Berakhot 62b — La pudeur au lieu d'aisance, la modestie de Chaoul qui lui sauve la vie, le recensement et la peste, et la déférence due au mont du Temple

Berakhot 62b

Sougya : Le folio prolonge d'abord les conseils d'hygiène et de conduite : les maximes de Ben Azzai sur la couche et le siège, celles de Chmouel sur le sommeil et l'évacuation à l'aube, puis les sentences brèves de Bar Kappara, qui recommandent de ne rien différer. Abaye enseigne à ses élèves à ne pas regarder de côté sur les sentiers de Mehoza, et l'épisode de Rav Safra et de Rabbi Abba pose la question de la parole au lieu d'aisance : la baraita de Tamid interdit d'y parler, mais Rav Safra a cru à un danger, car retenir ses besoins rend malade.

La sougya passe ensuite au récit de la grotte. David reproche à Chaoul de l'avoir poursuivi, et le verset « et il a dit de te tuer, et il a eu pitié de toi » est lu par Rabbi Elazar comme l'aveu que la pudeur de Chaoul l'a sauvé : selon la loi du poursuivant, David pouvait le tuer.

De là découlent trois développements : le mépris du vêtement, qui frappera David vieillissant ; le mot « inciter » adressé à Hachem, qui entraîne le recensement sans rançon et la peste ; et la question « que vit-Il ? » lorsque la peste s'arrête, avec quatre réponses des Amoraim. Le folio revient enfin à la michna sur le mont du Temple : le sens du mot kappandaria, la permission d'y passer dans une synagogue quand on n'y est pas entré pour cela, et le kal va-homer qui interdit de cracher, discuté entre Rava et son interlocuteur.

Ne rien différer : les maximes de conduite au début du folio Ben Azzai - où se poser Sur toute couche, sauf le sol. Sur tout siège, sauf la poutre. Rachi : de peur que tu ne tombes. Règle de prudence, non de pureté. Chmouel - le bon moment Dormir à l'aube : comme la trempe pour le fer. Se soulager à l'aube : de même. Le corps se raffermit à heure fixe. Bar Kappara - ne pas tarder As-tu faim, mange. As-tu soif, bois. La marmite bout, verse. Le cor sonne : vends les figues. Une seule règle traverse les trois : l'occasion du corps ne se rattrape pas. Si tu attends, l'appétit passe et l'aliment ne profite plus ; si tu retiens, la retenue rend malade ; si tu attends, l'acheteur est parti. Conséquence dans la sougya : Rav Safra parle au lieu d'aisance, contre la règle de pudeur, parce qu'il tient le retard de Rabbi Abba pour un danger réel - c'est la baraita de Rabban Chimon ben Gamliel.
Les maximes d'ouverture ne sont pas une collection : elles fondent la décision de Rav Safra plus bas dans le folio.
La grotte : pourquoi David n'a pas tué Chaoul, et ce qu'il lui en a coûté Le droit strict autorisait la mise à mort Chaoul poursuit David : il est rodef. La Torah dit : celui qui vient te tuer, devance-le et tue-le. Donc l'abstention de David demande une raison. La raison : la pudeur de Chaoul Clôture dans une clôture, grotte dans une grotte ; il se couvre comme une soukka. Rabbi Elazar lit le verset au féminin : c'est elle, la pudeur, qui a eu pitié de toi. La clé grammaticale de la lecture Le verset dit il a dit et il a eu pitié, là où David parlant de lui-même aurait dû dire j'ai dit et j'ai eu pitié : le sujet caché est donc autre. Le prix du geste : le pan coupé Qui méprise les vêtements finira par ne plus en tirer de bien - on couvrira David vieillissant de vêtements sans qu'il ait chaud.
La sougya tient ensemble deux mouvements : la pudeur sauve Chaoul, et le vêtement coupé se retourne contre David.
Mont du Temple et synagogue : trois interdits, deux régimes Conduite Mont du Temple Synagogue (Rava) Chaussure au pied Interdit - ôte tes chaussures Permis Cracher Interdit - à fortiori Permis - comme la chaussure Raccourci (kappandaria) Interdit Interdit aussi L'objection de Rav Papa porte exactement sur cette ligne du bas. Puisque le raccourci reste interdit dans la synagogue, pourquoi déduire le crachat de la chaussure plutôt que du raccourci ?
Le tableau rend visible le point de la discussion : le crachat est un cas indécis, et le choix du modèle - chaussure ou raccourci - décide de son sort.
1
תַּנְיָא, בֶּן עַזַּאי אוֹמֵר: עַל כָּל מִשְׁכָּב שְׁכַב, חוּץ מִן הַקַּרְקַע. עַל כָּל מוֹשָׁב שֵׁב, חוּץ מִן הַקּוֹרָה. אָמַר שְׁמוּאֵל: שֵׁינָה בְּעַמּוּד הַשַּׁחַר כְּאִסְטָמָא לְפַרְזְלָא. יְצִיאָה בְּעַמּוּד הַשַּׁחַר כְּאִסְטָמָא לְפַרְזְלָא.

On a enseigné : Ben Azzai dit : sur toute couche, couche-toi, sauf sur le sol ; sur tout siège, assieds-toi, sauf sur une poutre. Chmouel a dit : le sommeil à l'aube est [pour le corps] comme la trempe (istema) pour le fer ; l'évacuation à l'aube est comme la trempe pour le fer.

📜 Rachi (2)
עַל כָּל מוֹשָׁב שֵׁב חוּץ מִן הַקּוֹרָה שֶׁמָּא תִּפּוֹל:
De peur que tu ne tombes.
כְּאִסְטָמָא לְפַרְזְלָא אציי"ר בְּלַעַ"ז שֶׁמּוֹעִיל לַבַּרְזֶל כָּךְ מוֹעִיל לְגוּף יְצִיאָה לְהִפָּנוֹת:
Acier, en langue vernaculaire. De même que la trempe est utile au fer, ainsi l'évacuation, le fait de se soulager, est utile au corps.
🪔 Ben Yehoyada (1)
עַל כָּל מִשְׁכָּב שְׁכַב חוּץ מִן הַקַּרְקַע עַל כָּל מוֹשָׁב שֵׁב חוּץ מִן הַקּוֹרָה. נִרְאֶה לִי בס"ד דֶּרֶךְ רֶמֶז, כָּל הַיְּסוֹדוֹת אִם יִהְיֶה הָאָדָם אוֹחֵז בָּהֶם וְנִגְרָר אַחֲרֵיהֶם אֵין חֲשָׁשׁ פֶּן יֵצֵא מִן הַגְּבוּל הָרָאוּי וְיִהְיֶה נִזּוֹק נֶזֶק נְפָשַׁיי, וְרַק יְסוֹד הֶעָפָר לֹא יִהְיֶה אוֹחֵז בּוֹ וְנִגְרָר אַחֲרָיו, אֶלָּא יִתְרַחֵק מִמֶּנּוּ פֶּן יִמָּשֵׁךְ אַחֲרָיו יוֹתֵר מִשִּׁיעוּר הָרָאוּי וְאָז יִנָּזֵק נֶזֶק נְפָשַׁיי, וְהַטַּעַם מִפְּנֵי שֶׁהָאָדָם נִבְרָא מִן הֶעָפָר וְלָכֵן בְּנָקֵל אֶפְשָׁר שֶׁיִּמָּשֵׁךְ יוֹתֵר מִשִּׁיעוּר הָרָאוּי וְיִנָּזֵק, וְאוֹמְרוֹ 'עַל כָּל מוֹשָׁב שֵׁב' נִרְאֶה לִי בס"ד הַיְּשִׁיבָה נִקְרֵאת עַל מִדַּת הַמִּצּוּעַ, מִפְּנֵי שֶׁהָאָדָם הוּא יוֹשֵׁב אָז הוּא מְמֻוצָּע לֹא זָקוּף וְלֹא שׁוֹכֵב, וְאָמַר בְּכָל דָּבָר שֶׁיֵּשׁ בָּעוֹלָם אִם תִּתְנַהֵג בּוֹ בְּמִידַּת הַמִּצּוּעַ הוּא טוֹב, 'חוּץ מִן הַקּוֹרָה' רֶמֶז לְגַבְהוּת וְרוֹמְמוּת הָאָדָם, צָרִיךְ שֶׁתִּתְרַחֵק מִמֶּנָּה עַד קָצֶה אַחֲרוֹן, וכמ"ש בַּגְּמָרָא לָא מִינַּהּ וְלָא מִקְצָתַהּ.
« Sur toute couche couche-toi, sauf sur le sol ; sur tout siège assieds-toi, sauf sur la poutre. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, par voie d'allusion : tous les éléments, si l'homme s'y attache et se laisse entraîner à leur suite, il n'y a pas à craindre qu'il sorte de la limite convenable et subisse un dommage de l'âme ; seul l'élément de la terre, il ne s'y attachera pas et ne se laissera pas entraîner à sa suite, mais s'en éloignera, de peur qu'il ne soit entraîné au-delà de la mesure convenable et ne subisse alors un dommage de l'âme. La raison en est que l'homme a été créé de la poussière, et qu'il lui est donc facile d'être entraîné au-delà de la mesure convenable et d'en être lésé. Et lorsqu'il dit « sur tout siège assieds-toi », il me semble, avec l'aide du Ciel, que la position assise est désignée d'après la mesure moyenne : quand l'homme est assis, il est intermédiaire, ni dressé ni couché. Il dit donc : en toute chose qui existe au monde, si tu t'y conduis selon la voie moyenne, c'est bien ; « sauf la poutre », allusion à la hauteur et à l'élévation de l'homme, dont il faut t'éloigner jusqu'à l'extrême limite, comme il est dit dans la guemara : ni d'elle ni d'une partie d'elle.
💡 Explication

Le folio est ici dans une suite de conseils de refoua et de conduite. La maxime de Ben Azzai n'a pas de motif rituel : Rachi la ramène à un risque de chute. Le mot istema désigne la trempe du forgeron, qui durcit le métal ; Chmouel applique l'image au corps.

Ces sentences préparent la suite : elles posent que le corps a des moments propres, ce qui rendra intelligible la position de Rav Safra plus bas.

2
בַּר קַפָּרָא הֲוָה מְזַבֵּן מִילֵּי בְּדִינָרִי: עַד דְּכָפַנְתָּ — אֱכוֹל. עַד דִּצְחִיַּת — שָׁתֵי, עַד דְּרָתְחָא קִדְרָךְ — שְׁפוֹךְ. קַרְנָא קָרְיָא בְּרוֹמִי, בַּר מְזַבֵּין תָּאנֵי, תָּאנֵי דַּאֲבוּךְ זַבֵּין.

Bar Kappara vendait des paroles pour des dinars : tant que tu as faim, mange ; tant que tu as soif, bois ; tant que ta marmite bout, verse. Le cor a sonné à Rome : fils du marchand de figues, vends les figues de ton père.

