Chagigah 12b — Sur quoi le monde se tient : les colonnes de la terre, les sept firmaments et ce que contient Aravot

Chagigah 12b

Sougya : Le folio achève la lecture du premier verset de la Torah — pourquoi « et la terre » est écrit, et pourquoi le récit revient ensuite à la terre avant les cieux — par la parabole du roi qui loue celui qui n'a pas coutume de se lever tôt. Il descend ensuite la colonne du monde : la terre sur les colonnes, les colonnes sur les eaux, les eaux sur les montagnes, les montagnes sur le vent, le vent sur la tempête, la tempête suspendue au bras du Saint béni soit-Il ; trois avis comptent ces colonnes, douze, sept, ou une seule dont le nom est tsadik.

Rav Yehouda compte deux firmaments, Rech Lakich sept, et la guemara les parcourt un à un — Vilon, Rakia, Chehakim, Zevoul, Maon, Makhon, Aravot — en établissant pour chacun qu'il porte bien le nom de « cieux ». Deux enseignements s'insèrent au passage sur l'étude de nuit et sur la parole vaine.

Le folio s'arrête sur une difficulté ouverte : l'obscurité entoure la Gloire, alors que le verset de Daniel place la lumière auprès d'Elle.

Sur quoi la terre se tient : la chaîne de Rabbi Yossei La terre le sol sur lequel se tiennent les créatures Les colonnes (amoudim) Iyov 9,6 : la terre s'ébranle, ses colonnes tremblent Les eaux Tehilim 136,6 : il étend la terre sur les eaux Les montagnes Tehilim 104,6 : les eaux se tenaient au-dessus des montagnes Le vent (roua'h) Amos 4,13 : il forme les montagnes et crée le vent La tempête (seara) Tehilim 148,8 : vent de tempête qui accomplit sa parole Suspendue au bras du Saint béni soit-Il Devarim 33,27 : et en dessous, les bras d'éternité Combien de colonnes ? Les Sages : douze Devarim 32,8 : selon le nombre des enfants d'Israël Certains disent : sept Michlei 9,1 : elle a taillé ses sept colonnes R. Elazar ben Chamoua : une Michlei 10,25 : le juste est le fondement du monde Ce que la chaîne enseigne Chaque appui est plus subtil que celui qu'il porte : du sol vers l'eau, de l'eau vers le vent, du vent vers la tempête. Le dernier terme sort de la série : la tempête ne repose sur rien de créé, elle est suspendue. Le reproche de R. Yossei porte sur ce que l'on ignore de ce que l'on voit.
La chaîne des appuis du monde selon Rabbi Yossei, et les trois comptes de colonnes.
Les sept firmaments de Rech Lakich, du plus haut au plus bas Nom Ce qu'il contient Verset : il est bien nommé cieux 7. Aravot les étendues tsedek, michpat, tsedaka ; trésors de vie, de paix, de bénédiction ; âmes des justes ; esprits et âmes à créer ; rosée de la résurrection ; le trône de Gloire guezera chava sur rokhev (Tehilim 68,5) 6. Makhon le dépôt trésors de neige et de grêle, rosées mauvaises, gouttes, bourrasque, fumée ; portes de feu Melakhim I 8,39 5. Maon la demeure troupes d'anges de service : elles chantent la nuit et se taisent le jour, par égard pour Israël Devarim 26,15 4. Zevoul la résidence Yerouchalaim et le Temple d'en haut, l'autel bâti ; Mikhael, le grand prince, y offre un sacrifice Yechayahou 63,15 3. Chehakim les nues des meules y broient la manne destinée aux justes Tehilim 78,23-24 Tehilim 78,23 2. Rakia le firmament soleil, lune, étoiles et constellations y sont fixés Berechit 1,17 Berechit 1,17 1. Vilon le rideau ne sert à rien d'autre : il entre au matin, sort au soir, et renouvelle chaque jour l'œuvre du début Yechayahou 40,22 Rav Yehouda n'en compte que deux : celui que nos yeux voient, et tous les autres pris ensemble.
Les sept firmaments, leur contenu et le verset qui établit pour chacun le nom de cieux.
Aravot : ce qui y est déposé et ce qui s'y tient Les dépôts tsedek et michpat (justice et droit) tsedaka (charité) trésors de vie trésors de paix trésors de bénédiction âmes des justes esprits et âmes destinés à être créés rosée de la résurrection des morts Ce qui s'y tient ofanim serafim hayot hakodech (créatures saintes) anges de service trône de Gloire et au-dessus d'eux tous : le Roi, D.ieu vivant, élevé et exalté Tehilim 68,5 : Celui qui chevauche Ce qui L'entoure Obscurité, nuée et brume épaisse (Tehilim 18,12) : il fit des ténèbres sa cachette, autour de lui sa tente. L'obscurité n'est donc pas écartée du lieu le plus haut, elle en forme l'enveloppe. La difficulté Daniel 2,22 : il sait ce qui est dans l'obscurité, et la lumière demeure auprès de lui. Où est donc l'obscurité ? La réponse commence Cela ne fait pas difficulté : ceci... — le folio s'interrompt sur le premier mot de la distinction, qui se lit en 13a.
Le contenu d'Aravot, ce qui s'y tient, et la difficulté sur laquelle le folio s'arrête.
1
״אֶת הָאָרֶץ״ לָמָּה לִי — לְהַקְדִּים שָׁמַיִם לָאָרֶץ. ״וְהָאָרֶץ הָיְתָה תֹהוּ וָבֹהוּ״, מִכְּדִי בְּשָׁמַיִם אַתְחֵיל בְּרֵישָׁא, מַאי שְׁנָא דְּקָא חָשֵׁיב מַעֲשֵׂה אֶרֶץ? תָּנָא דְּבֵי ר׳ יִשְׁמָעֵאל: מָשָׁל לְמֶלֶךְ בָּשָׂר וָדָם שֶׁאָמַר לַעֲבָדָיו: הַשְׁכִּימוּ לְפִתְחִי. הִשְׁכִּים וּמָצָא נָשִׁים וַאֲנָשִׁים. לְמִי מְשַׁבֵּחַ — לְמִי שֶׁאֵין דַּרְכּוֹ לְהַשְׁכִּים וְהִשְׁכִּים.

