Sougya : Le folio ferme d'abord la discussion sur la réjouissance de la fête. Pour le premier tana, le verset « et tu te réjouiras dans ta fête » enseigne que la simha se fait avec ce dont la haguiga peut venir, ce qui exclut les oiseaux et les offrandes de farine ; Rav Achi tire la même exclusion du seul mot « et tu te réjouiras » et libère « dans ta fête » pour l'enseignement de Rav Daniel bar Ketina sur les mariages pendant les jours intermédiaires.
Vient ensuite la michna : la proportion entre les olot et les chelamim suit deux grandeurs, la fortune du pèlerin et le nombre de ses convives. La guemara demande d'où un homme pauvre tirerait beaucoup de chelamim, et Rav Hisda répond par la tefila, l'adjonction de l'argent du second maasser à l'argent profane ; Rav Chechet objecte, et la guemara mesure sa position contre celles de Hizkiya et de Rabbi Yo'hanan, puis précise ce que veut dire « le premier repas vient du profane ».
La dernière partie du folio pose une question de bal tossif : celui qui a mis à part dix bêtes pour sa haguiga et n'en a offert que cinq le premier jour peut-il offrir les autres le lendemain. Rabbi Abba résout la divergence entre Rech Lakich et Rabbi Yo'hanan en distinguant celui qui a précisé son intention de celui qui n'a rien précisé.
Ce dont la haguiga peut venir ; sont exclus ceux-là, dont la haguiga ne peut pas venir.
Le folio précédent cherchait par quoi le pèlerin accomplit la simha, la réjouissance de la fête. Le premier tana lit les deux mots du verset ensemble : vesamahta behagekha, et tu te réjouiras dans ta fête. Le mot hag désigne aussi l'offrande de fête, la haguiga ; on se réjouit donc avec les espèces dont la haguiga peut être faite, le gros et le petit bétail.
La conséquence est une exclusion. Les oiseaux et les menahot, offrandes de farine, ne peuvent pas servir de haguiga ; ils ne serviront pas non plus à la réjouissance.
Rav Achi dit : cela se déduit de et tu te réjouiras. Sont exclus ceux-là, dans lesquels il n'y a pas de réjouissance.
Rav Achi obtient la même exclusion par un chemin plus court. Le mot vesamahta suffit à lui seul : la réjouissance dont parle la Torah passe par la chair, et les oiseaux comme les offrandes de farine n'en fournissent pas.
Une dérivation plus économe laisse un mot inemployé dans le verset. La guemara va aussitôt demander ce que Rav Achi fait de behagekha.
Et Rav Achi, ce mot dans ta fête, qu'en fait-il ? Celui-là sert à l'enseignement de Rav Daniel bar Ketina.
Car Rav Daniel bar Ketina a dit au nom de Rav : d'où sait-on qu'on ne prend pas femme pendant les jours intermédiaires de la fête ? De ce qu'il est dit et tu te réjouiras dans ta fête — et non dans ta femme.
Le principe de lecture est constant : aucun mot du verset ne reste sans emploi. Puisque Rav Achi tire l'exclusion du seul vesamahta, le mot behagekha doit porter autre chose.
Il porte une règle du moed, les jours intermédiaires de la fête : la réjouissance commandée alors est celle de la fête, et l'on ne prend pas femme durant ces jours, afin de ne pas mélanger deux réjouissances. Le traité Moed Katan donne d'autres raisons à cette même règle.
MICHNA. Celui qui a beaucoup de convives et peu de biens apporte beaucoup de chelamim et peu de olot.
Beaucoup de biens et peu de convives : il apporte beaucoup de olot et peu de chelamim.
La michna règle la proportion entre les deux offrandes du pèlerin. La olat reiya, olah de comparution, est entièrement consumée sur l'autel ; elle ne nourrit personne et son volume ne dépend que de la fortune. Les chelamim de haguiga sont mangés par le propriétaire et sa maisonnée ; leur nombre dépend de la table à nourrir.
Deux grandeurs se croisent donc : les nekhassim, les biens, et les okhlim, les convives. Celui qui a beaucoup de bouches et peu de moyens penche vers les chelamim ; celui qui a des moyens et peu de bouches penche vers les olot.
L'un et l'autre sont réduits : de celui-là il est dit une maa d'argent, deux pièces d'argent. L'un et l'autre sont abondants : de celui-là il est dit chacun selon le don de sa main, selon la bénédiction de Hachem ton D.ieu qu'Il t a donnée.
