Chagigah 9a — Le jour principal et ses rattrapages : tachloumin de la haguiga, et ce qui ne se répare plus

Chagigah 9a

Sougya : Le folio achève la discussion ouverte en 8b : la limitation de Rabbi Yo'hanan ne vaut que tant que le premier jour n'est pas terminé. La michna énonce ensuite la règle du rattrapage : celui qui n'a pas apporté sa haguiga au premier jour de Souccot peut encore le faire durant tout le regel et jusqu'à Chemini Atseret ; une fois le regel passé, l'obligation s'éteint, et le verset de Kohelet « ce qui est tordu ne pourra être redressé » lui est applique.

Rabbi Chimon ben Menassia et Rabbi Chimon ben Yohai donnent deux autres lectures de ce verset. La Guemara fonde l'inclusion du huitième jour sur une guezera chava atseret-atseret, qu'elle doit d'abord établir comme disponible, puis sur la double derasha de otho dans Vayikra 23, 41.

Rabbi Yo'hanan et Rabbi Ochaya divergent enfin sur la nature du rattrapage, et Rabbi Zera en dégage le cas du boiteux guéri en cours de fête ; l'objection tirée du nazir impur conduit Rabbi Yirmeya à distinguer l'impureté, distinction que Rav Papa vient contester.

Haguiga de Souccot : un jour principal, des jours de rattrapage Jour 1 le ikar otho Jours 2 à 7 de Souccot tachloumin : il peut encore apporter la haguiga du premier jour Chemini Atseret regel à part entière, et pourtant rattrapage du jour 1 guezera chava atseret / atseret Limite haute : au septième mois vous la célèbrerez le second otho arrête le rattrapage aux jours de la fête, il ne court pas sur tout le mois de Tichri Le regel est passé sans qu'il ait célébré il n'en répond plus, même pour une bête déjà consacrée puis perdue meouvat lo youkhal litkon : ce qui est tordu ne pourra être redressé
La fenêtre du rattrapage et sa fermeture à la sortie du regel.
Que rattrape-t-on ? Rabbi Yo'hanan face à Rabbi Ochaya Rabbi Yo'hanan tachloumin la-richon tous rattrapent le premier jour Raison le verset a fait du premier jour le ikar les jours suivants réparent ce jour-là Boiteux au jour 1, guéri au jour 2 il n'apporte pas : inapte le jour de l'obligation, il n'a rien à rattraper Rabbi Ochaya tachloumin zeh la-zeh ils se rattrapent l'un l'autre Raison chaque jour porte une obligation propre pour celui qui devient apte ce jour-là Boiteux au jour 1, guéri au jour 2 il apporte : le jour 2 devient pour lui le principal, et les jours suivants son rattrapage Nafka mina dégagée par Rabbi Zera le boiteux du premier jour, inapte à la ré'iya, qui se redresse le second toute la question tient là : le second jour répare-t-il le premier, ou vaut-il par lui-même
Deux façons de lire le rattrapage, et le cas qui les sépare.
La guezera chava atseret / atseret et son objection Septième jour de Pessa'h et le septième jour, atseret Devarim 16, 8 Huitième jour de Souccot atseret elle sera pour vous Vayikra 23, 36 même mot Objection, si le mot reste attaché à son contexte le septième de Pessa'h ne se distingue pas des jours qui le précèdent ; le huitième de Souccot, lui, s'en distingue sur les six points de PaZaR KaCHaV Réponse : le mot est bien disponible atseret veut dire retenu de tout travail, or le verset écrit déjà tu ne feras aucun travail : le mot est donc libre, écrit pour servir ailleurs moufne : on apprend, et l'on ne réplique plus
Pourquoi le huitième jour, regel distinct, sert malgré tout de rattrapage.
1
לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁלֹּא גָּמַר, אֲבָל גָּמַר — חוֹזֵר וּמַקְרִיב.

On n'a enseigné cela que lorsqu'il n'a pas achevé ; mais s'il a achevé, il revient et offre.

📜 Rachi (1)
לֹא שָׁנוּ הָא דְּתַנְיָא לְקַמָּן אוֹתוֹ אַתָּה חוֹגֵג וְלֹא יוֹתֵר אֶלָּא שֶׁלֹּא גָּמַר הַיּוֹם:
« On n'a pas enseigné » — ce qui est enseigné plus bas, « c'est elle que tu célèbres » et pas davantage, ne vaut que lorsque le jour ne s'est pas achevé.
💡 Explication

Le folio s'ouvre sur la suite immédiate de 8b, où Rabbi Yo'hanan tenait la haguiga pour une offrande du seul premier jour. Une limitation lui est apportée : sa règle ne joue que dans un cas précis, celui où la chose n'a pas été achevée.

Le mot reste ici volontairement obscur, et la Guemara va aussitôt demander ce qu'il désigne. Rachi annonce déjà la réponse : ce qui ne s'est pas achevé, c'est le jour.

2
מַאי ״גָּמַר״? אִילֵּימָא גָּמַר קָרְבְּנוֹתָיו — מַאי מַקְרִיב? אֶלָּא שֶׁלֹּא גָּמַר הַיּוֹם, אֲבָל גָּמַר הַיּוֹם — חוֹזֵר וּמַקְרִיב.

Que signifie « achevé » ? Si l'on dit qu'il a achevé ses offrandes — que lui resterait-il à offrir ?

Il faut donc dire : tant que le jour ne s'est pas achevé ; mais si le jour s'est achevé, il revient et offre.

📜 Rachi (1)
אֲבָל גָּמַר הַיּוֹם וְלֹא הָיָה לוֹ שָׁהוּת לְהַקְרִיב כָּל חֲגִיגוֹת שֶׁהִפְרִישׁ:
« Mais si le jour s'est achevé » — et qu'il n'a pas eu le temps d'offrir toutes les haguigot qu'il avait mises à part.
💡 Explication

La Guemara écarte la première lecture par un argument de bon sens : un homme qui a achevé d'apporter toutes ses offrandes n'a plus rien à apporter, et la formule « il revient et offre » resterait vide.

Reste la seconde lecture : le sujet du verbe est le jour. Tant que le premier jour dure, l'homme doit offrir ce jour-là ; si le jour s'achève alors qu'il n'a pas eu le temps d'offrir toutes les bêtes mises à part, il revient les offrir les jours suivants. Rabbi Yo'hanan admet donc lui aussi une forme de rattrapage.

3
מַתְנִי׳ מִי שֶׁלֹּא חָג בְּיוֹם טוֹב הָרִאשׁוֹן שֶׁל חַג — חוֹגֵג אֶת כָּל הָרֶגֶל וְיוֹם טוֹב הָאַחֲרוֹן שֶׁל חַג.

