Chagigah 9b — La nuit qui ne manque pas de temps, puis ce qui est faussé et ne peut plus être redressé

Chagigah 9b

Sougya : Le folio achève d'abord la défense de Rabbi Yo'hanan sur le boiteux : Rav Papa explique qu'il tient la nuit pour un temps déjà arrivé, et non pour un mehousar zeman, un temps qui manque encore. La guemara oppose aussitôt à cette lecture l'enseignement de Rabbi Yo'hanan sur le zav qui voit de nouvelles émissions après ses sept jours nets, et distingue selon que les visions décisives tombent la nuit ou le jour.

Le folio passe ensuite à la fin de la michna : la fête passée sans haguiga ne se rattrape plus, et le verset de Kohelet « ce qui est faussé ne peut être redressé, et ce qui manque ne peut être compté » sert de cadre à une série d'enseignements. Bar Hei Hei interroge Hillel sur le mot « être compté » et reçoit deux réponses célèbres : l'occasion de mitsva perdue avec ses compagnons, et la différence entre celui qui révise son chapitre cent fois et celui qui le révise cent et une fois.

Le folio se ferme sur le partage entre les fautes qui admettent une réparation — le vol, la guezela — et celles qui laissent une trace définitive, et sur la question de savoir si le mamzer engendré est ou non la condition de cette trace.

La nuit est-elle un mehousar zeman ? Le zav qui revoit après ses sept jours nets mehousar zeman = un temps qui n'est pas encore arrivé, donc un sacrifice qui ne peut pas encore être apporté Rav Papa : Rabbi Yo'hanan tient que la nuit n'est pas un mehousar zeman le jour de l'obligation est arrivé ; seule la nuit empêche encore d'apporter Mais Rabbi Yo'hanan a enseigné deux clauses sur le zav Une la nuit, deux le jour il APPORTE un second jeu de sacrifices raison de Rav Yossef : la première vision ne vaut que comme un simple keri les deux du jour, au temps de l'obligation, se joignent à elle Deux la nuit, une le jour il N'APPORTE PAS de second jeu les deux de la nuit tombent avant l'heure du sacrifice c'est une seule ziva prolongée, et non une impureté nouvelle Objection : si la nuit n'était pas un mehousar zeman, deux visions nocturnes feraient déjà une seconde ziva Réponse : cette clause était dite selon les termes de l'autre avis pour Rabbi Yo'hanan lui-même, trois visions nocturnes obligeraient déjà à un second sacrifice Ce qu'il fallait enseigner : le cas où les deux visions décisives tombent le jour — contre l'objection de Rav Chicha, la halakha suit Rav Yossef.
La question du mehousar zeman de la nuit, mise à l épreuve par l enseignement de Rabbi Yohanan sur le zav.
Kohelet 1,15 : les deux moitiés du verset et leurs applications Ce qui est faussé ne peut être redressé, et ce qui manque ne peut être compté Meouat lo youkhal litkon une chose faussée, sans redressement Michna la fête est passée sans haguiga : il n'en est plus tenu responsable Baraita le Chema du matin ou du soir négligé, la tefila du matin ou du soir négligée Rabbi Chimon ben Menassia celui qui a eu commerce avec une erva et en a engendré un mamzer Hesron lo youkhal lehimanot un manque qui ne se laisse plus compter Question de bar Hei Hei pour un manque, le mot attendu serait lehimalot, être comblé Réponse de Hillel le verbe est bien celui du compte : ses compagnons se sont comptés pour une affaire de mitsva, et lui ne s'est pas compté avec eux la mitsva accomplie, le compte est clos Les deux moitiés disent le même régime : une occasion liée à un temps, et qui ne revient pas. La haguiga non offerte pendant la fête relève exactement de ce régime.
Les deux moitiés de Kohelet 1,15 et les cas que la guemara range sous chacune.
Quelles fautes admettent un redressement ? la baraita de Rabbi Chimon ben Menassia et les deux réponses de la guemara La faute commise Vol et guezela l'objet peut être rendu le tort se laisse mesurer et solder Redressé Commerce avec une femme mariée elle devient interdite à son mari le tort porte sur un lien, non sur un bien Nitrad min haolam : chassé du monde La michna exige pourtant un mamzer engendré : comment concilier ? Première réponse michna : sa sœur célibataire aucun mari n'est atteint, seul l'enfant laisse une trace baraita : femme mariée, trace immédiate Seconde réponse les deux traitent d'une femme mariée michna : par contrainte, elle ne devient pas interdite à son mari baraita : de son plein gré Le partage ne tient pas à la gravité de la faute mais à la trace qu'elle laisse dans le monde.
Ce qui se répare et ce qui laisse une trace définitive, avec les deux conciliations de la guemara.
1
שֵׁנִי — תַּשְׁלוּמִין דְּרִאשׁוֹן הוּא. אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר שֵׁנִי רֶגֶל בִּפְנֵי עַצְמוֹ הוּא, מַאי אִיכָּא לְמֵימַר?

[Pessa'h] Cheni est le rattrapage du premier. Mais selon celui qui dit que Pessa'h Cheni est une fête à part entière, que peut-on dire ?

📜 Rachi (1)
אֶלָּא לְמ"ד רֶגֶל בִּפְנֵי עַצְמוֹ וְעַכְשָׁיו אֵין לְךָ לִתְלוֹת טַעְמוֹ שֶׁל רַבִּי יוֹחָנָן בְּהוֹאִיל וְיֵשׁ לְטֻומְאָה תַּשְׁלוּמִין לַשֵּׁנִי:
Et maintenant, tu ne peux plus rattacher la raison de Rabbi Yo'hanan au fait que l'impureté dispose d'un rattrapage à Pessa'h Cheni.
🗂️ Tossefot (1)
שֵׁנִי תַּשְׁלוּמִין דְּרִאשׁוֹן הוּא. הַייְנוּ ר' נָתָן אֶלָּא לְמ"ד שֵׁנִי רֶגֶל בִּפְנֵי עַצְמוֹ הוּא הַיְינוּ רַבִּי ואע"ג דְּאִית לֵיהּ תַּנָּא דִּמְסַיַּיע לֵיהּ פָּרִיךְ שַׁפִּיר דְּמִסְּתָמָא לָא פְּלִיג אַרַבִּי דְּהָתָם דקי"ל הֲלָכָה כְּרַבִּי מֵחֲבֵירוֹ אֲבָל לֹא מִסְתַּבְּרָא לְמֵימַר דְּבָעֵי לְיַשְּׁבָהּ כְּכוּלֵּי עָלְמָא:
« Pessa'h Cheni est le rattrapage du premier » : c'est l'avis de Rabbi Natan. « Mais selon celui qui dit que Pessa'h Cheni est une fête à part entière » : c'est l'avis de Rabbi. Et bien que la guemara dispose d'un tana qui vient à son appui, elle objecte à bon droit : il est vraisemblable que ce tana ne diverge pas de Rabbi, puisque nous tenons pour règle que la halakha suit Rabbi contre son collègue ; mais il ne serait pas raisonnable de dire que l'on cherche à résoudre la difficulté d'une manière qui vaille pour tous les avis.
💡 Explication

La guemara défendait Rabbi Yo'hanan, qui exempte de rattrapage le boiteux du premier jour tout en obligeant l'impur qui a guéri. Rav Yirmeya avait expliqué la différence par le fait que l'impureté, elle, dispose déjà d'un rattrapage : Pessa'h Cheni. Cette explication ne tient que pour l'avis qui voit dans Pessa'h Cheni le rattrapage du premier Pessa'h.

Or un autre avis tient Pessa'h Cheni pour reguel bifnei atsmo, une fête autonome ayant ses propres règles, et non un simple rattrapage. Pour cet avis, l'argument de Rav Yirmeya s'effondre, et la difficulté sur Rabbi Yo'hanan revient entière.

2
אֶלָּא אָמַר רַב פָּפָּא: קָסָבַר רַבִּי יוֹחָנָן לַיְלָה אֵינוֹ מְחֻוסַּר זְמַן. וּמִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן הָכִי?

Rav Papa dit plutôt : Rabbi Yo'hanan tient que la nuit ne constitue pas un mehousar zeman (un temps qui manque encore). Et Rabbi Yo'hanan a-t-il vraiment dit cela ?

