Berakhot 63b — La fin de l'affaire de Hanina et le monopole de Tsion sur le calendrier, puis le kerem de Yavne : l'honneur de la Torah et l'honneur de celui qui reçoit

Berakhot 63b

Sougya : Le folio achève d'abord le récit commencé au folio précédent : Hanina, neveu de Rabbi Yehochoua, intercalait les années et fixait les mois en Babylonie, et les sages d'Erets Israël envoient un message d'une dureté extrême pour l'arrêter. La raison tient en un verset : de Tsion sortira la Torah.

La guemara relève au passage une anomalie de droit : un sage n'a pas le droit de déclarer pur ce que son collègue a déclaré impur, et les envoyés l'ont pourtant fait, pour que le public ne se laisse pas entraîner. S'ouvre ensuite une longue baraita : la réunion des sages au kerem de Yavne.

Quatre maîtres y prennent la parole. Rabbi Yehouda traite de l'honneur de la Torah, à partir de la tente que Moche dressait hors du camp, puis à partir du mot hasket du Deutéronome, qu'il lit de trois manières.

Rabbi Nehemia, Rabbi Yossi et Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossi le Galiléen traitent de l'honneur de l'akhsania, chacun par un kal va-homer tiré d'un hôte qui n'avait pourtant reçu qu'un intérêt propre : Yitro, les Égyptiens, et l'arche chez Oved-Edom.

L'affaire de Hanina : trois pièces d'un même dossier 1. Le fait Hanina intercale les années et fixe les mois en Babylonie. Le calendrier commande les fêtes, donc le karet et les peines. Ben Ich Haï : il le faisait chaque année. 2. Le moyen employé Message aux frères de l'exil : s'ils n'écoutent pas, qu'ils montent sur la montagne, bâtissent un autel et se déclarent hors d'Israël. Une menace, non un ordre : elle vise l'effroi. 3. L'effet Le peuple éclate en sanglots : nous avons une part en Israël. Le centre reste en Erets Israël. Motif du verset : de Tsion sortira la Torah. L'anomalie de droit relevée par la guemara Règle : un sage a déclaré impur, son collègue n'a pas le droit de déclarer pur ; il a interdit, son collègue n'a pas le droit de permettre. Réponse : ils ont sciemment renversé ses décisions, pour que le public ne se laisse pas entraîner derrière lui. Le sens de la mesure est donc politique : détruire l'autorité de l'homme, non trancher la halakha de l'objet.
Le récit se lit comme un dossier : le fait, le moyen, l'effet, et l'exception de droit que les envoyés ont assumée.
Le kerem de Yavne : quatre maîtres, deux sujets Rachi : on l'appelle kerem (vignoble) parce qu'ils siégeaient en rangées, comme une vigne plantée en rangées. Ben Ich Haï : kerem vaut aussi dix fois le Nom, et Yavne a les lettres de bina. Kevod Torah — Rabbi Yehouda a. La tente hors du camp : ceux qui vont de ville en ville sont des chercheurs. b. Hasket : la Torah est chère chaque jour comme au jour du Sinaï. Puis trois lectures du même mot. Kevod akhsania — les trois autres Rabbi Nehemia : Yitro et les Keni. Rabbi Yossi : les Égyptiens. Rabbi Eliezer b. Rabbi Yossi le Galiléen : l'arche chez Oved-Edom. Trois kal va-homer de même forme. Pourquoi ces deux sujets ensemble La baraita ouvre en disant que tous ont commencé par l'honneur de l'hôte : la réunion se tenait chez des particuliers, et l'étude d'une génération entière dépendait de gens qui logeaient et nourrissaient les sages.
La baraita est construite comme une séance : un remerciement aux hôtes, puis deux séries de derachot.
Les trois kal va-homer de l'hospitalité : même forme, trois degrés Forme commune : si celui qui a reçu sans intention pure obtient cela, celui qui reçoit un talmid 'hakham obtient bien davantage. Yitro Il a nourri Moche, mais pour son propre honneur. Ben Ich Haï : ses filles menaient le troupeau, ce qui l'humiliait ; il voulait un berger. Les Égyptiens Ils ont logé Israël, mais pour leur propre besoin : des chefs de troupeaux pour Pharaon. Et pourtant : tu n'auras pas l'Égyptien en abomination. Oved-Edom L'arche ne mange ni ne boit ; il a seulement balayé et arrosé devant elle. Bénédiction : huit belles-filles, six enfants chacune. Le point faible que chaque orateur retourne en force Chacun choisit exprès un hôte dont le mérite est mince : intérêt propre, besoin de main-d'œuvre, ou bénéficiaire muet. Conclusion identique dans les trois : nourrir, abreuver et faire profiter de ses biens un talmid 'hakham. La répétition littérale de la formule est voulue : c'est la séance qui martèle une même thèse devant les hôtes.
Trois orateurs, trois versets, une seule conclusion répétée mot pour mot.
1
וְאָמְרוּ לְאַחֵינוּ שֶׁבַּגּוֹלָה: אִם שׁוֹמְעִין — מוּטָב, וְאִם לָאו, יַעֲלוּ לָהָר, אָחִיהָ יִבְנֶה מִזְבֵּחַ, חֲנַנְיָה יְנַגֵּן בְּכִנּוֹר, וְיִכְפְּרוּ כֻּולָּם, וְיֹאמְרוּ אֵין לָהֶם חֵלֶק בֵּא-לֹהֵי יִשְׂרָאֵל.

Et dites à nos frères qui sont en exil : s'ils écoutent, tant mieux ; et sinon, qu'ils montent sur la montagne, qu'Ahiya bâtisse un autel, que Hanania joue de la harpe, et qu'ils renient tous, et qu'ils disent : nous n'avons pas de part au D.ieu d'Israël.

📜 Rachi (5)
וְאָמְרוּ לְאַחֵינוּ שֶׁבַּגּוֹלָה שֶׁלֹּא יִשְׁמְעוּ לוֹ:
Qu'ils ne l'écoutent pas.
יַעֲלוּ לָהָר לְאֶחָד הֶהָרִים לְהִתְנַהֵג בְּחֻוקּוֹת הָעַמִּים לִבְנוֹת בָּמוֹת:
Sur l'une des montagnes, pour se conduire selon les coutumes des nations et bâtir des bamot (hauts lieux).
אָחִיהָ יִבְנֶה מִזְבֵּחַ אָדָם גָּדוֹל הָיָה וְרֹאשׁ לִבְנֵי הַגּוֹלָה:
C'était un grand homme, et le chef des fils de l'exil.
חֲנַנְיָה הוּא חֲנַנְיָה אֲחִי רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ:
Il s'agit de Hanania, le frère de Rabbi Yehochoua.
יְנַגֵּן בְּכִנּוֹר לִפְנֵי הַבָּמָה לְפִי שֶׁחֲנַנְיָה לֵוִי הָיָה כְּדִתְנַן בְּמַסֶּכֶת עֲרָכִין (ד' יא:) מַעֲשֶׂה בְּרַב יְהוֹשֻׁעַ בֶּן חֲנַנְיָה שֶׁהָלַךְ לְסַיֵּיעַ אֶת רַב יוֹחָנָן בֶּן גֻּודְגְּדָא בַּהֲגָפַת דְּלָתוֹת אָמַר לוֹ חֲזֹור בְּךָ שֶׁאַתָּה מִן הַמְשׁוֹרְרִים וַאֲנִי מִן הַשּׁוֹעֲרִים:
Devant le haut lieu, car Hanania était un Levi, comme nous l'avons appris au traité Arakhin (11b) : il arriva que Rabbi Yehochoua ben Hanania alla aider Rabbi Yo'hanan ben Goudgueda à fermer les portes ; celui-ci lui dit : reviens sur tes pas, car tu es des chantres et moi des portiers.
💡 Explication

La phrase achève le message que les envoyés d'Erets Israël doivent transmettre en Babylonie. Elle est construite comme une menace et non comme une instruction : si la communauté refuse d'écarter Hanina, qu'elle aille jusqu'au bout et se déclare elle-même hors d'Israël.

Les détails sont choisis pour rendre l'image insoutenable. Ahiya est un chef reconnu de la communauté babylonienne, et Hanania est un Levi : ceux-là mêmes qui devraient tenir le culte légitime sont mis en scène comme officiants d'un culte de bama (haut lieu interdit). Rachi précise le statut lévitique de Hanania à partir d'une michna d'Arakhin qui distingue les chantres des portiers.

2
מִיָּד גָּעוּ כָּל הָעָם בִּבְכִיָּה וְאָמְרוּ: חַס וְשָׁלוֹם, יֵשׁ לָנוּ חֵלֶק בֵּא-לֹהֵי יִשְׂרָאֵל.

Aussitôt tout le peuple éclata en sanglots et dit : à D.ieu ne plaise ! Nous avons une part au D.ieu d'Israël.

💡 Explication

Le message atteint son but immédiatement. La réaction porte sur le seul point qui comptait : la communauté babylonienne refuse la séparation, donc elle accepte la primauté d'Erets Israël sur le calendrier.

3
וְכָל כָּךְ לָמָּה? מִשּׁוּם שֶׁנֶּאֱמַר: ״כִּי מִצִּיּוֹן תֵּצֵא תוֹרָה וּדְבַר ה׳ מִירוּשָׁלִָים״.

Et pourquoi aller si loin ? Parce qu'il est dit (Isaie 2, 3) : car de Tsion sortira la Torah, et la parole de Hachem de Jérusalem.

