Berakhot 63a — La synagogue comme sa maison, les bénédictions du Temple, et « il est temps d'agir pour Hachem » comme règle de conduite

Berakhot 63a

Sougya : Le folio achève la sougya du respect du lieu saint : Rava écarte le raisonnement par comparaison avec le mont du Temple et pose que la synagogue se règle sur ce qui se fait dans sa propre maison — le raccourci y est interdit, cracher et porter la chaussure y sont permis. Vient ensuite l'explication de la michna sur la formule de conclusion des bénédictions au Temple : puisqu'on n'y répond pas amen, il fallait une formule propre, tirée de deux versets de Nehemia.

La michna sur le salut au moyen du Nom conduit au verset « il est temps d'agir pour Hachem, ils ont annulé Ta Torah », que Rava lit dans les deux sens. De là part une longue série d'enseignements de conduite : la règle de Hillel sur le moment de disperser et celui de rassembler, les maximes de Bar Kappara, les baraitot de Rabbi sur les amis, l'intendant et le nazir, puis la chaîne terouma-sota-richesse et le thème de la subsistance.

Le folio se clôt sur l'affaire de Hanina, neveu de Rabbi Yehochoua, qui intercalait les années en dehors de la Terre d'Israël : deux envoyés contredisent systématiquement ses décisions jusqu'à la menace de nidouy.

Plan du folio 63a - quatre blocs 1. Le lieu de prière Fin de la sougya : mont du Temple / synagogue. Rava : la synagogue est comme sa maison. 2. Bénédictions au Temple Pas de amen au Temple, donc une formule propre, tirée de Nehemia 9,5 (deux versets). 3. Le salut par le Nom Boaz, l'ange à Gideon, les anciens - puis le verset "il est temps d'agir". 4. L'affaire de Hanina Intercalation hors de la Terre d'Israël, deux envoyés, menace de nidouy. Le fil qui relie les blocs 3 et 4 : "il est temps d'agir pour Hachem, ils ont annulé Ta Torah" Le verset autorise à saluer par le Nom (bloc 3), il fonde la règle de Hillel sur le moment de rassembler et de disperser, il permet à Eliyahou d'offrir sur un bama interdit (Rachi), et il justifie que les deux envoyés contredisent Hanina en public pour empêcher la génération de le suivre (Ben Yehoyada, segment 24).
Les quatre blocs du folio et le verset qui les traverse.
"Il est temps d'agir pour Hachem, ils ont annulé Ta Torah" - la double lecture de Rava Tehilim 119,126 - deux moitiés : A = "il est temps d'agir pour Hachem" | B = "ils ont annulé Ta Torah" Du début vers la fin : A parce que B Il est temps que Hachem agisse - pourquoi ? Parce qu'ils ont annulé Ta Torah. Sens (Rachi) : le temps du jugement et du châtiment de ceux qui transgressent. Sujet du verbe : Hachem. De la fin vers le début : B parce que A Ils ont annulé Ta Torah - pourquoi ? Parce qu'il est temps d'agir pour Hachem. Sens (Rachi) : Eliyahou au Carmel, offrande sur un bama au temps de l'interdit. Sujet du verbe : ceux qui font Sa volonté.
Le même verset lu dans les deux sens : une fois comme annonce du jugement, une fois comme permission d'une transgression ponctuelle au service de la Torah.
L'affaire de Hanina, neveu de Rabbi Yehochoua (segments 22 à 26) Hanina descend en exil et intercale les années hors de la Terre d'Israël On envoie deux sages : R. Yossi ben Kifar et le petit-fils de Z. ben Kevoutal Il les honore en public : "les grands de la génération, leurs pères ont servi au Temple" Ils contredisent chaque décision : impur / pur, interdit / permis Il les déclare "de vanité et de néant" - ils répondent : tu as déjà bâti, tu ne peux plus démolir. Le motif est enfin dit : tu intercales hors de la Terre d'Israël. Il invoque le précédent de Rabbi Akiva ; on lui répond que les chevreaux laissés derrière sont devenus des boucs à cornes. Pourquoi cette méthode ? Les deux envoyés ne discutent pas la question de fond en public. Ils détruisent d'abord son autorité de décisionnaire, après l'avoir eux-mêmes établie. Le Ben Yehoyada précise qu'ils n'ont contredit que des rigueurs comportant des aspects de permission, et qu'ils s'appuyaient sur "il est temps d'agir pour Hachem", pour que la génération ne le suive pas.
Le déroulement du récit final et la logique de l'intervention des deux envoyés.
1
וְאֵימָא: הַר הַבַּיִת דְּאָסוּר בְּמִנְעָל — לְיָלְפָה מִמִּנְעָל. אֲבָל בֵּית הַכְּנֶסֶת דִּשְׁרֵי בְּמִנְעָל, אַדְּיָלֵיף מִמִּנְעָל וּלְהֶיתֵּר, נֵילַף מִקַּפֶּנְדַּרְיָא וְלֶאֱסֹור!

Et dis plutôt ainsi : le mont du Temple, où la chaussure est interdite — que l'on y dérive [la règle du crachat] à partir de la chaussure. Mais la synagogue, où la chaussure est permise : plutôt que de dériver de la chaussure et vers la permission, dérivons du raccourci (kappandaria) et vers l'interdiction !

📜 Rachi (1)
וְאֵימָא הַר הַבַּיִת דְּאָסוּר בְּמִנְעָל יָלְפִינַן רְקִיקָה מִינֵּיהּ לְאִיסּוּרָא בְּקַל וָחֹומֶר אֲבָל בֵּית הַכְּנֶסֶת דִּשְׁרֵי בְּמִנְעָל לָא נֵילַף רְקִיקָה לְהַתִּירָהּ דִּרְקִיקָה מְאִיסָא אֶלָּא יָלְפִינַן מִקַּפֶּנְדַּרְיָא לְאִיסּוּרָא:
« Et dis : le mont du Temple, où la chaussure est interdite » : nous en dérivons l'interdiction de cracher par kal va-homer (a fortiori). Mais la synagogue, où la chaussure est permise — ne dérivons pas de la chaussure la permission de cracher, car le crachat est chose repoussante ; dérivons plutôt du raccourci, vers l'interdiction.
💡 Explication

Le folio précédent avait établi, par un kal va-homer, que cracher est interdit sur le mont du Temple : puisque la chaussure, moins grave, y est déjà interdite, le crachat l'est à plus forte raison. La Guemara demande ici pourquoi appliquer le même raisonnement à la synagogue.

L'objection porte sur le choix du terme de comparaison. Dans une synagogue, deux usages s'opposent : la chaussure y est permise, et le kappandaria — la traversée du lieu pour raccourcir son chemin — y est interdit. Selon qu'on aligne le crachat sur l'un ou sur l'autre, on aboutit à la permission ou à l'interdiction. Rachi ajoute la raison qui devrait faire pencher vers l'interdiction : le crachat est en lui-même repoussant, donc plus proche du cas grave que du cas léger.

2
אֶלָּא אָמַר רָבָא: כִּי בֵּיתוֹ — מַה בֵּיתוֹ, אַקַּפֶּנְדַּרְיָא קָפֵיד אִינָשׁ, אַרְקִיקָה וּמִנְעָל לָא קָפֵיד אִינָשׁ, אַף בֵּית הַכְּנֶסֶת, קַפַּנְדַּרְיָא הוּא דַּאֲסִיר, רְקִיקָה וּמִנְעָל — שָׁרִי.

Rava dit plutôt : [la synagogue est] comme sa maison. De même que sa maison — l'homme tient au raccourci, et ne tient ni au crachat ni à la chaussure ; ainsi la synagogue : le raccourci y est interdit, le crachat et la chaussure y sont permis.

⚖️ Rosh (1)
וְלֹא יַעֲשֶׂנָּה קַפַּנְדַּרְיָא מַאי קַפַּנְדַּרְיָא כמ"ד אַדְּמַקֵּיפְנָא אַדָּרֵי אֵעוּל בְּהָא א"ר חֶלְבּוֹ אָמַר רַב הוּנָא הַנִּכְנָס לבהכ"נ לְהִתְפַּלֵּל מֻותָּר לַעֲשׂוֹת קַפֶּנְדַּרְיָא שֶׁנֶּאֱמַר וּבְבֹא עַם הָאָרֶץ לִפְנֵי ה' וְגוֹ': אַרִיבָּ"ל כָּל הָרוֹקֵק בַּזְּמַן הַזֶּה בְּהַר הַבַּיִת כְּאִלּוּ רוֹקֵק בְּבָבַת עֵינוֹ שֶׁנֶּאֱמַר וְהָיוּ עֵינַי וְלִבִּי שָׁם כָּל הַיָּמִים. אָמַר רָבָא רְקִיקָה בבהכ"נ שָׁרִי מ"ט כְּמִנְעָל מַה מִנְעָל מֻותָּר אַף רְקִיקָה מֻותָּר אע"ג דְּקִפְנַדְרִיָּא אֲסִירֵי מִסְתַּבְּרָא כְּבֵיתוֹ מַה בֵּיתוֹ קַפַּנְדַּרְיָא קָפְדִי אִינָשֵׁי רְקִיקָה וּמִנְעָל לָא קָפְדִי אִינָשֵׁי אַף בהכ"נ קַפַּנְדַּרְיָא אָסוּר רְקִיקָה וּמִנְעָל שָׁרִי וּמִיהוּ יֵשׁ לוֹ לְשַׁפְשֵׁף אַחַר הָרְקִיקָה כִּדְאָמְרִי' בִּירוּשַׁלְמִי רַבִּי יוֹחָנָן רָקִיק וְשָׁיֵיף:
« Et il n'en fera pas un raccourci. » Qu'est-ce qu'un kappandaria ? Comme celui qui dit : au lieu de contourner les rangées de maisons, j'entrerai par ici. Rabbi Helbo a dit au nom de Rav Houna : celui qui entre à la synagogue pour y prier a le droit d'en faire un raccourci, car il est dit « et lorsque le peuple du pays vient devant ה' etc. ». Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : quiconque crache aujourd'hui sur le mont du Temple, c'est comme s'il crachait dans la pupille de Son œil, car il est dit « et Mes yeux et Mon cœur y seront tous les jours ». Rava a dit : cracher dans la synagogue est permis. Quelle en est la raison ? Comme la chaussure : de même que la chaussure est permise, ainsi le crachat est permis — bien que le raccourci y soit interdit. Il est plus logique de comparer à sa maison : de même que dans sa maison les gens tiennent au raccourci et ne tiennent ni au crachat ni à la chaussure, ainsi dans la synagogue le raccourci est interdit, le crachat et la chaussure sont permis. Toutefois, il lui faut frotter [du pied] après avoir craché, comme il est dit dans le Yerouchalmi : Rabbi Yo'hanan crachait et frottait.
💡 Explication

Rava abandonne le raisonnement par dérivation. Le régime de la synagogue se lit sur un autre modèle : la maison d'habitation. Ce que l'homme tolère chez lui, il le tolère à la synagogue ; ce à quoi il tient chez lui, il y tient aussi à la synagogue.

Le partage obtenu est net : la traversée comme raccourci est écartée, tandis que le crachat et la chaussure sont admis. La comparaison choisie n'abaisse pas la synagogue au rang d'une maison ordinaire ; elle fixe le degré d'égard qui lui est dû, distinct de celui du mont du Temple, où la chaussure est interdite. Le Roch rassemble ici toute la sougya en un siman et y ajoute un usage tiré du Yerouchalmi : après avoir craché, on frotte l'endroit du pied.

🖼️ Schéma
Trois lieux, trois conduites - la position de Rava Conduite Sa maison Synagogue Mont du Temple Porter la chaussure permis permis interdit Cracher permis permis interdit (kal va-homer) Traverser en raccourci on y tient interdit interdit Rava lit la colonne de la synagogue sur celle de la maison, ligne par ligne, au lieu de la déduire du mont du Temple. Le critère retenu : ce à quoi un homme tient chez lui.
Le tableau que Rava met en place : la synagogue suit la colonne de la maison.
3
כָּל חוֹתְמֵי בְּרָכוֹת שֶׁבַּמִּקְדָּשׁ וְכוּ׳.

« Toutes les conclusions de bénédictions qui se disaient au Temple, etc. » [reprise de la michna].

4
כָּל כָּךְ לָמָּה — לְפִי שֶׁאֵין עוֹנִין ״אָמֵן״ בַּמִּקְדָּשׁ. וּמִנַּיִן שֶׁאֵין עוֹנִין אָמֵן בַּמִּקְדָּשׁ? — שֶׁנֶּאֱמַר: ״קוּמוּ בָּרֲכוּ אֶת ה׳ אֱ-לֹהֵיכֶם מִן הָעוֹלָם עַד הָעוֹלָם״. וְאוֹמֵר: ״וִיבָרְכוּ אֶת שֵׁם כְּבֹדֶךָ וּמְרוֹמַם עַל כָּל בְּרָכָה וּתְהִלָּה״.

Pourquoi tout cela ? Parce qu'on ne répond pas « amen » au Temple.

Et d'où sait-on qu'on ne répond pas amen au Temple ? De ce qu'il est dit : « Levez-vous, bénissez ה' votre D.ieu depuis toujours et pour toujours » ; et il est dit : « et qu'ils bénissent Ton nom glorieux, élevé au-dessus de toute bénédiction et de toute louange ».

📜 Rachi (1)
וִיבָרְכוּ שֵׁם כְּבוֹדְךָ בשכמל"ו עוֹנִים וְהַמְבָרֵךְ אוֹמֵר בָּרוּךְ ה' אֱ-לֹהֵי יִשְׂרָאֵל מִן הָעוֹלָם וְעַד הָעוֹלָם מְפָרֵשׁ בַּתּוֹסֶפְתָּא שֶׁתִּקְּנוּ מִן הָעוֹלָם וְעַד הָעוֹלָם לְהוֹדִיעַ שֶׁאֵין העוה"ז לִפְנֵי העוה"ב כְּלוּם אֶלָּא כִּפְרוֹזְדוֹר לִפְנֵי הַטְּרַקְלִין כְּלוֹמַר הִנְהִיגוּ בִּרְכוֹתָיו בעוה"ז כְּדֵי לִהְיוֹת רְגִילִים לעוה"ב שֶׁכֻּולּוֹ אָרֹוךְ:
« Et qu'ils bénissent Ton nom glorieux » : c'est « Baroukh chem kevod malkhouto le-olam va-ed » que l'on répond, tandis que celui qui bénit dit « Béni soit ה', D.ieu d'Israël, depuis toujours et pour toujours ». La Tossefta explique qu'on a institué « depuis toujours et pour toujours » afin de faire savoir que ce monde-ci n'est rien devant le monde à venir, mais comme un vestibule devant la salle du trône ; autrement dit, on a établi Ses bénédictions en ce monde-ci pour qu'on y soit accoutumé en vue du monde à venir, qui est tout entier long.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל כָּךְ לָמָּה? לְפִי שֶׁאֵין עוֹנִין אָמֵן בַּמִּקְדָּשׁ. נִרְאֶה לִי כַּווָּנַת הַשּׁוֹאֵל כָּךְ, דְּקָאָמַר בְּמַתְנִיתִין מִשֶּׁקִּלְקְלוּ הַמִּינִים וְכוּ' הִתְקִינוּ וְכוּ', וְשׁוֹאֵל לָמָּה צָרִיךְ לְשַׁנּוֹת בַּמִּקְדָּשׁ נֹוסַח חֲתִימַת הַבְּרָכָה שֶׁהֻוצְרְכוּ לַעֲשׂוֹת לָהּ תִּיקּוּן אַחַר קִלְקוּל הַמִּינִין וְלָמָּה הֻוכְרְחוּ לְכָךְ, הֲלֹא הֲוָה עָדִיף לִנְהֹוג אַחַר קִלְקוּל הַמִּינִין לַחְתֹּום כַּאֲשֶׁר אֲנַחְנוּ חוֹתְמִין בִּבְרָכוֹת וְלֹא יֹאמְרוּ נֹוסַח זֶה כְּלָל? וְהֵשִׁיב לְפִי שֶׁאֵין עוֹנִין אָמֵן בַּמִּקְדָּשׁ אֶלָּא אוֹמְרִים בָּרוּךְ שֵׁם כְּבוֹד מַלְכוּתוֹ לְעוֹלָם וָעֶד, וְלָכֵן אִם אַחַר קִלְקוּל הַמִּינִין יְבַטְּלוּ נֹוסַח חֲתִימָה הָרִאשׁוֹן וְיַחְתְּמוּ כַּאֲשֶׁר חוֹתְמִין אֲנַחְנוּ לֹא הָיָה מַזֶּה תּוֹעֶלֶת, כִּי עֲדַיִין יֹאמְרוּ הַמִּינִין אֵין עוֹלָם אֶלָּא אֶחָד, מִפְּנֵי נֹוסַח בָּרוּךְ שֵׁם כְּבוֹד מַלְכוּתוֹ לְעוֹלָם וָעֶד שֶׁבּוֹ גַּם כֵּן מַזְכִּירִין עוֹלָם אֶחָד, וּבַמִּקְדָּשׁ אוֹמְרִים בָּרוּךְ שֵׁם כְּבוֹד מַלְכוּתוֹ לְעוֹלָם וָעֶד בְּקוֹל רָם, לְכָךְ הֻוצְרְכוּ לְהַנִּיחַ נֹוסַח הָרִאשׁוֹן וְתִיקְּנוּ לוֹמַר בּוֹ מִן הָעוֹלָם וְעַד הָעוֹלָם, שֶׁבָּזֶה נִתְבָּרֵר דְּאִיכָּא עוֹלָם חָדָשׁ וּבָטְלוּ דִּבְרֵי הַמִּינִין, וְאָז אַף עַל פִּי שֶׁאוֹמְרִין בָּרוּךְ שֵׁם כְּבוֹד מַלְכוּתוֹ לְעוֹלָם וָעֶד לָא אָתוּ לְמֵידַק מִינָּהּ דְּאֵין עֶלֶם אֶלָּא אֶחָד, וְהָא דְּאוֹמְרִים בָּרוּךְ שֵׁם כְּבוֹד מַלְכוּתוֹ לְעוֹלָם וָעֶד בְּבֵית הַמִּקְדָּשׁ בְּכָל רָם, מִפְּנֵי דְּהַטַּעַם שֶׁאָנוּ אוֹמְרִים אוֹתוֹ בְּלַחַשׁ הוּא מִפַּחַד קִנְאַת הַמַּלְאָכִים כמ"ש בַּלְּבוּשׁ סִי' תרי"ט יע"ש, וְהָעוֹמְדִים בבהמ"ק שֶׁהֵם קְרוֹבִים לִמְקוֹם הַשְׁרָאַת שְׁכִינָה בְּבֵית קֹודֶשׁ קֳדָשִׁים אֵין לָהֶם פַּחַד מִקִּנְאַת הַמַּלְאָכִים, דְּנֶחְשָׁב כְּאִלּוּ עוֹמְדִין בַּשָּׁמַיִם מִמַּעַל.
« Pourquoi tout cela ? Parce qu'on ne répond pas amen au Temple. » Il me semble que l'intention de celui qui interroge est la suivante. La michna a dit : « lorsque les minim se sont corrompus, on a institué etc. » ; il demande pourquoi il a fallu changer au Temple la formule de conclusion de la bénédiction, au point de devoir lui apporter une réparation après la corruption des minim, et pourquoi on y a été contraint. N'aurait-il pas mieux valu, après la corruption des minim, conclure comme nous concluons nos bénédictions, sans dire du tout cette formule ? Il répond : parce qu'on ne répond pas amen au Temple, mais qu'on y dit « Baroukh chem kevod malkhouto le-olam va-ed ». Dès lors, si après la corruption des minim on avait supprimé la première formule de conclusion pour conclure comme nous concluons, il n'y aurait eu à cela aucun profit, car les minim auraient encore dit qu'il n'y a qu'un seul monde, à cause de la formule « le-olam va-ed », qui elle aussi ne mentionne qu'un seul monde ; et au Temple on dit « Baroukh chem kevod malkhouto le-olam va-ed » à voix haute. Il a donc fallu maintenir la première formule et instituer d'y dire « depuis toujours et pour toujours », par quoi il est établi qu'il existe un monde nouveau et que les paroles des minim sont annulées ; alors, même si l'on dit « Baroukh chem kevod malkhouto le-olam va-ed », on n'en déduira pas qu'il n'y a qu'un seul monde. Quant au fait qu'au Temple on dise « Baroukh chem kevod malkhouto le-olam va-ed » à voix haute : la raison pour laquelle nous le disons à voix basse tient à la crainte de la jalousie des anges, comme l'écrit le Levouch au siman 619 ; or ceux qui se tiennent au Temple, proches du lieu où réside la Chekhina dans le Saint des Saints, n'ont pas à craindre la jalousie des anges, car ils sont considérés comme se tenant dans les cieux d'en haut.
💡 Explication

La michna avait rapporté qu'au Temple on ne concluait pas les bénédictions comme ailleurs. La Guemara en donne la raison : au Temple, la réponse de l'assemblée n'est pas amen mais « Baroukh chem kevod malkhouto le-olam va-ed ». Une réponse propre appelle une conclusion propre.

