Berakhot 62a — La maison d'aisance comme lieu d'étude : trois règles apprises par observation, la main gauche, et la mesure de l'éloignement

Berakhot 62a

Sougya : Le folio est tout entier consacré à la conduite à la maison d'aisance, traitée comme une matière d'étude à part entière. Il s'ouvre sur trois récits parallèles : Rabbi Akiva entre derrière Rabbi Yehochoua, Ben Azai derrière Rabbi Akiva, Rav Kahana se glisse sous le lit de Rav — chaque fois un reproche, chaque fois la même réponse : c'est de la Torah, et j'ai besoin d'apprendre.

La Guemara demande ensuite pourquoi on s'essuie de la main gauche et rassemble quatre raisons amoraiques, qu'elle rattache à une divergence de tannaim. Vient alors le thème de la pudeur (tseniout) comme protection contre les serpents, les scorpions et les démons, avec les usages de Rabbi Ami et Rabbi Assi, d'Abaye et de Rava.

La dernière partie fixe la mesure de l'éloignement requis : divergence entre Oula et Issi bar Natan, deux objections tirées des lois de pureté, la réinterprétation de Rav Achi, puis la définition du tsanoua et la question de la nuit.

Tora hi ve-lilmod ani tsarikh : c'est de la Torah, et j'ai besoin d'apprendre Trois récits de même forme : un disciple observe son maître, on lui reproche son audace, il répond par la même phrase. 1. Rabbi Akiva entre derrière Rabbi Yehochoua et apprend trois règles. Reproche : Ben Azai À ce point, devant ton maître ? Réponse : c'est de la Torah. 2. Ben Azai entre derrière Rabbi Akiva et apprend les mêmes règles. Reproche : Rabbi Yehouda À ce point, devant ton maître ? Réponse : c'est de la Torah. 3. Rav Kahana se couche sous le lit de Rav et observe sa conduite conjugale. Reproche : Rav lui-même Sors, cela ne se fait pas. Réponse : c'est de la Torah. Les trois règles apprises par observation 1. Orientation : ne pas se tourner vers l'est ni vers l'ouest, mais vers le nord ou le sud. 2. Posture : ne pas se découvrir debout, mais assis. 3. Main : ne pas s'essuyer de la main droite, mais de la gauche.
La structure répétée du début du folio : l'observation du maître est traitée comme une source d'enseignement.
Pourquoi la main gauche ? Quatre raisons amoraiques, trois taanaiques Le principe commun : la droite est réservée à un usage noble, donc on ne s'en sert pas pour s'essuyer. Amoraim Rava : la Torah a été donnée par la droite (Deut. 33,2 : de Sa droite, une loi de feu). Rabba bar bar Hana : elle est proche de la bouche - on porte la nourriture avec elle. Rech Lakich : on attache avec elle les tefilin au bras gauche. Rav Nahman bar Yitshak : on montre avec elle les taamim de la Torah. Tannaim (ke-tanai : cela correspond à...) Rabbi Eliezer : parce qu'il mange avec elle. Rabbi Yehochoua : parce qu'il écrit avec elle. Rabbi Akiva : parce qu'il montre avec elle les taamim de la Torah. La dernière position est mot pour mot celle de Rav Nahman bar Yitshak. Remarque du Ben Yehoyada sur l'ordre des opinions Les raisons de Rava et de Rabba bar bar Hana valent pour les hommes comme pour les femmes. Celles de Rech Lakich et de Rav Nahman bar Yitshak ne valent que pour les hommes : elles sont donc citées ensuite, bien que Rech Lakich soit antérieur à Rava.
La carte des raisons de la main gauche, et la clé donnée par le Ben Yehoyada pour comprendre leur ordre.
Quelle distance faut-il prendre pour se soulager ? Deux situations, deux enseignements, deux objections tirées des lois de pureté. Situation Oula Issi bar Natan Derrière le mur (gader) Aucune distance : il se soulage aussitôt. Assez pour qu'on ne l'entende pas. Dans la plaine (bika) Assez pour qu'on ne l'entende pas. Assez pour qu'on ne le voie pas. Objection 1 (pressoir à huile) Ils sortent de l'entrée du pressoir, se soulagent derrière le mur, et restent purs. Réponse : en matière de pureté, on a allégé. Objection 2 (jusqu'où s'éloigner ?) Assez pour qu'il le voie encore - donc être vu n'empêche pas, contre Issi bar Natan. Réponse : ceux qui mangent en pureté sont un cas à part. Résolution de Rav Achi Ne pas être vu ne signifie pas disparaître du champ de vision : il suffit que le compagnon ne voie pas sa nudité découverte. Lui-même peut parfaitement voir son compagnon. La règle d'Issi bar Natan devient alors compatible avec la michna des puretés. Rachi note que cette phrase de Rav Achi ne se lit pas plus haut, mais seulement ici, au moment où l'on réinterprète Issi bar Natan.
La mesure de l'éloignement : le tableau des positions, les deux objections des lois de pureté et la lecture de Rav Achi.
1
תַּנְיָא, אָמַר רַבִּי עֲקִיבָא: פַּעַם אַחַת נִכְנַסְתִּי אַחַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ לְבֵית הַכִּסֵּא, וְלָמַדְתִּי מִמֶּנּוּ שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים: לָמַדְתִּי שֶׁאֵין נִפְנִין מִזְרָח וּמַעֲרָב אֶלָּא צָפוֹן וְדָרוֹם, וְלָמַדְתִּי שֶׁאֵין נִפְרָעִין מְעֻומָּד אֶלָּא מְיֻושָּׁב, וְלָמַדְתִּי שֶׁאֵין מְקַנְּחִין בְּיָמִין אֶלָּא בִּשְׂמֹאל. אָמַר לוֹ בֶּן עַזַּאי: עַד כָּאן הֵעַזְתָּ פָּנֶיךָ בְּרַבְּךָ?! אָמַר לוֹ תּוֹרָה הִיא, וְלִלְמֹוד אֲנִי צָרִיךְ.

Il a été enseigné : Rabbi Akiva a dit — une fois, je suis entré derrière Rabbi Yehochoua à la maison d'aisance, et j'ai appris de lui trois choses. J'ai appris qu'on ne se soulage pas tourné vers l'est ni vers l'ouest, mais vers le nord et le sud ; j'ai appris qu'on ne se découvre pas debout, mais assis ; et j'ai appris qu'on ne s'essuie pas de la main droite, mais de la gauche.

Ben Azai lui dit : à ce point tu as osé devant ton maître ?! Il lui répondit : c'est de la Torah, et j'ai besoin d'apprendre.

