Chagigah 10b — Ce qui pend à un cheveu : melekhet mahshevet, la haguiga tirée d'une guezera chava, et le messager qui fait fauter un autre

Chagigah 10b

Sougya : Le folio poursuit l'examen de la michna qui range les lois du Chabbat, des haguigot et des meilot parmi les montagnes suspendues à un cheveu. Pour le Chabbat, la guemara répond que l'appui ténu est le principe de melekhet mahshevet, un travail voulu et pensé, que la Torah n'énonce qu'à propos du Michkan et que l'on transporte au Chabbat par la simple contiguïté des sections.

Pour les haguigot, elle suit l'échange de Rav Papa et d'Abaye : le verset « vous le célébrerez comme une fête » pourrait ne demander qu'une réjouissance, et il faut une longue discussion, puis une guezera chava sur le mot midbar avec un verset d'Amos, pour y lire un sacrifice ; or on ne tire pas des paroles de Torah a partir des Prophètes, d'où la fragilité de l'appui. Pour les meilot, trois propositions se succèdent — Rami bar Hama, Rava, Rav Achi — chacune cherchant le cas où la halakha étonne la raison : le mandant qui commet la meila par l'acte de son messager, le messager tenu pour responsable alors qu'il n'a fait qu'obéir, et enfin la pierre consacrée qui n'engage celui qui la prend qu'au moment où il la donne à autrui.

Le folio s'interrompt sur l'amorce d'une réponse de Chmouel.

Trois matières, une même question : où est le cheveu qui porte la montagne ? Matière Objection : c'est écrit ! Le point réellement suspendu Chabbat Les 39 melakhot et les mises en garde sont écrites Oui, en abondance dans la Torah melekhet mahshevet : seul le travail voulu et pensé est interdit. Enonce au Michkan, transposé par contiguïté. Haguigot vehagotem oto hag : le verset semble suffire Oui, mais le mot peut dire : réjouissez-vous Le sacrifice ne s'obtient que par une guezera chava midbar-midbar avec Amos, donc à partir de divrei kabbala. Meilot Vayikra 5, 15-16 expose le principal et le cinquième Oui, la loi générale est bien écrite Restent les cas qui heurtent la raison : un faute et l'autre est tenu, le messager seul responsable, la pierre donnée. La michna ne vise jamais la matière entière, mais le point précis dont l'appui scripturaire est mince.
Chabbat, haguigot, meilot : pour chaque matière, ce que la michna vise réellement.
La haguiga est-elle un sacrifice ? Le parcours de la guemara vehagotem oto hag (Lev. 23, 41) Rav Papa : d'où sait-on que cela veut dire abattre ? Peut-être : hougou haga, célébrez simplement une fête Les tentatives de preuve, une à une 1. veyahogou li bamidbar, et Moche réclame zevahim ve-olot renvoyé : viande à manger 2. lo yalin helev hagui : une fête à-t-elle de la graisse ? renvoyé : graisse du temps de fête 3. mais alors le reste de l'année passerait la nuit ? renvoyé : assé ici, lav là-bas 4. le lav a déjà son verset (Deut. 16, 4) renvoyé : deux lavin et un assé Guezera chava midbar - midbar Ex. 5, 1 et Amos 5, 25 : là-bas des sacrifices, ici des sacrifices Mais le second terme vient d'Amos, un prophète divrei Torah midivrei kabbala lo yalfinan : l'appui reste un simple indice
Le chemin qui mène de vehagotem oto hag au sacrifice, et pourquoi il reste fragile.
Meila : trois candidats au titre de montagne suspendue 1. Rami bar Hama Le messager accomplit sa mission : c'est le maître de maison qui commet la meila. Étonnant, car il n'y a pas d'agent pour une transgression (ein chalia'h lidvar avéra). Rava écarte : la meila apprend heta - heta de la terouma, où le messager vaut le mandant. 2. Rava Le maître de maison s'est souvenu, le messager non : le messager commet la meila. Étonnant : ce pauvre messager, qu'a-t-il fait de plus qu'obéir ? Rav Achi écarte : la mission annulée, il dépense lui-même par inadvertance, comme tout un chacun. 3. Rav Achi Il prend une pierre consacrée : pas de meila. Il la donne à autrui : meila pour lui seul. Étonnant : il l'avait déjà prise, alors que change le fait de la donner ? La guemara relance encore : peut-être selon Chmouel... et le folio s'interrompt là. Chaque candidat est retenu tant qu'aucune raison ne le rend intelligible ; dès qu'une raison paraît, il cesse de pendre à un cheveu.
Les trois propositions sur la meila, avec l'objection qui écarte chacune des deux premières.
1
מְלֶאכֶת מַחְשֶׁבֶת אָסְרָה תּוֹרָה, וּמְלֶאכֶת מַחְשֶׁבֶת לָא כְּתִיבָא.

La Torah n'a interdit que melekhet mahshevet (un travail voulu et pensé), et melekhet mahshevet n'est pas écrit.

