Chagigah 12a — Maassé berechit : la taille d'Adam ha-richon, les dix choses du premier jour, la lumière mise en réserve, et l'ordre du ciel et de la terre

Chagigah 12a

Sougya : Le folio quitte la question du droit de s'enquérir pour entrer dans la matière elle-même, le maasse berechit. Il part d'un reste de verset : puisque l'interdit d'interroger se tire déjà de « d'une extrémité des cieux à l'autre », à quoi sert « depuis le jour où D.ieu créa l'homme sur la terre » ?

Réponse : ce membre enseigne la taille d'Adam ha-richon, de la terre au firmament pour Rabbi Elazar, d'une extrémité du monde à l'autre pour Rav — une seule mesure, ramenée après la faute. Viennent ensuite les dix choses créées le premier jour avec leurs versets, l'explication de tohou et de bohou, et la lumière du premier jour mise en réserve pour les justes, qui se double d'une controverse de tanaim sur les luminaires.

Rav Zoutra bar Tovia énumère alors les dix attributs par lesquels le monde fut créé, et Rav décrit un monde qui s'étend jusqu'à la réprimande : El Chaddai, Celui qui a dit au monde « assez ». Le folio s'achève sur la controverse de Beit Chammai et de Beit Hillel sur l'ordre du ciel et de la terre, résolue par Rech Lakich qui distingue création et déploiement, sur l'étymologie de chamayim, et sur la deracha de Nahoum de Gam Zo portant sur le mot et.

Les cinq mouvements du folio 1. Le reste du verset et la taille d'Adam ha-richon À quoi sert le membre 'depuis le jour où D.ieu créa l'homme' ? À enseigner la stature d'Adam, ramenée après la faute. 2. Les dix choses créées le premier jour Énumération, versets à l'appui ; puis tohou et bohou expliqués, et la lumière du premier jour mise en réserve. 3. Les dix attributs de la création, et le monde arrêté Rav Zoutra bar Tovia : 'hokhma, tevouna, daat... ; Rav et Rech Lakich : le monde s'étend jusqu'au dai, assez. 4. Ciel ou terre d'abord Beit Chammai, Beit Hillel, les Sages ; Rech Lakich distingue la création du déploiement ; le mot chamayim. 5. Nahoum de Gam Zo et le mot et : les deux et de Gen. 1, 1 établissent que chamayim désigne le ciel lui-même.
Les cinq mouvements du folio, du reste de verset à la deracha sur le mot et.
Les dix choses créées le premier jour, et leur verset Les cinq couples Le verset qui l'établit les cieux et la terre Au commencement D.ieu créa les cieux et la terre (Gen. 1, 1) tohou et bohou Et la terre était tohou et bohou (Gen. 1, 2) la lumière et l'obscurité obscurité : et l'obscurité sur la face de l'abîme (Gen. 1, 2) lumière : et D.ieu dit, que la lumière soit (Gen. 1, 3) le vent et l'eau Et le souffle de D.ieu planait sur la face des eaux (Gen. 1, 2) la mesure du jour et la mesure de la nuit Il y eut un soir, il y eut un matin, un jour (Gen. 1, 5) tohou, selon la baraita une ligne verte qui entoure tout le monde, d'où sort l'obscurité : Il fit des ténèbres Sa cachette, autour de Lui (Ps. 18, 12) bohou, selon la baraita des pierres humides enfoncées dans l'abîme, d'où sortent les eaux : le cordeau de tohou et les pierres de bohou (Is. 34, 11)
Les dix choses créées le premier jour, leurs versets, et l'explication de tohou et de bohou.
Ciel ou terre d'abord : trois positions, une résolution Beit Chammai les cieux d'abord Appui : Au commencement D.ieu. créa les cieux et la terre (Gen. 1, 1) — le ciel est cité en premier. Objection de Beit Hillel : bâtit-on l'étage avant la maison ? Beit Hillel la terre d'abord Appui : Au jour où Hachem D.ieu. fit la terre et les cieux (Gen. 2, 4) — la terre est citée en premier. Objection de Beit Chammai : fait-on l'escabeau avant le siège ? Les Sages les deux en une seule fois Appui : Ma main a fondé la terre et Ma droite a étendu les cieux ; Je les appelle, ils se tiennent ensemble (Is. 48, 13). Pour les deux maisons, ensemble = sans se séparer. Les versets se contredisent Rech Lakich : deux temps, deux ordres Création (beria) : les cieux d'abord, la terre ensuite — d'où Gen. 1, 1. Déploiement (netiya) : la terre d'abord, les cieux ensuite — d'où Gen. 2, 4. Chaque verset parle d'un moment différent ; la contradiction se dissout sans qu'aucune des deux maisons ait à céder son appui.
La controverse sur l'ordre du ciel et de la terre, et la résolution de Rech Lakich.
1
הַשְׁתָּא דְּנָפְקָא לֵיהּ מִ״לַמֻּקְצֶה הַשָּׁמַיִם וְעַד קְצֵה הַשָּׁמָיִם״, ״לְמִן הַיּוֹם אֲשֶׁר בָּרָא אֱ-לֹהִים אָדָם עַל הָאָרֶץ״ — לָמָּה לִי?

Maintenant que cela se tire de « d'une extrémité des cieux à l'autre extrémité des cieux », à quoi me sert « depuis le jour où D.ieu créa l'homme sur la terre » ?

📜 Rachi (1)
וְהַשְׁתָּא דְּנָפְקָא לָן מִן וּלְמִקְצֵה הַשָּׁמַיִם דְּאָסוּר לִשְׁאוֹל מַה שֶׁיֵּשׁ חוּץ לַמְּחִיצּוֹת מִמֵּילָא נָפְקָא לָן דְּאָסוּר לִשְׁאוֹל בְּקוֹדֵם שֶׁנִּבְרָא דְּהִיא הִיא מַה שֶׁהָיָה קֹודֶם לִבְרִייָּתוֹ הוּא עַכְשָׁיו חוּץ לִמְחִיצָתוֹ הִלְכָּךְ לְמִן הַיּוֹם אֲשֶׁר בָּרָא אָדָם לָמָּה לִי לִמְעוּטֵי מִינֵּיהּ קֹודֶם שֶׁנִּבְרָא הָעוֹלָם:
« Et maintenant que nous le tirons de : et d'une extrémité des cieux » : puisqu'il est interdit de s'enquérir de ce qui se trouve hors des cloisons, il s'ensuit de soi-même qu'il est interdit de s'enquérir de ce qui fut avant la création, car c'est une seule et même chose : ce qui était avant sa création se trouve maintenant hors de ses cloisons. Dès lors, « depuis le jour où Il créa l'homme », à quoi me sert-il ? À en exclure ce qui fut avant que le monde ne fut créé.
💡 Explication

Le folio précédent avait tiré de Deut. 4, 32 la limite du droit de s'enquérir. Rachi montre que le membre « d'une extrémité des cieux à l'autre » suffit à tout fermer : ce qui précède la création se trouve aujourd'hui hors des cloisons du monde, de sorte que l'interdit d'interroger sur l'un vaut pour l'autre. Le membre « depuis le jour où D.ieu créa l'homme » devient alors un reste sans emploi.

La guemara va lui trouver un autre objet : la stature d'Adam ha-richon. Le passage change ainsi de registre et ouvre le maasse berechit lui-même.

2
כִּדְרַבִּי אֶלְעָזָר. דְּאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: אָדָם הָרִאשׁוֹן מִן הָאָרֶץ עַד לָרָקִיעַ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״לְמִן הַיּוֹם אֲשֶׁר בָּרָא אֱ-לֹהִים אָדָם עַל הָאָרֶץ״. וְכֵיוָן שֶׁסָּרַח — הִנִּיחַ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא יָדָיו עָלָיו וּמִיעֲטוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אָחוֹר וָקֶדֶם צַרְתָּנִי וַתָּשֶׁת עָלַי כַּפֶּכָה״.

Selon Rabbi Elazar. Car Rabbi Elazar a dit : Adam ha-richon allait de la terre jusqu'au firmament, ainsi qu'il est dit : « depuis le jour où D.ieu créa l'homme sur la terre ».

Et lorsqu'il faillit, le Saint béni soit-Il posa Ses mains sur lui et le diminua, ainsi qu'il est dit : « par derrière et par devant Tu m'as formé, et Tu as posé sur moi Ta paume ».