La preuve se tire de Nehemia 9,5, où l'appel « bénissez ה' votre D.ieu depuis toujours et pour toujours » est suivi de « et qu'ils bénissent Ton nom glorieux », c'est-à-dire une réponse autre que amen. Rachi rappelle en outre le sens de la formule min ha-olam ve-ad ha-olam selon la Tossefta : elle affirme la continuité entre ce monde-ci et le monde à venir, ce monde-ci étant comparé à un vestibule.

5
יָכוֹל כָּל הַבְּרָכוֹת כֻּולָּן תְּהֵא לָהֶן תְּהִלָּה אַחַת, תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וּמְרוֹמַם עַל כָּל בְּרָכָה וּתְהִלָּה״, עַל כָּל בְּרָכָה וּבְרָכָה — תֵּן לוֹ תְּהִלָּה.

On aurait pu penser que toutes les bénédictions ensemble n'auraient qu'une seule louange ; c'est pourquoi le verset enseigne : « élevé au-dessus de toute bénédiction et de toute louange » — pour chaque bénédiction, donne-lui sa louange.

📜 Rachi (2)
עַל כָּל הַבְּרָכוֹת בְּסוֹף בְּרָכָה אַחֲרוֹנָה:
« Sur toutes les bénédictions » : à la fin de la dernière bénédiction.
תְּהִלָּה אַחַת שֶׁיַּעֲנוּ פַּעַם אַחַת בשכמל"ו:
« Une seule louange » : qu'ils répondent une seule fois « Baroukh chem kevod malkhouto le-olam va-ed ».
💡 Explication

Le même verset sert à une seconde déduction. Le mot tehila (louange) étant rapproché de « toute bénédiction », on en tire que la réponse accompagne chaque bénédiction prise à part, non l'ensemble de la série.

Rachi précise l'alternative écartée : une réponse unique prononcée à la fin de la dernière bénédiction. C'est cette lecture que le verset exclut.

🖼️ Schéma
Répondre au Temple : ce que le verset exclut et ce qu'il retient Hypothèse écartée : une seule louange bénédiction 1 bénédiction 2 bénédiction 3 une réponse Rachi : à la fin de la dernière bénédiction. Conclusion retenue : une louange chacune bénédiction 1 bénédiction 2 bénédiction 3 réponse réponse réponse "pour chaque bénédiction, donne-lui sa louange".
Les deux répartitions possibles de la réponse dans le Temple.
6
הִתְקִינוּ שֶׁיְּהֵא אָדָם שׁוֹאֵל בִּשְׁלוֹם חֲבֵרוֹ וְכוּ׳. מַאי ״וְאוֹמֵר״?

« On a institué qu'un homme salue son compagnon [au moyen du Nom], etc. » Que signifie « et il est dit » ?

💡 Explication

La michna avait cité plusieurs versets à la suite, chacun introduit par « et il est dit ». La Guemara demande pourquoi le premier verset — la parole de Boaz à ses moissonneurs — ne suffisait pas.

Cette formule ve-omer signale, dans le style de la michna, qu'une première preuve appelle une objection et qu'une seconde vient la compléter. La Guemara va donc reconstituer la chaîne des objections implicites.

7
וְכִי תֵּימָא בֹּעַז מִדַּעְתֵּיהּ דְּנַפְשֵׁיהּ קָאָמַר — תָּא שְׁמַע ״ה׳ עִמְּךָ גִּבּוֹר הֶחָיִל״. וְכִי תֵּימָא מַלְאָךְ הוּא דְּקָאֲמַר לֵיהּ לְגִדְעוֹן — תָּא שְׁמַע ״אַל תָּבוּז כִּי זָקְנָה אִמֶּךָ״.

Et si tu dis : Boaz a parlé de sa propre initiative — viens et entends : « ה' est avec toi, vaillant guerrier ». Et si tu dis : c'est un ange qui a dit cela à Gideon — viens et entends : « et ne méprise pas ta mère quand elle a vieilli ».

📜 Rachi (4)
וְכִי תֵּימָא בֹּועַז מִדַּעְתֵּיהּ עֲבַד וְלָא גָּמְרִינַן מִינֵּיהּ:
« Et si tu dis : Boaz a agi de sa propre initiative » : et nous n'en tirons pas de leçon.
תָּא שְׁמַע דְּגָמְרִינַן מִמַּלְאָךְ שֶׁאָמַר לְגִדְעוֹן:
« Viens et entends » : que nous l'apprenons de l'ange qui a parlé à Gideon.
וְכִי תֵּימָא מַלְאָךְ הוּא דְּקָאֲמַר לֵיהּ לְגִדְעוֹן כְּלוֹמַר לֹא שָׁאַל בִּשְׁלוֹמוֹ וְלֹא בֵּרְכוֹ אֶלָּא בִּשְׁלִיחוּת קָאָמַר מֵאֵת הַמָּקוֹם לְבַשְּׂרוֹ שֶׁהַשְּׁכִינָה עִמּוֹ וְלָא גָּמְרִינַן מִינֵּיהּ:
« Et si tu dis : c'est un ange qui a dit cela à Gideon » : c'est-à-dire qu'il ne l'a pas salué et ne l'a pas béni, mais qu'il parlait en mission, de la part de l'Omniprésent, pour lui annoncer que la Chekhina est avec lui — et nous n'en tirons pas de leçon.
תָּא שְׁמַע אַל תָּבוּז כִּי זָקְנָה אִמֶּךָ אַל תָּבוּז אֶת בֹּועַז לֵאמֹר מִדַּעְתּוֹ עָשָׂה אֶלָּא לִמּוּד מִזִּקְנֵי יִשְׂרָאֵל כִּי יֵשׁ לוֹ עַל מִי שֶׁיִּסְמֹוךְ שֶׁנֶּאֱמַר עֵת לַעֲשׂוֹת לַה':
« Viens et entends : ne méprise pas ta mère quand elle a vieilli » : ne méprise pas Boaz en disant qu'il a agi de sa propre initiative, mais apprends des anciens d'Israël, car il a sur qui s'appuyer, ainsi qu'il est dit « il est temps d'agir pour ה' ».
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְכִי תֵּימָא בֹּועַז מִדַּעְתָּא דְּנַפְשֵׁיהּ קָאָמַר. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י וְלָא גָּמְרִינַן מִינֵּיהּ. הַדָּבָר יִפָּלֵא אֵיךְ סָלְקָא דַעְתָּךְ דְּלָא גָּמְרִינַן מִינֵּיהּ, וְכִי מִי זוּטָר בֹּועַז שֶׁהָיָה רֹאשׁ הַסַּנְהֶדְרִין וְשׁוֹפֵט יִשְׂרָאֵל דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל אִבְצָן זֶה בֹּועַז? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דַּהֲוָה אָמֵינָא בֹּועַז לֹא בְּתוֹרַת שָׁלוֹם אָמַר כֵּן אֶלָּא בְּתוֹרַת בְּרָכָה, כִּי הַפּוֹעֲלִים הָיוּ עוֹסְקִים בִּמְלַאכְתּוֹ וּבֵרְכָם ה' עִמָּכֶם כְּדֵי שֶׁתִּתְבָּרֵךְ מְלַאכְתּוֹ שֶׁהִיא מַעֲשֵׂה יְדֵיהֶם, וְהוּא מִדַּעְתּוֹ עָשָׂה זֹאת לִקְבֹּועַ בְּרָכָה זוֹ לְטוֹבָתוֹ, וּלְהָכִי לָא גָּמְרִינַן מִינָּהּ לְעִנְיַן שָׁלוֹם, לְכָךְ הֵבִיא מ"ש הַמַּלְאָךְ לְגִדְעוֹן [ה' אִתְּךָ] דְּהָתָם וַדַּאי בְּתוֹרַת שָׁלוֹם קָאָמַר לֵיהּ, וְחָזַר וְדָחָה זֶה דִּילְמָא לְכָךְ הָיָה שְׁלוּחַ הַמַּלְאָךְ לְבַשֵּׂר אֶת גִּדְעוֹן, כמ"ש לְיַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה (בְּרֵאשִׁית כח, טו) וְהִנֵּה אָנֹכִי עִמָּךְ וּשְׁמַרְתִּיךָ, וּמְשַׁנֵּי (מִשְׁלֵי כג, כב) וְאַל תָּבוּז כִּי זָקְנָה אִמֶּךָ, רְצוֹנוֹ לוֹמַר אַל תָּבוּז דִּבְרֵי בֹּועַז לוֹמַר בַּעֲבוּר טוֹבָתוֹ נִתְכַּווֵּן שֶׁתִּתְבָּרֵךְ מְלַאכְתּוֹ וְלֹא בְּתוֹרַת שָׁלוֹם אָמַר לְהוּ, אֶלָּא בְּוַדַּאי בֶּאֱמֶת בְּתוֹרַת שָׁלוֹם דִּבֵּר בֹּועַז וְגָמְרִינַן מִינֵּיהּ, וא"ת אַעִיקָּרָא דְּדִינָא אֵיךְ יִתְייַשֵּׁב דָּבָר זֶה עַל הַלֵּב לְהִזָּכֵר ש"ש בַּעֲבוּר שְׁלוֹם אָדָם, דְּנִרְאֶה כִּמְזַלְזֵל חָס וְחָלִילָה בִּכְבוֹד שָׁמַיִם, לָזֶה אָמַר עֵת לַעֲשׂוֹת לָהּ' וְכוּ' כמ"ש רַשִׁ"י זַ"ל וְדוֹק.
« Et si tu dis : Boaz a parlé de sa propre initiative. » Rachi explique : et nous n'en tirons pas de leçon. La chose étonne : comment peut-on penser qu'on n'en tire pas de leçon ? Boaz était-il donc peu de chose, lui qui était chef du Sanhédrin et juge d'Israël, nos maîtres ayant dit qu'Ivtsan, c'est Boaz ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on aurait pu dire que Boaz n'a pas parlé à titre de salutation mais à titre de bénédiction : les ouvriers étaient occupés à son travail, et il les a bénis « ה' est avec vous » afin que son travail, qui est l'ouvrage de leurs mains, soit béni ; il a donc agi de sa propre initiative, pour instituer cette bénédiction à son avantage, et l'on n'en tire pas de leçon quant à la salutation. C'est pourquoi on apporte ce que l'ange a dit à Gideon — « ה' est avec toi » —, où il a certainement parlé à titre de salutation. Puis on repousse cela : peut-être l'ange fût-il envoyé pour annoncer une nouvelle à Gideon, comme il fut dit à Yaakov notre père, sur lui la paix : « et voici, Je suis avec toi et Je te garderai ». On répond alors : « et ne méprise pas ta mère quand elle a vieilli », c'est-à-dire : ne méprise pas les paroles de Boaz en disant qu'il visait son propre intérêt, pour que son travail soit béni, et qu'il ne leur a pas parlé à titre de salutation ; en vérité il a bien parlé à titre de salutation, et l'on en tire une leçon. Et si tu demandes, sur le principe même, comment admettre en son cœur que l'on mentionne le Nom du Ciel pour le salut d'un homme, ce qui paraît, à D.ieu ne plaise, mépriser l'honneur du Ciel — à cela il est dit « il est temps d'agir pour ה' etc. », comme l'écrit Rachi, de mémoire bénie. Et examine bien.
💡 Explication

La Guemara reconstitue une chaîne d'objections. La parole de Boaz pourrait être un usage personnel sans valeur normative ; celle de l'ange à Gideon pourrait être une annonce prophétique plutôt qu'un salut. Chaque preuve tombant, il faut la suivante.

Le troisième verset change de registre : « ne méprise pas ta mère quand elle a vieilli » vaut comme principe général — l'usage des anciens d'Israël fait autorité. Rachi y adjoint déjà le verset « il est temps d'agir pour ה' », qui répond à l'objection de fond : mentionner le Nom pour saluer un homme.

🖼️ Schéma
Pourquoi trois versets : la chaîne des objections 1. Boaz aux moissonneurs "Hachem est avec vous" (Routh 2,4) 2. L'ange à Gideon "Hachem est avec toi, vaillant guerrier" (Juges 6,12) 3. Le principe général "ne méprise pas ta mère quand elle a vieilli" (Prov. 23,22) Objection 1 : Boaz a peut-être agi de sa propre initiative - un usage privé ne fonde pas la halakha. Objection 2 : l'ange annonçait peut-être une nouvelle à Gideon, sans le saluer. Objection de fond, réglée par "il est temps d'agir pour Hachem" (Rachi) : peut-on mentionner le Nom pour saluer un homme ? Réponse : l'usage des anciens d'Israël a sur quoi s'appuyer, et le maintien du salut sert le Nom lui-même.
Chaque preuve tombe devant une objection, jusqu'au principe tiré de l'usage des anciens.
8
וְאוֹמֵר: ״עֵת לַעֲשׂוֹת לַה׳ הֵפֵרוּ תּוֹרָתֶךָ״. אָמַר רָבָא: הַאי קְרָא, מֵרֵישֵׁיהּ לְסֵיפֵיהּ מִדְּרִישׁ, מִסֵּיפֵיהּ לְרֵישֵׁיהּ מִדְּרִישׁ.

Et il est dit : « il est temps d'agir pour ה', ils ont annulé Ta Torah ». Rava dit : ce verset se dérive de son début vers sa fin, et se dérive de sa fin vers son début.

📜 Rachi (1)
מִסֵּיפֵיהּ לְרֵישֵׁיהּ כו' אִם בָּאתָ לְדָרְשׁוֹ לְמִקְרָא זֶה יֵשׁ לְךָ לְדָרְשׁוֹ יָפֶה בֵּין בִּכְתִיבָתוֹ בֵּין בְּהִפּוּךְ:
« De la fin vers le début, etc. » : si tu viens à exposer ce verset, tu peux l'exposer avec profit aussi bien dans son ordre écrit que dans l'ordre inverse.
9
מֵרֵישֵׁיהּ לְסֵיפֵיהּ מִדְּרִישׁ — ״עֵת לַעֲשׂוֹת לָה׳״, מַאי טַעַם? — מִשּׁוּם ״הֵפֵרוּ תּוֹרָתֶךָ״. מִסֵּיפֵיהּ לְרֵישֵׁיהּ מִדְּרִישׁ: ״הֵפֵרוּ תּוֹרָתֶךָ״ מַאי טַעְמָא? — מִשּׁוּם ״עֵת לַעֲשׂוֹת לָה׳״.

De son début vers sa fin il se dérive : « il est temps d'agir pour ה' » — quelle en est la raison ? Parce qu'« ils ont annulé Ta Torah ».

De sa fin vers son début il se dérive : « ils ont annulé Ta Torah » — quelle en est la raison ? Parce qu'« il est temps d'agir pour ה' ».

📜 Rachi (2)
מֵרֵישֵׁיהּ לְסֵיפֵיהּ עֵת לַעֲשׂוֹת לָהּ' מִשּׁוּם הֵפֵרוּ עִתִּים הֵם לָהּ' לַעֲשׂוֹת מִשְׁפַּט פֻּורְעָנִיּוֹת בְּעוֹבְרֵי רְצוֹנוֹ מִשּׁוּם דְּהֵפֵרוּ תּוֹרָתֶךָ:
« Du début vers la fin : il est temps d'agir pour ה', à cause de 'ils ont annulé' » : il y a des temps où ה' agit, en exerçant le jugement de châtiment sur ceux qui transgressent Sa volonté, parce qu'ils ont annulé Ta Torah.
מִסֵּיפֵיהּ לְרֵישֵׁיהּ הֵפֵרוּ תּוֹרָתוֹ עוֹשֵׂי רְצוֹנוֹ כְּגוֹן אֵלִיָּהוּ בְּהַר הַכַּרְמֶל (מְלָכִים א י״ח:ז׳) שֶׁהִקְרִיב בְּבָמָה בִּשְׁעַת אִיסּוּר הַבָּמוֹת מִשּׁוּם דַּעַת לַעֲשׂוֹת סְייָג וְגָדֵר בְּיִשְׂרָאֵל לִשְׁמוֹ שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא:
« De la fin vers le début » : ceux qui font Sa volonté annulent Sa Torah — comme Eliyahou au mont Carmel, qui offrit sur un bama au temps où les bamot étaient interdites — parce qu'il est temps de faire une haie et une clôture en Israël pour le Nom du Saint béni soit-Il.
💡 Explication

Rava fait tourner le verset sur lui-même. Lu dans l'ordre, il annonce le temps du jugement : Hachem agit parce que la Torah a été annulée. Lu à rebours, il autorise une annulation ponctuelle de la Torah, précisément parce que l'heure exige qu'on agisse pour Hachem.

Rachi fournit le cas d'école de la seconde lecture : Eliyahou au mont Carmel, qui offre un sacrifice sur une bama alors que les bamot étaient interdites, pour ramener le peuple. Cette lecture est celle que la Guemara emploiera dans la suite du folio, et que le Ben Yehoyada invoquera pour justifier la conduite des deux envoyés face à Hanina.

10
תַּנְיָא, הִלֵּל הַזָּקֵן אוֹמֵר: בִּשְׁעַת הַמַּכְנִיסִין — פִּזַּר. בִּשְׁעַת הַמְפַזְּרִים — כָּנַס. וְאִם רָאִיתָ דּוֹר שֶׁהַתּוֹרָה חֲבִיבָה עָלָיו — פִּזַּר, שֶׁנֶּאֱמַר: ״יֵשׁ מְפַזֵּר וְנוֹסָף עוֹד״. וְאִם רָאִיתָ דּוֹר שֶׁאֵין הַתּוֹרָה חֲבִיבָה עָלָיו — כָּנַס, שֶׁנֶּאֱמַר: ״עֵת לַעֲשׂוֹת לַה׳ הֵפֵרוּ תּוֹרָתֶךָ״.

Il a été enseigné : Hillel l'Ancien dit : au temps de ceux qui rassemblent, disperse ; au temps de ceux qui dispersent, rassemble. Et si tu vois une génération pour laquelle la Torah est chère, disperse, car il est dit « tel disperse et voit s'ajouter encore » ; et si tu vois une génération pour laquelle la Torah n'est pas chère, rassemble, car il est dit « il est temps d'agir pour ה', ils ont annulé Ta Torah ».