📜 Rachi (1)
מְלֶאכֶת מַחְשֶׁבֶת שֶׁהַמַּחֲשָׁבָה חִשְּׁבָה בְּדַעְתּוֹ וְנִתְכַּוֵּון לָהּ וְזֶה לֹא נִתְכַּווֵּן לָהּ לְבִנְיָן זֶה לְפִיכָךְ פָּטוּר וְזֶהוּ רֶמֶז מוּעָט דְּאִילּוּ מְלֶאכֶת מַחְשֶׁבֶת בְּשַׁבָּת לָא כְּתִיבָא אֶלָּא בַּמִּשְׁכָּן הוּא דִּכְתִיב וּלְפִי שֶׁסָּמַךְ בְּפָרָשַׁת וַיַּקְהֵל פָּרָשַׁת שַׁבָּת לְפָרָשַׁת מִשְׁכָּן אָנוּ לְמֵדִין מְלֶאכֶת מַחְשֶׁבֶת לְשַׁבָּת:
melekhet mahshevet : que la pensée l'a conçue dans son esprit et qu'il l'a visée ; or celui-ci n'a pas visé cette construction, c'est pourquoi il est exempt. Et voilà l'indice ténu : car melekhet mahshevet, à propos du Chabbat, n'est pas écrit ; c'est à propos du Michkan qu'il est écrit. Et puisque, dans la section de Vayakhel, l'Écriture a placé la section du Chabbat à côté de celle du Michkan, nous apprenons melekhet mahshevet pour le Chabbat.
🗂️ Tossefot (1)
מְלֶאכֶת מַחְשֶׁבֶת אָסְרָה תּוֹרָה. פרש"י שֶׁאֵינָהּ צְרִיכָה לְגוּפָהּ בְּמִין מְלָאכָה זֹאת שֶׁבִּרְצוֹנוֹ לֹא הָיָה בִּנְיָן זֶה בָּעוֹלָם וְלֹא יִתָּכֵן דְּאִם כֵּן בְּכָל מְלָאכוֹת נָמֵי כְּגוֹן סוֹתֵר ע"מ לִבְנוֹת בִּמְקוֹמוֹ לָמָּה מִיחַייַּב דְּהָא לָא נִיחָא לֵיהּ שֶׁהָיָה הַבִּנְיָן בָּעוֹלָם וְכֵן בְּקוֹרֵעַ ע"מ לִתְפֹּור ג"כ לָא נִיחָא לֵיהּ בְּקֶרַע זֶה מֵעוֹלָם וְקוֹרֵעַ הַבָּא בְּאֶבְלוֹ אוֹ מֵחֲמַת טִרְדָּא וְקוֹרֵעַ בַּחֲמָתוֹ לְמִרְמֵי אֵימְתֵיהּ לָכֵן נִרְאֶה להר"י לְפָרֵשׁ שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ לְעִיקַּר שֹׁורֶשׁ הָאִיסּוּר כְּגוֹן הָכָא שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ לַגֻּומָּא שֶׁהִיא הַמְּלָאכָה וְכֵן מוֹצִיא מֵת בַּמִּטָּה וְהַרְבֵּה דַּחֲשִׁיב פ' הַמַּצְנִיעַ (שַׁבָּת דַּף צג:) וְלֹא דָּמוּ לִמְלֶאכֶת הַמִּשְׁכָּן שֶׁהָיוּ צְרִיכִים לְעִיקַּר הַמְּלָאכָה מְכַבֶּה מִשּׁוּם צֹורֶךְ הַפֶּחָמִין וְצִידַת תְּחָשִׁים וְחִלָּזוֹן וְכֵן כֻּולָּם כַּיּוֹצֵא בָּהֶן:
« La Torah n'a interdit que melekhet mahshevet. » Rachi a expliqué qu'il s'agit d'un travail dont on n'a pas besoin pour lui-même, dans ce genre de melakha : s'il n'avait tenu qu'à sa volonté, cette construction n'aurait jamais existé. Cela ne se peut pas, car s'il en allait ainsi, dans toutes les melakhot de même : par exemple celui qui démolit afin de rebâtir à la place, pourquoi serait-il tenu pour coupable, puisqu'il ne lui agrée pas que cette construction ait existé ? De même pour celui qui déchire afin de coudre : il ne lui agrée pas davantage que cette déchirure ait jamais existé ; de même celui qui déchire pour son deuil, ou sous le coup de l'accablement, ou celui qui déchire dans sa colère pour inspirer la crainte. C'est pourquoi il a paru juste au Ri d'expliquer autrement : il n'a pas besoin de la racine même de l'interdit, comme ici où il n'a pas besoin de la fosse, qui est précisément la melakha ; de même celui qui sort un mort sur un lit, et les nombreux cas énumérés au chapitre HaMatsnia (Chabbat 93b). Et ces cas ne ressemblent pas aux travaux du Michkan, où l'on avait besoin de la racine même de la melakha : on éteignait pour obtenir du charbon, on capturait les tehachim et le hilazon, et ainsi de toutes les autres.
💡 Explication

La michna range les lois du Chabbat parmi les montagnes suspendues à un cheveu, et la guemara objectait que ces lois sont abondamment écrites. La réponse désigne le point précis qui reste sans appui explicite : le principe de melekhet mahshevet, qui exempte celui dont l'acte produit un résultat qu'il ne visait pas. Le cas discuté est celui qui creuse une fosse le Chabbat alors qu'il n'a besoin que de la terre.

Ce principe n'est énoncé dans la Torah qu'à propos du Michkan. Il passe au Chabbat par la seule contiguïté des sections dans Vayakhel. Un principe qui commande des pans entiers de la matière ne tient donc qu'à un indice de composition du texte.

🖼️ Schéma
melekhet mahshevet : un principe majeur, un appui minuscule Où le terme est-il écrit ? Uniquement dans les sections du Michkan (Chemot 35, 33 et parallèles). Jamais dans les versets du Chabbat. Comment passe-t-il au Chabbat ? Dans Vayakhel, la section du Chabbat est posée à côté de celle du Michkan. Cette contiguïté seule sert d'appui. Ce que le principe décide Creuse une fosse et n'a besoin que de la terre : il est exempt, car le résultat produit n'est pas celui qu'il visait. La montagne et le cheveu Des pans entiers des lois du Chabbat dépendent de ce principe, qui ne tient qu'à la place d'une section dans le texte.
Où melekhet mahshevet est écrit, comment il passe au Chabbat, et ce qu'il décide.
2
חֲגִיגוֹת. מִיכְתָּב כְּתִיבָן! לָא צְרִיכָא, לִכְדַאֲמַר לֵיהּ רַב פָּפָּא לְאַבַּיֵּי: מִמַּאי דְּהַאי ״וְחַגֹּותֶם אֹותוֹ חַג לַה׳״ — זְבִיחָה? דִּלְמָא ״חֹוגּוּ חַגָּא״ קָאָמַר רַחֲמָנָא!

« Les haguigot » : mais elles sont écrites ! — Cela n'était nécessaire que pour ce que Rav Papa dit à Abaye : d'où sait-on que ce verset, « et vous le célébrerez comme une fête pour Hachem », désigne un abattage (zevi'ha) ? Peut-être le Miséricordieux dit-Il : « célébrez une fête » !

📜 Rachi (2)
מִיכְתָּב כְּתִיבָן כִּדְאָמְרִינַן לְעֵיל מוּחֲגוֹתָם אוֹתוֹ:
« Elles sont écrites » : comme nous l'avons dit plus haut, à partir de « et vous le célébrerez ».
חֹוגּוּ חַגָּא לְהַרְבּוֹת שִׂמְחָה:
« Célébrez une fête » : pour accroître la joie.
🗂️ Tossefot (1)
חֹוגּוּ חַגָּא. י"מ לְשׁוֹן מְחוֹלוֹת כְּמוֹ יָחוֹגּוּ וְיָנוּעוּ כְּשִׁכּוֹר (תְּהִלִּים קז):
« Célébrez une fête. » Certains expliquent qu'il s'agit d'un terme de danse en rond, comme dans « ils tournoient et chancellent comme un homme ivre » (Ps. 107, 27).
💡 Explication

Le deuxième terme de la michna est examiné à son tour. Le sacrifice de haguiga semble écrit : le verset de Vayikra 23, 41 dit « vous le célébrerez comme une fête ». La guemara répond que l'objection de Rav Papa porte précisément sur ce verset.

