Sougya : Le folio achève d'abord le récit commencé au folio précédent : Hanina, neveu de Rabbi Yehochoua, intercalait les années et fixait les mois en Babylonie, et les sages d'Erets Israël envoient un message d'une dureté extrême pour l'arrêter. La raison tient en un verset : de Tsion sortira la Torah.
La guemara relève au passage une anomalie de droit : un sage n'a pas le droit de déclarer pur ce que son collègue a déclaré impur, et les envoyés l'ont pourtant fait, pour que le public ne se laisse pas entraîner. S'ouvre ensuite une longue baraita : la réunion des sages au kerem de Yavne.
Quatre maîtres y prennent la parole. Rabbi Yehouda traite de l'honneur de la Torah, à partir de la tente que Moche dressait hors du camp, puis à partir du mot hasket du Deutéronome, qu'il lit de trois manières.
Rabbi Nehemia, Rabbi Yossi et Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossi le Galiléen traitent de l'honneur de l'akhsania, chacun par un kal va-homer tiré d'un hôte qui n'avait pourtant reçu qu'un intérêt propre : Yitro, les Égyptiens, et l'arche chez Oved-Edom.
Et dites à nos frères qui sont en exil : s'ils écoutent, tant mieux ; et sinon, qu'ils montent sur la montagne, qu'Ahiya bâtisse un autel, que Hanania joue de la harpe, et qu'ils renient tous, et qu'ils disent : nous n'avons pas de part au D.ieu d'Israël.
La phrase achève le message que les envoyés d'Erets Israël doivent transmettre en Babylonie. Elle est construite comme une menace et non comme une instruction : si la communauté refuse d'écarter Hanina, qu'elle aille jusqu'au bout et se déclare elle-même hors d'Israël.
Les détails sont choisis pour rendre l'image insoutenable. Ahiya est un chef reconnu de la communauté babylonienne, et Hanania est un Levi : ceux-là mêmes qui devraient tenir le culte légitime sont mis en scène comme officiants d'un culte de bama (haut lieu interdit). Rachi précise le statut lévitique de Hanania à partir d'une michna d'Arakhin qui distingue les chantres des portiers.
Aussitôt tout le peuple éclata en sanglots et dit : à D.ieu ne plaise ! Nous avons une part au D.ieu d'Israël.
Le message atteint son but immédiatement. La réaction porte sur le seul point qui comptait : la communauté babylonienne refuse la séparation, donc elle accepte la primauté d'Erets Israël sur le calendrier.
Et pourquoi aller si loin ? Parce qu'il est dit (Isaie 2, 3) : car de Tsion sortira la Torah, et la parole de Hachem de Jérusalem.
La guemara donne le motif de la sévérité : le verset d'Isaie. Le Ben Ich Haï objecte que l'étude, elle, se pratique partout, y compris hors d'Erets Israël ; le verset ne peut donc viser que ce qui, en fait, ne sort que de Tsion, c'est-à-dire l'ibbour (intercalation des années) et le kidouch hahodech (fixation des mois).
Il montre ensuite l'ampleur de l'enjeu : le calendrier commande les dates des fêtes, donc les peines de karet, mais aussi des questions de biens, des questions capitales liées à l'âge exact d'une personne, et jusqu'à des faits de nature. Un second point lui appartient en propre : la faute de Hanina était permanente, ce qui la distingue d'une intercalation faite une fois sous la contrainte.
Passe encore lorsque lui déclarait pur et qu'eux déclaraient impur : c'est une rigueur. Mais lorsque lui déclarait impur et qu'eux déclaraient pur, comment cela se peut-il ?
N'a-t-on pas enseigné : un sage qui a déclaré impur, son collègue n'a pas le droit de déclarer pur ; il a interdit, son collègue n'a pas le droit de permettre ! Ils tenaient qu'il fallait agir ainsi pour que l'on ne se laisse pas entraîner derrière lui.
La guemara examine la technique employée par les envoyés : ils prenaient systématiquement le contrepied de Hanina. Un sens ne pose pas de problème, car durcir la décision d'autrui reste toujours possible ; c'est l'autre sens qui accroche.