« Et la terre » (et ha-arets), pourquoi m'est-il nécessaire ? Pour faire précéder les cieux à la terre.

« Et la terre était tohou va-vohou » : or l'Écriture a commencé par les cieux en premier, qu'y a-t-il donc de particulier pour qu'elle énumère d'abord l'œuvre de la terre ? On a enseigné à l'école de Rabbi Yichmael : une parabole, celle d'un roi de chair et de sang qui dit à ses serviteurs : levez-vous tôt à ma porte.

Il se leva tôt et trouva des femmes et des hommes. Qui loue-t-il ?

Celui qui n'a pas coutume de se lever tôt et qui s'est levé tôt.

📜 Rachi (2)
לְהַקְדִּים שָׁמַיִם לָאָרֶץ דְּאִי לָא כְּתִיב אֶת הֲוָה אֲמִינָא כְּאַחַת נִבְרְאוּ אֶלָּא שֶׁאִי אֶפְשָׁר לִקְרוֹת שְׁנֵי שֵׁמוֹת כְּאַחַת לְהָכִי כְּתַב אֶת לְהַקְדִּים:
« Pour faire précéder les cieux à la terre » : car si le mot et n'était pas écrit, j'aurais dit qu'ils ont été créés ensemble, et que l'Écriture les nomme l'un après l'autre parce qu'il est impossible de prononcer deux noms à la fois ; c'est pourquoi elle a écrit et, pour établir la priorité.
לְמִי שֶׁאֵין דַּרְכּוֹ לְהַשְׁכִּים וְהִשְׁכִּים הָכָא נָמֵי דְּקָרָא לַשָּׁמַיִם תְּחִלָּה ה"ל אֶרֶץ אֵין דַּרְכּוֹ לְהַשְׁכִּים וְעוֹד שֶׁכָּל מַעֲשֵׂה אֶרֶץ מְתוּנִים וּמַעֲשֵׂה שָׁמַיִם בִּמְהִירוּת וְזוֹ הִשְׁכִּימָה עִמָּהּ שֶׁנִּבְרְאוּ כְּאַחַת לְכָךְ הִתְחִיל לְסַפֵּר מַעֲשֶׂיהָ תְּחִלָּה:
« Celui qui n'a pas coutume de se lever tôt et qui s'est levé tôt » : ici de même, puisque l'Écriture a nommé les cieux en premier, la terre se trouve être celle qui n'a pas coutume de se lever tôt. De plus, toutes les œuvres de la terre sont lentes et les œuvres des cieux rapides ; or celle-ci s'est levée tôt avec eux, puisqu'ils ont été créés ensemble. C'est pourquoi l'Écriture a commencé par raconter ses œuvres en premier.
🗂️ Tossefot (1)
וְאֶת הָאָרֶץ לְהַקְדִּים שָׁמַיִם לָאָרֶץ. דְּאִי לָאו וְאֶת הָיִיתִי אוֹמֵר שֶׁשְּׁנֵיהֶם נִבְרְאוּ יַחַד וְהַכָּתוּב כְּתָבָם זֶה אַחַר זֶה שֶׁאִי אֶפְשָׁר לִכְתֹּוב שְׁנֵי שֵׁמוֹת כְּאֶחָד כִּדְפֵירֵשׁ רַשִׁ"י וְהָא דְּאָמְרִי ב"ה לְעֵיל אֶרֶץ נִבְרֵאת תְּחִלָּה דִּכְתִיב בְּיוֹם עֲשׂוֹת ה' וְגוֹ' וְלָא כְּתִיב וְאֶת הָתָם דָּרֵישׁ לֵיהּ מִדְּשַׁנִּי קְרָא בְּסִידְרֵיהּ לְהַסְמִיךְ אֶרֶץ לַעֲשִׂיָּה וּמִיהוּ בְּנִימּוּקֵי חֻומָּשׁ פֵּי' רַשִׁ"י אֶת הַשָּׁמַיִם לְרַבּוֹת תּוֹלְדוֹתֵיהֶן וּמִדְרָשׁ אַחֵר הוּא וּפְלִיג אַהָא דְּהָכָא:
