Akiva : que l'homme s'habitue toujours à dire « tout ce que fait le Miséricordieux, c'est pour le bien qu'Il le fait ».

🪔 Ben Yehoyada (1)
לְעוֹלָם יְהֵא אָדָם רָגִיל לוֹמַר כָּל דְּעָבְדִין מִן שְׁמַיָּיא לְטָב. נִרְאֶה לִי בס"ד בָּא לְרַבּוֹת בְּתֵיבַת לְעוֹלָם לוֹמַר לָא מִבָּעֲייָא אִם רוֹאֶה דְּבָרִים הַיּוֹצְאִים מֵהַקָּשָׁה הַטִּבְעִי, אֶלָּא אֲפִילּוּ אִם יִרְאֶה מִקְרִיִּים טִבְעִיִּים לֹא יֹאמַר מִקְרֶה הַטֶּבַע הוּא זֶה, אֶלָּא יַאֲמִין שֶׁהַכֹּל נַעֲשָׂה בְּהַשְׁגָּחָתוֹ יִתְבָּרֵךְ לְטוֹבָה. וְהָא דְּאָמַר רָגִיל וְלֹא אָמַר 'לְעוֹלָם יֹאמַר אָדָם כָּל מַה דְּעָבְדִין וְכוּ', וּמַה שֶׁאָמַר יְהֵא רָגִיל נִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ מַה שֶׁאָמְרוּ הַפּוֹסְקִים בְּתֵיבַת רָגִיל עַל כַּמָּה פְּעָמִים יֹאמַר לְשׁוֹן רָגִיל, וְיֵשׁ דִּסְבִירָא לֵיהּ דְּרַק אִם נַעֲשָׂה הַדָּבָר שָׁלֹשׁ פְּעָמִים עַל זֶה יֹאמַר לְשׁוֹן רָגִיל, וְהִנֵּה כָּאן בְּהַאי עֻובְדָּא נַעֲשָׂה נֶזֶק ג' פְּעָמִים בְּזֶה אַחַר זֶה, וְעִם כָּל זֶה אָמַר מַה דְּעָבְדִין מִשְּׁמַיָּיא לְטָב אֲפִילּוּ בַּשְּׁלִישִׁית, וְלָזֶה אָמַר יְהֵא רָגִיל שֶׁאֲפִילּוּ רָאָה ג' עִנְייָנִים בְּבַת אַחַת זֶה אַחַר זֶה שֶׁנִּרְאִין רָעָה גַּם כֵּן יֹאמַר דְּעָבְדִי לְטָב. וְנִרְאֶה לִי בס"ד עוֹד בְּעִנְיָן זֶה כִּי רָאשֵׁי תֵּיבוֹת ג' דְּבָרִים דְּהָווּ לֵיהּ ב ש רָגָא ו ח מָרָא ו ת רַנְגּוֹלָה הוּא שח"ת , רֶמֶז שֶׁאִם הָיוּ קַיָּימִים ג' אֵלֶּה הָיָה נַעֲשֶׂה לוֹ 'שַׁחַת' בְּסִיבָּתָם, אַךְ עַתָּה הקב"ה עָשָׂה בִּשְׁלֹשָׁה אֵלֶּה שַׁחַת, שֶׁאָבְדוּ אוֹתָהּ הַלַּיְלָה עַל יְדֵי ר וְח ו א רֵיה ו ש וְנֵרָא אֲשֶׁר רָאשֵׁי תֵּיבוֹת שֶׁלָּהֶם רֹא"שׁ , רֶמֶז שֶׁזֶּה הַנֵּס נַעֲשָׂה לוֹ בִּזְכוּת הַתּוֹרָה שֶׁנִּקְרֵאת רֹא"שׁ, כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִ"לִ בְּתֵיבַת בְּרֵאשִׁית בֵּי"ת רֹא"שׁ. וְנִרְאֶה לִרְמֹוז כָּל עִנְייָנִים שֶׁעוֹשֶׂה הקב"ה עִם הַצַּדִּיקִים גְּדוֹלֵי יִשְׂרָאֵל רוֹמֵז בּוֹ דְּבָרִים עַל כְּלָלוּת יִשְׂרָאֵל, כִּי הַצַּדִּיק שֶׁהוּא גְּדוֹל הַדּוֹר הוּא הָרֹאשׁ וְכָל הָעָם הֵם גּוּפָא דִּילֵיהּ, וְכָאן לְרַבִּי עֲקִיבָה שֶׁהָיָה דֻּוגְמַת מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה שֶׁלָּכֵן חַי ק"ך שָׁנָה כְּמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל, אֵירַע לוֹ ג' דְּבָרִים שֶׁהָיוּ נִרְאִין רָעִים בִּתְחִלַּת הַלַּיְלָה, וְאַחַר כָּךְ לְעֵת בֹּוקֶר נִתְבָּרֵר שֶׁהָיוּ לְטוֹבָה לְהָגֵין עָלָיו, עַל כֵּן יֵשׁ בָּהֶם רֶמֶז עַל צָרוֹת יִשְׂרָאֵל בְּגָלוּתָם שֶׁנִּרְאִין תְּחִלָּה פּוּרְעָנוּת, וְאַחַר כָּךְ לְעֵת בֹּקֶר בַּגְּאֻולָּה יִתְבָּרֵר שֶׁהַכֹּל נַעֲשֶׂה לְטוֹבַת יִשְׂרָאֵל! וְעִנְיַן הָאַרְיֵה שֶׁאָכַל אֶת הַחֲמוֹר בּוֹ יִרְמֹוז לְחֻרְבַּן בַּיִת רִאשׁוֹן, שֶׁהָיָה עַל יְדֵי נְבוּכַדְנֶצַּר הָרָשָׁע שֶׁנִּמְשַׁל לְאַרְיֵה, דִּכְתִיב (יִרְמְיָהוּ ד' ז') עָלָה אַרְיֵה מִסֻּבְּכוֹ, וְעִנְיַן שֻׁונָּרָא שֶׁאָכַל הַתַּרְנְגוֹל בּוֹ רֶמֶז לְיָוָן, שֶׁהֶחֱרִיבוּ בְּבַיִת שֵׁנִי בְּמִקְצָת, וְעָשׂוּ פְּרָצוֹת, וְטִמְּאוּ הַבַּיִת בְּמִקְצָת, וְהָרְגוּ בְּיִשְׂרָאֵל, וְזִיקָא דְּכָבֶה לִשְׁרָגָא רָמַז לֶאֱדוֹם, שֶׁהֶחֱרִיבוּ בַּיִת שֵׁנִי לְגַמְרֵי וְהָרְגוּ בְּיִשְׂרָאֵל עַם רַב, וְאָדֹום נִמְשְׁלוּ לְרוּחַ סְעָרָה, וּלְעֵת בֹּקֶר הוּא זְמַן הַגְּאֻולָּה יִתְגַּלֶּה שֶׁכָּל צָרוֹת אֵלּוּ הָיוּ לְטוֹבַת יִשְׂרָאֵל, שֶׁלּוּלֵי כֵּן הָיוּ כָּלִים לְגַמְרֵי חָס וְחָלִילָה בַּעֲוֹנוֹת שֶׁבְּיָדָם. אִי נָמֵי זִיקָא רֶמֶז לְמַלְכוּת יָוָן שֶׁהֵם כְּמוֹ רוּחַ שֶׁאֵין בּוֹ מַמָּשׁ, וְכִבָּה לִשְׁרָגָא שֶׁנָּתְנוּ עֵינֵיהֶם לְבַטֵּל הַמִּצְוֹת שֶׁנִּקְרָאִים נֵר, שֶׁנֶּאֱמַר (מִשְׁלֵי ו' כג) כִּי נֵר מִצְוָה וְתוֹרָה אוֹר, וְשֻׁונָּרָא רֶמֶז לֶאֱדוֹם שֶׁהֵם בְּנֵי עֵשָׂו שֶׁנִּקְרָא רִאשׁוֹן, דִּכְתִיב (בְּרֵאשִׁית כה, כה) וְיָצָא הָרִאשׁוֹן אַדְמוֹנִי, וַהֲפֹוךְ אוֹתִיּוֹת רִאשׁוֹן וְיִהְיוּ שֻׁונָּרָא , וְאָכְלוּ אֶת יִשְׂרָאֵל בְּכָל פֶּה, כִּי יִשְׂרָאֵל נִמְשְׁלוּ לְתַרְנְגוֹל שֶׁנִּקְרָא גֶּבֶר, גַּם הוּא קוֹרֵא וּכְתִיב (שָׁם כד, כב) הַקַּל קוֹל יַעֲקֹב, וְאַרְיֵה רֶמֶז לִנְבוּכַדְנֶצַּר שֶׁנִּקְרָא אַרְיֵה כַּנִּזְכָּר לְעֵיל.
« Que l'homme s'habitue toujours à dire : tout ce que l'on fait depuis le Ciel, c'est pour le bien. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le mot « toujours » vient inclure ceci : il ne s'agit pas seulement de ce qui sort du cours naturel des choses, mais que même s'il voit des accidents purement naturels, il ne dira pas « c'est un accident de la nature », il croira que tout se fait par Sa providence, bénie soit-elle, pour le bien. Et si le texte dit « qu'il s'habitue » et non « que l'homme dise toujours tout ce que l'on fait, etc. » — il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'on connaît ce que disent les décisionnaires sur le mot « habitue » et le nombre de fois qu'il faut pour employer ce terme ; certains tiennent que l'on n'emploie « habitue » que lorsque la chose s'est produite trois fois. Or ici, dans ce récit, le dommage s'est produit trois fois de suite, et malgré cela il a dit « ce que l'on fait depuis le Ciel est pour le bien » même la troisième fois. C'est pourquoi il est dit « qu'il s'habitue » : même s'il voit trois événements l'un après l'autre qui paraissent mauvais, il dira encore qu'ils sont faits pour le bien. Et il me semble encore, avec l'aide du Ciel, dans cette affaire, que les initiales des trois objets qu'il avait — chraga (la lampe), hamara (l'âne) et tarnegola (le coq) — forment chahat (la fosse) : allusion au fait que, si ces trois-là étaient demeurés, ils lui