Sougya : Le folio prolonge d'abord les conseils d'hygiène et de conduite : les maximes de Ben Azzai sur la couche et le siège, celles de Chmouel sur le sommeil et l'évacuation à l'aube, puis les sentences brèves de Bar Kappara, qui recommandent de ne rien différer. Abaye enseigne à ses élèves à ne pas regarder de côté sur les sentiers de Mehoza, et l'épisode de Rav Safra et de Rabbi Abba pose la question de la parole au lieu d'aisance : la baraita de Tamid interdit d'y parler, mais Rav Safra a cru à un danger, car retenir ses besoins rend malade.
La sougya passe ensuite au récit de la grotte. David reproche à Chaoul de l'avoir poursuivi, et le verset « et il a dit de te tuer, et il a eu pitié de toi » est lu par Rabbi Elazar comme l'aveu que la pudeur de Chaoul l'a sauvé : selon la loi du poursuivant, David pouvait le tuer.
De là découlent trois développements : le mépris du vêtement, qui frappera David vieillissant ; le mot « inciter » adressé à Hachem, qui entraîne le recensement sans rançon et la peste ; et la question « que vit-Il ? » lorsque la peste s'arrête, avec quatre réponses des Amoraim. Le folio revient enfin à la michna sur le mont du Temple : le sens du mot kappandaria, la permission d'y passer dans une synagogue quand on n'y est pas entré pour cela, et le kal va-homer qui interdit de cracher, discuté entre Rava et son interlocuteur.
On a enseigné : Ben Azzai dit : sur toute couche, couche-toi, sauf sur le sol ; sur tout siège, assieds-toi, sauf sur une poutre. Chmouel a dit : le sommeil à l'aube est [pour le corps] comme la trempe (istema) pour le fer ; l'évacuation à l'aube est comme la trempe pour le fer.
Le folio est ici dans une suite de conseils de refoua et de conduite. La maxime de Ben Azzai n'a pas de motif rituel : Rachi la ramène à un risque de chute. Le mot istema désigne la trempe du forgeron, qui durcit le métal ; Chmouel applique l'image au corps.
Ces sentences préparent la suite : elles posent que le corps a des moments propres, ce qui rendra intelligible la position de Rav Safra plus bas.
Bar Kappara vendait des paroles pour des dinars : tant que tu as faim, mange ; tant que tu as soif, bois ; tant que ta marmite bout, verse. Le cor a sonné à Rome : fils du marchand de figues, vends les figues de ton père.
« Vendre des paroles pour des dinars » décrit une manière d'enseigner : des formules brévissimes, en araméen, que l'auditeur emporte comme une monnaie. Les trois premières visent le corps ; Rachi explique la troisième, sur la marmite, comme une image du besoin naturel qu'il ne faut pas retenir.
La quatrième quitte le corps pour le commerce : le cor de Rome signale la demande, et l'occasion manquée ne revient pas. Le fil commun des quatre est le temps : ce qui est bon maintenant ne le sera plus dans une heure.
Abaye dit aux Sages : quand vous empruntez les sentiers de Mehoza pour sortir vous soulager dans les champs, ne regardez ni d'un côté ni de l'autre, car peut-être des femmes y sont assises, et il n'est pas convenable de les regarder.
La consigne d'Abaye ouvre le thème qui portera tout le folio : la tsniout, la retenue, dans les situations les plus ordinaires. Le sentier est étroit et traverse des lieux où les femmes se soulagent elles aussi ; la règle porte donc sur le regard, non sur le passage.
Rav Safra entra au lieu d'aisance. Rabbi Abba arriva et toussa à la porte.
Rav Safra lui dit : que le maître entre. Quand il fut sorti, Rabbi Abba lui dit : jusqu'à présent tu n'es pas entré à Séir, et voilà que tu as déjà appris les manières de Séir !
N'avons-nous pas enseigné ainsi : il y avait là un foyer, et un lieu d'aisance d'honneur ; et voici en quoi consistait son honneur : s'il le trouvait fermé, on savait qu'il y avait là quelqu'un ; s'il le trouvait ouvert, on savait qu'il n'y avait personne. Il en ressort que [parler] n'est pas la conduite convenable.
Le reproche de Rabbi Abba porte sur un mot de trois syllabes : Rav Safra a parlé au lieu d'aisance. Séir désigne Edom, pris ici comme le lieu où l'on ignore la pudeur.
La preuve vient de la michna de Tamid : au Temple, le système de la porte fermée ou ouverte à été conçu précisément pour éviter d'avoir à parler. Un dispositif matériel remplace la parole ; c'est en cela qu'il est « d'honneur ».