📜 Rachi (2)
קָסָבַר ר' יוֹחָנָן אֵין חֶסְרוֹן זְמַן בְּמִי שֶׁהִגִּיעַ לֵילוֹ לְהַקְרִיב קָרְבְּנוֹתָיו מָחָר הִלְכָּךְ מְחֻוייָּב הוּא בְּקָרְבָּן אֶלָּא שֶׁהַלַּיְלָה מְעַכְּבוֹ מִלְּהָבִיא אֲבָל חָגַר בְּיוֹם רִאשׁוֹן אֵין עָלָיו שׁוּם חוֹבַת רְאִיָּיה לְפִיכָךְ אֵין לוֹ עָלָיו תַּשְׁלוּמִין:
Il n'y a pas de manque de temps pour celui dont la nuit est arrivée et qui offrira ses sacrifices le lendemain : il est donc bien tenu au sacrifice, et seule la nuit l'empêche de l'apporter. En revanche, le boiteux du premier jour n'a sur lui aucune obligation de reiya, et c'est pourquoi il n'a pas de rattrapage.
וּמִי א"ר יוֹחָנָן אֵין לַיְלָה מְחֻוסַּר זְמַן והא"ר יוֹחָנָן רָאָה אַחַת בַּלַּיְלָה זָב שֶׁסָּפַר שִׁבְעָה נְקִיִּים כְּמִשְׁפָּטוֹ וְטָבַל וְהֶעֱרִיב שִׁמְשׁוֹ וְחָזַר וְרָאָה אַחַת בַּלַּיְלָה וּשְׁתַּיִם לְמָחָר:
Que la nuit n'est pas un mehousar zeman ? Or Rabbi Yo'hanan a dit : « il a vu une émission la nuit ». Il s'agit d'un zav qui a compté ses sept jours nets selon la règle, s'est immergé, a attendu le coucher du soleil, puis a vu une émission la nuit et deux le lendemain.
💡 Explication

Rav Papa propose une autre explication. Ce qui sépare l'impur du boiteux tient au moment où l'obligation s'est attachée à lui. Celui qui devient impur le premier jour était déjà tenu par l'obligation de comparution ; il ne lui manquait que la possibilité pratique d'apporter. Le boiteux du premier jour, lui, n'a jamais été saisi par l'obligation.

Le terme technique est mehousar zeman : un temps qui n'est pas encore arrivé, et qui rend le sacrifice impossible non par accident mais par défaut de date. Rav Papa soutient que pour Rabbi Yo'hanan la nuit ne crée pas un tel défaut : la date est arrivée, seule l'heure empêche d'apporter.

🖼️ Schéma
La nuit est-elle un mehousar zeman ? Le zav qui revoit après ses sept jours nets mehousar zeman = un temps qui n'est pas encore arrivé, donc un sacrifice qui ne peut pas encore être apporté Rav Papa : Rabbi Yo'hanan tient que la nuit n'est pas un mehousar zeman le jour de l'obligation est arrivé ; seule la nuit empêche encore d'apporter Mais Rabbi Yo'hanan a enseigné deux clauses sur le zav Une la nuit, deux le jour il APPORTE un second jeu de sacrifices raison de Rav Yossef : la première vision ne vaut que comme un simple keri les deux du jour, au temps de l'obligation, se joignent à elle Deux la nuit, une le jour il N'APPORTE PAS de second jeu les deux de la nuit tombent avant l'heure du sacrifice c'est une seule ziva prolongée, et non une impureté nouvelle Objection : si la nuit n'était pas un mehousar zeman, deux visions nocturnes feraient déjà une seconde ziva Réponse : cette clause était dite selon les termes de l'autre avis pour Rabbi Yo'hanan lui-même, trois visions nocturnes obligeraient déjà à un second sacrifice Ce qu'il fallait enseigner : le cas où les deux visions décisives tombent le jour — contre l'objection de Rav Chicha, la halakha suit Rav Yossef.
La thèse de Rav Papa, l'objection tirée du zav et la réponse de la guemara.
3
וְהָאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: רָאָה אַחַת בַּלַּיְלָה וּשְׁתַּיִם בַּיּוֹם — מֵבִיא.

Or Rabbi Yo'hanan a dit : s'il a vu une émission la nuit et deux le jour, il apporte.

📜 Rachi (1)
מֵבִיא קָרְבָּן עַל טֻומְאָה שְׁנִיָּה זוֹ לְבַד מִן הַקָּרְבָּן שֶׁיָּבִיא עַל הָרִאשׁוֹנָה וְיָבִיא שְׁנֵי קָרְבָּנוֹת כְּשֶׁיִּטְהַר הוֹאִיל וְלֹא רָאָה הַשְּׁנִיָּה עַד שֶׁיֵּצֵא לְשָׁעָה שֶׁהִיא רְאוּיָה לְהָבִיא קָרְבָּן יֵשׁ לוֹ תַּשְׁלוּמִין וְאַף עַל הַשְּׁנִיָּה יָבִיא אע"פ שֶׁתְּחִילָּתָהּ בְּתוֹךְ זְמַן קָרְבָּן הָרִאשׁוֹנָה לָא אָמְרִינַן חֲדָא טֻומְאָה הִיא וּפִי' רַב יוֹסֵף אֶת הַטַּעַם בְּמַס' כְּרִיתוֹת לְפִי שֶׁהָרְאִייָּה רִאשׁוֹנָה שֶׁל זָב אֵינָהּ אֶלָּא כְּקֶרִי בְּעָלְמָא וְכִי חָזֵי אִינָךְ לְמָחָר מִצְטָרֶפֶת בַּהֲדַיְיהוּ ה"נ אע"פ שֶׁהָיְתָה רְאִייָּה רִאשׁוֹנָה בְּתוֹךְ קָרְבָּן רִאשׁוֹן כִּי הֲדַר חָזֵי אִינָךְ לְמָחָר מִצְטָרְפִין בַּהֲדַיְיהוּ:
Il apporte un sacrifice pour cette seconde impureté, en plus du sacrifice qu'il apportera pour la première : il apportera donc deux sacrifices lorsqu'il sera pur. Puisqu'il n'a vu la seconde qu'après être parvenu à l'heure où il est apte à apporter le sacrifice, il a un rattrapage, et il apportera aussi pour la seconde. Bien que celle-ci ait commencé à l'intérieur du temps du premier sacrifice, nous ne disons pas qu'il s'agit d'une seule impureté. Rav Yossef a expliqué la raison dans le traité Keritot : la première vision d'un zav ne vaut que comme une simple pollution (keri), et lorsqu'il en voit d'autres le lendemain, elle se joint à elles ; ici de même, bien que la première vision ait eu lieu pendant le temps du premier sacrifice, lorsqu'il en voit d'autres le lendemain, elles se joignent à elle.
💡 Explication

Le zav qui a achevé ses sept jours nets, s'est immergé et a attendu le coucher du soleil doit encore apporter ses sacrifices le lendemain. La question est de savoir ce qui arrive s'il voit de nouvelles émissions dans l'intervalle : forment-elles une impureté nouvelle, qui appellera un second jeu de sacrifices, ou se rattachent-elles à la première ?

Rabbi Yo'hanan tranche : une émission la nuit et deux le jour font une impureté distincte, et il apportera deux jeux de sacrifices.

4
שְׁתַּיִם בַּלַּיְלָה וְאַחַת בַּיּוֹם — אֵינוֹ מֵבִיא. וְאִי סָלְקָא דַּעְתָּךְ קָסָבַר רַבִּי יוֹחָנָן לַיְלָה אֵינוֹ מְחֻוסַּר זְמַן, אֲפִילּוּ שְׁתַּיִם בַּלַּיְלָה וְאַחַת בַּיּוֹם — מֵבִיא!

Deux la nuit et une le jour : il n'apporte pas. Et si tu penses que Rabbi Yo'hanan tient que la nuit n'est pas un mehousar zeman, même pour deux la nuit et une le jour il devrait apporter !

📜 Rachi (1)
וְאִי סָלְקָא דַעְתָּךְ לַיְלָה אֵין מְחֻוסַּר זְמַן אֲפִילּוּ רָאָה שְׁלָשְׁתָּן בְּלַיְלָה זֶה כְּבָר יָצָא מִזְּמַן רִאשׁוֹן וּשְׁתֵּי זִיבוּת הֵן אִי לָאו דִּסְבִירָא לֵיהּ לַיְלָה מְחֻוסַּר זְמַן הִלְכָּךְ אִם רָאָה שְׁתַּיִם בַּלַּיְלָה הָוְיָא לָהּ זִיבָה אֲרִיכְתָּא:
Même s'il avait vu les trois pendant la nuit, il serait déjà sorti du temps du premier sacrifice et il y aurait là deux zivot distinctes, si l'on ne tenait pas que la nuit est un mehousar zeman. Dès lors, s'il a vu deux émissions la nuit, il s'agit d'une seule ziva prolongée.
💡 Explication

La seconde clause fournit l'objection. Si la nuit valait comme un temps déjà arrivé, deux émissions nocturnes suffiraient à constituer une impureté nouvelle, survenue après que l'heure du premier sacrifice fut acquise. Puisque Rabbi Yo'hanan dispense pourtant d'un second jeu, c'est qu'il traite la nuit comme un mehousar zeman et voit là une seule ziva prolongée.