La racine hag ne dit pas nécessairement l'offrande. Elle peut désigner la fête elle-même et la joie qu'on y prend. Le verset, lu seul, ne prouve donc pas qu'il faille abattre une bête.

3
אֶלָּא מֵעַתָּה, דִּכְתִיב ״וְיָחוֹגּוּ לִי בַּמִּדְבָּר״, הָכִי נָמֵי דְּחֹוגּוּ חַגָּא הוּא? וְכִי תֵּימָא הָכִי נָמֵי, וְהָכְתִיב: ״וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה גַּם אַתָּה תִּתֵּן בְּיָדֵינוּ זְבָחִים וְעֹולֹות״.

Mais alors, puisqu'il est écrit « qu'ils célèbrent pour Moi une fête au désert », dirait-on là aussi qu'il s'agit seulement de célébrer une fête ? Et si tu dis : effectivement — mais il est écrit : « Et Moche dit : toi aussi tu remettras entre nos mains des sacrifices et des holocaustes » !

💡 Explication

Abaye cherche un endroit où la racine hag impose le sens sacrificiel. Il produit le verset de l'Exode où Moche demande à Pharaon de laisser partir le peuple « pour qu'ils célèbrent au désert », et le rapproche de la suite du récit, où Moche réclame explicitement des zevahim et des olot.

4
דִּלְמָא הָכִי קָאָמַר רַחֲמָנָא: ״אִכְלוּ וּשְׁתוּ וְחֹוגּוּ חַגָּא קַמַּאי״? לָא סָלְקָא דַעְתָּךְ, דִּכְתִיב: ״וְלֹא יָלִין חֵלֶב חַגִּי עַד בֹּקֶר״, וְאִי סָלְקָא דַעְתָּךְ דְּחוֹגָּא הוּא, תַּרְבָּא לְחַגָּא אִית לֵיהּ?!

Peut-être le Miséricordieux dit-Il ceci : « mangez, buvez et célébrez devant Moi une fête » ? — Cela ne peut pas te venir à l'esprit, car il est écrit : « la graisse de Ma fête ne passera pas la nuit jusqu'au matin ». Et s'il te venait à l'esprit qu'il s'agit d'une simple fête, une fête à-t-elle de la graisse ?

📜 Rachi (1)
דִּלְמָא הָכִי קָאָמַר רַחֲמָנָא אִכְלוּ וּשְׁתוּ וְחֹוגּוּ חַגָּא קַמַּאי וְהַאי זְבָחִים דִּקְרָא לָאו שְׁלָמִים נִינְהוּ אֶלָּא וְזָבַחְתָּ בָּשָׂר לֶאֱכֹול:
« Peut-être le Miséricordieux dit-Il : mangez, buvez et célébrez devant Moi une fête » : et ces « sacrifices » du verset ne sont pas des chelamim, mais au sens de « tu abattras de la viande pour en manger ».
💡 Explication

L'objection est renvoyée : les « sacrifices » réclamés à Pharaon peuvent être de la viande destinée au repas, et non des chelamim. La guemara produit alors un autre verset, celui de Chemot 23, 18, qui parle de la graisse de « Ma fête ».

L'argument porte sur un point technique : la graisse dont il est interdit de laisser passer la nuit est celle qui monte sur l'autel. Un repas de fête ordinaire n'a pas de graisse soumise à un tel régime.

5
וְדִלְמָא הָכִי קָאָמַר רַחֲמָנָא: חֵלֶב הַבָּא בִּזְמַן חַג — ״לֹא יָלִין״!

Et peut-être le Miséricordieux dit-Il : la graisse qui vient au temps de la fête, « elle ne passera pas la nuit » !

📜 Rachi (1)
חֵלֶב הַבָּא בִּזְמַן הֶחָג אִם בָּאתָ לְהַקְרִיב קָרְבְּנוֹת נְדָרֶיךָ בָּרֶגֶל לֹא יָלִינוּ חוּץ לַמִּזְבֵּחַ בַּעֲלוֹת הַשַּׁחַר:
« La graisse qui vient au temps de la fête » : si tu viens offrir les sacrifices de tes vœux durant la fête, qu'ils ne passent pas la nuit hors de l'autel jusqu'au lever de l'aube.
💡 Explication

Nouveau renvoi. Le mot hagui pourrait ne désigner aucune catégorie d'offrande, mais un moment : les graisses des sacrifices apportés pendant la fête. Le verset serait alors une règle de calendrier et non la trace d'un sacrifice nommé haguiga.

6
אֶלָּא מֵעַתָּה: הַבָּא בִּזְמַן חַג — הוּא דְּלָא יָלִין, הָא דְּכָל הַשָּׁנָה כֻּולָּהּ — יָלִין?! ״כָּל הַלַּיְלָה עַד הַבֹּקֶר״, כְּתִיב!

Mais alors : c'est seulement ce qui vient au temps de la fête qui ne passerait pas la nuit, tandis que ce qui vient toute l'année durant passerait la nuit ? Or il est écrit : « toute la nuit jusqu'au matin » !

📜 Rachi (2)
הָא כָּל הַשָּׁנָה יָלִינוּ בִּתְמִיהַּ:
« Tandis que toute l'année ils passeraient la nuit » : sur le ton de l'étonnement.
עַד הַבֹּקֶר כְּתִיב הִיא הָעֹולָה עַל מוֹקְדָה עַל הַמִּזְבֵּחַ כָּל הַלַּיְלָה עַד הַבֹּקֶר מִכָּאן אָנוּ לְמֵדִין שֶׁמַּעֲלֶה כָּל הַלַּיְלָה אֵבָרִים וּפְדָרִים שֶׁל קָרְבָּנוֹת שֶׁנִּשְׁחֲטוּ הַיּוֹם אֲבָל לֹא מַעֲלוֹת הַשַּׁחַר וּלְמַעְלָה דְּנִפְסְלוּ בְּלִינָה:
« Jusqu'au matin, est-il écrit » : « c'est l'holocauste sur son brasier, sur l'autel, toute la nuit jusqu'au matin » (Lev. 6, 2). De là nous apprenons que l'on fait monter toute la nuit les membres et les graisses des sacrifices abattus le jour même, mais non à partir du lever de l'aube, car ils sont alors invalidés par la nuitée.
🗂️ Tossefot (1)
בִּזְמַן חַג הוּא דְּלֹא יָלִין (וְהָתַנְיָא) וְכוּ'. כִּי מוֹקְמִינַן קְרָא בַּחֲגִיגָה לֹא שַׁייָּךְ לְאַקְשׁוֹיֵי בַּחֲגִיגָה הוּא דְּלָא יָלִין הָא כָּל שְׁאָר קָרְבָּנוֹת יָלִין הָא כְתִיב כָּל הַלַּיְלָה עַד הַבֹּקֶר וּמוֹקְמִינַן לָהּ לְכָל הָעוֹלִין עַל הַמִּזְבֵּחַ דְּהָא אִיכָּא לְמֵימַר דְּלָא הֲוָה מוֹקְמִינַן קְרָא רַק לְעוֹלָה שֶׁהֵבִיא כֻּולָּהּ כָּלִיל כְּמוֹ עוֹלָה אֲבָל שְׁאָר קָרְבָּנוֹת כְּגוֹן שְׁלָמִים וַחֲגִיגוֹת שֶׁאֵינָם כָּלִיל לֹא:
« C'est ce qui vient au temps de la fête qui ne passera pas la nuit », etc. Lorsque nous rapportons le verset à la haguiga, il n'y a pas lieu d'objecter : c'est seulement la haguiga qui ne passerait pas la nuit, tandis que tous les autres sacrifices passeraient la nuit, alors qu'il est écrit « toute la nuit jusqu'au matin », verset que nous appliquons à tout ce qui monte sur l'autel. Car on peut dire que nous n'aurions applique ce verset qu'à l'ola, qui est entièrement consumée, et à ce qui lui ressemble ; mais non aux autres sacrifices, comme les chelamim et les haguigot, qui ne sont pas entièrement consumés.
💡 Explication

