Chagigah 8b — Proportionner les olot et les chelamim à sa fortune et à sa table, puis adjoindre le maasser au profane et rattraper la haguiga les jours suivants

Chagigah 8b

Sougya : Le folio ferme d'abord la discussion sur la réjouissance de la fête. Pour le premier tana, le verset « et tu te réjouiras dans ta fête » enseigne que la simha se fait avec ce dont la haguiga peut venir, ce qui exclut les oiseaux et les offrandes de farine ; Rav Achi tire la même exclusion du seul mot « et tu te réjouiras » et libère « dans ta fête » pour l'enseignement de Rav Daniel bar Ketina sur les mariages pendant les jours intermédiaires.

Vient ensuite la michna : la proportion entre les olot et les chelamim suit deux grandeurs, la fortune du pèlerin et le nombre de ses convives. La guemara demande d'où un homme pauvre tirerait beaucoup de chelamim, et Rav Hisda répond par la tefila, l'adjonction de l'argent du second maasser à l'argent profane ; Rav Chechet objecte, et la guemara mesure sa position contre celles de Hizkiya et de Rabbi Yo'hanan, puis précise ce que veut dire « le premier repas vient du profane ».

La dernière partie du folio pose une question de bal tossif : celui qui a mis à part dix bêtes pour sa haguiga et n'en a offert que cinq le premier jour peut-il offrir les autres le lendemain. Rabbi Abba résout la divergence entre Rech Lakich et Rabbi Yo'hanan en distinguant celui qui a précisé son intention de celui qui n'a rien précisé.

La michna : deux grandeurs commandent le partage entre olot et chelamim la fortune du pèlerin en hauteur, le nombre de ses convives en largeur Peu de biens Beaucoup de biens Beaucoup de convives Beaucoup de chelamim et peu de olot premier cas de la michna : il faut nourrir une maisonnée avec peu de moyens Largement des deux chacun selon le don de sa main, selon la bénédiction reçue aucun plafond fixé par les sages Peu de convives Le minimum des sages une maa d'argent pour la olat reiya, deux pièces pour les chelamim le plancher enseigné au début du traité Beaucoup de olot et peu de chelamim second cas de la michna : peu de bouches à nourrir, mais de quoi donner Les chelamim sont mangés par les propriétaires : leur nombre suit la table. La olah est entièrement consumée sur l'autel : son volume suit la bourse. Le pèlerin doit donc regarder ces deux chiffres avant de fixer ce qu'il monte à Jérusalem.
La michna en un tableau : les chelamim suivent le nombre de convives, les olot suivent la fortune.
La tefila : jusqu'où peut-on adjoindre le second maasser au profane deux formes possibles, et quatre positions qui ne les admettent pas de la même manière Qui parle Argent avec argent Bête avec bête Rav Hisda réponse à la michna oui : il achète un grand taureau profane et maasser dans une seule bête hors de son propos Rav Chechet objecte à Rav Hisda oui oui, aussi le mot af porte tout le propos Hizkiya position rapportée plus haut non oui Rabbi Yo'hanan position rapportée plus haut oui non Rav Chechet admet les deux formes à la fois : de là vient la question de la guemara, selon qui parle-t-il. Il répond en s'appuyant sur la baraita du premier repas, qu'il lit comme autorisant les deux. Tefila : ajouter de l'argent de second maasser à de l'argent profane pour acheter une bête plus grande.
La tefila, ses deux formes et les quatre positions amoraiques qui les admettent ou les refusent.
Dix bêtes mises à part, cinq offertes le premier jour peut-il offrir les cinq autres les jours suivants, ou ajoute-t-il un jour à la fête La Torah a dit : vous la célébrerez — un seul jour offrir le lendemain sera permis si cela reste le rattrapage du premier jour Mefaresh : il a précisé toutes ces bêtes sont pour le premier jour Il revient et offre le deuxième jour ce sont les tachlumin du premier jour, donc aucune transgression de bal tossif Rech Lakich, et Rabbi Yo'hanan rapporté par Ravin Stam : il n'a rien précisé la guemara cherche de quel cas il s'agit Il manquait de temps dans la journée le défaut s'explique de lui-même : il offre ensuite Il manquait de convives même raisonnement : il offre ensuite Du temps et des convives, et pourtant rien chiyour chiyrinhou : il a laissé ces bêtes de côté pour se faire un second jour de fête Il n'offre plus Rabbi Yo'hanan rapporté par Oula Rabbi Abba : les deux maîtres parlent de cas différents, et la contradiction tombe.
Les dix bêtes de la haguiga : le partage entre celui qui a précisé son intention et celui qui n a rien dit.
1
מִי שֶׁחֲגִיגָה בָּאָה מֵהֶם, יָצְאוּ אֵלּוּ שֶׁאֵין חֲגִיגָה בָּאָה מֵהֶם.

Ce dont la haguiga peut venir ; sont exclus ceux-là, dont la haguiga ne peut pas venir.

