Berakhot 61b — Les deux penchants et leurs juges, le martyre de Rabbi Akiva sur le mot Ehad, et la retenue devant le lieu du Temple

Berakhot 61b

Sougya : Le folio achève d'abord la liste aggadique des organes et de leurs fonctions : chacun a sa tâche, et l'échange des rôles entre l'estomac qui endort et le nez qui réveille conduit à la mort. Vient ensuite la classification des hommes selon celui qui les juge : le bon penchant chez les justes, le mauvais penchant chez les méchants, les deux chez les intermédiaires.

Rabba se range parmi les intermédiaires, Rava et Rav prolongent la question par la place respective de ce monde-ci et du monde à venir. Le cœur du folio est la lecture de « et tu aimeras Hachem ton D.ieu de toute ton âme » : Rabbi Eliezer y voit deux catégories d'hommes, ceux qui tiennent au corps et ceux qui tiennent à l'argent ; Rabbi Akiva y lit l'obligation de donner sa vie.

La guemara raconte alors comment il l'a accomplie : la parabole du renard et des poissons face au décret romain, l'arrestation, les peignes de fer, le Chema récité jusqu'au dernier souffle sur le mot Ehad, la protestation des anges et la réponse de D.ieu. Le folio se clôt sur la michna de la retenue devant la porte orientale : Rav et Rabbi Yo'hanan en limitent la portée, puis quatre baraitot règlent l'orientation lors des besoins naturels en Judée, en Galilée et hors d'Erets Israël, avec la conduite de Rabba comme conclusion pratique.

Qui juge l'homme ? Les trois catégories de Rabbi Yosse le Galiléen Tsadikim - les justes Juge : le bon penchant seul. Verset : mon cœur est mort au-dedans de moi. Rachi : le mauvais penchant est comme mort, car il est en son pouvoir de le maîtriser. Un seul juge. Rechaim - les méchants Juge : le mauvais penchant seul. Verset : la transgression parle au méchant. Rachi : il l'éloigne au point qu'il ne craint plus son Créateur. Un seul juge. Beinonim - les intermédiaires Juges : les deux penchants. Verset : Il se tient à la droite du pauvre, pour le sauver de ceux qui jugent son âme. Rachi : le pluriel enseigne qu'une âme peut avoir deux juges. Rabba : nous en sommes.
Les trois catégories et leur juge intérieur ; c'est le pluriel « ceux qui jugent son âme » qui fonde la catégorie intermédiaire.
De toute ton âme, de tout ton bien : deux lectures d'un verset redondant Devarim 6, 5 : et tu aimeras Hachem ton D.ieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton bien. Rabbi Eliezer : deux types d'hommes De toute ton âme - pour celui dont le corps lui est plus cher que son argent. De tout ton bien - pour celui dont l'argent lui est plus cher que son corps. Rabbi Akiva : la mesure du don de soi De toute ton âme - même s'Il prend ton âme. Le verset ne classe plus les hommes : il fixe jusqu'où va l'amour exigé. Le mot clé est nefech, non mamon. La suite du folio est la mise en œuvre Rabbi Akiva enseigne malgré le décret, est arrêté, et rend l'âme en prolongeant le mot Ehad. Chez Rabbi Eliezer, chacun donne ce qui lui coûte le plus. La redondance du verset couvre les deux tempéraments possibles.
La question de Rabbi Eliezer porte sur la redondance ; la réponse de Rabbi Akiva déplace le verset vers le don de la vie, et la sougya raconte ensuite comment il l'a tenu.
Où tourner le corps : la géographie que suppose la baraita (selon Rachi) Nord en haut. Erets Israël schématisée. GALIL - la Galilée, au nord de Jérusalem Yerouchalayim YEHOUDA - bande longue et étroite, d'est en ouest Jérusalem est à sa limite nord ; la plus grande partie de la Judée se trouve donc à l'est ou à l'ouest d'elle. ouest est En Judée Interdit : est-ouest. Permis : nord-sud, sauf exactement face à Jérusalem pour qui est au sud de la Judée. En Galilée Interdit : nord-sud, car Jérusalem est au sud. Permis : est-ouest. Rabba, en Babylonie, se conduit comme en Judée : Babylonie est à l'est d'Erets Israël.
L'orientation dépend de la position par rapport à Jérusalem ; c'est la forme de la Judée, longue bande est-ouest, qui explique la règle apparemment inversée.
1
רֵיאָה שׁוֹאֶבֶת כָּל מִינֵי מַשְׁקִין, כָּבֵד כּוֹעֵס, מָרָה זוֹרֶקֶת בּוֹ טִפָּה וּמְנִיחָתוֹ, טְחוֹל שׂוֹחֵק, קֻרְקְבָן טוֹחֵן, קֵיבָה יְשָׁנָה, אַף נֵעוֹר. נֵעוֹר הַיָּשֵׁן יָשֵׁן הַנֵּעוֹר — נִמּוֹק וְהוֹלֵךְ לוֹ. תַּנָּא: אִם שְׁנֵיהֶם יְשֵׁנִים אוֹ שְׁנֵיהֶם נֵעוֹרִים — מִיָּד מֵת.

Le poumon aspire toutes sortes de liquides ; le foie se met en colère ; la vésicule biliaire y jette une goutte et l'apaise ; la rate rit ; le gésier broie ; l'estomac (kéva) endort ; le nez réveille. Si celui qui endort se met à réveiller et si celui qui réveille se met à endormir — l'homme dépérit et s'en va.

Il a été enseigné : si tous deux endorment, ou si tous deux réveillent — il meurt aussitôt.

📜 Rachi (9)
שׁוֹאֶבֶת כָּל מִינֵי מַשְׁקִין אע"פ שֶׁהֵן נִכְנָסִין בְּכָרֵס דֶּרֶךְ הַוֶּשֶׁט הָרֵיאָה מוֹצַצְתָּן וְשׁוֹאַבְתָּן מִבַּעַד לְדוֹפְנֵי הַכָּרֵס:
Bien qu'ils entrent dans la panse par l'oesophage, le poumon les suce et les aspire à travers les parois de la panse.
זוֹרֶקֶת בּוֹ טִפָּה מָרָה וּמַנִּיחָתוֹ מִן הַכַּעַס:
C'est la vésicule biliaire qui y jette une goutte, et elle apaise le foie de sa colère.
שׂוֹחֵק שְׂחוֹק:
Au sens du rire.
קֻרְקְבָן בְּעוֹף הוּא הֶמְסֵס בִּבְהֵמָה:
Le gésier : c'est chez l'oiseau ce que le feuillet (hemses) est chez l'animal.
טוֹחֵן הַמַּאֲכָל:
Il broie la nourriture.
אַף הַחֹוטֶם:
Le nez.
נֵעוֹר מְקִיצוֹ מִשְּׁנָתוֹ:
Il le tire de son sommeil.
נֵעוֹר הַיָּשֵׁן וְיָשֵׁן הַנִּעוּר שֶׁנִּתְחַלְּפָה וּבָאָה הַשֵּׁינָה מִן הָאַף וְהַקֵּיבָה נְעֹורֶת:
Les rôles se sont échangés : le sommeil vient du nez, et c'est l'estomac qui réveille.
נִמּוֹק וְהוֹלֵךְ לוֹ מִתְנַוְּנָהּ וְהוֹלֵךְ לוֹ וְנִמְשָׁךְ לְמִיתָה. לָשׁוֹן אַחֵר נֵעוֹר הַיָּשֵׁן הַקֵּיבָה וְנִמְצְאוּ קֵיבָה וְאַף נְעוּרִים שֶׁאֵינוֹ יָשֵׁן כְּלָל אוֹ יָשֵׁן הַנִּעוּר וְנִמְצְאוּ שְׁנֵיהֶם יְשֵׁנִים וְאֵינוֹ נֵעוֹר כִּי אִם בְּקֹושִׁי:
Il s'affaiblit, dépérit et va vers la mort. Autre explication : « celui qui endort se met à réveiller » — c'est l'estomac ; il se trouve alors que l'estomac et le nez réveillent tous deux, et l'homme ne dort plus du tout. Ou bien « celui qui réveille se met à endormir », et il se trouve que les deux endorment, et il ne se réveille qu'à grand-peine.
💡 Explication

Fin de la liste aggadique ouverte en 61a, qui attribue à chaque organe une fonction physique et une fonction morale. Le couple décisif est le dernier : la kéva (l'estomac) endort, le nez réveille. Ces deux organes règlent l'alternance de la veille et du sommeil.

L'enseignement porte sur l'équilibre. Un échange des rôles laisse le système fonctionner, mais de travers : l'homme dépérit progressivement. Une défaillance dans le même sens supprime l'alternance elle-même — insomnie totale ou somnolence totale — et la baraita conclut à la mort immédiate.

🖼️ Schéma
Chaque organe et sa tâche, et le couple qui règle la veille Les fonctions Poumon - aspire toutes sortes de liquides Foie - siège de la colère Vésicule - y jette une goutte et l'apaise Rate - le rire Gésier - broie la nourriture Kéva et nez - voir ci-contre État normal Kéva endort - Nez réveille L'alternance est assurée : l'homme vit. Rôles échangés Kéva réveille - Nez endort L'alternance subsiste, inversée : il dépérit. Les deux du même côté Tous deux endorment, ou tous deux réveillent - l'alternance disparaît : il meurt aussitôt.
Le corps tient par l'opposition de deux organes ; l'inversion affaiblit, la suppression tue.
2
תַּנְיָא רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי אוֹמֵר: צַדִּיקִים יֵצֶר טוֹב שׁוֹפְטָן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְלִבִּי חָלָל בְּקִרְבִּי״. רְשָׁעִים יֵצֶר רַע שׁוֹפְטָן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״נְאֻם פֶּשַׁע לָרָשָׁע בְּקֶרֶב לִבִּי אֵין פַּחַד אֱ-לֹהִים לְנֶגֶד עֵינָיו״. בֵּינוֹנִים — זֶה וְזֶה שׁוֹפְטָן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״יַעֲמֹד לִימִין אֶבְיוֹן לְהוֹשִׁיעַ מִשֹּׁפְטֵי נַפְשׁוֹ״.

Il a été enseigné : Rabbi Yosse le Galiléen dit : les justes, c'est le bon penchant qui les juge, comme il est dit : « et mon cœur est mort au-dedans de moi ». Les méchants, c'est le mauvais penchant qui les juge, comme il est dit : « la transgression parle au méchant au fond de mon cœur : il n'y a pas de crainte de D.ieu devant ses yeux ».

Les intermédiaires — l'un et l'autre les jugent, comme il est dit : « car Il se tient à la droite du pauvre, pour le sauver de ceux qui jugent son âme ».