La lecture calendaire se heurte à une conséquence inacceptable. Si le verset ne visait que la fête, on en déduirait par contraste que les graisses du reste de l'année pourraient attendre. Or Vayikra 6, 2 fixe la règle générale : les membres et les graisses montent sur l'autel toute la nuit jusqu'au matin, et au-delà ils sont invalidés par la nuitée, la lina.

7
דִּלְמָא אִי מֵהַהוּא, הֲוָה אֲמִינָא: הָהוּא לַעֲשֵׂה כְּתַב רַחֲמָנָא, הַאי לְלָאו!

Peut-être, si on l'apprenait de ce verset-là, aurais-je dit : celui-là, le Miséricordieux l'a écrit pour un commandement positif (assé), et celui-ci pour un interdit (lav) !

💡 Explication

La réponse précédente est à son tour contestée. Les deux versets ne feraient pas double emploi : Vayikra 6, 2 fonderait l'obligation positive de faire monter les graisses pendant la nuit, et Chemot 23, 18 y ajouterait un lav, un interdit formel de les laisser attendre. Le mot hagui pourrait donc rester temporel.

8
לְלָאו כְּתַב קְרָא אַחֲרִינָא: ״וְלֹא יָלִין מִן הַבָּשָׂר אֲשֶׁר תִּזְבַּח בָּעֶרֶב בַּיּוֹם הָרִאשׁוֹן לַבֹּקֶר״. וְדִלְמָא לַעֲבֹור עָלָיו בִּשְׁנֵי לָאוִין וַעֲשֵׂה!

Pour l'interdit, un autre verset a été écrit : « et rien de la chair que tu sacrifieras le soir du premier jour ne passera la nuit jusqu'au matin ». — Et peut-être est-ce pour qu'il transgresse par deux interdits et un commandement positif !

🗂️ Tossefot (2)
וְלֹא יָלִין מִן הַבָּשָׂר. וְאַף עַל גַּב דְּמוֹקְמִינַן לִקְרָא בְּפֶרֶק אֵלּוּ דְּבָרִים (פְּסָחִים דַּף עא. וְשָׁם) בַּחֲגִיגָה שֶׁנֶּאֱכֶלֶת לִשְׁנֵי יָמִים וְלַיְלָה אֶחָד וְעוֹד דְּבָשָׂר כְּתִיב דְּמַשְׁמַע אֲכִילַת אָדָם מ"מ מַפְּקִינַן מִינֵּיהּ תַּרְתֵּי מִדִּכְתִיב בַּיּוֹם הָרִאשׁוֹן לַבֹּקֶר וְלָא כְּתִיב בַּיּוֹם הַשְּׁלִישִׁי:
« Et rien de la chair ne passera la nuit. » Bien que nous rapportions ce verset, au chapitre Elou Devarim (Pessahim 71a), à la haguiga qui se mange deux jours et une nuit, et bien qu'il y soit écrit « chair », ce qui indique la consommation par l'homme, nous en tirons néanmoins les deux enseignements, puisqu'il est écrit « le premier jour... jusqu'au matin » et non « le troisième jour ».
לַעֲבֹור עָלָיו בִּשְׁנֵי לָאוִין: ואע"ג דְּאָמְרִינַן בְּעָלְמָא כָּל הֵיכָא דְּאִיכָּא לְמִידְרַשׁ דָּרְשִׁינַן וְלָא מוֹקְמִינַן בְּלָאוֵי יַתִּירֵי הָכָא שָׁאנֵי שֶׁאֵין לְהַעֲמִידוֹ בְּקָרְבָּן חָדָשׁ שֶׁלֹּא מָצִינוּ כַּיּוֹצֵא בוֹ בַּתּוֹרָה וְדוֹמֶה לוֹ כְּמוֹ שֶׁמָּצִינוּ בְּרֵישׁ יְבָמוֹת (דַּף ד.) דְּמוֹקְמִינַן לֹא יְגַלֶּה בְּשׁוֹמֶרֶת יָבָם שֶׁל אָבִיו בְּלָאו יַתִּירָא וְלָא מוֹקְמִינַן לֵיהּ בַּאֲנוּסַת אָבִיו:
« Pour qu'il transgresse par deux interdits. » Bien que nous disions en général que partout où il y a matière à derasha nous faisons la derasha plutôt que d'admettre des interdits surnuméraires, il en va autrement ici : on ne peut appliquer le verset à un sacrifice nouveau dont on ne trouve pas d'équivalent dans la Torah. C'est semblable à ce que nous trouvons au début de Yevamot (4a), où nous appliquons « il ne découvrira pas » à la chomeret yavam de son père, à titre d'interdit surnuméraire, plutôt que de l'appliquer à la femme violée par son père.
💡 Explication

La guemara répond que le lav possède déjà sa source propre, dans Devarim 16, 4. Chemot 23, 18 serait donc libre de porter le sens sacrificiel du mot hagui.

L'objection revient une dernière fois : un verset supplémentaire peut viser l'accumulation des interdits, de sorte que le fautif transgresse deux lavin et un assé. Cette voie ne permet donc pas de conclure.

9
אֶלָּא: אָתְיָא ״מְדַבֵּר״ ״מְדַבֵּר״. כְּתִיב הָכָא: ״וְיָחוֹגּוּ לִי בַּמִּדְבָּר״, וּכְתִיב הָתָם: ״הַזְּבָחִים וּמִנְחָה הִגַּשְׁתֶּם לִי בַמִּדְבָּר״, מַה לְהַלָּן זְבָחִים — אַף כָּאן זְבָחִים.