MICHNA. Celui qui n'a pas célébré au premier jour de fête de Souccot célèbre durant tout le regel, ainsi qu'au dernier jour de fête de Souccot.

📜 Rachi (2)
מַתְנִי' מִי שֶׁלֹּא חָג שֶׁלֹּא הֵבִיא חֲגִיגָתוֹ בַּיּוֹם הָרִאשׁוֹן שֶׁל חַג:
« Celui qui n'a pas célébré » — qui n'a pas apporté sa haguiga au premier jour de la fête.
ויו"ט הָאַחֲרוֹן שֶׁל חַג חוֹגֵג שְׁמִינִי עֲצֶרֶת ואע"ג דְּרֶגֶל בִּפְנֵי עַצְמוֹ הוּא הָוֵי תַּשְׁלוּמִין לָרִאשׁוֹן:
« Et le dernier jour de fête de Souccot » — il célèbre à Chemini Atseret ; bien que ce soit un regel à part entière, il constitue un rattrapage pour le premier jour.
💡 Explication

La michna pose la règle du rattrapage. Celui qui a laissé passer le premier jour sans apporter sa haguiga dispose encore de tous les jours de la fête.

Le dernier jour est mentionné séparément parce qu'il fait difficulté : Chemini Atseret est un regel à part entière, distinct de Souccot sur six points. La michna tranche qu'il compte malgré tout parmi les jours de rattrapage, et la Guemara ira chercher un verset pour l'établir.

4
עָבַר הָרֶגֶל וְלֹא חָג — אֵינוֹ חַיָּיב בְּאַחְרָיוּתוֹ, עַל זֶה נֶאֱמַר ״מְעֻווָּת לֹא יוּכַל לִתְקֹון וְחֶסְרוֹן לֹא יוּכַל לְהִמָּנוֹת״.

Si le regel est passé et qu'il n'a pas célébré, il n'en répond plus ; c'est de cela qu'il est dit : « ce qui est tordu ne pourra être redressé, et ce qui manque ne pourra être compté ».

📜 Rachi (1)
מְעֻוָּות מְקֻולְקָל:
« Tordu » — abîmé.
💡 Explication

Une fois le regel achevé, l'obligation s'éteint. La formule « il n'en répond plus » porte loin : même celui qui avait déjà consacré une bête pour sa haguiga et l'a perdue n'a plus à la remplacer, le temps de la mitsva étant passé.

La michna lui applique alors Kohelet 1, 15. Le mot meouvat, que Rachi rend par « abîmé », désigne ce qui a été faussé sans recours. Les deux enseignements qui suivent proposeront d'autres objets pour ce même verset.

5
רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן מְנַסְיָיא אוֹמֵר: אֵיזֶהוּ מְעֻווָּת שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לְהִתָּקֵן? זֶה הַבָּא עַל הָעֶרְוָה וְהוֹלִיד מִמֶּנָּה מַמְזֵר. אִם תֹּאמַר בְּגוֹנֵב וְגוֹזֵל — יָכוֹל הוּא לְהַחֲזִירוֹ, וִיתַקֵּן.

Rabbi Chimon ben Menassia dit : quel est le tordu qui ne peut être redressé ? C'est celui qui a eu commerce avec une erva (union interdite) et en a engendré un mamzer.

Et si tu dis qu'il s'agit de celui qui vole ou qui dérobe — celui-là peut restituer, et il répare.

📜 Rachi (3)
וְהוֹלִיד מַמְזֵר שֶׁהֵבִיא פְּסוּלִין בְּיִשְׂרָאֵל וִיהֵא זִכָּרוֹן לְפִיכָךְ אֵין עֲוֹנֹותָיו נִמְחָקִין בִּתְשׁוּבָה:
« Et en a engendré un mamzer » — il a introduit des invalides (pessoulin) au sein d'Israël, et il en restera une trace ; c'est pourquoi ses fautes ne s'effacent pas par la techouva.
יָכוֹל לְהַחֲזִיר דְּמֵי גְּנֵיבָתוֹ וּגְזֵלָתוֹ לַבְּעָלִים:
« Il peut restituer » — la valeur de son vol et de sa rapine à leurs propriétaires.
וִיתַקֵּן וִיהֵא מְתֻוקָּן מִן הַחֵטְא:
« Et il répare » — il se trouve réparé de sa faute.
🗂️ Tossefot (1)
זֶה הַבָּא עַל הָעֶרְוָה. דִּטְפֵי בָּושְׁתּוֹ נִיכָּר שֶׁהַמַּמְזֵר נִרְאֶה לְעוֹלָם אֲבָל שְׁאָר עֲבֵירוֹת רוֹצֵחַ וְגַזְלָן אֵין עֵדָיו לְפָנָיו:
« C'est celui qui a eu commerce avec une erva » — sa honte est davantage visible, car le mamzer demeure sous les yeux du monde ; tandis que pour les autres transgressions, celles du meurtrier et du voleur, les témoins de la faute ne se tiennent pas devant eux.
💡 Explication

Rabbi Chimon ben Menassia cherche, dans la conduite d'un homme, ce qui demeure irréparable. Le vol trouve sa réparation : la restitution efface le dommage et la techouva achève le travail.

L'union interdite dont naît un mamzer laisse une trace qui subsiste après la faute et échappe à la volonté du fautif. Rachi en marque la portée : des pessoulin, des personnes frappées d'invalidité matrimoniale, ont été introduits au sein d'Israël. Tossefot ajoute la dimension de la honte, le mamzer restant sous les yeux du monde.

6
רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי אוֹמֵר: אֵין קוֹרִין מְעֻוָּות אֶלָּא לְמִי שֶׁהָיָה מְתֻוקָּן בַּתְּחִילָּה וְנִתְעַווֵּת, וְאֵי זֶה? זֶה תַּלְמִיד חָכָם הַפּוֹרֵשׁ מִן הַתּוֹרָה.

Rabbi Chimon ben Yohai dit : on n'appelle « tordu » que celui qui était droit au départ et s'est tordu. Et qui est-ce ?

C'est le talmid 'hakham qui se retire de la Torah.

💡 Explication

Rabbi Chimon ben Yohai lit le mot meouvat dans sa rigueur : on ne parle de tordu qu'à propos de ce qui était droit auparavant. Le terme suppose donc un état antérieur de rectitude.

Il en tire l'objet du verset : le talmid 'hakham qui abandonne son étude. L'homme qui n'a jamais étudié se trouve hors de la catégorie ; celui qui tenait le fil et l'a laissé tomber répond exactement à la figure décrite.

