Sougya : Le folio achève d'abord la défense de Rabbi Yo'hanan sur le boiteux : Rav Papa explique qu'il tient la nuit pour un temps déjà arrivé, et non pour un mehousar zeman, un temps qui manque encore. La guemara oppose aussitôt à cette lecture l'enseignement de Rabbi Yo'hanan sur le zav qui voit de nouvelles émissions après ses sept jours nets, et distingue selon que les visions décisives tombent la nuit ou le jour.
Le folio passe ensuite à la fin de la michna : la fête passée sans haguiga ne se rattrape plus, et le verset de Kohelet « ce qui est faussé ne peut être redressé, et ce qui manque ne peut être compté » sert de cadre à une série d'enseignements. Bar Hei Hei interroge Hillel sur le mot « être compté » et reçoit deux réponses célèbres : l'occasion de mitsva perdue avec ses compagnons, et la différence entre celui qui révise son chapitre cent fois et celui qui le révise cent et une fois.
Le folio se ferme sur le partage entre les fautes qui admettent une réparation — le vol, la guezela — et celles qui laissent une trace définitive, et sur la question de savoir si le mamzer engendré est ou non la condition de cette trace.
[Pessa'h] Cheni est le rattrapage du premier. Mais selon celui qui dit que Pessa'h Cheni est une fête à part entière, que peut-on dire ?
La guemara défendait Rabbi Yo'hanan, qui exempte de rattrapage le boiteux du premier jour tout en obligeant l'impur qui a guéri. Rav Yirmeya avait expliqué la différence par le fait que l'impureté, elle, dispose déjà d'un rattrapage : Pessa'h Cheni. Cette explication ne tient que pour l'avis qui voit dans Pessa'h Cheni le rattrapage du premier Pessa'h.
Or un autre avis tient Pessa'h Cheni pour reguel bifnei atsmo, une fête autonome ayant ses propres règles, et non un simple rattrapage. Pour cet avis, l'argument de Rav Yirmeya s'effondre, et la difficulté sur Rabbi Yo'hanan revient entière.
Rav Papa dit plutôt : Rabbi Yo'hanan tient que la nuit ne constitue pas un mehousar zeman (un temps qui manque encore). Et Rabbi Yo'hanan a-t-il vraiment dit cela ?
Rav Papa propose une autre explication. Ce qui sépare l'impur du boiteux tient au moment où l'obligation s'est attachée à lui. Celui qui devient impur le premier jour était déjà tenu par l'obligation de comparution ; il ne lui manquait que la possibilité pratique d'apporter. Le boiteux du premier jour, lui, n'a jamais été saisi par l'obligation.
Le terme technique est mehousar zeman : un temps qui n'est pas encore arrivé, et qui rend le sacrifice impossible non par accident mais par défaut de date. Rav Papa soutient que pour Rabbi Yo'hanan la nuit ne crée pas un tel défaut : la date est arrivée, seule l'heure empêche d'apporter.
Or Rabbi Yo'hanan a dit : s'il a vu une émission la nuit et deux le jour, il apporte.
Le zav qui a achevé ses sept jours nets, s'est immergé et a attendu le coucher du soleil doit encore apporter ses sacrifices le lendemain. La question est de savoir ce qui arrive s'il voit de nouvelles émissions dans l'intervalle : forment-elles une impureté nouvelle, qui appellera un second jeu de sacrifices, ou se rattachent-elles à la première ?
Rabbi Yo'hanan tranche : une émission la nuit et deux le jour font une impureté distincte, et il apportera deux jeux de sacrifices.
Deux la nuit et une le jour : il n'apporte pas. Et si tu penses que Rabbi Yo'hanan tient que la nuit n'est pas un mehousar zeman, même pour deux la nuit et une le jour il devrait apporter !
La seconde clause fournit l'objection. Si la nuit valait comme un temps déjà arrivé, deux émissions nocturnes suffiraient à constituer une impureté nouvelle, survenue après que l'heure du premier sacrifice fut acquise. Puisque Rabbi Yo'hanan dispense pourtant d'un second jeu, c'est qu'il traite la nuit comme un mehousar zeman et voit là une seule ziva prolongée.
Quand Rabbi Yo'hanan a dit cela, il parlait selon les termes de celui qui dit que la nuit est un mehousar zeman. — Selon les termes de celui qui dit ainsi, c'est évident ! — Il lui fallait enseigner le cas de deux le jour et une la nuit.