📜 Rachi (2)
עַל הָאָרֶץ וּלְמִקְצֵה הַשָּׁמַיִם עַל הָאָרֶץ הָיָה וּמַגִּיעַ לַשָּׁמַיִם:
« Sur la terre, et d'une extrémité des cieux » : il se tenait sur la terre et atteignait les cieux.
אָחוֹר וְקָדַם צָרָתֵנִי שְׁתֵּי פְּעָמִים יְצַרְתַּנִי תְּחִלָּה גָּבוֹהַּ וּלְבַסּוֹף שָׁפָל:
« Par derrière et par devant Tu m'as formé » : Tu m'as formé deux fois — d'abord haut, et à la fin bas.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָדָם הָרִאשׁוֹן, מִן הָאָרֶץ וְעַד לָרָקִיעַ הָיָה. נִרְאֶה לִי בס"ד רָמְזוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל לְפִי דַּרְכָּם עַל אוֹצַר הַנְּשָׁמוֹת הַנִּקְרָא גּוּף דְּעָלָיו אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (נִידָּה יג:) 'אֵין בֶּן דָּוִד בָּא עַד שֶׁיִּכְלוּ כָּל נְשָׁמוֹת שֶׁבַּגּוּף' שֶׁהָיָה אָדָם הָרִאשׁוֹן כּוֹלֵל בּוֹ כָּל אוֹתָם הַנְּשָׁמוֹת שֶׁבָּאוֹצָר הַנִּקְרָא גּוּף וּלְכָךְ אָמְרוּ מִן הָאָרֶץ וְעַד לָרָקִיעַ הָיָה כִּי מִסֵּפֶר שֶׁיֵּשׁ בֵּין מִסְפַּר אֶרֶץ [291] לְמִסְפַּר רָקִיעַ [380] עוֹלֶה מִסְפַּר גּוּף [89] . וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁכָּתַבְנוּ בסה"ק 'אַדֶּרֶת אֵלִיָּהוּ' בְּפָרָשַׁת קֹרַח עַל פָּסוּק וַיָּצֵץ צִיץ (בַּמִּדְבָּר יז, כג) דְּאָדָם הָרִאשׁוֹן קֹודֶם שֶׁחָטָא הָיָה כָּלוּל בּוֹ נְשָׁמוֹת מֵאֶלֶף סְפִירוֹת כְּמוֹ שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל עַייֵּן שָׁם. וְיָדוּעַ מַה שֶּׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא לְקַמָּן (דַּף יג.) אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי מִן הָאָרֶץ עַד לָרָקִיעַ מַהֲלַךְ חֲמֵשׁ מֵאוֹת שָׁנָה וְעָבְיוֹ שֶׁל רָקִיעַ מַהֲלַךְ חֲמֵשׁ מֵאוֹת שָׁנָה, נִמְצָא מִן הָאָרֶץ עַד שֶׁטַח הָעֶלְיוֹן שֶׁל רָקִיעַ יֵשׁ אֶלֶף שָׁנָה וְעַל זֶה רָמְזוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בְּנֹועַם לְשׁוֹנָם 'אָדָם הָרִאשׁוֹן מִן הָאָרֶץ וְעַד לָרָקִיעַ הָיָה' כְּלוֹמַר הָיָה כּוֹלֵל נְשָׁמוֹת מֵאֶלֶף סְפִירוֹת כְּנֶגֶד אֶלֶף שָׁנִים שֶׁיֵּשׁ מִן הָאָרֶץ עַד שֶׁטַח הָעֶלְיוֹן שֶׁל רָקִיעַ וְהַיְינוּ עַד וְעַד בִּכְלָל. וְאַחַר שֶׁחָטָא וְהֶעֱמִידוּ עַל מֵאָה אַמָּה, פֵּירוּשׁ נִשְׁאֲרוּ בּוֹ רַק עֲשָׂרָה מִן אוֹתָם הָאֶלֶף סְפִירוֹת וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ שָׁם בְּשֵׁם רַבֵּינוּ זלה"ה וְכָאן קָרֵי לְאוֹתָם הָעֲשָׂרָה בְּשֵׁם מֵאָה מִפְּנֵי דְּיָדוּעַ שֶׁכָּל דָּבָר שֶׁבִּקְדֻושָּׁה כָּלוּל מַעֲשֵׂר וְאִם כֵּן אוֹתָם הָעֲשָׂרָה נֶחְשָׁבִין כְּמִסְפַּר מֵאָה לְכָךְ דִּבְּרוּ בְּרֶמֶז דַּק וְאָמְרוּ 'וְהֶעֱמִידוּ עַל מֵאָה' בָּרוּךְ שֶׁבָּחַר בָּהֶם וּבְמִשְׁנָתָם. וְדַע כִּי בְּשַׁעַר הַפְּסוּקִים פָּרָשַׁת בְּרֵאשִׁית בִּדְרוּשׁ ג' כָּתַב רַבֵּינוּ זַ"ל בְּעִנְיַן אָדָם הָרִאשׁוֹן בְּעַצְמוֹ וּבְמַעֲלָתוֹ אֵיךְ הָיָה קֹודֶם הַחֵטְא וְאֵיךְ נִגְרַע אַחַר הַחֵטְא וְכָתַב שֶׁבִּדְרוּשׁ זֶה יִתְבָּאֵר מַה שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל אָדָם הָרִאשׁוֹן נִבְרָא מִסּוֹף הָעוֹלָם וְעַד סוֹפוֹ וְאַחַר כָּךְ נִתְמַעֵט עַל מֵאָה אַמָּה כַּנִּזְכָּר בְּמַסֶּכֶת חֲגִיגָה פֶּרֶק ב' וְגַם יִתְבָּאֵר מַה שֶׁאָמְרוּ חֲזַ"ל בְּמִדְרַשׁ רָבָא (בְּרֵאשִׁית רַבָּה יז, ח) דְּאָדָם הָרִאשׁוֹן חַלָּתוֹ שֶׁל עוֹלָם הָיָה, וְעַל כֵּן הַחַלָּה נָתְנָה לְנָשִׁים. גַּם יִתְבָּאֵר מַה שֶׁאָמְרוּ חֲזַ"ל בְּפֶרֶק קַמָּא דַּעֲבוֹדָה זָרָה (עֲבוֹדָה זָרָה ט.) תַּנָּא דְּבֵי אֵלִיָּהוּ שִׁיתָּא אַלְפֵי שְׁנֵי הָוֵי עָלְמָא וְכוּ' עַייֵּן שָׁם שֶׁהִרְחִיב רַבֵּינוּ זַ"ל הַדְּבָרִים בִּדְרוּשׁ זֶה שָׁם. וְאַתָּה לָמֵד מִדְּבָרָיו דְּאֵין דְּבָרִים אֵלּוּ כִּפְשׁוּטָן דְּקָאֵי עַל שִׁיעוּר קוֹמַת גּוּפוֹ אֶלָּא אַייְרֵי עַל סוֹד הַנְּשָׁמוֹת שֶׁהָיוּ כְּלוּלוֹת בּוֹ וְגַם הַבֵּיאוּר שֶׁבֵּיאַרְתִּי בְּמַאֲמָר זֶה יָבֹא נָכוֹן כְּדִבְרֵי הַמַּאֲמָר כִּי גַּם בֵּיאוּר זֶה הוּא בָּנוּי עַל פִּי הַקְדָּמָה שֶׁל רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל כַּאֲשֶׁר כָּתַבְתִּי וְאֵלּוּ וְאֵלּוּ דִּבְרֵי אֱלֹקִים חַיִּים! וְהַמַּשְׂכִּיל יָבִין שֶׁהַכֹּל עוֹלֶה בְּקָנֶה אֶחָד וּפוֹק חֲזִי מַה שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ זלה"ה עוֹד בְּשַׁעַר מַאַמְרֵי רַשְׁבִּ"י פָּרָשַׁת קְדוֹשִׁים דְּרוּשׁ גָּדוֹל בְּעִנְיַן אָדָם הָרִאשׁוֹן אֵיךְ הָיָה קֹודֶם הַחֵטְא וְעִנְיַן שִׁיעוּר קוֹמָתוֹ וְאֵיךְ הָיָה עוֹמֵד, וְהַמַּשְׂכִּיל יָבִין מִדַּעְתּוֹ. וְרָאִיתִי בְּסֵפֶר אִם לְבֵינָהּ שֶׁכָּל הַנְּשָׁמוֹת הֵם מֵאִימָּא דִּבְרִיאָה שֶׁשָּׁם הוּא שֵׁם ס"ג וְהִנֵּה שֵׁם ס"ג וְשָׁורְשׁוֹ עוֹלֶה מִסְפַּר גּוּף וְכוּ' יְעֻויַּן שָׁם וְגַם בְּזוֹ הַהַקְדָּמָה יָבֹא נָכוֹן הָרֶמֶז שֶׁרָמַזְתִּי לְעֵיל בְּמִסְפַּר גּוּף [89] שֶׁיֵּשׁ בֵּין מִסְפַּר אֶרֶץ [291] לְמִסְפַּר רָקִיעַ [380] וְהָבֵן.
« Adam ha-richon allait de la terre jusqu'au firmament. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que nos maîtres de mémoire bénie ont fait allusion, selon leur voie, au trésor des âmes appelé gouf (corps), dont nos maîtres de mémoire bénie ont dit (Nida 13b) : « le fils de David ne viendra pas avant que soient épuisées toutes les âmes qui sont dans le gouf » ; car Adam ha-richon contenait en lui toutes ces âmes du trésor appelé gouf. C'est pourquoi ils ont dit « il allait de la terre jusqu'au firmament » : car l'écart entre la valeur de erets [291] et celle de rakia [380] donne la valeur de gouf [89]. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, selon ce que nous avons écrit dans le livre saint Aderet Eliahou, paracha Korah, sur le verset « et il produisit une fleur » (Nombres 17, 23) : Adam ha-richon, avant qu'il ne faute, contenait en lui des âmes provenant de mille sefirot, comme l'a dit notre maître le Ari de mémoire bénie ; vois-y. Et l'on sait ce qu'ils ont dit dans la guemara plus loin (13a) : Rabbi Yo'hanan ben Zakai a dit, de la terre jusqu'au firmament il y a une marche de cinq cents ans, et l'épaisseur du firmament une marche de cinq cents ans. Il se trouve donc que de la terre jusqu'à la surface supérieure du firmament il y a mille ans ; et c'est à cela que nos maîtres de mémoire bénie ont fait allusion dans la douceur de leur langage, « Adam ha-richon allait de la terre jusqu'au firmament », c'est-à-dire qu'il contenait des âmes de mille sefirot, correspondant aux mille ans qui vont de la terre à la surface supérieure du firmament, « jusqu'à » y compris. Et après qu'il eut fauté, « Il le ramena à cent coudées » : cela signifie qu'il ne lui resta que dix de ces mille sefirot, comme ils l'ont dit là-bas au nom de notre maître de mémoire bénie ; et ici il appelle ces dix du nom de cent, parce que l'on sait que toute chose de sainteté est composée de dix, de sorte que ces dix comptent comme le nombre cent. C'est pourquoi ils ont parlé par une allusion fine et ont dit « Il le ramena à cent ». Béni soit Celui qui les a choisis, eux et leur enseignement. Sache que dans le Chaar ha-Pessoukim, paracha Berechit, troisième derouch, notre maître de mémoire bénie a écrit au sujet d'Adam ha-richon lui-même et de son rang, comment il était avant la faute et comment il fut amoindri après la faute ; et il a écrit que ce derouch expliquera ce que nos maîtres de mémoire bénie ont dit, qu'Adam ha-richon fut créé d'une extrémité du monde à l'autre puis fut réduit à cent coudées, comme il est mentionné au traité Haguiga, chapitre deux. Il expliquera aussi ce que nos maîtres ont dit dans le Midrach Rabba (Berechit Rabba 17, 8), qu'Adam ha-richon était la hala du monde, et que c'est pour cela que la hala a été donnée aux femmes. Il expliquera encore ce que nos maîtres ont dit au premier chapitre d'Avoda Zara (9a) : il a été enseigné dans l'école d'Eliahou, le monde dure six mille ans, etc. ; vois-y, car notre maître de mémoire bénie a développé largement ces choses dans ce derouch. Tu apprends de ses paroles que ces propos ne se prennent pas selon leur sens littéral, comme portant sur la mesure de la taille de son corps, mais qu'ils traitent du sod (secret) des âmes qui étaient contenues en lui. Et l'explication que j'ai donnée de cet enseignement s'accorde bien avec ses termes, car elle est elle aussi bâtie sur la prémisse de notre maître le Ari de mémoire bénie, comme je l'ai écrit — et les unes et les autres sont paroles du D.ieu vivant ! Celui qui comprend comprendra que tout revient à une seule et même chose. Va voir encore ce que notre maître de mémoire bénie a dit dans le Chaar Maamarei Rachbi, paracha Kedochim : un grand derouch au sujet d'Adam ha-richon, comment il était avant la faute, la mesure de sa taille et sa posture ; celui qui comprend comprendra de lui-même. Et j'ai vu dans le livre Em la-Bina que toutes les âmes viennent de ima de-beria, où se trouve le Nom SaG ; or le Nom SaG avec sa racine donne la valeur de gouf, etc. ; vois-y. Avec cette prémisse aussi, l'allusion que j'ai signalée plus haut s'accorde bien : la valeur de gouf [89] est l'écart entre la valeur de erets [291] et celle de rakia [380]. Comprends.
💡 Explication

Rabbi Elazar lit le verset en continu : « sur la terre » marque le point de départ, « et d'une extrémité des cieux » le point d'arrivée. Le membre jugé superflu sert donc à donner une mesure.

La preuve de la diminution repose sur « par derrière et par devant Tu m'as formé » : Rachi y entend deux formations successives du même homme, une haute puis une basse, la seconde venant de la main posée sur lui.

3
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: אָדָם הָרִאשׁוֹן, מִסּוֹף הָעוֹלָם וְעַד סוֹפוֹ הָיָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״לְמִן הַיּוֹם אֲשֶׁר בָּרָא אֱ-לֹהִים אָדָם עַל הָאָרֶץ וּלְמִקְצֵה הַשָּׁמַיִם וְעַד קְצֵה הַשָּׁמָיִם״, כֵּיוָן שֶׁסָּרַח הִנִּיחַ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא יָדוֹ עָלָיו וּמִיעֲטוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַתָּשֶׁת עָלַי כַּפֶּכָה״.

Rav Yehouda a dit au nom de Rav : Adam ha-richon allait d'une extrémité du monde à l'autre, ainsi qu'il est dit : « depuis le jour où D.ieu créa l'homme sur la terre, et d'une extrémité des cieux à l'autre extrémité des cieux ». Lorsqu'il faillit, le Saint béni soit-Il posa Sa main sur lui et le diminua, ainsi qu'il est dit : « et Tu as posé sur moi Ta paume ».

