Chagigah 11b — Ce qui ne s'expose pas devant tous : sitrei arayot, maasse berechit, maasse merkava, et les quatre regards interdits

Chagigah 11b

Sougya : Le folio achève d'abord le deuxième chapitre en montrant d'où se tire l'interdit portant sur sa fille née d'une femme violée : une guezera chava sur le mot hena pour l'interdit, une seconde sur le mot zima pour la peine, après quoi la guemara corrige la michna précédente — les matières explicitées et celles qui le sont moins sont également des corps de Torah. S'ouvre ensuite le chapitre Ein dorchin, qui fixe trois seuils d'auditoire : les arayot ne s'exposent pas devant trois, le maasse berechit devant deux, la merkava devant un seul, sauf sage comprenant de lui-même.

La guemara relève une contradiction interne à la michna et réforme sa lecture : les nombres comptent les élèves, non le maître. Elle cherche alors un appui scripturaire au premier seuil, essaie ich ich puis ouchmartem, écarte les deux, et s'arrête à Rav Achi : la règle ne vise que les sitrei arayot et repose sur un raisonnement — à trois, deux élèves discutent entre eux, perdent la parole du maître et risquent de permettre un interdit.

Le folio s'achève sur la baraita qui découpe Deut. 4, 32 pour délimiter ce dont on a le droit de s'enquérir, et qui exclut les quatre regards de la michna.

La michna relue par la guemara : les nombres comptent les élèves Matière Michna : be- (devant) Guemara : le- (à) Arayot (unions interdites) et plus précisément les sitrei arayot pas devant trois = deux élèves + le maître pas à trois élèves hors le maître : deux, oui Maassé berechit le récit de la Création pas devant deux = un élève + le maître pas à deux élèves à un seul, oui Maassé merkava le Char de la vision pas devant un seul = lui seul, sans maître d'où la contradiction pas à un élève sauf s'il est sage et comprend de lui-même La difficulté qui force la relecture Si la merkava est interdite même à un homme seul, il n'a plus de maître : il ne comprend que de lui-même — or la michna autorise justement celui qui comprend de lui-même. Donc les nombres désignent des élèves.
Les trois matières et leur seuil d'auditoire, avant et après la correction de la guemara.
D'où vient : on n'expose pas les arayot devant trois ? 1. ich ich el kol chear bessaro ich ich = deux, chear bessaro = un, et : lo tikrevou, ne vous approchez pas. Objection ich ich se lit aussi pour le blasphème et pour le Molekh. Même règle là-bas ? Réponse, puis contre-réponse Là-bas, ich ich sert à inclure les non-Juifs, tenus eux aussi par ces interdits. Mais ici aussi les non-Juifs sont tenus. 2. ouchmartem et michmarti ouchmartem = deux, michmarti = un, et : ne pratiquez pas ces abominations. Objection sans réponse Le même ouchmartem ouvre aussi le Chabbat, les matsot, la garde du sanctuaire. Les enseignerait-on de même ? Les deux appuis tombent Aucun verset ne porte la règle ; il faut chercher ailleurs. Rav Achi : deux corrections à la fois 1. L'objet de la règle se restreint : seuls les sitrei arayot, les unions interdites que la Torah n'explicite pas et qui se tirent d'une derasha, tombent sous l'interdit d'exposer. 2. Son fondement change de nature : sevara, un raisonnement, là où l'on cherchait un verset.
Les deux appuis scripturaires essayés, leur échec, et la double correction de Rav Achi.
Les quatre regards interdits, et le domaine où la question reste permise Domaine permis d'une extrémité des cieux à l'autre extrémité des cieux et, dans le temps : depuis le premier des six jours de la Création ma lemaala ce qui est en haut ma lemata ce qui est en bas ma lefanim ce qui est avant ma leahor ce qui est après Rachi : lefanim et leahor sont des directions au-delà de la cloison du firmament, est et ouest. Tossefot : ce sont des moments — avant la création du monde, et après sa fin.
Ce sur quoi la baraita autorise la question, et les quatre regards qu'elle en exclut.
1
לְבִתּוֹ מֵאֲנוּסָתוֹ, דְּלָא כְּתִיבָא.

— à sa fille née de la femme qu'il a violée, qui n'est pas écrite explicitement dans la Torah.

📜 Rachi (1)
לְבִתּוֹ מֵאֲנוּסָתוֹ דְּלָא כְּתִיבָא דְּאִילּוּ בִּתּוֹ מֵאִשְׁתּוֹ כְּתִיבָא עֶרְוַת אִשָּׁה וּבִתָּהּ וְגוֹ' (וַיִּקְרָא י״ח:ט׳-י׳) מַשְׁמַע בֵּין שֶׁהַבַּת מִמֶּנּוּ בֵּין מֵאִישׁ אַחֵר וּכְתִיב קְרָא אַחֲרִינָא עֶרְוַת בַּת בִּנְךָ אוֹ בַת בִּתְּךָ וְגוֹ' וּמוֹקְמִינַן לָהּ בִּיבָמוֹת (דַּף צז.) בְּבִתּוֹ מֵאֲנוּסָתוֹ מִדְּלָא אָסַר הַכָּתוּב בַּת בִּתָּהּ שֶׁל אִשָּׁה זוֹ אֶלָּא בְּבַת הַבַּת שֶׁנּוֹלְדָה הֵימֶנּוּ וּבְהַאי קְרָא דַּאֲנוּסָה בַּת בִּתּוֹ וּבַת בְּנוֹ כְּתִיב בִּתּוֹ לָא כְּתִיב וא"ת ק"ו הוּא אֵין מַזְהִירִין מִן הַדִּין וְאֵין עוֹנְשִׁין מִדִּין ק"ו דִּינֵי מָמוֹנוֹת וּמִצְוַת עֲשֵׂה וְהִלְכוֹת עֲבוֹדָה וּפְסוּלֵי קָדָשִׁים אַתָּה לָמֵד בק"ו אֲבָל לֹא אַזְהָרוֹת וְעוֹנְשִׁין וּמִקְּרָאֵי נָפְקָא לָן בְּמַס' מַכּוֹת (דַּף ה:) וּמֵהֵיכָן נָפְקָא לָן לְבִתּוֹ מֵאֲנוּסָתוֹ:
« À sa fille née de la femme qu'il a violée, qui n'est pas écrite » : car sa fille née de son épouse, elle, est bien écrite — « la nudité d'une femme et de sa fille », etc. (Lev. 18, 17), ce qui vaut aussi bien pour la fille qu'il a eue d'elle que pour celle qu'elle a eue d'un autre homme. Et un autre verset est écrit : « la nudité de la fille de ton fils ou de la fille de ta fille », etc. (Lev. 18, 10), que nous rapportons dans Yebamot (97a) à la fille née d'une femme violée, puisque l'Écriture n'a interdit la petite-fille de cette femme que lorsqu'il s'agit d'une fille de fille née de lui. Or dans ce verset qui traite de la femme violée, seules la fille de sa fille et la fille de son fils sont écrites ; sa fille, elle, n'est pas écrite. Et si tu dis que cela découle d'un kal va-homer (raisonnement à fortiori) : on n'énonce pas d'interdit par déduction et on n'inflige pas de peine à partir d'un kal va-homer. Les lois civiles, les commandements positifs, les lois du service et les invalidations de sacrifices, tu les apprends par kal va-homer, mais non les mises en garde ni les peines ; et cela, nous le tirons de versets, dans le traité Makot (5b). D'où, alors, tirons-nous l'interdit portant sur sa fille née d'une femme violée ?
🗂️ Tossefot (1)
לְבִתּוֹ מֵאֲנוּסָתוֹ. הַהִיא דְּעֶרְוַת בַּת בִּנְךָ מוֹקְמִינַן לָהּ בְּרֵישׁ נוֹשְׂאִין עַל הָאֲנוּסָה (יְבָמוֹת צז.) דְּמַשְׁמַע הָא בַּת בְּנָהּ דִּידַהּ גַּלִּי בַּאֲנוּסָתוֹ וְאִידָךְ דְּאִשָּׁה וּבִתָּהּ לֹא תִּגָּלֶה בְּנִישּׂוּאִין דִּכְתִיב בָּהּ שְׁאֵר:
« À sa fille née de la femme qu'il a violée. » Le verset « la nudité de la fille de ton fils » est rapporté, au début du chapitre Nossin al haanoussa (Yebamot 97a), au cas de la femme violée : il en ressort que la fille de son fils à elle, l'Écriture l'a découverte à propos de la femme violée ; tandis que l'autre verset, « une femme et sa fille tu ne découvriras pas », vise le mariage, puisque le mot chear (parenté proche) y est écrit.
💡 Explication

Ce membre de phrase achève la discussion du folio précédent sur les arayot (unions interdites), dont la michna disait qu'elles ont de quoi s'appuyer. Le cas retenu est celui de la fille née d'une femme que l'homme a violée sans l'épouser. La Torah interdit expressément la fille de l'épouse, la fille de son fils et la fille de sa fille ; la fille née du viol, elle, n'est jamais nommée.