🖼️ Schéma
Trois lectures de : ce qui est tordu ne pourra être redressé La michna celui qui a laissé passer le regel sans apporter sa haguiga Irréparable car le temps de la mitsva est clos R. Chimon ben Menassia celui qui engendre un mamzer d'une erva le voleur, lui, restitue et répare sa faute Irréparable car la trace subsiste après lui R. Chimon ben Yohai le talmid 'hakham qui se retire de la Torah droit au départ, tordu ensuite Lecture du mot on ne tord que ce qui était droit Trois objets rangés sous un seul verset, Kohelet 1, 15
Les trois figures rangées sous le verset de Kohelet.
7
גְּמ׳ מְנָהָנֵי מִילֵּי? אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: נֶאֱמַר ״עֲצֶרֶת״ בַּשְּׁבִיעִי שֶׁל פֶּסַח, וְנֶאֱמַר ״עֲצֶרֶת״ בַּשְּׁמִינִי שֶׁל חַג. מַה לְהַלָּן לְתַשְׁלוּמִין — אַף כָּאן לְתַשְׁלוּמִין.

GUEMARA. D'où ces choses ?

Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Yichmael : il est dit « atseret » au septième jour de Pessa'h, et il est dit « atseret » au huitième jour de Souccot. De même que là-bas il s'agit du rattrapage, de même ici il s'agit du rattrapage.

📜 Rachi (2)
גְּמ' מְנָהָנֵי מִילֵּי די"ט הָאַחֲרוֹן שֶׁל חַג הַסֻּוכּוֹת תַּשְׁלוּמִין לְקָרְבְּנוֹת הֶחָג לִיחִידִים:
« D'où ces choses » — que le dernier jour de fête de Souccot serve de rattrapage pour les offrandes de la fête dues par les particuliers.
עֲצֶרֶת בִּשְׁבִיעִי שֶׁל פֶּסַח בְּפָרָשַׁת כָּל הַבְּכוֹר שֵׁשֶׁת יָמִים תֹּאכַל מַצּוֹת וּבַיּוֹם הַשְּׁבִיעִי עֲצֶרֶת (דְּבָרִים ט״ז:ח׳):
« Atseret au septième jour de Pessa'h » — dans la section Kol ha-bekhor : « six jours tu mangeras des matsot, et le septième jour, atseret » (Devarim 16, 8).
🗂️ Tossefot (1)
נֶאֱמַר עֲצֶרֶת בְּפֶסַח. וּבִירוּשַׁלְמִי יָלֵיף לָהּ ר' יוֹחָנָן בְּשֵׁם ר' יִשְׁמָעֵאל נֶאֱמַר חֲמִשָּׁה עָשָׂר בְּפֶסַח וְנֶאֱמַר חֲמִשָּׁה עָשָׂר בְּחַג מַה לְהַלָּן [יו"ט אַחֲרוֹן תַּשְׁלוּמִין לָרִאשׁוֹן אַף כָּאן י"ט אַחֲרוֹן תַּשְׁלוּמִין לָרִאשׁוֹן] וְתוּ לֵיכָּא לְמִיפְרַךְ כִּדְפָרִיךְ בְּהַשַּׁ"ס שֶׁלָּנוּ דְּהָא גְּזֵרָה שָׁוָה גְּמוּרָה כִּדְיָלְפִינַן מִינָּהּ בְּסֻוכָּה בְּפֶ' הַיָּשֵׁן (סֻוכָּה דַּף כז.) וְעוֹד יְהוּדָה בַּר סָפְרָא בְּשֵׁם רַבִּי אוֹשַׁעְיָא דָּרֵישׁ הָתָם וְחַגֹּותֶם אֹותוֹ חַג לַה' שִׁבְעַת יָמִים וְכִי שִׁבְעָה הֵם וַהֲלֹא שְׁמֹנָה הֵם אֶלָּא יָצָא שַׁבָּת [מֵהֶם] הֲרֵי ז' ר' יוֹסֵי בָּעֵי וְכִי מִכָּאן לָמַדְנוּ שֶׁאֵין חֲגִיגָה דּוֹחָה שַׁבָּת וַהֲלֹא מִמָּקוֹם אַחֵר הֲתִיב רַבִּי יוֹחָנָן אַחְוִי דְּרַב סָפְרָא וְהָתַנְיָא אַף בְּפֶסַח כֵּן מֵעַתָּה צֵא מֵהֶן שַׁבָּת הֲרֵי [שִׁשָּׁה] הַגֵּעַ עַצְמְךָ שֶׁחָל י"ט רִאשׁוֹן וְאַחֲרוֹן בְּשַׁבָּת [צֵא מֵהֶם שְׁנֵי יָמִים] הֲרֵי כָּאן שִׁשָּׁה אֲתָא יְהוּדָה בַּר סָפְרָא בְּשֵׁם ר' אוֹשַׁעְיָא וְחַגֹּותֶם אֹותוֹ חַג לַה' שִׁבְעַת יָמִים צֵא מֵהֶן שַׁבָּת שֶׁכְּבָר לָמַדְנוּ שֶׁאֵין חֲגִיגָה דּוֹחָה שַׁבָּת וּמַה ת"ל תְּחָגּוּהוּ לְרַבּוֹת יו"ט הָאַחֲרוֹן לְתַשְׁלוּמִין לָרִאשׁוֹן וְכָל אוֹתָן דְּרָשׁוֹת אֵינָן בְּכָאן אַךְ בְּפֶרֶק אֵלּוּ דְּבָרִים (פְּסָחִים דַּף ע:) מַיְיתֵי לְהַהִיא דִּיהוּדָה סִפְרָא וּפָרִיךְ עֲלָהּ הַהִיא דְּחָל יו"ט הָרִאשׁוֹן וְהָאַחֲרוֹן בְּשַׁבָּת הֲרֵי כָּאן שִׁשָּׁה וְלָא מַיְיתֵי תְּחָגּוּהוּ:
« Il est dit atseret à Pessa'h » — dans le Yerouchalmi, Rabbi Yo'hanan au nom de Rabbi Yichmael l'apprend par une autre voie : il est dit « le quinze » à propos de Pessa'h et il est dit « le quinze » à propos de Souccot ; de même que là-bas le dernier jour de fête sert de rattrapage pour le premier, de même ici le dernier jour de fête sert de rattrapage pour le premier. Et par cette voie il n'y a plus lieu d'objecter comme objecté notre Talmud, car il s'agit là d'une guezera chava complète, ainsi qu'on l'apprend d'elle dans Souca, chapitre Ha-yachen (Souca 27a). De plus, Yehouda bar Safra, au nom de Rabbi Ochaya, expose là-bas : « et vous célèbrerez cette fête pour Hachem sept jours » — sont-ils sept ? ne sont-ils pas huit ? Il faut donc en retrancher le Chabbat : voilà sept. Rabbi Yossi demande : est-ce d'ici que nous apprenons que la haguiga ne repousse pas le Chabbat ? ne le savons-nous pas d'ailleurs ? Rabbi Yo'hanan, frère de Rav Safra, répondit : n'a-t-on pas enseigné qu'il en va de même à Pessa'h ? Or dès lors, retranchés-en le Chabbat : voilà six. Et considère encore que le premier et le dernier jour de fête tombent un Chabbat : retranchés-en ces deux jours, et voilà six. Yehouda bar Safra vint dire au nom de Rabbi Ochaya : « et vous célèbrerez cette fête pour Hachem sept jours » — retranchés-en le Chabbat, puisque nous savons déjà que la haguiga ne repousse pas le Chabbat ; et qu'enseigne alors « tehagouhou » ? À inclure le dernier jour de fête comme rattrapage pour le premier. Toutes ces expositions ne figurent pas ici ; mais au chapitre Elou devarim (Pessahim 70b) le Talmud rapporte l'enseignement de Yehouda bar Safra et lui objecte le cas où le premier et le dernier jour de fête tombent un Chabbat, ce qui n'en laisse que six, sans rapporter le « tehagouhou ».
💡 Explication