📜 Rachi (1)
יָצְאוּ אֵלּוּ שֶׁאֵין חֲגִיגָה בָּאָה מֵהֶם דַּחֲגִיגָה חֵלֶב כְּתִיב בָּהּ לֹא יָלִין חֵלֶב חַגִּי וְגוֹ' (שְׁמוֹת כ״ג:י״ח):
Car au sujet de la haguiga le terme helev, la graisse, est écrit : la graisse de ma fête ne passera pas la nuit, etc. (Chemot 23,18).
🗂️ Tossefot (1)
מִי שֶׁחֲגִיגָה בָּאָה מֵהֶם. פרש"י דִּכְתִיב לֹא יָלִין חֵלֶב חַגִּי וּמִיהוּ לְקַמָּן (חֲגִיגָה דַּף י:) לָא מַפְּקִינַן לֵיהּ לְפִי הַמַּסְּקָנָא אֶלָּא מִגְּזֵירָה שָׁוָה דְּמִדְבָּר מִדְבָּר וְשֶׁמָּא מִכָּל מָקוֹם מַשְׁמָעוּת הַמִּקְרָא מַשְׁמַע חֲגִיגָה וּלְקַמָּן מַפְּקִינַן לֵיהּ מִמִּדְבָּר מִדְבָּר שֶׁמָּא אַלְּשׁוֹן דְּוִיחוּגוּ קָא סְמִיךְ דְּמַשְׁמַע חֲגִיגָה דְּאִי מִמִּדְבָּר הֲוָה אֲמִינָא עוֹלָה וּשְׁלָמִים בָּאָה מֵהֶם וְלֵיכָּא לְמֵימַר אִם כֵּן לֹא יְהוּ בָּאִים שַׁלְמֵי שִׂמְחָה מִמַּעֲשֵׂר רַק עַל יְדֵי טְפֵילָה כְּמוֹ חֲגִיגָה דְּהָא בְּסִיפְרֵי יָלְפִינַן לֵיהּ מִגְּזֵירָה שָׁוָה דִּכְתִיב בּוֹ שֵׁם בְּמַעֲשֵׂר וְגַם בְּהַתּוֹדָה (מְנָחוֹת פב.) מִדְּכַר גְּזֵרָה שָׁוָה שָׁם שָׁם לִשְׁלָמִים הִקְשָׁה הָ"ר אֶלְחָנָן לֵילַף שִׂמְחָה מֵהַר עֵיבָל דִּכְתִיב (דְּבָרִים כ״ז:ז׳) וְזָבַחְתָּ שְׁלָמִים וּמִינָּהּ מְמַעֲטִינַן עוֹפוֹת וּמְנָחוֹת וְכֵן דָּרֵישׁ רַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתֵירָא בִּפְסָחִים (דַּף קט.) וְעוֹד אַמַּאי לָא מוֹקְמִינַן קְרָא בִּבְשַׂר חֻולִּין דְּמִיקְּרֵי שַׁפִּיר שִׂמְחָה וְתֵירֵץ דְּוַדַּאי יָלְפִינַן מֵהַר עֵיבָל מַה שִׂמְחָה דִּלְהַלָּן שְׁלָמִים אַף כָּאן שְׁלָמִים וּבִירוּשַׁלְמִי אִיכָּא אֲבָל לֹא בְּעוֹפוֹת וּמְנָחוֹת דִּכְתִיב זֶבַח בְּהַר עֵיבָל:
Rachi explique : parce qu'il est écrit la graisse de ma fête ne passera pas la nuit. Toutefois, plus loin (Haguiga 10b), selon la conclusion, on ne tire pas cette règle de ce verset mais d'une guezera chava midbar-midbar. Peut-être malgré tout le sens littéral du verset indique-t-il la haguiga, et plus loin on la tire de midbar-midbar. Ou peut-être le tana s'appuie-t-il sur l'expression veyahogou, qui indique la haguiga ; car si on la tirait du seul midbar, j'aurais dit que la olah comme les chelamim peuvent en venir. Et on ne peut pas dire que, s'il en est ainsi, les chelamim de réjouissance ne viendraient du maasser que par adjonction, comme la haguiga ; car dans le Sifri on le tire d'une guezera chava, du mot cham écrit à propos du maasser, et de même, dans le chapitre Hatoda (Menahot 82a), on mentionne la guezera chava cham-cham pour les chelamim. Rabbi Elhanan a objecté : que l'on tire la réjouissance du mont Éval, où il est écrit et tu immoleras des chelamim (Devarim 27,7), et de là on exclurait les oiseaux et les offrandes de farine ; c'est ainsi que l'expose Rabbi Yehouda ben Betera dans Pessahim (109a). Et en outre, pourquoi ne pas établir le verset sur de la viande profane, qui mérite bien le nom de réjouissance ? Il a répondu qu'en vérité on tire bien du mont Éval : de même que la réjouissance dont il est question là-bas se fait par des chelamim, de même ici par des chelamim. Et dans le Talmud de Jérusalem il est dit : mais non par des oiseaux ni par des offrandes de farine, car il est écrit zevah, sacrifice, au mont Éval.
💡 Explication

Le folio précédent cherchait par quoi le pèlerin accomplit la simha, la réjouissance de la fête. Le premier tana lit les deux mots du verset ensemble : vesamahta behagekha, et tu te réjouiras dans ta fête. Le mot hag désigne aussi l'offrande de fête, la haguiga ; on se réjouit donc avec les espèces dont la haguiga peut être faite, le gros et le petit bétail.

La conséquence est une exclusion. Les oiseaux et les menahot, offrandes de farine, ne peuvent pas servir de haguiga ; ils ne serviront pas non plus à la réjouissance.

🖼️ Schéma
Deux chemins vers la même exclusion on ne se réjouit pas de la fête avec des oiseaux ni avec des offrandes de farine Premier tana il lit les deux mots : et tu te réjouiras dans ta fête, donc par la haguiga ce dont la haguiga peut venir : gros et petit bétail Rav Achi le seul mot et tu te réjouiras suffit la chair réjouit, le reste non sont exclus ceux où il n'y a pas de réjouissance Exclus : les oiseaux et les offrandes de farine ils ne peuvent pas servir aux chelamim de réjouissance Ce que Rav Achi gagne en économisant deux mots dans ta fête devient libre pour Rav Daniel bar Ketina : on ne prend pas femme pendant les jours intermédiaires
Les deux dérivations de l'exclusion, et ce que Rav Achi gagne en se contentant du premier mot.
2
רַב אַשִּׁי אָמַר: מ״וְשָׂמַחְתָּ״ נָפְקָא. יָצְאוּ אֵלּוּ שֶׁאֵין בָּהֶן שִׂמְחָה.

Rav Achi dit : cela se déduit de et tu te réjouiras. Sont exclus ceux-là, dans lesquels il n'y a pas de réjouissance.

💡 Explication

Rav Achi obtient la même exclusion par un chemin plus court. Le mot vesamahta suffit à lui seul : la réjouissance dont parle la Torah passe par la chair, et les oiseaux comme les offrandes de farine n'en fournissent pas.

Une dérivation plus économe laisse un mot inemployé dans le verset. La guemara va aussitôt demander ce que Rav Achi fait de behagekha.

3
וְרַב אַשִּׁי, הַאי ״בְּחַגֶּךָ״ מַאי עֲבִיד לֵיהּ? הַהוּא, לְכִדְרַב דָּנִיאֵל בַּר קַטִּינָא. דְּאָמַר רַב דָּנִיאֵל בַּר קַטִּינָא אָמַר רַב: מִנַּיִין שֶׁאֵין נוֹשְׂאִין נָשִׁים בַּמּוֹעֵד — שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְשָׂמַחְתָּ בְּחַגֶּךָ״, וְלֹא בְּאִשְׁתֶּךָ.

Et Rav Achi, ce mot dans ta fête, qu'en fait-il ? Celui-là sert à l'enseignement de Rav Daniel bar Ketina.

