Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin du récit de Rabbi Akiva (tout ce que fait le Ciel est pour le bien) et sur la règle de Rav Houna au nom de Rav : peu de mots devant le Ciel. Il enchaîne ensuite sur la grande dracha du double yod de vayyitser, dans le verset de la formation de l'homme.
Trois lectures sont proposées : deux penchants créés en l'homme, la plainte de Rabbi Chimon ben Pazi (malheur à moi du fait de mon Créateur, malheur à moi du fait de mon penchant), et les deux visages de Rabbi Yirmeya ben Elazar. De là naît la mahloket centrale du daf : Rav et Chemouel sur le sens de tsela, visage entier ou appendice, chaque position devant rendre compte de cinq expressions du récit de la Genèse.
Le daf glisse enfin vers la conduite pratique — ne pas marcher derrière une femme, la hiérarchie de Rabbi Yo'hanan et ses conditions — puis revient à l'anatomie morale : le mauvais penchant comparé à une mouche ou à un grain de blé, les deux reins qui conseillent, et la liste des organes selon leur fonction.
tout est pour le bien.
Fin de la formule de Rabbi Akiva rapportée à la page précédente. Rachi rappelle le détail du récit : chacune des pertes subies (la lampe éteinte, l'âne mort, le coq tué) a supprimé un signal qui l'aurait trahi devant la troupe armée.
Et Rav Houna a dit au nom de Rav, au nom de Rabbi Meir : que les paroles de l'homme soient toujours peu nombreuses devant le Saint béni soit-Il, ainsi qu'il est dit : « Ne te précipite pas de ta bouche, et que ton cœur ne se hâte pas de proférer une parole devant D.ieu ; car D.ieu est au ciel et toi sur la terre, c'est pourquoi que tes paroles soient peu nombreuses ».
La règle porte sur le volume de la prière personnelle, non sur sa fréquence. Le verset de Qohelet fournit la raison : la distance entre le ciel et la terre justifie la mesure dans le langage. Rabbi Meir ajoute quelque chose au verset, et le Ben Ich H'ai s'attache précisément à cet ajout.
Rav Nahman bar Rav Hisda a exposé : que signifie ce qui est écrit « et Hachem D.ieu forma (vayyitser) l'homme », avec deux yod ? Deux penchants (yetsarim) le Saint béni soit-Il a créés : l'un bon penchant et l'autre mauvais penchant.
La dracha s'appuie sur une particularité orthographique : le verbe vayyitser du récit de la formation de l'homme s'écrit avec deux yod, alors que le même verbe employé pour les animaux n'en porte qu'un. Rav Nahman bar Rav Hisda y lit deux formations distinctes : le yetser tov et le yetser hara.
Rav Nahman bar Yitshak objecte : s'il en est ainsi, l'animal, chez qui « vayyitser » n'est pas écrit [avec deux yod], n'aurait pas de penchant ? Or nous voyons bien qu'il fait du dégât, qu'il mord et qu'il rue !
Explique plutôt comme Rabbi Chimon ben Pazi, car Rabbi Chimon ben Pazi a dit : « malheur à moi du fait de mon Créateur (yotsri), et malheur à moi du fait de mon penchant (yitsri) ».
L'objection est empirique : l'animal manifeste bien une impulsion, alors que son verbe de formation ne porte qu'un seul yod. La corrélation entre le double yod et l'existence d'un penchant tombe donc.
Rabbi Chimon ben Pazi réoriente la lecture : les deux yod ne comptent pas deux penchants, ils portent deux mots proches, yotser (le Créateur) et yetser (le penchant). La formule décrit la position de l'homme pris entre deux exigences, selon la lecture de Rachi : suivre son penchant expose au reproche d'en haut, lui résister expose au harcèlement des pensées.
Ou bien comme Rabbi Yirmeya ben Elazar. Car Rabbi Yirmeya ben Elazar a dit : deux visages (dou partsoufin) le Saint béni soit-Il a créés chez Adam le premier homme, ainsi qu'il est dit : « par-derrière et par-devant Tu m'as formé ».
Troisième lecture du double yod : deux formations dans une seule créature. Le verset des Psaumes est lu en rattachant tsartani au mot tsoura (forme), et non au sens habituel de détresse. Cette position devient l'un des deux pôles de la mahloket qui suit.