La baraita citée pose une règle de discipline : une décision rendue par un sage n'est pas défaite par un autre dans le sens de l'allègement. Les envoyés ont donc agi contre une règle établie, en connaissance de cause, parce que le but n'était pas de trancher les cas soumis mais de rendre l'autorité de Hanina inutilisable. C'est une mesure de circonstance, décidée au nom de la chaat hadhak (l'urgence de l'heure).
Nos maîtres ont enseigné : lorsque nos maîtres entrèrent au kerem (vignoble) de Yavne, il y avait là Rabbi Yehouda, Rabbi Yossi, Rabbi Nehemia et Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossi le Galiléen. Ils ouvrirent tous par l'honneur de l'akhsania (l'hôte qui reçoit) et enseignèrent.
La baraita ouvre le grand morceau du folio. Le kerem de Yavne désigne l'assemblée des sages après la destruction ; Rachi refuse la lecture d'un vrai vignoble et l'explique par la disposition des bancs, en rangées.
Le détail qui commande la suite est le dernier mot : tous ont commencé par l'honneur de l'akhsania, c'est-à-dire des gens qui les logeaient. Rabbi Yehouda enchaînera pourtant sur l'honneur de la Torah, et seuls les trois autres développeront l'hospitalité.
Rabbi Yehouda, le premier des orateurs en tout lieu, ouvrit par l'honneur de la Torah et enseigna : et Moche prenait la tente et la dressait hors du camp (Exode 33, 7). Or ces choses ne sont-elles pas un kal va-homer (à fortiori) ?
Si de l'arche de Hachem, qui n'était éloignée que de douze mil, la Torah a dit : et quiconque cherchait Hachem sortait vers la tente d'assignation — les talmidei hakhamim (disciples des sages) qui vont de ville en ville et de province en province pour apprendre la Torah, à combien plus forte raison !
Le raisonnement porte sur un mot du verset. Celui qui allait vers la tente est appelé par la Torah mevakech Hachem, celui qui cherche Hachem, alors qu'il ne franchissait, selon Rachi, que douze mil, soit trois parsaot, la largeur du camp.
Le kal va-homer se construit sur cette distance : si une marche courte, vers un lieu où se trouvait l'arche, mérite ce titre, il vaut à plus forte raison pour ceux qui traversent des provinces afin d'étudier. La conclusion est que la recherche de la Torah est elle-même la recherche de Hachem.
Et Hachem parlait à Moche face à face (Exode 33, 11). Rabbi Yits'hak a dit : le Saint béni soit-Il dit à Moche : Moche, toi et Moi, montrons un visage accueillant dans la halakha.
Certains disent : ainsi lui dit le Saint béni soit-Il : de même que Je t'ai montré un visage accueillant, de même montre un visage accueillant à Israël, et ramène la tente à sa place.
La deracha joue sur l'expression panim el panim, face à face. Le verbe hisbir panim, montrer un visage accueillant, est de la même racine que hasbara, l'explication : enseigner avec un visage ouvert et expliquer sont présentés comme un seul geste.
La seconde version déplace la phrase vers une exigence adressée à Moche : la tente dressée hors du camp est elle-même un visage fermé montré au peuple. Le Ben Ich Haï ajoute la raison pédagogique : un disciple accueilli produit des hidouchim, un disciple reçu avec dureté se referme.
Et il revenait au camp, etc. (Exode 33, 11).
Rabbi Abahou a dit : le Saint béni soit-Il dit à Moche : maintenant ils diront : le maître est en colère et le disciple est en colère ; qu'adviendra-t-il d'Israël ? Si tu ramènes la tente à sa place, tant mieux ; sinon, Yehochoua bin Noun, ton disciple, servira à ta place.
L'argument tient à la position d'Israël entre deux colères. Rachi identifie les deux : celle du Saint béni soit-Il après le veau, et celle de Moche, lisible dans le seul fait que sa tente est plantée hors du camp.
La menace de remplacement par Yehochoua n'est pas une sanction pour une faute, mais la conséquence d'une fonction : un conducteur qui se tient à distance ne peut plus conduire. La formule « si tu ramènes, tant mieux ; sinon... » reprend exactement la structure du message envoyé à Hanina au début du folio.