🪔 Ben Yehoyada (1)
וְכָל כָּךְ לָמָּה מִשּׁוּם שֶׁנֶּאֱמַר (יְשַׁעְיָהוּ ב' ג') כִּי מִצִּיּוֹן תֵּצֵא תוֹרָה וּדְבַר ה' מִירוּשָׁלִָ‍ם. פֵּירוּשׁ פָּסוּק זֶה מֻוכְרָח לְפָרְשׁוֹ לְעִנְיַן עִיבּוּר שָׁנִים וּקְבִיעוּת חֳדָשִׁים, כִּי לִימּוּד תּוֹרָה וְהִלְכוֹתֶיהָ יוֹצְאִים מִכָּל מָקוֹם שֶׁיֵּשׁ שָׁם חֲכָמִים וַאֲפִילּוּ בְּחוּץ לָאָרֶץ וּמַאי אִרְיָא צִיּוּן? אַךְ לְעִנְיַן עִיבּוּר שָׁנִים וּקְבִיעוּת חֳדָשִׁים אָתֵי שַׁפִּיר, כִּי בְּעִיבּוּר שָׁנִים וּקְבִיעוּת חֳדָשִׁים תְּלוּיִים כַּמָּה הֲלָכוֹת מִדִּבְרֵי תּוֹרָה, וכמ"ש בִּירוּשַׁלְמִי (פ"ו דִּנְדָרִים) שֶׁאוֹמְרִים לָעֵדִים הַמְּעִידִים עַל הַחֹדֶשׁ כַּמָּה אִיסּוּרִים הַשַּׁייָּכִים לר"ה ויוה"כ וְסֻוכּוֹת וּפֶסַח תְּלוּיִים בָּעֵדוּת שֶׁלָּכֶם שֶׁיֵּשׁ בְּכָל אֵלֶּה כְּרִיתוֹת וּמִלְּקִיּוֹת, וְכֵן כַּמָּה הֲלָכוֹת בְּדִינֵי מָמוֹנוֹת בְּעִנְיַן שְׂכִירוּת בָּתִּים וְכַיּוֹצֵא, וְכֵן בְּדִינֵי נְפָשׁוֹת בְּבַת שֶׁקִּידְּשָׁהּ אָבִיהָ וְהִיא בַּת שָׁלֹשׁ שָׁנִים וְיוֹם אֶחָד הַבָּא עָלֶיהָ חַיָּיב סְקִילָה, וְאִם הָעֵדִים מְעִידִים שֶׁרָאוּ הַחֹודֶשׁ יוֹם שְׁלֹשִׁים שֶׁנִּמְצָא יוֹם ל' נַעֲשָׂה מֵחֹודֶשׁ הַבָּא וְאוֹתוֹ הַיּוֹם נִשְׁלְמוּ שָׁלֹשׁ שָׁנִים וְיוֹם אֶחָד וְהַבָּא עָלֶיהָ יִתְחַיֵּיב סְקִילָה, וְכֵן אִם אָדָם עָבַר עֲבֵירָה שֶׁחַייָּב מִיתָה וְהוּא בֶּן י"ג שָׁנִים וְיוֹם אֶחָד בְּיוֹם הַשְּׁלֹשִׁים, וְנִמְלְכוּ בֵּית דִּין לְעַבֵּר הַחֹודֶשׁ נִמְצָא עֲדַייִן אֵינוֹ בַּר עוֹנְשִׁין, וְעוֹד יֵשׁ כַּמָּה נִפְקוּתוֹת יוֹצְאִין מִקְּבִיעוּת הַחֹודֶשׁ לְעִנְיַן מִשְׁפְּטֵי הַתָּרָה וְהִלְכוֹתֶיהָ, וְלָכֵן נֶאֱמַר מִצִּיּוֹן תֵּצֵא תּוֹרָה עַל עִיבּוּר הַחֹודֶשׁ, וְאָמַר וּדְבַר ה' מִירוּשָׁלִַ‍ם, דְּהָכִי אָמְרוּ בַּגְּמָרָא דְּנִדָּה עַל פָּסוּק (תְּהִלִּים נז, ג') אֶקְרָא לֵא-לֹהִים עֶלְיוֹן לָאֵל גֹּמֵר עָלָי, בְּתוּלָה שֶׁבָּאוּ עָלֶיהָ קֹודֶם שֶׁנִּשְׁלְמוּ שָׁלֹשׁ שָׁנִים וְיוֹם אֶחָד וְנָשְׁרוּ בְּתוּלֶיהָ גָּזַר הקב"ה בְּטֶבַע הָעוֹלָם שֶׁחוֹזְרִין, אֲבָל אַחַר שָׁלֹשׁ שָׁנִים וְיוֹם א' אֵין חוֹזְרִין, וְאִם נִשְׁלָמִים בַּאֲדָר וְנִמְלְכוּ בֵּית דִּין לְעַבֵּר הַשָּׁנָה לַעֲשׂוֹת אֲדָר ב' הֲרֵי הַבְּתוּלִין חוֹזְרִין, וְזֶהוּ גּוֹמֵר עָלַי מַסְכִּים עַל מַעֲשֵׂינוּ, וז"ש וּדְבַר ה' שֶׁגָּזַר עַל הַטֶּבַע תָּלוּי בַּעֲבוּר הַשָּׁנָה שֶׁיֵּצֵא מִירוּשָׁלִַ‍ם. וְנִרְאֶה לִי דְּהִקְפִּידוּ עָלָיו יוֹתֵר מִפְּנֵי שֶׁהָיָה עוֹשֶׂה זֹאת בִּתְמִידוּת כָּל שָׁנָה, מַה שֶׁאֵין כֵּן בְּמִקְרֶה כִּי הַךְ דְּרַבִּי עֲקִיבָא וְשִׁבְעָה זְקֵנִים דְּאִיתָא בִּירוּשַׁלְמִי דַּחֲגִיגָה פֶּרֶק ג', גַּם הַשִּׁבְעָה זְקֵנִים הָהֵם עָשׂוּ מִפְּנֵי אֵימַת מַלְכוּת וְעִם כָּל זֶה עָשׂוּ נִסָּיוֹן בְּדֶרֶךְ נֵס לִרְאוֹת אִם הִסְכִּימוּ מִשָּׁמַיִם, וְכַנִּזְכָּר שָׁם בְּעִנְיַן תְּחִיבַת הַמַּסְמֵר בַּאֲכֶן שֶׁיֵּרֵד בְּנַחַת כְּאִלּוּ יוֹרֵד בְּתוֹךְ הָעִיסָּה, וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד רָמַז הַכָּתוּב (קֹהֶלֶת יב, יא) דִּבְרֵי חֲכָמִים כַּדָּרְבֹנוֹת וּכְמַשְׂמְרוֹת נְטוּעִים בַּעֲלֵי אֲסֻפּוֹת נִתְּנוּ מֵרֹעֶה אֶחָד, וְהוּא כַּמְבֹואָר.
Et pourquoi aller si loin ? Parce qu'il est dit (Isaie 2, 3) : car de Tsion sortira la Torah et la parole de Hachem de Jérusalem. Il faut nécessairement expliquer ce verset au sujet de l'intercalation des années et de la fixation des mois, car l'étude de la Torah et de ses halakhot sort de tout lieu où se trouvent des sages, même hors d'Erets Israël : pourquoi donc Tsion en particulier ? Mais pour l'intercalation des années et la fixation des mois cela s'entend bien, car de l'intercalation des années et de la fixation des mois dépendent plusieurs halakhot de la Torah. Ainsi qu'il est dit dans le Yerouchalmi (Nedarim, chapitre 6) que l'on dit aux témoins qui témoignent sur la nouvelle lune : combien d'interdits relatifs à Roch Hachana, a Yom Kippour, à Soukkot et à Pessa'h dépendent de votre témoignage, et il y a dans tous ces cas des peines de karet et de flagellation. De même plusieurs halakhot de dinei mamonot (litiges de biens), en matière de location de maisons et de cas semblables ; de même en dinei nefachot (causes capitales) : une fille que son père a fiancée et qui a trois ans et un jour, celui qui a commerce avec elle est passible de lapidation ; si les témoins attestent avoir vu la lune le trentième jour, ce trentième jour devient le premier du mois suivant, et ce jour-là les trois ans et un jour sont accomplis, de sorte que celui qui a commerce avec elle devient passible de lapidation. De même si un homme a commis une faute passible de mort alors qu'il a treize ans et un jour au trentième jour, et que le tribunal décide d'allonger le mois, il se trouve qu'il n'est pas encore soumis aux peines. Et il y a encore plusieurs conséquences qui découlent de la fixation du mois pour les règles de l'annulation des vœux et leurs halakhot. C'est pourquoi il est dit : de Tsion sortira la Torah, au sujet de l'intercalation du mois. Et il est dit : et la parole de Hachem de Jérusalem, car ainsi ont dit les sages dans la guemara de Nidda sur le verset (Psaumes 57, 3) : j'appelle le D.ieu suprême, le D.ieu qui accomplit pour moi. Une jeune fille avec laquelle on a eu commerce avant l'accomplissement des trois ans et un jour, et dont les signes de virginité ont été détruits : le Saint béni soit-Il a décrété dans la nature du monde qu'ils reviennent ; mais après trois ans et un jour ils ne reviennent plus. Et si ces trois ans s'accomplissent en Adar et que le tribunal décide d'intercaler l'année pour faire un second Adar, voici que les signes reviennent. Tel est le sens de « qui accomplit pour moi » : Il consent à nos actes. Et c'est ce que dit le verset : et la parole de Hachem, ce qu'Il a décrété sur la nature, dépend de l'intercalation de l'année, qui sort de Jérusalem. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'ils se sont montrés plus sévères envers lui parce qu'il faisait cela de façon permanente, chaque année, à la différence d'un acte occasionnel, comme celui de Rabbi Akiva et des sept anciens rapporté dans le Yerouchalmi de Haguiga, chapitre 3 ; ces sept anciens eux-mêmes n'ont agi que par crainte du pouvoir, et malgré cela ils ont fait une épreuve par voie de miracle pour voir si l'on consentait à leur acte depuis le Ciel, comme il y est rappelé au sujet du clou enfoncé dans la pierre, qui y descendit doucement comme s'il entrait dans de la pâte. Et par là j'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, l'allusion du verset (Kohelet 12, 11) : les paroles des sages sont comme des aiguillons et comme des clous plantés, ceux des assemblées, donnés par un seul pasteur — comme cela a été exposé.
💡 Explication

La guemara donne le motif de la sévérité : le verset d'Isaie. Le Ben Ich Haï objecte que l'étude, elle, se pratique partout, y compris hors d'Erets Israël ; le verset ne peut donc viser que ce qui, en fait, ne sort que de Tsion, c'est-à-dire l'ibbour (intercalation des années) et le kidouch hahodech (fixation des mois).

Il montre ensuite l'ampleur de l'enjeu : le calendrier commande les dates des fêtes, donc les peines de karet, mais aussi des questions de biens, des questions capitales liées à l'âge exact d'une personne, et jusqu'à des faits de nature. Un second point lui appartient en propre : la faute de Hanina était permanente, ce qui la distingue d'une intercalation faite une fois sous la contrainte.

4
בִּשְׁלָמָא הוּא מְטַהֵר, וְהֵם מְטַמְּאִין — לְחוּמְרָא. אֶלָּא הוּא מְטַמֵּא וְהֵם מְטַהֲרִין, הֵיכִי הָוֵי? וְהָא תַּנְיָא: חָכָם שֶׁטָּמֵא — אֵין חֲבֵרוֹ רַשַּׁאי לְטַהֵר, אָסַר — אֵין חֲבֵרוֹ רַשַּׁאי לְהַתִּיר! קָסָבְרִי כִּי הֵיכִי דְּלָא נִגָּרְרוּ בָּתְרֵיהּ.

Passe encore lorsque lui déclarait pur et qu'eux déclaraient impur : c'est une rigueur. Mais lorsque lui déclarait impur et qu'eux déclaraient pur, comment cela se peut-il ?

N'a-t-on pas enseigné : un sage qui a déclaré impur, son collègue n'a pas le droit de déclarer pur ; il a interdit, son collègue n'a pas le droit de permettre ! Ils tenaient qu'il fallait agir ainsi pour que l'on ne se laisse pas entraîner derrière lui.

💡 Explication

La guemara examine la technique employée par les envoyés : ils prenaient systématiquement le contrepied de Hanina. Un sens ne pose pas de problème, car durcir la décision d'autrui reste toujours possible ; c'est l'autre sens qui accroche.

La baraita citée pose une règle de discipline : une décision rendue par un sage n'est pas défaite par un autre dans le sens de l'allègement. Les envoyés ont donc agi contre une règle établie, en connaissance de cause, parce que le but n'était pas de trancher les cas soumis mais de rendre l'autorité de Hanina inutilisable. C'est une mesure de circonstance, décidée au nom de la chaat hadhak (l'urgence de l'heure).

🖼️ Schéma
Les deux sens de la contradiction, et celui qui pose problème Hanina dit pur, eux disent impur Le public reste sur la rigueur. Aucune règle n'interdit d'être plus sévère que son collègue : la guemara accepte. Hanina dit impur, eux disent pur Ils allègent ce qu'il a interdit. La baraita l'interdit : le collègue ne peut pas permettre ce qui fut interdit. Réponse : ils l'ont fait exprès Le but n'était pas la halakha de l'objet mais l'autorité de l'homme : il fallait que ses décisions cessent d'être suivies. Une règle de discipline cède devant une mesure d'urgence prise par le centre.
Un seul des deux sens fait difficulté, et la réponse assume ouvertement l'entorse.
5
תָּנוּ רַבָּנַן כְּשֶׁנִּכְנְסוּ רַבּוֹתֵינוּ לַכֶּרֶם בְּיַבְנֶה, הָיוּ שָׁם רַבִּי יְהוּדָה וְרַבִּי יוֹסֵי וְרַבִּי נְחֶמְיָה וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בְּנוֹ שֶׁל רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי. פָּתְחוּ כֻּולָּם בִּכְבוֹד אַכְסַנְיָא וְדָרְשׁוּ.

Nos maîtres ont enseigné : lorsque nos maîtres entrèrent au kerem (vignoble) de Yavne, il y avait là Rabbi Yehouda, Rabbi Yossi, Rabbi Nehemia et Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossi le Galiléen. Ils ouvrirent tous par l'honneur de l'akhsania (l'hôte qui reçoit) et enseignèrent.

📜 Rachi (2)
לַכֶּרֶם עַל שֵׁם שֶׁהָיוּ יוֹשְׁבִים שׁוּרוֹת שׁוּרוֹת כְּכֶרֶם זֶה הַנָּטוּעַ שׁוּרוֹת שׁוּרוֹת:
Ainsi nommé parce qu'ils siégeaient rangée par rangée, comme ce vignoble qui est planté rangée par rangée.
בִּכְבוֹד אַכְסְנָיָא מַכְנִיסֵי אוֹרְחִים בַּבָּתִּים:
Ceux qui accueillent des hôtes dans leurs maisons.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כְּשֶׁנִּכְנְסוּ רַבּוֹתֵינוּ לַכֶּרֶם בְּיַבְנֶה. נִרְאֶה לִי בס"ד הָא דְּקָרוּ לבהמ"ד בְּשֵׁם כֶּרֶם, כִּי עֵסֶק הַתּוֹרָה עוֹשֶׂה תִּיקּוּן בִּיצִירָה שֶׁהוּא בְּחִינַת שֵׁם הֲוָיָ"ה, וְעֶשֶׂר פְּעָמִים הוי"ה [26] עוֹלֶה כֶּרֶם [260] , מַה שֶׁאֵין כֵּן הַמִּצְוֹת עוֹשִׂים תִּיקּוּן בַּעֲשִׂיָּה. אִי נָמֵי נ"ל כֶּרֶם נִקְרָא עַל נְטִיעָה שֶׁל גְּפָנִים, וּבַעֲנָבִים יֵשׁ אֲכִילָה וְיֵשׁ שְׁתִיָּה, כֵּן בְּעֵסֶק הַתּוֹרָה לִימּוּד הַגִּרְסָה יִדְמֶה לַאֲכִילָה, וְלִימּוּד הַסְּבָרָה וְהָעִיּוּן שֶׁיּוֹצֵא מִן הַגִּרְסָה יִדְמֶה לִשְׁתִיָּה, כִּי הַיַּיִן יוֹצֵא מִן הָעֲנָבִים, וְעַל לִמּוּד זֶה נֶאֱמַר (מִשְׁלֵי ט' ה') וְשָׁתוּ בְּיַיִן מַסְּכָתֵי. וּמַה שֶׁנִּקְרֵאת שֵׁם הָעִיר יִבְנֶה נִרְאֶה לִי בס"ד זָכְתָה לְשֵׁם זֶה שֶׁהוּא אוֹתִיּוֹת בִּינָה, שֶׁהָיָה בָּהּ קִיבּוּץ חֲכָמִים יוֹדְעֵי בִּינָה בְּמֶשֶׁךְ כַּמָּה דּוֹרוֹת, גַּם יִבְנֶה לְשׁוֹן בִּנְיָן שֶׁהַחֲכָמִים נִקְרָאִין בַּנָּאִין.
Lorsque nos maîtres entrèrent au kerem de Yavne. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que si l'on a appelé la maison d'étude du nom de kerem, c'est parce que l'occupation de la Torah opère une réparation dans la Yetsira, qui est du registre du Nom de quatre lettres ; et dix fois ce Nom, dont la valeur est vingt-six, font kerem, deux cent soixante ; tandis que les mitsvot opèrent une réparation dans l'Assia. Ou bien il me semble que kerem se dit d'une plantation de vignes, et que dans le raisin il y a de quoi manger et de quoi boire : de même dans l'occupation de la Torah, l'étude de la guirsa (le texte appris par cœur) ressemble à la nourriture, et l'étude de la sevara et de l'examen, qui sort de la guirsa, ressemble à la boisson, car le vin sort du raisin ; et c'est de cette étude qu'il est dit (Proverbes 9, 5) : et buvez du vin que j'ai mélangé. Quant au nom de la ville, Yavne, il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'elle a mérité ce nom parce qu'il porte les lettres de bina (discernement), puisqu'il s'y trouva un rassemblement de sages connaissant la bina durant plusieurs générations ; et yavné est aussi un terme de construction (binyan), car les sages sont appelés banaim (bâtisseurs).
💡 Explication

La baraita ouvre le grand morceau du folio. Le kerem de Yavne désigne l'assemblée des sages après la destruction ; Rachi refuse la lecture d'un vrai vignoble et l'explique par la disposition des bancs, en rangées.

