Berakhot 61a — Les deux yod de vayyitser : deux penchants, deux visages, et la lecture du corps humain comme conseil, compréhension et parole

Berakhot 61a

Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin du récit de Rabbi Akiva (tout ce que fait le Ciel est pour le bien) et sur la règle de Rav Houna au nom de Rav : peu de mots devant le Ciel. Il enchaîne ensuite sur la grande dracha du double yod de vayyitser, dans le verset de la formation de l'homme.

Trois lectures sont proposées : deux penchants créés en l'homme, la plainte de Rabbi Chimon ben Pazi (malheur à moi du fait de mon Créateur, malheur à moi du fait de mon penchant), et les deux visages de Rabbi Yirmeya ben Elazar. De là naît la mahloket centrale du daf : Rav et Chemouel sur le sens de tsela, visage entier ou appendice, chaque position devant rendre compte de cinq expressions du récit de la Genèse.

Le daf glisse enfin vers la conduite pratique — ne pas marcher derrière une femme, la hiérarchie de Rabbi Yo'hanan et ses conditions — puis revient à l'anatomie morale : le mauvais penchant comparé à une mouche ou à un grain de blé, les deux reins qui conseillent, et la liste des organes selon leur fonction.

Gen. 2,7 : vayyitser, écrit avec DEUX yod Le doublement de la lettre appelle une explication. 1. Rav Nahman bar Rav Hisda Deux penchants ont été créés : yetser tov et yetser hara. Objection de R. Nahman b. Yitshak : la bête mord et rue, or vayyitser n'est pas double chez elle. 2. R. Chimon ben Pazi Malheur à moi du fait de mon Créateur (yotsri), malheur à moi du fait de mon penchant (yitsri). Les deux yod portent le mot yotser et le mot yetser. 3. R. Yirmeya ben Elazar Deux visages (dou partsoufin) ont été créés chez Adam : Par-derrière et par-devant Tu m'as formé (Ps. 139,5). Deux formations, deux yod. Ce que la suite du daf retient La lecture 1 tombe sur l'objection de la bête. Restent 2 et 3, qui deviennent les deux réponses disponibles selon la position que l'on tient dans la mahloket Rav / Chemouel sur le mot tsela.
Rav et Chemouel : que veut dire tsela (Gen. 2,22) ? Position A : partsouf un visage entier, un côté d'Adam Position B : zanav un appendice prélevé sur le corps Cinq expressions à expliquer Chaque position doit rendre compte des cinq Par-derrière et par-devant Tu m'as formé Lecture directe : deux faces R. Ami : derrière dans la création, devant pour le châtiment du déluge vayyitser, avec deux yod Deux formations distinctes R. Chimon ben Pazi : yotsri / yitsri Mâle et femelle Il les créa Deux dès l'origine R. Abbahou : la pensée visait deux, un seul à été créé en fait Il referma de chair à sa place Tout le flanc ouvert à refermer Nécessaire pour le lieu de la coupe vayiven, et Il bâtit R. Chimon b. Menassia : Il tressa ses cheveux / Rav Hisda : forme d'entrepôt Lecture directe : une vraie construction La sougya avance par symétrie : chaque expression qui va de soi pour l'un oblige l'autre à emprunter une dracha extérieure.
Rabbi Yo'hanan : derrière quoi vaut-il mieux marcher ? Derrière un lion le moins grave Derrière une femme risque du regard Derrière une avoda zara il a l'air de l'accompagner Derrière la synagogue pendant la prière publique le plus grave Gravité croissante. Le dernier cas est ensuite limité par quatre conditions. 1. Il ne porte rien S'il porte une charge, chacun comprend qu'il n'entre pas à cause d'elle. 2. Il n'y a pas d'autre porte S'il y en a une, celui qui le voit suppose qu'il entrera par là. 3. Il ne monte pas un âne La monture explique à elle seule qu'il poursuive son chemin. 4. Il ne porte pas les téfilines Les téfilines montrent déjà qu'il ne rejette pas le joug de la prière. Le critère commun des quatre conditions : la présence d'un signe visible qui explique le passage autrement que par le mépris.
1
הַכֹּל לְטוֹבָה.

tout est pour le bien.

📜 Rachi (1)
הַכֹּל לְטוֹבָה אִילּוּ הָיָה נֵר דָּלוּק הָיָה הַגַּיִיס רוֹאֶה אוֹתִי וְאִילּוּ הָיָה הַחֲמוֹר נוֹעֵר אוֹ הַתַּרְנְגוֹל קוֹרֵא הָיָה הַגַּיִיס בָּא וְשׁוֹבֶה אוֹתִי:
S'il y avait eu une lampe allumée, la troupe m'aurait vu ; et si l'âne avait brait ou si le coq avait chanté, la troupe serait venue et m'aurait fait prisonnier.
💡 Explication

Fin de la formule de Rabbi Akiva rapportée à la page précédente. Rachi rappelle le détail du récit : chacune des pertes subies (la lampe éteinte, l'âne mort, le coq tué) a supprimé un signal qui l'aurait trahi devant la troupe armée.

2
וְאָמַר רַב הוּנָא אָמַר רַב מִשּׁוּם רַבִּי מֵאִיר: לְעוֹלָם יִהְיוּ דְּבָרָיו שֶׁל אָדָם מוּעָטִין לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אַל תְּבַהֵל עַל פִּיךָ וְלִבְּךָ אַל יְמַהֵר לְהוֹצִיא דָבָר לִפְנֵי הָאֱ-לֹהִים כִּי הָאֱ-לֹהִים בַּשָּׁמַיִם וְאַתָּה עַל הָאָרֶץ עַל כֵּן יִהְיוּ דְבָרֶיךָ מְעַטִּים״.

Et Rav Houna a dit au nom de Rav, au nom de Rabbi Meir : que les paroles de l'homme soient toujours peu nombreuses devant le Saint béni soit-Il, ainsi qu'il est dit : « Ne te précipite pas de ta bouche, et que ton cœur ne se hâte pas de proférer une parole devant D.ieu ; car D.ieu est au ciel et toi sur la terre, c'est pourquoi que tes paroles soient peu nombreuses ».

🪔 Ben Yehoyada (1)
לְעוֹלָם יִהְיוּ דְּבָרָיו שֶׁל אָדָם מוּעָטִין לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא. קַשָּׁא הֲלֹא דָּבָר זֶה מְפֹורָשׁ בַּכָּתוּב וּמַה בָּא רַבִּי מֵאִיר לְחַדֵּשׁ עַל הַכָּתוּב? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי הַתְּפִלָּה שֶׁאָדָם מִתְפַּלֵּל עַל צְרָכָיו אֵין בָּהּ צֹורֶךְ, כִּי הקב"ה יוֹדֵעַ הַנִּסְתָּרוֹת, וְיוֹדֵעַ הָעֲתִידוֹת, וְיוֹדֵעַ מַה שֶׁצָּרִיךְ לָאָדָם יוֹתֵר מִמַּה שֶׁיּוֹדֵעַ הָאָדָם עַל עַצְמוֹ, וְרַק הֻוצְרְכָה הַתְּפִלָּה כְּדֵי שֶׁיִּתְבָּרֵר בָּהּ אֱמוּנַת הָאָדָם בְּהַשְׁגָּחָה הָעֶלְיוֹנָה, כִּי כֵּיוָן שֶׁהוּא מִתְפַּלֵּל לָהּ' עַל צְרָכָיו נִמְצָא מַאֲמִין הוּא שֶׁהַכֹּל מָסוּר בְּיָדוֹ יִתְבָּרֵךְ, וַאֲפִילּוּ הַטֶּבַע וְהַכֹּל נַעֲשֶׂה בְּהַשְׁגָּחָתוֹ, וְעַל כֵּן אֵין צָרִיךְ לְהַאֲרִיךְ בְּבַקָּשַׁת צְרָכָיו בְּכַמָּה פְּרָטִיִּים , וְעַל זֶה בָּא הַכָּתוּב לְהַזְהִיר הָאָדָם שֶׁיִּהְיוּ דְּבָרֶיךָ מוּעָטִים, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל, דְּמַה שֶׁנֶּאֱמַר (תְּהִלִּים פא, יא) הָרָחָב פִּיךָ וַאֲמַלְּאֵהוּ, בְּדִבְרֵי תּוֹרָה כְּתִיב, אֲבָל עַל צְרָכָיו יְקַצֵּר וְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא יִתֵּן כָּל פְּרָטִים הַצְּרִיכִים לוֹ וְאַף עַל פִּי שֶׁלֹּא פֵּירֵשׁ אוֹתָם בִּתְפִלָּתוֹ. וְהִנֵּה עַל דִּבְרַת הַכָּתוּב הָיָה נִרְאֶה לְחַלֵּק וְלוֹמַר שֶׁלֹּא הִזְהִיר לִהְיוֹת דְּבָרָיו מוּעָטִים אֶלָּא בְּעִתִּים שֶׁאֵין בָּהֶם עֵת רָצוֹן, דְּהַייְנוּ טַעְמָא אִם יַאֲרִיךְ בִּתְפִלָּתוֹ לְבַקֵּשׁ פְּרָטִים רַבִּים, יִתְקַנְּאוּ בּוֹ הַמְקַטְרְגִים לוֹמַר זֶה מְבַקֵּשׁ חֶשְׁבּוֹנוֹת רַבִּים, נִרְאֶה כִּי בּוֹטֵחַ הוּא בְּמַעֲשָׂיו שֶׁהוּא רָאוּי לְכָל הַכָּבוֹד הַזֶּה, נִרְאֶה מַה מַעֲשָׂיו אֲבָל בְּעֵת רָצוֹן דְּאֵין בּוֹ קִטְרוּג הָיִיתִי חוֹשֵׁב דְּלֵית לָן בָּהּ, לְכָךְ בָּא ר' מֵאִיר לְחַדֵּשׁ לְעוֹלָם אֲפִילּוּ בְּעֵת רָצוֹן יִהְיוּ דְּבָרָיו שֶׁל אָדָם מוּעָטִין לִפְנֵי הקב"ה, וְנִרְאֶה לִי דְּכָל זֶה אַיְירֵי אִם יִתְפַּלֵּל בְּדִיבּוּר גָּלוּי, אַךְ אִם יִתְפַּלֵּל בְּלַחַשׁ לֵית לַן בַּהּ, כָּךְ נִרְאֶה לִי.
« Que les paroles de l'homme soient toujours peu nombreuses devant le Saint béni soit-Il. » Difficulté : cette règle est explicite dans le verset lui-même ; qu'ajoute donc Rabbi Meir ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la prière que l'homme adresse pour ses besoins n'est pas requise en elle-même, car le Saint béni soit-Il connaît ce qui est caché, connaît l'avenir, et sait ce dont l'homme a besoin mieux que l'homme ne le sait de lui-même. La prière n'est requise que pour rendre manifeste la foi de l'homme dans la providence d'en haut : puisqu'il prie D.ieu pour ses besoins, il montre qu'il croit que tout est remis entre Ses mains, y compris la nature, et que tout se fait par Sa providence. Il n'y a donc pas lieu de s'étendre longuement sur le détail de ses besoins. C'est sur ce point que le verset vient avertir l'homme : que tes paroles soient peu nombreuses. Nos maîtres ont dit de même que ce qui est écrit « ouvre largement ta bouche et Je la remplirai » a été dit à propos des paroles de Torah ; mais pour ses besoins, qu'il abrège, et le Saint béni soit-Il donnera tous les détails nécessaires même s'il ne les a pas énoncés dans sa prière. Or, au vu du seul verset, on aurait pu distinguer et dire que l'avertissement ne vaut qu'aux moments qui ne sont pas des moments de faveur : la raison en serait que, s'il prolonge sa prière en demandant de nombreux détails, les accusateurs le jalousent et disent que celui-ci réclame de nombreux comptes, qu'il se fie apparemment à ses actes et se croit digne de tout cet honneur — examinons donc ses actes. Mais dans un moment de faveur, où il n'y a pas d'accusation, on aurait pensé qu'il n'y a pas d'objection. C'est pourquoi Rabbi Meir énonce ce point nouveau : toujours, même dans un moment de faveur, que les paroles de l'homme soient peu nombreuses devant le Saint béni soit-Il. Et il me semble que tout ceci ne concerne que celui qui prie à voix découverte ; mais s'il prie à voix basse, il n'y a pas d'objection. Ainsi me semble-t-il.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' חַייָּב אָדָם לְבָרֵךְ עַל הָרָעָה כְּשֵׁם שֶׁמְּבָרֵךְ עַל הַטּוֹבָה שֶׁנֶּאֱמַר וְאָהַבְתָּ אֵת ה' אֱ-לֹהֶיךָ בְּכָל לְבָבְךָ וּבְכָל נַפְשְׁךָ וּבְכָל מְאֹדֶךָ בְּכָל לְבָבְךָ בִּשְׁנֵי יְצָרֶיךָ בְּיֵצֶר טוֹב וּבְיֵצֶר הָרָע וּבְכָל נַפְשְׁךָ אֲפִילּוּ הוּא נוֹטֵל אֶת נַפְשְׁךָ בְּכָל מְאֹדֶךָ בְּכָל מָמוֹנֶךָ ד"א בְּכָל מְאֹדֶךָ בְּכָל מִדָּה וּמִדָּה שֶׁהוּא מוֹדֵד לְךָ: גְּמ' וְחַיָּיב לְבָרֵךְ עַל הָרָעָה בָּרוּךְ דַּייַּן הָאֱמֶת וִיקַבְּלָהּ עָלָיו בְּשִׂמְחָה כְּעֵין שֶׁהוּא מְקַבֵּל אֶת הַטּוֹבָה דִּכְתִיב חֶסֶד וּמִשְׁפָּט אָשִׁירָה אִם חֶסֶד אָשִׁירָה אִם מִשְׁפָּט אָשִׁירָה וּכְתִיב בַּה' אֲהַלֵּל דָּבָר בֵּא-לֹהִים אֲהַלֵּל דָּבָר וְגוֹ' וּכְתִיב כּוֹס יְשׁוּעוֹת אֶשָּׂא וּבְשֵׁם ה' אֶקְרָא צָרָה וְיָגוֹן אֶמְצָא וּבְשֵׁם ה' אֶקְרָא וּכְתִיב ה' נָתַן וַה' לָקָח יְהִי שֵׁם ה' מְבֹורָךְ: לְעוֹלָם יְהֵא אָדָם רָגִיל לוֹמַר כָּל דְּעָבֵיד רַחֲמָנָא לְטָב עָבֵיד וּלְעוֹלָם יִהְיוּ דְּבָרָיו שֶׁל אָדָם מוּעָטִין לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא שֶׁנֶּאֱמַר אַל תְּבַהֵל עַל פִּיךָ וְלִבְּךָ אַל יְמַהֵר לְהוֹצִיא דָבָר וְגוֹ':
Michna : L'homme est tenu de bénir sur le mal comme il bénit sur le bien, ainsi qu'il est dit : « Tu aimeras Hachem ton D.ieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton meod. » « De tout ton cœur » — avec tes deux penchants, le bon penchant et le mauvais penchant. « De toute ton âme » — même s'Il prend ton âme. « De tout ton meod » — de tout ton bien. Autre explication : « de tout ton meod » — pour chaque mesure qu'Il te mesure. Guemara : Et il est tenu de bénir sur le mal « Baroukh dayan ha-émet » (béni soit le Juge de vérité), et de l'accepter sur lui avec joie, à la manière dont il reçoit le bien ; car il est écrit « bonté et jugement, je chanterai » : si c'est bonté, je chanterai ; si c'est jugement, je chanterai. Et il est écrit « en Hachem je louerai une parole, en D.ieu je louerai une parole etc. ». Et il est écrit « je lèverai la coupe des deliverances et j'invoquerai le nom de Hachem ; détresse et affliction je rencontrerai, et j'invoquerai le nom de Hachem ». Et il est écrit « Hachem a donné, Hachem a repris, que le nom de Hachem soit béni ». Que l'homme prenne toujours l'habitude de dire : tout ce que fait le Miséricordieux, Il le fait pour le bien. Et que les paroles de l'homme soient toujours peu nombreuses devant le Saint béni soit-Il, ainsi qu'il est dit : « ne te précipite pas de ta bouche, et que ton cœur ne se hâte pas de proférer une parole etc. ».
💡 Explication

La règle porte sur le volume de la prière personnelle, non sur sa fréquence. Le verset de Qohelet fournit la raison : la distance entre le ciel et la terre justifie la mesure dans le langage. Rabbi Meir ajoute quelque chose au verset, et le Ben Ich H'ai s'attache précisément à cet ajout.