« Et Hachem D.ieu bâtit le tsela ».
Rav et Chemouel : l'un dit un visage (partsouf), et l'autre dit une queue (zanav).
Le mot tsela du récit de la création de Hava porte deux sens possibles. Pour l'un, il désigne une moitié complète d'Adam, un visage entier détaché de lui. Pour l'autre, il désigne un appendice prélevé sur son corps. Toute la suite du folio teste ces deux positions sur cinq expressions du texte de la Genèse.
Soit, pour celui qui dit « visage » : voilà pourquoi il est écrit « par-derrière et par-devant Tu m'as formé ». Mais pour celui qui dit « queue », que signifie « par-derrière et par-devant Tu m'as formé » ?
Comme Rabbi Ami, car Rabbi Ami a dit : « par-derrière » — pour l'œuvre de la Création ; « et par-devant » — pour le châtiment.
Première épreuve. L'expression du Psaume se lit d'elle-même pour la position du visage. Pour la position de la queue, elle doit être détournée vers une lecture chronologique, celle de Rabbi Ami : l'homme est venu en dernier dans l'ordre de la création, et en premier dans l'ordre du châtiment. La suite du daf cherche de quel châtiment il s'agit.
Soit, « par-derrière » pour l'œuvre de la Création : il n'a été créé qu'à la veille du Chabbat. Mais « et par-devant » pour le châtiment — le châtiment de quoi ?
Si tu dis le châtiment du serpent, n'a-t-on pas enseigné : Rabbi dit : dans la grandeur on commence par le plus grand, et dans la malédiction on commence par le plus petit.
La réponse de Rabbi Ami est mise à l'épreuve. Si « par-devant pour le châtiment » vise l'épisode du serpent, une baraita s'y oppose : l'ordre du châtiment part du plus petit, et le texte de la Genèse maudit d'abord le serpent, puis Hava, puis Adam. Adam n'y est donc pas premier.
Dans la grandeur on commence par le plus grand, ainsi qu'il est écrit : « et Moche parla à Aharon, et à Elazar et à Itamar ses fils restants : prenez etc. ». Dans la malédiction on commence par le plus petit : d'abord le serpent fut maudit, ensuite Hava fut maudite, et en dernier Adam fut maudit !
Il s'agit plutôt du châtiment du déluge, ainsi qu'il est écrit : « et Il effaça tout être qui était sur la face du sol, depuis l'homme jusqu'à la bête » — d'abord l'homme, ensuite la bête.
La Guemara déplace le châtiment visé : le déluge, ou l'ordre de l'effacement part explicitement de l'homme. La lecture de Rabbi Ami tient alors, et la position de la queue peut rendre compte du verset « par-derrière et par-devant ».
Soit, pour celui qui dit « visage », voilà pourquoi il est écrit « vayyitser » avec deux yod. Mais pour celui qui dit « queue », que signifie « vayyitser » ?
Comme Rabbi Chimon ben Pazi, car Rabbi Chimon ben Pazi a dit : « malheur à moi du fait de mon Créateur, malheur à moi du fait de mon penchant ».
La position de la queue emprunte ici la dracha déjà rencontrée au segment 3 : le double yod porte les mots yotser et yetser, sans rien dire du nombre de formations physiques. Chaque position se sert ainsi des lectures que l'autre a laissées disponibles.
Soit, pour celui qui dit « visage », voilà pourquoi il est écrit « mâle et femelle Il les créa ». Mais pour celui qui dit « queue », que signifie « mâle et femelle Il les créa » ?
Comme Rabbi Abbahou, car Rabbi Abbahou opposait : il est écrit « mâle et femelle Il les créa », et il est écrit « car à l'image de D.ieu. Il fit l'homme » !
Comment cela ? Au commencement, la pensée fut d'en créer deux ; et finalement il n'en fut créé qu'un.
Troisième épreuve, et une contradiction interne aux versets : l'un parle de deux, l'autre d'un seul. Rabbi Abbahou distingue le plan et la réalisation : le projet portait sur deux êtres, la création effective n'en a produit qu'un. Cette distinction entre ma'hchava (pensée, projet) et maasse (réalisation) permet à la position de la queue de tenir le verset.