5
כִּי קָאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן, לְדִבְרֵי הָאוֹמֵר לַיְלָה מְחֻוסַּר זְמַן, לְדִבְרֵי הָאוֹמֵר — פְּשִׁיטָא! שְׁתַּיִם בַּיּוֹם וְאַחַת בַּלַּיְלָה אִצְטְרִיכָא לֵיהּ.

Quand Rabbi Yo'hanan a dit cela, il parlait selon les termes de celui qui dit que la nuit est un mehousar zeman. — Selon les termes de celui qui dit ainsi, c'est évident ! — Il lui fallait enseigner le cas de deux le jour et une la nuit.

📜 Rachi (2)
כִּי א"ר יוֹחָנָן הַהִיא לְדִבְרֵי הָאוֹמֵר לַיְלָה מְחֻוסַּר זְמַן אֲמָרָהּ אֲבָל לְדִידֵיהּ סְבִירָא לֵיהּ אֲפִילּוּ רָאָה כֻּולָּן בַּלַּיְלָה מֵבִיא:
Il a énoncé cet enseignement selon les termes de celui qui dit que la nuit est un mehousar zeman ; mais pour lui-même il tient que, même s'il les a toutes vues la nuit, il apporte.
לְדִבְרֵי הָאוֹמֵר פְּשִׁיטָא אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא טַעְמָא דְנַפְשֵׁיהּ קָאָמַר אַשְׁמְעִינַן בֵּיהּ דִּסְבִירָא לַיְלָה מְחֻוסַּר זְמַן אֶלָּא אִי לְדִבְרֵי הָאוֹמֵר כו' קָאָמַר מַאי אַשְׁמְעִינַן בָּהּ:
Si tu dis qu'il énonce sa propre raison, on nous apprend par là qu'il tient la nuit pour un mehousar zeman ; mais si tu dis qu'il parle selon les termes de celui qui dit ainsi, que nous apprend-il ?
💡 Explication

La guemara distingue ce que Rabbi Yo'hanan tient pour lui-même et ce qu'il énonce lediverei haomer, selon les termes d'un autre avis. La seconde clause appartient à ce registre ; pour Rabbi Yo'hanan lui-même, trois émissions nocturnes obligeraient déjà à un second jeu.

Objection : si la clause ne dit rien de sa propre position, qu'apprend-elle ? Réponse : l'enseignement porte sur l'autre clause, celle où les deux visions décisives tombent le jour, au temps où le sacrifice peut être offert, tandis que l'une est survenue la nuit.

6
סָלְקָא דַּעְתָּךְ אָמֵינָא כְּאַתְקַפְתָּא דְּרַב שִׁישָׁא בְּרֵיהּ דְּרַב אִידִי, קָא מַשְׁמַע לַן כִּדְרַב יוֹסֵף.

Tu aurais pu penser comme l'objection de Rav Chicha, fils de Rav Idi ; il nous fait savoir qu'il en va selon Rav Yossef.

📜 Rachi (1)
מַהוּ דְתֵימָא כְּאַתְקָפְתָּא דְּרַב שִׁישָׁא דְּאַתְקִיף בִּכְרִיתוֹת עַל הַטַּעַם שֶׁנָּתַן רַב יוֹסֵף עַל הַדָּבָר כְּמוֹ שֶׁפֵּירַשְׁתִּי לְמַעְלָה תֵּדַע דְּהָא רְאִייָּה רִאשׁוֹנָה שֶׁל כָּל הַזָּבִים קֶרִי בְּעָלְמָא הוּא וְכִי הֲדַר חָזֵי תַּרְתֵּי מִצְטָרְפִין בַּהֲדַיְיהוּ ה"נ לָא שְׁנָא וּמַתְקִיף לָהּ רַב שִׁישָׁא מִי דָּמֵי הָתָם כֻּולְּהוּ בִּזְמַן חִיּוּבָא חֲזִינְהוּ הָכָא לָאו בִּזְמַן חִיּוּבָא דְּהַאי קָרְבָּן חַזְיֵיהּ:
Rav Chicha objecte dans Keritot à la raison donnée par Rav Yossef, telle que je l'ai expliquée plus haut : sache-le, car la première vision de tout zav ne vaut que comme une simple pollution, et lorsqu'il en voit ensuite deux, elles se joignent à elle ; ici de même, il n'y a pas de différence. Et Rav Chicha objecte : est-ce comparable ? Là-bas, il les a toutes vues au temps de l'obligation ; ici, il ne l'a pas vue au temps de l'obligation de ce sacrifice.
💡 Explication

L'enjeu de la clause conservée est un désaccord rapporté dans Keritot. Rav Yossef explique que la première émission d'un zav ne vaut d'abord que comme un simple keri, et qu'elle se rattache ensuite aux deux suivantes ; peu importe donc qu'elle soit survenue avant l'heure du sacrifice.

Rav Chicha objectait que le cas ordinaire du zav n'est pas comparable, puisque toutes ses visions y tombent au temps de l'obligation. Rabbi Yo'hanan tranche en faveur de Rav Yossef.

7
עָבַר הָרֶגֶל וְלֹא חָג אֵינוֹ חַייָּב בְּאַחְרָיוּתוֹ, וְעַל זֶה נֶאֱמַר: ״מְעֻוָּת לֹא יוּכַל לִתְקֹון וְחֶסְרוֹן לֹא יוּכַל לְהִימָּנוֹת״.

Si la fête est passée et qu'il n'a pas offert la haguiga, il n'en est pas tenu responsable ; et c'est à ce sujet qu'il est dit : « ce qui est faussé ne peut être redressé, et ce qui manque ne peut être compté ».

💡 Explication

La guemara revient à la fin de la michna. Passé le dernier jour de rattrapage, la haguiga non offerte ne se rattrape plus et l'homme n'en porte aucune dette : l'obligation était liée à un temps, et ce temps est clos.

Le verset de Kohelet 1,15 sert de formule générale à ce régime, et la guemara va l'explorer sur plusieurs terrains.

🖼️ Schéma
Kohelet 1,15 : les deux moitiés du verset et leurs applications Ce qui est faussé ne peut être redressé, et ce qui manque ne peut être compté Meouat lo youkhal litkon une chose faussée, sans redressement Michna la fête est passée sans haguiga : il n'en est plus tenu responsable Baraita le Chema du matin ou du soir négligé, la tefila du matin ou du soir négligée Rabbi Chimon ben Ménassia celui qui a eu commerce avec une erva et en a engendré un mamzer Hesron lo youkhal lehimanot un manque qui ne se laisse plus compter Question de bar Hei Hei pour un manque, le mot attendu serait lehimalot, être comblé Réponse de Hillel le verbe est bien celui du compte : ses compagnons se sont comptés pour une affaire de mitsva, et lui ne s'est pas compté avec eux la mitsva accomplie, le compte est clos Les deux moitiés disent le même régime : une occasion liée à un temps, et qui ne revient pas. La haguiga non offerte pendant la fête relève exactement de ce régime.
Les deux moitiés du verset et les cas rangés sous chacune.
8
אֲמַר לֵיהּ בַּר הֵי הֵי לְהִלֵּל: הַאי ״לְהִימָּנוֹת״, לְהַמְּלֵאוֹת מִיבְּעֵי לֵיהּ. אֶלָּא, זֶה (שֶׁמִּנּוּהוּ) [שֶׁנִּמְנוּ] חֲבֵירָיו לִדְבַר מִצְוָה, וְהוּא לֹא נִמְנָה עִמָּהֶן.

Bar Hei Hei dit à Hillel : ce mot « être compté », il aurait fallu dire « être comblé » ! Il s'agit plutôt de celui dont les compagnons se sont comptés pour une affaire de mitsva, et qui ne s'est pas compté avec eux.