📜 Rachi (6)
בִּשְׁעַת הַמַּכְנִיסִים שֶׁאֵין חַכְמֵי הַדּוֹר מַרְבִּיצִים תּוֹרָה לַתַּלְמִידִים:
« Au temps de ceux qui rassemblent » : lorsque les sages de la génération ne répandent pas la Torah auprès des élèves.
פִּזַּר אַתָּה לְשַׁנּוֹת לַתַּלְמִידִים:
« Disperse » : toi, en enseignant aux élèves.
בִּשְׁעַת הַמְפַזְּרִים שֶׁהַגְּדוֹלִים שֶׁבַּדּוֹר מַרְבִּיצִים תּוֹרָה:
« Au temps de ceux qui dispersent » : lorsque les grands de la génération répandent la Torah.
כָּנַס אַתָּה וְלֹא תִּטֹּול שְׂרָרָה עֲלֵיהֶם דְּאַף זוֹ לִכְבוֹד שָׁמַיִם הִיא לֶאֱחֹוז בְּמִדַּת הָעֲנָוָה וּכְתִיב עֵת לַעֲשׂוֹת לַה' הֵפֵרוּ תּוֹרָתֶךָ:
« Rassemble » : toi, et ne prends pas autorité sur eux ; car cela aussi est pour l'honneur du Ciel, que de se tenir dans la mesure de l'humilité ; et il est écrit « il est temps d'agir pour ה', ils ont annulé Ta Torah ».
וְאִם רָאִיתָ דּוֹר שֶׁאֵין הַתּוֹרָה חֲבִיבָה עָלָיו כַּנֵּס וְאַל תַּטִּיל דִבְרֵי תוֹרָה לְבִזָּיוֹן:
« Et si tu vois une génération pour laquelle la Torah n'est pas chère, rassemble » : et ne livre pas les paroles de Torah au mépris.
הֵפֵרוּ תּוֹרָתֶךָ מִלְּפַזְּרָהּ בְּשָׁעָה שֶׁהַכִּנּוּס לְשֵׁם שָׁמַיִם:
« Ils ont annulé Ta Torah » : en la dispersant au moment où le rassemblement est pour le Nom du Ciel.
🪔 Ben Yehoyada (2)
בִּשְׁעַת הַמִּכְנָסַיִם פִּזַּר, בִּשְׁעַת הַמְפַזְּרִים כָּנַס. נִרְאֶה לִי בס"ד דָּבָר זֶה עַל הַצְּדָקָה, שֶׁיֵּשׁ יָמִים יְדוּעִים בַּשָּׁנָה שֶׁדַּרְכָּן שֶׁל בְּנֵי אָדָם לְחַלֵּק בָּהֶם מָעוֹת לַעֲנִיִּים, וְיֵשׁ יָמִים שֶׁכִּיסָם שֶׁל בְּנֵי אָדָם סָגוּר וּמְסֻוגָּר מִן הַצְּדָקָה שֶׁאֵין נוֹתְנִים כְּלוּם לַעֲנִיִּים וְהֵם מֵתִים בָּרָעָב, לָכֵן הֶחָכָם יַעֲשֶׂה בְּדַעַת שֶׁהוּא יְחַלֵּק הַצְּדָקָה הָרָאוּי לוֹ לִיתֵּן כְּפִי מָמוֹנוֹ בְּעֵת שֶׁאֵין בְּנֵי אָדָם נוֹתְנִים כְּלוּם, אֲבָל בְּעֵת שֶׁמְּצוּיָה הַרְבֵּה הוּא יִכָּנֵס וְיִשְׁמֹור אוֹתָהּ לְעֵת הַצֹּורֶךְ. מַעֲשֶׂה בְּאֶחָד שֶׁהָיָה מְדַקְדֵּק לְחַלֵּק מָעוֹת לַעֲנִיִּים בְּיוֹם רִאשׁוֹן בַּשַּׁבָּת, אֲבָל בְּיוֹם שִׁישִּׁי לֹא הָיָה נוֹתֵן אֶלָּא שׁוֹמְרָהּ לְיוֹם רִאשׁוֹן, יַעַן כִּי רוֹאֶה בְּיוֹם שִׁישִּׁי יֵשׁ הַרְבֵּה מְחַלְּקִים לַעֲנִיִּים אֲבָל בְּיוֹם רִאשׁוֹן אֵין מִי שֶׁיִּתֵּן לָהֶם פְּרוּטָה. וְנִרְאֶה לִי בס"ד לַעֲשׂוֹת רֶמֶז לַדָּבָר, אוֹת כַּף שֶׁרוֹמֵז לִצְדָקָה שֶׁיִּתֵּן הָאָדָם מְלֹא כַּפּוֹ, שֶׁאִם תִּתְמַלֵּא אוֹת כַּף אָז בְּיֹושֶׁר תִּהְיֶה רָאשֵׁי תֵּיבוֹת כ יָנוּס פ יָזוּר, כְּלוֹמַר בִּשְׁעַת כִּינּוּס תַּעֲשֶׂה פִּיזּוּר, וּלְמַפְרֵעַ תִּהְיֶה רָאשֵׁי תֵּיבוֹת פ יָזוּר כ יָנוּס, רְצוֹנוֹ לוֹמַר בִּשְׁעַת פִּיזּוּר תַּעֲשֶׂה כִּינּוּס.
« Au temps de ceux qui rassemblent, disperse ; au temps de ceux qui dispersent, rassemble. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que cette parole vaut aussi pour la tsedaka. Il y a dans l'année des jours connus où les gens ont coutume de distribuer de l'argent aux pauvres, et il y a des jours où la bourse des gens est fermée et verrouillée à la tsedaka, où l'on ne donne rien aux pauvres et où ceux-ci meurent de faim. Le sage agira donc avec discernement : il distribuera la tsedaka qu'il lui revient de donner selon ses moyens au temps où les gens ne donnent rien ; et au temps où elle abonde, il la rassemblera et la gardera pour le moment du besoin. Il arriva qu'un homme veillait à distribuer de l'argent aux pauvres le dimanche, et le vendredi il ne donnait rien mais gardait la somme pour le dimanche, parce qu'il voyait que le vendredi beaucoup distribuent aux pauvres, tandis que le dimanche personne ne leur donne une pièce. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, d'en faire une allusion : la lettre kaf évoque la tsedaka que l'homme donne à pleine paume (kaf) ; si l'on écrit cette lettre en son plein — kaf, feh — alors, lue dans l'ordre, elle forme les initiales de kinous (rassemblement) et pizour (dispersion), c'est-à-dire : au temps du rassemblement, fais la dispersion ; et lue à rebours, elle forme les initiales de pizour et kinous, c'est-à-dire : au temps de la dispersion, fais le rassemblement.
וְאִם רָאִיתָ דּוֹר שֶׁהַתּוֹרָה חֲבִיבָה עָלָיו פַּזֵּר. נִרְאֶה לִי בס"ד אִם רָאִיתָ הַדּוֹר חֲבִיבָה עָלָיו הַתּוֹרָה, אִם כֵּן יִרְבּוּ הַתַּלְמִידִים מְאֹד וְאֵין מְלַמְּדִים כְּדֵי הַצֹּורֶךְ, אָז אַתָּה לֹא תֹּאמַר עֲדַיִין אֲנִי צָרִיךְ לִלְמֹוד וְאֵין לִי פְּנַאי לְלַמֵּד, אֶלָּא פַּזֵּר לְעֵת עַתָּה מַה שֶׁלָּמַדְתָּ וּמַה שֶׁיֵּשׁ בְּיָדְךָ, וּבָזֶה הַלִּימּוּד שֶׁאַתָּה מְלַמֵּד תִּתְחַכֵּם וְתוֹסִיף חָכְמָה, כמ"ש יֵשׁ מְפַזֵּר וְנוֹסָף, עוֹד כִּי אָמְרוּ וּמִתְלַמְּדֵי יוֹתֵר מִכֻּולָּם, וְאִם רָאִיתָ שֶׁאֵין חֲבִיבָה עָלָיו הַתּוֹרָה אִם כֵּן אֵין תַּלְמִידִים לְלַמֵּד, וּמְלַמְּדִים בְּטֵלִים כִּי אֵין לָהֶם תַּלְמִידִים, אָז אַתָּה כָּנַס מַה שֶׁיֵּשׁ בְּיָדְךָ וְלֹא תַּלְמוּד לַאֲחֵרִים, אֶלָּא תֵּלֵךְ וְתִלְמֹוד לְעַצְמְךָ מִן הַמְלַמְּדִים הַמֻּובְהָקִים שֶׁיֵּשׁ לָהֶם פְּנַאי לְלַמֶּדְךָ, וּבָזֶה יוּבָן גַּם כֵּן מ"ש זָלַת [הוּזְלָה הַסְּחוֹרָה] קִפּוּץ קְנֵה מִינָּהּ, פֵּירוּשׁ אִם תִּרְאֶה הַתּוֹרָה עוֹמֶדֶת בְּזוֹל אֵצֶל בְּנֵי אָדָם, שֶׁאֵין חֲבִיבָה לָהֶם לִלְמֹוד עַל כֵּן הַתַּלְמִידִים מוּעָטִים וְהַמְלַמְּדִים הֵם ת"ח שֶׁבַּדּוֹר הֵם פְּנוּיִים, וְאַתָּה קָפוּץ לִקְנוֹת בְּזֶה הַזְּמַן שֶׁתֵּלֵךְ אֵצֶל הַמְלַמְּדִים לִלְמֹוד מֵהֶם בְּהַרְווָחָה, כִּי אֵינָם טְרוּדִים לְלַמֵּד אֲחֵרִים. וְנִרְאֶה לִי רֶמֶז לַדָּבָר (תְּהִלִּים יב, ז) אִמֲרוֹת ה' אֲמָרוֹת טְהֹרוֹת כֶּסֶף צָרוּף בַּעֲלִיל לָאָרֶץ מְזֻקָּק שִׁבְעָתָיִם, מזק"ק רָאשֵׁי תֵּיבוֹת ז לָת ק פּוּץ ק נה מ נה. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד לְפָרֵשׁ 'זָלַת קִפּוּץ קְנֵה מִינָּהּ' עַל דֶּרֶךְ מִנְהָגוֹ שֶׁל אוֹתוֹ חָסִיד שֶׁהָיָה מִשְׁתַּדֵּל וּמִתְאַמֵּץ בְּיוֹתֵר לִקְבֹּועַ לְעַצְמוֹ לִימּוּד תּוֹרָה בְּעֶרֶב שַׁבָּת מֵחֲצוֹת הַיּוֹם עַד שָׁעָה עֲשָׂרָה וָחֵצִי, וְכֵן בְּכָל עֶרֶב יוֹם טוֹב וְכֵן בְּחוֹל הַמּוֹעֵד, כִּי אָמַר בְּיָמִים וְעִתִּים אֵלּוּ אֵין אָדָם פּוֹתֵחַ סֵפֶר וְהַתּוֹרָה בְּטֵילָה בָּהֶם לָכֵן אֲנִי אֲקַייְּמֶנָּה, וְלָזֶה אָמַר זָלַת קִפּוּץ קְנֵה מִינָּהּ דְּקָאֵי עַל עִתִּים יְדוּעִים שֶׁהָעוֹלָם טְרוּדִים וְאֵין מַשְׁגִּיחַ עַל עֵסֶק הַתּוֹרָה. אִי נָמֵי קָרוֹב לָזֶה קָאֵי עַל מַסֶּכֶת מוֹעֵד קָטָן וְכַיּוֹצֵא בָּהּ, שֶׁאֵין הָעוֹלָם רוֹדְפִים אַחַר לִימּוּדָה אַתָּה תְּשַׁדֵּל לִלְמֹוד אוֹתָהּ.
« Et si tu vois une génération pour laquelle la Torah est chère, disperse. » Il me semble, avec l'aide du Ciel : si tu vois que la Torah est chère à la génération, alors les élèves se multiplieront beaucoup et les maîtres ne suffiront pas au besoin ; en ce cas, ne dis pas « j'ai moi-même encore besoin d'apprendre et je n'ai pas le loisir d'enseigner », mais disperse pour l'heure ce que tu as appris et ce que tu tiens en main ; et par cet enseignement que tu donnes tu deviendras plus sage et tu ajouteras à ta sagesse, comme il est dit « tel disperse et voit s'ajouter encore », et comme ils ont dit « et de mes élèves plus que de tous ». Et si tu vois qu'elle ne lui est pas chère, il n'y a donc pas d'élèves à instruire, et les maîtres sont desœuvres faute d'élèves ; alors rassemble ce que tu as en main, n'enseigne pas aux autres, mais va étudier pour toi-même auprès des maîtres les plus accomplis, qui ont le loisir de t'enseigner. Par là se comprend aussi ce qui est dit « le prix a baissé — saisis l'occasion et achètes-en » : si tu vois la Torah à bas prix chez les gens, ne leur étant pas chère à étudier, de sorte que les élèves sont peu nombreux et que les maîtres, les talmidei hakhamim de la génération, sont libres, saisis l'occasion d'acheter en ce temps-là, en allant chez ces maîtres pour apprendre d'eux à l'aise, car ils ne sont pas accaparés par l'enseignement des autres. Et il me semble en trouver une allusion dans « les paroles de ה' sont des paroles pures, argent épuré au creuset sur la terre, affiné sept fois » : mezoukak (affiné) forme les initiales de zalt, kefots, kene, mina. D'une autre manière, il me semble, avec l'aide du Ciel, d'expliquer « zalt kefots kene mina » à la manière de cet homme pieux qui s'efforçait tout particulièrement de se fixer une étude de Torah la veille de chabbat, de midi jusqu'à dix heures et demie, et de même chaque veille de fête et pendant hol ha-moed ; car il disait : en ces jours et en ces temps, nul n'ouvre un livre et la Torah y est délaissée, c'est donc moi qui l'accomplirai. C'est en ce sens qu'il dit « zalt kefots kene mina », ce qui porte sur des temps connus où le monde est accaparé et où nul ne prête attention à l'étude de la Torah. Ou bien, dans un sens voisin, cela porte sur le traité Moed Katan et ses semblables, que le monde ne recherche pas pour l'étude : efforce-toi, toi, de les étudier.
💡 Explication

Hillel énonce une règle de conduite indexée sur l'état de la génération. Les deux verbes pazer (disperser, c'est-à-dire enseigner largement) et kenés (rassembler, c'est-à-dire garder pour soi) n'ont pas de valeur en eux-mêmes ; ils se décident par ce que font les autres et par la place que la Torah occupe alors.

Deux situations sont distinguées. Lorsque nul n'enseigne, il faut enseigner ; lorsque les grands enseignent déjà, se retirer relève de l'humilité. Et lorsque la Torah est méprisée, la retenir devient elle-même un service : c'est ici que joue la lecture inverse du verset, « ils ont annulé Ta Torah parce qu'il est temps d'agir pour Hachem ».

🖼️ Schéma
La règle de Hillel : quand disperser, quand rassembler PAZÉR - disperser, enseigner a. Les sages de la génération n'enseignent pas b. La Torah est chère à la génération Verset : "tel disperse et voit s'ajouter encore" KENÉS - rassembler, se retirer a. Les grands de la génération enseignent déjà b. La Torah n'est pas chère à la génération Verset : "il est temps d'agir pour Hachem" Raison du cas a Un vide doit être comblé : personne ne transmet. Raison du cas b La demande existe, l'offre ne suffit pas. Raison du cas a (Rachi) Ne pas prendre autorité sur eux - mesure d'humilité. Raison du cas b (Rachi) Ne pas livrer les paroles de Torah au mépris.
Deux situations pour chaque terme de la règle, et la raison propre à chacune.
11
דָּרַשׁ בַּר קַפָּרָא: זָלַת — קִבּוּץ קְנֵה מִינָּהּ, בַּאֲתַר דְּלֵית גָּבַר — תַּמָּן הָוֵי גְּבַר. אָמַר אַבַּיֵּי: שְׁמַע מִינָּה, בַּאֲתַר דְּאִית גְּבַר — תַּמָּן לָא תִּהְוֵי גְּבַר.

Bar Kappara enseigna : le prix a baissé — rassemble et achètes-en. Là où il n'y a pas d'homme, là sois un homme.

Abaye dit : apprends-en que là où il y a un homme, là ne sois pas un homme.

📜 Rachi (1)
הָכִי גָּרְסִינַן זָלַת קְבֹוץ קְנֵה מִינַּהּ אִם רָאִיתָ פְּרַקְמַטְיָא בְּזוֹל קִבּוּץ וְקָנָה מִינָּהּ וְאַסּוּף שֶׁסּוֹפָהּ לְהִתְיַקֵּר:
Telle est la leçon : « le prix a baissé, rassemble et achètes-en » — si tu vois une marchandise à bas prix, rassemble et achètes-en, et amasse, car elle finira par renchérir.
🪔 Ben Yehoyada (1)
בַּאֲתַר דְּלֵית גְּבַר תַּמָּן הֱוֵי גְּבַר. י"ל תֵּיבַת תַּמָּן הוּא יִתּוּר לָשׁוֹן? וְנִרְאֶה לִי בס"ד אֲפִילּוּ אִם הוּא בְּעַצְמוֹ גֶּבֶר בְּגֻובְרִין וְרָאוּי וְשָׁלֵם, אַךְ לְפִי הַמָּקוֹם אֵינוֹ רָאוּי הֵן מֵחֲמַת רִבּוּיִים הֵן מֵחֲמַת מִזְגָּם דְּקָשֶׁה וְאֵין מֶזֶג יוּכַל לְהִתְעָרֵב עִם מִזְגָּם הֲרֵי זֶה כְּאִלּוּ לֵיכָּא גְּבַר וְתֶהֱוֵי אַתְּ גְּבַר. אִי נָמֵי רְצוֹנוֹ לוֹמַר דַּוְקָא אִם הוּא מֵאַנְשֵׁי הַמָּקוֹם יִהְיֶה הוּא עִיקָּר, אֲבָל אִם זֶה הוּא גַּם כֵּן נָכְרִי שָׁם אֵין לוֹ קְדִימָה עָלֶיךָ.
« Là où il n'y a pas d'homme, là sois un homme. » On peut demander : le mot « là » n'est-il pas superflu ? Il me semble, avec l'aide du Ciel : même si celui qui est présent est lui-même un homme entre les hommes, digne et accompli, mais que, selon le lieu, il n'y est pas propre — soit à cause du nombre des gens, soit à cause de leur tempérament, qui est dur et auquel aucun tempérament ne peut s'accorder — c'est comme s'il n'y avait pas d'homme, et toi, sois un homme. Ou bien il veut dire : seulement s'il est des gens du lieu, c'est lui qui aura la préséance ; mais s'il y est lui aussi étranger, il n'a pas de préséance sur toi.
💡 Explication

Deux maximes se suivent, unies par la même logique d'occasion. La première porte sur le commerce : acheter quand le prix a baissé. La seconde la transpose à la responsabilité publique — là où personne ne tient un rôle, tiens-le.

Abaye tire de la formulation positive son revers : là où quelqu'un tient déjà ce rôle, s'abstenir. Le Ben Yehoyada s'arrête sur le mot tamane (là) et le lit comme une précision de lieu : un homme peut être pleinement qualifié en lui-même et sans prise sur ce lieu-ci.

12
פְּשִׁיטָא! לֹא נִצְרְכָה אֶלָּא בְּשֶׁשְּׁנֵיהֶם שָׁוִין.

Cela va de soi ! On n'en avait besoin que dans le cas où les deux sont égaux.

📜 Rachi (2)
פְּשִׁיטָא הָא דְּאַבַּיֵּי לָמָּה לִי פְּשִׁיטָא שֶׁלֹּא יוֹרֶה אָדָם הֲלָכָה בִּפְנֵי רַבּוֹ לָמָּה לֵיהּ לְאַבַּיֵּי לְמִשְׁמַע מִכְּלָלָא:
« Cela va de soi » : à quoi bon la parole d'Abaye ? Il va de soi qu'un homme ne tranche pas une halakha devant son maître ; pourquoi Abaye devait-il l'apprendre par implication ?
בְּשֶׁשְּׁנֵיהֶן שָׁוִין אִם בָּאתָ בִּמְקוֹם תַּלְמִיד חָכָם וְאִינָךְ גָּדוֹל מִמֶּנּוּ אַל תִּטֹּול עֲטָרָה לִדְרֹושׁ בִּמְקוֹמוֹ:
« Lorsque les deux sont égaux » : si tu viens en un lieu où se trouve un talmid 'hakham et que tu ne lui es pas supérieur, ne prends pas la couronne de prêcher à sa place.
💡 Explication

L'objection porte sur l'utilité de la déduction d'Abaye : s'effacer devant un maître est une règle connue. La réponse déplace le cas : il s'agit de deux hommes égaux, où aucun rapport de maître à disciple ne tranche.

La règle obtenue est alors une règle de préséance : celui qui occupe déjà la place la garde, et le nouvel arrivant de même rang s'abstient.

13
דָּרַשׁ בַּר קַפָּרָא: אֵיזוֹהִי פָּרָשָׁה קְטַנָּה שֶׁכָּל גּוּפֵי תוֹרָה תְּלוּיִין בָּהּ — ״בְּכָל דְּרָכֶיךָ דָעֵהוּ וְהוּא יְיַשֵּׁר אֹרְחֹתֶיךָ״. אָמַר רָבָא: אֲפִילּוּ לִדְבַר עֲבֵירָה.

Bar Kappara enseigna : quelle est la courte section dont dépendent tous les corps de la Torah ? « Dans toutes tes voies connais-Le, et Il aplanira tes sentiers. » Rava dit : même pour une chose de transgression.