Et c'est ce qui est écrit : et il revenait au camp. Rava a dit : malgré cela, la parole n'est pas sortie en vain, ainsi qu'il est dit : et son serviteur Yehochoua bin Noun, un jeune homme, ne quittait pas l'intérieur de la tente.
Rava tire une règle du récit : une parole prononcée d'en haut ne s'annule pas, même lorsque la condition qui l'a provoquée disparaît. Moche a obéi, la tente est revenue, et pourtant l'annonce concernant Yehochoua garde sa force et s'accomplit plus tard.
La seconde glose de Rachi est une remarque de guirsa (version du texte) : il écarte des mots que certains manuscrits ajoutaient à cet endroit.
Et Rabbi Yehouda ouvrit encore par l'honneur de la Torah et enseigna : fais silence et écoute, Israël : aujourd'hui tu es devenu un peuple (Deutéronome 27, 9). Or est-ce ce jour-là que la Torah fut donnée à Israël ?
Ce jour-là était pourtant la fin des quarante ans ! Mais c'est pour t'enseigner que la Torah est chère à ceux qui l'étudient chaque jour comme au jour où elle fut donnée du mont Sinaï.
La difficulté est chronologique : le verset est prononcé à la fin des quarante années, et il parle pourtant d'aujourd'hui comme du jour où Israël devient un peuple. La réponse retourne l'anomalie en enseignement : le don de la Torah est traité comme un événement qui se refait chaque jour pour celui qui étudie.
Rabbi Tanhoum fils de Rabbi Hiya, l'homme du village d'Akko, a dit : sache-le, car un homme lit le Chema matin et soir, et s'il ne le lit pas un seul soir, il est semblable à celui qui n'a jamais lu le Chema.
La preuve est prise dans une pratique quotidienne. Un manquement unique n'est pas présenté comme une faute proportionnée à un seul soir, mais comme une rupture qui atteint l'ensemble : ce qui est perdu ne se rattrape pas.
Le raisonnement soutient l'affirmation précédente. Si chaque lecture équivaut au jour du don, alors chaque jour manqué est un don manqué.
Hasket : formez des groupes (kitot) et occupez-vous de la Torah, car la Torah ne s'acquiert que dans une havoura (un groupe d'étude). Cela suit Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina, car Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina a dit : que signifie ce qui est écrit (Jérémie 50, 36) : une épée contre les habadim, et ils deviendront fous ?
Une épée contre les ennemis des talmidei hakhamim — c'est-à-dire contre eux-mêmes — qui siègent chacun seul (bad bevad) et s'occupent de la Torah. Et non seulement cela, mais ils s'abêtissent : il est écrit ici « et ils deviendront fous », et il est écrit là-bas (Nombres 12, 11) : ce en quoi nous avons été fous.
Et non seulement cela, mais ils fautent, ainsi qu'il est dit : et ce en quoi nous avons fauté.
La deracha décompose hasket en deux mots, assou (faites) et kitot (groupes). Rachi note précisément le procédé : la syllabe has est lue comme un impératif « faites ».
La preuve vient d'un verset de Jérémie où badim est rattaché à bad bevad, chacun seul. Trois conséquences sont énumérées dans l'ordre : l'épée, puis la sottise, établie par une guezera chava avec le mot noalnou dit par Aharon, puis la faute, tirée de la suite du même verset. L'isolement est ainsi présenté comme une cause, non comme une simple perte de rendement.
Si tu veux, dis plutôt d'ici (Isaie 19, 13) : les princes de Tsoan sont devenus fous.
Une source de rechange pour la même guezera chava. Le mot noalou revient dans Isaie, ce qui évite de dépendre du seul verset des Nombres.
Autre explication : fais silence et écoute, Israël — brisez-vous (katétou) sur les paroles de Torah. Comme l'a dit Rech Lakich, car Rech Lakich a dit : d'où sait-on que les paroles de Torah ne se maintiennent que chez celui qui se fait mourir pour elle ?
Ainsi qu'il est dit (Nombres 19, 14) : voici la Torah — un homme qui meurt dans une tente.