3
דָּרַשׁ רַב נַחְמָן בַּר רַב חִסְדָּא: מַאי דִכְתִיב ״וַיִּיצֶר ה׳ אֱ-לֹהִים אֶת הָאָדָם״ בִּשְׁנֵי יוֹדִין? — שְׁנֵי יְצָרִים בָּרָא הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא, אֶחָד יֵצֶר טוֹב וְאֶחָד יֵצֶר רָע.

Rav Nahman bar Rav Hisda a exposé : que signifie ce qui est écrit « et Hachem D.ieu forma (vayyitser) l'homme », avec deux yod ? Deux penchants (yetsarim) le Saint béni soit-Il a créés : l'un bon penchant et l'autre mauvais penchant.

💡 Explication

La dracha s'appuie sur une particularité orthographique : le verbe vayyitser du récit de la formation de l'homme s'écrit avec deux yod, alors que le même verbe employé pour les animaux n'en porte qu'un. Rav Nahman bar Rav Hisda y lit deux formations distinctes : le yetser tov et le yetser hara.

4
מַתְקִיף לַהּ רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: אֶלָּא מֵעַתָּה, בְּהֵמָה דְּלָא כְּתִיב בַּהּ ״וַיִּיצֶר״ לֵית לָהּ יִצְרָא? וְהָא קָא חֲזֵינַן דְּמַזְּקָא וְנִשְׁכָּא וּבְעֵטָא! אֶלָּא כִּדְרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן פַּזִּי, דְּאָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן פַּזִּי ״אוֹי לִי מִיּוֹצְרִי וְאוֹי לִי מִיִּצְרִי״.

Rav Nahman bar Yitshak objecte : s'il en est ainsi, l'animal, chez qui « vayyitser » n'est pas écrit [avec deux yod], n'aurait pas de penchant ? Or nous voyons bien qu'il fait du dégât, qu'il mord et qu'il rue !

Explique plutôt comme Rabbi Chimon ben Pazi, car Rabbi Chimon ben Pazi a dit : « malheur à moi du fait de mon Créateur (yotsri), et malheur à moi du fait de mon penchant (yitsri) ».

📜 Rachi (2)
וְהָא קָחָזֵינַן דְּמַזְּקָא שֶׁמַּזֶּקֶת:
Qu'elle fait du dégât.
אוֹי לִי מִיּוֹצְרִי אִם אֵלֵךְ אַחֲרֵי יִצְרִי וְאִם לֹא אֵלֵךְ אַחֲרָיו אוֹי לִי מִיִּצְרִי הַמְיַגְּעֵנִי בְּהִרְהוּרִים:
Si je vais après mon penchant, [malheur à moi du fait de mon Créateur] ; et si je ne vais pas après lui, malheur à moi du fait de mon penchant, qui m'épuise par les pensées.
💡 Explication

L'objection est empirique : l'animal manifeste bien une impulsion, alors que son verbe de formation ne porte qu'un seul yod. La corrélation entre le double yod et l'existence d'un penchant tombe donc.

Rabbi Chimon ben Pazi réoriente la lecture : les deux yod ne comptent pas deux penchants, ils portent deux mots proches, yotser (le Créateur) et yetser (le penchant). La formule décrit la position de l'homme pris entre deux exigences, selon la lecture de Rachi : suivre son penchant expose au reproche d'en haut, lui résister expose au harcèlement des pensées.

🖼️ Schéma
L'homme S'il suit son penchant Il transgresse ce que son Créateur attend de lui. Malheur à moi du fait de mon Créateur S'il lui résiste Le penchant l'épuise sans relâche par les pensées (Rachi). Malheur à moi du fait de mon penchant
Les deux branches de la formule de Rabbi Chimon ben Pazi, lues d'après Rachi.
5
אִי נָמֵי כִּדְרַבִּי יִרְמְיָה בֶּן אֶלְעָזָר. דְּאָמַר רַבִּי יִרְמְיָה בֶּן אֶלְעָזָר: דּוּ פַּרְצוּפִין בָּרָא הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא בָּאָדָם הָרִאשׁוֹן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אָחוֹר וְקָדַם צָרָתֵנִי״.

Ou bien comme Rabbi Yirmeya ben Elazar. Car Rabbi Yirmeya ben Elazar a dit : deux visages (dou partsoufin) le Saint béni soit-Il a créés chez Adam le premier homme, ainsi qu'il est dit : « par-derrière et par-devant Tu m'as formé ».

📜 Rachi (2)
דּוּ פַּרְצוּפִין שְׁנֵי פַּרְצוּפִין בָּרְאוּ תְּחִלָּה אֶחָד מִלְּפָנָיו וְאֶחָד מֵאַחֲרָיו וְצָלְחוּ לִשְׁנַיִם וְעָשָׂה מִן הָאֶחָד חַוָּה:
Deux visages : Il le créa d'abord avec deux visages, l'un devant et l'autre derrière, puis Il les fendit en deux et fit de l'un des deux Hava.
אָחוֹר וְקָדַם צָרָתֵנִי לְשׁוֹן צוּרָה דְּהַייְנוּ שְׁנֵי פַּרְצוּפִין:
« Par-derrière et par-devant Tu m'as formé » : terme de forme (tsoura), c'est-à-dire deux visages.
💡 Explication

Troisième lecture du double yod : deux formations dans une seule créature. Le verset des Psaumes est lu en rattachant tsartani au mot tsoura (forme), et non au sens habituel de détresse. Cette position devient l'un des deux pôles de la mahloket qui suit.

6
״וַיִּבֶן ה׳ אֱ-לֹהִים אֶת הַצֵּלָע״.

« Et Hachem D.ieu bâtit le tsela ».

7
רַב וּשְׁמוּאֵל: חַד אָמַר פַּרְצוּף. וְחַד אָמַר זָנָב.

Rav et Chemouel : l'un dit un visage (partsouf), et l'autre dit une queue (zanav).

💡 Explication

Le mot tsela du récit de la création de Hava porte deux sens possibles. Pour l'un, il désigne une moitié complète d'Adam, un visage entier détaché de lui. Pour l'autre, il désigne un appendice prélevé sur son corps. Toute la suite du folio teste ces deux positions sur cinq expressions du texte de la Genèse.

8
בִּשְׁלָמָא לְמַאן דְּאָמַר פַּרְצוּף — הַיְינוּ דִּכְתִיב ״אָחוֹר וְקָדַם צָרָתֵנִי״. אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר זָנָב, מַאי ״אָחוֹר וְקָדַם צָרָתֵנִי״? כִּדְרַבִּי אַמִּי, דְּאָמַר רַבִּי אַמִּי: ״אָחוֹר״ — לְמַעֲשֵׂה בְּרֵאשִׁית, ״וְקָדַם״ — לְפוּרְעָנוּת.

Soit, pour celui qui dit « visage » : voilà pourquoi il est écrit « par-derrière et par-devant Tu m'as formé ». Mais pour celui qui dit « queue », que signifie « par-derrière et par-devant Tu m'as formé » ?

Comme Rabbi Ami, car Rabbi Ami a dit : « par-derrière » — pour l'œuvre de la Création ; « et par-devant » — pour le châtiment.

🪔 Ben Yehoyada (1)
אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר זָנָב מַאי (תְּהִלִּים קלט, ה) אָחוֹר וְקָדַם צָרָתֵנִי? מַקְשִׁים מַאי קוּשְׁיָא זוֹ, דְּלָמֶ"ד זָנָב הָוֵי פֵּירוּשׁ צָרָתֵנִי לְשׁוֹן יְצִירָה, שֶׁיִּצְרוֹ בְּפָנִים וְאָחוֹר? וּמִתְרַצִּים דְּאִם כֵּן הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר קָדַם וְאָחוֹר צָרָתֵנִי. וְלִי אֲנָא עָבְדָא נִרְאֶה תֵּירוּץ פָּשׁוּט, דְּאִם כֵּן מַאי אֲתָא לְחַדֵּשׁ לְהַזְכִּיר דָּבָר שֶׁהוּא נִרְאֶה לְעֵינֵי הַכֹּל, כִּי כָּל הַבְּרִיּוֹת כָּךְ הֵם עוֹמְדִים לְפָנֵינוּ בְּפָנִים וְאָחוֹר, מַה שֶׁאֵין כֵּן אִם נְפָרֵשׁ צָרָתֵנִי לְשׁוֹן צוּרָה, בָּא לְהַגִּיד הַחִידּוּשׁ שֶׁנַּעֲשָׂה לָאָדָם בִּתְחִילַּת הַבְּרִיאָה בִּלְבַד, שֶׁיִּצְרוֹ בְּצוּרַת פָּנִים מְשַׁנֵּי צְדָדִין, וְזֶה הַחִדּוּשׁ הַפֶּלִאי לֹא נִמְצָא לְפָנֵינוּ.
« Mais pour celui qui dit queue, que signifie par-derrière et par-devant Tu m'as formé ? » On demande en quoi consiste cette difficulté : pour celui qui dit queue, <i>tsartani</i> serait un terme de formation, ce qui signifierait qu'Il l'a formé par-devant et par-derrière. On répond que, s'il en était ainsi, le verset aurait dû dire « par-devant et par-derrière Tu m'as formé ». Quant à moi, Son serviteur, une réponse simple me paraît possible : s'il en était ainsi, quelle nouveauté le verset apporterait-il en mentionnant une chose visible aux yeux de tous, puisque toutes les créatures se tiennent devant nous avec un devant et un derrière ? Tandis que si l'on explique <i>tsartani</i> comme un terme de forme, le verset vient énoncer la nouveauté survenue chez l'homme au commencement de la création seulement : qu'Il l'a formé avec une figure de visage des deux côtés. Et cette nouveauté extraordinaire ne se rencontre plus devant nous.
💡 Explication

Première épreuve. L'expression du Psaume se lit d'elle-même pour la position du visage. Pour la position de la queue, elle doit être détournée vers une lecture chronologique, celle de Rabbi Ami : l'homme est venu en dernier dans l'ordre de la création, et en premier dans l'ordre du châtiment. La suite du daf cherche de quel châtiment il s'agit.

9
בִּשְׁלָמָא ״אָחוֹר״ לְמַעֲשֵׂה בְּרֵאשִׁית — דְּלָא אִבְּרִי עַד מַעֲלֵי שַׁבְּתָא, אֶלָּא ״וְקָדַם״ לְפוּרְעָנוּת, פּוּרְעָנוּת דְּמַאי? אִילֵּימָא פּוּרְעָנוּת דְּנָחָשׁ, וְהָתַנְיָא רַבִּי אוֹמֵר: בִּגְדֻולָּה מַתְחִילִין מִן הַגָּדוֹל, וּבִקְלָלָה מַתְחִילִין מִן הַקָּטָן.

Soit, « par-derrière » pour l'œuvre de la Création : il n'a été créé qu'à la veille du Chabbat. Mais « et par-devant » pour le châtiment — le châtiment de quoi ?

Si tu dis le châtiment du serpent, n'a-t-on pas enseigné : Rabbi dit : dans la grandeur on commence par le plus grand, et dans la malédiction on commence par le plus petit.

🪔 Ben Yehoyada (1)
וְהָתַנְיָא ר' מֵאִיר אוֹמֵר בִּגְדֻלָּה מַתְחִילִין מִן הַגָּדוֹל. קַשָּׁא לְמַאי אִצְטְרִיךְ לְהָבִיא דִּבְרֵי ר' מֵאִיר, יִקְשֶׁה לוֹ מִגּוּף הַכָּתוּב? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי מִן הַכָּתוּב לֵיכָּא קֻושְׁיָא, דִּלְעוֹלָם הָאָדָם נִתְקַלֵּל בָּרִאשׁוֹנָה, וְכֵן הַסְּבָרָה מְחַייֶּבֶת מֵאַחַר דְּהוֹכִיחוּ תְּחִלָּה וַדַּאי גָּמַר דְּבָרָיו עִמּוֹ וְקִלְּלוֹ, וּמַה שֶׁזָּכַר הַכָּתוּב קִלְלָתוֹ בָּאַחֲרוֹנָה, כֵּן יִמְצָא הַרְבֵּה בַּמִּקְרָאוֹת שֶׁיִּזְכֹּר עִנְיָן הַמְאֻוחָר קֹודֶם עִנְיָן שֶׁקָּדַם לוֹ, דְּעַל זֶה אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל 'אֵין מֻוקְדָּם וּמְאֻוחָר בַּתּוֹרָה' וְיִתָּכֵן דְּחָס הַכָּתוּב עַל כְּבוֹד אָדָם וְהִזְכִּיר קִלְלָתוֹ בָּאַחֲרוֹנָה, וּלְעוֹלָם נִתְקַלֵּל בָּרִאשׁוֹנָה תֵּכֶף בְּעֵת שֶׁהוֹכִיחוּ, אַךְ ר' מֵאִיר דְּיָלֵיף מֵהָכָא לְעִנְיָן בְּעָלְמָא דְּבִקְלָלָה מַתְחִילִין מִן הַקָּטָן, מַשְׁמַע דִּסְבִירָא לֵיהּ דִּבְקוּשְׁטָא הָכִי הָוֵי שֶׁהַנָּחָשׁ נִתְקַלֵּל בָּרִאשׁוֹנָה וְאָדָם בָּאַחֲרוֹנָה, לְכָךְ מַקְשֵׁי מֵהָא דְּר' מֵאִיר.
« N'a-t-on pas enseigné : Rabbi Meir dit : dans la grandeur on commence par le plus grand. » Difficulté : pourquoi fallait-il apporter les paroles de Rabbi Meir ? Que l'on objecte à partir du corps même du verset ! Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'à partir du verset il n'y a pas de difficulté, car en vérité l'homme a été maudit en premier ; et le raisonnement l'impose, puisque, l'ayant d'abord réprimandé, Il a certainement achevé Ses paroles avec lui et l'a maudit. Quant au fait que le verset mentionne sa malédiction en dernier, on trouve souvent dans l'Écriture qu'un événement postérieur est mentionné avant un événement qui l'a précédé ; c'est à ce sujet que nos maîtres ont dit qu'il n'y a pas d'antériorité ni de postériorité dans la Torah. Il se peut aussi que le verset ait ménagé l'honneur de l'homme et ait mentionné sa malédiction en dernier, alors qu'en réalité il a été maudit d'abord, aussitôt après la réprimande. Mais Rabbi Meir, qui en tire une règle générale selon laquelle dans la malédiction on commence par le plus petit, tient manifestement que les choses se sont bien passées ainsi : le serpent a été maudit en premier et l'homme en dernier. C'est pourquoi la Guemara objecte à partir de l'enseignement de Rabbi Meir.
💡 Explication

La réponse de Rabbi Ami est mise à l'épreuve. Si « par-devant pour le châtiment » vise l'épisode du serpent, une baraita s'y oppose : l'ordre du châtiment part du plus petit, et le texte de la Genèse maudit d'abord le serpent, puis Hava, puis Adam. Adam n'y est donc pas premier.

10
בִּגְדֻולָּה מַתְחִילִין מִן הַגָּדוֹל — דִּכְתִיב: ״וַיְדַבֵּר מֹשֶׁה אֶל אַהֲרֹן וְאֶל אֶלְעָזָר וְאֶל אִיתָמָר בָּנָיו הַנּוֹתָרִים קְחוּ וְגוֹ׳״. בִּקְלָלָה מַתְחִילִין מִן הַקָּטָן — בַּתְּחִלָּה נִתְקַלֵּל נָחָשׁ, וּלְבַסּוֹף נִתְקַלְּלָה חַוָּה, וּלְבַסּוֹף נִתְקַלֵּל אָדָם!

Dans la grandeur on commence par le plus grand, ainsi qu'il est écrit : « et Moche parla à Aharon, et à Elazar et à Itamar ses fils restants : prenez etc. ». Dans la malédiction on commence par le plus petit : d'abord le serpent fut maudit, ensuite Hava fut maudite, et en dernier Adam fut maudit !

11
אֶלָּא פּוּרְעָנוּת דְּמִבּוּל, דִּכְתִיב: ״וַיִּמַח אֶת כָּל הַיְקוּם אֲשֶׁר עַל פְּנֵי הָאֲדָמָה מֵאָדָם וְעַד בְּהֵמָה״, בְּרֵישָׁא אָדָם וַהֲדַר בְּהֵמָה.

Il s'agit plutôt du châtiment du déluge, ainsi qu'il est écrit : « et Il effaça tout être qui était sur la face du sol, depuis l'homme jusqu'à la bête » — d'abord l'homme, ensuite la bête.