Car Rav Daniel bar Ketina a dit au nom de Rav : d'où sait-on qu'on ne prend pas femme pendant les jours intermédiaires de la fête ? De ce qu'il est dit et tu te réjouiras dans ta fête — et non dans ta femme.

🗂️ Tossefot (1)
בְּחַגֶּךָ. וְלֹא בְּאִשְׁתֶּךָ. ות"ק דְּמַפִּיק לָהּ מִדְּרָשָׁה וְשָׂמַחְתָּ בְּחַגֶּךָ מִי שֶׁחֲגִיגָה וְכוּ' י"ל דְּתַרְוַיְיהוּ שָׁמְעִינַן מִינָּהּ דְּלִיכְתּוֹב בֶּחָג וּמִיהוּ מָצִינוּ לְמֵימַר דִּפְלִיג עָלֶיהָ וְלָא מַשְׁמַע לֵיהּ וְהָא דְּאֵין נוֹשְׂאִים נָשִׁים בַּמּוֹעֵד מוּקִי טַעְמָא כְּאִידָךְ דְּהָתָם:
Et le premier tana, qui tire de et tu te réjouiras dans ta fête l'exposition ce dont la haguiga peut venir, etc. ? On peut dire qu'on apprend les deux choses du même endroit, puisque le verset aurait pu écrire bahag, dans la fête, au lieu de behagekha, dans ta fête. Toutefois on peut aussi dire qu'il conteste cet enseignement et n'y voit pas ce sens, et que l'interdiction de prendre femme pendant les jours intermédiaires, il en établit la raison selon l'autre explication donnée là-bas.
💡 Explication

Le principe de lecture est constant : aucun mot du verset ne reste sans emploi. Puisque Rav Achi tire l'exclusion du seul vesamahta, le mot behagekha doit porter autre chose.

Il porte une règle du moed, les jours intermédiaires de la fête : la réjouissance commandée alors est celle de la fête, et l'on ne prend pas femme durant ces jours, afin de ne pas mélanger deux réjouissances. Le traité Moed Katan donne d'autres raisons à cette même règle.

4
מַתְנִי׳ מִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ אוֹכְלִים מְרֻובִּים וּנְכָסִים מוּעָטִים — מֵבִיא שְׁלָמִים מְרֻובִּים וְעוֹלוֹת מוּעָטוֹת. נְכָסִים מְרֻובִּים וְאוֹכְלִין מוּעָטִין — מֵבִיא עוֹלוֹת מְרֻובּוֹת וּשְׁלָמִים מוּעָטִין.

MICHNA. Celui qui a beaucoup de convives et peu de biens apporte beaucoup de chelamim et peu de olot.

Beaucoup de biens et peu de convives : il apporte beaucoup de olot et peu de chelamim.

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' אוֹכְלִין מְרֻובִּין בְּנֵי בַּיִת רַבִּים מֵבִיא שְׁלָמִים רַבִּים שַׁלְמֵי חֲגִיגָה רַבִּים לְפִי הָאוֹכְלִים וְעוֹלַת רְאִיָּיה מוּעֶטֶת:
Les gens de sa maison sont nombreux : il apporte beaucoup de chelamim, c'est-à-dire beaucoup de chelamim de haguiga à proportion des convives, et une olat reiya réduite.
עוֹלוֹת מְרֻובּוֹת דִּכְתִיב אִישׁ כְּמַתְּנַת יָדוֹ:
Car il est écrit : chacun selon le don de sa main.
🗂️ Tossefot (1)
מִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ אוֹכְלִין מְרֻובִּין. בִּירוּשַׁלְמִי אָמְרִינַן עָנִי וְיָדוֹ רְחָבָה קוֹרֵא אֲנִי עָלָיו אִישׁ כְּמַתְּנַת יָדוֹ עָשִׁיר וְיָדוֹ מְעֻוטָּה עַל זֶה נֶאֱמַר כְּבִרְכַּת ה' אֱ-לֹהֶיךָ עָנִי וְיָדוֹ מְעֻוטָּה עַל זֶה נֶאֱמַר מָעָה כֶּסֶף שְׁתֵּי כֶּסֶף אֵין פָּחוֹת מִמָּעָה כֶּסֶף וְאֵין פָּחוֹת מִשְׁתֵּי כֶּסֶף:
Dans le Talmud de Jérusalem on dit : un homme pauvre dont la main est large, je lui applique chacun selon le don de sa main ; un homme riche dont la main est étroite, de celui-là il est dit selon la bénédiction de Hachem ton D.ieu ; un homme pauvre dont la main est étroite, de celui-là il est dit une maa d'argent, deux pièces d'argent — pas moins d'une maa d'argent et pas moins de deux pièces d'argent.
💡 Explication

La michna règle la proportion entre les deux offrandes du pèlerin. La olat reiya, olah de comparution, est entièrement consumée sur l'autel ; elle ne nourrit personne et son volume ne dépend que de la fortune. Les chelamim de haguiga sont mangés par le propriétaire et sa maisonnée ; leur nombre dépend de la table à nourrir.

Deux grandeurs se croisent donc : les nekhassim, les biens, et les okhlim, les convives. Celui qui a beaucoup de bouches et peu de moyens penche vers les chelamim ; celui qui a des moyens et peu de bouches penche vers les olot.

5
זֶה וְזֶה מוּעָט — עַל זֶה נֶאֱמַר: מָעָה כֶּסֶף, שְׁתֵּי כֶּסֶף. זֶה וְזֶה מְרֻובִּים — עַל זֶה נֶאֱמַר: ״אִישׁ כְּמַתְּנַת יָדוֹ כְּבִרְכַּת ה׳ אֱ-לֹהֶיךָ אֲשֶׁר נָתַן לָךְ״.

L'un et l'autre sont réduits : de celui-là il est dit une maa d'argent, deux pièces d'argent. L'un et l'autre sont abondants : de celui-là il est dit chacun selon le don de sa main, selon la bénédiction de Hachem ton D.ieu qu'Il t a donnée.

💡 Explication

Restent les deux cas où les deux grandeurs vont ensemble. Quand tout manque, le pèlerin se tient au plancher fixé au début du traité : une maa d'argent pour la olat reiya et deux pièces d'argent pour les chelamim de haguiga.

Quand tout abonde, aucun plafond ne lui est fixé et le verset le renvoie à sa propre mesure, ich kematnat yado, chacun selon le don de sa main. Le tableau de la michna est ainsi complet aux quatre coins.