« Et la terre — pour faire précéder les cieux à la terre. » Car sans le mot et, j'aurais dit que les deux ont été créés ensemble et que l'Écriture les a écrits l'un après l'autre parce qu'il est impossible d'écrire deux noms à la fois, comme l'a expliqué Rachi. Quant à ce que disent les Beit Hillel plus haut, que la terre a été créée en premier, puisqu'il est écrit « au jour où Hachem D.ieu fit terre et cieux » sans que le mot et y figure — là-bas ils le dérivent de ce que le verset a modifié son ordre, afin de rapprocher la terre du verbe « fit ». Toutefois, dans ses gloses sur le Houmach, Rachi a expliqué « les cieux » comme incluant leurs produits : c'est un autre midrach, qui diverge de celui d'ici.
💡 Explication

Le folio précédent lisait le premier verset de la Torah mot à mot. Reste le second et (et ha-arets) : il sert à établir un ordre, les cieux d'abord, la terre ensuite. Sans lui, la création simultanée resterait possible, l'ordre du texte s'expliquant par la seule impossibilité de prononcer deux noms à la fois.

Une difficulté suit aussitôt : le verset 2 revient à la terre et la décrit, alors que le verset 1 venait de donner la priorité aux cieux. La réponse passe par une parabole : on relève davantage celui dont on n'attendait pas la diligence. Les œuvres de la terre sont lentes, celles des cieux rapides ; la terre a pourtant été créée en même temps qu'eux.

🖼️ Schéma
Pourquoi le récit revient à la terre avant les cieux La parabole Le roi dit à ses serviteurs : levez-vous tôt à ma porte. Il trouve des hommes et des femmes. Les hommes ont coutume de se lever tôt. Les femmes n'en ont pas coutume. Ce qu'elle représente Les cieux sont nommés en premier au verset 1. Leurs œuvres vont vite ; celles de la terre sont lentes. Or la terre fut créée avec eux. Elle s'est donc levée tôt sans en avoir coutume. Le roi loue celui qui n'a pas coutume de se lever tôt et qui s'est levé tôt. L'Écriture commence par raconter l'œuvre de la terre. Et le mot et (et ha-arets) au verset 1 ? Sans lui, on aurait dit que les deux ont été créés ensemble et que l'ordre du texte tient à l'écriture seule.
La parabole du roi et son application : pourquoi le récit développe l'œuvre de la terre en premier.
2
תַּנְיָא, רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: אוֹי לָהֶם לַבְּרִיּוֹת, שֶׁרוֹאוֹת, וְאֵינָן יוֹדְעוֹת מָה רוֹאוֹת. עוֹמְדוֹת, וְאֵין יוֹדְעוֹת עַל מָה הֵן עוֹמְדוֹת. הָאָרֶץ עַל מָה עוֹמֶדֶת — עַל הָעַמּוּדִים, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הַמַּרְגִּיז אֶרֶץ מִמְּקוֹמָהּ וְעַמּוּדֶיהָ יִתְפַלָּצוּן״. עַמּוּדִים, עַל הַמַּיִם — שֶׁנֶּאֱמַר: ״לְרֹוקַע הָאָרֶץ עַל הַמָּיִם״. מַיִם, עַל הֶהָרִים — שֶׁנֶּאֱמַר: ״עַל הָרִים יַעַמְדוּ מָיִם״. הָרִים, בְּרוּחַ — שֶׁנֶּאֱמַר: ״כִּי הִנֵּה יוֹצֵר הָרִים וּבֹורֵא רוּחַ״. רוּחַ, בַּסְּעָרָה — שֶׁנֶּאֱמַר: ״רוּחַ סְעָרָה עֹושָׂה דְבָרוֹ״. סְעָרָה, תְּלוּיָה בִּזְרוֹעוֹ שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא — שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּמִתַּחַת זְרוֹעוֹת עוֹלָם״.