📜 Rachi (4)
וְלִבִּי חָלָל בְּקִרְבִּי יֵצֶר הָרַע הֲרֵי הוּא כַּמֵּת בְּקִרְבִּי שֶׁיֵּשׁ בְּיָדִי לְכוֹפוֹ:
Le mauvais penchant est comme mort au-dedans de moi, car il est en mon pouvoir de le maîtriser.
נְאֻם פֶּשַׁע לָרָשָׁע וְגוֹ' אָמַר דָּוִד בְּקֶרֶב לִבִּי יֵשׁ וְאוֹמֵר אֲנִי שֶׁהַפֶּשַׁע נְאֻם לָרָשָׁע כְּלוֹמַר שֶׁהַיֵּצֶר הָרַע אוֹמֵר לָרָשָׁע אַל יְהֵא פַּחַד אֱ-לֹהִים לְנֶגֶד עֵינֶיךָ אַלְמָא יֵצֶר הָרַע שׁוֹפְטוֹ עַד שֶׁמַּרְחִיקוֹ שֶׁאֵינוֹ מִתְפַּחֵד מִיּוֹצְרוֹ:
David dit : au fond de mon cœur il y a cette pensée, et je dis que la transgression parle au méchant — c'est-à-dire que le mauvais penchant dit au méchant : que la crainte de D.ieu ne soit pas devant tes yeux. Il en ressort que le mauvais penchant le juge, au point de l'éloigner jusqu'à ce qu'il ne craigne plus son Créateur.
כִּי יַעֲמוֹד הקב"ה:
C'est le Saint béni soit-Il qui se tient.
לִימִין אֶבְיוֹן לְהוֹשִׁיעַ מִשֹּׁופְטֵי נַפְשׁוֹ ש"מ יֵשׁ לְךָ אָדָם שֶׁיֵּשׁ לְנַפְשׁוֹ שְׁנֵי שׁוֹפְטִים:
« À la droite du pauvre, pour le sauver de ceux qui jugent son âme » — apprends-en qu'il existe un homme dont l'âme a deux juges.
🪔 Ben Yehoyada (1)
צַדִּיקִים יֵצֶר הַטּוֹב שׁוֹפְטָן, רְשָׁעִים יֵצֶר הָרַע שׁוֹפְטָן. נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מ"ש הַכָּתוּב (קֹהֶלֶת יא, ט) שְׂמַח בָּחוּר 'בְּיַלְדוּתִיךְ' וִיטִיבְךָ לִבְּךָ בִּימֵי בְחוּרוֹתֶךָ וְהַלֵּךְ בְּדַרְכֵי לִבְּךָ וּבְמַרְאֵי עֵינֶיךָ וְדָע כִּי עַל כָּל אֵלֶּה יְבִיאֲךָ הָאֱ-לֹהִים 'בְּמִשְׁפָּט' וְיָדוּעַ סְתִירַת הַפָּסוּק מִסֵּיפֵיהּ לְרֵישֵׁיהּ, וּבַגְּמָרָא אָמְרוּ עַד כָּאן דִּבְרֵי יֵצֶר הָרָע מִכָּאן וְאֵילָךְ דִּבְרֵי יֵצֶר הַטּוֹב, אַךְ הַמְפָרְשִׁים זַ"ל בֵּיאֲרוּ הַכֹּל דִּבְרֵי יֵצֶר הָרַע, וְרַק תְּחִילַּת הַפָּסוּק מִדְּבָרוּ יֵצֶר הָרַע בְּבַחֲרוּתוֹ שֶׁל אָדָם, אַךְ בְּעֵת הַזִּקְנָה לֹא יוֹעִילוּ לוֹ דְּבָרִים אֵלּוּ וְהָאָדָם מִתְחָרֵט וְרוֹצֶה לָשׁוּב, לְכָךְ מֶה עוֹשֶׂה מַזְכִּיר לוֹ רִבּוּי עוֹנוֹת שֶׁעָשָׂה בְּבַחֲרוּתוֹ וא"ל עַל כָּל אֵלֶּה יְבִיאֲךָ הָאֱ-לֹהִים בַּמִּשְׁפָּט, וְאִם כֵּן לֹא תַּסְפִּיק לְךָ תְּשׁוּבָה בְּיָמִים אֵלּוּ הַמּוּעָטִים הַנִּשְׁאָרִים, ובע"כ תִּהְיֶה נִידּוֹן בְּגֵיהִנָּם עַל יָמִים שֶׁעָבְרוּ, אִם כֵּן טוֹב שֶׁתַּשְׁלִים זְמַנְּךָ בָּעוֹלָם הַזֶּה בְּטוֹבָה וְשַׁלְוָה וְאַחַר כָּךְ תִּהְיֶה נִידּוֹן עַל הַכֹּל, וא"ל כֵּן כְּדֵי לְייֵאֲשׁוּ מִתְּשׁוּבָה. נִמְצָא בִּימֵי הַזִּקְנָה שֶׁל הָרָשָׁע יצה"ר שׁוֹפְטוֹ, לַעֲרֹוךְ לוֹ חֶשְׁבּוֹן עֲוֹנֹותָיו שֶׁעָשָׂה מִקֹּודֶם וּלְהַכְבִּיד עוֹנְשָׁם לְפָנָיו כְּדֵי לְייֵאֲשׁוּ מִן הַתְּשׁוּבָה, אֲבָל צַדִּיקִים לֹא חָטְאוּ כְּלָל, אַךְ בִּימֵי זְקֵנָתָם יֵצֶר הַטּוֹב שׁוּפְטָן, כִּי בִּימֵי זְקֵנָתָם אֵינָם יְכוֹלִים לְהַרְבּוֹת בְּעֵסֶק הַתּוֹרָה וְהַמִּצְוֹת כְּפִי מַה שֶׁטָּרְחוּ בְּבַחֲרוּתָם, מִפְּנֵי כִּי תַּשׁ כּוֹחָם, וְלָכֵן יֵצֶר הַטּוֹב שׁוֹפְטָן שֶׁאוֹמֵר לָהֶם רְאוּ אֵיךְ הֱיִיתֶם עוֹסְקִים כָּךְ וְכָךְ בַּתּוֹרָה, וְכָךְ וְכָךְ בְּמִצְוֹת וּגְמִילוּת חֲסָדִים, וְעַתָּה לָמָּה אַתֶּם מִתְרַשְּׁלִים כָּל כָּךְ וְטוֹב שֶׁתַּטְרִיחוּ עַצְמְכֶם אֲפִילּוּ תַּשׁ כּוֹחֲכֶם וְלֹא תשנו מִנְהַגְכֶם הַטּוֹב, וְכָזֹאת וְכָזֹאת יְדַבֵּר בְּאָזְנֵיהֶם לְהַרְאוֹת לָהֶם אֵיךְ יֵשׁ לָהֶם שִׁינּוּי רַב וְחֶסְרוֹן רַב עַל מַה שֶּׁהָיוּ עוֹשִׂים בָּרִאשׁוֹנָה.
« Les justes, c'est le bon penchant qui les juge ; les méchants, c'est le mauvais penchant qui les juge. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, de l'expliquer d'après ce que dit le verset (Kohelet 11, 9) : « Réjouis-toi, jeune homme, dans ta jeunesse, que ton cœur te fasse du bien aux jours de ton adolescence, marche dans les voies de ton cœur et selon ce que voient tes yeux, et sache que pour tout cela D.ieu te fera venir en jugement. » On connaît la contradiction entre la fin du verset et son début ; dans la guemara on a dit : jusqu'ici, paroles du mauvais penchant, à partir de la, paroles du bon penchant. Mais les commentateurs ont expliqué que tout est paroles du mauvais penchant : seul le début du verset, le mauvais penchant le dit à l'homme dans sa jeunesse. Au temps de la vieillesse, ces paroles ne lui servent plus, l'homme se repent et veut revenir. Que fait-il alors ? Il lui rappelle la multitude des fautes commises dans sa jeunesse et lui dit : « pour tout cela D.ieu te fera venir en jugement » ; la techouva ne te suffira donc pas dans le peu de jours qui te restent, et tu seras nécessairement jugé dans le guehinom pour les jours passés. Mieux vaut donc achever ton temps en ce monde dans le bien-être et la tranquillité, et être jugé ensuite sur le tout. Il lui parle ainsi pour le désespérer de la techouva. Il se trouve qu'aux jours de la vieillesse du méchant, c'est le mauvais penchant qui le juge : il lui dresse le compte des fautes commises auparavant et lui en alourdit la peine sous les yeux, afin de le désespérer de la techouva. Les justes, eux, n'ont pas fauté du tout ; mais aux jours de leur vieillesse, c'est le bon penchant qui les juge, car dans leur vieillesse ils ne peuvent plus multiplier l'étude de la Torah et les mitsvot comme ils s'en donnaient la peine dans leur jeunesse, leurs forces ayant faibli. Le bon penchant les juge donc en leur disant : voyez comme vous vous occupiez de telle et telle façon de Torah, de telles et telles mitsvot et actes de bonté ; pourquoi maintenant vous relâchez-vous à ce point ? Mieux vaut vous donner de la peine même si vos forces ont faibli, et ne pas changer votre bonne conduite. Il leur parle ainsi à l'oreille, pour leur montrer combien il y a chez eux de changement et de manque par rapport à ce qu'ils faisaient au début.
💡 Explication

La baraita ne classe pas les hommes par leurs actes mais par l'instance qui les juge de l'intérieur. Chez le juste, le mauvais penchant a perdu voix au chapitre ; chez le méchant, c'est le bon penchant qui s'est tu. Le beinoni, l'intermédiaire, est celui chez qui les deux plaident encore.

La preuve scripturaire de la troisième catégorie tient à un pluriel : « ceux qui jugent son âme ». Rachi le souligne : s'il y a plusieurs juges, c'est qu'un homme peut en avoir deux.

3
אָמַר רַבָּה: כְּגוֹן אָנוּ בֵּינוֹנִים. אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: לָא שָׁבֵיק מָר חַיֵּי לְכָל בְּרִיָּה?

Rabba dit : des gens comme nous sont des intermédiaires. Abaye lui dit : le maître ne laisse alors la vie à aucune créature !

📜 Rachi (1)
לָא שְׁבַק מָר חַיֵּי לְכָל בְּרִיָּה אִם אַתָּה מִן הַבֵּינוֹנִים אֵין לְךָ צַדִּיק גָּמוּר בָּעוֹלָם:
Si tu es parmi les intermédiaires, il n'y a pas de juste accompli au monde.
💡 Explication

Rabba applique la classification à lui-même et se range parmi les beinonim. Abaye, son neveu et disciple, mesure la conséquence : si un maître de cette stature n'est qu'intermédiaire, la catégorie des justes accomplis se vide et personne ne subsiste.

4
וְאָמַר רָבָא: לָא אִיבְּרִי עָלְמָא אֶלָּא לְרַשִּׁיעֵי גְּמוּרֵי אוֹ לְצַדִּיקִי גְּמוּרֵי. אָמַר רָבָא: לִידַּע אִינָשׁ בְּנַפְשֵׁיהּ אִם צַדִּיק גָּמוּר הוּא אִם לָאו. אָמַר רַב: לָא אִיבְּרִי עָלְמָא אֶלָּא לְאַחְאָב בֶּן עָמְרִי וּלְרַבִּי חֲנִינָא בֶּן דּוֹסָא. לְאַחְאָב בֶּן עָמְרִי — הָעוֹלָם הַזֶּה, וּלְרַבִּי חֲנִינָא בֶּן דּוֹסָא — הָעוֹלָם הַבָּא.

Et Rava dit : le monde n'a été créé que pour les méchants accomplis ou pour les justes accomplis. Rava dit : que l'homme sache en lui-même s'il est un juste accompli ou non.

Rav dit : le monde n'a été créé que pour Ahav fils d'Omri et pour Rabbi Hanina ben Dossa : pour Ahav fils d'Omri — ce monde-ci, et pour Rabbi Hanina ben Dossa — le monde à venir.

📜 Rachi (2)
לְרַשִּׁיעֵי גְּמוּרֵי הָעוֹלָם הַזֶּה שֶׁאֵין לָהֶם בָּעוֹלָם הַבָּא כְּלוּם וּצְרִיכִין לִיטֹּול שְׂכָרָן כָּאן כְּגוֹן אַחְאָב שֶׁהָיָה עָשִׁיר מְאֹד דְּקָאָמַר לֵיהּ בֶּן הֲדַד כַּסְפְּךָ וּזְהָבְךָ לִי הוּא (מְלָכִים א כ׳:ג׳):
Pour les méchants accomplis : ce monde-ci, car ils n'ont rien dans le monde à venir et doivent prendre leur salaire ici — tel Ahav, qui était fort riche, puisque Ben Hadad lui dit : « ton argent et ton or sont à moi » (Rois I 20, 3).
לְצַדִּיקֵי גְּמוּרֵי העוה"ב שֶׁאֵין לָהֶם בעוה"ז כְּלוּם כְּגוֹן רַבִּי חֲנִינָא בֶּן דּוֹסָא שֶׁדַּי לוֹ בְּקַב חָרוּבִין מֵעֶרֶב שַׁבָּת לְעֶרֶב שַׁבָּת (תַּעֲנִית כד:):
Pour les justes accomplis, le monde à venir, car ils n'ont rien en ce monde-ci — tel Rabbi Hanina ben Dossa, à qui suffisait un kav de caroubes d'une veille de chabbat à l'autre (Taanit 24b).
💡 Explication

Rava tire de la classification une conséquence sur le partage des deux mondes : chacun des deux extrêmes reçoit tout d'un seul côté. Le méchant accompli épuise son salaire ici, le juste accompli le reçoit la-bas. L'intermédiaire, lui, n'a de vie pleine dans aucun des deux, ce qui explique le mot de Rabba au segment précédent.

Rachi donne à chaque figure sa preuve concrète : la richesse d'Ahav, attestée par la demande de Ben Hadad, et la pauvreté de Rabbi Hanina ben Dossa, qui vivait d'un kav de caroubes par semaine.

5
״וְאָהַבְתָּ אֵת ה׳ אֱ-לֹהֶיךָ״. תַּנְיָא, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: אִם נֶאֱמַר ״בְּכָל נַפְשְׁךָ״, לָמָּה נֶאֱמַר ״בְּכָל מְאֹדֶךָ״?, וְאִם נֶאֱמַר ״בְּכָל מְאֹדֶךָ״, לָמָּה נֶאֱמַר ״בְּכָל נַפְשְׁךָ״? אֶלָּא אִם יֵשׁ לְךָ אָדָם שֶׁגּוּפוֹ חָבִיב עָלָיו מִמָּמוֹנוֹ — לְכָךְ נֶאֱמַר ״בְּכָל נַפְשְׁךָ״. וְאִם יֵשׁ לָךְ אָדָם שֶׁמָּמוֹנוֹ חָבִיב עָלָיו מִגּוּפוֹ — לְכָךְ נֶאֱמַר ״בְּכָל מְאֹדֶךָ״. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: ״בְּכָל נַפְשְׁךָ״ אֲפִילּוּ נוֹטֵל אֶת נַפְשְׁךָ.

« Et tu aimeras Hachem ton D.ieu » Il a été enseigné : Rabbi Eliezer dit : s'il est dit « de toute ton âme », pourquoi est-il dit « de tout ton bien » ? Et s'il est dit « de tout ton bien », pourquoi est-il dit « de toute ton âme » ?

Mais : s'il se trouve un homme dont le corps lui est plus cher que son argent — c'est pour lui qu'il est dit « de toute ton âme » ; et s'il se trouve un homme dont l'argent lui est plus cher que son corps — c'est pour lui qu'il est dit « de tout ton bien ». Rabbi Akiva dit : « de toute ton âme » — même s'Il prend ton âme.