📜 Rachi (1)
מִסּוֹף הָעוֹלָם וְעַד סוֹפוֹ כְּשֶׁהָיָה שׁוֹכֵב הָיָה רֹאשׁוֹ לַמִּזְרָח וְרַגְלָיו לַמַּעֲרָב:
« D'une extrémité du monde à l'autre » : lorsqu'il était couché, sa tête était à l'est et ses pieds à l'ouest.
🗂️ Tossefot (1)
מִסּוֹף הָעוֹלָם וְעַד סוֹפוֹ. מַהֲלַךְ ת"ק שָׁנָה (לְקַמָּן חֲגִיגָה יג.) שֶׁנֶּאֱמַר שַׁדַּי שֶׁאָמַר דַּי שֶׁלֹּא לְהַרְחִיב יוֹתֵר שֶׁנֶּאֱמַר אֲנִי אֵל שַׁדַּי פְּרֵה וּרְבֵה אֲנִי שֶׁאָמַרְתִּי דַּי לְעוֹלָם וְתֵימַהּ מְנָא לָךְ הָא שֶׁיֵּשׁ ת"ק שָׁנָה וְלֹא יוֹתֵר וְלֹא פָּחוֹת וי"ל דְּנָפְקָא לָן מִן שַׁדַּי בִּשְׂדֵי יֵשׁ ג' אוֹתִיּוֹת שִׁי"ן דָּלֶ"ת יוֹ"ד קַח י"נ ל"ת ו"ד הַנֶּעְלָם מִן שַׁדַּי וְיַעֲלֶה ת"ק כָּךְ שָׁמַעְתִּי מַר' מְנַחֵם בְּרַבִּי עַזְרִיאֵל וצ"ע לָמֶ"ד פֶּרֶק מִי שֶׁהָיָה טָמֵא (פְּסָחִים צַד. וְשָׁם) כָּל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ תַּחַת כּוֹכָב אֶחָד עוֹמֵד הֵיכִי קָייְמִי כָּל הָנֵי כּוֹכָבִים הַנִּרְאִין בָּרָקִיעַ וי"מ שֶׁעַל יָם אוֹקְיָינוֹס הֵן עוֹמְדִין כִּדְאָמְרִינַן בְּפִרְקֵי דר"א כָּל הַשִּׁיעוּרִים לֹא נֶאֶמְרוּ רַק עַל שְׁאָר יַמִּים אֲבָל יָם אוֹקְיָינוֹס בּוֹרְאוֹ יוֹדֵעַ מִדָּתוֹ אַךְ בַּמִּדְרָשׁ אַחֵר מָצִינוּ שֶׁשְּׁלִישׁ יַמִּים שֶׁאָמַר הָוֵי בְּיָם אוֹקְיָינוֹס וְכֵן יָסַד ה"ר בִּנְיָמִין בְּיוֹצֵר שֶׁלּוֹ זֶה הַיָּם שְׁלִישׁ עוֹלָמוֹ בְּמֵאָה וְשִׁשִּׁים וְשֵׁשׁ וְעוֹד סִיְּימוּ וְצָרִיךְ לְמֵימַר שֶׁאוֹתוֹ מִדְרָשׁ פְּלִיג אַהַהִיא דִּפְסָחִים וּמִיהוּ יֵשׁ לְהַעֲמִיד הַהִיא דְּהָתָם בַּמַּזָּלוֹת שֶׁל גַּלְגַּל אֲבָל שְׁאָר כּוֹכָבִים קְטַנִּים הֵם וְלִי נִרְאֶה דְּיֵשׁ לְיַישֵּׁב כָּל אוֹתָן מִדְרָשִׁים שֶׁהֵם תְּלוּיָן בְּכִיפַּת הָרָקִיעַ וְהוּא גָּדוֹל הַרְבֵּה מִן הָאָרֶץ אִם הָיָה נִמְתָּח עָלֶיהָ זוֹ כָּזוֹ לְפִי גְּבוּל הָאָרֶץ בֹּא וּרְאֵה אֹהֶל מָתוּחַ עַל הָאָרֶץ כְּמִין כִּיפָּה גָּבוֹהַּ בָּאֶמְצַע שֶׁתּוֹפֵס כִּפְלֵי כִּפְלַיִם אִם הָיָה נִמְתַּח בְּקַו הָאָרֶץ אַךְ הָיָה קָשֶׁה מִדִּכְתִיב גַּבֵּי סִיסְרָא (שׁוֹפְטִים ה׳:כ׳) מִן שָׁמַיִם נִלְחָמוּ הַכּוֹכָבִים מִמְּסִלּוֹתָם וּמוּכָח מִינָּהּ בְּנִימּוּקֵי רַשִׁ"י וְכֵן אִיתָא בַּמִּדְרָשׁ שֶׁאֹורֶךְ הַכּוֹכָב מְהַלֵּךְ ת"ק שָׁנָה כְּמִן הַשָּׁמַיִם וְעַד הָאָרֶץ שֶׁהָיָה רֹאשׁ אֶחָד תָּחוּב בָּרָקִיעַ וְהַשֵּׁנִי הָיָה בָּאָרֶץ וְהֵיכִי הָיָה יֵצֵא בַּאֲוִיר הָעוֹלָם כֵּיוָן דְּכֻולּוֹ תַּחַת כּוֹכָב אֶחָד הוּא עוֹמֵד וצ"ל שֶׁהֵם חוֹלְקִין יַחַד אִם לֹא נַחֲלֹוק בֵּין מַזָּלוֹת הַגַּלְגַּל לִשְׁאָר מַזָּלוֹת:
« D'une extrémité du monde à l'autre. » Une marche de cinq cents ans (plus loin, Haguiga 13a), ainsi qu'il est dit Chaddaï — Celui qui a dit « assez » (dai), pour qu'il ne s'étende pas davantage, ainsi qu'il est dit « Je suis El Chaddaï, fructifie et multiplie » : Je suis Celui qui a dit « assez » au monde. Et il y a lieu de s'étonner : d'où tiens-tu qu'il y a cinq cents ans, ni plus ni moins ? On peut répondre que cela se tire du nom Chaddaï : dans Chaddaï il y a trois lettres, chin, dalet, youd ; prends ce qui reste caché dans le nom de chacune — youd-noun pour le chin, lamed-tav pour le dalet, vav-dalet pour le youd — et cela monte à cinq cents. Ainsi l'ai-je entendu de Rabbi Menahem fils de Rabbi Azriel. Et cela demande examen selon celui qui dit, au chapitre Mi che-haya tame (Pessahim 94a), que le monde tout entier se tient sous une seule étoile : comment tiennent donc toutes ces étoiles que l'on voit au firmament ? Certains expliquent qu'elles se tiennent au-dessus de l'océan, comme nous disons dans les Pirkei de-Rabbi Eliezer : toutes les mesures n'ont été dites que des autres mers, mais quant à l'océan, son Créateur connaît sa mesure. Toutefois, dans un autre midrach, nous trouvons que le tiers des mers dont il a parlé se trouve dans l'océan ; et ainsi l'a établi Rabbi Binyamin dans son yotser : « cette mer, le tiers de Son monde, en cent soixante-six », et ils ont ajouté encore. Il faut donc dire que ce midrach est en désaccord avec le passage de Pessahim ; on peut cependant maintenir le passage de la-bas au sujet des constellations de la sphère, les autres étoiles étant petites. Il me semble pourtant que l'on peut concilier tous ces midrachim : les étoiles sont suspendues à la voûte du firmament, laquelle est bien plus grande que la terre, si elle était étendue à plat au-dessus d'elle à la mesure de la terre. Viens et vois : une tente tendue sur le sol en forme de voûte, haute en son milieu, occupe le double et le double encore de ce qu'elle occuperait si elle était tendue au ras du sol. Mais il y avait une difficulté, de ce qu'il est écrit à propos de Sisséra (Juges 5, 20) « depuis les cieux les étoiles ont combattu, de leurs orbites » : on en prouve, dans les Nimoukei Rachi, et de même est-il dans le midrach, que la longueur de l'étoile est d'une marche de cinq cents ans, comme depuis les cieux jusqu'à la terre, une extrémité plantée dans le firmament et l'autre atteignant la terre — comment sortirait-elle dans l'espace du monde, puisque le monde tout entier se tient sous une seule étoile ? Il faut dire qu'ils sont en désaccord entre eux, à moins de distinguer entre les constellations de la sphère et les autres constellations.
🪔 Ben Yehoyada (2)
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: אָדָם הָרִאשׁוֹן מִסּוֹף הָעוֹלָם וְעַד סוֹפוֹ הָיָה. נִרְאֶה לִי בס"ד סוֹף עוֹלָם הוּא מֵ"ם אֲשֶׁר בְּמִילּוּאָה הִיא שְׁתַּיִם אַחַת פְּתוּחָה וְאַחַת סְתוּמָה וְהַפְּתוּחָה בָּרֹאשׁ וְהִיא מִסְפַּר אַרְבָּעִים וְהַסְּתוּמָה בַּסּוֹף וְהִיא מִסְפַּר שֵׁשׁ מֵאוֹת וְהֶפְרֵשׁ שֶׁיֵּשׁ בְּמִסְפָּר בֵּין הַפְּתוּחָה שֶׁבָּרֹאשׁ לְבֵין הַסְּתוּמָה שֶׁבַּסּוֹף הוּא תק"ס כְּמִסְפַּר 'מֵי מְנֻוחוֹת' [560] וְהוּא הַשֶּׁפַע שֶׁל שְׁלֹשָׁה סְפִירוֹת רִאשׁוֹנוֹת הַנִּקְרָא מֵי מְנֻוחוֹת כַּיָּדוּעַ שֶׁעָלָיו הִתְפַּלֵּל דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה עַל מֵי מְנֻחוֹת יְנַהֲלֵנִי (תְּהִלִּים כג, ב) . וְזֶהוּ שֶׁאָמַר 'אָדָם הָרִאשׁוֹן מִסּוֹף הָעוֹלָם וְעַד סוֹפוֹ הָיָה' כְּלוֹמַר מִסּוֹף אוֹתִיּוֹת עוֹלָם שֶׁהוּא אוֹת מֵ"ם וְעַד סוֹפוֹ שֶׁל הָאוֹת הַזֶּה שֶׁהָיָה נִשְׁפָּע מִן שְׁלֹשָׁה סְפִירוֹת שֶׁהוּא שֶׁפַע הַנִּקְרָא מֵי מְנֻוחוֹת שֶׁרָמוּז בְּהֶפְרֵשׁ שֶׁיֵּשׁ בֵּין מ' פְּתוּחָה לְמֵ"ם סְתוּמָה שֶׁהֵם בְּסוֹף שֵׁם עוֹלָם. וְכֵיוָן שֶׁסָּרַח הִנִּיחַ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא יָדוֹ עָלָיו וּמִעֲטוֹ, כְּלוֹמַר לֹא נִשְׁפַּע מִן ג' סְפִירוֹת רִאשׁוֹנוֹת אֶלָּא מִן סְפִירוֹת חֶסֶד וּגְבוּרָה וְאֵילָךְ שֶׁהֵם מְכַוְּנִים בְּשֵׁם יָדַיִם כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר בִּפְתִיחַת אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב 'חֶסֶד דְּרוּעָא יַמִּינָא גְּבוּרָה דְּרוּעָא שְׂמָאלָא' וּבָזֶה מִיעֲטוּ שֶׁנְּמַעֵט הַשֶּׁפַע שֶׁלּוֹ כֵּיוָן דְּנִמְשָׁךְ מִן חֶסֶד וּגְבוּרָה וְאֵילָךְ וְלֹא מִן שְׁלֹשָׁה הָרִאשׁוֹנוֹת שֶׁהֵם כח"ב [כֶּתֶר, חָוכְמָה, בִּינָה] . וְהִנֵּה בִּפְשַׁט הַמַּאֲמָר הַזֶּה יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה נָקֵיט לִשְׁתֵּי הַקְּצָווֹת בְּשֵׁם סוֹף? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאָתֵי כְּמַאן דְּאָמַר דִּסְבִירָא לֵיהּ הָעוֹלָם מִן הָאֶמְצַע נִבְרָא וְהָיָה מִתְפַּשֵּׁט וְהוֹלֵךְ עַד שֶׁאָמַר לוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא דַּי וְעָמַד וּלְפִי זֶה שְׁתֵּי הַקְּצָווֹת שֶׁלּוֹ הֵם סוֹף שֶׁשָּׁם עָמַד וְנִסְתַּיֵּים בְּעֵת בְּרִיאָתוֹ.
« Rav Yehouda a dit au nom de Rav : Adam ha-richon allait d'une extrémité du monde à l'autre. » Il me semble, avec l'aide du Ciel : la fin (sof) du mot olam est la lettre mem, laquelle, dans sa forme pleine, est double — l'une ouverte et l'autre fermée ; l'ouverte est au commencement et vaut quarante, la fermée est à la fin et vaut six cents ; et l'écart numérique entre l'ouverte du début et la fermée de la fin est de cinq cent soixante, valeur de mei menouhot [560], qui est l'influx (chefa) des trois premières sefirot, appelé mei menouhot, comme on le sait, et sur lequel le roi David, paix sur lui, a prié : « Il me conduit vers des eaux de repos » (Ps. 23, 2). Et c'est ce qu'il a dit, « Adam ha-richon allait d'une extrémité du monde à l'autre », c'est-à-dire depuis la fin des lettres du mot olam, qui est la lettre mem, jusqu'à la fin de cette même lettre, recevant l'influx des trois sefirot, cet influx appelé mei menouhot, auquel fait allusion l'écart entre le mem ouvert et le mem fermé qui se trouvent à la fin du nom olam. « Et lorsqu'il faillit, le Saint béni soit-Il posa Sa main sur lui et le diminua » : c'est-à-dire qu'il ne reçut plus l'influx des trois premières sefirot, mais celui des sefirot de 'hessed et de guevoura et au-delà, lesquelles sont désignées du nom de « mains », comme il est dit dans la Petiha d'Eliahou, souvenir de bien : « 'hessed, le bras droit ; guevoura, le bras gauche ». Par là Il le diminua, son influx étant amoindri du fait qu'il découle désormais de 'hessed et de guevoura et au-delà, et non des trois premières, qui sont KaHaB (keter, 'hokhma, bina). Et dans le sens simple de cet enseignement, il y a lieu de demander : pourquoi appelle-t-il les deux extrémités du nom de « fin » (sof) ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que cela suit celui qui tient que le monde à été créé depuis le milieu et qu'il allait s'étendant jusqu'à ce que le Saint béni soit-Il lui dise « assez » et qu'il s'arrêtât ; selon cela, ses deux extrémités sont bien une « fin », car c'est là qu'il s'est arrêté et achevé au moment de sa création.
אָדָם הָרִאשׁוֹן, מִן הָאָרֶץ וְעַד לָרָקִיעַ הָיָה. נִרְאֶה לִי בס"ד רָמְזוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל לְפִי דַּרְכָּם עַל אוֹצַר הַנְּשָׁמוֹת הַנִּקְרָא גּוּף דְּעָלָיו אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (נִידָּה יג:) 'אֵין בֶּן דָּוִד בָּא עַד שֶׁיִּכְלוּ כָּל נְשָׁמוֹת שֶׁבַּגּוּף' שֶׁהָיָה אָדָם הָרִאשׁוֹן כּוֹלֵל בּוֹ כָּל אוֹתָם הַנְּשָׁמוֹת שֶׁבָּאוֹצָר הַנִּקְרָא גּוּף וּלְכָךְ אָמְרוּ מִן הָאָרֶץ וְעַד לָרָקִיעַ הָיָה כִּי מִסֵּפֶר שֶׁיֵּשׁ בֵּין מִסְפַּר אֶרֶץ [291] לְמִסְפַּר רָקִיעַ [380] עוֹלֶה מִסְפַּר גּוּף [89] . וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁכָּתַבְנוּ בסה"ק 'אַדֶּרֶת אֵלִיָּהוּ' בְּפָרָשַׁת קֹרַח עַל פָּסוּק וַיָּצֵץ צִיץ (בַּמִּדְבָּר יז, כג) דְּאָדָם הָרִאשׁוֹן קֹודֶם שֶׁחָטָא הָיָה כָּלוּל בּוֹ נְשָׁמוֹת מֵאֶלֶף סְפִירוֹת כְּמוֹ שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל עַייֵּן שָׁם. וְיָדוּעַ מַה שֶּׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא לְקַמָּן (דַּף יג.) אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי מִן הָאָרֶץ עַד לָרָקִיעַ מַהֲלַךְ חֲמֵשׁ מֵאוֹת שָׁנָה וְעָבְיוֹ שֶׁל רָקִיעַ מַהֲלַךְ חֲמֵשׁ מֵאוֹת שָׁנָה, נִמְצָא מִן הָאָרֶץ עַד שֶׁטַח הָעֶלְיוֹן שֶׁל רָקִיעַ יֵשׁ אֶלֶף שָׁנָה וְעַל זֶה רָמְזוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בְּנֹועַם לְשׁוֹנָם 'אָדָם הָרִאשׁוֹן מִן הָאָרֶץ וְעַד לָרָקִיעַ הָיָה' כְּלוֹמַר הָיָה כּוֹלֵל נְשָׁמוֹת מֵאֶלֶף סְפִירוֹת כְּנֶגֶד אֶלֶף שָׁנִים שֶׁיֵּשׁ מִן הָאָרֶץ עַד שֶׁטַח הָעֶלְיוֹן שֶׁל רָקִיעַ וְהַיְינוּ עַד וְעַד בִּכְלָל. וְאַחַר שֶׁחָטָא וְהֶעֱמִידוּ עַל מֵאָה אַמָּה, פֵּירוּשׁ נִשְׁאֲרוּ בּוֹ רַק עֲשָׂרָה מִן אוֹתָם הָאֶלֶף סְפִירוֹת וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ שָׁם בְּשֵׁם רַבֵּינוּ זלה"ה וְכָאן קָרֵי לְאוֹתָם הָעֲשָׂרָה בְּשֵׁם מֵאָה מִפְּנֵי דְּיָדוּעַ שֶׁכָּל דָּבָר שֶׁבִּקְדֻושָּׁה כָּלוּל מַעֲשֵׂר וְאִם כֵּן אוֹתָם הָעֲשָׂרָה נֶחְשָׁבִין כְּמִסְפַּר מֵאָה לְכָךְ דִּבְּרוּ בְּרֶמֶז דַּק וְאָמְרוּ 'וְהֶעֱמִידוּ עַל מֵאָה' בָּרוּךְ שֶׁבָּחַר בָּהֶם וּבְמִשְׁנָתָם. וְדַע כִּי בְּשַׁעַר הַפְּסוּקִים פָּרָשַׁת בְּרֵאשִׁית בִּדְרוּשׁ ג' כָּתַב רַבֵּינוּ זַ"ל בְּעִנְיַן אָדָם הָרִאשׁוֹן בְּעַצְמוֹ וּבְמַעֲלָתוֹ אֵיךְ הָיָה קֹודֶם הַחֵטְא וְאֵיךְ נִגְרַע אַחַר הַחֵטְא וְכָתַב שֶׁבִּדְרוּשׁ זֶה יִתְבָּאֵר מַה שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל אָדָם הָרִאשׁוֹן נִבְרָא מִסּוֹף הָעוֹלָם וְעַד סוֹפוֹ וְאַחַר כָּךְ נִתְמַעֵט עַל מֵאָה אַמָּה כַּנִּזְכָּר בְּמַסֶּכֶת חֲגִיגָה פֶּרֶק ב' וְגַם יִתְבָּאֵר מַה שֶׁאָמְרוּ חֲזַ"ל בְּמִדְרַשׁ רָבָא (בְּרֵאשִׁית רַבָּה יז, ח) דְּאָדָם הָרִאשׁוֹן חַלָּתוֹ שֶׁל עוֹלָם הָיָה, וְעַל כֵּן הַחַלָּה נָתְנָה לְנָשִׁים. גַּם יִתְבָּאֵר מַה שֶׁאָמְרוּ חֲזַ"ל בְּפֶרֶק קַמָּא דַּעֲבוֹדָה זָרָה (עֲבוֹדָה זָרָה ט.) תַּנָּא דְּבֵי אֵלִיָּהוּ שִׁיתָּא אַלְפֵי שְׁנֵי הָוֵי עָלְמָא וְכוּ' עַייֵּן שָׁם שֶׁהִרְחִיב רַבֵּינוּ זַ"ל הַדְּבָרִים בִּדְרוּשׁ זֶה שָׁם. וְאַתָּה לָמֵד מִדְּבָרָיו דְּאֵין דְּבָרִים אֵלּוּ כִּפְשׁוּטָן דְּקָאֵי עַל שִׁיעוּר קוֹמַת גּוּפוֹ אֶלָּא אַייְרֵי עַל סוֹד הַנְּשָׁמוֹת שֶׁהָיוּ כְּלוּלוֹת בּוֹ וְגַם הַבֵּיאוּר שֶׁבֵּיאַרְתִּי בְּמַאֲמָר זֶה יָבֹא נָכוֹן כְּדִבְרֵי הַמַּאֲמָר כִּי גַּם בֵּיאוּר זֶה הוּא בָּנוּי עַל פִּי הַקְדָּמָה שֶׁל רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל כַּאֲשֶׁר כָּתַבְתִּי וְאֵלּוּ וְאֵלּוּ דִּבְרֵי אֱלֹקִים חַיִּים! וְהַמַּשְׂכִּיל יָבִין שֶׁהַכֹּל עוֹלֶה בְּקָנֶה אֶחָד וּפוֹק חֲזִי מַה שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ זלה"ה עוֹד בְּשַׁעַר מַאַמְרֵי רַשְׁבִּ"י פָּרָשַׁת קְדוֹשִׁים דְּרוּשׁ גָּדוֹל בְּעִנְיַן אָדָם הָרִאשׁוֹן אֵיךְ הָיָה קֹודֶם הַחֵטְא וְעִנְיַן שִׁיעוּר קוֹמָתוֹ וְאֵיךְ הָיָה עוֹמֵד, וְהַמַּשְׂכִּיל יָבִין מִדַּעְתּוֹ. וְרָאִיתִי בְּסֵפֶר אִם לְבֵינָהּ שֶׁכָּל הַנְּשָׁמוֹת הֵם מֵאִימָּא דִּבְרִיאָה שֶׁשָּׁם הוּא שֵׁם ס"ג וְהִנֵּה שֵׁם ס"ג וְשָׁורְשׁוֹ עוֹלֶה מִסְפַּר גּוּף וְכוּ' יְעֻויַּן שָׁם וְגַם בְּזוֹ הַהַקְדָּמָה יָבֹא נָכוֹן הָרֶמֶז שֶׁרָמַזְתִּי לְעֵיל בְּמִסְפַּר גּוּף [89] שֶׁיֵּשׁ בֵּין מִסְפַּר אֶרֶץ [291] לְמִסְפַּר רָקִיעַ [380] וְהָבֵן.
« Adam ha-richon allait de la terre jusqu'au firmament. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que nos maîtres de mémoire bénie ont fait allusion, selon leur voie, au trésor des âmes appelé gouf (corps), dont nos maîtres de mémoire bénie ont dit (Nida 13b) : « le fils de David ne viendra pas avant que soient épuisées toutes les âmes qui sont dans le gouf » ; car Adam ha-richon contenait en lui toutes ces âmes du trésor appelé gouf. C'est pourquoi ils ont dit « il allait de la terre jusqu'au firmament » : car l'écart entre la valeur de erets [291] et celle de rakia [380] donne la valeur de gouf [89]. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, selon ce que nous avons écrit dans le livre saint Aderet Eliahou, paracha Korah, sur le verset « et il produisit une fleur » (Nombres 17, 23) : Adam ha-richon, avant qu'il ne faute, contenait en lui des âmes provenant de mille sefirot, comme l'a dit notre maître le Ari de mémoire bénie ; vois-y. Et l'on sait ce qu'ils ont dit dans la guemara plus loin (13a) : Rabbi Yo'hanan ben Zakaï a dit, de la terre jusqu'au firmament il y a une marche de cinq cents ans, et l'épaisseur du firmament une marche de cinq cents ans. Il se trouve donc que de la terre jusqu'à la surface supérieure du firmament il y a mille ans ; et c'est à cela que nos maîtres de mémoire bénie ont fait allusion dans la douceur de leur langage, « Adam ha-richon allait de la terre jusqu'au firmament », c'est-à-dire qu'il contenait des âmes de mille sefirot, correspondant aux mille ans qui vont de la terre à la surface supérieure du firmament, « jusqu'à » y compris. Et après qu'il eut fauté, « Il le ramena à cent coudées » : cela signifie qu'il ne lui resta que dix de ces mille sefirot, comme ils l'ont dit là-bas au nom de notre maître de mémoire bénie ; et ici il appelle ces dix du nom de cent, parce que l'on sait que toute chose de sainteté est composée de dix, de sorte que ces dix comptent comme le nombre cent. C'est pourquoi ils ont parlé par une allusion fine et ont dit « Il le ramena à cent ». Béni soit Celui qui les a choisis, eux et leur enseignement. Sache que dans le Chaar ha-Pessoukim, paracha Berechit, troisième derouch, notre maître de mémoire bénie a écrit au sujet d'Adam ha-richon lui-même et de son rang, comment il était avant la faute et comment il fut amoindri après la faute ; et il a écrit que ce derouch expliquera ce que nos maîtres de mémoire bénie ont dit, qu'Adam ha-richon fut créé d'une extrémité du monde à l'autre puis fut réduit à cent coudées, comme il est mentionné au traité Haguiga, chapitre deux. Il expliquera aussi ce que nos maîtres ont dit dans le Midrach Rabba (Berechit Rabba 17, 8), qu'Adam ha-richon était la hala du monde, et que c'est pour cela que la hala a été donnée aux femmes. Il expliquera encore ce que nos maîtres ont dit au premier chapitre d'Avoda Zara (9a) : il a été enseigné dans l'école d'Eliahou, le monde dure six mille ans, etc. ; vois-y, car notre maître de mémoire bénie a développé largement ces choses dans ce derouch. Tu apprends de ses paroles que ces propos ne se prennent pas selon leur sens littéral, comme portant sur la mesure de la taille de son corps, mais qu'ils traitent du sod (secret) des âmes qui étaient contenues en lui. Et l'explication que j'ai donnée de cet enseignement s'accorde bien avec ses termes, car elle est elle aussi bâtie sur la prémisse de notre maître le Ari de mémoire bénie, comme je l'ai écrit — et les unes et les autres sont paroles du D.ieu vivant ! Celui qui comprend comprendra que tout revient à une seule et même chose. Va voir encore ce que notre maître de mémoire bénie a dit dans le Chaar Maamarei Rachbi, paracha Kedochim : un grand derouch au sujet d'Adam ha-richon, comment il était avant la faute, la mesure de sa taille et sa posture ; celui qui comprend comprendra de lui-même. Et j'ai vu dans le livre Em là-Bina que toutes les âmes viennent de ima de-beria, où se trouve le Nom SaG ; or le Nom SaG avec sa racine donne la valeur de gouf, etc. ; vois-y. Avec cette prémisse aussi, l'allusion que j'ai signalée plus haut s'accorde bien : la valeur de gouf [89] est l'écart entre la valeur de erets [291] et celle de rakia [380]. Comprends.
💡 Explication