Deuxième lecture du même mot : la syllabe ket est rattachée à katat, broyer. Le verset des Nombres, qui traite en son sens premier de l'impureté d'un mort dans une tente, est relu comme une description de l'étudiant qui s'épuise dans la tente d'étude.
Autre explication : fais silence et écoute, Israël — has (tais-toi), et ensuite katet (broie). Comme Rava, car Rava a dit : que l'homme apprenne toujours la Torah d'abord, et qu'ensuite il approfondisse.
Troisième lecture, qui garde les deux syllabes dans leur ordre et en fait une séquence pédagogique : d'abord le silence et la guirsa (le texte appris tel quel), ensuite seulement l'analyse.
Rachi décrit la méthode avec précision : on retient la chemoua même sans la comprendre, puis on la soumet aux questions et aux réponses. L'ordre est un point d'enseignement : comprendre avant de connaître le texte ne tient pas.
On a dit dans la maison de Rabbi Yannai : que signifie ce qui est écrit (Proverbes 30, 33) : car la pression du lait fait sortir le beurre, la pression du nez (af) fait sortir le sang, et la pression des deux colères (apayim) fait sortir la querelle ?
Le verset est bâti sur trois emplois du mot mits, la pression. La maison de Rabbi Yannai va lire les trois membres comme trois étapes d'une même formation, en jouant sur le double sens de af, qui désigne le nez et la colère.
Chez qui trouves-tu le beurre de la Torah ? Chez celui qui recrache pour elle le lait qu'il a tête des seins de sa mère.
Le premier membre du verset est applique à l'effort qui précède tout le reste. L'image est celle d'un homme qui rend jusqu'au lait de sa première enfance : l'acquisition demande de se dépouiller de ce qui a été reçu sans peine.
Et la pression du nez fait sortir le sang : tout disciple contre lequel son maître se met en colère une première fois et qui se tait, mérite de savoir distinguer entre le sang impur et le sang pur.
Le deuxième membre repose sur le double sens de af. Le disciple qui encaisse une première colère sans répondre reçoit une compétence précise : les dinei damim, les lois du sang de la femme, domaine où la décision se joue sur des nuances très fines.
La correspondance est voulue : celui qui supporte le sang qui lui monte au visage obtient de trancher sur le sang.
Et la pression des deux colères fait sortir la querelle : tout disciple contre lequel son maître se met en colère une première et une seconde fois et qui se tait, mérite de savoir distinguer entre les dinei mamonot (litiges de biens) et les dinei nefachot (causes capitales). Ainsi que nous l'avons appris : Rabbi Yichmael dit : celui qui veut devenir sage, qu'il s'occupe des dinei mamonot, car tu n'as pas dans la Torah de domaine plus grand qu'eux : ils sont comme une source jaillissante.
Le troisième membre du verset emploie le pluriel apayim, deux colères, d'où la seconde fois. La récompense monte d'un cran : de la distinction entre deux sortes de sang, on passe à la distinction entre deux ordres de droit.
Le Ben Ich Haï relève deux difficultés. D'abord le mot « distinguer », qui suppose un risque de confusion entre des domaines apparemment éloignés ; il répond par le cas d'un acte d'affranchissement qui produit un statut en matière de biens et un autre en matière de mariage, donc de peine capitale. Ensuite il explique miktsoa par l'angle : un seul point où deux faces se rejoignent.
Rabbi Chmouel bar Nahmani a dit : que signifie ce qui est écrit (Proverbes 30, 32) : si tu t'es avili en t'élevant, et si tu as médité, la main sur la bouche ? Quiconque s'avilit pour les paroles de Torah finira par être élevé ; et s'il s'est bailonne, il finira la main sur la bouche.
La deracha coupe le verset en deux moitiés symétriques. Nabel, s'avilir, est lu comme le fait de poser ses questions malgré la honte : c'est ce qui conduit à s'élever.
Rachi éclaire le second membre par l'objet désigné : le zamam est une muselière que l'on fixe au museau d'une bête dangereuse. Celui qui se muselle lui-même par pudeur se retrouvera muet le jour où on l'interrogera.