Le détail qui commande la suite est le dernier mot : tous ont commencé par l'honneur de l'akhsania, c'est-à-dire des gens qui les logeaient. Rabbi Yehouda enchaînera pourtant sur l'honneur de la Torah, et seuls les trois autres développeront l'hospitalité.

6
פָּתַח רַבִּי יְהוּדָה רֹאשׁ הַמְדַבְּרִים בְּכָל מָקוֹם בִּכְבוֹד תּוֹרָה, וְדָרַשׁ: ״וּמֹשֶׁה יִקַּח אֶת הָאֹהֶל וְנָטָה לוֹ מִחוּץ לַמַּחֲנֶה״. וַהֲלֹא דְּבָרִים קַל וָחֹומֶר: וּמָה אֲרוֹן ה׳ שֶׁלֹּא הָיָה מְרֻוחָק אֶלָּא שְׁנֵים עָשָׂר מִיל אָמְרָה תּוֹרָה ״וְהָיָה כָּל מְבַקֵּשׁ ה׳ יֵצֵא אֶל אֹהֶל מוֹעֵד״ — תַּלְמִידֵי חֲכָמִים שֶׁהוֹלְכִים מֵעִיר לָעִיר וּמִמְּדִינָה לִמְדִינָה לִלְמוֹד תּוֹרָה, עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה.

Rabbi Yehouda, le premier des orateurs en tout lieu, ouvrit par l'honneur de la Torah et enseigna : et Moche prenait la tente et la dressait hors du camp (Exode 33, 7). Or ces choses ne sont-elles pas un kal va-homer (à fortiori) ?

Si de l'arche de Hachem, qui n'était éloignée que de douze mil, la Torah a dit : et quiconque cherchait Hachem sortait vers la tente d'assignation — les talmidei hakhamim (disciples des sages) qui vont de ville en ville et de province en province pour apprendre la Torah, à combien plus forte raison !

📜 Rachi (3)
רֹאשׁ הַמְדַבְּרִים בְּמַסֶּכֶת שַׁבָּת מְפָרֵשׁ לָהּ בְּבָמָה מַדְלִיקִין (ד' לג:):
Cela est expliqué au traité Chabbat, au chapitre Bameh madlikin (33b).
שְׁנֵים עָשָׂר מִיל שָׁלֹשׁ פַּרְסָאוֹת מַחֲנֵה יִשְׂרָאֵל מִבֵּית הַיְשִׁימוֹת עַד אָבֵל הַשִּׁטִּים תְּלָתָא פַּרְסֵי:
Trois parsaot : le camp d'Israël, depuis Beit HaYéchimot jusqu'à Avel HaChittim, faisait trois parsaot.
אָמְרָה תּוֹרָה כוּ' כְּלוֹמַר קְרָאוֹ הַכָּתוּב מְבַקֵּשׁ ה':
C'est-à-dire que le verset les a appelés : celui qui cherche Hachem.
🪔 Ben Yehoyada (1)
פָּתַח רַבִּי יְהוּדָה רֹאשׁ הַמְדַבְּרִים. הִנֵּה הַטַּעַם שֶׁנִּקְרָא כָּךְ מְפֹורָשׁ בַּגְּמָרָא דְּשַׁבָּת. אַךְ אֲנָא עָבְדָא פֵּרַשְׁתִּי בס"ד טַעַם הָגוּן, כִּי מִן הַשָּׁמַיִם גִּלְגְּלוֹ הַשֶּׁבַח הַזֶּה עָלָיו שֶׁנִּקְרָא בְּכָךְ ע"פ מ"ש רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּשַׁעַר הַגִּלְגּוּלִים (דַּף לח), דְּרַבִּי יְהוּדָה בֶּן אִלְעַאי הָיָה מִבְּחִינָה הַב' שֶׁל קַיִן שֶׁהִיא הַחֵלֶק שֶׁהוֹרִישׁ אָדָם הָרִאשׁוֹן לְקַיִן מִמֶּנּוּ, שֶׁיֵּשׁ בִּבְחִינָה זוֹ הַב' הַמְשָׁכַת כָּל הָעוֹלָמוֹת שֶׁהוּא מִנֶּפֶשׁ דַּעֲשִׂיָּה עַד הַנֶּפֶשׁ דַּאֲצִילוּת וְהִיא בִּכְלָל, וְכָל מִי שֶׁנִּשְׁמָתוֹ מִזּוֹ הַבְּחִינָה הַב' מַעֲלָתוֹ גְּדוֹלָה, שֶׁיֵּשׁ בָּהּ כֹּחַ וִיכֹולֶת לְתַקֵּן הָעוֹלָם בַּפַּעַם הָרִאשׁוֹנָה שֶׁתָּבֹא לָעוֹלָם מִנֶּפֶשׁ דַּעֲשִׂיָּה עַד נֶפֶשׁ דַּאֲצִילוּת, וְיִזְכֶּה לָקַחַת עַל יְדֵי מַעֲשָׂיו נֶפֶשׁ דַּאֲצִילוּת, וְכָל מָקוֹם שֶׁתִּמְצָא בְּחִינַת שֵׁם מַלְאָךְ מְכוֹנָה לְאֵיזֶה צַדִּיק אֵינוֹ אֶלָּא מִשֹּׁורֶשׁ הַזֶּה, וְלָכֵן אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל עַל רַבִּי יְהוּדָה בַּר אִלְעַאי שֶׁכָּל עֶרֶב שַׁבָּת הָיָה רוֹחֵץ פָּנָיו יָדָיו וְרַגְלָיו וּמְקַבֵּל שַׁבָּת וְהָיָה דּוֹמֶה לְמַלְאַךְ ה' צְבָאוֹת עַד כָּאן דְּבָרָיו. עַיֵּין שָׁם, וְיָדוּעַ כִּי הַנֶּפֶשׁ בְּכָל מָקוֹם הִיא בְּחִינַת דִּיבּוּר, וְעַל כֵּן רַבִּי יְהוּדָה ב"א שֶׁזָּכָה לִבְחִינָה זוֹ הַב', שעי"כ יָכוֹל לְתַקֵּן מִנֶּפֶשׁ דַּעֲשִׂיָּה עַד נֶפֶשׁ דַּאֲצִילוּת שֶׁכֻּולָּם הֵם בְּחִינַת דִּיבּוּר, לְכָךְ נִקְרָא רֹאשׁ הַמְדַבְּרִים בְּכָל מָקוֹם, רֹאשׁ הַמְדַבְּרִים דַּיְיקָא, בְּכָל מָקוֹם דַּיְיקָא.
Rabbi Yehouda ouvrit, lui le premier des orateurs. Le motif de ce titre est exposé dans la guemara de Chabbat. Mais moi, le serviteur, j'en ai expliqué, avec l'aide du Ciel, une raison convenable : du Ciel on a fait tourner cet éloge sur lui pour qu'il soit ainsi nommé, d'après ce qu'écrit notre maître le Ari, de mémoire bénie, dans le Chaar HaGuilgoulim (page 38), que Rabbi Yehouda ben Ilai relevait du second registre de Kayin, qui est la part qu'Adam le premier homme a transmise à Kayin de lui-même. Or il y a dans ce second registre l'attraction de tous les mondes, depuis le nefech de l'Assia jusqu'au nefech de l'Atsilout inclus. Quiconque a son âme de ce second registre est d'un grand degré, car il y a en lui la force et la capacité de réparer le monde, des la première fois qu'il vient au monde, depuis le nefech de l'Assia jusqu'au nefech de l'Atsilout, et il mérite de recevoir par ses actes le nefech de l'Atsilout. Et partout où tu trouves un nom d'ange applique à un juste, cela ne vient que de cette racine ; c'est pourquoi nos maîtres, de mémoire bénie, ont dit de Rabbi Yehouda bar Ilai que chaque veille de Chabbat il lavait son visage, ses mains et ses pieds et recevait le Chabbat, et qu'il ressemblait à un ange de Hachem des armées. Fin de ses paroles ; vois-les. Or on sait que le nefech est partout du registre de la parole ; c'est pourquoi Rabbi Yehouda ben Ilai, qui a mérité ce second registre par lequel il peut réparer depuis le nefech de l'Assia jusqu'au nefech de l'Atsilout, tous du registre de la parole, est appelé le premier des orateurs en tout lieu — le premier des orateurs précisément, en tout lieu précisément.
💡 Explication

Le raisonnement porte sur un mot du verset. Celui qui allait vers la tente est appelé par la Torah mevakech Hachem, celui qui cherche Hachem, alors qu'il ne franchissait, selon Rachi, que douze mil, soit trois parsaot, la largeur du camp.

Le kal va-homer se construit sur cette distance : si une marche courte, vers un lieu où se trouvait l'arche, mérite ce titre, il vaut à plus forte raison pour ceux qui traversent des provinces afin d'étudier. La conclusion est que la recherche de la Torah est elle-même la recherche de Hachem.

🖼️ Schéma
Le kal va-homer des douze mil Le cas léger : la tente hors du camp Distance : douze mil, soit trois parsaot. On y trouvait l'arche. Et pourtant le verset appelle celui qui y va celui qui cherche Hachem. Le cas lourd : le talmid 'hakham Il va de ville en ville et de province en province. Il n'y a pas d'arche à l'arrivée, seulement une maison d'étude. Ce que le raisonnement établit : chercher la Torah, c'est déjà chercher Hachem. Et par conséquent : l'hôte qui reçoit ces voyageurs prend part à la même recherche - d'où le lien avec le sujet de la séance.
La distance parcourue est le pivot du raisonnement.
7
״וְדִבֶּר ה׳ אֶל מֹשֶׁה פָּנִים אֶל פָּנִים״, אָמַר רַבִּי יִצְחָק: אָמַר לוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְמֹשֶׁה: מֹשֶׁה, אֲנִי וְאַתָּה נַסְבִּיר פָּנִים בַּהֲלָכָה. אִיכָּא דְּאָמְרִי כָּךְ אָמַר לוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְמֹשֶׁה: כְּשֵׁם שֶׁאֲנִי הִסְבַּרְתִּי לָךְ פָּנִים, כָּךְ אַתָּה הַסְבֵּר פָּנִים לְיִשְׂרָאֵל, וְהַחֲזֵר הָאֹהֶל לִמְקוֹמוֹ.

Et Hachem parlait à Moche face à face (Exode 33, 11). Rabbi Yits'hak a dit : le Saint béni soit-Il dit à Moche : Moche, toi et Moi, montrons un visage accueillant dans la halakha.

Certains disent : ainsi lui dit le Saint béni soit-Il : de même que Je t'ai montré un visage accueillant, de même montre un visage accueillant à Israël, et ramène la tente à sa place.