📜 Rachi (4)
אַדְּכָפַנְתָּ אֱכֹול שֶׁאִם תַּשְׁהֶא תַּעֲבֹור מִמְּךָ תַּאֲוַת הַמַּאֲכָל וְאֵין הַמַּאֲכָל מוֹעִיל:
Car si tu tardes, le désir de manger te quittera, et l'aliment ne te profitera plus.
עַד דְּרָתְחָא קִדְרָךָ שְׁפֹוךְ קֹודֶם שֶׁתִּצְטַנֵּן מָשָׁל הוּא זֶה כְּשֶׁאַתָּה צָרִיךְ לִנְקָבֶיךָ שְׁפֹוךְ וְאַל תַּשְׁהֶא אוֹתָם:
Avant qu'elle ne refroidisse. C'est une image : quand tu as besoin de tes orifices, verse et ne les retiens pas.
קַרְנָא קָרְיָא בְּרוֹמִי אִם תִּשְׁמַע קוֹל קֶרֶן בְּרוֹמִי הוּא סִימָן לִמְבַקְּשֵׁי תְּאֵנִים לִקְנוֹת וּלְהוֹלִיךְ לְמָקוֹם אַחֵר:
Si tu entends le son du cor à Rome, c'est le signal de ceux qui cherchent à acheter des figues pour les transporter ailleurs.
בַּר מְזַבֵּין תְּאֵנֵי תְּאֵנֵי דֹּאֲבוּךְ זַבֵּין אִם אֵין אָבִיךָ בַּבַּיִת הִזָּהֵר אַתָּה בְּנוֹ לִמְכֹּור תְּאֵנָיו בְּעוֹד שֶׁיֵּשׁ תּוֹבְעִים:
Si ton père n'est pas à la maison, prends soin, toi son fils, de vendre ses figues tant qu'il y a des demandeurs.
🪔 Ben Yehoyada (2)
בַּר קַפָּרָא הֲוָה מְזַבֵּן מִילֵּי בְּדִינָרִי. שָׁם בַּר קַפָּרָא מְזַבֵּין מִילֵּי בְּדִינָרֵי. נִרְאֶה לִי הַכַּוָּנָה שֶׁהָיָה אוֹמֵר דְּבָרִים יְקָרִים בְּדֶרֶךְ מָשָׁל וְחִידָה שֶׁנִּרְאִין לְפִי פְּשׁוּטָם דְּבָרִים חִיצוֹנִים, אַךְ בֶּאֱמֶת תּוֹכָם רָצוּף אַהֲבָה עִנְיָינִים יְקָרִים, וְהָיָה מְייַקֵּר אוֹתָם וּמְחַבְּבָן בְּעֵינֵי הַשּׁוֹמְעִין כְּאִלּוּ הֵם נִמְכָּרִים בְּדִינָרִים. אוֹ הַדַּרְשָׁן מוֹכֵר וְהַשּׁוֹמֵעַ לוֹקֵחַ, וְהוּא מַלְבִּישׁ מִילֵּי דְּאוֹרָייְתָא בְּדִינָרֵי דְּהַייְנוּ דְּבָרִים נִשְׁמָעִין וַחֲבִיבִין לִשְׁמוֹעַ כִּדְבָרִים הַנִּקְנִים בְּדִינָרִים.
« Bar Kappara vendait des paroles pour des dinars. » Il me semble que le sens est qu'il disait des paroles précieuses sous forme de parabole et d'énigme, qui paraissent, selon leur sens littéral, des propos extérieurs, alors qu'en vérité leur intérieur est tout rempli d'amour et de contenus précieux ; et il les rendait chères et précieuses aux yeux de ceux qui les entendaient, comme si elles se vendaient contre des dinars. Ou bien : le prédicateur vend et l'auditeur achète, et il revêt les paroles de Torah de « dinars », c'est-à-dire de propos qui se font entendre et que l'on aime entendre comme des choses qu'on acquiert avec des dinars.
אַדְּכַפָּנִית אֱכֹול וְאַדִּצְחִיַּת שְׁתֵּי. נִרְאֶה לִי גַּם בְּעֵסֶק הַתּוֹרָה יֵשׁ רְעָבוֹן וְצִימָּאוֹן וּשְׂבִיעָה וְרִוּוּי, כמ"ש בְּעָמוֹס (ח, יא), לֹא רָעָב לַלֶּחֶם וְלֹא צָמָא לַמַּיִם כִּי אִם לִשְׁמֹעַ אֵת דִּבְרֵי ה', וְכֵן אָמַר בִּישַׁעְיָה (יְשַׁעְיָה נה, א) הוֹי כָּל צָמֵא לְכוּ לַמַּיִם, וְאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל אֵין מַיִם אֶלָּא תּוֹרָה, וְיָדוּעַ הוּא שֶׁכָּל שְׁנוֹת חַיִּים שֶׁל אָדָם בָּעוֹלָם הַזֶּה נִקְרָאִים 'שְׁנוֹת רְעָבוֹן וְצִמָּאוֹן' שֶׁל הַתּוֹרָה, שֶׁצָּרִיךְ לִרְאוֹת עַצְמוֹ כָּל יָמָיו רָעָב וְצָמָא מִן הַתּוֹרָה, וְלָכֵן הַתּוֹרָה נִקְרֵאת לֶחֶם וְנִקְרֵאת מַיִם, וְהַיְינוּ לֶחֶם אוֹתִיּוֹת מֶלַח , וְאִם תֶּעֱרַב מֶלַח בַּמַּיִם וְתִשְׁתֶּה לֹא תִּתְרַווֵּה אֶלָּא אַדְּרַבָּא תִּצְמָא בְּיוֹתֵר, כֵּן צָרִיךְ הָאָדָם לְהִתְנַהֵג בְּעֵסֶק הַתּוֹרָה וְלִימּוּדָה! וְלָכֵן כָּל שְׁנוֹתָיו שֶׁל אָדָם מִתְּחִילַּת בַּחֲרוּת נִקְרָאִים שְׁנוֹת רְעָבוֹן וְצִמָּאוֹן, וְלָזֶה אָמַר אַדִּכְפֵנִית אֱכוֹל וְאַדִּצְחִיַּת שְׁתֵּי, כְּלוֹמַר מִתְּחִילַּת רַעֲבוֹנְךָ וְצִמְאוֹנְךָ שֶׁהוּא מִן הַתְחָלַת יְמֵי הַבַּחֲרוּת, וְאַל תֹּאמַר אַנִּיחַ לִימּוּד הַתּוֹרָה לִימֵי הַזִּקְנָה. וְעוֹד אָמַר ' עַד דְּרָתַח קִדְרָךְ שְׁפוֹךְ ', פֵּירוּשׁ בְּעוֹדְךָ בְּבַחֲרוּת שֶׁדָּמְךָ רוֹתֵחַ שְׁפוֹךְ הָרַע וְהַסִּגִים הַנִּמְצָאִים בִּקְרָבֶיךָ, וכמ"ש (תְּהִלִּים קכח, א) אַשְׁרֵי כָּל יְרֵא ה', בְּעוֹדוֹ אִישׁ שֶׁאָז יֵשׁ לוֹ פְּאֵר בָּזֶה. וְאָמַר עוֹד קַרְנָא קָרְיָא בְּרוֹמִי בַּר מְזַבֵּין תְּאֵנֵי תְּאֵנֵי דֹּאֲבוּךְ זַבֵּין נִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ עֵץ הַדַּעַת שֶׁאָכַל אָדָם הָרִאשׁוֹן תְּאֵנָה הָיָה, וְכָתַבְתִּי בס"ד במ"א דְּמֵאַחַר דְּעָוֹן הָרִאשׁוֹן שֶׁנַּעֲשָׂה בָּעוֹלָם הָיָה עִנְיַן תַּעֲרֹובֶת טוֹב וְרַע וּבָזֶה נָצַח הַיֵּצֶר הָרַע אֶת הָאָדָם, עַל כֵּן אַחַר כָּךְ תָּמִיד הַיֵּצֶר הָרַע מִשְׁתַּדֵּל וּמִתְגַּבֵּר לְהַחֲטִיא הָאָדָם וּלְהַכְשִׁילוֹ בְּמִצְוָה הַבָּאָה בַּעֲבֵירָה שֶׁיֵּשׁ בָּהּ תַּעֲרֹובֶת טוֹב וְרַע יוֹתֵר מִן עֲבֵירָה גְּמוּרָה, גַּם עוֹד הוֹאִיל וְהָיָה הֶעָוֹן בַּאֲכִילָה לְכָךְ צָרִיךְ הָאָדָם לְהִטָּהֵר וּלְהִזָּהֵר בְּמִידִי דַּאֲכִילָה טְפֵי מִשְּׁאָר דְּבָרִים, וז"ש קַרְנָא קָרְיָא בְּרוֹמִי, פֵּירוּשׁ הַכָּרוֹז מַכְרִיז בְּרוּם הָעוֹלָם לְמַעְלָה, בַּר מְזַבֵּין תָּאנֵי פֵּירוּשׁ אַתָּה בֶּן אָדָם שֶׁאָבִיךְ אָדָם הָרִאשׁוֹן מָכַר תְּאֵנִים בְּחֵטְא עֵץ הַדַּעַת שֶׁהָיָה תְּאֵנָה, תָּאנֵי דַּאֲבוּךְ זָבִין כְּלוֹמַר הִשְׁתַּדֵּל בְּתִיקּוּן הַתְּאֵנָה שֶׁפָּגַם בָּהּ אָבִיךָ אָדָם הָרִאשׁוֹן וְהַפְּגָם יְכֻונֶּה בְּשֵׁם מְכִירָה, וְהַתִּיקּוּן יְכֻונֶּה כְּשֵׁם זְבִינָא. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד, עַד דְּרָתַח קִדְרָךְ שְׁפוֹךְ, פֵּירוּשׁ אִם בִּשַּׁלְתָּ קְדֵירָה לִסְעֻודָּתְךָ תִּתֵּן מִמֶּנָּה חֵלֶק לַעֲנִיִּים בְּעוֹדָהּ רוֹתַחַת קֹודֶם שֶׁתֹּאכַל מִמֶּנָּה, וְלֹא תַּנִּיחַ לַעֲנִיִּים הַפְּסֹולֶת וְהַשִּׁיּוּרִין שֶׁתְּשַׁייֵּר בַּקְּעָרָה אַחַר שֶׁיִּצְטַנֵּן הַתַּבְשִׁיל, וְיִמָּאֵס שֶׁאָז אִם לֹא הָיָה נִמְצָא עָנִי לֹא הָיִיתָ אַתָּה אוֹכֵל אוֹתוֹ אֶלָּא מַשְׁלִיכוֹ לָאַשְׁפָּה, וְכֵן הַכָּתוּב אוֹמֵר, (מִשְׁלֵי נ, ט) כַּבֵּד אֶת ה' מֵהוֹנֶךָ וּמֵרֵאשִׁית כָּל תְּבוּאָתֶךָ, וְכֵן אָמַר, (דְּבָרִים כו, כ) וְלָקַחְתָּ מֵרֵאשִׁית כָּל פְּרִי הָאֲדָמָה, וְאָמַר עוֹד בַּר מְזַבֵּין תָּאנֵי וְכוּ', דְּאָמְרוּ בְּעֵירוּבִין (דַּף נד), מַאי דִכְתִיב, (מִשְׁלֵי כז, יח) נֹצֵר תְּאֵנָה יֹאכַל פִּרְיָהּ, לָמָּה נִמְשְׁלוּ דִּבְּרוּ תּוֹרָה כִּתְאֵנָה, מַה תְּאֵנָה זוֹ כָּל זְמַן שֶׁאָדָם מְמַשְׁמֵשׁ בָּהּ מוֹצֵא בָּהּ תְּאֵנִים, מִפְּנֵי שֶׁדֶּרֶךְ הַתְּאֵנִים אֵין מִתְבַּשְּׁלִים בְּבַת אַחַת, אַף דִּבְרֵי תוֹרָה כָּל זְמַן שֶׁאָדָם הוֹגֶה בָּהֶם מוֹצֵא בָּהֶם טַעַם עַייֵּן שָׁם. נִמְצָא הַתּוֹרָה נִמְשְׁלָה לִתְאֵנָה, וּבַתּוֹרָה כְּתִיב, (מִשְׁלֵי ד, ב) כִּי לֶקַח טוֹב נָתַתִּי לָכֶם, קְרָאָהּ לֶקַח כְּאִלּוּ מְכָרָהּ לְיִשְׂרָאֵל, וְיָדוּעַ כִּי יִשְׂרָאֵל נִקְרְאוּ בָּנִים לְמָקוֹם, וְלָכֵן לְיִשְׂרָאֵל קוֹרֵא אוֹתָם בַּר זָבִין תָּאנֵי, שֶׁבָּחַר בְּךָ הקב"ה וּמָכַר לְךָ תּוֹרָתוֹ שֶׁנִּמְשְׁלָה לִתְאֵנָה, הִנֵּה מִן הָרָאוּי שֶׁלֹּא תַּקָּנָה אַחֶרֶת הִיא פַּלְסוֹפָיָא הַחִיצוֹנִית שֶׁהִיא מֻוכַּת וּשְׁחִין וְסַם הַמָּוֶת רוֹעֵץ, אֶלָּא רַק תָּאנֵי דַּאֲבוּךְ זַבֵּין וְלָא תְּזַבֵּין דָּבָר רַע עִמָּהּ, וכמ"ש (יְהוֹשֻׁעַ א' ח') וְהָגִיתָ בּוֹ יוֹמָם וָלַיְלָה.
« Tant que tu as faim mange, et tant que tu as soif bois. » Il me semble que, dans l'étude de la Torah aussi, il y a faim et soif, satiété et rassasiement, comme il est dit dans Amos (8, 11) : non une faim de pain ni une soif d'eau, mais d'entendre les paroles de Hachem ; et de même dans Yechayahou (55, 1) : oh, vous tous qui avez soif, allez vers l'eau. Nos maîtres de mémoire bénie ont dit : « eau » ne désigne que la Torah. Et il est connu que toutes les années de la vie de l'homme en ce monde sont appelées années de faim et de soif de la Torah, car il doit se voir tous ses jours affamé et assoiffé de Torah ; c'est pourquoi la Torah est appelée pain et est appelée eau. En effet, les lettres de le'hem (pain) sont celles de melah (sel) : si tu mêles du sel à l'eau et que tu la boives, tu ne seras pas désaltéré, au contraire tu auras davantage soif ; ainsi l'homme doit-il se conduire dans l'étude de la Torah. C'est pourquoi toutes les années de l'homme, dès le début de sa jeunesse, sont appelées années de faim et de soif. Et c'est ce qu'il dit : tant que tu as faim mange et tant que tu as soif bois, c'est-à-dire dès le commencement de ta faim et de ta soif, qui est le commencement des jours de la jeunesse ; et ne dis pas : je laisserai l'étude de la Torah pour les jours de la vieillesse. Il dit encore : « tant que ta marmite bout, verse » — explication : tant que tu es dans la jeunesse et que ton sang bout, déverse le mal et les scories qui se trouvent en toi, comme il est dit (Tehilim 128, 1) : heureux tout homme qui craint Hachem, tant qu'il est encore un homme, car alors il y a pour lui de la gloire en cela. Il dit encore : « le cor a sonné à Rome, fils du marchand de figues, vends les figues de ton père. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il est connu que l'arbre de la connaissance dont mangea le premier homme était un figuier, et j'ai écrit ailleurs, avec l'aide du Ciel, que puisque la première faute commise dans le monde fut une affaire de mélange de bien et de mal, et que par là le mauvais penchant l'emporta sur l'homme, depuis lors le mauvais penchant s'efforce toujours et redouble d'effort pour faire fauter l'homme et le faire trébucher dans une mitsva qui vient par une transgression, où il y a mélange de bien et de mal, plus que dans une transgression pure et simple. De plus, puisque la faute fut dans l'acte de manger, l'homme doit se purifier et prendre garde en matière de nourriture plus qu'en toute autre chose. Et c'est ce qui est dit : « le cor a sonné à Rome » — explication : le héraut proclame dans la hauteur du monde, en haut ; « fils du marchand de figues » — explication : toi, fils de l'homme, dont le père, Adam le premier homme, a vendu des figues par la faute de l'arbre de la connaissance qui était un figuier ; « vends les figues de ton père » — c'est-à-dire : efforce-toi de réparer la figue qu'a altérée ton père, le premier homme ; l'altération est désignée sous le nom de vente, et la réparation sous le nom d'acquisition. D'une autre manière il me semble, avec l'aide du Ciel : « tant que ta marmite bout, verse » — explication : si tu as fait cuire une marmite pour ton repas, donnes-en une part aux pauvres tant qu'elle est bouillante, avant que tu n'en manges toi-même, et ne laisse pas aux pauvres le rebut et les restes que tu abandonnes dans le plat une fois le mets refroidi et devenu répugnant, car alors, s'il ne s'était pas trouvé de pauvre, toi-même tu ne l'aurais pas mangé mais tu l'aurais jeté au fumier. Ainsi le verset dit (Michle 3, 9) : honore Hachem de ton bien et des prémices de tout ton revenu ; et de même (Devarim 26, 2) : tu prendras des prémices de tout fruit de la terre. Il dit encore « fils du marchand de figues », etc. : car ils ont dit dans Erouvin (54) — que signifie ce qui est écrit (Michle 27, 18) : celui qui garde le figuier mangera son fruit ? Pourquoi les paroles de Torah sont-elles comparées à la figue ? De même que cette figue, chaque fois que l'homme y porte la main, il y trouve des figues, parce que les figues n'ont pas coutume de mûrir toutes ensemble, ainsi les paroles de Torah : chaque fois que l'homme les médite, il y trouve un goût nouveau — vois-y. Il se trouve donc que la Torah est comparée à la figue ; et de la Torah il est écrit (Michle 4, 2) : car un bon acquis (leqah) Je vous ai donné — Il l'a appelée « acquis », comme s'Il l'avait vendue à Israël. Et il est connu qu'Israël sont appelés fils du Lieu ; c'est pourquoi il les appelle « fils du marchand de figues » : le Saint béni soit-Il t'a choisi et t'a vendu Sa Torah, comparée à la figue. Il convient donc que tu n'en acquières pas une autre, à savoir la philosophie extérieure, qui est plaie, ulcère et poison mortel ; mais seulement « les figues de ton père, vends-les », et n'achète pas avec elles une chose mauvaise, comme il est dit (Yehochoua 1, 8) : tu la méditeras jour et nuit.
💡 Explication

« Vendre des paroles pour des dinars » décrit une manière d'enseigner : des formules brévissimes, en araméen, que l'auditeur emporte comme une monnaie. Les trois premières visent le corps ; Rachi explique la troisième, sur la marmite, comme une image du besoin naturel qu'il ne faut pas retenir.

La quatrième quitte le corps pour le commerce : le cor de Rome signale la demande, et l'occasion manquée ne revient pas. Le fil commun des quatre est le temps : ce qui est bon maintenant ne le sera plus dans une heure.

3
אֲמַר לְהוּ אַבָּיֵי לְרַבָּנַן: כִּי עָיְילִיתוּ בִּשְׁבִילֵי דְּמָחוֹזָא לְמִיפַּק בֵּיהּ בְּחַקְלָא, לָא תֶּחֱזוֹ לָא לְהַךְ גִּיסָא וְלָא לְהַךְ גִּיסָא, דִּלְמָא יָתְבִי נָשֵׁי, וְלָאו אֹורַח אַרְעָא לְאִסְתַּכּוֹלֵי בְּהוּ.

Abaye dit aux Sages : quand vous empruntez les sentiers de Mehoza pour sortir vous soulager dans les champs, ne regardez ni d'un côté ni de l'autre, car peut-être des femmes y sont assises, et il n'est pas convenable de les regarder.

📜 Rachi (1)
בִּשְׁבִילִי שְׁבִיל קָטָן שֶׁפּוֹנִים בּוֹ לַשָּׂדוֹת:
Un petit sentier par lequel on gagne les champs.
💡 Explication

La consigne d'Abaye ouvre le thème qui portera tout le folio : la tsniout, la retenue, dans les situations les plus ordinaires. Le sentier est étroit et traverse des lieux où les femmes se soulagent elles aussi ; la règle porte donc sur le regard, non sur le passage.

4
רַב סָפְרָא עָל לְבֵית הַכִּסֵּא. אֲתָא רַבִּי אַבָּא, נָחַר לֵיהּ אַבָּבָא. אֲמַר לֵיהּ: לִיעוֹל מַר. בָּתַר דִּנְפַק אֲמַר לֵיהּ: עַד הַשְׁתָּא לָא עֲיַילְתְּ לְשֵׂעִיר, וּגְמַרְתְּ לָךְ מִילֵּי דְשֵׂעִיר! לָאו הָכִי תְּנַן: מְדוּרָה הָיְתָה שָׁם וּבֵית הַכִּסֵּא שֶׁל כָּבוֹד. וְזֶה הָיָה כְּבוֹדוֹ: מָצְאוּ נָעוּל — בְּיָדוּעַ שֶׁיֵּשׁ שָׁם אָדָם, מָצְאוּ פָּתוּחַ — בְּיָדוּעַ שֶׁאֵין שָׁם אָדָם. אַלְמָא לָאו אֹורַח אַרְעָא הוּא!

Rav Safra entra au lieu d'aisance. Rabbi Abba arriva et toussa à la porte.

Rav Safra lui dit : que le maître entre. Quand il fut sorti, Rabbi Abba lui dit : jusqu'à présent tu n'es pas entré à Séir, et voilà que tu as déjà appris les manières de Séir !

N'avons-nous pas enseigné ainsi : il y avait là un foyer, et un lieu d'aisance d'honneur ; et voici en quoi consistait son honneur : s'il le trouvait fermé, on savait qu'il y avait là quelqu'un ; s'il le trouvait ouvert, on savait qu'il n'y avait personne. Il en ressort que [parler] n'est pas la conduite convenable.

📜 Rachi (7)
נָחַר לֵיהּ אַבָּבָא לֵידַע אִם יֵשׁ שָׁם אָדָם נְחַר טושי"ר בְּלַעַ"ז:
Pour savoir s'il y avait là quelqu'un. Nahar : tousser, toussir en langue vernaculaire.
אֲמַר לֵיהּ ר' אַבָּא לְרַב סָפְרָא:
Rabbi Abba à Rav Safra.
עַד כָּאן לָא עָיְילַתְּ לַשָּׂעִיר שֶׁאֵינָן צְנוּעִין בְּבֵית הַכִּסֵּא:
Où l'on n'est pas pudique au lieu d'aisance.
וּגְמַרְתְּ לָךְ מִילֵּי דְשֵׂעִיר שֶׁאֵינְךָ צָנוּעַ:
Car tu n'es pas pudique.
לָאו הָכִי תְּנַן בְּמַסֶּכֶת תָּמִיד:
Dans le traité Tamid.
מְדוּרָה הָיְתָה שָׁם בָּעֲזָרָה הֶיסֵּק גָּדוֹל שֶׁל אוֹר לְהִתְחַמֵּם שָׁם הַכֹּהֲנִים הַמְּסִיכִּים רַגְלֵיהֶם בְּבֵית הַכִּסֵּא שֶׁצְּרִיכִין טְבִילָה כְּדִתְנַן בְּמַסֶּכֶת יוֹמָא (ד' כח.) כָּל הַמֵּיסֵךְ רַגְלָיו טָעוּן טְבִילָה:
Dans la cour du Temple : un grand feu allumé pour que s'y réchauffent les kohanim qui se soulageaient au lieu d'aisance et devaient s'immerger, comme nous l'avons enseigné dans le traité Yoma (28a) : quiconque se soulage doit une immersion.
וּבֵית הַכִּסֵּא שֶׁל כָּבוֹד אַלְמָא אֵין מְסַפְּרִים בְּבֵית הַכִּסֵּא וְאַתְּ אָמְרַתְּ לִיעוֹל מַר:
Il en ressort qu'on ne parle pas au lieu d'aisance, et toi tu as dit : que le maître entre !
💡 Explication

Le reproche de Rabbi Abba porte sur un mot de trois syllabes : Rav Safra a parlé au lieu d'aisance. Séir désigne Edom, pris ici comme le lieu où l'on ignore la pudeur.

La preuve vient de la michna de Tamid : au Temple, le système de la porte fermée ou ouverte à été conçu précisément pour éviter d'avoir à parler. Un dispositif matériel remplace la parole ; c'est en cela qu'il est « d'honneur ».

🖼️ Schéma
Le lieu d'aisance d'honneur : un signal sans parole Porte fermée Quelqu'un est à l'intérieur. On attend, sans rien demander. Porte ouverte Personne n'est à l'intérieur. On entre, sans rien demander. Ce que Rabbi Abba reproche Rav Safra a répondu par la parole la où le Temple avait institué un signe muet : la toux à la porte suffisait comme question.
L'honneur du lieu tient à ce qu'aucune parole n'y est nécessaire.
5
וְהוּא סָבַר מְסֻוכָּן הוּא. דְּתַנְיָא, רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: עַמּוּד הַחוֹזֵר מֵבִיא אֶת הָאָדָם לִידֵי הִדְרוֹקָן. סִילוֹן הַחוֹזֵר מֵבִיא אֶת הָאָדָם לִידֵי יֵרָקוֹן.

Et lui pensait qu'il était en danger. Car on a enseigné : Rabban Chimon ben Gamliel dit : la colonne qui refoule amène l'homme à l'hydropisie ; le jet qui refoule amène l'homme à la jaunisse.

