Chagigah 10a — Ce qui tient au verset et ce qui tient à la transmission : hetter nedarim, montagnes suspendues à un cheveu

Chagigah 10a

Sougya : Le folio achève d'abord la sougya de 9b sur le meouvat lo youkhal litkon : l'homme qui a rendu une femme interdite à son mari a commis un tort irréparable, et la Guemara distingue le rapport contraint du rapport consenti, puis la femme d'un cohen de la femme d'un Israélite. Vient ensuite une courte série sur celui qui quitte un ordre d'étude pour un autre, où Rav, Chmouel et Rabbi Yo'hanan lisent chacun à leur manière le verset « pour celui qui sort et pour celui qui entre, point de paix ».

La michna classe alors les domaines de la Torah selon leur appui dans le texte écrit : la dissolution des vœux vole dans l'air, le Chabbat, les haguigot et les me'ilot sont des montagnes suspendues à un cheveu, tandis que les dinim, les avodot, les puretés et les arayot ont sur quoi s'appuyer. La Guemara recueille cinq tentatives d'ancrage de la dissolution des vœux dans un verset ; Rava les réfute toutes sauf celle de Chmouel.

Elle demande enfin en quoi le Chabbat reposerait sur un mikra mince, et répond par la règle de Rabbi Abba sur celui qui creuse un trou dont il ne veut que la terre.

La michna classe les domaines selon leur appui dans le verset Hetter nedarim dissolution des vœux porhin ba-avir elles volent dans l'air et n'ont rien sur quoi s'appuyer Chabbat, haguigot, me'ilot fête et détournement du consacré montagnes suspendues à un cheveu mikra mou'at : peu de verset halakhot meroubot : beaucoup de règles Dinim, avodot, arayot et puretés et impuretés yech lahem al ma she-yismokhu ils ont sur quoi s'appuyer gufei Torah : corps de la Torah appui croissant dans le texte écrit Une seule question traverse la michna : quelle part de la halakha tient au verset, et quelle part ne tient qu'à ce qui fut remis aux sages dans la Torah orale.
Les trois degrés d'appui scripturaire selon la michna.
Cinq appuis pour la dissolution des vœux, et la réfutation de Rava Maître Verset invoqué Ce qu'il en tire Pirkha de Rava Rabbi Eliezer ki yafli écrit deux fois Vayikra 27, 2 (arakhin) Bamidbar 6, 2 (nazir) une hafla'a pour lier, une hafla'a pour délier le second sert peut-être à Rabbi Tarfon : pas de nezirout dans le doute Rabbi Yehochoua ce que j'ai juré dans ma colère (Tehilim 95, 11) juré sous la colère, donc révocable : je me suis rétracté lire plutôt : dans ma colère, et je ne me rétracte pas Rabbi Yits'hak quiconque a le cœur généreux (Chemot 35, 5) tant que le cœur y est, il apporte ; s'il se repent, on lui délie le verset vient peut-être contre Chmouel : le cœur engagé sans les lèvres Hanania, neveu de R. Yehochoua j'ai juré et je l'accomplirai (Tehilim 119, 106) s'il fallait toujours accomplir, le verset serait inutile : donc on délie il enseigne peut-être, avec Rav Guidel, qu'on jure pour accomplir une mitsva Chmouel il ne profanera pas sa parole (Bamidbar 30, 3) lui n'annule pas, mais d'autres annulent pour lui aucune Mieux vaut un seul poivre piquant qu'un panier plein de courges.
Les cinq versets proposés pour la dissolution des voeux et le sort que Rava leur réserve.
Pour celui qui sort et pour celui qui entre, point de paix trois lectures du même verset de Zekharia 8, 10 Rav dvar halakha : michna et guemara dvar mikra : le verset seul Chmouel talmoud : la raison des michnayot michna : la récitation seule Rabbi Yo'hanan un talmoud, le Yeroushalmi l'autre talmoud, le Bavli Rachi : la hora'a, la décision pratique, ne se tire ni du verset seul ni de la michna seule ; celui qui quitte l'ordre qui la produit perd la clarté qu'il avait déjà.
Rav, Chmouel et Rabbi Yohanan : trois manières de sortir d'un ordre d'étude.
1
בְּאֹונֶס, כָּאן בְּרָצוֹן. וְאִיבָּעֵית אֵימָא הָא וְהָא בְּאֹונֶס, וְלָא קַשְׁיָא: כָּאן בְּאֵשֶׁת כֹּהֵן, כָּאן בְּאֵשֶׁת יִשְׂרָאֵל.

... sous la contrainte ; là, il s'agit d'un rapport consenti. Et si tu veux, dis : l'un et l'autre sous la contrainte, et il n'y a pas de difficulté : ici il s'agit de la femme d'un cohen, là de la femme d'un Israélite.

📜 Rachi (2)
בְּרָצוֹן אֲסָרָהּ עַל בַּעְלָהּ:
« De plein gré » — il l'a rendue interdite à son mari.
אֵשֶׁת כֹּהֵן אֲפִילּוּ בְּאֹונֶס אֲסוּרָה לְבַעֲלָהּ בִּכְתֻובּוֹת (דַּף נא:) וְהִיא לֹא נִתְפָּשָׂה אֲסוּרָה הָא נִתְפָּשָׂה מֻותֶּרֶת וְאֵי זוֹ זוֹ אֵשֶׁת יִשְׂרָאֵל וּמִדִּכְתִיב הִיא מִיעוּטָא הָוֵי לוֹמַר יֵשׁ לְךָ אַחֶרֶת שאע"פ שֶׁנִּתְפָּשָׂה אֲסוּרָה וְאֵי זוֹ זוֹ אֵשֶׁת כֹּהֵן:
« La femme d'un cohen » — elle est interdite à son mari même sous la contrainte, comme il est exposé dans Ketoubot (51b) : « et elle n'a pas été saisie » (Bamidbar 5, 13) — alors elle est interdite ; donc si elle a été saisie, elle est permise ; et laquelle est-ce ? La femme d'un Israélite. Et puisque le verset écrit « elle », c'est un miout, une restriction, qui oblige à dire qu'il en existe une autre qui demeure interdite bien qu'elle ait été saisie ; et laquelle est-ce ? La femme d'un cohen.
💡 Explication

Fin de la sougya ouverte en 9b sur le meouvat lo youkhal litkon, le tort qui ne peut plus être redressé. Deux enseignements semblaient se contredire sur l'homme qui a eu un rapport avec une femme mariée : dans l'un le tort se répare, dans l'autre non.

Première réponse : tout dépend du consentement. Sous la contrainte (onès), la femme d'un Israélite n'est pas interdite à son mari et elle lui revient, donc le tort se répare ; de plein gré (ratson), elle lui devient interdite et rien ne se répare. Seconde réponse : les deux cas sont contraints, et la différence tient au mari. La femme d'un cohen est interdite à son mari même contrainte, comme le montre Rachi depuis Ketoubot 51b.

🖼️ Schéma
Quand le tort se répare-t-il ? Les deux réponses de la Guemara Sous la contrainte (onès) De plein gré (ratson) Femme d'un Israélite Femme d'un cohen elle revient à son mari le tort se répare il l'a rendue interdite à son mari rien ne se répare interdite même contrainte Ketoubot 51b, elle n'a pas été saisie rien ne se répare interdite à plus forte raison rien ne se répare Première réponse : la différence passe entre les colonnes, contrainte contre consentement. Seconde réponse : tout est contraint, et la différence passe entre les lignes, Israélite contre cohen.
Les deux axes qui décident si le tort se répare ou non.
2
״וְלַיּוֹצֵא וְלַבָּא אֵין שָׁלוֹם״, אָמַר רַב: כֵּיוָן שֶׁיּוֹצֵא אָדָם מִדְּבַר הֲלָכָה לִדְבַר מִקְרָא — שׁוּב אֵין לוֹ שָׁלוֹם.