📜 Rachi (1)
לְכָךְ נֶאֱמַר בְּכָל מְאֹדֶךָ מִן הֶחָבִיב עָלֶיךָ:
De ce qui t'est cher.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אִם נֶאֱמַר בְּכָל מְאֹדֶךָ לָמָּה נֶאֱמַר בְּכָל נַפְשְׁךָ? מַקְשִׁים מַאי מַקְשֵׁי וַהֲלֹא מִתְּחִלַּת דְּבָרָיו הֲוָה פְּשִׁיטָה לֵיהּ דְּהָאָדָם נַפְשׁוֹ חֲבִיבָה עָלָיו יוֹתֵר מִן מָמוֹנוֹ, דַּהֲרֵי בְּרֵאשִׁית מַאֲמָר הִקְשָׁה אִם נֶאֱמַר בְּכָל נַפְשְׁךָ לָמָּה נֶאֱמַר בְּכָל מְאֹדֶךָ, וְאַחַר שֶׁמָּצָא טַעַם מִשּׁוּם דְּאִיכָּא מִקְצָת דְּמָמוֹנָם חָבִיב, אָז הַשְׁתָּא אֵין קֻושְׁיָא לָמָּה נֶאֱמַר בְּכָל נַפְשְׁךָ בְּוַדַּאי רֻובָּא דְּעָלְמָא נַפְשָׁם חֲבִיבָה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מ"ש בַּגְּמָרָא דִּכְתֻובּוֹת (דַּף לג) דְּיִסּוּרִין קָשִׁים כְּמַלְקוֹת, וְכַיּוֹצֵא בָּהֶם חֲמִירִי לְאָדָם טְפֵי מִמִּיתָה, וְלָכֵן אִם הִתְרוּ בּוֹ לְמִיתָה אֵינוֹ מֻותְרֶה לְמַלְקוּת, דְּהַמֻּותְרֶה לְדָבָר הַקַּל אֵינוֹ מֻותְרֶה לְדָבָר חָמוּר, דְּהָכִי אָמַר רַב אִלְמָלֵא נַגְּדוּהּ לַחֲנַנְיָא מִישָׁאֵל וַעֲזַרְיָה פָּלְחִי לְצַלְמָא עַייֵּן שָׁם. וּלְפִי זֶה נִרְאֶה לִי כִּי תְּחִלָּה הֲוָה ס"ד אֲפִילּוּ שֶׁיִּמָּצֵא בְּנֵי אָדָם מָמוֹנָם חָבִיב מִגּוּפָם הַיְינוּ לְגַבֵּי מִיתָה, דְּנָח לָהֶם לָמוּת וְלֹא יִרְאוּ אֲבַדּוֹן מָמוֹנָם, אֲבָל לָאו חָבִיב מִיִּסּוּרֵי גּוּפָם דְּהַיְינוּ מַלְקוּת וְכַיּוֹצֵא, דְּאֵין יְכוֹלִים לִסְבֹּול זֶה, וּלְהָכִי הִקְשָׁה בַּקֻּושְׁיָא הַשֵּׁנִית לָמָּה נֶאֱמַר בְּכָל נַפְשְׁךָ, כַּוָּנָתוֹ דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר בְּנַפְשְׁךָ, כִּי אוֹמְרוֹ בְּכָל נַפְשֶׁךָ מַשְׁמַע מִיתָה דְּאִיכָּא אֲבַדּוֹן כָּל נֶפֶשׁ, אֲבָל אִם יֹאמַר בְּנַפְשְׁךָ מַשְׁמַע קְצָת נֶפֶשׁ שֶׁהֵם יִסּוּרִין קָשִׁים דְּיֵשׁ בָּזֶה אִבּוּד קְצָת נֶפֶשׁ וְלֹא כָּל נֶפֶשׁ דְּעוֹדֶנּוּ חַי, וְהוּא כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִ"לִ עַל פָּסוּק (בְּרֵאשִׁית כא, יב) כִּי בְיִצְחָק יִקָּרֵא לְךָ זָרַע, בְּיִצְחָק וְלֹא כָּל יִצְחָק. וְהָכִי נָמֵי אִי הֲוָה אֲמִינָא בְּנַפְשְׁךָ הֲוָה מַשְׁמַע יִסּוּרִין קָשִׁים דְּהָוֵי מִקְצָת נֶפֶשׁ, דְּבָזֶה לֵיכָּא אֲפִילּוּ מִעוּט דְּמִיעוּט שֶׁיִּהְיֶה מָמוֹנָם חָבִיב מִיִּסּוּרִין קָשִׁין דְּגוּפָם, וְאָז אִי הֲוָה נָקֵיט בְּנַפְשְׁךָ לֹא יִצְטָרֵךְ לוֹמַר בְּכָל מְאֹדֶךָ כְּלָל, כִּי עַל זֶה דְּאַיְירֵי בְּיִסּוּרִין קָשִׁים לֵיכָּא אֲפִילּוּ מִיעוּט וְאִם כֵּן אָתֵי מָמוֹן מִכָּל שֶׁכֵּן? וְתֵירֵץ יֵשׁ אָדָם גּוּפוֹ חָבִיב מִן מָמוֹנוֹ, רְצוֹנוֹ לוֹמַר כָּל דָּבָר הַנּוֹגֵעַ לְגוּפוֹ יִהְיֶה מַה שֶׁיִּהְיֶה גּוּפוֹ חָבִיב, וְיֵשׁ בֶּן אָדָם מָמוֹנוֹ חָבִיב יוֹתֵר מִגּוּפוֹ בְּכָל גַּוְונֵי, הֵן מִיתָה הֵן יִסּוּרִים קָשִׁים, שֶׁסּוֹבֵל כָּל דָּבָר וְאֵינוֹ סוֹבֵל אִבּוּד מָמוֹנוֹ, וְאִם כֵּן לֵיכָּא נַפְקוּתָא בֵּין בְּכָל נַפְשְׁךָ וּבֵין אִם יֹאמַר בְּנַפְשְׁךָ דִּבְכָל גַּוְונֵי אִיכָּא בְּנֵי אָדָם דְּמָמוֹנָם חָבִיב, וּלְהָכִי הֻוצְרַךְ לוֹמַר נָמֵי בְּכָל מְאֹדֶךָ.
« S'il est dit de tout ton bien, pourquoi est-il dit de toute ton âme ? » On objecte : quelle est cette question ? Dès le début de ses paroles il tenait pour évident que l'homme a son âme plus chère que son argent, puisque au commencement de l'enseignement il a demandé : s'il est dit « de toute ton âme », pourquoi est-il dit « de tout ton bien » ? Et après avoir trouvé la raison, à savoir qu'il existe une minorité dont l'argent est plus cher, il n'y a plus de question sur « pourquoi est-il dit de toute ton âme », car assurément la majorité du monde à son âme plus chère. Il me semble, avec l'aide du Ciel, de l'expliquer d'après ce qui est dit dans la guemara de Ketoubot (33a) : les souffrances sont dures comme les coups, et de telles choses sont plus lourdes pour l'homme que la mort ; c'est pourquoi celui qui a été averti pour la peine de mort n'est pas averti pour les coups, car celui qui est averti pour une chose légère n'est pas averti pour une chose grave. Ainsi a dit Rav : si l'on avait fouetté Hanania, Michaël et Azaria, ils auraient servi la statue ; vois-y. Selon cela il me semble qu'on a d'abord pensé que même s'il se trouve des hommes dont l'argent est plus cher que le corps, c'est à l'égard de la mort : il leur est plus doux de mourir que de voir la perte de leur argent, mais leur argent ne leur est pas plus cher que les souffrances du corps, coups et semblables, qu'ils ne peuvent supporter. C'est pourquoi la seconde question a été posée : pourquoi est-il dit « de toute ton âme » ? Son intention est qu'il aurait fallu dire « de ton âme », car « de toute ton âme » indique la mort, où il y a perte de l'âme entière, tandis que « de ton âme » indiquerait une partie de l'âme, c'est-à-dire des souffrances dures, où il y a perte d'une partie de l'âme et non de l'âme entière, puisque l'homme reste vivant. C'est comme ce que nos maîtres ont dit sur le verset (Berechit 21, 12) « car c'est par Yitshak que sera nommée ta descendance » : par Yitshak, et non tout Yitshak. De même ici : si l'on avait dit « de ton âme », cela aurait indiqué les souffrances dures, qui sont une partie de l'âme ; et sur ce point il n'y a pas même une minorité d'une minorité dont l'argent serait plus cher que les souffrances dures de son corps. Alors, si le verset avait dit « de ton âme », il n'aurait pas été besoin de dire « de tout ton bien » du tout, car sur ce point, qui traite des souffrances dures, il n'y a pas même une minorité, et l'argent viendrait à plus forte raison. Il a répondu : il y a un homme dont le corps lui est plus cher que son argent — c'est-à-dire que pour tout ce qui touche son corps, quoi que ce soit, son corps lui est plus cher ; et il y a un homme dont l'argent lui est plus cher que son corps de toutes les manières, tant pour la mort que pour les souffrances dures : il supporte tout et ne supporte pas la perte de son argent. Il n'y a donc pas de différence entre « de toute ton âme » et « de ton âme », puisque de toutes les manières il se trouve des hommes dont l'argent est plus cher ; c'est pourquoi il a fallu dire aussi « de tout ton bien ».
💡 Explication

La michna avait cité le verset de l'amour ; la baraita en travaille la redondance. Rabbi Eliezer résout par la diversité des tempéraments : le verset dit deux choses parce qu'il y a deux sortes d'hommes, ceux qui tiennent d'abord à leur corps et ceux qui tiennent d'abord à leur argent. Le mot meod est lu au sens de mamon, les biens, ce que Rachi glose : « de ce qui t'est cher ».

Rabbi Akiva change de plan. Pour lui, « de toute ton âme » fixe la mesure de l'amour : jusqu'à la prise de l'âme elle-même. C'est cette lecture que la suite du folio va illustrer par sa propre vie.

🖼️ Schéma
La redondance du verset : deux façons de la résoudre Question : pourquoi dire à la fois de toute ton âme et de tout ton bien ? Chacun des deux termes semble rendre l'autre inutile. Rabbi Eliezer Deux termes pour deux hommes. Âme - pour qui préfère son corps. Bien - pour qui préfère son argent. Chacun donne ce qui lui coûte. Rabbi Akiva De toute ton âme fixe une mesure : même s'Il prend ton âme. Le verset porte sur le don de la vie. La sougya en donne aussitôt l'exemple.
Une même question, deux directions : classer les hommes, ou fixer jusqu'où va l'amour.
6
תָּנוּ רַבָּנַן: פַּעַם אַחַת גָּזְרָה מַלְכוּת הָרְשָׁעָה שֶׁלֹּא יַעַסְקוּ יִשְׂרָאֵל בַּתּוֹרָה. בָּא פַּפּוּס בֶּן יְהוּדָה וּמְצָאוֹ לְרַבִּי עֲקִיבָא שֶׁהָיָה מַקְהִיל קְהִלּוֹת בָּרַבִּים וְעוֹסֵק בַּתּוֹרָה. אָמַר לוֹ: עֲקִיבָא אִי אַתָּה מִתְיָרֵא מִפְּנֵי מַלְכוּת?

Nos maîtres ont enseigné : une fois, la royauté mauvaise décréta qu'Israël ne s'occuperait pas de Torah. Papos ben Yehouda vint et trouva Rabbi Akiva qui réunissait des assemblées en public et s'occupait de Torah.

Il lui dit : Akiva, ne crains-tu pas la royauté ?

💡 Explication

La royauté mauvaise désigne Rome, après la révolte de Bar Kokhba. Le décret vise l'étude elle-même, et Rabbi Akiva y répond par le geste le plus exposé : des assemblées publiques. La question de Papos est celle du calcul ordinaire — pourquoi prendre ce risque.

7
אָמַר לוֹ: אֶמְשֹׁול לְךָ מָשָׁל, לְמָה הַדָּבָר דוֹמֶה — לְשׁוּעָל שֶׁהָיָה מְהַלֵּךְ עַל גַּב הַנָּהָר, וְרָאָה דָּגִים שֶׁהָיוּ מִתְקַבְּצִים מִמָּקוֹם לְמָקוֹם. אָמַר לָהֶם: מִפְּנֵי מָה אַתֶּם בּוֹרְחִים? אָמְרוּ לוֹ: מִפְּנֵי רְשָׁתוֹת שֶׁמְּבִיאִין עָלֵינוּ בְּנֵי אָדָם. אָמַר לָהֶם: רְצוֹנְכֶם שֶׁתַּעֲלוּ לַיַּבָּשָׁה, וְנָדוּר אֲנִי וְאַתֶּם, כְּשֵׁם שֶׁדָּרוּ אֲבוֹתַי עִם אֲבוֹתֵיכֶם? אָמְרוּ לוֹ: אַתָּה הוּא שֶׁאוֹמְרִים עָלֶיךָ פִּקֵּחַ שֶׁבְּחַיּוֹת?! לֹא פִּקֵּחַ אַתָּה, אֶלָּא טִפֵּשׁ אַתָּה! וּמַה בִּמְקוֹם חַיּוּתֵנוּ, אָנוּ מִתְיָרְאִין, בִּמְקוֹם מִיתָתֵנוּ — עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה. אַף אֲנַחְנוּ עַכְשָׁיו שֶׁאָנוּ יוֹשְׁבִים וְעוֹסְקִים בַּתּוֹרָה, שֶׁכָּתוּב בָּהּ: ״כִּי הוּא חַיֶּיךָ וְאֹרֶךְ יָמֶיךָ״, כָּךְ, אִם אָנוּ הוֹלְכִים וּמְבַטְּלִים מִמֶּנָּה — עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה!

Il lui dit : je vais te proposer une parabole. À quoi la chose ressemble-t-elle ?

À un renard qui marchait au bord du fleuve et vit des poissons qui se rassemblaient d'un endroit à l'autre. Il leur dit : de quoi fuyez-vous ?

Ils lui dirent : des filets que les hommes amènent sur nous. Il leur dit : voulez-vous monter sur la terre ferme, et nous demeurerons ensemble, moi et vous, comme mes pères ont demeuré avec vos pères ?

Ils lui dirent : c'est toi dont on dit qu'il est le plus fin des animaux ? Tu es sot, non pas fin !

Si, dans le lieu de notre vie, nous avons peur, dans le lieu de notre mort — à plus forte raison. Nous de même : maintenant que nous sommes assis et que nous nous occupons de la Torah, dont il est écrit « car elle est ta vie et la longueur de tes jours », il en est ainsi ; si nous allons nous en détourner — à plus forte raison.