Restent les deux cas où les deux grandeurs vont ensemble. Quand tout manque, le pèlerin se tient au plancher fixé au début du traité : une maa d'argent pour la olat reiya et deux pièces d'argent pour les chelamim de haguiga.
Quand tout abonde, aucun plafond ne lui est fixé et le verset le renvoie à sa propre mesure, ich kematnat yado, chacun selon le don de sa main. Le tableau de la michna est ainsi complet aux quatre coins.
GUEMARA. Beaucoup de chelamim : d'où les apporte-t-il ?
Il n'en a pourtant pas les moyens ! Rav Hisda dit : il adjoint et apporte un grand taureau.
Rav Chechet lui dit : on a pourtant enseigné qu'on adjoint une bête à une bête !
La guemara relève une tension dans la michna : le premier cas suppose un homme de peu de biens, et lui demande pourtant beaucoup de chelamim. Avec quel argent ?
Rav Hisda répond par la tefila, l'adjonction : l'argent du second maasser, qui doit de toute manière être dépensé à Jérusalem en nourriture, se mélange à l'argent profane pour acheter une seule bête plus grosse, un grand taureau. La table est ainsi abondamment fournie sans que la fortune du pèlerin y suffise seule.
Rav Chechet objecte en citant la formule reçue : on adjoint une bête à une bête. Le sens de son objection sera discuté au segment suivant.
Que veut-il lui dire ? Si l'on dit qu'il lui dit ceci : on a enseigné qu'on adjoint une bête à une bête, mais non de l'argent à de l'argent — alors qu'il lui dise directement : on n'adjoint pas de l'argent à de l'argent !
Il faut donc dire qu'il lui a dit ceci : on a enseigné qu'on adjoint aussi une bête à une bête.
L'objection de Rav Chechet est ambiguë, et la guemara essaie les deux lectures. Première lecture : Rav Chechet contredirait Rav Hisda en restreignant la tefila aux bêtes, à l'exclusion de l'argent. Cette lecture est écartée pour une raison de méthode — un maître qui veut interdire quelque chose le dit en toutes lettres et n'objecte pas par une déduction tirée d'une formule positive.
Seconde lecture, retenue : le mot af, aussi, porte tout le propos. Rav Chechet élargit au lieu de restreindre. Puisqu'on adjoint aussi une bête à une bête, pourquoi enfermer cet homme dans un seul grand taureau ? Il pourrait acheter une seconde bête avec l'argent du maasser.
Selon qui ? Ni comme Hizkiya, ni comme Rabbi Yo'hanan !
La lecture retenue place Rav Chechet en porte-à-faux. Les deux positions connues sur la tefila sont exclusives l'une de l'autre : Hizkiya admet la bête adjointe à une bête et refuse l'argent adjoint à de l'argent, Rabbi Yo'hanan fait l'inverse.
Rav Chechet, qui admet les deux, ne se range derrière aucun des deux. La guemara demande donc sur quoi il s'appuie.
Et si tu disais : ce sont les amoraim qui divergent, mais les baraitot ne divergent pas — or il est enseigné : le premier repas vient du profane !
Une échappatoire se présente : la divergence porterait seulement sur les deux amoraim, tandis que les baraitot produites plus haut à l'appui de chacun d'eux s'accorderaient pour admettre les deux formes de tefila. Rav Chechet pourrait alors s'appuyer sur l'une de ces baraitot.
La guemara ferme cette voie par une citation : akhila richona min hahoulin, le premier repas vient du profane. Comprise littéralement, cette clause exige que la première bête soit entièrement profane, ce qui interdit de mélanger les deux argents dans une seule bête.
Qu'est-ce que le premier repas ? La valeur correspondant au premier repas doit venir du profane.
La guemara requalifie la clause. Elle ne parle pas d'une bête entièrement profane, mais d'une valeur : le chiour, la mesure d'un premier repas, doit être couverte par de l'argent profane, tandis que le reste de la valeur de la bête peut venir du second maasser.
Ainsi comprise, la baraita n'interdit plus l'adjonction d'argent à de l'argent dans une seule bête. Elle en fixe seulement la proportion minimale profane, et la position de Rav Chechet redevient tenable.
Oula a dit au nom de Rech Lakich : s'il a mis à part dix bêtes pour sa haguiga et qu'il en a offert cinq le premier jour de fête, il revient et offre les cinq autres le deuxième jour de fête. Rabbi Yo'hanan dit : dès lors qu'il s'est arrêté, il n'offre plus.