« Et pour celui qui sort et pour celui qui entre, point de paix » (Zekharia 8, 10). Rav a dit : dès lors qu'un homme sort d'une parole de halakha vers une parole de mikra, il n'a plus de paix.

📜 Rachi (2)
וְלַיּוֹצֵא וְלַבָּא אֵין שָׁלוֹם מִקְרָא הוּא בִּזְכַרְיָה וּדְרָשׁוּהוּ כָּאן לְיוֹצֵא מִן הַתּוֹרָה וּבָא לוֹ לִדְבָרִים אֲחֵרִים:
« Et pour celui qui sort et pour celui qui entre, point de paix » — c'est un verset de Zekharia, et on l'a exposé ici de celui qui sort de la Torah et s'en va vers d'autres choses.
שֶׁיּוֹצֵא אָדָם מִדְּבַר הֲלָכָה לִדְבַר מִקְרָא שׁוּב אֵין לוֹ שָׁלוֹם שֶׁאֵין הוֹרָאָה מְדַבֵּר מִקְרָא שֶׁהַמִּשְׁנָה מִפָּרָשָׁה סְתִימַת הַתּוֹרָה:
« Dès lors qu'un homme sort d'une parole de halakha vers une parole de mikra, il n'a plus de paix » — car il n'y a pas de hora'a, de décision, à partir d'une parole de mikra : c'est la michna qui explicite ce que la Torah a laissé fermé.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כיון שיצא אדם מדבר הלכה לדבר מקרא, שוב אין לו שלום. נראה לי בס"ד דידוע העוסק בתורה יאירו בו חכמה ובינה שהם ארבע שמות של שילוב הוי־ה אהי־ה [47] שהם אורות חכמה ובינה וכל שילוב יעלה מ"ז שהם סך הכל קפ"ח [47×4=188] ולכן על ידם נעשה האדם 'פקח' ואורות חכמה ובינה אלו שהם קפ"ח ישנם בין בעסק תורה שבכתב שהוא המקרא בין בעסק תורה שבעל פה שהיא ההלכה. וידוע מה שאמרו בתיקונים מארי מקרא אינון בעשיה ומארי משנה אינון ביצירה ומארי תלמוד אינון בבריאה ומארי קבלה באצילות, ואיתא בדברי רבינו האר"י ז"ל (בשער המצות פרשת ואתחנן דף מז:) וזה לשונו: ודע כי מה שאמרו שהתלמוד הוא בבריאה הוא פירושן של המשניות עצמן שהם נקראים תלמוד אבל כל המימרות של התלמוד ושאר הדינין של התלמוד אינן בכלל התלמוד והן למטה ביצירה עם שאר האגדות והמדרשים כולם וכו' יעוין שם. וידוע כמו שיש אורות חכמה ובינה שהם ארבע שמות שילוב הוי־ה אהי־ה בעשיה כן יש ביצירה ובכל עולם וכפי מעלות העולם יגדל איכות האורות ולכן העוסק במקרא שהוא בעשיה יש לו אורות חכמה ובינה שהם ארבע שלובים הוי־ה אהיה אשר בעשיה ואם עוסק בהלכה שהוא המשנה והלכות שבתלמוד ישפיעו לו אורות חכמה ובינה של ארבע שמות שילובים הנזכר שהם קפ"ח מעולם היצירה וזה מוכרח שיהיה לו גם אורות קפ"ח מעולם העשיה כי כל הנשפע מעולם אחד מוכרח שיזכה לעולם התחתון ממנו גם כן. ונמצא לפי זה יש לו שתי בחינות קפ"ח של יצירה ושל עשיה שהם מספר שלום דשני פעמים קפ"ח עולה שלום [188×2=378] אך כיון שיצא מדבר הלכה לדבר מקרא נמצא אין לו אלא הארות דקפ"ח דעשיה בלבד דשם אינון מארי מקרא ולכן אין לו שלום שהוא שני פעמים קפ"ח כאשר היה לו כבר בעסקו בדבר הלכה ולכן החכם החשוב נקרא 'פקח' של שתי הארות קפ"ח הנזכר שהם אורות חכמה ובינה.
« Dès lors qu'un homme sort d'une parole de halakha vers une parole de mikra, il n'a plus de paix. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il est connu que celui qui s'occupe de Torah est éclairé par 'hokhma et bina, qui sont les quatre Noms de l'entrelacement du Nom de quatre lettres avec le Nom Ekye ; ce sont les lumières de 'hokhma et de bina, et chaque entrelacement monte à 47, soit en tout 188 [47 x 4 = 188]. C'est par elles que l'homme devient pike'ah, perspicace, mot dont le compte est lui aussi 188. Et ces lumières de 'hokhma et de bina, qui sont 188, se trouvent aussi bien dans l'étude de la Torah écrite, qui est le mikra, que dans l'étude de la Torah orale, qui est la halakha. Or on connaît ce que disent les Tikounim : les maîtres du mikra sont dans Assia, les maîtres de la michna dans Yetsira, les maîtres du talmoud dans Beria, et les maîtres de la kabbale dans Atsilout. Et il est dit dans les paroles de notre maître le Ari de mémoire bénie (Chaar haMitsvot, parachat Vaethanan, 47b), voici ses termes : « Sache que lorsqu'ils ont dit que le talmoud est dans Beria, il s'agit de l'explication des michnayot elles-mêmes, qui sont appelées talmoud ; mais toutes les memrot du Talmud et les autres dinim du Talmud ne sont pas compris dans ce talmoud-là : ils sont plus bas, dans Yetsira, avec toutes les autres aggadot et tous les midrachim », vois-y. Et il est connu que, de même qu'il y a dans Assia des lumières de 'hokhma et de bina, les quatre Noms de l'entrelacement, de même y en a-t-il dans Yetsira et dans chaque monde, la qualité des lumières grandissant selon le degré du monde. Aussi celui qui s'occupe du mikra, qui est dans Assia, reçoit-il les lumières de 'hokhma et de bina, les quatre entrelacements, qui sont dans Assia ; et s'il s'occupe de halakha, qui est la michna et les halakhot du Talmud, les lumières de 'hokhma et de bina des quatre Noms mentionnés, qui sont 188, lui sont dispensées depuis le monde de Yetsira ; et il est nécessaire qu'il possède aussi les lumières de 188 du monde d'Assia, car tout ce qui est dispensé depuis un monde donné, il faut qu'on le mérite aussi dans le monde qui lui est inférieur. Il se trouve ainsi qu'il possède deux niveaux de 188, celui de Yetsira et celui d'Assia, qui font le compte de chalom, la paix : deux fois 188 montent à chalom [188 x 2 = 376]. Mais dès lors qu'il est sorti d'une parole de halakha vers une parole de mikra, il ne lui reste que les éclairements des 188 d'Assia seulement, car c'est là que se tiennent les maîtres du mikra ; il n'a donc plus chalom, qui est deux fois 188, comme il l'avait déjà lorsqu'il s'occupait d'une parole de halakha. Et c'est pourquoi le sage de valeur est appelé pike'ah, d'après les deux éclairements de 188 mentionnés, qui sont les lumières de 'hokhma et de bina.
💡 Explication

La Guemara passe à une courte série sur celui qui abandonne un ordre d'étude pour un autre. Le verset de Zekharia décrit une époque de troubles où nul n'a de repos ; les sages l'appliquent à l'étudiant qui change d'assise.

Pour Rav, la perte est celle de la hora'a, la capacité de trancher. Rachi l'explique : le verset laisse la loi close, et c'est la michna qui l'ouvre ; celui qui quitte la halakha pour le seul texte écrit garde des versets et perd la décision.

3
וּשְׁמוּאֵל אָמַר: זֶה הַפּוֹרֵשׁ מִתַּלְמוּד לְמִשְׁנָה. וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: אֲפִילּוּ מִתַּלְמוּד לְתַלְמוּד.

