Sougya : Le folio quitte la question du droit de s'enquérir pour entrer dans la matière elle-même, le maasse berechit. Il part d'un reste de verset : puisque l'interdit d'interroger se tire déjà de « d'une extrémité des cieux à l'autre », à quoi sert « depuis le jour où D.ieu créa l'homme sur la terre » ?
Réponse : ce membre enseigne la taille d'Adam ha-richon, de la terre au firmament pour Rabbi Elazar, d'une extrémité du monde à l'autre pour Rav — une seule mesure, ramenée après la faute. Viennent ensuite les dix choses créées le premier jour avec leurs versets, l'explication de tohou et de bohou, et la lumière du premier jour mise en réserve pour les justes, qui se double d'une controverse de tanaim sur les luminaires.
Rav Zoutra bar Tovia énumère alors les dix attributs par lesquels le monde fut créé, et Rav décrit un monde qui s'étend jusqu'à la réprimande : El Chaddai, Celui qui a dit au monde « assez ». Le folio s'achève sur la controverse de Beit Chammai et de Beit Hillel sur l'ordre du ciel et de la terre, résolue par Rech Lakich qui distingue création et déploiement, sur l'étymologie de chamayim, et sur la deracha de Nahoum de Gam Zo portant sur le mot et.
Maintenant que cela se tire de « d'une extrémité des cieux à l'autre extrémité des cieux », à quoi me sert « depuis le jour où D.ieu créa l'homme sur la terre » ?
Le folio précédent avait tiré de Deut. 4, 32 la limite du droit de s'enquérir. Rachi montre que le membre « d'une extrémité des cieux à l'autre » suffit à tout fermer : ce qui précède la création se trouve aujourd'hui hors des cloisons du monde, de sorte que l'interdit d'interroger sur l'un vaut pour l'autre. Le membre « depuis le jour où D.ieu créa l'homme » devient alors un reste sans emploi.
La guemara va lui trouver un autre objet : la stature d'Adam ha-richon. Le passage change ainsi de registre et ouvre le maasse berechit lui-même.
Selon Rabbi Elazar. Car Rabbi Elazar a dit : Adam ha-richon allait de la terre jusqu'au firmament, ainsi qu'il est dit : « depuis le jour où D.ieu créa l'homme sur la terre ».
Et lorsqu'il faillit, le Saint béni soit-Il posa Ses mains sur lui et le diminua, ainsi qu'il est dit : « par derrière et par devant Tu m'as formé, et Tu as posé sur moi Ta paume ».
Rabbi Elazar lit le verset en continu : « sur la terre » marque le point de départ, « et d'une extrémité des cieux » le point d'arrivée. Le membre jugé superflu sert donc à donner une mesure.
La preuve de la diminution repose sur « par derrière et par devant Tu m'as formé » : Rachi y entend deux formations successives du même homme, une haute puis une basse, la seconde venant de la main posée sur lui.
Rav Yehouda a dit au nom de Rav : Adam ha-richon allait d'une extrémité du monde à l'autre, ainsi qu'il est dit : « depuis le jour où D.ieu créa l'homme sur la terre, et d'une extrémité des cieux à l'autre extrémité des cieux ». Lorsqu'il faillit, le Saint béni soit-Il posa Sa main sur lui et le diminua, ainsi qu'il est dit : « et Tu as posé sur moi Ta paume ».
Rav lit le même verset autrement : les deux membres se joignent pour donner une longueur horizontale. Rachi précise la posture — tête à l'est, pieds à l'ouest —, ce qui suppose un homme couché.
Les deux enseignements portent donc sur la même grandeur prise dans deux directions ; la guemara va s'en servir pour lever la contradiction du segment suivant.
S'il en est ainsi, les versets se contredisent l'un l'autre ! L'un et l'autre sont une seule et même mesure.
La difficulté porte sur les deux enseignements pris ensemble : l'un mesure une hauteur, l'autre une longueur. La réponse pose que les deux distances valent autant, de sorte que les deux lectures du verset tombent sur la même grandeur.
Les Tossefot signalent que cette réponse s'oppose à l'avis, exposé dans Tamid, selon lequel l'est et l'ouest sont plus éloignés que la terre et le firmament.
Et Rav Yehouda a dit au nom de Rav : dix choses furent créées le premier jour, et voici lesquelles : les cieux et la terre, tohou et bohou, la lumière et l'obscurité, le vent et l'eau, la mesure du jour et la mesure de la nuit.
L'énumération se fait par couples, cinq au total. Rav ne les tire pas d'une tradition isolée : chacun des dix sera appuyé sur un verset au segment suivant.
La « mesure du jour et la mesure de la nuit » désigne la durée assignée à chacun, que Rachi chiffre à vingt-quatre heures pour les deux ensemble.