📜 Rachi (2)
אַחַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ וְכוּ' וּבִיהוּדָה הֲוָה:
Cela se passait en Judée.
עַד כָּאן כְּלוֹמַר כָּל זֶה הֵעַזְתָּ פָּנֶיךָ בִּפְנֵי רַבְּךָ שֶׁנִּסְתַּכַּלְתָּ בְּכָל אֵלּוּ:
« À ce point » : c'est-à-dire, tu as osé à ce point devant ton maître, au point de regarder tout cela.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְלָמַדְתִּי מִמֶּנּוּ ג' דְּבָרִים לָמַדְתִּי שֶׁאֵין נִפְנִין מִזְרָח וּמַעֲרָב אֶלָּא צָפוֹן וְדָרוֹם וְלָמַדְתִּי שֶׁאֵין נִפְרָעִין מְעֻומָּד אֶלָּא מְיֻשָּׁב וְלָמַדְתִּי שֶׁאֵין מְקַנְּחִין בְּיָמִין אֶלָּא בִּשְׂמֹאל. מַקְשִׁים לָמָּה הֶאֱרִיךְ לוֹמַר אֶלָּא צָפוֹן וְדָרוֹם, אֶלָּא מְיֻשָּׁב, אֶלָּא בִּשְׂמֹאל? וְנִרְאֶה לִי בס"ד אָמַר אֶלָּא צָפוֹן וְדָרוֹם בָּא לִשְׁלֹול וּלְאַפּוֹקֵי קֶרֶן זָוִית בַּאֲלַכְסוֹן, וְאוֹמְרוֹ אֶלָּא מְיֻשָּׁב לִמְעוּטֵי הִיטָּה עַצְמוֹ לֵישֵׁב וְלֹא יָשַׁב מַמָּשׁ, וְאוֹמְרוֹ בִּשְׂמֹאל לִמְעוּטֵי אֲפִילּוּ אִם יֵשׁ לוֹ מַכָּה בִּשְׂמֹאלוֹ וּכְרוּכָה וְקָשֶׁה עָלָיו עִם כָּל זֶה יַכְרִיחַ עַצְמוֹ וְלֹא יְקַנֵּחַ בְּיָמִין, וְהָא דְּנָקֵיט 'לָמַדְתִּי' בְּכָל חֲדָא וַחֲדָא, לְלַמְּדֵינוּ שֶׁלֹּא כִּיוֵּן מִדַּעְתּוֹ מֵעִיקָּרָא עַל אַחַת מֵאֵלּוּ, וְלֹא עָלוּ עַל דַּעְתּוֹ וְלֹא שִׁמְעָם מֵאָדָם אַחֵר גַּם כֵּן, אֶלָּא רַק לִמְּדָם מִמֶּנּוּ. וּמַה דְּנָקֵיט בְּהוּ מִנְייָנָא, לְהוֹרוֹת דַּחֲבִיבִין הֵם בְּעֵינָיו וּמְנָאָם לְרֹוב חִיבָּתָם אֶצְלוֹ, וְנִרְאֶה לִי בס"ד דִּכְנִיסַת רַבִּי עֲקִיבָא אַחַר ר"י הָיָה קֹודֶם שֶׁנִּכְנַס בֶּן עַזַּאי אַחַר רַבִּי עֲקִיבָא, וְסִיפּוּר זֶה שֶׁסִּיפֵּר רַבִּי עֲקִיבָא עַל כְּנִיסָתוֹ אַחַר ר"י, זֶה הַסִּיפּוּר הָיָה אַחַר שֶׁנִּכְנַס בֶּן עַזַּאי אַחֲרָיו, ומ"ש לוֹ בֶּן עַזַּאי כָּל כָּךְ הֵעַזְתָּ פְּנִים אַף עַל גַּב דְּגַם הוּא עָשָׂה כֵּן, עִם כָּל זֶה א"ל כָּךְ לִרְאוֹת מַה יָשִׁיב לוֹ עַל זֶה, אַךְ סִיפּוּר שֶׁסִּיפֵּר בֶּן עַזַּאי עַל כְּנִיסָתוֹ אַחַר רַבִּי עֲקִיבָה, הָיָה אַחַר שֶׁסִּיפֵּר רַבִּי עֲקִיבָא עַל כְּנִיסָתוֹ אַחַר ר"י, וּבָזֶה יִתְיַישְּׁבוּ אֵיזֶה דִּקְדּוּקִים בְּמַאֲמַר הַזֶּה וְדוּק.
« Et j'ai appris de lui trois choses : j'ai appris qu'on ne se soulage pas vers l'est et l'ouest mais vers le nord et le sud ; j'ai appris qu'on ne se découvre pas debout mais assis ; et j'ai appris qu'on ne s'essuie pas de la main droite mais de la gauche. » On demande : pourquoi cette longueur, dire « mais le nord et le sud », « mais assis », « mais de la gauche » ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'en disant « mais le nord et le sud » il vient exclure la position en diagonale, dans un angle. En disant « mais assis », il exclut celui qui s'incline pour s'asseoir sans s'asseoir réellement. En disant « de la gauche », il exclut le cas où l'homme a une plaie à la main gauche, enveloppée d'un pansement, et que cela lui est pénible : malgré tout, il se contraindra et ne s'essuiera pas de la main droite. Quant au fait de répéter « j'ai appris » pour chacune d'elles, cela nous enseigne qu'il n'avait au départ porté son attention sur aucune d'entre elles, qu'elles ne lui étaient pas venues à l'esprit et qu'il ne les avait pas non plus entendues d'un autre : il les a apprises de lui seul. Et s'il en donne le nombre, c'est pour indiquer qu'elles lui étaient chères et qu'il les a comptées en raison de l'affection qu'il leur portait. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que l'entrée de Rabbi Akiva derrière Rabbi Yehochoua a précédé l'entrée de Ben Azai derrière Rabbi Akiva, mais que le récit que fait ici Rabbi Akiva de son entrée derrière Rabbi Yehochoua est postérieur à l'entrée de Ben Azai derrière lui. Et ce que Ben Azai lui dit — à ce point tu as osé — bien qu'il eût agi de même, il le lui dit pour voir ce qu'il lui répondrait. En revanche, le récit que fait Ben Azai de son entrée derrière Rabbi Akiva est postérieur au récit fait par Rabbi Akiva de son entrée derrière Rabbi Yehochoua. Par là se résolvent plusieurs difficultés de détail dans ce passage ; examine bien.
💡 Explication

Le folio s'ouvre sur une baraita du traité Derekh Erets. Rabbi Akiva présente l'observation de son maître à la maison d'aisance comme un acte d'étude : trois règles de conduite lui sont venues de la seule observation, sans enseignement verbal.

Les trois règles portent sur l'orientation du corps, la posture au moment de se découvrir, et la main employée pour s'essuyer. Rachi précise que la scène se déroule en Judée, ce qui rattache la première règle à la discussion antérieure sur l'orientation selon le lieu où l'on se trouve.

La formule de réponse — tora hi ve-lilmod ani tsarikh, c'est de la Torah et j'ai besoin d'apprendre — sert de refrain à tout le début du folio : elle revient à l'identique dans les deux passages suivants.

🖼️ Schéma
Première règle : l'orientation du corps Nord Sud Ouest Est Axe nord - sud : permis C'est l'axe que Rabbi Yehochoua a adopté et que Rabbi Akiva a relevé en l'observant. Axe est - ouest : écarté Rachi : la scène se passe en Judée, ce qui rattache la règle à la discussion antérieure sur le lieu. Ben Yehoyada Le mot mais exclut aussi la position en diagonale.
L'axe autorisé et l'axe écarté, avec la précision de Rachi sur le lieu et celle du Ben Yehoyada sur la diagonale.
2
תַּנְיָא, בֶּן עַזַּאי אוֹמֵר: פַּעַם אַחַת נִכְנַסְתִּי אַחַר רַבִּי עֲקִיבָא לְבֵית הַכִּסֵּא, וְלָמַדְתִּי מִמֶּנּוּ שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים: לָמַדְתִּי שֶׁאֵין נִפְנִין מִזְרָח וּמַעֲרָב אֶלָּא צָפוֹן וְדָרוֹם, וְלָמַדְתִּי שֶׁאֵין נִפְרָעִין מְעֻומָּד אֶלָּא מְיֻושָּׁב, וְלָמַדְתִּי שֶׁאֵין מְקַנְּחִין בְּיָמִין אֶלָּא בִּשְׂמֹאל. אָמַר לוֹ רַבִּי יְהוּדָה: עַד כָּאן הֵעַזְתָּ פָּנֶיךָ בְּרַבְּךָ?! אָמַר לוֹ: תּוֹרָה הִיא, וְלִלְמֹוד אֲנִי צָרִיךְ.

Il a été enseigné : Ben Azai dit — une fois, je suis entré derrière Rabbi Akiva à la maison d'aisance, et j'ai appris de lui trois choses. J'ai appris qu'on ne se soulage pas tourné vers l'est ni vers l'ouest, mais vers le nord et le sud ; j'ai appris qu'on ne se découvre pas debout, mais assis ; et j'ai appris qu'on ne s'essuie pas de la main droite, mais de la gauche.

Rabbi Yehouda lui dit : à ce point tu as osé devant ton maître ?! Il lui répondit : c'est de la Torah, et j'ai besoin d'apprendre.

💡 Explication

Le même récit se rejoue à la génération suivante, terme pour terme : Ben Azai prend la place de Rabbi Akiva comme disciple observateur, Rabbi Akiva celle de Rabbi Yehochoua comme maître observé, et Rabbi Yehouda celle de l'objecteur.

Cette répétition littérale est elle-même un enseignement : la conduite du maître se transmet par observation d'une génération à l'autre, et la même réponse suffit chaque fois à justifier l'audace du disciple.

3
רַב כָּהֲנָא עַל, גְּנָא תּוּתֵיהּ פֻּורְייֵהּ דְּרַב. שַׁמְעֵיהּ דְּשָׂח וְשָׂחַק וְעָשָׂה צְרָכָיו. אֲמַר לֵיהּ: דָּמֵי פֻּומֵּיהּ דְּאַבָּא כִּדְלָא שָׂרֵיף תַּבְשִׁילָא. אֲמַר לֵיהּ: כָּהֲנָא, הָכָא אַתְּ? פּוּק, דְּלָאו אֹרַח אַרְעָא. אֲמַר לֵיהּ: תּוֹרָה הִיא, וְלִלְמֹוד אֲנִי צָרִיךְ.