📜 Rachi (1)
כְּשֵׁם שֶׁאֲנִי הִסְבַּרְתִּי לָךְ פָּנִים כָּךְ אַתָּה הַסְבֵּר פָּנִים וְהַייְנוּ דִּכְתִיב פָּנִים בְּפָנִים:
Et c'est le sens de ce qui est écrit : face à face.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֲנִי וְאַתָּה נַסְבִּיר פָּנִים בַּהֲלָכָה. נִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁנָּתַן לוֹ רְשׁוּת שֶׁיֹּאמַר לְפָנָיו חִידּוּשׁ אֲשֶׁר יִתְחַדֵּשׁ בְּשִׂכְלוֹ בְּאֵיזֶה טַעַם וְסָבְרָה שֶׁמּוֹצֵא בד"ת שֶׁלּוֹמֵד לְפָנָיו יִתְבָּרֵךְ, וְלֹא יֹאמַר אֵיךְ לִפְנֵי הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ שֶׁהוּא אֱ-לֹהֵי אֱמֶת אֲשֶׁר הַדְּבָרִים מִמֶּנּוּ יָצְאוּ וְנֶחְצְבוּ אוֹמֵר דָּבָר מַה שֶׁנִּרְאֶה לְדַעְתִּי וְרָצָה הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ בְּכָךְ שֶׁיִּהְיֶה מְכַוֵּין עַל הָאֱמֶת מִדַּעְתּוֹ כְּדֵי לְזַכּוֹתוֹ בְּחָודְשֵׁי תּוֹרָה. ומ"ש לוֹ כְּשֵׁם שֶׁאֲנִי הִסְבַּרְתִּי לָךְ פָּנִים כָּךְ אַתָּה הַסְבֵּר פָּנִים לְיִשְׂרָאֵל, נִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה שֶׁאִם הָרַב יִרְאֶה לַתַּלְמִיד פָּנִים צְהֻובּוֹת יִתְפַּקַּח הַתַּלְמִיד וְיִתְחַכֵּם וְיֹאמַר חִידּוּשׁ, מַה שֶׁאֵין כֵּן אִם יֵרָאֶה לוֹ פָּנִים זוֹעֲמוֹת יְטַמְטֵם לִבּוֹ, וְלָכֵן א"ל כְּשֵׁם שֶׁאֲנִי הִסְבַּרְתִּי לָךְ פָּנִים ועי"כ נִפְתַּח לִבְּךָ בַּתּוֹרָה כֵּן אַתָּה הַסְבֵּר פָּנִים לְיִשְׂרָאֵל, וְאִם תִּשָּׁאֵר חוּץ לַמַּחֲנֶה הִנֵּה בָּזֶה אַתָּה מַרְאֶה לָהֶם פָּנִים שֶׁל זַעַם שֶׁנִּיכָּר שֶׁאַתָּה בְּכַעַס עִמָּהֶם וְלִבָּם יְטַמְטֵם.
Toi et Moi, montrons un visage accueillant dans la halakha. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'Il lui a donné l'autorisation de dire devant Lui un hidouch (nouveauté) qui se renouvelle dans son intelligence, par quelque raison ou sevara qu'il trouve dans les paroles de Torah qu'il apprend devant Lui, béni soit-Il, et qu'il ne dise pas : comment dirais-je, devant le Nom béni soit-Il qui est le D.ieu de vérité et de qui les choses sont sorties et ont été taillées, quelque chose qui me semble juste selon mon avis ? Car le Nom béni soit-Il a voulu qu'il vise le vrai par sa propre intelligence, afin de lui donner un mérite dans les nouveautés de la Torah. Et ce qu'Il lui a dit : de même que Je t'ai montré un visage accueillant, de même montre un visage accueillant à Israël, il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est celle-ci : si le maître montre au disciple un visage riant, le disciple s'ouvre, devient sage et dit un hidouch ; tandis que s'il lui montre un visage irrité, son cœur s'obstrue. C'est pourquoi Il lui a dit : de même que Je t'ai montré un visage accueillant, et que par là ton cœur s'est ouvert à la Torah, de même montre un visage accueillant à Israël ; et si tu restes hors du camp, tu leur montres par là un visage de colère, où l'on reconnaît que tu es irrité contre eux, et leur cœur s'obstruera.
💡 Explication

La deracha joue sur l'expression panim el panim, face à face. Le verbe hisbir panim, montrer un visage accueillant, est de la même racine que hasbara, l'explication : enseigner avec un visage ouvert et expliquer sont présentés comme un seul geste.

La seconde version déplace la phrase vers une exigence adressée à Moche : la tente dressée hors du camp est elle-même un visage fermé montré au peuple. Le Ben Ich Haï ajoute la raison pédagogique : un disciple accueilli produit des hidouchim, un disciple reçu avec dureté se referme.

8
״וְשָׁב אֶל הַמַּחֲנֶה״ וְגוֹ׳, אָמַר רַבִּי אָבָהוּ: אָמַר לוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְמֹשֶׁה: עַכְשָׁיו יֹאמְרוּ הָרַב בְּכַעַס וְתַלְמִיד בְּכַעַס, יִשְׂרָאֵל מַה תְּהֵא עֲלֵיהֶם? אִם אַתָּה מַחֲזִיר הָאֹהֶל לִמְקוֹמוֹ — מוּטָב, וְאִם לָאו — יְהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן תַּלְמִידְךָ מְשָׁרֵת תַּחְתֶּיךָ.

Et il revenait au camp, etc. (Exode 33, 11).

Rabbi Abahou a dit : le Saint béni soit-Il dit à Moche : maintenant ils diront : le maître est en colère et le disciple est en colère ; qu'adviendra-t-il d'Israël ? Si tu ramènes la tente à sa place, tant mieux ; sinon, Yehochoua bin Noun, ton disciple, servira à ta place.

📜 Rachi (3)
הָרַב בְּכַעַס עֲלֵיהֶם מִשּׁוּם מַעֲשֵׂה הָעֵגֶל:
Contre eux, à cause de l'affaire du veau.
וְתַלְמִיד בְּכַעַס וְגַם אַתָּה מַרְאֶה לָהֶם כַּעַס שֶׁהִרְחַקְתָּ אָהָלְךָ מִמַּחֲנֶה:
Toi aussi tu leur montres de la colère, puisque tu as éloigné ta tente du camp.
אִם אַתָּה מַחֲזִיר הָאֹהֶל לִמְקוֹמוֹ גָּרְסִינַן:
Notre version porte : si tu ramènes la tente à sa place.
💡 Explication

L'argument tient à la position d'Israël entre deux colères. Rachi identifie les deux : celle du Saint béni soit-Il après le veau, et celle de Moche, lisible dans le seul fait que sa tente est plantée hors du camp.

La menace de remplacement par Yehochoua n'est pas une sanction pour une faute, mais la conséquence d'une fonction : un conducteur qui se tient à distance ne peut plus conduire. La formule « si tu ramènes, tant mieux ; sinon... » reprend exactement la structure du message envoyé à Hanina au début du folio.

🖼️ Schéma
La tente hors du camp : quatre étapes 1. Le veau Le maître est en colère contre Israël. 2. La tente Moche la dresse hors du camp : signe visible de sa propre colère. 3. L'objection Deux colères, et le peuple entre les deux. 4. Le choix Ramener la tente, ou céder la place à Yehochoua. Moche obéit : et il revenait au camp. La tente est ramenée, la menace ne s'exécute pas dans l'immédiat. Rava : la parole n'est pourtant pas sortie en vain. Yehochoua reste dans la tente et finira par servir à sa place - la menace s'accomplit plus tard.
La menace suit la même forme que celle envoyée à Hanina : obéis, ou tu es remplacé.
9
וְהַייְנוּ דִּכְתִיב: ״וְשָׁב אֶל הַמַּחֲנֶה״. אָמַר רָבָא: אַף עַל פִּי כֵן, לֹא יָצָא הַדָּבָר לְבַטָּלָה. שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּמְשָׁרְתוֹ יְהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן נַעַר לֹא יָמִישׁ מִתּוֹךְ הָאֹהֶל״.

Et c'est ce qui est écrit : et il revenait au camp. Rava a dit : malgré cela, la parole n'est pas sortie en vain, ainsi qu'il est dit : et son serviteur Yehochoua bin Noun, un jeune homme, ne quittait pas l'intérieur de la tente.

📜 Rachi (2)
וְהַייְנוּ דִּכְתִיב וְשָׁב אֶל הַמַּחֲנֶה הָשֵׁב הָאֹהֶל לַמַּחֲנֶה וְאִם לָאו מְשָׁרֶתְךָ יְהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן נַעַר לֹא יָמִישׁ מִתּוֹכָהּ שֶׁיְּשַׁמֵּשׁ תַּחְתֶּיךָ וְאַף עַל פִּי שֶׁהֱשִׁיבוֹ לְאַחַר שֶׁנִּתְרַצָּה הקב"ה לְיִשְׂרָאֵל וְהוּקַם הַמִּשְׁכָּן לֹא יָצָא דָּבָר לְבַטָּלָה:
Ramène la tente au camp ; et sinon, ton serviteur Yehochoua bin Noun, le jeune homme, qui ne quitte pas son intérieur, servira à ta place. Et bien qu'il l'ait ramenée après que le Saint béni soit-Il se fut apaisé envers Israël et que le Michkan eut été dressé, la parole n'est pas sortie en vain.
לָא גָּרְסִינַן וּמְשָׁרְתוֹ יְהוֹשֻׁעַ וְגוֹ':
Nous n'avons pas dans notre version : et son serviteur Yehochoua, etc.
💡 Explication

Rava tire une règle du récit : une parole prononcée d'en haut ne s'annule pas, même lorsque la condition qui l'a provoquée disparaît. Moche a obéi, la tente est revenue, et pourtant l'annonce concernant Yehochoua garde sa force et s'accomplit plus tard.

La seconde glose de Rachi est une remarque de guirsa (version du texte) : il écarte des mots que certains manuscrits ajoutaient à cet endroit.

10
וְעוֹד פָּתַח רַבִּי יְהוּדָה בִּכְבוֹד תּוֹרָה וְדָרַשׁ: ״הַסְכֵּת וּשְׁמַע יִשְׂרָאֵל הַיּוֹם הַזֶּה נִהְיֵיתָ לְעָם״, וְכִי אוֹתוֹ הַיּוֹם נִתְּנָה תּוֹרָה לְיִשְׂרָאֵל? וַהֲלֹא אוֹתוֹ יוֹם סוֹף אַרְבָּעִים שָׁנָה הָיָה! אֶלָּא לְלַמֶּדְךָ שֶׁחֲבִיבָה תּוֹרָה עַל לוֹמְדֶיהָ בְּכָל יוֹם וָיוֹם כַּיּוֹם שֶׁנִּתְּנָה מֵהַר סִינַי.

Et Rabbi Yehouda ouvrit encore par l'honneur de la Torah et enseigna : fais silence et écoute, Israël : aujourd'hui tu es devenu un peuple (Deutéronome 27, 9). Or est-ce ce jour-là que la Torah fut donnée à Israël ?

Ce jour-là était pourtant la fin des quarante ans ! Mais c'est pour t'enseigner que la Torah est chère à ceux qui l'étudient chaque jour comme au jour où elle fut donnée du mont Sinaï.

💡 Explication

La difficulté est chronologique : le verset est prononcé à la fin des quarante années, et il parle pourtant d'aujourd'hui comme du jour où Israël devient un peuple. La réponse retourne l'anomalie en enseignement : le don de la Torah est traité comme un événement qui se refait chaque jour pour celui qui étudie.

11
אָמַר רַבִּי תַּנְחוּם בְּרֵיהּ דְּרַבִּי חִייָּא אִישׁ כְּפַר עַכּוֹ: תֵּדַע — שֶׁהֲרֵי אָדָם קוֹרֵא קְרִיאַת שְׁמַע שַׁחֲרִית וְעַרְבִית, וְעֶרֶב אֶחָד אֵינוֹ קוֹרֵא — דּוֹמֶה כְּמִי שֶׁלֹּא קָרָא קְרִיאַת שְׁמַע מֵעוֹלָם.

Rabbi Tanhoum fils de Rabbi Hiya, l'homme du village d'Akko, a dit : sache-le, car un homme lit le Chema matin et soir, et s'il ne le lit pas un seul soir, il est semblable à celui qui n'a jamais lu le Chema.

💡 Explication

La preuve est prise dans une pratique quotidienne. Un manquement unique n'est pas présenté comme une faute proportionnée à un seul soir, mais comme une rupture qui atteint l'ensemble : ce qui est perdu ne se rattrape pas.

Le raisonnement soutient l'affirmation précédente. Si chaque lecture équivaut au jour du don, alors chaque jour manqué est un don manqué.

12
״הַסְכֵּת״ — עֲשׂוּ כִּתּוֹת כִּתּוֹת וְעִסְקוּ בַּתּוֹרָה. לְפִי שֶׁאֵין הַתּוֹרָה נִקְנֵית אֶלָּא בַּחֲבוּרָה. כִּדְרַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא, דְּאָמַר רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא: מַאי דִכְתִיב ״חֶרֶב אֶל הַבַּדִּים וְנֹאָלוּ״ — חֶרֶב עַל שׂוֹנְאֵיהֶם שֶׁל תַּלְמִידֵי חֲכָמִים שֶׁיּוֹשְׁבִים בַּד בְּבַד וְעוֹסְקִים בַּתּוֹרָה. וְלֹא עוֹד, אֶלָּא שֶׁמְּטַפְּשִׁים, כְּתִיב הָכָא ״וְנֹאָלוּ״, וּכְתִיב הָתָם ״אֲשֶׁר נוֹאַלְנוּ״. וְלֹא עוֹד, אֶלָּא שֶׁחוֹטְאִים, שֶׁנֶּאֱמַר ״וַאֲשֶׁר חָטָאנוּ״.

Hasket : formez des groupes (kitot) et occupez-vous de la Torah, car la Torah ne s'acquiert que dans une havoura (un groupe d'étude). Cela suit Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina, car Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina a dit : que signifie ce qui est écrit (Jérémie 50, 36) : une épée contre les habadim, et ils deviendront fous ?

Une épée contre les ennemis des talmidei hakhamim — c'est-à-dire contre eux-mêmes — qui siègent chacun seul (bad bevad) et s'occupent de la Torah. Et non seulement cela, mais ils s'abêtissent : il est écrit ici « et ils deviendront fous », et il est écrit là-bas (Nombres 12, 11) : ce en quoi nous avons été fous.

Et non seulement cela, mais ils fautent, ainsi qu'il est dit : et ce en quoi nous avons fauté.