auraient valu une fosse. Mais voici que le Saint béni soit-Il a fait de ces trois-là une fosse pour eux-mêmes : ils ont péri cette nuit-là par roua'h (le vent), aryé (le lion) et chounra (le chat), dont les initiales forment roch — allusion au fait que ce miracle lui a été fait par le mérite de la Torah, appelée roch, comme l'ont dit nos maîtres sur le mot berechit : beit-roch. Et il y a lieu de voir une allusion : tout ce que le Saint béni soit-Il fait avec les justes, les grands d'Israël, contient une indication sur l'ensemble d'Israël ; car le juste qui est le grand de sa génération est la tête, et tout le peuple est son corps. Ici, à Rabbi Akiva, qui était à l'image de Moche notre maître — et c'est pourquoi il a vécu cent vingt ans, comme l'a écrit notre maître le Ari — sont survenues trois choses qui paraissaient mauvaises au début de la nuit, et qui, au matin venu, se sont avérées être pour le bien, afin de le protéger. Il y a donc en elles une allusion aux malheurs d'Israël dans son exil, qui paraissent d'abord être rigueur, et dont on verra au matin — au temps de la délivrance — que tout a été fait pour le bien d'Israël. Le lion qui a mangé l'âne fait allusion à la destruction du premier Temple, par Nabuchodonosor l'impie, comparé à un lion, selon le verset (Jr 4,7) « un lion est monté de son fourré ». Le chat qui a mangé le coq fait allusion à la Grèce, qui a en partie ruiné le second Temple, y a ouvert des brèches, l'a en partie rendu impur et a tué en Israël. Et le vent qui a éteint la lampe fait allusion à Edom, qui a détruit entièrement le second Temple et a tué en Israël un peuple nombreux ; Edom est comparé à un vent de tempête. Et au matin, qui est le temps de la délivrance, il sera révélé que toutes ces détresses furent pour le bien d'Israël, sans quoi ils auraient entièrement péri, à D.ieu ne plaise, par les fautes qu'ils avaient en main. Ou encore : le vent fait allusion au royaume de Grèce, qui est comme un souffle sans consistance, et il a éteint la lampe — car ils ont jeté les yeux sur l'abolition des mitsvot, appelées lampe, selon le verset (Pr 6,23) « car la mitsva est une lampe et la Torah une lumière ». Et le chat (chounra) fait allusion à Edom, fils d'Essav, appelé « le premier », selon le verset (Gn 25,25) « et le premier (richon) sortit, roux » — inverse les lettres de richon et tu obtiens chounra ; et ils ont dévoré Israël à pleine bouche, car Israël est comparé au coq, appelé guever, qui appelle lui aussi, et il est écrit (ibid. 27,22) « la voix est la voix de Yaakov ». Et le lion fait allusion à Nabuchodonosor, appelé lion, comme il a été dit plus haut.
💡 Explication