🪔 Ben Yehoyada (1)
אַתָּה פַּפּוּס שֶׁאוֹמְרִים עָלֶיךָ חָכָם אַתָּה, אִי אַתָּה אֶלָּא טִפֵּשׁ. קַשָּׁא אַמַּאי קָרְאוּ בְּשֵׁם טִפֵּשׁ, וְעוֹד אִם חָכ חָכָם אָמַר דָּבָר שֶׁאֵינוֹ מִתְקַבֵּל ע"כ נִקְרָא טִפֵּשׁ?! וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מ"ש רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּשַׁעַר רוּחַ הַקֹּודֶשׁ שֶׁהַתְּנָאִים בַּעֲלֵי מִשְׁנָה הֵם בְּתִפְאֶרֶת עַיֵּין שָׁם. גַּם יָדוּעַ מ"ש בַּזֹּוהַר ר"מ שֶׁהַתִּפְאֶרֶת נִקְרָא בְּשֵׁם שׁוֹפֵט וְכָל כָּךְ בְּפַרְדֵּס עי"ש. אִם כֵּן לְפִי זֶה חָכָם בַּעַל מִשְׁנָה רָאוּי לְקָרְאוֹ בְּשֵׁם שׁוֹפֵט עַל שֵׁם הַתִּפְאֶרֶת כִּי הוּא שֵׁם, וְהִנֵּה וָא"ו דּ'שׁ ו פט' רוֹמֵז לַמִּשְׁנָה שֶׁיֵּשׁ בָּהּ שִׁשָּׁה סְדָרִים, וְאִם תָּסִיר אוֹת וָא"ו מִן שׁוֹפֵט אָז נִקְרָא לְמַפְרֵעַ 'טִפֵּשׁ' וְהַיְינוּ שֶׁאִם בַּעַל מִשְׁנָה שֶׁנִּקְרָא בְּשֵׁם שׁוֹפֵט יַעֲזֹוב מִשְּׁנָתוֹ וְלֹא יַעֲסֹוק בָּהּ, אָז יֶחְסַר וָא"ו מִן תֹּואַר שׁוֹפֵט שֶׁיֵּשׁ לוֹ וְנִקְרָא לְאָחוֹר טִפֵּשׁ, כִּי הָלַךְ לְאָחוֹר לַעֲזֹוב לִימּוּדוֹ וּמִשְּׁנָתוֹ אָז תֹּואַר שֶׁלּוֹ יִהְיֶה נִקְרָא לְאָחוֹר, וְלָכֵן פַּפּוּס שֶׁהָיָה חָכָם בַּעַל מִשְׁנָה, כִּי הָיָה מִן הַתַּנָּאִים שֶׁהֵם בַּעֲלֵי מִשְׁנָה שֶׁרָאוּי לִהְיוֹת לוֹ תֹּואַר שׁוֹפֵט, הִנֵּה בְּעֵת שֶׁמּוֹכִיחַ אֶת רַבִּי עֲקִיבָה עַל אֲשֶׁר לֹא עָזַב לִימּוּד, דְּמַשְׁמַע שֶׁהוּא עָזַב לִימּוּד מִשְּׁנָתוֹ מֵחֲמַת פַּחְדּוֹ, לְכָךְ א"ל אִי אַתָּה אֶלָּא טִפֵּשׁ וְדוּק. וְעוֹד נ"ל בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁפֵּרַשְׁתִּי בס"ד בְּמָקוֹם אַחֵר הַטַּעַם שֶׁנִּקְרָא בַּעַל תּוֹרָה בְּשֵׁם חָכָם, כִּי הַתּוֹרָה יֵשׁ בָּהּ אַרְבָּעָה חֲלָקִים נִקְרָאִים פַּרְדֵּ"ס, וְהִיא נִקְרֵאת 'טוֹב' וְלָכֵן כָּל חֵלֶק מִן אַרְבָּעָה הַנִּזְכָּרִים נִקְרָא טוֹב, וְנִמְצָא דְּ ' פְּעָמִים טוֹב [17] הֵם מִסְפַּר חָכָם [68] , רֶמֶז שֶׁבַּעַל תּוֹרָה צָרִיךְ שֶׁיַּעֲסֹוק בְּאַרְבָּעָה חֲלָקִים שֶׁהֵם פְּשַׁט, רֶמֶז, דְּרָשׁ, סוֹד, וְהִנֵּה דָּבָר זֶה שֶׁצָּרִיךְ הָאָדָם לְהִשָּׁמֵר וּלְהִזָּהֵר לְבִלְתִּי יִפְרֹושׁ מֵעֵסֶק הַתּוֹרָה אֵין צֹורֶךְ לְלַמְּדוֹ בְּחֵלֶק הַדְּרָשׁ אוֹ בְּחֵלֶק הָרֶמֶז, אֶלָּא גַּם בְּחֵלֶק הַפְּשָׁט נִרְאֶה כֵּן, כִּי כָּךְ מַגִּיעַ פְּשַׁט הַפָּסוּק, (דְּבָרִים ל' כ') כִּי הוּא חַיֶּיךָ וְאֹרֶךְ יָמֶיךָ, וְאֵיךְ יִפְרֹושׁ מֵחַיִּים וְלָכֵן אָמַר לוֹ אַתָּה שֶׁאוֹמְרִים עָלֶיךָ חָכָם שֶׁשֵּׁם זֶה נִקְרָא בּוֹ הָאָדָם עַל שֵׁם שֶׁהוּא עוֹסֵק בְּאַרְבָּעָה חֲלָקִים שֶׁהֵם פְּשַׁט רֶמֶז דָּרַשׁ סוֹד, הִנֵּה עַתָּה אֲנִי רוֹאֶה בַּעֲצָתְךָ זֹאת שֶׁאַתָּה מְיַעֵץ אוֹתִי לִפְרֹושׁ מֵהַתּוֹרָה שֶׁאַתָּה טִפֵּשׁ, שֶׁאֲפִילּוּ פְּשַׁט לֹא יָדַעְתָּ וְלָכֵן רָאוּי שֶׁתִּהְיֶה נִקְרָא טִפֵּשׁ, כִּי פְּשַׁט בְּהִפּוּךְ אַתָּוָון טִפֵּשׁ , יַעַן כִּי אֲפִילּוּ לְפִי הַפְּשָׁט נִרְאֶה שֶׁאֵין לִפְרוֹשׁ מִן הַתּוֹרָה שֶׁהִיא הַחַיִּים, וְדַע כִּי בֵּיאוּרִים אֵלּוּ אֲנִי מְפָרֵשׁ לְפִי גִּרְסַת בַּעַל עֵין יַעֲקֹב דְּגָרֵיס כֵּן.
« Toi, Papos, dont on dit que tu es un sage — tu n'es qu'un sot. » Difficulté : pourquoi l'a-t-il appelé du nom de sot ? Et de plus, si un sage a dit une chose inacceptable, faut-il pour autant l'appeler sot ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, de l'expliquer d'après ce qu'a écrit notre maître le Ari za"l dans le Chaar Roua'h ha-Kodech : les tanaim, maîtres de la Michna, sont dans tiferet ; vois-y. On sait aussi ce qui est dit dans le Zohar Raaya Mehemna, que tiferet est appelée du nom de chofet (juge), et de même dans le Pardes ; vois-y. Selon cela, un sage maître de la Michna mérite d'être appelé du nom de chofet, du nom de tiferet, car il est là. Or le vav de chofet (שופט) fait allusion à la Michna, qui comporte six ordres ; et si tu retires la lettre vav de chofet, il se lit à rebours tipèch (טפש), le sot. C'est-à-dire : si le maître de la Michna, qui est appelé chofet, abandonne sa michna et ne s'y occupe plus, alors le vav manque au titre de chofet qu'il possède, et son titre se lit à l'envers, tipèch, car il est allé en arrière en abandonnant son étude et sa michna. Ainsi Papos, qui était un sage maître de la Michna — il était des tanaim, qui sont maîtres de la Michna, et méritait donc le titre de chofet —, au moment où il reproche à Rabbi Akiva de n'avoir pas abandonné l'étude, ce qui laisse entendre que lui-même a abandonné l'étude de sa michna par crainte, c'est pourquoi il lui a dit : tu n'es qu'un tipèch. Étudie-le bien. Et il me semble encore, avec l'aide du Ciel, d'après ce que j'ai expliqué ailleurs, la raison pour laquelle le maître de Torah est appelé du nom de 'hakham : la Torah comporte quatre parties appelées PaRDeS, et elle est appelée tov (bon) ; chacune des quatre parties mentionnées est donc appelée tov, et quatre fois tov [17] font le compte de 'hakham [68], allusion à ce que le maître de Torah doit s'occuper des quatre parties : pchat, remez, drach, sod. Or cette chose — que l'homme doit se garder et prendre garde de ne pas se séparer de l'étude de la Torah — n'a pas besoin d'être apprise dans la partie du drach ni dans celle du remez : dans la partie du pchat aussi cela apparaît, car tel est le sens simple du verset (Devarim 30, 20) « car elle est ta vie et la longueur de tes jours » ; et comment se séparerait-on de la vie ? C'est pourquoi il lui a dit : toi dont on dit que tu es un 'hakham, nom que l'homme porte parce qu'il s'occupe des quatre parties, pchat, remez, drach, sod — voici que je vois maintenant, dans ce conseil que tu me donnes de me séparer de la Torah, que tu es un tipèch, puisque tu n'as pas même su le pchat ; il convient donc que tu sois appelé tipèch, car pchat (פשט) renversé donne tipèch (טפש), puisque même selon le pchat il apparaît qu'on ne doit pas se séparer de la Torah, qui est la vie. Et sache que j'explique ces commentaires selon la version du Ein Yaakov, qui lit ainsi.
💡 Explication

La réponse de Rabbi Akiva est un kal va-homer mis en récit. Les poissons reconnaissent le danger dans l'eau, mais l'eau reste leur élément vital ; sortir pour l'éviter serait échanger un risque contre une mort certaine. Le renard, en proposant la terre ferme, offre une sécurité qui supprime la condition même de la vie.

L'application est littérale grâce au verset « car elle est ta vie et la longueur de tes jours » : la Torah est à Israël ce que l'eau est au poisson. Le décret romain rend l'étude dangereuse, mais l'abandon de l'étude est le péril majeur.

🖼️ Schéma
La parabole du renard et des poissons : un kal va-homer Dans l'eau - lieu de la vie Les filets menacent : les poissons fuient. Le danger est réel, mais il n'est pas certain, et l'élément reste celui qui les fait vivre. Sur la terre ferme - lieu de la mort Le renard offre une sécurité apparente. Hors de l'eau, la mort est certaine : à plus forte raison faut-il avoir peur. Application Étudier malgré le décret = rester dans l'eau. La Torah est ta vie et la longueur de tes jours. Cesser d'étudier pour se protéger = monter sur la terre ferme, la où la mort est assurée.
Le raisonnement va du danger reconnu dans l'élément vital au danger bien plus grand hors de cet élément.
8
אָמְרוּ: לֹא הָיוּ יָמִים מוּעָטִים, עַד שֶׁתְּפָסוּהוּ לְרַבִּי עֲקִיבָא וַחֲבָשׁוּהוּ בְּבֵית הָאֲסוּרִים, וְתָפְסוּ לְפַפּוּס בֶּן יְהוּדָה וַחֲבָשׁוּהוּ אֶצְלוֹ. אָמַר לוֹ: פַּפּוּס, מִי הֱבִיאָךְ לְכָאן? אָמַר לוֹ: אַשְׁרֶיךָ רַבִּי עֲקִיבָא שֶׁנִּתְפַּסְתָּ עַל דִּבְרֵי תוֹרָה. אוֹי לוֹ לְפַפּוּס שֶׁנִּתְפַּס עַל דְּבָרִים בְּטֵלִים.

Ils ont dit : peu de jours passèrent, et l'on saisit Rabbi Akiva et on l'enferma en prison ; on saisit aussi Papos ben Yehouda et on l'enferma auprès de lui. Il lui dit : Papos, qui t'a amené ici ?

Il lui dit : heureux es-tu, Rabbi Akiva, d'avoir été saisi pour des paroles de Torah ; malheur à Papos, qui a été saisi pour des choses vaines.

💡 Explication

La suite du récit répond à la parabole. La prudence de Papos ne l'a pas protégé : il se retrouve dans la même cellule. La différence porte sur le motif de l'arrestation, et c'est Papos lui-même qui l'énonce.

9
בְּשָׁעָה שֶׁהוֹצִיאוּ אֶת רַבִּי עֲקִיבָא לַהֲרִיגָה זְמַן קְרִיאַת שְׁמַע הָיָה, וְהָיוּ סוֹרְקִים אֶת בְּשָׂרוֹ בְּמַסְרְקוֹת שֶׁל בַּרְזֶל, וְהָיָה מְקַבֵּל עָלָיו עֹול מַלְכוּת שָׁמַיִם. אָמְרוּ לוֹ תַּלְמִידָיו: רַבֵּינוּ, עַד כָּאן?! אָמַר לָהֶם: כָּל יָמַי הָיִיתִי מִצְטַעֵר עַל פָּסוּק זֶה ״בְּכָל נַפְשְׁךָ״ אֲפִילּוּ נוֹטֵל אֶת נִשְׁמָתְךָ. אָמַרְתִּי: מָתַי יָבֹא לְיָדִי וַאֲקַיְּימֶנּוּ, וְעַכְשָׁיו שֶׁבָּא לְיָדִי, לֹא אֲקַיְּימֶנּוּ? הָיָה מַאֲרִיךְ בְּ״אֶחָד״, עַד שֶׁיָּצְתָה נִשְׁמָתוֹ בְּ״אֶחָד״. יָצְתָה בַּת קוֹל וְאָמְרָה: ״אַשְׁרֶיךָ רַבִּי עֲקִיבָא שֶׁיָּצְאָה נִשְׁמָתְךָ בְּאֶחָד״.

À l'heure où l'on fit sortir Rabbi Akiva pour l'exécuter, c'était le temps de la lecture du Chema. On lui déchirait la chair avec des peignes de fer, et il acceptait sur lui le joug de la royauté des cieux.

Ses disciples lui dirent : notre maître, jusque-là ?! Il leur dit : tous mes jours j'ai eu peine à cause de ce verset, « de toute ton âme » — même s'Il prend ton âme.

Je me disais : quand cela me viendra-t-il en main, que je l'accomplisse ? Et maintenant qu'il m'est venu en main, je ne l'accomplirais pas ?

Il prolongeait le mot « Ehad », jusqu'à ce que son âme sortît sur « Ehad ». Une voix céleste sortit et dit : heureux es-tu, Rabbi Akiva, que ton âme soit sortie sur « Ehad ».