Plutôt : cela s'apprend par une guezera chava « midbar » — « midbar » (désert). Il est écrit ici : « qu'ils célèbrent pour Moi une fête au désert », et il est écrit là-bas : « est-ce des sacrifices et une offrande que vous M'avez présentés au désert ? ».

De même que là-bas il s'agit de sacrifices, de même ici il s'agit de sacrifices.

🗂️ Tossefot (1)
וְיָחוֹגּוּ לִי בַּמִּדְבָּר. וְלֹא יָלִין חֵלֶב חַגִּי אֲתָא לְלַמֵּד עַל ג"ש דְּמַיְירֵי בַּחֲגִיגָה וְלֹא בִּשְׁאָר קָרְבָּנוֹת:
« Qu'ils célèbrent pour Moi au désert. » Et le verset « la graisse de Ma fête ne passera pas la nuit » vient enseigner, au sujet de cette guezera chava, qu'il est question de la haguiga et non des autres sacrifices.
💡 Explication

La preuve change de nature. Au lieu de raisonner sur le sens du mot hag, la guemara relie deux versets par le mot midbar : celui de Chemot 5, 1 et celui d'Amos 5, 25. La guezera chava transporte au premier le contenu du second, où il est explicitement question de sacrifices.

10
וּמַאי ״כַּהֲרָרִין הַתְּלוּיִין בְּשַׂעֲרָה״ — דִּבְרֵי תוֹרָה מִדִּבְרֵי קַבָּלָה לָא יָלְפִינַן.

Et en quoi est-ce « comme des montagnes suspendues à un cheveu » ? — On ne tire pas des paroles de Torah a partir de paroles de kabbala.

📜 Rachi (2)
וּמַאי כַּהֲרָרִין הַתְּלוּיִין גְּזֵרָה שָׁוָה רְאִייָּה גְּדוֹלָה הִיא:
« Et en quoi est-ce comme des montagnes suspendues » : une guezera chava est une preuve considérable.
דִבְרֵי תוֹרָה מִקַּבָּלָה לָא יָלְפִינַן הִלְכָּךְ רֶמֶז בְּעָלְמָא:
« On ne tire pas des paroles de Torah a partir de la kabbala » : il ne s'agit donc que d'un simple indice.
💡 Explication

Une guezera chava est normalement une preuve forte. La faiblesse tient ici à la provenance du second terme : le verset d'Amos appartient aux divrei kabbala, les paroles des Prophètes et des Écrits, qui ne peuvent fonder une obligation de la Torah.

L'appui vaut donc comme remez, un simple indice. C'est exactement ce que la michna décrit : une matière considérable tenue par un fil.

11
מְעִילוֹת. מִיכְתָּב כְּתִיבָן! אָמַר רָמֵי בַּר חָמָא: לֹא נִצְרְכָא אֶלָּא לִכְדִתְנַן: הַשָּׁלִיחַ שֶׁעָשָׂה שְׁלִיחוּתוֹ — בַּעַל הַבַּיִת מָעַל, לֹא עָשָׂה שְׁלִיחוּתוֹ — שָׁלִיחַ מָעַל.

« Les meilot » : mais elles sont écrites ! Rami bar Hama dit : cela n'était nécessaire que pour ce que nous avons appris dans la michna : le messager (chalia'h) qui a accompli sa mission — c'est le maître de maison qui a commis la meila ; s'il n'a pas accompli sa mission — c'est le messager qui a commis la meila.