📜 Rachi (2)
וְהוּא סָבַר רַב סָפְרָא שֶׁמִּהֵר לוֹמַר לִיעוֹל מַר סָבַר מְסֻוכָּן הוּא בְּעַמּוּד הַחוֹזֵר אִם יָשׁוּב לַאֲחוֹרָיו וְיַחֲזֹור הָעַמּוּד:
Rav Safra, qui s'est hâté de dire « que le maître entre », pensait qu'il y avait danger à cause de la colonne qui refoule : s'il rebroussait chemin, la colonne refoulerait.
הִדְרוֹקָן כְּרֵסוֹ צָבָה:
Son ventre enfle.
⚖️ Rosh (1)
ת"ר הַנִּפְנֶה בְּכָל מָקוֹם בִּיהוּדָה לֹא יִפָּנֶה מִזְרָח וּמַעֲרָב אֶלָּא צָפוֹן וְדָרוֹם וּבַגָּלִיל צָפוֹן וְדָרוֹם אָסוּר וְרַבִּי יוֹסֵי מַתִּיר שֶׁהָיָה רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר לֹא אָסְרוּ אֶלָּא בְּרוֹאֶה ר' יְהוּדָה אוֹמֵר בִּזְמַן שֶׁבֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַיָּים אָסוּר בִּזְמַן שֶׁאֵין בהמ"ק קַיָּים מֻותָּר ר' עֲקִיבָא אוֹסֵר בְּכָל מָקוֹם ר' עֲקִיבָא הַיְינוּ ת"ק אִיכָּא בֵּינַייְהוּ חוּצָה לָאָרֶץ ת"ק סָבַר חוּ"ל מֻותָּר ור"ע סָבַר חוּ"ל אָסוּר וּמְפָרֵשׁ בַּיְּרוּשַׁלְמִי וּבִלְבַד שֶׁאֵין שָׁם כֹּותֶל הִלְכָּךְ בָּתֵּי כִּסְאוֹת שֶׁלָּנוּ שֶׁיֵּשׁ לָהֶן מְחִיצּוֹת אֵין לְהַקְפִּיד רָבָא הֲוָה רָמֵי לֵיהּ לִבְנֵי מִזְרָח וּמַעֲרָב כִּי הֵיכִי דְּלִפְנֵי צָפוֹן וְדָרוֹם עַל אַבַּיֵּי אַפְכִינְהוּ עַל רָבָא תָּרְצִינְהוּ אֲמַר מַאן הַאי דְּקָמְצַעַר לִי הֲלָכָה כְּר"ע תַּנְיָא אָמַר ר"ע פַּעַם אַחַת נִכְנַסְתִּי אַחַר ר' יְהוֹשֻׁעַ לְבֵית הַכִּסֵּא וְלָמַדְתִּי מִמֶּנּוּ שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים לָמַדְתִּי שֶׁלֹּא יִפְרַע אָדָם עַד שֶׁיָּשַׁב וְלָמַדְתִּי שֶׁלֹּא יִפָּנֶה מִזְרָח וּמַעֲרָב אֶלָּא צָפוֹן וְדָרוֹם וְלָמַדְתִּי שֶׁאֵין מְקַנְּחִין בְּיָמִין אֶלָּא בִּשְׂמֹאל אָמַר לוֹ בֶּן עַזַּאי עַד כָּאן הֵעַזְתָּ פָּנֶיךָ לִפְנֵי רַבְּךָ אָמַר תּוֹרָה הִיא וְלִלְמֹוד אֲנִי צָרִיךְ. אֵיזֶהוּ צָנוּעַ הַנִּפְנֶה בַּלַּיְלָה כְּדֶרֶךְ שֶׁנִּפְנֶה בַּיּוֹם אָמַר עֻולָּא וַאֲחוֹרֵי הַגָּדֵר נִפְנֶה מִיָּד וּבַבִּקְעָה כָּל זְמַן שֶׁמִּתְעַטֵּשׁ וְאֵין קוֹלוֹ נִשְׁמָע רַב אַשִּׁי אָמַר כָּל זְמַן שֶׁאֵין חֲבֵירוֹ רוֹאֶה אֶת פֵּרוּעוֹ אֲבָל לְדִידֵיהּ חָזֵי לֵיהּ: תַּנְיָא רַשְׁבָּ"ג אוֹמֵר עַמּוּד הַחוֹזֵר מֵבִיא אֶת הָאָדָם לִידֵי הִדְרוֹקָן סִילוֹן הַחוֹזֵר מֵבִיא אֶת הָאָדָם לִידֵי יֵרָקוֹן:
Nos maîtres ont enseigné : celui qui se soulage, en tout lieu de Judée, ne se soulagera pas est-ouest mais nord-sud ; et en Galilée, nord-sud est interdit. Rabbi Yossi permet, car Rabbi Yossi disait : on n'a interdit que pour celui qui voit [Jérusalem]. Rabbi Yehouda dit : au temps où le Temple subsiste, c'est interdit ; au temps où le Temple ne subsiste pas, c'est permis. Rabbi Akiva interdit en tout lieu. Mais Rabbi Akiva, c'est le premier tanna ! La différence entre eux porte sur l'extérieur d'Erets Israël : le premier tanna tient que hors d'Erets Israël c'est permis, et Rabbi Akiva tient que hors d'Erets Israël c'est interdit. Et le Yerouchalmi précise : à condition qu'il n'y ait pas là de mur. C'est pourquoi nos cabinets d'aisance, qui ont des cloisons, ne demandent pas qu'on y prenne garde. Rava disposait ses briques à l'est et à l'ouest, afin de se soulager nord-sud. Abaye entra et les inversa ; Rava entra et les remit en place, et dit : qui est celui qui me cause de la peine ? La halakha est comme Rabbi Akiva. On a enseigné : Rabbi Akiva a dit : une fois je suis entré derrière Rabbi Yehochoua au lieu d'aisance, et j'ai appris de lui trois choses. J'ai appris qu'on ne se découvre pas avant de s'être assis ; j'ai appris qu'on ne se soulage pas est-ouest mais nord-sud ; et j'ai appris qu'on ne s'essuie pas de la main droite mais de la gauche. Ben Azzai lui dit : jusqu'à ce point tu as été effronté devant ton maître ! Il répondit : c'est de la Torah, et j'ai besoin d'apprendre. Qui est pudique ? Celui qui se soulage la nuit comme il se soulage le jour. Oulla a dit : derrière une clôture, il se soulage aussitôt ; et dans la plaine, tant qu'il peut éternuer sans que sa voix soit entendue. Rav Achi a dit : tant que son compagnon ne voit pas sa nudité, même si lui-même la voit. On a enseigné : Rabban Chimon ben Gamliel dit : la colonne qui refoule amène l'homme à l'hydropisie ; le jet qui refoule amène l'homme à la jaunisse.
💡 Explication

La guemara justifie Rav Safra : il n'a pas parlé par relâchement, mais parce que faire attendre Rabbi Abba devant la porte l'aurait mis en danger. La baraita fournit la donnée médicale : la matière ou l'urine refoulée rend malade — hydropisie (hidrokan), le ventre qui enfle, et jaunisse (yerakon).

Le raisonnement suppose donc une hiérarchie : la pudeur cède devant le risque corporel. C'est le prolongement direct de la maxime de Bar Kappara sur la marmite qui bout.

🖼️ Schéma
Pourquoi Rav Safra a parlé : la retenue rend malade Rabbi Abba attend Il a toussa à la porte et n'obtient pas de réponse : il rebrousserait chemin. Le besoin refoulé Colonne qui refoule. Jet qui refoule. Maladie Hydropisie : le ventre enfle. Jaunisse. La règle que la sougya dégage La pudeur interdit de parler au lieu d'aisance ; le danger corporel, lui, autorise la parole. Rabbi Abba jugeait la pudeur décisive, Rav Safra jugeait le risque réel : les deux lisent la même règle à des niveaux différents.
Le désaccord entre Rav Safra et Rabbi Abba porte sur la présence ou non d'un danger, non sur la règle de pudeur.
6
רַבִּי אֶלְעָזָר עַל לְבֵית הַכִּסֵּא. אֲתָא הַהוּא רוֹמָאָה דַּחֲקֵיהּ. קָם רַבִּי אֶלְעָזָר וּנְפַק. אֲתָא דְּרָקוֹנָא שַׁמְטֵיהּ לְכַרְכְּשֵׁיהּ. קָרֵי עֲלֵיהּ רַבִּי אֶלְעָזָר: ״וְאֶתֵּן אָדָם תַּחְתֶּיךָ״, אַל תִּקְרֵי ״אָדָם״ אֶלָּא ״אֱדוֹם״.

Rabbi Elazar entra au lieu d'aisance. Un Romain vint et le bouscula.

Rabbi Elazar se leva et sortit. Un serpent vint et arracha les entrailles [du Romain].

Rabbi Elazar appliqua sur lui le verset : « et Je donnerai un homme (adam) à ta place » — ne lis pas adam, mais Edom.

📜 Rachi (2)
דְּרָקֹונָא נָחָשׁ:
Un serpent.
שַׁמְטֵיהּ לְכַרְכְּשֵׁיהּ חַלְחֹולֶת שֶׁהָרְעִי יוֹצֵא בוֹ שֶׁקּוֹרִין טַבָּחַיָּא:
Le gros intestin par lequel sortent les excréments, qu'on appelle tavhia.
💡 Explication

Le verset de Yechayahou (43, 4) promet à Israël qu'un autre sera livré à sa place. Rabbi Elazar joue sur les consonnes : adam lu Edom, c'est-à-dire Rome. Celui qui a pris sa place au lieu d'aisance a pris sa place devant le danger.

7
״וְאָמַר לַהֲרָגֲךָ וַתָּחָס עָלֶיךָ״.

« Et il a dit de te tuer, et il a eu pitié de toi. »

📜 Rachi (1)
וְאָמַר לַהֲרָגֲךָ וַתָּחָס עָלֶיךָ דָּוִד אָמַר לִשְׁאוֹל כֵּן בְּצֵאתוֹ מִן הַמְּעָרָה שֶׁנִּכְנַס בָּהּ לִפָּנוֹת וְכָרַת דָּוִד אֶת כְּנַף מְעִילוֹ וְאָמַר לְהָרְגְךָ הקב"ה הִתִּיר לִי לְהָרְגֶךָ:
David dit cela à Chaoul en sortant de la grotte, où celui-ci était entré pour se soulager et dont David avait coupé le pan du manteau. « Il a dit de te tuer » : le Saint béni soit-Il m'a permis de te tuer.
8
״וְאָמַר״, ״וְאָמַרְתִּי״ מִיבְּעֵי לֵיהּ! ״וַתָּחָס״, ״וְחַסְתִּי״ מִיבְּעֵי לֵיהּ! אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: אָמַר לוֹ דָּוִד לְשָׁאוּל: מִן הַתּוֹרָה בֶּן הֲרִיגָה אַתָּה, שֶׁהֲרֵי רוֹדֵף אַתָּה, וְהַתּוֹרָה אָמְרָה: בָּא לְהָרְגְךָ — הַשְׁכֵּם לְהָרְגוֹ, אֶלָּא צְנִיעוּת שֶׁהָיְתָה בְּךָ, הִיא חָסָה עָלֶיךָ.

« Et il a dit » — il aurait fallu dire « et j'ai dit » ! « Et il a eu pitié » — il aurait fallu dire « et j'ai eu pitié » !

Rabbi Elazar a dit : David dit à Chaoul : selon la Torah tu es passible de mort, car tu es un poursuivant, et la Torah a dit : celui qui vient te tuer, devance-le et tue-le. Mais la pudeur qui était en toi, c'est elle qui a eu pitié de toi.