Soit, pour celui qui dit « visage », voilà pourquoi il est écrit « et Il referma de chair à sa place ». Mais pour celui qui dit « queue », que signifie « et Il referma de chair à sa place » ?
Rabbi Yirmeya a dit, et certains disent Rav Zevid, et certains disent Rav Nahman bar Yitshak : cela n'est nécessaire que pour l'endroit de la coupure.
Quatrième épreuve. Pour la position du visage, le verset se comprend directement : un flanc entier a été ouvert, il faut le refermer. Pour la position de la queue, la fermeture ne concerne qu'une petite surface ; le verset garde alors son sens, limité au lieu de la coupe.
Soit, pour celui qui dit « queue », voilà pourquoi il est écrit « et Il bâtit ». Mais pour celui qui dit « visage », que signifie « et Il bâtit » ?
La question s'inverse ici. Les quatre épreuves précédentes mettaient en difficulté la position de la queue ; celle-ci met en difficulté la position du visage. Si Hava était déjà un visage complet, aucune construction ne restait à faire, et le verbe vayiven devient sans objet.
Pour l'enseignement de Rabbi Chimon ben Menassia. Car Rabbi Chimon ben Menassia a exposé : que signifie ce qui est écrit « et Hachem bâtit le tsela » ?
Cela enseigne que le Saint béni soit-Il tressa les cheveux de Hava et l'amena à Adam le premier homme, car dans les villes du bord de mer on appelle le tressage « bniyata » (construction).
La position du visage donne au verbe vayiven un autre sens que celui de bâtir un corps. La Guemara s'appuie sur un usage régional de la langue, où le même verbe désigne le tressage de la chevelure.
Autre explication : « et Il bâtit ». Rav Hisda a dit, et certains l'enseignent dans une baraita : cela enseigne que le Saint béni soit-Il bâtit Hava comme la construction d'un entrepôt.
De même que cet entrepôt est étroit en haut et large en bas afin de recevoir les fruits, de même la femme est étroite en haut et large en bas afin de recevoir l'enfant.
Deuxième réponse pour la position du visage : le verbe de construction porte sur la forme générale du corps féminin. Rachi explique la logique de l'entrepôt : une réserve large en bas répartit la charge vers la base, tandis qu'une réserve large en haut la ferait peser sur les parois supérieures.
« Et Il l'amena vers l'homme » : Rabbi Yirmeya ben Elazar a dit : cela enseigne que le Saint béni soit-Il se fit chochevin (garçon d'honneur) d'Adam le premier homme. De là, la Torah a enseigné une règle de conduite (derekh erets) : que le grand s'occupe du petit dans la fonction de chochevin, et qu'il ne le prenne pas mal.
Le verset devient la source d'une règle de derekh erets : accepter de rendre service à plus petit que soi dans une affaire de mariage, sans y voir une atteinte à son rang.
Et pour celui qui dit « visage », lequel des deux marchait en tête ? Rav Nahman bar Yitshak a dit : il est logique que l'homme marchait en tête.
Car il a été enseigné : qu'un homme ne marche pas derrière une femme sur le chemin, même sa propre femme. S'il la rencontre sur un pont, qu'il l'écarte sur les côtés.
Et quiconque passe derrière une femme dans une rivière n'a pas de part au monde à venir.
La question porte d'abord sur la position du visage : deux faces attachées, laquelle avançait ? Rav Nahman bar Yitshak répond par un argument tiré de la conduite pratique, et le daf bascule alors vers une série d'enseignements sur le fait de marcher derrière une femme.
Le point relevé par le Ben Ich H'ai est que l'interdit vise aussi la propre femme de l'homme, ce qui déplace la raison de la retenue vers le derekh erets et l'ordre de préséance, au-delà du seul souci du regard.
Nos maîtres ont enseigné : celui qui compte de l'argent à une femme, de sa main à la main d'elle, afin de la regarder, même s'il a en main Torah et bonnes actions comme Moche notre maître, ne sera pas quitte du jugement du Guehinom, ainsi qu'il est dit : « main à main, le mauvais ne sera pas quitte » — il ne sera pas quitte du jugement du Guehinom.
La dracha joue sur les deux emplois de « main » : la main qui a reçu la Torah et la main qui tend l'argent. Le rang de celui qui agit n'atténue pas la gravité du geste lorsque son mobile est le regard.