📜 Rachi (1)
הַשָּׁלִיחַ שֶׁעָשָׂה שְׁלִיחוּתוֹ בַּעַל הַבַּיִת שֶׁהָיוּ בְּיָדוֹ מְעוֹת הֶקְדֵּשׁ וְנִתְחַלְּפוּ בִּמְעוֹתָיו וּנְתָנָן בְּשׁוֹגֵג לַשָּׁלִיחַ וְאָמַר לוֹ קַח לִי מֵהֶם חָלוּק אוֹ טַלִּית אִם עָשָׂה שְׁלִיחוּתוֹ בַּעַל הַבַּיִת מָעַל וְזֶהוּ כַּהֲרָרִין שֶׁיֵּשׁ לִתְמֹוהַּ וְלוֹמַר וְכִי שָׁלִיחַ זֶה חָטָא שֶׁהוֹצִיא מְעוֹת הֶקְדֵּשׁ וּבַעַל הַבַּיִת מִתְחַיֵּיב קֶרֶן וְחֹומֶשׁ וּלְהָבִיא אֲשַׁם מְעִילוֹת וַהֲרֵי יָדוּעַ לָנוּ בְּכָל הַשַּׁ"ס שֶׁאֵין שָׁלִיחַ לִדְבַר עֲבֵירָה שֶׁיְּהֵא שׁוֹלֵחַ מִתְחַיֵּיב עַל יְדֵי שְׁלוּחוֹ:
« Le messager qui a accompli sa mission » : le maître de maison avait entre les mains de l'argent consacré, lequel s'est mélangé à son propre argent, et il l'a remis par inadvertance à un messager en lui disant : achète-moi avec cela une tunique ou un manteau. S'il a accompli sa mission, le maître de maison a commis la meila. Et voilà ce qui est « comme des montagnes », car il y a lieu de s'étonner et de dire : ce messager a commis la faute, puisque c'est lui qui a dépensé l'argent consacré, et ce serait le maître de maison qui serait tenu au principal et au cinquième, et à apporter un acham meilot ? Or il nous est bien connu, dans tout le Talmud, qu'il n'y a pas d'agent pour une transgression, de sorte que le mandant serait tenu pour responsable par l'acte de son messager.
🗂️ Tossefot (1)
מְעִילוֹת מִכְתָּב כְּתִיבִי וְכוּ' מִקְרָא מוּעָט וַהֲלָכוֹת מְרֻובּוֹת. מִתּוֹךְ פרש"י מַשְׁמַע שֶׁהוּא פֵּירוּשׁ הַתְּלוּיִין בְּשַׂעֲרָה שֶׁיֵּשׁ בּוֹ הֲלָכוֹת מְרֻובּוֹת תְּלוּיִין בְּרֶמֶז מִקְרָא מוּעָט כְּהַר הַתָּלוּי בְּשֵׂיעָר הָרֹאשׁ וְקָשֶׁה לְמוֹרִי מַאי פָּרִיךְ בַּגְּמָרָא מְעִילוֹת מִכְּתָב כְּתִיבִי וַדַּאי כְּתִיבִי אֲבָל יֵשׁ בָּהֶן הֲלָכוֹת הַרְבֵּה וְהַיְינוּ מִקְרָא מוּעָט וַהֲלָכוֹת מְרֻובּוֹת וּמִיהוּ לְפִי מַה שֶׁפֵּירֵשׁ רַשִׁ"י תְּלוּיוֹת בְּרֶמֶז מַשְׁמַע דִּסְבִירָא לֵיהּ דִּבְהֶדְיָא לָא כְּתִיבִי אַךְ גַּבֵּי שַׁבָּת פֵּירֵשׁ מִיכְתָּב כְּתִיבִי פִּי' טוּבָא אַזְהָרוֹת כְּתִיבִי בְּשַׁבָּת מַאי מִקְרָא מוּעָט דְּקָאָמַר מַתְנֵי' וְהָכִי לֹא אֶפְשָׁר לִי לְפָרֵשׁ גַּבֵּי מְעִילוֹת וְגַם מַשְׁמַע דִּבְהֶדְיָא קָאָמַר דִּכְתִיבִי וְנִרְאֶה להר"ר אֶלְחָנָן לְפָרֵשׁ דְּמִילְּתָא בְּאַפֵּי נַפְשֵׁיהּ הִיא מִקְרָא מוּעָט וְקָאֵי לְאֹהָלוֹת וְיֵשׁ בָּהֶן מִקְרָא מוּעָט אֲבָל הַהֲלָכוֹת מְרֻובּוֹת וּבְכַמָּה סְפָרִים יֵשׁ רִיוַּח בֵּין מִקְרָא מוּעָט אַדִּלְעֵיל א"כ מַשְׁמַע דְּמִילְּתָא בְּאַפֵּי נַפְשֵׁיהּ הוּא אַךְ בַּתּוֹסֶפְתָּא (פ"א) תַּנָּא מִקְרָא מוּעָט וַהֲלָכוֹת מְרֻובּוֹת כַּהֲרָרִין הַתְּלוּיִין בְּשַׂעֲרָה וְאֵין לָהֶם עַל מַה שֶׁיִּסָּמֵכוּ מִכָּאן הָיָה אוֹמֵר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ צִבְחַר בְּצִבְחַר ר"ל מִקְרָא מוּעָט וְתוֹלֶה בְּרֶמֶז מוּעָט דְּמַשְׁמַע כִּדְפֵירֵשׁ רַשִׁ"י וּפֵירֵשׁ כדפרש"י עַל הָא דְּקָאָמַר מִקְרָא מוּעָט שֶׁבְּרֶמֶז נְתָנוֹ:
« Les meilot, mais elles sont écrites », etc. « Peu de verset et beaucoup de halakhot. » Il ressort de l'explication de Rachi que cette formule explique « suspendues à un cheveu » : beaucoup de halakhot y pendent à l'indice d'un verset ténu, comme une montagne suspendue à un cheveu de la tête. Mon maître trouve cela difficile : que demande donc la guemara par « les meilot, mais elles sont écrites » ? Assurément elles sont écrites, mais elles comportent beaucoup de halakhot, et c'est précisément « peu de verset et beaucoup de halakhot ». Toutefois, selon l'explication de Rachi, « suspendues à un indice », il ressort qu'il tient qu'elles ne sont pas écrites explicitement. Pourtant, à propos du Chabbat, il a expliqué « elles sont écrites » en ce sens que de nombreuses mises en garde sont écrites au sujet du Chabbat : qu'est-ce donc que le « peu de verset » énoncé par la michna ? Et il ne m'est pas possible d'expliquer ainsi au sujet des meilot, où il ressort également qu'il dit qu'elles sont écrites explicitement. Il a donc paru juste à Rabbenou Elhanan d'expliquer que « peu de verset » forme un énoncé autonome, qui se rapporte aux ohalot : il s'y trouve peu de verset, tandis que les halakhot y sont nombreuses. Dans plusieurs manuscrits il y a un blanc entre « peu de verset » et ce qui précède, ce qui indique bien un énoncé autonome. Mais dans la Tossefta (ch. 1) il est enseigné : « peu de verset et beaucoup de halakhot, comme des montagnes suspendues à un cheveu, et elles n'ont pas sur quoi s'appuyer ; de là Rabbi Yehochoua disait : tsivhar betsivhar (un peu, puis encore un peu) », c'est-à-dire peu de verset, suspendu à un indice ténu, ce qui correspond à l'explication de Rachi. Et il a expliqué comme Rachi sur ce qui est dit « peu de verset », donné par voie d'indice.
💡 Explication

Troisième terme de la michna. La meila, le détournement d'un bien consacré, est exposée dans Vayikra 5, 15-16 avec le principal et le cinquième. La guemara cherche donc le point qui, dans cette matière, échappe à l'écriture.

Rami bar Hama le trouve dans la michna de Meila 20a : quand le chalia'h exécute fidèlement sa mission, la responsabilité retombe sur le mandant. Rachi précise le cas : de l'argent consacré s'est mélangé à l'argent du maître de maison, qui le remet par inadvertance à son messager pour un achat.

12
וְכִי עָשָׂה שְׁלִיחוּתוֹ, אַמַּאי מָעַל? וְכִי זֶה חוֹטֵא וְזֶה מִתְחַיֵּיב? הַייְנוּ כַּהֲרָרִין הַתְּלוּיִין בִּשְׂעָרָה.

Et lorsqu'il a accompli sa mission, pourquoi le maître de maison aurait-il commis la meila ? Se peut-il que celui-ci commette la faute et que celui-là soit tenu pour responsable ?

Voilà ce qui est « comme des montagnes suspendues à un cheveu ».

💡 Explication

L'étonnement est formulé. La règle générale du Talmud veut qu'il n'y ait pas d'agent pour une transgression : ein chalia'h lidvar avera, le mandant n'est pas tenu pour ce que son messager commet. Ici pourtant, la halakha inverse les rôles.

13
אָמַר רָבָא: וּמַאי קֻושְׁיָא? דִּלְמָא שָׁאנֵי מְעִילָה דְּיָלְפָא ״חֵטְא״ ״חֵטְא״ מִתְּרוּמָה, מֶה הָתָם שְׁלוּחוֹ שֶׁל אָדָם כְּמוֹתוֹ — אַף כָּאן שְׁלוּחוֹ שֶׁל אָדָם כְּמוֹתוֹ?

Rava dit : et où est la difficulté ? Peut-être la meila fait-elle exception, parce qu'elle s'apprend par une guezera chava « heta » — « heta » (faute) tirée de la terouma : de même que là-bas le messager d'un homme est comme lui-même, de même ici le messager d'un homme est comme lui-même.