📜 Rachi (1)
הַסְכֵּת עֲשׂוּ כִּתּוֹת כִּתּוֹת. דְּרֵישׁ הַס כְּמוֹ עָשׂוּ:
Il interprète has comme s'il valait assou (faites).
🪔 Ben Yehoyada (2)
וְלֹא עוֹד אֶלָּא שֶׁמִּטַּפְּשִׁים. נְקַט לְשׁוֹן טִפְּשׁוּת לוֹמַר גַּם בְּחֵלֶק הַפְּשָׁט שֶׁל הַתּוֹרָה שֶׁהוּא קַל מִשְּׁאָר חֲלָקִים גַּם כֵּן לֹא יֶחְכַּם אֶחָד מֵהֶן, אֶלָּא יִתְהַפְּכוּ לוֹ אוֹתִיּוֹת פָּשַׁט לְאוֹתִיּוֹת טִפֵּשׁ .
Et non seulement cela, mais ils s'abêtissent. Il emploie un terme de sottise pour dire que même dans la partie du pchat (sens simple) de la Torah, qui est plus aisée que les autres parties, aucun d'eux ne deviendra sage ; au contraire, les lettres de pchat se renverseront pour lui en lettres de tipèch (sot).
לְפִי שֶׁאֵין תּוֹרָה נִקְנֵית אֶלָּא בַּחֲבוּרָה. נִרְאֶה לִי בס"ד הַתּוֹרָה נִקְרֵאת חֶרֶב פִּיפִיּוֹת, כמ"ש (תְּהִלִּים קמ"ט ו') רוֹמְמוֹת אֵל בִּגְרוֹנָם וְחֶרֶב פִּיפִיּוֹת בְּיָדָם, לְכָךְ מַצֶּלֶת מֵחֶרֶב עֵשָׂו, והי"א שֶׁבִּכְתָב חֲמִשָּׁה סְפָרִים ושבע"פ שִׁשָּׁה סְדָרִים, נִמְצָא הִיא חֶרֶב וָהּ' שֶׁהֵם אוֹתִיּוֹת חבור"ה לְכָךְ אָמַר אֵינָהּ נִקְנֵית אֶלָּא בַּחֲבוּרָה.
Car la Torah ne s'acquiert que dans une havoura. Il me semble, avec l'aide du Ciel : la Torah est appelée épée à deux tranchants, comme il est dit (Psaumes 149, 6) : les louanges de D.ieu dans leur gorge et une épée à deux tranchants dans leur main ; c'est pourquoi elle sauve de l'épée d'Essav. Et les onze — cinq livres pour la Torah écrite et six ordres pour la Torah orale — donnent ceci : elle est herev (épée) avec vav et hé, soit six et cinq, et ce sont les lettres de havoura ; c'est pourquoi il a dit qu'elle ne s'acquiert que dans une havoura.
💡 Explication

La deracha décompose hasket en deux mots, assou (faites) et kitot (groupes). Rachi note précisément le procédé : la syllabe has est lue comme un impératif « faites ».

La preuve vient d'un verset de Jérémie où badim est rattaché à bad bevad, chacun seul. Trois conséquences sont énumérées dans l'ordre : l'épée, puis la sottise, établie par une guezera chava avec le mot noalnou dit par Aharon, puis la faute, tirée de la suite du même verset. L'isolement est ainsi présenté comme une cause, non comme une simple perte de rendement.

13
אִיבָּעֵית אֵימָא מֵהָכָא: ״נוֹאֲלוּ שָׂרֵי צֹעַן״.

Si tu veux, dis plutôt d'ici (Isaie 19, 13) : les princes de Tsoan sont devenus fous.

💡 Explication

Une source de rechange pour la même guezera chava. Le mot noalou revient dans Isaie, ce qui évite de dépendre du seul verset des Nombres.

14
דָּבָר אַחֵר: ״הַסְכֵּת וּשְׁמַע יִשְׂרָאֵל״ — כַּתְּתוּ עַצְמְכֶם עַל דִּבְרֵי תוֹרָה. כִּדְאָמַר רֵישׁ לָקִישׁ, דְּאָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: מִנַּיִן שֶׁאֵין דִּבְרֵי תוֹרָה מִתְקַיְּימִין אֶלָּא בְּמִי שֶׁמֵּמִית עַצְמוֹ עָלֶיהָ — שֶׁנֶּאֱמַר: ״זֹאת הַתּוֹרָה אָדָם כִּי יָמוּת בְּאֹהֶל״.

Autre explication : fais silence et écoute, Israël — brisez-vous (katétou) sur les paroles de Torah. Comme l'a dit Rech Lakich, car Rech Lakich a dit : d'où sait-on que les paroles de Torah ne se maintiennent que chez celui qui se fait mourir pour elle ?

Ainsi qu'il est dit (Nombres 19, 14) : voici la Torah — un homme qui meurt dans une tente.

📜 Rachi (2)
כַּתְּתוּ עַצְמְכֶם וְדָרְשִׁי נָמֵי הַס כְּמוֹ עֲשֵׂה עֲשׂוּ עַצְמְכֶם כְּתוּתִים לְהִצְטַעֵר עַל דִבְרֵי תוֹרָה:
Ici encore il interprète has comme s'il valait asse (fais) : faites-vous broyés, pour peiner sur les paroles de Torah.
זֹאת הַתּוֹרָה הֵיכָן מְצוּיָה בְּאָדָם שֶׁיָּמוּת בְּאָהֳלֵי תּוֹרָה:
Où la trouve-t-on ? Chez l'homme qui meurt dans les tentes de la Torah.
💡 Explication

Deuxième lecture du même mot : la syllabe ket est rattachée à katat, broyer. Le verset des Nombres, qui traite en son sens premier de l'impureté d'un mort dans une tente, est relu comme une description de l'étudiant qui s'épuise dans la tente d'étude.

15
דָּבָר אַחֵר: ״הַסְכֵּת וּשְׁמַע יִשְׂרָאֵל״ — הַס, וְאַחַר כָּךְ כַּתֵּת. כִּדְרָבָא, דְּאָמַר רָבָא: לְעוֹלָם יִלְמֹוד אָדָם תּוֹרָה, וְאַחַר כָּךְ יֶהְגֶּה.

Autre explication : fais silence et écoute, Israël — has (tais-toi), et ensuite katet (broie). Comme Rava, car Rava a dit : que l'homme apprenne toujours la Torah d'abord, et qu'ensuite il approfondisse.

📜 Rachi (2)
הַס וְאַחַר כָּךְ כַּתֵּת שְׁתוֹק כְּמוֹ וַיַּהַס כָּלֵב (בַּמִּדְבָּר י״ג:ל׳) שְׁתוֹק וְהַאֲזֵן לִשְׁמוּעָתְךָ עַד שֶׁתְּהֵא שְׁגוּרָה בְּפִיךָ וְאַף עַל פִּי שֶׁאֵינָהּ מְיֻושֶּׁבֶת לְךָ וְאַחַר כָּךְ כַּתְּתֶנָּה וְהִקְשָׁה עָלֶיהָ מַה שֶׁיֵּשׁ לְךָ לְהַקְשׁוֹת וְתָרֵץ תֵּרוּצִין עַד שֶׁתִּתְיַישֵּׁב לְךָ:
Tais-toi, comme dans « et Kalev fit taire » (Nombres 13, 30) : tais-toi et prête l'oreille à la chemoua (tradition reçue) jusqu'à ce qu'elle soit courante dans ta bouche, même si elle ne t'est pas encore claire ; et ensuite broie-la, soulève dessus toutes les difficultés que tu as à soulever et donne les réponses, jusqu'à ce qu'elle te devienne claire.
יֶהְגֶּה יְעַיֵּין:
Qu'il examine.
💡 Explication

Troisième lecture, qui garde les deux syllabes dans leur ordre et en fait une séquence pédagogique : d'abord le silence et la guirsa (le texte appris tel quel), ensuite seulement l'analyse.

Rachi décrit la méthode avec précision : on retient la chemoua même sans la comprendre, puis on la soumet aux questions et aux réponses. L'ordre est un point d'enseignement : comprendre avant de connaître le texte ne tient pas.

🖼️ Schéma
Un mot, trois lectures : hasket Le verset : hasket ouchéma Israël - fais silence et écoute, Israël (Deutéronome 27, 9). 1. assou kitot Faites des groupes. Contre l'étude solitaire : épée, sottise, faute. Règle : avec qui j'étudie. 2. katétou atsmékhem Brisez-vous sur elle. Rech Lakich : elle ne tient que chez qui se fait mourir pour elle. Règle : à quel prix. 3. has, puis katet Tais-toi, puis broie. Rava : d'abord apprendre, ensuite approfondir. Règle : dans quel ordre. Les trois lectures ne se contredisent pas : elles répondent à trois questions différentes sur une même étude. Avec qui, a quel prix, dans quel ordre.
Trois derachot sur le même mot, chacune réglant un aspect distinct de l'étude.
16
אָמְרִי דְּבֵי רַבִּי יַנַּאי: מַאי דִכְתִיב ״כִּי מִיץ חָלָב יוֹצִיא חֶמְאָה וּמִיץ אַף יוֹצִיא דָם וּמִיץ אַפַּיִם יוֹצִיא רִיב״?

On a dit dans la maison de Rabbi Yannai : que signifie ce qui est écrit (Proverbes 30, 33) : car la pression du lait fait sortir le beurre, la pression du nez (af) fait sortir le sang, et la pression des deux colères (apayim) fait sortir la querelle ?

📜 Rachi (1)
מִיץ חָלָב יוֹצִיא חֶמְאָה הַמּוֹצִיא אֶת הֶחָלָב שֶׁמָּצַץ מִשְּׂדֵי אִמּוֹ עַל דִּבְרֵי הַתּוֹרָה חֶמְאָה הִיא לוֹ:
Celui qui fait sortir, pour les paroles de la Torah, le lait qu'il a tête des seins de sa mère : elle devient pour lui du beurre.
💡 Explication

Le verset est bâti sur trois emplois du mot mits, la pression. La maison de Rabbi Yannai va lire les trois membres comme trois étapes d'une même formation, en jouant sur le double sens de af, qui désigne le nez et la colère.

17
בְּמִי אַתָּה מוֹצֵא חֶמְאָה שֶׁל תּוֹרָה — בְּמִי שֶׁמֵּקִיא חָלָב שֶׁיָּנַק מִשְׁדֵּי אִמּוֹ עָלֶיהָ.

Chez qui trouves-tu le beurre de la Torah ? Chez celui qui recrache pour elle le lait qu'il a tête des seins de sa mère.

🪔 Ben Yehoyada (1)
בְּמִי אַתָּה מוֹצֵא חֶמְאָה שֶׁל תּוֹרָה. נִרְאֶה לִי בס"ד הָא דְּקָרֵי לָהּ חֶמְאָה, כִּי הַתּוֹרָה נִתְּנָה לָנוּ מֵעוֹלָם הַבְּרִיאָה לְכָךְ הִתְחִילָה בְּבֵי"ת, וְיָדוּעַ כִּי הַבְּרִיאָה הִיא מִסְפַּר הַמֵּאוֹת, גַּם יָדוּעַ שֶׁבַּתּוֹרָה יֵשׁ ח' דַּרְגִין שֶׁהֵם 'כָּשֵׁר וּפָסוּל טָמֵא וְטָהוֹר אָסוּר וּמֻותָּר חַייָּב וְזַכַּאי' וְלָזֶה קָרֵי לָהּ חֶמְאָה אוֹתִיּוֹת ח ' מֵאָה .
Chez qui trouves-tu le beurre de la Torah. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que si on l'appelle hem'a (beurre), c'est parce que la Torah nous a été donnée depuis le monde de la Beria, et c'est pourquoi elle commence par un beth ; or on sait que la Beria est du registre des centaines. On sait aussi qu'il y a dans la Torah huit degrés : cacher et passoul, tame et tahor, assour et moutar, hayav et zakai. C'est pourquoi on l'appelle hem'a, qui porte les lettres de het (huit) et mea (cent).
💡 Explication

Le premier membre du verset est applique à l'effort qui précède tout le reste. L'image est celle d'un homme qui rend jusqu'au lait de sa première enfance : l'acquisition demande de se dépouiller de ce qui a été reçu sans peine.

18
״וּמִיץ אַף יוֹצִיא דָם״ — כָּל תַּלְמִיד שֶׁכּוֹעֵס עָלָיו רַבּוֹ פַּעַם רִאשׁוֹנָה וְשׁוֹתֵק — זוֹכֶה לְהַבְחִין בֵּין דָּם טָמֵא לְדָם טָהוֹר.

Et la pression du nez fait sortir le sang : tout disciple contre lequel son maître se met en colère une première fois et qui se tait, mérite de savoir distinguer entre le sang impur et le sang pur.

📜 Rachi (1)
וּמִיץ אַף הַמּוֹצֵץ כַּעַס רַבּוֹ וְסוֹבְלוֹ יוֹצִיא הִלְכוֹת דָּם לְעֻומָּתָם:
Celui qui absorbe la colère de son maître et la supporte fera sortir, en regard, les halakhot du sang.
💡 Explication

Le deuxième membre repose sur le double sens de af. Le disciple qui encaisse une première colère sans répondre reçoit une compétence précise : les dinei damim, les lois du sang de la femme, domaine où la décision se joue sur des nuances très fines.

La correspondance est voulue : celui qui supporte le sang qui lui monte au visage obtient de trancher sur le sang.

19
״וּמִיץ אַפַּיִם יוֹצִיא רִיב״ — כָּל תַּלְמִיד שֶׁכּוֹעֵס עָלָיו רַבּוֹ פַּעַם רִאשׁוֹנָה וּשְׁנִיָּה וְשׁוֹתֵק — זוֹכֶה לְהַבְחִין בֵּין דִּינֵי מָמוֹנוֹת לְדִינֵי נְפָשׁוֹת. דִּתְנַן, רַבִּי יִשְׁמָעֵאל אוֹמֵר: הָרוֹצֶה שֶׁיִּתְחַכֵּם — יַעֲסֹוק בְּדִינֵי מָמוֹנוֹת, שֶׁאֵין לָךְ מִקְצוֹעַ בַּתּוֹרָה יוֹתֵר מֵהֶן, שֶׁהֵן כְּמַעְיָן נוֹבֵעַ.

