Sougya : Le folio est tout entier consacré à la conduite à la maison d'aisance, traitée comme une matière d'étude à part entière. Il s'ouvre sur trois récits parallèles : Rabbi Akiva entre derrière Rabbi Yehochoua, Ben Azai derrière Rabbi Akiva, Rav Kahana se glisse sous le lit de Rav — chaque fois un reproche, chaque fois la même réponse : c'est de la Torah, et j'ai besoin d'apprendre.
La Guemara demande ensuite pourquoi on s'essuie de la main gauche et rassemble quatre raisons amoraiques, qu'elle rattache à une divergence de tannaim. Vient alors le thème de la pudeur (tseniout) comme protection contre les serpents, les scorpions et les démons, avec les usages de Rabbi Ami et Rabbi Assi, d'Abaye et de Rava.
La dernière partie fixe la mesure de l'éloignement requis : divergence entre Oula et Issi bar Natan, deux objections tirées des lois de pureté, la réinterprétation de Rav Achi, puis la définition du tsanoua et la question de la nuit.
Il a été enseigné : Rabbi Akiva a dit — une fois, je suis entré derrière Rabbi Yehochoua à la maison d'aisance, et j'ai appris de lui trois choses. J'ai appris qu'on ne se soulage pas tourné vers l'est ni vers l'ouest, mais vers le nord et le sud ; j'ai appris qu'on ne se découvre pas debout, mais assis ; et j'ai appris qu'on ne s'essuie pas de la main droite, mais de la gauche.
Ben Azai lui dit : à ce point tu as osé devant ton maître ?! Il lui répondit : c'est de la Torah, et j'ai besoin d'apprendre.
Le folio s'ouvre sur une baraita du traité Derekh Erets. Rabbi Akiva présente l'observation de son maître à la maison d'aisance comme un acte d'étude : trois règles de conduite lui sont venues de la seule observation, sans enseignement verbal.
Les trois règles portent sur l'orientation du corps, la posture au moment de se découvrir, et la main employée pour s'essuyer. Rachi précise que la scène se déroule en Judée, ce qui rattache la première règle à la discussion antérieure sur l'orientation selon le lieu où l'on se trouve.
La formule de réponse — tora hi ve-lilmod ani tsarikh, c'est de la Torah et j'ai besoin d'apprendre — sert de refrain à tout le début du folio : elle revient à l'identique dans les deux passages suivants.
Il a été enseigné : Ben Azai dit — une fois, je suis entré derrière Rabbi Akiva à la maison d'aisance, et j'ai appris de lui trois choses. J'ai appris qu'on ne se soulage pas tourné vers l'est ni vers l'ouest, mais vers le nord et le sud ; j'ai appris qu'on ne se découvre pas debout, mais assis ; et j'ai appris qu'on ne s'essuie pas de la main droite, mais de la gauche.
Rabbi Yehouda lui dit : à ce point tu as osé devant ton maître ?! Il lui répondit : c'est de la Torah, et j'ai besoin d'apprendre.
Le même récit se rejoue à la génération suivante, terme pour terme : Ben Azai prend la place de Rabbi Akiva comme disciple observateur, Rabbi Akiva celle de Rabbi Yehochoua comme maître observé, et Rabbi Yehouda celle de l'objecteur.
Cette répétition littérale est elle-même un enseignement : la conduite du maître se transmet par observation d'une génération à l'autre, et la même réponse suffit chaque fois à justifier l'audace du disciple.
Rav Kahana entra et se coucha sous le lit de Rav. Il l'entendit converser, rire et faire ce qu'il avait à faire.
Il lui dit : la bouche d'Abba est comme celle de qui n'a jamais goûté un plat. Il lui dit : Kahana, tu es ici ?!
Sors, car cela ne se fait pas. Il lui répondit : c'est de la Torah, et j'ai besoin d'apprendre.
Troisième récit du même type, mais dans un domaine plus intime encore. Rav Kahana se glisse sous le lit de son maître pour observer sa conduite conjugale, et se permet même une remarque critique : Rav se comporterait avec la hâte d'un affamé.
Rav ne répond pas sur le fond ; il oppose le derekh erets, la conduite convenable — cette manière de faire est déplacée. Rav Kahana répond alors par la formule déjà entendue deux fois : c'est de la Torah, et j'ai besoin d'apprendre. Le folio place ainsi côté à côté la maison d'aisance et la chambre conjugale comme deux domaines où la conduite du maître fait loi.
Pourquoi ne s'essuie-t-on pas de la main droite, mais de la gauche ? Rava a dit : parce que la Torah a été donnée par la droite, ainsi qu'il est dit : « de Sa droite, une loi de feu pour eux ».