Rav lit le même verset autrement : les deux membres se joignent pour donner une longueur horizontale. Rachi précise la posture — tête à l'est, pieds à l'ouest —, ce qui suppose un homme couché.

Les deux enseignements portent donc sur la même grandeur prise dans deux directions ; la guemara va s'en servir pour lever la contradiction du segment suivant.

🖼️ Schéma
Deux mesures d'Adam ha-richon, une seule grandeur Rabbi Elazar : de la terre au firmament firmament terre debout : sa tête touche le firmament 500 ans de marche Rav : d'une extrémité du monde à l'autre est ouest couché : sa tête à l'est, ses pieds à l'ouest (Rachi) idi ve-idi had chioura : une seule et même mesure La hauteur et la longueur valent autant ; après la faute, Il posa Sa main et diminua.
Les deux mesures d'Adam ha-richon, et leur identité selon la guemara.
4
אִי הָכִי, קָשׁוּ קְרָאֵי אַהֲדָדֵי! אִידֵּי וְאִידֵּי חַד שִׁיעוּרָא הוּא.

S'il en est ainsi, les versets se contredisent l'un l'autre ! L'un et l'autre sont une seule et même mesure.

🗂️ Tossefot (1)
אִידֵּי וְאִידֵּי חַד שִׁיעוּרָא הוּא. וּפְלִיג אַמַּאן דְּדָרֵישׁ בְּתָמִיד (דַּף לב.) דְּמִזְרָח וּמַעֲרָב רָחוֹק טְפֵי דְּאִי לָא תֵּימָא הָכִי אָדָם הֵיכִי הֲוָה קָם כֵּיוָן דִּכְתִיב מִקְצֵה הַשָּׁמַיִם וְעַד קְצֵה הַשָּׁמָיִם וי"ל שֶׁסּוֹבֵר שֶׁהָיָה בְּגַן עֵדֶן עַד שֶׁנִּתְמַעֵט:
« L'un et l'autre sont une seule mesure. » Cela est en désaccord avec celui qui expose, dans Tamid (32a), que la distance de l'est à l'ouest est plus grande ; car si tu ne dis pas ainsi, comment Adam se tenait-il debout, puisqu'il est écrit « d'une extrémité des cieux à l'autre extrémité des cieux » ? On peut répondre qu'il tient qu'il se trouvait dans le jardin d'Éden jusqu'à ce qu'il fut diminué.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אִידִי וְאִידִי מִדָּה אַחַת הִיא. קַשָּׁא וַהֲלֹא בִּכְלַל שֶׁטַח הָאָרֶץ הוּא יָם אַקַּיְינוּס שֶׁהוּא שִׁיעוּר גָּדוֹל וְאֵיךְ הָיָה אָדָם הָרִאשׁוֹן שׁוֹכֵב בָּאָרֶץ? וְנִרְאֶה לִי דְּקֹודֶם הַחֵטְא הָיָה יוֹשֵׁב בְּגַן עֵדֶן שֶׁהוּא שִׁשִּׁים פְּעָמִים יוֹתֵר מֵעוֹלָם הַזֶּה וְאַף עַל פִּי שֶׁגַּן עֵדֶן הַתַּחְתּוֹן הוּא בָּאָרֶץ הַזֹּאת מַמָּשׁ הִנֵּה גַּן עֵדֶן יָדוּעַ דְּאֵינוֹ תּוֹפֵס מָקוֹם מֵעוֹלָם הַזֶּה דִּבְנֵס הוּא עוֹמֵד עַל דֶּרֶךְ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (בָּבָא בָּתְרָא צט.) אָרוֹן וּכְרוּבִים בְּנֵס הָיוּ עוֹמְדִין, וְכַאֲשֶׁר כָּתַבְתִּי בְּמָקוֹם אַחֵר.
« L'un et l'autre sont une seule mesure. » Il y a une difficulté : l'étendue de la terre comprend l'océan, qui est d'une grandeur considérable — comment Adam ha-richon pouvait-il être couché sur la terre ? Il me semble qu'avant la faute il se tenait dans le jardin d'Éden, lequel est soixante fois plus grand que ce monde ; et bien que le jardin d'Éden d'en bas se trouve dans cette terre même, on sait que le jardin d'Éden n'occupe pas de place de ce monde, car il subsiste par miracle, à la manière de ce que nos maîtres de mémoire bénie ont dit (Baba Batra 99a) : l'arche et les keroubim se tenaient par miracle. Ainsi que je l'ai écrit ailleurs.
💡 Explication

La difficulté porte sur les deux enseignements pris ensemble : l'un mesure une hauteur, l'autre une longueur. La réponse pose que les deux distances valent autant, de sorte que les deux lectures du verset tombent sur la même grandeur.

Les Tossefot signalent que cette réponse s'oppose à l'avis, exposé dans Tamid, selon lequel l'est et l'ouest sont plus éloignés que la terre et le firmament.

5
וְאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: עֲשָׂרָה דְּבָרִים נִבְרְאוּ בְּיוֹם רִאשׁוֹן, וְאֵלּוּ הֵן: שָׁמַיִם וָאָרֶץ, תֹּהוּ וָבֹהוּ, אוֹר וְחֹשֶׁךְ, רוּחַ וּמַיִם, מִדַּת יוֹם וּמִדַּת לַיְלָה.

Et Rav Yehouda a dit au nom de Rav : dix choses furent créées le premier jour, et voici lesquelles : les cieux et la terre, tohou et bohou, la lumière et l'obscurité, le vent et l'eau, la mesure du jour et la mesure de la nuit.