Et Chmouel a dit : il s'agit de celui qui se détourne du talmoud vers la michna. Et Rabbi Yo'hanan a dit : même d'un talmoud vers l'autre talmoud.

📜 Rachi (2)
מִתַּלְמוּד לַמִּשְׁנָה אִם שִׁמֵּשׁ אֶת הַחֲכָמִים שֶׁהֵן מְדַקְדְּקִין לִיתֵּן טַעַם מִשְׁנָיוֹת לְהָבִין הַמִּשְׁנָיוֹת הַסּוֹתְרוֹת זוֹ אֶת זוֹ וְלִמְצוֹא טַעַם לִפְטוֹר וּלְחוֹבָה לְאִיסּוּר וּלְהֶיתֵּר שֶׁהַמִּשְׁנָה זוֹ קָרוּי תַּלְמוּד וְאִם יָצָא מֵהֶן וְנָתַן עִסְקוֹ לְגִירְסַת הַמִּשְׁנָיוֹת שׁוּב אֵין לוֹ שָׁלוֹם בִּדְבַר הוֹרָאָה שֶׁאֵין הוֹרָאָה נְכוֹנָה בִּדְבַר מִשְׁנָה שֶׁכַּמָּה מִשְׁנָיוֹת יֵשׁ שֶׁאֵין דִּבְרֵיהֶן מְכֻוָּונִין וְתֵירְצוּם בְּנֵי הַשַּׁ"ס הָכָא בְמַאי עָסְקִינַן חַסּוֹרֵי מִחַסְּרָא הָא מַנִּי רַבִּי פְּלוֹנִי הִיא וְאֵין הֲלָכָה כְּמוֹתוֹ:
« Du talmoud vers la michna » — s'il a servi les sages, qui scrutent le détail pour donner la raison des michnayot, comprendre les michnayot qui se contredisent l'une l'autre et trouver la raison de l'exemption et de l'obligation, de l'interdit et du permis — car cette étude de la michna est appelée talmoud — et qu'il les a quittés pour s'adonner à la récitation des michnayot, il n'a plus de paix en matière de hora'a, de décision, car il n'y a pas de décision juste à partir d'une parole de michna : combien de michnayot dont les termes ne sont pas ajustés, et que les maîtres du Talmud ont résolues en disant « de quoi traitons-nous ici », « la michna est incomplète et voici ce qu'elle enseigne », « de qui est-ce ? de tel rabbi, et la halakha n'est pas comme lui ».
אֲפִילּוּ מִשַּׁ"ס לַשַּׁ"ס מִשַּׁ"ס יְרוּשַׁלְמִי לְשַׁ"ס בַּבְלִי שֶׁהוּא עָמֹוק כִּדְאָמְרִינַן בְּסַנְהֶדְרִין (דַּף כֹּד.) בְּמַחֲשַׁכִּים הוֹשִׁיבַנִי כְּמֵתֵי עוֹלָם זוֹ הַשַּׁ"ס שֶׁל בָּבֶל:
« Même d'un talmoud à l'autre » — du Talmud de Jérusalem au Talmud de Babylone, qui est profond, comme nous le disons dans Sanhédrin (24a) : « Il m'a fait asseoir dans les ténèbres comme les morts d'un monde révolu » (Eikha 3, 6) — c'est le Talmud de Babylone.
🗂️ Tossefot (1)
אֲפִילּוּ מִשַּׁ"ס לַשַּׁ"ס. מִשַּׁ"ס יְרוּשַׁלְמִי לְשַׁ"ס בַּבְלִי כִּדְפֵירֵשׁ רַשִׁ"י וְכֵן אָמַר בִּירוּשַׁלְמִי בְּמַחֲשַׁכִּים הוֹשִׁיבַנִי כְּמֵתֵי עוֹלָם אֵלּוּ שַׁ"ס הַבַּבְלִי וְכֵן (רַב כָּהֲנָא) דַּהֲוָה צִיִּים דִּלְיִשְׁתַּכַּח מִינֵּיהּ שַׁ"ס הַבַּבְלִי וּמִיהוּ אֲפִילּוּ אִיפְּכָא י"ל וְהָכִי פֵּירוּשׁוֹ שֶׁפֵּירֵשׁ מִזֶּה וַעֲדַייִן לֹא הֵבִין בָּזֶה שֶׁמִּתּוֹךְ כָּךְ לֹא יַעֲלֶה בְּיָדוֹ הֲלָכָה בְּרוּרָה:
« Même d'un talmoud à l'autre » — du Talmud de Jérusalem au Talmud de Babylone, comme l'a expliqué Rachi ; ainsi l'a-t-on dit dans le Yeroushalmi : « Il m'a fait asseoir dans les ténèbres comme les morts d'un monde révolu » — c'est le Talmud de Babylone ; et de même (Rav Kahana) qui jeûnait pour que le Talmud de Babylone s'oublie de lui. Toutefois on peut le dire aussi en sens inverse, et voici alors l'explication : il s'est détourné de l'un et n'a pas encore compris l'autre, de sorte qu'aucune halakha claire ne lui restera en main.
💡 Explication

Trois lectures étagées. Rav parlait de la halakha quittée pour le verset ; Chmouel descend d'un cran : le talmoud ici désigne l'étude qui donne la raison des michnayot et résout leurs contradictions, et la michna seule n'est que la récitation des énoncés. Rabbi Yo'hanan va plus loin encore : même passer d'un corpus d'étude à un autre du même rang fait perdre la paix, le temps de se refaire aux méthodes nouvelles.

Rachi identifie les deux talmoudim : le Yeroushalmi et le Bavli, celui-ci étant tenu pour plus difficile, d'après le verset exposé dans Sanhédrin 24a. Tossefot admet aussi le sens inverse : celui qui a lâché l'un sans encore posséder l'autre ne tirera de clarté ni de l'un ni de l'autre.

4
מַתְנֵי׳ הֶיתֵּר נְדָרִים — פּוֹרְחִין בָּאֲוִיר וְאֵין לָהֶם עַל מַה שֶׁיִּסָּמֵכוּ.

MICHNA. La dissolution des vœux vole dans l'air et n'a rien sur quoi s'appuyer.

📜 Rachi (1)
מַתְנֵי' הֶיתֵּר נְדָרִים פּוֹרְחִים בָּאֲוִיר הַתָּרַת נְדָרִים שֶׁאָמְרוּ חֲכָמִים שֶׁהֶחָכָם מַתִּיר אֶת הַנֶּדֶר מְעַט רֶמֶז יֵשׁ בַּמִּקְרָא וְאֵין עַל מַה לִסְמֹוךְ אֶלָּא שֶׁכֵּן מָסוּר לַחֲכָמִים בַּתּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה:
« MICHNA. La dissolution des vœux vole dans l'air » — la dissolution des vœux dont les sages ont dit que le sage délie le vœu : il n'y a qu'un mince indice dans le verset, et rien sur quoi s'appuyer, sinon que la chose fut ainsi remise aux sages dans la Torah orale.
💡 Explication

La michna ouvre un classement des domaines de la Torah selon leur ancrage dans le texte écrit. Premier degré : le hetter nedarim, le pouvoir du sage de délier un vœu. Aucun verset ne l'établit ; la règle, dit Rachi, fut simplement remise aux sages dans la Torah orale.

L'image est celle d'une chose qui vole dans l'air, sans sol sous elle. La Guemara va pourtant recueillir cinq versets proposés comme appui, ce qui montre que les sages cherchaient au moins un indice.