Rabba bar bar Hana a dit : parce qu'elle est proche de la bouche. Et Rabbi Chimon ben Lakich a dit : parce qu'on attache avec elle les tefilin.
Rav Nahman bar Yits'hak a dit : parce qu'on montre avec elle les taamim de la Torah.
La Guemara reprend la troisième règle apprise par Rabbi Akiva et lui cherche une raison. Quatre amoraim répondent, et toutes les réponses tiennent au même principe : la droite est affectée à un usage noble, ce qui interdit de l'employer ici.
Les usages invoqués sont différents : le don de la Torah (Deut. 33,2), la nourriture portée à la bouche, l'attache des tefilin au bras gauche — geste que la droite accomplit — et la conduite de la main qui indique les taamim, les signes de cantillation. Rachi décrit ici un usage qu'il dit avoir vu de ses yeux : les lecteurs venus de terre d'Israël accompagnaient la lecture d'un mouvement de la main suivant la mélodie.
Cela correspond à une divergence de tannaim. Rabbi Eliezer dit : parce qu'il mange avec elle.
Rabbi Yehochoua dit : parce qu'il écrit avec elle. Rabbi Akiva dit : parce qu'il montre avec elle les taamim de la Torah.
Le terme ke-tanai signale que la discussion amoraique reprend une divergence tannaitique déjà constituée. Trois raisons y sont données, chacune fondée sur un usage différent de la main droite : manger, écrire, indiquer les taamim.
La position de Rabbi Akiva est ici mot pour mot celle de Rav Nahman bar Yits'hak au passage précédent, ce qui donne au rapprochement toute sa force.
Rabbi Tanhoum bar Hanilai a dit : quiconque est pudique à la maison d'aisance est sauvé de trois choses — des serpents, des scorpions et des démons. Et certains disent : ses rêves aussi lui sont paisibles.
Le folio passe des règles de conduite à leur effet. La tseniout, la pudeur, devient ici une protection.
Rachi ramène la protection à une cause concrète : celui qui se conduit avec pudeur agit sans bruit et sans agitation, de sorte qu'il n'attire pas l'attention des bêtes ni celle des démons. Cette lecture prépare l'anecdote de Tibériade qui suit immédiatement.
Il y avait à Tibériade une maison d'aisance où, lorsque deux personnes y entraient, elles étaient frappées, même en plein jour. Rabbi Ami et Rabbi Assi y entraient chacun seul, et n'étaient pas frappés.
Les maîtres leur dirent : n'avez-vous pas peur ? Ils leur répondirent : nous tenons une tradition.
La tradition de la maison d'aisance : pudeur et silence. La tradition des souffrances : silence et demande de miséricorde.
L'anecdote confirme la règle précédente par un contre-exemple : le lieu est dangereux pour ceux qui y entrent à deux, parce qu'à deux on parle. Rabbi Ami et Rabbi Assi y entrent seuls et n'ont rien à craindre.
Leur réponse est construite en deux kabbalot, deux traditions reçues, symétriques et de même forme : pour la maison d'aisance, pudeur et silence ; pour les souffrances, silence et prière. Le Ben Yehoyada explique que la seconde est citée pour éclairer la première : le silence vise les paroles articulées, non l'émission d'un son, puisque le bruit repousse les démons — c'est précisément ce que fera l'épouse de Rava plus bas.
La mère d'Abaye lui élevait un agneau pour entrer avec lui à la maison d'aisance. Qu'elle lui élève donc un chevreau !
Un saïr pourrait être confondu avec un saïr.
Puisqu'on ne doit pas entrer à deux et qu'il est cependant dangereux d'être seul, la solution retenue est un animal de compagnie.
L'objection joue sur un mot : le saïr désigne à la fois le bouc et le démon des lieux déserts. Amener un bouc reviendrait à introduire une confusion là où l'on cherche précisément à se protéger ; d'où l'agneau.
Rava, avant d'être à la tête de l'académie, la fille de Rav Hisda faisait tinter pour lui une noix dans un bassin. Après qu'il eut été nommé, elle lui aménagea une fenêtre et posait sa main sur sa tête.
Deux niveaux de protection, ajustés au rang de Rava. Avant sa nomination, un bruit suffit : la noix agitée dans un bassin de cuivre. Rachi précise le dispositif — l'épouse se tient à l'intérieur, Rava à l'extérieur, face à elle.
Une fois devenu chef d'académie, il lui faut davantage, car les démons s'en prennent aux sages plus qu'aux autres : une fenêtre est percée, et l'épouse pose la main sur sa tête. Le point rejoint la lecture du Ben Yehoyada au passage précédent : le bruit repousse, le silence exigé ne porte que sur les paroles.