💡 Explication

La Guemara déplace le châtiment visé : le déluge, ou l'ordre de l'effacement part explicitement de l'homme. La lecture de Rabbi Ami tient alors, et la position de la queue peut rendre compte du verset « par-derrière et par-devant ».

12
בִּשְׁלָמָא לְמַאן דְּאָמַר פַּרְצוּף, הַיְינוּ דִּכְתִיב ״וַיִּיצֶר״ בִּשְׁנֵי יוֹדִין. אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר זָנָב, מַאי ״וַיִּיצֶר״?

Soit, pour celui qui dit « visage », voilà pourquoi il est écrit « vayyitser » avec deux yod. Mais pour celui qui dit « queue », que signifie « vayyitser » ?

13
כִּדְרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן פַּזִּי, דְּאָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן פַּזִּי: ״אוֹי לִי מִיּוֹצְרִי אוֹי לִי מִיִּצְרִי״.

Comme Rabbi Chimon ben Pazi, car Rabbi Chimon ben Pazi a dit : « malheur à moi du fait de mon Créateur, malheur à moi du fait de mon penchant ».

🪔 Ben Yehoyada (1)
אוֹי לִי מִיּוֹצְרִי אוֹי לִי מִיִּצְרִי. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י מִיצְרֵי הַמְיַגְּעֵנִי בְּהִרְהוּרִים רָעִים. קַשָּׁא לֹא שַׁייָּךְ לוֹמַר עַל זֶה אוֹי מֵאַחַר כִּי הַשָּׂכָר בָּא מִצַּד הַיְּגִיעָה הַזֹּאת, דְּאִם לֹא הָיָה אָדָם יַגִּיעַ מִיִּצְרוֹ לֹא הָיָה נוֹטֵל שָׂכָר, וְכָל יְגִיעָה הַמּוֹלֶדֶת רִיוַּח לָאָדָם אֵין אוֹמְרִים עָלֶיהָ אוֹי? וְנִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה שֶׁיֵּשׁ מִידּוֹת טוֹבוֹת שֶׁהֵם רְצוֹן הַבּוֹרֵא יִתְבָּרֵךְ, וְאִם יַעֲשֵׂם הָאָדָם עַל הָרֹוב יִסְתַּבֵּב מֵהֶם דָּבָר אַחֵר שֶׁהוּא שִׁנּוּי לְפָנָיו יִתְבָּרֵךְ, דֶּרֶךְ מָשָׁל מִדַּת הָעֲנָוָה הִיא מִדָּה טוֹבָה שֶׁחָפֵץ בָּהּ הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ, אַךְ אֶפְשָׁר שֶׁיִּסְתַּבֵּב אַחַר כָּךְ מִמֶּנָּה גַּאֲוָה בְּלֵב הָאָדָם, שֶׁרוֹאֶה עַצְמוֹ מִתְנַהֵג בַּעֲנָוָה יִתְגָּאֶה בִּלְבָבוֹ עַל מִדָּה טוֹבָה הַמְּצוּיָה אֵלּוּ, וְכֵן מִדַּת הַקִּנְאָה שֶׁיִּתְקַנֵּא בָּרְשָׁעִים עוֹבְרֵי עֲבֵירוֹת, וְכָל מַה שֶׁיּוֹסִיף קִנְאָה יוֹסִיף כַּעַס בִּלְבָבוֹ, וְאֶפְשָׁר שֶׁמֵּחֲמַת כֵּן יָבֹא לִידֵי כַּעַס גָּדוֹל שֶׁזֶּה הַכַּעַס הוּא שָׂנאוּי לְהַשֵּׁם יִתְבָּרֵךְ! אַךְ נוֹלַד מִדָּבָר שֶׁחָפֵץ בּוֹ יִתְבָּרֵךְ. וְכֵן מָצִינוּ בְּתַלְמִיד רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל שֶׁנִּתְכַּעֵס עִם בְּנוֹ בְּתוֹךְ הַלִּימּוּד שֶׁהָיָה מְלַמְּדוֹ תּוֹרָה, וְהוֹכִיחוֹ רַבֵּינוּ זַ"ל עַל כַּעֲסוֹ אַף עַל פִּי שֶׁנִּתְכַּעֵס בִּדְבַר מִצְוָה וְכֵן יֵשׁ הַרְבֵּה עִנְיָינִים כַּיּוֹצֵא בְּאֵלֶּה, וְעַל אֵלֶּה וְכַיּוֹצֵא בָּהֶם קָאָמַר אוֹי לִי מִיּוֹצְרִי אִם לֹא אֶעֱשֶׂה כָּל מִידּוֹת טוֹבוֹת שֶׁרוֹצֶה בָּהֶם, וְאוֹי לִי מִיִּצְרִי אֲשֶׁר יְסַבֵּב לִי מִכְשׁוֹל מֵאֵיזֶה מִידָּה טוֹבָה מִמִּדּוֹת הַטּוֹבוֹת. אַךְ עֲדַיִין צָרִיךְ לְהָבִין מַה שַׁייָּכוּת אִיכָּא לִתְרֵי אוֹי אֵלּוּ אֵצֶל יְצִירַת הָאָדָם דְּנָקֵיט בָּהּ וַיִּיצֶר בִּשְׁנֵי יודי"ן? וְנִרְאֶה לִי בס"ד לְפָרֵשׁ עִנְיָן זֶה בְּאֹופֶן אַחֵר, שֶׁהָאָדָם מֻורְכָּב מֵחֹומֶר וְצוּרָה, וְחֵלֶק הַנְפָשַׁיי שֶׁבּוֹ יִתְייַחֵס לְהַיּוֹצֵר ב"ה, וְחֵלֶק הֶחֳומָרַיי יִתְייַחֵס לְהַיֵּצֶר, שֶׁהַחֹומֶר עַצְמוֹ אֲשֶׁר בְּגוּפוֹ נַעֲשֶׂה יֵצֶר הָרַע לָאָדָם, כְּמוֹ שֶׁכָּתְבוּ הַמְפָרְשִׁים זַ"ל שֶׁיֵּשׁ שְׁנֵי מִינֵי יִצְרִי הָרַע , אֶחָד 'מַלְאָךְ רָע' וְאֶחָד הוּא 'מַהוּת הַחֹומֶר שֶׁבְּגוּף הָאָדָם' וְאֵלּוּ הַשְּׁנֵי חֲלָקִים הֵם כְּדִמְיוֹן שְׁתֵּי נָשִׁים שֶׁהֵם צָרוֹת זוֹ לָזוֹ, דְּכָל אַחַת לֹא נָח לָהּ בִּמְנוּחַת צָרָתָהּ, כֵּן הוּא כָּאן בַּחֵלֶק הַנְפָשַׁיי הַמִּתְייַחֵס לְיוֹצֵר ב"ה לֹא נָח לוֹ בִּמְנוּחַת חֵלֶק הַחֲמָרַיי הַמִּתְייַחֵס לְיֵצֶר הָרַע, וְכֵן זֶה לֹא נָח לוֹ בִּמְנוּחַת חֵלֶק הַנְפָשַׁיי, וּבָזֶה מוּבָן שַׁפִּיר מַה שֶׁכָּתוּב ב' יוֹדִין שֶׁהֵם רוֹמְזִים לִשְׁנֵי חֲלָקִים הַנִּזְכָּרִים בִּיצִירַת הָאָדָם, כִּי בֶּאֱמֶת הוּא נוֹצָר בְּהַרְכָּבַת שְׁנֵי אֱלֹקִים הַנִּזְכָּר.
« Malheur à moi du fait de mon Créateur, malheur à moi du fait de mon penchant. » Rachi explique : de mon penchant, qui m'épuise par de mauvaises pensées. Difficulté : il ne convient pas de dire « malheur » à ce sujet, puisque la récompense vient précisément de cet effort ; car si l'homme ne peinait pas contre son penchant, il ne recevrait pas de récompense, et l'on ne dit pas « malheur » sur un effort qui produit un gain. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est la suivante. Il existe de bonnes qualités qui sont la volonté du Créateur, mais dont l'exercice répété entraîne parfois une autre chose, haïe devant Lui. Ainsi la qualité d'humilité est une bonne qualité que D.ieu désire ; il se peut pourtant qu'elle engendre ensuite de l'orgueil dans le cœur de l'homme, qui se voyant se conduire avec humilité s'enorgueillit de cette bonne qualité qu'il possède. De même la qualité de zèle, lorsqu'il s'indigne contre les méchants qui transgressent : plus il ajoute de zèle, plus il ajoute de colère en son cœur, et il se peut qu'il en vienne à une grande colère, laquelle est haï devant D.ieu, alors qu'elle est née d'une chose qu'Il désire. Nous trouvons de même, à propos d'un disciple de notre maître le Ari de mémoire bénie, qu'il s'est mis en colère contre son fils au cours de l'étude où il lui enseignait la Torah, et notre maître l'a repris pour sa colère bien qu'elle fut survenue dans une affaire de mitsva. Il existe beaucoup de cas semblables. C'est sur ceux-là qu'il est dit : malheur à moi du fait de mon Créateur, si je n'accomplis pas toutes les bonnes qualités qu'Il désire ; et malheur à moi du fait de mon penchant, qui me ménagera un obstacle à partir de l'une de ces bonnes qualités. Il reste toutefois à comprendre quel rapport ces deux « malheur » entretiennent avec la formation de l'homme, puisque l'expression employée est vayyitser avec deux yod. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on peut expliquer la chose autrement : l'homme est composé de matière et de forme ; sa part d'âme se rapporte au Formateur béni soit-Il, et sa part matérielle se rapporte au penchant, car la matière même de son corps devient pour lui mauvais penchant, comme l'ont écrit les commentateurs : il existe deux sortes de mauvais penchant, l'un un ange mauvais, l'autre la nature même de la matière du corps de l'homme. Ces deux parts sont à l'image de deux épouses rivales, dont aucune ne trouve le repos dans le repos de l'autre : ainsi ici, la part d'âme qui se rapporte au Formateur ne trouve pas le repos dans le repos de la part matérielle qui se rapporte au mauvais penchant, et réciproquement. On comprend alors pleinement les deux yod écrits dans le verset : ils font allusion aux deux parts mentionnées dans la formation de l'homme, car il a été formé en vérité de la composition de ces deux éléments.
💡 Explication

La position de la queue emprunte ici la dracha déjà rencontrée au segment 3 : le double yod porte les mots yotser et yetser, sans rien dire du nombre de formations physiques. Chaque position se sert ainsi des lectures que l'autre a laissées disponibles.

14
בִּשְׁלָמָא לְמַאן דְּאָמַר פַּרְצוּף, הַיְינוּ דִּכְתִיב ״זָכָר וּנְקֵבָה בְּרָאָם״, אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר זָנָב, מַאי ״זָכָר וּנְקֵבָה בְּרָאָם״? כִּדְרַבִּי אָבָהוּ, דְּרַבִּי אָבָהוּ רָמֵי: כְּתִיב: ״זָכָר וּנְקֵבָה בְּרָאָם״, וּכְתִיב ״כִּי בְּצֶלֶם אֱ-לֹהִים עָשָׂה אֶת הָאָדָם״! הָא כֵיצַד? — בַּתְּחִלָּה עָלָה בְּמַחְשָׁבָה לִבְרֹאת שְׁנַיִם, וּלְבַסּוֹף לֹא נִבְרָא אֶלָּא אֶחָד.

Soit, pour celui qui dit « visage », voilà pourquoi il est écrit « mâle et femelle Il les créa ». Mais pour celui qui dit « queue », que signifie « mâle et femelle Il les créa » ?

Comme Rabbi Abbahou, car Rabbi Abbahou opposait : il est écrit « mâle et femelle Il les créa », et il est écrit « car à l'image de D.ieu. Il fit l'homme » !

Comment cela ? Au commencement, la pensée fut d'en créer deux ; et finalement il n'en fut créé qu'un.

📜 Rachi (1)
זָכָר וּנְקֵבָה בְּרָאָם מַשְׁמַע מִתְּחִלַּת בְּרִיָּיתָם תְּרֵי הָווּ:
« Mâle et femelle Il les créa » : cela implique que dès le début de leur création ils étaient deux.
💡 Explication

Troisième épreuve, et une contradiction interne aux versets : l'un parle de deux, l'autre d'un seul. Rabbi Abbahou distingue le plan et la réalisation : le projet portait sur deux êtres, la création effective n'en a produit qu'un. Cette distinction entre ma'hchava (pensée, projet) et maasse (réalisation) permet à la position de la queue de tenir le verset.

15
בִּשְׁלָמָא לְמַאן דְּאָמַר פַּרְצוּף, הַיְינוּ דִּכְתִיב ״וַיִּסְגֹּר בָּשָׂר תַּחְתֶּנָּה״, אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר זָנָב, מַאי ״וַיִּסְגֹּר בָּשָׂר תַּחְתֶּנָּה״? אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה, וְאִיתֵּימָא רַב זִבֵּיד, וְאִיתֵּימָא רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: לֹא נִצְרְכָה אֶלָּא לִמְקוֹם חֲתָךְ.

Soit, pour celui qui dit « visage », voilà pourquoi il est écrit « et Il referma de chair à sa place ». Mais pour celui qui dit « queue », que signifie « et Il referma de chair à sa place » ?

Rabbi Yirmeya a dit, et certains disent Rav Zevid, et certains disent Rav Nahman bar Yitshak : cela n'est nécessaire que pour l'endroit de la coupure.

🪔 Ben Yehoyada (1)
לֹא נִצְרְכָה אֶלָּא לִמְקוֹם חֲתָךְ. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת עַל הַמַּקְשָׁן מַאי סָלְקָא דַּעְתֵּיהּ, וְכִי לֹא יָדַע דְּעַל כָּל פָּנִים צָרִיךְ שֶׁיִּסְגֹּור מְקוֹם חֲתָךְ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּסָבַר הַמַּקְשָׁן בִּשְׁלָמָא אִם הָיוּ שְׁנֵי פַּרְצוּפִין וּנְסָרֵס, דְּצָרִיךְ לְהַעֲלוֹת בָּשָׂר עַל הַגּוּף כֻּולּוֹ מֵרֵישֵׁיהּ לְסֵיפֵיהּ, וַדַּאי צָרִיךְ לָזֶה כֹּחַ אֱ-לֹהֵי שֶׁיִּגְזֹור הקב"ה בְּרִיאַת בָּשָׂר זֶה שֶׁיִּהְיֶה בְּרֶגַע אֶחָד, אַךְ לְמָאֵן דְּאָמַר זָנָב, שֶׁצָּרִיךְ לִסְגֹּור בָּשָׂר עַל מָקוֹם מוּעָט שֶׁל מְקוֹם חֲתָךְ, אֵין צָרִיךְ לָזֶה לִהְיוֹת מַעֲשֵׂה שָׁמַיִם בְּרֶגַע אֶחָד, אֶלָּא יִשָּׁאֵר כְּמוֹ שֶׁהוּא וְיַבְרִיא וְיִסְגֹּור בָּשָׂר כְּפִי הַטֶּבַע בְּמֶשֶׁךְ שָׁלֹשׁ וְאַרְבַּע יָמִים, כַּאֲשֶׁר יִזְדַּמֵּן לְאָדָם מַכָּה קְטַנָּה בְּגוּפוֹ וְעוֹלֶה בִּמְקוֹמָהּ אַחַר רְפוּאָתָהּ בָּשָׂר חָדָשׁ בְּמֶשֶׁךְ מְעַט יָמִים? וְתֵירֵץ לוֹ הִתְרַצֵּן דְּהֻוצְרַךְ לִהְיוֹת סְגִירַת בָּשָׂר זֶה בִּידֵי שָׁמַיִם כְּדֵי שֶׁלֹּא יִשָּׁאֵר סִימָן רֹושֶׁם בִּמְקוֹם הַחֲתָךְ, כִּי אִם יִסָּגֵר כְּפִי הַטֶּבַע מֻוכְרָח שֶׁיִּהְיֶה נִיכָּר אַחַר כָּךְ מְקוֹם הַחֲתָךְ אַחַר שֶׁיַּבְרִיא מֵאֵילָיו, אַךְ דָּבָר זֶה עָשָׂה הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ כְּדֵי שֶׁלֹּא יִהְיֶה נִיכָּר מְקוֹם הַחֲתָךְ אַחַר כָּךְ כְּלָל, וּבְעֵת שֶׁהַקַּיִץ הָאָדָם מִן תַּרְדֵּמָה לֹא נוֹדַע לוֹ וְלֹא נִרְאָה לְעֵינָיו הַמָּקוֹם שֶׁנֶּחְתַּךְ מִמֶּנּוּ הַזָּנָב, וְלָזֶה אָמַר לֹא נִצְרְכָה מַעֲשֵׂה שָׁמַיִם אֶלָּא לִמְקוֹם חֲתָךְ, כְּדֵי שֶׁלֹּא יִהְיֶה נִיכָּר אַחַר כָּךְ כְּשֶׁהֵקִיץ אָדָם, כִּי בְּרֶגַע אֶחָד נִשְׁלַם הַבָּשָׂר בְּהַשְׁוָואָה אַחַת עִם שְׁאֵר בָּשָׂר הַגּוּף.
« Cela n'est nécessaire que pour l'endroit de la coupure. » Il y a lieu d'objecter à celui qui pose la question : que pensait-il donc ? Ne savait-il pas qu'il fallait de toute façon refermer l'endroit de la coupure ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que celui qui pose la question raisonnait ainsi : s'il y avait deux visages et qu'ils ont été séparés, il fallait faire monter de la chair sur tout le corps, de haut en bas, et cela requiert certainement une puissance divine, que le Saint béni soit-Il décrète la création de cette chair en un instant. Mais pour celui qui dit queue, où il ne s'agit que de refermer de la chair sur un endroit réduit, le lieu de la coupure, il n'est pas nécessaire que ce soit une œuvre du Ciel en un instant : la chose peut rester en l'état, guérir et se refermer selon la nature en trois ou quatre jours, comme lorsqu'une petite blessure survient à un homme et qu'après guérison une chair nouvelle y monte en peu de jours. Celui qui répond lui a répondu que cette fermeture de chair devait être opérée par le Ciel afin qu'aucune trace ne subsiste à l'endroit de la coupure ; car si elle s'était refermée selon la nature, l'endroit de la coupure serait nécessairement resté visible après la guérison spontanée. D.ieu a fait cette chose pour que le lieu de la coupure ne soit ensuite plus reconnaissable du tout, de sorte qu'à son réveil de la torpeur, l'homme n'ait ni su ni vu de ses yeux l'endroit d'où la queue lui avait été retranchée. C'est pourquoi il est dit : l'œuvre du Ciel n'était nécessaire que pour l'endroit de la coupure, afin qu'il ne fût pas ensuite reconnaissable quand l'homme se réveilla, car en un instant la chair fut achevée au même niveau que le reste de la chair du corps.
💡 Explication