📜 Rachi (2)
לְהַמְּלֵאוֹת מִיבְּעֵי לֵיהּ אֵצֶל חִסָּרוֹן נוֹפֵל לְשׁוֹן מִילּוּי שֶׁחָסֵר מִצְוָה אַחַת לֹא יִתְמַלֵּא עוֹד חֶסְרוֹן זֶה מִשֶּׁחָסַר:
Auprès d'un manque, c'est le vocabulaire du remplissage qui convient : celui à qui manque une mitsva, ce manque ne sera plus comblé une fois qu'il a manque.
שֶׁמִּינּוּהוּ חֲבֵירָיו לִדְבַר מִצְוָה שֶׁאָמְרוּ לוֹ בָּא עִמָּנוּ וְלֹא הָלַךְ נִמְצָא שֶׁחָסֵר עַצְמוֹ מֵאוֹתוֹ מִנְיָן לֹא יוּכַל לִימָּנוֹת עוֹד בְּאוֹתוֹ מִנְיָן שֶׁכְּבָר עָשׂוּ אֶת הַמִּצְוָה:
Ils lui ont dit : viens avec nous, et il n'y est pas allé. Il s'est donc retranché lui-même de ce compte, et il ne pourra plus se compter dans ce compte-là, puisqu'ils ont déjà accompli la mitsva.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אמר לו בר הי הי להלל. פירשו בתוספות 'גר היה ונקרא בר הי הי' רוצה לומר בן אברהם ושרה שנוסף ה"ה בשמם עיין שם. ונראה לי לכך שאל מן הלל [65] ששמו גימטריא שם אדנ־י [65] שהוא בסוד השכינה וכתב מורנו הרב רבי חיים ויטאל ז"ל דהגר הוא תחת כנפי השכינה הנקראת צדק ונקראת אלקים ולכן שאל על פסוק זה של עבד אלקים (מלאכי ג, יח) אשר שייך לו דחלוקה של צדיק ורשע קאי על ישראל צדיק ועל יהודי רשע וחלוקה ד'עבד אלקים' קאי על הגר ו'לא עבדו' קאי על גוי גמור.
« Bar Hei Hei dit à Hillel. » Les Tossefot ont expliqué qu'il était un converti et qu'on l'appelait bar Hei Hei, c'est-à-dire fils d'Abraham et de Sara, aux noms desquels fut ajoutée une lettre hé ; vois-y. Et il me semble que c'est pour cela qu'il interrogea Hillel, dont le nom vaut 65 en guematria, comme le Nom A-d-n-y, qui est dans le sod de la Chekhina. Notre maître Rabbi Haim Vital, de mémoire bénie, a écrit que le converti se tient sous les ailes de la Chekhina, appelée tsedek et appelée Elokim ; c'est pourquoi il interrogea sur ce verset relatif à « celui qui sert Elokim » (Malakhi 3,18), qui le concerne : la division entre juste et impie porte sur Israël, le juste d'une part et le juif impie de l'autre, tandis que la division entre « celui qui sert Elokim » et « celui qui ne Le sert pas » porte sur le converti d'une part et sur le non-Juif accompli de l'autre.
💡 Explication

L'objection porte sur le vocabulaire. Devant un hesron, un manque, le verbe attendu serait lehimalot, être comblé. Le verset emploie lehimanot, être compté, ce qui oriente vers un autre sens.

Hillel en tire une lecture précise : il s'agit d'un homme dont les compagnons se sont comptés ensemble pour accomplir une mitsva, et qui est resté hors du compte. La mitsva une fois accomplie par eux, ce compte-là est fermé, et il ne pourra plus s'y adjoindre.

9
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: ״מְעֻוָּת לֹא יוּכַל לִתְקֹון״ — זֶה שֶׁבִּיטֵּל קְרִיאַת שְׁמַע שֶׁל שַׁחֲרִית, אוֹ קְרִיאַת שְׁמַע שֶׁל עַרְבִית, אוֹ שֶׁבִּיטֵּל תְּפִלָּה שֶׁל שַׁחֲרִית אוֹ תְּפִלָּה שֶׁל עַרְבִית. ״וְחֶסְרוֹן לֹא יוּכַל לְהִימָּנוֹת״ — זֶה שֶׁנִּמְנוּ חֲבֵירָיו לִדְבַר מִצְוָה וְהוּא לֹא נִמְנָה עִמָּהֶן.

C'est aussi ce qui est enseigné dans une baraita : « ce qui est faussé ne peut être redressé », c'est celui qui a négligé la lecture du Chema du matin ou la lecture du Chema du soir, ou qui a négligé la tefila du matin ou la tefila du soir. « Et ce qui manque ne peut être compté », c'est celui dont les compagnons se sont comptés pour une affaire de mitsva et qui ne s'est pas compté avec eux.

🗂️ Tossefot (1)
אוֹ תְּפִלָּה שֶׁל עַרְבִית. אָתְיָא כְּמ"ד תְּפִלַּת עַרְבִית חוֹבָה וַאֲפִילּוּ לָמֶ"ד רְשׁוּת בְּחִנָּם אֵין לָנוּ לְבַטְּלָהּ אִם לֹא ע"י אֹונֶס קְצָת וְכֵן מַשְׁמַע הַהִיא דִּתְפִלַּת הַשַּׁחַר (בְּרָכוֹת דַּף כו.) שָׁכַח וְלֹא הִתְפַּלֵּל עַרְבִית מִתְפַּלֵּל שַׁחֲרִית שְׁתַּיִם וְכֵן (שָׁם דַּף ל:) אִם שָׁכַח וְלֹא הִזְכִּיר שֶׁל ר"ח בַּלַּיְלָה אֵין מַחֲזִירִין אוֹתוֹ לְפִי שֶׁאֵין מְקַדְּשִׁין הַחֹדֶשׁ בַּלַּיְלָה הָא מְקַדְּשִׁין מַחֲזִירִין וְלֹא מְחַלֵּק כְּלָל בֵּין לָמֶ"ד רְשׁוּת אוֹ בֵּין לָמֶ"ד חוֹבָה דְּמַשְׁמַע דְּלֵיכָּא מַאן דִּפְלִיג וְהַהִיא דְּשַׁבָּת (דַּף ט: וְשָׁם) אִי שְׁרָא לֵיהּ הִימְיָינֵיהּ לָא מַטְרְחִינַן לֵיהּ וְכֵן בַּיְּרוּשַׁלְמִי אִי עָלָה לְמִטָּתוֹ לֹא יֵרֵד הַיְינוּ אֹונֶס קְצָת וְלֹא כְּפִי' ה"ג שֶׁפֵּירֵשׁ' דְּאַף לָמֶ"ד רְשׁוּת אִי שַׁוְיָה עָלֶיהָ חוֹבָה הָוְיָא כְּחוֹבָה וְהָא לֵיתָא דְּמִי לָא עָסְקִינַן בְּהָכִי שֶׁכְּבָר הִתְפַּלֵּל בִּשְׁאָר לֵילוֹת וְאִם הָיִינוּ מְפָרְשִׁים שַׁוְיָה עָלֶיהָ חוֹבָה בְּאוֹתָהּ לַיְלָה יִתָּכֵן הַהִיא דְּטָעָה וְלֹא הִתְפַּלֵּל ר"ח בַּלַּיְלָה וּבִבְרָכוֹת הֶאֱרַכְתִּי וְהֵבֵאתִי הַהִיא דְּאָמְרוּ (יוֹמָא דַּף פז: וְשָׁם) דִּתְפִלַּת נְעִילָה פּוֹטֶרֶת שֶׁל עַרְבִית:
« Ou la tefila du soir. » Cela s'accorde avec celui qui dit que la tefila du soir est une obligation ; et même selon celui qui la tient pour facultative, nous n'avons pas à la négliger sans raison, sauf par une contrainte, fut-elle légère. C'est ce qui ressort du chapitre Tefilat haChahar (Berakhot 26a) : s'il a oublié et n'a pas prié arvit, il prie chahrit deux fois. De même (ibid. 30b) : s'il a oublié de mentionner Roch Hodech la nuit, on ne le fait pas recommencer, parce qu'on ne sanctifie pas le mois la nuit ; d'où il suit que si on le sanctifiait, on le ferait recommencer. Et la guemara ne distingue nullement entre celui qui la dit facultative et celui qui la dit obligatoire, ce qui indique que nul ne diverge sur ce point. Quant au passage de Chabbat (9b) : « s'il a déjà dénoué sa ceinture, on ne le dérange pas », et de même dans le Yerouchalmi : « s'il est monté sur son lit, il ne redescend pas », il s'agit là d'une contrainte légère. Et il n'en va pas comme l'explication des Halakhot Guedolot, qui ont expliqué que même selon celui qui la tient pour facultative, s'il se l'est rendue obligatoire elle vaut comme une obligation ; cela ne tient pas, car ne traitons-nous pas précisément d'un homme qui a déjà prié les autres nuits ? Si nous devions expliquer qu'il se l'est rendue obligatoire cette nuit-là, on pourrait comprendre ainsi le cas de celui qui s'est trompé et n'a pas prié de Roch Hodech la nuit. J'ai développé cela dans Berakhot, et j'y ai rapporté ce qu'ils ont dit (Yoma 87b) : la tefila de néila dispense de celle du soir.
🪔 Ben Yehoyada (1)
זֶה שֶׁנִּמְנוּ חֲבֵרָיו לִדְבַר מִצְוָה, וְלֹא נִמְנָה עִמָּהֶם. פֵּירוּשׁ רָצוּ שֶׁיִּצְטָרֵף עִמָּהֶם לְמִנְיָן לְהִתְפַּלֵּל וְקָדַם וְהִתְפַּלֵּל בְּיָחִיד דְּאָז פָּרַח מִינֵּיהּ מִצְוַת תְּפִלָּה בְּצִיבּוּר. אוֹ יוּבָן כְּגוֹן שֶׁנִּמְנָה עִמָּהֶם בְּצֵירוּף זִימּוּן וְהוּא קָדַם וּבֵירַךְ בִּרְכַּת הַמָּזוֹן דְּאַף עַל גַּב דְּגַם עַתָּה חֲבֵירָיו יַעֲשׂוּ זִימּוּן בְּצֵירוּפוֹ עִם כָּל זֶה הֵם קִיְּימוּ מִצְוַת זִימּוּן וְהוּא לֹא קִיֵּים וְכַנִּזְכָּר בְּשֻׁולְחָן עָרוּךְ סִימָן קצ"ד.
« C'est celui dont les compagnons se sont comptés pour une affaire de mitsva et qui ne s'est pas compté avec eux. » Explication : ils voulaient qu'il se joigne à eux pour former le minyan de la prière, et il a pris les devants en priant seul ; la mitsva de la prière en public s'est alors envolée de lui. On peut aussi l'entendre du cas où il était compté avec eux pour le zimoun et où il a pris les devants en récitant le birkat hamazon : bien que ses compagnons fassent malgré tout le zimoun en le comptant avec eux, eux ont accompli la mitsva du zimoun et lui ne l'a pas accomplie, comme il est rappelé dans le Choulhan Aroukh, siman 194.
💡 Explication