6
גְּמ׳ שְׁלָמִים מְרֻובִּים. מֵהֵיכָא מַיְיתֵי? הָא לֵית לֵיהּ! אָמַר רַב חִסְדָּא: טוֹפֵל וּמֵבִיא פַּר גָּדוֹל. אֲמַר לֵיהּ רַב שֵׁשֶׁת: הֲרֵי אָמְרוּ טוֹפְלִין בְּהֵמָה לִבְהֵמָה!

GUEMARA. Beaucoup de chelamim : d'où les apporte-t-il ?

Il n'en a pourtant pas les moyens ! Rav Hisda dit : il adjoint et apporte un grand taureau.

Rav Chechet lui dit : on a pourtant enseigné qu'on adjoint une bête à une bête !

📜 Rachi (1)
גְּמ' טוֹפֵל מָעוֹת חֻולִּין וּמַעֲשֵׂר יַחַד:
Il mélange ensemble de l'argent profane et de l'argent de maasser.
💡 Explication

La guemara relève une tension dans la michna : le premier cas suppose un homme de peu de biens, et lui demande pourtant beaucoup de chelamim. Avec quel argent ?

Rav Hisda répond par la tefila, l'adjonction : l'argent du second maasser, qui doit de toute manière être dépensé à Jérusalem en nourriture, se mélange à l'argent profane pour acheter une seule bête plus grosse, un grand taureau. La table est ainsi abondamment fournie sans que la fortune du pèlerin y suffise seule.

Rav Chechet objecte en citant la formule reçue : on adjoint une bête à une bête. Le sens de son objection sera discuté au segment suivant.

7
מַאי קָאָמַר לֵיהּ? אִילֵּימָא הָכִי קָאָמַר לֵיהּ: הֲרֵי אָמְרוּ טוֹפְלִין בְּהֵמָה לִבְהֵמָה אֲבָל לֹא מָעוֹת לְמָעוֹת, וְלֵימָא לֵיהּ: אֵין טוֹפְלִין מָעוֹת לְמָעוֹת! אֶלָּא הָכִי אֲמַר לֵיהּ: הֲרֵי אָמְרוּ אַף טוֹפְלִין בְּהֵמָה לִבְהֵמָה.

Que veut-il lui dire ? Si l'on dit qu'il lui dit ceci : on a enseigné qu'on adjoint une bête à une bête, mais non de l'argent à de l'argent — alors qu'il lui dise directement : on n'adjoint pas de l'argent à de l'argent !

Il faut donc dire qu'il lui a dit ceci : on a enseigné qu'on adjoint aussi une bête à une bête.

📜 Rachi (3)
אִילֵּימָא הָכִי קָאָמַר לֵיהּ הֲרֵי אָמְרוּ בְּהֵמָה לִבְהֵמָה מָעוֹת לְמָעוֹת לָא כְּחִזְקִיָּה:
Comme l'opinion de Hizkiya.
אֶלָּא אַף טוֹפְלִין קָאָמַר לֵיהּ דְּשָׁמְעִינַן לְרַב חִסְדָּא דְּקָאָמַר בְּטוֹפֵל וּמֵבִיא פַּר גָּדוֹל דַּוְקָא מָעוֹת לְמָעוֹת אֲבָל בְּהֵמָה לִבְהֵמָה לֹא וְאָמַר לֵיהּ אִיהוּ הֲרֵי אָמְרוּ אַף טוֹפְלִין בְּהֵמָה לִבְהֵמָה כְּמַאן וְכוּ':
Car nous entendons Rav Hisda dire il adjoint et apporte un grand taureau, ce qui vise précisément l'argent adjoint à de l'argent, mais non une bête adjointe à une bête ; alors Rav Chechet lui dit : on a pourtant enseigné qu'on adjoint aussi une bête à une bête. Selon qui, etc. ?
לֵימָא לֵיהּ הֲרֵי אָמְרוּ אֵין טוֹפְלִין מָעוֹת לְמָעוֹת כֵּיוָן דִּלְמֵיסַר טְפִילַת מָעוֹת אֲתָא וְשָׁמְעִינַן לְחִזְקִיָּה בְּהֶדְיָא דְּאֵין טוֹפְלִין הֵיכִי שָׁבֵיק מִילְּתָא בְּהֶדְיָא וּמוֹתֵיב מִדִּיּוּקָא:
Puisqu'il vient interdire l'adjonction d'argent, et que nous entendons Hizkiya dire expressément qu'on n'adjoint pas, comment laisserait-il de côté un enseignement explicite pour objecter par une simple déduction ?
💡 Explication

L'objection de Rav Chechet est ambiguë, et la guemara essaie les deux lectures. Première lecture : Rav Chechet contredirait Rav Hisda en restreignant la tefila aux bêtes, à l'exclusion de l'argent. Cette lecture est écartée pour une raison de méthode — un maître qui veut interdire quelque chose le dit en toutes lettres et n'objecte pas par une déduction tirée d'une formule positive.

Seconde lecture, retenue : le mot af, aussi, porte tout le propos. Rav Chechet élargit au lieu de restreindre. Puisqu'on adjoint aussi une bête à une bête, pourquoi enfermer cet homme dans un seul grand taureau ? Il pourrait acheter une seconde bête avec l'argent du maasser.

8
כְּמַאן? דְּלָא כְּחִזְקִיָּה וּדְלָא כְּרַבִּי יוֹחָנָן!

Selon qui ? Ni comme Hizkiya, ni comme Rabbi Yo'hanan !

💡 Explication

La lecture retenue place Rav Chechet en porte-à-faux. Les deux positions connues sur la tefila sont exclusives l'une de l'autre : Hizkiya admet la bête adjointe à une bête et refuse l'argent adjoint à de l'argent, Rabbi Yo'hanan fait l'inverse.

Rav Chechet, qui admet les deux, ne se range derrière aucun des deux. La guemara demande donc sur quoi il s'appuie.

9
וְכִי תֵּימָא: אָמוֹרָאֵי הוּא דִּפְלִיגִי, מַתְנְיָיתָא לָא פְלִיגִי. וְהָא קָתָנֵי: אֲכִילָה רִאשׁוֹנָה מִן הַחֻולִּין.

Et si tu disais : ce sont les amoraim qui divergent, mais les baraitot ne divergent pas — or il est enseigné : le premier repas vient du profane !