L'appui existe donc, mais il se tient hors du texte explicite : il faut une guezera chava (analogie verbale) pour l'atteindre, et c'est ce qui suit.

2
דְּאָמַר רָבָא, אָמַר לִי רַבִּי יִצְחָק בַּר אַבְדִּימִי: אָתְיָא ״הִנֵּה״ ״הֵנָּה״.

Car Rava a dit : Rabbi Yits'hak bar Avdimi m'a dit : cela se tire par une guezera chava (analogie verbale) sur le mot hena (elles) et hena.

📜 Rachi (1)
אָמַר רָבָא אֲמַר לִי ר' יִצְחָק בַּר אַבְדִּימִי אָתְיָא הֵנָּה הֵנָּה לְאִיסּוּרָא אָתְיָא זִימָּה זִימָּה לִשְׂרֵיפָה כְּתִיב בְּנִישּׂוּאִין שַׁאֲרָה הֵנָּה זִימָּה הִיא וּכְתִיב בָּאֳונָסִין כִּי עֶרְוָתֵךְ הִנֵּה מֶה הָאָמוּר בְּנִשּׂוּאִין עָשָׂה הַכָּתוּב בִּתָּהּ כְּבַת בִּתָּהּ וּכְבַת בְּנָהּ אַף בָּאֳונָסִין עָשָׂה הַכָּתוּב בִּתּוֹ כְּבַת בִּתּוֹ וּכְבַת בְּנוֹ אָתְיָא זִימָּה זִימָּה לִשְׂרֵיפָה מֵאַחַר שֶׁלָּמַדְתָּ אֲנוּסָה מִנְּשׂוּאָה וּבִנְשׂוּאָה כְּתִיב זִימָּה הִיא כַּמָּה דִּכְתִיב בַּאֲנוּסָה דָּמֵי וַחֲזוֹר וּלְמֹוד בָּהּ שְׂרֵיפָה מֵאִישׁ אֲשֶׁר יִקַּח אֶת אִשָּׁה וְאֶת אִמָּהּ זִימָּה הִיא בָּאֵשׁ יִשְׂרְפוּ אֹותוֹ וְאֶתְהֶן (וַיִּקְרָא כ׳:י״ד):
« Rava a dit : Rabbi Yits'hak bar Avdimi m'a dit : cela se tire hena-hena » : cette analogie-là porte l'interdit, et l'analogie zima-zima porte la peine du bûcher. Il est écrit à propos du mariage : « elles (hena) sont proches parentes, c'est une zima » (Lev. 18, 17), et il est écrit à propos des unions par viol : « car elles (hena) sont ta propre nudité » (Lev. 18, 10). De même que, pour le mariage, l'Écriture a rendu la fille de la femme semblable à la fille de sa fille et à la fille de son fils, de même, pour les unions par viol, l'Écriture a rendu sa fille à lui semblable à la fille de sa fille et à la fille de son fils. « Cela se tire zima-zima » pour le bûcher : dès lors que tu as appris le cas de la femme violée à partir de l'épousée, et qu'à propos de l'épousée il est écrit « c'est une zima », tout se passe comme si ce mot était écrit à propos de la femme violée ; reviens alors y apprendre la peine du bûcher, depuis « un homme qui prend une femme et sa mère, c'est une zima : on les brûlera au feu, lui et elles » (Lev. 20, 14).
🗂️ Tossefot (1)
דְּאָמַר רָבָא אֲמַר לִי רַב יִצְחָק בַּר אַבְדִּימִי. תְּרֵי הָווּ פִּי' בפ"ק דִּיבָמוֹת (דַּף ג. וְשָׁם) וּבְפֶרֶק כָּל הַבָּשָׂר (חֻולִּין דַּף קי. וְשָׁם):
« Car Rava a dit : Rav Yits'hak bar Avdimi m'a dit. » Ils étaient deux à porter ce nom ; cela est expliqué au premier chapitre de Yebamot (3a) et au chapitre Kol haBassar (Houlin 110a).
💡 Explication

Le mot hena, « elles », de forme rare, apparaît dans le verset des unions par mariage (Lev. 18, 17) et dans celui des unions par viol (Lev. 18, 10). La guezera chava transporte de l'un à l'autre ce que le premier contient : de même que, pour l'épousée, la fille est interdite au même titre que la petite-fille, de même, pour la femme violée, la fille est interdite au même titre que la petite-fille.

Rachi ajoute le second étage du raisonnement : une fois l'interdit acquis, une seconde guezera chava sur le mot zima (débauche) va chercher dans Lev. 20, 14 la peine du bûcher.

🖼️ Schéma
Deux guezerot chavot en chaîne : d'abord l'interdit, ensuite la peine Lev. 18, 17 — la femme épousée Une femme et sa fille, la fille de son fils et la fille de sa fille : hena, elles sont proches parentes, c'est zima. Lev. 18, 10 — la femme violée La fille de ton fils et la fille de ta fille : hena, elles sont ta propre nudité. Sa fille à elle n'y est pas écrite. hena Premier résultat : l'interdit Sa fille née de la femme violée est interdite, comme la fille de sa fille et la fille de son fils. zima Second résultat : la peine Le mot zima renvoie à Lev. 20, 14, où la peine du bûcher est énoncée ; elle s'applique donc ici.
Le mot hena porte l'interdit d'un verset à l'autre ; le mot zima y ajoute ensuite la peine.
3
אָתְיָא ״זִימָּה״ ״זִימָּה״.

Et la peine se tire par une guezera chava sur le mot zima (débauche) et zima.

4
הֵן הֵן גּוּפֵי תּוֹרָה. הָנֵי — אִין, הָנָךְ לָא? אֶלָּא אֵימָא: הֵן וְהֵן גּוּפֵי תוֹרָה.

« Celles-ci et celles-ci (hen hen) sont des corps de Torah. » Celles-ci, oui, et celles-là, non ? Dis plutôt : celles-ci et celles-là (hen vehen) sont des corps de Torah.

📜 Rachi (2)
הָנֵי אִין הָנָךְ לָא הָנֵי דְּמִיפָּרְשִׁי הָווּ גּוּפֵי תּוֹרָה הָנָךְ דְּלָא מִיפָּרְשִׁי כֻּולֵּי הַאי לָאו גּוּפֵי תּוֹרָה בִּתְמִיהַּ:
« Celles-ci, oui, celles-là, non ? » : celles qui sont explicitées seraient des corps de Torah, et celles qui ne le sont pas à ce point ne seraient pas des corps de Torah ? Ceci est dit sur le ton de l'étonnement.
הֵן וָהֵן אֵלּוּ וְאֵלּוּ:
« Hen vehen » : les unes et les autres.
💡 Explication

La michna avait classé les matières selon la solidité de leur appui scripturaire : certaines volent en l'air sans rien à quoi s'appuyer, d'autres ont de quoi s'appuyer, et elle concluait : hen hen, celles-ci sont des corps de Torah.

La guemara refuse la lecture restrictive que la formule autorise : si seules les matières bien appuyées étaient des corps de Torah, les autres cesseraient de l'être. Elle corrige donc en hen vehen, les unes et les autres. La qualité de l'appui mesure la difficulté de la matière, elle ne mesure pas sa dignité.

5
הֲדַרַן עֲלָךְ הַכֹּל חַיָּיבִין

Nous reviendrons vers toi, chapitre « Tous sont tenus ».

6
אֵין דּוֹרְשִׁין בָּעֲרָיוֹת בִּשְׁלֹשָׁה, וְלֹא בְּמַעֲשֵׂה בְרֵאשִׁית בִּשְׁנַיִם, וְלֹא בַּמֶּרְכָּבָה בְּיָחִיד, אֶלָּא אִם כֵּן הָיָה חָכָם וּמֵבִין מִדַּעְתּוֹ.

MICHNA. On n'expose pas les arayot (unions interdites) devant trois, ni le maasse berechit (le récit de la Création) devant deux, ni la merkava (le Char divin) devant un seul, à moins qu'il ne soit un sage comprenant de lui-même.