Rabbi Nehemia ouvrit par l'honneur de l'akhsania et enseigna : que signifie ce qui est écrit (I Samuel 15, 6) : et Chaoul dit au Keni : allez, retirez-vous, descendez du milieu d'Amalek, de peur que je ne t'emporte avec lui — et toi, tu as fait bonté avec tous les enfants d'Israël ? Or ces choses ne sont-elles pas un kal va-homer ?
Si Yitro, qui n'a rapproché Moche que pour son propre honneur, est traité ainsi — celui qui reçoit un talmid 'hakham dans sa maison, le nourrit, l'abreuve et lui fait profiter de ses biens, à combien plus forte raison !
Le verset est pris à rebours de son objet apparent. Chaoul épargne les Keni au moment d'attaquer Amalek, et le motif invoqué est un acte d'hospitalité accompli dès générations plus tôt par leur ancêtre Yitro.
La force du kal va-homer tient à la faiblesse volontairement soulignée du mérite : Yitro a reçu Moche pour son propre honneur. Le Ben Ich Haï précise ce point : mis au ban par les siens, il ne trouvait pas de berger et devait envoyer ses filles au troupeau.
Rabbi Yossi ouvrit par l'honneur de l'akhsania et enseigna : tu n'auras pas en abomination l'Edomite, car il est ton frère ; tu n'auras pas en abomination l'Égyptien, car tu as été étranger dans son pays (Deutéronome 23, 8). Or ces choses ne sont-elles pas un kal va-homer ?
Si les Égyptiens, qui n'ont rapproché Israël que pour leur propre besoin, ainsi qu'il est dit (Genèse 47, 6) : et si tu sais qu'il y a parmi eux des hommes capables, tu les établiras chefs de troupeaux sur ce qui est à moi — sont traités ainsi, celui qui reçoit un talmid 'hakham dans sa maison, le nourrit, l'abreuve et lui fait profiter de ses biens, à combien plus forte raison !
Le même schéma est repris avec un hôte encore moins méritant. Les Égyptiens ont accueilli la famille de Yaakov en cherchant de la main-d'œuvre, comme le montre la phrase de Pharaon sur les hommes capables.
Le Ben Ich Haï explique pourquoi Rabbi Yossi cite tout le verset, y compris la moitié sur l'Edomite qui ne sert pas au raisonnement : sans elle, on pourrait lire l'interdiction comme protégeant l'honneur d'Israël et non celui de l'hôte, et le kal va-homer tomberait.
Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossi le Galiléen ouvrit par l'honneur de l'akhsania et enseigna : et Hachem bénit Oved-Edom le Guitti à cause de l'arche de D.ieu (II Samuel 6, 12).
Or ces choses ne sont-elles pas un kal va-homer ? Si pour l'arche, qui n'a ni mangé ni bu, mais devant laquelle il a seulement rendu honneur, balayé et arrosé — il en est ainsi, celui qui reçoit un talmid 'hakham dans sa maison, le nourrit, l'abreuve et lui fait profiter de ses biens, à combien plus forte raison !
Le troisième orateur déplace la faiblesse du côté du bénéficiaire. Yitro et les Égyptiens avaient un mobile intéressé ; ici l'hôte est irréprochable, mais l'hôte reçu ne consomme rien : l'arche ne mange ni ne boit.
Le service rendu se réduit à l'entretien du lieu : balayer et arroser le sol pour abattre la poussière. Le kal va-homer conclut donc du minimum absolu vers un accueil complet.
Quelle est la bénédiction dont il fut béni ? Rav Yehouda bar Zevida a dit : c'est Hamot et ses huit belles-filles, qui enfantèrent chacune six enfants d'une seule grossesse.
La guemara demande le contenu concret de la bénédiction, puisque le raisonnement précédent en dépend. La réponse porte sur la fécondité : neuf femmes de la maison, l'épouse d'Oved-Edom et ses huit belles-filles selon Rachi, avec six enfants chacune.
Le Ben Ich Haï relève la contrainte de temps que donne le verset : l'annonce faite à David intervient au bout de trois mois, ce qui suppose des naissances effectives et non de simples grossesses. Il concilie sur ce point notre guemara avec le Yerouchalmi, et propose une raison à la forme de la récompense : l'arche fut honorée par une abstention.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).