On a enseigné : Rabbi Yossei dit : malheur aux créatures, qui voient et ne savent pas ce qu'elles voient, qui se tiennent et ne savent pas sur quoi elles se tiennent. Sur quoi la terre se tient-elle ?

Sur les colonnes, ainsi qu'il est dit : « Il ébranle la terre de sa place, et ses colonnes tremblent » (Iyov 9,6). Les colonnes, sur les eaux, ainsi qu'il est dit : « À Celui qui étend la terre sur les eaux » (Tehilim 136,6).

Les eaux, sur les montagnes, ainsi qu'il est dit : « Les eaux se tenaient au-dessus des montagnes » (Tehilim 104,6). Les montagnes, sur le vent, ainsi qu'il est dit : « Car voici Celui qui forme les montagnes et crée le vent » (Amos 4,13).

Le vent, sur la tempête, ainsi qu'il est dit : « Vent de tempête qui accomplit Sa parole » (Tehilim 148,8). La tempête est suspendue au bras du Saint béni soit-Il, ainsi qu'il est dit : « et en dessous, les bras d'éternité » (Devarim 33,27).

📜 Rachi (4)
יוֹצֵר הָרִים וּבֹורֵא רוּחַ מָה עִנְיַן זֶה אֵצֶל זֶה אֶלָּא לְלַמֶּדְךָ שֶׁהֶהָרִים עוֹמְדִין עַל הָרוּחַ:
« Celui qui forme les montagnes et crée le vent » : quel rapport entre ces deux membres ? Cela vient t'enseigner que les montagnes se tiennent sur le vent.
רוּחַ סְעָרָה עֹושָׂה דְבָרוֹ דְּבַר הָרוּחַ סְעָרָה עֲשָׂאַתּוּ:
« Vent de tempête qui accomplit Sa parole » : la parole du vent, c'est la tempête qui l'accomplit.
וּמִתַּחַת כָּל הַיְּצִירָה:
« Et en dessous » : en dessous de toute la création.
זְרוֹעוֹת עוֹלָם הַסּוֹבְלוֹת אוֹתוֹ:
« Les bras d'éternité » : ceux qui la portent.
🪔 Ben Yehoyada (2)
רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: אוֹי לָהֶם לַבְּרִיּוֹת, שֶׁרוֹאוֹת וְאֵינָן יוֹדְעוֹת מָה הֵם רוֹאוֹת. הִנֵּה מַה שֶׁאָמַר אוֹי כִּיוֵּן בָּזֶה הָאוֵי וְהָאֲבוֹי עַל הַפַּלְסוֹפִים שֶׁסּוֹמְכִין עַל הַשְׁעָרַת שִׂכְלָם וּמַרְאֶה עֵינֵיהֶם וּבוֹדִים דְּבָרִים מִדַּעְתָּם בְּעִנְיְינֵי הַשָּׁמַיִם וְכוֹכָבִים וּמַזָּלוֹת וְגַם מְדַבְּרִים אֲשֶׁר בָּאָרֶץ מִתַּחַת כְּפִי הַשְׁעָרָתָם וְעוֹשִׂים דִּבְרֵיהֶם לַיְּסוֹד מְיֻוסָּד וּבוֹנִים עָלָיו בִּנְיָן וּמַחֲלִיטִים הַדְּבָרִים לֶאֱמֶת כְּאִלּוּ עָלוּ שָׁמַיִם וּבְעֵינֵיהֶם רָאוּ וִיסַפְּרוּ וְכַאֲשֶׁר תִּמְצָא בִּכְלַל דִּבְרֵי הֶבֶל שֶׁלָּהֶם שֶׁגָּזְרוּ בְּהַשְׁעָרַת שֶׁכֻּלָּם שֶׁהַשֶּׁמֶשׁ וְהַיָּרֵחַ וְהַכּוֹכָבִים הֵם עוֹלָמוֹת גַּשְׁמִיִּים מַמָּשׁ וּבָהֶם אָדָם וּבְהֵמָה וְאִילָנוֹת וַעֲשָׂבִים כְּמוֹ שֶׁיֵּשׁ בָּעוֹלָם הַזֶּה וְעַל אֲשֶׁר רָאוּ בְּיֶרַח כְּתָמִים בְּגוּפָהּ גָּזְרוּ שֶׁהֵם הָרִים וּגְבָעוֹת וְיָמִים שֶׁבָּהּ וְעוֹד יֵשׁ לָהֶם דְּבָרִים הֲבָלִים וּשְׁקָרִים כָּאֵלֶּה שֶׁכָּל אֶחָד