La Guemara demande la source de l'inclusion de Chemini Atseret parmi les jours de rattrapage. Rabbi Yo'hanan, au nom de Rabbi Yichmael, procède par guezera chava : un même mot employé dans deux contextes autorise à transporter de l'un à l'autre la règle qui s'y attache.

Le mot commun est atseret. Il désigne le septième jour de Pessa'h dans Devarim 16, 8 et le huitième jour de Souccot dans Vayikra 23, 36. Le septième de Pessa'h sert sans conteste de jour de rattrapage ; le huitième de Souccot en hérite.

8
מֻופְנֶה. דְּאִי לָאו מֻופְנֶה, אִיכָּא לְמִיפְרַךְ: מַה לִשְׁבִיעִי שֶׁל פֶּסַח שֶׁכֵּן אֵינוֹ חָלוּק מִשֶּׁלְּפָנָיו, תֹּאמַר בִּשְׁמִינִי שֶׁל חַג שֶׁחָלוּק מִשֶּׁלְּפָנָיו.

Ce mot est disponible. Car s'il n'était pas disponible, on pourrait objecter : ce qui vaut du septième jour de Pessa'h, c'est qu'il ne se distingue pas des jours qui le précèdent ; diras-tu de même du huitième jour de Souccot, qui se distingue des jours qui le précèdent ?

📜 Rachi (2)
מֻופְנֶה וּצְרִיכָה גְּזֵירָה שָׁוָה זוֹ שֶׁתְּהֵא מֻופְנֶה דְּתוּ לָא פָּרְכִינַן עָלֶיהָ מִידִי דְּכָל גְּזֵירָה שָׁוָה מֻופְנֶה לְמֵידִין וְאֵין מְשִׁיבִין:
« Disponible » — il faut que cette guezera chava soit disponible, car alors on ne lui objecte plus rien : pour toute guezera chava disponible, on apprend et l'on ne réplique pas.
מַה לִשְׁבִיעִי שֶׁל פֶּסַח תַּשְׁלוּמִין לָרִאשׁוֹן שֶׁהֲרֵי אֵינוֹ חָלוּק מִשֶּׁלְּפָנָיו שְׁמִינִי עֲצֶרֶת חָלוּק מִשֶּׁלְּפָנָיו לְעִנְיַן פז"ר קש"ב:
« Ce qui vaut du septième jour de Pessa'h » — qu'il serve de rattrapage pour le premier, c'est qu'il ne se distingue pas des jours qui le précèdent ; Chemini Atseret, lui, s'en distingue sur les points que résume PaZaR KaCHaV : tirage au sort, bénédiction du temps, regel, offrande, chant et bénédiction qui lui sont propres.
💡 Explication

Une guezera chava ne tient que si le mot sur lequel elle repose est moufne, disponible : superflu dans son propre contexte, donc écrit pour servir ailleurs. Rachi rappelle la règle qui en découle : une guezera chava disponible s'impose, et l'on ne peut plus lui objecter la différence entre les deux cas.

Cette différence existe pourtant, et la Guemara l'énonce. Le septième jour de Pessa'h prolonge les jours qui le précèdent ; Chemini Atseret s'en détache sur six points que Rachi résume par le mot-clé PaZaR KaCHaV : tirage au sort propre, bénédiction du temps, regel à part, offrande propre, chant propre, bénédiction propre.

9
לָאיֵי אַפִּנּוּיַי מֻופְנֶה. מִכְּדֵי מַאי ״עֲצֶרֶת״ — עָצוּר בַּעֲשִׂייַּת מְלָאכָה, הַכְּתִיב: ״לֹא תַעֲשֶׂה מְלָאכָה״, ״עֲצֶרֶת״ דִּכְתַב רַחֲמָנָא לָמָּה לִי? אֶלָּא שְׁמַע מִינַּהּ לְאַפְנוֹיֵי.

Non pas ! il est bel et bien disponible. Car enfin, que signifie « atseret » ?

Retenu de tout travail. Or il est déjà écrit : « tu ne feras aucun travail ».

Pourquoi donc la Torah écrit-elle « atseret » ? Il faut en conclure que c'est pour le rendre disponible.

📜 Rachi (2)
לָאיֵי בֶּאֱמֶת:
« Laay » — en vérité.
הָא כְתִיב לֹא תַעֲשֶׂה מְלָאכָה בְּהַהוּא קְרָא גּוּפֵיהּ וּבַיּוֹם הַשְּׁבִיעִי עֲצֶרֶת לַה' אֱ-לֹהֶיךָ לֹא תַעֲשֶׂה מְלָאכָה:
« Or il est écrit : tu ne feras aucun travail » — dans ce verset même : « et le septième jour, atseret pour Hachem ton D.ieu, tu ne feras aucun travail ».
💡 Explication

La réponse établit la disponibilité du mot. Atseret se rattache à la racine atsour, retenu : le jour où l'on est retenu de tout travail. Or le verset de Devarim 16, 8 énonce déjà explicitement l'interdit, « tu ne feras aucun travail ».