📜 Rachi (1)
וְהָיָה מְקַבֵּל עָלָיו עֹול מַלְכוּת שָׁמַיִם קוֹרֵא קְרִיאַת שְׁמַע:
Il lisait le Chema.
🪔 Ben Yehoyada (3)
וְהָיוּ סוֹרְקִין בְּשָׂרוֹ בְּמַסְרְקוֹת שֶׁל בַּרְזֶל. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁעָשׂוּ לוֹ הַיִּסּוּרִין 'בְּמַסְרֵקַת שֶׁל בַּרְזֶל' כִּי הֵם בָּאִים מִכֹּחַ שֶׁיֵּשׁ לוֹ ת' כִּתּוֹת בַּקְּלִיפָּה שֶׁלָּהֶם בְּסוֹד וְהִנֵּה עֵשָׂו בָּא וְעִמּוֹ אַרְבַּע מֵאוֹת אִישׁ, וְכֵן שָׁלְטוּ בּוֹ ב מַסְרֵק ת [400] שֶׁעוֹלֶה מִסְפַּר ת', אַךְ בֶּאֱמֶת רֶמֶז זֶה שֶׁל הַמַּסְרֵק הוּא לְרָעָתָם, כִּי שַׂר עֵשָׂו הוּא פְּלוֹנִי אֲשֶׁר הָרַע שֶׁלּוֹ הוּא בִּשְׁנֵי אוֹתִיּוֹת ס"מ וכמ"ש בָּזֶה במ"א, וְחָלַק תֵּיבַת מַסְרֵק לִשְׁתַּיִם וְקָרֵי בָּהּ מַס רַק דְּהַמֵּם נַעֲשָׂה רַק, כִּי בָּזֶה הַדָּבָר נִתְבָּרֵר נִיצוֹצוֹת הַרְבֵּה מִן הַקְּלִיפָּה הַהִיא וְנִתְרוֹקְנָה, וְלָכֵן כְּשֶׁרָאוּ מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת צַעֲרוֹ שֶׁל אוֹתוֹ צַדִּיק בְּמַסְרֵק הַהוּא אָמְרוּ רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם זוֹ תּוֹרָה וְזוֹ שְׂכָרָהּ?! כִּי הָעוֹסֵק בַּתּוֹרָה שְׂכָרוֹ אַרְבַּע מֵאוֹת עָלְמִין דְּכִיסּוּפִין כַּנּוֹדָע [בַּזֹּוהַר - אָמַר רַבִּי אַבָּא, תָּא חֲזֵי מַאי דִכְתִיב וַיִּשְׁמַע אַבְרָהָם אֶל עֶפְרוֹן וַיִּשְׁקֹל אַבְרָהָם לְעֶפְרֹון אֶת הַכֶּסֶף, דָּא הוּא כִּסּוּפָא רַבְּתָא דְּאִינּוּן עָלְמִין וְכִסּוּפִין. אַרְבַּע מֵאוֹת שֶׁקֶל כָּסֶף, אַרְבַּע מֵאוֹת עוֹלָמוֹת וְהַנָּאוֹת וְכִסּוּפִין] , וְאֵיךְ תְּמוּרַת זוֹ נִיתַּן לוֹ בָּעוֹלָם הַזֶּה הָעִינּוּי הָרַב וְעָצוּם הַזֶּה שֶׁל הַמַּסְרֵק שֶׁהוּא מִסְפַּר אַרְבַּע מֵאוֹת.
« On lui déchirait la chair avec des peignes de fer. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison pour laquelle on lui a infligé les souffrances avec un peigne de fer tient à ce qu'elles viennent de la force des quatre cents cohortes que possède leur klipa, selon le sod de « et voici Essav vient, et quatre cents hommes avec lui » ; de même ils ont dominé sur lui par le masréket (מסרקת), dont le compte s'élève au nombre quatre cents. Mais en vérité cette allusion du peigne tourne à leur perte, car le prince d'Essav est celui dont le mal tient en deux lettres, samekh et mem, comme je l'ai écrit ailleurs ; divise le mot masrek en deux et lis-y mas rak (מס רק), le mem devenant rak, vide, car par cette chose beaucoup d'étincelles ont été extraites de cette klipa, qui s'en est trouvée vidée. C'est pourquoi, lorsque les anges du service virent la souffrance de ce juste par ce peigne, ils dirent : Maître du monde, voilà la Torah et voilà son salaire ?! Car celui qui s'occupe de Torah a pour salaire quatre cents mondes de délices, comme on le sait — dans le Zohar : Rabbi Abba dit, viens et vois ce qui est écrit, « et Avraham écouta Efron, et Avraham pesa pour Efron l'argent » — c'est le grand délice (kissoufa) de ces mondes et de ces délices ; « quatre cents sicles d'argent » : quatre cents mondes, jouissances et délices. Et comment, en échange de cela, lui donne-t-on en ce monde ce tourment immense du peigne, dont le compte est quatre cents ?
אָמְרוּ לוֹ תַּלְמִידָיו רַבֵּינוּ עַד כָּאן. לֹא אָמְרוּ לֹא כֵן בַּיּוֹם שֶׁנִּפְטַר, כִּי הוּא יָצְאָה נַפְשׁוֹ בְּאֶחָד וְאֵיךְ הֵשִׁיב לָהֶם, אַךְ יָדוּעַ שֶׁהוּא נֶחְבַּשׁ בֶּאֱלוּל וְנִפְטַר בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים, וּמֵעֵת אֲשֶׁר נֶחְבַּשׁ עַד יוֹם הַכִּפּוּרִים הָיָה נִידּוֹן כָּל יוֹם לִפְנֵי אוֹתוֹ רָשָׁע, וּבְכָל יוֹם סוֹרְקִין בְּשָׂרוֹ, וּבְעֵת שֶׁסּוֹרְקִין הָיָה מְקַבֵּל מַלְכוּת שָׁמַיִם בַּפָּסוּק שְׁמַע יִשְׂרָאֵל , כִּי כָּל יוֹם חוֹשֵׁב שֶׁהַיּוֹם יָמוּת מֵרֹוב הַצַּעַר, וּבְאוֹתָם הַיָּמִים דִּבְּרוּ עִמּוֹ תַּלְמִידָיו שֶׁהָיוּ בָּאִים אֶצְלוֹ וְעוֹמְדִים בְּמָקוֹם שֶׁהוּא נִידּוֹן, אֲבָל בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים שֶׁבּוֹ נִפְטַר בֶּאֱמֶת לֹא בָּאוּ תַּלְמִידָיו כִּי יוֹם עֲבוֹדָה הוּא, וַאֲפִילּוּ רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ הַגַּרְסִי שֶׁהָיָה מְשַׁמְּשׁוֹ בְּקֶבַע בְּכָל יוֹם לְהָבִיא לוֹ אֲכִילָה לֹא בָּא בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים, כִּי רַבִּי עֲקִיבָה הָיָה גַּם כֵּן בְּתַעֲנִית וְאֵינוֹ צָרִיךְ לוֹ, אַךְ אוֹתוֹ הַיּוֹם נִפְטַר שֶׁיָּצְאָה נַפְשׁוֹ בְּאֶחָד, וְהֶחֱזִירוּ אוֹתוֹ לְבֵית הָאֲסוּרִין וְגָזְרוּ שֶׁלֹּא יוּכַל לָבֹא אַחֵר לָקַחַת אוֹתוֹ לְקָובְרוֹ, עַד שֶׁבָּא אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב וְגִילָּה הַדָּבָר לְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ הַגַּרְסִי, וְהָלְכוּ שְׁנֵיהֶם לְבֵית הָאֲסוּרִים וּמֵאֵת ה' הָיָה שֶׁנָּפְלָה תַּרְדֵּמָה עַל כֻּולָּם, וְנִכְנַס רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ וְנָטְלוּ עַל כְּתֵפוֹ וְלֹא הֱקִיצוֹ, וְהָלַךְ אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב עִמּוֹ כָּל הַיּוֹם וְכָל הַלַּיְלָה, עַד שֶׁבְּאוֹתָהּ הַלַּיְלָה הִגִּיעוּ לְעִיר טְבֶרְיָה, וְעָלוּ עַל הָהָר, וְנִפְתְּחָה מְעָרָה לִפְנֵיהֶם וְרָאוּ שָׁם מִטָּה וְשֻׁלְחָן וּמְנוֹרָה מַעֲשֵׂה יְדֵי שָׁמַיִם, וּשְׁמוֹ אֶת רַבִּי עֲקִיבָה עַל הַמִּטָּה וְיָצְאוּ, וְתֵכֶף נִסְתְּמָה הַמְּעָרָה בִּידֵי שָׁמַיִם וְלֹא נִשְׁאֲרָה אֶלָּא רַק מְעָרָה הַחִיצוֹנָה פְּתוּחָה אֲשֶׁר עַתָּה הָעוֹלָם נִכְנָסִים בָּהּ, וְכַנִּזְכָּר כָּל זֶה בְּמִדְרַשׁ מִשְׁלֵי יע"ש. וּמַה שא"ל תַּלְמִידָיו רַבֵּינוּ עַד כָּאן! נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מ"ש רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּסֵפֶר הַכַּוָּנוֹת דְּרוּשׁ נפ"א, שֶׁמְּסִירַת נֶפֶשׁ עַל קִדּוּשׁ הַשֵּׁם הוּא בִּשְׁנֵי אוֹפַנִּים , הָא' בְּכֹחַ, דְּהַיְינוּ בְּכַוָּנַת הַלֵּב בְּתֵיבַת אֶחָד, וְזֶהוּ מִנְהָגָן שֶׁל כָּל הַצַּדִּיקִים לְכַוֵּין בק"ש בְּכָל פַּעַם, וְהַב' מְסִירָה בְּפֹועַל כְּעִנְיַן רַבִּי עֲקִיבָה וַחֲבֵירָיו, וּבְאוֹתוֹ זְמַן שֶׁנֶּהֶרְגוּ בּוֹ עֲשָׂרָה הֲרוּגֵי מְלוּכָה לֹא הָיָה מַסְפִּיק לְתִיקּוּן הָעוֹלָם מְסִירָה בְּכֹחַ בִּלְבַד, אֶלָּא צָרִיךְ מְסִירָה בְּפֹועַל, וְכֵן עֵשָׂו רַבִּי עֲקִיבָה וַחֲבֵירָיו עַייֵּן שָׁם. וְהִנֵּה רַבִּי עֲקִיבָא כְּשֶׁהָיוּ סוֹרְקִין בְּשָׂרוֹ וְקוֹרֵא קְרִיאַת שְׁמַע הָיָה עוֹשֶׂה מְסִירַת נֶפֶשׁ בְּכַוָּנָה, אַךְ תִּלְמָדִיו רָאוּ וְהִרְגִּישׁוּ שֶׁהוּא מִשְׁתּוֹקֵק לַעֲשׂוֹת בְּפֹועַל, שֶׁהוּא שָׂמֵחַ אִם תֵּצֵא נַפְשׁוֹ בְּיִסּוּרִין אֵלּוּ, כְּדֵי שֶׁבָּזֶה יְקַיֵּים מִצְוַת קְדֻושַּׁת הַשֵּׁם בְּפֹועַל, וְהֵם לָא נִיחָא לְהוּ בָּזֶה כִּי רוֹצִים שֶׁיִּשָּׁאֵר חַי וְיִנָּצֵל כְּדֵי שֶׁיִּשְׁתּוּ מִן מִימֵי תּוֹרָתוֹ, וְלָכֵן כְּשֶׁהוּא מְכַוֵּין בִּמְסִירַת נֶפֶשׁ בְּכַוָּנַת הַלֵּב, א"ל תַּלְמִידָיו רַבֵּינוּ עַד כָּאן! רְצוֹנוֹ לוֹמַר דַּי לְךָ בְּכֹחַ עַד כָּאן תַּעֲשֶׂה שֶׁהוּא מְסִירַת נֶפֶשׁ בְּכֹחַ! וְלָמָּה אַתָּה מִשְׁתּוֹקֵק לִמְסִירַת נֶפֶשׁ בְּפֹועַל, וְאֵין אַתָּה מִתְפַּלֵּל שֶׁתִּנָּצֵל מִן הַגְּזֵרָה הַזֹּאת כִּי לְמֵימֶיךָ אֲנַחְנוּ צְרִיכִין, וְאִם צָרִיךְ לְעוֹלָם תִּיקּוּן שֶׁל מְסִירָה בְּפֹועַל יִהְיֶה זֶה עַל יְדֵי אֲחֵרִים? וְהֵשִׁיב כָּל יָמַי הָיִיתִי מִצְטַעֵר שֶׁיִּתְקַיֵּים תִּיקּוּן זֶה שֶׁל מְסִירָה בְּפֹועַל עַל יְדֵי. וּמַה שֶׁאָמַר הָיָה מַאֲרִיךְ בְּאֶחָד אֵין זֶה מְקֻושָּׁר עִם דְּבָרִים שא"ל תַּלְמִידָיו וְהֵשִׁיב לָהֶם, אֶלָּא זֶה קָאֵי וּמְקֻושָּׁר עִם מ"ש וְהָיָה מְקַבֵּל עָלָיו עֹול מַלְכוּת שָׁמַיִם, וְהַשַּׁ"ס הֵבִיא דִּבְרֵי תַּלְמִידָיו וּתְשׁוּבָתוֹ בְּאֶמְצַע, וְאֵלּוּ הַדְּבָרִים שֶׁל תַּלְמִידָיו הָיוּ בְּיוֹם אֶחָד קֹודֶם יוֹם שֶׁנִּפְטַר בּוֹ, וכמ"ש לְעֵיל, וְדָבָר זֶה הוּא מֻוכְרָח עַל פִּי מִדְרַשׁ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בְּמִשְׁלֵי, דִּמְפֹורָשׁ בְּעֵת שֶׁיָּצְאָה נִשְׁמָתוֹ לֹא הָיָה אַחֵר מִתַּלְמִידָיו אֶצְלוֹ וְלֹא יָדְעוּ בּוֹ, עַד שֶׁבָּא אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב וְגִילָּה עַל פְּטִירָתוֹ.
« Ses disciples lui dirent : notre maître, jusque-là ! » Ils ne lui ont pas dit cela le jour où il quitta le monde, car ce jour-là son âme sortit sur « Ehad » : comment leur aurait-il répondu ? Mais on sait qu'il fut emprisonné en éloul et quitta le monde le jour de Kippour. Depuis son emprisonnement jusqu'à Kippour, il était jugé chaque jour devant ce méchant, et chaque jour on lui déchirait la chair ; et pendant qu'on le déchirait il acceptait la royauté des cieux par le verset Chema Israël, car chaque jour il pensait qu'il mourrait ce jour même, tant la souffrance était grande. C'est en ces jours-là que ses disciples parlèrent avec lui, eux qui venaient auprès de lui et se tenaient au lieu où il était jugé. Mais le jour de Kippour, où il quitta réellement le monde, ses disciples ne vinrent pas, car c'est un jour de service ; et même Rabbi Yehochoua ha-Guersi, qui le servait régulièrement chaque jour pour lui apporter à manger, ne vint pas le jour de Kippour, car Rabbi Akiva jeûnait lui aussi et n'avait pas besoin de lui. Or ce jour-là il quitta le monde, son âme sortant sur « Ehad ». On le ramena à la prison, et l'on décréta que nul ne pourrait venir le prendre pour l'enterrer, jusqu'à ce que vint Eliyahou, dont le souvenir est en bien, qui dévoila la chose à Rabbi Yehochoua ha-Guersi. Tous deux allèrent à la prison, et il vint de Hachem qu'une torpeur tomba sur tous ; Rabbi Yehochoua entra, le prit sur son épaule, et ils ne s'éveillèrent pas. Eliyahou, dont le souvenir est en bien, marcha avec lui tout le jour et toute la nuit, jusqu'à ce que cette nuit-là ils arrivent à la ville de Tibériade. Ils montèrent sur la montagne, une grotte s'ouvrit devant eux, et ils y virent un lit, une table et un candélabre faits par la main du Ciel ; ils posèrent Rabbi Akiva sur le lit et sortirent, et aussitôt la grotte se referma par la main du Ciel : il ne resta d'ouverte que la grotte extérieure, où l'on entre aujourd'hui. Tout cela est rapporté dans le Midrach Michle ; vois-y. Quant à ce que lui dirent ses disciples, « notre maître, jusque-là ! », il me semble, avec l'aide du Ciel, de l'expliquer d'après ce qu'a écrit notre maître le Ari za"l dans le Sefer ha-Kavanot, drouch nefech alef : le don de soi pour la sanctification du Nom se fait de deux manières. La première en puissance (be-koah), c'est-à-dire par l'intention du cœur sur le mot Ehad — telle est la conduite de tous les justes, qui dirigent ainsi leur intention dans le Chema chaque fois. La seconde est une remise en acte (be-poal), comme dans le cas de Rabbi Akiva et de ses compagnons ; au temps où furent tués les dix martyrs du royaume, la remise en puissance seule ne suffisait pas à la réparation du monde : il fallait une remise en acte, et c'est ce que firent Rabbi Akiva et ses compagnons ; vois-y. Or Rabbi Akiva, lorsqu'on lui déchirait la chair et qu'il lisait le Chema, accomplissait le don de soi par l'intention ; ses disciples voyaient et sentaient qu'il aspirait à l'accomplir en acte, qu'il se réjouissait à l'idée que son âme sorte dans ces souffrances, afin d'accomplir par là en acte la mitsva de la sanctification du Nom. Cela ne leur convenait pas, car ils voulaient qu'il reste en vie et soit sauvé, afin qu'ils boivent des eaux de sa Torah. C'est pourquoi, alors qu'il dirigeait son intention de don de soi dans le cœur, ses disciples lui dirent : notre maître, jusque-là ! — c'est-à-dire : il te suffit de la remise en puissance, jusque-là tu iras ; pourquoi aspires-tu au don de soi en acte, et pourquoi ne pries-tu pas d'être sauvé de ce décret, alors que nous avons besoin de tes eaux ? Et si le monde à besoin de la réparation d'une remise en acte, que ce soit par d'autres. Il répondit : tous mes jours j'ai eu peine que cette réparation de la remise en acte s'accomplisse par moi. Quant à ce qui est dit « il prolongeait le mot Ehad », cela ne se rattache pas aux paroles de ses disciples ni à sa réponse, mais se rattache à ce qui est dit « et il acceptait sur lui le joug de la royauté des cieux », le Talmud ayant inséré au milieu les paroles de ses disciples et sa réponse ; ces paroles des disciples eurent lieu un jour antérieur au jour où il quitta le monde, comme il a été dit plus haut. Cela est nécessaire d'après le midrach de nos maîtres dans Michle, où il est explicite qu'au moment où son âme sortit, aucun de ses disciples n'était auprès de lui et nul ne le sut, jusqu'à ce que vint Eliyahou, dont le souvenir est en bien, qui dévoila son décès.
יָצְתָה בַּת קוֹל וְאָמְרָה: אַשְׁרֶיךָ רַבִּי עֲקִיבָה שֶׁיָּצְאָה נִשְׁמָתְךָ בְּאֶחָד, וְאַתָּה מְזֻמָּן לְחַיֵּי עוֹלָם הַבָּא. כָּךְ גִּרְסַת עֵין יַעֲקֹב דְּגָרֵיס בִּיצִיאָה הַב' גַּם כֵּן יָצְתָה נִשְׁמָתְךָ בְּאֶחָד, וְקָשֶׁה לָמָּה אָמְרָה זֹאת דִּכְבָר אָמְרָה בְּפַעַם רִאשׁוֹנָה תֵּיכֶף? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כָּפְלָה הַדְּבָרִים דֶּרֶךְ חִיבָּה, וְעוֹד לְהוֹרוֹת עַל תִּיקּוּן שָׁלֵם בְּחִיצוֹנִיּוּת וּפְנִימִיּוֹת.
« Une voix céleste sortit et dit : heureux es-tu, Rabbi Akiva, que ton âme soit sortie sur Ehad, et que tu sois convié à la vie du monde à venir. » Telle est la version du Ein Yaakov, qui lit aussi, dans la seconde sortie de la voix, « ton âme est sortie sur Ehad ». Et il est difficile de comprendre pourquoi elle l'a dit, puisqu'elle l'avait déjà dit la première fois, aussitôt. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'elle a redoublé ses paroles par affection, et aussi pour indiquer une réparation complète dans l'extérieur et dans l'intérieur.
💡 Explication