📜 Rachi (2)
תֹּהוּ וָבֹהוּ לְקַמָּן מְפָרֵשׁ לְהוּ:
« Tohou et bohou » : plus loin, la guemara les explique.
מִדַּת יוֹם וּמִדַּת לַיְלָה כ"ד שָׁעוֹת בֵּין שְׁנֵיהֶם:
« La mesure du jour et la mesure de la nuit » : vingt-quatre heures entre les deux.
💡 Explication

L'énumération se fait par couples, cinq au total. Rav ne les tire pas d'une tradition isolée : chacun des dix sera appuyé sur un verset au segment suivant.

La « mesure du jour et la mesure de la nuit » désigne la durée assignée à chacun, que Rachi chiffre à vingt-quatre heures pour les deux ensemble.

6
שָׁמַיִם וָאָרֶץ — דִּכְתִיב: ״בְּרֵאשִׁית בָּרָא אֱ-לֹהִים אֵת הַשָּׁמַיִם וְאֵת הָאָרֶץ״, תֹּהוּ וָבֹהוּ — דִּכְתִיב: ״וְהָאָרֶץ הָיְתָה תֹהוּ וָבֹהוּ״, אוֹר וְחֹשֶׁךְ, חֹשֶׁךְ — דִּכְתִיב: ״וְחֹשֶׁךְ עַל פְּנֵי תְהוֹם״, אוֹר — דִּכְתִיב: ״וַיֹּאמֶר אֱ-לֹהִים יְהִי אוֹר״, רוּחַ וּמַיִם — דִּכְתִיב: ״וְרוּחַ אֱ-לֹהִים מְרַחֶפֶת עַל פְּנֵי הַמָּיִם״, מִדַּת יוֹם וּמִדַּת לַיְלָה — דִּכְתִיב: ״וַיְהִי עֶרֶב וַיְהִי בֹקֶר יוֹם אֶחָד״.

Les cieux et la terre, ainsi qu'il est écrit : « au commencement D.ieu créa les cieux et la terre » ; tohou et bohou, ainsi qu'il est écrit : « et la terre était tohou et bohou » ; la lumière et l'obscurité — l'obscurité, ainsi qu'il est écrit : « et l'obscurité sur la face de l'abîme » ; la lumière, ainsi qu'il est écrit : « et D.ieu dit : que la lumière soit » ; le vent et l'eau, ainsi qu'il est écrit : « et le souffle de D.ieu planait sur la face des eaux » ; la mesure du jour et la mesure de la nuit, ainsi qu'il est écrit : « il y eut un soir, il y eut un matin, un jour ».

7
תַּנָּא: תֹּהוּ — קַו יָרֹוק שֶׁמַּקִּיף אֶת כָּל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ, שֶׁמִּמֶּנּוּ יָצָא חֹשֶׁךְ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״יָשֶׁת חֹשֶׁךְ סִתְרוֹ סְבִיבוֹתָיו״. בְּהוּ — אֵלּוּ אֲבָנִים הַמְפֻולָּמוֹת הַמְשֻׁוקָּעוֹת בַּתְּהוֹם, שֶׁמֵּהֶן יוֹצְאִין מַיִם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְנָטָה עָלֶיהָ קַו תֹהוּ וְאַבְנֵי בֹהוּ״.

Il a été enseigné : tohou — une ligne verte qui entoure le monde entier, d'où sortit l'obscurité, ainsi qu'il est dit : « Il fit des ténèbres Sa cachette, autour de Lui ». Bohou — ce sont des pierres humides enfoncées dans l'abîme, d'où sortent les eaux, ainsi qu'il est dit : « et Il étendra sur elle le cordeau de tohou et les pierres de bohou ».

📜 Rachi (3)
יָשֶׁת חֹשֶׁךְ סְבִיבוֹתָיו לָמַדְתָּ שֶׁקַּו הַחֹשֶׁךְ מַקִּיף אֶת הַשָּׁמַיִם:
« Il fit des ténèbres... autour de Lui » : tu apprends que la ligne d'obscurité entoure les cieux.
מְפֻולָּמוֹת לְשׁוֹן לִיחְלוּחַ:
« Mefoulamot » : terme signifiant l'humidité.
קַו תֹהוּ וְאַבְנֵי בֹהוּ לָמַדְתָּ שֶׁהַתֹּהוּ קַו וְהַבֹּהוּ אֲבָנִים:
« Le cordeau de tohou et les pierres de bohou » : tu apprends que le tohou est une ligne et que le bohou est des pierres.
🗂️ Tossefot (1)
יָשֶׁת חֹשֶׁךְ סָתְרוּ. מִדִּכְתִיב סְבִיבוֹתָיו סֻוכָּתוֹ קָדָרֵישׁ:
« Il fit des ténèbres Sa cachette. » C'est de ce qui est écrit « autour de Lui, Sa tente » qu'il tire son exposition.
🪔 Ben Yehoyada (2)
קַו יָרֹק שֶׁמַּקִּיף אֶת כָּל הָעוֹלָם כֻּלּוֹ. נִרְאֶה לִי קַו זֶה נִמְשָׁךְ מִן הַמַּלְכוּת בְּסוֹד אֶסְתֵּר יְרַקְרֶקֶת הָיְתָה (מְגִילָּה יג.) וּלְכָךְ מִמֶּנּוּ נִמְשָׁךְ חֹשֶׁךְ לְעוֹלָם כִּי הִיא מִדַּת לַיְלָה.
« Une ligne verte qui entoure le monde entier. » Il me semble que cette ligne découle de malkhout, selon le sod de « Esther était verdâtre » (Meguila 13a) ; et c'est pourquoi l'obscurité découle d'elle vers le monde, car elle est la mesure de la nuit.
אֵלּוּ אֲבָנִים מְפֻלָּמוֹת. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י לְשׁוֹן לִחְלוּחַ וּבְפֵירוּשׁ הַמִּילּוֹת שֶׁל הַזֹּוהַר פֵּירֵשׁ בְּרִיאוֹת וַחֲזָקוֹת וְעוֹד פֵּירֵשׁ מְנֻוקָּבוֹת וְזֶה הַפֵּירוּשׁ שֶׁל מְנֻוקָּבוֹת יָבֹא נָכוֹן יוֹתֵר שֶׁמֵּהֶם יוֹצֵא הַמַּיִם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּבִרְאֵם מִבֵּירוּרִים שֶׁל שְׁבִירַת הַכֵּלִים וְלָכֵן קְרָאָם מְפֻולָּמוֹת שֶׁהִיא מִלָּה מֻורְכֶּבֶת 'מִפּוֹל מוֹת' דְּאֵלּוּ הַכֵּלִים נָפְלוּ בַּקְּלִיפָּה הַנִּקְרֵאת מָוֶת וְנִבְרְרוּ מִשָּׁם וְלָכֵן עַתָּה אַחַר בֵּירוּרִים יוֹצֵא מֵהֶם מַיִם שֶׁהֵם חַיִּים לְעוֹלָם.
« Ce sont des pierres mefoulamot. » Rachi explique : terme signifiant l'humidité. Et dans le commentaire des mots du Zohar il est expliqué « saines et fortes », et il est expliqué encore « percées » — et cette explication de « percées » s'accorde mieux, puisque les eaux en sortent. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'Il les a créées à partir des tris (berourim) de la brisure des récipients (chevirat ha-kelim) ; c'est pourquoi il les appelle mefoulamot, mot composé de mapoul mavet, tombées dans la mort, car ces récipients sont tombés dans la kelipa appelée mort et ont été triés de là ; c'est pourquoi maintenant, après ces tris, il en sort des eaux, qui sont vie pour le monde.
💡 Explication

La baraita donne à chacun des deux mots une réalité distincte, et chacune avec sa preuve. Le verset d'Isaie fournit l'appui décisif : il associe tohou à un cordeau et bohou à des pierres, ce qui fixe les deux identifications d'un seul coup.

Les deux éléments servent en outre d'origine : l'obscurité sort de la ligne, les eaux sortent des pierres — deux des dix choses du premier jour se rattachent ainsi aux deux premières.

🖼️ Schéma
tohou et bohou selon la baraita le monde entoure de part en part tohou : la ligne verte de cette ligne sort l'obscurité Il fit des ténèbres Sa cachette, autour de Lui bohou : les pierres de l'abîme surface l'abîme (tehom) pierres humides ; les eaux en sortent le cordeau de tohou et les pierres de bohou
tohou comme ligne entourant le monde, bohou comme pierres humides de l'abîme.
8
וְאוֹר בְּיוֹם רִאשׁוֹן אִיבְּרִי? וְהָכְתִיב: ״וַיִּתֵּן אֹותָם אֱ-לֹהִים בִּרְקִיעַ הַשָּׁמָיִם״, וּכְתִיב: ״וַיְהִי עֶרֶב וַיְהִי בֹקֶר יוֹם רְבִיעִי״!

Et la lumière fut-elle créée le premier jour ? Mais il est écrit : « et D.ieu les plaça dans le firmament des cieux », et il est écrit : « il y eut un soir, il y eut un matin, quatrième jour » !

9
כִּדְרַבִּי אֶלְעָזָר. דְּאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: אוֹר שֶׁבָּרָא הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא בְּיוֹם רִאשׁוֹן, אָדָם צוֹפֶה בּוֹ מִסּוֹף הָעוֹלָם וְעַד סוֹפוֹ. כֵּיוָן שֶׁנִּסְתַּכֵּל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא בְּדוֹר הַמַּבּוּל וּבְדוֹר הַפְּלַגָּה וְרָאָה שֶׁמַּעֲשֵׂיהֶם מְקֻולְקָלִים — עָמַד וְגָנְזוּ מֵהֶן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְיִמָּנַע מֵרְשָׁעִים אוֹרָם״.

Selon Rabbi Elazar. Car Rabbi Elazar a dit : la lumière que le Saint béni soit-Il créa le premier jour, l'homme y voyait d'une extrémité du monde à l'autre.

Lorsque le Saint béni soit-Il considéra la génération du déluge et la génération de la dispersion et vit que leurs actes étaient corrompus, Il se leva et la leur dérobé en la mettant en réserve, ainsi qu'il est dit : « et aux méchants leur lumière est refusée ».

🪔 Ben Yehoyada (1)
עָמַד וְגָנְזוּ לַצַּדִּיקִים. הָא דְּבָרְאוּ וְגָנְזוּ אַחַר כָּךְ וְלֹא אִיחֵר בְּרִיאָתוֹ עַד לֶעָתִיד דְּהָא הוּא יָדַע זֶה מֵעִיקָּרָא, נִרְאֶה לִי בס"ד כְּדֵי שֶׁיֵּדְעוּ הַצַּדִּיקִים שֶׁהֵם טוֹרְחִים כְּדֵי לִיקַּח מַה שֶׁמּוּכָן לָהֶם מִכְּבָר וְלֹא כְּדֵי שֶׁיָּכִין לָהֶם אַחַר כָּךְ. אִי נָמֵי שֶׁצָּרִיךְ לְהַשְׁלִים כָּל הַבְּרִיאָה מֵעִיקָּרָא שֶׁכָּךְ גָּזְרָה חָכְמָתוֹ יִתְבָּרֵךְ דְּאֵין כָּל חָדָשׁ תַּחַת הַשָּׁמֶשׁ. וְעוֹד הַטַּעַם לְלַמֵּד לִבְנֵי אָדָם שֶׁאִם יֵשׁ בְּיַד אָדָם אוֹר תּוֹרָה וְרוֹאֶה שֶׁיֵּשׁ בְּנֵי אָדָם אֵינָם מְהֻוגָּנִים יִגְנֹוז הַדְּבָרִים בְּלִבּוֹ וְלֹא יִגָּלֵם כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (תְּהִלִּים קיט, יא) בְּלִבִּי צָפַנְתִּי אִמְרָתֶךָ לְמַעַן לֹא אֶחֱטָא לָךְ. וּבָזֶה יוּבָן בס"ד מָה רַב טוּבְךָ אֲשֶׁר צָפַנְתָּ לִּירֵאֶיךָ (תְּהִלִּים לא, כ) שֶׁגָּנַזְתָּ אֶת הָאוֹר בִּשְׁבִילָם וְאִם תֹּאמַר לָמָּה בְּרָאוֹ וְגָנְזוּ, יִבְרָאֶנּוּ אַחַר כָּךְ כְּשֶׁיַּגִּיעַ זְמַנּוֹ לָזֶה? אָמַר פָּעַלְתָּ לַחֹסִים בָּךְ נֶגֶד בְּנֵי אָדָם שֶׁיִּרְאוּ זֹאת וְיַעֲשׂוּ כֵּן כָּאָמוּר. וּמַה שֶׁאָמַר כֵּיוָן שֶׁרָאָה אוֹר שֶׁגְּנָזוֹ לַצַּדִּיקִים מִיָּד שָׂמַח, נִרְאֶה לִי בס"ד הַצַּדִּיקִים נִקְרְאוּ מַלְאָכִים כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (מַלְאָכִי ב, ז) כִּי שִׂפְתֵי כֹהֵן יִשְׁמְרוּ דַעַת וְתוֹרָה יְבַקְשׁוּ מִפִּיהוּ כִּי מַלְאַךְ ה' צְבֻקּוֹת הוּא, וְכֵן הוּא אוֹמֵר וַיִּשְׁלַח מַלְאָךְ וַיֹּצִאֵנוּ מִמִּצְרָיִם (בַּמִּדְבָּר כ, טז) . וְהִנֵּה מִסְפַּר אוֹר [207] וּמִסְפַּר מַלְאָכִים [141] שֶׁהֵם הַצַּדִּיקִים עוֹלֶה מִסְפַּר שמ"ח [348] .
« Il se leva et la mit en réserve pour les justes. » Quant au fait qu'Il la créa puis la mit en réserve, au lieu de différer sa création jusqu'aux temps futurs — puisqu'Il savait cela dès le départ — il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est afin que les justes sachent qu'ils se donnent de la peine pour prendre ce qui leur est préparé depuis longtemps, et non pour qu'on le leur prépare ensuite. Ou bien parce qu'il fallait achever toute la création dès le départ, ainsi que l'a décrété Sa sagesse bénie, car « il n'y a rien de nouveau sous le soleil ». Et il y a une raison de plus : enseigner aux hommes que si quelqu'un détient en main la lumière de la Torah et voit que certains hommes n'en sont pas dignes, il doit enfouir ces paroles dans son cœur et ne pas les leur dévoiler, comme il est dit (Ps. 119, 11) : « dans mon cœur j'ai serré Ta parole, afin de ne pas fauter contre Toi ». Par là se comprend, avec l'aide du Ciel, le verset « combien grande est Ta bonté, que Tu as réservée à ceux qui Te craignent » (Ps. 31, 20) : Tu as mis la lumière en réserve pour eux. Et si tu dis : pourquoi l'avoir créée puis mise en réserve — qu'Il la crée plus tard, lorsque son temps viendra ? Il dit : « Tu l'as faite pour ceux qui s'abritent en Toi », devant les hommes, afin qu'ils voient cela et qu'ils fassent de même, comme il a été dit. Et ce qu'il dit, « lorsque la lumière vit qu'Il l'avait mise en réserve pour les justes, aussitôt elle se réjouit » : il me semble, avec l'aide du Ciel, que les justes sont appelés anges, comme il est dit (Malachie 2, 7) « car les lèvres du kohen gardent la connaissance, et c'est de sa bouche que l'on recherche la Torah, car il est un ange de Hachem Tsevaot », et de même il est dit « Il envoya un ange et nous fit sortir d'Égypte » (Nombres 20, 16). Or la valeur de or [207] et celle de malakhim [141], qui sont les justes, donnent ensemble la valeur de sameah [348].
💡 Explication

La réponse distingue deux lumières : celle du premier jour, d'une portée sans mesure, et celle des luminaires, placées au quatrième. Le verset du quatrième jour porte alors sur les secondes, et la difficulté tombe.