📜 Rachi (4)
וְכִי תֵּימָא אָמוֹרָאֵי הוּא דִּפְלִיגִי חִזְקִיָּה וְרַבִּי יוֹחָנָן הוּא דִּפְלִיגִי בִּבְהֵמָה וּבְמָעוֹת:
Ce sont Hizkiya et Rabbi Yo'hanan qui divergent au sujet de la bête et de l'argent.
אֲבָל מַתְנְיָיתָא דְּאַייְתִינַן לְעֵיל תַּנְיָא כְּוָותֵיהּ דְּמַר וּדְמַר:
Les baraitot que nous avons apportées plus haut, dont on a dit qu'une baraita enseigne comme celui-ci et une baraita comme celui-là.
לָא פְלִיגִי בְּמָעוֹת אֶלָּא בִּבְהֵמָה דְּהַךְ דְּקָתָנֵי אִם רָצָה לְעָרֵב הוּא דְּקָאָמַר מָעוֹת דַּוְקָא אֲבָל אִידָךְ מַתְנִיתָא ס"ל בֵּין מָעוֹת בֵּין בְּהֵמָה וְרַב שֵׁשֶׁת כְּבָרַיְיתָא בָּתְרָייְתָא סְבִירָא לֵיהּ:
Elles ne divergent pas au sujet de l'argent mais seulement au sujet de la bête : celle qui enseigne s'il veut mélanger parle précisément de l'argent, tandis que l'autre baraita tient que cela vaut aussi bien pour l'argent que pour la bête ; et Rav Chechet se range à l'avis de cette seconde baraita.
וְהָא קָתָנֵי אֲכִילָה רִאשׁוֹנָה מִן הַחֻולִּין וְקָא סָלְקָא דַעְתָּךְ דִּסְעוּדָה הַבָּאָה רִאשׁוֹנָה עַל הַשֻּׁולְחָן בָּעֵי כֻּולָּהּ מֵחֻולִּין:
Et tu pensais que le repas qui vient en premier sur la table doit provenir entièrement du profane.
💡 Explication

Une échappatoire se présente : la divergence porterait seulement sur les deux amoraim, tandis que les baraitot produites plus haut à l'appui de chacun d'eux s'accorderaient pour admettre les deux formes de tefila. Rav Chechet pourrait alors s'appuyer sur l'une de ces baraitot.

La guemara ferme cette voie par une citation : akhila richona min hahoulin, le premier repas vient du profane. Comprise littéralement, cette clause exige que la première bête soit entièrement profane, ce qui interdit de mélanger les deux argents dans une seule bête.

10
מַאי אֲכִילָה רִאשׁוֹנָה — שִׁיעוּר דְּמֵי אֲכִילָה רִאשׁוֹנָה מִן הַחֻולִּין.

Qu'est-ce que le premier repas ? La valeur correspondant au premier repas doit venir du profane.

📜 Rachi (1)
דְּמֵי אֲכִילָה רִאשׁוֹנָה כְּלוֹמַר אֲכִילָה רִאשׁוֹנָה סְתָמָא קָתָנֵי דְּאִית לֵיהּ בֵּין בְּהֵמָה עַצְמָהּ בֵּין מָעוֹת שִׁיעוּר אֲכִילָה רִאשׁוֹנָה:
C'est-à-dire : la baraita enseigne premier repas sans autre précision, voulant dire qu'il possède, que ce soit dans la bête elle-même ou dans l'argent, la mesure d'un premier repas.
💡 Explication

La guemara requalifie la clause. Elle ne parle pas d'une bête entièrement profane, mais d'une valeur : le chiour, la mesure d'un premier repas, doit être couverte par de l'argent profane, tandis que le reste de la valeur de la bête peut venir du second maasser.

Ainsi comprise, la baraita n'interdit plus l'adjonction d'argent à de l'argent dans une seule bête. Elle en fixe seulement la proportion minimale profane, et la position de Rav Chechet redevient tenable.

🖼️ Schéma
Ce que veut dire le premier repas vient du profane Lecture écartée le repas qui vient en premier sur la table doit provenir entièrement du profane elle interdirait toute adjonction dans une seule bête Lecture retenue la valeur correspondant à un premier repas doit provenir du profane le reste de la bête peut venir du second maasser La valeur de la bête achetée par adjonction profane second maasser au moins la valeur d'un premier repas tout le reste de la valeur de la bête Cette mesure vaut de la même manière pour une bête entière adjointe et pour de l'argent adjoint.
Du repas entier à la valeur d'un repas : ce que la requalification change dans la bête achetée par adjonction.
11
אָמַר עֻולָּא אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: הִפְרִישׁ עֶשֶׂר בְּהֵמוֹת לַחֲגִיגָתוֹ, הִקְרִיב חָמֵשׁ בְּיוֹם טוֹב רִאשׁוֹן — חוֹזֵר וּמַקְרִיב חָמֵשׁ בְּיוֹם טוֹב שֵׁנִי. רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: כֵּיוָן שֶׁפָּסַק, שׁוּב אֵינוֹ מַקְרִיב.

Oula a dit au nom de Rech Lakich : s'il a mis à part dix bêtes pour sa haguiga et qu'il en a offert cinq le premier jour de fête, il revient et offre les cinq autres le deuxième jour de fête. Rabbi Yo'hanan dit : dès lors qu'il s'est arrêté, il n'offre plus.