Le mot atseret n'apporte donc aucune information propre à son contexte. Il est écrit pour être transporté ailleurs, et la guezera chava tient. L'objection tirée de PaZaR KaCHaV tombe d'elle-même.

10
וְתַנָּא מַייְתֵי לַהּ מֵהָכָא, דְּתַנְיָא: ״וְחַגֹּותֶם אֹותוֹ חַג לַה׳ שִׁבְעַת יָמִים״, יָכוֹל יְהֵא חוֹגֵג וְהוֹלֵךְ כָּל שִׁבְעָה — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״אוֹתוֹ״ — אוֹתוֹ אַתָּה חוֹגֵג, וְאִי אַתָּה חוֹגֵג כָּל שִׁבְעָה. אִם כֵּן לָמָּה נֶאֱמַר ״שִׁבְעָה״ — לְתַשְׁלוּמִין.

Et un tana l'apprend d'ici, car on a enseigné : « et vous célèbrerez cette fête pour Hachem sept jours ». On aurait pu penser qu'il célèbre ainsi les sept jours durant ; le verset dit : « elle » — c'est elle que tu célèbres, et tu ne célèbres pas sept jours durant.

S'il en est ainsi, pourquoi « sept » est-il dit ? Pour le rattrapage.

📜 Rachi (2)
וְתַנָּא מַייְתֵי לַהּ מֵהָכָא מִשּׁוּם דְּר' יוֹחָנָן דְּגָמַר לָהּ כִּדְאָמְרִינַן לְעֵיל אָמוֹרָא הוּא נְקַט הָכָא הַאי לִישָּׁנָא:
« Et un tana l'apprend d'ici » — parce que Rabbi Yo'hanan, qui l'apprend comme il a été dit plus haut, est un Amora, la Guemara emploie ici cette formule.
כָּל שִׁבְעָה כָּל יוֹם וְיוֹם:
« Les sept jours durant » — chaque jour.
💡 Explication

La Guemara produit une seconde source, tannaitique celle-là. Rachi explique la formule employée : Rabbi Yo'hanan étant un Amora, la Guemara signale qu'un tana atteint la même règle par une autre porte.

La baraita travaille sur Vayikra 23, 41. Le mot otho, « elle », restreint : l'obligation porte sur un seul jour. Le mot « sept » devient alors disponible pour autre chose, et il enseigne les jours de tachloumin.

11
וּמִנַּיִן שֶׁאִם לֹא חָג יוֹם טוֹב הָרִאשׁוֹן שֶׁל חַג שֶׁחוֹגֵג וְהוֹלֵךְ אֶת כָּל הָרֶגֶל וְיוֹם טוֹב הָאַחֲרוֹן — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״בַּחֹדֶשׁ הַשְּׁבִיעִי תָּחֹגּוּ אֹותוֹ״, אִי ״בַּחֹדֶשׁ הַשְּׁבִיעִי״, יָכוֹל יְהֵא חוֹגֵג וְהוֹלֵךְ הַחֹדֶשׁ כֻּולּוֹ — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״אוֹתוֹ״ — אוֹתוֹ אַתָּה חוֹגֵג, וְאִי אַתָּה חוֹגֵג חוּצָה לוֹ.

Et d'où sait-on que s'il n'a pas célébré au premier jour de fête de Souccot, il continue de célébrer durant tout le regel et au dernier jour de fête ? Le verset dit : « au septième mois vous la célèbrerez ».

Si l'on s'en tenait à « au septième mois », on aurait pu penser qu'il célèbre tout le mois durant ; le verset dit : « elle » — c'est elle que tu célèbres, et tu ne célèbres pas au-delà d'elle.

📜 Rachi (3)
בַּחֹדֶשׁ הַשְּׁבִיעִי כָּל יְמֵי הֶחָג הָאָמוּר בַּחֹדֶשׁ הַשְּׁבִיעִי:
« Au septième mois » — tous les jours de la fête dite au septième mois.
יָכוֹל יְהֵא חוֹגֵג וְהוֹלֵךְ הַחֹדֶשׁ אֵיזֶה יוֹם שֶׁיִּרְצֶה לְתַשְׁלוּמֵי הֶחָג אִם לֹא הִקְרִיב בֶּחָג:
« On aurait pu penser qu'il célèbre tout le mois durant » — le jour qu'il voudra, en rattrapage de la fête, s'il n'a pas offert pendant la fête.
ת"ל אוֹתוֹ בְּסֵיפֵיהּ דִּקְרָא תְּרֵי אוֹתוֹ כְּתִיב בֵּיהּ:
« Le verset dit : elle » — à la fin du verset ; ce mot otho y est écrit deux fois.
💡 Explication

La baraita franchit la dernière étape. « Au septième mois vous la célèbrerez » étend le rattrapage au-delà des sept jours de Souccot, donc jusqu'à Chemini Atseret, ce que la michna demandait d'établir.

Une extension sans borne ouvrirait tout le mois de Tichri. Le second otho, à la fin du verset, arrête le rattrapage aux jours de la fête. Rachi signale expressément que le verset porte ce mot deux fois : le premier restreint le jour de l'obligation, le second borne la durée du rattrapage.

🖼️ Schéma
Vayikra 23, 41 : deux fois otho, deux bornes et vous la célèbrerez, fête pour Hachem, sept jours dans l'année ... au septième mois vous la célèbrerez Premier otho : il restreint un seul jour porte l'obligation le mot sept devient disponible et enseigne le rattrapage Au septième mois : il étend le rattrapage dépasse les sept jours et atteint Chemini Atseret, huitième et dernier jour Second otho : il borne à nouveau le rattrapage reste dans les jours de la fête, il ne court pas sur tout le mois
La mécanique du verset : restreindre, étendre, puis borner.
12
וּמַאי תַּשְׁלוּמִין? רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: תַּשְׁלוּמִין לָרִאשׁוֹן, וְרַבִּי אוֹשַׁעְיָא אָמַר: תַּשְׁלוּמִין זֶה לָזֶה.

Et que sont ces rattrapages ? Rabbi Yo'hanan dit : ils sont rattrapage du premier jour.

Et Rabbi Ochaya dit : ils se rattrapent l'un l'autre.