Rav Kahana entra et se coucha sous le lit de Rav. Il l'entendit converser, rire et faire ce qu'il avait à faire.

Il lui dit : la bouche d'Abba est comme celle de qui n'a jamais goûté un plat. Il lui dit : Kahana, tu es ici ?!

Sors, car cela ne se fait pas. Il lui répondit : c'est de la Torah, et j'ai besoin d'apprendre.

📜 Rachi (4)
דְּשָׂח וְשָׂחַק עִם אִשְׁתּוֹ שִׂיחָה בְּטֵלָה שֶׁל רִיצּוּי תַּשְׁמִישׁ:
Avec son épouse : des propos légers destinés à la disposer à l'union.
וְעָשָׂה צְרָכָיו וְשִׁימֵּשׁ מִטָּתוֹ:
Il eut des relations conjugales.
כִּדְלָא שְׂרִיף תַּבְשִׁילָא כְּאָדָם רָעֵב כְּמוֹ שֶׁלֹּא שִׁמַּשְׁתָּ מִטָּתְךָ מֵעוֹלָם שֶׁאַתָּה נוֹהֵג קַלּוּת רֹאשׁ זֶה לְתַאֲוָתְךָ:
Comme un homme affamé, comme si tu n'avais jamais eu de relations conjugales : car tu adoptes cette légèreté pour ton désir.
שְׂרִיף הומי"ר בְּלַעַ"ז:
Le mot chariph rend, en langue vernaculaire, humer.
💡 Explication

Troisième récit du même type, mais dans un domaine plus intime encore. Rav Kahana se glisse sous le lit de son maître pour observer sa conduite conjugale, et se permet même une remarque critique : Rav se comporterait avec la hâte d'un affamé.

Rav ne répond pas sur le fond ; il oppose le derekh erets, la conduite convenable — cette manière de faire est déplacée. Rav Kahana répond alors par la formule déjà entendue deux fois : c'est de la Torah, et j'ai besoin d'apprendre. Le folio place ainsi côté à côté la maison d'aisance et la chambre conjugale comme deux domaines où la conduite du maître fait loi.

4
מִפְּנֵי מָה אֵין מְקַנְּחִין בְּיָמִין אֶלָּא בִּשְׂמֹאל? אָמַר רָבָא: מִפְּנֵי שֶׁהַתּוֹרָה נִיתְּנָה בְּיָמִין, שֶׁנֶּאֱמַר: ״מִימִינוֹ אֵשׁ דָּת לָמוֹ״. רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר: מִפְּנֵי שֶׁהִיא קְרוֹבָה לַפֶּה. וְרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ אָמַר: מִפְּנֵי שֶׁקּוֹשֵׁר בָּהּ תְּפִילִּין. רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אָמַר: מִפְּנֵי שֶׁמַּרְאֶה בָּהּ טַעֲמֵי תוֹרָה.

Pourquoi ne s'essuie-t-on pas de la main droite, mais de la gauche ? Rava a dit : parce que la Torah a été donnée par la droite, ainsi qu'il est dit : « de Sa droite, une loi de feu pour eux ».

Rabba bar bar Hana a dit : parce qu'elle est proche de la bouche. Et Rabbi Chimon ben Lakich a dit : parce qu'on attache avec elle les tefilin.

Rav Nahman bar Yits'hak a dit : parce qu'on montre avec elle les taamim de la Torah.

📜 Rachi (3)
שֶׁקְּרוֹבָה לַפֶּה רְגִילִין לְהוֹשִׁיטָהּ לַפֶּה:
On a coutume de la porter à la bouche.
שֶׁקּוֹשֵׁר בָּהּ תְּפִילִּין בִּזְרוֹעַ שְׂמֹאלוֹ:
On attache avec elle les tefilin, au bras gauche.
טַעְמֵי תּוֹרָה נְגִינוֹת טַעֲמֵי מִקְרָא שֶׁל תּוֹרָה נְבִיאִים וּכְתוּבִים בֵּין בְּנִיקּוּד שֶׁבְּסֵפֶר בֵּין בְּהַגְבָּהַת קוֹל וּבְצִלְצוּל נְעִימוּת הַנְּגִינָה שֶׁל פְּשָׁטָא וְדַרְגָּא וְשׁוֹפָר מְהַפֵּךְ מוֹלִיךְ יָדוֹ לְפִי טַעַם הַנְּגִינָה רָאִיתִי בְּקוֹרְאִים הַבָּאִים מֵאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל:
Les taamim de la Torah : les mélodies des taamim du texte, pour la Torah, les Prophètes et les Écrits, tant par les signes inscrits dans le livre que par l'élévation de la voix et par le balancement de la mélodie — pachta, darga, chofar mehapakh : le lecteur conduit sa main selon le sens de la mélodie. Je l'ai vu chez les lecteurs venus de la terre d'Israël.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר רָבָא מִפְּנֵי שֶׁהַתּוֹרָה נִתְּנָה בְּיָמִין. קַשָּׁא אַמַּאי הִקְדִּים דִּבְרֵי רָבָא וְדִבְרֵי רבב"ח קֹודֶם דִּבְרֵי רשב"ל דִּקְדִים לְהוּ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד מִפְּנֵי שֶׁהַטְּעָמִים שֶׁל רָבָא ורבב"ח שָׁיְיכִי בֵּין בָּאֲנָשִׁים בֵּין בַּנָּשִׁים לְכָךְ נָקֵיט לְהוּ קֹודֶם דִּבְרֵי רשב"ל, כִּי דִּבְרֵי רשב"ל ורנב"י לָא שָׁיְיכִי אֶלָּא בַּאֲנָשִׁים.
« Rava a dit : parce que la Torah a été donnée par la droite. » Difficulté : pourquoi les paroles de Rava et celles de Rabba bar bar Hana sont-elles placées avant celles de Rabbi Chimon ben Lakich, qui leur est antérieur ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que les raisons de Rava et de Rabba bar bar Hana valent aussi bien pour les hommes que pour les femmes, et c'est pourquoi elles sont citées avant celles de Rabbi Chimon ben Lakich ; car les raisons de Rabbi Chimon ben Lakich et de Rav Nahman bar Yits'hak ne valent que pour les hommes.
💡 Explication

La Guemara reprend la troisième règle apprise par Rabbi Akiva et lui cherche une raison. Quatre amoraim répondent, et toutes les réponses tiennent au même principe : la droite est affectée à un usage noble, ce qui interdit de l'employer ici.

Les usages invoqués sont différents : le don de la Torah (Deut. 33,2), la nourriture portée à la bouche, l'attache des tefilin au bras gauche — geste que la droite accomplit — et la conduite de la main qui indique les taamim, les signes de cantillation. Rachi décrit ici un usage qu'il dit avoir vu de ses yeux : les lecteurs venus de terre d'Israël accompagnaient la lecture d'un mouvement de la main suivant la mélodie.

5
כְּתַנָּאֵי. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: מִפְּנֵי שֶׁאוֹכֵל בָּהּ. רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר: מִפְּנֵי שֶׁכּוֹתֵב בָּהּ. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: מִפְּנֵי שֶׁמַּרְאֶה בָּהּ טַעֲמֵי תוֹרָה.

Cela correspond à une divergence de tannaim. Rabbi Eliezer dit : parce qu'il mange avec elle.

Rabbi Yehochoua dit : parce qu'il écrit avec elle. Rabbi Akiva dit : parce qu'il montre avec elle les taamim de la Torah.

💡 Explication

Le terme ke-tanai signale que la discussion amoraique reprend une divergence tannaitique déjà constituée. Trois raisons y sont données, chacune fondée sur un usage différent de la main droite : manger, écrire, indiquer les taamim.

La position de Rabbi Akiva est ici mot pour mot celle de Rav Nahman bar Yits'hak au passage précédent, ce qui donne au rapprochement toute sa force.

6
אָמַר רַבִּי תַּנְחוּם בַּר חֲנִילַאי: כָּל הַצָּנוּעַ בְּבֵית הַכִּסֵּא נִצּוֹל מִשְּׁלֹשָׁה דְּבָרִים — מִן הַנְּחָשִׁים, וּמִן הָעַקְרַבִּים, וּמִן הַמַּזִּיקִין. וְיֵשׁ אוֹמְרִים אַף חֲלוֹמוֹתָיו מְיֻושָּׁבִים עָלָיו.

Rabbi Tanhoum bar Hanilai a dit : quiconque est pudique à la maison d'aisance est sauvé de trois choses — des serpents, des scorpions et des démons. Et certains disent : ses rêves aussi lui sont paisibles.