Les cieux et la terre, ainsi qu'il est écrit : « au commencement D.ieu créa les cieux et la terre » ; tohou et bohou, ainsi qu'il est écrit : « et la terre était tohou et bohou » ; la lumière et l'obscurité — l'obscurité, ainsi qu'il est écrit : « et l'obscurité sur la face de l'abîme » ; la lumière, ainsi qu'il est écrit : « et D.ieu dit : que la lumière soit » ; le vent et l'eau, ainsi qu'il est écrit : « et le souffle de D.ieu planait sur la face des eaux » ; la mesure du jour et la mesure de la nuit, ainsi qu'il est écrit : « il y eut un soir, il y eut un matin, un jour ».
Il a été enseigné : tohou — une ligne verte qui entoure le monde entier, d'où sortit l'obscurité, ainsi qu'il est dit : « Il fit des ténèbres Sa cachette, autour de Lui ». Bohou — ce sont des pierres humides enfoncées dans l'abîme, d'où sortent les eaux, ainsi qu'il est dit : « et Il étendra sur elle le cordeau de tohou et les pierres de bohou ».
La baraita donne à chacun des deux mots une réalité distincte, et chacune avec sa preuve. Le verset d'Isaie fournit l'appui décisif : il associe tohou à un cordeau et bohou à des pierres, ce qui fixe les deux identifications d'un seul coup.
Les deux éléments servent en outre d'origine : l'obscurité sort de la ligne, les eaux sortent des pierres — deux des dix choses du premier jour se rattachent ainsi aux deux premières.
Et la lumière fut-elle créée le premier jour ? Mais il est écrit : « et D.ieu les plaça dans le firmament des cieux », et il est écrit : « il y eut un soir, il y eut un matin, quatrième jour » !
Selon Rabbi Elazar. Car Rabbi Elazar a dit : la lumière que le Saint béni soit-Il créa le premier jour, l'homme y voyait d'une extrémité du monde à l'autre.
Lorsque le Saint béni soit-Il considéra la génération du déluge et la génération de la dispersion et vit que leurs actes étaient corrompus, Il se leva et la leur dérobé en la mettant en réserve, ainsi qu'il est dit : « et aux méchants leur lumière est refusée ».
La réponse distingue deux lumières : celle du premier jour, d'une portée sans mesure, et celle des luminaires, placées au quatrième. Le verset du quatrième jour porte alors sur les secondes, et la difficulté tombe.
Le verbe ganaz désigne une mise en réserve plutôt qu'une suppression : la lumière subsiste, soustraite à ceux qui en abuseraient.
Et pour qui la mit-Il en réserve ? Pour les justes, dans le temps à venir, ainsi qu'il est dit : « et D.ieu vit la lumière, qu'elle était bonne » ; or « bon » désigne le juste, ainsi qu'il est dit : « dites du juste qu'il est bon ».
Lorsque la lumière vit qu'Il l'avait mise en réserve pour les justes, elle se réjouit, ainsi qu'il est dit : « la lumière des justes se réjouira ».
Comme les tanaim : la lumière que le Saint béni soit-Il créa le premier jour, l'homme y voyait et regardait d'une extrémité du monde à l'autre — paroles de Rabbi Yaakov. Et les Sages disent : ce sont bien les luminaires qui furent créés le premier jour, mais ils ne furent suspendus qu'au quatrième jour.
La guemara rattache la réponse antérieure à une controverse de tanaim. Rabbi Yaakov tient une lumière propre au premier jour ; les Sages identifient cette lumière aux luminaires mêmes, et distinguent leur création de leur suspension au firmament.
Pour les Sages, la difficulté se résout sans lumière cachée : le quatrième jour marque une mise en place, non une création.
Rav Zoutra bar Tovia a dit au nom de Rav : par dix choses le monde fut créé — par la 'hokhma (sagesse), la tevouna (intelligence) et la daat (connaissance), par le koah (force), la gueara (réprimande) et la guevoura (puissance), par le tsedek (justice) et le michpat (droit), par le 'hessed (bonté) et les rahamim (miséricorde).
Rachi sépare les termes qui se ressemblent : la 'hokhma retient ce qui a été appris, la tevouna en déduit du neuf ; le koah est la force du bras, la guevoura celle du cœur.
La gueara prépare la suite du folio : c'est par elle que le monde, qui s'étendait, fut arrêté.
Par la 'hokhma et par la tevouna, ainsi qu'il est écrit : « Hachem a fondé la terre par la sagesse, Il a établi les cieux par l'intelligence ». Par la daat, ainsi qu'il est écrit : « par Sa connaissance les abîmes se sont fendus ».
Par le koah et la guevoura, ainsi qu'il est écrit : « Il affermit les montagnes par Sa force, Il est ceint de puissance ». Par la gueara, ainsi qu'il est écrit : « les colonnes des cieux vacillent et s'étonnent de Sa réprimande ».
Par le tsedek et le michpat, ainsi qu'il est écrit : « justice et droit sont le fondement de Ton trône ». Par le 'hessed et les rahamim, ainsi qu'il est écrit : « souviens-Toi de Tes miséricordes, Hachem, et de Tes bontés, car elles sont de toujours ».