📜 Rachi (3)
מַתְנֵי' אֵין דּוֹרְשִׁין בִּשְׁלֹשָׁה. שְׁנַיִם וְהוּא:
« On n'expose pas » devant trois : deux auditeurs et lui.
בִּשְׁנַיִם אֶחָד וְהוּא:
« Devant deux » : un auditeur et lui.
בְּיָחִיד אֵין שָׁם אֶלָּא הוּא לְבַדּוֹ וּבַגְּמָ' מְפָרֵשׁ לָהּ:
« Devant un seul » : il n'y a là que lui seul ; et la guemara l'explique.
🗂️ Tossefot (1)
מַתְנֵי' אֵין דּוֹרְשִׁין. בְּמַעֲשֵׂה בְּרֵאשִׁית. פִּי' ר"ת הוּא שֵׁם מ"ב אוֹתִיּוֹת הַיּוֹצֵא מִבְּרֵאשִׁית וּמִפָּסוּק שֶׁל אַחֲרָיו:
« On n'expose pas... le maasse berechit. » Rabbenou Tam explique qu'il s'agit du Nom de quarante-deux lettres qui se dégage du mot Berechit et du verset qui le suit.
🪔 Ben Yehoyada (2)
וְלֹא בְּמַעֲשֵׂה בְרֵאשִׁית בִּשְׁנַיִם. כָּתַב הָרַב פֶּתַח עֵינַיִם זַ"ל שֶׁכָּתַב הָרַב הַקָּדוֹשׁ מוֹרֵנוּ הָרַב רַבִּי חַיִּים וִיטַאל זַ"ל שָׁמַעְתִּי מִמּוֹרִי הָרַב זלה"ה [זִכְרוֹנוֹ לְחַיֵּי הָעוֹלָם הַבָּא] דְּמַעֲשֵׂה בְּרֵאשִׁית הֵם דְּרוּשֵׁי עוֹלַם הַתֹּוהוּ שֶׁזֶּה הָיָה בִּבְרֵאשִׁית קֹודֶם הַתִּיקּוּן וּמַעֲשֵׂה מֶרְכָּבָה הֵם דְּרוּשֵׁי הַתִּיקּוּן וְהִתְלַבְּשׁוּת הַפַּרְצוּפִים זֶה בָּזֶה וְזֶה נִקְרָא חִידּוּשׁ הָעוֹלָם וְהַשִּׁינּוּיִים שֶׁיֵּשׁ מִזְּמַן לִזְמַן בְּעִנְייְנֵי סֵדֶר הִתְלַבְּשׁוּת עַד כָּאן לְשׁוֹנוֹ הָרַב זַ"ל עַייֵּן שָׁם. וְהִנֵּה דְּבָרִים אֵלּוּ שֶׁכָּתַב מוֹרֵנוּ הָרַב רַבִּי חַיִּים וִיטַאל זַ"ל בְּשֵׁם רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל הֵם מְכֻוָּונִים אֶל הַדְּבָרִים שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ זַ"ל בְּשַׁעַר מַאַמְרֵי רַשְׁבִּ"י בְּרֵישׁ בֵּיאוּר אִדְּרָא רַבָּא בְּמַאֲמָר אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן לְחַבְרַיָּיא: עַד מָתַי נָתִיב אַקְּייָמָא דְּחַד סַמְכָא וְכוּ' עַייֵּן שָׁם דְּהָרוֹאֶה יִרְאֶה הַדְּבָרִים עוֹלִים בְּקָנֶה אֶחָד. אָמְנָם לְפִי דִּבְרֵי רַבֵּינוּ זַ"ל דִּמְפָרֵשׁ מַעֲשֵׂה בְּרֵאשִׁית הוּא בִּדְבָרִים דְּקֹודֶם הַתִּיקּוּן צָרִיךְ לְהָבִין מָה הֶפְרֵשׁ יֵשׁ בֵּין זֶה לָזֶה לְעִנְיַן הַלִּימּוּד דְּבָזֶה הֻותַּר בִּשְׁנַיִם וּבְהַךְ בְּיָחִיד דַּוְקָא? וְנִרְאֶה לִי טַעְמָא מִשּׁוּם דְּהַדְּרוּשׁ שֶׁדּוֹרֵשׁ הָרַב לְתַלְמִידוֹ בְּמַה שֶׁהָיָה קֹודֶם הַתִּיקּוּן אֵין דֶּרֶךְ הַדְּרוּשִׁים הָהֵם לְדַבֵּר בָּם בְּעֹומֶק הַרְבֵּה וְלֹא בְּהַרְחָבַת דְּבָרִים כִּי אִם דֶּרֶךְ כְּלָל בְּקִיצּוּר מִפְּנֵי שֶׁאֵין הַמִּקְרָאוֹת וְסוֹד הַמִּצְוֹת וְהַתְּפִילּוֹת בְּנוּיִים עֲלֵיהֶם אַךְ בַּדְּרוּשִׁים הַמְדַבְּרִים בַּסּוֹדוֹת שֶׁאַחַר הַתִּיקּוּן מֻוכְרָח לְדַבֵּר בְּעֹומֶק וּלְהַרְחִיב הַדְּבָרִים וּמֻוכְרָח שֶׁיַּרְבֶּה לַעֲשׂוֹת דִּמְיוֹנוֹת וְצִיּוּרִים וּמַשְׁלִים לְהַסְבִּיר הָעִנְיָן לְשַׁכֵּךְ אֶת הָאֹוזֶן מִפְּנֵי כִּי עַתָּה כָּל הַמִּקְרָאוֹת וּמַעֲשֵׂה הַמִּצְוֹת וְנֻוסַּח הַתְּפִילּוֹת בְּנוּיִים עֲלֵיהֶם וּמֻוכְרָח שֶׁהַתַּלְמִיד יַרְבֶּה לִשְׁאוֹל בָּהֶם כַּמָּה שְׁאֵלוֹת וְיִצְטָרֵךְ הָרַב לְהַרְבּוֹת לוֹ תְּשׁוּבוֹת בְּדֶרֶךְ מָשָׁל וְדִמְיוֹן וְצִיּוּר. וּלְכָךְ אָמְרוּ וְלֹא בַּמֶּרְכָּבָה בְּיָחִיד אֶלָּא אִם כֵּן הָיָה חָכָם מֵבִין מִדַּעְתּוֹ כְּדֵי שֶׁלֹּא יַרְבֶּה בִּשְׁאֵלוֹת וְיִצְטָרֵךְ הָרַב לְהָשִׁיב לוֹ תְּשׁוּבוֹת בְּדֶרֶךְ מָשָׁל וְדִמְיוֹן. וְהִנֵּה בַּפָּסוּק שְׁאַל נָא לְיָמִים רִאשֹׁנִים (דְּבָרִים ד, לב) פֵּירְשׁוּ בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ דְּאֵין מְקוֹם שְׁאֵלָה וּדְרִישָׁה וַחֲקִירָה אֶלָּא בְּשִׁבְעָה יְמֵי בְּרֵאשִׁית בִּלְבַד שֶׁהֵם שִׁבְעָה תַּחְתּוֹנוֹת אֲבָל בְּשָׁלֹשׁ סְפִירוֹת רִאשׁוֹנוֹת אֵין מְקוֹם חֲקִירָה כְּלָל עַיֵּין שָׁם. (וְעַייֵּן רֵישׁ שַׁעַר הַקְדָּמוֹת מַה שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ זַ"ל תֵּירוּץ קֻושְׁיָא גְּדוֹלָה שֶׁנִּתְקַשּׁוּ בָּהּ חֲכָמִים גְּדוֹלִים עַייֵּן שָׁם, וְהוּבְאוּ דְּבָרָיו אֵלּוּ גַּם בְּסֵפֶר עֵץ חַיִּים שַׁעַר עִיגּוּלִים וְעַייֵּן דִּבְרֵי שָׁלוֹם מַה שֶּׁבֵּיאֵר בָּזֶה בְּדַף ל"א וְעַייֵּן מִקְדַּשׁ מֶלֶךְ דַּף א') וְאֵין אֲנַחְנוּ רַשָּׁאִין וְכִדְאִין לְהַאֲרִיךְ בִּדְבָרִים אֵלּוּ וּלְפַלְפֵּל בָּהֶם וְזֹאת אַגִּיד מַה שֶׁכָּתַב בֶּן סִירָא (חֲגִיגָה יג.) 'בַּמֶּה שֶׁהָורְשֵׁיתָ הִתְבּוֹנֵן אֵין לְךָ עֵסֶק בַּנִּסְתָּרוֹת' עִנְיַן עֵסֶק זֶה הוּא מַשָּׂא וּמַתָּן בִּשְׁאֵלָה וּתְשׁוּבָה בֵּין הַתַּלְמִיד וּבֵין רַבּוֹ וְאָמַר לוֹ הִתְבּוֹנֵן אַתָּה מֵעַצְמְךָ אִם יֵשׁ לְךָ כֹּחַ לְהָבִין. וְדַע דְּרָאִיתִי לְרַבֵּינוּ מוֹרֵנוּ הָרַב רַבִּי חַיִּים וִיטַאל זַ"ל בְּשַׁעַר קְדֻושָּׁה שֶׁכָּתַב וְזֶה לְשׁוֹנוֹ: וְהִנֵּה זֶה עִנְיַן מַרְאוֹת יְחֶזְקֵאל הַנִּקְרָא מַעֲשֵׂה מֶרְכָּבָה לִהְיוֹת הַמַּדְרֵגוֹת מֻורְכָּבוֹת זוֹ עַל זוֹ וְכוּ' עַייֵּן שָׁם וְאֵין זֶה סוֹתֵר לְמַה שֶׁאָמַר בְּפֶתַח עֵינַיִם בִּשְׁמוֹ בְּמַשְׁמָעוּת מַעֲשֵׂה מֶרְכָּבָה כַּנִּזְכָּר לְעֵיל דְּבֶאֱמֶת הַכֹּל עוֹלֶה בְּקָנֶה אֶחָד שֶׁגַּם בַּמֶּרְכָּבָה שֶׁל מַרְאוֹת יְחֶזְקֵאל הַנָּבִיא ע"ה יֶשְׁנָם לַסּוֹדוֹת הַמֶּרְכָּבָה שֶׁל אַחַר הַתִּיקּוּן שֶׁמֶּרְכָּבָה שֶׁל יְחֶזְקֵאל הַנָּבִיא ע"ה הָיָה בְּנוּיָה עַל סוֹדוֹת אֵלּוּ שֶׁאַחַר הַתִּיקּוּן וְשָׁייְכִי בְּהוּ.
« Ni le maasse berechit devant deux. » Le Rav Petah Enayim a rapporté ce qu'a écrit le saint maître, notre maître Rabbi Haïm Vital : « J'ai entendu de mon maître — que son souvenir soit pour la vie du monde à venir — que le maasse berechit désigne les enseignements sur le monde du tohou (le monde de la confusion), qui fut au commencement, avant le tikoun (la réparation), et que le maasse merkava désigne les enseignements sur le tikoun et sur le revêtement des partsoufim (les configurations) l'un dans l'autre ; cela s'appelle le renouvellement du monde, ainsi que les changements qui surviennent d'un temps à l'autre dans l'ordre de ces revêtements. » Fin de la citation du maître ; vois-y. Or ces paroles qu'a écrites notre maître Rabbi Haïm Vital au nom de l'Ari s'accordent avec ce que ce dernier a écrit dans le Chaar Maamarei Rachbi, au début du commentaire de l'Idra Rabba, sur le passage « Rabbi Chimon dit aux compagnons : jusqu'à quand resterons-nous assis sur un seul appui ? », etc. ; vois-y, car qui regarde verra que les deux enseignements se rejoignent. Toutefois, selon notre maître, qui explique le maasse berechit comme portant sur ce qui précède le tikoun, il faut comprendre quelle différence il y a entre l'un et l'autre quant à l'étude : pourquoi le premier est-il permis devant deux, et le second devant un seul précisément ? Il me semble que la raison en est la suivante : dans ce que le maître expose à son élève sur ce qui fut avant le tikoun, l'usage n'est pas de parler avec beaucoup de profondeur ni de développer longuement, mais seulement en général et brièvement, car les versets, le secret des mitsvot et celui des prières ne sont pas bâtis sur ces matières. Dans les enseignements qui traitent des secrets postérieurs au tikoun, en revanche, il faut nécessairement parler en profondeur et développer, et il faut multiplier les comparaisons, les représentations et les paraboles pour rendre la chose intelligible et l'adoucir à l'oreille, puisque tous les versets, l'accomplissement des mitsvot et le texte des prières sont bâtis sur eux ; l'élève devra nécessairement poser beaucoup de questions, et le maître devra lui multiplier les réponses par voie de parabole, de comparaison et de représentation. C'est pourquoi ils ont dit : « ni la merkava devant un seul, à moins qu'il ne soit un sage comprenant de lui-même » — afin qu'il ne multiplie pas les questions et que le maître n'ait pas à lui répondre par paraboles et comparaisons. Et sur le verset « interroge donc les jours d'autrefois » (Deut. 4, 32), le saint Zohar a expliqué qu'il n'y a lieu d'interroger, de rechercher et d'examiner que dans les sept jours de la Création, qui sont les sept sefirot inférieures, tandis que dans les trois premières sefirot il n'y a aucun lieu d'investigation ; vois-y. (Et vois au début du Chaar HaHakdamot ce qu'a écrit notre maître en réponse à une grande difficulté qui a embarrassé de grands sages, vois-y ; ses propos sont aussi rapportés dans le Ets Haïm, Chaar Igoulim ; et vois le Divrei Chalom, qui l'explique au feuillet 31, ainsi que le Mikdach Melekh, feuillet 1.) Il ne nous est ni permis ni convenable de nous étendre sur ces matières et d'y disputer. Je dirai seulement ce qu'a écrit Ben Sira (cité en Haguiga 13a) : « Cherche à comprendre ce qui t'a été permis ; tu n'as pas affaire aux choses cachées. » Le mot « affaire » désigne ici la discussion par questions et réponses entre l'élève et son maître, et il lui dit : comprends par toi-même, si tu en as la force. Sache encore que j'ai vu notre maître Rabbi Haïm Vital écrire dans le Chaar HaKedoucha : « Voici le sens des visions d'Ezechiel, appelées maasse merkava : les degrés y sont montés (mourkavim) les uns sur les autres », etc. ; vois-y. Cela ne contredit pas ce qui est rapporté en son nom dans le Petah Enayim quant au sens du maasse merkava : en vérité tout se rejoint, car dans la merkava des visions du prophète Ezechiel se trouvent aussi les secrets de la merkava d'après le tikoun, la vision du prophète étant bâtie sur ces secrets-là et s'y rapportant.
וְלֹא בַּמֶּרְכָּבָה בְּיָחִיד, אֶלָּא אִם כֵּן הָיָה חָכָם מֵבִין מִדַּעְתּוֹ. קַשָּׁא הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר 'אֶלָּא אִם כֵּן הוּא חָכָם'? וְנִרְאֶה לִי הַכַּוָּנָה לוֹמַר אֶלָּא אִם כֵּן יָדוּעַ לָרַב שֶׁזֶּה הַתַּלְמִיד חָכָם דְּהַיְינוּ מִלִּימּוּד הַפְּשָׁט שֶׁהָיָה לוֹמֵד עִמּוֹ נוֹדַע לוֹ שֶׁהוּא חָכָם וְאָז יוּכַל לְלַמְּדוֹ הַסּוֹד הַזֶּה כִּי אִם לֹא נוֹדַע לוֹ מִלִּימּוּד הַפְּשָׁט שֶׁהוּא חָכָם בֶּאֱמֶת אֵיךְ יִלְמְדוּ בַּפַּעַם הָרִאשׁוֹנָה הַסּוֹד דְּמֵהֵיכָא יָדַע שֶׁהוּא חָכָם? וְלָזֶה אָמַר 'אֶלָּא אִם כֵּן הָיָה חָכָם' רוֹצֶה לוֹמַר הָיָה מִכְּבָר בְּלִימּוּד הַפְּשָׁט.
« Ni la merkava devant un seul, à moins qu'il ne soit un sage comprenant de lui-même. » Il y a lieu de s'étonner : il aurait fallu dire « à moins qu'il ne soit un sage », au présent. Il me semble que l'intention est de dire : à moins qu'il ne soit connu du maître que cet élève est un sage — c'est-à-dire que l'étude du pchat (le sens simple) qu'il menait avec lui le lui a fait connaître comme sage ; alors il pourra lui enseigner ce sod (secret). Car si l'étude du pchat ne lui a pas fait connaître qu'il est véritablement sage, comment lui enseignerait-il le sod dès la première fois ? D'où saurait-il qu'il est sage ? C'est pourquoi il est dit « à moins qu'il n'ait été un sage », c'est-à-dire qu'il l'ait été auparavant, dans l'étude du pchat.
💡 Explication