Quatrième épreuve. Pour la position du visage, le verset se comprend directement : un flanc entier a été ouvert, il faut le refermer. Pour la position de la queue, la fermeture ne concerne qu'une petite surface ; le verset garde alors son sens, limité au lieu de la coupe.

16
בִּשְׁלָמָא לְמַאן דְּאָמַר זָנָב, הַיְינוּ דִּכְתִיב: ״וַיִּבֶן״, אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר פַּרְצוּף, מַאי ״וַיִּבֶן״?

Soit, pour celui qui dit « queue », voilà pourquoi il est écrit « et Il bâtit ». Mais pour celui qui dit « visage », que signifie « et Il bâtit » ?

📜 Rachi (2)
הַייְנוּ דִּכְתִיב וַיִּבֶן שֶׁהָיָה צָרִיךְ בִּנְיָן:
Car il fallait une construction.
מַאי וַיִּבֶן וַהֲלֹא כְּבָר נִבְנָה:
N'était-elle pas déjà construite ?
💡 Explication

La question s'inverse ici. Les quatre épreuves précédentes mettaient en difficulté la position de la queue ; celle-ci met en difficulté la position du visage. Si Hava était déjà un visage complet, aucune construction ne restait à faire, et le verbe vayiven devient sans objet.

17
לְכִדְרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן מְנַסְיָא. דִּדְרָשׁ רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן מְנַסְיָא: מַאי דִכְתִיב ״וַיִּבֶן ה׳ אֶת הַצֶּלַע״? מְלַמֵּד שֶׁקִּלְּעָהּ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְחַוָּה, וֶהֱבִיאָהּ לָאָדָם הָרִאשׁוֹן — שֶׁכֵּן בִּכְרַכֵּי הַיָּם קוֹרִין לְקַלָּעִיתָא ״בַּנָּיְיתָא״.

Pour l'enseignement de Rabbi Chimon ben Menassia. Car Rabbi Chimon ben Menassia a exposé : que signifie ce qui est écrit « et Hachem bâtit le tsela » ?

Cela enseigne que le Saint béni soit-Il tressa les cheveux de Hava et l'amena à Adam le premier homme, car dans les villes du bord de mer on appelle le tressage « bniyata » (construction).

🪔 Ben Yehoyada (1)
מְלַמֵּד שֶׁקִּלְּעָהּ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְחַוָּה וֶהֱבִיאָהּ אֶל הָאָדָם. פֵּירוּשׁ שֶׁקָּלַע שְׂעַר רֹאשָׁהּ דְּהַייְנוּ שֶׁנִּקְלַע שְׂעָרָהּ מֵאֵילָיו עַל פִּי מַאֲמָרוֹ יִתְבָּרֵךְ, וְהִנֵּה צָרִיךְ לְהָבִין לְמַאי אִצְטְרִיךְ לִהְיוֹת קְלִיעַת שְׂעָרָהּ בִּידֵי שָׁמַיִם, וַהֲוָה סַגִּי שֶׁיִּתֵּן הקב"ה בֵּינָהּ בְּחַוָּה שֶׁהִיא תִּקְלַע שְׂעָרָהּ בְּיָדָהּ כְּדֵי שֶׁתִּתְגָּאֶה בְּכָךְ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּשַׁעַר הַמִּצְוֹת פ' קְדוֹשִׁים, שֶׁהַזָּכָר צָרִיךְ לְסַפֵּר שְׂעַר רֹאשׁוֹ, וִיכַוֵּין שֶׁהוּא מַעֲבִיר וּמְגַלֵּחַ כּוֹחוֹת הַדִּינִין כִּי שְׂעָרוֹת הָרֹאשׁ רוֹמְזִים לְדִינִין תַּקִּיפִין, וְרַק יְשַׁיֵּיר הַפֵּאוֹת, כִּי אֵין רָאוּי לְהַעֲבִיר כֻּולָּם שֶׁהַדִּינִין הֵם צֹורֶךְ גָּבוֹהַּ וְהָעוֹלָם צָרִיךְ לָהֶם, וְזֶה דַּוְקָא בְּזָכָר, אָמְנָם הַנְּקֵבָה הִיא בְּחִינַת עֲשִׂיָּה, וְכָל אֲחִיזַת הַדִּינִין וְשָׁרְשָׁם הוּא בָּהּ, וְאִם נַעֲבִירֵם גַּם מֵרֹאשׁ הַנְּקֵבָה יִתְבַּטְּלוּ לְגַמְרֵי, וְלָכֵן הָאִשָּׁה אֵינָהּ מְגַלַּחַת רֹאשָׁהּ וְאַדְּרַבָּה מְגַדֶּלֶת שְׂעַר רֹאשָׁהּ כְּדֵי לְהַשְׁאִיר שֹׁורֶשׁ הַדִּינִין , עַד כָּאן דְּבָרָיו, וּמָצָאתִי שֶׁהָאִשָּׁה צְרִיכָה לִקְלֹועַ שְׂעָרָהּ וּלְכַוֵּין בְּעֵת שֶׁקּוֹלַעְתּוֹ לַעֲקֹור כּוֹחוֹת הַדִּינִין וּלְכַפּוֹתָם, כִּי הַקְּלִיעָה הִיא כְּפִייַּת הַשְּׂעָרוֹת, וְאָמַרְתִּי לְפִי זֶה מוּבָן הַטַּעַם שֶׁהָאֲבֵלָה סוֹתֶרֶת שְׂעָרָהּ מִקְּלִיעָתוֹ, כִּי הָאִיבּוּל הוּא בְּתִגְבֹּורֶת הַדִּינִין וְהִתְפַּשְּׁטוּתָם לְכָךְ סוֹתֶרֶת הַקְּלִיעָה הַמּוֹרֶה עַל כְּפִייַּת הַדִּינִין, וְלָכֵן אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בַּפָּסוּק (יִרְמְיָהוּ טו, ט) אֻמְלְלָה יָלַדְתְּ הַשִּׁבְעָה, בְּעִנְיַן סְתִירַת הַשֵּׂעָר בְּאִיבּוּל, וְכַנִּזְכָּר בַּיַּלְקוּט, וְזֶהוּ הַטַּעַם גַּם כֵּן שֶׁהַסּוֹטָה סוֹתְרִין שְׂעָרָהּ, וְעַל כֵּן כַּאֲשֶׁר גָּמַר הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ יְצִירַת גּוּפָהּ שֶׁל חַוָּה שֶׁבְּרָאָהּ בִּשְׂעָרוֹת שְׁלֵמִים בִּידֵי שָׁמַיִם, גָּמַר אוֹתָהּ גַּם בִּקְלִיעַת שְׂעָרָהּ לִרְמֹוז עַל עֲקֵידַת כּוֹחוֹת הַדִּינִין שֶׁבָּהּ וּכְפִייָּתָם, כִּי גַּם זֶה הוּא מִכְּלַל שְׁלֵימוֹת תִּיקּוּן שֶׁלָּהּ, וְלָאו בִּשְׁבִיל יֹופִי וּקְשֹׁוט נַעֲשָׂה הַדָּבָר הַזֶּה.
« Cela enseigne que le Saint béni soit-Il tressa Hava et l'amena à l'homme. » C'est-à-dire qu'Il tressa les cheveux de sa tête, autrement dit que ses cheveux se tressèrent d'eux-mêmes sur Sa parole. Il faut comprendre pourquoi il fallait que le tressage de ses cheveux fût œuvre du Ciel ; il aurait suffi que le Saint béni soit-Il donne à Hava l'intelligence de tresser ses cheveux de sa propre main, afin qu'elle en tire fierté. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il faut s'appuyer sur ce qu'a écrit notre maître le Ari de mémoire bénie dans le Chaar ha-Mitsvot, section Kedochim : l'homme doit couper les cheveux de sa tête et avoir l'intention d'ôter et de raser les forces des dinim (rigueurs), car les cheveux de la tête font allusion à des rigueurs puissantes ; il ne laissera que les péot, car il ne convient pas de tout ôter, les rigueurs étant une nécessité d'en haut dont le monde à besoin. Cela vaut pour l'homme ; mais la femme relève du niveau de l'assiya (l'action), et toute la prise des rigueurs et leur racine se trouvent en elle ; si on les ôtait aussi de la tête de la femme, elles seraient entièrement annulées. C'est pourquoi la femme ne rase pas sa tête, et fait au contraire croître les cheveux de sa tête afin de laisser subsister la racine des rigueurs — telles sont ses paroles. Et j'ai trouvé que la femme doit tresser ses cheveux et avoir l'intention, au moment où elle les tresse, de déraciner les forces des rigueurs et de les soumettre, car le tressage est une soumission des cheveux. J'ai dit d'après cela que l'on comprend la raison pour laquelle l'endeuillée défait sa chevelure de son tressage : le deuil est un renforcement des rigueurs et leur déploiement ; elle défait donc le tressage qui indique la soumission des rigueurs. C'est pour cela que nos maîtres ont commenté le verset « elle languit, celle qui enfanta sept fils » à propos du fait de défaire les cheveux dans le deuil, comme il est rapporté dans le Yalkout. Telle est aussi la raison pour laquelle on défait les cheveux de la sota. Aussi, lorsque D.ieu acheva la formation du corps de Hava, qu'Il créa avec des cheveux complets par œuvre du Ciel, Il l'acheva également par le tressage de ses cheveux, pour faire allusion à la ligature des forces des rigueurs qui sont en elle et à leur soumission ; car cela relève aussi de la perfection de sa réparation, et la chose ne fut pas faite pour la beauté ni pour la parure.
💡 Explication

La position du visage donne au verbe vayiven un autre sens que celui de bâtir un corps. La Guemara s'appuie sur un usage régional de la langue, où le même verbe désigne le tressage de la chevelure.

18
דָּבָר אַחֵר: ״וַיִּבֶן״, אָמַר רַב חִסְדָּא, וְאָמְרִי לַהּ בְּמַתְנִיתָא תָּנָא: מְלַמֵּד שֶׁבְּנָאָהּ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְחַוָּה כְּבִנְיַן אוֹצָר, מָה אוֹצָר זֶה קָצָר מִלְּמַעְלָה וְרָחָב מִלְּמַטָּה כְּדֵי לְקַבֵּל אֶת הַפֵּירוֹת, אַף אִשָּׁה קְצָרָה מִלְּמַעְלָה וּרְחָבָה מִלְּמַטָּה כְּדֵי לְקַבֵּל אֶת הַוָּלָד.

Autre explication : « et Il bâtit ». Rav Hisda a dit, et certains l'enseignent dans une baraita : cela enseigne que le Saint béni soit-Il bâtit Hava comme la construction d'un entrepôt.

De même que cet entrepôt est étroit en haut et large en bas afin de recevoir les fruits, de même la femme est étroite en haut et large en bas afin de recevoir l'enfant.

📜 Rachi (1)
כְּדֵי לְקַבֵּל אֶת הַפֵּירוֹת שֶׁאִם יִהְיֶה קָצָר מִלְּמַטָּה וְרָחָב מִלְמַעְלָה תְּהֵא הַתְּבוּאָה דּוֹחֶפֶת אֶת הַכְּתָלִים מִלְמַעְלָה לְכָאן וּלְכָאן שֶׁהַמַּשָּׂא מַכְבִּיד עֲלֵיהֶם:
Afin de recevoir les fruits : car s'il était étroit en bas et large en haut, le grain pousserait les parois du haut de part et d'autre, la charge pesant sur elles.
💡 Explication

Deuxième réponse pour la position du visage : le verbe de construction porte sur la forme générale du corps féminin. Rachi explique la logique de l'entrepôt : une réserve large en bas répartit la charge vers la base, tandis qu'une réserve large en haut la ferait peser sur les parois supérieures.

🖼️ Schéma
Pourquoi large en bas et étroit en haut Bonne forme La charge descend vers la base large. Forme inverse Le grain pousse les parois du haut (Rachi). Application La même raison vaut pour le corps qui porte l'enfant : la base large soutient le poids.
Le raisonnement de l'entrepôt selon Rachi : où porte la charge dans chaque forme.
19
״וַיְבִיאֶהָ אֶל הָאָדָם״, אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה בֶּן אֶלְעָזָר: מְלַמֵּד שֶׁנַּעֲשָׂה הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא שׁוֹשְׁבִין לְאָדָם הָרִאשׁוֹן, מִכָּאן לִמְּדָה תּוֹרָה דֶּרֶךְ אֶרֶץ שֶׁיַּחֲזֹור גָּדוֹל עִם קָטָן בְּשׁוֹשְׁבִינוּת, וְאַל יֵרַע לוֹ.

« Et Il l'amena vers l'homme » : Rabbi Yirmeya ben Elazar a dit : cela enseigne que le Saint béni soit-Il se fit chochevin (garçon d'honneur) d'Adam le premier homme. De là, la Torah a enseigné une règle de conduite (derekh erets) : que le grand s'occupe du petit dans la fonction de chochevin, et qu'il ne le prenne pas mal.

📜 Rachi (1)
שׁוֹשְׁבִין מִשְׁתַּדֵּל בְּחֻופָּתוֹ וּבְזִיוּוּגוֹ:
Chochevin : celui qui s'emploie pour sa houppa et pour son union.
💡 Explication

Le verset devient la source d'une règle de derekh erets : accepter de rendre service à plus petit que soi dans une affaire de mariage, sans y voir une atteinte à son rang.

20
וּלְמַאן דְּאָמַר ״פַּרְצוּף״, הֵי מִינַּייְהוּ סַגִּי בְּרֵישָׁא? אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: מִסְתַּבְּרָא דְּגַבְרָא סַגִּי בְּרֵישָׁא. דְּתַנְיָא: לֹא יְהַלֵּךְ אָדָם אֲחוֹרֵי אִשָּׁה בַּדֶּרֶךְ, וַאֲפִילּוּ אִשְׁתּוֹ. נִזְדַּמְּנָה לוֹ עַל הַגֶּשֶׁר — יְסַלְּקֶנָּה לִצְדָדִין. וְכָל הָעוֹבֵר אֲחוֹרֵי אִשָּׁה בַּנָּהָר — אֵין לוֹ חֵלֶק לָעוֹלָם הַבָּא.