📜 Rachi (2)
מִן הַנְּחָשִׁים וּמִן הָעַקְרַבִּים וּמִן הַמַּזִּיקִין דְּמִתּוֹךְ צְנִיעָתוֹ מִתְנַהֵג בְּנַחַת וּבִשְׁתִיקָה וְאֵין הַנְּחָשִׁים מַרְגִּישִׁים לְהִתְקַנְּאוּת בּוֹ וְאַף הַמַּזִּיקִין חָסִין עָלָיו:
Des serpents, des scorpions et des démons : parce que sa pudeur le fait se conduire avec calme et en silence ; les serpents ne le remarquent pas au point de s'irriter contre lui, et les démons eux-mêmes l'épargnent.
חֲלֹומֹותָיו מְיֻושָּׁבִין עָלָיו שֶׁאֵין הַמַּזִּיקִין מַבְהִילִין אוֹתוֹ:
Ses rêves lui sont paisibles : les démons ne l'épouvantent pas.
💡 Explication

Le folio passe des règles de conduite à leur effet. La tseniout, la pudeur, devient ici une protection.

Rachi ramène la protection à une cause concrète : celui qui se conduit avec pudeur agit sans bruit et sans agitation, de sorte qu'il n'attire pas l'attention des bêtes ni celle des démons. Cette lecture prépare l'anecdote de Tibériade qui suit immédiatement.

7
הַהוּא בֵּית הַכִּסֵּא דַּהֲוָה בִּטְבֶרְיָא, כִּי הֲווֹ עָיְילִי בֵּיהּ בֵּי תְרֵי — אֲפִילּוּ בִּימָמָא מִתַּזְּקִי. רַבִּי אַמֵּי וְרַבִּי אַסִּי הֲווֹ עָיְילִי בֵּיהּ חַד וְחַד לְחוֹדֵיהּ — וְלָא מִתַּזְּקִי. אָמְרִי לְהוּ רַבָּנָן: לָא מִסְתְּפֵיתוּ? אָמְרִי לְהוּ: אֲנַן קַבָּלָה גְּמִירִינַן, קַבָּלָה דְּבֵית הַכִּסֵּא — צְנִיעוּתָא וּשְׁתִיקוּתָא. קַבָּלָה דְּיִסּוּרֵי — שְׁתִיקוּתָא וּמִבָּעֵי רַחֲמֵי.

Il y avait à Tibériade une maison d'aisance où, lorsque deux personnes y entraient, elles étaient frappées, même en plein jour. Rabbi Ami et Rabbi Assi y entraient chacun seul, et n'étaient pas frappés.

Les maîtres leur dirent : n'avez-vous pas peur ? Ils leur répondirent : nous tenons une tradition.

La tradition de la maison d'aisance : pudeur et silence. La tradition des souffrances : silence et demande de miséricorde.

📜 Rachi (2)
קַבָּלָה מָסֹורֶת וּמִנְהָג שֶׁקִּבַּלְנוּ מֵרַבּוֹתֵינוּ בְּבֵית הַכִּסֵּא:
Kabbala : une tradition et un usage que nous avons reçus de nos maîtres pour la maison d'aisance.
קַבָּלָה דְּיִסּוּרֵי שְׁתִיקוּתָא שֶׁלֹּא יִבְעַט בְּיִסּוּרִין הַבָּאִים עָלָיו:
La tradition des souffrances, le silence : qu'il ne regimbe pas contre les souffrances qui viennent sur lui.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וּשְׁתִיקוּתָא קַבָּלָה דְּיִסּוּרֵי. קַשָּׁא קַבָּלָה זוֹ מָאן דְּכַר שְׁמֵהּ הָכָא, הֲלֹא הֵם דִּבְּרוּ עִמָּהֶם עַל עִנְיַן בֵּית הַכִּסֵּא וְדַי לוֹמַר לָהֶם עַתָּה הַקַּבָּלָה שֶׁל בֵּית הַכִּסֵּא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דא"ל קַבָּלָה זוֹ דְּיִסּוּרֵי כְּדֵי שֶׁמִּמֶּנָּה יָבִינוּ הַכַּוָּונָה שֶׁל קַבָּלַת בֵּית הַכִּסֵּא, וְלֹא יִטְעוּ בְּכַוָּנָתָהּ לְהָבִין מִשְּׁתִיקוּתָא דְּבֵית הַכִּסֵּא אֲפִילּוּ עַל הַשְׁמָעַת קוֹל בִּלְבַד, דְּזֶה אֵינוֹ דְּאַדְּרַבָּה הַשְׁמָעַת קוֹל דּוֹחֶה הַמַּזִּיקִין, אֶלָּא הַכַּווָּנָה הוּא עַל שְׁתִיקָה מִדְּבָרִים שֶׁלֹּא יְדַבְּרוּ שָׁם, מִפְּנֵי שֶׁרוּחוֹת רָעוֹת יִתְחַזְּקוּ וְיִתְאַחֲזוּ בְּדִבּוּר אוֹתִיּוֹת הַיּוֹצֵא מִפְּנֵי הָאָדָם, מַה שֶׁאֵין כֵּן הַשְׁמָעַת קוֹל בִּלְתִּי חִיתּוּךְ אוֹתִיּוֹת אֵינוֹ מַזִּיק, וְזֶה נִלְמַד מִן שְׁתִיקוּתָא דְּיִסּוּרֵי, דְּהָתָם וַדַּאי כַּוָּנָתָם הוּא עַל דְּבָרִים וְלֹא עַל הַשְׁמָעַת קוֹל בְּעָלְמָא.
« Et le silence, tradition des souffrances. » Difficulté : qui a mentionné ici cette tradition ? On leur parlait de la maison d'aisance, et il suffisait de leur dire maintenant la tradition de la maison d'aisance. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'ils leur ont dit cette tradition relative aux souffrances afin qu'ils comprennent par elle l'intention de la tradition de la maison d'aisance, et ne se méprennent pas en entendant « silence » comme portant même sur le simple fait de faire entendre un son. Il n'en est rien : au contraire, faire entendre un son repousse les démons. L'intention porte sur le silence quant aux paroles, qu'on ne parle pas là, parce que les esprits mauvais se renforcent et s'attachent à l'articulation des lettres qui sort de la bouche de l'homme, alors qu'un son émis sans articulation de lettres ne nuit pas. Cela s'apprend du silence relatif aux souffrances : là, l'intention porte certainement sur des paroles et non sur un simple son.
💡 Explication

L'anecdote confirme la règle précédente par un contre-exemple : le lieu est dangereux pour ceux qui y entrent à deux, parce qu'à deux on parle. Rabbi Ami et Rabbi Assi y entrent seuls et n'ont rien à craindre.

Leur réponse est construite en deux kabbalot, deux traditions reçues, symétriques et de même forme : pour la maison d'aisance, pudeur et silence ; pour les souffrances, silence et prière. Le Ben Yehoyada explique que la seconde est citée pour éclairer la première : le silence vise les paroles articulées, non l'émission d'un son, puisque le bruit repousse les démons — c'est précisément ce que fera l'épouse de Rava plus bas.

8
אַבָּיֵי מְרַבְּיָא לֵיהּ אִמֵּיהּ אִמְּרָא לְמֵיעַל בַּהֲדֵיהּ לְבֵית הַכִּסֵּא. וּלְרַבִּי לֵיהּ גַּדְיָא! שָׂעִיר בְּשָׂעִיר מִיחַלַּף.

La mère d'Abaye lui élevait un agneau pour entrer avec lui à la maison d'aisance. Qu'elle lui élève donc un chevreau !

Un saïr pourrait être confondu avec un saïr.

📜 Rachi (2)
מֵרַבֵּיהּ לֵיהּ אִימְּרָא מְגַדֶּלֶת לוֹ שֶׂה וּמְלַמַּדְתּוֹ שֶׁהוֹלֵךְ עִמּוֹ תָּמִיד:
Elle lui élevait un agneau : elle élevait pour lui une bête de petit bétail et l'habituait à l'accompagner constamment.
שָׂעִיר שֵׁד שֶׁל בֵּית הַכִּסֵּא דּוֹמֶה לְשָׂעִיר וַעֲלֵיהֶם נֶאֱמַר (יְשַׁעְיָהוּ י״ג:כ״א) וּשְׂעִירִים יְרַקְּדוּ שָׁם:
Saïr : le démon de la maison d'aisance ressemble à un bouc ; c'est d'eux qu'il est dit (Isaie 13,21) « et des boucs y danseront ».
💡 Explication

Puisqu'on ne doit pas entrer à deux et qu'il est cependant dangereux d'être seul, la solution retenue est un animal de compagnie.