📜 Rachi (2)
הַתּוֹרָה אָמְרָה וְכוּ' אִם בַּמַּחְתֶּרֶת יִמָּצֵא הַגַּנָּב וְגוֹ' (שְׁמוֹת כ״ב:א׳) וּכְבָר פֵּירַשְׁנוּהוּ לְמַעְלָה בְּמַעֲשֵׂה דר' שִׁילָא (דַּף נח.):
« Si le voleur est surpris perçant un mur » (Chemot 22, 1) ; nous l'avons déjà expliqué plus haut, dans l'épisode de Rav Chila (58a).
צְנִיעוּת שֶׁרָאִיתִי בָּךְ שֶׁנִּכְנַס לַמְעָרָה בִּשְׁבִיל הֶצְנֵעַ וְאַף שָׁם נָהַג צְנִיעוּת כְּדִמְפָרֵשׁ וְאָזֵיל:
Car il est entré dans la grotte par pudeur, et là même il s'est conduit avec pudeur, comme la guemara l'explique ensuite.
🪔 Ben Yehoyada (1)
צְנִיעוּת שֶׁהָיְתָה בְּךָ הִיא חָסָה עָלֶיךָ. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מַה שַׁייָּכוּת יֵשׁ לְהַצְנִיעוֹ בְּעִנְיַן הַצָּלָתוֹ יוֹתֵר מִשְּׁאָר דְּבָרִים טוֹבִים וּמִידּוֹת טוֹבוֹת שֶׁהָיָה בּוֹ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִיתָא בִּמְגִילָּה (דַּף יג) בִּשְׂכַר צְנִיעוּת שֶׁהָיְתָה בְּרָחֵל יָצָא מִמֶּנָּה שָׁאוּל שֶׁהָיָה צָנוּעַ, וּמַאי צְנִיעוּת דְּרָחֵל הוּא מַה שֶׁהִגִּידָה הַסַּמָּנִים לַאֲחוֹתָהּ, וּמַה צְנִיעוּת הָיְתָה בְּשָׁאוּל, דִּכְתִיב (שְׁמוּאֵל א' י, טז) וְאֶת דְּבַר הַמְּלוּכָה לֹא הִגִּיד לוֹ, עַיֵּין שָׁם, וְיָדוּעַ הַטַּעַם שֶׁכָּל יִשְׂרָאֵל נִקְרָאִים בָּנֶיהָ שֶׁל רָחֵל דִּכְתִיב (יִרְמְיָה לא, יד) רָחֵל מְבַכָּה עַל בָּנֶיהָ, מִפְּנֵי שֶׁרָחֵל הָיְתָה סִיבָּה שֶׁיִּקַּח יַעֲקֹב אֶת לֵאָה וַתֵּלֶד לוֹ שִׁשָּׁה בָּנִים, וְגַם מִנִּשּׂוּאֵי לֵאָה נִתְגַּלְגֵּל נִשּׂוּאֵי בִּלְהָה וְזִלְפָּה, וְנִמְצָא הִיא הָיְתָה סִיבָּה לְכֻולָּם לְכָךְ נִקְרָאִים בָּנֶיהָ. וְהִנֵּה נוֹדַע שֶׁהַסִּיבָּה הַזֹּאת הָיְתָה צְנִיעוּת שֶׁלָּהּ שֶׁמָּסְרָה סִימָנִים לְלֵאָה אֲחוֹתָהּ, הִנֵּה כִּי כֵן דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה דְּאָתֵי מְלֵאָה בִּרְאוֹתוֹ הַצְּנִיעוּת הַזֹּאת שֶׁהָיְתָה בְּשָׁאוּל, זָכַר הַצְּנִיעוּת שֶׁהָיְתָה לִשְׁאוֹל גַּם כֵּן בִּדְבַר הַמְּלוּכָה שֶׁלֹּא הִגִּיד, וְאָז מִמֵּילָא זָכַר צְנִיעוּת רָחֵל אֲשֶׁר בִּזְכוּת צְנִיעוּתָהּ הָיָה שָׁאוּל צָנוּעַ כמ"ש בַּגְּמָרָא הֲנֵז', וְכֵיוָן שֶׁזָּכַר צְנִיעוּת רָחֵל שֶׁהָיְתָה בִּמְסִירַת הַסִּימָנִים כַּנִּזְכָּר בַּגְּמָרָא, אָז מִמֵּילָא זָכַר כִּי מְסִירַת הַסִּימָנִים הָיְתָה סִיבָּה שֶׁיִּקַּח יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה אֶת לֵאָה וַתֵּלֶד לוֹ שִׁשָּׁה שְׁבָטִים, וְכֵיוָן שֶׁזָּכַר זֶה נִתְבָּרֵר לְפָנָיו כִּי עי"כ כָּל בְּנֵי לֵאָה נִקְרָאִים בָּנֶיהָ שֶׁל רָחֵל, וְאִם כֵּן הוּא דְּאָתֵי מְלֵאָה גַּם כֵּן נִקְרָא בְּנָהּ שֶׁל רָחֵל, וְאֵיךְ יַהֲרֹוג עַתָּה לִשְׁאוֹל שֶׁהוּא בְּנָהּ שֶׁל רָחֵל שֶׁהִיא גַּם כֵּן נֶחְשֶׁבֶת אִמּוֹ, וְרָאוּי שֶׁיַּעֲשֶׂה חֶסֶד עִמּוֹ בַּעֲבוּר רָחֵל וְלֹא יַהַרְגֶנּוּ, נִמְצָא מִי גִּלְגֵּל כָּל הַזִּכְרוֹנוֹת הָאֵלֶּה אֲשֶׁר עַל יָדָם מָנַע דָּוִד אֶת חַרְבּוֹ מִלַּהֲרֹג לִשְׁאוֹל, הִיא הַצְּנִיעוּת שֶׁהָיְתָה בְּשָׁאוּל. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד מַה שֶׁתָּלָה הַהַצָּלָה בִּצְנִיעוּת, וְהוּא כִּי מָצִינוּ דִּתְחִלָּה א"ל אֲנָשָׁיו לַהֲרֹוג אֶת שָׁאוּל, וְהוּא לֹא הֵשִׁיב חָלִילָה לִי אִם אֶעֱשֶׂה הַדָּבָר הַזֶּה, וְלָמָּה אַחַר שֶׁקָּרַע הַמְעִיל הֵשִׁיב לָהֶם כֵּן, וְנִרְאֶה לִי בס"ד טַעַם לָזֶה, כִּי בַּתְּחִלָּה הִסְכִּים שֶׁלֹּא לְהָרְגוֹ וְאַף עַל פִּי שֶׁהוּא רוֹדֵף אוֹתוֹ, אָמַר אֵלּוּ בַּעֲלֵי לָשׁוֹן הָרָע הֵם מַטְעִים אוֹתוֹ בְּאָומְרָם לוֹ דָּוִד מְבַקֵּשׁ רֵעָתְךָ וְלַהֲרֹוג אוֹתְךָ, עַל כֵּן זֹאת הַהַמְצָאָה אֶעֱשֶׂה עַתָּה שֶׁבָּהּ יִתְבָּרֵר לוֹ שֶׁשֶּׁקֶר עָנוּ בִּי, וְאָז מִמֵּילָא לֹא יִרְדֹּוף אוֹתִי עוֹד וְלֹא יְבַקֵּשׁ לְהָרְגֵנִי, וְהַהַמְצָאָה הִיא שֶׁיִּקְרַע כְּנַף מְעִילוֹ בַּלָּט, וְאַחַר שֶׁיָּצָא שָׁאוּל מִן הַמְּעָרָה אָז יַגִּיד לוֹ אֵיךְ נִמְסַר בְּיָדוֹ וְלֹא הֲרָגוֹ, וּבָזֶה יִתְבָּרֵר שֶׁבַּעֲלֵי לָשׁוֹן הָרָע שֶׁקֶר עָנוּ בִּי, וְכַאֲשֶׁר עָשָׂה כֵּן בֶּאֱמֶת אַחַר כָּךְ בֵּירוּר זֶה, וְהוֹדָה לוֹ שָׁאוּל הַמֶּלֶךְ ע"ה בָּזֶה, וְכֵיוָן שֶׁיֵּשׁ הַמְצָאָה שֶׁבָּהּ יִנָּצֵל מִמֶּנּוּ אֵיךְ מֻותָּר לוֹ לְהָרְגוֹ, וַהֲלֹא גַּבֵּי הָרוֹדֵף אִם יוּכַל הַנִּרְדָּף לְהַצִּיל בְּאֶחָד מֵאֵבָרִים שֶׁלֹּא יוּמָת אָסוּר לְהָרְגוֹ, וְכֵן יוּכַל לְהִנָּצֵל בְּהַמְצָאָה זוֹ שֶׁל כְּרִיתַת הֶעָנָף. אַךְ תְּחִלָּה כשא"ל אֲנָשָׁיו לְהָרְגוֹ וְהוּא צִיֵּיר בְּלִבּוֹ הַמְצָאָה זוֹ לֹא דִּבֵּר עִם אֲנָשָׁיו כְּלוּם, וְלֹא אָמַר לָהֶם שֶׁאֵין אֲנִי רַשַּׁאי לְהָרְגוֹ, כִּי רָצָה לְהַמְתִּין עַד שֶׁתֵּצֵא הַמְצָאָה זוֹ לַפּוֹעֵל, כִּי אֶפְשָׁר שֶׁלֹּא תַּעֲלֶה בְּיָדוֹ כַּאֲשֶׁר צִייֵּר וְיִצְטָרֵךְ לְהָרְגוֹ מִן הַדִּין, וְהוּא שֶׁאִם הָיָה שָׁאוּל מַחֲזִיר רֹאשׁוֹ לַאֲחוֹרָיו בְּעֵת שֶׁקָּרַב דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה אֶצְלוֹ לִכְרוֹת הַמְעִיל וְהָיָה רוֹאֵהוּ, וְהָיָה חוֹשֵׁב שֶׁבָּא דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה לְהָרְגוֹ, הָיָה קָם עָלָיו שָׁאוּל לְהָרְגוֹ בַּחֲנִיתוֹ, וְאָז הָיָה מֻוכְרָח דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה לַהֲרֹוג אוֹתָהּ שָׁעָה אֶת שָׁאוּל בְּחַרְבּוֹ לְהַצִּיל עַצְמוֹ, מִדִּין הַבָּא לְהָרְגֶךָ הַשְׁכֵּם לְהָרְגוֹ, וְלָכֵן תְּחִלָּה שָׁתַק וְלֹא הֵשִׁיב כְּלוּם לַאֲנָשָׁיו עַד שֶׁיַּרְאֶה אֵיךְ יִפֹּול דָּבָר בְּהַמְצָאָה זוֹ עַד שֶׁקָּרַב דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה וְכָרַת הַכָּנָף וְלֹא הִרְגִּישׁ שָׁאוּל הַמֶּלֶךְ ע"ה, שֶׁרָאָה יָצְאָה הַמְּצִיאוּת הַהִיא שֶׁצִּייֵּר לַפּוֹעֵל, שֶׁבָּזֶה יִתְבָּרֵר אַחַר כָּךְ אֵצֶל שָׁאוּל שֶׁאֵין דָּוִד אוֹיֵב לוֹ, אָז אָמַר לָהֶם חָלִילָה לִי וְכוּ', כִּי עַתָּה הַתְּרוּפָה שֶׁל רְדִיפַת שָׁאוּל נַעֲשֵׂית וְלָמָּה אֶהֱרֹוג אוֹתוֹ, דְּתוּ לֹא יִרְדֹּוף אוֹתִי עוֹד. וְעַתָּה נֶחְזֵי אֲנֻתַּן אֵיךְ עָלְתָה הַמְּצִיאוּת הַזֹּאת כַּהֹוגֶן, וְלֹא הִרְגִּישׁ שָׁאוּל בְּדָוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה הַבָּא אַחֲרָיו כֵּיוָן שֶׁהַמְעִיל הָיָה שָׁאוּל לוֹבֵשׁ אוֹתוֹ וְלֹא פָּשְׁטוּ מֵעָלָיו, אֵיךְ יָבֹא אָדָם מֵאַחֲרָיו לִכְרוֹת אוֹתוֹ וְלֹא יַרְגִּישׁ מִנִּדְנוּד הַמְעִיל, שֶׁהוּא יִתְנַדְנֵד בְּעוֹדוֹ עָלָיו בְּעֵת שֶׁכּוֹרֵת הַכָּנָף מִמֶּנּוּ? אַךְ אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל שֶׁמֵּחֲמַת צְנִיעוּת שֶׁלּוֹ עָשָׂה עַצְמוֹ כְּסֻוכָּה שֶׁלֹּא סִילֵּק בְּגָדָיו וּמְעִילוֹ בְּעֵת שֶׁבָּא לַעֲשׂוֹת צְרָכָיו, אֶלָּא שִׁלְשֵׁל אוֹתָם וּפָרַס שׁוּלֵיהֶם עַל פְּנֵי הַקַּרְקַע מִסָּבִיב, וְלָכֵן הַכָּנָף שֶׁל הַמְעִיל הָיָה מֻושְׁלָךְ עַל פְּנֵי הַקַּרְקַע, וּבְעֵת שֶׁבָּא דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה לִכְרוֹת הַכָּנָף לֹא נִתְנַדְנֵד הַמְעִיל שֶׁהָיָה עַל גּוּפוֹ שֶׁל שָׁאוּל, וּלְכָךְ לֹא הִרְגִּישׁ שָׁאוּל בָּזֶה. נִמְצָא רִבּוּי וְתוֹסֶפֶת הַצְּנִיעוּת שֶׁעָשָׂה שָׁאוּל הַמֶּלֶךְ ע"ה אוֹתָהּ שָׁעָה, הִיא הָיְתָה סִיבָּה שֶׁתֵּצֵא הַמְּצִיאוּת הַנִּזְכָּר לַפּוֹעֵל כַּאֲשֶׁר צִייֵּר דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה שֶׁלֹּא הִרְגִּישׁ שָׁאוּל הַמֶּלֶךְ ע"ה, וְאָז מִמֵּילָא לֹא נֶהֱרַג, שֶׁאִם הָיָה מַרְגִּישׁ בִּכְרִיתַת הַכָּנָף הָיָה מַחֲזִיר פָּנָיו וְרוֹאֶה אֶת דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה, וּבְהֶכְרֵחַ הָיָה נֶהֱרַג שָׁאוּל וְכָאָמוּר, וּלְכָךְ א"ל צְנִיעוּת שֶׁהָיְתָה בְּךָ חָסָה עָלֶיךָ, וְלָזֶה אָמַר וַתָּחָס עָלֶיךָ, כְּלוֹמַר מִן הַבְּגָדִים הָאֵלֶּה שֶׁעָשִׂיתָ בָּהֶם צְנִיעוּת נִיצֶּלֶת מֵהֲרִיגָה שֶׁלֹּא הֻוצְרַכְתִּי לְהָרְגְךָ, וְנִרְאֶה לִי בס"ד מִסֵּפֶר צְנִיעוּת עוֹלֶה תרכ"ו אוֹתִיּוֹת כּוֹרְאֲשֵׁי תֵּיבוֹת, שֶׁעַל יְדֵי הַצְּנִיעוּת הָיָה דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה יָכוֹל לִהְיוֹת כּוֹרֵת אֶת הַכָּנָף וְלֹא יַרְגִּישׁ שָׁאוּל הַמֶּלֶךְ ע"ה וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד בְּאוֹמְרוֹ וַתָּחָס עָלֶיךָ, כִּי אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל הַמְעִיל הָיָה בּוֹ ד' כְּנָפוֹת וְהָיוּ תְּלוּיִם בּוֹ צִיצִיּוֹת, וְהוּא כָּרֵת כָּנָף אַחַת, נִמְצָא נִשְׁאַר אֵצֶל שָׁאוּל שְׁלֹשָׁה כְּנָפוֹת דַּוְקָא כִּי אֶחָד מֵהֶם כָּרְתוּ דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה וְלָקְחוּ, וְהִנֵּה הַכָּנָף עַם הַכּוֹלֵל גֵּי' קנ"ו [156] , וְג' פְּעָמִים קנ"ו עוֹלֶה תָּחֹס [468] , וְלָכֵן א"ל וַתָּחָס עָלֶיךָ ודו"ק.
« La pudeur qui était en toi, c'est elle qui a eu pitié de toi. » Il y a lieu de demander : quel rapport la pudeur a-t-elle avec son sauvetage, plus que les autres bonnes actions et bonnes qualités qui étaient en lui ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il est enseigné dans Meguila (13) : en récompense de la pudeur qui était en Rahel, sortit d'elle Chaoul, qui était pudique. Et quelle était la pudeur de Rahel ? Ce qu'elle a dit les signes à sa sœur. Et quelle était la pudeur de Chaoul ? Ce qui est écrit (I Chmouel 10, 16) : et l'affaire de la royauté, il ne la lui dit pas — vois-y. Et la raison en est connue : tous les Israélites sont appelés les fils de Rahel, comme il est écrit (Yirmeya 31, 14) : Rahel pleure sur ses fils, parce que Rahel fut la cause que Yaakov prenne Léa et qu'elle lui enfante six fils, et que du mariage de Léa découlèrent aussi les mariages de Bilha et de Zilpa ; elle fut donc la cause de tous, et c'est pourquoi ils sont appelés ses fils. Or on sait que cette cause fut sa pudeur, lorsqu'elle transmit les signes à Léa sa sœur. Ainsi donc, David, roi d'Israël, qui descend de Léa, en voyant cette pudeur qui était en Chaoul, se souvint de la pudeur qui était aussi en Chaoul dans l'affaire de la royauté qu'il n'avait pas divulguée ; et par là il se souvint aussitôt de la pudeur de Rahel, par le mérite de laquelle Chaoul était pudique, comme il est dit dans la guemara mentionnée. Et puisqu'il se souvint de la pudeur de Rahel, qui fut la transmission des signes, il se souvint aussitôt que cette transmission fut la cause que Yaakov notre père prit Léa et qu'elle lui enfanta six tribus ; et puisqu'il se souvint de cela, il devint clair devant lui que, par là, tous les fils de Léa sont appelés fils de Rahel. Et s'il en est ainsi, lui aussi qui descend de Léa est appelé fils de Rahel : comment donc tuerait-il maintenant Chaoul, qui est le fils de Rahel, laquelle est également considérée comme sa mère ? Il convient qu'il agisse envers lui avec bonté à cause de Rahel et qu'il ne le tue pas. Il se trouve donc que ce qui a fait rouler tous ces souvenirs, par lesquels David retint son épée de tuer Chaoul, c'est la pudeur qui était en Chaoul. D'une autre manière, il me semble, avec l'aide du Ciel, [comprendre] pourquoi il a fait dépendre le sauvetage de la pudeur. Nous trouvons en effet qu'auparavant ses hommes lui avaient dit de tuer Chaoul, et il n'avait pas répondu « à Dieu ne plaise que je fasse cette chose » ; pourquoi, après avoir déchiré le manteau, leur a-t-il répondu ainsi ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, en donner la raison : au début, il avait résolu de ne pas le tuer, et bien que celui-ci le poursuive, il s'était dit : ce sont les gens de mauvaise langue qui l'égarent en lui disant que David cherche ton malheur et veut te tuer ; je vais donc employer ce stratagème, par lequel il lui sera prouvé qu'ils ont témoigné faussement contre moi ; et alors il cessera de me poursuivre et ne cherchera plus à me tuer. Le stratagème consiste à couper en secret le pan de son manteau : lorsque Chaoul sera sorti de la grotte, il lui dira comment il fut livré entre ses mains et qu'il ne l'a pas tué, et par là il sera prouvé que les gens de mauvaise langue ont menti à mon sujet. Et il en fit ainsi en effet, et cette preuve fut faite ensuite, et Chaoul le lui reconnut. Or, puisqu'il existait un stratagème par lequel il pouvait échapper à lui, comment lui aurait-il été permis de le tuer ? Car pour le poursuivant, si le poursuivi peut se sauver en l'atteignant à l'un de ses membres sans le faire mourir, il lui est interdit de le tuer ; et ici, il pouvait se sauver par ce stratagème de la coupure du pan. Mais au début, quand ses hommes lui dirent de le tuer et qu'il se représentait ce stratagème, il ne dit rien à ses hommes et ne leur déclara pas qu'il ne lui était pas permis de le tuer, parce qu'il voulait attendre que ce stratagème se réalise ; car il était possible qu'il ne lui réussisse pas comme il se le représentait, et qu'il doive alors le tuer selon le droit. En effet, si Chaoul avait tourné la tête en arrière au moment où David s'approchait de lui pour couper le manteau et l'avait vu, il aurait pensé que David venait le tuer, et se serait levé contre lui pour le tuer de sa lance ; et alors David aurait été contraint de tuer Chaoul à cette heure-là de son épée pour se sauver lui-même, selon la règle : celui qui vient te tuer, devance-le et tue-le. C'est pourquoi il se tut d'abord et ne répondit rien à ses hommes, jusqu'à ce qu'il voie comment tournerait ce stratagème ; et lorsque David s'approcha, coupa le pan et que Chaoul ne s'en aperçut pas, il vit que la chose s'était réalisée comme il se l'était représentée, de sorte qu'il serait prouvé ensuite devant Chaoul que David n'était pas son ennemi. Alors il leur dit : à Dieu ne plaise, etc., car maintenant le remède à la poursuite de Chaoul est fait, et pourquoi le tuerais-je, puisqu'il ne me poursuivra plus. Et maintenant, voyons comment cette possibilité s'est réalisée convenablement, et comment Chaoul n'a pas senti David venu derrière lui : puisque Chaoul portait le manteau et ne l'avait pas ôté de sur lui, comment un homme pouvait-il venir derrière lui pour le couper sans qu'il sente le mouvement du manteau, lequel devait bouger sur lui pendant qu'on en coupait le pan ? Mais nos maîtres de mémoire bénie ont dit qu'à cause de sa pudeur il se fit comme une soukka : il n'ôta pas ses vêtements ni son manteau quand il vint faire ses besoins, mais il les laissa retomber et en étendit les bords sur le sol tout autour. Le pan du manteau se trouvait donc jeté sur le sol, et lorsque David vint couper le pan, le manteau qui était sur le corps de Chaoul ne bougea pas, et c'est pourquoi Chaoul ne s'en aperçut pas. Il se trouve donc que le surcroît de pudeur dont Chaoul fit preuve à cette heure-là fut la cause que la chose se réalise comme David se l'était représentée, sans que Chaoul s'en aperçoive ; et par là, de soi-même, il ne fut pas tué. Car s'il avait senti la coupure du pan, il aurait tourné le visage et vu David, et Chaoul aurait nécessairement été tué, comme il a été dit. C'est pourquoi il lui dit : la pudeur qui était en toi à eu pitié de toi ; et c'est le sens de « et il a eu pitié de toi » : c'est-à-dire, par ces vêtements dans lesquels tu as agi avec pudeur, tu as été sauvé de la mort, car je n'ai pas eu besoin de te tuer. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que la valeur numérique de tsniout (pudeur) est 626, les lettres de ke-koret (comme coupant), car c'est par la pudeur que David pouvait couper le pan sans que Chaoul s'en aperçoive. Et il me semble encore, avec l'aide du Ciel, dans son expression « et il a eu pitié de toi » : nos maîtres de mémoire bénie ont dit que le manteau avait quatre pans auxquels pendaient des tsitsit, et qu'il en coupa un seul ; il resta donc chez Chaoul exactement trois pans, puisque David en avait coupé un et l'avait pris. Or « le pan » (ha-kanaf), avec l'unité, vaut 156, et trois fois 156 font 468, qui est la valeur de tahas (il a eu pitié) ; c'est pourquoi il lui dit « et il a eu pitié de toi » — examine bien cela.
💡 Explication

La question est grammaticale. David raconte ce qu'il a fait dans la grotte, et le verset devrait être à la première personne. Il porte deux verbes à la troisième : « il a dit » et « il a eu pitié ». Rabbi Elazar en tire deux sujets différents : le premier verbe renvoie à une autorisation d'en haut, le second à la pudeur de Chaoul, qui se lit au féminin.

Le fond halakhique est la loi du rodef, le poursuivant : celui qui vient tuer peut être devancé. David n'a donc pas renoncé à un droit douteux, mais à un droit reconnu, et la raison de ce renoncement est la conduite de Chaoul dans la grotte, que la guemara va détailler.

🖼️ Schéma
Deux verbes à la troisième personne, deux sujets cachés Le verset : et il a dit de te tuer, et il a eu pitié de toi. David parlant de lui aurait dit : et j'ai dit, et j'ai eu pitié. et il a dit de te tuer Sujet : le Ciel. Rachi - le Saint béni soit-Il m'a permis de te tuer. Fondement : loi du poursuivant. et il a eu pitié de toi Sujet : la pudeur, tsniout, féminin. Ce n'est pas David qui a épargné. Fondement : la conduite dans la grotte. Nafka mina : David ne se présente pas comme clément, mais comme ayant rencontré une raison extérieure de suspendre son droit.
La lecture de Rabbi Elazar tient à un écart de personne grammaticale, et elle déplace le mérite de David vers Chaoul.
9
וּמַאי הִיא? — דִּכְתִיב: ״וַיָּבֹא אֶל גִּדְרוֹת הַצֹּאן עַל הַדֶּרֶךְ וְשָׁם מְעָרָה וַיָּבֹא שָׁאוּל לְהָסֵךְ אֶת רַגְלָיו״. תְּנָא: גָּדֵר לִפְנִים מִן גָּדֵר, וּמְעָרָה לְפָנִים מִמְּעָרָה לְהָסֵךְ. אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: מְלַמֵּד שֶׁסִּיכֵּךְ עַצְמוֹ כְּסֻוכָּה.

Et quelle était-elle [cette pudeur] ? Comme il est écrit : « et il vint aux parcs à brebis sur le chemin, et il y avait là une grotte, et Chaoul entra pour se couvrir les pieds ».

On a enseigné : une clôture à l'intérieur d'une clôture, et une grotte à l'intérieur d'une grotte, [et c'est là qu'il entra] pour se couvrir. Rabbi Elazar a dit : cela enseigne qu'il se couvrit lui-même comme une soukka.