La michna ouvre le troisième chapitre en fixant trois seuils d'auditoire de plus en plus étroits, pour trois matières de plus en plus réservées. Selon Rachi, les nombres comptent l'assemblée entière, maître compris : trois, c'est deux auditeurs et lui ; deux, c'est un auditeur et lui ; un seul, c'est un homme étudiant sans maître.

Le maasse berechit désigne l'enseignement sur la Création, et le maasse merkava celui qui porte sur la vision du Char, chez Ezechiel. La réserve finale — sage comprenant de lui-même — fera précisément difficulté à la guemara.

7
כָּל הַמִּסְתַּכֵּל בְּאַרְבָּעָה דְּבָרִים, רָתוּי לוֹ כְּאִילּוּ לֹא בָּא לָעוֹלָם: מַה לְמַעְלָה, מַה לְמַטָּה, מַה לִפְנִים, וּמַה לְאָחוֹר. וְכָל שֶׁלֹּא חָס עַל כְּבוֹד קוֹנוֹ, רָתוּי לוֹ שֶׁלֹּא בָּא לָעוֹלָם.

Quiconque regarde quatre choses, mieux vaudrait pour lui qu'il ne fut pas venu au monde : ce qui est en haut, ce qui est en bas, ce qui est avant, ce qui est après. Et quiconque n'a pas eu égard à l'honneur de son Créateur, mieux vaudrait pour lui qu'il ne fut pas venu au monde.