L'objection joue sur un mot : le saïr désigne à la fois le bouc et le démon des lieux déserts. Amener un bouc reviendrait à introduire une confusion là où l'on cherche précisément à se protéger ; d'où l'agneau.

9
רָבָא, מִקַּמֵּי דַּהֲוָה רֵישָׁא, מְקַרְקְשָׁא לֵיהּ בַּת רַב חִסְדָּא אַמְגּוּזָא בְּלָקָנָא. בָּתַר דְּמֶלֶךְ, עֲבַדָא לֵיהּ כַּוְּותָא, וּמַנְּחָא לֵיהּ יְדָא אַרֵישֵׁיהּ.

Rava, avant d'être à la tête de l'académie, la fille de Rav Hisda faisait tinter pour lui une noix dans un bassin. Après qu'il eut été nommé, elle lui aménagea une fenêtre et posait sa main sur sa tête.

📜 Rachi (3)
אַמְגּוֹזָא בְּלַקְנָא נוֹתֶנֶת אֱגוֹז בְּסֵפֶל שֶׁל נְחֹשֶׁת וּמְקַרְקֶשֶׁת בּוֹ מִבַּיִת וְהוּא נִפְנֶה כְּנֶגְדָּהּ מִבַּחוּץ:
Une noix dans un bassin : elle plaçait une noix dans un bassin de cuivre et la faisait tinter depuis l'intérieur, tandis qu'il se soulageait face à elle, à l'extérieur.
בָּתַר דְּמֶלֶךְ וְנַעֲשָׂה רֹאשׁ יְשִׁיבָה צָרִיךְ שִׁימּוּר טְפֵי מִפְּנֵי הַמַּזִּיקִים שֶׁמִּתְקַנְּאִים הַשֵּׁדִים בְּתַלְמִידֵי חֲכָמִים יוֹתֵר מִשְּׁאָר בְּנֵי אָדָם:
Après qu'il eut été nommé : devenu chef d'académie, il avait besoin d'une protection accrue face aux démons, car les démons jalousent les sages plus que le reste des hommes.
כַּווְּתָא חַלּוֹן כְּנֶגֶד מָקוֹם שֶׁהוּא נִפְנֶה שָׁם אֲחוֹרֵי הַבַּיִת:
Kavata : une fenêtre face à l'endroit où il se soulageait, derrière la maison.
🗂️ Tossefot (2)
רָבָא מִקַּמֵּי דַּהֲוָה רֵישָׁא כו' בָּתַר דְּמֶלֶךְ עֲבַדָה לֵיהּ כַּווְּתָא וּמַנְּחָא לֵיהּ יְדָא כּוּ' תֵּימַהּ דע"כ לֹא מָלַךְ רָבָא עַד אַחַר פְּטִירָתוֹ שֶׁל אַבַּיֵּי כִּדְמַשְׁמַע לְעֵיל בְּעֻובְדָּא דְּבַר הֲדָיָא וְכֵן בִּכְתֻובּוֹת דְּקָאָמַר חוֹמָה דִּבְיַתְהוּ דְּאַבַּיֵּי אָתְיָא לְקַמֵּיהּ דְּרָבָא בְּסוֹף פֶּרֶק אע"פ (כְּתֻובּוֹת ד' סה.) וְזֶהוּ תֵּימַהּ דִּלְעֵיל (בְּרָכוֹת ד' נו.) מַשְׁמַע דְּרָאָה בַּחֲלוֹם פְּטִירָתָהּ קֹודֶם פְּטִירָתוֹ דְּאַבַּיֵּי וי"ל מִכָּל מָקוֹם לֹא נִפְטְרָה עַד אַחַר אַבַּיֵּי:
Étonnant : car Rava ne fut nommé qu'après le décès d'Abaye, comme il ressort plus haut du récit de Bar Hedya, et de même dans Ketoubot, où il est dit que Houma, l'épouse d'Abaye, vint devant Rava, à la fin du chapitre Af al pi (Ketoubot 65a). Et cela est étonnant, car plus haut (Berakhot 56a) il ressort qu'il vit en rêve la mort de son épouse avant le décès d'Abaye. On peut répondre : de toute manière, elle ne mourut qu'après Abaye.
סַלִּיקוּ תּוֹסָפוֹת דְּמַסֶּכֶת בְּרָכוֹת
Fin des Tossefot du traité Berakhot.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מְקַרְקְשַׁתָּא לֵיהּ בַּת רַב חִסְדָּא. נִמְצָא הַשְׁמָעַת קוֹל מַבְרִיחַ הַמַּזִּיקִין, וְכֵן הֵבִיא מָהַרְשָׁ"א זַ"ל מִפֶּרֶק עַרְבֵי פְּסָחִים, וְכֵן תִּמְצָא גַּם כֵּן בַּמִּדְרָשׁ רָבָא רֵישׁ פָּרָשַׁת קְדוֹשִׁים בְּאוֹתָהּ מַעֲשֶׂה שֶׁל הָרוּחַ, שא"ל לֶהֱווֹ מַקְשְׁיָין בְּפַרְזְלַייְהוּ וְאָמְרִין דִּידַן נֶצַח דִּידַן נֶצַח יע"ש. וְנִרְאֶה לְכָךְ נוֹהֲגִין פֹּה עֲיָרֵינוּ לַעֲשׂוֹת פַּעֲמוֹנִים שֶׁל כֶּסֶף בְּקַרְסֻולֵּי הַתִּינוֹק שֶׁיִּהְיֶה מְהַלֵּךְ בָּהֶם וּמַשְׁמִיעַ קוֹל עַד הֱיוֹתוֹ בֶּן שָׁלֹשׁ שָׁנִים , וְזֶה מִנְהַג קַדְמוֹן, וְנַעֲשָׂה גַּם כֵּן לְהַבְרִיחַ מִמֶּנּוּ הַמַּזִּיקִין בְּהַשְׁמָעַת קוֹל כְּדַעֲבַדָא רַב חִסְדָּא, אַךְ הָעוֹלָם אָמְרוּ הַטַּעַם כְּדֵי שֶׁאִם יֵלֵךְ לְבַדּוֹ בְּאֵיזֶה מָקוֹם בַּבַּיִת יֵדְעוּ מִן הַקּוֹל הֵיכָן הוּא הוֹלֵךְ.
« La fille de Rav Hisda faisait tinter pour lui. » Il ressort de là que faire entendre un son met les démons en fuite. Le Maharcha, de mémoire bénie, l'a rapporté du chapitre Arve Pessahim, et tu le trouveras également dans le Midrach Rabba, au début de la parachat Kedochim, dans le récit de l'esprit, où il leur est dit de faire du bruit avec leurs objets de fer et de dire : la victoire est à nous, la victoire est à nous — vois-le là-bas. Il me semble que c'est pour cela qu'on a l'usage, dans notre ville, de mettre des clochettes d'argent aux chevilles de l'enfant, afin qu'il marche avec elles et fasse entendre un son jusqu'à l'âge de trois ans. C'est un usage ancien, fait lui aussi pour éloigner de lui les démons par l'émission d'un son, comme le faisait la fille de Rav Hisda. Mais les gens en donnent pour raison que, s'il s'en va seul quelque part dans la maison, on sache par le son où il se trouve.
💡 Explication

Deux niveaux de protection, ajustés au rang de Rava. Avant sa nomination, un bruit suffit : la noix agitée dans un bassin de cuivre. Rachi précise le dispositif — l'épouse se tient à l'intérieur, Rava à l'extérieur, face à elle.

Une fois devenu chef d'académie, il lui faut davantage, car les démons s'en prennent aux sages plus qu'aux autres : une fenêtre est percée, et l'épouse pose la main sur sa tête. Le point rejoint la lecture du Ben Yehoyada au passage précédent : le bruit repousse, le silence exigé ne porte que sur les paroles.

Les Tossefot relèvent une difficulté de chronologie : Rava n'a présidé qu'après la mort d'Abaye, alors qu'un rêve rapporté plus haut (Berakhot 56a) annonçait la mort de son épouse auparavant. Leur réponse : l'annonce ne s'est réalisée qu'après Abaye. Cette glose est la dernière des Tossefot du traité Berakhot.