Après les quatre versets, une règle de conduite. Le mot décisif est ragil — « habitue » : il ne s'agit pas d'une affirmation prononcée une fois, mais d'une formule que l'on se donne pour réflexe, avant d'avoir compris en quoi l'événement était bon.

Le Ben Yehoyada lit « toujours » (leolam) comme une extension : la formule vaut aussi pour ce qui semble n'être qu'un accident naturel, où l'on serait tente de ne voir aucune providence. Il lit « habitue » à partir de la règle des trois occurrences, qui correspond exactement aux trois pertes du récit qui suit.

13
כִּי הָא דְּרַבִּי עֲקִיבָא דַּהֲוָה קָאָזֵיל בְּאוֹרְחָא. מְטָא לְהַהִיא מָתָא, בְּעָא אֻושְׁפִּיזָא לָא יָהֲבִי לֵיהּ. אָמַר: ״כָּל דַּעֲבִיד רַחֲמָנָא — לְטָב״. אָזַל וּבַת בְּדַבְרָא, וַהֲוָה בַּהֲדֵיהּ תַּרְנְגוֹלָא וַחֲמָרָא וּשְׁרָגָא. אֲתָא זִיקָא כַּבְיֵיהּ לִשְׁרָגָא. אֲתָא שׁוּנָרָא אַכְלֵיהּ לְתַרְנְגוֹלָא. אֲתָא אַרְיֵה אַכְלֵיהּ לְחֻמְרָא. אָמַר: ״כָּל דַּעֲבִיד רַחֲמָנָא — לְטָב״. בֵּיהּ בְּלֵילְיָא אֲתָא גְּיָיסָא, שִׁבְייָה לְמָתָא. אֲמַר לְהוּ: לָאו אֲמַרִי לְכוּ כָּל מַה שֶׁעוֹשֶׂה הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא

Comme ce fait de Rabbi Akiva, qui allait en chemin. Il arriva dans une certaine ville, demanda un gîte, on ne lui en donna pas.

Il dit : « Tout ce que fait le Miséricordieux, c'est pour le bien. » Il alla passer la nuit dans les champs. Il avait avec lui un coq, un âne et une lampe.

Vint un vent, qui éteignit la lampe. Vint un chat, qui mangea le coq.

Vint un lion, qui mangea l'âne. Il dit : « Tout ce que fait le Miséricordieux, c'est pour le bien. » Cette nuit-là vint une troupe armée, qui emmena la ville en captivité.