📜 Rachi (3)
מַאי תַּשְׁלוּמִין כֵּיצַד הֵן תַּשְׁלוּמִין:
« Que sont ces rattrapages » — de quelle manière sont-ils des rattrapages.
כֻּולָּן תַּשְׁלוּמִין לָרִאשׁוֹן שֶׁהֲרֵי יוֹם אֶחָד עָשָׂה הַכָּתוּב עִיקָּר בְּכֻולָּן דִּכְתִיב אוֹתוֹ וְשֶׁלְּאַחֲרָיו עָשָׂה תַּשְׁלוּמִין לוֹ:
« Tous sont rattrapage du premier » — car le verset a fait d'un seul jour le principal parmi tous, puisqu'il est écrit « elle », et il a fait des jours qui le suivent son rattrapage.
כֻּולָּן תַּשְׁלוּמִין זֶה לָזֶה אֵין לְךָ יוֹם בָּהֶם שֶׁאֵין חוֹבָתוֹ תְּלוּיָה בּוֹ בְּעַצְמוֹ לְמִי שֶׁלֹּא נִרְאֶה בַּיָּמִים שֶׁלְּפָנָיו יוֹם רִאשׁוֹן שֶׁהוּא נִרְאֶה לְהָבִיא עִיקָּר לְדִידֵיהּ וְיָמָיו שֶׁלְּאַחֲרָיו תַּשְׁלוּמִין לוֹ:
« Tous se rattrapent l'un l'autre » — il n'est aucun de ces jours dont l'obligation ne repose sur lui-même, s'agissant de celui qui n'était pas apte les jours précédents : le premier jour où il devient apte à apporter est pour lui le principal, et les jours qui le suivent en sont le rattrapage.
🗂️ Tossefot (1)
תַּשְׁלוּמִין זֶה לָזֶה. וְהַהִיא דִּלְקַמָּן (חֲגִיגָה דַּף יז.) דְּיָלְפִינַן תַּשְׁלוּמִין לְחַג הַשָּׁבוּעוֹת מֵחַג הַמַּצּוֹת כָּל ז' לָא מִסְתַּבַּר לְמֵימַר תַּשְׁלוּמִין זֶה לָזֶה כֵּיוָן דְּחוֹל גָּמוּר הוּא:
« Ils se rattrapent l'un l'autre » — quant à l'enseignement rapporté plus loin (Haguiga 17a), où l'on apprend de la fête des Matsot que Chavouot dispose de sept jours de rattrapage, il n'est pas plausible d'y dire qu'ils se rattrapent l'un l'autre, puisque ces jours-là sont pleinement des jours ouvrables.
💡 Explication

La question porte maintenant sur la nature du rattrapage. Pour Rabbi Yo'hanan, le verset a désigné un seul jour comme principal, et les jours suivants réparent le manquement de ce jour-là.

Pour Rabbi Ochaya, chaque jour porte une obligation qui lui est propre. Rachi formule cette position avec précision : pour celui qui n'était pas apte les jours précédents, le premier jour où il devient apte tient lieu de jour principal, et les jours qui le suivent en sont le rattrapage.

13
מַאי בֵינַייְהוּ? אָמַר רַבִּי זֵירָא: חִיגֵּר בְּיוֹם רִאשׁוֹן וְנִתְפַּשֵּׁט בְּיוֹם שֵׁנִי אִיכָּא בֵּינַייְהוּ. רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: תַּשְׁלוּמִין לָרִאשׁוֹן, כֵּיוָן דְּלָא חֲזֵי בָּרִאשׁוֹן — לָא חֲזִי בַּשֵּׁנִי. וְרַבִּי אוֹשַׁעְיָא אָמַר: תַּשְׁלוּמִין זֶה לָזֶה, אַף עַל גַּב דְּלָא חֲזֵי בָּרִאשׁוֹן — חֲזִי בַּשֵּׁנִי.

Quelle différence entre eux ? Rabbi Zéra a dit : il y a entre eux le cas de celui qui était boiteux le premier jour et s'est redressé le second.

Rabbi Yo'hanan dit : ils sont rattrapage du premier jour ; dès lors qu'il n'était pas apte au premier, il n'est pas apte au second. Et Rabbi Ochaya dit : ils se rattrapent l'un l'autre ; bien qu'il n'ait pas été apte au premier, il est apte au second.

📜 Rachi (1)
חִיגֵּר אֵינוֹ רָאוּי לֵירָאוֹת כִּדְאָמְרִינַן בְּמָתְנֵי':
« Boiteux » — il n'est pas apte à se présenter au Temple, comme nous l'avons dit dans la michna.
🗂️ Tossefot (1)
כֵּיוָן דְּלָא חֲזֵי בָּרִאשׁוֹן תּוּ לָא חֲזִי בַּשֵּׁנִי. וצ"ע אִם הָיָה פָּשׁוּט בָּרִאשׁוֹן וְחִגֵּר בַּשֵּׁנִי מִי אָמְרִינַן כֵּיוָן דְּחִיּוּבָא עֲלֵיהּ רַמְיָא בָּרִאשׁוֹן תּוּ לָא פָּקַע מִינֵּיהּ אע"ג דְּהַשְׁתָּא לָא חֲזִי אוֹ דִּלְמָא כֵּיוָן דְּתַשְׁלוּמִין זֶה לָזֶה לֵר' אוֹשַׁעְיָא לָאו מִיחַייַּב וּמִיהוּ כֵּיוָן דְּהַשְׁתָּא לָאו בַּר חִיּוּבָא הוּא לָא מָצֵי מַיְיתֵי לֵיהּ הוֹאִיל וְאֵינוֹ בְּבִיאָה לָא הָוֵי בַּהֲבָאָה:
« Dès lors qu'il n'était pas apte au premier, il n'est pas apte au second » — cela demande examen : s'il était droit le premier jour et boiteux le second, dira-t-on que, l'obligation s'étant posée sur lui au premier jour, elle ne le quitte plus, bien qu'il ne soit pas apte à présent ? ou bien dira-t-on que, selon Rabbi Ochaya pour qui ils se rattrapent l'un l'autre, il n'y est pas tenu ? Quoi qu'il en soit, puisqu'il n'est pas à présent sujet à l'obligation, il ne peut pas l'apporter : celui qui n'est pas dans la venue au Temple n'est pas dans l'apport de l'offrande.
💡 Explication

Rabbi Zéra dégage la conséquence pratique. Le boiteux est exempt de la ré'iya, la montée au Temple, comme l'énonce la michna du début du traité ; s'il guérit au deuxième jour, son statut change en cours de fête.

Pour Rabbi Yo'hanan, il n'apporte pas : le jour de l'obligation était le premier, et cet homme y était inapte, de sorte qu'il n'a rien à rattraper. Pour Rabbi Ochaya, il apporte : le deuxième jour porte sa propre obligation et devient pour lui le jour principal. Tossefot pose le cas inverse, l'homme valide au premier jour et boiteux au second, et le laisse en suspens.

14
וּמִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן הָכִי?

Et Rabbi Yo'hanan a-t-il vraiment dit cela ?