La rencontre de deux temps : l'heure de l'exécution est aussi l'heure du Chema. L'acceptation du joug de la royauté des cieux, que Rachi identifie à la lecture du Chema, devient l'acte même du martyre.

La réponse aux disciples referme la sougya sur le segment 4 : le verset « de toute ton âme » lu par Rabbi Akiva comme « même s'Il prend ton âme » l'avait laissé dans une peine constante, celle d'une mitsva qu'aucune occasion ne permettait d'accomplir. L'occasion venue, il l'accomplit. La durée tenue sur le mot Ehad mesure exactement cet accomplissement.

🖼️ Schéma
Du verset à son accomplissement : la réponse de Rabbi Akiva à ses disciples Le verset De toute ton âme, lu : même s'Il prend ton âme. La peine de toute une vie Quand cela me viendra-t-il en main, que je l'accomplisse ? L'occasion venue Il m'est venu en main : je ne l'accomplirais pas ? Le mot tenu Il prolonge Ehad jusqu'à ce que l'âme en sorte ; la voix céleste reprend le mot pour le déclarer heureux.
L'objection des disciples porte sur le moment ; la réponse porte sur la mitsva qui attendait ce moment.
10
אָמְרוּ מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: זוֹ תּוֹרָה וְזוֹ שְׂכָרָהּ? ״מִמְתִים יָדְךָ ה׳ מִמְתִים וְגוֹ׳״! אָמַר לָהֶם: ״חֶלְקָם בַּחַיִּים״. יָצְתָה בַּת קוֹל וְאָמְרָה: ״אַשְׁרֶיךָ רַבִּי עֲקִיבָא שֶׁאַתָּה מְזֻומָּן לְחַיֵּי הָעוֹלָם הַבָּא״.

Les anges du service dirent devant le Saint béni soit-Il : voilà la Torah et voilà son salaire ?! « De ceux qui meurent par Ta main, Hachem, de ceux qui meurent... » Il leur dit : « leur part est dans la vie ».

Une voix céleste sortit et dit : heureux es-tu, Rabbi Akiva, d'être convié à la vie du monde à venir.

📜 Rachi (1)
מִמְּתִים יָדְךָ יְיָ' מִמֵּתִים מִיָּדְךָ הָיָה לוֹ לָמוּת וְלָא מִידֵי בָּשָׂר וָדָם:
C'est de Ta main qu'il aurait dû mourir, et non de la main d'un être de chair et de sang.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמְרוּ מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא זוֹ תּוֹרָה וְזוֹ שְׂכָרָהּ (תְּהִלִּים יז, יד) מִמְתִים יָדְךָ ה' מִמְתִים מֵחֶלֶד. פֵּירוּשׁ תַּלְמִידֵי חֲכָמִים בַּעֲלֵי תּוֹרָה שֶׁנִּתְּנָה בְּיַד יָמִין, רָאוּי שֶׁיִּהְיוּ מוּמָתִים בְּיָדְךָ, כְּלוֹמַר עַל מִטָּתְךָ בִּנְשִׁיקָה שֶׁהִיא מִיתָה בִידֵי שָׁמָיִם, וְאֵיךְ יִהְיוּ מוּמָתִים מֻחְלָד, רְצוֹנוֹ לוֹמַר עַל יְדֵי בְּנֵי אָדָם יוֹשְׁבֵי חֶלֶד, וְהוּא דְּהִזְכִּירוּ עַתָּה אֶת בְּנֵי אָדָם בְּשֵׁם יוֹשְׁבֵי חֶלֶד, בָּאוּ לִרְמֹוז בְּדִבְרֵיהֶם גֹּודֶל צִדְקָתוֹ שֶׁל רַבִּי עֲקִיבָה, שֶׁהָיָה יָכוֹל לְהַצִּיל עַצְמוֹ בְּשֵׁם כה"ת לְכַוֵּין בּוֹ עַל הָאוֹיֵב לְהָמִית וּבוֹ, וְעִם כָּל זֶה סְבַר וְקַבֵּיל וְלֹא עָשָׂה הַצָּלָה לְנַפְשׁוֹ! וְהָעִנְיָן הוּא כִּי שֵׁם כה"ת רָמוּז בְּרָאשֵׁי תֵּיבוֹת, (תְּהִלִּים קנ, ו) כ ל ה נְשָׁמָה ת הַלֵּל יָהּ, וּפָסוּק זֶה בְּפִרְקֵי שִׁירָה אוֹמֶרֶת אוֹתוֹ הַחֻלְדָּה, אֲשֶׁר אֵינָהּ מְצוּיָה אֶלָּא רַק בַּיַּבָּשָׁה וְלֹא יֵשׁ כְּנֶגְדָּהּ בִּדְגֵי הַיָּם, כִּי עַל כֵּן יוֹשְׁבֵי תֵּבֵל הַזֶּה נִקְרָאִים יוֹשְׁבֵי חֶלֶד, וכמ"ש חֲכָמֵינוּ זַ"ל וְהֵשִׁיב לָהֶם הקב"ה חֶלְקָם בַּחַיִּים, רְצוֹנוֹ לוֹמַר לֹא הִפְסִידוּ בְּמִיתָה זוֹ אֶלָּא הִרְוִיחוּ, כִּי עי"כ כָּל הַחַיִּים הַבָּאִים בְּכָל הַדּוֹרוֹת אח"ז יִהְיֶה לָהֶם עֵזֶר בְּבֵירוּר שֶׁלָּהֶם מֵחֲמַת דָּבָר זֶה הַנַּעֲשֶׂה בַּעֲשָׂרָה הֲרוּגֵי מְלוּכָה, וְכַמְפֹורָשׁ בַּס' הַכַּווָּנוֹת לְרַבּוֹתֵינוּ זַ"ל, וְאִם כֵּן יֵשׁ לָהֶם חֵלֶק שָׂכָר בְּמַעֲשֵׂה הַחַיִּים כֻּולָּם עַד בִּיאַת הַמָּשִׁיחַ.
« Les anges du service dirent devant le Saint béni soit-Il : voilà la Torah et voilà son salaire ? (Tehilim 17, 14) De ceux qui meurent par Ta main, Hachem, de ceux qui meurent du heled. » Explication : les talmide hakhamim, maîtres de la Torah qui fut donnée par la main droite, il conviendrait qu'ils soient mis à mort par Ta main — c'est-à-dire sur leur lit, par un baiser, mort par la main du Ciel — et comment seraient-ils mis à mort me-heled, c'est-à-dire par des hommes, habitants du heled ? En désignant ici les hommes comme « habitants du heled », ils sont venus faire allusion, dans leurs paroles, à la grandeur de la justice de Rabbi Akiva, qui pouvait se sauver lui-même par le Nom de quarante-deux lettres, en dirigeant son intention par ce Nom contre l'ennemi pour le faire mourir — et malgré cela il a accepté et supporté, et n'a pas opéré de salut pour lui-même. La chose est que le Nom de quarante-deux lettres est indiqué par les initiales de (Tehilim 150, 6) « kol ha-nechama tehalel Ya », et ce verset, dans le Perek Chira, est dit par la belette (houlda), qui ne se trouve que sur la terre ferme et n'a pas d'équivalent parmi les poissons de la mer ; c'est pourquoi les habitants de ce monde sont appelés « habitants du heled ». Et comme l'ont dit nos maîtres, le Saint béni soit-Il leur répondit : « leur part est dans la vie » — c'est-à-dire qu'ils n'ont pas perdu par cette mort, mais gagné ; car par elle tous les vivants qui viendront dans toutes les générations suivantes auront une aide dans leur clarification, en raison de ce qui s'est fait par les dix martyrs du royaume, comme il est explicite dans le Sefer ha-Kavanot de nos maîtres. Ils ont donc une part de salaire dans l'œuvre de tous les vivants, jusqu'à la venue du Machiah.
💡 Explication

La protestation des anges porte sur le mode de la mort, comme le précise Rachi : un tel homme devait mourir par la main du Ciel, non par celle des hommes. Le verset des Tehilim est lu comme une plainte.

La réponse cite la suite du même verset : « leur part est dans la vie ». La question est déplacée du mode de la mort vers la part qui revient au mort, et la seconde voix céleste vient le confirmer.