10
אָמַר עֻולָּא: אֲחוֹרֵי הַגָּדֵר — נִפְנֶה מִיָּד. וּבַבִּקְעָה, כָּל זְמַן שֶׁמִּתְעַטֵּשׁ וְאֵין חֲבֵרוֹ שׁוֹמֵעַ. אִיסִי בַּר נָתָן מַתְנֵי הָכִי: אֲחוֹרֵי הַגָּדֵר, כָּל זְמַן שֶׁמִּתְעַטֵּשׁ וְאֵין חֲבֵרוֹ שׁוֹמֵעַ, וּבַבִּקְעָה — כָּל זְמַן שֶׁאֵין חֲבֵרוֹ רוֹאֵהוּ.

Oula a dit : derrière le mur, on se soulage aussitôt ; et dans la plaine, tant qu'il peut émettre un vent sans que son compagnon l'entende. Issi bar Natan enseigne ainsi : derrière le mur, tant qu'il peut émettre un vent sans que son compagnon l'entende ; et dans la plaine, tant que son compagnon ne le voit pas.

📜 Rachi (3)
אֲחוֹרֵי הַגָּדֵר נִפְנֶה מִיָּד וְאֵין צָרִיךְ לְהִתְרַחֵק כְּלוּם:
Derrière le mur, il se soulage aussitôt : il n'a pas du tout besoin de s'éloigner.
וּבַבִּקְעָה צָרִיךְ לְהִתְרַחֵק כְּדֵי שֶׁלֹּא יִשְׁמַע חֲבֵרוֹ עִטּוּשִׁים שֶׁל מַטֵּה אֲבָל אֵין צָרִיךְ לְהִתְרַחֵק עַד כְּדֵי שֶׁלֹּא יִרְאֶנּוּ:
Et dans la plaine : il doit s'éloigner de sorte que son compagnon n'entende pas les vents d'en bas ; mais il n'a pas besoin de s'éloigner au point de ne pas être vu.
רַב אַשִּׁי אָמַר וְכוּ' לָא גָּרְסִינַן עַד לְקַמָּן דְּמוּקֵי לִדְאִיסִי בַּר נָתָן בְּהָכִי:
« Rav Achi a dit », etc. : ce passage ne se lit pas ici, mais seulement plus bas, là où l'on établit en ce sens la position d'Issi bar Natan.
💡 Explication

Nouvelle section : la mesure de l'éloignement requis avant de se soulager. Deux situations sont distinguées — derrière un mur, où l'on est déjà soustrait au regard, et dans la plaine (bika), en terrain découvert.

Oula et Issi bar Natan proposent deux échelles décalées d'un cran : là où Oula n'exige rien derrière le mur, Issi bar Natan exige déjà d'être hors de portée d'ouïe ; et là où Oula se contente de l'ouïe dans la plaine, Issi bar Natan exige d'échapper au regard. Ce sont les deux critères qui structurent toute la suite : être entendu et être vu.

🖼️ Schéma
Deux échelles décalées d'un cran distance nulle hors de portée d'ouïe hors de vue éloignement croissant Derrière le mur Oula Issi bar Natan Dans la plaine Oula Issi bar Natan
Issi bar Natan exige toujours un cran de plus qu'Oula, dans chacune des deux situations.
11
מֵיתִיבִי: יוֹצְאִין מִפֶּתַח בֵּית הַבַּד, וְנִפְנִין לַאֲחוֹרֵי הַגָּדֵר, וְהֵן טְהוֹרִין!

On objecte : ils sortent de l'entrée du pressoir à huile, se soulagent derrière le mur, et ils demeurent purs !

📜 Rachi (1)
יוֹצְאִין מִפֶּתַח בֵּית הַבַּד מִשִּׁמְרֵי טְהָרוֹת שֶׁל שֶׁמֶן בֵּית הַבַּד אִם הֻוצְרְכוּ לִפָּנוֹת יוֹצְאִים מִפֶּתַח בֵּית הַבַּד וְנִפְנִין לַאֲחוֹרֵי הַגָּדֵר שֶׁלִּפְנֵי הַפֶּתַח וְאֵין חוֹשְׁשִׁין שֶׁמָּא בְּתוֹךְ כָּךְ יִכָּנֵס עַם הָאָרֶץ וְיָגֵעַ אַלְמָא נִפְנִין לַאֲחוֹרֵי הַגָּדֵר מִיָּד:
Ils sortent de l'entrée du pressoir à huile : ceux qui gardent la pureté de l'huile du pressoir, s'ils ont besoin de se soulager, sortent de l'entrée du pressoir et se soulagent derrière le mur qui est devant l'entrée, sans que l'on craigne qu'entre-temps un am haarets n'entre et ne touche. Il en ressort qu'on se soulage aussitôt derrière le mur.
💡 Explication

Première objection, tirée d'une michna de Teharot. Les gardiens de l'huile du pressoir se soulagent derrière le mur voisin sans que leur absence compromette la pureté de ce qu'ils gardent.

Le raisonnement porte sur la durée : si l'on demeure pur, c'est que l'absence est brève, donc qu'aucun éloignement n'est exigé derrière le mur. Cela contredit Issi bar Natan, qui y exige déjà d'être hors de portée d'ouïe.

12
בִּטְהָרוֹת הֵקֵלּוּ.

En matière de puretés, on a allégé.

📜 Rachi (1)
בִּטְהָרוֹת הֵקֵלּוּ בִּשְׁבִיל שְׁמִירַת טְהָרוֹת הֵקֵלּוּ בְּבֵית הַכִּסֵּא:
En matière de puretés, on a allégé : en vue de la garde des puretés, on a allégé pour la maison d'aisance.
💡 Explication

Réponse courte : la michna citée n'énonce pas la règle générale. Pour ne pas rendre impossible la garde des teharot, les maîtres ont allégé les exigences d'éloignement dans ce cas précis.

13
תָּא שְׁמַע: כַּמָּה יַרְחִקוּ וְיִהְיוּ טְהוֹרִין — כְּדֵי שֶׁיְּהֵא רוֹאֵהוּ! שָׁאנֵי אוֹכְלֵי טְהָרוֹת, דְּאַקִּילוּ בְּהוּ רַבָּנָן.

Viens et entends : jusqu'où peuvent-ils s'éloigner tout en demeurant purs ? Assez pour qu'il le voie !

Ceux qui mangent leurs aliments en pureté sont un cas différent, car les maîtres ont allégé à leur égard.

📜 Rachi (3)
כַּמָּה יִרְחֲקוּ שׁוֹמְרֵי טְהָרוֹת:
Jusqu'où peuvent-ils s'éloigner : les gardiens des puretés.
כְּדֵי שֶׁיְּהֵא רוֹאֵהוּ וְכֵיוָן דְּאֵינוֹ יָכוֹל לְהִתְרַחֵק יוֹתֵר עַל כָּרְחָךְ אִם הֻוצְרַךְ לִפָּנוֹת יִפָּנֶה תְּיוּבְתָּא דְּאִיסִי דְּבָעֵי שֶׁלֹּא יִרְאֶנּוּ:
Assez pour qu'il le voie : et puisqu'il ne peut s'éloigner davantage, il se soulagera nécessairement là s'il en a besoin. C'est une réfutation d'Issi, qui exige que son compagnon ne le voie pas.
דְּאַקִּילוּ בְּהוּ רַבָּנָן בִּשְׁבִיל שְׁמִירָתָן הֵקֵלּוּ בְּבֵית הַכִּסֵּא:
Les maîtres ont allégé à leur égard : en vue de leur garde, ils ont allégé pour la maison d'aisance.
💡 Explication

Seconde objection, prise dans la même matière : la distance maximale autorisée aux gardiens est celle qui permet encore de voir. Puisqu'ils ne peuvent aller plus loin et doivent pourtant se soulager, c'est donc qu'être vu ne fait pas obstacle. Cela réfute Issi bar Natan.

La réponse reprend celle du passage précédent, avec une formulation légèrement différente : le régime de ceux qui mangent en pureté est un régime allégé, dont on ne peut rien déduire pour la règle générale.

14
רַב אַשִּׁי אָמַר: מַאי ״כָּל זְמַן שֶׁאֵין חֲבֵרוֹ רוֹאֶה״ דְּקָאָמַר אִיסִי בַּר נָתָן — כָּל זְמַן שֶׁאֵין חֲבֵרוֹ רוֹאֶה אֶת פֵּרוּעוֹ, אֲבָל לְדִידֵיהּ חָזֵי לֵיהּ.

Rav Achi a dit : que signifie « tant que son compagnon ne le voit pas », dit par Issi bar Natan ? Tant que son compagnon ne voit pas sa nudité découverte ; mais lui, il peut le voir.