Et pour celui qui dit « visage », lequel des deux marchait en tête ? Rav Nahman bar Yitshak a dit : il est logique que l'homme marchait en tête.

Car il a été enseigné : qu'un homme ne marche pas derrière une femme sur le chemin, même sa propre femme. S'il la rencontre sur un pont, qu'il l'écarte sur les côtés.

Et quiconque passe derrière une femme dans une rivière n'a pas de part au monde à venir.

📜 Rachi (6)
וְלָמֶ"ד פַּרְצוּף וּמִתְּחִלָּתוֹ הָיָה מִצַּד אֶחָד זָכָר וּנְקֵבָה מִצַּד אַחֵר:
Et pour celui qui dit « visage » : dès l'origine le mâle était d'un côté et la femelle de l'autre côté.
הֵי מִינַּייְהוּ סַגִּי בְּרֵישָׁא אֵיזֶהוּ פַּרְצוּף הָיָה מְהַלֵּךְ לִפְנִים:
Lequel des deux marchait en tête : lequel des deux visages avançait par-devant ?
אַפֵּי' הִיא אִשְׁתּוֹ גְּנַאי הַדָּבָר:
Même s'il s'agit de sa femme : la chose est inconvenante.
נִזְדַּמְּנָה לוֹ עַל הַגֶּשֶׁר אֵשֶׁת אִישׁ וְהִיא לְפָנָיו:
S'il la rencontre sur le pont : une femme mariée, et elle est devant lui.
יְסַלְּקֶנָּה לִצְדָדִין עַד שֶׁיַּעֲבֹור לְפָנֶיהָ:
Qu'il l'écarte sur les côtés : jusqu'à ce qu'il passe devant elle.
אֲחוֹרֵי אִשָּׁה בַּנָּהָר אֲחוֹרֵי אֵשֶׁת אִישׁ מַגְבַּהַת בְּגָדֶיהָ מִפְּנֵי הַמַּיִם וְזֶה מִסְתַּכֵּל בָּהּ:
Derrière une femme dans la rivière : derrière une femme mariée qui relève ses vêtements à cause de l'eau, et lui la regarde.
🗂️ Tossefot (1)
וְכָל הָעוֹבֵר אֲחוֹרֵי אִשָּׁה בַּנָּהָר אֵין לוֹ חֵלֶק לעוה"ב פִּי' אִם רָגִיל בְּכָךְ לְפִי שֶׁיָּבֹא לִידֵי נִאוּף וְסוֹפוֹ יוֹרֵד לְגֵיהִנָּם:
C'est-à-dire s'il en a l'habitude, car il en viendra à la débauche et finira par descendre au Guehinom.
🪔 Ben Yehoyada (2)
לְמָאֵן דְּאָמַר פַּרְצוּף, הֵי מִנַּייְהוּ סַגִּי בְּרֵישָׁא. קַשָּׁא מַה שְׁאֵלָה זוֹ, אִם הַזָּכָר יֵשׁ לוֹ צֹורֶךְ בְּהִילּוּךְ הוּא סַגִּי בְּרֵישָׁא וְהַנְּקֵבָה נִגְרֶרֶת אַחֲרָיו, וְאִם הַנְּקֵבָה לְבַדָּהּ יֵשׁ לָהּ צֹורֶךְ בְּהִילּוּךְ הִיא הוֹלֶכֶת בְּרֵישָׁא וְהַזָּכָר נִגְרָר אַחֲרֶיהָ? וְעוֹד תְּשׁוּבַת רנב"י אֵין לָהּ הֲבָנָה, דְּהָתָם מְהַלְּכִין פָּנִים לְצַד אָחוֹר, וְכָאן דְּבוּקִים אָחוֹר בְּאָחוֹר, שֶׁאֵין פַּרְצוּף הַנִּגְרָר רוֹאֶה פַּרְצוּף הָאַחֵר כְּלָל וּכְלָל? וְנִרְאֶה לִי בס"ד, קָא בָּעֵי עַל אַחַר שֶׁנִּנְסְרוּ שֶׁהוֹלְכִים כָּל אֶחָד בִּפְנֵי עַצְמוֹ מִי נֶחְשָׁב יוֹתֵר, כְּדֵי שֶׁאִם הוֹלְכִים בְּיַחַד יִהְיֶה מְסַגֵּי בְּרֵישָׁא כֵּיוָן דִּתְחִלָּה נִבְרְאוּ שְׁקוּלִים, אֲבָל לְמ"ד זָנָב לָא קָא מִבַּעְיָיא לֵיהּ דְּוַדַּאי הַזָּכָר מְסַגֵּי בְּרֵישָׁא כִּי הוּא הַיָּקָר וְנִכְבָּד יוֹתֵר, כִּי הַנְּקֵבָה עִיקָּרָהּ זָנָב, וְתֵירֵץ לוֹ רנב"י מִסְתַּבְּרָא זָכָר סַגִּי בְּרֵישָׁא וְלוֹ מִשְׁפַּט הַקְּדִימָה בְּעִנְיַן הַכָּבוֹד, דְּתַנְיָא לֹא יְהַלֵּךְ אָדָם אֲחוֹרֵי אִשָּׁה וַאֲפִילּוּ אִשְׁתּוֹ, וְאִם בִּשְׁבִיל הִרְהוּר לָמָּה אָסוּר בְּאִשְׁתּוֹ, אֶלָּא וַדַּאי מִשּׁוּם שׁוּרַת דֶּרֶךְ אֶרֶץ נָגְעוּ בָּהּ דְּהַגָּדוֹל יֵלֵךְ בְּרֹאשׁ וְאַחֲרָיו הַקָּטָן. נִמְצָא יֵשׁ קְדִימָה לְזָכָר עַל הַנְּקֵבָה בְּעִנְיַן הַכָּבוֹד, וּלְכָךְ אָדָם סַגִּי בְּרֵישָׁא וְלֹא חַוָּה. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד דְּשׁוֹאֵל הֵי מִנַּייְהוּ סַגִּי בְּרֵישָׁא עַל זְמַן שֶׁהָיוּ דְּבוּקִים זֶה בָּזֶה, דְּיָדוּעַ עַל פִּי הַטֶּבַע אִם יִהְיוּ שְׁנֵי פַּרְצוּפִין דְּבוּקִים זֶה עִם זֶה יִהְיֶה עִיקַּר הַכֹּחַ וְהַגְּבוּרָה בְּאֶחָד מֵהֶם דַּוְקָא וְהַשֵּׁנִי חַלָּשׁ מְאֹד, וְכַנּוֹדָע בְּאוֹתָהּ מַעֲשֶׂה שֶׁהֵבִיא בְּסֵפֶר מַעֲשֵׂה טוֹבִיָּה בְּשֵׁם סֵפֶר אִבְּן סִיֵּנָה, בְּאוֹתָם שְׁתֵּי בָּנוֹת תְּאוֹמוֹת שֶׁנּוֹלְדוּ דְּבוּקִין זֶה עִם זֶה וְגָדְלוּ, וְהָיְתָה אַחַת מֵהֶם רוֹצָה לְהִנָּשֵׂא וְהַב' מְעַכֶּבֶת שֶׁלֹּא הָיָה הַכֹּחַ אֶלָּא בְּאַחַת דַּוְקָא! יע"ש. וְלָכֵן שָׁאַל עַל אָדָם וְחַוָּה בִּהְיוֹתָם ב' פַּרְצוּפִין דְּבוּקִים, דְּוַדַּאי הַכֹּחַ הָיָה בְּאֶחָד מֵהֶם דַּוְקָא וְהַשֵּׁנִי נִגְרָר אַחֲרָיו כִּסְפִינָה פְּשׁוּטָה הַנִּגְרֶרֶת אַחַר סְפִינָה שֶׁל אֵשׁ. וְלָזֶה שָׁאַל 'הֵי מִנַּיְיהוּ מְסַגֵּי בְּרֵישָׁא?' דְּאֵצֶל מִי הָיָה מֻונָּח הַכֹּחַ דְּאָז הָיָה הוּא סַגִּי בְּרֵישָׁא וְהַשֵּׁנִי נִגְרָר אַחֲרָיו, וּמְשַׁנֵּי 'מִסְתַּבְּרָא זָכָר סַגִּי בְּרֵישָׁא' כִּי אֶצְלוֹ הָיָה מֻונָּח הַכֹּחַ, דְּתַנְיָא לֹא יְהַלֵּךְ זָכָר אַחַר אִשָּׁה וַאֲפִילּוּ בְּאִשְׁתּוֹ, וְקַשָּׁא הֵם בִּשְׁבִיל הִרְהוּר לָמָּה יִמְנַע בְּאִשְׁתּוֹ, אֶלָּא וַדַּאי מִשּׁוּם דֶּרֶךְ אֶרֶץ שֶׁהַזָּכָר הוּא גָּדוֹל בְּמַעֲלָה מִנְּקֵבָה, וְקַשָּׁא לְמָאֵן דְּאָמַר שֶׁנִּבְרְאוּ ב' פַּרְצוּפִים זֶה עִם זֶה לָמָּה יִהְיֶה הַזָּכָר גָּדוֹל מִמֶּנָּה, דְּבִשְׁלָמָא לְמָאֵן דְּאָמַר זָנָב הוּא נִבְרָא קֹודֶם לְכָךְ הוּא גָּדוֹל בִּמְעִילָה, אֲבָל לְמַאן דְּאָמַר ב' פַּרְצוּפִים נִבְרְאוּ שְׁנֵיהֶם בְּיַחַד וּבְמַה יִהְיֶה הוּא גָּדוֹל מִמֶּנָּה, אֶלָּא וַדַּאי צָרִיךְ לוֹמַר כֵּיוָן דְּנִבְרְאוּ ב' פַּרְצוּפִים דְּבוּקִים מֻוכְרָח שֶׁהַכֹּחַ מֻונָּח בְּאֶחָד מֵהֶם דַּוְקָא וכנז"ל, וּמֻוכְרָח שֶׁתֹּאמַר שֶׁהָיָה מֻונָּח הַכּוֹחַ בַּזָּכָר, וּלְכָךְ גַּם אַחַר שֶׁנִּנְסְרוּ שֶׁאָז נָתַן הקב"ה כֹּחַ חָדָשׁ בַּנְּקֵבָה עִם כָּל זֶה יֵשׁ לוֹ דִּין קְדִימָה עָלֶיהָ בְּכֹחַ, כִּי תְּחִלָּה הָיָה הַכֹּחַ אֶצְלוֹ בִּלְבַד וְהִיא הָיְיתָה נִגְרֶרֶת אַחֲרָיו, עַל כֵּן ש"מ הַזָּכָר הֲוָה סַגִּי בְּרֵישָׁא כִּי בּוֹ לְבַדּוֹ הָיָה מֻונָּח הַכֹּחַ.
« Pour celui qui dit visage, lequel des deux marchait en tête ? » Difficulté : quelle est cette question ? Si le mâle a besoin de marcher, il avance en tête et la femelle est entraînée derrière lui ; et si la femelle seule a besoin de marcher, c'est elle qui avance en tête et le mâle est entraîné derrière elle. De plus, la réponse de Rav Nahman bar Yitshak reste incompréhensible, car dans son cas ils marchent face contre dos, alors qu'ici ils sont collés dos à dos, de sorte que le visage entraîne ne voit pas du tout l'autre visage. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la question porte sur ce qui suit la séparation, lorsque chacun marche pour lui-même : lequel est tenu pour le plus considérable, de sorte que, s'ils marchent ensemble, ce soit lui qui avance en tête, puisqu'à l'origine ils ont été créés à égalité. Pour celui qui dit queue, la question ne se pose pas, car il est certain que le mâle avance en tête, étant plus précieux et plus honoré, la femme ayant pour origine une queue. Rav Nahman bar Yitshak lui a répondu : il est logique que le mâle avance en tête, et que la préséance lui revienne en matière d'honneur, car il a été enseigné qu'un homme ne marche pas derrière une femme, même sa propre femme. Or si c'était à cause des pensées, pourquoi serait-ce interdit avec sa propre femme ? Il faut donc que ce soit au titre de la règle de derekh erets, selon laquelle le plus grand marche en tête et le plus petit après lui. Il en résulte une préséance du mâle sur la femelle en matière d'honneur, et c'est pourquoi Adam avançait en tête et non Hava. Une autre explication me paraît possible, avec l'aide du Ciel : celui qui demande lequel avançait en tête parle du temps où ils étaient collés l'un à l'autre. Il est en effet connu, selon la nature, que si deux visages sont collés l'un à l'autre, la force et la vigueur principales se trouvent chez l'un d'eux seulement, l'autre étant très faible. On le sait par le fait rapporté dans le livre Maasse Toviya au nom du livre d'Ibn Sina, à propos de ces deux sœurs jumelles nées collées l'une à l'autre et qui grandirent ainsi : l'une d'elles voulait se marier et l'autre s'y opposait, car la force ne se trouvait que chez l'une d'elles. On s'interroge donc sur Adam et Hava lorsqu'ils étaient deux visages collés : la force se trouvait certainement chez l'un d'eux seulement, l'autre étant entraîné derrière lui comme un simple bateau remorqué par un vaisseau de feu. C'est donc bien la question : chez lequel des deux la force était-elle déposée ? Car celui-là avançait en tête et le second était entraîné derrière lui. Et l'on répond : il est logique que le mâle avançait en tête, car c'est chez lui que la force était déposée, comme il a été enseigné qu'un mâle ne marche pas derrière une femme, même sa propre femme. Difficulté : si c'est à cause des pensées, pourquoi le lui interdire avec sa femme ? Il faut donc que ce soit au titre du derekh erets, le mâle étant d'un rang supérieur à la femelle. Nouvelle difficulté : pour celui qui dit qu'ils ont été créés comme deux visages l'un avec l'autre, pourquoi le mâle serait-il plus grand qu'elle ? Pour celui qui dit queue, cela se comprend, puisqu'il a été créé avant elle et lui est donc supérieur en rang ; mais pour celui qui dit deux visages, ils ont été créés ensemble, et en quoi lui serait-il supérieur ? Il faut donc dire que, puisqu'ils ont été créés comme deux visages collés, la force était nécessairement déposée chez l'un d'eux seulement, comme il a été dit, et il faut nécessairement dire qu'elle était déposée chez le mâle. C'est pourquoi, même après la séparation, où le Saint béni soit-Il a donné une force nouvelle à la femelle, il conserve sur elle une préséance quant à la force, car au commencement la force était chez lui seul et elle était entraînée derrière lui. On en déduit donc que le mâle avançait en tête, puisque c'est chez lui seul que la force était déposée.
וְכָל הָעֻובָּר אַחֲרֵי אִשָּׁה בַּנָּהָר אֵין לוֹ חֵלֶק לָעוֹלָם הַבָּא. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם כִּי עוֹלָם הַבָּא אֵין בּוֹ הֲנָאַת אֲכִילָה וּשְׁתִיָּה אֶלָּא הֲנָאַת רְאִיָּה , כמ"ש רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל עוֹלָם הַבָּא אֵין בּוֹ אֲכִילָה וּשְׁתִיָּה אֶלָּא צַדִּיקִים יוֹשְׁבִים וְנֶהֱנִים מִזִּיו הַשְּׁכִינָה, וְלָכֵן זֶה שֶׁעוֹבֵר אַחֲרֵי אִשָּׁה שֶׁנֶּהֱנֶה בִּרְאִיָּה אֵין לוֹ חֵלֶק לָעוֹלָם הַבָּא, שֶׁהִיא הֲנָאַת רְאִיָּה מִזִּיו הַשְּׁכִינָה! ומ"ש לֹא יִנָּקֶה מִדִּינָהּ שֶׁל גֵּיהִנָּם שֶׁנִּקְרֵאת רַע. עַל פִּי מ"ש מהרש"ם זַ"ל שֶׁיֵּשׁ בְּגֵיהִנָּם תת"ן [850] חֲדָרִים, וּמִסְפָּר רַע [270] מֵאֵלּוּ הֵם קָשִׁים מְאֹד עַיֵּין שָׁם. וְלָזֶה אָמַר לֹא יְנַקֶּה אֲפִילּוּ מֵאֵלּוּ רַע חֲדָרִים הַקָּשִׁים! וְנִרְאֶה לִי בס"ד דָּבָר זֶה בְּאוֹתִיּוֹת עֶרְוָה שֶׁהוּא ר"ע ו ה , כְּלוֹמַר אִם עָסַק בַּתּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב שֶׁהִיא ה ' סְפָרִים וְשֶׁבְּעַל פֶּה שֶׁהִיא וָא"ו סְדָרִים לֹא יְנַקֶּה מִן ר"ע הַנִּזְכָּר.
« Et quiconque passe derrière une femme dans une rivière n'a pas de part au monde à venir. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison en est la suivante : dans le monde à venir il n'y a pas de jouissance de la nourriture ni de la boisson, mais une jouissance de la vision, comme l'ont dit nos maîtres : le monde à venir ne comporte ni nourriture ni boisson, mais les justes y sont assis et jouissent de l'éclat de la Chekhina. Celui qui passe derrière une femme et jouit d'une vision n'a donc pas de part au monde à venir, qui est une jouissance de la vision de l'éclat de la Chekhina. Quant à ce qui est dit qu'il ne sera pas quitte du jugement du Guehinom, appelé « ra » (mal), c'est d'après ce qu'a écrit le Maharcham de mémoire bénie : il y a dans le Guehinom huit cent cinquante chambres, et un nombre de deux cent soixante-dix d'entre elles — valeur du mot « ra » — sont très rudes ; vois-le là-bas. C'est donc dire qu'il ne sera pas quitte même de ces deux cent soixante-dix chambres rudes. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que cette idée se lit dans les lettres du mot erva (nudité), qui se décompose en resh-ayin puis vav et hé : autrement dit, s'il s'est occupé de la Torah écrite, qui compte cinq livres, et de la Torah orale, qui compte six ordres, il ne sera pas quitte du « ra » mentionné.
⚖️ Rosh (1)
תְּנָא אַל יְהַלֵּךְ אָדָם אַחַר אִשָּׁה בַּדֶּרֶךְ וְאַפֵּי' הִיא אִשְׁתּוֹ נִזְדַּמְּנָה לוֹ עַל הַגֶּשֶׁר יְסַלְּקֶנָּה לִצְדָדִים וְהָעוֹבֵר אַחַר אִשָּׁה בַּנָּהָר לֹא יִנָּקֶה מִדִּינָהּ שֶׁל גֵּיהִנָּם א"ר פָּפָּא וְאָמְרִי לַהּ בְּמַתְנִיתָא תָּנָא אֲחוֹרֵי אֲרִי וְלֹא אֲחוֹרֵי אִשָּׁה אֲחוֹרֵי אִשָּׁה וְלֹא אֲחוֹרֵי עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים אֲחוֹרֵי עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים וְלֹא אֲחוֹרֵי בהכ"נ בְּשָׁעָה שֶׁהַצִּבּוּר מִתְפַּלְּלִין וְלָא אֲמַרַן אֶלָּא דְּלֵיכָּא פִּיתְחָא אַחֲרִינָא וּדְלָא דָּרֵי טוּנָא וְלָא רְכִיב חַמְרָא אֲבָל אִי אִיכָּא חַד מֵהָנֵי לֵית לַן בַּהּ: תָּנוּ רַבָּנַן הַמַּרְצֶה מָעוֹת לְאִשָּׁה מִיָּדוֹ לְיָדָהּ אוֹ מִיָּדָהּ לְיָדוֹ בִּשְׁבִיל שֶׁיִּסְתַּכֵּל בָּהּ אֲפִילּוּ גָּדוֹל בַּתּוֹרָה כְּמֹשֶׁה רַבֵּינוּ לֹא יִנָּקֶה מִדִּינָהּ שֶׁל גֵּיהִנָּם שֶׁנֶּאֱמַר יָד לְיָד לֹא יִנָּקֶה:
Il a été enseigné : qu'un homme n'aille pas derrière une femme sur le chemin, même s'il s'agit de sa femme. S'il la rencontre sur le pont, qu'il l'écarte sur les côtés. Et celui qui passe derrière une femme dans une rivière ne sera pas quitte du jugement du Guehinom. Rav Papa a dit, et certains l'enseignent dans une baraita : derrière un lion plutôt que derrière une femme ; derrière une femme plutôt que derrière une avoda zara ; derrière une avoda zara plutôt que derrière une synagogue à l'heure où la communauté prie. Et nous n'avons dit cela que lorsqu'il n'y a pas d'autre entrée, qu'il ne porte pas de charge et qu'il ne monte pas un âne ; mais si l'un de ces cas se présente, il n'y a pas de problème. Nos maîtres ont enseigné : celui qui compte de l'argent à une femme, de sa main à la main d'elle ou de la main d'elle à la sienne, afin de la regarder — même s'il est grand en Torah comme Moche notre maître — ne sera pas quitte du jugement du Guehinom, ainsi qu'il est dit : « main à main, il ne sera pas quitte ».
💡 Explication