Et Rav Yehouda a dit au nom de Rav : à l'heure où le Saint béni soit-Il créa le monde, celui-ci allait s'étendant comme deux pelotes de fil de chaîne, jusqu'à ce que le Saint béni soit-Il le reprît et l'arrêta, ainsi qu'il est dit : « les colonnes des cieux vacillent et s'étonnent de Sa réprimande ». Et c'est ce que disait Rech Lakich : que signifie ce qui est écrit, « Je suis Él Chaddaï » ?
Je suis Celui qui a dit au monde : assez (dai). Rech Lakich a dit : à l'heure où le Saint béni soit-Il créa la mer, elle allait s'étendant, jusqu'à ce que le Saint béni soit-Il la reprît et l'assécha, ainsi qu'il est dit : « Il reprend la mer et l'assécha, et Il a desséché tous les fleuves ».
Le verset de Job, déjà cité pour la gueara, reçoit ici son application : la réprimande a un effet, arrêter une expansion en cours. L'image des pelotes de fil de chaîne donne le mouvement — un fil qui s'allonge à mesure que la pelote se dévide.
Rech Lakich lit le nom Chaddaï comme un énoncé : celui qui a dit dai, assez. Le même schéma vaut pour la mer.
Nos maîtres ont enseigné : Beit Chammaï disent — les cieux furent créés d'abord, et la terre fut créée ensuite, ainsi qu'il est dit : « au commencement D.ieu créa les cieux et la terre ». Et Beit Hillel disent — la terre fut créée d'abord, et les cieux ensuite, ainsi qu'il est dit : « au jour où Hachem D.ieu fit la terre et les cieux ».
Les deux maisons s'appuient chacune sur l'ordre des mots d'un verset de la Torah, et les deux versets s'opposent. La controverse porte sur la succession de la création, avant que les images du segment suivant ne viennent l'éprouver.
Beit Hillel dirent à Beit Chammaï : d'après vos paroles, un homme bâtit-il l'étage, puis bâtit la maison ? Ainsi qu'il est dit : « Il bâtit dans les cieux Ses étages, et Sa voûte, Il l'a fondée sur la terre ».
Beit Chammaï dirent à Beit Hillel : d'après vos paroles, un homme fait-il un escabeau, puis fait le siège ? Ainsi qu'il est dit : « ainsi a dit Hachem : les cieux sont Mon siège et la terre l'escabeau de Mes pieds ».
Et les Sages disent : l'un et l'autre furent créés en une seule fois, ainsi qu'il est dit : « Ma main aussi a fondé la terre, et Ma droite a étendu les cieux ; Je les appelle, ils se tiennent ensemble ».
Chaque maison retourne contre l'autre une image tirée d'un verset. Beit Hillel se sert du bâtiment : on ne commence pas par l'étage. Beit Chammaï se sert du mobilier : Rachi précise que l'escabeau s'ajuste à la hauteur du siège, donc après lui.
Les Sages écartent la question de l'ordre : le verset d'Isaie mentionne les deux dans une seule action et ajoute « ils se tiennent ensemble ». Rachi note que la preuve vient de la fin du verset.
Et l'autre, que signifie « ensemble » ? Qu'ils ne se séparent pas l'un de l'autre.
Les versets se contredisent l'un l'autre ! Rech Lakich a dit : lors de la création, Il créa les cieux, puis Il créa la terre ; et lors du déploiement, Il déploya la terre, puis Il déploya les cieux.
Les deux maisons doivent rendre compte du mot « ensemble » sans y lire une simultanéité de création : elles l'entendent comme une inséparabilité permanente.
Rech Lakich résout la contradiction des versets en distinguant deux temps, la beria et la netiya. Chaque verset parle d'un moment différent, et aucun appui n'a à céder.
Que signifie « chamayim » ? Rabbi Yossi bar Hanina a dit : que l'eau y est (che-cham mayim).
Dans une baraita il a été enseigné : feu et eau (ech ou-mayim) — cela enseigne que le Saint béni soit-Il les apporta et les battit l'un dans l'autre, et en fit le firmament.
Deux lectures du mot, toutes deux par décomposition. La première y entend une localisation, la seconde une composition. La seconde ajoute un enseignement sur la fabrication du firmament : deux éléments opposés réunis en un seul corps.
Rabbi Yichmael interrogea Rabbi Akiva alors qu'ils marchaient sur le chemin. Il lui dit : toi qui as servi Nahoum de Gam Zo vingt-deux ans, lui qui exposait chaque et de la Torah, « les cieux et la terre » — qu'en exposait-il ?
Il lui dit : s'il avait été dit « cieux et terre », j'aurais dit que « cieux » est un nom du Saint béni soit-Il ; maintenant qu'il est dit « et les cieux et la terre », « cieux » désigne le ciel lui-même et « terre » la terre elle-même.
La deracha porte sur une particule grammaticale, qui marque le complément d'objet. Sans elle, les deux mots pourraient se lire comme des noms du sujet de la phrase ; avec elle, ils deviennent ce qui a été créé.
Le Ben Yehoyada s'arrête sur une précision apparemment superflue du récit, « alors qu'ils marchaient sur le chemin », et en tire la raison pour laquelle les disciples de Rabbi Yichmael ont pu soutenir un autre avis que leur maître.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).