5
הִלְכוֹת שַׁבָּת, חֲגִיגוֹת וְהַמְּעִילוֹת — הֲרֵי הֵם כַּהֲרָרִים הַתְּלוּיִן בִּשְׂעָרָהּ, שֶׁהֵן מִקְרָא מוּעָט וַהֲלָכוֹת מְרֻובּוֹת. הַדִּינִין וְהָעֲבוֹדוֹת הַטְּהָרוֹת וְהַטְּמָאוֹת וַעֲרָיוֹת — יֵשׁ לָהֶן עַל מַה שֶׁיִּסָּמֵכוּ, וְהֵן הֵן גּוּפֵי תוֹרָה.

Les halakhot du Chabbat, des haguigot et des me'ilot sont comme des montagnes suspendues à un cheveu, car leur mikra est mince et leurs halakhot nombreuses. Les dinim, les avodot, les puretés et les impuretés, et les arayot ont sur quoi s'appuyer, et ce sont là les corps de la Torah.

📜 Rachi (5)
הִלְכוֹת שַׁבָּת וְהִלְכוֹת חֲגִיגָה הִלְכוֹת מְעִילוֹת יֵשׁ בָּהֶן הֲלָכוֹת שֶׁהֵן תְּלוּיוֹת בְּרֶמֶז מִקְרָא מוּעָט:
« Les halakhot du Chabbat, les halakhot de la haguiga, les halakhot des me'ilot » — il s'y trouve des halakhot suspendues à l'indice d'un mikra mince.
כַּהֲרָרִין הַתְּלוּיִם בִּשְׂעָרוֹת רֹאשׁ:
« Comme des montagnes suspendues » — à des cheveux de la tête.
וְהָעֲבוֹדוֹת הִלְכוֹת עֲבוֹדַת קָרְבָּן:
« Et les avodot » — les halakhot du service des offrandes.
וְהָעֲרָיוֹת עֶרְוָה:
« Et les arayot » — la erva, l'union interdite.
הֵן הֵן גּוּפֵי תּוֹרָה בַּגְּמָרָא פָּרֵיךְ אַטּוּ הָנָךְ לָאו גּוּפֵי תּוֹרָה נִינְהוּ:
« Ce sont là les corps de la Torah » — dans la Guemara on objecte : les premières ne seraient-elles donc pas des corps de Torah ?
💡 Explication

Deuxième et troisième degrés. Les montagnes suspendues à un cheveu désignent les domaines où la Torah écrite dit peu et la tradition beaucoup : le Chabbat, la haguiga (l'offrande de fête) et la me'ila (le détournement d'un bien consacré). La masse des règles pèse sur un fil de texte.

Le dernier groupe — les dinim (le droit civil), les avodot (le service des offrandes), les puretés et impuretés, les arayot (les unions interdites) — dispose d'une assise large, et la michna les appelle gufei Torah, corps de la Torah. Rachi signale par avance que la Guemara demandera si les premiers ne sont donc pas eux aussi des corps de Torah.

6
גְּמ׳ תַּנְיָא, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: יֵשׁ לָהֶם עַל מַה שֶׁיִּסָּמֵכוּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כִּי יַפְלִיא״ ״כִּי יַפְלִיא״ שְׁתֵּי פְּעָמִים: אַחַת הַפְלָאָה לְאִיסּוּר, וְאַחַת הַפְלָאָה לְהֶיתֵּר.

GUEMARA. On enseigne : Rabbi Eliezer dit : ils ont sur quoi s'appuyer, car il est dit « ki yafli », « lorsqu'il énoncera clairement », deux fois : une énonciation pour l'interdiction et une énonciation pour la dissolution.

📜 Rachi (2)
גְּמ' כִּי יַפְלִיא שְׁתֵּי פְעָמִים אֶחָד בַּעֲרָכִין וְאֶחָד בְּנָזִיר כִּי יַפְלִיא נֶדֶר בְּעֶרְכְּךָ כִּי יַפְלִיא לִנְדֹּור נֶדֶר נָזִיר:
« GUEMARA. Ki yafli deux fois » — l'une à propos des arakhin, les évaluations, et l'autre à propos du nazir : « lorsqu'un homme énoncera clairement un vœu selon ton évaluation » (Vayikra 27, 2), « lorsqu'un homme ou une femme énoncera clairement le vœu de nazir » (Bamidbar 6, 2).
אַחַת הַפְלָאָה לְאִיסּוּר כּוּלֵּיהּ הַפְלָאָה לְשׁוֹן פֵּירוּשׁ כְּתַרְגּוּמוֹ אֲרִי יַפְרִישׁ וְלָמָּה כָּתַב הַפְלָאָה בִּשְׁנֵיהֶן אַחַת כְּשֶׁפֵּירֵשׁ וְנָדַר וְאָסַר עַצְמוֹ בְּנֶדֶר וְאַחַת שֶׁחוֹזֵר וּמְפָרֵשׁ לִפְנֵי הֶחָכָם וְאוֹמֵר כֵּן נָדַרְתִּי וּלְדַעַת כֵּן נָדַרְתִּי אֲבָל לְדַעַת כֵּן לֹא נָדַרְתִּי וַהֲרֵי הוּא בָּא לִידֵי חֲרָטָה וּמִתּוֹךְ כָּךְ בָּא לִידֵי הֶיתֵּר:
« Une énonciation pour l'interdiction » — toute hafla'a a le sens d'explicitation, comme le rend le Targoum : « lorsqu'il séparera ». Et pourquoi la hafla'a est-elle écrite dans les deux ? L'une, lorsqu'il a explicité, voué et s'est interdit par un vœu ; l'autre, lorsqu'il revient s'expliquer devant le sage en disant : « voilà ce que j'ai voué, et c'est dans cette intention que j'ai voué, mais dans cette intention-là je n'aurais pas voué » — le voilà venu au regret, et par là il vient à la dissolution.
💡 Explication

Contre la michna, une baraita recueille cinq appuis possibles. Rabbi Eliezer part de la hafla'a, l'énonciation claire, écrite deux fois : à propos des arakhin (Vayikra 27, 2) et à propos du nazir (Bamidbar 6, 2).

Rachi explique la mécanique : la première énonciation est celle par laquelle l'homme se lie, la seconde celle par laquelle il s'explique devant le sage — « c'est dans cette intention que j'ai voué, mais dans celle-là je n'aurais pas voué ». Il arrive ainsi à la harata, le regret, qui ouvre la dissolution.

7
רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר: יֵשׁ לָהֶם עַל מַה שֶׁיִּסָּמֵכוּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אֲשֶׁר נִשְׁבַּעְתִּי בְּאַפִּי״ — בְּאַפִּי נִשְׁבַּעְתִּי, וְחָזַרְתִּי בֵּי.

Rabbi Yehochoua dit : ils ont sur quoi s'appuyer, car il est dit « ce que j'ai juré dans ma colère » (Tehilim 95, 11) — c'est dans ma colère que j'ai juré, et je me suis rétracté.

📜 Rachi (1)
נִשְׁבַּעְתִּי בְּאַפִּי מִדְּקָאָמַר בְּאַפִּי מַשְׁמַע יָכוֹל אֲנִי לִישָּׁאֵל עָלָיו לְפִי שֶׁמֵּחֲמַת אַפִּי וְלֹא מִדַּעַת מְיֻושֶּׁבֶת נִשְׁבַּעְתִּי יֵשׁ לִלְמֹוד מִכָּאן שֶׁהַמּוֹצֵא פֶּתַח לְנִדְרוֹ לֵאמֹר לֹא לְדַעַת כֵּן נָדַרְתִּי שֶׁיִּקְרֵנִי דָּבָר זֶה שֶׁאֲנִי רוֹאֶה הָבֵא לִי ע"י נִדְרִי מַתִּירִין לוֹ:
« J'ai juré dans ma colère » — puisqu'il dit « dans ma colère », cela implique : je puis en demander la dissolution, car c'est sous l'effet de ma colère et non d'un esprit rassis que j'ai juré. On apprend de là que celui qui trouve une ouverture à son vœu, en disant : « ce n'est pas dans cette intention que j'ai voué ; je n'imaginais pas que m'arriverait la chose que je vois maintenant venir sur moi à cause de mon vœu » — on lui délie son vœu.
💡 Explication

Deuxième appui. Le verset précise l'état d'esprit du serment : la colère. Rabbi Yehochoua en déduit qu'un engagement pris hors d'un esprit rassis peut être repris.