📜 Rachi (1)
שֶׁסְּכָךְ רַגְלָיו בִּבְגָדָיו כְּסֻוכָּה:
Il couvrit ses pieds de ses vêtements, comme une soukka.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מְעָרָה לִפְנִים מִמְּעָרָה. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת הֵיכָן נִרְמַז בַּכָּתוּב שֶׁהָיוּ ב' מְעָרוֹת, וּמָהַרְשָׁ"א זַ"ל נִרְגָּשׁ בָּזֶה, וְנִדְחַק לוֹמַר דְּאֶפְשָׁר הָיָה יָדוּעַ לָהֶם שֶׁאוֹתָהּ מְעָרָה הָיָה בְּתוֹכָהּ מְעָרָה גו"ש, וַאֲפִילּוּ אִם נִסְבֹּול דֹּוחַק מְנָא לֵיהּ שֶׁנִּכְנַס בַּפְּנִימִית וְדִילְמָא נִכְנַס בַּחִיצוֹנָה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּנָפְקָא לְהוּ זֶה מִיִּתּוּרָא דִּקְרָא, דִּכְתִיב (שְׁמוּאֵל א' כד, ג) וַיָּבֹא אֶל גִּדְרוֹת הַצֹּאן עַל הַדֶּרֶךְ וְשָׁם מְעָרָה וַיָּבֹא שָׁאוּל לְהָסֵךְ אֶת רַגְלָיו, וְתֵיבַת וַיָּבֹא שָׁאוּל יְתֵירָה, מֵאַחַר דְּאָמַר וַיָּבֹא בַּתְּחִלָּה, וַהֲוָה סַגִּי לוֹמַר כֵּן וַיָּבֹא אֶל גִּדְרוֹת הַצֹּאן וְשָׁם מְעָרָה לְהָסֵךְ רַגְלָיו, וְלָכֵן דָּרְשׁוּ וַיָּבֹא אֶל גִּדְרוֹת הַצֹּאן עַל הַדֶּרֶךְ וְשָׁם מְעָרָה, וְאַחַר שֶׁבָּא אֶל הַמְּעָרָה הַהִיא אָמַר עוֹד וַיָּבֹא שָׁאוּל לְהָסֵךְ אֶת רַגְלָיו, רְצוֹנוֹ לוֹמַר בָּא בִּיאָה אַחֶרֶת לְתוֹךְ מְעָרָה הַשֵּׁנִית לְהָסֵךְ רַגְלָיו, וְלָכֵן חָזַר וְאָמַר וַיָּבֹא שָׁאוּל אַחַר שֶׁאָמַר וְשָׁם מְעָרָה, לְלַמְּדֵנוּ אַחַר שֶׁבָּא אֶל הַמְּעָרָה בָּא בִּיאָה אַחֶרֶת עוֹד וְהַיְינוּ בַּפְּנִימִית. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד, דְּדָייֵק לָהּ מִסְּבָרָה מִן הַכָּתוּב דְּקָאָמַר (שְׁמוּאֵל א' כד, ג) וְדָוִד וַאֲנָשָׁיו בְּיַרְכְּתֵי הַמְּעָרָה יֹשְׁבִים, וְקַשָּׁא אֵיךְ לֹא רָאָה אוֹתָם שָׁאוּל כְּשֶׁנִּכְנַס, וּמְבָאֲרֵי הַמִּקְרָא נִתְחַבְּטוּ בָּזֶה, וְנִדְחֲקוּ לוֹמַר שֶׁהָיְתָה מְעָרָה גְּדוֹלָה מְאֹד, וְיֵשׁ שֶׁפֵּרְשׁוּ שֶׁהָיָה דָּבָר זֶה בְּנֵס פִּלְאֵי שֶׁלֹּא רָאָה אוֹתָם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּמֵחֲמַת קֻושְׁיָא זוֹ הִכְרִיחוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל כָּאן לוֹמַר שֶׁהָיְתָה מְעָרָה תּוֹךְ מְעָרָה, וְהֵם הָיוּ יוֹשְׁבִים בַּפְּנִימִית שֶׁהִיא חֹושֶׁךְ אֲפֵלָה, לְכָךְ הוּא שֶׁבָּא מִבַּחוּץ מִמְּקוֹם הָאוֹר וְנִכְנַס לִמְקוֹם הַחֹשֶׁךְ לֹא רָאָה אוֹתָם, כִּי בְּוַדַּאי הוּא לֹא נִכְנַס לִפְנִים הַרְבֵּה אֶלָּא יָשַׁב סָמוּךְ לַפֶּתַח, וְהֵם הָיוּ יוֹשְׁבִים לִפְנִים בְּסוֹף הַמְּעָרָה הַפְּנִימִית, לְכָךְ הֵם שֶׁהָיוּ יוֹשְׁבִים מִתְּחִלָּה בַּחֹשֶׁךְ גָּמוּר רָאוּ אוֹתוֹ וְהוּא לֹא רָאָם.
« Une grotte à l'intérieur d'une grotte. » Il y a lieu de demander : où est-il fait allusion dans le verset à deux grottes ? Le Maharcha de mémoire bénie s'en est ému et s'est trouvé contraint de dire qu'il leur était peut-être connu que cette grotte en contenait une autre ; et même si l'on accepte cette gêne, d'où saurait-il qu'il entra dans la grotte intérieure — peut-être entra-t-il dans l'extérieure ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'ils le tirent de la redondance du verset : il est écrit (I Chmouel 24, 3) : et il vint aux parcs à brebis sur le chemin, et il y avait là une grotte, et Chaoul entra pour se couvrir les pieds ; or les mots « et Chaoul entra » sont superflus, puisqu'il a déjà dit « et il vint » au début, et il aurait suffi de dire : et il vint aux parcs à brebis, et il y avait là une grotte, pour se couvrir les pieds. Ils ont donc expliqué : « et il vint aux parcs à brebis sur le chemin, et il y avait là une grotte » ; puis, après être venu à cette grotte, il dit encore « et Chaoul entra pour se couvrir les pieds », c'est-à-dire qu'il fit une autre entrée, dans la seconde grotte, pour s'y couvrir les pieds. C'est pourquoi il répète « et Chaoul entra » après avoir dit « et il y avait là une grotte » : pour nous enseigner qu'après être venu à la grotte, il fit encore une autre entrée, à savoir dans la grotte intérieure. D'une autre manière, il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il le déduit par raisonnement à partir du verset qui dit (I Chmouel 24, 3) : et David et ses hommes étaient assis au fond de la grotte. Or il est difficile de comprendre comment Chaoul ne les a pas vus en entrant ; les commentateurs de l'Écriture se sont débattus sur ce point, et se sont trouvés contraints de dire que la grotte était très grande ; certains ont expliqué que ce fut un miracle manifeste, qu'il ne les vit pas. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est à cause de cette difficulté que nos maîtres de mémoire bénie ont été contraints de dire ici qu'il y avait une grotte à l'intérieur d'une grotte, et qu'eux étaient assis dans l'intérieure, qui est d'une obscurité épaisse ; c'est pourquoi celui qui venait du dehors, du lieu de la lumière, et entrait dans le lieu de l'obscurité, ne les vit pas — car certainement il n'entra pas beaucoup vers l'intérieur, mais s'assit près de l'entrée, tandis qu'eux étaient assis à l'intérieur, au fond de la grotte intérieure. C'est pourquoi eux, qui étaient assis dès le début dans l'obscurité complète, le virent, et lui ne les vit pas.
💡 Explication

La guemara établit ce qu'était la pudeur de Chaoul, en lisant les redondances du verset : deux clôtures, deux grottes, chaque enceinte ajoutant un degré de retrait. L'expression biblique « couvrir les pieds » est elle-même un euphémisme.

Rabbi Elazar ajoute un troisième degré : Chaoul se couvre comme une soukka, en laissant retomber ses vêtements autour de lui. Ce détail servira plus loin : c'est parce que le pan du manteau traînait à terre que David a pu le couper sans être senti.

10
״וַיָּקָם דָּוִד וַיִּכְרֹת אֶת כְּנַף הַמְּעִיל אֲשֶׁר לְשָׁאוּל בַּלָּט״, אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא: כָּל הַמְבַזֶּה אֶת הַבְּגָדִים, סוֹף אֵינוֹ נֶהֱנֶה מֵהֶם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְהַמֶּלֶךְ דָּוִד זָקֵן בָּא בַּיָּמִים וַיְכַסֻּהוּ בַּבְּגָדִים וְלֹא יִחַם לוֹ״.

« Et David se leva et coupa le pan du manteau de Chaoul en secret. » Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina a dit : quiconque méprise les vêtements finit par ne plus en tirer de bien, comme il est dit : « et le roi David était vieux, avancé en jours ; on le couvrait de vêtements et il n'avait pas chaud ».

🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל הַמְבַזֶּה אֶת הַבְּגָדִים לְסוֹף אֵינוֹ נֶהֱנֶה מֵהֶם. י"ל לָמָּה יֶאְשַׁם דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה עַל זֹאת, וַהֲלֹא בַּדָּבָר שֶׁעָשָׂה נִתְבָּרֵר אֵצֶל שָׁאוּל שֶׁאֵין דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה חָפֵץ לַהֲמִיתוֹ, וּבָזֶה מִמֵּילָא יֶחְדַּל מִלִּרְדֹּוף אַחֲרָיו, וּמֶה הָיָה צָרִיךְ לַעֲשׂוֹת אֹופֶן אַחֵר לְהַצִּיל עַצְמוֹ מִשָּׁאוּל הָרוֹדֵף אוֹתוֹ וְכִי הָיָה טוֹב לוֹ שֶׁיַּהַרְגֵהוּ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל אוֹתוֹ הַמְעִיל הָיָה תָּלוּי בּוֹ צִיצִיּוֹת, דְּאִיתָא בְּיַלְקוּט א"ר נַחְמָן שֶׁגָּרַם לִשְׁאוֹל שֶׁיֵּלֵךְ שָׁעָה אַחַת בְּלֹא טַלִּית וְצִיצִית, וְלָכֵן אָמְרוּ עָלָיו שֶׁבִּיזָּה אֶת הַבְּגָדִים, כִּי הָיָה לוֹ לִכְרוֹת חֲתִיכָה אַחַת מִן אֶמְצַע הַמְעִיל מִלְּמַטָּה אוֹ מִלְמַעְלָה שֶׁלֹּא הָיָה נִפְסָל, מֵאַחַר דִּכְרִיתָה זוֹ הָיְתָה בַּעֲבוּר סִימָן לְהוֹכִיחַ שֶׁנָּפַל בְּיָדוֹ בִּהְיוֹתוֹ לְבַדּוֹ בַּמְּעָרָה וְלֹא הֲרָגוֹ, וְלָמָּה כָּרַת הַכָּנָף וּפִסְּלוֹ מִן הַצִּיצִית? וְנִרְאֶה לִי בס"ד עִנְיַן כְּרִיתַת הַטַּלִּית בַּפָּסוּק דִּכְתִיב (שְׁמוּאֵל א' כד, ח) וַיָּקָם דָּוִד אַחֲרֵי כֵן וַיֵּצֵא מִן הַמְּעָרָה וַיִּקְרָא אַחֲרֵי שָׁאוּל לֵאמֹר אֲדֹנִי הַמֶּלֶךְ וַיַּבֵּט שָׁאוּל אַחֲרָיו, וְהוּא כִּי אַחַר אוֹתִיּוֹת שָׁאוּל יֵשׁ אוֹתִיּוֹת תַּבְזֵם [449] שֶׁהֵם מִסְפַּר טַלִּית [449] , וְהַיְינוּ כִּי הוּא קָרָא לְשָׁאוּל עַל סְמַךְ מַה שֶׁעָשָׂה לוֹ בַּטַּלִּית הָרָמוּז אַחַר אוֹתִיּוֹת שָׁאוּל, וּבְאוֹתָהּ שָׁעָה מֵאֵת ה' הָיְתָה שֶׁהִבִּיט שָׁאוּל אַחֲרָיו, רְצוֹנוֹ לוֹמַר הִבִּיט בַּטַּלִּית שֶׁרָמוּז אַחַר שְׁמוֹ וְרָאָהוּ כָּרוּת הַכָּנָף. וּבָזֶה נִתְיַישְּׁבוּ עַל לִבּוֹ דִּבְרֵי דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה וְהוֹכָחָתוֹ תֶּיכֶף וּמִיָּד בְּעֵת שֶׁדִּבֵּר אֶת דְּבָרָיו לְנַקּוֹת אֶת עַצְמוֹ.
« Quiconque méprise les vêtements finit par ne plus en tirer de bien. » Il y a lieu de demander : pourquoi David serait-il coupable en cela ? Par ce qu'il a fait, il fut prouvé devant Chaoul que David ne désirait pas le faire mourir, et par là, de soi-même, il cesserait de le poursuivre ; que devait-il donc faire d'autre pour se sauver de Chaoul qui le poursuivait — aurait-il mieux valu pour lui qu'il le tue ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que nos maîtres de mémoire bénie ont dit que des tsitsit pendaient à ce manteau, car il est dit dans le Yalkout : Rabbi Nahman a dit qu'il fut cause que Chaoul aille une heure sans talit et sans tsitsit. C'est pourquoi ils ont dit de lui qu'il a méprisé les vêtements : car il lui aurait fallu couper un morceau au milieu du manteau, par le bas ou par le haut, ce qui ne l'aurait pas rendu impropre, puisque cette coupure n'était qu'un signe destiné à prouver que Chaoul était tombé entre ses mains alors qu'il était seul dans la grotte et qu'il ne l'avait pas tué. Pourquoi donc a-t-il coupe le pan et l'a-t-il rendu impropre aux tsitsit ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, [trouver] l'affaire de la coupure du talit dans le verset où il est écrit (I Chmouel 24, 8) : et David se leva ensuite, sortit de la grotte et cria derrière Chaoul en disant : mon seigneur le roi ! Et Chaoul regarda derrière lui. En effet, après les lettres de Chaoul viennent les lettres de valeur 449, qui est le nombre de talit ; c'est-à-dire qu'il appela Chaoul en s'appuyant sur ce qu'il lui avait fait au talit, lequel est indiqué après les lettres de Chaoul. Et à cette heure-là, ce fut de la part de Hachem que Chaoul regarda derrière lui, c'est-à-dire qu'il regarda le talit indiqué après son nom et le vit au pan coupé. Par là, les paroles de David et sa démonstration s'établirent dans son cœur aussitôt, au moment même où il parlait pour se disculper.
💡 Explication

La sougya introduit ici un contrepoint : le geste qui sauve Chaoul a un coût pour David. Le principe énoncé est général — mépriser un vêtement se paie — et le verset des Rois qui ouvre le livre le montre accompli sur David lui-même.

11
״אִם ה׳ הֱסִיתְךָ בִי יָרַח מִנְחָה״, אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: אֲמַר לֵיהּ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְדָוִד: ״מֵסִית״ קָרֵית לִי? הֲרֵי אֲנִי מַכְשִׁילְךָ בְּדָבָר שֶׁאֲפִילּוּ תִּינוֹקוֹת שֶׁל בֵּית רַבָּן יוֹדְעִים אוֹתוֹ. דִּכְתִיב: ״כִּי תִשָּׂא אֶת רֹאשׁ בְּנֵי יִשְׂרָאֵל לִפְקֻדֵיהֶם וְנָתְנוּ אִישׁ כֹּפֶר נַפְשׁוֹ וְגוֹ׳״. מִיָּד, ״וַיַּעֲמֹד שָׂטָן עַל יִשְׂרָאֵל״, וּכְתִיב: ״וַיָּסֶת אֶת דָּוִד בָּהֶם לֵאמֹר לֵךְ מְנֵה אֶת יִשְׂרָאֵל״. וְכֵיוָן דִּמְנִינְהוּ לָא שְׁקַל מִינַּייְהוּ כֹּופֶר. דִּכְתִיב: ״וַיִּתֵּן ה׳ דֶּבֶר בְּיִשְׂרָאֵל מֵהַבֹּקֶר וְעַד עֵת מוֹעֵד״.

« Si Hachem t'a incité contre moi, qu'Il agrée une offrande. » Rabbi Elazar a dit : le Saint béni soit-Il dit à David : tu M'appelles inciteur ? Voici que Je vais te faire trébucher sur une chose que même les enfants de la maison d'étude savent, comme il est écrit : « quand tu relèveras le compte des enfants d'Israël selon leur dénombrement, chacun donnera la rançon de son âme, etc. ».

Aussitôt : « et un accusateur se dressa contre Israël », et il est écrit : « et il incita David contre eux, en disant : va, dénombre Israël ». Et lorsqu'il les eut dénombrés, il ne préleva pas d'eux de rançon, comme il est écrit : « et Hachem envoya une peste en Israël, depuis le matin jusqu'au temps fixé ».

🪔 Ben Yehoyada (1)
מֵסִית קָרֵית לִי? חַיֶּיךָ שֶׁאֲנִי מִכְּשֶׁיֵּלֶךְ. וְקַשָּׁא אִם הוּא שָׁגַג שֶׁלֹּא דִּבֵּר כַּהֹוגֶן, אֵלֶּה הַצֹּאן מֶה עָשׂוּ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּוַדַּאי נִתְחַייְּבוּ בְּמַכַּת הַדָּבָר מִכֹּחַ עֲוֹנוֹתֵיהֶם בְּלָאו הָכִי, אַךְ הוֹאִיל וְנִכְשַׁל בְּדִיבּוּר זֶה נִתְגַּלְגֵּל הַדָּבָר עַל יָדוֹ, וּבָזֶה וַדַּאי נִצְטַעֵר מְאֹד עַל אֲשֶׁר נִתְגַּלְגֵּל עַל יָדוֹ, וְזֶה הוּא עָונְשׁוֹ בִּשְׁבִיל אוֹתוֹ דִּיבּוּר שֶׁאָמַר, אַךְ צָרִיךְ לְהָבִין בַּמֶּה טָעָה וְנִכְשַׁל, וְעוֹד יוֹאָב וּשְׁאָר סַנְהֶדְרִין אֵיךְ לֹא הֶרְאוּ לוֹ שֶׁיֵּשׁ בָּזֶה אִיסּוּר לִמְנוֹת אֶת יִשְׂרָאֵל בִּלְתִּי כֹּופֶר? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי חָשְׁבוּ לֹא הֻוצְרְכוּ כּוֹפֵר בִּימֵי מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה אֶלָּא בִּשְׁבִיל שֶׁהָיוּ בַּמִּדְבָּר וְיֵשׁ פַּחַד מֵעֵין הָרַע, אֲבָל עַתָּה שֶׁהֵם בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל זְכוּת יְשִׁיבַת אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל יָגֵין עֲלֵיהֶם, וְאֵין צֹורֶךְ לְכֹופֶר שֶׁלֹּא תִּשְׁלֹוט בָּהֶם עַיִן הָרָע.
« Tu M'appelles inciteur ? Sur ta vie, Je te ferai trébucher. » Il y a lieu de demander : s'il a fauté par inadvertance en ne parlant pas comme il convenait, ces brebis, qu'ont-elles fait ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'ils avaient certainement mérité la plaie de la peste à cause de leurs propres fautes, indépendamment de cela ; mais puisque David a trébuché dans cette parole, la chose a roulé par sa main. Et par là il s'est certainement beaucoup affligé de ce que cela soit venu par lui, et c'est là sa punition pour cette parole qu'il a dite. Il faut cependant comprendre en quoi il s'est trompé et a trébuché ; et de plus, Yoav et le reste du Sanhédrin, comment ne lui ont-ils pas montré qu'il y a là un interdit de dénombrer Israël sans rançon ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'ils ont pensé que l'on n'avait eu besoin de rançon aux jours de Moche notre maître que parce qu'ils étaient au désert et qu'il y avait à craindre le mauvais œil ; mais maintenant qu'ils sont en terre d'Israël, le mérite de l'habitation de la terre d'Israël les protège, et il n'est pas besoin de rançon pour que le mauvais œil n'ait pas prise sur eux.
💡 Explication

La sanction est mesurée sur la faute : David a employé le mot mesit, inciteur, à propos du Ciel ; ce sont les mêmes consonnes qui reviennent dans « et il incita David ». La punition prend la forme du mot.