La question porte d'abord sur la position du visage : deux faces attachées, laquelle avançait ? Rav Nahman bar Yitshak répond par un argument tiré de la conduite pratique, et le daf bascule alors vers une série d'enseignements sur le fait de marcher derrière une femme.

Le point relevé par le Ben Ich H'ai est que l'interdit vise aussi la propre femme de l'homme, ce qui déplace la raison de la retenue vers le derekh erets et l'ordre de préséance, au-delà du seul souci du regard.

21
תָּנוּ רַבָּנַן: הַמַּרְצֶה מָעוֹת לְאִשָּׁה מִיָּדוֹ לְיָדָהּ כְּדֵי לְהִסְתַּכֵּל בָּהּ, אֲפִילּוּ יֵשׁ בְּיָדוֹ תּוֹרָה וּמַעֲשִׂים טוֹבִים כְּמֹשֶׁה רַבֵּינוּ — לֹא יִנָּקֶה מִדִּינָהּ שֶׁל גֵּיהִנָּם. שֶׁנֶּאֱמַר ״יָד לְיָד לֹא יִנָּקֶה רָּע״ — לֹא יִנָּקֶה מִדִּינָהּ שֶׁל גֵּיהִנָּם.

Nos maîtres ont enseigné : celui qui compte de l'argent à une femme, de sa main à la main d'elle, afin de la regarder, même s'il a en main Torah et bonnes actions comme Moche notre maître, ne sera pas quitte du jugement du Guehinom, ainsi qu'il est dit : « main à main, le mauvais ne sera pas quitte » — il ne sera pas quitte du jugement du Guehinom.

📜 Rachi (1)
יָד לְיָד לֹא יִנָּקֶה רָּע אֲפִילּוּ כְּמֹשֶׁה רַבֵּינוּ שֶׁקִּבֵּל תּוֹרָה מִיְּמִינוֹ שֶׁל הקב"ה לֹא יְנַקֶּה רַע וּקְרָא בְּאִשָּׁה מִשְׁתַּעֵי:
« Main à main, le mauvais ne sera pas quitte » : même quelqu'un comme Moche notre maître, qui a reçu la Torah de la droite du Saint béni soit-Il, ne sera pas quitte du « mal » ; et le verset parle d'une femme.
💡 Explication

La dracha joue sur les deux emplois de « main » : la main qui a reçu la Torah et la main qui tend l'argent. Le rang de celui qui agit n'atténue pas la gravité du geste lorsque son mobile est le regard.

22
אָמַר רַב נַחְמָן: מָנוֹחַ עַם הָאָרֶץ הָיָה, דִּכְתִיב: ״וַיֵּלֶךְ מָנוֹחַ אַחֲרֵי אִשְׁתּוֹ״.

Rav Nahman a dit : Manoah était un ignorant (am ha-arets), car il est écrit : « et Manoah alla derrière sa femme ».

📜 Rachi (1)
עַם הָאָרֶץ לֹא שִׁמֵּשׁ תַּלְמִידֵי חֲכָמִים שֶׁלֹּא לָמַד מִשְׁנָה זוֹ שֶׁשָּׁנִינוּ לֹא יְהַלֵּךְ אָדָם אֲחוֹרֵי אִשָּׁה וַאֲפִילּוּ הִיא אִשְׁתּוֹ:
Am ha-arets : il n'a pas servi les sages, car il n'a pas appris cet enseignement que nous avons étudié, qu'un homme ne marche pas derrière une femme, même s'il s'agit de sa femme.
23
מַתְקִיף לַהּ רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: אֶלָּא מֵעַתָּה, גַּבֵּי אֶלְקָנָה, דִּכְתִיב: ״וַיֵּלֶךְ אֶלְקָנָה אַחֲרֵי אִשְׁתּוֹ״, וְגַבֵּי אֱלִישָׁע, דִּכְתִיב: ״וַיָּקָם וַיֵּלֶךְ אַחֲרֶיהָ״, הָכִי נָמֵי אַחֲרֶיהָ מַמָּשׁ? אֶלָּא אַחֲרֵי דְּבָרֶיהָ וְאַחֲרֵי עֲצָתָהּ, הָכָא נָמֵי אַחֲרֵי דְּבָרֶיהָ וְאַחֲרֵי עֲצָתָהּ.

Rav Nahman bar Yitshak objecte : s'il en est ainsi, à propos d'Elkana, dont il est écrit « et Elkana alla derrière sa femme », et à propos d'Elicha, dont il est écrit « il se leva et alla derrière elle » — la aussi, littéralement derrière elle ? Il s'agit plutôt de suivre ses paroles et son conseil ; ici de même, suivre ses paroles et son conseil.

🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא מֵעַתָּה גַּבֵּי אֶלְקָנָה דִּכְתִיב וַיֵּלֶךְ אֶלְקָנָה אַחֲרֵי אִשְׁתּוֹ וְגוֹ' שִׁבּוּשׁ הוּא שֶׁאֵין פָּסוּק זֶה בְּכָל הַמִּקְרָא ול"ג לֵיהּ:
C'est une erreur, car ce verset ne se trouve nulle part dans l'Écriture, et on ne le lit pas.
💡 Explication

L'objection est linguistique : l'expression « aller derrière » est employée ailleurs au sens figuré de suivre un avis. Elle ne prouve donc rien contre Manoah.

Tossefot signale un problème de texte : le verset attribue à Elkana n'existe pas dans l'Écriture, et Tossefot le retire de la version.

24
אָמַר רַב אַשִּׁי: וּלְמַאי דְּקָאָמַר רַב נַחְמָן, מָנוֹחַ עַם הָאָרֶץ הָיָה — אֲפִילּוּ בֵּי רַב נָמֵי לָא קְרָא, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַתָּקָם רִבְקָה וְנַעֲרֹתֶיהָ וַתִּרְכַּבְנָה עַל הַגְּמַלִּים וַתֵּלַכְנָה אַחֲרֵי הָאִישׁ״ — וְלֹא לִפְנֵי הָאִישׁ.

Rav Achi a dit : et selon ce que dit Rav Nahman, que Manoah était un ignorant, il n'avait même pas lu à l'école élémentaire, ainsi qu'il est dit : « Rivka se leva, ainsi que ses servantes, elles montèrent sur les chameaux et allèrent derrière l'homme » — et non devant l'homme.

📜 Rachi (1)
וּלְמַאי דְּקָאָמַר רַב נַחְמָן שֶׁהָלַךְ אַחֲרֶיהָ מַמָּשׁ אִם כֵּן אֲפִילּוּ בֵּי רַב עִם תִּינוֹקוֹת שֶׁל בֵּית רַבָּן נָמֵי לֹא קָרָא:
Et selon ce que dit Rav Nahman, qu'il alla littéralement derrière elle : s'il en est ainsi, il n'a même pas lu à la maison d'étude avec les enfants d'école.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֲפִילּוּ בֵּי רַב נָמֵי לָא קְרָא. הַקַּשָּׁא מָהַרְשָׁ"א זַ"ל דִּילְמָא יָדַע מָנוֹחַ לְהַאי קְרָא אַךְ סְבִירָא לֵיהּ בְּאִישׁ וְאִשְׁתּוֹ לֵית לַן בַּהּ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִם יָדַע לְהַאי קְרָא דְּמַשְׁמַע בְּזָרִים אָסוּר הוּא הָיָה צָרִיךְ לְהִזָּהֵר גַּם בְּאִשְׁתּוֹ מִפְּנֵי מַרְאִית הָעַיִן דְּאֵין הַכֹּל יוֹדְעִין שֶׁהִיא אִשְׁתּוֹ. אַךְ עֲדַיִין קַשָּׁא דִּילְמָא יָדַע מָנוֹחַ לְהַאי קְרָא אַךְ סָבַר דְּאֵין לְמֵידִין מִזֶּה הֲלָכָה, דְּלָא מָצִינוּ בֶּאֱלִיעֶזֶר שֶׁהִקְפִּיד עַל כָּךְ דְּנֵימָא כָּךְ קִבֵּל מִן אַבְרָהָם אָבִינוּ, אֶלָּא רַק רִבְקָה הִקְפִּידָה וַעֲדַיִין לֹא נִכְנְסָה בְּבֵית אַבְרָהָם וְיִצְחָק, וְדִילְמָא כָּךְ הָיָה מִנְהָגָם שֶׁל עִירָהּ וּבֵית אָבִיהָ לְהַקְפִּיד בְּכָךְ וְלָאו הִלְכָתָהּ הִיא זוֹ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דַּאֲנָחְנוּ לְמֵידִין מִמַּה שֶׁמָּצִינוּ דְּהֻוצְרַךְ הַכָּתוּב לְהַאֲרִיךְ לִכְתֹּוב דָּבָר זֶה שֶׁל וַתֵּלַכְנָה אַחֲרֵי הָאִישׁ דְּמַשְׁמַע כְּדֵי לְלַמְּדֵנוּ הֲלָכָה נָקֵיט זֶה. וְהִנֵּה רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּשַׁעַר טַעֲמֵי הַמִּצְוֹת בֵּיאֵר עוֹנוֹת הָאֲכִילָה הֵם מ"ו נ"ח ולח"ם וד"ק ופ"ד, אַךְ מָנוֹחַ לֹא הָיָה עוֹשֶׂה אֶלָּא רַק כַּוָּנוֹת מ"ו נ"ח הָרְמוּזִים בְּשֵׁם מָנוֹחַ, לְכָךְ אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל מָנוֹחַ עַם הָאָרֶץ הָיָה בַּעֲבוּר חֶסְרוֹן כַּוָּנָתוֹ יע"ש. וְהִנֵּה בָּזֶה מְתֹורָץ קֻושְׁיַת רנב"י דְּאָמַר דִּילְמָא אַחַר דְּבָרֶיהָ וַעֲצָתָהּ כמ"ש בֶּאֱלִישָׁע הַנָּבִיא ע"ה, וְהַייְנוּ כִּי בַּכָּתוּב דְּאָמַר וַיָּקָם וַיֵּלֶךְ מָנוֹחַ אַחֲרֵי אִשְׁתּוֹ יֵשׁ דִּקְדּוּק, לָמָּה הִזְכִּיר שְׁמוֹ עַתָּה וְדַי לוֹמַר וַיֵּלֶךְ אַחֲרֵי אִשְׁתּוֹ כֵּיוָן דְּבֵיהּ קָא מִשְׁתַּעֵי? אַךְ לְפִי הָאָמוּר מוּבָן, דְּבָא הַכָּתוּב לְלַמֶּדְךָ שֶׁלֹּא תֹּאמַר שֶׁהָלַךְ אַחַר דְּבָרֶיהָ וַעֲצָתָהּ, אֶלָּא הָלַךְ מַמָּשׁ, כִּי עַם הָאָרֶץ הָיָה וְלֹא יָדַע ד"ז, וְלָזֶה אָמַר וַיֵּלֶךְ 'מָנוֹחַ' הַיָּדוּעַ שֶׁהָיָה עַם הָאָרֶץ מִצַּד חֶסְרוֹן הַכַּוָּנוֹת שֶׁלֹּא הָיָה מְכַוֵּין אֶלָּא רַק במ"ו נ"ח, וְלָכֵן גַּם הֲלִיכָה זוֹ הָיְתָה מֵחֶסְרוֹן יְדִיעָה. וּמַה שֶׁנִּרְאֵית לרנב"י בִּפְשִׁיטוּת גַּבֵּי אֱלִישָׁע דְּהָלַךְ אַחַר דְּבָרֶיהָ וְלֹא אַחֲרֶיהָ, נִרְאֶה בס"ד חֲדָא כִּי אֱלִישָׁע הַנָּבִיא ע"ה שֶׁהָיָה גְּדוֹל הַדּוֹר וְנָבִיא מְפֻורְסָם וַדַּאי לֹא יִטְעֶה חָס וְחָלִילָה בָּזֶה, וְעוֹד גַּבֵּי אֱלִישָׁע הַנָּבִיא ע"ה הָיְתָה אֵשֶׁת אִישׁ וּבָזֶה אֲפִילּוּ הֶדְיוֹט לֹא יִטְעֶה, כִּי אֲפִילּוּ מָנוֹחַ לֹא טָעָה בְּאֵשֶׁת אִישׁ אֶלָּא רַק בְּאִשְׁתּוֹ דְּחָשַׁב שֶׁיֵּשׁ חִילּוּק בָּזֶה, לָכֵן מֻוכְרָח לְפָרֵשׁ בֶּאֱלִישָׁע הַנָּבִיא ע"ה אַחַר דְּבָרֶיהָ.
« Il n'avait même pas lu à l'école élémentaire. » Le Maharcha de mémoire bénie a objecté : peut-être Manoah connaissait-il ce verset, mais tenait qu'entre un homme et sa femme il n'y a pas d'objection ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que s'il connaissait ce verset, dont il ressort que la chose est interdite avec des personnes étrangères, il devait aussi prendre garde avec sa femme à cause de l'apparence, car tout le monde ne sait pas qu'il s'agit de sa femme. Mais il reste une difficulté : peut-être Manoah connaissait-il ce verset et tenait qu'on n'en tire pas de halakha, puisque nous ne trouvons pas qu'Eliezer s'en soit soucié, ce qui permettrait de dire qu'il l'avait reçu d'Avraham notre père ; seule Rivka s'en est souciée, et elle n'était pas encore entrée dans la maison d'Avraham et de Yits'hak, de sorte que c'était peut-être la coutume de sa ville et de la maison de son père d'y prendre garde, sans que ce soit une halakha. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que nous l'apprenons du fait que le verset a éprouvé le besoin de s'étendre pour écrire cette chose, « et elles allèrent derrière l'homme », ce qui indique qu'il l'a mentionnée pour nous enseigner une halakha. Or notre maître le Ari de mémoire bénie a expliqué, dans le Chaar Taamei ha-Mitsvot, que les intentions du repas sont mem-vav, noun-het, le'hem, dak et pad ; mais Manoah ne pratiquait que les intentions de mem-vav et noun-het, auxquelles son nom fait allusion, et c'est pourquoi nos maîtres ont dit que Manoah était un am ha-arets, en raison de ce qui manquait à ses intentions ; vois-le là-bas. Par là se résout l'objection de Rav Nahman bar Yitshak, qui disait que peut-être il suivait ses paroles et son conseil, comme il est dit d'Elicha le prophète. En effet, dans le verset qui dit « et Manoah se leva et alla derrière sa femme », il y a une précision à relever : pourquoi mentionner ici son nom, alors qu'il aurait suffi de dire « et il alla derrière sa femme », puisque c'est de lui que parle le texte ? D'après ce qui a été dit, on comprend : le verset vient t'enseigner de ne pas dire qu'il suivait ses paroles et son conseil, mais qu'il alla littéralement derrière elle, car il était un am ha-arets et ignorait cette règle. C'est pourquoi il est dit « et alla Manoah », celui-là même qui est connu pour avoir été un am ha-arets du fait de ce qui manquait à ses intentions ; cette marche aussi provenait donc d'un manque de connaissance. Quant à ce qui a paru évident à Rav Nahman bar Yitshak à propos d'Elicha, qu'il suivit ses paroles et non elle-même, il me semble, avec l'aide du Ciel, premièrement qu'Elicha le prophète, qui était le grand de sa génération et un prophète reconnu, ne se serait certainement pas trompé là-dessus ; et de plus, dans le cas d'Elicha il s'agissait d'une femme mariée, et sur ce point même un homme du commun ne se trompe pas, puisque Manoah lui-même ne s'est pas trompé pour une femme mariée, mais seulement pour sa propre femme, pensant qu'il y avait là une distinction. Il faut donc nécessairement expliquer, chez Elicha le prophète, qu'il suivit ses paroles.
💡 Explication