📜 Rachi (8)
אַרְבָּעָה דְּבָרִים הָנֵי דִּמְפָרֵשׁ וְאָזֵיל:
« Quatre choses » : celles qu'il va maintenant détailler.
מַה לְמַעְלָה מֵרָקִיעַ שֶׁעַל רָאשֵׁי הַחַיּוֹת:
« Ce qui est en haut » : au-dessus du firmament qui se tient sur la tête des hayot (les Vivants de la vision d'Ezechiel).
וּמַה לְמַטָּה מֵהֶן:
« Et ce qui est en bas » : au-dessous d'elles.
וּמַה לִפְנִים חוּץ לִמְחִיצַת הָרָקִיעַ לַמִּזְרָח:
« Et ce qui est avant » : hors de la cloison du firmament, du côté de l'est.
וּמַה לְאָחוֹר לַמַּעֲרָב:
« Et ce qui est après » : du côté de l'ouest.
תּוֹסָפוֹת אֵינוֹ יָכוֹל לִהְיוֹת מַה שֶׁפֵּירֵשׁ הַמּוֹרֶה מַה לְפָנִים חוּץ לִמְחִיצַת הָרָקִיעַ וּמַה לְאָחוֹר לַמַּעֲרָב מִדְּפָרִיךְ בגמ' בִּשְׁלָמָא מַה לְמַעְלָה וּמַה לְמַטָּה וּמַה לְאָחוֹר לְחַיֵּי אֶלָּא לְפָנִים מַה דַּהֲוָה הֲוָה אַלְמָא מַה לִפְנִים קֹודֶם לְעוֹלָם הוּא וְעוֹד בַּתּוֹסֶפְתָּא מַה לְפָנִים וּמַה לְאָחוֹר מֶה הָיָה וּמֶה עָתִיד לִהְיוֹת ע"כ תּוֹס':
« Tossefot. » Ce qu'a expliqué le Maître — « ce qui est avant », hors de la cloison du firmament, et « ce qui est après », vers l'ouest — ne peut tenir, car la guemara objecte plus loin : « passe encore pour ce qui est en haut, ce qui est en bas et ce qui est après ; mais ce qui est avant ? Ce qui fut fut ! » Il en ressort que « ce qui est avant » désigne ce qui précède le monde. De plus, la Tossefta énonce : « ce qui est avant et ce qui est après : ce qui fut et ce qui doit être. » Fin des Tossefot.
כָּל שֶׁלֹּא חָס עַל כְּבוֹד קוֹנוֹ בגמ' מְפָרֵשׁ מַאי הִיא:
« Quiconque n'a pas eu égard à l'honneur de son Créateur » : la guemara explique de quoi il s'agit.
רָתוּי הוּא לוֹ טוֹב וְיָפֶה הָיָה לוֹ אִם לֹא בָּא לָעוֹלָם וְאוֹמֵר אֲנִי שֶׁהוּא לְשׁוֹן רַחֲמָנוּת כְּלוֹמַר מְרוּחָם הוּא אִם לֹא בָּא לָעוֹלָם וְדֻוגְמָתוֹ בְּתוֹרַת כֹּהֲנִים אֶל אֶלְעָזָר וְאֶל אִיתָמָר בָּנָיו הַנּוֹתָרִים (וַיִּקְרָא י׳:י״ב) רְאוּיִין הָיוּ לִישָּׂרֵף אֶלָּא שֶׁרִיתָּה הַכָּתוּב לְאַהֲרֹן:
« Ratouï lo » : il eût été bon et beau pour lui de ne pas venir au monde. Et je dis, pour ma part, que c'est un terme de miséricorde : il est comme pris en pitié s'il n'est pas venu au monde. On en trouve l'équivalent dans le Torat Cohanim, sur « à Elazar et à Itamar, ses fils restants » (Lev. 10, 12) : ils méritaient d'être brûlés, mais l'Écriture les a épargnés en considération d'Aharon.
💡 Explication

La michna passe du seuil d'auditoire au domaine lui-même : quatre directions de l'investigation sont fermées. Rachi les entend dans l'espace — au-dessus du firmament porte par les hayot de la vision d'Ezechiel, au-dessous d'elles, et de part et d'autre de la cloison céleste. Les Tossefot les entendent dans le temps : avant la création du monde et après sa fin.

Le terme ratouï lo, que Rachi rapproche d'un mot de pitié, exprime un regret plutôt qu'une peine : il eût mieux valu pour cet homme ne pas venir au monde.

8
גְּמ׳ אֲמַרְתְּ בְּרֵישָׁא: וְלֹא בַּמֶּרְכָּבָה בְּיָחִיד, וַהֲדַר אֲמַרְתְּ: אֶלָּא אִם כֵּן הָיָה חָכָם וּמֵבִין מִדַּעְתּוֹ!

GUEMARA. Tu as dit d'abord : « ni la merkava devant un seul », puis tu as dit : « à moins qu'il ne soit un sage comprenant de lui-même » !

📜 Rachi (1)
גְּמ' אָמַרְתָּ וְלֹא בַּמֶּרְכָּבָה בְּיָחִיד וְכֵיוָן דִּיחִידִי הוּא וְאֵינוֹ שׁוֹמֵעַ מִפִּי הָרַב עַל כָּרְחָךְ מִדַּעְתּוֹ הוּא מֵבִין וְקָאָסְרַתְּ לֵיהּ וַהֲדַר אָמְרַתְּ אֶלָּא אִם כֵּן הָיָה חָכָם וּמֵבִין מִדַּעְתּוֹ:
« Tu as dit : ni la merkava devant un seul » : or, dès lors qu'il est seul et qu'il n'entend rien de la bouche d'un maître, c'est forcément de lui-même qu'il comprend — et tu le lui interdis ; puis tu as dit : « à moins qu'il ne soit un sage comprenant de lui-même ».
💡 Explication

La guemara relève que la michna se contredit. Si l'interdit vise l'homme seul, celui-ci n'a par définition aucun maître : tout ce qu'il saisit, il le saisit de lui-même. La michna interdirait alors exactement ce que sa dernière clause autorise.

9
הָכִי קָאָמַר: אֵין דּוֹרְשִׁין בָּעֲרָיוֹת לִשְׁלֹשָׁה, וְלֹא בְּמַעֲשֵׂה בְרֵאשִׁית לִשְׁנַיִם, וְלֹא בַּמֶּרְכָּבָה לְיָחִיד, אֶלָּא אִם כֵּן הָיָה חָכָם וּמֵבִין מִדַּעְתּוֹ.

Voici ce que la michna veut dire : on n'expose pas les arayot à trois élèves, ni le maasse berechit à deux, ni la merkava à un seul, à moins qu'il ne soit un sage comprenant de lui-même.

📜 Rachi (4)
לִשְׁלֹשָׁה לְבַד מִן הַדּוֹרֵשׁ:
« À trois » : en plus de celui qui expose.
לֹא בְּמַעֲשֵׂה בְּרֵאשִׁית לִשְׁנַיִם וכ"ש לִשְׁלֹשָׁה:
« Ni le maasse berechit à deux » : et à plus forte raison à trois.
וְלֹא בַּמֶּרְכָּבָה לַיָּחִיד לְתַלְמִיד יָחִיד:
« Ni la merkava à un seul » : à un élève unique.
אֶלָּא אִם כֵּן הָיָה חָכָם וּמֵבִין מִדַּעְתּוֹ שֶׁלֹּא יִצְטָרֵךְ לִשְׁאוֹל לְרַב כְּשֶׁיִּסְתַּפֵּק לוֹ דְּלָאו אוֹרַח אַרְעָא לְפֵרוּשָׁא בְּהֶדְיָא:
« À moins qu'il ne soit un sage comprenant de lui-même » : en sorte qu'il n'ait pas besoin d'interroger le maître lorsqu'un doute lui vient, car il n'est pas convenable d'expliquer ces matières de façon explicite.
💡 Explication

La correction tient à une préposition : la michna se lit le-, « à », et non be-, « devant ». Les nombres comptent les élèves, le maître non compris. Les arayot s'enseignent donc à deux, le maasse berechit à un, la merkava à personne — sauf à l'élève qui est déjà sage et comprend de lui-même.

La réserve retrouve alors son sens : elle porte sur la qualité de l'élève unique, et non sur l'homme qui étudierait sans maître.

10
אֵין דּוֹרְשִׁין בָּעֲרָיוֹת בִּשְׁלֹשָׁה. מַאי טַעְמָא? אִילֵימָא מִשּׁוּם דִּכְתִיב: ״אִישׁ אִישׁ אֶל כָּל שְׁאֵר בְּשָׂרוֹ״. ״אִישׁ אִישׁ״ — תְּרֵי, ״שְׁאָר בְּשָׂרוֹ״ — חַד, וְאָמַר רַחֲמָנָא: ״לֹא תִקְרְבוּ לְגַלּוֹת עֶרְוָה״.

« On n'expose pas les arayot devant trois. » Quelle en est la raison ? Si tu dis que c'est parce qu'il est écrit : « Chaque homme (ich ich), vers aucun de ses proches parents » (Lev.

18, 6) — « ich ich » fait deux, « son proche parent » fait un, et le Miséricordieux a dit : « vous ne vous approcherez pas pour découvrir la nudité » —

📜 Rachi (1)
וְאָמַר רַחֲמָנָא לֹא תִקְרְבוּ לְגַלּוֹת עֶרְוָה לֹא תִּקְרְבוּ שְׁלָשְׁתְּכֶם זֶה אֵצֶל זֶה לְגַלּוֹת טַעֲמֵי פָּרָשַׁת עֲרָיוֹת:
« Et le Miséricordieux a dit : vous ne vous approcherez pas pour découvrir la nudité » : ne vous approchez pas à trois l'un de l'autre pour découvrir les raisons de la section des arayot.
💡 Explication

La guemara cherche un appui scripturaire au premier seuil. Le procédé est un décompte : la répétition ich ich vaut deux personnes, chear bessaro en ajoute une troisième, et l'interdiction qui suit, « vous ne vous approcherez pas », se lit comme visant ces trois-là.