בּוֹנֶה בָּמָה לְעַצְמוֹ וְגוֹזֵר אֵיזֶה עִנְיָן שֶׁחוֹשְׁבוֹ וּמַחְלִיטוֹ לֶאֱמֶת עַל פִּי הַשְׁעָרַת שִׂכְלוֹ! וְהָרַב סֵפֶר הַבְּרִית מַאֲמָר ד' פֶּרֶק י"א דִּימָּה אוֹתָם לְאָדָם הָרוֹאֶה מֵרָחוֹק בְּאֵיזֶה גֶּשֶׁם בָּעוֹלָם וּמִסְתַּכֵּל בּוֹ נִדְמֶה לוֹ כְּצוּרַת אָדָם עִם חֹוטֶם וְאָזְנַיִם וְעֵינַיִם וְיָד וְרֶגֶל אָמְנָם בְּהִתְקָרְבוּ לְאוֹתוֹ גֶּשֶׁם בְּעֵינָיו יִרְאֶה שֶׁהוּא עֵץ אוֹ דָּבָר אַחֵר פָּשׁוּט לֹא תֹּואַר וְלֹא הֲדַר לוֹ לֹא פָּנִים וְלֹא עֹורֶף עַייֵּן שָׁם. וְעוֹד בְּמַאֲמָר ג' פֶּרֶק ב' דִּימָּה אוֹתָם לְאָדָם יַעְרִי אֲשֶׁר מָצָא מַרְאָה מְלֻוטֶּשֶׁת גְּדוֹלָה עוֹמֶדֶת בְּצַד הַר גָּדוֹל אֲשֶׁר שָׁכַח שָׁמָּה סוֹחֵר אֶחָד וְזֶה הָאָדָם הֵיעָרִי הִסְתַּכֵּל בְּאַסְפַּקְלַרְיָא הַמְּאִירָה וְרָאָה בְּתוֹכָהּ צוּרַת אָדָם שָׁחוֹר וּמַקְלוֹ בְּיָדוֹ גַּם צוּרַת הָאִילָנוֹת וְצוּרַת נָהָר אֶחָד אֲשֶׁר הָיָה בַּיַּעַר הַהוּא לְנוֹכֵחַ הַמַּרְאֶה וְיִגְזֹור בְּדַעְתּוֹ שֶׁיֵּשׁ עוֹלָם מָלֵא בְּתוֹךְ הָהָר הַגָּדוֹל הַזֶּה וְגָזַר בְּדַעְתּוֹ שֶׁהָהָר הַזֶּה הוּא חֲלוּלֵי וּבְתוֹכוֹ נִמְצָא יַעַר וְאִילָנוֹת וּנְהָרוֹת וּבְנֵי אָדָם וְזֶה הַכְּסִיל לֹא הֵבִין וְלֹא יָדַע כִּי בְנַפְשׁוֹ דִּבֵּר וְאֶת עַצְמוֹ רָאָה שֶׁנִּצְטַיֵּיר הוּא וְהַיַּעַר וְכָל אֲשֶׁר בּוֹ בְּתוֹךְ הַמַּרְאֶה וְכֵן קָרָה לַמֶּחְקָרִים הַפַּלְסוֹפִים עַד כָּאן עַייֵּן שָׁם. וּבָזֶה בֵּין תָּבִין הֵיטֵב מַה שֶׁקָּרָא עֲלֵיהֶם רַבִּי יוֹסֵי אוֹי וַאֲבוֹי שֶׁרוֹאִין מִלְּמַטָּה לְמַעְלָה וְאֵינָם יוֹדְעִין מָה הֵם רוֹאִין! וְגַם מִלְמַעְלָה לְמַטָּה עַל הָאָרֶץ מִתָּחַת עוֹמְדִין וְאֵין יוֹדְעִים עַל מָה הֵם עוֹמְדִין! וְאָמַר לְשׁוֹן אוֹי כִּי הַשֵּׂכֶל נִקְרָא טוֹב [17] אַךְ לָהֶם יִתְהַפֵּךְ לָאוֵי [17] דְּהַחֶשְׁבּוֹן שָׁוֶה. גַּם הַלֵּב שֶׁלָּהֶם שֶׁבּוֹ מְבִינִים נֶחֱלָק לִשְׁנֵי פְּעָמִים וַי וַי.
« Rabbi Yossei dit : malheur aux créatures, qui voient et ne savent pas ce qu'elles voient. » Ce qu'il dit « malheur », il l'a dirigé, ce malheur et cette lamentation, contre les philosophes, qui s'appuient sur les conjectures de leur intelligence et sur ce que voient leurs yeux, inventent des choses de leur propre esprit touchant les cieux, les astres et les constellations, ainsi que touchant les choses de la terre en bas, selon leurs conjectures, font de leurs paroles un fondement établi, bâtissent dessus un édifice et tranchent que ces choses sont vraies, comme s'ils étaient montés aux cieux, l'avaient vu de leurs yeux et venaient le raconter. Ainsi trouve-t-on, parmi l'ensemble de leurs paroles vaines, qu'ils ont décrété par conjecture de leur intelligence que le soleil, la lune et les étoiles