Rav Achi durcit l'appréciation de Rav Nahman. Si l'on maintient que Manoah a marché littéralement derrière sa femme, son ignorance porte déjà sur le récit de Rivka, que les enfants apprennent à l'école.

25
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אֲחוֹרֵי אֲרִי וְלֹא אֲחוֹרֵי אִשָּׁה, אֲחוֹרֵי אִשָּׁה וְלֹא אֲחוֹרֵי עֲבוֹדָה זָרָה, אֲחוֹרֵי עֲבוֹדָה זָרָה וְלֹא אֲחוֹרֵי בֵּית הַכְּנֶסֶת בְּשָׁעָה שֶׁהַצִּבּוּר מִתְפַּלְּלִין.

Rabbi Yo'hanan a dit : derrière un lion plutôt que derrière une femme ; derrière une femme plutôt que derrière une avoda zara ; derrière une avoda zara plutôt que derrière une synagogue à l'heure où la communauté prie.

📜 Rachi (1)
בְּשָׁעָה שֶׁהַצִּבּוּר מִתְפַּלְּלִים דְּכֵיוָן שֶׁאֵינוֹ נִכְנָס נִרְאֶה כְּפוֹרֵק עוֹל וּמְבַזֶּה בֵּית הַכְּנֶסֶת:
À l'heure où la communauté prie : puisqu'il n'entre pas, il paraît rejeter le joug et mépriser la synagogue.
💡 Explication

L'échelle est construite par comparaisons successives. Le dernier terme surprend : passer derrière la synagogue pendant l'office est présenté comme plus grave que passer derrière une avoda zara, parce que le passant donne à voir qu'il se sépare de la communauté en prière.

26
וְלָא אֲמַרַן אֶלָּא דְּלָא דָּרֵי מִידֵּי, וְאִי דָּרֵי מִידִי — לֵית לַן בַּהּ. וְלָא אֲמַרַן אֶלָּא דְּלֵיכָּא פִּתְחָא אַחֲרִינָא, וְאִי אִיכָּא פִּתְחָא אַחֲרִינָא — לֵית לַן בַּהּ. וְלָא אֲמַרַן אֶלָּא דְּלָא רְכִיב חֲמָרָא, אֲבָל רָכֵיב חַמְרָא — לֵית לַן בַּהּ. וְלָא אֲמַרַן אֶלָּא דְּלָא מַנַּח תְּפִילִּין, אֲבָל מַנַּח תְּפִילִּין — לֵית לַן בַּהּ.

Et nous n'avons dit cela que lorsqu'il ne porte rien ; mais s'il porte quelque chose, il n'y a pas de problème. Et nous n'avons dit cela que lorsqu'il n'y a pas d'autre entrée ; mais s'il y a une autre entrée, il n'y a pas de problème.

Et nous n'avons dit cela que lorsqu'il ne monte pas un âne ; mais s'il monte un âne, il n'y a pas de problème. Et nous n'avons dit cela que lorsqu'il ne porte pas les téfilines ; mais s'il porte les téfilines, il n'y a pas de problème.

📜 Rachi (2)
וְאִי דָּרֵי מִידִי אֵין כָּאן גְּנַאי דְּמוֹכְחָא מִילְּתָא דְּהַאי דְּלָא נִכְנַס מִפְּנֵי הַמַּשּׂוֹי:
Et s'il porte quelque chose : il n'y a là aucune inconvenance, car la chose est manifeste : s'il n'entre pas, c'est à cause de sa charge.
וְאִי אִיכָּא פִּתְחָא אַחֲרִינָא אֵין כָּאן בִּזּוּי דְּמַאן דְּחָזֵי סָבַר בְּפִתְחָא אַחַרְיַנָא לִיעוֹל:
Et s'il y a une autre entrée : il n'y a là aucun mépris, car celui qui le voit pense qu'il entrera par l'autre porte.
💡 Explication

Quatre limitations successives, toutes construites sur la même logique : la faute tenait à l'apparence du mépris, donc tout signe visible qui explique autrement le passage la fait disparaître.

27
אָמַר רַב: יֵצֶר הָרָע דּוֹמֶה לִזְבוּב וְיוֹשֵׁב בֵּין שְׁנֵי מִפְתְּחֵי הַלֵּב, שֶׁנֶּאֱמַר: ״זְבוּבֵי מָוֶת יַבְאִישׁ יַבִּיעַ שֶׁמֶן רוֹקֵחַ״. וּשְׁמוּאֵל אָמַר: כְּמִין חִטָּה הוּא דּוֹמֶה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״לַפֶּתַח חַטָּאת רוֹבֵץ״.

Rav a dit : le mauvais penchant ressemble à une mouche, et il se tient entre les deux battants du cœur, ainsi qu'il est dit : « des mouches mortes rendent fétide et bouillonnante l'huile du parfumeur ». Et Chemouel a dit : il ressemble à une sorte de grain de blé, ainsi qu'il est dit : « à la porte, la faute (hatat) est tapie ».

📜 Rachi (2)
יַבִּיעַ לְשׁוֹן אֲבַעְבּוּעוֹת כָּל מַשְׁקֶה מַסְרִיחַ מַעֲלֶה רְתִיחָה וַאֲבַעְבּוּעוֹת:
Yabia : terme de bulles ; tout liquide qui devient fétide fait monter bouillonnement et bulles.
חַטָּאת לְשׁוֹן חִטָּה דְּרֵישׁ לֵיהּ:
Hatat : il l'expose comme un terme de hita (blé).
🪔 Ben Yehoyada (1)
יֵצֶר הָרָע דּוֹמֶה לִזְבוּב. נִרְאֶה לִי בס"ד בָּא לְלַמְּדֵנוּ בָּזֶה הַדִּמְיוֹן מוּסָר גָּדוֹל, כְּמוֹ הַזְּבוּב אֵין אָדָם בָּעוֹלָם שֶׁיִּהְיֶה נִמְלָט מִמֶּנּוּ כִּי יִרְבָּץ גַּם עַל רֹאשׁ הַמֶּלֶךְ וְהָעֲטָרָה, כֵּן הַיֵּצֶר הָרַע אֵין אָדָם נִמְלָט מִמֶּנּוּ אֲפִילּוּ צַדִּיק וְחָכָם גָּדוֹל, וּכְמוֹ הַזְּבוּב רוֹבֵץ עַל מָקוֹם שֶׁיֵּשׁ בּוֹ מַכָּה אֲפִילּוּ רֹושֶׁם, כֵּן יֵצֶר הָרַע יְרַבֵּץ עַל אֵבֶר שֶׁנַּעֲשָׂה בּוֹ עֲבֵירָה אַף עַל פִּי שֶׁנִּטְהַר מִן הָעֲבֵירָה וְלֹא נִשְׁאַר אֶלָּא רֹושֶׁם מְעַט מִן הַמְּעַט, ומ"ש שְׁמוּאֵל דּוֹמֶה לְחִטָּה נִרְאֶה לִי בס"ד, כְּמוֹ הַחִיטָּה אֲשֶׁר נַעֲשָׂה מִמֶּנָּה הַלֶּחֶם שֶׁעִיקַּר חַיּוֹת הָאָדָם תָּלוּי בּוֹ, וְלֹא יְעָרֵב לָאָדָם שׁוּם סְעוּדָה בְּלֹא לֶחֶם, כֵּן הַתַּאֲוָה שֶׁהִיא בָּאָה מִן הַיֵּצֶר הָרַע אִי אֶפְשָׁר לָעוֹלָם בִּלְעֲדָהּ, וּצְרִיכָה הִיא לְקִיּוּם הָעוֹלָם וְחַיּוֹת הָאָדָם, כמ"ש רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (ב״ר פ״ט) טוֹב זֶה יֵצֶר הַטּוֹב, מְאֹד זֶה יֵצֶר הָרַע, וְכִי יֵצֶר הָרַע מְאֹד?! אֶלָּא שֶׁלּוּלֵא הַיֵּצֶר הָרַע לֹא בָּנָה אָדָם בַּיִת לֹא נָשָׂא אִשָּׁה וְלֹא הוֹלִיד בָּנִים עַד כָּאן דְּבָרָיו. נִמְצָא הַתַּאֲוָה הִיא קִיּוּם הָעוֹלָם וּבָאָה מִן הַיֵּצֶר הָרַע וְלָכֵן דְּמַהוּ לְחִטָּה שֶׁמִּמֶּנָּה הַלֶּחֶם שֶׁבּוֹ קִיּוּם הָעוֹלָם, אַךְ לֹא אָמַר לֶחֶם אֶלָּא חִיטָּה, כִּי הַחִיטָּה אֵינָהּ נַעֲשֵׂית לֶחֶם בְּלֹא יְגִיעָה וְתִיקּוּן וּלְהַפְרִיד מִמֶּנָּה הַפְּסֹולֶת, וְגַם צָרִיךְ שֶׁיִּהְיֶה מְגַבְּלָהּ בַּמַּיִם, וְכֵן הַתַּאֲוָה שֶׁבָּאָה מִן שֶׁבָּאָה מִן הַיֵּצֶר הָרַע לֹא יָאוּת לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בָּהּ כְּמוֹ שֶׁהִיא בְּלֹא תִּיקּוּן וְהִבְדַּלְתָּ הַסִּיגִים מִמֶּנָּה לְנַקּוֹתָהּ וְלִזְכוּתָהּ, וְגַם לִגְבְּלָה בְּמַיִם הוּא עֵסֶק הַתּוֹרָה שֶׁנִּמְשְׁלָה לְמַיִם, וְלָכֵן אוֹמְרִים כָּל יוֹם בְּבַקָּשָׁה וְהַפֶּרֶד נָא מֵעָלֵינוּ צַד הָרַע שֶׁבַּיֵּצֶר הָרַע וְדוֹק: וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד, עִנְיַן דִּמְיוֹן היצה"ר לְחִטָּה כִּי יָדוּעַ שֶׁהַחִיטָּה הִיא מִין אִילָן לְדִבְרֵי רַבִּי יְהוּדָא, אַךְ לֹא נִמְצָא בְּשׁוּם פְּרִי הֵן שֶׁל אִילָן הֵן שֶׁל אֲדָמָה שֶׁיֵּשׁ בּוֹ רַבּוֹ יְגִיעָה בְּכַמָּה מִינֵי מְלָאכוֹת כְּמוֹ שֶׁנִּמְצָא בְּחִיטָּה, חֲרִישָׁה זְרִיעָה קְצִירָה דִּישָׁה זְרִיָּה טְחִינָה הַנָּפָה לִישָׁה אֲפִיָּה עַד שֶׁנַּעֲשֵׂית לֶחֶם שֶׁרָאוּי לַאֲכִילָה, מַה שֶׁאֵין כֵּן בְּפֵירוֹת הָאִילָן הֵם יוֹצְאִים מִן הָאִילֵּין כָּל שָׁנָה וְשָׁנָה וְהָאָדָם תּוֹלֵשׁ וְאוֹכֵל, וְיֵשׁ פְּרִי שֶׁצָּרִיךְ בִּישּׁוּל שֶׁהוּא מְלָאכָה אַחַת וְנֶאֱכָל, וְהַטַּעַם שֶׁעָשָׂה הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ יְגִיעוֹת בְּחִיטָּה בְּכַמָּה מִינֵי מְלָאכוֹת, מִפְּנֵי כִּי עֵץ שֶׁאָכַל אָדָם הָרִאשׁוֹן חִיטָּה הָיָה וְכֵיוָן שֶׁהִגִּיעַ בָּהּ קִלְקוּל בָּרִאשׁוֹנָה עֲלוּלָה לִהְיוֹת בָּהּ קִלְקוּל, וְגַם קָשֶׁה לְהַפְרִיד הַסִּינִים בְּנָקֵל. לְכָךְ הַרְבֵּה בָּהּ כַּמָּה מִינֵי יְגִיעוֹת שֶׁאָז אַחַר שֶׁיִּטְרַח מִמֶּנָּה הָאָדָם בְּכָל זֶה כְּשֶׁיֹּאכַל מִמֶּנָּה לֹא יִתְקַלְקֵל, וְאִם לֹא הָיָה חֵטְא אָדָם הָרִאשׁוֹן הָיָה פִּיסַּת בָּר בָּאָרֶץ שֶׁתּוֹצִיא הָאָרֶץ גִּלְסְקָאוֹת וְהָאָדָם אוֹכֵל בְּלֹא יְגִיעָה כְּלָל, וְלָזֶה נִדְמֶה יֵצֶר הָרַע לְחִיטָּה כְּמוֹ חִיטָּה דְּבִשְׁבִיל שֶׁנִּתְקַלְקְלָה תְּחִלָּה צָרִיךְ לָאָדָם יְגִיעָה רַבָּה בְּתִיקּוּן שֶׁלָּהּ כְּדֵי שֶׁלֹּא תַּזִּיק לוֹ אֲכִילָתָהּ, כֵּן הַיֵּצֶר הָרַע אִם נִתְקַלְקֵל בּוֹ הָאָדָם תְּחִלָּה שֶׁגָּבַר עָלָיו וְהֶחֱטִיאוּ, אָז כְּשֶׁיָּשׁוּב בִּתְשׁוּבָה צָרִיךְ לוֹ יְגִיעָה בְּתִיקּוּנוֹ, דְּהַייְנוּ יָגֵעַ הַרְבֵּה עַד שֶׁיְּזַכֵּךְ יִצְרוֹ וְיַעֲשֶׂה טוֹב, מַה שֶׁאֵין כֵּן צַדִּיק גָּמוּר בְּנָקֵל יִהְיֶה לוֹ זִיכּוּךְ יִצְרוֹ וְתִיקּוּנוֹ. אוֹ יוּבָן בס"ד, דְּמַהוּ לְחִיטָּה כְּמוֹ שֶׁהַחִיטָּה מִשְׁתַּנֵּית לִמְעַלְּיוּתָא שֶׁבֶּהֱיוֹתָהּ חִטָּה בִּרְכָתָהּ בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה וְאִם נִשְׁתַּנֵּית וְנַעֲשֵׂית לֶחֶם בִּרְכָתָהּ הַמּוֹצִיא, בֶּן יֵצֶר הָרַע אֲשֶׁר מַחֲטִיא אֶת הָאָדָם יִשְׁתַּנֶּה לִמְעַלְּיוּתָא שֶׁיִּהְיֶה יֵצֶר טוֹב, וְהָעֲוֹנֹות זְכִיּוֹת, וְיִתְעַלֶּה הָאָדָם עַל יָדוֹ יוֹתֵר מִצַּדִּיק, כמ"ש בְּמָקוֹם שֶׁבַּעֲלֵי תְּשׁוּבָה עוֹמְדִין אֵין צַדִּיקִים גְּמוּרִים יְכוֹלִים לַעֲמֹוד.
« Le mauvais penchant ressemble à une mouche. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il vient nous enseigner par cette comparaison une grande leçon de moussar. De même que personne au monde n'échappe à la mouche, qui se pose même sur la tête du roi et sur sa couronne, de même personne n'échappe au mauvais penchant, pas même un juste ni un grand sage. Et de même que la mouche se pose là où il y a une plaie, même une simple trace, de même le mauvais penchant se pose sur le membre par lequel une faute a été commise, bien que l'homme ait été purifié de la faute et qu'il n'en reste qu'une trace infime. Quant à ce que dit Chemouel, qu'il ressemble à un grain de blé, il me semble, avec l'aide du Ciel : de même que le blé, dont on fait le pain auquel tient l'essentiel de la subsistance de l'homme, au point qu'aucun repas ne lui agrée sans pain, ainsi le désir qui vient du mauvais penchant est indispensable au monde et nécessaire à la subsistance du monde et à la vie de l'homme. Nos maîtres ont dit sur le verset : « tov », c'est le bon penchant ; « meod », c'est le mauvais penchant. Or le mauvais penchant serait « très bon » ? Mais sans le mauvais penchant, l'homme ne bâtirait pas de maison, ne prendrait pas femme et n'engendrerait pas d'enfants — telles sont leurs paroles. Il en ressort que le désir assure la subsistance du monde et vient du mauvais penchant ; c'est pourquoi il a été comparé au blé dont vient le pain, qui assure la subsistance du monde. Il n'a pourtant pas dit « pain » mais « blé », car le blé ne devient pas pain sans peine ni préparation, sans qu'on en sépare le déchet et qu'on le pétrisse avec de l'eau. De même le désir qui vient du mauvais penchant ne se laisse pas employer tel quel, sans réparation ni séparation de ses scories, sans qu'on le nettoie et l'affine, et sans qu'on le pétrisse avec l'eau, qui est l'étude de la Torah, comparée à l'eau. C'est pourquoi l'on dit chaque jour dans la demande : écarte de nous le côté mauvais du mauvais penchant. Examine bien ce point. Une autre explication me paraît possible, avec l'aide du Ciel, quant à la comparaison du mauvais penchant au blé. On sait que le blé est une espèce d'arbre selon Rabbi Yehouda ; mais on ne trouve aucun fruit, d'arbre ou de terre, qui demande autant de peine et autant de travaux différents que le blé : labour, semailles, moisson, battage, vannage, mouture, tamisage, pétrissage, cuisson, jusqu'à ce qu'il devienne un pain propre à la consommation. Il en va autrement des fruits de l'arbre, qui sortent de l'arbre chaque année et que l'homme cueille et mange ; certains demandent une cuisson, qui est un travail unique, et sont mangés. La raison pour laquelle D.ieu a mis dans le blé tant de peines et tant de travaux différents tient à ce que l'arbre dont Adam a mangé était du blé : puisqu'une détérioration l'a atteint en premier, il est exposé à la détérioration, et il est difficile d'en séparer aisément les scories. Aussi y a-t-Il multiplié les peines, afin qu'après que l'homme s'y est ainsi donné de la peine, il n'en subisse pas de dommage en le mangeant. Si Adam le premier homme n'avait pas fauté, il y aurait eu une abondance de grain sur la terre, la terre aurait produit des gâteaux tout prêts, et l'homme aurait mangé sans aucune peine. C'est à cela que le mauvais penchant a été comparé : de même que le blé, parce qu'il s'est détérioré au commencement, exige de l'homme une grande peine de réparation pour que sa consommation ne lui nuise pas, de même le mauvais penchant, lorsque l'homme s'est détérioré par lui, celui-ci ayant pris le dessus et l'ayant fait fauter, exige de lui, lorsqu'il revient par la techouva, une peine de réparation : peiner beaucoup jusqu'à affiner son penchant et le rendre bon. Il en va autrement du juste accompli, pour qui l'affinement de son penchant et sa réparation se font aisément. On peut aussi le comprendre, avec l'aide du Ciel, ainsi : il l'a comparé au blé parce que le blé se transforme en mieux ; tant qu'il est blé, sa bénédiction est « boreh péri ha-adama », et s'il se transforme et devient pain, sa bénédiction est « ha-motsi ». De même le mauvais penchant, qui fait fauter l'homme, se transformera en mieux et deviendra bon penchant, les fautes deviendront des mérites, et l'homme s'élèvera par lui plus haut qu'un juste, selon ce qui est dit : à la place où se tiennent les baalei techouva, les justes accomplis ne peuvent se tenir.
💡 Explication