Rachi précise le déplacement de sens : « ne vous approchez pas » cesse de désigner l'union interdite pour désigner le groupe des trois qui se rapprochent afin d'étudier ensemble les raisons de la section.

11
אֶלָּא מֵעַתָּה, דִּכְתִיב: ״אִישׁ אִישׁ כִּי יְקַלֵּל אֱ-לֹהָיו״, ״אִישׁ אִישׁ אֲשֶׁר יִתֵּן מִזַּרְעוֹ לַמֹּולֶךְ״, הָכִי נָמֵי?

Mais alors, ce qui est écrit : « Chaque homme (ich ich) qui maudira son D.ieu » (Lev. 24, 15), et : « Chaque homme (ich ich) qui donnera de sa descendance au Molekh » (Lev.

20, 2) — en irait-il de même ?

💡 Explication

L'objection éprouve le procédé sur d'autres versets. La répétition ich ich ne se rencontre pas seulement aux arayot : elle ouvre aussi la section du blasphème et celle du Molekh. Si le décompte était probant, il faudrait interdire d'enseigner ces matières-là dans les mêmes conditions, ce que personne ne soutient.

12
אֶלָּא הַנְהוּ — מִיבְּעֵי לֵיהּ לְרַבּוֹת אֶת הַגּוֹיִם, שֶׁמֻּוזְהָרִין עַל בִּרְכַּת הַשֵּׁם וְעַל עֲבוֹדָה זָרָה כְּיִשְׂרָאֵל.

Non : ces expressions-là sont nécessaires pour inclure les non-Juifs, qui sont mis en garde contre la « bénédiction » du Nom — c'est-à-dire le blasphème — et contre l'idolâtrie à l'égal d'Israël.

💡 Explication

La réponse retire aux deux versets objectés leur valeur d'exemple : leur ich ich est déjà employé à autre chose. Il sert à étendre l'interdit aux non-Juifs, tenus eux aussi par les lois noahides en matière de blasphème et d'idolâtrie. L'expression birkat haChem, littéralement « bénédiction du Nom », est l'euphémisme constant du Talmud pour le blasphème.

13
הַאי נָמֵי מִיבְּעֵי לֵיהּ לְרַבּוֹת אֶת הַגּוֹיִם שֶׁמֻּוזְהָרִין עַל הָעֲרָיוֹת כְּיִשְׂרָאֵל.

Mais celle-ci aussi est nécessaire pour inclure les non-Juifs, qui sont mis en garde contre les arayot à l'égal d'Israël !

💡 Explication

La contre-réponse retourne l'argument. Les non-Juifs sont également tenus par les unions interdites, qui figurent parmi les sept lois noahides. Le ich ich de Lev. 18, 6 est donc lui aussi déjà employé, et son décompte ne peut plus rien fournir.

14
אֶלָּא, מִדִּכְתִיב: ״וּשְׁמַרְתֶּם אֶת מִשְׁמַרְתִּי״, ״וּשְׁמַרְתֶּם״ — תְּרֵי, ״מִשְׁמַרְתִּי״ — חַד, וְאָמַר רַחֲמָנָא: ״לְבִלְתִּי עֲשׂוֹת מֵחֻקּוֹת הַתּוֹעֵבֹות״.

Dis plutôt : cela se tire de ce qu'il est écrit : « Vous garderez ma garde » (Lev. 18, 30) — « vous garderez » fait deux, « ma garde » fait un, et le Miséricordieux a dit : « pour ne pas pratiquer les coutumes abominables ».

💡 Explication

Même procédé, autre verset, pris cette fois à la clôture de la section des arayot. Le pluriel ouchmartem vaut deux, michmarti ajoute un troisième, et la défense qui suit se lit comme portant sur ce groupe de trois.

15
אֶלָּא מֵעַתָּה דִּכְתִיב: ״וּשְׁמַרְתֶּם אֶת הַשַּׁבָּת״, ״וּשְׁמַרְתֶּם אֶת הַמַּצּוֹת״, ״וּשְׁמַרְתֶּם אֵת מִשְׁמֶרֶת הַקֹּדֶשׁ״, הָכִי נָמֵי?

Mais alors, ce qui est écrit : « Vous garderez le Chabbat » (Ex. 31, 14), « Vous garderez les matsot » (Ex.

12, 17), « Vous garderez la garde du sanctuaire » (Nb. 18, 5) — en irait-il de même ?

💡 Explication

L'objection est de même forme que la précédente, et cette fois la guemara ne lui oppose aucune réponse. Le verbe ouchmartem ouvre trop de sections pour qu'un décompte tiré de lui serve d'appui. Les deux tentatives scripturaires sont donc abandonnées.

16
אֶלָּא אָמַר רַב אָשֵׁי: מַאי אֵין דּוֹרְשִׁין בָּעֲרָיוֹת בִּשְׁלֹשָׁה — אֵין דּוֹרְשִׁין בְּסִתְרֵי עֲרָיוֹת בִּשְׁלֹשָׁה.

Rav Achi dit plutôt : que signifie « on n'expose pas les arayot devant trois » ? On n'expose pas les sitrei arayot (les unions interdites cachées) devant trois.

📜 Rachi (1)
בְּסִתְרֵי עֲרָיוֹת שֶׁאֵינָן מְפֹורָשׁוֹת כְּגוֹן בִּתּוֹ מֵאֲנוּסָתוֹ וְאֵם חָמִיו וְאֵם חֲמוֹתוֹ דְּנָפְקִי בְּמַס' סַנְהֶדְרִין (דַּף עה.) מִדְּרָשָׁא:
« Les sitrei arayot » : celles qui ne sont pas explicitées, comme sa fille née d'une femme violée, la mère de son beau-père et la mère de sa belle-mère, qui se tirent d'une derasha dans le traité Sanhédrin (75a).
💡 Explication

Rav Achi restreint d'abord l'objet de la règle. Les unions interdites que la Torah énonce en clair s'enseignent devant n'importe quel auditoire ; seules les sitrei arayot, celles qui ne se tirent que d'une derasha, tombent sous la restriction. Rachi en donne trois exemples, dont celui-là même par lequel s'ouvrait le folio.

Le fondement de la règle va changer de nature au segment suivant : d'un verset, on passe à un raisonnement.

17
מַאי טַעְמָא — סְבָרָא הוּא. בֵּי תְּרֵי כִּי יָתְבִי קַמֵּי רַבַּיְיהוּ, חַד שָׁקֵיל וְטָרֵי בַּהֲדֵי רַבֵּיהּ, וְאִידַּךְ מַצְלֵי אֻודְנֵיהּ לִגְמָרָא. תְּלָתָא, חַד שָׁקֵיל וְטָרֵי בַּהֲדֵי רַבֵּיהּ, וְהָנָךְ תְּרֵי שָׁקְלוּ וְטָרוּ בַּהֲדֵי הֲדָדֵי, וְלָא יָדְעִי מַאי קָאָמַר רַבַּיְיהוּ, וְאָתוּ לְמִישְׁרֵי אִיסּוּרָא בָּעֲרָיוֹת.

Quelle en est la raison ? C'est un raisonnement.

Quand deux élèves siègent devant leur maître, l'un discute avec son maître et l'autre tend l'oreille à l'enseignement. À trois, l'un discute avec son maître, les deux autres discutent entre eux, ils ne savent pas ce que dit leur maître, et ils en viendraient à permettre un interdit en matière d'arayot.

📜 Rachi (2)
שְׁקִיל וְטָרֵי נוֹשֵׂא וְנוֹתֵן בַּהֲלָכָה עִם רַבּוֹ:
« Chakil vetari » : il discute la halakha avec son maître — littéralement, il prend et il donne.
מְצַלֵּי אֻודְנֵיהּ מַטָּה אָזְנוֹ וְשׁוֹמֵעַ דִּבְרֵיהֶן וְהֵן שׁוֹמְעִין אֶת דִּבְרֵי הָרַב אֲבָל כְּשֶׁהֵן שְׁלֹשָׁה שָׁקְלִי וְטָרוּ הָנָךְ תְּרֵי זֶה עִם זֶה וְלֹא שָׁמְעוּ מַאי דְּאָמַר רַבָּן וְאָתוּ לְמִישְׁרֵי אִיסּוּרָא בָּעֲרָיוֹת עַל יְדֵי שֶׁלֹּא שָׁמְעוּ מִפִּי הָרַב כְּשֶׁדָּרַשׁ בּוֹ אִיסּוּר:
« Il incline son oreille » : il tend l'oreille et entend leurs paroles, et tous deux entendent celles du maître. Mais lorsqu'ils sont trois, ces deux-là discutent entre eux et n'entendent pas ce que dit leur maître, et ils en viennent à permettre un interdit en matière d'arayot, faute d'avoir entendu de la bouche du maître l'interdit qu'il exposait.
💡 Explication

La règle repose sur une sevara, un raisonnement, et non sur un verset. Elle décrit la salle d'étude : un élève engage la discussion avec le maître — chakil vetari, « il prend et il donne » — pendant que l'autre écoute. Le dispositif tient à deux, parce que l'auditeur silencieux entend encore tout.