sont des mondes matériels réels, où se trouvent homme, bétail, arbres et herbes comme dans ce monde-ci ; et de ce qu'ils ont vu sur la lune des taches dans son corps, ils ont décrété que ce sont des montagnes, des collines et des mers qui s'y trouvent. Ils ont encore d'autres vanités et mensonges de cette sorte, chacun se bâtissant son propre autel, tranchant de quelque sujet qu'il conçoit et le tenant pour vrai selon la conjecture de son intelligence. Le maître du Sefer HaBerit (traité 4, chapitre 11) les a comparés à un homme qui voit de loin un corps quelconque dans le monde : en le regardant, il croit y voir la forme d'un homme, avec nez, oreilles, yeux, main et pied ; mais en s'approchant de ce corps, il voit de ses yeux qu'il s'agit d'un arbre ou d'une autre chose simple, sans forme ni beauté, sans face ni revers — vois-y. Et encore, au traité 3, chapitre 2, il les a comparés à un homme des bois qui trouva un grand miroir poli, dressé au flanc d'une grande montagne, qu'un marchand y avait oublié. Cet homme des bois regarda dans ce miroir éclairant et y vit la forme d'un homme noir, son bâton à la main, ainsi que la forme des arbres et la forme d'un fleuve qui se trouvait dans cette forêt, face au miroir ; il décréta en son esprit qu'il existe un monde entier à l'intérieur de cette grande montagne, et décréta que cette montagne est creuse et qu'à l'intérieur se trouvent forêt, arbres, fleuves et hommes. Ce sot n'a pas compris et n'a pas su que c'est de lui-même qu'il s'agissait et que c'est lui qu'il voyait, lui, la forêt et tout ce qui s'y trouve s'étant peints dans le miroir. Ainsi est-il arrivé aux chercheurs philosophes — jusqu'ici ; vois-y. Par là tu comprendras bien ce que Rabbi Yossei a proclamé sur eux, malheur et lamentation : ils regardent d'en bas vers le haut et ne savent pas ce qu'ils voient, et d'en haut vers le bas, sur la terre en dessous, ils se tiennent et ne savent pas sur quoi ils se tiennent. Il a employé le mot oy (malheur), car l'intelligence est appelée tov (bien) [17] ; mais pour eux elle se renverse en oy [17], le compte étant égal. De même leur cœur (lev), par lequel ils comprennent, se divise en deux fois vay.