Deux images du yetser hara, chacune appuyée sur un verset. Rav le compare à une mouche postée entre les deux ventricules du cœur, en lisant le verset de Qohelet sur les mouches qui corrompent l'huile. Chemouel le compare à un grain de blé, en lisant hatat (faute) comme hita (blé).

🖼️ Schéma
Deux images du mauvais penchant Rav : la mouche Elle se tient entre les deux battants du cœur. Verset : des mouches mortes rendent fétide l'huile du parfumeur. Une quantité minime suffit à gâter un contenu de grande valeur. Accent mis sur la nuisance. Chemouel : le grain de blé Lecture de hatat comme hita, selon Rachi. Verset : à la porte, la faute est tapie. Le blé nourrit, mais seulement après un long travail de tri. Accent mis sur le travail requis.
Ce que chaque comparaison met en avant, d'après Rachi et le développement du Ben Ich H'ai.
28
תָּנוּ רַבָּנַן: שְׁתֵּי כְּלָיוֹת יֵשׁ בּוֹ בְּאָדָם, אַחַת יוֹעַצְתּוֹ לְטוֹבָה וְאַחַת יוֹעַצְתּוֹ לְרָעָה. וּמִסְתַּבְּרָא דְּטוֹבָה לִימִינוֹ וְרָעָה לִשְׂמֹאלוֹ, דִּכְתִיב: ״לֵב חָכָם לִימִינוֹ וְלֵב כְּסִיל לִשְׂמֹאלוֹ״.

Nos maîtres ont enseigné : deux reins (kelayot) sont dans l'homme ; l'un lui conseille pour le bien et l'autre lui conseille pour le mal. Et il est logique que celui du bien soit à sa droite et celui du mal à sa gauche, ainsi qu'il est écrit : « le cœur du sage est à sa droite, et le cœur du sot à sa gauche ».

🪔 Ben Yehoyada (1)
וּמִסְתַּבְּרָא טוֹבָה לִימְּנוּ וְרָעָה לִשְׂמֹאלוֹ. וְהִנֵּה יָדוּעַ מִשְׁכַּן הַלֵּב הוּא בִּשְׂמֹאל, וְאִם כֵּן הַצַּדִּיק לִבּוֹ לוֹקֵחַ הָעֵצָה מֵרָחוֹק, וְהָרָשָׁע לִבּוֹ לוֹקֵחַ מִן הַקָּרוֹב, וּבָזֶה יוּבָן בס"ד (יְשַׁעְיָהוּ כה, א) עֵצוֹת מֵרָחוֹק אֱמוּנָה אֹמֶן, רְצוֹנוֹ לוֹמַר מִי שֶׁלּוֹקֵחַ עֵצוֹת מֵרָחוֹק דְּהַיְינוּ כִּילְיָהּ הָרְחוֹקָה הִנֵּה זֶה צַדִּיק אֱמוּנָה אֹמֶן וְלָזֶה אָמַר מֵרָחוֹק ה' נִרְאָה לִי.
« Et il est logique que celui du bien soit à sa droite et celui du mal à sa gauche. » Or on sait que le siège du cœur est à gauche. Il en résulte que le juste prend le conseil de son cœur de loin, tandis que le méchant le prend du proche. On comprend par là, avec l'aide du Ciel, le verset « des conseils de loin, fidélité certaine » : celui qui prend ses conseils de loin, c'est-à-dire du rein éloigné, celui-là est juste, d'une fidélité certaine. C'est pourquoi il est dit « de loin ». Ainsi me semble-t-il.
💡 Explication

Le partage droite / gauche est présenté comme un raisonnement (mistabra), appuyé ensuite sur un verset de Qohelet. Le Ben Ich H'ai relève que le cœur se trouve du côté gauche, ce qui rend le rein du bien plus éloigné du cœur que le rein du mal.

🖼️ Schéma
Les deux reins qui conseillent Rein de droite Conseille pour le bien Éloigné du cœur : conseil pris de loin (Ben Ich H'ai) Le cœur il comprend Rein de gauche Conseille pour le mal Proche du cœur, situé à gauche Appui scripturaire : le cœur du sage est à sa droite, le cœur du sot à sa gauche (Qohelet 10,2).
La répartition droite / gauche et la remarque du Ben Ich H'ai sur la distance au cœur.
29
תָּנוּ רַבָּנַן: כְּלָיוֹת יוֹעֲצוֹת, לֵב מֵבִין, לְשׁוֹן מְחַתֵּךְ, פֶּה גּוֹמֵר, וֶשֶׁט מַכְנִיס וּמוֹצִיא כָּל מִינֵי מַאֲכָל, קָנֶה מוֹצִיא קוֹל,

Nos maîtres ont enseigné : les reins conseillent, le cœur comprend, la langue découpe, la bouche achève, l'oesophage fait entrer et sortir toute espèce d'aliment, la trachée émet la voix,

📜 Rachi (4)
כְּלָיוֹת יוֹעֲצוֹת אֶת הַלֵּב עָשָׂה כֵּן:
Les reins conseillent : au cœur, en lui disant de faire ainsi.
וְהַלֵּב מֵבִין מַה יֵשׁ לוֹ לַעֲשׂוֹת אִם יִשְׁמַע לַעֲצַת הַכְּלָיוֹת אִם לָאו וּמִנַּיִן שֶׁהַכְּלָיוֹת יוֹעֲצוֹת שֶׁנֶּאֱמַר (תְּהִילִּים ט״ז:ז׳) אֲבָרֵךְ אֶת ה' אֲשֶׁר יְעָצָנִי אַף לֵילוֹת יִסְּרוּנִי כִלְיוֹתָי וּמִנַּיִן שֶׁהַלֵּב מֵבִין שֶׁנֶּאֱמַר (יְשַׁעְיָהוּ ו) וּלְבָבוֹ יָבִין:
Et le cœur comprend : ce qu'il a à faire, s'il doit écouter le conseil des reins ou non. Et d'où sait-on que les reins conseillent ? De ce qu'il est dit : « je bénis Hachem qui m'a conseillé ; même les nuits, mes reins m'instruisent ». Et d'où sait-on que le cœur comprend ? De ce qu'il est dit : « et son cœur comprendra ».
לְשׁוֹן מְחַתֵּךְ הַדִּבּוּר לְהוֹצִיא מִפִּיו:
La langue découpe : la parole, pour la faire sortir de sa bouche.
וְהַפֶּה הֵם הַשְּׂפָתַיִם גּוֹמֵר וּמוֹצִיאוֹ:
Et la bouche : ce sont les lèvres ; elles achèvent et la font sortir.
🪔 Ben Yehoyada (1)
לָשׁוֹן מְחַתֵּךְ פֶּה גּוֹמֵר. קַשָּׁא לָמָּה נָקֵיט 'לָשׁוֹן וּפֶה' בְּתוֹךְ אֵיבָרִים הַפְּנִימִיִּים, וַהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר אֵלֶּה בְּרֹאשׁ אוֹ בְּסוֹף כֻּולָּם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד מִפְּנֵי דִּפְעֻולַּת הָרֵיאָה תְּלוּיָה בְּדִיבּוּר שֶׁהוּא נַעֲשֶׂה בַּלָּשׁוֹן וּבַפֶּה, מִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ חֹולִי הָרֵיאָה יַזִּיק לוֹ הַדִּיבּוּר, וְלָכֵן אִם הָאָדָם יְדַבֵּר הַרְבֵּה תִּתְמַעֵט הַלֵּיחוֹת מִפִּיו, מִפְּנֵי שֶׁעַל יְדֵי הַדִּיבּוּר עוֹשֶׂה הָרֵיאָה תְּנוּעָה גְּדוֹלָה בִּמְלַאכְתָּהּ שֶׁשּׁוֹאֶבֶת הַמַּשְׁקִין יוֹתֵר, וְהַלֵּיחוֹת שֶׁבַּפֶּה אֲשֶׁר בָּאָה מֵחֲמַת הַמַּשְׁקִין תִּתְמַעֵט וְיִהְיֶה יֻוכְבַּשׁ בַּפֶּה נִמְצָא מִן הַדִּיבּוּר יָדְעִינַן שֶׁהָרֵיאָה שׁוֹאֶבֶת הַמַּשְׁקִין, לְכָךְ אַחַר שֶׁאָמַר רֵיאָה שׁוֹאֶבֶת כָּל מַשְׁקֶה נָקֵיט אֶת אֶבְרֵי הַדִּיבּוּר שֶׁהֵם לָשׁוֹן מְחַתֵּךְ פֶּה גּוֹמֵר, כָּל זֶה כָּתַבְתִּי לְפִי הַגִּרְסָא שֶׁבְּסֵפֶר עֵין יַעֲקֹב דְּגָרֵיס לָשׁוֹן וּפֹה בֵּין רֵיאָה וּבֵין כָּבֵד.
« La langue découpe, la bouche achève. » Difficulté : pourquoi mentionner la langue et la bouche au milieu des organes internes ? Il aurait fallu les placer au début ou à la fin de tous. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est parce que l'action du poumon dépend de la parole, laquelle se fait par la langue et par la bouche. Celui qui souffre d'une maladie du poumon est incommodé par la parole ; et si l'homme parle beaucoup, l'humidité de sa bouche diminue, parce que par la parole le poumon accomplit un grand mouvement dans son travail et aspire davantage les liquides ; l'humidité de la bouche, qui vient des liquides, diminue alors et la bouche devient sèche. Il en résulte que la parole nous apprend que le poumon aspire les liquides. C'est pourquoi, après avoir dit que le poumon aspire tout liquide, on mentionne les organes de la parole, la langue qui découpe et la bouche qui achève. J'ai écrit tout ceci d'après la version du Ein Yaakov, qui place la langue et la bouche entre le poumon et le foie.
💡 Explication

Le daf se termine sur une baraita qui distribue une fonction à chaque organe. Rachi ajoute les appuis scripturaires pour les deux premiers termes, tirés des Psaumes et d'Isaie. La liste se poursuit à la page suivante.

🖼️ Schéma
De l'intention à l'acte : la chaîne des organes Les reins conseillent Le cœur comprend La langue découpe La bouche achevé Deux conduits oesophage : aliments trachée : la voix Appuis apportés par Rachi Les reins conseillent : Psaumes 16,7 — mes reins m'instruisent. Le cœur comprend : Isaie 6,10 — et son cœur comprendra.
L'ordre de la baraita : le conseil, la décision, la mise en forme de la parole, puis les deux conduits.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).