À trois, deux élèves se mettent à discuter entre eux et perdent la parole du maître. Sur une matière qui ne se tire que d'une derasha, cette perte devient dangereuse : ils concluront par leur propre raisonnement, et permettront ce qui est interdit.

🖼️ Schéma
Le raisonnement : ce qui change quand on passe de deux élèves à trois Deux élèves maître A B A discute avec le maître : chakil vetari. B tend l'oreille : matsli oudneih. Les deux entendent la parole du maître. Rien ne se perd de l'enseignement. Trois élèves maître A B C A discute avec le maître. B et C discutent entre eux. B et C'ignorent ce que dit le maître. Ils risquent de permettre un interdit. La crainte porte sur la matière la plus convoitée : ce qu'on a mal entendu, on se le permet.
Ce que la présence d'un troisième élève fait perdre : la parole du maître cesse d'atteindre tout le monde.
18
אִי הָכִי, כָּל הַתּוֹרָה נָמֵי!

S'il en est ainsi, il devrait en aller de même pour toute la Torah !

💡 Explication

Le raisonnement prouve trop. Le risque de mal entendre le maître existe en toute matière ; si la sevara suffisait, l'enseignement entier serait soumis au seuil de deux élèves.

19
עֲרָיוֹת שָׁאנֵי, דְּאָמַר מַר: גֶּזֶל וַעֲרָיוֹת — נַפְשׁוֹ [שֶׁל אָדָם] מְחַמַּדְתָּן וּמִתְאַוֶּה לָהֶם.

Les arayot sont différentes, car le Maître a dit : le vol et les arayot, l'âme [de l'homme] les convoite et les désire.

📜 Rachi (1)
דְּאָמַר מָר גָּזֵל וַעֲרָיוֹת כו' בְּמַתְנִיתִין בָּתְרָייְתָא דְּמַסֶּכֶת מַכּוֹת (דַּף כג:):
« Car le Maître a dit : le vol et les arayot », etc. : dans la dernière michna du traité Makot (23b).
💡 Explication

La réponse isole ce qui distingue les arayot : le yetser, le penchant. Une erreur commise sur une matière sans attrait reste une erreur ; sur une matière convoitée, elle devient une permission que l'on se donne à soi-même. La michna de Makot citée ici range ensemble le vol et les arayot parmi ce que l'âme désire.

20
אִי הָכִי, גֶּזֶל נָמֵי? עֲרָיוֹת, בֵּין בְּפָנָיו בֵּין שֶׁלֹּא בְּפָנָיו נְפִישׁ יִצְרֵיהּ. גָּזֵל, בְּפָנָיו — נְפִישׁ יִצְרֵיהּ, שֶׁלֹּא בְּפָנָיו — לָא נְפִישׁ יִצְרֵיהּ.

S'il en est ainsi, le vol aussi ? Pour les arayot, que l'objet soit devant lui ou non, son penchant est fort.

Pour le vol, devant lui son penchant est fort ; hors de sa vue, son penchant n'est pas fort.

📜 Rachi (1)
בְּפָנָיו כְּשֶׁהוּא רוֹאֶה לְפָנָיו שֶׁיָּכוֹל לִגְזוֹל:
« Devant lui » : lorsqu'il voit devant lui ce qu'il pourrait voler.
💡 Explication

Le vol figurait dans la même michna, et la question est légitime. La distinction porte sur la présence de l'objet : la tentation du vol a besoin d'une occasion sous les yeux, celle des arayot se passe d'occasion.

Les arayot exposent donc en permanence à la permission indue, et elles seules justifient le seuil restreint.

🖼️ Schéma
Pourquoi les arayot et non le vol, que l'âme convoite pareillement Matière L'objet est sous ses yeux L'objet est absent Arayot penchant fort penchant fort Vol penchant fort penchant faible Seules les arayot gardent leur force en toute circonstance : elles seules exigent le seuil des deux élèves.
Le vol et les arayot dans les deux situations : une seule matière garde sa force en l'absence de l'objet.
21
״וְלֹא בְּמַעֲשֵׂה בְרֵאשִׁית בִּשְׁנַיִם״. מְנָא הָנֵי מִילֵּי? דְּתָנוּ רַבָּנָן: ״כִּי שְׁאַל נָא לְיָמִים רִאשֹׁונִים״ — יָחִיד שׁוֹאֵל, וְאֵין שְׁנַיִם שׁוֹאֲלִין.

« Ni le maasse berechit devant deux. » D'où ces choses viennent-elles ? De ce que nos maîtres ont enseigné : « Interroge donc les jours d'autrefois » (Deut.

4, 32) — un seul interroge, et deux n'interrogent pas.

📜 Rachi (1)
מְנָא הָנֵי מִילֵּי דְּאֵין שְׁנַיִם שׁוֹאֲלִין בְּמַעֲשֵׂה בְּרֵאשִׁית:
« D'où ces choses viennent-elles ? » : d'où vient que deux n'interrogent pas sur le maasse berechit.
🪔 Ben Yehoyada (1)
(דְּבָרִים ד, לב) "כִּי שְׁאַל נָא לְיָמִים רִאשֹׁנִים", יָחִיד שׁוֹאֵל וְלֹא שְׁנַיִם שׁוֹאֲלִין. הִקְשָׁה הָרַב עִיּוּן יַעֲקֹב זַ"ל וְדִלְמָא אֲפִילּוּ שְׁנַיִם שׁוֹאֲלִין וְהָא דְּכָתַב לְשׁוֹן יָחִיד לְמֵידַק קֹודֶם שֶׁנִּבְרָא הָעוֹלָם אֲפִילּוּ יָחִיד אֵין לוֹ רְשׁוּת לִשְׁאוֹל? וְצָרִיךְ עִיּוּן עַייֵּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דַּאֲפִילּוּ אִם הָיָה כּוֹתֵב לְשׁוֹן רַבִּים לֹא הָיִינוּ טוֹעִין לְמֵידַק דְּעַל הַקּוֹדֵם דַּוְקָא שְׁנַיִם לֹא יִשְׁאֲלוּ אֵבֶל יָחִיד יִשְׁאַל, יַעַן כִּי מִצַּד הַסְּבָרָה אֵין לָנוּ לְחַלֵּק בֵּינֵיהֶם דְּמֵהֵיכָא תַּיְתֵי לְחַלֵּק בֵּין יָחִיד לִשְׁנַיִם וְהָיִינוּ יוֹדְעִים דְּבָא הַכָּתוּב לִמְנֹועַ הַשְּׁאֵלָה מִן הַקּוֹדֵם מִכֹּל וָכֹל וּמַה שֶׁאֲנַחְנוּ בָּאִים לְחַלֵּק עַתָּה בֵּין יָחִיד לְרַבִּים הוּא מִמַּה שֶׁמָּצִינוּ דְּנָקֵיט קְרָא שְׁאַל נָא (דְּבָרִים ד, לב) לְשׁוֹן יָחִיד נִמְצָא יֵשׁ חִילּוּק בֵּין אֶחָד לִשְׁנַיִם. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד דְּהַבָּרַיְיתָא סְמִיךְ עַל תַּרְתֵּי דִּיּוּקֵי בִּתְרֵין זִמְנֵי דְּנָקֵיט בְּהַאי קְרָא לְשׁוֹן יָחִיד חֲדָא הָא דִּ'שְׁאַל נָא' וְעוֹד בְּסֵיפֵיהּ דִּקְרָא שֶׁנֶּאֱמַר 'אֲשֶׁר הָיוּ לְפָנֶיךָ' לְשׁוֹן יָחִיד שֶׁלֹּא אִצְטְרִיךְ לְמֵימַר אֲשֶׁר הָיוּ לְפָנֶיךָ וְדַי לוֹמַר לְיָמִים רִאשֹׁנִים לַמָּן הַיּוֹם וְכוּ' וְעַל כֵּן אִם נֹאמַר נָקֵיט שְׁאַל נָא לְשׁוֹן יָחִיד לְדַייֵּק מִזֶּה דְּעַל הַקּוֹדֵם גַּם יָחִיד לֹא יִשְׁאַל לָמָּה נְחִית קְרָא לְהַזְכִּיר עוֹד הַפַּעַם לְשׁוֹן יָחִיד אֲשֶׁר הָיוּ לְפָנֶיךָ אֶלָּא וַדַּאי דְּנָחִית לְלַמְּדֵינוּ דְּגַם בָּזֶה יָחִיד שׁוֹאֵל וְלֹא שְׁנַיִם.
« Interroge donc les jours d'autrefois » (Deut. 4, 32) — un seul interroge, et deux n'interrogent pas. Le Rav Iyoun Yaakov a objecté : peut-être que deux aussi peuvent interroger, et que le verset est au singulier pour en déduire qu'à propos de ce qui précède la création du monde, même un seul n'a pas la permission d'interroger ? La question reste ouverte ; vois-y. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que même si le verset avait été écrit au pluriel nous n'aurions pas commis l'erreur d'en déduire que, pour ce qui précède, ce sont deux précisément qui n'interrogent pas tandis qu'un seul interrogerait ; car du point de vue du raisonnement nous n'avons pas à distinguer entre eux — d'où tirerions-nous une différence entre un et deux ? Nous aurions su que l'Écriture vient interdire toute question sur ce qui précède. Ce qui nous conduit maintenant à distinguer entre le singulier et le pluriel, c'est précisément d'avoir trouvé que le verset emploie « interroge donc » au singulier ; il existe donc bien une différence entre un et deux. Il me semble en outre, avec l'aide du Ciel, que la baraita s'appuie sur deux déductions, tirées des deux endroits où ce verset emploie le singulier : d'abord « interroge donc », ensuite, à la fin du verset, « qui furent avant toi », au singulier, alors qu'il n'était pas nécessaire de dire « qui furent avant toi » et qu'il eût suffi de dire « les jours d'autrefois, depuis le jour où », etc. Dès lors, si l'on disait que le verset emploie « interroge donc » au singulier pour en déduire que même un seul n'interroge pas sur ce qui précède, pourquoi l'Écriture descendrait-elle à mentionner une seconde fois le singulier, « qui furent avant toi » ? Assurément, elle descend à nous enseigner que là aussi un seul interroge, et non deux.
💡 Explication