Rachi en tire la pratique du petah, l'ouverture : celui qui déclare devant le sage qu'il n'avait pas prévu la conséquence qu'il voit maintenant venir n'a pas voué dans cette intention-là, et on lui délie son vœu.

8
רַבִּי יִצְחָק אוֹמֵר: יֵשׁ לָהֶם עַל מַה שֶׁיִּסָּמֵכוּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כָּל נְדִיב לִבּוֹ״. חֲנַנְיָה בֶּן אֲחִי רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר: יֵשׁ לָהֶם עַל מַה שֶׁיִּסָּמֵכוּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״נִשְׁבַּעְתִּי וָאֲקַיֵּימָה לִשְׁמֹור מִשְׁפְּטֵי צִדְקֶךָ״.

Rabbi Yits'hak dit : ils ont sur quoi s'appuyer, car il est dit « quiconque a le cœur généreux » (Chemot 35, 5). Hanania, fils du frère de Rabbi Yehochoua, dit : ils ont sur quoi s'appuyer, car il est dit « j'ai juré et je l'accomplirai, d'observer les jugements de ta justice » (Tehilim 119, 106).

📜 Rachi (2)
כָּל נְדִיב לִבּוֹ הֱבִיאוֹ אִם עוֹדֶנּוּ לִבּוֹ נוֹדְבוֹ עָלָיו יָבִיאוּ וְאִם מִתְחָרֵט יַתִּירוּ לוֹ:
« Quiconque a le cœur généreux, qu'ils l'apportent » — si son cœur le porte encore à la générosité, qu'ils apportent ; et s'il se repent, on lui déliera.
נִשְׁבַּעְתִּי וָאֲקַיֵּימָה לִשְׁמֹור מִשְׁפְּטֵי צִדְקֶךָ מִדְּקָאָמַר וָאֲקַייֵּמָה מִכְּלָל דְּאִם רָצָה שֶׁלֹּא לְקַיֵּים מַתִּירִין לוֹ:
« J'ai juré et je l'accomplirai, d'observer les jugements de ta justice » — puisqu'il dit « et je l'accomplirai », il s'ensuit que s'il voulait ne pas l'accomplir, on lui délierait.
💡 Explication

Troisième et quatrième appuis. Rabbi Yits'hak lit dans « quiconque a le cœur généreux » une condition qui dure : l'engagement tient tant que le cœur y demeure ; s'il se rétracte, on lui délie.

Hanania s'appuie sur le mot « et je l'accomplirai » : si l'accomplissement allait de soi, le verset n'aurait pas eu à le dire, signe qu'un serment peut ne pas être tenu, c'est-à-dire être délié.

9
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: אִי הֲוַאי הָתָם, אָמְרִי לְהוּ: דִּידִי עֲדִיפָא מִדִּידְכוּ — שֶׁנֶּאֱמַר: ״לֹא יַחֵל דְּבָרוֹ״ — הוּא אֵינוֹ מוֹחֵל, אֲבָל אֲחֵרִים מוֹחֲלִין לוֹ. אָמַר רָבָא: לְכֻולְּהוּ אִית לְהוּ פִּירְכָא, לְבַר מִדִּשְׁמוּאֵל דְּלֵית לֵיהּ פִּירְכָא.

Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : si j'avais été là, je leur aurais dit : la mienne vaut mieux que les vôtres, car il est dit « il ne profanera pas sa parole » (Bamidbar 30, 3) — lui ne l'annule pas, mais d'autres l'annulent pour lui. Rava a dit : toutes comportent une réfutation, hormis celle de Chmouel, qui n'en comporte pas.

💡 Explication

Chmouel propose un cinquième appui, et le tient pour meilleur. Le verset interdit à l'homme de profaner sa propre parole ; la formulation vise le sujet, lui, et laisse entendre par contraste que d'autres — le sage ou le tribunal — peuvent l'annuler pour lui.

Rava pose alors le principe qui organise la suite : chacun des quatre premiers versets se laisse comprendre autrement, donc chacun souffre une pirkha, une réfutation. Seule la lecture de Chmouel résiste. Les segments suivants déroulent les quatre réfutations une à une.

10
דְּאִי מִדְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר — דִּלְמָא כִּדְרַבִּי יְהוּדָה שֶׁאָמַר מִשּׁוּם רַבִּי טַרְפוֹן. דְּתַנְיָא, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר מִשּׁוּם רַבִּי טַרְפוֹן: לְעוֹלָם אֵין אֶחָד מֵהֶם נָזִיר, שֶׁלֹּא נִיתְּנָה נְזִירוּת אֶלָּא לְהַפְלָאָה.

Car si c'est de Rabbi Eliezer — peut-être est-ce conforme à Rabbi Yehouda, qui a parlé au nom de Rabbi Tarfon. Comme on l'enseigne : Rabbi Yehouda dit au nom de Rabbi Tarfon : en vérité aucun des deux n'est nazir, car la nezirout n'est donnée que par une énonciation claire.

📜 Rachi (3)
אִי מִדְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר דְּדָרֵישׁ הַפְלָאָה יַתִּירְתָא:
« Si c'est de Rabbi Eliezer » — qui expose la hafla'a surnuméraire.
דִּלְמָא לְכִדְרַבִּי טִרְפוֹן אֲתָא:
« Peut-être » — elle vient pour l'enseignement de Rabbi Tarfon.
אֵין אֶחָד מֵהֶן נָזִיר ב' שֶׁהָיוּ יוֹשְׁבִין וּבָא אֶחָד לִפְנֵיהֶם וְאָמַר אֶחָד הֲרֵינִי נָזִיר שֶׁזֶּה הַבָּא אֶצְלֵנוּ נָזִיר הוּא וַחֲבֵירוֹ אוֹמֵר הֲרֵינִי נָזִיר שֶׁאֵינוֹ נָזִיר וּלְבַסּוֹף נִמְצָא כְּאֶחָד מֵהֶן אֵין אֶחָד מֵהֶן נָזִיר לְפִי שֶׁלֹּא נִיתְּנָה נְזִירוּת לִהְיוֹת נָזִיר בִּתְלִייָּה וּבְסָפֵק אֶלָּא בְּהַפְלָאָה וַדָּאִית מְפֹורֶשֶׁת:
« Aucun des deux n'est nazir » — deux hommes étaient assis, un troisième vint devant eux ; l'un dit : « que je sois nazir si celui qui vient vers nous est nazir », et son compagnon dit : « que je sois nazir s'il ne l'est pas » ; et finalement la chose s'est trouvée conforme à l'un des deux — aucun des deux n'est nazir, parce que la nezirout n'a pas été donnée pour rendre nazir de manière suspendue et dans le doute, mais seulement par une hafla'a certaine et explicite.
🗂️ Tossefot (1)
דִּלְמָא כְּרַבִּי יְהוּדָה. מַשְׁמַע דַּחֲשִׁיב לֵיהּ פִּירְכָא מַה שֶׁמַּצְרִיךְ הַכָּתוּב לִדְרָשָׁה אַחֲרִיתִי וְאִילּוּ בפ"ק דִּמְגִילָּה (דַּף ז.) גַּבֵּי אֶסְתֵּר בְּרוּחַ הַקֹּדֶשׁ נֶאֶמְרָה קָאָמַר שְׁמוּאֵל מִשּׁוּם דִּכְתִיב קִיְּימוּ וְקִבְּלוּ קִייְּמוּ לְמַעְלָה מַה שֶּׁקִּבְּלוּ לְמַטָּה וְקָאָמַר הַשַּׁ"ס דְּלֵית לֵיהּ פִּירְכָא וְאִילּוּ בְּשַׁבָּת בְּפֶ' ר' עֲקִיבָא (שַׁבָּת דַּף פח. וְשָׁם) דָּרְשִׁינַן מִינֵּיהּ קִייְּמוּ מַה שֶּׁקִּבְּלוּ כְּבָר דְּקִבְּלוּ הַתּוֹרָה בְּרָצוֹן בִּימֵי אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ וְאָמַר הר"י דְּלָאו קֻושְׁיָא הִיא דְּהָתָם מַפִּיק לָהּ מִדְּשַׁנִּי לָהּ בְּדִבּוּרֵיהּ דְּלִיכְתּוֹב קִיְּימוּ וְקִייְּמוּ אוֹ קִבְּלוּ וְקִבְּלוּ אֶלָּא וַדַּאי תַּרְתֵּי שְׁמַע מִינָּה:
« Peut-être conforme à Rabbi Yehouda » — il ressort qu'il tient pour une réfutation le fait que le verset soit requis pour une autre derasha. Or, au premier chapitre de Meguila (7a), à propos d'Esther qui fut dite par l'esprit saint, Chmouel dit : parce qu'il est écrit « ils confirmèrent et acceptèrent » — ils confirmèrent en haut ce qu'ils avaient accepté en bas ; et le Talmud dit qu'il n'y a pas là de réfutation, alors que dans Chabbat, au chapitre Rabbi Akiva (88a), nous tirons du même verset : « ils confirmèrent ce qu'ils avaient déjà accepté », c'est-à-dire qu'ils acceptèrent la Torah de bon gré aux jours d'Ahachveroch. Le Ri a dit que ce n'est pas une difficulté : là-bas on le tire de ce que le verset a varié son expression, car il aurait pu écrire « ils confirmèrent et confirmèrent » ou « ils acceptèrent et acceptèrent » ; puisqu'il n'en est pas ainsi, on apprend certainement les deux choses.
💡 Explication