La baraita confirme la lecture de Hillel sur la seconde moitié du verset et applique la première aux obligations quotidiennes liées à une heure. Le Chema du matin et celui du soir, la tefila du matin et celle du soir ont chacun leur temps propre ; l'heure passée, l'obligation de ce moment ne se récupère pas comme telle.

10
אֲמַר לֵיהּ בַּר הֵי הֵי לְהִלֵּל, מַאי דִכְתִיב: ״וְשַׁבְתֶּם וּרְאִיתֶם בֵּין צַדִּיק לְרָשָׁע בֵּין עֹובֵד אֱ-לֹהִים לַאֲשֶׁר לֹא עֲבָדוֹ״, הַיְינוּ ״צַדִּיק״ — הַיְינוּ ״עוֹבֵד אֱ-לֹהִים״, הַיְינוּ ״רָשָׁע״ — הַיְינוּ ״אֲשֶׁר לֹא עַבְדּוֹ״! אֲמַר לֵיהּ: ״עַבְדּוֹ״ ו״לא עַבְדּוֹ״ — תַּרְוַייְהוּ צַדִּיקֵי גְּמוּרֵי נִינְהוּ, וְאֵינוֹ דּוֹמֶה שׁוֹנֶה פִּרְקוֹ מֵאָה פְּעָמִים, לְשׁוֹנֶה פִּרְקוֹ מֵאָה וְאֶחָד.

Bar Hei Hei dit à Hillel : que signifie ce qui est écrit : « vous reviendrez et vous verrez la différence entre le juste et l'impie, entre celui qui sert D.ieu et celui qui ne Le sert pas » ? Le juste, c'est bien celui qui sert D.ieu ; l'impie, c'est bien celui qui ne Le sert pas !

Il lui dit : « celui qui Le sert » et « celui qui ne Le sert pas » sont l'un et l'autre des justes accomplis ; mais celui qui révise son chapitre cent fois ne ressemble pas à celui qui le révise cent et une fois.