Et lui pensait qu'il était en danger. Car on a enseigné : Rabban Chimon ben Gamliel dit : la colonne qui refoule amène l'homme à l'hydropisie ; le jet qui refoule amène l'homme à la jaunisse.
La guemara justifie Rav Safra : il n'a pas parlé par relâchement, mais parce que faire attendre Rabbi Abba devant la porte l'aurait mis en danger. La baraita fournit la donnée médicale : la matière ou l'urine refoulée rend malade — hydropisie (hidrokan), le ventre qui enfle, et jaunisse (yerakon).
Le raisonnement suppose donc une hiérarchie : la pudeur cède devant le risque corporel. C'est le prolongement direct de la maxime de Bar Kappara sur la marmite qui bout.
Rabbi Elazar entra au lieu d'aisance. Un Romain vint et le bouscula.
Rabbi Elazar se leva et sortit. Un serpent vint et arracha les entrailles [du Romain].
Rabbi Elazar appliqua sur lui le verset : « et Je donnerai un homme (adam) à ta place » — ne lis pas adam, mais Edom.
Le verset de Yechayahou (43, 4) promet à Israël qu'un autre sera livré à sa place. Rabbi Elazar joue sur les consonnes : adam lu Edom, c'est-à-dire Rome. Celui qui a pris sa place au lieu d'aisance a pris sa place devant le danger.
« Et il a dit de te tuer, et il a eu pitié de toi. »
« Et il a dit » — il aurait fallu dire « et j'ai dit » ! « Et il a eu pitié » — il aurait fallu dire « et j'ai eu pitié » !
Rabbi Elazar a dit : David dit à Chaoul : selon la Torah tu es passible de mort, car tu es un poursuivant, et la Torah a dit : celui qui vient te tuer, devance-le et tue-le. Mais la pudeur qui était en toi, c'est elle qui a eu pitié de toi.
La question est grammaticale. David raconte ce qu'il a fait dans la grotte, et le verset devrait être à la première personne. Il porte deux verbes à la troisième : « il a dit » et « il a eu pitié ». Rabbi Elazar en tire deux sujets différents : le premier verbe renvoie à une autorisation d'en haut, le second à la pudeur de Chaoul, qui se lit au féminin.
Le fond halakhique est la loi du rodef, le poursuivant : celui qui vient tuer peut être devancé. David n'a donc pas renoncé à un droit douteux, mais à un droit reconnu, et la raison de ce renoncement est la conduite de Chaoul dans la grotte, que la guemara va détailler.
Et quelle était-elle [cette pudeur] ? Comme il est écrit : « et il vint aux parcs à brebis sur le chemin, et il y avait là une grotte, et Chaoul entra pour se couvrir les pieds ».
On a enseigné : une clôture à l'intérieur d'une clôture, et une grotte à l'intérieur d'une grotte, [et c'est là qu'il entra] pour se couvrir. Rabbi Elazar a dit : cela enseigne qu'il se couvrit lui-même comme une soukka.
La guemara établit ce qu'était la pudeur de Chaoul, en lisant les redondances du verset : deux clôtures, deux grottes, chaque enceinte ajoutant un degré de retrait. L'expression biblique « couvrir les pieds » est elle-même un euphémisme.
Rabbi Elazar ajoute un troisième degré : Chaoul se couvre comme une soukka, en laissant retomber ses vêtements autour de lui. Ce détail servira plus loin : c'est parce que le pan du manteau traînait à terre que David a pu le couper sans être senti.
« Et David se leva et coupa le pan du manteau de Chaoul en secret. » Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina a dit : quiconque méprise les vêtements finit par ne plus en tirer de bien, comme il est dit : « et le roi David était vieux, avancé en jours ; on le couvrait de vêtements et il n'avait pas chaud ».
La sougya introduit ici un contrepoint : le geste qui sauve Chaoul a un coût pour David. Le principe énoncé est général — mépriser un vêtement se paie — et le verset des Rois qui ouvre le livre le montre accompli sur David lui-même.
« Si Hachem t'a incité contre moi, qu'Il agrée une offrande. » Rabbi Elazar a dit : le Saint béni soit-Il dit à David : tu M'appelles inciteur ? Voici que Je vais te faire trébucher sur une chose que même les enfants de la maison d'étude savent, comme il est écrit : « quand tu relèveras le compte des enfants d'Israël selon leur dénombrement, chacun donnera la rançon de son âme, etc. ».