La guemara distingue ce que Rabbi Yo'hanan tient pour lui-même et ce qu'il énonce lediverei haomer, selon les termes d'un autre avis. La seconde clause appartient à ce registre ; pour Rabbi Yo'hanan lui-même, trois émissions nocturnes obligeraient déjà à un second jeu.
Objection : si la clause ne dit rien de sa propre position, qu'apprend-elle ? Réponse : l'enseignement porte sur l'autre clause, celle où les deux visions décisives tombent le jour, au temps où le sacrifice peut être offert, tandis que l'une est survenue la nuit.
Tu aurais pu penser comme l'objection de Rav Chicha, fils de Rav Idi ; il nous fait savoir qu'il en va selon Rav Yossef.
L'enjeu de la clause conservée est un désaccord rapporté dans Keritot. Rav Yossef explique que la première émission d'un zav ne vaut d'abord que comme un simple keri, et qu'elle se rattache ensuite aux deux suivantes ; peu importe donc qu'elle soit survenue avant l'heure du sacrifice.
Rav Chicha objectait que le cas ordinaire du zav n'est pas comparable, puisque toutes ses visions y tombent au temps de l'obligation. Rabbi Yo'hanan tranche en faveur de Rav Yossef.
Si la fête est passée et qu'il n'a pas offert la haguiga, il n'en est pas tenu responsable ; et c'est à ce sujet qu'il est dit : « ce qui est faussé ne peut être redressé, et ce qui manque ne peut être compté ».
La guemara revient à la fin de la michna. Passé le dernier jour de rattrapage, la haguiga non offerte ne se rattrape plus et l'homme n'en porte aucune dette : l'obligation était liée à un temps, et ce temps est clos.
Le verset de Kohelet 1,15 sert de formule générale à ce régime, et la guemara va l'explorer sur plusieurs terrains.
Bar Hei Hei dit à Hillel : ce mot « être compté », il aurait fallu dire « être comblé » ! Il s'agit plutôt de celui dont les compagnons se sont comptés pour une affaire de mitsva, et qui ne s'est pas compté avec eux.
L'objection porte sur le vocabulaire. Devant un hesron, un manque, le verbe attendu serait lehimalot, être comblé. Le verset emploie lehimanot, être compté, ce qui oriente vers un autre sens.
Hillel en tire une lecture précise : il s'agit d'un homme dont les compagnons se sont comptés ensemble pour accomplir une mitsva, et qui est resté hors du compte. La mitsva une fois accomplie par eux, ce compte-là est fermé, et il ne pourra plus s'y adjoindre.
C'est aussi ce qui est enseigné dans une baraita : « ce qui est faussé ne peut être redressé », c'est celui qui a négligé la lecture du Chema du matin ou la lecture du Chema du soir, ou qui a négligé la tefila du matin ou la tefila du soir. « Et ce qui manque ne peut être compté », c'est celui dont les compagnons se sont comptés pour une affaire de mitsva et qui ne s'est pas compté avec eux.
La baraita confirme la lecture de Hillel sur la seconde moitié du verset et applique la première aux obligations quotidiennes liées à une heure. Le Chema du matin et celui du soir, la tefila du matin et celle du soir ont chacun leur temps propre ; l'heure passée, l'obligation de ce moment ne se récupère pas comme telle.
Bar Hei Hei dit à Hillel : que signifie ce qui est écrit : « vous reviendrez et vous verrez la différence entre le juste et l'impie, entre celui qui sert D.ieu et celui qui ne Le sert pas » ? Le juste, c'est bien celui qui sert D.ieu ; l'impie, c'est bien celui qui ne Le sert pas !
Il lui dit : « celui qui Le sert » et « celui qui ne Le sert pas » sont l'un et l'autre des justes accomplis ; mais celui qui révise son chapitre cent fois ne ressemble pas à celui qui le révise cent et une fois.
La question est celle d'une redondance : le verset de Malakhi 3,18 semble nommer deux fois le même homme, puis deux fois son contraire. Hillel répond que les deux dernières expressions désignent deux justes, séparés par la seule mesure de leur travail.
Le partage passe entre cent révisions et cent et une. Le chiffre cent figure l'usage reçu ; la révision supplémentaire marque le travail entrepris au-delà de ce que l'habitude impose, et c'est elle que le verset appelle oved Elokim, celui qui sert.
Il lui dit : et pour une seule fois, on l'appellerait « celui qui ne Le sert pas » ? Il lui dit : oui.
Sors et apprends-le du marché des âniers : dix parsaot pour un zouz, onze parsaot pour deux zouz.