📜 Rachi (2)
הַייְנוּ צַדִּיק הַייְנוּ עוֹבֵד אֱ-לֹהִים מִי הוּא צַדִּיק וּמִי הוּא עוֹבֵד אֱ-לֹהִים הֲלֹא אֶחָד הוּא:
Qui est le juste et qui est celui qui sert ? N'est-ce pas un seul et même homme ?
אֵינוֹ דּוֹמֶה שׁוֹנֶה פִּרְקוֹ כו' אע"פ שֶׁשְּׁנֵיהֶן צַדִּיקִים לֹא עֲבָדוּהוּ בְּשָׁוֶה שֶׁזֶּה עֲבָדוֹ יוֹתֵר:
Bien qu'ils soient tous deux des justes, ils n'ont pas servi à égalité : celui-ci a servi davantage.
🗂️ Tossefot (1)
בַּר הֵי הֵי לְהִלֵּל. יֵשׁ מְפָרְשִׁים שֶׁגֵּר הָיָה וְהַייְנוּ בֶּן אַבְרָהָם וְשָׂרָה שֶׁנִּתּוֹסַף הֵ"א בְּשֶׁמֶן וְכֵן בַּג בַּג דְּכֻולָּהּ הַגְּמָרָא עוֹלֶה ה':
« Bar Hei Hei à Hillel. » Certains expliquent qu'il était un converti, autrement dit fils d'Abraham et de Sara, aux noms desquels fut ajoutée une lettre hé. De même pour Ben Bag Bag que l'on rencontre dans toute la guemara : la valeur de son nom monte à cinq.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אבל אינו דומה שונה פרקו מאה פעמים, לשונה מאה ואחת. הנה רבינו האר"י ז"ל (בעץ חיים שער הזווגים פרק וא"ו) פירש שר של שכחה נקרא מס ולכן אמרו רבותינו ז"ל אינו דומה שונה פרקו מאה פעמים, לשונה מאה ואחת עיין שם. אמנם הרמ"ז [הרב משה זכות] ז"ל כתב מיכאל [101] הוא שר התורה מספרו ק"א כמנין י־ה אלקים [101] וזה סוד אינו דומה שונה פרקו מאה דשר שכחה נקרא פוטה [100] מספר מאה ומיכאל מאה ואחד עד כאן לשונו ויתכן שיש לשר שכחה כמה שמות. ולפי דברי הרמ"ז ז"ל להכי קרי לשונה מאה ואחד כמנין מיכאל בשם עבד אלקים כי י־ה אלקים מספר מאה ואחד שיתמתק שם אלקים בשם י־ה ושניהם מספר מיכאל כמו שכתב הרמ“ז [הרב משה זכות] ז"ל. והנה שני שמות אלו מס ופוטה מספרם מסמס שסופו להסתמס ולהתבטל שגובר כח הזכירה שהוא מאה ואחד הרמוז בשם משה רבינו ע"ה דמלוי משה כזה מ־ ם ש י ־ ן ה־ א [101] עולה מאה ואחד ושמו כפול שאמר לו הקדוש ברוך הוא 'משה משה' (שמות ג, ד) כדי לבטל ממנו שתי שמות של מס ושל פוטה ולכן כפל שמו בתחילת נבואתו בסנה ולכן זכה לקבל כל התורה כולה גם מה שיתחדש בדורות הבאים. בשם המקובלים ראיתי דכתבו שר שכחה שמו פורה ויונק משם אלקים שמספרו פ"ו הרמוזים בשמו ואות ר' מספר רבוע שם אלקים ואות ה' רמז לחמשה אותיות שם אלקים עד כאן דבריהם. ובזה פירשתי בס"ד רמז הכתוב פורה דרכתי לבדי (ישעיה סג, ג) דלעתיד יבטל הקדוש ברוך הוא לשר השכחה הנקרא פורה לגמרי כי הבטיחנו על ידי ירמיה הנביא ע"ה נתתי את תורתי בקרבם ועל לבם אכתבנה (ירמיה לא, לב) מה הכתוב לא ישתכח כן התורה לא תשתכח עוד מהם. ולזה אמר השם יתברך פורה זה שר השכחה דרכתי לבדי בלתי סיוע מעשה התחתונים אלא במדת טובי וחסדי אתקן הדבר הזה! והנה דבר הנדרך יהיה עיסה אחת וחלק אחד, על כן כל אותיות פורה [291] יהיו עיסה אחת שהוא מספר רצ"א ובהפוך אתוון ארץ [291] לכן התורה נקראת ארץ כמו שאמרו רבותינו ז"ל במדרש ורמז בזה שלסוף ידרוך את פורה ולא ישלוט עוד לשכח התורה מן ישראל!
« Mais celui qui révise son chapitre cent fois ne ressemble pas à celui qui le révise cent et une fois. » Notre maître le Ari, de mémoire bénie (Ets Haim, chaar haZivouguim, chapitre 6), a expliqué que le prince de l'oubli se nomme Mas ; c'est pourquoi nos maîtres ont dit que celui qui révise son chapitre cent fois ne ressemble pas à celui qui le révise cent et une fois ; vois-y. Toutefois le Ramaz, Rabbi Moche Zacouto, de mémoire bénie, a écrit : Mikhael est le prince de la Torah, et son nom vaut 101, comme le nombre de Y-H Elokim ; tel est le sod de « celui qui révise son chapitre cent fois », car le prince de l'oubli se nomme Pota, dont le nombre est cent, tandis que Mikhael vaut cent et un ; fin de citation. Il se peut que le prince de l'oubli porte plusieurs noms. Selon les paroles du Ramaz, celui qui révise cent et une fois, au nombre de Mikhael, est appelé « celui qui sert Elokim », car Y-H Elokim vaut cent et un : le Nom Elokim s'adoucit par le Nom Y-H, et les deux ensemble valent Mikhael, comme l'a écrit le Ramaz, de mémoire bénie. Or ces deux noms, Mas et Pota, forment ensemble Masmas, dont la fin est de se dissoudre et de s'annuler, car la force de la mémoire l'emporte, elle qui vaut cent et un et qui est indiquée dans le nom de Moche notre maître, sur lui la paix : le remplissage de son nom, mem-mem, chin-you-noun, hé-alef, monte à cent et un. Son nom fut redoublé, puisque le Saint béni soit-Il lui dit « Moche, Moche » (Chemot 3,4), afin d'annuler de lui les deux noms de Mas et de Pota ; c'est pourquoi son nom fut redoublé au début de sa prophétie, au buisson, et c'est pourquoi il mérita de recevoir toute la Torah, y compris ce qui serait innové dans les générations suivantes. Au nom des kabbalistes, j'ai vu qu'ils écrivent que le prince de l'oubli se nomme Pora et qu'il tire sa vie du Nom Elokim, dont le nombre est 86, indiqué dans son nom, la lettre rech valant le carré du Nom Elokim et la lettre hé renvoyant aux cinq lettres du Nom Elokim ; fin de leurs paroles. Par là j'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, l'allusion du verset « j'ai foulé le pressoir seul » (Yechayahou 63,3) : dans l'avenir, le Saint béni soit-Il annulera entièrement le prince de l'oubli appelé Pora, car Il nous a promis par le prophète Yirmeyahou, sur lui la paix : « j'ai mis ma Torah en eux et je l'écrirai sur leur cœur » (Yirmeyahou 31,32) ; de même que l'écrit ne s'oublie pas, ainsi la Torah ne s'oubliera plus d'eux. C'est pourquoi le Nom béni a dit : Pora, c'est-à-dire le prince de l'oubli, « je l'ai foulé seul », sans le secours des actes d'en bas, mais par la mesure de ma bonté et de ma bienveillance je réparerai cette chose. Or ce qui est foulé devient une seule pâte et une seule part : ainsi toutes les lettres de Pora formeront une seule pâte, dont le nombre est 291, et qui, les lettres renversées, donne arets, la terre, au même nombre. C'est pourquoi la Torah est appelée arets, comme l'ont dit nos maîtres dans le midrach ; il y a là une allusion : à la fin Il foulera Pora, qui ne pourra plus faire oublier la Torah a Israël.
💡 Explication

La question est celle d'une redondance : le verset de Malakhi 3,18 semble nommer deux fois le même homme, puis deux fois son contraire. Hillel répond que les deux dernières expressions désignent deux justes, séparés par la seule mesure de leur travail.

Le partage passe entre cent révisions et cent et une. Le chiffre cent figure l'usage reçu ; la révision supplémentaire marque le travail entrepris au-delà de ce que l'habitude impose, et c'est elle que le verset appelle oved Elokim, celui qui sert.

11
אֲמַר לֵיהּ: וּמִשּׁוּם חַד זִימְנָא קָרֵי לֵיהּ ״לֹא עַבְדּוֹ״? אֲמַר לֵיהּ: אִין, צֵא וּלְמַד מִשּׁוּק שֶׁל חֲמָרִין: עֲשָׂרָה פַּרְסֵי — בְּזוּזָא, חַד עָשָׂר פַּרְסֵי — בִּתְרֵי זוּזֵי.

Il lui dit : et pour une seule fois, on l'appellerait « celui qui ne Le sert pas » ? Il lui dit : oui.

Sors et apprends-le du marché des âniers : dix parsaot pour un zouz, onze parsaot pour deux zouz.

📜 Rachi (1)
עֲשָׂרָה פַּרְסֵי יַשְׂכִּיר לְךָ אָדָם חֲמוֹרוֹ בְּזוּז אֶחָד שֶׁכְּבָר נָהֲגוּ כֵּן וְאִם תֹּאמַר לוֹ לֵילֵךְ פַּרְסָה יוֹתֵר יִשְׁאָלְךָ שְׁנֵי זוּזִים:
Un homme te louera son âne pour un seul zouz, car tel est l'usage établi ; et si tu lui demandes d'aller une parsa de plus, il te réclamera deux zouz.
🪔 Ben Yehoyada (1)
צֵא וּלְמַד מִשּׁוּק שֶׁל חַמָּרִים. נִרְאֶה לִי בס"ד לִרְמֹוז דֶּרֶךְ צַחוּת וַהֲלָצָה יִשָּׂשכָר חֲמַר גָּרַם (בְּרֵאשִׁית מט, יד) כִּי יִשָּׂשכָר הָיָה חָכָם שֶׁנִּתְקַיְּימָה וְנִתְייַסְּדָה בְּלִבּוֹ הַתּוֹרָה יוֹתֵר מִשְּׁאָר שְׁבָטִים וְהַטַּעַם 'חֲמוֹר גָּרַם' רוֹצֶה לוֹמַר שְׂכִירוּת הַחֲמוֹר בְּשׁוּק שֶׁל חַמָּרִים גָּרַם לוֹ לְהָבִין הֶפְרֵשׁ שֶׁיֵּשׁ בֵּין שׁוֹנֶה מֵאָה לְשׁוֹנֶה מֵאָה וְאֶחָד וְלָכֵן הִשְׁתַּדֵּל וְנִזְהָר לִהְיוֹת שׁוֹנֶה מֵאָה וְאֶחָד וְהִצְלִיחַ בְּלִימּוּדוֹ.
« Sors et apprends-le du marché des âniers. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il y a là une allusion, dite par manière de finesse et d'agrément, au verset « Issakhar est un âne ossu » (Berechit 49,14) : Issakhar était un sage chez qui la Torah s'est établie et affermie plus que chez les autres tribus, et la raison en est hamor guerem, c'est-à-dire que la location de l'âne au marché des âniers lui valut de comprendre la différence entre celui qui révise cent fois et celui qui révise cent et une fois ; il s'appliqua donc, prit garde d'être de ceux qui révisent cent et une fois, et réussit dans son étude.
💡 Explication

L'objection porte sur la disproportion : une seule révision de moins vaudrait-elle le nom de lo avado, celui qui n'a pas servi ? Hillel répond par un usage commercial. Le tarif du marché couvre la course ordinaire ; ce qui dépasse ce seuil se négocie séparément et coûte le double.

La comparaison porte sur la structure du prix, non sur la quantité : au-delà de l'usage reçu, le travail change de nature et se compte autrement.