📜 Rachi (1)
אֲבָל לְדִידֵיהּ חָזֵי לֵיהּ אֲבָל הוּא עַצְמוֹ אֶת חֲבֵרוֹ יָכוֹל לִרְאוֹת וְלֹא יַרְחִיק:
Mais lui, il peut le voir : lui-même peut voir son compagnon, et il ne s'éloignera pas davantage.
💡 Explication

Rav Achi résout la difficulté en redéfinissant le critère. « Ne pas être vu » ne veut pas dire disparaître du champ de vision, mais que la nudité découverte échappe au regard du compagnon.

Les deux hommes peuvent donc parfaitement se voir. La règle d'Issi bar Natan redevient compatible avec la michna des puretés, et le critère se déplace de la distance vers ce qui est effectivement exposé au regard.

15
הַהוּא סַפְדָנָא דִּנְחֵית קַמֵּיהּ דְּרַב נַחְמָן, אָמַר: ״הַאי צָנוּעַ בְּאוֹרְחוֹתָיו הֲוָה״. אֲמַר לֵיהּ רַב נַחְמָן: אַתְּ עֲיַילְתְּ בַּהֲדֵיהּ לְבֵית הַכִּסֵּא וְיָדְעַתְּ אִי צָנוּעַ אִי לָא? דְּתַנְיָא: אֵין קוֹרִין ״צָנוּעַ״ אֶלָּא לְמִי שֶׁצָּנוּעַ בְּבֵית הַכִּסֵּא.

Un certain orateur funèbre descendit devant Rav Nahman et dit : cet homme était pudique dans ses voies. Rav Nahman lui dit : es-tu entré avec lui à la maison d'aisance, pour savoir s'il était pudique ou non ?

Car il a été enseigné : on n'appelle « pudique » que celui qui est pudique à la maison d'aisance.

💡 Explication

La tseniout reçoit ici une définition restrictive et vérifiable. L'éloge funèbre employait le mot dans un sens large ; Rav Nahman le ramène à un lieu précis, celui où nul ne regarde.

L'exigence est sévère : l'orateur n'a pas les moyens de savoir ce qu'il affirme. Le critère retenu par la baraita est celui d'une conduite maintenue hors de tout témoin.

16
וְרַב נַחְמָן מַאי נָפְקָא לֵיהּ מִינֵּיהּ? מִשּׁוּם דְּתַנְיָא: כְּשֵׁם שֶׁנִּפְרָעִין מִן הַמֵּתִים כָּךְ נִפְרָעִין מִן הַסַּפְדָנִין, וּמִן הָעוֹנִין אַחֲרֵיהֶן.

Et Rav Nahman, en quoi cela le concernait-il ? Parce qu'il a été enseigné : de même qu'on demande des comptes aux morts, de même on en demande aux orateurs funèbres et à ceux qui répondent après eux.

💡 Explication

La Guemara explique l'insistance de Rav Nahman : l'enjeu n'est pas seulement l'exactitude des mots. L'éloge excessif engage la responsabilité de celui qui le prononce et de l'assemblée qui l'approuve.

Rav Nahman intervient donc pour protéger l'orateur et le public, autant que la vérité sur le défunt.

17
תָּנוּ רַבָּנַן: אֵיזֶהוּ צָנוּעַ — זֶה הַנִּפְנֶה בַּלַּיְלָה בְּמָקוֹם שֶׁנִּפְנָה בַּיּוֹם.

Nos maîtres ont enseigné : qui est pudique ? Celui qui se soulage la nuit à l'endroit où il se soulage le jour.

📜 Rachi (1)
בְּמָקוֹם שֶׁנִּפְנֶה בַּיּוֹם מִתְרַחֵק מִבְּנֵי אָדָם בַּלַּיְלָה כְּבַיּוֹם:
À l'endroit où il se soulage le jour : il s'éloigne des hommes la nuit comme le jour.
💡 Explication

Définition positive du tsanoua : celui dont la conduite ne varie pas avec les circonstances. L'obscurité offre une dispense apparente, dont il ne se sert pas.

Rachi lit la formule comme une exigence de distance : il s'éloigne autant la nuit que le jour. C'est cette lecture que la Guemara va contester au passage suivant.

18
אֵינִי?! וְהָאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: לְעוֹלָם יַנְהִיג אָדָם אֶת עַצְמוֹ שַׁחֲרִית וְעַרְבִית, כְּדֵי שֶׁלֹּא יְהֵא צָרִיךְ לְהִתְרַחֵק! וְתוּ, רָבָא בִּימָמָא הֲוָה אָזֵיל עַד מִיל, וּבְלֵילְיָא אֲמַר לֵיהּ לְשַׁמָּעֵיהּ: פַּנּוֹ לִי דֻּוכְתָּא בִּרְחוֹבָא דְמָתָא. וְכֵן אֲמַר לֵיהּ רַבִּי זֵירָא לְשַׁמָּעֵיהּ: חֲזִי מַאן דְּאִיכָּא אֲחוֹרֵי בֵּית חֶבְרַיָּא, דְּבָעֵינָא לְמִפְּנֵי! לָא תֵּימָא בְּמָקוֹם, אֶלָּא אֵימָא: כְּדֶרֶךְ שֶׁנִּפְנֶה בַּיּוֹם.

Est-ce ainsi ? Mais Rav Yehouda a dit au nom de Rav : que l'homme s'accoutume toujours au matin et au soir, afin de ne pas avoir à s'éloigner !

De plus, Rava allait de jour jusqu'à un mil, et la nuit il disait à son serviteur : dégage-moi une place dans la rue de la ville. De même, Rabbi Zera dit à son serviteur : vois qui se trouve derrière la maison des compagnons, car j'ai besoin de me soulager.

Ne dis pas « à l'endroit », mais dis : de la manière dont il se soulage le jour.

📜 Rachi (6)
יַנְהִיג אָדָם עַצְמוֹ לִפָּנוֹת:
Que l'homme s'accoutume : à se soulager.
שַׁחֲרִית קֹודֶם הַיּוֹם:
Au matin : avant le jour.
וְעַרְבִית מִשֶּׁחֲשֵׁכָה:
Et au soir : après la tombée de la nuit.
כְּדֵי שֶׁלֹּא יְהֵא צָרִיךְ לְהִתְרַחֵק אַלְמָא אֵין מִתְרַחֲקִין בַּלַּיְלָה:
Afin de ne pas avoir à s'éloigner : il en ressort qu'on ne s'éloigne pas la nuit.
פְּנוּ לִי דֻּוכְתָּא מִבְּנֵי אָדָם:
Dégage-moi une place : des hommes qui s'y trouvent.
כְּדֶרֶךְ שֶׁנִּפְנֶה בַּיּוֹם לְעִנְיַן פָּרוּעַ טֶפַח וְטִפְחַייִם כִּדְאָמְרִינַן בְּפִרְקֵי קַמָּאֵי (פ"ג ד' כג:) וּמְיֻושָּׁב כִּדְאָמְרִינַן לְעֵיל:
De la manière dont il se soulage le jour : quant au fait de se découvrir d'un tefah et de deux tefahim, comme nous l'avons dit dans les premiers chapitres (chapitre 3, page 23b), et quant à la position assise, comme nous l'avons dit plus haut.
💡 Explication

Deux objections contre la lecture de Rachi. D'abord un enseignement : il faut prendre l'habitude de se soulager tôt le matin et tard le soir, précisément pour n'avoir pas à s'éloigner — donc la nuit dispense de la distance. Ensuite la pratique de deux amoraim : Rava parcourait un mil de jour et se contentait de la rue de la ville la nuit ; Rabbi Zera se contentait de l'arrière du beit hamidrach.

La Guemara corrige donc la formulation de la baraita : lire non pas ba-makom, à l'endroit, mais ke-derekh, de la manière. Ce qui doit rester constant est la manière de se découvrir — la mesure d'un tefah, la position assise — et non la distance parcourue.

🖼️ Schéma
Baraita : le tsanoua se soulage la nuit À L'ENDROIT où il se soulage le jour. Objection 1 : Rav Yehouda au nom de Rav S'accoutumer au matin et au soir, afin de ne pas avoir à s'éloigner. Donc la nuit, on ne s'éloigne pas. Objection 2 : la pratique des maîtres Rava : un mil de jour, la rue de la ville la nuit. Rabbi Zera : l'arrière de la maison des compagnons. Réponse 1 : corriger le texte Lire non pas à l'endroit, mais DE LA MANIÈRE dont il se soulage le jour : se découvrir d'un tefah, s'asseoir. La distance peut varier. Réponse 2 : Rav Achi Garder à l'endroit ; la baraita ne visait que le cas de l'angle du mur : s'il y en a un à côté, il s'y retire la nuit comme le jour.
Les deux objections à la baraita et les deux voies de résolution : corriger le mot, ou restreindre le cas.
19
רַב אַשִּׁי אָמַר: אֲפִילּוּ תֵּימָא בְּמָקוֹם, לֹא נִצְרְכָה אֶלָּא לְקֶרֶן זָוִית.