Et la pression des deux colères fait sortir la querelle : tout disciple contre lequel son maître se met en colère une première et une seconde fois et qui se tait, mérite de savoir distinguer entre les dinei mamonot (litiges de biens) et les dinei nefachot (causes capitales). Ainsi que nous l'avons appris : Rabbi Yichmael dit : celui qui veut devenir sage, qu'il s'occupe des dinei mamonot, car tu n'as pas dans la Torah de domaine plus grand qu'eux : ils sont comme une source jaillissante.

📜 Rachi (1)
דִּתְנַן שֶׁדִּינֵי מָמוֹנוֹת עֲמֻוקִּים הֵם וְהָרוֹצֶה שֶׁיִּתְחַכֵּם יַעֲסֹוק בְּדִינֵי מָמוֹנוֹת שֶׁאֵין מִקְצוֹעַ בַּתּוֹרָה גָּדוֹל מֵהֶם:
Car les dinei mamonot sont profonds, et celui qui veut devenir sage doit s'occuper des dinei mamonot, car il n'y a pas dans la Torah de domaine plus grand qu'eux.
🪔 Ben Yehoyada (2)
זוֹכֶה לְהַבְחִין בֵּין דִּינֵי מָמוֹנוֹת לְדִינֵי נְפָשׁוֹת. קַשָּׁא הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר שֶׁיָּבִין בְּדִינֵי מָמוֹנוֹת וְדִינֵי נְפָשׁוֹת, וּמַאי 'הַבְחָנָה' אִיכָּא בֵּין דִּינִים אֵלּוּ לְדִינִים אֵלּוּ שֶׁהֵם רְחוֹקִים זֶה מִזֶּה? וְעוֹד דִּינֵי נְפָשׁוֹת לָא שָׁיְיכִי אֶלָּא בִּזְמַן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַייָּם דְּאִיכָּא סַנְהֶדְרִין? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהַכָּתוּב אָמַר (מִשְׁלֵי ל, לג) יוֹצִיא רִיב וְזֶה מַשְׁמַע עַל דִּינֵי מָמוֹנוֹת בִּלְבַד, אַךְ מְפָרֵשׁ הַכַּוָּנָה רְצוֹנוֹ לוֹמַר עַל דִּינֵי מָמוֹנוֹת שֶׁהוּא פְּתִיךְ בַּהֲדֵי דִּינֵי נְפָשׁוֹת, כְּגוֹן עִנְיָן דְּאִיתָא בְּגִיטִּין דַּף ח' עֶבֶד שֶׁהֵבִיא גִּיטּוֹ וְכָתוּב בּוֹ עַצְמְךָ וּנְכָסַיי קְנוּיִים לְךָ, עַצְמוֹ קָנָה נְכָסִים לֹא קָנָה, וְהֵי טַעְמָא מִשּׁוּם דְּעַל עַצְמוֹ נֶאֱמָן אֲבָל עַל נְכָסִים אֵינוֹ נֶאֱמָן שֶׁצָּרִיךְ עֵדִים שֶׁיְּקַיְּימוּ הַשְּׁטָר, וַהֲרֵי דִּין זֶה שֶׁל מָמוֹן הוּא אַךְ פְּתִיךְ בַּהֲדֵי דִּינֵי נְפָשׁוֹת, דְּאִם קִידֵּשׁ בַּת יִשְׂרָאֵל אִם הוּא עֶבֶד אֵין כָּאן קִדּוּשִׁין, וְאִם זִינְּתָה אֵין כָּאן חִיּוּב מִיתָה, וְאִם הוּא בֶּן חוֹרִין שֶׁנֶּאֱמַר עַצְמוֹ קָנָה הֲרֵי זוֹ פְּנוּיָה הִיא, וּמִן הַדִּין דְּעַל עַצְמוֹ נֶאֱמָן וְחָשׁוּב בֶּן חוֹרִין וְקִדּוּשָׁיו תּוֹפְסִין וְאִיכָּא חִיּוּב מִיתָה, וּלְעִנְיַן מָמוֹן אֵינוֹ נֶאֱמָן דְּלָא קָנָה נְכָסִים, וְהַטִּפֵּשׁ מַשְׁוֶה שְׁתֵּי דִּינִין אֵלּוּ כְּאֶחָד וּכְשֵׁם דִּלְגַבֵּי דִּינֵי נְפָשׁוֹת דָּן אוֹתוֹ לְנֶאֱמָן כֵּן דָּן אוֹתוֹ לְגַבֵּי נְכָסִים, אוֹ יַעֲשֶׂה לְהֵפֶךְ לָדוּן שֶׁאֵינוֹ נֶאֱמָן בִּשְׁנֵיהֶם, אַךְ בֶּאֱמֶת צָרִיךְ לְהַבְחִין בֵּין דִּינֵי מָמוֹנוֹת לְדִינֵי נְפָשׁוֹת כִּי זֶה לְחוּד וְזֶה לְחוּד וְאַף עַל גַּב שֶׁהֵם הוֹרָאוֹת דְּסָתְרִי. וּבָזֶה מוּבָן בס"ד מַה שֶׁהֵבִיא עַל זֶה הָא דִּתְנַן הָרוֹצֶה שֶׁיִּתְחַכֵּם יַעֲסֹוק בְּדִינֵי מָמוֹנוֹת וְקַשָּׁא פָּתַח בִּשְׁתַּיִם וְסִיֵּים בְּאַחַת, וּבָזֶה נִיחָא דְּהִיא אַייְרֵי בְּדִינֵי מָמוֹנוֹת בִּלְבַד שֶׁכֵּן מַשְׁמָעוּת יָצָא רִיב אֶלָּא דְּפָתֵיךְ בַּהֲדֵי דִּינֵי נְפָשׁוֹת, וְרַבִּי יִשְׁמָעֵאל נַמֵּי בְּהָכִי אַיְירֵי וְלָכֵן קָרֵי לֵיהּ מִקְצוֹעַ רְצוֹנוֹ לוֹמַר זָוִית, שֶׁהַזָּוִית הִיא מָקוֹם אֶחָד כָּלוּל בּוֹ שְׁתֵּי צְלָעוֹת מִצַּד זֶה וּמִצַּד זֶה, וְכֵן כָּאן הוּא דִּין אֶחָד שֶׁל מָמוֹן אַךְ כּוֹלֵל שְׁתַּיִם מָמוֹן וּנְפָשׁוֹת.
Il mérite de distinguer entre les dinei mamonot et les dinei nefachot. Il y avait lieu de s'étonner : il aurait fallu dire qu'il comprendra les dinei mamonot et les dinei nefachot ; quelle distinction y a-t-il à faire entre ces lois-ci et ces lois-là, qui sont si éloignées les unes des autres ? De plus, les dinei nefachot ne s'appliquent qu'au temps où le Temple est debout et où il y a un Sanhédrin. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le verset dit (Proverbes 30, 33) : fait sortir la querelle, ce qui indique les dinei mamonot seuls ; mais il en explique l'intention : il s'agit d'un din de mamon qui se trouve mêlé à un din de nefachot. Ainsi de ce qui figure dans Guittin, page 8 : un esclave qui apporte son acte d'affranchissement où il est écrit « toi-même et mes biens te sont acquis » — il acquiert sa personne, il n'acquiert pas les biens. Et quelle en est la raison ? Parce qu'il est crédible sur lui-même, mais qu'il n'est pas crédible sur les biens, pour lesquels il faut des témoins qui valident l'acte. Or ce cas relève du mamon, et pourtant il se trouve mêlé à un din de nefachot : car s'il a fiancé une fille d'Israël, s'il est esclave il n'y a pas de kidouchin, et si elle se conduit mal il n'y a pas de peine de mort ; et s'il est un homme libre, puisqu'on dit qu'il a acquis sa personne, elle est célibataire, et selon le droit il est crédible sur lui-même et tenu pour libre, ses kidouchin prennent, et il y a peine de mort ; tandis que pour l'argent il n'est pas crédible et n'a pas acquis les biens. Le sot traite ces deux lois comme une seule, et de même qu'à l'égard des nefachot il le tient pour crédible, ainsi le tient-il pour crédible à l'égard des biens ; ou bien il fait l'inverse et juge qu'il n'est crédible ni pour l'un ni pour l'autre. En vérité il faut distinguer entre les dinei mamonot et les dinei nefachot, car chacun est à part, même si ce sont des décisions qui se contredisent. Et par là se comprend, avec l'aide du Ciel, pourquoi il a rapporté à ce sujet la michna : celui qui veut devenir sage, qu'il s'occupe des dinei mamonot ; on s'étonnait qu'il ouvre par deux et conclue par un seul, et voici que cela s'explique : le verset traite des dinei mamonot seuls, comme l'indique « fait sortir la querelle », mais de ceux qui sont mêlés à des dinei nefachot. Rabbi Yichmael parle lui aussi de cela, et c'est pourquoi il emploie le mot miktsoa, qui veut dire l'angle : car l'angle est un lieu unique où sont comprises deux faces, l'une de ce côté et l'autre de l'autre ; ainsi ici, il s'agit d'un seul din de mamon, mais qui comprend les deux, l'argent et les âmes.
שֶׁהֵם כְּמַעְיָן הַנּוֹבֵעַ. נִרְאֶה לִי בס"ד מַה שֶׁעָשָׂה בָּזֶה דִּמְיוֹן לְמַעְייָן הַנּוֹבֵעַ, וְהוּא שֶׁיֵּשׁ מִקְוֶה וְיֵשׁ מַעְיָן, וְהַהֶפְרֵשׁ שֶׁבְּנֵיהֶם הַמִּקְוֶה מֵימָיו תְּלוּשִׁים וְאִם יָבֹא אָדָם וְיִקַּח מֵהֶם לֹא יִהְיוּ נוֹסָפִים מֵאֲלֵיהֶם מִן הַקַּרְקַע, אֲבָל הַמְעַיֵּין אִם יִקְּחוּ מִמֶּנּוּ נוֹסָף מֵהַקַּרְקַע, נִמְצָא זֶה מוֹסִיף מִנֵּיהּ וּבֵיהּ וְזֶה אֵינוֹ מוֹסִיף מִנֵּיהּ וּבֵיהּ אֶלָּא רַק מַה שֶׁיַּטִּילוּ לְתוֹכוֹ, כֵּן דִּינֵי אִיסּוּר לֹא יוּכַל שׁוּם חָכָם לְחַדֵּשׁ דָּבָר מִשֶּׁכָּלוּ כְּמוֹ עִנְיַן שׁוּדָא דְּדַיָּינֵי הַנִּמְצָא בד"מ שֶׁהַדַּיָּין יִגְזֹור אוֹמֵר מִדַּעְתּוֹ, וּמַה שֶׁהוֹלְכִין בִּסְפֵק אִיסּוּר לְהַחְמִיר אֵין זֶה גְּזֵרַת אֹומֶר, אֶלָּא אַדְּרַבָּה מֵחֲמַת חֶסְרוֹן יְדִיעָה אָזְלִינַן בֵּיהּ לְחוּמְרָא וְאֵין אֲנַחְנוּ מַחֲלִיטִין אֶת הַדָּבָר לוֹמַר שֶׁזֶּה אָסוּר בְּוַדַּאי וְלָכֵן לֹא נוּכַל לְהָקֵל מִדַּעְתֵּינוּ לְהַתִּיר, מַה שֶׁאֵין כֵּן דִּינֵי מָמוֹנוֹת הֶחָכָם יוּכַל לְחַדֵּשׁ דָּבָר כְּמוֹ עִנְיַן שׁוֹדָאד דַּיָּינֵי שֶׁיַּחְלִיט גְּזֵרָתוֹ וּדְבָרָיו מִצַּד הַשְׁעָרַת שִׂכְלוֹ עַל כָּל צַד שֶׁיִּהְיֶה.
Ils sont comme une source jaillissante. Il me semble, avec l'aide du Ciel, quant à la comparaison avec une source : il y a le mikve et il y a la source, et la différence entre eux est que les eaux du mikve sont détachées, de sorte que si un homme vient en prendre elles ne se complètent pas d'elles-mêmes depuis le sol, tandis que si l'on prend de la source, elle se complète depuis le sol. Il se trouve que l'une s'accroît d'elle-même et que l'autre ne s'accroît que de ce qu'on y verse. De même, dans les lois d'interdit aucun sage ne peut innover une chose depuis son intelligence, comme cela se fait pour le choudda de-dayanei que l'on trouve dans les dinei mamonot, où le juge tranche par sa propre appréciation. Et le fait que, dans un doute d'interdit, on aille vers la rigueur n'est pas une décision tranchée ; au contraire, c'est en raison d'un manque de connaissance que nous allons vers la rigueur, et nous ne décidons pas la chose en disant qu'elle est certainement interdite : c'est pourquoi nous ne pouvons pas non plus alléger de nous-mêmes pour permettre. Il n'en va pas de même des dinei mamonot, où le sage peut innover, comme dans le cas du choudda de-dayanei, où il tranche par décision et par parole, selon l'appréciation de son intelligence, de quelque côté que ce soit.
💡 Explication

Le troisième membre du verset emploie le pluriel apayim, deux colères, d'où la seconde fois. La récompense monte d'un cran : de la distinction entre deux sortes de sang, on passe à la distinction entre deux ordres de droit.