🖼️ Schéma
Le marché des âniers : ce qu'un seul pas de plus change au prix Le marché dix parsaot un zouz onze parsaot deux zouz un dixième de route en plus, le double du prix L'étude cent révisions tsadik cent et une révisions oved Elokim une révision de plus, un autre nom dans le verset Les deux hommes du verset de Malakhi sont des justes accomplis ce qui les sépare est le pas accompli au-delà de l'usage établi L'usage fixe le seuil ordinaire : dix parsaot pour l'ânier, cent révisions pour l'étudiant. Le travail qui commence au-delà de ce seuil ne se compare plus à ce qui précède, et il se paie autrement.
Le tarif des âniers et la centième et unième révision : ce que change le pas accompli au-delà de l'usage.
12
אֲמַר לֵיהּ אֵלִיָּהוּ לְבַר הֵי הֵי, וְאָמְרִי לַהּ לְרַבִּי אֶלְעָזָר: מַאי דִכְתִיב: ״הִנֵּה צְרַפְתִּיךָ וְלֹא בְכָסֶף בְּחַרְתִּיךָ בְּכוּר עֹונִי״ — מְלַמֵּד שֶׁחָזַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא עַל כָּל מִדּוֹת טוֹבוֹת לִיתֵּן לְיִשְׂרָאֵל, וְלֹא מָצָא אֶלָּא עֲנִיּוּת. אָמַר שְׁמוּאֵל וְאִיתֵּימָא רַב יוֹסֵף, הַיְינוּ דְּאָמְרִי אִינָשֵׁי: יָאָה עַנְיוּתָא לִיהוּדָאֵי כִּי בַּרְזָא סֻומָּקָא לְסוּסְיָא חִיוָּרָא.

Eliyahou dit à bar Hei Hei, et certains disent à Rabbi Elazar : que signifie ce qui est écrit : « voici, je t ai affiné, mais non comme l'argent ; je t ai éprouvé au creuset de la pauvreté » ? Cela enseigne que le Saint béni soit-Il a parcouru toutes les bonnes mesures pour les donner à Israël, et n'a trouvé que la pauvreté.

Chemouel dit, et certains disent Rav Yossef : c'est bien ce que les gens disent : la pauvreté sied aux Juifs comme une bride rouge à un cheval blanc.

📜 Rachi (1)
צְרַפְתִּיךָ וְלֹא בְּכֶסֶף וְלֹא בָּאֵשׁ כְּמוֹ שֶׁצּוֹרְפִים הַכֶּסֶף בָּאֵשׁ אֶלָּא בְּחַרְתִּיךָ בְּכוֹר עֹונִי לְצָורְפוֹ בּוֹ כּוּר הוּא הַחֶרֶס שֶׁצּוֹרְפִין בּוֹ:
Et non par le feu, comme on affine l'argent au feu, mais « je t ai éprouvé au creuset de la pauvreté », pour t y affiner. Le kour est le vase de terre dans lequel on affine.
🗂️ Tossefot (1)
כְּבַרְזָא סֻומָּקָא. רְצוּעָה וְדוֹמֶה לוֹ מֵעִיקָּרָא מָשְׁכָא וְהַשְׁתָּא אַבַּרְזָא (בּ"ק דַּף סו:) ובב"ר יֵשׁ יָאֵי עַנְיוּתָא לְבַרְתֵּיהּ דְּיַעֲקֹב כְּעַרְקְתָא סֻומַּקְתָּא לְסוּסְיָא חִיוָּרָא:
« Comme une birza rouge. » Une lanière ; un terme semblable se trouve dans « au départ c'était une peau, et maintenant une lanière » (Baba Kama 66b). Et dans Berechit Rabba on lit : la pauvreté sied à la fille de Yaakov comme un lacet rouge à un cheval blanc.
🪔 Ben Yehoyada (1)
לֹא מָצָא הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְיִשְׂרָאֵל מִדָּה טוֹבָה אֶלָּא עֲנִיּוּת. הִקְשָׁה הָרַב עִיּוּן יַעֲקֹב זַ"ל מִמַּה שֶׁאָמַר בְּבָתְרָא (בָּבָא בָּתְרָא קטז.) קָשָׁה עֲנִיּוּת בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ שֶׁל אָדָם יוֹתֵר מֵחֲמִשִּׁים מַכּוֹת עַיֵּין שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד קָשֶׁה בִּשְׁבִיל עוֹלָם הַזֶּה אֲבָל בִּשְׁבִיל עוֹלָם הַבָּא הִיא טוֹבָה שֶׁבָּהּ נַעֲשֶׂה לוֹ כַּפָּרַת עוֹנוֹת יוֹתֵר מִכָּל יִסּוּרִין! וְעוֹד הִיא מִדָּה טוֹבָה מִצַּד קִיּוּם הָעוֹלָם אֲשֶׁר קַיָּים עַל גְּמִילוּת חֲסָדִים וְאִם לֹא יֵשׁ עֲנִיּוּת עִם מִי יַעֲשׂוּ גְּמִילוּת חֲסָדִים?! אִי נָמֵי אַיְירֵי בַּעֲנִיּוּת שֶׁאֵין מָצוּי לוֹ לָזוּן עַצְמוֹ וּבְנֵי בֵּיתוֹ וְרֹוב הַיָּמִים רְעֵבִים גַּם צְמֵאִים וְכָאן אַייְרֵי בְּיֵשׁ לוֹ פַּרְנָסָה בְּצִמְצוּם וּמְצוּיָה לוֹ וְרַק בְּהַרְוָוחָה לֹא יֵשׁ לוֹ שֶׁגַּם זֶה נֶחְשָׁב בִּכְלַל עֲנִיּוּת.
« Le Saint béni soit-Il n'a trouvé pour Israël d'autre bonne mesure que la pauvreté. » Le Iyoun Yaakov, de mémoire bénie, a objecté à partir de ce qui est dit dans Baba Batra (116a) : la pauvreté dans la maison d'un homme est plus dure que cinquante plaies ; vois-y. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'elle est dure du point de vue de ce monde-ci, mais qu'elle est bonne du point de vue du monde à venir, car elle lui vaut une expiation des fautes plus que toutes les souffrances. De plus, c'est une bonne mesure du point de vue de la subsistance du monde, qui tient sur les actes de bonté : s'il n'y avait pas de pauvreté, envers qui accomplirait-on la bonté ? On peut aussi dire que là-bas il s'agit d'une pauvreté telle que l'homme ne trouve pas de quoi se nourrir lui et les siens et que la plupart des jours ils ont faim et soif, tandis qu'ici il s'agit de celui qui dispose de sa subsistance de justesse et de façon régulière, sans jamais connaître l'aisance, ce qui entre aussi dans la définition de la pauvreté.
💡 Explication

Le verset de Yechayahou 48,10 oppose deux modes d'affinage. L'argent se purifie par le feu ; Israël se purifie dans le kour oni, le creuset de la pauvreté. Le mot oni, pauvreté, est lu comme le nom de l'instrument de cette épreuve.

Le dicton rapporté ensuite compare la pauvreté à une pièce de harnais rouge sur un cheval blanc : un contraste qui fait ressortir ce qu'il accompagne.

13
רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן מְנַסְיָא אוֹמֵר: אֵי זֶה הוּא ״מְעֻוָּת לֹא יוּכַל לִתְקֹון״ — זֶה הַבָּא עַל הָעֶרְוָה וְהוֹלִיד מִמֶּנָּה מַמְזֵר וְכוּ׳. הוֹלִיד — אִין, לֹא הוֹלִיד — לֹא?

Rabbi Chimon ben Menassia dit : quel est le « ce qui est faussé et ne peut être redressé » ? C'est celui qui a eu commerce avec une erva et en a engendré un mamzer, etc.

S'il a engendré, oui ; s'il n'a pas engendré, non ?

💡 Explication

La guemara tire de la michna une déduction par exclusion. Rabbi Chimon ben Menassia parle de celui qui a engendré un mamzer ; il semble donc que sans enfant, la faute reste redressable par la techouva.

Cette déduction va être confrontée à une baraita du même auteur, qui paraît poser un partage différent.

14
וְהָא תַּנְיָא, רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן מְנַסְיָא אוֹמֵר: גּוֹנֵב אָדָם — אֶפְשָׁר שֶׁיַּחֲזִיר גְּנֵבוֹ וִיתַקֵּן, גּוֹזֵל אָדָם — אֶפְשָׁר שֶׁיַּחֲזִיר גְּזֵלוֹ וִיתַקֵּן, אֲבָל הַבָּא עַל אֵשֶׁת אִישׁ וַאֲסָרָהּ לְבַעְלָהּ — נִטְרַד מִן הָעוֹלָם וְהָלַךְ לוֹ.