Rav Achi a dit : tu peux même dire « à l'endroit » ; cela n'était nécessaire que pour l'angle.

📜 Rachi (1)
לְקֶרֶן זָוִית אִם יֵשׁ קֶרֶן זָוִית סָמוּךְ צָרִיךְ לְהִסְתַּלֵּק שָׁם בַּלַּיְלָה כְּבַיּוֹם וְלֹא יִפְנֶה בְּגָלוּי:
Pour l'angle : s'il y a un angle à proximité, il doit s'y retirer la nuit comme le jour, et ne pas se soulager à découvert.
💡 Explication

Rav Achi maintient la lecture ba-makom, à l'endroit, en restreignant sa portée. La baraita ne parle pas de la distance, mais du recours à un keren zavit, un angle de mur qui dérobe au regard.

La règle devient donc : s'il existe un abri proche, on l'utilise la nuit comme le jour. Les deux réponses aboutissent au même résultat pratique et divergent seulement sur le point de savoir s'il faut ou non corriger le texte de la baraita.

20
גּוּפָא. אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: לְעוֹלָם יַנְהִיג אָדָם אֶת עַצְמוֹ שַׁחֲרִית וְעַרְבִית, כְּדֵי שֶׁלֹּא יְהֵא צָרִיךְ לְהִתְרַחֵק.

Le corps même de cet enseignement. Rav Yehouda a dit au nom de Rav : que l'homme s'accoutume toujours au matin et au soir, afin de ne pas avoir à s'éloigner.

💡 Explication

Goufa : la Guemara revient sur un enseignement cité en passant comme objection, pour l'étudier maintenant pour lui-même. Le procédé est fréquent et sert ici de charnière vers la dernière section du folio.

21
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי, בֶּן עַזַּאי אוֹמֵר: הַשְׁכֵּם וְצֵא, הַעֲרֵב וְצֵא, כְּדֵי שֶׁלֹּא תִּתְרַחֵק. מְשַׁמֵּשׁ וְשָׁב, וְאַל תֵּשֵׁב וּתְמַשְׁמֵשׁ, שֶׁכָּל הַיּוֹשֵׁב וּמְמַשְׁמֵשׁ — אֲפִילּוּ עוֹשִׂין כְּשָׁפִים בְּאַסְפַּמְיָא, בָּאִין עָלָיו.

Il a été enseigné de même : Ben Azai dit — lève-toi tôt et sors, attends le soir et sors, afin de ne pas avoir à t'éloigner. Palpe puis assieds-toi, et ne t'assieds pas pour palper ensuite ; car quiconque s'assied puis palpe, même si l'on pratique des sortilèges en Aspamia, ils viennent sur lui.

📜 Rachi (1)
מְשַׁמֵּשׁ בִּצְרוֹר אוֹ בְּקֵיסָם לִפְתֹּוחַ נְקָבִים כִּדְאָמְרִינַן בְּמַסֶּכֶת שַׁבָּת (ד' פב.) לָשׁוֹן אַחֵר מְשַׁמֵּשׁ הַמּוֹשָׁב שֶׁלֹּא יְהֵא מְלֻוכְלָךְ וְלָשׁוֹן רִאשׁוֹן הָגוּן דא"כ לָמָּה לִי מִשּׁוּם כְּשָׁפִים תִּיפּוֹק לִי כֵּיוָן שֶׁיָּשַׁב כְּבָר מְלֻוכְלָכִים בְּגָדָיו וּמַה יוֹעִיל מִשְׁמוּשׁוֹ:
Palper : avec un caillou ou un éclat de bois, pour ouvrir les orifices, comme nous l'avons dit au traité Chabbat (82a). Autre explication : palper le siège afin qu'il ne soit pas souillé. La première explication est la bonne, car sinon pourquoi invoquer les sortilèges ? Il aurait suffi de dire que, s'étant déjà assis, ses vêtements sont souillés — à quoi lui servirait alors de palper ?
💡 Explication

Une baraita confirme l'enseignement de Rav et y ajoute une règle d'ordre : palper d'abord, s'asseoir ensuite. Rachi retient l'explication selon laquelle il s'agit de dégager les orifices au moyen d'un caillou ou d'un éclat de bois, et il écarte l'autre lecture par un argument interne : si le geste ne visait que la propreté du siège, la mention des sortilèges serait inexplicable.

L'inversion de l'ordre expose à un danger présenté comme sans limite de distance : les sortilèges pratiques jusqu'à Aspamia l'atteindraient.

🖼️ Schéma
L'ordre des deux gestes, et le remède en cas d'oubli Palper ouvrir les orifices S'asseoir ordre correct Aucun danger Rachi : le geste se fait avec un caillou ou un éclat de bois. S'asseoir ordre inverse Palper trop tard Exposition aux sortilèges Même pratiques en Aspamia, ils viennent sur lui. S'il a oublié : la formule à dire en se relevant Pas pour moi, pas pour moi ; ni tahim ni tahtim ; ni ceux-ci ni ceux-là ; ni les sortilèges d'un sorcier ni les sortilèges d'une sorcière.
L'ordre requis, la conséquence de son inversion et la formule de réparation donnée au passage suivant.
22
וְאִי אִנְּשִׁי וִיתִיב וְאַחַר כָּךְ מִשְׁמֵשׁ, מַאי תַּקַּנְתֵּיהּ? — כִּי קָאֵי, לֵימָא הָכִי: ״לָא לִי לָא לִי, לָא תַּחִים וְלָא תַּחְתִּים, לָא הָנֵי וְלָא מֵהָנֵי, לָא חַרְשֵׁי דְּחַרָּשָׁא וְלָא חַרְשֵׁי דְחַרָּשְׁתָא״.

Et s'il a oublié, s'est assis, puis a palpé ensuite, quel est son remède ? Lorsqu'il se lève, qu'il dise ainsi : « pas pour moi, pas pour moi ; ni tahim ni tahtim ; ni ceux-ci ni ceux-là ; ni les sortilèges d'un sorcier ni les sortilèges d'une sorcière ».

📜 Rachi (4)
לָא לִי לָא לִי לָא תּוּכְלוּ לִי:
« Pas pour moi, pas pour moi » : vous ne pourrez rien contre moi.
לָא תַּחִים וְלָא תַּחְתִּים הֵם שְׁמוֹת הַכְּשָׁפִים הָעֲשׂוּיִים ע"י תַּחְתּוֹנִיּוֹת:
« Ni tahim ni tahtim » : ce sont les noms des sortilèges opérés par les parties basses.
לָא הָנֵי וְלָא מֵהָנֵי לָא כֻּולָּן וְלֹא מִקְצָתָן:
« Ni ceux-ci ni ceux-là » : ni tous, ni une partie d'entre eux.
לָא חַרְשֵׁי דְּחַרָּשָׁא וְלָא חַרְשֵׁי דְחַרָּשְׁתָא וְלֹא מְכַשְּׁפוּת מְכַשֵּׁף זָכָר וְלֹא מְכַשְּׁפוּת מְכַשֵּׁפָה נְקֵבָה לָשׁוֹן אַחֵר לָא הָנֵי וְלָא מֵהָנֵי לָא יִצְלַח וְלֹא יוֹעִיל עוֹד מְכַשְּׁפוּת:
« Ni les sortilèges d'un sorcier ni les sortilèges d'une sorcière » : ni la magie d'un sorcier, ni celle d'une sorcière. Autre explication de « ni ceux-ci ni ceux-là » : qu'ils ne réussissent ni ne servent plus à rien.
💡 Explication

Le folio se clôt sur un remède en cas d'oubli : une formule à prononcer en se relevant. Elle est construite par accumulation de négations, chacune fermant une porte — les deux types de sortilèges nommés, l'ensemble et la partie, l'opérateur masculin et l'opérateur féminin.

Rachi glose chaque membre, et propose une seconde lecture de lo hani ve-lo mehani : au lieu de « ni tous ni une partie », comprendre « qu'ils ne réussissent ni ne servent ». L'ensemble du dernier passage rejoint le thème d'ouverture — la conduite dans ce lieu engage une exposition réelle, dont on se prémunit par la règle et par la parole.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).