📜 Rachi (1)
חוֹזֵר וּמַקְרִיב חָמֵשׁ בְּיוֹם טוֹב שֵׁנִי וְלָא אָמְרִינַן עוֹבֵר הוּא בְּבַל תּוֹסִיף וְרַחֲמָנָא אָמַר וְחַגּוֹתֶם אוֹתוֹ חַד יוֹמָא וְתוּ לָא דְּהָנָךְ נָמֵי דְּחַד יוֹמָא הוּא וְשֵׁנִי תַּשְׁלוּמִין דְּרִאשׁוֹן:
Et nous ne disons pas qu'il transgresse tu n'ajouteras pas, alors que la Torah a dit vous la célébrerez, un seul jour et pas davantage ; car ces bêtes-là aussi relèvent de ce jour unique, et le deuxième jour n'est que le rattrapage du premier.
🗂️ Tossefot (1)
חוֹזֵר וּמַקְרִיב (הוּא) ביו"ט שֵׁנִי. פרש"י וְאֵינוֹ עוֹבֵר מִשּׁוּם בַּל תּוֹסִיף דְּרַחֲמָנָא אָמַר וְחַגּוֹתֶם אוֹתוֹ חַג חַד יוֹמָא וְהוּא חוֹגֵג שְׁנֵי יָמִים דַּהֲוָה לֵיהּ תַּשְׁלוּמִין דְּרִאשׁוֹן אֲבָל בִּסְתָם אָסוּר כְּדִמְפָרֵשׁ וְאָזֵיל וְלָא שַׁייָּךְ לְאַקְשׁוֹיֵי כֵּיוָן דְּלָא הָוֵי חֲזִי בָּרִאשׁוֹן אֵיךְ הֲוָה חֲזִי בַּשֵּׁנִי הוֹאִיל וְשָׁמְעִינַן לֵיהּ לְר' יוֹחָנָן בְּסָמוּךְ תַּשְׁלוּמִין דְּרִאשׁוֹן דַּהֲוָה חֲזִי בָּרִאשׁוֹן קָרֵינַן בֵּיהּ הוֹאִיל וְאִיכָּא שָׁם הַרְבֵּה כֹּהֲנִים שֶׁיַּקְרִיבוּ אוֹתָן בְּבַת אַחַת וּמִיהוּ ר"ח פֵּירֵשׁ בְּעִנְיָן אַחֵר וְזֶהוּ לְשׁוֹנוֹ אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ הִפְרִישׁ עֲשָׂרָה בְּהֵמוֹת לַחֲגִיגָתוֹ הִקְרִיב חֲמִשָּׁה ביו"ט רִאשׁוֹן מַקְרִיב חֲמִשָּׁה ביו"ט אַחֲרוֹן ואע"ג דְּאֵין מַקְרִיבִין נְדָרִים וּנְדָבוֹת ביו"ט הוֹאִיל וְהַלָּלוּ תְּחִילַּת הַפְרָשָׁתָן לַחֲגִיגָה הָיְתָה מֻותָּר לְהַקְרִיבָן בְּיוֹם טוֹב וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר כֵּיוָן שֶׁפָּסַק שׁוּב אֵינוֹ חוֹזֵר וּמַקְרִיב וּמֵבִיא א"ר אַבָּא וְלָא פְּלִיגִי כָּאן בִּסְתָם כָּאן בִּמְפָרֵשׁ הָא דְּר' יוֹחָנָן כְּגוֹן שֶׁהִפְרִישָׁן סְתָם וְהִקְרִיב וְיֵשׁ לוֹ שְׁהוּת בַּיּוֹם לִשְׁחֹוט הַשְּׁאָר וְגַם יֵשׁ לוֹ אֳוכָלִים וְלֹא שְׁחָטָן שִׁיּוּרֵי שַׁייְּרִינְהוּ וְנַעֲשׂוּ כִּנְדָרִים וּנְדָבוֹת שֶׁלֹּא מֵחֲמַת יוֹם טוֹב שֶׁאֵין קְרֵיבִין וּדְרֵישׁ לָקִישׁ כְּגוֹן שֶׁפֵּירֵשׁ שֶׁאֵלּוּ הַנִּשְׁאָרִים יַקְרִיבֵם בְּיוֹם טוֹב אַחֲרוֹן כְּגוֹן זֶה מֻותָּר הָכִי נָמֵי מִסְתַּבְּרָא דְּכִי אֲתָא רָבִין אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן הִפְרִישׁ עֲשָׂרָה בְּהֵמוֹת לַחֲגִיגָתוֹ הִקְרִיב חֲמִשָּׁה וְכוּ' חוֹזֵר וּמַקְרִיב וְכוּ' קַשְׁיָא אַהֲדָדֵי כו' אֶלָּא לָאו כו' אִיתְּמַר נָמֵי אָמַר רַב שֶׁמֶן בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן לֹא שָׁנוּ דְּכֵיוָן שֶׁפָּסַק [שׁוּב אֵינוֹ מַקְרִיב] אֶלָּא שֶׁלֹּא גָּמַר הַיּוֹם דְּאָמְרִינַן שִׁיּוּרֵי שַׁיְּירִינְהוּ וְנַעֲשׂוּ נְדָרִים וּנְדָבוֹת אֲבָל גָּמַר הַיּוֹם חוֹזֵר וּמַקְרִיב כָּךְ פֵּירֵשׁ רַבֵּינוּ חֲנַנְאֵל וּרְאָייָה לִדְבָרָיו מַשְׁמַע בִּירוּשַׁלְמִי דִּמְכִילְתִּין הָיוּ לְפָנָיו עֲשָׂרָה בְּהֵמוֹת הִקְרִיב חֲמִשָּׁה בְּיוֹם טוֹב רִאשׁוֹן וְהַמּוֹתָר מַהוּ שֶׁיִּדְחֶה יוֹם טוֹב הָאַחֲרוֹן רַבִּי קְרִיסְפָּא אוֹמֵר אִיתְפַּלְגוּן ר' יוֹחָנָן וְרֵישׁ לָקִישׁ חַד אוֹמֵר דּוֹחֶה וְחַד אוֹמֵר אֵינוֹ דּוֹחֶה וְלָא יָדְעִינַן מַאן אָמַר [דָּא וּמַאן אָמַר דָּא] אָמַר רַבִּי זֵירָא נְפָרֵשׁ מִלֵּיהוֹן דְּרַבָּנָן מִן מִלֵּיהוֹן דְּרַבִּי יוֹחָנָן דּוּ אָמַר טוֹפֵל מָעוֹת לְמָעוֹת דּוּ אָמַר דּוֹחֶה רֵישׁ לָקִישׁ דּוּ אָמַר אָדָם טוֹפֵל בְּהֵמָה לִבְהֵמָה וְאֵין אָדָם טוֹפֵל מָעוֹת לְמָעוֹת דּוּ אָמַר אֵינוֹ דּוֹחֶה אָמַר רַב שֶׁמֶן בַּר אַבָּא בְּשֵׁם ר' יוֹחָנָן לְעוֹלָם הוּא מוֹסִיף וְהוֹלֵךְ וְדוֹחֶה יוֹם טוֹב עַד שֶׁיֹּאמַר אֵין עוֹד בְּדַעְתּוֹ לְהוֹסִיף מַשְׁמַע דִּלְעִנְיַן דְּחִיַּית יוֹם טוֹב מַיְירֵי:
Rachi explique qu'il ne transgresse pas tu n'ajouteras pas, bien que la Torah ait dit vous la célébrerez, une fête d'un seul jour, et que lui célèbre deux jours, parce que le second n'est que le rattrapage du premier ; en revanche, lorsqu'il a mis les bêtes à part sans rien préciser, cela est interdit, comme la guemara va l'expliquer. Et il n'y a pas lieu d'objecter : puisque ces bêtes n'étaient pas aptes à être offertes le premier jour, comment seraient-elles aptes le second ? Car nous entendons Rabbi Yo'hanan dire plus loin qu'il s'agit du rattrapage du premier jour, et nous les tenons pour aptes dès le premier jour, puisqu'il y avait là de nombreux cohanim qui pouvaient les offrir toutes en une seule fois. Toutefois Rabbenou Hananel a expliqué la chose autrement, et voici ses termes : Rech Lakich a dit : s'il a mis à part dix bêtes pour sa haguiga et qu'il en a offert cinq le premier jour de fête, il en offre cinq le dernier jour de fête ; et bien qu'on n'offre pas de vœux ni de dons un jour de fête, puisque celles-ci ont été mises à part dès l'origine pour la haguiga, il est permis de les offrir un jour de fête. Et Rabbi Yo'hanan dit : dès lors qu'il s'est arrêté, il ne revient plus offrir ni apporter. Rabbi Abba a dit : ils ne divergent pas — ici lorsqu'il n'a rien précisé, là lorsqu'il a précisé. Le propos de Rabbi Yo'hanan vise le cas où il les a mises à part sans rien préciser, où il avait encore le temps dans la journée d'immoler les autres et où il avait aussi des convives, et où pourtant il ne les a pas immolées : il les a donc laissées de côté, et elles sont devenues comme des vœux et des dons étrangers au jour de fête, qui ne sont pas offerts. Et le propos de Rech Lakich vise le cas où il a précisé que ces bêtes restantes, il les offrira le dernier jour de fête : un tel cas est permis. Et il est logique qu'il en soit ainsi, car lorsque Ravin est venu il a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : s'il a mis à part dix bêtes pour sa haguiga et qu'il en a offert cinq, etc., il revient et offre, etc. ; les deux enseignements se contredisent, etc. ; il faut donc bien conclure, etc. Il a été dit également : Rav Chemen bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : on n'a enseigné qu'il n'offre plus dès lors qu'il s'est arrêté que dans le cas où la journée n'était pas achevée, car nous disons alors qu'il les a laissées de côté et qu'elles sont devenues des vœux et des dons ; mais si la journée était achevée, il revient et offre. Ainsi a expliqué Rabbenou Hananel. Une preuve de ses paroles semble ressortir du Talmud de Jérusalem sur notre traité : s'il avait devant lui dix bêtes et qu'il en a offert cinq le premier jour de fête, le reste repousse-t-il le dernier jour de fête ? Rabbi Krispa dit : Rabbi Yo'hanan et Rech Lakich ont divergé, l'un dit qu'il repousse et l'autre dit qu'il ne repousse pas, et nous ne savons pas qui dit ceci et qui dit cela. Rabbi Zeira a dit : déduisons leurs positions à partir de leurs autres propos. Rabbi Yo'hanan, qui dit qu'on adjoint de l'argent à de l'argent, dira qu'il repousse ; Rech Lakich, qui dit qu'on adjoint une bête à une bête et qu'on n'adjoint pas de l'argent à de l'argent, dira qu'il ne repousse pas. Rav Chemen bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : il continue d'ajouter et de repousser le jour de fête tant qu'il n'a pas déclaré qu'il n'a plus l'intention d'ajouter. Cela indique qu'il s'agit bien de la question de repousser le jour de fête.
💡 Explication