Première réfutation. La seconde hafla'a n'est pas forcément libre pour la dissolution : elle peut servir à l'enseignement de Rabbi Tarfon, qui exige une énonciation certaine pour que la nezirout prenne effet.

Le cas, décrit par Rachi : deux hommes parient sur un passant, l'un affirmant qu'il est nazir, l'autre qu'il ne l'est pas, chacun se rendant nazir s'il se trompe. Même si l'un des deux a dit vrai, aucun n'est nazir, car son engagement était suspendu à un doute.

11
אִי מִדְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ — דִּלְמָא הָכִי קָאָמַר: בְּאַפִּי נִשְׁבַּעְתִּי — וְלֹא הָדַרְנָא בֵּי. אִי מִדְּרַבִּי יִצְחָק — דִּלְמָא לְאַפּוֹקֵי מִדִּשְׁמוּאֵל. דְּאָמַר שְׁמוּאֵל: גָּמַר בְּלִבּוֹ — צָרִיךְ שֶׁיּוֹצִיא בִּשְׂפָתָיו, וְהָא קָא מַשְׁמַע לַן: דְּאַף עַל גַּב דְּלֹא הוֹצִיא בִּשְׂפָתָיו.

Si c'est de Rabbi Yehochoua — peut-être le verset dit-il ceci : c'est dans ma colère que j'ai juré, et je ne me rétracte pas. Si c'est de Rabbi Yits'hak — peut-être est-ce pour exclure l'avis de Chmouel ; car Chmouel a dit : celui qui a décidé dans son cœur doit encore le prononcer de ses lèvres ; et le verset nous enseigne qu'il est tenu même s'il ne l'a pas prononcé de ses lèvres.

📜 Rachi (1)
גָּמַר בְּלִבּוֹ שְׁבוּעָה אוֹ נֶדֶר אוֹ הֶקְדֵּשׁ:
« Il a décidé dans son cœur » — un serment, un vœu ou une consécration.
🗂️ Tossefot (2)
בְּאַפִּי נִשְׁבַּעְתִּי וְלָא הָדַרְנָא בִּי. וְהִקְשָׁה הָר"ר אֶלְחָנָן דְּעַל כָּרְחֲךָ קְרָא בְּהָכִי מִידְּרִישׁ מִדִּכְתִיב נִשְׁבַּעְתִּי בְּאַפִּי אִם יְבֹואוּן אֶל מְנוּחָתִי וְדָרְשִׁינַן מִינָּהּ גַּבֵּי דּוֹר הַמִּדְבָּר שֶׁלֹּא בָּאוּ לָאָרֶץ וְתֵירֵץ לוֹ הר"י דְּהַאי קְרָא לָאו בְּבִיאַת אֶרֶץ מִשְׁתַּעֵי אֶלָּא בְּחֵלֶק לָעוֹלָם הַבָּא וּמָצִינוּ תַּנָּא דְּאָמַר בְּחֵלֶק (סַנְהֶדְרִין דַּף קי:) דּוֹר הַמִּדְבָּר יֵשׁ לָהֶם חֵלֶק לעוה"ב א"כ אִיכָּא לְמִידְרַשׁ וְהָדַרְנָא בֵּי:
« Dans ma colère j'ai juré, et je ne me rétracte pas » — Rabbi Elhanan a objecté : nécessairement le verset s'expose ainsi, puisqu'il est écrit « ce que j'ai juré dans ma colère : ils n'entreront pas dans mon repos », et que nous en tirons, à propos de la génération du désert, qu'elle n'est pas entrée dans le pays. Le Ri lui a répondu que ce verset ne traite pas de l'entrée dans le pays mais de la part au monde à venir, et que nous trouvons un tana qui dit, au chapitre Helek (Sanhédrin 110b), que la génération du désert a une part au monde à venir ; s'il en est ainsi, on peut bien exposer « et je me suis rétracté ».
לְאַפּוֹקֵי מִדִּשְׁמוּאֵל דְּאָמַר שְׁמוּאֵל גָּמַר בְּלִבּוֹ צָרִיךְ שֶׁיּוֹצִיא בִּשְׂפָתָיו. לָאו מִשּׁוּם דְּלֵית לֵיהּ לִשְׁמוּאֵל גָּמַר בְּלִבּוֹ דְּהָא קְרָא כְּתִיב אֶלָּא מוּקֵי לְקָדָשִׁים (שֶׁהֵבִיאוּ) בָּעֲזָרָה הוּא דִּכְתִיב הַאי קְרָא וְגַבֵּי קָדָשִׁים כְּתִיב וְכָל נְדִיב לֵב עֹולוֹת (דִּבְרֵי הַיָּמִים ב כ״ט:ל״א) וּשְׁמוּאֵל מוֹדֶה לָהּ שַׁפִּיר וּמַקְשֵׁי מִינָּהּ לִשְׁמוּאֵל מֵהַאי קְרָא וּמְשַׁנֵּי לָהּ פֶּרֶק ג' דִּשְׁבוּעוֹת (דַּף כו: וְשָׁם) וְכִי תֵּימָא נֵילֵיף מִינָּהּ מִשּׁוּם דַּהֲוָה לֵיהּ תְּרוּמָה ר"ל תְּרוּמַת מְלֶאכֶת הַמִּשְׁכָּן כְּתִיב בֵּיהּ כָּל נְדִיב לִבּוֹ וְקָדָשִׁים שְׁנֵי כְּתוּבִים הַבָּאִין כְּאֶחָד וְאֵין מְלַמְּדִים:
« Pour exclure l'avis de Chmouel, qui a dit : celui qui a décidé dans son cœur doit le prononcer de ses lèvres » — non que Chmouel rejette l'engagement décidé dans le cœur, puisque le verset l'écrit, mais il l'applique aux kodachim, les choses consacrées apportées au parvis, car c'est à leur sujet que ce verset est écrit, et à propos des kodachim il est écrit « et tout homme au cœur généreux, des holocaustes » (II Chroniques 29, 31) ; Chmouel le concède donc pleinement. Et l'on objecte à Chmouel depuis ce verset, et là chose se résout au troisième chapitre de Chevouot (26b) : et si tu dis, apprenons-en par déduction — puisqu'il y a aussi la terouma, c'est-à-dire le prélèvement pour l'ouvrage du sanctuaire, dont il est écrit « quiconque a le cœur généreux » ; le sanctuaire et les kodachim forment alors deux versets venant pour une même chose, et deux versets venant pour une même chose n'enseignent pas.
💡 Explication

Deuxième et troisième réfutations. Le verset des Tehilim se laisse lire à l'inverse : la mention de la colère souligne la fermeté du serment plutôt que sa fragilité.