Le verbe ganaz désigne une mise en réserve plutôt qu'une suppression : la lumière subsiste, soustraite à ceux qui en abuseraient.

10
וּלְמִי גְּנָזוֹ — לַצַּדִּיקִים לֶעָתִיד לָבֹא, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיַּרְא אֱ-לֹהִים אֶת הָאוֹר כִּי טוֹב״, וְאֵין ״טוֹב״ אֶלָּא צַדִּיק, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אִמְרוּ צַדִּיק כִּי טוֹב״.

Et pour qui la mit-Il en réserve ? Pour les justes, dans le temps à venir, ainsi qu'il est dit : « et D.ieu vit la lumière, qu'elle était bonne » ; or « bon » désigne le juste, ainsi qu'il est dit : « dites du juste qu'il est bon ».

11
כֵּיוָן שֶׁרָאָה אוֹר שֶׁגְּנָזוֹ לַצַּדִּיקִים שָׂמַח, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אוֹר צַדִּיקִים יִשְׂמַח״.

Lorsque la lumière vit qu'Il l'avait mise en réserve pour les justes, elle se réjouit, ainsi qu'il est dit : « la lumière des justes se réjouira ».

12
כְּתַנָּאֵי: אוֹר שֶׁבָּרָא הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא בְּיוֹם רִאשׁוֹן, אָדָם צוֹפֶה וּמַבִּיט בּוֹ מִסּוֹף הָעוֹלָם וְעַד סוֹפוֹ, דִּבְרֵי רַבִּי יַעֲקֹב. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: הֵן הֵן מְאוֹרוֹת שֶׁנִּבְרְאוּ בְּיוֹם רִאשׁוֹן, וְלֹא נִתְלוּ עַד יוֹם רְבִיעִי.

Comme les tanaim : la lumière que le Saint béni soit-Il créa le premier jour, l'homme y voyait et regardait d'une extrémité du monde à l'autre — paroles de Rabbi Yaakov. Et les Sages disent : ce sont bien les luminaires qui furent créés le premier jour, mais ils ne furent suspendus qu'au quatrième jour.

💡 Explication

La guemara rattache la réponse antérieure à une controverse de tanaim. Rabbi Yaakov tient une lumière propre au premier jour ; les Sages identifient cette lumière aux luminaires mêmes, et distinguent leur création de leur suspension au firmament.

Pour les Sages, la difficulté se résout sans lumière cachée : le quatrième jour marque une mise en place, non une création.

🖼️ Schéma
La lumière du premier jour : la difficulté et les deux réponses La difficulté Les luminaires sont placées au quatrième jour. La lumière fut-elle créée le premier ? Rabbi Elazar, puis Rabbi Yaakov Une autre lumière que celle du soleil : par elle, on voyait d'une extrémité du monde à l'autre. Voyant les actes de la génération du déluge et de celle de la dispersion, Il la mit en réserve pour les justes. Le quatrième jour concerne donc les luminaires, non cette lumière. Les Sages La lumière du premier jour est celle des luminaires mêmes. Créées le premier jour, elles furent suspendues au firmament seulement le quatrième. Aucune lumière cachée : création et mise en place se distinguent. Ce que la guemara ajoute à la première réponse Pour qui la réserve ? Pour les justes : et D.ieu vit la lumière, qu'elle était bonne — et bon désigne le juste. Et quand la lumière vit cette réserve, elle se réjouit : la lumière des justes se réjouira (Prov. 13, 9).
La difficulté sur la lumière du premier jour et les deux voies de réponse.
13
אָמַר רַב זוּטְרָא בַּר טוֹבִיָּא אָמַר רַב: בַּעֲשָׂרָה דְּבָרִים נִבְרָא הָעוֹלָם: בְּחָכְמָה וּבִתְבוּנָה וּבְדַעַת, וּבְכֹחַ וּבִגְעָרָה וּבִגְבוּרָה, בְּצֶדֶק וּבְמִשְׁפָּט, בְּחֶסֶד וּבְרַחֲמִים.

Rav Zoutra bar Tovia a dit au nom de Rav : par dix choses le monde fut créé — par la 'hokhma (sagesse), la tevouna (intelligence) et la daat (connaissance), par le koah (force), la gueara (réprimande) et la guevoura (puissance), par le tsedek (justice) et le michpat (droit), par le 'hessed (bonté) et les rahamim (miséricorde).

📜 Rachi (6)
חָכְמָה יוֹדֵעַ מַה שֶׁלָּמַד:
« 'Hokhma » : il sait ce qu'il a appris.
תְּבוּנָה שֶׁהוּא מֵבִין דָּבָר חָדָשׁ מִפִּלְפּוּל חָכְמָתוֹ:
« Tevouna » : il comprend une chose nouvelle par le pilpoul de sa sagesse.
דַּעַת יִשּׁוּב:
« Daat » : la pondération de l'esprit.
כח הוּא כֹּחַ הַזְּרוֹעַ:
« Koah » : c'est la force du bras.
גְּבוּרָה גְּבוּרַת הַלֵּב:
« Guevoura » : la force du cœur.
גְּעָרָה נְזִיפָה כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן שֶׁגָּעַר בּוֹ וְעָמַד:
« Gueara » : la semonce, comme nous disons plus loin : « Il le reprit et il s'arrêta ».
💡 Explication

Rachi sépare les termes qui se ressemblent : la 'hokhma retient ce qui a été appris, la tevouna en déduit du neuf ; le koah est la force du bras, la guevoura celle du cœur.

La gueara prépare la suite du folio : c'est par elle que le monde, qui s'étendait, fut arrêté.

🖼️ Schéma
Les dix attributs par lesquels le monde fut créé Attribut Selon Rachi Verset 'hokhma, sagesse tevouna, intelligence 'hokhma : il sait ce qu'il a appris tevouna : il déduit du neuf par le pilpoul Prov. 3, 19 daat, connaissance la pondération de l'esprit Prov. 3, 20 koah, force guevoura, puissance koah : la force du bras guevoura : la force du cœur Ps. 65, 7 gueara, réprimande la semonce : Il le reprit et il s'arrêta Job 26, 11 tsedek, justice michpat, droit fondement du Trône Ps. 89, 15 'hessed, bonté rahamim, miséricorde de toujours Ps. 25, 6 Cinq couples, comme les dix choses du premier jour gueara relie cette liste à la suite : c'est par elle que le monde fut arrêté.
Les dix attributs, les distinctions de Rachi et les versets qui les établissent.
14
בְּחָכְמָה וּבִתְבוּנָה — דִּכְתִיב: ״ה׳ בְּחָכְמָה יָסַד אָרֶץ כּוֹנֵן שָׁמַיִם בִּתְבוּנָה״. בְּדַעַת — דִּכְתִיב: ״בְּדַעְתּוֹ תְּהוֹמוֹת נִבְקְעוּ״. בְּכֹחַ וּגְבוּרָה, דִּכְתִיב: ״מֵכִין הָרִים בְּכֹחוֹ נֶאְזָר בִּגְבוּרָה״. בִּגְעָרָה — דִּכְתִיב: ״עַמּוּדֵי שָׁמַיִם יְרוֹפָפוּ וְיִתְמְהוּ מִגַּעֲרָתוֹ״. בְּצֶדֶק וּמִשְׁפָּט — דִּכְתִיב: ״צֶדֶק וּמִשְׁפָּט מְכוֹן כִּסְאֶךָ״. בְּחֶסֶד וְרַחֲמִים — דִּכְתִיב: ״זְכֹר רַחֲמֶיךָ ה׳ וַחֲסָדֶיךָ כִּי מֵעוֹלָם הֵמָּה״.

Par la 'hokhma et par la tevouna, ainsi qu'il est écrit : « Hachem a fondé la terre par la sagesse, Il a établi les cieux par l'intelligence ». Par la daat, ainsi qu'il est écrit : « par Sa connaissance les abîmes se sont fendus ».

Par le koah et la guevoura, ainsi qu'il est écrit : « Il affermit les montagnes par Sa force, Il est ceint de puissance ». Par la gueara, ainsi qu'il est écrit : « les colonnes des cieux vacillent et s'étonnent de Sa réprimande ».

Par le tsedek et le michpat, ainsi qu'il est écrit : « justice et droit sont le fondement de Ton trône ». Par le 'hessed et les rahamim, ainsi qu'il est écrit : « souviens-Toi de Tes miséricordes, Hachem, et de Tes bontés, car elles sont de toujours ».

15
וְאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: בְּשָׁעָה שֶׁבָּרָא הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא אֶת הָעוֹלָם, הָיָה מַרְחִיב וְהוֹלֵךְ כִּשְׁתֵּי פַקְעִיּוֹת שֶׁל שְׁתִי, עַד שֶׁגָּעַר בּוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא וְהֶעֱמִידוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״עַמּוּדֵי שָׁמַיִם יְרוֹפָפוּ וְיִתְמְהוּ מִגַּעֲרָתוֹ״, וְהַייְנוּ דְּאָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: מַאי דִכְתִיב: ״אֲנִי אֵל שַׁדַּי״ — אֲנִי הוּא שֶׁאָמַרְתִּי לָעוֹלָם דַּי. אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: בְּשָׁעָה שֶׁבָּרָא הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא אֶת הַיָּם הָיָה מַרְחִיב וְהוֹלֵךְ, עַד שֶׁגָּעַר בּוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא וְיִבְּשׁוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״גּוֹעֵר בַּיָּם וַיַּבְּשֵׁהוּ וְכָל הַנְּהָרוֹת הֶחֱרִיב״.

Et Rav Yehouda a dit au nom de Rav : à l'heure où le Saint béni soit-Il créa le monde, celui-ci allait s'étendant comme deux pelotes de fil de chaîne, jusqu'à ce que le Saint béni soit-Il le reprît et l'arrêta, ainsi qu'il est dit : « les colonnes des cieux vacillent et s'étonnent de Sa réprimande ». Et c'est ce que disait Rech Lakich : que signifie ce qui est écrit, « Je suis Él Chaddaï » ?

Je suis Celui qui a dit au monde : assez (dai). Rech Lakich a dit : à l'heure où le Saint béni soit-Il créa la mer, elle allait s'étendant, jusqu'à ce que le Saint béni soit-Il la reprît et l'assécha, ainsi qu'il est dit : « Il reprend la mer et l'assécha, et Il a desséché tous les fleuves ».

📜 Rachi (1)
פַּקְעִיּוֹת לומישי"ל בְּלַעַ"ז:
« Pekaot » : lomichil en langue vernaculaire — des pelotes de fil.
🪔 Ben Yehoyada (1)
הָיָה מַרְחִיב וְהוֹלֵךְ כִּשְׁתֵּי פַקְעִיּוֹת שֶׁל שְׁתִי. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁדִּמָּהוּ לְפַקְעִיּוֹת שֶׁל שְׁתִי כִּי עוֹלָם הַזֶּה הוּא סוֹד נְקֵבָה וְלָכֵן נִבְרָא בְּאוֹת הֵ"א שֶׁהִיא סוֹד נֻוקְבָּא וְהַשְּׁתִי הוּא דֻּוגְמָה לִנְקֵבָה וְהָעֵרֶב לְזָכָר וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא דַּעֲבוֹדָה זָרָה (עֲבוֹדָה זָרָה יז:) גַּבֵּי רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן פַּרְטָא דְּאִתְרְחִישׁ לֵיהּ נִיסָּא דְּאָתְיָא זִיבּוּרָא זָכָר וְיָתֵיב עַל פַּקְעִית שֶׁל עֵרֶב וְזִיבּוּרָא נְקֵבָה וְיָתֵיב עַל פַּקְעִית שֶׁל שְׁתֵּי עַייֵּן שָׁם. וְאָמַר שְׁתֵּי פַּקְעִיּוֹת כְּנֶגֶד שָׁמַיִם וָאָרֶץ וְלָכֵן אָמַר וַיָּשֶׁת עֲלֵיהֶם תֵּבֵל (שְׁמוּאֵל א' ב, ח) 'יָשֶׁת' אוֹתִיּוֹת 'שְׁתִי' וְהָיָה מַרְחִיב וְהוֹלֵךְ כְּדֵי לְהִתְקָרֵב יוֹתֵר לִמְדוֹר הַשְּׁכִינָה.
« Il allait s'étendant comme deux pelotes de fil de chaîne. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison pour laquelle il l'a comparé à des pelotes de fil de chaîne est que ce monde relève du sod du féminin, et c'est pourquoi il fut créé par la lettre hé, qui relève du sod de noukva ; or le fil de chaîne (chti) est l'image du féminin, et le fil de trame (erev) celle du masculin, comme ils l'ont dit dans la guemara d'Avoda Zara (17b) au sujet de Rabbi Elazar ben Perata, pour qui un miracle se produisit : une guêpe mâle vint se poser sur la pelote de trame, et une guêpe femelle sur la pelote de chaîne ; vois-y. Et il a dit « deux pelotes » en correspondance avec les cieux et la terre ; c'est pourquoi il est dit « et Il a posé sur eux le monde » (I Samuel 2, 8) — les lettres de yachet sont celles de chti. « Et il allait s'étendant » afin de se rapprocher davantage de la demeure de la Chekhina.
💡 Explication

Le verset de Job, déjà cité pour la gueara, reçoit ici son application : la réprimande a un effet, arrêter une expansion en cours. L'image des pelotes de fil de chaîne donne le mouvement — un fil qui s'allonge à mesure que la pelote se dévide.

