Sougya : Le folio déroule d'abord un formulaire complet de bénédictions attachées aux gestes ordinaires de la vie : ce que l'on dit en entrant aux latrines et en en sortant (acher yatsar), la lecture du Chema et la bénédiction du coucher, la restitution de l'âme au réveil (Élokai nechama), puis la série des birkhot ha-chahar attachées chacune à un geste précis — le chant du coq, l'ouverture des yeux, le fait de s'asseoir, de s'habiller, de se redresser, de poser le pied à terre, de marcher, de se chausser, de se ceindre, de se couvrir la tête — et enfin les bénédictions du tsitsit, des tefilin et du lavage des mains. Une courte discussion oppose Rav, Chmouel et Rav Chechet sur la conclusion de acher yatsar ; Rav Papa tranche en réunissant les deux formules.
La seconde moitié du folio revient à la michna : l'homme est tenu de bénir sur le mal comme il bénit sur le bien. La guemara écarte l'idée d'une même formule pour les deux cas, puisque la michna elle-même distingue Hatov vehametiv et Dayan ha-émet ; Rava explique donc que la michna porte sur la manière de recevoir : avec joie.
Quatre appuis scripturaires sont apportés, puis la règle de Rabbi Meir et de Rabbi Akiva — tout ce que fait le Ciel, c'est pour le bien — illustrée par le récit de Rabbi Akiva sur la route, qui perd en une nuit sa lampe, son coq et son âne, et se trouve par là même sauvé d'une troupe armée.
Celui qui entre aux latrines dit : « Soyez honorés, honorables et saints, serviteurs du Très-Haut, rendez honneur au D.ieu d'Israël ; écartez-vous de moi jusqu'à ce que j'entre, que je fasse ce que j'ai à faire, et que je revienne vers vous. » Abbaye a dit : qu'un homme ne parle pas ainsi, de peur qu'ils ne le laissent et s'en aillent. Qu'il dise plutôt : « Gardez-moi, gardez-moi ; aidez-moi, aidez-moi ; soutenez-moi, soutenez-moi ; attendez-moi, attendez-moi, jusqu'à ce que j'entre et que je sorte, car telle est la voie des hommes. » Lorsqu'il sort, il dit : « Béni ... qui a formé l'homme avec sagesse, et a créé en lui des orifices et des orifices, des cavités et des cavités.
Il est révélé et connu devant le trône de Ta gloire que si l'une d'elles s'ouvrait, ou si l'un d'eux se bouchait, il serait impossible de subsister devant Toi. »
Le folio ouvre une longue série de formulaires. Celui des latrines suppose que l'homme est accompagné d'anges qui ne peuvent entrer avec lui : il faut donc les congédier. Abbaye corrige la formulation, parce que congédier des accompagnateurs risque de les faire partir pour de bon ; il substitue une demande d'attente et de protection.
La bénédiction de sortie, acher yatsar, tient sur une distinction anatomique que Rachi explicite : les nekavim (orifices ouverts : bouche, nez, anus) doivent rester ouverts, les halalim (cavités fermées : cœur, panse, intestins) doivent rester fermés. Le danger est donc croisé — une cavité qui s'ouvre, un orifice qui se bouche — et c'est exactement l'ordre des deux verbes du texte.
Par quoi conclut-on ? Rav a dit : « qui guérit les malades ».
Chmouel a dit : Abba a fait de tout le monde des malades ! Plutôt : « qui guérit toute chair ».
Rav Chechet a dit : « qui accomplit des merveilles ». Rav Papa a dit : dès lors, disons-les toutes les deux — « qui guérit toute chair et accomplit des merveilles ».
Discussion sur la hatima, la formule de clôture de la bénédiction. Rav propose « qui guérit les malades » ; Chmouel objecte que cette clausule, dite par tout un chacun chaque jour, reviendrait à classer l'humanité entière parmi les malades, et lui substitue « qui guérit toute chair ». Rav Chechet oriente la clausule vers l'émerveillement plutôt que vers la guérison : « qui accomplit des merveilles ».