💡 Explication

La Guemara conteste la position attribuée à Rabbi Yo'hanan. Elle va lui opposer une déclaration qu'il a faite dans un tout autre domaine, celui du nazir rendu impur par un mort, et qui semble poser le principe inverse.

15
וְהָאָמַר חִזְקִיָּה: נִטְמָא בַּיּוֹם — מֵבִיא, בַּלַּיְלָה — אֵינוֹ מֵבִיא.

Mais Hizkiya n'a-t-il pas dit : s'il s'est rendu impur le jour, il apporte ; la nuit, il n'apporte pas ?

📜 Rachi (2)
נִטְמָא בַּיּוֹם בִּכְרִיתוֹת (דַּף ט.) תְּנַן נָזִיר מֵבִיא קָרְבָּן אֶחָד עַל טֻומְאוֹת הַרְבֵּה וְאָמַר חִזְקִיָּה נִטְמָא בְּיוֹם ח' שֶׁהוּא רָאוּי לְהָבִיא קָרְבָּנוֹת וּלְהַתְחִיל מִנְיַן נְזִירוֹתָיו וְיָמִים שְׁמֹנָה קֹודֶם טֻומְאָה בְּטֵלִין כְּמוֹ שְׁנָא' וּבַיּוֹם הַשְּׁמִינִי יָבִיא שְׁתֵּי תּוֹרִים אוֹ שְׁנֵי בְּנֵי וְגוֹ' וְהִזִּיר לָה' כָּל יְמֵי נִזְרוֹ וְגוֹ' וְהַיָּמִים הָרִאשֹׁונִים יִפְּלוּ כִּי טָמֵא נִזְרוֹ (בַּמִּדְבָּר ו׳:י״ב):
« S'il s'est rendu impur le jour » — dans Keritot (9a) on a enseigné : le nazir apporte une seule offrande pour plusieurs impuretés. Et Hizkiya dit : s'il s'est rendu impur le huitième jour, jour où il est apte à apporter ses offrandes et à recommencer le compte de son naziriat, les jours comptés avant l'impureté étant annulés, ainsi qu'il est dit : « et le huitième jour il apportera deux tourterelles ou deux jeunes... et il consacrera à Hachem les jours de son naziriat... et les jours précédents tomberont, car son naziriat a été rendu impur » (Bamidbar 6, 12).
מֵבִיא קָרְבָּן עַל הַטֻּומְאָה הַשֵּׁנִית שֶׁכְּבָר נִתְחַיֵּיב בְּקָרְבַּן הַטֻּומְאָה וְהִתְחִילָה שְׁנִיָּה וַהֲרֵי זוֹ טֻומְאָה אַחֶרֶת אֲבָל נִטְמָא בְּלֵיל שְׁמִינִי אֵינוֹ מֵבִיא אֶלָּא קָרְבָּן אֶחָד דְּכֵיוָן דְּלָא יָצָא מִטֻּומְאָה הָרִאשׁוֹנָה לְשָׁעָה שֶׁהִיא רְאוּיָה לְהָבִיא עָלֶיהָ קָרְבָּן לֹא נִתְחַיֵּיב בְּקָרְבָּן הָרִאשׁוֹן וְאֵין לוֹ תַּשְׁלוּמִין:
« Il apporte » — une offrande pour la seconde impureté, car il s'était déjà rendu redevable de l'offrande de la première impureté et une seconde a commencé : voilà une impureté distincte. Mais s'il s'est rendu impur la nuit du huitième, il n'apporte qu'une seule offrande, car, n'étant pas sorti de la première impureté à une heure apte à en apporter l'offrande, il ne s'est pas rendu redevable de la première offrande, et il n'y a pas pour elle de rattrapage.
🗂️ Tossefot (1)
נִטְמָא בַּיּוֹם מֵבִיא. גַּבֵּי נָזִיר שֶׁנִּטְמָא קָאֵי דע"כ לָא פְלִיגִי רַבִּי וְר' יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה (נָזִיר דַּף יח.) בְּנִטְמָא בַּשְּׁמִינִי שֶׁכֵּן יָצָא לְשָׁעָה הָרְאוּיָה לְהָבִיא קָרְבָּן אֲבָל בְּלֵיל שְׁמִינִי דְּלָא חֲזִי לְקָרְבָּן לֹא וְרַבִּי יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה דִּנְקַט נִטְמָא בַּשְּׁבִיעִי לָאו מִשּׁוּם הֲבָאַת קָרְבָּן הוּא אֶלָּא דַּחֲשִׁיב לֵיהּ כַּמָּה טֻומְאוֹת בַּשְּׁבִיעִי:
« S'il s'est rendu impur le jour, il apporte » — cela se rapporte au nazir devenu impur. Car Rabbi et Rabbi Yossi bar Yehouda (Nazir 18a) ne divergent que dans le cas où il s'est rendu impur le huitième jour, puisqu'il était alors parvenu à une heure apte à apporter l'offrande ; pour la nuit du huitième, impropre à l'offrande, ils ne divergent pas. Et si Rabbi Yossi bar Yehouda parle de celui qui s'est rendu impur le septième jour, c'est pour une autre raison que l'apport de l'offrande : il compte pour lui plusieurs impuretés au septième jour.
💡 Explication

Le nazir rendu impur par un mort se purifie sept jours, apporte ses offrandes le huitième et recommence son compte. La michna de Keritot enseigne qu'il apporte une seule offrande pour plusieurs impuretés successives, tant qu'il n'a pas eu l'occasion d'apporter celle de la première.

Hizkiya fixe la coupure à l'heure où l'offrande devient possible. Une impureté survenue le huitième jour, alors qu'il pouvait déjà apporter, engage une seconde offrande. Survenue la nuit précédente, où aucune offrande ne se fait, elle reste couverte par la première.

🖼️ Schéma
Le nazir rendu impur : la nuit du huitième fait-elle différence ? Première impureté les jours comptés tombent Sept jours purification et immersion Nuit du huitième aucune offrande la nuit Jour du huitième il apporte ses offrandes Hizkiya impur la nuit du huitième : une seule offrande, l'heure apte n'était pas venue impur le jour du huitième : deux offrandes, il pouvait déjà offrir Rabbi Yo'hanan deux offrandes dès la nuit : immersion faite et soleil couché, il est déjà redevable d'où l'objection : chez lui une obligation tient à une heure impropre à l'offrande
Pourquoi le nazir de Rabbi Yo'hanan fait difficulté sur son boiteux.
16
וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: אַף בַּלַּיְלָה נָמֵי מֵבִיא.