Il leur dit : ne vous ai-je pas dit que tout ce que fait le Saint béni soit-Il

📜 Rachi (2)
וּבַת בְּדַבְרָא וְלָן בַּשָּׂדֶה:
« Et il passa la nuit ba-dabra » — il passa la nuit dans les champs.
הֲוָה בַּהֲדֵיהּ תַּרְנְגוֹלָא לַהֲקִיצוֹ מִשְּׁנָתוֹ:
« Il avait avec lui un coq » — pour l'éveiller de son sommeil.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֲמַר לְהוּ הַיְנוּ דְּאָמְרִי כָּל דְּעָבְדִין מִן שְׁמַיָּיא לְטָב. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מֶה חִידּוּשׁ קָאָמַר לְהוּ עַתָּה, וַהֲלֹא כְּבָר אָמַר כֵּן מִתְּחִלָּה עַל כָּל דָּבָר וְדָבָר שֶׁאֵירַע לוֹ וְשָׁמְעוּ זֹאת מִמֶּנּוּ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כַּוָּנָתוֹ לוֹמַר כִּי הָאָדָם שֶׁפּוֹתֵחַ פִּיו לְטוֹבָה אֲפִילּוּ אִם נִגְזְרָה עָלָיו גְּזֵירָה לְרָעָה אֶפְשָׁר שֶׁתִּתְבַּטֵּל, וְלָכֵן אָמַר מַה שֶׁאַתֶּם רוֹאִין עַתָּה שֶׁהַכֹּל נַעֲשָׂה לְטוֹבָה הַיְינוּ בִּשְׁבִיל דְּאָמְרִי לְכוּ מֵעִיקָּרָא עַל כָּל דָּבָר שֶׁנַּעֲשָׂה דְּעָבְדִי מִשְּׁמַייָּא לְטָב, וְעַל כֵּן פִּתְחוֹן פִּי שֶׁפָּתַחְתִּי לְטוֹבָה גָּרַם שֶׁיִּהְיֶה הַדָּבָר הַהוּא לְטוֹבָה בֶּאֱמֶת! וְרָצָה לְלַמְּדָם בָּזֶה שֶׁיִּהְיוּ מֻורְגָּלִים לִפְתֹּוחַ פִּיהֶם לְטוֹבָה עַל כָּל דָּבָר אַף עַל פִּי שֶׁנִּרְאָה שֶׁהוּא רָעָה.
« Il leur dit : c'est bien ce que je disais, tout ce que l'on fait depuis le Ciel est pour le bien. » Il y a lieu de demander : quelle nouveauté leur énonce-t-il maintenant ? Ne l'a-t-il pas déjà dit dès le début, sur chaque chose qui lui est arrivée, et ne le lui ont-ils pas entendu dire ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que son intention est de dire ceci : l'homme qui ouvre la bouche pour le bien, même si un décret de rigueur a été prononcé contre lui, il est possible qu'il soit annulé. C'est pourquoi il a dit : ce que vous voyez maintenant, que tout s'est fait pour le bien, c'est parce que je vous ai dit dès le début, sur chaque chose survenue, que ce que l'on fait depuis le Ciel est pour le bien ; ainsi l'ouverture de bouche par laquelle j'ai ouvert pour le bien à fait que la chose fut véritablement pour le bien. Il a voulu leur enseigner par là qu'ils prennent l'habitude d'ouvrir la bouche pour le bien sur toute chose, même lorsqu'elle paraît être un mal.
💡 Explication

Le récit illustre la règle à rebours : chacune des trois pertes prive Rabbi Akiva d'une chose qui, dans un champ, l'aurait signalé à une troupe en marche — une lumière, un coq sonore, un âne. Rachi note l'usage du coq : il servait à réveiller, donc à chanter.

Le refus de gîte, qui ouvre le récit, est ce qui le sauve en dernier lieu : la ville est emmenée en captivité. La phrase finale est coupée par la fin du folio et s'achève sur 61a.

🖼️ Schéma
Rabbi Akiva sur la route : trois pertes, un sauvetage On lui refuse un gîte Il dort dans les champs. Le vent éteint la lampe Plus de lumière visible. Le chat mange le coq Plus de chant au matin. Le lion mange l'âne Plus de bête à braire. La nuit même Une troupe armée emmène la ville en captivité. Rabbi Akiva, hors les murs et sans rien qui le signale, est épargné. Chaque perte supprime un signal — lumière, chant, cri — qui aurait révélé sa présence à la troupe.
Le récit lit l'événement à l'envers : ce qui a été retiré était ce qui menaçait.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).