Mais voici ce qui est enseigné : Rabbi Chimon ben Menassia dit : si un homme vole, il peut rendre ce qu'il a volé et redresser ; si un homme dépouille autrui, il peut rendre ce qu'il a pris et redresser ; mais celui qui a eu commerce avec une femme mariée et l'a rendue interdite à son mari est chassé du monde et s'en est allé.

📜 Rachi (2)
גָּנַב אָדָם גְּנֵיבָה אֶפְשָׁר שֶׁיַּחֲזִירֶנָּה וִיתַקֵּן:
Un vol : il peut le restituer et redresser.
נִטְרַד מִן הָעוֹלָם אֵין לוֹ עוֹד תְּשׁוּבָה לְפִי שֶׁעָשָׂה דָּבָר שֶׁאֵין לוֹ רְפוּאָה:
Il n'a plus de techouva, parce qu'il a fait une chose qui n'a pas de remède.
💡 Explication

La baraita partage les fautes selon ce qu'elles laissent derrière elles. Le vol et la guezéla portent sur un bien : la restitution efface le tort. Le commerce avec une femme mariée atteint un lien, qui ne se restitue pas ; elle devient interdite à son mari.

L'expression nitrad min haolam, chassé du monde, désigne selon Rachi l'absence de tout remède, et non une simple gravité accrue.

🖼️ Schéma
Quelles fautes admettent un redressement ? la baraita de Rabbi Chimon ben Menassia et les deux réponses de la guemara La faute commise Vol et guezéla l'objet peut être rendu le tort se laisse mesurer et solder Redressé Commerce avec une femme mariée elle devient interdite à son mari le tort porte sur un lien, non sur un bien Nitrad min haolam : chassé du monde La michna exige pourtant un mamzer engendré : comment concilier ? Première réponse michna : sa sœur célibataire aucun mari n'est atteint, seul l'enfant laisse une trace baraita : femme mariée, trace immédiate Seconde réponse les deux traitent d'une femme mariée michna : par contrainte, elle ne devient pas interdite à son mari baraita : de son plein gré Le partage ne tient pas à la gravité de la faute mais à la trace qu'elle laisse dans le monde.
Le partage de la baraita et les deux conciliations que la guemara proposera.
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רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי אוֹמֵר: אֵין אוֹמֵר ״בְּקָרוֹ גָּמָל״ ״בְּקָרוֹ חֲזִיר״, אֶלָּא ״בְּקָרוֹ טָלֶה״. וְאֵי זֶה — זֶה תַּלְמִיד חָכָם שֶׁפֵּירַשׁ מִן הַתּוֹרָה.

Rabbi Chimon ben Yohai dit : on ne dit pas « examine le chameau » ni « examine le porc », mais « examine l'agneau ». Et qui est-ce ?

C'est le talmid 'hakham qui s'est séparé de la Torah.

📜 Rachi (2)
אֵין אוֹמֵר בַּקְּרוּ גָּמָל זֶה לְקָרְבָּן כְּלוֹמַר מִי שֶׁהוּא מְעֻוָּות מִתְּחִילָּתוֹ אֵין זֶה מְעֻוָּות:
En vue du sacrifice. C'est-à-dire : celui qui est faussé dès l'origine, on ne l'appelle pas faussé.
אֶלָּא בְּקָרוֹ טָלֶה זֶה לְקָרְבָּן שֶׁמָּא נָפַל בּוֹ מוּם וְנִתְקַלְקֵל כָּךְ לְשׁוֹן קִלְקוּל נוֹפֵל בְּאָדָם שֶׁהָיָה טוֹב מִתְּחִילָּה:
En vue du sacrifice : peut-être un défaut est-il survenu en lui et s'est-il dégradé. De la même manière, le vocabulaire de la dégradation s'applique à l'homme qui était bon dès l'origine.
💡 Explication

L'image est prise du contrôle des animaux destinés au sacrifice. On n'examine pas le chameau ni le porc, qui sont écartés de l'autel par nature ; on examine l'agneau, qui est apte et pourrait avoir contracté un défaut.

Le mot meouat, faussé, suppose de même un état droit antérieur. Il s'applique au talmid 'hakham qui s'est éloigné de la Torah, et non à celui qui n'y est jamais entré.

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רַבִּי יְהוּדָה בֶּן לָקִישׁ אָמַר: כָּל תַּלְמִיד חָכָם שֶׁפֵּירַשׁ מִן הַתּוֹרָה, עָלָיו הַכָּתוּב אוֹמֵר: ״כְּצִפּוֹר נוֹדֶדֶת מִן קִנָּהּ כֵּן אִישׁ נוֹדֵד מִמְּקוֹמוֹ״, וְאוֹמֵר: ״מַה מָּצְאוּ אֲבוֹתֵיכֶם בִּי עָוֶל כִּי רָחֲקוּ מֵעָלָי״!

Rabbi Yehouda ben Lakich dit : tout talmid 'hakham qui s'est séparé de la Torah, l'Écriture dit de lui : « comme un oiseau errant loin de son nid, ainsi l'homme errant loin de son lieu » ; et elle dit : « quelle injustice vos pères ont-ils trouvée en moi, pour s'être éloignés de moi ? »

💡 Explication

Les deux versets, Michlei 27,8 et Yirmeyahou 2,5, décrivent le même mouvement : un départ hors du lieu propre. Le second ajoute que l'éloignement vient de celui qui était proche, sans grief à invoquer.

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לָא קַשְׁיָא: כָּאן בַּאֲחוֹתוֹ פְּנוּיָה, כָּאן בְּאֵשֶׁת אִישׁ. וְאִי בָּעֵית אֵימָא: הָא וְהָא בְּאֵשֶׁת אִישׁ, וְלָא קַשְׁיָא: כָּאן

Il n'y a pas de difficulté : ici, il s'agit de sa sœur célibataire ; là, d'une femme mariée. Et si tu veux, dis : l'un et l'autre traitent d'une femme mariée, et il n'y a pas de difficulté : ici

📜 Rachi (3)
אֲחוֹתוֹ פְּנוּיָה הוֹלִיד אִין לֹא הוֹלִיד לָא:
S'il a engendré, oui ; s'il n'a pas engendré, non.
בְּאֵשֶׁת אִישׁ בְּלֹא הוֹלִיד נָמֵי יֵשׁ זִכָּרוֹן לַעֲוֹנוֹ שֶׁאָסְרָה עַל בַּעֲלָהּ לָא שְׁנָא אֲחוֹתוֹ וְלָא שְׁנָא נָכְרִית:
Même sans avoir engendré, sa faute laisse une trace, puisqu'il l'a rendue interdite à son mari, qu'il s'agisse de sa sœur ou d'une autre femme.
בְּאֹונֶס לֹא אֲסָרָהּ עַל בַּעְלָהּ לְפִיכָךְ הוֹלִיד אִין לֹא הוֹלִיד לָא:
Par contrainte : il ne l'a pas rendue interdite à son mari ; dès lors, s'il a engendré, oui ; s'il n'a pas engendré, non.
🗂️ Tossefot (1)
כָּאן בַּאֲחוֹתוֹ פְּנוּיָה. מַשְׁמַע לִישָּׁנָא דִּפְסִיקָא לֵיהּ דְּיֵשׁ מַמְזֵר מֵחַיָּיבֵי כָרֵיתוֹת מִדִּנְקַט אֲחוֹתוֹ טְפֵי מִכָּל שְׁאָר עֲרָיוֹת וְהַייְנוּ כְּשִׁמְעוֹן הַתֵּימְנִי (בְּקִדּוּשִׁין בְּפֶרֶק הָאוֹמֵר) (דַּף סח): [עִי' קִדּוּשִׁין עַד:]
« Ici, il s'agit de sa sœur célibataire. » Le langage employé indique que la guemara tient pour tranché qu'il y a mamzer issu des unions passibles de karet, puisqu'elle a retenu le cas de la sœur plutôt que celui de toutes les autres arayot ; et cela suit l'avis de Chimon haTemani (Kidouchin, chapitre haOmer, 68a). [Voir Kidouchin 74b.]
💡 Explication

Première conciliation : la michna parle de la sœur célibataire. Aucun mari n'est atteint, de sorte que seul l'enfant engendré laisse une trace ; la baraita parle d'une femme mariée, où la trace existe dès l'acte.

Seconde conciliation, que Rachi éclaire d'avance : les deux sources traitent d'une femme mariée, et le partage se fait entre la contrainte, onès, qui ne rend pas la femme interdite à son mari, et le plein gré, qui la lui interdit. Le folio s'interrompt au milieu de cette seconde réponse et se poursuit au folio suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).