Rachi montre que les deux clausules ne se recouvrent pas : l'une répond à l'évacuation elle-même, l'autre au fait que le souffle vital tienne dans un corps percé de toutes parts. Rav Papa les réunit — et c'est la formule qui nous est restée.
Celui qui entre pour dormir sur son lit dit, depuis « Chema Israël » jusqu'à « Vehaya im chamoa », et il dit : « Béni ... qui fait tomber les liens du sommeil sur mes yeux et l'assoupissement sur mes paupières, et qui donne la lumière à la pupille de l'œil. Que ce soit Ta volonté, ה' mon D.ieu, de me coucher en paix ; donne ma part dans Ta Torah, habitue-moi à la mitsva et ne m'habitue pas à la transgression ; ne m'amène ni à la faute, ni à l'iniquité, ni à l'épreuve, ni au mépris.
Que le bon penchant domine en moi et que le mauvais penchant ne domine pas en moi. Délivre-moi d'une atteinte mauvaise et de maladies mauvaises.
Que des rêves mauvais et des pensées mauvaises ne m'épouvantent pas. Que ma couche soit entière devant Toi.
Illumine mes yeux, de peur que je ne dorme du sommeil de la mort. Béni sois-Tu ה', qui illumine le monde entier dans Sa gloire. »
La lecture du Chema au coucher n'est pas la lecture du soir de la michna : le Roch précise qu'elle se limite à la première parachiya, et qu'elle demeure une mitsva même pour qui a déjà lu le Chema à la synagogue. Notre texte, lui, va « jusqu'à Vehaya im chamoa », c'est-à-dire jusqu'au seuil de la deuxième parachiya.
La bénédiction ha-mapil qui suit demande la protection sur trois plans : le corps (atteinte, maladies), l'esprit pendant le sommeil (rêves et pensées), et la conduite morale au réveil. Rachi lit « que ma couche soit entière » comme une demande sur la descendance, et non sur le lit lui-même.
Lorsqu'il se réveille, il dit : « Mon D.ieu, l'âme (nechama) que Tu as placée en moi est pure. Toi Tu l'as formée en moi, Toi Tu l'as insufflée en moi, et Toi Tu la gardes au-dedans de moi ; Toi Tu es destiné à la reprendre de moi et à me la rendre dans le temps à venir.
Tant que l'âme est au-dedans de moi, je Te rends grâce, ה' mon D.ieu et D.ieu de mes pères, Maître de tous les mondes, Seigneur de toutes les âmes. Béni sois-Tu ה', qui rend les âmes aux corps morts. »
La formule du réveil articule quatre moments d'une même nechama : elle est formée, insufflée, gardée, puis reprise et rendue. La clausule « qui rend les âmes aux corps morts » traite le sommeil comme une image de la mort, en reprise directe de la demande du coucher — « illumine mes yeux, de peur que je ne dorme du sommeil de la mort ».
Quand il entend le chant du coq, qu'il dise : « Béni ... qui a donné au sekhvi le discernement de distinguer entre le jour et la nuit. » Quand il ouvre les yeux, qu'il dise : « Béni ... qui rend la vue aux aveugles. » Quand il se redresse et s'assied, qu'il dise : « Béni ... qui délie les entraves. » Quand il s'habille, qu'il dise : « Béni ... qui vêt ceux qui sont nus. » Quand il se tient droit, qu'il dise : « Béni ... qui redresse ceux qui sont courbés. » Quand il descend à terre, qu'il dise : « Béni ... qui étend la terre sur les eaux. » Quand il marche, qu'il dise : « Béni ... qui affermit les pas de l'homme. » Quand il met ses chaussures, qu'il dise : « Béni ... qui a pourvu à tous mes besoins. » Quand il attache sa ceinture, qu'il dise : « Béni ... qui ceint Israël de force. » Quand il étend le soudar sur sa tête, qu'il dise : « Béni ... qui couronne Israël de splendeur. »
Voici les birkhot ha-chahar dans leur état premier : chacune est arrimée à un geste précis, dans l'ordre où le corps sort du sommeil. La formule ne décrit pas une doctrine mais accompagne un mouvement — entendre, ouvrir les yeux, s'asseoir, s'habiller, se lever, poser le pied à terre, marcher, se chausser, se ceindre, se couvrir la tête.