Nouveau sujet. La haguiga est due le premier jour de fête, mais les jours suivants servent de tachlumin, rattrapage, pour celui qui ne s'en est pas acquitté. La question porte sur celui qui a commencé et n'a pas fini.

L'enjeu est l'interdit de bal tossif, ne rien ajouter. La Torah commande de célébrer un jour ; celui qui offre sa haguiga deux jours de suite pourrait se faire une fête de deux jours. Rech Lakich répond que les cinq bêtes restantes appartiennent encore au premier jour et que le second n'en est que le rattrapage. Rabbi Yo'hanan répond que l'arrêt marque une clôture : ce qui vient après relève d'un autre jour.

12
אָמַר רַבִּי אַבָּא, וְלָא פְּלִיגִי: כָּאן בִּסְתָם, כָּאן בִּמְפָרֵשׁ.

Rabbi Abba dit : ils ne divergent pas. Ici lorsqu'il n'a rien précisé, là lorsqu'il a précisé.

📜 Rachi (2)
בִּסְתָם אִם הִפְרִישָׁן סְתָם אֵינוֹ חוֹזֵר וּמַקְרִיבָן כְּדִמְפָרֵשׁ וְאָזֵיל:
S'il les a mises à part sans rien préciser, il ne revient pas les offrir, comme la guemara va l'expliquer.
כָּאן בִּמְפָרֵשׁ דְּאָמַר בְּהֶדְיָא לְיוֹם רִאשׁוֹן אֲנִי מַפְרִישׁ אֶת כֻּולָּן חוֹזֵר וּמַקְרִיבָן שֶׁאֵינוֹ אֶלָּא תַּשְׁלוּמֵי רִאשׁוֹן:
Il a dit expressément : c'est pour le premier jour que je les mets toutes à part. Alors il revient et les offre, car ce n'est là que le rattrapage du premier jour.
💡 Explication

Rabbi Abba supprime la divergence en séparant deux cas. Celui qui a déclaré d'emblée que ses dix bêtes sont pour le premier jour a manifesté une intention unique ; ce qu'il offre ensuite n'est que le rattrapage de ce jour-là, et Rech Lakich parle de lui.

Celui qui a mis ses bêtes à part stam, sans rien préciser, n'a rien manifesté ; Rabbi Yo'hanan parle de lui. La guemara doit maintenant identifier quel cas concret mérite ce traitement.

13
הַאי סְתָם הֵיכִי דָמֵי? אִילֵּימָא דְּלֵיכָּא שְׁהוּת בַּיּוֹם לִקְרַב, הַאי דְּלָא אַקְרְבִינְהוּ — דְּלֵיכָּא שְׁהוּת בַּיּוֹם.

Ce cas où il n'a rien précisé, de quoi s'agit-il ? Si l'on dit qu'il n'y avait plus assez de temps dans la journée pour les offrir, alors s'il ne les a pas offertes, c'est parce qu'il n'y avait plus de temps dans la journée.