Rech Lakich lit le nom Chaddaï comme un énoncé : celui qui a dit dai, assez. Le même schéma vaut pour la mer.

🖼️ Schéma
Le monde et la mer arrêtés par la réprimande Le monde (Rav Yehouda au nom de Rav) il allait s'étendant comme deux pelotes de fil de chaîne Il le reprit et l'arrêta les colonnes des cieux vacillent et s'étonnent de Sa réprimande La mer (Rech Lakich) Elle allait s'étendant, jusqu'à ce qu'Il la reprît et l'assécha : Il reprend la mer et l'assécha (Nahoum 1, 4). Même mouvement, même arrêt : l'expansion s'interrompt sur une parole. Él Chaddaï, selon Rech Lakich Je suis Celui qui a dit au monde : dai, assez.
L'expansion du monde et de la mer, et l'arrêt par la réprimande.
16
תָּנוּ רַבָּנַן, בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: שָׁמַיִם נִבְרְאוּ תְּחִלָּה וְאַחַר כָּךְ נִבְרֵאת הָאָרֶץ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״בְּרֵאשִׁית בָּרָא אֱ-לֹהִים אֵת הַשָּׁמַיִם וְאֵת הָאָרֶץ״. וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: אֶרֶץ נִבְרֵאת תְּחִלָּה וְאַחַר כָּךְ שָׁמַיִם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״בְּיוֹם עֲשׂוֹת ה׳ אֱ-לֹהִים אֶרֶץ וְשָׁמָיִם״.

Nos maîtres ont enseigné : Beit Chammaï disent — les cieux furent créés d'abord, et la terre fut créée ensuite, ainsi qu'il est dit : « au commencement D.ieu créa les cieux et la terre ». Et Beit Hillel disent — la terre fut créée d'abord, et les cieux ensuite, ainsi qu'il est dit : « au jour où Hachem D.ieu fit la terre et les cieux ».

🪔 Ben Yehoyada (1)
בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: שָׁמַיִם נִבְרְאוּ תְּחִלָּה, וְאַחַר כָּךְ אֶרֶץ. קַשָּׁא מַאי נַפְקוּתָא אִיכָּא מִפְּלֻוגְתָּא זוֹ דְּבֵית שַׁמַּאי וּבֵית הִלֵּל? וְנִרְאֶה לִי דִּלְבֵית שַׁמַּאי מַלְאָכִים עֲדִיפֵי מִצַּדִּיקִים וּלְבֵית הִלֵּל צַדִּיקִים עֲדִיפֵי כִּי קִלּוּסוֹ שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא יוֹצֵא יוֹתֵר מִבַּעֲלֵי הַחֹומֶר דִּלְכָךְ סְבִירָא לֵיהּ אֶרֶץ נִבְרֵאת תְּחִלָּה. וְעוֹד נִרְאֶה לִי דְּנָפְקָא מִינָּהּ לְבֵית שַׁמַּאי צָרִיךְ שֶׁיַּעֲסֹוק הָאָדָם בַּתּוֹרָה שֶׁהִיא תִּיקּוּן הַנֶּפֶשׁ וְאַחַר כָּךְ יִשָּׂא אִשָּׁה שֶׁהוּא תִּיקּוּן הֲגוֹפָנַיי וְלִסְבָרַת בֵּית הִלֵּל צָרִיךְ לְהֵפֶךְ יִשָּׂא אִשָּׁה וְאַחַר כָּךְ יִלְמֹוד תּוֹרָה.
« Beit Chammaï disent : les cieux furent créés d'abord, et la terre ensuite. » Il y a une difficulté : quelle conséquence pratique (nafka mina) découle de cette controverse entre Beit Chammaï et Beit Hillel ? Il me semble que, pour Beit Chammaï, les anges sont préférables aux justes, tandis que pour Beit Hillel les justes sont préférables, car la louange du Saint béni soit-Il monte davantage de ceux qui sont faits de matière — et c'est pourquoi ils tiennent que la terre fut créée d'abord. Il me semble encore qu'il en découle ceci : selon Beit Chammaï, l'homme doit d'abord s'occuper de Torah, qui est la réparation de l'âme, et épouser une femme ensuite, ce qui est la réparation du corporel ; et selon l'avis de Beit Hillel, l'ordre est inversé : il doit épouser une femme, puis étudier la Torah.
💡 Explication

Les deux maisons s'appuient chacune sur l'ordre des mots d'un verset de la Torah, et les deux versets s'opposent. La controverse porte sur la succession de la création, avant que les images du segment suivant ne viennent l'éprouver.

17
אָמְרוּ לָהֶם בֵּית הִלֵּל לְבֵית שַׁמַּאי: לְדִבְרֵיכֶם, אָדָם בּוֹנֶה עֲלִיָּיה וְאַחַר כָּךְ בּוֹנֶה בַּיִת?! שֶׁנֶּאֱמַר: ״הַבּוֹנֶה בַשָּׁמַיִם מַעֲלוֹתָיו וַאֲגֻודָּתוֹ עַל אֶרֶץ יְסָדָהּ״. אָמְרוּ לָהֶם בֵּית שַׁמַּאי לְבֵית הִלֵּל: לְדִבְרֵיכֶם, אָדָם עוֹשֶׂה שְׁרַפְרַף, וְאַחַר כָּךְ עוֹשֶׂה כִּסֵּא?! שֶׁנֶּאֱמַר: ״כֹּה אָמַר ה׳ הַשָּׁמַיִם כִּסְאִי וְהָאָרֶץ הֲדֹום רַגְלָי״. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: זֶה וָזֶה כְּאַחַת נִבְרְאוּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אַף יָדִי יָסְדָה אֶרֶץ וִימִינִי טִפְּחָה שָׁמָיִם קֹורֵא אֲנִי אֲלֵיהֶם יַעַמְדוּ יַחְדָּו״.

Beit Hillel dirent à Beit Chammaï : d'après vos paroles, un homme bâtit-il l'étage, puis bâtit la maison ? Ainsi qu'il est dit : « Il bâtit dans les cieux Ses étages, et Sa voûte, Il l'a fondée sur la terre ».

Beit Chammaï dirent à Beit Hillel : d'après vos paroles, un homme fait-il un escabeau, puis fait le siège ? Ainsi qu'il est dit : « ainsi a dit Hachem : les cieux sont Mon siège et la terre l'escabeau de Mes pieds ».

Et les Sages disent : l'un et l'autre furent créés en une seule fois, ainsi qu'il est dit : « Ma main aussi a fondé la terre, et Ma droite a étendu les cieux ; Je les appelle, ils se tiennent ensemble ».

📜 Rachi (3)
שֶׁנֶּאֱמַר הַבּוֹנֶה בַשָּׁמַיִם מַעֲלוֹתָיו אַלְמָא עֲלִיָּיה מִיקְּרוּ:
« Ainsi qu'il est dit : Il bâtit dans les cieux Ses étages » : il appert qu'on les appelle « étage ».
שְׁרַפְרַף לְרַגְלָיו וְכִסֵּא לֵישֵׁב עַל כָּרְחָךְ הַכִּסֵּא עָשׂוּי תְּחִלָּה וּלְפִי גֹּובַהּ הַכִּסֵּא הוּא מְתַקֵּן הַשְּׁרַפְרַף:
« Escabeau » : pour ses pieds, et le siège pour s'y asseoir ; forcément le siège est fait d'abord, et c'est d'après la hauteur du siège qu'on ajuste l'escabeau.
אַף יָדִי יָסְדָה אֶרֶץ וְגוֹ' מִסֵּיפֵיהּ דִּקְרָא יָלֵיף דִּכְתִיב יַעַמְדוּ יַחְדָּו כְּשֶׁבְּרָאָן וַעֲשָׂאָן פַּקְעִיּוֹת כְּמוֹ שֶׁאָמַרְנוּ לְמַעְלָה:
« Ma main aussi a fondé la terre, etc. » : il tire sa preuve de la fin du verset, où il est écrit « ils se tiennent ensemble » — lorsqu'Il les créa et les fit comme des pelotes, ainsi que nous l'avons dit plus haut.
🪔 Ben Yehoyada (1)
לְדִבְרֵיכֶם, אָדָם בּוֹנֶה שְׁרַפְרַף, וְאַחַר כָּךְ כִּסֵּא. נִרְאֶה אַף עַל גַּב דְּאֵין הַכַּוָּנָה כִּסֵּא וּשְׁרַפְרַף מַמָּשׁ אֶלָּא הוּא דֻּוגְמָא וּמָשָׁל עִם כָּל זֶה צְרִיכִין אֲנַחְנוּ לָדוּן בַּנִּמְשָׁל כְּפִי הַמָּשָׁל לְכָךְ אָמַר לְדִבְרֵיכֶם אָדָם בּוֹנֶה שְׁרַפְרַף וְאַחַר כָּךְ כִּסֵּא?!
« D'après vos paroles, un homme bâtit un escabeau, puis un siège ? » Il semble que, bien que l'intention ne porte pas sur un siège et un escabeau au sens propre, mais qu'il s'agisse d'une image et d'une parabole, nous devons néanmoins juger de la chose signifiée d'après la parabole ; c'est pourquoi il a dit : d'après vos paroles, un homme bâtit un escabeau, puis un siège ?!
💡 Explication

Chaque maison retourne contre l'autre une image tirée d'un verset. Beit Hillel se sert du bâtiment : on ne commence pas par l'étage. Beit Chammaï se sert du mobilier : Rachi précise que l'escabeau s'ajuste à la hauteur du siège, donc après lui.

Les Sages écartent la question de l'ordre : le verset d'Isaie mentionne les deux dans une seule action et ajoute « ils se tiennent ensemble ». Rachi note que la preuve vient de la fin du verset.

🖼️ Schéma
Les deux images échangées par les maisons Beit Hillel : la maison et l'étage étage = les cieux maison = la terre On bâtit la maison, puis l'étage. Verset : Il bâtit dans les cieux Ses étages, et Sa voûte, Il l'a fondée sur la terre (Amos 9, 6). Beit Chammaï : le siège et l'escabeau siège = les cieux escabeau = la terre On fait le siège, puis on ajuste l'escabeau à sa hauteur (Rachi). Verset : les cieux sont Mon siège et la terre Mon escabeau (Is. 66, 1).
Les deux images échangées : la maison et l'étage, le siège et l'escabeau.
18
וְאִידָךְ, מַאי ״יַחְדָּו״? דְּלָא מִשְׁתַּלְּפִי מְהֻדָּדַי. קָשׁוּ קְרָאֵי אַהֲדָדֵי! אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: כְּשֶׁנִּבְרְאוּ — בָּרָא שָׁמַיִם וְאַחַר כָּךְ בָּרָא הָאָרֶץ, וּכְשֶׁנָּטָה — נָטָה הָאָרֶץ וְאַחַר כָּךְ נָטָה שָׁמַיִם.

Et l'autre, que signifie « ensemble » ? Qu'ils ne se séparent pas l'un de l'autre.

Les versets se contredisent l'un l'autre ! Rech Lakich a dit : lors de la création, Il créa les cieux, puis Il créa la terre ; et lors du déploiement, Il déploya la terre, puis Il déploya les cieux.