Le contenu de la faute est le kofer nefech : la Torah exige que tout dénombrement passe par une rançon, jamais par le comptage direct des personnes. David dénombre sans prélever, et la peste suit.

🖼️ Schéma
Du mot à la peste : la chaîne que la guemara construit La parole Si Hachem t'a incité contre moi. racine : mesit La réponse Je te ferai trébucher sur ce que savent les enfants. Le dénombrement Va, dénombre Israël. Aucune rançon n'est prélevée. La peste Du matin jusqu'au temps fixé. La règle du dénombrement, source de la faute Chemot 30, 12 : on ne compte pas les personnes, on compte les pièces données comme rançon de l'âme - à défaut, une plaie survient.
Le mot employé par David revient comme instrument de sa faute, et la faute porte sur la règle la plus élémentaire du recensement.
12
מַאי ״עֵת מוֹעֵד״? אָמַר שְׁמוּאֵל סָבָא חַתְנֵיהּ דְּרַבִּי חֲנִינָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי חֲנִינָא: מִשְּׁעַת שְׁחִיטַת הַתָּמִיד עַד שְׁעַת זְרִיקָתוֹ. רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: עַד חֲצוֹת מַמָּשׁ.

Qu'est-ce que « le temps fixé » ? Chmouel l'ancien, gendre de Rabbi Hanina, a dit au nom de Rabbi Hanina : depuis l'heure de l'abattage du sacrifice quotidien jusqu'à l'heure de l'aspersion de son sang.

Rabbi Yo'hanan a dit : jusqu'à midi exactement.

💡 Explication

Les deux lectures du mot moed diffèrent par leur référence. Rabbi Hanina le rapporte au service du Temple : le tamid du matin, entre l'abattage et l'aspersion. Rabbi Yo'hanan le rapporte à l'heure du jour, midi. La première fait de l'arrêt de la peste un effet du sacrifice, la seconde un terme fixé d'avance.

13
״וַיֹּאמֶר לַמַּלְאָךְ הַמַּשְׁחִית בָּעָם רַב״. אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: אָמַר לֵיהּ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְמַלְאָךְ: טוֹל לִי רַב שֶׁבָּהֶם, שֶׁיֵּשׁ בּוֹ לִיפָּרַע מֵהֶם כַּמָּה חוֹבוֹת. בְּאוֹתָהּ שָׁעָה מֵת אֲבִישַׁי בֶּן צְרוּיָה, שֶׁשָּׁקוּל כְּרֻובָּהּ שֶׁל סַנְהֶדְרִין.

« Et Il dit à l'ange qui détruisait parmi le peuple : rav ». Rabbi Elazar a dit : le Saint béni soit-Il dit à l'ange : prends-Moi le plus grand (rav) d'entre eux, celui par qui il y a de quoi acquitter plusieurs dettes.

À cette heure-là mourut Avichaï fils de Tserouya, qui équivalait à la majorité du Sanhédrin.

📜 Rachi (1)
שֶׁיֵּשׁ בּוֹ לִיפָּרַע כַּמָּה שֶׁיֵּשׁ בְּמִיתָתוֹ כְּדֵי לְכַפֵּר עַל כַּמָּה עוֹנוֹת:
Dont la mort suffit à expier plusieurs fautes.
💡 Explication

Le mot rav signifie « assez » dans le sens simple : l'ordre d'arrêter. Rabbi Elazar le lit au sens de « grand » : l'ange reçoit l'ordre de prendre le plus grand du peuple. La mort d'un seul homme d'un tel poids tient lieu de paiement pour la collectivité.

14
״וּבְהַשְׁחֵית רָאָה ה׳ וִינַחֵם״, מַאי רָאָה?

« Et comme il détruisait, Hachem vit et se ravisa » — que vit-Il ?

📜 Rachi (1)
וּבְהַשְׁחֵית רָאָה ה' וִינַחֵם מִקְרָא הוּא בְּאוֹתָהּ פָּרָשָׁה בְּדִבְרֵי הַיָּמִים:
C'est un verset de ce même passage, dans les Chroniques.
15
אָמַר רַב: רָאָה יַעֲקֹב אָבִינוּ, דִּכְתִיב: ״וַיֹּאמֶר יַעֲקֹב כַּאֲשֶׁר רָאָם״. וּשְׁמוּאֵל אָמַר: אֶפְרוֹ שֶׁל יִצְחָק רָאָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אֱ-לֹהִים יִרְאֶה לּוֹ הַשֶּׂה״.

Rav a dit : Il vit Yaakov notre père, comme il est écrit : « et Yaakov dit lorsqu'il les vit ». Et Chmouel a dit : Il vit les cendres d'Its'hak, comme il est dit : « D.ieu verra pour Lui l'agneau ».

🪔 Ben Yehoyada (1)
רָאָה יַעֲקֹב אָבִינוּ דִּכְתִיב (בְּרֵאשִׁית לב, ג) וַיֹּאמֶר יַעֲקֹב כַּאֲשֶׁר רָאָם. הַדָּבָר יִפָּלֵא וַהֲלֹא גַּם בְּאַבְרָהָם כְּתִיב (בְּרֵאשִׁית כב, ד) וַיַּרְא אֶת הַמָּקוֹם מֵרָחֹק, וְכֵן (בְּרֵאשִׁית כב, יג) וַיַּרְא וְהִנֵּה אֵיל, וְגַם בְּמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה כְּתִיב (דָּנִיֵּאל י' ח') וְאֶרְאֶה אֶת הַמַּרְאֶה הַגָּדֹל הַזֶּה, (שְׁמוֹת לט, מט) וַיַּרְא מֹשֶׁה אֶת כָּל הַמְּלָאכָה, וְאִם כֵּן לֵימָא אַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה רָאָה אוֹ מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה רָאָה, וּמַאי שְׁנָא דְּדָרֵישׁ זֶה עַל יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ שֶׁיַּעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה דְּמוּתוֹ חֲקוּקָה בְּכִסֵּא הַכָּבוֹד. וְהִבְטִיחַ הקב"ה אֶת יִשְׂרָאֵל בָּזֶה שֶׁבְּעֵת צָרָה יִרְאֶה דְּמוּת יַעֲקֹב הַחֲקוּקָה בְּכִסֵּא הַכָּבוֹד וִירַחֵם עֲלֵיהֶם, לְכָךְ אָמַר דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה (תְּהִלִּים כ' ב') יַעַנְךָ ה' בְּיוֹם צָרָה יְשַׂגֶּבְךָ שֵׁם אֱ-לֹהֵי יַעֲקֹב, וְלֹא אָמַר אֱ-לֹהֵי אַבְרָהָם אוֹ יִצְחָק, וְלָכֵן כֵּיוָן דְּאָמַר כָּאן רָאָה ה' מַשְׁמַע דְּרָאָה רְאִיָּה הַיְּדוּעָה אֲשֶׁר הִבְטִיחַ ה' יִתְבָּרֵךְ לְיִשְׂרָאֵל לִרְאוֹת בְּעֵת צָרָה, וְהָא דְּהֵבִיא פָּסוּק וַיֹּאמֶר יַעֲקֹב כַּאֲשֶׁר רָאָם, לְהוֹכִיחַ מִזֶּה הַכָּתוּב שֶׁדְּמוּתוֹ חֲקוּקָה בְּכִסֵּא הַכָּבוֹד, דְּהָא אִיכָּא מַלְאָכִים סְתָם, וְאִיכָּא מַלְאֲכֵי אֱ-לֹהִים הֵם מַחֲנֵה שְׁכִינָה הַקְּרוֹבִים לְהַכִּסֵּא, כִּי הַכִּסֵּא [86] גֵּימַטְרְיָא אֱ-לֹהִים [86] , וְיַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה מֵהֵיכָא יָדַע כַּאֲשֶׁר רָאָם דְּמַחֲנֶה אֱ-לֹהִים הֵם, אֶלָּא מִפְּנֵי שֶׁדְּמוּתוֹ חֲקוּקָה בְּהַכִּסֵּא לְכָךְ אַף עַל פִּי שֶׁהוּא עוֹמֵד לְמַטָּה בָּעוֹלָם הַזֶּה מַזָּלֵיהּ חָזֵי דְּמַחֲנֶה הַכִּסֵּא הֵם, ומ"ש שְׁמוּאֵל אֶפְרוֹ שֶׁל יִצְחָק אָבִינוּ ע"ה רָאָה, מְפָרֵשׁ רְאָיָה זוֹ עַל רְאָיָה אַחֶרֶת אֲשֶׁר הִבְטִיחַ הקב"ה לְיִשְׂרָאֵל בָּהּ בְּעֵת צָרָה, וְהוּא מ"ש רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל שֶׁהִבְטִיחַ הקב"ה לְאַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה שֶׁיִּרְאֶה כְּאִלּוּ אֶפְרוֹ שֶׁל יִצְחָק צָבוּר עַל גַּבֵּי הַמִּזְבֵּחַ וִירַחֵם עַל יִשְׂרָאֵל בְּעֵת צָרָה. וְהִנֵּה דָּבָר זֶה נִתְנַבֵּא בּוֹ אַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה קֹודֶם שֶׁנֶּעֱקַד יִצְחָק וְהֵבִיא אַיִל בִּמְקוֹמוֹ, בְּאוֹמְרוֹ [בְּרֵאשִׁית כב, ח] וַיֹּאמֶר אַבְרָהָם אֱ-לֹהִים יִרְאֶה לּוֹ הַשֶּׂה לְעֹלָה בְּנִי, כְּלוֹמַר יִרְאֶה לוֹ הַשֶּׂה אֲשֶׁר אַקְרִיב הַיּוֹם כְּאִלּוּ הָיָה לְעֹולָה בְּנִי לְכָךְ הֵבִיא פָּסוּק זֶה. ומ"ש כֶּסֶף הַכִּיפּוּרִים רָאָה זֶה מְפֹורָשׁ יוֹתֵר לְצֹורֶךְ הָעִנְיָן, כִּי הֵם מֵתוּ בַּמַּגֵּפָה עַתָּה בִּשְׁבִיל שֶׁלֹּא נָתְנוּ כֹּופֶר נֶפֶשׁ בְּעֵת שֶׁמְּנָאָם יוֹאָב, וְלָכֵן עַתָּה רָאָה הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ אוֹתוֹ כֹּפֶר נֶפֶשׁ שֶׁנָּתְנוּ יִשְׂרָאֵל בַּמִּדְבָּר כְּאִלּוּ גַּם עַתָּה נָתְנוּ אוֹתוֹ פַּעַם אַחֶרֶת וְהוֹעִיל לָהֶם. ומ"ש בהמ"ק רָאָה הַיְינוּ דִּמְפָרֵשׁ רָאָה מִצְוָה אַחַת שֶׁהִיא גּוּפָהּ עִנְיַן רְאִייָּה, דִּכְתִיב (בְּרֵאשִׁית כב, יד) בְּהַר ה' יֵרָאֶה, שֶׁמָּצִינוּ שֶׁאַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה הִתְפַּלֵּל שֶׁיִּזְכֹּור ה' בְּאוֹתוֹ מָקוֹם שֶׁהָיָה עוֹדֶנּוּ הַר, אֶת מִצְוַת רְאִיָּה שֶׁעֲתִידָה לִהְיוֹת בּוֹ, וְלָכֵן גַּם עַתָּה בִּזְמַן דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה אֲשֶׁר עֲדַיִין הָיָה מְקוֹם הַמִּקְדָּשׁ הַר שֶׁלֹּא נִבְנָה, גַּם כֵּן זָכַר הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ אֶת מִצְוַת רְאִיָּה שֶׁעֲתִידָה לִהְיוֹת וְרַחֵם עַל יִשְׂרָאֵל.
« Il vit Yaakov notre père, comme il est écrit (Berechit 32, 3) : et Yaakov dit lorsqu'il les vit. » La chose est étonnante : n'est-il pas écrit d'Avraham aussi (Berechit 22, 4) : et il vit le lieu de loin, et de même (Berechit 22, 13) : et il leva les yeux et vit, et voici un bélier ; et de Moche notre maître aussi il est écrit : et je vis cette grande vision, et (Chemot 39, 43) : et Moche vit tout l'ouvrage. S'il en est ainsi, qu'on dise donc qu'Il vit Avraham notre père, ou qu'Il vit Moche notre maître ! Pourquoi cela est-il exposé sur Yaakov notre père ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il est connu que l'image de Yaakov notre père est gravée sur le Trône de gloire, et que le Saint béni soit-Il a promis à Israël qu'à l'heure de la détresse Il verrait l'image de Yaakov gravée sur le Trône de gloire et aurait pitié d'eux. C'est pourquoi David, roi d'Israël, a dit (Tehilim 20, 2) : que Hachem t'exaucé au jour de la détresse, que te protège le Nom du D.ieu de Yaakov — et il n'a pas dit le D.ieu d'Avraham ou d'Its'hak. Ainsi, puisqu'il est dit ici « Hachem vit », cela indique qu'Il vit la vision connue, celle que Hachem béni soit-Il a promis à Israël de voir au temps de la détresse. Et s'il apporte le verset « et Yaakov dit lorsqu'il les vit », c'est pour prouver par ce verset que son image est gravée sur le Trône de gloire : car il y a des anges sans plus, et il y a des anges de D.ieu, qui sont le camp de la Chekhina, proches du Trône — car le Trône (ha-kisse), en valeur numérique 86, égale D.ieu (Elokim), 86. Or Yaakov notre père, d'où savait-il, lorsqu'il les vit, que c'était un camp de D.ieu ? Seulement parce que son image est gravée sur le Trône : c'est pourquoi, bien qu'il se tienne en bas, en ce monde, son étoile voit qu'ils sont le camp du Trône. Et ce qu'a dit Chmouel, qu'Il vit les cendres d'Its'hak notre père, il explique cette vision par une autre vision que le Saint béni soit-Il a promise à Israël au temps de la détresse, à savoir ce qu'ont dit nos maîtres de mémoire bénie : le Saint béni soit-Il a promis à Avraham notre père qu'Il verrait comme si les cendres d'Its'hak étaient amoncelées sur l'autel, et aurait pitié d'Israël au temps de la détresse. Or Avraham notre père a prophétisé cette chose avant qu'Its'hak ne fût lié et qu'il n'amenât un bélier à sa place, lorsqu'il dit (Berechit 22, 8) : et Avraham dit, D.ieu verra pour Lui l'agneau pour l'holocauste, mon fils — c'est-à-dire : Il verra pour Lui l'agneau que je vais offrir aujourd'hui comme s'il était mon fils en holocauste ; c'est pourquoi il apporte ce verset. Et ce qui est dit, qu'Il vit l'argent des expiations, cela est plus explicite encore pour l'affaire : car ils sont morts maintenant par la peste parce qu'ils n'avaient pas donné de rançon de l'âme lorsque Yoav les dénombra ; c'est pourquoi Hachem béni soit-Il a vu maintenant cette rançon de l'âme qu'Israël avait donnée au désert, comme s'ils l'avaient donnée encore une fois à présent, et elle leur fut utile. Et ce qui est dit, qu'Il vit le Temple, c'est qu'il explique « Il vit » d'une mitsva qui est elle-même affaire de vision, comme il est écrit (Berechit 22, 14) : sur la montagne de Hachem, il sera vu. Nous trouvons en effet qu'Avraham notre père a prié pour que Hachem se souvienne, en ce lieu qui n'était encore qu'une montagne, de la mitsva de la vision [du pèlerinage] qui devait s'y accomplir un jour. C'est pourquoi maintenant aussi, au temps de David roi d'Israël, alors que le lieu du Temple était encore une montagne non bâtie, Hachem béni soit-Il se souvint de la mitsva de la vision qui devait s'y accomplir, et eut pitié d'Israël.
⚖️ Rosh (1)
ת"ר הַנִּפְנֶה בְּכָל מָקוֹם בִּיהוּדָה לֹא יִפָּנֶה מִזְרָח וּמַעֲרָב אֶלָּא צָפוֹן וְדָרוֹם וּבַגָּלִיל צָפוֹן וְדָרוֹם אָסוּר וְרַבִּי יוֹסֵי מַתִּיר שֶׁהָיָה רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר לֹא אָסְרוּ אֶלָּא בְּרוֹאֶה ר' יְהוּדָה אוֹמֵר בִּזְמַן שֶׁבֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַיָּים אָסוּר בִּזְמַן שֶׁאֵין בהמ"ק קַיָּים מֻותָּר ר' עֲקִיבָא אוֹסֵר בְּכָל מָקוֹם ר' עֲקִיבָא הַיְינוּ ת"ק אִיכָּא בֵּינַייְהוּ חוּצָה לָאָרֶץ ת"ק סָבַר חוּ"ל מֻותָּר ור"ע סָבַר חוּ"ל אָסוּר וּמְפָרֵשׁ בַּיְּרוּשַׁלְמִי וּבִלְבַד שֶׁאֵין שָׁם כֹּותֶל הִלְכָּךְ בָּתֵּי כִּסְאוֹת שֶׁלָּנוּ שֶׁיֵּשׁ לָהֶן מְחִיצּוֹת אֵין לְהַקְפִּיד רָבָא הֲוָה רָמֵי לֵיהּ לִבְנֵי מִזְרָח וּמַעֲרָב כִּי הֵיכִי דְּלִפְנֵי צָפוֹן וְדָרוֹם עַל אַבַּיֵּי אַפְכִינְהוּ עַל רָבָא תָּרְצִינְהוּ אֲמַר מַאן הַאי דְּקָמְצַעַר לִי הֲלָכָה כְּר"ע תַּנְיָא אָמַר ר"ע פַּעַם אַחַת נִכְנַסְתִּי אַחַר ר' יְהוֹשֻׁעַ לְבֵית הַכִּסֵּא וְלָמַדְתִּי מִמֶּנּוּ שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים לָמַדְתִּי שֶׁלֹּא יִפְרַע אָדָם עַד שֶׁיָּשַׁב וְלָמַדְתִּי שֶׁלֹּא יִפָּנֶה מִזְרָח וּמַעֲרָב אֶלָּא צָפוֹן וְדָרוֹם וְלָמַדְתִּי שֶׁאֵין מְקַנְּחִין בְּיָמִין אֶלָּא בִּשְׂמֹאל אָמַר לוֹ בֶּן עַזַּאי עַד כָּאן הֵעַזְתָּ פָּנֶיךָ לִפְנֵי רַבְּךָ אָמַר תּוֹרָה הִיא וְלִלְמֹוד אֲנִי צָרִיךְ. אֵיזֶהוּ צָנוּעַ הַנִּפְנֶה בַּלַּיְלָה כְּדֶרֶךְ שֶׁנִּפְנֶה בַּיּוֹם אָמַר עֻולָּא וַאֲחוֹרֵי הַגָּדֵר נִפְנֶה מִיָּד וּבַבִּקְעָה כָּל זְמַן שֶׁמִּתְעַטֵּשׁ וְאֵין קוֹלוֹ נִשְׁמָע רַב אַשִּׁי אָמַר כָּל זְמַן שֶׁאֵין חֲבֵירוֹ רוֹאֶה אֶת פֵּרוּעוֹ אֲבָל לְדִידֵיהּ חָזֵי לֵיהּ: תַּנְיָא רַשְׁבָּ"ג אוֹמֵר עַמּוּד הַחוֹזֵר מֵבִיא אֶת הָאָדָם לִידֵי הִדְרוֹקָן סִילוֹן הַחוֹזֵר מֵבִיא אֶת הָאָדָם לִידֵי יֵרָקוֹן:
Nos maîtres ont enseigné : celui qui se soulage, en tout lieu de Judée, ne se soulagera pas est-ouest mais nord-sud ; et en Galilée, nord-sud est interdit. Rabbi Yossi permet, car Rabbi Yossi disait : on n'a interdit que pour celui qui voit [Jérusalem]. Rabbi Yehouda dit : au temps où le Temple subsiste, c'est interdit ; au temps où le Temple ne subsiste pas, c'est permis. Rabbi Akiva interdit en tout lieu. Mais Rabbi Akiva, c'est le premier tanna ! La différence entre eux porte sur l'extérieur d'Erets Israël : le premier tanna tient que hors d'Erets Israël c'est permis, et Rabbi Akiva tient que hors d'Erets Israël c'est interdit. Et le Yerouchalmi précise : à condition qu'il n'y ait pas là de mur. C'est pourquoi nos cabinets d'aisance, qui ont des cloisons, ne demandent pas qu'on y prenne garde. Rava disposait ses briques à l'est et à l'ouest, afin de se soulager nord-sud. Abaye entra et les inversa ; Rava entra et les remit en place, et dit : qui est celui qui me cause de la peine ? La halakha est comme Rabbi Akiva. On a enseigné : Rabbi Akiva a dit : une fois je suis entré derrière Rabbi Yehochoua au lieu d'aisance, et j'ai appris de lui trois choses. J'ai appris qu'on ne se découvre pas avant de s'être assis ; j'ai appris qu'on ne se soulage pas est-ouest mais nord-sud ; et j'ai appris qu'on ne s'essuie pas de la main droite mais de la gauche. Ben Azzai lui dit : jusqu'à ce point tu as été effronté devant ton maître ! Il répondit : c'est de la Torah, et j'ai besoin d'apprendre. Qui est pudique ? Celui qui se soulage la nuit comme il se soulage le jour. Oulla a dit : derrière une clôture, il se soulage aussitôt ; et dans la plaine, tant qu'il peut éternuer sans que sa voix soit entendue. Rav Achi a dit : tant que son compagnon ne voit pas sa nudité, même si lui-même la voit. On a enseigné : Rabban Chimon ben Gamliel dit : la colonne qui refoule amène l'homme à l'hydropisie ; le jet qui refoule amène l'homme à la jaunisse.
💡 Explication