📜 Rachi (1)
מְעִילָה יָלְפִינַן חֵטְא חֵטְא מִתְּרוּמָה לְכַמָּה דְּבָרִים נֶאֱמַר בְּתוֹרַת כֹּהֲנִים נֶאֱמַר בִּמְעִילָה וְחָטְאָה בִּשְׁגָגָה מִקָּדְשֵׁי ה' (וַיִּקְרָא ה׳:ט״ו) וְנֶאֱמַר בִּתְרוּמָה וְלֹא תִשְׂאוּ עָלָיו חֵטְא (בַּמִּדְבָּר י״ח:ל״ב) מֶה הָתָם שְׁלוּחוֹ כְּמוֹתוֹ דִּכְתִיב כֵּן תָּרִימוּ גַם אַתֶּם (שָׁם) וְאָמַר מַר גַּם אַתֶּם לְרַבּוֹת שְׁלוּחֲכֶם:
« Pour la meila nous apprenons heta - heta de la terouma » : pour plusieurs choses, cela est énoncé dans le Torat Kohanim. Il est dit au sujet de la meila : « et qu'elle faute par inadvertance sur les choses saintes » (Lev. 5, 15), et il est dit au sujet de la terouma : « et vous ne porterez pas à cause de cela de faute » (Nomb. 18, 32). De même que là-bas le messager est comme lui-même, ainsi qu'il est écrit « ainsi prélèverez-vous, vous aussi » (ibid.), et le maître a dit : « vous aussi » vient inclure vos messagers.
💡 Explication

Rava refuse de voir ici une halakha suspendue à un cheveu, puisqu'une raison explicite la porte. Le mot heta figure à la fois dans le passage de la meila (Vayikra 5, 15) et dans celui de la terouma (Bamidbar 18, 32) ; cette guezera chava transporte à la meila la règle de la terouma, où le prélèvement fait par un messager vaut comme s'il avait été fait par le propriétaire.

14
אֶלָּא אָמַר רָבָא: לֹא נִצְרְכָא אֶלָּא לְכִדְתַנְיָא: נִזְכַּר בַּעַל הַבַּיִת וְלֹא נִזְכַּר שָׁלִיחַ — שָׁלִיחַ מָעַל. שָׁלִיחַ עַנְיָא מַאי קָא עָבֵיד? הַייְנוּ כַּהֲרָרִין הַתְּלוּיִין בִּשְׂעָרָה.

Rava dit plutôt : cela n'était nécessaire que pour ce qui est enseigné dans une baraita : le maître de maison s'est souvenu et le messager ne s'est pas souvenu — c'est le messager qui a commis la meila. Mais ce pauvre messager, qu'a-t-il donc fait ?

Voilà ce qui est « comme des montagnes suspendues à un cheveu ».

📜 Rachi (2)
נִזְכַּר בַּעַל הַבַּיִת כּוּ' בָּרַייְתָא הִיא בְּפֶ' בָּתְרָא דִּמְעִילָה וְהָכִי גָּרְסִינַן לְכִדְתַנְיָא נִזְכַּר בַּעַל הַבַּיִת שֶׁהֵן שֶׁל הֶקְדֵּשׁ עַד שֶׁלֹּא יַגִּיעַ שְׁלִיחַ אֵצֶל חֶנְוָנִי וְלֹא נִזְכַּר שָׁלִיחַ וְהוֹצִיאָן הַשָּׁלִיחַ חַיָּיב:
« Le maître de maison s'est souvenu », etc. : c'est une baraita au dernier chapitre de Meila, et voici la version que nous lisons : « comme il est enseigné : le maître de maison s'est souvenu qu'il s'agissait de biens consacrés avant que le messager ne parvienne chez le boutiquier, et le messager ne s'en est pas souvenu et les a dépensés : il est tenu pour responsable. »
שְׁלִיחַ עַנְיָא מַאי עֲבַד נְהִי דְּבַעַל הַבַּיִת פָּטוּר דְּכֵיוָן דְּנִזְכַּר אֲנַן סָהֲדֵי דְּתוּ לָא נִיחָא לֵיהּ בִּשְׁלִיחוּתֵיהּ דְּהָאֵיךְ וּמֵהַשְׁתָּא לָאו שְׁלוּחוֹ הוּא וּמִיהָא שָׁלִיחַ מַאי עֲבִיד:
« Ce pauvre messager, qu'a-t-il fait ? » : certes le maître de maison est exempt, car dès lors qu'il s'est souvenu, nous témoignons tous que la mission de cet homme ne lui agrée plus, et dès cet instant celui-ci n'est plus son messager ; mais malgré tout, le messager, qu'a-t-il fait ?
💡 Explication

Rava propose un autre cas. Le mandant se rappelle, avant que la dépense soit faite, que l'argent était consacré ; son intention cesse alors et la mission tombe. Le messager, qui ignore tout, dépense l'argent et se trouve seul responsable.

Ce qui étonne ici tient à l'asymétrie : le messager n'a rien fait d'autre qu'obéir, et ce sont les pensées d'un autre homme qui décident de sa responsabilité.

15
אָמַר רַב אַשִּׁי: מַאי קוּשְׁיָא? דִּלְמָא מִידֵּי דְּהָוֵה אַמּוֹצִיא מְעוֹת הֶקְדֵּשׁ לְחֻולִּין!

Rav Achi dit : où est la difficulté ? Peut-être en va-t-il comme pour celui qui dépense de l'argent consacré à des fins profanes !

📜 Rachi (1)
מִידִי דַּהֲוָה אַשְּׁאָר כֹּל מוֹצִיאִין מְעוֹת הֶקְדֵּשׁ לְחֻולִּין בְּשׁוֹגֵג שֶׁיִּמְעֲלוּ אַף זֶה בְּשׁוֹגֵג הוֹצִיאָן דְּכֵיוָן שֶׁבִּיטֵּל הַמְשַׁלֵּחַ שְׁלִיחוּתוֹ הֲוָה לֵיהּ אִיהוּ מוֹצִיא:
« Il en va comme » : comme pour tous les autres qui dépensent par inadvertance de l'argent consacré à des fins profanes et commettent ainsi la meila. Celui-ci aussi les a dépensés par inadvertance, car dès lors que le mandant a annulé sa mission, c'est lui-même qui se trouve être celui qui dépense.
💡 Explication

Rav Achi écarte à son tour l'étonnement. Une fois la mission annulée par le souvenir du mandant, le messager n'agit plus pour autrui : il devient un homme ordinaire qui dépense par inadvertance de l'argent consacré, et il relève de la règle commune de la meila.