11
לֹא יָקֵל אָדָם אֶת רֹאשׁוֹ כְּנֶגֶד שַׁעַר הַמִּזְרָח שֶׁהוּא מְכֻוָּון כְּנֶגֶד בֵּית קָדְשֵׁי הַקֳּדָשִׁים וְכוּ׳. אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: לֹא אָמְרוּ אֶלָּא מִן הַצּוֹפִים וְלִפְנִים, וּבְרוֹאֶה. אִיתְּמַר נָמֵי: אָמַר רַבִּי אַבָּא בְּרֵיהּ דְּרַבִּי חַייָּא בַּר אַבָּא, הָכִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: לֹא אָמְרוּ אֶלָּא מִן הַצּוֹפִים וְלִפְנִים, וּבְרוֹאֶה וּבְשֶׁאֵין גָּדֵר, וּבִזְמַן שֶׁהַשְּׁכִינָה שׁוֹרָה.

« Que nul ne se comporte avec légèreté face à la porte orientale, car elle est alignée face au Saint des saints », etc. Rav Yehouda dit au nom de Rav : ils n'ont dit cela que depuis Tsofim et en deçà, et pour celui qui voit.

Il a été dit de même : Rabbi Abba fils de Rabbi Hiya bar Abba dit : ainsi a dit Rabbi Yo'hanan : ils n'ont dit cela que depuis Tsofim et en deçà, pour celui qui voit, lorsqu'il n'y a pas de clôture, et au temps où la Chekhina réside.

📜 Rachi (4)
מִן הַצּוֹפִים מָקוֹם שֶׁיְּכוֹלִין לִרְאוֹת מִשָּׁם הַר הַבַּיִת וּמִשָּׁם וָהָלְאָה אֵין יְכוֹלִין לִרְאוֹתוֹ:
Tsofim : un lieu d'où l'on peut voir le mont du Temple ; au-delà, on ne peut plus le voir.
וּבְרוֹאֶה שֶׁיָּכוֹל לִרְאוֹת מִשָּׁם פְּרָט אִם מָקוֹם נָמוּךְ הוּא:
Et pour celui qui voit : qui peut voir depuis cet endroit, à l'exclusion d'un lieu bas.
וּבְשֶׁאֵין גָּדֵר מַפְסִיק בֵּינוֹ לְהַר הַבַּיִת:
Et lorsqu'il n'y a pas de clôture qui fasse écran entre lui et le mont du Temple.
וּבִזְמַן שֶׁהַשְּׁכִינָה שׁוֹרָה שֶׁבֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַיָּים:
Et au temps où la Chekhina réside : lorsque le Temple est debout.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' לֹא יָקֵל אָדָם אֶת רֹאשׁוֹ כְּנֶגֶד שַׁעַר הַמִּזְרָח מִפְּנֵי שֶׁהוּא מְכֻווָּן כְּנֶגֶד בֵּית קָדְשֵׁי הַקֳּדָשִׁים וְלֹא יִכָּנֵס בְּהַר הַבַּיִת בְּמַקְלוֹ וּבְמִנְעָלוֹ וּבַאֲפֻונְדָּתוֹ וּבְאָבָק שֶׁעַל רַגְלָיו וְלֹא יַעֲשֶׂנּוּ קַפַּנְדַּרְיָא וּרְקִיקָה מק"ו: אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב לֹא אָמְרוּ אֶלָּא מְצֻופִּים וְלִפְנִים וּבְרוֹאֶה א"ר יוֹחָנָן וּבְמָקוֹם שֶׁאֵין גָּדֵר וּבִזְמַן שֶׁהַשְּׁכִינָה שׁוֹרָה:
Michna : que nul ne se comporte avec légèreté face à la porte orientale, parce qu'elle est alignée face au Saint des saints ; qu'on n'entre pas dans le mont du Temple avec son bâton, sa chaussure, sa bourse (afounda) et la poussière qui est sur ses pieds ; qu'on n'en fasse pas un raccourci (kapandaria) ; et le crachat, à plus forte raison (kal va-homer). Rav Yehouda dit au nom de Rav : ils n'ont dit cela que depuis Tsofim et en deçà, et pour celui qui voit. Rabbi Yo'hanan a dit : et en un lieu où il n'y a pas de clôture, et au temps où la Chekhina réside.
💡 Explication

Retour à la michna. Rav et Rabbi Yo'hanan en réduisent la portée par des conditions cumulées : la distance (Tsofim, le point d'où le mont du Temple est encore visible), la visibilité effective, l'absence d'écran, et la présence de la Chekhina, c'est-à-dire le temps où le Temple est debout.

Chaque condition est une raison distincte : sans vue, sans champ libre ou sans Temple, l'interdit de légèreté ne s'applique plus.

🖼️ Schéma
Les quatre conditions de l'interdit de légèreté 1. Distance Depuis Tsofim et en deçà ; au-delà on ne voit plus le Temple. 2. Vue effective Il doit voir de là où il est ; un lieu bas est exclu. 3. Sans clôture Aucun écran entre lui et le mont du Temple. 4. Chekhina Au temps où le Temple est debout. Conditions cumulées : il suffit que l'une manque pour que l'interdit de la michna ne s'applique pas.
Rav pose les deux premières conditions, Rabbi Yo'hanan ajoute les deux suivantes.
12
תָּנוּ רַבָּנַן: הַנִּפְנֶה בִּיהוּדָה, לֹא יִפָּנֶה מִזְרָח וּמַעֲרָב, אֶלָּא צָפוֹן וְדָרוֹם. וּבַגָּלִיל לֹא יִפָּנֶה אֶלָּא מִזְרָח וּמַעֲרָב. וְרַבִּי יוֹסֵי מַתִּיר. שֶׁהָיָה רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: לֹא אָסְרוּ אֶלָּא בְּרוֹאֶה, וּבְמָקוֹם שֶׁאֵין שָׁם גָּדֵר, וּבִזְמַן שֶׁהַשְּׁכִינָה שׁוֹרָה. וַחֲכָמִים אוֹסְרִים.

Nos maîtres ont enseigné : celui qui se soulage en Judée ne se soulagera pas est-ouest, mais nord-sud ; et en Galilée, il ne se soulagera qu'est-ouest. Et Rabbi Yosse permet, car Rabbi Yosse disait : ils n'ont interdit que pour celui qui voit, en un lieu où il n'y a pas de clôture, et au temps où la Chekhina réside.

Et les Sages interdisent.

📜 Rachi (3)
הַנִּפְנֶה בִּיהוּדָה לֹא יִפָּנֶה מִזְרָח וּמַעֲרָב אֲחוֹרָיו לַמִּזְרָח וּפָנָיו לַמַּעֲרָב וְלֹא אֲחוֹרָיו לַמַּעֲרָב וּפָנָיו לַמִּזְרָח מִפְּנֵי שֶׁיְּרוּשָׁלַיִם בְּאֶרֶץ יְהוּדָה הִיא בִּצְפוֹנָהּ שֶׁל אֶרֶץ יְהוּדָה בִּגְבוּל שֶׁבֵּין יְהוּדָה לְבִנְיָמִין וְיֵשׁ מֵאֶרֶץ יְהוּדָה הֵימֶנָּה [לַמִּזְרָח] עַד סוֹף אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל וְהֵימֶנָּה לַמַּעֲרָב עַד סוֹף אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל שֶׁאֶרֶץ יְהוּדָה עַל פְּנֵי כָּל אֹורֶךְ אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל הִיא מִן הַמִּזְרָח לַמַּעֲרָב כִּרְצוּעָה אֲרֻוכָּה וּקְצָרָה וְאִם יִפְנֶה מִזְרָח וּמַעֲרָב יִהְיֶה פְּרוּעוֹ לְצַד יְרוּשָׁלַיִם אוֹ פְּרוּעוֹ שֶׁלְּפָנָיו אוֹ פְּרוּעוֹ שֶׁלְּאַחֲרָיו אֲבָל צָפוֹן וְדָרוֹם יִפָּנֶה וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִפְנֶה כְּנֶגֶד יְרוּשָׁלַיִם מַמָּשׁ בִּדְרוֹמָהּ שֶׁל אֶרֶץ יְהוּדָה:
« Celui qui se soulage en Judée ne se soulagera pas est-ouest » : ni le dos à l'est et le visage à l'ouest, ni le dos à l'ouest et le visage à l'est, parce que Jérusalem se trouve en terre de Judée, au nord de la terre de Judée, à la frontière entre Yehouda et Binyamin. Il y a de la terre de Judée depuis elle vers l'est jusqu'au bout d'Erets Israël, et depuis elle vers l'ouest jusqu'au bout d'Erets Israël, car la terre de Judée s'étend sur toute la longueur d'Erets Israël, de l'est à l'ouest, comme une bande longue et étroite. S'il se soulage est-ouest, sa nudité sera tournée vers le côté de Jérusalem, soit celle de devant soit celle de derrière. Mais nord-sud il pourra se soulager, à condition de ne pas se soulager exactement face à Jérusalem, dans le sud de la terre de Judée.
וּבַגָּלִיל שֶׁהִיא בִּצְפוֹנָהּ שֶׁל א"י לֹא יַחֲזִיר פָּנָיו צָפוֹן וְדָרוֹם אֶלָּא מִזְרָח וּמַעֲרָב:
« Et en Galilée », qui est au nord d'Erets Israël : il ne tournera pas son visage nord-sud, mais est-ouest.
ה"ג וַחֲכָמִים אוֹסְרִין וְלָא גָּרְסִינַן בְּכָל מָקוֹם:
Telle est la version : « et les Sages interdisent » ; nous ne lisons pas ici « en tout lieu ».
⚖️ Rosh (1)
ת"ר הַנִּפְנֶה בְּכָל מָקוֹם בִּיהוּדָה לֹא יִפָּנֶה מִזְרָח וּמַעֲרָב אֶלָּא צָפוֹן וְדָרוֹם וּבַגָּלִיל צָפוֹן וְדָרוֹם אָסוּר וְרַבִּי יוֹסֵי מַתִּיר שֶׁהָיָה רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר לֹא אָסְרוּ אֶלָּא בְּרוֹאֶה ר' יְהוּדָה אוֹמֵר בִּזְמַן שֶׁבֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַיָּים אָסוּר בִּזְמַן שֶׁאֵין בהמ"ק קַיָּים מֻותָּר ר' עֲקִיבָא אוֹסֵר בְּכָל מָקוֹם ר' עֲקִיבָא הַיְינוּ ת"ק אִיכָּא בֵּינַייְהוּ חוּצָה לָאָרֶץ ת"ק סָבַר חוּ"ל מֻותָּר ור"ע סָבַר חוּ"ל אָסוּר וּמְפָרֵשׁ בַּיְּרוּשַׁלְמִי וּבִלְבַד שֶׁאֵין שָׁם כֹּותֶל הִלְכָּךְ בָּתֵּי כִּסְאוֹת שֶׁלָּנוּ שֶׁיֵּשׁ לָהֶן מְחִיצּוֹת אֵין לְהַקְפִּיד רָבָא הֲוָה רָמֵי לֵיהּ לִבְנֵי מִזְרָח וּמַעֲרָב כִּי הֵיכִי דְּלִפְנֵי צָפוֹן וְדָרוֹם עַל אַבַּיֵּי אַפְכִינְהוּ עַל רָבָא תָּרְצִינְהוּ אֲמַר מַאן הַאי דְּקָמְצַעַר לִי הֲלָכָה כְּר"ע תַּנְיָא אָמַר ר"ע פַּעַם אַחַת נִכְנַסְתִּי אַחַר ר' יְהוֹשֻׁעַ לְבֵית הַכִּסֵּא וְלָמַדְתִּי מִמֶּנּוּ שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים לָמַדְתִּי שֶׁלֹּא יִפְרַע אָדָם עַד שֶׁיָּשַׁב וְלָמַדְתִּי שֶׁלֹּא יִפָּנֶה מִזְרָח וּמַעֲרָב אֶלָּא צָפוֹן וְדָרוֹם וְלָמַדְתִּי שֶׁאֵין מְקַנְּחִין בְּיָמִין אֶלָּא בִּשְׂמֹאל אָמַר לוֹ בֶּן עַזַּאי עַד כָּאן הֵעַזְתָּ פָּנֶיךָ לִפְנֵי רַבְּךָ אָמַר תּוֹרָה הִיא וְלִלְמֹוד אֲנִי צָרִיךְ. אֵיזֶהוּ צָנוּעַ הַנִּפְנֶה בַּלַּיְלָה כְּדֶרֶךְ שֶׁנִּפְנֶה בַּיּוֹם אָמַר עֻולָּא וַאֲחוֹרֵי הַגָּדֵר נִפְנֶה מִיָּד וּבַבִּקְעָה כָּל זְמַן שֶׁמִּתְעַטֵּשׁ וְאֵין קוֹלוֹ נִשְׁמָע רַב אַשִּׁי אָמַר כָּל זְמַן שֶׁאֵין חֲבֵירוֹ רוֹאֶה אֶת פֵּרוּעוֹ אֲבָל לְדִידֵיהּ חָזֵי לֵיהּ: תַּנְיָא רַשְׁבָּ"ג אוֹמֵר עַמּוּד הַחוֹזֵר מֵבִיא אֶת הָאָדָם לִידֵי הִדְרוֹקָן סִילוֹן הַחוֹזֵר מֵבִיא אֶת הָאָדָם לִידֵי יֵרָקוֹן:
Nos maîtres ont enseigné : celui qui se soulage en tout lieu en Judée ne se soulagera pas est-ouest, mais nord-sud ; et en Galilée, nord-sud est interdit. Et Rabbi Yosse permet, car Rabbi Yosse disait : ils n'ont interdit que pour celui qui voit. Rabbi Yehouda dit : au temps où le Temple est debout, c'est interdit ; au temps où le Temple n'est pas debout, c'est permis. Rabbi Akiva interdit en tout lieu. Rabbi Akiva, c'est donc le premier tana ! La différence entre eux porte sur l'extérieur d'Erets Israël : le premier tana tient que hors d'Erets Israël c'est permis, et Rabbi Akiva tient que hors d'Erets Israël c'est interdit. Il est expliqué dans le Yerouchalmi : à condition qu'il n'y ait pas là de mur ; c'est pourquoi nos cabinets d'aisance, qui ont des cloisons, ne demandent pas qu'on y prenne garde. Rava avait des briques disposées est-ouest afin de se soulager nord-sud ; Abaye entra et les inversa ; Rava entra et les remit en place, disant : qui est celui qui me cause de la peine ? La halakha est comme Rabbi Akiva. Il a été enseigné : Rabbi Akiva a dit : une fois je suis entré derrière Rabbi Yehochoua aux cabinets et j'ai appris de lui trois choses. J'ai appris qu'on ne se découvre qu'après s'être assis ; j'ai appris qu'on ne se soulage pas est-ouest mais nord-sud ; et j'ai appris qu'on ne s'essuie pas de la main droite mais de la gauche. Ben Azzai lui dit : jusque-là tu as été effronté devant ton maître ! Il dit : c'est de la Torah, et j'ai besoin d'apprendre. Quel est l'homme de pudeur ? Celui qui se soulage la nuit comme il se soulage le jour. Oula dit : et derrière une clôture, on se soulage aussitôt ; et dans la plaine, tant qu'on peut éternuer sans que le bruit soit entendu. Rav Achi dit : tant que son compagnon ne voit pas sa nudité, même si lui-même la voit. Il a été enseigné : Rabban Chimon ben Gamliel dit : la matière retenue amène l'homme à l'hydropisie, l'urine retenue amène l'homme à la jaunisse.
💡 Explication

La règle paraît inversée tant qu'on ignore la géographie que suppose Rachi. La Judée forme une bande longue et étroite orientée d'est en ouest, avec Jérusalem à sa limite nord : la plupart des points de Judée se trouvent donc à l'est ou à l'ouest de Jérusalem, et c'est cet axe qu'il faut éviter. La Galilée, au contraire, est au nord de Jérusalem, et c'est l'axe nord-sud qui devient interdit.