הָאָרֶץ, עַל מָה עוֹמֶדֶת? עַל הָעַמּוּדִים. נִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁזֶּה הָאֲוִיר הַמְמַלֵּא אֶת הֶחָלָל שֶׁבֵּין הַשָּׁמַיִם לָאָרֶץ יֵשׁ לוֹ כֹּובֶד וְאֵיךְ אֶפְשָׁר שֶׁנּוּכַל לָשֵׂאת אוֹתוֹ עַל רֹאשֵׁינוּ? אַךְ נוֹדַע שֶׁהַשֵּׁם יִתְבָּרֵךְ בָּרָא לָזֶה הָאֲוִיר כֹּחַ הַמּוֹשֵׁךְ שֶׁהוּא נוֹשֵׂא אֶת הָאֲוִיר וְלֹא נַרְגִּישׁ בַּכֹּובֶד שֶׁלּוֹ אַף עַל פִּי שֶׁהוּא דָּבוּק וְנוֹגֵעַ בְּרָאשֵׁינוּ וּבְגוּפֵינוּ. וְזֶה כֹּחַ הַמּוֹשֵׁךְ אֵינוֹ נוֹשֵׂא אֶלָּא רַק אֶת הָאֲוִיר שֶׁבַּחֲלַל הַזֶּה אֲבָל אֶת גּוּף הָאָרֶץ שֶׁהוּא הֶעָפָר אֲשֶׁר עוֹמֵד לְמַעְלָה מִן הַתְּהוֹם אֵינוֹ נוֹשֵׂא כֹּחַ הַמּוֹשֵׁךְ הַזֶּה אֶלָּא בָּרָא הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא כֹּחַ אַחֵר חוֹפֵף עַל פְּנֵי הַתְּהוֹם וְהוּא נֹושֵׂא אֶת הָאָרֶץ אֲשֶׁר רְקוּעָה עַל פְּנֵי תְּהוֹם. וְלָזֶה הַכֹּחַ קוֹרֵא אוֹתוֹ כָּאן בְּשֵׁם עַמּוּדִים מִפְּנֵי שֶׁהוּא חָלוּק לִשְׁנֵי חֲלָקִים, חֵלֶק אֶחָד לַח וְחֵלֶק אֶחָד יָבֵשׁ כְּדֵי לָשֵׂאת אֶת גּוּף הָאָרֶץ שֶׁהוּא לַח וְיָבֵשׁ וְאֵלּוּ הָעַמּוּדִים עוֹמְדִים עַל הַמַּיִם שֶׁהוּא הַתְּהוֹם וְתַחַת הַתְּהוֹם יֵשׁ הָרִים גְּדוֹלִים שֶׁסּוֹבְלִים אוֹתוֹ. וְעַל זֶה אָמַר כָּאן ' וּמַיִם עַל הֶהָרִים ' רוֹצֶה לוֹמַר מַיִם זֶה הַתְּהוֹם עוֹמְדִים עַל הֶהָרִים וְאֵלּוּ הֶהָרִים עוֹמְדִים עַל רוּחַ כִּי תּוֹכָם שֶׁל הֶהָרִים חָלוּל וּבֶחָלָל שֶׁבָּהֶם יֵשׁ רוּחַ שֶׁהוּא אֲוִיר רוּחָנִי יוֹתֵר מֵאוֹתוֹ הַכֹּחַ שֶׁעוֹמֵד לְמַעְלָה מִן הֶהָרִים שֶׁהוּא עַמּוּדִים שֶׁסּוֹבְלִים אֶת גּוּף הָאָרֶץ. וְעַל זֶה אָמַר ' וְהֶהָרִים עַל רוּחַ ' פֵּירוּשׁ קַייָּמִים וְעוֹמְדִים עַל זֶה הָרוּחַ שֶׁבַּחֲלַל שֶׁבְּקִרְבָּם וְזֶה הָרוּחַ שֶׁבְּקֶרֶב הֶהָרִים תָּלוּי בַּסְּעָרָה וְהִיא כֹּחַ רוּחָנִי דַּק וְזַךְ יוֹתֵר וְקָרֵי לֵיהּ בְּשֵׁם 'סְעָרָה' מִפְּנֵי שֶׁהוּא מִצַּד הַגְּבוּרָה. וּסְעָרָה זוֹ תְּלוּיָה בִּזְרוֹעוֹ שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא רוֹצֶה לוֹמַר תְּלוּיָה בְּמִדַּת הַגְּבוּרָה הַמְּכוֹנִית בְּשֵׁם זָרוּעַ כְּמוֹ שֶׁאָמַר אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב חֶסֶד דְּרוּעָא יַמִּינָא גְּבוּרָה דְּרוּעָא שְׂמָאלָא, וְזֶה הַכֹּחַ נִקְרָא נִשְׁמַת הָאָרֶץ שֶׁמִּמֶּנּוּ מִתְפַּשֵּׁט חַיּוּת לְכָל הָאָרֶץ בִּכְלָלוּתָהּ בְּשֵׁשׁ קְצָווֹת שֶׁלָּהּ שֶׁנֶּאֱמַר וּמִתַּחַת זְרֹעֹת עוֹלָם (דְּבָרִים לג, כז) . וְקָאָמַר זְרוֹעוֹת לְשׁוֹן רַבִּים כִּי הוּא כָּלוּל גַּם מֵחֶסֶד שֶׁהוּא נִקְרָא זְרוֹעַ יָמִין כִּי לְעוֹלָם שְׂמָאלָא אִצְטְרִיךְ לְיַמִּינָא כַּנּוֹדָע.
« La terre, sur quoi se tient-elle ? Sur les colonnes. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que cet air qui remplit l'espace entre les cieux et la terre a un poids : comment se pourrait-il que nous puissions le porter sur nos têtes ? Or il est connu que le Nom béni a créé pour cet air une force d'attraction qui le porte, de sorte que nous ne ressentons pas son poids, bien qu'il soit collé à nos têtes et à nos corps et les touche. Cette force d'attraction ne