Les Tossefot relèvent une difficulté de chronologie : Rava n'a présidé qu'après la mort d'Abaye, alors qu'un rêve rapporté plus haut (Berakhot 56a) annonçait la mort de son épouse auparavant. Leur réponse : l'annonce ne s'est réalisée qu'après Abaye. Cette glose est la dernière des Tossefot du traité Berakhot.
Oula a dit : derrière le mur, on se soulage aussitôt ; et dans la plaine, tant qu'il peut émettre un vent sans que son compagnon l'entende. Issi bar Natan enseigne ainsi : derrière le mur, tant qu'il peut émettre un vent sans que son compagnon l'entende ; et dans la plaine, tant que son compagnon ne le voit pas.
Nouvelle section : la mesure de l'éloignement requis avant de se soulager. Deux situations sont distinguées — derrière un mur, où l'on est déjà soustrait au regard, et dans la plaine (bika), en terrain découvert.
Oula et Issi bar Natan proposent deux échelles décalées d'un cran : là où Oula n'exige rien derrière le mur, Issi bar Natan exige déjà d'être hors de portée d'ouïe ; et là où Oula se contente de l'ouïe dans la plaine, Issi bar Natan exige d'échapper au regard. Ce sont les deux critères qui structurent toute la suite : être entendu et être vu.
On objecte : ils sortent de l'entrée du pressoir à huile, se soulagent derrière le mur, et ils demeurent purs !
Première objection, tirée d'une michna de Teharot. Les gardiens de l'huile du pressoir se soulagent derrière le mur voisin sans que leur absence compromette la pureté de ce qu'ils gardent.
Le raisonnement porte sur la durée : si l'on demeure pur, c'est que l'absence est brève, donc qu'aucun éloignement n'est exigé derrière le mur. Cela contredit Issi bar Natan, qui y exige déjà d'être hors de portée d'ouïe.
En matière de puretés, on a allégé.
Réponse courte : la michna citée n'énonce pas la règle générale. Pour ne pas rendre impossible la garde des teharot, les maîtres ont allégé les exigences d'éloignement dans ce cas précis.
Viens et entends : jusqu'où peuvent-ils s'éloigner tout en demeurant purs ? Assez pour qu'il le voie !
Ceux qui mangent leurs aliments en pureté sont un cas différent, car les maîtres ont allégé à leur égard.
Seconde objection, prise dans la même matière : la distance maximale autorisée aux gardiens est celle qui permet encore de voir. Puisqu'ils ne peuvent aller plus loin et doivent pourtant se soulager, c'est donc qu'être vu ne fait pas obstacle. Cela réfute Issi bar Natan.
La réponse reprend celle du passage précédent, avec une formulation légèrement différente : le régime de ceux qui mangent en pureté est un régime allégé, dont on ne peut rien déduire pour la règle générale.
Rav Achi a dit : que signifie « tant que son compagnon ne le voit pas », dit par Issi bar Natan ? Tant que son compagnon ne voit pas sa nudité découverte ; mais lui, il peut le voir.
Rav Achi résout la difficulté en redéfinissant le critère. « Ne pas être vu » ne veut pas dire disparaître du champ de vision, mais que la nudité découverte échappe au regard du compagnon.
Les deux hommes peuvent donc parfaitement se voir. La règle d'Issi bar Natan redevient compatible avec la michna des puretés, et le critère se déplace de la distance vers ce qui est effectivement exposé au regard.
Un certain orateur funèbre descendit devant Rav Nahman et dit : cet homme était pudique dans ses voies. Rav Nahman lui dit : es-tu entré avec lui à la maison d'aisance, pour savoir s'il était pudique ou non ?
Car il a été enseigné : on n'appelle « pudique » que celui qui est pudique à la maison d'aisance.
La tseniout reçoit ici une définition restrictive et vérifiable. L'éloge funèbre employait le mot dans un sens large ; Rav Nahman le ramène à un lieu précis, celui où nul ne regarde.
L'exigence est sévère : l'orateur n'a pas les moyens de savoir ce qu'il affirme. Le critère retenu par la baraita est celui d'une conduite maintenue hors de tout témoin.
Et Rav Nahman, en quoi cela le concernait-il ? Parce qu'il a été enseigné : de même qu'on demande des comptes aux morts, de même on en demande aux orateurs funèbres et à ceux qui répondent après eux.
La Guemara explique l'insistance de Rav Nahman : l'enjeu n'est pas seulement l'exactitude des mots. L'éloge excessif engage la responsabilité de celui qui le prononce et de l'assemblée qui l'approuve.