Le Ben Ich Haï relève deux difficultés. D'abord le mot « distinguer », qui suppose un risque de confusion entre des domaines apparemment éloignés ; il répond par le cas d'un acte d'affranchissement qui produit un statut en matière de biens et un autre en matière de mariage, donc de peine capitale. Ensuite il explique miktsoa par l'angle : un seul point où deux faces se rejoignent.

🖼️ Schéma
Le verset des Proverbes lu comme une échelle de formation Trois fois le mot mits (pression) : du lait, du nez, des deux colères. Trois étapes, trois acquis. mits halav Il recrache le lait de sa mère. Effort de départ : se dépouiller de ce qui fut reçu sans peine. Acquis : le beurre de la Torah. mits af Une colère du maître, il se tait. Af veut dire nez et colère : le verset dit sang, on lit dam. Acquis : sang pur ou impur. mits apayim Deux colères, il se tait encore. Apayim est un pluriel : d'où la seconde fois. Acquis : mamonot et nefachot. La progression porte sur le silence : chaque degré supplémentaire de retenue ouvre un domaine de décision plus large. Rabbi Yichmael conclut par les dinei mamonot, appelés miktsoa - l'angle où deux faces se rejoignent.
Le verset donne trois pressions ; la maison de Rabbi Yannai y lit trois degrés de formation.
20
אָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי: מַאי דִכְתִיב ״אִם נָבַלְתָּ בְהִתְנַשֵּׂא וְאִם זַמּוֹתָ יָד לְפֶה״ — כָּל הַמְנַבֵּל עַצְמוֹ עַל דִּבְרֵי תוֹרָה — סוֹפוֹ לְהִתְנַשֵּׂא. וְאִם זָמַם — יָד לַפֶּה.

Rabbi Chmouel bar Nahmani a dit : que signifie ce qui est écrit (Proverbes 30, 32) : si tu t'es avili en t'élevant, et si tu as médité, la main sur la bouche ? Quiconque s'avilit pour les paroles de Torah finira par être élevé ; et s'il s'est bailonne, il finira la main sur la bouche.

📜 Rachi (2)
הַמְנַבֵּל עַצְמוֹ שֶׁשּׁוֹאֵל לְרַבּוֹ כָּל סְפֵקוֹתָיו וְאַף עַל פִּי שֶׁיֵּשׁ בָּהֶם שֶׁחֲבֵרָיו מַלְעִיגִים עָלָיו:
Celui qui pose à son maître tous ses doutes, même s'il y en a dont ses camarades se moquent.
וְאִם זַמּוֹתָ שֶׁסָּתַמְתָּ פִּיךָ מִלִּשְׁאֹול לְשׁוֹן זָמַם טַבַּעַת שֶׁל רְצוּעָה שֶׁתּוֹחֲבִים בְּחֹוטֶם בְּהֵמָה שֶׁעֲסָקֶיהָ רָעִים וְנוֹתְנִים אוֹתוֹ בִּשְׂפָתֶיהָ לְתוֹפְרָם יַחַד וּלְסוֹתְמָן סוֹפְךָ שֶׁתִּתֵּן יָד לַפֶּה כְּשֶׁיִּשְׁאָלוּךָ וְלֹא תֵּדַע לְהָשִׁיב:
Que tu as fermé ta bouche au lieu de demander. C'est le terme zamam, l'anneau de lanière que l'on enfonce dans le museau d'une bête dont la conduite est mauvaise, et que l'on place sur ses lèvres pour les coudre ensemble et les fermer. Ta fin sera de mettre la main sur la bouche, lorsqu'on t'interrogera et que tu ne sauras pas répondre.
💡 Explication

La deracha coupe le verset en deux moitiés symétriques. Nabel, s'avilir, est lu comme le fait de poser ses questions malgré la honte : c'est ce qui conduit à s'élever.

Rachi éclaire le second membre par l'objet désigné : le zamam est une muselière que l'on fixe au museau d'une bête dangereuse. Celui qui se muselle lui-même par pudeur se retrouvera muet le jour où on l'interrogera.

21
פָּתַח רַבִּי נְחֶמְיָה בִּכְבוֹד אַכְסַנְיָא וְדָרַשׁ: מַאי דִכְתִיב ״וַיֹּאמֶר שָׁאוּל אֶל הַקֵּינִי לְכוּ סֻּרוּ רְדוּ מִתּוֹךְ עֲמָלֵקִי פֶּן אֹוסִפְךָ עִמּוֹ וְאַתָּה עָשִׂיתָה חֶסֶד עִם כָּל בְּנֵי יִשְׂרָאֵל״? וַהֲלֹא דְּבָרִים קַל וָחֹומֶר: וּמַה יִתְרוֹ שֶׁלֹּא קֵרַב אֶת מֹשֶׁה אֶלָּא לִכְבוֹד עַצְמוֹ — כָּךְ, הַמְאָרֵחַ תַּלְמִיד חָכָם בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ, וּמַאֲכִילוֹ וּמַשְׁקֵהוּ וּמְהַנֵּהוּ מִנְּכָסָיו — עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה.

Rabbi Nehemia ouvrit par l'honneur de l'akhsania et enseigna : que signifie ce qui est écrit (I Samuel 15, 6) : et Chaoul dit au Keni : allez, retirez-vous, descendez du milieu d'Amalek, de peur que je ne t'emporte avec lui — et toi, tu as fait bonté avec tous les enfants d'Israël ? Or ces choses ne sont-elles pas un kal va-homer ?

Si Yitro, qui n'a rapproché Moche que pour son propre honneur, est traité ainsi — celui qui reçoit un talmid 'hakham dans sa maison, le nourrit, l'abreuve et lui fait profiter de ses biens, à combien plus forte raison !

📜 Rachi (1)
עָשִׂיתָ חֶסֶד שֶׁהֶאֱכִילָם שֶׁנֶּאֱמַר וַיָּבֹא אַהֲרֹן וְכֹל זִקְנֵי יִשְׂרָאֵל לֶאֱכָל לֶחֶם וְגוֹ' (שְׁמוֹת י״ח:י״ב):
Car il leur donna à manger, ainsi qu'il est dit (Exode 18, 12) : et Aharon et tous les anciens d'Israël vinrent manger le pain, etc.
🪔 Ben Yehoyada (1)
שֶׁלֹּא קֵרַב אֶת מֹשֶׁה אֶלָּא לִכְבוֹד עַצְמוֹ. נִרְאֶה עִיקָּר כמ"ש הַמְפָרְשִׁים זַ"ל דְּקָאֵי עַל אֲשֶׁר קָרְבוּ בְּמִדַּייֵּן שֶׁאָמַר קִרְאֶן לוֹ וְיֹאכַל לָחֶם, אַךְ הִקְשָׁה הצל"ה זַ"ל דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר לַהֲנָאַת עַצְמוֹ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאֵין עִיקַּר כַּוָּנָתוֹ בִּשְׁבִיל הֲנָאָה אֶלָּא הָעִיקָּר הוּא בִּשְׁבִיל כְּבוֹד עַצְמוֹ, שֶׁכְּבָר נִידּוּהוּ אַנְשֵׁי הַמָּקוֹם וְהֻוכְרַח לְהַנִּיחַ בְּנוֹתָיו לִרְעוֹת וְזֶה בִּזָּיוֹן גָּדוֹל הוּא, וְהָיָה מֻוכְרָח לָזֶה כִּי לֹא יִרְצֶה לָבֹא אֶצְלוֹ רוֹעֶה בִּשְׂכִירוּת, וְעַל כֵּן קָרַב אֶת מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה לִכְבוֹד עַצְמוֹ כְּדֵי שֶׁיְּהֵא הוּא רוֹעֶה צֹאנוֹ וְלֹא בְּנוֹתָיו, שֶׁלֹּא יִתְבַּזֶּה בְּכָךְ עוֹד.
Qui n'a rapproché Moche que pour son propre honneur. Il semble que l'essentiel soit comme l'ont écrit les commentateurs, de mémoire bénie, à savoir que cela vise l'accueil qu'il lui fit à Midian, lorsqu'il dit : appelez-le, et qu'il mange du pain. Mais l'auteur du Tselah, de mémoire bénie, a objecté qu'il aurait fallu dire : pour son propre profit. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que son intention principale n'était pas le profit, mais bien son propre honneur : les gens du lieu l'avaient déjà mis au ban, et il avait été contraint de laisser ses filles mener paître le troupeau, ce qui est une grande humiliation ; il y était contraint parce qu'aucun berger ne voulait entrer à son service. C'est pourquoi il a rapproché Moche notre maître, que la paix soit sur lui, pour son propre honneur, afin que ce soit lui qui mène le troupeau et non ses filles, et qu'il ne soit plus humilié de la sorte.
💡 Explication

Le verset est pris à rebours de son objet apparent. Chaoul épargne les Keni au moment d'attaquer Amalek, et le motif invoqué est un acte d'hospitalité accompli dès générations plus tôt par leur ancêtre Yitro.

La force du kal va-homer tient à la faiblesse volontairement soulignée du mérite : Yitro a reçu Moche pour son propre honneur. Le Ben Ich Haï précise ce point : mis au ban par les siens, il ne trouvait pas de berger et devait envoyer ses filles au troupeau.

22
פָּתַח רַבִּי יוֹסֵי בִּכְבוֹד אַכְסַנְיָא וְדָרַשׁ: ״לֹא תְתַעֵב אֲדֹמִי כִּי אָחִיךָ הוּא לֹא תְתַעֵב מִצְרִי כִּי גֵר הָיִיתָ בְאַרְצוֹ״, וַהֲלֹא דְּבָרִים קַל וָחֹומֶר: וּמַה מִצְרִיִּים שֶׁלֹּא קֵרְבוּ אֶת יִשְׂרָאֵל אֶלָּא לְצֹורֶךְ עַצְמָן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְאִם יָדַעְתָּ וְיֶשׁ בָּם אַנְשֵׁי חַיִל וְשַׂמְתָּם שָׂרֵי מִקְנֶה עַל אֲשֶׁר לִי״ — כָּךְ, הַמְאָרֵחַ תַּלְמִיד חָכָם בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ וּמַאֲכִילוֹ וּמַשְׁקֵהוּ וּמְהַנֵּהוּ מִנְּכָסָיו — עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה.

Rabbi Yossi ouvrit par l'honneur de l'akhsania et enseigna : tu n'auras pas en abomination l'Edomite, car il est ton frère ; tu n'auras pas en abomination l'Égyptien, car tu as été étranger dans son pays (Deutéronome 23, 8). Or ces choses ne sont-elles pas un kal va-homer ?

Si les Égyptiens, qui n'ont rapproché Israël que pour leur propre besoin, ainsi qu'il est dit (Genèse 47, 6) : et si tu sais qu'il y a parmi eux des hommes capables, tu les établiras chefs de troupeaux sur ce qui est à moi — sont traités ainsi, celui qui reçoit un talmid 'hakham dans sa maison, le nourrit, l'abreuve et lui fait profiter de ses biens, à combien plus forte raison !

🪔 Ben Yehoyada (1)
לֹא תְתַעֵב אֲדֹמִי כִּי אָחִיךָ הוּא לֹא תְתַעֵב מִצְרִי כִּי גֵר הָיִיתָ בְאַרְצוֹ. מַקְשִׁים לְמַאי אִצְטְרִיךְ לְהָבִיא הַאי קְרָא כֵּיוָן דְּהַקַּל וָחֹומֶר בָּנוּי עַל מִצְרַיִם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דִּבְלָאו הָכִי הָיִיתִי מְפָרֵשׁ הָכִי קָאָמַר לֹא תְּתַעֵב מִצְרִי לוֹמַר לָהֶם עֲבָדִים אַתֶּם מִפְּנֵי שֶׁהֵם מִבְּנֵי חָם, יַעַן כִּי גֵּר הָיִיתָ בְּמִצְרַיִם, וא"כ אַתָּה מְבַזֶּה עַצְמְךָ בְּכָךְ שֶׁאַתָּה מִן בְּנֵי שֵׁם וְנַעֲשֵׂית עֶבֶד לְמִצְרַיִם בְּנֵי חָם, וּלְפִי זֶה הַצִּיוּוּי הוּא בִּשְׁבִיל כְּבוֹדָן שֶׁל יִשְׂרָאֵל וְלֹא בִּשְׁבִיל כְּבוֹד מִצְרַיִם, לְכָךְ הֵבִיא פָּסוּק אַדְּמֵי דא"א לְפָרֵשׁ כְּהַכִּי, וְאִם כֵּן ה"ה פָּסוּק דְּמִצְרַיִם גַּם כֵּן פֵּירְשׁוּ עד"ז שֶׁמְּצֻווֶּה אוֹתָם בִּשְׁבִיל כְּבוֹד מִצְרַיִם.
Tu n'auras pas en abomination l'Edomite, car il est ton frère ; tu n'auras pas en abomination l'Égyptien, car tu as été étranger dans son pays. On demande : pourquoi a-t-il fallu apporter aussi la première partie du verset, puisque le kal va-homer est bâti sur les Égyptiens ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que sans cela j'aurais expliqué ainsi : tu n'auras pas en abomination l'Égyptien, c'est-à-dire ne leur dis pas « vous êtes des esclaves » parce qu'ils sont des fils de Ham, et cela parce que tu as été étranger en Égypte ; et s'il en était ainsi, tu t'avilirais toi-même en rappelant que toi, qui es des fils de Chem, es devenu esclave des Égyptiens, fils de Ham. Selon cette lecture, le commandement serait donné pour l'honneur d'Israël et non pour l'honneur des Égyptiens. C'est pourquoi il a apporté le verset de l'Edomite, qu'il est impossible d'expliquer de cette manière ; et s'il en est ainsi, le verset des Égyptiens s'explique lui aussi de la même façon, c'est-à-dire qu'il leur ordonne cela pour l'honneur des Égyptiens.
💡 Explication

Le même schéma est repris avec un hôte encore moins méritant. Les Égyptiens ont accueilli la famille de Yaakov en cherchant de la main-d'œuvre, comme le montre la phrase de Pharaon sur les hommes capables.