📜 Rachi (2)
הַאי סְתָם דַּאֲמַרְתְּ אָסוּר לְהַקְרִיבָן הֵיכִי דָמֵי:
Ce cas où il n'a rien précisé, dont tu dis qu'il est interdit de les offrir, de quoi s'agit-il ?
מִשּׁוּם דְּלָא הֲוָה לֵיהּ שְׁהוּת הוּא וּמִסְּתָמָא לְיוֹם רִאשׁוֹן הִפְרִישָׁן:
C'est parce qu'il n'avait pas le temps ; et l'on présume qu'il les avait mises à part pour le premier jour.
💡 Explication

La guemara teste les circonstances possibles du cas stam. Si le pèlerin a manque de temps, son arrêt s'explique de lui-même et ne révèle aucune intention de se faire un second jour de fête. On présumera qu'il avait bien destiné ses dix bêtes au premier jour, et il pourra les offrir ensuite au titre du rattrapage.

14
וְאֶלָּא דְּלֵית לֵיהּ אוֹכְלִין, הַאי דְּלָא אַקְרְבִינְהוּ — דְּלֵית לֵיהּ אוֹכְלִין.

Diras-tu qu'il s'agit du cas où il n'a pas de convives ? Alors s'il ne les a pas offertes, c'est parce qu'il n'a pas de convives.

💡 Explication

Même raisonnement pour la seconde hypothèse. Les chelamim doivent être mangés dans le délai fixé, et l'on n'offre pas une bête vouée à devenir notar, reste inconsommable. Le pèlerin qui manque de convives a donc une raison évidente de s'arrêter, et son silence ne se retourne pas contre lui.

15
לָא צְרִיכָא, דְּאִיכָּא שְׁהוּת בַּיּוֹם וְאִית לֵיהּ אוֹכְלִין, מִדְּבַקְּמָא לָא אַקְרְבִינְהוּ, שְׁמַע מִינַּהּ שַׁיּוֹרֵי שַׁיְּירִינְהוּ.

Cela n'est nécessaire que là où il y avait du temps dans la journée et où il avait des convives : du fait qu'il ne les a pas offertes le premier jour, on en conclut qu'il les a laissées de côté.

📜 Rachi (1)
שִׁיּוּרֵי שִׁיֵּיר שֶׁהָיָה בְּדַעְתּוֹ לָחֹוג שְׁנֵי יָמִים:
Il avait l'intention de célébrer deux jours.
💡 Explication

Le cas se resserre sur ce qui reste : du temps devant lui, des convives à sa table, et pourtant cinq bêtes non offertes. Aucune circonstance n'explique l'arrêt, et la conduite parle à la place des mots.

La guemara conclut chiyour chiyrinhou, il les a mises en réserve, c'est-à-dire qu'il avait dans l'idée de célébrer deux jours. Ces bêtes ne sont plus le rattrapage du premier jour, et il ne les offre plus.

16
וְהָכִי נָמֵי מִסְתַּבְּרָא, דְּכִי אֲתָא רָבִין אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הִפְרִישׁ עֶשֶׂר בְּהֵמוֹת לַחֲגִיגָתוֹ, הִקְרִיב חָמֵשׁ בְּיוֹם טוֹב רִאשׁוֹן — חוֹזֵר וּמַקְרִיב חָמֵשׁ בְּיוֹם טוֹב שֵׁנִי. קַשְׁיָין אַהֲדָדֵי.

Et il est logique qu'il en soit ainsi, car lorsque Ravin est venu il a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : s'il a mis à part dix bêtes pour sa haguiga et qu'il en a offert cinq le premier jour de fête, il revient et offre les cinq autres le deuxième jour de fête. Les deux enseignements se contredisent.

📜 Rachi (1)
ה"נ מִסְתַּבְּרָא דְּמוֹדֶה ר' יוֹחָנָן בְּדִמְפָרֵשׁ:
Il est logique que Rabbi Yo'hanan admette le cas où il a précisé.
💡 Explication

La distinction de Rabbi Abba reçoit un appui. Ravin, qui rapporte les enseignements d'Erets Israël en Babylonie, transmet au nom de Rabbi Yo'hanan exactement la position que Oula lui attribuait à l'opposé.

Deux traditions contradictoires au nom du même maître appellent une distinction de cas. La guemara la tient déjà toute prête.

🖼️ Schéma
Deux fois Rabbi Yo'hanan, deux réponses opposées Oula au nom de Rabbi Yo'hanan dès lors qu'il s'est arrêté, il n'offre plus Ravin au nom de Rabbi Yo'hanan il revient et offre les cinq autres le deuxième jour de fête La distinction de Rabbi Abba trouve ici son appui Oula rapporte le cas où rien n'a été précisé, Ravin rapporte le cas où l'intention a été dite La guemara conclut : concluons-en effectivement ainsi.
Les deux traditions au nom de Rabbi Yo'hanan et la distinction qui les réconcilie.
17
אֶלָּא לָאו שְׁמַע מִינָּה: כָּאן בִּסְתָם, כָּאן בִּמְפָרֵשׁ. שְׁמַע מִינָּה.

Ne faut-il donc pas en conclure : ici lorsqu'il n'a rien précisé, là lorsqu'il a précisé ? Concluons-en effectivement ainsi.

💡 Explication

La formule chema mina, répétée en ouverture et en clôture, scelle la lecture. La contradiction entre Oula et Ravin devient la preuve de la distinction de Rabbi Abba : Oula rapportait le cas stam, Ravin le cas mefaresh.

18
אִיתְּמַר נָמֵי, אָמַר רַב שֶׁמֶן בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן:

Il a été dit également : Rav Chemen bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan :

📜 Rachi (1)
אִיתְּמַר נָמֵי דְּהֵיכָא דְּמוּכָח מִילְּתָא דְּלָא הָיָה בְּדַעְתּוֹ לָחֹוג שְׁנֵי יָמִים מוֹדֶה ר"י:
Là où la chose prouve qu'il n'avait pas l'intention de célébrer deux jours, Rabbi Yo'hanan admet.
💡 Explication

Le folio se termine sur une ouverture. Une troisième tradition au nom de Rabbi Yo'hanan est introduite par itmar nami, il a été dit également, formule qui annonce un appui supplémentaire. Rachi indique déjà le sens : là où les circonstances prouvent que le pèlerin n'avait pas l'intention de célébrer deux jours, Rabbi Yo'hanan admet qu'il peut offrir ensuite. La suite se lit au folio 9a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).