Quant à « quiconque a le cœur généreux », il peut viser tout autre chose : la question de savoir si une décision intérieure engage sans parole. Chmouel exige la parole ; le verset viendrait dire qu'en ce cas précis le cœur suffit. Tossefot précise que Chmouel lui-même reconnaît le principe, mais le limite aux kodachim, les choses consacrées.

12
אִי מִדַּחֲנַנְיָה בֶּן אֲחִי רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ — דִּלְמָא כְּרַב גִּידֵּל אָמַר רַב. דְּאָמַר רַב גִּידֵּל אָמַר רַב: מִנַּיִן שֶׁנִּשְׁבָּעִין לְקַיֵּים אֶת הַמִּצְוָה — שֶׁנֶּאֱמַר: ״נִשְׁבַּעְתִּי וָאֲקַיֵּימָה לִשְׁמֹור מִשְׁפְּטֵי צִדְקֶךָ״.

Si c'est de Hanania, fils du frère de Rabbi Yehochoua — peut-être est-ce conforme à Rav Guidel au nom de Rav ; car Rav Guidel a dit au nom de Rav : d'où sait-on que l'on prête serment d'accomplir la mitsva ? Car il est dit « j'ai juré et je l'accomplirai, d'observer les jugements de ta justice ».

📜 Rachi (1)
שֶׁנִּשְׁבָּעִין לְקַיֵּים הַמִּצְוָה כְּלוֹמַר מִצְוָה שֶׁיְּהֵא אָדָם נִשְׁבָּע לְקַיֵּים מִצְוָה כְּדֵי שֶׁיְּמַהֵר וְיִזְדָּרֵז לְקַיְּימָהּ:
« Que l'on prête serment d'accomplir la mitsva » — c'est-à-dire que c'est une mitsva que l'homme prête serment d'accomplir une mitsva, afin de se hâter et de s'empresser de l'accomplir.
🗂️ Tossefot (1)
לְקַייֵּם מִצְוֹת. דְּצָרִיךְ לְהַזְכִּיר שֵׁם שָׁמַיִם כְּדֵי לְזָרוֹזֵי נַפְשֵׁיהּ:
« Pour accomplir une mitsva » — car il lui faut mentionner le Nom du Ciel afin de s'aiguillonner lui-même.
💡 Explication

Quatrième réfutation. Le même verset sert ailleurs à une règle toute différente : on peut jurer d'accomplir une mitsva à laquelle on est déjà tenu, et ce serment n'est pas vain.

Rachi et Tossefot en donnent la raison pratique : le serment sert d'aiguillon. Mentionner le Nom du Ciel pour s'obliger à ce qu'on doit déjà presse l'homme et le pousse à l'accomplir sans tarder.

13
אֶלָּא דִּשְׁמוּאֵל לֵית לֵיהּ פִּירְכָא. אָמַר רָבָא, וְאִיתֵּימָא רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: הַייְנוּ דְּאָמְרִי אִינָשֵׁי: טָבָא חֲדָא פִּלְפַּלְתָּא חֲרִיפְתָּא מִמְּלֵי צַנָּא דְקָרֵי.

Mais celle de Chmouel ne comporte pas de réfutation. Rava a dit, et certains disent Rav Nahman bar Yits'hak : voilà ce que disent les gens : mieux vaut un seul poivre piquant qu'un panier plein de courges.

📜 Rachi (1)
פִּלְפַּלְתָּא גַּרְעִין אֶחָד שֶׁל פִּלְפֵּל:
« Un poivre » — un seul grain de poivre.
🗂️ Tossefot (1)
לִשְׁמוּאֵל לֵית לֵיהּ פִּירְכָא. וְהָא דְּדָרְשִׁינַן פ"ב דִּנְדָרִים (דַּף טז:) אֲבָל מֵיחֵל הוּא חֶפְצֵי שָׁמַיִם הָתָם מִדְּבָרוֹ נָפְקִי לֵיהּ:
« Celle de Chmouel ne comporte pas de réfutation » — et ce que nous exposons au deuxième chapitre de Nedarim (16b), « mais il profane, lui, pour ce qui touche aux affaires du Ciel », là-bas ils le tirent du mot « sa parole ».
🪔 Ben Yehoyada (1)
טבא חדא פלפלתא חריפא, ממלא צנא דקרי. נראה לי בס"ד הטעם דמדמי למילתא שפירתא לפלפלא כי החכם החריף משפעים בו אורות חכמה ובינה ולכן נעשה חריף ופקח כי מדות חכמה ובינה הוא סוד קפ"ח כאשר בארתי לעיל וידוע דאות אלף שהוא לשון אלוף הוא כינוי לחכמה וכינוי לבינה בסוד מה שאמרו רבותינו ז"ל (שבת קד.) אלף חכמה אלף בינה, ומילוי שני א ל ־ ף הוא פלפל לכן לדבר אשר בחכמה מדמה אותו לפלפל וכן תמצא דנקיט כהאי לישנא בכמה מקומות.
« Mieux vaut un seul poivre piquant qu'un panier plein de courges. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que s'il compare une parole de valeur au poivre, c'est parce que le sage aiguisé reçoit l'afflux des lumières de 'hokhma et de bina, et devient par là piquant et pike'ah, car les mesures de 'hokhma et de bina sont le secret de 188, comme je l'ai expliqué plus haut. Et il est connu que la lettre alef, qui a le sens d'alouf, celui qui enseigne, désigne la 'hokhma et désigne la bina, selon le secret de ce qu'ont dit nos maîtres de mémoire bénie (Chabbat 104a) : « alef 'hokhma, alef bina », apprends la 'hokhma, apprends la bina. Or le remplissage de deux fois la lettre alef, qui s'écrit en toutes lettres alef-lamed-feh, donne pilpel, le poivre ; c'est pourquoi il compare au poivre la chose qui relève de la 'hokhma. Et tu trouveras qu'il emploie cette expression en plusieurs endroits.
💡 Explication

Conclusion du parcours : quatre versets tombent, un seul tient. Le dicton populaire résume la leçon : la valeur d'une derasha ne se mesure pas au nombre.

Tossefot écarte une objection : la derasha de Nedarim 16b, selon laquelle l'homme peut délier ce qui touche aux affaires du Ciel, se tire d'un autre mot du verset, « sa parole », et ne concurrence donc pas la lecture de Chmouel.

14
הִלְכוֹת שַׁבָּת. מִיכְתָּב כְּתִיבָן! לָא צְרִיכָא, לְכִדְרַבִּי אַבָּא. דְּאָמַר רַבִּי אַבָּא: הַחוֹפֵר גֻּומָּא בְּשַׁבָּת וְאֵין צָרִיךְ אֶלָּא לַעֲפָרָהּ — פָּטוּר עָלֶיהָ.

« Les halakhot du Chabbat » — mais elles sont écrites ! Ce n'était nécessaire que pour l'enseignement de Rabbi Abba ; car Rabbi Abba a dit : celui qui creuse un trou le Chabbat et n'a besoin que de sa terre en est exempt.