📜 Rachi (2)
בְּכָל דְּרָכֶיךָ אֲפִילּוּ לַעֲבֹור עֲבֵירָה:
« Dans toutes tes voies » : même pour commettre une transgression.
דָּעֵהוּ תֵּן לֵב אִם צֹורֶךְ מִצְוָה הוּא כְּגוֹן אֵלִיָּהוּ בְּהַר הַכַּרְמֶל עֲבוֹר עָלֶיהָ:
« Connais-Le » : applique ton cœur à savoir s'il s'agit d'un besoin de mitsva — comme Eliyahou au mont Carmel — et alors transgresse-la.
🪔 Ben Yehoyada (1)
בְּכָל דְּרָכֶיךָ דָעֵהוּ וְהוּא יְיַשֵּׁר אֹרְחֹתֶיךָ אָמַר רָבָא אֲפִלּוּ לִדְבַר עֲבֵרָה. עַיֵּין פֵּירוּשׁ רָשִׁ"י זַ"ל [בְּכָל דְּרָכֶיךָ, אֲפִילּוּ לַעֲבֹור עֲבֵירָה. דָּעֵהוּ, תֵּן לֵב אִם צֹורֶךְ מִצְוָה הוּא כְּגוֹן אֵלִיָּהוּ בְּהַר הַכַּרְמֶל עֲבוּר עָלֶיהָ] , וּלְפִי דְּבָרָיו קָשֶׁה לְהָבִין מַה שֶׁאָמַר אַחַר כָּךְ הַייְנוּ דְּאָמְרִי אִינָשֵׁי וְכוּ'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד מ"ש (מִשְׁלֵי ג' ו') בְּכָל דְּרָכֶיךָ דָּעֵהוּ, הַכַּוָּנָה שֶׁיַּאֲמִין כָּל מַה שֶׁנַּעֲשָׂה בָּעוֹלָם הַזֶּה אֵינוֹ מִקְרֶה הַמָּסוּר לְטֶבַע, אֶלָּא הַכֹּל נַעֲשֶׂה בְּהַשְׁגָּחָתוֹ יִתְבָּרֵךְ וְהוּא הַמַּשְׁגִּיחַ וְהוּא נוֹתֵן חַיּוּת בְּכָל רֶגַע לְכָל הַנִּבְרָאִים 'מִקַּרְנֵי רֵאמִים וְעַד בֵּיצֵי כִּינִּים' וא"ד אֲפִילּוּ לִדְבַר עֲבֵירָה, כְּלוֹמַר אֲפִילּוּ כְּשֶׁעָשָׂה עֲבֵירָה יִזְכֹּור דָּבָר זֶה שֶׁכּוֹחוֹ וְחַיּוּתוֹ בְּאוֹתָהּ רֶגַע בָּא לוֹ בְּהַשְׁגָּחָתוֹ יִתְבָּרֵךְ, וְזֶה יוֹעִיל לוֹ אוּלַי יֵבוֹשׁ וִיכַלֵּם מִקּוֹנוֹ יִתְבָּרֵךְ וְיִפְרֹושׁ, וַאֲפִילּוּ אִם גָּבְרָה תַּאֲוָתוֹ וְלֹא פֵּירֵשׁ תּוֹעִיל לוֹ אֱמוּנָה וְזִכָּרוֹן הַזֶּה שֶׁיִּתְחָרֵט אַחַר כָּךְ תֵּכֶף, וּלְפִי זֶה מוּבָן שַׁפִּיר מַאי דְּמַיְיתֵי אח"ז הַייְנוּ דְּאָמְרִי אִינָשֵׁי וְכוּ'.
« Dans toutes tes voies connais-Le, et Il aplanira tes sentiers. Rava dit : même pour une chose de transgression. » Vois l'explication de Rachi, de mémoire bénie : « dans toutes tes voies » — même pour commettre une transgression ; « connais-Le » — applique ton cœur, s'il s'agit d'un besoin de mitsva, comme Eliyahou au mont Carmel, transgresse-la. Selon ses paroles, il est difficile de comprendre ce qui est dit ensuite : « c'est ce que les gens disent, etc. ». Il me semble, avec l'aide du Ciel, que « dans toutes tes voies connais-Le » veut dire ceci : que l'homme croie que tout ce qui se fait en ce monde n'est pas un hasard remis à la nature, mais que tout se fait par Sa providence, bénie soit-elle, qu'Il veille et donne la vie à chaque instant à toutes les créatures, depuis les cornes des réems jusqu'aux œufs des poux. Et l'on dit : même pour une chose de transgression — c'est-à-dire que même lorsqu'il a commis une transgression, qu'il se souvienne que sa force et sa vie, à cet instant même, lui viennent de Sa providence, bénie soit-elle. Cela lui servira : peut-être aura-t-il honte devant son Créateur, béni soit-Il, et se retirera-t-il ; et même si son désir l'emporte et qu'il ne se retire pas, cette foi et ce souvenir lui serviront à se repentir aussitôt après. Selon cela se comprend bien ce que l'on apporte ensuite : « c'est ce que les gens disent, etc. ».
💡 Explication

Bar Kappara cherche la formule la plus courte qui porte l'ensemble : « dans toutes tes voies connais-Le ». L'expression toutes tes voies couvre les actes ordinaires, hors du domaine des mitsvot proprement dites.

Rava en étend la portée jusqu'à la transgression. Rachi comprend l'extension au sens actif : lorsque l'heure exige une transgression au service d'une mitsva, comme Eliyahou au Carmel, cette conduite entre elle aussi dans « connais-Le ». Le Ben Yehoyada en propose une autre lecture, portant sur la hachgaha : même dans la faute, se souvenir que la force qui permet d'agir vient d'en haut.

14
דָּרַשׁ בַּר קַפָּרָא: לְעוֹלָם יְלַמֵּד אָדָם אֶת בְּנוֹ אֻומָּנוּת נְקִיָּה וְקַלָּה. מַה הִיא? אָמַר רַב חִסְדָּא: מְחַטֵּא דְּתַלְמִיּוּתָא.

Bar Kappara enseigna : qu'un homme enseigne toujours à son fils un métier propre et facile. Lequel est-ce ?

Rav Hisda dit : l'aiguille des sillons.

📜 Rachi (1)
מְחַטֵּא דְּתַלְמִיּוּתָא ברושי"ד שלגבויי"ש שֶׁהִתְפִּירוּ' עֲשׂוּיוֹת שׁוּרוֹת שׁוּרוֹת כְּתַלְמֵי מַעֲנֶה:
« L'aiguille des sillons » : broshid chelgabouyich [en langue vulgaire], car les coutures sont faites en rangées et rangées, comme les sillons d'un labour.
🪔 Ben Yehoyada (2)
לְעוֹלָם יְלַמֵּד אָדָם אֶת בְּנוֹ אֻמָּנוּת נְקִיָּה וְקַלָּה. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מַאי מַרְבֶּה בְּתֵיבַת לְעוֹלָם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל דֶּרֶךְ הַמַּעֲשֶׂה בְּעָשִׁיר אֶחָד שֶׁהָיָה לוֹ בֵּן יָחִיד, וּכְשֶׁהָיָה בֶּן י"ח שָׁנָה קֹודֶם שֶׁנָּשָׂא אִשָּׁה רָצָה אָבִיו לְלַמְּדוֹ מְלָאכָה, וּבָחַר בִּמְלֶאכֶת הַצּוֹרֵף, וְהֵבִיא לוֹ לְבֵיתוֹ צוֹרֵף אֶחָד אֻומָּן גָּדוֹל אֲשֶׁר מְלַאכְתּוֹ שָׁוָה פִּי שְׁלֹשָׁה עַל שְׁאָר צוֹרְפִין לְרֹוב יָופְיָהּ, וְהַבֵּן לֹא רָצָה לְלַמֵּד מִפְּנֵי הַטֹּורַח, וְיֹאמַר לְאָבִיו וְכִי לִמְלָאכָה זוֹ אֲנִי צָרִיךְ הֲלֹא יֵשׁ בְּבָתֵּינוּ עֹושֶׁר גָּדוֹל וְיֵשׁ כַּמָּה בְּנֵי אָדָם נִזּוֹנִים בְּחִינָּם, וּמַה לִי לַצָּרָה הַזֹּאת לְהַטְרִיחַ עַצְמִי בְּלִימּוּד הַמְּלָאכָה הַקָּשָׁה הַזֹּאת, א"ל אָבִיו בְּנִי כָּךְ הוּא רְצוֹנִי וְדַעְתִּי שֶׁתַּלְמוּד מְלָאכָה, וַיְמָאֵן הַבֵּן וְהֻוכְרַח אָבִיו לְשַׁחֵד אוֹתוֹ בְּמָמוֹן וְיִתֵּן לוֹ בְּעַד כָּל יוֹם חֲמִשָּׁה זְהוּבִים כְּדֵי שֶׁיֵּשֵׁב וְיִלְמֹוד, וְהוֹאִיל וְזֶה הָאֻומָּן יוֹדִיעַ בָּזֶה הַמְּלָאכָה חָכְמָה גְּדוֹלָה הֻוצְרַךְ לַעֲסֹוק בָּהּ עִם הַבֵּן שָׁנָה אַחַת עַד שֶׁלָּמַד אוֹתָהּ בְּכָל הַצֹּורֶךְ, וּבְאוֹתָם הַיָּמִים שֶׁהָיָה הָאָב נוֹתֵן לִבְנוֹ חֲמִשָּׁה דִּינָרִים לְיוֹם, וּלְאֻומָּן שְׁנֵי דְּנֵרֵי זָהָב בְּכָל יוֹם, הָיָה הַבֵּן אוֹמֵר בִּלְבָבוֹ כִּי אָבִיו שׁוֹטֶה הוּא בָּזֶה הַדָּבָר לְפַזֵּר מָמוֹן זֶה בִּשְׁבִיל הַמְּלָאכָה בְּחִינָּם מֵאַחַר שֶׁאֵין לוֹ צֹורֶךְ בָּהּ, אַחַר כָּךְ הִשִּׂיאוּ אָבִיו אִשָּׁה, וְאַחַר כָּךְ נִפְטַר אָבִיו, וְיִכָּנֵס הַבֵּן לְאוֹצַר הַמָּמוֹן שֶׁל אָבִיו וְיִפְתַּח הַתֵּיבוֹת הַמְּלֵאִים צְרוֹרוֹת זְהוּבִים וִיסִירֵם מִשָּׁם וִיבִיאֵם אֶל חֶדֶר שֶׁלּוֹ וְאִשְׁתּוֹ הָיְתָה עִמּוֹ בְּכָל זֹאת, אַחַר שָׁנִים אָבַד הָעֹושֶׁר כֻּולּוֹ מִיַּד הַבֵּן, וְגַם מִטַּלְטְלָיו מָכַר וְנִשְׁאַר הוּא וְאִשְׁתּוֹ וּבָנָיו בְּחֹוסֶר כֹּל, וְיַזְכִּיר הַבֵּן אֲשֶׁר אָבִיו לָמְדוּ מְלָאכָה הַנִּזְכֶּרֶת וְהַכֵּלִים שֶׁל הַמְּלָאכָה הָיוּ מֻונָּחִים בְּחֶדֶר אֶחָד, וְיִפְתַּח הַבֵּן הַחֶדֶר וְיוֹצִיא אֶת הַכֵּלִים בְּשִׂמְחָה גְּדוֹלָה כִּי בָּהֶם יִתְפַּרְנֵס עַתָּה בְּרִיוַּח, וּכְשֶׁהוֹצִיא הַכֵּלִים בֵּירַךְ אֶת אָבִיו וְיֹאמַר תִּהְיֶה מְנוּחָתוֹ כָּבוֹד וְנִמְּשַׁתּוּ בִּצְרוֹר הַחַיִּים, וְאִשְׁתּוֹ הָיְתָה גַּם כֵּן עִמּוֹ וְשָׁמְעָה דְּבָרָיו, אַחַר כָּךְ יָשַׁב וְעָסַק בִּמְלָאכָה וּבְכָל פַּעַם שֶׁמַּכֶּה בְּפַטִּישׁ עַל הַסַּדָּן הָיָה אוֹמֵר עַל אָבִיו מְנוּחָתוֹ כָּבוֹד, וְתִהְיֶה נִשְׁמָתוֹ צְרוּרָה בִּצְרוֹר הַחַיִּים, בְּגַן עֵדֶן וְאִשְׁתּוֹ שׁוֹמַעַת כָּל זֶה. וְהִנֵּה יוֹם אֶחָד אָמְרָה לוֹ אִשְׁתּוֹ פְּלִיאָה גְּדוֹלָה יֵשׁ לִי עָלֶיךָ, הֲלֹא בְּעֵת שֶׁנִּכְנֶסֶת לְאוֹצַר הַמָּמוֹן שֶׁהוֹרִישׁ לְךָ אָבִיךָ וְלָקַחְתָּ הַמָּמוֹן הָרַב הַהוּא, הָיִיתִי אֲנִי עִמְּךָ וְלֹא שָׁמַעְתִּי שֶׁבִּרְכַּת אֶת אָבִיךָ, וְעַתָּה בְּעֵת אֲשֶׁר לָקַחְתָּ כֵּלִים שֶׁל הֶעָמָל וִיגִיעָה הָאֵלֶּה מִן הַחֶדֶר בִּרְכַּת לְאָבִיךָ, וּבְכָל עֵת שֶׁאַתָּה עוֹסֵק בָּהֶם וְיַגִּיעַ אַתָּה מְבָרֵךְ לְאָבִיךָ, מַה זֶּה וְעַל מַה זֶּה, אָמַר לָהּ כְּשֶׁהָיִיתִי קָטָן בְּשָׁנִים בָּא אָבִי לְלַמְּדֵנִי מְלָאכָה זוֹ מֵאֻומָּן חָשׁוּב, וְסֵרַבְתִּי וְהֻוכְרַח לְפַזֵּר מָמוֹן הַרְבֵּה וּלְשַׁחֵד אוֹתִי בְּמָמוֹן עַד שֶׁלָּמַדְתִּי, וּבְכָל יוֹם הָיִיתִי חוֹשֵׁב בְּלִבִּי שֶׁשְּׁטוּת הָיְתָה בּוֹ בַּדָּבָר זֶה דִּלְמַאי אִצְטְרִיךְ לִי אֻומָּנוּת זוֹ, וְעַתָּה שֶׁנֶּהְפַּךְ הַגַּלְגַּל וְכָל אוֹתוֹ הַמָּמוֹן שֶׁהִנִּיחַ הָלַךְ לוֹ וְלֹא נִשְׁאַר דָּבָר וְסִיבָּה לְהִתְפַּרְנֵס מִמֶּנָּה כִּי אִם רַק מְלָאכָה זוֹ אֲשֶׁר לַמְּדֵנִי אָבִי בְּעַל כָּרְחִי, הִנֵּה לְעֵת עַתָּה יָדַעְתִּי שֶׁאָבִי חָכָם הָיָה וְטוֹבָה גְּדוֹלָה עָשָׂה עִמִּי בְּלִימּוּד הַמְּלָאכָה, כִּי זוֹ הִיא תַּעֲמֹוד לָנֶצַח קֶרֶן קַייָּם לְהִתְפַּרְנֵס מִמֶּנָּה, וְלוּלֵי הִיא הֱיִיתֶם מֵתִים בָּרָעָב כֻּולְּכֶם, עַל כֵּן אֲנִי מַזְכִּירוֹ לְשֶׁבַח וּמְבָרֵךְ אוֹתוֹ וּמְכַבְּדוֹ בִּדְבָרִים תְּמוּרַת מַה שֶׁהָיִיתִי מְבַזֵּהוּ בִּלְבָבִי בְּעֵת שֶׁלָּמַדְתִּי הָאֻומָּנוּת, בְּחָשְׁבִי דָּבָר זֶה לִשְׁטוּת חָס וְחָלִילָה! עַד כָּאן. וּבָזֶה יוּבָן דִּבְרֵי בַּר קַפָּרָא לְעוֹלָם יְלַמֵּד אָדָם אֶת בְּנוֹ אֻומָּנוּת וְכוּ', פֵּירוּשׁ אֲפִילּוּ אִם רוֹאֶה שֶׁיֵּשׁ לוֹ עֹושֶׁר רַב אֲשֶׁר יוּכַל לְפַרְנֵס מֵאָה בְּנֵי אָדָם בְּכָל יוֹם מִן הָעֹושֶׁר שֶׁלּוֹ, לֹא יִסְמֹוךְ עַל עָושְׁרוֹ אֶלָּא יְלַמְּדֵהוּ אֻומָּנוּת, אוּלַי יִצְטָרֵךְ לָהּ בְּאֵיזֶה זְמַן וּכְמוֹ עִנְיַן הַמַּעֲשֶׂה הַנִּזְכָּר.
« Qu'un homme enseigne toujours à son fils un métier propre et facile. » On peut demander : qu'ajoute le mot « toujours » ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on le comprendra à la manière de ce qui arriva à un homme riche qui avait un fils unique. Lorsque celui-ci eut dix-huit ans, avant qu'il ne prenne femme, son père voulut lui faire apprendre un métier et choisit celui d'orfèvre. Il fit venir chez lui un orfèvre, grand artisan, dont l'ouvrage valait trois fois celui des autres orfèvres tant il était beau. Le fils ne voulut pas apprendre, à cause de la peine, et dit à son père : ai-je donc besoin de ce métier ? N'y a-t-il pas dans notre maison une grande richesse, et plusieurs personnes ne s'y nourrissent-elles pas gratuitement ? Qu'ai-je à faire de ce tourment, me fatiguer à apprendre ce métier difficile ? Son père lui dit : mon fils, telle est ma volonté et mon avis, que tu apprennes un métier. Le fils refusa, et le père fut contraint de l'acheter à prix d'argent : il lui donnait cinq pièces d'or par jour pour qu'il s'assoie et apprenne. Et comme cet artisan possédait dans ce métier un grand savoir, il dut s'y employer avec le fils une année entière, jusqu'à ce que celui-ci l'eût appris comme il faut. Durant ces jours, où le père donnait à son fils cinq deniers par jour et à l'artisan deux deniers d'or chaque jour, le fils se disait en son cœur que son père était insensé de dissiper cet argent pour un métier dont il n'avait aucun besoin. Ensuite son père le maria, puis mourut. Le fils entra dans le trésor de son père, ouvrit les coffres pleins de bourses de pièces d'or, les en retira et les porta dans sa chambre — sa femme était avec lui en tout cela. Après quelques années, toute la richesse fut perdue de la main du fils ; il vendit aussi ses biens meubles, et il resta, lui, sa femme et ses enfants, dans le dénuement total. Le fils se souvint alors que son père lui avait fait apprendre ce métier, et que les outils du métier étaient déposés dans une chambre. Il ouvrit la chambre, en sortit les outils avec une grande joie, car par eux il allait désormais gagner largement sa vie ; et en les sortant il bénit son père et dit : que son repos soit glorieux et que son âme soit liée dans le faisceau de la vie. Sa femme était là aussi et entendit ses paroles. Ensuite il s'assit et travailla, et chaque fois qu'il frappait du marteau sur l'enclume il disait de son père : que son repos soit glorieux et que son âme soit liée dans le faisceau de la vie, au gan éden — et sa femme entendait tout cela. Or un jour sa femme lui dit : j'ai contre toi un grand étonnement. Lorsque tu es entré dans le trésor que ton père t'avait laissé et que tu as pris cette grande fortune, j'étais avec toi et je ne t'ai pas entendu bénir ton père ; et maintenant, lorsque tu as pris de la chambre ces outils de peine et de fatigue, tu as béni ton père, et chaque fois que tu t'en sers et que tu peines, tu le bénis : qu'est-ce que cela, et pourquoi ? Il lui dit : lorsque j'étais jeune, mon père vint me faire apprendre ce métier auprès d'un artisan considéré ; j'ai refusé, et il fut contraint de dissiper beaucoup d'argent et de m'acheter à prix d'argent jusqu'à ce que j'apprenne ; et chaque jour je pensais en mon cœur qu'il y avait là de sa part une sottise, car à quoi ce métier m'était-il nécessaire. Maintenant que la roue a tourné, que tout cet argent qu'il a laissé s'en est allé, qu'il n'est rien resté et qu'il n'y a d'autre moyen de subsistance que ce seul métier que mon père m'a fait apprendre malgré moi — voici que je sais désormais que mon père était sage et qu'il m'a fait un grand bien en me faisant apprendre ce métier, car c'est lui qui demeurera à jamais un capital permanent dont je vivrai ; et sans lui vous seriez tous morts de faim. C'est pourquoi je le mentionne en bien, je le bénis et je l'honore par mes paroles, en échange de ce que je le méprisais en mon cœur au temps où j'apprenais le métier, tenant la chose pour une sottise, à D.ieu ne plaise. Jusqu'ici. Par là se comprennent les paroles de Bar Kappara : « qu'un homme enseigne toujours à son fils un métier, etc. » — c'est-à-dire, même s'il voit qu'il possède une grande richesse, de quoi nourrir cent personnes chaque jour, qu'il ne se fie pas à sa richesse mais lui enseigne un métier, car peut-être en aura-t-il besoin en quelque temps, comme dans l'histoire rapportée.
מַה הִיא אָמַר רַב חִסְדָּא מַחְטָא דְתַלְמִיּוּתָא. נִרְאֶה לִי הַכַּוָּנָה דַּרְכָּם הָיָה אַחַר שֶׁתּוֹפְרִים הַבֶּגֶד בִּשְׁלֵימוּת עוֹשִׂים בּוֹ תְּפִירוֹת קְטַנּוֹת עֲשׂוּיוֹת שׁוּרוֹת שׁוּרוֹת הַרְבֵּה, וְעוֹשִׂין בְּתַפָּרוּת אֵלּוּ מַעֲשֵׂה צִיּוּר לִנְאַת הַבֶּגֶד, וְעַד עַתָּה יִמְצָא כָּזֹאת בִּמְקוֹמוֹת אֵלּוּ, וְזוֹ הַמְּלָאכָה נְקִיָּה מִן הַגֶּזֶל כִּי אֵין בָּהּ שִׁיּוּרִים שֶׁל חֲתִיכוֹת בֶּגֶד כַּאֲשֶׁר נִמְצָא אֵצֶל הַתּוֹפֵר, וְגַם קַלָּה עַל הָעוֹסֵק בָּהּ.
« Lequel est-ce ? Rav Hisda dit : l'aiguille des sillons. » Il me semble que l'intention est celle-ci : leur usage était, après avoir cousu le vêtement en entier, d'y faire de petites coutures disposées en rangées nombreuses, et de composer de ces coutures un motif ornemental pour l'embellissement du vêtement — on trouve encore cela aujourd'hui dans ces contrées. Ce métier est net de vol, car il n'y reste pas de chutes de tissu comme il s'en trouve chez le tailleur ; et il est aussi facile pour celui qui l'exerce.
💡 Explication

Le critère du bon métier tient en deux mots : naki (propre) et kal (facile). Le Ben Yehoyada précise le premier au sens moral — un métier qui ne laisse pas de chutes de matière appartenant au client, donc sans occasion de vol.