Rav Nahman a dit : Manoah était un ignorant (am ha-arets), car il est écrit : « et Manoah alla derrière sa femme ».
Rav Nahman bar Yitshak objecte : s'il en est ainsi, à propos d'Elkana, dont il est écrit « et Elkana alla derrière sa femme », et à propos d'Elicha, dont il est écrit « il se leva et alla derrière elle » — la aussi, littéralement derrière elle ? Il s'agit plutôt de suivre ses paroles et son conseil ; ici de même, suivre ses paroles et son conseil.
L'objection est linguistique : l'expression « aller derrière » est employée ailleurs au sens figuré de suivre un avis. Elle ne prouve donc rien contre Manoah.
Tossefot signale un problème de texte : le verset attribue à Elkana n'existe pas dans l'Écriture, et Tossefot le retire de la version.
Rav Achi a dit : et selon ce que dit Rav Nahman, que Manoah était un ignorant, il n'avait même pas lu à l'école élémentaire, ainsi qu'il est dit : « Rivka se leva, ainsi que ses servantes, elles montèrent sur les chameaux et allèrent derrière l'homme » — et non devant l'homme.
Rav Achi durcit l'appréciation de Rav Nahman. Si l'on maintient que Manoah a marché littéralement derrière sa femme, son ignorance porte déjà sur le récit de Rivka, que les enfants apprennent à l'école.
Rabbi Yo'hanan a dit : derrière un lion plutôt que derrière une femme ; derrière une femme plutôt que derrière une avoda zara ; derrière une avoda zara plutôt que derrière une synagogue à l'heure où la communauté prie.
L'échelle est construite par comparaisons successives. Le dernier terme surprend : passer derrière la synagogue pendant l'office est présenté comme plus grave que passer derrière une avoda zara, parce que le passant donne à voir qu'il se sépare de la communauté en prière.
Et nous n'avons dit cela que lorsqu'il ne porte rien ; mais s'il porte quelque chose, il n'y a pas de problème. Et nous n'avons dit cela que lorsqu'il n'y a pas d'autre entrée ; mais s'il y a une autre entrée, il n'y a pas de problème.
Et nous n'avons dit cela que lorsqu'il ne monte pas un âne ; mais s'il monte un âne, il n'y a pas de problème. Et nous n'avons dit cela que lorsqu'il ne porte pas les téfilines ; mais s'il porte les téfilines, il n'y a pas de problème.
Quatre limitations successives, toutes construites sur la même logique : la faute tenait à l'apparence du mépris, donc tout signe visible qui explique autrement le passage la fait disparaître.
Rav a dit : le mauvais penchant ressemble à une mouche, et il se tient entre les deux battants du cœur, ainsi qu'il est dit : « des mouches mortes rendent fétide et bouillonnante l'huile du parfumeur ». Et Chemouel a dit : il ressemble à une sorte de grain de blé, ainsi qu'il est dit : « à la porte, la faute (hatat) est tapie ».
Deux images du yetser hara, chacune appuyée sur un verset. Rav le compare à une mouche postée entre les deux ventricules du cœur, en lisant le verset de Qohelet sur les mouches qui corrompent l'huile. Chemouel le compare à un grain de blé, en lisant hatat (faute) comme hita (blé).
Nos maîtres ont enseigné : deux reins (kelayot) sont dans l'homme ; l'un lui conseille pour le bien et l'autre lui conseille pour le mal. Et il est logique que celui du bien soit à sa droite et celui du mal à sa gauche, ainsi qu'il est écrit : « le cœur du sage est à sa droite, et le cœur du sot à sa gauche ».
Le partage droite / gauche est présenté comme un raisonnement (mistabra), appuyé ensuite sur un verset de Qohelet. Le Ben Ich H'ai relève que le cœur se trouve du côté gauche, ce qui rend le rein du bien plus éloigné du cœur que le rein du mal.
Nos maîtres ont enseigné : les reins conseillent, le cœur comprend, la langue découpe, la bouche achève, l'oesophage fait entrer et sortir toute espèce d'aliment, la trachée émet la voix,
Le daf se termine sur une baraita qui distribue une fonction à chaque organe. Rachi ajoute les appuis scripturaires pour les deux premiers termes, tirés des Psaumes et d'Isaie. La liste se poursuit à la page suivante.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).