La guemara passe au deuxième seuil. La baraita s'appuie sur le singulier de l'impératif cheal na, « interroge donc » : le verset s'adresse à un homme, non à deux. De là, l'enseignement de la Création ne se donne qu'à un élève.

La même baraita va découper la suite du verset pour délimiter, cette fois, non plus le nombre d'auditeurs mais l'étendue de ce dont on peut s'enquérir.

22
יָכוֹל יִשְׁאַל אָדָם קֹודֶם שֶׁנִּבְרָא הָעוֹלָם, תַּלְמוּד לוֹמַר: ״לְמִן הַיּוֹם אֲשֶׁר בָּרָא אֱ-לֹהִים אָדָם עַל הָאָרֶץ״.

On aurait pu croire qu'un homme peut interroger sur ce qui précède la création du monde ; c'est pourquoi le verset dit : « depuis le jour où D.ieu créa l'homme sur la terre ».

📜 Rachi (1)
יָכוֹל יִשְׁאַל אָדָם מֶה הָיָה קֹודֶם שֶׁנִּבְרָא הָעוֹלָם:
« On aurait pu croire qu'un homme peut interroger » : sur ce qui fut avant que le monde ne fut créé.
23
יָכוֹל לֹא יִשְׁאַל אָדָם מִשֵּׁשֶׁת יְמֵי בְרֵאשִׁית, תַּלְמוּד לוֹמַר: ״לְיָמִים רִאשֹׁונִים אֲשֶׁר הָיוּ לְפָנֶיךָ״.

On aurait pu croire qu'un homme ne peut pas interroger sur les six jours de la Création ; c'est pourquoi le verset dit : « les jours d'autrefois qui furent avant toi ».

📜 Rachi (2)
יָכוֹל לֹא יִדְרֹושׁ וְלֹא יִשְׁאַל בְּשֵׁשֶׁת יְמֵי בְּרֵאשִׁית דְּהָא לַמָּן בְּרִייַּת אָדָם הוּא דְּיָהֵיב רְשׁוּתָא וְהוּא בְּעֶרֶב שַׁבָּת נִבְרָא:
« On aurait pu croire qu'il ne peut ni exposer ni interroger sur les six jours de la Création » : car l'autorisation n'a été donnée qu'à partir de la création de l'homme, et celui-ci fut créé la veille du Chabbat.
תַּלְמוּד לוֹמַר לְיָמִים רִאשֹׁונִים מִיּוֹם רִאשׁוֹן:
« C'est pourquoi le verset dit : les jours d'autrefois » : depuis le premier jour.
💡 Explication

Le membre précédent risquait de fermer trop largement : si l'autorisation ne commence qu'à la création de l'homme, les six jours qui la précèdent en seraient exclus, l'homme ayant été créé la veille du Chabbat. Le membre suivant rouvre ce que le premier avait fermé : « les jours d'autrefois » remonte au premier jour.

24
יָכוֹל יִשְׁאַל אָדָם מַה לְמַעְלָה וּמַה לְמַטָּה מַה לְפָנִים וּמַה לְאָחוֹר — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וּלְמִקְצֵה הַשָּׁמַיִם וְעַד קְצֵה הַשָּׁמָיִם״, מִלְּמִקְצֵה הַשָּׁמַיִם וְעַד קְצֵה הַשָּׁמָיִם — אַתָּה שׁוֹאֵל, וְאֵין אַתָּה שׁוֹאֵל מַה לְמַעְלָה מַה לְמַטָּה, מַה לְפָנִים מַה לְאָחוֹר.

On aurait pu croire qu'un homme peut interroger sur ce qui est en haut, ce qui est en bas, ce qui est avant et ce qui est après ; c'est pourquoi le verset dit : « et d'une extrémité des cieux à l'autre extrémité des cieux » — d'une extrémité des cieux à l'autre extrémité des cieux, tu interroges ; mais tu n'interroges pas sur ce qui est en haut, ce qui est en bas, ce qui est avant, ce qui est après.

🗂️ Tossefot (1)
יָכוֹל יִשְׁאַל מַה לְמַעְלָה מַה לְמַטָּה. מַשְׁמַע הָכָא דְּלִפְנִים וּלְאָחוֹר הָוֵי מַה שֶׁיֵּשׁ אֲחוֹרֵי הַכִּיפָּה מִזְרָח וּמַעֲרָב וְהוּא הַדִּין צָפוֹן וְדָרוֹם וְאִילּוּ לְקַמָּן (חֲגִיגָה דַּף טז.) בְּפֵירוּשׁ מַשְׁמַע מַה שֶׁהָיָה קֹודֶם שֶׁנִּבְרָא הָעוֹלָם וּמַה שֶׁיִּהְיֶה לְאַחַר כָּךְ דְּקָאָמַר בִּשְׁלָמָא מַה לְמַעְלָה מַה לְמַטָּה וּמַה לְאָחוֹר שַׁפִּיר אֶלָּא לִפְנִים אַמַּאי מַה דַּהֲוָה הֲוָה רַבִּי יוֹחָנָן וְרַבִּי אֶלְעָזָר אָמְרִי מָשָׁל לְמֶלֶךְ שֶׁבָּנָה פַּלְטְרִין עַל גַּבֵּי אַשְׁפָּה כו' וְהָכִי תַּנְיָא בַּתּוֹסֶפְתָּא (פ"ב) מַה שֶׁהָיָה וּמַה שֶׁעָתִיד לִהְיוֹת וְי"ל דְּאִיכָּא לְמֵימַר הָכִי וְאִיכָּא לְמֵימַר הָכִי:
« On aurait pu croire qu'il peut interroger sur ce qui est en haut, ce qui est en bas. » Il ressort d'ici que « avant » et « après » désignent ce qui se trouve derrière la voûte céleste, à l'est et à l'ouest — et il en va de même pour le nord et le sud. Or plus loin (Haguiga 16a) il ressort clairement qu'il s'agit de ce qui fut avant la création du monde et de ce qui sera après, puisque la guemara y dit : « passe encore pour ce qui est en haut, ce qui est en bas et ce qui est après ; mais ce qui est avant, pourquoi ? Ce qui fut fut ! Rabbi Yo'hanan et Rabbi Elazar disent : une parabole, celle d'un roi qui bâtit un palais sur un dépotoir », etc. Et ainsi est-il enseigné dans la Tossefta (chap. 2) : « ce qui fut et ce qui doit être ». On peut répondre que l'un et l'autre sens se peuvent soutenir.
💡 Explication

Le dernier membre du verset fixe la borne du domaine ouvert à la question : l'étendue du monde créé, d'un bout du ciel à l'autre. Au-delà, les quatre regards de la michna retrouvent leur interdiction, et la baraita rejoint ainsi le texte qui ouvrait le chapitre.

Les Tossefot relèvent ici que ce folio et Haguiga 16a entendent différemment lefanim et leahor — directions de l'espace ici, moments du temps là-bas — et admettent les deux lectures.

🖼️ Schéma
Deut. 4, 32 découpé en quatre : chaque membre du verset fixe une limite Membre du verset Ce qu'il enseigne Interroge donc au singulier Un seul interroge, deux n'interrogent pas : le seuil du maasse berechit. depuis le jour où D.ieu créa l'homme sur la terre On n'interroge pas sur ce qui précède la création du monde. les jours d'autrefois qui furent avant toi On interroge bien sur les six jours de la Création, dès le premier jour. d'une extrémité des cieux à l'autre extrémité des cieux On interroge dans ces bornes, et non sur ce qui est en haut, en bas, avant, après. Les deux membres du milieu se corrigent l'un l'autre : la ligne de partage passe au premier jour de la Création.
Les quatre membres de Deut. 4, 32 et la limite que chacun pose à l'investigation.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).