Il lit également le mot le-olam (toujours) comme une insistance : la règle vaut même pour le fils d'un homme riche, et il l'illustre par un long récit où la fortune disparaît et où seul le métier appris de force subsiste.

15
תַּנְיָא, רַבִּי אוֹמֵר: לְעוֹלָם אַל יַרְבֶּה אָדָם רֵעִים בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אִישׁ רֵעִים לְהִתְרוֹעֵעַ״.

Il a été enseigné : Rabbi dit : qu'un homme ne multiplie jamais les amis dans sa maison, car il est dit « un homme aux nombreux compagnons finit par se briser ».

📜 Rachi (1)
לְהִתְרוֹעֵעַ לְהִתְרוֹצֵץ:
« Lehitroea » : pour se heurter.
🪔 Ben Yehoyada (1)
לְעוֹלָם אַל יַרְבֶּה אָדָם רֵעִים בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ. נִרְאֶה לִי בס"ד בֵּין רָעִים לָרָעִים לֹא יֵשׁ הֶפְרֵשׁ בְּאוֹתִיּוֹת כִּי אִם רַק בְּנִיקּוּד, זֶה צר"י וְזֶה קמ"ץ, וְאִם כֵּן בְּנָקֵל יִהְיוּ הָרָעִים בצר"י רָעִים בקמ"ץ, וּלְכָךְ צָרִיךְ לְהִזָּהֵר בְּיוֹתֵר.
« Qu'un homme ne multiplie jamais les amis dans sa maison. » Il me semble, avec l'aide du Ciel : entre réim (amis) et raïm (mauvais) il n'y a aucune différence de lettres, seulement de vocalisation, l'un avec un tsere et l'autre avec un kamats ; il est donc facile que les réim deviennent des raïm, et il faut pour cela prendre garde plus que tout.
💡 Explication

La baraita porte sur la familiarité excessive dans la maison. Rachi rattache lehitroéa à la racine du heurt : la fréquentation trop étroite produit la querelle.

Le Ben Yehoyada appuie la leçon sur l'écriture : les mêmes consonnes portent « amis » et « mauvais », le passage de l'un à l'autre ne tenant qu'à la vocalisation.

16
תַּנְיָא, רַבִּי אוֹמֵר: אַל יְמַנֶּה אָדָם אַפֹּטְרוֹפּוֹס בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ, שֶׁאִלְמָלֵי לֹא מִינָּה פּוֹטִיפַר אֶת יוֹסֵף אַפֹּטְרוֹפּוֹס בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ — לֹא בָּא לְאוֹתוֹ דָּבָר.

Il a été enseigné : Rabbi dit : qu'un homme ne nomme pas d'intendant (apotropos) dans sa maison, car si Potiphar n'avait pas nommé Yossef intendant dans sa maison, il ne serait pas venu à cette affaire.

📜 Rachi (1)
אַפּוֹטְרוֹפּוֹס מַכְנִיס וּמוֹצִיא נְכָסָיו:
« Apotropos » : celui qui fait entrer et sortir ses biens.
💡 Explication

La règle vise la délégation totale de la gestion domestique à un tiers. Rachi définit la fonction : celui qui a la disposition des biens, entrées et sorties.

La preuve est prise dans le récit de Yossef : c'est la position d'apotropos dans la maison, avec l'accès et la liberté de mouvement qu'elle donne, qui a rendu possible l'épisode qui suivit.

17
תַּנְיָא, רַבִּי אוֹמֵר: לָמָּה נִסְמְכָה פָּרָשַׁת נָזִיר לְפָרָשַׁת סוֹטָה — לוֹמַר לָךְ שֶׁכָּל הָרוֹאֶה סוֹטָה בְּקִלְקוּלָהּ יַזִּיר עַצְמוֹ מִן הַיַּיִן.

Il a été enseigné : Rabbi dit : pourquoi la section du nazir a-t-elle été placée à côté de la section de la sota ? Pour te dire que quiconque voit une sota dans sa dégradation doit se faire nazir du vin.

💡 Explication

Le procédé est celui de la semikhout parachiot : deux sections voisines dans le texte de la Torah s'éclairent l'une l'autre. Ici, le nazir suit la sota au chapitre 6 des Nombres.

La leçon tirée porte sur le témoin plutôt que sur la femme : celui qui a vu de ses yeux ou mené l'ivresse s'impose à lui-même l'abstention du vin. Ce même procédé sert au segment suivant, qui remonte d'un cran vers les teroumot.

18
אָמַר חִזְקִיָּה בְּרֵיהּ דְּרַבִּי פַּרְנָךְ אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: לָמָּה נִסְמְכָה פָּרָשַׁת סוֹטָה לְפָרָשַׁת תְּרוּמוֹת וּמַעַשְׂרוֹת — לוֹמַר לְךָ: כֹּל שֶׁיֵּשׁ לוֹ תְּרוּמוֹת וּמַעַשְׂרוֹת וְאֵינוֹ נוֹתְנָן לַכֹּהֵן, סוֹף נִצְרָךְ לַכֹּהֵן עַל יְדֵי אִשְׁתּוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְאִישׁ אֶת קֳדָשָׁיו לוֹ יִהְיוּ״, וּסְמִיךְ לֵיהּ ״אִישׁ אִישׁ כִּי תִשְׂטֶה אִשְׁתּוֹ״, וּכְתִיב ״וְהֵבִיא הָאִישׁ אֶת אִשְׁתּוֹ״ וְגוֹ׳. וְלֹא עוֹד אֶלָּא סוֹף שֶׁנִּצְרָךְ לָהֶן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְאִישׁ אֶת קֳדָשָׁיו לוֹ יִהְיוּ״.

Hizkiya, fils de Rabbi Parnakh, dit au nom de Rabbi Yo'hanan : pourquoi la section de la sota a-t-elle été placée à côté de la section des teroumot et des maasrot ? Pour te dire : quiconque possède des teroumot et des maasrot et ne les donne pas au cohen finit par avoir besoin du cohen par le moyen de sa femme, car il est dit « et les choses saintes de chacun seront à lui », et à côté de cela « tout homme dont la femme se dévoie », et il est écrit « et l'homme amènera sa femme etc. ».

Et bien plus : il finit par en avoir lui-même besoin, car il est dit « et les choses saintes de chacun seront à lui ».

📜 Rachi (5)
כֹּל שֶׁיֵּשׁ לוֹ תְּרוּמוֹת וּמַעַשְׂרוֹת וְאֵינוֹ נוֹתְנָן לַכֹּהֵן סוֹף שֶׁנִּצְרָךְ לוֹ עַל יְדֵי אִשְׁתּוֹ שֶׁנַּעֲשֵׂית סוֹטָה:
« Quiconque possède des teroumot et des maasrot et ne les donne pas au cohen finit par avoir besoin de lui par le moyen de sa femme » : car elle devient sota.
ה"ג וְאִישׁ אֶת קֳדָשָׁיו לוֹ יִהְיוּ וּסְמִיךְ לֵיהּ אִישׁ אִישׁ כִּי תִּשְׂטֶה אִשְׁתּוֹ וּכְתִיב וְהֵבִיא הָאִישׁ אֶת אִשְׁתּוֹ:
Telle est la leçon : « et les choses saintes de chacun seront à lui », et à côté de cela « tout homme dont la femme se dévoie », et il est écrit « et l'homme amènera sa femme ».
אִישׁ אֶת קֳדָשָׁיו לוֹ יִהְיוּ שֶׁמְּעַכֵּב קָדָשָׁיו אֶצְלוֹ וְאֵינוֹ נוֹתְנָן לַכֹּהֲנִים וְלַלְּוִיִּם:
« Et les choses saintes de chacun seront à lui » : car il retient ses choses saintes chez lui et ne les donne ni aux cohanim ni aux leviim.
סוֹף שֶׁנִּצְרָךְ לָהֶן שֶׁנַּעֲשָׂה עָנִי וְצָרִיךְ לְכָךְ לִיטֹּול מַעְשַׂר עָנִי:
« Il finit par en avoir besoin » : car il devient pauvre et doit donc prendre du maaser ani.
לוֹ יִהְיוּ לְעַצְמוֹ יִצְטָרְכוּ:
« Seront à lui » : elles lui deviendront nécessaires à lui-même.
🪔 Ben Yehoyada (1)
לְסוֹף נִצְרָךְ לַכֹּהֵן עַל יְדֵי אִשְׁתּוֹ. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מַאי מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה יֵשׁ בָּזֶה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהָכָא לָאו בְּגוֹזֵל תְּרוּמוֹת וּמַעַשְׂרוֹת אַיְירֵי, כִּי הַגּוֹזֵל עָנְשׁוֹ רַב מְאֹד, אַךְ אַייְרֵי בְּמַפְרִישׁ תְּרוּמוֹת וּמַעַשְׂרוֹת וּמְנַחֵם אֶצְלוֹ, וְזִילָא בֵּיהּ מִלְּתָא לְבַקֵּשׁ כֹּהֵן שֶׁיִּתְּנֵם לוֹ אֶלָּא יִהְיוּ מֻונָּחִים אֶצְלוֹ, וְאוֹמֵר עַד שֶׁיָּבֹא הַכֹּהֵן לְבַקֵּשׁ תְּרוּמוֹת וּמַעַשְׂרוֹת אָז יִקָּחֵם, וְלָזֶה אָמַר כֹּל שֶׁיֵּשׁ לוֹ תְּרוּמוֹת וּמַעַשְׂרוֹת וְאֵינוֹ נוֹתְנָם לַכֹּהֵן, לָאו שֶׁרוֹצֶה לְגָוזְלָם אֶלָּא זִיל אָבִיהָ מִלְּתָא לְחַזֵּר אַחַר הַכֹּהֵן לְיִתְּנֵם לוֹ, אֶלָּא אוֹמֵר עַד שֶׁיָּבֹא הַכֹּהֵן מֵאֵילָיו אֶצְלִי אָז יִקָּחֵם, עַל כֵּן מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה שֶׁיִּהְיֶה נִצְרָךְ לַכֹּהֵן עַל יָדוֹ שֶׁהַכֹּהֵן יוֹשֵׁב בִּמְקוֹמוֹ וְהוּא יְטַלְטֵל עַצְמוֹ מֵעִירוֹ וּמְשַׁעֵר מְקוֹמוֹ וְיָבֹא אֵצֶל הַכֹּהֵן לְהַשְׁקוֹת לְאִשְׁתּוֹ מֵי סוֹטָה.
« Il finit par avoir besoin du cohen par le moyen de sa femme. » On peut demander : où est ici la mesure pour mesure ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il n'est pas question ici de celui qui vole les teroumot et les maasrot, car celui qui vole a un châtiment très lourd ; il s'agit de celui qui prélève les teroumot et les maasrot et les laisse déposés chez lui, tenant pour indigne de lui d'aller chercher un cohen à qui les donner : qu'ils restent chez lui, dit-il, et lorsque le cohen viendra réclamer les teroumot et les maasrot, alors il les prendra. C'est en ce sens qu'il est dit : quiconque possède des teroumot et des maasrot et ne les donne pas au cohen — non qu'il veuille les voler, mais il tient pour indigne de lui de courir après le cohen pour les lui donner, et il dit : lorsque le cohen viendra de lui-même chez moi, alors il les prendra. C'est pourquoi, mesure pour mesure, il aura besoin du cohen par son fait : le cohen restera assis à sa place, et c'est lui qui se déplacera de sa ville et de la porte de son lieu pour venir chez le cohen faire boire à sa femme les eaux de la sota.
💡 Explication

Le même procédé de voisinage est applique une section plus haut. La retenue des teroumot et des maasrot est suivie, dans le texte, du cas de la sota : celui qui évitait le cohen finira par devoir aller le trouver, cette fois pour sa propre femme.

Une seconde leçon est tirée du même verset « et les choses saintes de chacun seront à lui » : Rachi l'entend comme un appauvrissement, l'homme devenant lui-même bénéficiaire du maaser ani. Le Ben Yehoyada précise le cas visé pour que la mesure pour mesure soit exacte : il s'agit de celui qui prélève mais attend que le cohen se déplace.

🖼️ Schéma
Trois sections voisines dans les Nombres, trois leçons enchaînées Teroumot et maasrot Nombres 5,9-10 Sota Nombres 5,11 et suivants Nazir Nombres 6 Leçon (segment 17) : celui qui ne porte pas ses prélèvements au cohen ira le trouver pour sa propre femme devenue sota. Leçon (segment 16) : qui voit une sota se prive de vin. Second temps du même verset, "et les choses saintes de chacun seront à lui" : Rachi l'entend de l'appauvrissement - il aura lui-même besoin du maaser ani. Et Rav Nahman bar Yitshak (segment 18) retourne la lecture : celui qui donne s'enrichit, selon "l'homme qui donne au cohen, à lui cela sera".
La chaîne de voisinage textuel et les deux directions tirées du même verset.
19
אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: וְאִם נְתָנָן, סוֹף מִתְעַשֵּׂר, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אִישׁ אֲשֶׁר יִתֵּן לַכֹּהֵן לוֹ יִהְיֶה״, ״לוֹ יִהְיֶה״ — מָמוֹן הַרְבֵּה.

Rav Nahman bar Yitshak dit : et s'il les a donnés, il finit par s'enrichir, car il est dit « l'homme qui donne au cohen, à lui cela sera » — « à lui cela sera » : beaucoup de bien.

🪔 Ben Yehoyada (2)
וְאִם נְתָנָן לְסוֹף מִתְעַשֵּׂר. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לְמַאי נָקֵיט לַסּוֹף? וְנִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה שֶׁלֹּא יִקַּח עֹושֶׁר אֲשֶׁר מְשֻׁותָּף בּוֹ טֹורַח שֶׁלֹּא תִּהְיֶה עִיקַּר הַבְּרָכָה בִּמְחֻובָּר, שֶׁאָז תַּרְבֶּה יְגִיעָתוֹ בִּקְצִירָה וְדִישָׁה וַאֲסִיפָה, אֶלָּא עִיקַּר הַבְּרָכָה שֶׁיִּתְעַשֵּׁר מִמֶּנָּה תִּהְיֶה אַחַר שֶׁיִּהְיֶה הַדָּגָן בָּאוֹצָר שֶׁלּוֹ, שֶׁאָז בְּרָכָה יֵשׁ וִיגִיעָה לֹא יֵשׁ, וְלָזֶה אָמַר לְסוֹף מִתְעַשֵּׂר, כְּלוֹמַר בַּבְּרָכָה שֶׁבָּאָה לְבַסּוֹף אַחַר גְּמַר כָּל הָעֵסֶק הַצָּרִיךְ לְדָגָן שֶׁכְּבָר הוּא מֻונָּח בָּאוֹצָר.
« Et s'il les a donnés, il finit par s'enrichir. » On peut demander : pourquoi dire « il finit » ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est qu'il ne recevra pas une richesse mêlée de peine, c'est-à-dire que la bénédiction principale ne portera pas sur ce qui est encore attaché au sol, ce qui multiplierait sa fatigue à la moisson, au battage et à la rentrée ; la bénédiction principale par laquelle il s'enrichira viendra après que le grain sera dans son grenier, où il y a bénédiction sans fatigue. C'est en ce sens qu'il dit : il finit par s'enrichir, c'est-à-dire par la bénédiction qui vient à la fin, après l'achèvement de tout le travail que le grain requiert, lorsqu'il est déjà déposé au grenier.
אִישׁ אֲשֶׁר יִתֵּן לַכֹּהֵן לוֹ יִהְיֶה, יִהְיֶה מָמוֹן הַרְבֵּה. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מֵהֵיכָא מַפִּיק לָהּ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ חֶסֶד דְּרוּעָא יַמִּינָא גְּבוּרָה, דְּרוּעָא שֶׁמִּלֵּא נִמְצָא חֶסֶד וּגְבוּרָה נִרְמָזִים בִּשְׁתֵּי יָדַיִם, וּבְכָל יָד יֵשׁ ט"ו פְּרָקִים שֶׁהֵם אֶצְבָּעוֹת וְכַף כְּמִנְיַן י"ה, וּשְׁנֵי יָדַיִם הֵם יהי"ה, וְכָל הַשְׁפָּעָה שֶׁתִּהְיֶה מִשְּׁנֵי יָדַיִם שֶׁהֵם חֶסֶד וּגְבוּרָה הִיא גְּדוֹלָה מְאֹד, לָזֶה אָמַר לוֹ יהי"ה, וּדְרֵישׁ לוֹ יִהְיֶה מָמוֹן הַרְבֵּה. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (בָּבָא מְצִיעָא מב.) אֵין הַבְּרָכָה מְצוּיָה אֶלָּא בַּעֲבוּר אִשְׁתּוֹ שֶׁל אָדָם , וּקְשָׁא לָמָּה בִּשְׁבִיל אִשְׁתּוֹ וְלֹא בִּשְׁבִילוֹ, אַדְּרַבָּה הָאִשָּׁה זְכוּתָהּ מוּעָט שֶׁיֵּשׁ כַּמָּה מִצְוֹת דְּלָא שָׁייְכִי בָּהּ? וּפֵרַשְׁתִּי בס"ד הַכַּוָּנָה כִּי יָדוּעַ בְּנֵי חַיֵּי וּמְזוֹנֵי נִמְשָׁכִים מִן חָכְמָה בִּינָה דַּעַת, חַיֵּי מֵחָכְמָה, מְזוֹנֵי מִבִּינָה, בְּנֵי מִדַּעַת, נִמְצָא הַמְּזוֹנוֹת בָּאִים מִן אוֹת הֵ"א רִאשׁוֹנָה שֶׁבַּשֵּׁם, שֶׁהִיא סוֹד בִּינָה, וְאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל אִישׁ וְאִשָּׁה שֶׁזָּכוּ שֵׁם יָהּ בֵּינֵיהֶם, וְהַיְינוּ אוֹת הֵ"א רִאשׁוֹנָה שֶׁמִּמֶּנָּה הַמְּזוֹנוֹת הִיא בְּאִשָּׁה, וְלָזֶה אָמַר בַּעֲבוּר אִשְׁתּוֹ שֶׁל אָדָם, כְּלוֹמַר בִּשְׁבִיל אוֹת הָרָמוּז וּמֻונָּח אֵצֶל אִשְׁתּוֹ שֶׁהוּא אוֹת הֵ"א רִאשׁוֹנָה שֶׁבַּשֵּׁם, וְלָכֵן כָּאן אָמַר הַפָּסוּק לוֹ יִהְיֶה קָרֵי בָּהּ לוֹ ' יְהִי הֵ"א ', הִיא אוֹת הֵ"א רִאשֹׁנָה שֶׁמִּמֶּנָּה הַמְּזוֹנוֹת וְהָעֹושֶׁר, וּלְכָךְ דְּרֵישׁ לוֹ יִהְיֶה מָמוֹן הַרְבֵּה כִּי מִשָּׁם נִמְשָׁךְ שֶׁפַע רִבּוּי הַמָּמוֹן, רֶמֶז לַדָּבָר (בְּרֵאשִׁית מז, כג) הֵא לָכֶם זֶרַע וּזְרַעְתֶּם אֶת הָאֲדָמָה. אוֹ יוּבָן כָּל שֶׁפַע מְצֻומְצָם יָבֹא מִן הַפָּשׁוּט, וְכָל רִבּוּי שֶׁפַע יָבֹא מִן הַמִּילּוּי, וְכַנִּזְכָּר בְּעַרְבֵי נָחַל זַ"ל וְדַיּוֹ לְעוֹלָם שֶׁיִּשְׁתַּמֵּשׁ בַּחֲצִי הַשֵּׁם שֶׁהוּא שֵׁם י"ה אַךְ מִלּוּי שֵׁם יָהּ הוּא גַּם כֵּן מִסְפַּר יָהּ, כָּזֶה יוֹ"ד ה"ה, וְלָכֵן כֵּיוָן שֶׁאָמַר לוֹ יִהְיֶה, שֶׁהוּא שֵׁם יָהּ כָּפוּל כְּנֶגֶד הַפָּשׁוּט וְהַמִּלּוּי, לָזֶה דְּרוּשׁ יִהְיֶה מָמוֹן הַרְבֵּה.
« L'homme qui donne au cohen, à lui cela sera — 'yihye' : beaucoup de bien. » On peut demander : d'où le tire-t-il ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il est connu que 'hessed est le bras droit et guevoura le bras gauche ; 'hessed et guevoura se trouvent donc évoqués par les deux mains, et chaque main compte quinze articulations — les doigts et la paume — soit le compte de yod-hé ; les deux mains font donc yod-hé-yod-hé. Et tout épanchement qui vient des deux mains, qui sont 'hessed et guevoura, est très grand ; c'est pourquoi le verset dit « lo yihye », et l'on expose : à lui sera beaucoup de bien. D'une autre manière, il me semble, avec l'aide du Ciel : nos maîtres, de mémoire bénie, ont dit que la bénédiction ne se trouve dans la maison d'un homme qu'à cause de sa femme ; et l'on peut demander pourquoi à cause de sa femme et non à cause de lui, alors qu'au contraire le mérite de la femme est moindre, plusieurs mitsvot ne la concernant pas. J'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, que l'intention est celle-ci : il est connu que les enfants, la vie et la subsistance découlent de 'hokhma, bina et daat — la vie de 'hokhma, la subsistance de bina, les enfants de daat. Il se trouve donc que la subsistance vient de la première lettre hé du Nom, qui est le secret de bina ; et nos maîtres, de mémoire bénie, ont dit qu'un homme et une femme qui en sont dignes, le nom yod-hé est entre eux — c'est-à-dire que la première lettre hé, d'où vient la subsistance, est dans la femme. C'est ce qu'ils disent : à cause de sa femme, c'est-à-dire à cause de la lettre évoquée et déposée auprès de sa femme, la première lettre hé du Nom. Ici aussi le verset dit « lo yihye » : lis-y « lo yehi hé », c'est la première lettre hé, d'où viennent la subsistance et la richesse ; c'est pourquoi l'on expose « à lui sera beaucoup de bien », car de là découle l'épanchement de l'abondance des biens. Allusion à la chose : « voici pour vous de la semence, et vous ensemencerez la terre. » Ou bien on le comprendra ainsi : tout épanchement restreint vient du Nom simple, et tout épanchement abondant vient du Nom en son plein (milouy) ; comme il est rappelé au nom de l'Arvei Nahal, de mémoire bénie : il suffit au monde de se servir de la moitié du Nom, qui est le nom yod-hé ; or le milouy du nom yod-hé est lui aussi du compte de yod-hé, ainsi : yod-vav-dalet, hé-hé. Dès lors, puisque le verset dit « lo yihye », qui est le nom yod-hé redoublé, correspondant au simple et au milouy, l'on expose : sera — beaucoup de bien.
💡 Explication