Aussitôt : « et un accusateur se dressa contre Israël », et il est écrit : « et il incita David contre eux, en disant : va, dénombre Israël ». Et lorsqu'il les eut dénombrés, il ne préleva pas d'eux de rançon, comme il est écrit : « et Hachem envoya une peste en Israël, depuis le matin jusqu'au temps fixé ».
La sanction est mesurée sur la faute : David a employé le mot mesit, inciteur, à propos du Ciel ; ce sont les mêmes consonnes qui reviennent dans « et il incita David ». La punition prend la forme du mot.
Le contenu de la faute est le kofer nefech : la Torah exige que tout dénombrement passe par une rançon, jamais par le comptage direct des personnes. David dénombre sans prélever, et la peste suit.
Qu'est-ce que « le temps fixé » ? Chmouel l'ancien, gendre de Rabbi Hanina, a dit au nom de Rabbi Hanina : depuis l'heure de l'abattage du sacrifice quotidien jusqu'à l'heure de l'aspersion de son sang.
Rabbi Yo'hanan a dit : jusqu'à midi exactement.
Les deux lectures du mot moed diffèrent par leur référence. Rabbi Hanina le rapporte au service du Temple : le tamid du matin, entre l'abattage et l'aspersion. Rabbi Yo'hanan le rapporte à l'heure du jour, midi. La première fait de l'arrêt de la peste un effet du sacrifice, la seconde un terme fixé d'avance.
« Et Il dit à l'ange qui détruisait parmi le peuple : rav ». Rabbi Elazar a dit : le Saint béni soit-Il dit à l'ange : prends-Moi le plus grand (rav) d'entre eux, celui par qui il y a de quoi acquitter plusieurs dettes.
À cette heure-là mourut Avichaï fils de Tserouya, qui équivalait à la majorité du Sanhédrin.
Le mot rav signifie « assez » dans le sens simple : l'ordre d'arrêter. Rabbi Elazar le lit au sens de « grand » : l'ange reçoit l'ordre de prendre le plus grand du peuple. La mort d'un seul homme d'un tel poids tient lieu de paiement pour la collectivité.
« Et comme il détruisait, Hachem vit et se ravisa » — que vit-Il ?
Rav a dit : Il vit Yaakov notre père, comme il est écrit : « et Yaakov dit lorsqu'il les vit ». Et Chmouel a dit : Il vit les cendres d'Its'hak, comme il est dit : « D.ieu verra pour Lui l'agneau ».
La question « que vit-Il ? » demande quel mérite a arrêté la plaie. Rav répond par Yaakov, en s'appuyant sur un verset où c'est Yaakov qui voit — la tradition rattache cette vision à son image gravée sur le Trône.
Chmouel répond par les cendres d'Its'hak, c'est-à-dire le mérite de la ligature, désigné par le verbe « verra » du récit même.
Rabbi Its'hak Nappaha a dit : Il vit l'argent des expiations, comme il est dit : « et tu prendras l'argent des expiations des enfants d'Israël, etc. ». Rabbi Yo'hanan a dit : Il vit le Temple, comme il est écrit : « sur la montagne, Hachem sera vu ».
La réponse de Rabbi Its'hak Nappaha est la plus ajustée à la faute : puisque la plaie vient d'un dénombrement sans rançon, le mérite qui l'arrête est l'argent des chekalim donné au désert, dont la Torah dit expressément qu'il est un mémorial destiné à expier.
Rabbi Yaakov bar Idi et Rabbi Chmouel bar Nahmani divergent là-dessus : l'un dit qu'Il vit l'argent des expiations, et l'autre dit qu'Il vit le Temple. Et il est raisonnable [de trancher] comme celui qui dit qu'Il vit le Temple, car il est dit : « comme on le dit aujourd'hui : sur la montagne, Hachem sera vu ».
La preuve tient à une clause du verset : « comme on le dit aujourd'hui ». Une formule qui vise un lieu permanent désigne le Temple plutôt qu'un versement unique fait au désert.
« Nul n'entrera au mont du Temple avec son bâton, etc. » Qu'est-ce qu'un kappandaria ? Rava a dit : kappandaria selon son nom [un raccourci].
Et Rav Hana bar Ada, au nom de Rav Sama fils de Rav Mari, a dit : c'est comme ce que dit un homme : plutôt que de contourner les rangées de maisons, j'entrerai par ici. Rav Nahman a dit au nom de Rabba bar Avouh : celui qui entre dans une synagogue sans avoir l'intention d'en faire un raccourci, il lui est permis d'en faire un raccourci.