16
אֶלָּא אָמַר רַב אָשֵׁי: לֹא נִצְרְכָא אֶלָּא לִכְדִתְנַן: נָטַל אֶבֶן אוֹ קוֹרָה שֶׁל הֶקְדֵּשׁ — הֲרֵי זֶה לֹא מָעַל, נְתָנָהּ לַחֲבֵירוֹ — הוּא מָעַל וַחֲבֵירוֹ לֹא מָעַל. מִכְּדֵי מִישְׁקָל שָׁקְלָה, מַה לִי הוּא וּמַה לִי חֲבֵירוֹ? הַייְנוּ כַּהֲרָרִין הַתְּלוּיִין בִּשְׂעָרָה.

Rav Achi dit plutôt : cela n'était nécessaire que pour ce que nous avons appris dans la michna : s'il a pris une pierre ou une poutre consacrée, il n'a pas commis la meila ; s'il l'a donnée à son prochain, lui a commis la meila et son prochain ne l'a pas commise. Or il l'avait bien prise : quelle différence y a-t-il pour moi entre lui et son prochain ?

Voilà ce qui est « comme des montagnes suspendues à un cheveu ».

📜 Rachi (2)
הוּא מָעַל דְּכֵיוָן שֶׁנְּתָנָם לוֹ הוֹצִיאָן מִיַּד הֶקְדֵּשׁ לְחֻולִּין:
« Lui a commis la meila » : puisque en la lui donnant il l'a fait sortir de la main du hekdech vers le profane.
וַחֲבֵרוֹ לֹא מָעַל בְּכָל שֶׁיַּעֲשֶׂה הוּא בָּהּ דְּהָא דִּידֵיהּ הִיא וְעָלֶיהָ דְּהָאֵיךְ לְשַׁלּוֹמֵי לְהֶקְדֵּשׁ כְּדִכְתִיב וַאֲשֶׁר חָטָא מִן הַקֹּדֶשׁ יְשַׁלֵּם (וַיִּקְרָא ה׳:ט״ז):
« Et son prochain n'a pas commis la meila » : quoi qu'il fasse avec elle, car elle est désormais sienne, et c'est à celui-là qu'il revient de rembourser le hekdech, ainsi qu'il est écrit : « et ce dont il aura fauté à l'égard du sanctuaire, il le paiera » (Lev. 5, 16).
🗂️ Tossefot (2)
נְתָנָהּ לַחֲבֵרוֹ מָעַל. וְלָא דָּמֵי לְהַהִיא דִּנְתָנָהּ לְחֶנְוָנִי דְּלָא מָעַל דְּהָתָם מַייְרֵי בְּמֵזִיד וְאֵין מִתְחַלֵּל וְחֶנְוָנִי דְּלָא מָעַל עַד שֶׁיּוֹצִיא הָתָם מִשּׁוּם דְּלָא עָבֵד מַעֲשֶׂה:
« Il l'a donnée à son prochain : il a commis la meila. » Cela ne ressemble pas au cas où il l'a donnée au boutiquier sans commettre la meila, car là il s'agit d'un acte délibéré et le bien n'est alors pas profane ; quant au boutiquier, qui ne commet la meila qu'au moment où il dépense, c'est parce qu'il n'avait accompli aucun acte.
מִשְׁקָל שַׁקְלַהּ מַה לִי הוּא מַה לִי חֲבֵרוֹ. יֵשׁ תֵּימַהּ דְּוַדַּאי שִׁינָּה הַרְבֵּה כֵּיוָן שֶׁנְּתָנָהּ לַחֲבֵרוֹ יֵשׁ לוֹ לִמְעוֹל מִשּׁוּם טוֹבַת הֲנָאָה שֶׁל שְׁאֵלָה כִּדְאָמְרִינַן פֶּרֶק הַשּׁוֹאֵל (בּ"מ דַּף צט.) הַמַּשְׁאִיל קֻורְדֹּום שֶׁל הֶקְדֵּשׁ מָעַל לְפִי טוֹבַת הֲנָאָה שֶׁל חֲבֵרוֹ וַחֲבֵרוֹ מֻותָּר לְבַקֵּעַ בּוֹ לְכַתְּחִלָּה אֲבָל כִּי לֹא נְתָנָהּ אַכַּתִּי לֹא נֶהֱנֶה מִמֶּנָּה כְּלוּם וְי"ל דְּהָכָא מַיְירֵי שֶׁמִּתְכַּוֵּין לְהוֹצִיא מֵרְשׁוּת הֶקְדֵּשׁ וּבִמְנָחוֹת (דַּף קא.) פֵּירַשְׁתִּי:
« Il l'avait bien prise : quelle différence entre lui et son prochain ? » Il y a lieu de s'étonner, car assurément il a beaucoup changé les choses : dès lors qu'il l'a donnée à son prochain, il doit commettre la meila en raison de la tovat hanaa (l'avantage retiré) du prêt, comme nous le disons au chapitre HaChoel (Baba Metsia 99a) : celui qui prête une hache consacrée commet la meila à hauteur de la tovat hanaa de son prochain, et son prochain a le droit de fendre du bois avec elle d'emblée ; tandis que tant qu'il ne l'a pas donnée, il n'en a encore tiré aucun profit. On peut répondre qu'ici il est question de quelqu'un qui a l'intention de la faire sortir du domaine du hekdech ; et dans Menahot (101a) je l'ai expliqué.
💡 Explication

Le dernier candidat vient de Meila 19b. Prendre un bien consacré ne constitue pas encore une meila ; le remettre à autrui la constitue, et pour celui qui donne seulement. Celui qui reçoit peut ensuite en user librement, car le bien est déjà sorti du domaine du hekdech.

L'étonnement porte sur le point de bascule : l'acte de prendre était déjà accompli, et c'est le geste de transmettre qui produit tout l'effet.

🖼️ Schéma
La pierre ou la poutre consacrée : prendre, puis donner Il la prend Aucune meila. Le bien reste dans le domaine du hekdech. puis Il la donne à autrui Lui commet la meila : il paiera principal et cinquième. Celui qui reçoit Pas de meila, quoi qu'il en fasse : la pierre est désormais sienne. La question de la guemara Il l'avait déjà prise : quelle différence entre la garder et la remettre à un autre ? La réponse des Tossefot Tant qu'il la garde il n'en tire aucun profit ; en la donnant il gagne la tovat hanaa du prêt.
Les trois moments du cas : prendre, donner, recevoir — et ce que chacun entraîne.
17
וּמַאי קֻושְׁיָא? דִּלְמָא כְּדִשְׁמוּאֵל, דְּאָמַר שְׁמוּאֵל: הָכָא

Et où est la difficulté ? Peut-être en va-t-il selon Chmouel, car Chmouel a dit : ici

💡 Explication

La guemara refuse encore de s'arrêter. Une explication de Chmouel est annoncée, qui rendra le cas de la pierre intelligible et lui ôtera son caractère de montagne suspendue. La phrase reste inachevée : la suite se lit au début de 11a.

✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).