Rav Nahman bar Yitshak retourne la lecture du verset. Le même « à lui cela sera » qui servait à décrire la retenue devient, applique à celui qui donne, une promesse d'enrichissement.

Le Ben Yehoyada s'arrête sur le mot le-sof (il finit par) : la bénédiction porte sur le grain déjà rentré au grenier, une abondance sans surcroît de travail. Sa seconde glose développe la lecture du mot yihye selon le registre du sod.

20
אָמַר רַב הוּנָא בַּר בֶּרֶכְיָה מִשּׁוּם רַבִּי אֶלְעָזָר הַקַּפָּר: כָּל הַמְּשַׁתֵּף שֵׁם שָׁמַיִם בְּצַעֲרוֹ — כּוֹפְלִין לוֹ פַּרְנָסָתוֹ. שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְהָיָה שַׁדַּי בְּצָרֶיךָ וְכֶסֶף תּוֹעָפוֹת לָךְ״.

Rav Houna bar Berekhia dit au nom de Rabbi Elazar ha-Kappar : quiconque associe le nom du Ciel à sa peine, on lui double sa subsistance, car il est dit « et Chaddai sera dans ta détresse, et de l'argent en abondance (toafot) sera à toi ».

📜 Rachi (3)
הַמְּשַׁתֵּף שֵׁם שָׁמַיִם בְּצַעֲרוֹ שֶׁמְּבָרֵךְ עַל הָרָעָה דַּייַּן הָאֱמֶת אִי נָמֵי שֶׁמְּבַקֵּשׁ רַחֲמִים מִלְּפָנָיו:
« Celui qui associe le nom du Ciel à sa peine » : qui bénit sur le mal « Dayan ha-émet » ; ou bien : qui demande miséricorde devant Lui.
בְּצָרִיךְ בְּצָרָתְךָ:
« Bétsarekha » : dans ta détresse.
תּוֹעֲפוֹת לְשׁוֹן כְּפִילָה כְּדִמְתַרְגְּמִינַן וְכָפַלְתָּ וְתָעִיף (שְׁמוֹת כו):
« Toafot » : terme de doublement, comme on traduit « ve-khafalta » par « ve-taïf ».
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל הַמְּשַׁתֵּף שֵׁם שָׁמַיִם בְּצַעֲרוֹ כּוֹפְלִין לוֹ פַּרְנָסָתוֹ. נִרְאֶה לִי בס"ד דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל מַאי שָׁמַיִם? אֵשׁ וּמַיִם שֶׁטְּרָפָן הקב"ה זֶה בָּזֶה וְעָשָׂה מֵהֶם שָׁמַיִם. נִמְצָא שֵׁם שֶׁל שָׁמַיִם, רָמוּז בּוֹ חֶסֶד וּגְבוּרָה שֶׁהֵם מַיִם וְאֵשׁ, וְיָדוּעַ הַמְקַבֵּל יִסּוּרִין בְּאַהֲבָה גּוֹרֵם בָּזֶה לְמַתֵּק מִדַּת הַגְּבוּרָה בְּמִדַּת הַחֶסֶד, וּלְכָךְ זוֹכֶה שֶׁיָּבֹא לוֹ שֶׁפַע מִשְׁתֵּי מִידּוֹת חֶסֶד וּגְבוּרָה הַנִּרְמָזִים בְּשֵׁם שֶׁל שָׁמַיִם, שֶׁהוּא אֵשׁ מַיִם, וְזֶה שֶׁאָמַר כָּל הַמְּשַׁתֵּף שֵׁם שָׁמַיִם בְּצַעֲרוֹ פֵּירוּשׁ מְמַתֵּק הַגְּבוּרָה בְּחֶסֶד הַנִּרְמָזִים בְּשֵׁם שָׁמַיִם בְּתוֹךְ הַצַּעַר שֶׁלּוֹ שֶׁמְּקַבֵּל הַיִּסּוּרִין בְּאַהֲבָה, אָז כּוֹפְלִין לוֹפַרְנַסְתּוֹ שֶׁיָּבֹא לוֹ שֶׁפַע כֶּפֶל מִמִּדַּת הַחֶסֶד וּמִמִּדַּת הַגְּבוּרָה. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ שָׁמַיִם כִּינּוּי לְשֵׁם הוי"ה ב"ה שֶׁנִּקְרָא שָׁמַיִם, וְשֵׁם הוּא כִּינּוּי לְשֵׁם אֲדֹנָי בְּסוֹד (שְׁמוּאֵל ב' ח, יג) וַיַּעַשׂ דָּוִד שָׁם, וּבָזֶה פֵּירְשׁוּ הָרִאשׁוֹנִים וְכָל מַעֲשֶׂיךָ יִהְיוּ לְשֵׁם שָׁמַיִם (פִּרְקֵי אָבוֹת ב, יב), פֵּירוּשׁ לְיַחֵד שֵׁם שֶׁהִיא סוֹד אֲדֹנָי עִם שָׁמַיִם שֶׁהִיא סוֹד הוי"ה עַד כָּאן דְּבָרָיו. וְיָדוּעַ שֶׁשֵּׁם אֲדֹנָי נִזְכָּר בַּפֶּה אֲבָל שֵׁם הֲוָיָ"ה בַּלֵּב וּבָזֶה פֵּירְשׁוּ הַמְקֻובָּלִים (תְּהִלִּים קל, א) מִמַּעֲמַקִּים קְרָאתִיךָ ה', שֵׁם הֲוָיָ"ה בַּלֵּב דַּוְקָא, אַךְ שֵׁם אֲדֹנָי שָׁמְעָה בְּקוֹלִי בַּפֶּה בְּגָלוּי עַד כָּאן דְּבָרָיו. וְיָדוּעַ מַה שֶׁכָּתְבוּ הָרִאשׁוֹנִים בַּפָּסוּק (תְּהִלִּים כא, ג) תַּאֲוַת לִבּוֹ נָתַתָּה לּוֹ וַאֲרֶשֶׁת שְׂפָתָיו בַּל מָנַעְתָּ סֶּלָה, יֵשׁ מִתְפַּלֵּל בְּפִיו שֶׁיִּתֵּן לוֹ הקב"ה אֶלֶף דִּינָר, אַךְ בְּלִבּוֹ רוֹצֶה עוֹד אֶלֶף דִּינָר כְּדֵי לִקְנוֹת בָּהֶם חָצֵר, וּבִרְצוֹת ה' דַּרְכֵי אִישׁ שֶׁיִּתֵּן לוֹ מַשְׁאֶלֶת לִבּוֹ הוּא הֶחָצֵר, וְגַם אֲרֶשֶׁת שְׂפָתָיו שֶׁבִּקֵּשׁ בְּגָלוּי עַל אֶלֶף דִּינָר, בַּל מָנַעְתָּ סֶלָה עַד כָּאן דְּבָרָיו. וְזֶה שֶׁאָמַר כָּל הַמְּשַׁתֵּף שֵׁם שָׁמַיִם בְּצַעֲרוֹ, רְצוֹנוֹ לוֹמַר גַּם בְּעֵת הַצַּעַר שֶׁלִּבּוֹ טָרוּד, עִם כָּל זֶה הוּא נִזְהָר לְיַחֵד שֵׁם הֲוָיָ"ה וְשֵׁם אדנ"י שֶׁהֵם סוֹד שֵׁם שָׁמַיִם שֶׁמְּכַוֵּין בְּכָל תּוֹרָה וּמִצְוָה לְיַחֵד הוי"ה ואדנ"י שֶׁהֵם אֶחָד נִסְתָּר בַּלֵּב דַּוְקָא וְאֶחָד נִגְלֶה בַּפֶּה, אָז כּוֹפְלִין לוֹ פַּרְנָסָתוֹ מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה, שֶׁיִּתֵּן לוֹ הקב"ה תַּאֲוַת לִבּוֹ הַנִּסְתֶּרֶת, וְגַם אֲרֶשֶׁת שְׂפָתָיו הַנִּגְלֵית, וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב עַל פָּסוּק תַּאֲוַת לִבּוֹ נָתַתָּה לּוֹ. אוֹ יוּבָן בס"ד הַכַּוָּנָה שֶׁאֵינוֹ דּוֹאֵג בַּעֲבוּר חֶסְרוֹנוֹת הַגּוּפָנִיִּים בִּלְבַד אֶלָּא בַּעֲבוּר חֶסְרוֹנוֹת הַנַּפְשִׁיִּים גַּם כֵּן, שֶׁהֵם עִנְיַן תּוֹרָה וּמִצְוֹת, אָז כּוֹפְלִים לוֹ פַּרְנָסָתוֹ שֶׁיִּשְׁפְּעוּ לְגוּפוֹ וְגַם לְנַפְשׁוֹ.
« Quiconque associe le nom du Ciel à sa peine, on lui double sa subsistance. » Il me semble, avec l'aide du Ciel : nos maîtres, de mémoire bénie, ont dit — qu'est-ce que chamayim (le ciel) ? Ech (feu) et mayim (eau), que le Saint béni soit-Il a mêlés l'un à l'autre et dont Il a fait les cieux. Il se trouve donc que le nom chamayim évoque 'hessed et guevoura, qui sont l'eau et le feu. Et il est connu que celui qui reçoit les souffrances avec amour cause par là l'adoucissement de la mesure de guevoura dans la mesure de 'hessed ; il mérite donc que lui vienne un épanchement des deux mesures, 'hessed et guevoura, évoquées dans le nom chamayim, qui est ech-mayim. C'est ce qu'il dit : quiconque associe le nom du Ciel à sa peine, c'est-à-dire adoucit la guevoura dans le 'hessed, évoqués dans le nom chamayim, au sein même de sa peine, en recevant les souffrances avec amour — alors on lui double sa subsistance, car il lui vient un épanchement double, de la mesure de 'hessed et de la mesure de guevoura. D'une autre manière, il me semble, avec l'aide du Ciel : il est connu que chamayim est une désignation du Nom béni, appelé chamayim, et que chem (nom) est une désignation du nom Ado-nay, selon le secret de « et David se fit un nom » ; c'est ainsi que les premiers ont expliqué « que tous tes actes soient pour le nom du Ciel », c'est-à-dire pour unir chem, qui est le secret d'Ado-nay, avec chamayim, qui est le secret du Nom — jusqu'ici leurs paroles. Et il est connu que le nom Ado-nay se prononce par la bouche, tandis que le Nom se dit dans le cœur ; c'est ainsi que les kabbalistes ont expliqué « des profondeurs je T'ai appelé, ה' » — le Nom précisément dans le cœur ; « Ado-nay, entends ma voix » — par la bouche, en découvert ; jusqu'ici leurs paroles. Et il est connu ce qu'ont écrit les premiers sur le verset « le désir de son cœur Tu lui as donné, et la parole de ses lèvres Tu n'as pas refusée » : tel prie de sa bouche pour que le Saint béni soit-Il lui donne mille deniers, mais dans son cœur il en veut mille de plus afin d'acheter une cour ; et lorsque ה' agrée les voies d'un homme, Il lui donne la demande de son cœur, qui est la cour, et aussi la parole de ses lèvres, qu'il a formulée ouvertement pour mille deniers — « Tu n'as pas refusée » ; jusqu'ici leurs paroles. C'est ce qu'il dit : quiconque associe le nom du Ciel à sa peine, c'est-à-dire que même au temps de la peine, alors que son cœur est accaparé, il prend garde malgré tout d'unir le Nom et le nom Ado-nay, qui sont le secret de chem chamayim, comme on a l'intention de le faire en toute Torah et toute mitsva, l'un caché dans le cœur et l'autre révélé dans la bouche — alors on lui double sa subsistance, mesure pour mesure : le Saint béni soit-Il lui donne le désir caché de son cœur, et aussi la parole révélée de ses lèvres, comme il est écrit sur le verset « le désir de son cœur Tu lui as donné ». Ou bien on le comprendra, avec l'aide du Ciel, ainsi : il ne s'inquiète pas seulement des manques du corps, mais aussi des manques de l'âme, qui sont la Torah et les mitsvot ; alors on lui double sa subsistance, en répandant pour son corps et aussi pour son âme.
💡 Explication

La lecture repose sur le mot toafot, que Rachi rattache au doublement — le Targoum rend « et tu doubleras » par « ve-taïf ». Celui qui fait entrer le Nom dans sa détresse voit donc sa subsistance doublée.

Rachi donne deux formes concrètes de cette association : bénir sur le mal « Dayan ha-émet », ou demander miséricorde. Le segment suivant proposera une autre dérivation du même mot, cette fois par le vol de l'oiseau.

21
רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר: פַּרְנָסָתוֹ מְעוֹפֶפֶת לוֹ כְּצִפּוֹר, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְכֶסֶף תּוֹעֲפוֹת לָךְ״.

Rabbi Chmouel bar Nahmani dit : sa subsistance vole vers lui comme un oiseau, car il est dit « et de l'argent toafot sera à toi ».

🪔 Ben Yehoyada (1)
פַּרְנָסָתוֹ מְעוֹפֶפֶת לוֹ כְּצִפּוֹר. נִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁיֵּשׁ הַצְלָחָה נִסִּית וְיֵשׁ טִבְעִית, וְהַנִּסִּית הִיא תִּרְדֹּוף אַחֲרָיו, וְהַטִּבְעִית הוּא יִרְדֹּוף אַחֲרֶיהָ, וְזֶה פַּרְנָסָתוֹ מְעוֹפֶפֶת לוֹ כְּצִפּוֹר שֶׁהִיא תִּרְדֹּוף אַחֲרָיו. אוֹ יוּבָן בס"ד עַל פִּי מ"ש רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל לָמָּה נִקְרֵאת [אֵשֶׁת מֹשֶׁה] צִפּוֹרָה? שֶׁטִּיהֲרָהּ בֵּית אָבִיהָ כַּצִּפּוֹר! נִמְצָא הַטָּהֳרָה מְדַמִּין אוֹתָהּ כַּצִּפּוֹר, וְהִנֵּה יֵשׁ אָדָם שֶׁנִּטְמָא בְּפַרְנָסָה שֶׁלּוֹ כמ"ש (דְּבָרִים לב, טו) וַיִּשְׁמַן יְשֻׁרוּן וַיִּבְעָט, וְיֵשׁ מְקַדֵּשׁ עַצְמוֹ בְּפַרְנָסָתוֹ וּמוֹסִיף טָהֳרָה לְנַפְשׁוֹ כִּי יִהְיֶה שֻׁלְחָנוֹ מְכַפֵּר עָלָיו, וְלָזֶה אָמַר מְעוֹפֶפֶת לוֹ כַּצִּפּוֹר שֶׁתַּרְגּוּם לוֹ רוּחַ טָהֳרָה.
« Sa subsistance vole vers lui comme un oiseau. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il y a une réussite miraculeuse et une réussite naturelle : la miraculeuse court après l'homme, et la naturelle, c'est l'homme qui court après elle ; c'est le sens de « sa subsistance vole vers lui comme un oiseau » — c'est elle qui court après lui. Ou bien on le comprendra, avec l'aide du Ciel, selon ce qu'ont dit nos maîtres, de mémoire bénie : pourquoi la femme de Moche fut-elle appelée Tsipora ? Parce qu'elle a purifié la maison de son père comme un oiseau (tsipor). Il se trouve donc que la pureté est comparée à un oiseau. Or il est des hommes qui se souillent par leur subsistance, comme il est écrit « Yechouroun s'est engraissé et a rue » ; et il en est qui se sanctifient par leur subsistance et ajoutent de la pureté à leur âme, car leur table les expie. C'est ce qu'il dit : elle vole vers lui comme un oiseau, dont la traduction araméenne évoque un esprit de pureté.
💡 Explication

Rabbi Chmouel bar Nahmani lit le même mot toafot à partir de la racine du vol — ouf. La subsistance vient alors d'elle-même, sans que l'homme ait à courir après elle.

Les deux dérivations du segment 19 et du segment 20 ne se contredisent pas : l'une porte sur la quantité, l'autre sur la manière dont elle arrive.

22
אָמַר רַבִּי טָבִי אָמַר רַבִּי יֹאשִׁיָּה: כָּל הַמַּרְפֶּה עַצְמוֹ מִדִּבְרֵי תוֹרָה, אֵין בּוֹ כֹּחַ לַעֲמֹוד בְּיוֹם צָרָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הִתְרַפִּיתָ בְּיוֹם צָרָה צַר כֹּחֶכָה״. אָמַר רַב אַמֵּי בַּר מַתְנָה אָמַר שְׁמוּאֵל: וַאֲפִילּוּ מִצְוָה אַחַת, שֶׁנֶּאֱמַר ״הִתְרַפֵּיתָ״ — מִכָּל מָקוֹם.