Tossefot pose le principe qui gouverne toute la série : la bénédiction est due au profit (hanaa) tiré du geste, non à l'événement lui-même. D'où deux conséquences opposées — on bénit sur le coq même sans l'avoir entendu, puisque c'est du jour que l'on jouit ; et on ne bénit pas sur l'habit si l'on reste couché, puisqu'on n'en tire rien.
Quand il s'enveloppe du tsitsit, qu'il dise : « Béni ... qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné de nous envelopper du tsitsit. » Quand il pose les tefilin sur son bras, qu'il dise : « Béni ... qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné de poser les tefilin » ; sur sa tête, qu'il dise : « Béni ... qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné au sujet de la mitsva des tefilin. » Quand il se lave les mains, qu'il dise : « Béni ... qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné au sujet du lavage des mains. » Quand il se lave le visage, qu'il dise : « Béni ... qui ôte les liens du sommeil de mes yeux et l'assoupissement de mes paupières. Et que ce soit Ta volonté, ה' mon D.ieu, de m'habituer à Ta Torah, de m'attacher à Tes commandements, et de ne m'amener ni à la faute, ni à l'iniquité, ni à l'épreuve, ni au mépris.
Ploie mon penchant pour qu'il Te soit assujetti. Éloigne-moi d'un homme mauvais et d'un compagnon mauvais.
Attache-moi au bon penchant et à un bon compagnon dans Ton monde. Accorde-moi aujourd'hui et chaque jour grâce, bienveillance et miséricorde à Tes yeux et aux yeux de tous ceux qui me voient, et accorde-moi de bonnes bontés.
Béni sois-Tu ה', qui accorde de bonnes bontés à Son peuple Israël. »
La série se poursuit avec les mitsvot du matin. Le point technique porte sur les deux formules des tefilin : lehaniah tefilin pour le bras, al mitsvat tefilin pour la tête. Notre guemara les donne toutes deux, alors que Menahot 36a enseigné qu'une seule bénédiction suffit si l'on n'a pas parlé entre les deux poses.
Deux lectures s'affrontent chez Tossefot. Selon Rachi, la bénédiction unique couvre les deux tefilin, et la seconde formule ne serait requise qu'après une parole fautive — ce que Tossefot juge forcé. Selon Rabbenou Tam, la seconde formule tient à la dignité propre du tefilin de la tête, qui achève la mitsva ; celui qui a parlé recommence deux bénédictions sur celui de la tête.
« L'homme est tenu de bénir, etc. » : que veut dire « il est tenu de bénir sur le mal comme il bénit sur le bien » ? Si l'on dit que, de même qu'il bénit sur le bien « Hatov vehametiv », ainsi bénit-il sur le mal « Hatov vehametiv » — mais nous avons appris dans la michna : sur de bonnes nouvelles il dit « Hatov vehametiv », sur de mauvaises nouvelles il dit « Béni ... le Juge de vérité » !
Rava a dit : cela n'était nécessaire que pour les recevoir avec joie.
La guemara revient à la michna. La lecture spontanée — « bénir sur le mal comme sur le bien » signifierait dire la même formule — est immédiatement écartée, puisque la michna elle-même distingue deux clausules : Hatov vehametiv pour la bonne nouvelle, Dayan ha-émet pour la mauvaise.
Rava déplace donc l'enseignement : la michna ne porte pas sur le texte de la bénédiction mais sur la disposition intérieure. « Comme sur le bien » qualifie la simha, la joie avec laquelle on accueille l'événement. Rachi ajoute la nuance : bénir sur la rigueur « d'un cœur entier ».
Rav Aha a dit au nom de Rabbi Levi : quel est le verset ? — « Bonté et jugement, je chanterai ; à Toi, ה', je psalmodierai » (Ps 101,1). Si c'est bonté — je chanterai ; et si c'est jugement — je chanterai.