Rav Nahman intervient donc pour protéger l'orateur et le public, autant que la vérité sur le défunt.
Nos maîtres ont enseigné : qui est pudique ? Celui qui se soulage la nuit à l'endroit où il se soulage le jour.
Définition positive du tsanoua : celui dont la conduite ne varie pas avec les circonstances. L'obscurité offre une dispense apparente, dont il ne se sert pas.
Rachi lit la formule comme une exigence de distance : il s'éloigne autant la nuit que le jour. C'est cette lecture que la Guemara va contester au passage suivant.
Est-ce ainsi ? Mais Rav Yehouda a dit au nom de Rav : que l'homme s'accoutume toujours au matin et au soir, afin de ne pas avoir à s'éloigner !
De plus, Rava allait de jour jusqu'à un mil, et la nuit il disait à son serviteur : dégage-moi une place dans la rue de la ville. De même, Rabbi Zera dit à son serviteur : vois qui se trouve derrière la maison des compagnons, car j'ai besoin de me soulager.
Ne dis pas « à l'endroit », mais dis : de la manière dont il se soulage le jour.
Deux objections contre la lecture de Rachi. D'abord un enseignement : il faut prendre l'habitude de se soulager tôt le matin et tard le soir, précisément pour n'avoir pas à s'éloigner — donc la nuit dispense de la distance. Ensuite la pratique de deux amoraim : Rava parcourait un mil de jour et se contentait de la rue de la ville la nuit ; Rabbi Zera se contentait de l'arrière du beit hamidrach.
La Guemara corrige donc la formulation de la baraita : lire non pas ba-makom, à l'endroit, mais ke-derekh, de la manière. Ce qui doit rester constant est la manière de se découvrir — la mesure d'un tefah, la position assise — et non la distance parcourue.
Rav Achi a dit : tu peux même dire « à l'endroit » ; cela n'était nécessaire que pour l'angle.
Rav Achi maintient la lecture ba-makom, à l'endroit, en restreignant sa portée. La baraita ne parle pas de la distance, mais du recours à un keren zavit, un angle de mur qui dérobe au regard.
La règle devient donc : s'il existe un abri proche, on l'utilise la nuit comme le jour. Les deux réponses aboutissent au même résultat pratique et divergent seulement sur le point de savoir s'il faut ou non corriger le texte de la baraita.
Le corps même de cet enseignement. Rav Yehouda a dit au nom de Rav : que l'homme s'accoutume toujours au matin et au soir, afin de ne pas avoir à s'éloigner.
Goufa : la Guemara revient sur un enseignement cité en passant comme objection, pour l'étudier maintenant pour lui-même. Le procédé est fréquent et sert ici de charnière vers la dernière section du folio.
Il a été enseigné de même : Ben Azai dit — lève-toi tôt et sors, attends le soir et sors, afin de ne pas avoir à t'éloigner. Palpe puis assieds-toi, et ne t'assieds pas pour palper ensuite ; car quiconque s'assied puis palpe, même si l'on pratique des sortilèges en Aspamia, ils viennent sur lui.
Une baraita confirme l'enseignement de Rav et y ajoute une règle d'ordre : palper d'abord, s'asseoir ensuite. Rachi retient l'explication selon laquelle il s'agit de dégager les orifices au moyen d'un caillou ou d'un éclat de bois, et il écarte l'autre lecture par un argument interne : si le geste ne visait que la propreté du siège, la mention des sortilèges serait inexplicable.
L'inversion de l'ordre expose à un danger présenté comme sans limite de distance : les sortilèges pratiques jusqu'à Aspamia l'atteindraient.
Et s'il a oublié, s'est assis, puis a palpé ensuite, quel est son remède ? Lorsqu'il se lève, qu'il dise ainsi : « pas pour moi, pas pour moi ; ni tahim ni tahtim ; ni ceux-ci ni ceux-là ; ni les sortilèges d'un sorcier ni les sortilèges d'une sorcière ».
Le folio se clôt sur un remède en cas d'oubli : une formule à prononcer en se relevant. Elle est construite par accumulation de négations, chacune fermant une porte — les deux types de sortilèges nommés, l'ensemble et la partie, l'opérateur masculin et l'opérateur féminin.
Rachi glose chaque membre, et propose une seconde lecture de lo hani ve-lo mehani : au lieu de « ni tous ni une partie », comprendre « qu'ils ne réussissent ni ne servent ». L'ensemble du dernier passage rejoint le thème d'ouverture — la conduite dans ce lieu engage une exposition réelle, dont on se prémunit par la règle et par la parole.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).