Rabbi Tavi dit au nom de Rabbi Yochiya : quiconque se relâche des paroles de Torah n'a pas la force de tenir au jour de la détresse, car il est dit « tu t'es relâché au jour de la détresse, ta force est étroite ». Rav Ami bar Matna dit au nom de Chmouel : et même d'une seule mitsva, car il est dit « tu t'es relâché » — en tout cas.

📜 Rachi (3)
הִתְרַפֵּיתָ מִדִּבְרֵי תּוֹרָה בְּיוֹם צָרָה צַר כֹּחֶכָה:
« Tu t'es relâché » : des paroles de Torah — « au jour de la détresse, ta force est étroite ».
וַאֲפִילּוּ מִצְוָה אַחַת אִם נִתְרַפָּה מִמֶּנָּה כְּשֶׁבָּאָה לְיָדוֹ וְלֹא חָשׁ לְהִתְעַסֵּק בָּהּ צַר כֹּחוֹ:
« Et même d'une seule mitsva » : s'il s'en est relâché lorsqu'elle s'est présentée à lui et qu'il n'a pas pris soin de s'en occuper, sa force est étroite.
הִתְרַפֵּיתָ מִכָּל מָקוֹם אַף בְּמִצְוָה אַחַת מַשְׁמַע:
« Tu t'es relâché — en tout cas » : cela s'entend même d'une seule mitsva.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל הַמַּרְפֶּה עַצְמוֹ מִדִּבְרֵי תוֹרָה אֵין בּוֹ כֹּחַ לַעֲמֹד בְּיוֹם צָרָה. נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַב הָרַב בִּרְכַּת טוֹב זַ"ל בַּפָּסוּק (דְּבָרִים לב, כ) וַיֹּאמֶר אַסְתִּירָה פָנַי מֵהֶם אֶרְאֶה מָה אַחֲרִיתָם כִּי דוֹר תַּהְפֻּכֹת הֵמָּה, בְּשֵׁם הַמְקֻובָּלִים כִּי מַה מוֹרֶה עַל הָעֵדֶר הַיֵּשׁ וְהֶפְכּוֹ, וְהֵם מוֹרֶה עַל הַהֲוָיָה, וְיִשְׂרָאֵל אִם אֵין עוֹשִׂין רְצוֹנוֹ שֶׁל מָקוֹם הֵמָּה בִּכְלַל הַהֶעְדֵּר וְכוּ', עַיֵּין שָׁם. גַּם יָדוּעַ שֶׁהַתּוֹרָה נִקְרֵאת חָכְמָה כמ"ש רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל עַל פָּסוּק (קֹהֶלֶת ז, יט) הַחָכְמָה תעז לְחָכָם, וְיָדוּעַ מ"ש בְּתִיקּוּנִים חָכְמָה הִיא כֹּחַ מַה יְעַייֵּן שָׁם. וּלְפִי זֶה אִם תָּסִיר כֹּחַ מִן חַכ מַה יִשָּׁאֵר מַה שֶׁהֵם מוֹרִים עַל הַהֶעְדֵּר וז"ש כָּל הַמַּרְפֶּה עַצְמוֹ מִדִּבְרֵי תוֹרָה אֵין בּוֹ כֹּחַ לַעֲמֹד בְּיוֹם צָרָה פֵּירוּשׁ מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה, יִסְתַּלְּקוּ אוֹתִיּוֹת כֹּחַ מִן חָכְמָה שֶׁהִיא כִּינּוּי לַתּוֹרָה וְיִשָּׁאֵר מָה הַמּוֹרֶה עַל הַהֶעְדֵּר שֶׁל הַטּוֹבָה, שֶׁהוּא עֵת צָרָה שֶׁנֶּעֱדָר הַטּוֹב בַּר מִינָן. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד, וְהוּא דְּיָדוּעַ אִם אָדָם לוֹמֵד תּוֹרָה בְּהִתְרַשְּׁלוּת וְעַצְלוּת שׁוֹטֶלֶת בּוֹ שִׁכְחָה שֶׁיִּשְׁכַּח לִימּוּדוֹ, וְגַם מִמֵּילָא לֹא יַעֲשֶׂה פֵּירוֹת בַּתּוֹרָה שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לְהוֹצִיא חִידּוּשִׁים מִן הַתּוֹרָה. מַה שֶׁאֵין כֵּן הַלּוֹמֵד בִּזְרִיזוּת בְּכָל כּוֹחוֹ תִּהְיֶה קְבוּעָה בְּלִבּוֹ וְיִזְכֶּה לְהוֹצִיא מִמֶּנָּה פֵּירוֹת הֵם חִידּוּשֵׁי תּוֹרָה. עוֹד יָדוּעַ מ"ש הָרִאשׁוֹנִים זַ"ל הָא דְּנֶהֱנֶה הָאָדָם מִן הַתּוֹרָה בָּעוֹלָם הַזֶּה לָאו מִן הַקֶּרֶן אֶלָּא רַק מִן הַפֵּירוֹת, וְעִיקַּר הַלִּימּוּד הוּא קֶרֶן, וְחִידּוּשֵׁי תּוֹרָה שֶׁהָאָדָם מְחַדֵּשׁ זֶה נִקְרָא פֵּירוֹת, וּבִזְכוּת חִידּוּשֵׁי תּוֹרָה יוּכַל לְקַבֵּל טוֹבָה בָּעוֹלָם הַזֶּה, וְלָכֵן אָמַר (תְּהִלִּים א' ב') כִּי אִם בְּתוֹרַת ה' חֶפְצוֹ, זֶה עִיקַּר הַלִּימּוּד, וּבְתוֹרָתוֹ יֶהְגֶּה יוֹמָם וָלָיְלָה, אֵלּוּ חִדּוּשֵׁי תּוֹרָה שֶׁיִּתְיַיחֲסוּ לָאָדָם הַמְחַדֵּשׁ אוֹתָם, וְאָז שֶׁיֵּשׁ לוֹ קֶרֶן וּפֵירוֹת, וְהָיָה כְּעֵץ שָׁתוּל עַל פַּלְגֵי מָיִם אֲשֶׁר פִּרְיוֹ יִתֵּן בְּעִתּוֹ וְעָלֵהוּ לֹא יִבּוֹל, שֶׁאָז כָּל אֲשֶׁר יַעֲשֶׂה בָּעוֹלָם הַזֶּה יַצְלִיחַ בִּזְכוּת הַפֵּירוֹת שֶׁהֵם תּוֹרָתוֹ שֶׁל אָדָם שֶׁמְּחַדֵּשׁ אוֹתָם. גַּם יָדוּעַ דִּכְתִיב בַּתּוֹרָה (מִשְׁלֵי ה, יט) דַּדֶּיהָ יְרַוֻּךָ בְכָל עֵת, וְהַיְינוּ שֶׁזּוֹכֶה לְחַדֵּשׁ בָּהּ חִידּוּשִׁים, וְהַשָּׂגָה זוֹ שֶׁמַּשִּׂיג בַּתּוֹרָה שֶׁיּוּכַל לְהוֹצִיא מִמֶּנָּה חִידּוּשִׁים נִקְרֵאת בְּשֵׁם דַּד הַמְרַווֶּה אֶת הַתִּינוֹק וּמוֹצֵא בּוֹ טַעַם חָדָשׁ בְּכָל עֵת, גַּם יָדוּעַ מ"ש בַּגְּמָרָא הַדַּדִּים נִקְרָאִין כֹּחַ שֶׁכֵּן בְּעַרְבַייָּא קוֹרִין לְדַד כֹּחַ, וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד (דְּבָרִים ח, יח) וְזָכַרְתָּ אֶת ה' אֱ-לֹהֶיךָ כִּי הוּא הַנֹּתֵן לְךָ כֹּחַ לַעֲשׂוֹת חָיִל, כְּלוֹמַר נוֹתֵן לְךָ הַשָּׂגָה בַּתּוֹרָה שֶׁהִיא תְּכוּנָה בְּשֵׁם כֹּחַ שֶׁהוּא דַּד, כַּכָּתוּב (מִשְׁלֵי ה, יט) דַּדֶּיהָ יְרַוֻּךָ בְכָל עֵת, כְּדֵי לַעֲשׂוֹת חַיִל הֵם חִידּוּשֵׁי תּוֹרָה אֲשֶׁר בְּכָל חִידּוּשׁ נִבְרָא אוֹר חָדָשׁ הַנִּקְרָא מַלְאָךְ, וז"ש כָּל הַמַּרְפֶּה עַצְמוֹ מִדִּבְרֵי תוֹרָה שֶׁלּוֹמֵד בְּהִתְרַשְּׁלוּת וְעַצְלוּת וְרִפְיוֹן אָז אֵין בּוֹ כֹּחַ, רְצוֹנוֹ לוֹמַר הַשָּׂגָה שֶׁמְּכֻונֵּית בְּשֵׁם דַּד כְּדֵי לְהוֹלִיד חִידּוּדִים אֲשֶׁר זְכוּתָם יָגֵינּוּ עָלָיו בְּעֵת צָרָה, כִּי זְכוּת תּוֹרָה הַמָּגֵן עַל הָאָדָם בָּעוֹלָם הַזֶּה בְּעֵת צָרָה הוּא רַק מִן הַפֵּירוֹת שֶׁהֵם הַחִידּוּשִׁין הַבָּאִין לָאָדָם עַל יְדֵי הַשָּׂגָה הַמְּכוֹנִית בְּשֵׁם דַּד שֶׁהוּא כֹּחַ. וּבְאֹופֶן אַחֵר יוּבָן בס"ד, דְּיָדוּעַ שֶׁיֵּשׁ בָּאָדָם עוֹר וּבָשָׂר וְגִידִין וַעֲצָמוֹת וְהֵם כְּנֶגֶד ד' עוֹלָמוֹת אבי"ע [אֲצִילוּת, בְּרִיאָה, יְצִירָה, וַעֲשִׂיָּה] , וּכְנֶגֶד ד' לִימּוּדִים שֶׁהֵם פַּרְדֵּ"ס [פָּשַׁט, רֶמֶז, דָּרַשׁ, סוֹד] וְהָעֲצָמוֹת הֵם כְּנֶגֶד הָאֲצִילוּת, וְכֵן הַסּוֹד, וכמ"ש רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּעֵץ חַיִּים, וְעוֹד אִיתָא בַּתִּיקּוּנִים כִּי לִימּוּד הַסּוֹד הוּא הַמֵּגֵין עַל יִשְׂרָאֵל לְהוֹצִיאָם מִן הַגָּלוּת, וְלָכֵן אֵלּוּ הַמִּתְרַחֲקִים מִלִּימּוּד הַקַּבָּלָה גּוֹרְמִין אֲרִיכוּת הַגָּלוּת וְרִבּוּי הַצָּרוֹת, וז"ש כָּל הַמַּרְפֶּה עַצְמוֹ מִדִּבְרֵי תוֹרָה עַצְמוֹ דַּיְיקָא, שֶׁהוּא מִתְרַפֶּה בְּלִימּוּד הַסּוֹד שֶׁהוּא כְּנֶגֶד הָעֲצָמוֹת, שה"ס אַצִּילוֹ אֵין בּוֹ כֹּחַ לַעֲמֹוד בְּעֵת צָרָה, כִּי הַלִּימּוּד הַזֶּה הוּא הַמֵּגֵין בְּעֵת צָרָה וּבְגָלוּת. אוֹ יוּבָן בס"ד אוֹמְרוֹ אֵין בּוֹ כֹּחַ כִּי לִמּוּד הַפַּרְדֵּ"ס הוּא כְּנֶגֶד ד' אוֹתִיּוֹת שֵׁם הֲוָיָ"ה ב"ה שֶׁיֵּשׁ בְּמִילּוֹאָם וּמִילּוּי מִילּוֹאָם כ"ח אוֹתִיּוֹת, וְזֶה הַמִּתְרַפֶּה מִדִּבְרֵי תּוֹרָה שֶׁאֵינוֹ לוֹמֵד בְּכֻולָּם אֵין בּוֹ כֹּחַ הוּא הֶאָרַת שֵׁם הֲוָיָ"ה ב"ה לַעֲמֹוד בְּעֵת צָרָה, דִּכְתִיב (תְּהִלִּים לד, ב) רַבּוֹת רָעוֹת צַדִּיק וּמִכֻּלָּם יַצִּילֶנּוּ ה', וּכְתִיב (תְּהִלִּים כ' ב') יַעַנְךָ ה' בְּיוֹם צָרָה, וְלָכֵן בְּחֻרְבָּן דִּכְתִיב בְּהוּ, (יִרְמְיָהוּ ט, יב) עַל עָזְבָם אֶת תּוֹרָתִי, נֶאֱמַר בָּהֶם (אֵיכָה א' ו') וַיֵּלְכוּ בְלֹא כֹחַ לִפְנֵי רוֹדֵף, כֹּחַ דַּיְיקָא, וְנִרְמְזָה תּוֹרָה בְּאוֹת תָּי"ו שֶׁל (מִשְׁלֵי כד, י) 'הִתְרַפֵּיתָ' בְּיוֹם צָרָה, וְקָרֵי בָּהּ 'ת' רְפֵית' רְצוֹנוֹ לוֹמַר ת' שֶׁהִיא תּוֹרָה רְפֵית מִמֶּנָּה.
« Quiconque se relâche des paroles de Torah n'a pas la force de tenir au jour de la détresse. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, selon ce qu'a écrit le Rav Birkat Tov, de mémoire bénie, sur le verset « et Il dit : Je cacherai Ma face d'eux, Je verrai quelle sera leur fin, car c'est une génération de renversements », au nom des kabbalistes : « ma » indique l'absence de ce qui est, et son contraire, « hema », indique l'être ; et Israël, s'ils ne font pas la volonté de l'Omniprésent, sont dans la catégorie de l'absence, etc. — vois-y. Il est connu aussi que la Torah est appelée 'hokhma, comme l'ont dit nos maîtres, de mémoire bénie, sur le verset « la sagesse rend fort le sage » ; et il est connu ce qui est dit dans les Tikounim : 'hokhma, c'est koah-ma — vois-y. Selon cela, si tu retires koah de 'hokhma, il reste « ma », qui indique l'absence. C'est ce qu'il dit : quiconque se relâche des paroles de Torah n'a pas la force de tenir au jour de la détresse — c'est-à-dire mesure pour mesure : les lettres koah se retirent de 'hokhma, qui désigne la Torah, et il reste « ma », qui indique l'absence du bien, c'est-à-dire le temps de détresse où le bien fait défaut, que le Miséricordieux nous en préserve. D'une autre manière, il me semble, avec l'aide du Ciel, ainsi : il est connu que si un homme étudie la Torah avec relâchement et paresse, l'oubli s'empare de lui et il oubliera son étude, et de plus il ne produira pas de fruits dans la Torah, ne pouvant en tirer de hidouchim. Il en va autrement de celui qui étudie avec empressement, de toute sa force : elle sera fixée dans son cœur et il méritera d'en tirer des fruits, qui sont les hidouchei Torah. Il est connu encore ce qu'ont écrit les premiers, de mémoire bénie : ce dont l'homme jouit de la Torah en ce monde ne vient pas du capital mais seulement des fruits ; l'étude elle-même est le capital, et les hidouchei Torah que l'homme renouvelle sont appelés les fruits, et c'est par le mérite des hidouchei Torah qu'il peut recevoir du bien en ce monde. C'est pourquoi il est dit « mais son désir est dans la Torah de ה' » — c'est l'étude elle-même — « et dans sa torah il médite jour et nuit » — ce sont les hidouchei Torah, attribués à l'homme qui les renouvelle ; alors, ayant capital et fruits, « il sera comme un arbre planté près des ruisseaux d'eau, qui donne son fruit en son temps et dont la feuille ne se fane pas », de sorte que tout ce qu'il fera en ce monde réussira, par le mérite des fruits, qui sont la Torah de l'homme, celle qu'il renouvelle. Il est connu aussi qu'il est écrit dans la Torah « que ses seins t'enivrent en tout temps », ce qui signifie qu'il mérite d'y renouveler des hidouchim ; et cette saisie qu'il obtient dans la Torah, de pouvoir en tirer des hidouchim, est appelée du nom de sein, qui abreuve le nourrisson et où il trouve un goût nouveau à chaque fois. Il est connu encore ce qui est dit dans la Guemara : les seins sont appelés koah, car en Arabie on appelle le sein koah. Par là j'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, « et tu te souviendras de ה' ton D.ieu, car c'est Lui qui te donne la force (koah) pour faire vaillance » : c'est-à-dire qu'Il te donne une saisie dans la Torah, désignée du nom de koah, qui est le sein, selon le verset « que ses seins t'enivrent en tout temps », afin de « faire vaillance », ce sont les hidouchei Torah, par chacun desquels est créée une lumière nouvelle appelée ange. C'est ce qu'il dit : quiconque se relâche des paroles de Torah, étudiant avec négligence, paresse et mollesse, alors il n'a pas de koah, c'est-à-dire la saisie désignée du nom de sein, permettant d'engendrer des hidouchim dont le mérite le protège au temps de la détresse ; car le mérite de la Torah qui protège l'homme en ce monde au temps de la détresse ne vient que des fruits, qui sont les hidouchim venant à l'homme par la saisie désignée du nom de sein, qui est koah. D'une autre manière encore on le comprendra, avec l'aide du Ciel, ainsi : il est connu qu'il y a dans l'homme la peau, la chair, les tendons et les os, qui correspondent aux quatre mondes atsilout, beria, yetsira, assia, et aux quatre modes d'étude, le pardes — pchat, remez, drach, sod ; les os correspondent à atsilout, et de même le sod, comme l'a écrit notre maître l'Ari, de mémoire bénie, dans le Ets Haim. Il est dit de plus dans les Tikounim que l'étude du sod est ce qui protège Israël pour les faire sortir de l'exil ; c'est pourquoi ceux qui s'éloignent de l'étude de la kabbale causent la prolongation de l'exil et la multiplication des détresses. C'est ce qu'il dit : quiconque se relâche lui-même (atsmo) des paroles de Torah — « atsmo » précisément, car il se relâche dans l'étude du sod, qui correspond aux os (atsamot), secret de l'atsilout — n'a pas la force de tenir au temps de la détresse, car c'est cette étude qui protège au temps de la détresse et dans l'exil. Ou bien on comprendra, avec l'aide du Ciel, ce qu'il dit « il n'a pas de koah » : l'étude du pardes correspond aux quatre lettres du Nom béni, qui comptent, dans leur milouy et le milouy de leur milouy, vingt-huit (koah) lettres ; celui qui se relâche des paroles de Torah, n'étudiant pas dans les quatre, n'a pas de koah, c'est-à-dire l'illumination du Nom béni, pour tenir au temps de la détresse, car il est écrit « nombreux sont les maux du juste, et de tous ה' le délivre », et il est écrit « que ה' te réponde au jour de la détresse ». C'est pourquoi, lors de la destruction, dont il est écrit « parce qu'ils ont abandonné Ma Torah », il est dit d'eux « et ils sont allés sans force (koah) devant le poursuivant » — koah précisément. Et la Torah est évoquée par la lettre tav de « hitrapita be-yom tsara » : lis-y « tav rapita », c'est-à-dire : le tav, qui est la Torah, tu t'en es relâché.
💡 Explication

Le verset de Proverbes 24,10 est lu comme un rapport de cause à effet : le relâchement dans l'étude, aujourd'hui, produit l'absence de force au jour de l'épreuve. Le mot koah y désigne une réserve constituée à l'avance.

Chmouel étend la règle par le caractère absolu du verbe hitrapita, sans complément : le relâchement dans une seule mitsva suffit. Le Ben Yehoyada développe le même mot koah selon plusieurs registres, dont celui des lettres de 'hokhma dont le retrait de koah laisse ma.

23
אָמַר רַב סִפְרָא: רַבִּי אֲבָהוּ הֲוָה מִשְׁתַּעֵי: כְּשֶׁיָּרַד חֲנִינָא בֶּן אֲחִי רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ לַגּוֹלָה, הָיָה מְעַבֵּר שָׁנִים וְקוֹבֵעַ חֳדָשִׁים בְּחוּצָה לָאָרֶץ.

Rav Safra dit : Rabbi Abbahou racontait — lorsque Hanina, fils du frère de Rabbi Yehochoua, descendit en exil, il intercalait les années et fixait les mois hors de la Terre d'Israël.