Rabbi Yosse reprend exactement les conditions posées par Rabbi Yo'hanan au segment précédent, ce qui restreint fortement l'interdit. Les Sages maintiennent l'interdiction ; le segment suivant va chercher ce qui les sépare du premier tana.

13
חֲכָמִים הַייְנוּ תַּנָּא קַמָּא! אִיכָּא בֵינַייְהוּ צְדָדִין.

« Les Sages », c'est le premier tana ! La différence entre eux porte sur les côtés.

📜 Rachi (2)
חֲכָמִים הַיְינוּ תּ"ק דְּאָמַר לֹא יִפְנֶה וְלָא מְפַלֵּיג בֵּין רוֹאֶה לְלֹא רוֹאֶה בֵּין בִּזְמַן הַבַּיִת בֵּין בַּזְּמַן הַזֶּה:
« Les Sages, c'est le premier tana » : car il dit « il ne se soulagera pas », sans distinguer entre celui qui voit et celui qui ne voit pas, ni entre le temps du Temple et le temps présent.
אִיכָּא בֵינַייְהוּ צְדָדִים דִּיהוּדָה וְגָלִיל שֶׁאֵינָן כְּנֶגֶד יְרוּשָׁלַיִם מַמָּשׁ לְתַנָּא קַמָּא צְדָדִין נָמֵי אֲסִירֵי דְּהָא הַנִּפְנֶה בִּיהוּדָה קָאָמַר כָּל יְהוּדָה מַשְׁמַע וְרַבָּנָן בָּתְרָאֵי סָבְרִי כְּנֶגֶד יְרוּשָׁלַיִם מַמָּשׁ אָסוּר אֲבָל לִצְדָדִין מֻותָּר דְּהָא אֶדֶר' יוֹסֵי קָייְמִי דְּאָמַר לֹא אָסְרוּ אֶלָּא בְּרוֹאֶה אֲבָל בְּרִחוּק לֹא וַאֲפִילּוּ כְּנֶגֶד יְרוּשָׁלַיִם מַמָּשׁ וְאָתוּ רַבָּנָן לְמֵימַר וַחֲכָמִים אוֹסְרִים אֲפִילּוּ שֶׁלֹּא בְּרוֹאֶה וַאֲפִילּוּ בַּזְּמַן הַזֶּה וּמִיהוּ נֶגֶד יְרוּשָׁלַיִם לֹא:
« La différence entre eux porte sur les côtés » : ceux de Judée et de Galilée qui ne sont pas exactement face à Jérusalem. Pour le premier tana, les côtés aussi sont interdits, puisqu'il dit « celui qui se soulage en Judée », ce qui indique toute la Judée. Les derniers Sages tiennent que face à Jérusalem même c'est interdit, mais que sur les côtés c'est permis ; car ils répondent à Rabbi Yosse, qui a dit qu'ils n'ont interdit que pour celui qui voit, mais non de loin, et même exactement face à Jérusalem. Les Sages viennent dire « et les Sages interdisent » : même pour celui qui ne voit pas et même au temps présent, mais seulement face à Jérusalem.
💡 Explication

Deux avis qui interdisent ne sont pas nécessairement identiques : la guemara cherche la nafka mina, la conséquence pratique qui les sépare. Elle la trouve dans les tsedadin, les côtés : les lieux de Judée ou de Galilée qui ne sont pas exactement dans l'axe de Jérusalem.

Le premier tana, selon Rachi, interdit toute la Judée sans distinction, côtés compris. Les derniers Sages, qui répondent à Rabbi Yosse, interdisent même sans vue et même aujourd'hui, mais uniquement dans l'axe exact de Jérusalem.

🖼️ Schéma
La nafka mina : les côtés (tsedadin) Premier tana Il dit : celui qui se soulage en Judée. Toute la Judée est visée, sans distinction. axe de Jérusalem côté côté Interdit dans l'axe et sur les côtés. Sans distinction de vue ni d'époque. Les Sages (derniers) Ils répondent à Rabbi Yosse. Interdit même sans vue, même aujourd'hui. interdit permis permis Interdit seulement dans l'axe exact. Les côtés restent permis.
Les deux avis interdisent, mais ne couvrent pas la même étendue ; la différence se lit sur les côtés.
14
תַּנְיָא אִידָךְ: הַנִּפְנֶה בִּיהוּדָה — לֹא יִפָּנֶה מִזְרָח וּמַעֲרָב אֶלָּא צָפוֹן וְדָרוֹם. וּבַגָּלִיל, צָפוֹן וְדָרוֹם — אָסוּר, מִזְרָח וּמַעֲרָב — מֻותָּר. וְרַבִּי יוֹסֵי מַתִּיר. שֶׁהָיָה רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: לֹא אָסְרוּ אֶלָּא בְּרוֹאֶה. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: בִּזְמַן שֶׁבֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַיָּים — אָסוּר, בִּזְמַן שֶׁאֵין בֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַיָּים — מֻותָּר. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹסֵר בְּכָל מָקוֹם.

Il a été enseigné dans une autre baraita : celui qui se soulage en Judée ne se soulagera pas est-ouest, mais nord-sud ; et en Galilée, nord-sud est interdit, est-ouest est permis. Et Rabbi Yosse permet, car Rabbi Yosse disait : ils n'ont interdit que pour celui qui voit.

Rabbi Yehouda dit : au temps où le Temple est debout, c'est interdit ; au temps où le Temple n'est pas debout, c'est permis. Rabbi Akiva interdit en tout lieu.

📜 Rachi (1)
בָּדֶר' עֲקִיבָא גָּרְסִינַן בְּכָל מָקוֹם הִלְכָּךְ בְּחוּצָה לָאָרֶץ נָמֵי קָאָמַר:
Chez Rabbi Akiva, nous lisons « en tout lieu » ; il vise donc aussi l'extérieur d'Erets Israël.
🗂️ Tossefot (1)
רַבִּי עֲקִיבָא אוֹסֵר בְּכָל מָקוֹם מִזְרָח אֲחוֹרָיו וּפָנָיו לַמַּעֲרָב וּמַסְּקִינַן אֲפִילּוּ בְּחוּץ לָאָרֶץ וּמְפָרֵשׁ בַּיְּרוּשַׁלְמִי וּבִלְבַד שֶׁאֵין שָׁם כֹּותֶל:
Le dos à l'est et le visage à l'ouest. Nous concluons : même hors d'Erets Israël. Et il est expliqué dans le Yerouchalmi : à condition qu'il n'y ait pas là de mur.
💡 Explication

Cette seconde baraita reprend la même matière avec deux ajouts. Elle formule la règle de Galilée de façon symétrique, et surtout elle ajoute deux avis : celui de Rabbi Yehouda, qui fait dépendre l'interdit de l'existence du Temple, et celui de Rabbi Akiva, qui interdit « en tout lieu ».

Rachi note que la formule « en tout lieu » se lit ici, chez Rabbi Akiva, alors qu'il l'a écartée de la version des Sages dans la première baraita. Cette leçon prépare la question du segment suivant.

🖼️ Schéma
Les quatre positions de la seconde baraita Position Ce qui déclenche l'interdit Portée Tana kama Le lieu, sans condition Erets Israël Rabbi Yosse Seulement si l'on voit le Temple Très restreint Rabbi Yehouda Seulement du vivant du Temple Nul aujourd'hui Rabbi Akiva En tout lieu, sans condition Y compris hors d'Erets Israël
Du plus restrictif au plus large : la portée de l'interdit varie selon ce qui le déclenche.
15
רַבִּי עֲקִיבָא הַייְנוּ תַּנָּא קַמָּא! אִיכָּא בֵּינַיְיהוּ חוּץ לָאָרֶץ.

Rabbi Akiva, c'est le premier tana ! La différence entre eux porte sur l'extérieur d'Erets Israël.

💡 Explication

Même mouvement qu'au segment 12 : deux avis qui interdisent doivent se distinguer par quelque chose. Ici la nafka mina est territoriale. Le premier tana parle de Judée et de Galilée, donc d'Erets Israël ; Rabbi Akiva dit « en tout lieu », ce qui inclut la diaspora.

16
רַבָּה הָווּ שָׁדְיִין לֵיהּ לִבְנֵי מִזְרָח וּמַעֲרָב. אֲזַל אַבָּיֵי שְׁדַנְהוּ צְפוֹן וְדָרוֹם, עַל רַבָּה תַּרְצִנְהוּ. אָמַר: מַאן הַאי דְּקָמְצַעַר לִי? אֲנָא כְּרַבִּי עֲקִיבָא סְבִירָא לִי דְּאָמַר: בְּכָל מָקוֹם אָסוּר.

Chez Rabba, on disposait les briques est-ouest. Abaye alla les disposer nord-sud ; Rabba entra et les remit en place.

Il dit : qui est celui qui me cause de la peine ? Je tiens comme Rabbi Akiva, qui a dit : en tout lieu c'est interdit.

📜 Rachi (2)
הָווּ שַׁדְיִין לֵיהּ לִבְנֵי לְבָנִים שֶׁיָּשַׁב עֲלֵיהֶן לִפָּנוֹת הָיוּ מְתֻוקָּנִים וּזְקוּפוֹת עַל צִדֵּיהֶן רֹאשָׁן א' לַמִּזְרָח וְהַשֵּׁנִי לַמַּעֲרָב לְבָנָה אַחַת לַצָּפוֹן וּלְבֵנָה אַחַת לַדָּרוֹם וְהוּא יוֹשֵׁב עַל הָאַחַת וְנִפְנֶה בֵּינְתַיִם נִמְצָא הוּא נִפְנֶה צָפוֹן וְדָרוֹם וְלֹא הָיָה רוֹצֶה לְפַנּוֹת בְּבָבֶל מִזְרָח וּמַעֲרָב לְפִי שֶׁבָּבֶל בְּמִזְרָחָהּ שֶׁל אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל עוֹמֶדֶת שֶׁלֹּא יְהֵא פְּרוּעוֹ לֹא מִלְּפָנָיו וְלֹא מִלְּאַחֲרָיו לְצַד אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל:
« On disposait pour lui les briques » : les briques sur lesquelles il s'asseyait pour se soulager étaient préparées et dressées sur leur tranche, une extrémité vers l'est et l'autre vers l'ouest, une brique au nord et une brique au sud ; il s'asseyait sur l'une et se soulageait entre elles, de sorte qu'il se soulageait nord-sud. Il ne voulait pas se soulager en Babylonie est-ouest, parce que la Babylonie se trouve à l'est d'Erets Israël, afin que sa nudité ne soit tournée ni par-devant ni par-derrière du côté d'Erets Israël.
אֲזַל אַבָּיֵי שְׁדַנְהוּ צְפוֹן וְדָרוֹם לִרְאוֹת אִם יַקְפִּיד רַבּוֹ עַל כָּךְ אִי סְבִירָא לֵיהּ כר"ע דְּאָמַר בְּחוּ"ל נָמֵי קָפְדִינַן עֲלָהּ דְּמִילְּתָא:
« Abaye alla les disposer nord-sud » : pour voir si son maître y tiendrait, s'il tenait comme Rabbi Akiva, qui dit que hors d'Erets Israël aussi on y prend garde.
💡 Explication

Le folio se clôt par une conduite, qui vaut décision. Rabba se trouve en Babylonie, hors d'Erets Israël, et pourtant il oriente ses briques de façon à se soulager nord-sud, puisque la Babylonie est à l'est d'Erets Israël.

Abaye met la chose à l'épreuve en inversant les briques : si son maître les remet en place, c'est qu'il y tient par principe et suit Rabbi Akiva. Le Roch en tire la halakha, en ajoutant la remarque du Yerouchalmi : la présence d'un mur suffit à lever la question, ce qui vise nos cabinets d'aisance pourvus de cloisons.

🖼️ Schéma
L'épreuve des briques chez Rabba Disposition de Rabba il s'assoit Briques à l'est et à l'ouest, donc il se soulage nord-sud. Abaye inverse nord et sud Il veut savoir si le maître y tient. Rabba remet Qui me cause de la peine ? Je tiens comme Rabbi Akiva. Le Roch conclut : la halakha est comme Rabbi Akiva ; et selon le Yerouchalmi, un mur suffit à lever la question.
Une conduite mise à l'épreuve, qui révèle la position tenue et fournit la halakha.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).