Premier appui scripturaire. Le verset juxtapose 'hessed (bonté) et michpat (jugement) sous un unique verbe : « je chanterai ». La lecture consiste à distribuer ce verbe sur les deux termes — si c'est bonté, je chante ; si c'est jugement, je chante encore.
Rabbi Chmouel bar Nahmani a dit : de là — « En ה' je louerai la parole, en Elokim je louerai la parole » (Ps 56,11). « En ה' je louerai la parole » — c'est la mesure de bonté ; « en Elokim je louerai la parole » — c'est la mesure de rigueur.
Deuxième appui. Ici l'argument ne porte plus sur les objets mais sur les Noms. Le verset répète la même proposition en changeant seulement de Nom divin : le Tétragramme désigne la mesure de bonté, Elokim la mesure de rigueur. Rachi appuie cette équivalence par l'usage juridique du terme dans l'Exode, où il désigne les juges.
La démonstration est donc formelle : la louange est identique des deux côtés, seul le Nom sous lequel elle est prononcée varie.
Rabbi Tanhoum a dit : de là — « Je lèverai la coupe des délivrances et j'invoquerai le nom de ה' » (Ps 116,13), « détresse et affliction je rencontrais, et j'invoquais le nom de ה' » (Ps 116,3-4).
Troisième appui, tiré de deux versets du même psaume. Le premier décrit la délivrance, le second la détresse ; l'un et l'autre s'achèvent par la même formule — « j'invoquerai le nom de ה' ». Le Ben Yehoyada explique le besoin de ce troisième verset : les précédents pouvaient se comprendre d'une rigueur observée chez autrui, tandis qu'ici c'est celui qui souffre lui-même qui invoque.
Et les Sages disent : de là — « ה' a donné et ה' a repris, que le nom de ה' soit béni » (Job 1,21).
Quatrième appui, et le plus proche du sujet : c'est le seul des quatre versets où figure le terme même de berakha. Job prononce cette parole au moment où il vient de tout perdre — l'exemple le plus net d'une bénédiction dite sur le mal.
Rav Houna a dit au nom de Rav, au nom de Rabbi Meir, et de même à-t-on enseigné au nom de Rabbi Akiva : que l'homme s'habitue toujours à dire « tout ce que fait le Miséricordieux, c'est pour le bien qu'Il le fait ».
Après les quatre versets, une règle de conduite. Le mot décisif est ragil — « habitue » : il ne s'agit pas d'une affirmation prononcée une fois, mais d'une formule que l'on se donne pour réflexe, avant d'avoir compris en quoi l'événement était bon.
Le Ben Yehoyada lit « toujours » (leolam) comme une extension : la formule vaut aussi pour ce qui semble n'être qu'un accident naturel, où l'on serait tente de ne voir aucune providence. Il lit « habitue » à partir de la règle des trois occurrences, qui correspond exactement aux trois pertes du récit qui suit.
Comme ce fait de Rabbi Akiva, qui allait en chemin. Il arriva dans une certaine ville, demanda un gîte, on ne lui en donna pas.
Il dit : « Tout ce que fait le Miséricordieux, c'est pour le bien. » Il alla passer la nuit dans les champs. Il avait avec lui un coq, un âne et une lampe.
Vint un vent, qui éteignit la lampe. Vint un chat, qui mangea le coq.
Vint un lion, qui mangea l'âne. Il dit : « Tout ce que fait le Miséricordieux, c'est pour le bien. » Cette nuit-là vint une troupe armée, qui emmena la ville en captivité.
Il leur dit : ne vous ai-je pas dit que tout ce que fait le Saint béni soit-Il
Le récit illustre la règle à rebours : chacune des trois pertes prive Rabbi Akiva d'une chose qui, dans un champ, l'aurait signalé à une troupe en marche — une lumière, un coq sonore, un âne. Rachi note l'usage du coq : il servait à réveiller, donc à chanter.
Le refus de gîte, qui ouvre le récit, est ce qui le sauve en dernier lieu : la ville est emmenée en captivité. La phrase finale est coupée par la fin du folio et s'achève sur 61a.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).