📜 Rachi (1)
מֵעֵבֶר שָׁנִים וְכוּ' וּתְנַן אֵין מְעַבְּרִין אֶת הַשָּׁנִים אֶלָּא בִּיהוּדָה דִּכְתִיב לִשְׁכֵנוֹ תִּדְרְשׁוּ כָּל דְּרִישׁוֹת שֶׁאַתָּה דּוֹרֵשׁ לֹא יְהוּ אֶלָּא בְּשִׁכְנוֹ שֶׁל מָקוֹם בפ"ק דְּסַנְהֶדְרִין (דַּף יא:):
« Il intercalait les années, etc. » : or nous avons appris qu'on n'intercale les années qu'en Yehouda, car il est écrit « vous rechercherez Sa demeure » — toutes les recherches que tu fais ne se feront que dans la demeure de l'Omniprésent ; au premier chapitre de Sanhédrin (11b).
💡 Explication

Le récit commence par l'acte litigieux. Fixer le calendrier — ibbour ha-chana et kidouch ha-hodech — relève du tribunal établi en Terre d'Israël, et Rachi rappelle la source de cette restriction au traité Sanhédrin.

L'enjeu dépasse la procédure : celui qui fixe le calendrier fixe les dates des fêtes, donc le centre de gravité du peuple. Un calendrier établi en Babylonie ferait de la diaspora ce centre.

24
שִׁגְּרוּ אַחֲרָיו שְׁנֵי תַּלְמִידֵי חֲכָמִים, רַבִּי יוֹסֵי בֶּן כִּיפָּר, וּבֶן בְּנוֹ שֶׁל זְכַרְיָה בֶּן קְבוּטָל. כֵּיוָן שֶׁרָאָה אוֹתָם, אָמַר לָהֶם: לָמָּה בָּאתֶם? אָמְרוּ לוֹ: לִלְמֹוד תּוֹרָה בָּאנוּ. הִכְרִיז עֲלֵיהֶם: אֲנָשִׁים הַלָּלוּ גְּדוֹלֵי הַדּוֹר הֵם וַאֲבוֹתֵיהֶם שִׁמְּשׁוּ בְּבֵית הַמִּקְדָּשׁ. כְּאוֹתָהּ שֶׁשָּׁנִינוּ: זְכַרְיָה בֶּן קְבוּטָל אוֹמֵר: הַרְבֵּה פְּעָמִים קָרִיתִי לְפָנָיו, בְּסֵפֶר דָּנִיֵּאל.

On envoya après lui deux talmidei hakhamim, Rabbi Yossi ben Kifar et le petit-fils de Zekharia ben Kevoutal. Lorsqu'il les vit, il leur dit : pourquoi êtes-vous venus ?

Ils lui dirent : nous sommes venus étudier la Torah. Il proclama à leur sujet : ces hommes sont les grands de la génération, et leurs pères ont servi au Temple.

Comme dans ce que nous avons appris : Zekharia ben Kevoutal dit : bien des fois j'ai lu devant lui le livre de Daniel.

📜 Rachi (1)
שֶׁגָּרוּ אַחֲרָיו לִמְחוֹת בְּיָדוֹ:
« On envoya après lui » : pour l'en empêcher.
💡 Explication

Les envoyés dissimulent leur mission : ils se présentent comme des élèves. Rachi indique le mandat réel — lemahot be-yado, l'en empêcher.

Hanina, y voyant un accroissement de son propre prestige, les établit publiquement comme autorités. La référence au traité Yoma sert à identifier le second envoyé par son grand-père, qui lisait devant le cohen gadol la nuit de Kippour.

25
הִתְחִיל הוּא מְטַמֵּא וְהֵם מְטַהֲרִים, הוּא אוֹסֵר וְהֵם מַתִּירִים. הִכְרִיז עֲלֵיהֶם: אֲנָשִׁים הַלָּלוּ שֶׁל שָׁוְא הֵם, שֶׁל תֹּהוּ הֵם. אָמְרוּ לוֹ: כְּבָר בָּנִיתָ וְאִי אַתָּה יָכוֹל לִסְתֹּור, כְּבָר גָּדַרְתָּ וְאִי אַתָּה יָכוֹל לִפְרֹוץ.

Il se mit à déclarer impur et eux déclaraient pur ; il interdisait et eux permettaient. Il proclama à leur sujet : ces hommes sont de vanité, ils sont de néant.

Ils lui dirent : tu as déjà bâti, et tu ne peux plus démolir ; tu as déjà clos, et tu ne peux plus faire brèche.

📜 Rachi (1)
כְּבָר בָּנִיתָ שֶׁהִגְדַּלְתָּ שֶׁמָּנוּ לוֹמַר גְּדוֹלֵי הַדּוֹר הֵם:
« Tu as déjà bâti » : car tu as grandi notre nom en disant qu'ils sont les grands de la génération.
🪔 Ben Yehoyada (2)
הוּא מְטַמֵּא וְהֵם מְטַהֲרִים. נִרְאֶה פָּשׁוּט דְּלָא טִהֲרוּ דָּבָר שֶׁהוּא טָמֵא מִן הַדִּין, אֶלָּא רַק טִהֲרוּ דָּבָר שֶׁהוּא טִמְּאוֹ מִכֹּחַ חוּמְרָא וְיֵשׁ בּוֹ צְדָדִין לְהֶיתֵּר, וְהַמַּקְשֶׁה יָדַע שֶׁכָּךְ הֲוָה וְעִם כָּל זֶה מַקְשֵׁי מִן הַבָּרַיְיתָא דְּחָכָם שֶׁטִּמֵּא אֵין חֲבֵירוֹ רַשַּׁאי לְטַהֵר, דִּפְשִׁיטָה לֵיהּ דְּאַיְירֵי בִּכְהַאי גַּווְנָא שֶׁהֶחָכָם טָמֵא מִצַּד חוּמְרָא וְיֵשׁ צְדָדִין לְהֶיתֵּר, דאל"כ לָא אִצְטְרִיךְ לְאַשְׁמְעִינַן תַּנָּא שֶׁלֹּא יִטְהַר הַטָּמֵא בְּוַדַּאי, וּמְשַׁנֵּי דְּעָבְרוּ מִשּׁוּם עֵת לַעֲשׂוֹת לַה' כְּדֵי דְּלָא נִגְרְרוּ אַבָּתְרֵיהּ.
« Lui déclarait impur et eux déclaraient pur. » Il paraît simple qu'ils n'ont pas déclaré pur ce qui était impur selon la loi stricte, mais seulement ce qu'il avait déclaré impur en vertu d'une rigueur, là où il y avait des aspects permettant la permission. Celui qui pose la question le savait, et malgré cela il objecte à partir de la baraita selon laquelle un sage qui a déclaré impur — son collègue n'a pas le droit de déclarer pur ; car il tient pour évident qu'il s'agit d'un cas de ce genre, où le sage a déclaré impur par rigueur et où il y a des aspects de permission, sans quoi le tana n'aurait pas eu besoin de nous enseigner qu'on ne déclare pas pur ce qui est impur avec certitude. Et l'on répond qu'ils ont transgressé en vertu de « il est temps d'agir pour ה' », afin qu'on ne se laisse pas entraîner après lui.
אֲנָשִׁים הַלָּלוּ שֶׁל שָׁוְא הֵן שֶׁל תֹּהוּ הֵן. הֵן נִרְאֶה לִי בס"ד כֶּפֶל הַלָּשׁוֹן כְּנֶגֶד ב' עִנְיָינִים שֶׁטָּהֲרוּ מַה שֶׁטִּימֵּא וְהִתִּירוֹ מַה שֶּׁאָסַר. אִי נָמֵי יֵשׁ מְטַהֵר הַשֶּׁרֶץ וּמַרְאֶה לוֹ פָּנִים שֶׁאֵין אַתָּה יָכוֹל לִדְחוֹת דְּבָרָיו, וְיֵשׁ מְטַהֵר הַשֶּׁרֶץ בְּדִבְרֵי תֹּוהוּ שֶׁהוּא מְגַבֵּב דְּבָרִים שֶׁהֵם נִדְחִים בְּנָקֵל, וְלָזֶה אָמַר שֶׁל שָׁוְא הֵן שֶׁהִתִּירוּ הָאִסּוּר, וְאַל תַּחְשְׁבוּ שֶׁהֵבִיא רְאָיוֹת כְּאוֹתוֹ שֶׁהָיָה מְטַהֵר הַשֶּׁרֶץ וּמַרְאֶה פָּנִים אֶלָּא שֶׁל תֹּוהוּ הֵן שֶׁאֵין בָּהֶם מַמָּשׁ שֶׁהָאָדָם תּוֹהֶה וּבוֹהֶה בָּהֶם. וְעוֹד נִרְאֶה לְפָרֵשׁ מַה שֶׁאָמַר הָנֵי תְּרֵי לִישָּׁנֵי שָׁוְא וְתָהוּ, כִּי יָדוּעַ שֶׁתַּלְמִיד חָכָם נִקְרָא אִישׁ וְנִקְרָא אִשָּׁה, וְהַיְינוּ בְּעֵת שֶׁלּוֹמֵד מֵאֲחֵרִים יֵשׁ לוֹ תֹּואַר אִשָּׁה, וּבְעֵת שֶׁהוּא מְלַמֵּד לַאֲחֵרִים יֵשׁ לוֹ תֹּואַר אִישׁ, כִּי כָּל מַשְׁפִּיעַ נִקְרָא אִישׁ וְכֹל נִשְׁפָּע נִקְרָא אִשָּׁה כַּנּוֹדָע, גַּם יָדוּעַ שִׁיעוּר הַלִּמּוּד שֶׁל תֵּלֵיד חָכָם שֶׁבָּטוּחַ בּוֹ שֶׁלֹּא יִשְׁכַּח לִימּוּדוֹ הוּא עַד מֵאָה וְאֶחָד, וְהִנֵּה מִסְפַּר אִשָּׁה ש"ו [306] , לָקַח אוֹת א' מִן שִׁיעוּר הַלִּימּוּד שֶׁהוּא ק"א וְהִנִּיחַ בש"ו וּקְרָאָן שָׁוְא [307] , וּמִסְפַּר אִישׁ שי"א [311] לָקַח אוֹת ק' מִן שִׁיעוּר הַלִּמּוּד וְהִנִּיחַ עִם שי"א נַעֲשָׂה מִסְפַּר תֹּהוּ [411] , וְלָזֶה אָמַר שֶׁל שָׁוְא הֵן שֶׁל תֹּהוּ. וְהִנֵּה בִּירוּשַׁלְמִי בִּנְדָרִים פֶּרֶק שִׁישִּׁי הֲלָכָה ח' הוּבָא מַעֲשֶׂה כָּזוֹ בְּאֹופֶן אַחֵר וְאֶפְשָׁר דְּבַתְּחִלָּה שָׁלַח לוֹ רַבֵּינוּ הַקָּדוֹשׁ כְּפִי מ"ש בִּירוּשַׁלְמִי וְלֹא חָזַר בּוֹ, וְאַחַר כָּךְ נַעֲשֵׂית שְׁלִיחוּת זוֹ הַכָּתוּב בַּבַּבְלִי, וּבָזֶה הַשְּׁלִיחוּת הָאַחֲרוֹנָה דִּבְּרוּ קָשׁוֹת כְּנֶגְדּוֹ וּכְנֶגֶד הַצִּיבּוּר.
« Ces hommes sont de vanité, ils sont de néant. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le redoublement de l'expression correspond aux deux choses : ils ont déclaré pur ce qu'il avait déclaré impur, et ils ont permis ce qu'il avait interdit. Ou bien : il est celui qui déclare pur le chereets en présentant des arguments qu'on ne peut écarter, et il est celui qui déclare pur le chereets par des paroles de néant, entassant des propos que l'on repousse aisément. C'est ce qu'il dit : ils sont de vanité, car ils ont permis l'interdit ; et ne pensez pas qu'il ait apporté des preuves comme celui qui déclarait pur le chereets en présentant des arguments — ils sont de néant, sans consistance, devant lesquels l'homme reste interdit. Il semble encore possible d'expliquer ces deux termes, chav et tohou, ainsi : il est connu que le talmid 'hakham est appelé homme et est appelé femme — lorsqu'il apprend des autres il a le titre de femme, et lorsqu'il enseigne aux autres il a le titre d'homme, car tout dispensateur est appelé homme et tout receveur est appelé femme, comme on sait ; il est connu aussi que la mesure d'étude du talmid 'hakham par laquelle il est assuré de ne pas oublier son étude va jusqu'à cent une fois. Or le compte de icha (femme) est trois cent six : il prend la lettre alef de la mesure d'étude, qui est cent une, la place avec trois cent six, et l'on obtient chav, trois cent sept ; et le compte de ich (homme) est trois cent onze : il prend la lettre kof de la mesure d'étude, la place avec trois cent onze, et l'on obtient le compte de tohou, quatre cent onze. C'est ce qu'il dit : ils sont de chav, ils sont de tohou. Et voici que dans le Yerouchalmi, traité Nedarim, chapitre six, halakha huit, un fait de ce genre est rapporté d'une autre manière ; il est possible qu'au début Rabbenou ha-Kadoch lui ait envoyé des émissaires comme il est dit dans le Yerouchalmi et qu'il ne se soit pas rétracté, et qu'ensuite ait eu lieu cette mission rapportée dans le Talmud de Babylone, où les envoyés parlèrent durement contre lui et contre la communauté.
💡 Explication

La contradiction est systématique et publique. Le renversement d'autorité est complet : Hanina cherche à retirer ce qu'il avait proclamé, et les envoyés lui opposent que l'opération est irréversible — la parole publique a déjà produit son effet.

Le Ben Yehoyada limite la portée du procédé : les envoyés n'ont contredit que des décisions de rigueur comportant des aspects de permission, et ils s'autorisaient du verset et laasot la-Hachem, pour empêcher la génération de suivre Hanina.

26
אָמַר לָהֶם: מִפְּנֵי מָה אֲנִי מְטַמֵּא וְאַתֶּם מְטַהֲרִים, אֲנִי אוֹסֵר וְאַתֶּם מַתִּירִים? אָמְרוּ לוֹ: מִפְּנֵי שֶׁאַתָּה מְעַבֵּר שָׁנִים וְקוֹבֵעַ חֳדָשִׁים בְּחוּץ לָאָרֶץ.

Il leur dit : pourquoi moi je déclare impur et vous déclarez pur, moi j'interdis et vous permettez ? Ils lui dirent : parce que tu intercales les années et fixes les mois hors de la Terre d'Israël.

27
אָמַר לָהֶם: וַהֲלֹא עֲקִיבָא בֶּן יוֹסֵף, הָיָה מְעַבֵּר שָׁנִים וְקוֹבֵעַ חֳדָשִׁים בְּחוּץ לָאָרֶץ! אָמְרוּ לוֹ: הַנַּח רַבִּי עֲקִיבָא, שֶׁלֹּא הִנִּיחַ כְּמוֹתוֹ בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל. אָמַר לָהֶם: אַף אֲנִי לֹא הִנַּחְתִּי כְּמוֹתִי בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל. אָמְרוּ לוֹ: גְּדָיִים שֶׁהִנַּחְתָּ נַעֲשׂוּ תְּיָשִׁים בַּעֲלֵי קַרְנַיִם, וְהֵם שֶׁגְּרוֹנוֹ אֶצְלְךָ, וְכֵן אָמְרוּ לָנוּ: לְכוּ וְאִמְרוּ לוֹ בִּשְׁמֵנוּ: אִם שׁוֹמֵעַ — מוּטָב, וְאִם לָאו — יְהֵא בְּנִדּוּי.

Il leur dit : Akiva ben Yossef n'intercalait-il pas lui aussi les années et ne fixait-il pas les mois hors de la Terre d'Israël ? Ils lui dirent : laisse Rabbi Akiva, qui n'a pas laissé son pareil en Terre d'Israël.

Il leur dit : moi non plus je n'ai pas laissé mon pareil en Terre d'Israël. Ils lui dirent : les chevreaux que tu as laissés sont devenus des boucs pourvus de cornes, et ce sont eux qui nous ont envoyés auprès de toi ; et voici ce qu'ils nous ont dit : allez et dites-lui en notre nom — s'il écoute, tant mieux ; sinon, qu'il soit en nidouy.

📜 Rachi (1)
וַהֲלֹא עֲקִיבָא בֶּן יוֹסֵף עָשָׂה כֵּן דִּתְנַן בִּיבָמוֹת א"ר עֲקִיבָא כְּשֶׁיָּרַדְתִּי לִנְהַרְדְּעָא לְעַבֵּר שָׁנִים בְּפֶרֶק בָּתְרָא הָאִשָּׁה שֶׁהָלַךְ בַּעְלָהּ וְצָרָתָהּ (דַּף קכב.):
« Akiva ben Yossef n'a-t-il pas fait ainsi » : car nous avons appris dans Yevamot — Rabbi Akiva a dit : lorsque je suis descendu à Nehardea pour intercaler les années ; au dernier chapitre, « la femme dont le mari est parti, ainsi que sa co-épouse » (122a).
🪔 Ben Yehoyada (1)
גְּדָיִים שֶׁהִנַּחְתָּ נַעֲשׂוּ תְּיָשִׁים בַּעֲלֵי קַרְנַיִם. נִרְאֶה לִי בס"ד תַּלְמִיד חָכָם נִקְרָא טוֹב עַל שֵׁם הַתּוֹרָה שֶׁנִּקְרֵאת טוֹב, וְלָכֵן קָרְאוּ אֶת הַחֲכָמִים בְּשֵׁם גָּדִים, כִּי גְּדִי [17] גֵּי' טוֹב [17] וְאִם תּוֹסִיף עַל מִסְפַּר גְּדִי מִסְפַּר מַזַּל הַתּוֹרָה שֶׁהוּא תרצ"ג [693] נַעֲשֶׂה מִסְפַּר תַּיִשׁ [710] , וְלָזֶה אָמַר נַעֲשׂוּ תְּיָשִׁים. ומ"ש בַּעֲלֵי קַרְנַיִם נִרְאֶה לִי בס"ד, כִּי שֵׁם חָכָם קְרָנוֹת שֶׁל שְׁמוֹ הֵם מ"ח [ ח כ ם ] רֶמֶז למ"ח מַעֲלוֹת שֶׁהַתּוֹרָה נִקְנֵית בָּהֶם, וְלָכֵן קְרָאוּם בַּעֲלֵי קַרְנַיִם כְּלוֹמַר שְׁלֵמִים הֵם במ"ח מַעֲלוֹת הָרְמוּזִים בַּקְּרָנוֹת שֶׁלָּהֶם. אוֹ יוּבָן רְצוֹנוֹ לוֹמַר יְכוֹלִים לְהַעֲנִישׁ אֶת הָאָדָם הַמְסָרֵב כְּנֶגֶד וּלְהֵמִיתוּ כַּאֲשֶׁר יָמִית הַשּׁוֹר בְּנָגְחוּ בַּקַּרְנַיִם שֶׁלּוֹ.
« Les chevreaux que tu as laissés sont devenus des boucs pourvus de cornes. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le talmid 'hakham est appelé tov (bon) du nom de la Torah, qui est appelée tov ; c'est pourquoi les sages ont été appelés chevreaux, car guedi vaut dix-sept, comme tov vaut dix-sept ; et si tu ajoutes au compte de guedi le compte du mazal de la Torah, qui est six cent quatre-vingt-treize, on obtient le compte de tayich (bouc), sept cent dix — c'est pourquoi il dit : ils sont devenus des boucs. Quant à « pourvus de cornes », il me semble, avec l'aide du Ciel, que les cornes des lettres de son nom, 'hakham, font quarante-huit, allusion aux quarante-huit qualités par lesquelles la Torah s'acquiert ; c'est pourquoi il les appelle pourvus de cornes, c'est-à-dire qu'ils sont accomplis dans les quarante-huit qualités évoquées par leurs cornes. Ou bien il veut dire qu'ils peuvent punir l'homme qui se rebelle contre eux et le faire mourir, comme le bœuf fait mourir en frappant de ses cornes.
💡 Explication

Hanina invoque un précédent : Rabbi Akiva avait lui aussi intercalé à Nehardea. La réponse ne conteste pas le fait mais la condition : Rabbi Akiva agissait ainsi parce qu'il ne restait personne de sa stature en Terre d'Israël.

Le point de désaccord devient donc factuel. Hanina soutient la même condition pour lui-même, et les envoyés la réfutent par l'image des chevreaux devenus boucs : ceux qu'il avait laissés enfants sont désormais des maîtres, et ce sont eux qui l'ont convoqué. La menace de nidouy clôt le folio.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).