📜 Rachi (3)
מִיכְתָּב כְּתִיבָן טוּבָא אַזְהָרוֹת כְּתִיבִי בְּשַׁבָּת מַאי מִקְרָא מוּעָט דְּקָאָמַר מַתְנִיתִין:
« Mais elles sont écrites » — de nombreux avertissements sont écrits à propos du Chabbat ; qu'est-ce donc que le mikra mince dont parle la michna ?
לָא נִצְרְכָא כו' דָּבָר זֶה וְכַיּוֹצֵא בּוֹ רֶמֶז מוּעָט יֵשׁ לוֹ לִלְמֹוד מִן הַתּוֹרָה:
« Ce n'était nécessaire que, etc. » — cette chose-là et ce qui lui ressemble n'ont qu'un mince indice à tirer de la Torah.
חוֹפֵר גֻּומָּא בּוֹנֶה בִּנְיָן הוּא וְאִם אֵינוֹ צָרִיךְ לָהּ אֶלָּא לִיטֹּול אֶת הֶעָפָר אַף עַל פִּי שֶׁהַבִּנְיָן בָּנוּי אֵינוֹ חַיָּיב מִשּׁוּם בּוֹנֶה:
« Celui qui creuse un trou » — il fait œuvre de construction ; mais s'il n'en a besoin que pour prendre la terre, bien que la construction soit faite, il n'est pas passible au titre de bone, construire.
🗂️ Tossefot (1)
לְכִדְרַבִּי אַבָּא. ה"ה לִשְׁאָר מְקַלְקְלִים דִּפְטוּרִין הֲוָה מָצֵי לְמֵימַר אֶלָּא רְבוּתָא קמ"ל דאע"ג דְּצָרִיךְ לֶעָפָר מִיפְטָר כֵּיוָן דְּלָא צָרִיךְ לַגֻּומָּא:
« Pour l'enseignement de Rabbi Abba » — il en irait de même des autres actes destructeurs, qui sont exempts, et la Guemara aurait pu le dire ; mais elle nous enseigne une chose plus forte : bien qu'il ait besoin de la terre, il est exempt, dès lors qu'il n'a pas besoin du trou.
💡 Explication

La Guemara revient à la michna et objecte : le Chabbat occupe de nombreux avertissements dans la Torah, où serait le mikra mou'at, le texte mince ?

Réponse : la michna ne vise pas l'interdit général mais des règles comme celle de Rabbi Abba. Creuser relève de bonè, construire ; mais celui qui ne veut que la terre et non le trou est patour, exempt, bien que le trou existe. Une telle règle ne se lit nulle part : elle pend à un fil. Tossefot note que la Guemara a choisi ce cas parce qu'il est le plus fort : même le besoin réel de la terre ne suffit pas à rendre passible.

🖼️ Schéma
Il creuse un trou le Chabbat : de quoi à-t-il besoin ? hofer gouma : il creuse un trou à-t-il besoin du trou lui-même ? oui non, il ne veut que la terre hayav au titre de bonè, construire patour, exempt c'est la règle de Rabbi Abba Rabbi Chimon melakha che-eina tsrikha le-goufa Rabbi Yehouda il abîme sa cour : mekalkel, donc exempt Voilà le mikra mince d'où pend toute cette halakha.
La règle de Rabbi Abba et les deux manières de la fonder.
15
כְּמַאן — כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן, דְּאָמַר: מְלָאכָה שֶׁאֵינָהּ צְרִיכָה לְגוּפָהּ — פָּטוּר עָלֶיהָ.

Selon qui ? Selon Rabbi Chimon, qui a dit : un travail qui n'est pas nécessaire pour lui-même — on en est exempt.

📜 Rachi (1)
שֶׁאֵינָהּ צְרִיכָה לְגוּפָהּ כְּגוֹן זֶה שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ לְבִנְיָן זֶה וְרַבִּי שִׁמְעוֹן אָמַר מִילְּתֵיהּ גַּבֵּי מוֹצִיא אֶת הַמֵּת בַּמִּטָּה לְקָובְרוֹ בְּשַׁבָּת (שַׁבָּת דַּף צג:) וְקָאָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן פָּטוּר עַל הוֹצָאָה זוֹ שֶׁבִּרְצוֹנוֹ לֹא הָיְתָה בָּאָה אֵלָיו וְלֹא הָיָה צָרִיךְ לָהּ:
« Qui n'est pas nécessaire pour lui-même » — comme ici, où il n'a pas besoin de cette construction. Rabbi Chimon a énoncé sa règle à propos de celui qui sort un mort sur un lit pour l'enterrer le Chabbat (Chabbat 93b), et Rabbi Chimon dit qu'il est exempt pour cette sortie, car il aurait préféré que cela ne lui advienne pas et il n'en avait aucun besoin.
💡 Explication

Première assignation de la règle de Rabbi Abba. La melakha che-eina tsrikha le-goufa est le travail accompli pour un autre but que son résultat propre. Celui qui creuse ne veut pas le trou, donc le travail de construction n'est pas voulu pour lui-même.

Rachi rappelle où Rabbi Chimon a énoncé sa règle : celui qui transporte un mort sur un lit pour l'enterrer le Chabbat (Chabbat 93b). Il aurait préféré n'avoir pas à le faire, et ne tire aucun profit de ce transport.

16
אֲפִילּוּ תֵּימָא לְרַבִּי יְהוּדָה: הָתָם מְתַקֵּן, הָכָא מְקַלְקֵל הוּא.

Tu peux même dire : selon Rabbi Yehouda. Là-bas il est constructeur, ici il est destructeur.

📜 Rachi (1)
אֲפִילּוּ תֵּימָא לְר' יְהוּדָה דִּפְלִיג עָלֶיהָ מוֹדֶה בְּהַךְ גֻּומָּא דְּאִלּוּ הָתָם הַקּוֹבֵר אֶת הַמֵּת מְתַקֵּן הוּא וְהַאי חוֹפֵר גֻּומָּא מְקַלְקֵל הוּא אֶת חֲצֵרוֹ:
« Tu peux même dire : selon Rabbi Yehouda » — qui le conteste, et qui pourtant concède pour ce trou-ci : car là-bas, celui qui enterre le mort fait œuvre constructive, tandis que celui qui creuse un trou abîme sa cour.
💡 Explication

Seconde assignation : la règle de Rabbi Abba n'oblige pas à suivre Rabbi Chimon. Même Rabbi Yehouda, qui rend passible pour un travail non nécessaire en lui-même, concède ici.

La différence tient au résultat. Enterrer un mort est metaken, une amélioration de la situation ; creuser un trou dont on ne veut que la terre est mekalkel, cela abîme la cour. Un acte purement destructeur n'entraîne pas la responsabilité du Chabbat.

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מַאי ״כַּהֲרָרִין הַתְּלוּיִין בְּשַׂעֲרָה״?

Qu'est-ce que « comme des montagnes suspendues à un cheveu » ?

📜 Rachi (1)
וּמַאי כַּהֲרָרִין דְּקָאָמַר בְּמַתְנִיתִין דְּמַשְׁמַע שֶׁיֵּשׁ קְצָת רֶמֶז מִן הַתּוֹרָה לְלַמֵּד זֶה וּמַהוּ הָרֶמֶז:
« Et qu'est-ce que comme des montagnes » — dont parle la michna, expression qui implique qu'il existe un peu d'indice dans la Torah pour enseigner cela ; et quel est cet indice ?
💡 Explication

La Guemara retourne à l'image de la michna. Rachi précise la portée de la question : l'expression implique qu'un indice existe malgré tout dans la Torah, aussi mince qu'un cheveu. Reste à savoir lequel.

La réponse se donne en 10b, où la Guemara cherche le fil de texte auquel pendent les halakhot du Chabbat.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).