Et Rabbi Yo'hanan dit : même la nuit, il apporte également.

📜 Rachi (1)
וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר הוֹאִיל וְטָבַל לְטֻומְאָתוֹ רִאשׁוֹנָה וְהֶעֱרִיב שִׁמְשׁוֹ נִתְחַייֵּב בְּקָרְבָּן וְאַף עַל פִּי שֶׁאֵין לַיְלָה רָאוּי לְקָרְבָּן אַלְמָא אַף עַל גַּב דְּלָא רָאוּי לְקָרְבָּן יֵשׁ לוֹ תַּשְׁלוּמִין:
« Et Rabbi Yo'hanan dit » — puisqu'il s'est immergé pour sa première impureté et que le soleil s'est couché sur lui, il s'est rendu redevable de l'offrande, bien que la nuit ne soit pas apte à l'offrande. Il apparaît donc que, même lorsque le moment n'est pas apte à l'offrande, un rattrapage lui reste ouvert.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan avance la coupure d'une demi-journée. Dès l'immersion accomplie et le soleil couché, le nazir est redevable de son offrande ; l'impossibilité d'offrir la nuit tient à une règle de temps et laisse l'obligation intacte.

Rachi dégage l'argument dirigé contre lui : Rabbi Yo'hanan admet donc qu'une obligation attachée à un moment où l'offrande est impossible garde un rattrapage. Le boiteux du premier jour devrait alors, lui aussi, pouvoir apporter le second.

17
אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה: שָׁאנֵי טֻומְאָה, דְּיֵשׁ לָהּ תַּשְׁלוּמִין בְּפֶסַח שֵׁנִי.

Rabbi Yirmeya a dit : l'impureté fait exception, car elle dispose d'un rattrapage par le Pessa'h cheni.

📜 Rachi (2)
שָׁאנֵי טֻומְאָה קָרְבָּן הַנִּדְחֶה מִפְּנֵי הַטֻּומְאָה וּלְפִיכָךְ יֵשׁ לוֹ תַּשְׁלוּמִין וְאַף עַל גַּב דְּלָא נִרְאֶה לְהָבִיא:
« L'impureté fait exception » — il s'agit d'une offrande repoussée par l'impureté, et c'est pourquoi elle dispose d'un rattrapage, bien que l'homme n'ait pas été apte à l'apporter.
הוֹאִיל וְיֵשׁ לָהּ תַּשְׁלוּמִין כְּגוֹן אֵלּוּ בְּפֶסַח שֵׁנִי שֶׁהֲרֵי מִי שֶׁלֹּא נִרְאָה בָּרִאשׁוֹן יֵשׁ לוֹ תַּשְׁלוּמִין אֲבָל הַנִּדְחֶה מִפְּנֵי דָּבָר אַחֵר לֹא מָצִינוּ לוֹ תַּשְׁלוּמִין אֶלָּא אִם כֵּן נִרְאָה לְהָבִיא:
« Puisqu'elle dispose d'un rattrapage » — comme ceux-là, par le Pessa'h cheni : celui qui n'était pas apte au premier Pessa'h dispose d'un rattrapage. Mais pour l'offrande repoussée par une autre cause, nous ne trouvons pas de rattrapage, à moins qu'il n'ait été apte à l'apporter.
🗂️ Tossefot (1)
שָׁאנֵי טֻומְאָה הוֹאִיל וְיֵשׁ לָהּ תַּשְׁלוּמִין בְּפֶסַח שֵׁנִי. הָיָה קָשֶׁה לְמוֹרִי א"כ סְבִירָא לֵיהּ לְר' יוֹחָנָן נִטְמָא בְּיוֹם רִאשׁוֹן וַחֲזֵי בַּשֵּׁנִי מַייְתֵי חֲגִיגָה אִם כֵּן לֵימָא לְעֵיל רֵישׁ מְכִילְתִּין לַאֲתוּיֵי טָמֵא בָּרִאשׁוֹן וְנִטְהַר בַּשֵּׁנִי וְיֵשׁ לוֹמַר דְּאִין הָכִי נָמֵי אֶלָּא מִשּׁוּם דִּלְרַב פַּפָּא דִּבְסָמוּךְ לָא מָצֵי לְמֵימַר הָכִי נְקַט מִילְּתָא דְּשָׁוֵי לְתַרְוַיְיהוּ:
« L'impureté fait exception, puisqu'elle dispose d'un rattrapage par le Pessa'h cheni » — mon maître trouvait ceci difficile : s'il en est ainsi, Rabbi Yo'hanan tient que celui qui s'est rendu impur le premier jour et qui est apte le second apporte la haguiga ; alors que la Guemara dise plus haut, au début du traité, que l'enseignement vient inclure celui qui était impur le premier jour et s'est purifié le second. Et l'on peut dire qu'il en va bien ainsi, et que, puisque selon Rav Papa juste après on ne peut pas le dire, la Guemara a retenu une formulation qui convienne aux deux.
💡 Explication

Rabbi Yirmeya sépare les deux cas. L'empêchement par toum'a, impureté, constitue un report : la Torah elle-même a ménagé une seconde date, le Pessa'h cheni, pour celui qui était impur au premier Pessa'h.

Rachi en tire la règle générale : une offrande repoussée par l'impureté garde un rattrapage alors même que l'homme n'était pas apte à l'apporter, tandis qu'une offrande repoussée par une autre cause, telle la claudication, n'obtient de rattrapage que si l'homme était apte au départ.

18
מַתְקִיף לַהּ רַב פָּפָּא: הָנִיחָא לְמַאן דְּאָמַר פֶּסַח

Rav Papa objecte : cela convient selon celui qui dit que le Pessa'h

📜 Rachi (1)
הָנִיחָא לְמַאן דְּאָמַר כוּ' פְּלוּגְתָּא הִיא בְּמַסֶּכֶת פְּסָחִים בְּפֶרֶק מִי שֶׁהָיָה טָמֵא (פְּסָחִים דַּף צג.):
« Cela convient selon celui qui dit, etc. » — c'est une controverse dans le traité Pessahim, au chapitre Mi che-haya tame (Pessahim 93a).
💡 Explication

Rav Papa met la réponse de Rabbi Yirmeya à l'épreuve d'une controverse de Pessahim 93a, que Rachi indique : le Pessa'h cheni est-il un rattrapage du premier Pessa'h, ou bien une fête à part entière portant sa propre obligation ?

Si le Pessa'h cheni forme une obligation autonome, il n'établit plus qu'un empêchement par impureté laisse subsister un rattrapage, et l'argument de Rabbi Yirmeya perd son appui. Le développement se poursuit en 9b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).