🪔 Ben Yehoyada (1)
כְּשֶׁבְּרָאָן, בָּרָא שָׁמַיִם וְאַחַר כָּךְ אֶרֶץ. פֵּירוּשׁ כְּשֶׁבְּרָאָן בְּכֹחַ שֶׁאֵין נִרְאִין בְּחוּשׁ הָרְאוּת אַךְ כְּשֶׁנָּטָה כְּלוֹמַר כְּשֶׁיָּצְאוּ מִן הַכֹּחַ לַפּוֹעֵל שֶׁנִּרְאִין בְּחוּשׁ הָרְאוּת נָטָה אָרֶץ וְאַחַר כָּךְ שָׁמַיִם. וְהָא דְּרָצָה לַעֲשׂוֹת קְדִימָה לַשָּׁמַיִם בִּבְרִיאָה וְקָדִימָה לָאָרֶץ בִּנְטִיָּה פֵּירֵשׁ בְּנֵי יְדִידִי כְּבוֹד הָרַב יַעֲקֹב נר"ו כִּי יֵשׁ יִתְרוֹן לַשָּׁמַיִם עַל הָאָרֶץ בְּדָבָר אֶחָד שֶׁשָּׁם אֵין מָוֶת וְאֵין טֻומְאָה וְכָל יוֹשְׁבֶיהָ הֵם חַיִּים וּקְדוֹשִׁים מַה שֶׁאֵין כֵּן בָּאָרֶץ לְכָךְ עָשָׂה לָהּ יִתְרוֹן שֶׁהִקְדִּימָהּ עַל הָאָרֶץ בִּבְרִיאָה אַךְ בָּאָרֶץ יֵשׁ יִתְרוֹן בְּדָבָר אַחֵר כִּי מֵאַחַר שֶׁיֵּשׁ יֵצֶר הָרַע וָחֹומֶר יֵשׁ שֶׁבַח בַּעֲבוֹדָתוֹ יִתְבָּרֵךְ שֶׁעוֹבְדִין הַצַּדִּיקִים וּמְקַייְּמִים מִצְוֹתָיו אַף עַל פִּי שֶׁיֵּשׁ מִנֶּגֶד לָהֶם מַה שֶׁאֵין כֵּן בְּיוֹשְׁבֵי שָׁמַיִם אֵין לָהֶם שֶׁבַח בַּעֲבוֹדָתָם וּבְקִיּוּם מִצְוָתוֹ יִתְבָּרֵךְ לְכָךְ עָשָׂה יִתְרוֹן לָאָרֶץ עַל הַשָּׁמַיִם שֶׁהִקְדִּים אוֹתָהּ בִּנְטִיָּה עַד כָּאן דְּבָרָיו נר"ו.
« Lors de leur création, Il créa les cieux, puis la terre. » Cela signifie : lors de leur création en puissance, où ils ne sont pas visibles au sens de la vue ; mais « lors du déploiement », c'est-à-dire lorsqu'ils passèrent de la puissance à l'acte et devinrent visibles à la vue, Il déploya la terre, puis les cieux. Quant à la raison pour laquelle Il voulut donner la préséance aux cieux dans la création et à la terre dans le déploiement, mon fils bien-aimé, l'honorable Rav Yaakov, que le Miséricordieux le garde, l'a expliquée ainsi : les cieux ont un avantage sur la terre en un point, car là il n'y a ni mort ni impureté, et tous ceux qui y habitent sont vivants et saints, ce qui n'est pas le cas sur la terre ; c'est pourquoi Il leur a donné l'avantage de la préséance sur la terre dans la création. Mais la terre a un avantage en un autre point : puisqu'il y a en elle le mauvais penchant et la matière, il y a du mérite dans le service de Hachem, les justes Le servant et accomplissant Ses commandements bien qu'ils aient un adversaire en face d'eux, ce qui n'est pas le cas des habitants des cieux, qui n'ont pas de mérite dans leur service ni dans l'accomplissement de Son commandement ; c'est pourquoi Il a donné à la terre l'avantage sur les cieux, en lui donnant la préséance dans le déploiement. Fin de ses paroles, qu'il soit garde.
💡 Explication

Les deux maisons doivent rendre compte du mot « ensemble » sans y lire une simultanéité de création : elles l'entendent comme une inséparabilité permanente.

Rech Lakich résout la contradiction des versets en distinguant deux temps, la beria et la netiya. Chaque verset parle d'un moment différent, et aucun appui n'a à céder.

19
מַאי ״שָׁמַיִם״? אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא: שֶׁשָּׁם מַיִם. בְּמַתְנִיתָא תְּנָא: אֵשׁ וּמַיִם, מְלַמֵּד שֶׁהֱבִיאָן הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא וּטְרָפָן זֶה בָּזֶה, וְעָשָׂה מֵהֶן רָקִיעַ.

Que signifie « chamayim » ? Rabbi Yossi bar Hanina a dit : que l'eau y est (che-cham mayim).

Dans une baraita il a été enseigné : feu et eau (ech ou-mayim) — cela enseigne que le Saint béni soit-Il les apporta et les battit l'un dans l'autre, et en fit le firmament.

📜 Rachi (1)
וּטְרָפָן עֵירְבָן:
« Il les battit » : Il les mêla.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מאי 'שמים'. קשא אם רוצה לידע משמעות השמות למה לא שאל גם כן מאי ארץ? ונראה לי בס"ד דידע נקראו שמים נטרקון 'אש ומים'. ושאל הוה ליה לקרותה 'שאמים' באות א' אחר ש' כדי שיהיה בה אותיות אש כמו שיש מים? ותרץ שם מים ולכך לא הניח א' בין ש' למ"ם כדי שתתחבר מ' עם ש' ויהיה צירוף שם ותתחבר עוד הפעם אות מ' עם ים ויהיה צירוף 'מים' ואם יניח א' ביניהם לא יהיה צירופים אלו של 'שם ומים'. ונראה לי אף על גב דשמים הם אש ומים ניכר בהם המים שהוא חסד והאש נבלע ולכך האש אין בו באותיות שמים אלא אות אחד אבל אותיות מים כולם בשמים. ומה שאמר טרפן זה בזה ועשה מהן רקיע, כי מים בסוד שם הוי־ה ואש בסוד שם אדנ־י ואם תטרוף מספר שני שמות אלו זה בזה בחשבון ההכאה יעלה מספר רקיע [380] . ומספר ההכאה זה בזה מפורש בריש ספר דן ידין.
« Que signifie chamayim ? » Il y a une difficulté : s'il voulait connaître le sens des noms, pourquoi n'a-t-il pas demandé aussi ce que signifie erets ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il savait déjà que les cieux sont appelés ainsi par notarikon, ech ou-mayim, feu et eau. Et il demandait : il aurait fallu l'appeler chaamayim, avec un alef après le chin, afin que s'y trouvent les lettres de ech comme s'y trouvent celles de mayim. Il répondit : cham mayim, l'eau y est ; et c'est pourquoi il n'a pas placé d'alef entre le chin et le mem, afin que le mem se joigne au chin pour former cham, et que la lettre mem se joigne encore une fois à yam pour former mayim ; si l'on plaçait un alef entre eux, ces combinaisons de cham et de mayim n'existeraient pas. Et il me semble que, bien que les cieux soient feu et eau, l'eau y est reconnaissable, qui est le 'hessed, tandis que le feu y est absorbé ; c'est pourquoi le feu n'a qu'une seule de ses lettres dans chamayim, alors que toutes les lettres de mayim se trouvent dans chamayim. Et ce qu'il dit, « Il les battit l'un dans l'autre et en fit le firmament » : car l'eau relève du sod du Nom ה' et le feu du sod du Nom A-donaï ; et si tu bats les valeurs de ces deux Noms l'un dans l'autre par le calcul de multiplication (hakaa), on obtient la valeur de rakia [380]. Ce calcul de multiplication de l'un dans l'autre est exposé au début du livre Dan Yadin.
💡 Explication

Deux lectures du mot, toutes deux par décomposition. La première y entend une localisation, la seconde une composition. La seconde ajoute un enseignement sur la fabrication du firmament : deux éléments opposés réunis en un seul corps.

20
שָׁאַל רַבִּי יִשְׁמָעֵאל אֶת רַבִּי עֲקִיבָא כְּשֶׁהָיוּ מְהַלְּכִין בַּדֶּרֶךְ, אֲמַר לֵיהּ: אַתָּה שֶׁשִּׁימַּשְׁתָּ אֶת נַחוּם אִישׁ גַּם זוֹ עֶשְׂרִים וּשְׁתַּיִם שָׁנָה, שֶׁהָיָה דּוֹרֵשׁ כָּל ״אֵתִין״ שֶׁבַּתּוֹרָה, ״אֵת הַשָּׁמַיִם וְאֵת הָאָרֶץ״, מֶה הָיָה דּוֹרֵשׁ בָּהֶן? אָמַר לוֹ: אִילּוּ נֶאֱמַר ״שָׁמַיִם וָאָרֶץ״, הָיִיתִי אוֹמֵר: ״שָׁמַיִם״ — שְׁמוֹ שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא. עַכְשָׁיו שֶׁנֶּאֱמַר: ״אֵת הַשָּׁמַיִם וְאֵת הָאָרֶץ״, ״שָׁמַיִם״ — שָׁמַיִם מַמָּשׁ, ״אֶרֶץ״ — אֶרֶץ מַמָּשׁ.

Rabbi Yichmael interrogea Rabbi Akiva alors qu'ils marchaient sur le chemin. Il lui dit : toi qui as servi Nahoum de Gam Zo vingt-deux ans, lui qui exposait chaque et de la Torah, « les cieux et la terre » — qu'en exposait-il ?

Il lui dit : s'il avait été dit « cieux et terre », j'aurais dit que « cieux » est un nom du Saint béni soit-Il ; maintenant qu'il est dit « et les cieux et la terre », « cieux » désigne le ciel lui-même et « terre » la terre elle-même.

🪔 Ben Yehoyada (2)
שָׁאַל רַבִּי יִשְׁמָעֵאל אֶת רַבִּי עֲקִיבָא כְּשֶׁהָיוּ מְהַלְּכִין בַּדֶּרֶךְ. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לְמַאי הֻוצְרַךְ לְלַמְּדֵינוּ שֶׁהָיוּ מְהַלְּכִין בַּדֶּרֶךְ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דִּדְרָשָׁה זוֹ דְּנַחוּם אָתְיָא כְּמַאן דְּאָמַר שָׁמַיִם נִבְרְאוּ תְּחִלָּה, דִּלְהָכִי כְּתִיב אֶת וְאֶת. וְנִרְאֶה דְּרַבִּי יִשְׁמָעֵאל נָחָה דַּעְתּוֹ בִּדְרָשָׁה זוֹ כְּשֶׁשָּׁמְעָה דְּלָא עִרְעֵר בָּהּ כְּלוּם נִמְצָא דַּעְתּוֹ הוּא גַּם כֵּן כְּמַאן דְּאָמַר שָׁמַיִם נִבְרְאוּ תְּחִלָּה, וּלְפִי זֶה קָשֶׁה לְתַנָּא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל שֶׁהֵם תַּלְמִידָיו אֵיךְ דָּרְשׁוּ מָשָׁל דְּנָשִׁים מַשְׁמַע דִּסְבִירָא לֵיהּ כְּמַאן דְּאָמַר שְׁנֵיהֶם עָמְדוּ יַחַד דְּזֶה הֵפֶךְ הַסְכָּמַת רַבִּי יִשְׁמָעֵאל רַבָּם שֶׁהִסְכִּים לִדְרָשַׁת נַחוּם דְּאָתְיָא כְּמַאן דְּאָמַר שָׁמַיִם נִבְרְאוּ תְּחִלָּה? לְכָךְ פֵּירֵשׁ וְאָמַר כְּשֶׁהָיוּ מְהַלְּכִין בַּדֶּרֶךְ וְלֹא אָמְרָה בֵּית הַמִּדְרָשׁ וְשָׁם בְּהִילּוּכָם בַּדֶּרֶךְ לֹא נִמְצְאוּ תַּלְמִידָיו וּלְכָךְ לָא שְׁמִיעַ לְהוּ הַסְכָּמַת רַבָּם בִּדְרָשָׁה זוֹ דְּאָתְיָא כְּמַאן דְּאָמַר שָׁמַיִם נִבְרְאוּ תְּחִלָּה.
« Rabbi Yichmael interrogea Rabbi Akiva alors qu'ils marchaient sur le chemin. » Il y a lieu de demander : pourquoi a-t-il fallu nous apprendre qu'ils marchaient sur le chemin ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que cette deracha de Nahoum suit celui qui dit que les cieux furent créés d'abord, et que c'est pour cela qu'il est écrit et... et... Et il semble que Rabbi Yichmael fut satisfait de cette deracha lorsqu'il l'entendit, puisqu'il n'y opposa rien ; il se trouve donc que son avis, à lui aussi, suit celui qui dit que les cieux furent créés d'abord. Selon cela, il y a une difficulté quant à l'école de Rabbi Yichmael, qui sont ses disciples : comment ont-ils exposé la parabole des femmes, ce qui montre qu'ils tiennent comme celui qui dit que les deux se tinrent ensemble, à l'opposé de l'accord donné par Rabbi Yichmael leur maître à la deracha de Nahoum, laquelle suit celui qui dit que les cieux furent créés d'abord ? C'est pourquoi il a précisé et dit « alors qu'ils marchaient sur le chemin », et il n'a pas dit que cela fut dit dans la maison d'étude : là, dans leur marche sur le chemin, ses disciples ne se trouvaient pas, et c'est pourquoi l'accord de leur maître avec cette deracha, laquelle suit celui qui dit que les cieux furent créés d'abord, ne leur est pas parvenu.
"שָׁמַיִם וָאָרֶץ", שְׁמוֹתָן שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא הֵן. פֵּירוּשׁ כְּמוֹ שֶׁמָּצִינוּ שֶׁהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא נִקְרָא שָׁלוֹם וְכֵן אָמְרוּ בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ 'שַׁבָּת שֶׁמָּא דְּקוּדְשָׁא בְּרִיךְ הוּא' כֵּן הָיִיתִי אוֹמֵר עַל שָׁמַיִם וָאָרֶץ שֶׁיִּהְיֶה נִקְרָא בָּהֶם הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא עַל דֶּרֶךְ הַנִּזְכָּר.
« Cieux et terre, ce sont des noms du Saint béni soit-Il. » Cela signifie : de même que nous trouvons que le Saint béni soit-Il est appelé Chalom, et de même qu'ils ont dit dans le Zohar saint « Chabbat est un nom du Saint béni soit-Il », ainsi aurais-je dit de cieux et de terre qu'ils servent à Le nommer, de la manière mentionnée.
💡 Explication

La deracha porte sur une particule grammaticale, qui marque le complément d'objet. Sans elle, les deux mots pourraient se lire comme des noms du sujet de la phrase ; avec elle, ils deviennent ce qui a été créé.

Le Ben Yehoyada s'arrête sur une précision apparemment superflue du récit, « alors qu'ils marchaient sur le chemin », et en tire la raison pour laquelle les disciples de Rabbi Yichmael ont pu soutenir un autre avis que leur maître.

🖼️ Schéma
Ce que le mot את ajoute à Gen. 1, 1 Sans את bereshit bara ... hachamayim ve-haarets La lecture reste ouverte : chamayim et arets pourraient nommer Celui qui crée, comme on Le nomme par d'autres noms. Le verset dirait alors qui a créé, sans dire ce qui fut créé. Avec את ... ואת et hachamayim ve-et haarets Les deux mots deviennent objets du verbe : ce sont des choses créées. chamayim = le ciel lui-même, arets = la terre elle-même. Réponse de Rabbi Akiva au nom de Nahoum de Gam Zo. Nahoum exposait chaque את de la Torah ; Rabbi Akiva l'a servi vingt-deux ans.
Ce que la particule et ajoute au premier verset de la Torah.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).