Nouveau sujet. La haguiga est due le premier jour de fête, mais les jours suivants servent de tachlumin, rattrapage, pour celui qui ne s'en est pas acquitté. La question porte sur celui qui a commencé et n'a pas fini.
L'enjeu est l'interdit de bal tossif, ne rien ajouter. La Torah commande de célébrer un jour ; celui qui offre sa haguiga deux jours de suite pourrait se faire une fête de deux jours. Rech Lakich répond que les cinq bêtes restantes appartiennent encore au premier jour et que le second n'en est que le rattrapage. Rabbi Yo'hanan répond que l'arrêt marque une clôture : ce qui vient après relève d'un autre jour.
Rabbi Abba dit : ils ne divergent pas. Ici lorsqu'il n'a rien précisé, là lorsqu'il a précisé.
Rabbi Abba supprime la divergence en séparant deux cas. Celui qui a déclaré d'emblée que ses dix bêtes sont pour le premier jour a manifesté une intention unique ; ce qu'il offre ensuite n'est que le rattrapage de ce jour-là, et Rech Lakich parle de lui.
Celui qui a mis ses bêtes à part stam, sans rien préciser, n'a rien manifesté ; Rabbi Yo'hanan parle de lui. La guemara doit maintenant identifier quel cas concret mérite ce traitement.
Ce cas où il n'a rien précisé, de quoi s'agit-il ? Si l'on dit qu'il n'y avait plus assez de temps dans la journée pour les offrir, alors s'il ne les a pas offertes, c'est parce qu'il n'y avait plus de temps dans la journée.
La guemara teste les circonstances possibles du cas stam. Si le pèlerin a manque de temps, son arrêt s'explique de lui-même et ne révèle aucune intention de se faire un second jour de fête. On présumera qu'il avait bien destiné ses dix bêtes au premier jour, et il pourra les offrir ensuite au titre du rattrapage.
Diras-tu qu'il s'agit du cas où il n'a pas de convives ? Alors s'il ne les a pas offertes, c'est parce qu'il n'a pas de convives.
Même raisonnement pour la seconde hypothèse. Les chelamim doivent être mangés dans le délai fixé, et l'on n'offre pas une bête vouée à devenir notar, reste inconsommable. Le pèlerin qui manque de convives a donc une raison évidente de s'arrêter, et son silence ne se retourne pas contre lui.
Cela n'est nécessaire que là où il y avait du temps dans la journée et où il avait des convives : du fait qu'il ne les a pas offertes le premier jour, on en conclut qu'il les a laissées de côté.
Le cas se resserre sur ce qui reste : du temps devant lui, des convives à sa table, et pourtant cinq bêtes non offertes. Aucune circonstance n'explique l'arrêt, et la conduite parle à la place des mots.
La guemara conclut chiyour chiyrinhou, il les a mises en réserve, c'est-à-dire qu'il avait dans l'idée de célébrer deux jours. Ces bêtes ne sont plus le rattrapage du premier jour, et il ne les offre plus.
Et il est logique qu'il en soit ainsi, car lorsque Ravin est venu il a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : s'il a mis à part dix bêtes pour sa haguiga et qu'il en a offert cinq le premier jour de fête, il revient et offre les cinq autres le deuxième jour de fête. Les deux enseignements se contredisent.
La distinction de Rabbi Abba reçoit un appui. Ravin, qui rapporte les enseignements d'Erets Israël en Babylonie, transmet au nom de Rabbi Yo'hanan exactement la position que Oula lui attribuait à l'opposé.
Deux traditions contradictoires au nom du même maître appellent une distinction de cas. La guemara la tient déjà toute prête.
Ne faut-il donc pas en conclure : ici lorsqu'il n'a rien précisé, là lorsqu'il a précisé ? Concluons-en effectivement ainsi.
La formule chema mina, répétée en ouverture et en clôture, scelle la lecture. La contradiction entre Oula et Ravin devient la preuve de la distinction de Rabbi Abba : Oula rapportait le cas stam, Ravin le cas mefaresh.
Il a été dit également : Rav Chemen bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan :
Le folio se termine sur une ouverture. Une troisième tradition au nom de Rabbi Yo'hanan est introduite par itmar nami, il a été dit également, formule qui annonce un appui supplémentaire. Rachi indique déjà le sens : là où les circonstances prouvent que le pèlerin n'avait pas l'intention de célébrer deux jours, Rabbi Yo'hanan admet qu'il peut offrir ensuite. La suite se lit au folio 9a.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).