La question « que vit-Il ? » demande quel mérite a arrêté la plaie. Rav répond par Yaakov, en s'appuyant sur un verset où c'est Yaakov qui voit — la tradition rattache cette vision à son image gravée sur le Trône.

Chmouel répond par les cendres d'Its'hak, c'est-à-dire le mérite de la ligature, désigné par le verbe « verra » du récit même.

16
רַבִּי יִצְחָק נַפָּחָא אָמַר: כֶּסֶף כִּפּוּרִים רָאָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְלָקַחְתָּ אֶת כֶּסֶף הַכִּפֻּורִים מֵאֵת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וְגוֹ׳״. רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: בֵּית הַמִּקְדָּשׁ רָאָה, דִּכְתִיב: ״בְּהַר ה׳ יֵרָאֶה״.

Rabbi Its'hak Nappaha a dit : Il vit l'argent des expiations, comme il est dit : « et tu prendras l'argent des expiations des enfants d'Israël, etc. ». Rabbi Yo'hanan a dit : Il vit le Temple, comme il est écrit : « sur la montagne, Hachem sera vu ».

📜 Rachi (1)
כֶּסֶף כִּפּוּרִים רְאֵה שֶׁנָּתַן בְּמִנְיָן רִאשׁוֹן שֶׁל יִשְׂרָאֵל לַמִּשְׁכָּן וְהוּא כָּפַר עַל מִנְיָן זֶה שֶׁהֲרֵי לְזִכָּרוֹן נָתַן כְּדִכְתִיב וְהָיָה לִבְנֵי יִשְׂרָאֵל לְזִכָּרוֹן לְכַפֵּר וְעַכְשָׁיו הֻוצְרְכוּ כַּפָּרָתוֹ:
Il vit l'argent des expiations, qui fut donné lors du premier dénombrement d'Israël pour le Sanctuaire ; il expie pour ce dénombrement-ci, puisqu'il a été donné en mémorial, comme il est écrit : et ce sera pour les enfants d'Israël un mémorial, pour expier — et voici que maintenant on avait besoin de son expiation.
💡 Explication

La réponse de Rabbi Its'hak Nappaha est la plus ajustée à la faute : puisque la plaie vient d'un dénombrement sans rançon, le mérite qui l'arrête est l'argent des chekalim donné au désert, dont la Torah dit expressément qu'il est un mémorial destiné à expier.

17
פְּלִיגִי בָּהּ רַבִּי יַעֲקֹב בַּר אִידִי וְרַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי. חַד אָמַר כֶּסֶף הַכִּפּוּרִים רָאָה, וְחַד אָמַר בֵּית הַמִּקְדָּשׁ רָאָה. וּמִסְתַּבְּרָא כְּמַאן דְּאָמַר בֵּית הַמִּקְדָּשׁ רָאָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אֲשֶׁר יֵאָמֵר הַיּוֹם בְּהַר ה׳ יֵרָאֶה״.

Rabbi Yaakov bar Idi et Rabbi Chmouel bar Nahmani divergent là-dessus : l'un dit qu'Il vit l'argent des expiations, et l'autre dit qu'Il vit le Temple. Et il est raisonnable [de trancher] comme celui qui dit qu'Il vit le Temple, car il est dit : « comme on le dit aujourd'hui : sur la montagne, Hachem sera vu ».

💡 Explication

La preuve tient à une clause du verset : « comme on le dit aujourd'hui ». Une formule qui vise un lieu permanent désigne le Temple plutôt qu'un versement unique fait au désert.

🖼️ Schéma
Que vit-Il ? Quatre réponses et leur appui scripturaire Rav : Yaakov notre père Appui : et Yaakov dit lorsqu'il les vit. Mérite des pères, par l'image gravée sur le Trône. Chmouel : les cendres d'Its'hak Appui : D.ieu verra pour Lui l'agneau. Mérite de la ligature, déjà formulé par le verbe voir. Rabbi Its'hak Nappaha : l'argent des expiations Appui : tu prendras l'argent des expiations. Réponse ajustée à la faute : la rançon manquante. Rabbi Yo'hanan : le Temple Appui : sur la montagne, Hachem sera vu. Retenu comme le plus vraisemblable : comme on le dit aujourd'hui.
Les quatre réponses diffèrent par le mérite invoqué ; la guemara tranche sur un mot du verset qui indique un lieu permanent.
18
לֹא יִכָּנֵס אָדָם לְהַר הַבַּיִת בְּמַקְלוֹ וְכוּ׳. מַאי ״קַפַּנְדַּרְיָא״? אָמַר רָבָא: קַפַּנְדַּרְיָא כִּשְׁמָהּ. וְרַב חָנָא בַּר אַדָּא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב סַמָּא בְּרֵיהּ דְּרַב מָרִי אָמַר: כְּמַאן דְּאָמַר אִינָשׁ: ״אַדְּמַקֵּיפְנָא אַדָּרֵי, אִיעוֹל בְּהָא״. אָמַר רַב נַחְמָן אָמַר רַבָּה בַּר אֲבוּהּ: הַנִּכְנָס לְבֵית הַכְּנֶסֶת עַל מְנָת שֶׁלֹּא לַעֲשׂוֹתוֹ קַפֶּנְדַּרְיָא — מֻותָּר לַעֲשׂוֹתוֹ קַפַּנְדַּרְיָא.

« Nul n'entrera au mont du Temple avec son bâton, etc. » Qu'est-ce qu'un kappandaria ? Rava a dit : kappandaria selon son nom [un raccourci].

Et Rav Hana bar Ada, au nom de Rav Sama fils de Rav Mari, a dit : c'est comme ce que dit un homme : plutôt que de contourner les rangées de maisons, j'entrerai par ici. Rav Nahman a dit au nom de Rabba bar Avouh : celui qui entre dans une synagogue sans avoir l'intention d'en faire un raccourci, il lui est permis d'en faire un raccourci.

📜 Rachi (4)
כִּשְׁמָהּ כְּמַשְׁמָעָהּ פֵּירוּשׁ שְׁמָהּ:
Selon son sens, l'explication de son nom.
אַדְּמַקֵּיפְנָא אַדָּרֵי אֵיעוּל בְּהָא בְּעוֹד שֶׁאֲנִי מַקִּיף כָּל שׁוּרוֹת הַבָּתִּים הַלָּלוּ אֶכָּנֵס כָּאן לְקַצֵּר דַּרְכִּי:
Pendant que je contournerais toutes ces rangées de maisons, j'entrerai ici pour abréger mon chemin.
אַדָּרֵי שׁוּרוֹת:
Des rangées.
קַפַּנְדַּרְיָא טרי"א בְּלַעַ"ז:
Traversée, en langue vernaculaire.
⚖️ Rosh (1)
וְלֹא יַעֲשֶׂנָּה קַפַּנְדַּרְיָא מַאי קַפַּנְדַּרְיָא כמ"ד אַדְּמַקֵּיפְנָא אַדָּרֵי אֵעוּל בְּהָא א"ר חֶלְבּוֹ אָמַר רַב הוּנָא הַנִּכְנָס לבהכ"נ לְהִתְפַּלֵּל מֻותָּר לַעֲשׂוֹת קַפֶּנְדַּרְיָא שֶׁנֶּאֱמַר וּבְבֹא עַם הָאָרֶץ לִפְנֵי ה' וְגוֹ': אַרִיבָּ"ל כָּל הָרוֹקֵק בַּזְּמַן הַזֶּה בְּהַר הַבַּיִת כְּאִלּוּ רוֹקֵק בְּבָבַת עֵינוֹ שֶׁנֶּאֱמַר וְהָיוּ עֵינַי וְלִבִּי שָׁם כָּל הַיָּמִים. אָמַר רָבָא רְקִיקָה בבהכ"נ שָׁרִי מ"ט כְּמִנְעָל מַה מִנְעָל מֻותָּר אַף רְקִיקָה מֻותָּר אע"ג דְּקִפְנַדְרִיָּא אֲסִירֵי מִסְתַּבְּרָא כְּבֵיתוֹ מַה בֵּיתוֹ קַפַּנְדַּרְיָא קָפְדִי אִינָשֵׁי רְקִיקָה וּמִנְעָל לָא קָפְדִי אִינָשֵׁי אַף בהכ"נ קַפַּנְדַּרְיָא אָסוּר רְקִיקָה וּמִנְעָל שָׁרִי וּמִיהוּ יֵשׁ לוֹ לְשַׁפְשֵׁף אַחַר הָרְקִיקָה כִּדְאָמְרִי' בִּירוּשַׁלְמִי רַבִּי יוֹחָנָן רָקִיק וְשָׁיֵיף:
« Et il n'en fera pas un raccourci. » Qu'est-ce qu'un kappandaria ? Comme le dit celui qui dit : plutôt que de contourner les rangées de maisons, j'entrerai par ici. Rabbi Helbo a dit au nom de Rav Houna : celui qui entre dans la synagogue pour y prier, il lui est permis d'en faire un raccourci, comme il est dit : « et quand le peuple du pays viendra devant Hachem, etc. ». Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : quiconque crache de nos jours sur le mont du Temple, c'est comme s'il crachait dans la pupille de Son œil, comme il est dit : « et Mes yeux et Mon cœur y seront tous les jours ». Rava a dit : cracher dans la synagogue est permis. Quelle en est la raison ? Comme pour la chaussure : de même que la chaussure y est permise, ainsi cracher y est permis. Et bien que le raccourci y soit interdit, il est raisonnable [d'assimiler la synagogue] à sa maison : de même que, pour sa maison, les gens tiennent au raccourci mais ne tiennent ni au crachat ni à la chaussure, ainsi, pour la synagogue, le raccourci est interdit tandis que cracher et la chaussure sont permis. Toutefois, il doit frotter du pied après avoir craché, comme nous le disons dans le Yerouchalmi : Rabbi Yo'hanan crachait et frottait.
💡 Explication

Le mot kappandaria est expliqué de deux manières : Rava le prend comme un terme dont le sens est connu, tandis que Rav Sama y voit une contraction de la phrase populaire — contourner les rangées ou couper au travers.

La règle de Rav Nahman porte sur l'intention d'entrée : celui qui est entré pour une autre raison ne transforme pas le lieu en passage, même s'il en ressort par l'autre porte.

19
רַבִּי אָבָהוּ אָמַר: אִם הָיָה שְׁבִיל מֵעִיקָּרוֹ — מֻותָּר. אָמַר רַבִּי חֶלְבּוֹ אָמַר רַב הוּנָא: הַנִּכְנָס לְבֵית הַכְּנֶסֶת לְהִתְפַּלֵּל, מֻותָּר לַעֲשׂוֹתוֹ קַפַּנְדַּרְיָא. שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּבְבֹא עַם הָאָרֶץ לִפְנֵי ה׳ בַּמּוֹעֲדִים וְגוֹ׳״.

Rabbi Abbahou a dit : si c'était un sentier dès l'origine, c'est permis. Rabbi Helbo a dit au nom de Rav Houna : celui qui entre dans une synagogue pour y prier, il lui est permis d'en faire un raccourci, comme il est dit : « et quand le peuple du pays viendra devant Hachem aux temps fixés, etc. ».

📜 Rachi (1)
מֵעִיקָּרָא קֹודֶם שֶׁנִּבְנָה עָלָיו בֵּית הַכְּנֶסֶת:
Avant que la synagogue n'y fût bâtie.
💡 Explication

Deux permissions s'ajoutent à celle de Rav Nahman. Celle de Rabbi Abbahou tient au lieu : un chemin public antérieur n'est pas annulé par la construction. Celle de Rav Houna tient à la finalité : celui qui est venu prier a le droit de sortir par la porte opposée, comme le verset de Ye'hezkel le prescrit pour le Temple.

20
וּרְקִיקָה מִקַּל וָחֹומֶר. אָמַר רַב בִּיבִי אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: כָּל הָרוֹקֵק בְּהַר הַבַּיִת בַּזְּמַן הַזֶּה, כְּאִילּוּ רוֹקֵק בְּבַת עֵינוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְהָיוּ עֵינַי וְלִבִּי שָׁם כָּל הַיָּמִים״.

« Et cracher, à fortiori. » Rav Beivai a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi : quiconque crache sur le mont du Temple, même de nos jours, c'est comme s'il crachait dans la pupille de Son œil, comme il est dit : « et Mes yeux et Mon cœur y seront tous les jours ».

💡 Explication

Les mots « même de nos jours » sont le point de l'enseignement : la sainteté du lieu ne dépend pas de l'édifice. Le verset des Rois, où Hachem dit que Ses yeux seront là tous les jours, fournit exactement cette permanence.

21
אָמַר רָבָא: רְקִיקָה בְּבֵית הַכְּנֶסֶת — שָׁרְיָא, מִידִי דַּהֲוָה אַמִּנְעָל. מַה מִנְעָל בְּהַר הַבַּיִת אָסוּר, בְּבֵית הַכְּנֶסֶת מֻותָּר. אַף רְקִיקָה, בְּהַר הַבַּיִת הוּא דְּאָסוּר, בְּבֵית הַכְּנֶסֶת שָׁרִי.

Rava a dit : cracher dans une synagogue est permis, comme il en va de la chaussure : de même que la chaussure est interdite au mont du Temple et permise dans la synagogue, ainsi cracher est interdit au mont du Temple et permis dans la synagogue.