Le mot kappandaria est expliqué de deux manières : Rava le prend comme un terme dont le sens est connu, tandis que Rav Sama y voit une contraction de la phrase populaire — contourner les rangées ou couper au travers.
La règle de Rav Nahman porte sur l'intention d'entrée : celui qui est entré pour une autre raison ne transforme pas le lieu en passage, même s'il en ressort par l'autre porte.
Rabbi Abbahou a dit : si c'était un sentier dès l'origine, c'est permis. Rabbi Helbo a dit au nom de Rav Houna : celui qui entre dans une synagogue pour y prier, il lui est permis d'en faire un raccourci, comme il est dit : « et quand le peuple du pays viendra devant Hachem aux temps fixés, etc. ».
Deux permissions s'ajoutent à celle de Rav Nahman. Celle de Rabbi Abbahou tient au lieu : un chemin public antérieur n'est pas annulé par la construction. Celle de Rav Houna tient à la finalité : celui qui est venu prier a le droit de sortir par la porte opposée, comme le verset de Ye'hezkel le prescrit pour le Temple.
« Et cracher, à fortiori. » Rav Beivai a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi : quiconque crache sur le mont du Temple, même de nos jours, c'est comme s'il crachait dans la pupille de Son œil, comme il est dit : « et Mes yeux et Mon cœur y seront tous les jours ».
Les mots « même de nos jours » sont le point de l'enseignement : la sainteté du lieu ne dépend pas de l'édifice. Le verset des Rois, où Hachem dit que Ses yeux seront là tous les jours, fournit exactement cette permanence.
Rava a dit : cracher dans une synagogue est permis, comme il en va de la chaussure : de même que la chaussure est interdite au mont du Temple et permise dans la synagogue, ainsi cracher est interdit au mont du Temple et permis dans la synagogue.
Rava construit une comparaison : la synagogue et le mont du Temple ne sont pas soumis au même régime, et la chaussure en donne la mesure. Ce qui est interdit au mont du Temple par égard pour la sainteté du lieu reste permis à la synagogue.
Rav Papa dit à Rava — et certains disent que c'est Ravina qui le dit à Rava, et certains disent que c'est Rav Ada bar Matna qui le dit à Rava : au lieu de déduire de la chaussure, déduis donc du raccourci !
L'objection porte sur le choix du modèle. La michna énumère plusieurs conduites interdites au mont du Temple ; certaines restent interdites à la synagogue, comme le raccourci, d'autres non, comme la chaussure. Rien n'impose de ranger le crachat du côté de la chaussure.
Il lui répondit : le tanna déduit de la chaussure, et toi tu dis du raccourci ?! Qu'est-ce donc ?
Car on a enseigné : nul n'entrera au mont du Temple ni avec son bâton à la main, ni avec sa chaussure au pied, ni avec de l'argent noué dans son drap, ni avec sa bourse rejetée derrière lui, et il n'en fera pas un raccourci. Et cracher, à fortiori à partir de la chaussure : si pour la chaussure, en quoi il n'y a pas de mépris, la Torah a dit « ôte tes chaussures de tes pieds », cracher, qui est un mépris, à plus forte raison !
La réponse de Rava est textuelle : c'est la baraita elle-même qui a construit le kal va-homer à partir de la chaussure, et non à partir du raccourci. On ne choisit donc pas le modèle, on constate celui que le tanna a retenu.
Le raisonnement compare deux degrés de mépris : la chaussure n'en comporte aucun, et pourtant la Torah l'a interdite à Moche devant le buisson ; le crachat, qui est un mépris par nature, l'est à plus forte raison.
Rabbi Yossi bar Yehouda dit : ce n'est pas nécessaire. Voici qu'il est dit : « car nul ne peut entrer à la porte du roi vêtu d'un sac ».
Et les choses sont à fortiori : si le sac, qui n'est pas repoussant, [est interdit] devant un être de chair et de sang, cracher, qui est repoussant, devant le Roi des rois des rois, à plus forte raison !
Rabbi Yossi bar Yehouda propose un autre point de départ. Le verset d'Esther parle expressément d'une porte de roi, donc d'un lieu de seuil, et il est formulé comme un interdit. Ces deux traits répondent aux faiblesses du premier à fortiori, comme l'explique le Ben Ich Haï.
Il lui répondit : voici ce que je voulais dire : disons ici de façon rigoureuse et là de façon rigoureuse,
Le folio s'interrompt au milieu de la reprise. L'interlocuteur précise qu'il ne voulait pas remplacer un modèle par l'autre, mais retenir la rigueur des deux côtés ; la suite du raisonnement se lit au folio suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).