Le Ben Ich Haï explique pourquoi Rabbi Yossi cite tout le verset, y compris la moitié sur l'Edomite qui ne sert pas au raisonnement : sans elle, on pourrait lire l'interdiction comme protégeant l'honneur d'Israël et non celui de l'hôte, et le kal va-homer tomberait.

23
פָּתַח רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בְּנוֹ שֶׁל רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי בִּכְבוֹד אַכְסַנְיָא וְדָרַשׁ: ״וַיְבָרֶךְ ה׳ אֶת עֹבֵד אֱדֹם הַגִּתִּי בַּעֲבוּר אֲרוֹן הָאֱ-לֹהִים״, וַהֲלֹא דְּבָרִים קַל וָחֹומֶר: וּמֶה אָרוֹן שֶׁלֹּא אָכַל וְשָׁתָה, אֶלָּא כִּבֵּד וְרִבֵּץ לְפָנָיו — כָּךְ, הַמְאָרֵחַ תַּלְמִיד חָכָם בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ, וּמַאֲכִילוֹ וּמַשְׁקֵהוּ וּמְהַנֵּהוּ מִנְּכָסָיו — עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה.

Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossi le Galiléen ouvrit par l'honneur de l'akhsania et enseigna : et Hachem bénit Oved-Edom le Guitti à cause de l'arche de D.ieu (II Samuel 6, 12).

Or ces choses ne sont-elles pas un kal va-homer ? Si pour l'arche, qui n'a ni mangé ni bu, mais devant laquelle il a seulement rendu honneur, balayé et arrosé — il en est ainsi, celui qui reçoit un talmid 'hakham dans sa maison, le nourrit, l'abreuve et lui fait profiter de ses biens, à combien plus forte raison !

💡 Explication

Le troisième orateur déplace la faiblesse du côté du bénéficiaire. Yitro et les Égyptiens avaient un mobile intéressé ; ici l'hôte est irréprochable, mais l'hôte reçu ne consomme rien : l'arche ne mange ni ne boit.

Le service rendu se réduit à l'entretien du lieu : balayer et arroser le sol pour abattre la poussière. Le kal va-homer conclut donc du minimum absolu vers un accueil complet.

24
מַאי הִיא בְּרָכָה שֶׁבֵּרְכוֹ? אָמַר רַב יְהוּדָה בַּר זְבִידָא: זוֹ חָמוֹת וּשְׁמוֹנֶה כַּלּוֹתֶיהָ שֶׁיָּלְדוּ שִׁשָּׁה שִׁשָּׁה בְּכָרֵס אֶחָד.

Quelle est la bénédiction dont il fut béni ? Rav Yehouda bar Zevida a dit : c'est Hamot et ses huit belles-filles, qui enfantèrent chacune six enfants d'une seule grossesse.

📜 Rachi (2)
חָמוֹת אִשְׁתּוֹ שֶׁל עוֹבֵד אֱדוֹם:
L'épouse d'Oved-Edom.
וְח' כַּלּוֹתֶיהָ שֶׁהָיוּ לָהּ מֹחַ' בָּנֶיהָ:
Qu'elle avait de ses huit fils.
🪔 Ben Yehoyada (1)
שֶׁיָּלְדוּ שִׁשָּׁה בְּכָרֵס אֶחָד. נִרְאֶה לִי בס"ד זָכוּ לְכָךְ בִּזְכוּת הַתּוֹרָה שֶׁבָּאָרוֹן שֶׁנִּקְרֵאת טוֹב, דִּכְתִיב (מִשְׁלֵי ד' ב') כִּי לֶקַח טוֹב נָתַתִּי לָכֶם, וְהַיְינוּ ט' שֶׁל טוֹב אֵלּוּ ט' נָשִׁים הַנִּזְכָּר שֶׁכָּל אַחַת יָלְדָה וָא"ו בָּנִים וְזֶהוּ ו"ב שֶׁל טוֹב. וְעוֹד נִרְאֶה לִרְמֹוז בָּזֶה נִמְצָא הֵם שְׁנַיִם וְשִׁשִּׁים לְעוֹבֵד אֱדוֹם, כְּמִנְיַן ב' שֵׁמוֹת אֵל שֶׁהוּא חֶסֶד, וּכְמִנְיַן גּוֹי גָּדוֹל [62], וְכָזֶה נַעֲשָׂה בְּבֵיתוֹ ע"ב נְפָשׁוֹת כְּמִנְיַן חֶסֶד [72], שֶׁכָּל זֶה הָיָה בִּזְכוּת הַתּוֹרָה שֶׁנִּתְּנָה בְּיָמִין שֶׁהוּא חֶסֶד וְנִקְרֵאת תּוֹרַת חֶסֶד (מִשְׁלֵי לא, כו), גַּם נִמְצָא לפ"ז הָיָה נֵס בְּתוֹךְ נֵס חֲדָא שֶׁיָּלְדוּ שִׁשָּׁה בְּכָרֵס אֶחָד, וְעוֹד שֶׁיָּלְדוּ אוֹתָם בִּשְׁלֹשָׁה חֳדָשִׁים, כִּי מְפֹורָשׁ בַּכָּתוּב שֶׁאַחַר שָׁלֹשׁ חֳדָשִׁים הֻוגַּד לְדָוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה שֶׁנִּתְבָּרֵךְ אֱדוֹם וּבֵיתוֹ, וְאִם לֹא נוֹדַע עִנְיַן הַשִּׁשָּׁה בְּכָרֵס שֶׁנּוֹלְדוּ וְיָצְאוּ לַאֲוִיר הָעוֹלָם מָה חִידּוּשׁ מָצְאוּ בִּבְרָכָה, וְכִי דְּבַר חִידּוּשׁ הוּא אִם יִהְיוּ כֻּולָּם מְעֻובָּרוֹת. מִיהוּ בַּיְּרוּשַׁלְמִי פ"ו דִּנְדָרִים אִיתָא שֶׁיָּלְדוּ כָּל אַחַת שְׁנֵי בָּנִים בְּחֹדֶשׁ אַחַת, שֶׁהָיְתָה כָּל אַחַת סוֹפֶרֶת ז' יְמֵי טֻומְאָה וְז' יְמֵי טָהֳרָה וְטוֹבֶלֶת וּמִתְעַבֶּרֶת וְיוֹלֶדֶת, וְכֵן עַל זֶה הַדֶּרֶךְ עַד שֶׁיָּלְדוּ בִּשְׁלֹשָׁה חֳדָשִׁים נ"ד בָּנִים יע"ש. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּלָא פְּלִיגִי יְרוּשַׁלְמִי עִם גְּמָרָא דִּידַן דְּגַם הַיְרוּשַׁלְמִי מוֹדֶה דְּנִתְעַבְּרוּ שִׁשָּׁה בְּכָרֵס אֶחָד, אַךְ אוֹמֵר שֶׁהֵם לֹא יָלְדוּ הַשִּׁשָּׁה בְּלֵידָה אַחַת אֶלָּא כָּל י"ד יוֹם הָיוּ יוֹלְדִים יֶלֶד אֶחָד מִן הַשִּׁשָּׁה עַד שֶׁנִּגְמְרוּ לֵידַת הַשִּׁשָּׁה בִּשְׁלֹשָׁה חֳדָשִׁים, וְנִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁנָּתַן לָהֶם שָׂכָר בְּעִנְיַן הַבָּנִים וְלֹא בד"א, כִּי אֶפְשָׁר שֶׁהֵם כִּבְּדוּ אֶת הָאָרוֹן בָּזֶה שֶׁלֹּא עָשׂוּ תַּשְׁמִישׁ הַמִּיטָּה מֵעֵת שֶׁבָּא הָאָרוֹן לְבֵיתָם, אַךְ לַיְלָה קֹודֶם שֶׁבָּא הָאָרוֹן נִזְקְקוּ לְבַעֲלֵיהֶם וְאוֹתוֹ הַזֶּרַע שֶׁהָיָה מֵאוֹתוֹ תַּשְׁמִישׁ שֶׁקֹּודֶם בִּיאַת הָאָרוֹן עָשָׂה הקב"ה נֵס שֶׁנִּקְלַט בְּקִרְבָּם בְּתוֹרַת עִיבּוּר בְּשִׁשָּׁה בָּנִים, כִּי יָדוּעַ שֶׁהַזֶּרַע עַד שְׁלֹשָׁה יָמִים אֵינוֹ נִפְסָד וְאֶפְשָׁר שֶׁיִּהְיֶה מִמֶּנּוּ עִבּוּר, כַּנִּזְכָּר בַּגְּמָרָא בְּאָומְרָם הָאִשָּׁה יוֹלֶדֶת לר"ע יוֹם אוֹ לרע"א אוֹ לרע"ב מִטַּעַם זֶה, וּמֵאַחַר שֶׁכָּבְדוּ הָאָרוֹן בָּזֶה שֶׁמְּנָעוֹ עַצְמָם מִן תַּשְׁמִישׁ לְכָךְ בֵּרְכָם הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ בְּאוֹתוֹ תַּשְׁמִישׁ שֶׁעָשׂוּ קֹודֶם לַיְלָה בְּבָנִים בְּאֹופֶן זֶה שֶׁהוּא הַפְלֵא וָפֶלֶא.
Qui enfantèrent six d'une seule grossesse. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'elles ont mérité cela par le mérite de la Torah qui se trouvait dans l'arche, laquelle est appelée tov (bien), comme il est écrit (Proverbes 4, 2) : car c'est un bon enseignement que Je vous ai donné. Le têt de tov, qui vaut neuf, ce sont les neuf femmes mentionnées, dont chacune a enfanté six fils, et c'est là le vav et le beth de tov. On peut encore y voir une allusion : il se trouve qu'elles firent soixante-deux enfants pour Oved-Edom, soit la valeur de deux fois le nom El, qui est le 'hessed, et la valeur de goy gadol, soixante-deux ; et il y eut ainsi dans sa maison soixante-douze âmes, la valeur de 'hessed. Tout cela fut par le mérite de la Torah, qui a été donnée par la droite, laquelle est le 'hessed, et que l'on appelle une Torah de 'hessed (Proverbes 31, 26). Il se trouve aussi, selon cela, qu'il y eut un miracle dans le miracle : d'une part qu'elles enfantèrent six d'une seule grossesse, et d'autre part qu'elles les enfantèrent en trois mois, car il est dit expressément dans le verset qu'après trois mois on annonça au roi David, que la paix soit sur lui, qu'Oved-Edom et sa maison avaient été bénis ; et si l'on n'avait pas su que les six d'une seule grossesse étaient nés et venus à l'air du monde, quelle nouveauté aurait-on trouvée dans cette bénédiction ? Est-ce une nouveauté qu'elles soient toutes enceintes ? Toutefois, il est dit dans le Yerouchalmi, chapitre 6 de Nedarim, que chacune enfanta deux fils en un mois, car chacune comptait sept jours d'impureté et sept jours de pureté, se plongeait, concevait et enfantait, et ainsi de suite jusqu'à ce qu'elles eussent enfanté en trois mois cinquante-quatre fils ; vois-le là-bas. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que le Yerouchalmi n'est pas en désaccord avec notre guemara, car le Yerouchalmi admet lui aussi qu'elles conçurent six d'une seule grossesse, mais il dit qu'elles n'enfantèrent pas les six en un seul accouchement : tous les quatorze jours elles enfantaient l'un des six, jusqu'à ce que la naissance des six fût achevée en trois mois. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison pour laquelle il leur fut donné un salaire au sujet des enfants, et non en autre chose, est celle-ci : il est possible qu'elles aient honoré l'arche en s'abstenant de relations depuis le moment où l'arche entra dans leur maison ; mais la nuit qui précéda l'arrivée de l'arche elles avaient eu commerce avec leurs maris, et de cette semence, antérieure à l'arrivée de l'arche, le Saint béni soit-Il fit le miracle qu'elle fut reçue en elles en une grossesse de six fils ; car on sait que la semence ne se corrompt pas jusqu'à trois jours et qu'une grossesse peut encore en provenir, comme il est rappelé dans la guemara lorsqu'on dit que la femme enfante à deux cent soixante-dix jours, ou à deux cent soixante et onze, ou à deux cent soixante-douze, pour cette raison. Et puisqu'elles ont honoré l'arche en se privant de relations, le Nom béni soit-Il les a bénies, dans les relations qu'elles avaient eues la nuit précédente, par des enfants de cette manière, qui est merveille sur merveille.
💡 Explication

La guemara demande le contenu concret de la bénédiction, puisque le raisonnement précédent en dépend. La réponse porte sur la fécondité : neuf femmes de la maison, l'épouse d'Oved-Edom et ses huit belles-filles selon Rachi, avec six enfants chacune.

Le Ben Ich Haï relève la contrainte de temps que donne le verset : l'annonce faite à David intervient au bout de trois mois, ce qui suppose des naissances effectives et non de simples grossesses. Il concilie sur ce point notre guemara avec le Yerouchalmi, et propose une raison à la forme de la récompense : l'arche fut honorée par une abstention.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).