⚖️ Rosh (1)
א"ר חֲנִינָא אֲנִי רָאִיתִי אֶת רַבִּי שֶׁגִּיהֵק וּפִיהֵק וְנִתְעַטֵּשׁ וְרָק. וּמְמַשְׁמֵשׁ בְּבִגְדוֹ בִּתְפִלָּתוֹ. וְלֹא הָיָה מִתְעַטֵּף. וְהָיָה מַנִּיחַ יָדוֹ עַל סַנְטֵרוֹ. וּמְמַשְׁמֵשׁ בְּבִגְדוֹ פירש"י לְהַעֲבִיר הֲכָנָה הָעוֹקַצְתּוֹ וְלֹא הָיָה מִתְעַטֵּף בְּטַלִּיתוֹ אִם נָפַל. וּתְרֵי מִילֵּי נִינְהוּ ור"ח פֵּירֵשׁ דַּחֲדָא מִילְּתָא הִיא כְּלוֹמַר הָיָה מְמַשְׁמֵשׁ בְּבִגְדוֹ וְתִקְּנוּ שֶׁלֹּא יִפֹּול מֵעַל רֹאשׁוֹ אֲבָל אִם נָפַל מֵעָלָיו לֹא הָיָה מִתְעַטֵּף בּוֹ דַּחֲשִׁיב לֵיהּ הֶפְסֵק וּמַנִּיחַ יָדוֹ עַל סַנְטֵרוֹ פרש"י בְּשָׁעָה שֶׁהָיָה מִתְעַטֵּשׁ אוֹ מְפַהֵק שֶׁלֹּא יִרְאֶה פְּתִיחַת פִּיו. וְרַב אִלְפָּס גּוֹרֵס לֹא הָיָה מַנִּיחַ יָדוֹ עַל סַנְטֵרוֹ בִּשְׁעַת תְּפִלָּה מִשּׁוּם דְּנִרְאֶה כְּגַסֵּי הָרוּחַ. מֵיתִיבִי הַמַּשְׁמִיעַ קוֹלוֹ בִּתְפִלָּתוֹ הֲרֵי זֶה מִקְּטַנֵּי אֲמָנָה וְהַמַּגְבִּיהַּ קוֹלוֹ בִּתְפִלָּתוֹ הֲרֵי זֶה מִנְּבִיאֵי הַשֶּׁקֶר. וְהַמְגַהֵק וְהַמְפַהֵק בִּתְפִלָּתוֹ הֲרֵי זֶה מִגַּסֵּי הָרוּחַ. הַמִּתְעַטֵּשׁ בִּתְפִלָּתוֹ סִימָן רַע לוֹ. וי"א נִיכָּר שֶׁהוּא מְכֹועָר. הָרָק בִּתְפִלָּתוֹ כְּאִילּוּ רָק לִפְנֵי הַמֶּלֶךְ. בִּשְׁלָמָא מְגַהֵק וּמִפַּהַק ל"ק כָּאן לְאָונְסוֹ וְכָאן לִרְצוֹנוֹ אֶלָּא מִתְעַטֵּשׁ אַמִּתְעַטֵּשׁ קַשְׁיָא. לָא קַשְׁיָא כָּאן מִלְּמַעְלָה כָּאן מִלְּמַטָּה. דְּאָמַר רַב הַמְנוּנָא הַמִּתְעַטֵּשׁ בִּתְפִלָּתוֹ סִימָן יָפֶה לוֹ כְּשֵׁם שֶׁעוֹשִׂין לוֹ נַחַת רוּחַ מִלְּמַטָּה כָּךְ עוֹשִׂין לוֹ נַחַת רוּחַ מִלְּמַעְלָה. אֶלָּא רָק אַרָק קַשְׁיָא. רָק אַרָק נָמֵי לָא קַשְׁיָא אֶפְשָׁר כִּדְרַב יְהוּדָה דְּאָמַר רַב יְהוּדָה נִזְדַּמֵּן לוֹ רֹוק מַבְלִיעוֹ בִּכְסוּתוֹ. וְאִם טַלִּיתוֹ נָאָה מַבְלִיעוֹ בַּאֲפַרְקְסוּתוֹ. אָמַר רָבִינָא זִימְנָא חֲדָא הֲוָה קָאֵימְנָא אֲחוֹרֵי דְּרַב אַשִּׁי אִיתְרַמִּי לֵיהּ רֹוק פַּתְקֵיהּ לַאֲחוֹרֶיהָ וְאָמֵינָא לֵיהּ לָא סָבַר מָר לְהָא דְּרַב יְהוּדָה. אֲמַר לִי אֲנָא אֲנִינָא דַּעְתַּאי. בַּיְּרוּשַׁלְמִי אָמַר רַבִּי חֲנִינָא אֲנִי רָאִיתִי אֶת רַבִּי מְפַהֵק וּמִתְעַטֵּשׁ וְנוֹתֵן יָדוֹ עַל פִּיו. אֲבָל אֵינוֹ רוֹקֵק. רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר אֲפִילּוּ רוֹקֵק כְּדֵי שֶׁיְּהֵא פִּיהוּ נָקִי. לְפָנָיו אָסוּר לְאַחֲרָיו מֻותָּר. לִימִינוֹ אָסוּר לִשְׂמֹאלוֹ מֻותָּר דִּכְתִיב יִפֹּול מִצִּדְּךָ אֶלֶף וְגוֹ'. כ"ע מוֹדוֹ דְּרָקוּק אַמְנְטוֹלִין דְּהוּא אָסוּר פֵּירֵשׁ הַנָּגִיד כִּמְטַייֵּל כְּלוֹמַר שֶׁלֹּא מֵאֹונֶס רִיבָּ"ל אָמַר הָרוֹקֵק בְּבֵית הַכְּנֶסֶת כְּרוֹקֵק בָּבַת עֵינוֹ רַבִּי יוֹנָה רָקִיק וְשָׁיֵיף רַבִּי יִרְמְיָה וְרַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר חֲלַפְתָּא אָמְרוּ הַמִּתְפַּלֵּל אַל יְרֹוק עַד שֶׁיֵּלֵךְ אַרְבַּע אַמּוֹת וְכֵן הָרוֹקֵק אַל יִתְפַּלֵּל עַד שֶׁיֵּלֵךְ אַרְבַּע אַמּוֹת. וְכֵן הַמַּטִּיל מַיִם אַל יִתְפַּלֵּל עַד שֶׁיֵּלֵךְ ד' אַמּוֹת וּלְקַמָּן בְּפֶ' בָּתְרָא (בְּרָכוֹת דַּף סב:) שָׁרֵינַן רְקִיקָה וּמִנְעָל בְּבֵית הַכְּנֶסֶת:
Rabbi Hanina a dit : j'ai vu Rabbi qui, dans sa prière, rotait, bâillait, éternuait et crachait, et qui tâtait son vêtement ; mais il ne s'enveloppait pas [de nouveau], et il posait sa main sur son menton. « Et il tâtait son vêtement » : Rachi explique, pour écarter l'insecte qui le piquait ; « et il ne s'enveloppait pas » de son talit s'il était tombé — ce sont donc deux choses distinctes. Et Rabbenou Hananel explique que c'est une seule chose : il tâtait son vêtement et l'ajustait pour qu'il ne tombe pas de sa tête ; mais s'il était tombé de lui, il ne s'en enveloppait pas de nouveau, car il tenait cela pour une interruption. « Et il posait sa main sur son menton » : Rachi explique, à l'heure où il éternuait ou bâillait, pour qu'on ne voie pas l'ouverture de sa bouche. Et Rav Alfassi a la leçon : il ne posait pas sa main sur son menton pendant la prière, parce que cela a l'air d'un orgueilleux. On objecte : celui qui fait entendre sa voix dans sa prière est de ceux qui ont peu de foi ; celui qui élève sa voix dans sa prière est des faux prophètes ; celui qui rote et bâille dans sa prière est des orgueilleux ; celui qui éternue dans sa prière, c'est un mauvais signe pour lui, et certains disent : on reconnaît qu'il est répugnant ; celui qui crache dans sa prière, c'est comme s'il crachait devant le roi. Pour le rot et le bailement, pas de difficulté : ici lorsque c'est involontaire, là lorsque c'est volontaire. Mais l'éternuement contredit l'éternuement ! Pas de difficulté : ici par le haut, là par le bas. Car Rav Hamnouna a dit : celui qui éternue dans sa prière, c'est un bon signe pour lui : de même qu'on lui procure du soulagement en bas, ainsi on lui procure du soulagement en haut. Mais le crachat contredit le crachat ! Le crachat non plus ne fait pas difficulté : c'est possible selon Rav Yehouda, car Rav Yehouda a dit : si de la salive lui vient, il l'absorbe dans son vêtement ; et si son talit est beau, il l'absorbe dans son couvre-chef. Ravina a dit : une fois je me tenais derrière Rav Achi ; de la salive lui vint et il la projeta derrière lui. Je lui dis : le maître ne tient-il pas l'enseignement de Rav Yehouda ? Il me répondit : j'ai la sensibilité délicate. Dans le Yerouchalmi : Rabbi Hanina a dit, j'ai vu Rabbi bâiller et éternuer en mettant sa main sur sa bouche, mais il ne crachait pas. Rabbi Yo'hanan dit : même cracher, afin que sa bouche soit propre. Devant lui c'est interdit, derrière lui c'est permis ; à sa droite c'est interdit, à sa gauche c'est permis, ainsi qu'il est écrit : il en tombera mille à ton côté, etc. Tous s'accordent que cracher sur un tapis est interdit — le Naguid explique : comme quelqu'un qui se promène, c'est-à-dire lorsque ce n'est pas par contrainte. Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : celui qui crache dans la synagogue, c'est comme s'il crachait dans la pupille de son œil. Rabbi Yona crachait et frottait. Rabbi Yirmeya et Rabbi Chmouel bar Halafta ont dit : celui qui prie ne crachera pas avant d'avoir fait quatre coudées, et de même celui qui crache ne priera pas avant d'avoir fait quatre coudées ; et de même celui qui urine ne priera pas avant d'avoir fait quatre coudées. Et plus loin, au dernier chapitre (Berakhot 62b), nous permettons de cracher et de porter la chaussure dans la synagogue.
💡 Explication

Rava construit une comparaison : la synagogue et le mont du Temple ne sont pas soumis au même régime, et la chaussure en donne la mesure. Ce qui est interdit au mont du Temple par égard pour la sainteté du lieu reste permis à la synagogue.

22
אֲמַר לֵיהּ רַב פָּפָּא לְרָבָא, וְאָמְרִי לַהּ רָבִינָא לְרָבָא, וְאָמְרִי לַהּ רַב אַדָּא בַּר מַתְנָא לְרָבָא: אַדְּיָלֵיף מִמִּנְעָל, נֵילַף מִקַּפֶּנְדַּרְיָא!

Rav Papa dit à Rava — et certains disent que c'est Ravina qui le dit à Rava, et certains disent que c'est Rav Ada bar Matna qui le dit à Rava : au lieu de déduire de la chaussure, déduis donc du raccourci !

📜 Rachi (1)
נֵילַף מִקַּפֶּנְדַּרְיָא לְאִיסּוּרָא דִּתְנַן בְּמַסֶּכֶת מְגִילָּה (ד' כח.) אֵין עוֹשִׂין בֵּית הַכְּנֶסֶת קַפַּנְדַּרְיָא:
Pour interdire, car nous avons enseigné dans le traité Meguila (28a) : on ne fait pas d'une synagogue un raccourci.
💡 Explication

L'objection porte sur le choix du modèle. La michna énumère plusieurs conduites interdites au mont du Temple ; certaines restent interdites à la synagogue, comme le raccourci, d'autres non, comme la chaussure. Rien n'impose de ranger le crachat du côté de la chaussure.

23
אֲמַר לֵיהּ: תַּנָּא יָלֵיף מִמִּנְעָל, וְאַתְּ אָמְרַתְּ מִקַּפֶּנְדַּרְיָא?! מַאי הִיא? — דְּתַנְיָא לֹא יִכָּנֵס אָדָם לְהַר הַבַּיִת לֹא בְּמַקְלוֹ שֶׁבְּיָדוֹ, וְלֹא בְּמִנְעָלוֹ שֶׁבְּרַגְלוֹ, וְלֹא בְּמָעוֹת הַצְּרוּרִים לוֹ בִּסְדִינוֹ, וּבְפֻונְדָּתוֹ מֻופְשֶׁלֶת לַאֲחוֹרָיו, וְלֹא יַעֲשֶׂנָּה קַפַּנְדַּרְיָא. וּרְקִיקָה מִקַּל וָחֹומֶר מִמִּנְעָל: וּמַה מִנְעָל, שֶׁאֵין בּוֹ דֶּרֶךְ בִּזָּיוֹן, אָמְרָה תּוֹרָה: ״שַׁל נְעָלֶיךָ מֵעַל רַגְלֶיךָ״. רְקִיקָה, שֶׁהִיא דֶּרֶךְ בִּזָּיוֹן — לֹא כָל שֶׁכֵּן?!

Il lui répondit : le tanna déduit de la chaussure, et toi tu dis du raccourci ?! Qu'est-ce donc ?

Car on a enseigné : nul n'entrera au mont du Temple ni avec son bâton à la main, ni avec sa chaussure au pied, ni avec de l'argent noué dans son drap, ni avec sa bourse rejetée derrière lui, et il n'en fera pas un raccourci. Et cracher, à fortiori à partir de la chaussure : si pour la chaussure, en quoi il n'y a pas de mépris, la Torah a dit « ôte tes chaussures de tes pieds », cracher, qui est un mépris, à plus forte raison !

📜 Rachi (2)
תַּנָּא יָלֵיף רְקִיקָה מִמִּנְעָל:
[Le tanna déduit] le crachat de la chaussure.
פֻּונְדָּתוֹ אֵזוֹר חָלוּל שֶׁנּוֹתְנִין בּוֹ מָעוֹת:
Une ceinture creuse dans laquelle on met de l'argent.
💡 Explication

La réponse de Rava est textuelle : c'est la baraita elle-même qui a construit le kal va-homer à partir de la chaussure, et non à partir du raccourci. On ne choisit donc pas le modèle, on constate celui que le tanna a retenu.

Le raisonnement compare deux degrés de mépris : la chaussure n'en comporte aucun, et pourtant la Torah l'a interdite à Moche devant le buisson ; le crachat, qui est un mépris par nature, l'est à plus forte raison.

🖼️ Schéma
Le kal va-homer du crachat, tel que la baraita le construit Le cas léger : la chaussure Elle ne comporte aucun mépris. Et pourtant la Torah a dit : ôte tes chaussures de tes pieds. Le cas lourd : le crachat Il est un mépris par nature. Donc interdit à plus forte raison, sans qu'un verset propre soit requis. La seconde voie, celle de Rabbi Yossi bar Yehouda Le sac n'est pas repoussant, et il est pourtant interdit à la porte du roi de chair et de sang. Le crachat, qui est repoussant, l'est à plus forte raison devant le Roi des rois des rois.
Deux à fortiori possibles ; le premier part d'un verset de la Torah, le second d'un verset d'Esther qui parle déjà d'une porte.
24
רַבִּי יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה אוֹמֵר: אֵינוֹ צָרִיךְ: הֲרֵי הוּא אוֹמֵר: ״כִּי אֵין לָבוֹא אֶל שַׁעַר הַמֶּלֶךְ בִּלְבוּשׁ שָׂק״. וַהֲלֹא דְּבָרִים קַל וָחֹומֶר: וּמַה שַׂק, שֶׁאֵינוֹ מָאוּס, לִפְנֵי בָּשָׂר וָדָם — כָּךְ. רְקִיקָה, שֶׁהִיא מְאוּסָה, לִפְנֵי מֶלֶךְ מַלְכֵי הַמְּלָכִים — לֹא כָל שֶׁכֵּן?!

Rabbi Yossi bar Yehouda dit : ce n'est pas nécessaire. Voici qu'il est dit : « car nul ne peut entrer à la porte du roi vêtu d'un sac ».

Et les choses sont à fortiori : si le sac, qui n'est pas repoussant, [est interdit] devant un être de chair et de sang, cracher, qui est repoussant, devant le Roi des rois des rois, à plus forte raison !

🪔 Ben Yehoyada (1)
רַבִּי יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה אוֹמֵר אֵינוֹ צָרִיךְ הֲרֵי הוּא אוֹמֵר כִּי אֵין לָבוֹא אֶל שַׁעַר הַמֶּלֶךְ בִּלְבוּשׁ שָׂק וְכוּ'. מַקְשִׁים מַה בָּא לְחַדֵּשׁ וַהֲלֹא גַּם הוּא יָלֵיף מִן קַל וָחֹומֶר, וְאַדְּרַבָּה שֶׁל ת"ק עָדִיף דִּסְמִיךְ לֵיהּ עַל פָּסוּק תּוֹרָה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּעַל קַל וָחֹומֶר דת"ק אִיכָּא פָּרְכָה גְּדוֹלָה כִּי הָתָם בַּסְּנֶה הֲוָה גִּילּוּי שְׁכִינָה, וְלָכֵן י"ל אֵין לִלְמֹוד מִן קַל וָחֹומֶר זֶה אֶלָּא לִמְקוֹם הֵיכָל וּמִזְבֵּחַ וּבֵית קֹודֶשׁ הַקֳּדָשִׁים, וְלֵיכָּא לְמֵילַף לְהַר הַבַּיִת שֶׁהוּא שַׁעַר בֵּית הַמִּקְדָּשׁ, לְכָךְ הֵבִיא קַל וָחֹומֶר מִפָּסוּק (אֶסְתֵּר ד' כ') כִּי אֵין לָבוֹא אֶל שַׁעַר הַמֶּלֶךְ, דְּוַדַּאי שַׁעַר הַמֶּלֶךְ אֵינוֹ מָקוֹם הַפְּנִימִי, אֶלָּא הוּא כְּמוֹ הַר הַבַּיִת, לָכֵן א"ל רַבִּי יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה אֵינוֹ צָרִיךְ לְהִדָּחֵק בְּקַל וָחֹומֶר זֶה דְּיֵשׁ לָנוּ קַל וָחֹומֶר מְרֻווָּח. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד, דִּלְשׁוֹן שַׁל נְעָלֶיךָ אֵינוֹ לְשׁוֹן לָאו אֶלָּא לְשׁוֹן עֲשֵׂה, אֲבָל רַבִּי יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה מֵבִיא מִפָּסוּק כִּי אֵין לָבוֹא שֶׁהוּא לְשׁוֹן לָאו.
« Rabbi Yossi bar Yehouda dit : ce n'est pas nécessaire ; voici qu'il est dit, car nul ne peut entrer à la porte du roi vêtu d'un sac, etc. » On demande : qu'apporte-t-il de nouveau, puisque lui aussi déduit par un a fortiori, et au contraire celui du premier tanna vaut mieux, puisqu'il s'appuie sur un verset de la Torah ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'a fortiori du premier tanna souffre une objection considérable : là, au buisson ardent, il y avait révélation de la Chekhina, et l'on pourrait donc dire qu'on n'apprend de cet a fortiori que pour le lieu du Sanctuaire, de l'autel et du saint des saints, et qu'il n'y a pas lieu d'en apprendre pour le mont du Temple, qui est la porte de la maison du Temple. C'est pourquoi il apporte un a fortiori du verset (Esther 4, 2) : car nul ne peut entrer à la porte du roi — et la porte du roi n'est certainement pas le lieu intérieur, mais elle est comme le mont du Temple. C'est pourquoi Rabbi Yossi bar Yehouda lui dit : il n'est pas besoin de se contraindre à cet a fortiori, car nous en avons un qui va largement. Et d'une autre manière il me semble, avec l'aide du Ciel : l'expression « ôte tes chaussures » n'est pas une formulation d'interdit mais une formulation de prescription, tandis que Rabbi Yossi bar Yehouda apporte le verset « car nul ne peut entrer », qui est une formulation d'interdit.
💡 Explication

Rabbi Yossi bar Yehouda propose un autre point de départ. Le verset d'Esther parle expressément d'une porte de roi, donc d'un lieu de seuil, et il est formulé comme un interdit. Ces deux traits répondent aux faiblesses du premier à fortiori, comme l'explique le Ben Ich Haï.

25
אֲמַר לֵיהּ: אֲנָא הָכִי קָאָמֵינָא: נֵימָא הָכָא לְחֻומְרָא וְהָכָא לְחֻומְרָא,

Il lui répondit : voici ce que je voulais dire : disons ici de façon rigoureuse et là de façon rigoureuse,

💡 Explication

Le folio s'interrompt au milieu de la reprise. L'interlocuteur précise qu'il ne voulait pas remplacer un modèle par l'autre, mais retenir la rigueur des deux côtés ; la suite du raisonnement se lit au folio suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).