L'objection porte sur la disproportion : une seule révision de moins vaudrait-elle le nom de lo avado, celui qui n'a pas servi ? Hillel répond par un usage commercial. Le tarif du marché couvre la course ordinaire ; ce qui dépasse ce seuil se négocie séparément et coûte le double.
La comparaison porte sur la structure du prix, non sur la quantité : au-delà de l'usage reçu, le travail change de nature et se compte autrement.
Eliyahou dit à bar Hei Hei, et certains disent à Rabbi Elazar : que signifie ce qui est écrit : « voici, je t ai affiné, mais non comme l'argent ; je t ai éprouvé au creuset de la pauvreté » ? Cela enseigne que le Saint béni soit-Il a parcouru toutes les bonnes mesures pour les donner à Israël, et n'a trouvé que la pauvreté.
Chemouel dit, et certains disent Rav Yossef : c'est bien ce que les gens disent : la pauvreté sied aux Juifs comme une bride rouge à un cheval blanc.
Le verset de Yechayahou 48,10 oppose deux modes d'affinage. L'argent se purifie par le feu ; Israël se purifie dans le kour oni, le creuset de la pauvreté. Le mot oni, pauvreté, est lu comme le nom de l'instrument de cette épreuve.
Le dicton rapporté ensuite compare la pauvreté à une pièce de harnais rouge sur un cheval blanc : un contraste qui fait ressortir ce qu'il accompagne.
Rabbi Chimon ben Menassia dit : quel est le « ce qui est faussé et ne peut être redressé » ? C'est celui qui a eu commerce avec une erva et en a engendré un mamzer, etc.
S'il a engendré, oui ; s'il n'a pas engendré, non ?
La guemara tire de la michna une déduction par exclusion. Rabbi Chimon ben Menassia parle de celui qui a engendré un mamzer ; il semble donc que sans enfant, la faute reste redressable par la techouva.
Cette déduction va être confrontée à une baraita du même auteur, qui paraît poser un partage différent.
Mais voici ce qui est enseigné : Rabbi Chimon ben Menassia dit : si un homme vole, il peut rendre ce qu'il a volé et redresser ; si un homme dépouille autrui, il peut rendre ce qu'il a pris et redresser ; mais celui qui a eu commerce avec une femme mariée et l'a rendue interdite à son mari est chassé du monde et s'en est allé.
La baraita partage les fautes selon ce qu'elles laissent derrière elles. Le vol et la guezéla portent sur un bien : la restitution efface le tort. Le commerce avec une femme mariée atteint un lien, qui ne se restitue pas ; elle devient interdite à son mari.
L'expression nitrad min haolam, chassé du monde, désigne selon Rachi l'absence de tout remède, et non une simple gravité accrue.
Rabbi Chimon ben Yohai dit : on ne dit pas « examine le chameau » ni « examine le porc », mais « examine l'agneau ». Et qui est-ce ?
C'est le talmid 'hakham qui s'est séparé de la Torah.
L'image est prise du contrôle des animaux destinés au sacrifice. On n'examine pas le chameau ni le porc, qui sont écartés de l'autel par nature ; on examine l'agneau, qui est apte et pourrait avoir contracté un défaut.
Le mot meouat, faussé, suppose de même un état droit antérieur. Il s'applique au talmid 'hakham qui s'est éloigné de la Torah, et non à celui qui n'y est jamais entré.
Rabbi Yehouda ben Lakich dit : tout talmid 'hakham qui s'est séparé de la Torah, l'Écriture dit de lui : « comme un oiseau errant loin de son nid, ainsi l'homme errant loin de son lieu » ; et elle dit : « quelle injustice vos pères ont-ils trouvée en moi, pour s'être éloignés de moi ? »
Les deux versets, Michlei 27,8 et Yirmeyahou 2,5, décrivent le même mouvement : un départ hors du lieu propre. Le second ajoute que l'éloignement vient de celui qui était proche, sans grief à invoquer.
Il n'y a pas de difficulté : ici, il s'agit de sa sœur célibataire ; là, d'une femme mariée. Et si tu veux, dis : l'un et l'autre traitent d'une femme mariée, et il n'y a pas de difficulté : ici
Première conciliation : la michna parle de la sœur célibataire. Aucun mari n'est atteint, de sorte que seul l'enfant engendré laisse une trace ; la baraita parle d'une femme mariée, où la trace existe dès l'acte.
Seconde conciliation, que Rachi éclaire d'avance : les deux sources traitent d'une femme mariée, et le partage se fait entre la contrainte, onès, qui ne rend pas la femme interdite à son mari, et le plein gré, qui la lui interdit. Le folio s'interrompt au milieu de cette seconde réponse et se poursuit au folio suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).