porte que l'air de cet espace ; mais le corps de la terre, qui est la poussière se tenant au-dessus de l'abîme, cette force ne le porte pas. Le Saint béni soit-Il a créé une autre force, planant sur la face de l'abîme, et c'est elle qui porte la terre étendue sur la face de l'abîme. Cette force, il l'appelle ici du nom de « colonnes », parce qu'elle se divise en deux parties, l'une humide et l'autre sèche, afin de porter le corps de la terre qui est humide et sec. Et ces colonnes se tiennent sur les eaux, qui sont l'abîme ; et sous l'abîme il y a de grandes montagnes qui le supportent. C'est ce qu'il dit ici : « et les eaux sur les montagnes », c'est-à-dire que les eaux, cet abîme, se tiennent sur les montagnes ; et ces montagnes se tiennent sur le vent, car l'intérieur des montagnes est creux, et dans la cavité qui s'y trouve il y a un vent, air plus spirituel que cette force qui se tient au-dessus des montagnes, laquelle est les colonnes qui supportent le corps de la terre. C'est ce qu'il dit : « et les montagnes sur le vent », c'est-à-dire qu'elles subsistent et se tiennent sur ce vent qui est dans la cavité en leur sein. Et ce vent, au sein des montagnes, est suspendu à la tempête, force spirituelle plus fine et plus pure, appelée du nom de seara (tempête) parce qu'elle vient du côté de la guevoura (rigueur). Et cette tempête est suspendue au bras du Saint béni soit-Il, c'est-à-dire suspendue à la midda de guevoura, désignée par le nom de « bras », comme l'a dit Eliahou, de bonne mémoire : le 'hessed est le bras droit, la guevoura le bras gauche. Cette force est appelée nechama (âme) de la terre, d'où se répand la vie à toute la terre dans son ensemble, en ses six extrémités, ainsi qu'il est dit « et en dessous, les bras d'éternité » (Devarim 33,27). Il dit « bras » au pluriel, car elle inclut aussi le 'hessed, qui est appelé bras droit, puisque toujours la gauche a besoin de la droite, comme on sait.
💡 Explication

La baraita construit une chaîne d'appuis, chaque terme étant plus subtil que celui qu'il porte : sol, colonnes, eaux, montagnes, vent, tempête. Chaque maillon s'établit par un verset, et le procédé est le même partout : deux réalités mentionnées côté à côté dans un même verset sont lues comme portant l'une sur l'autre.

Le dernier maillon rompt la série. La tempête ne repose sur rien de créé : elle est suspendue au bras du Saint béni soit-Il. Le reproche initial de Rabbi Yossei porte sur cette ignorance ordinaire : on se tient sur un sol dont on ne sait pas ce qui le porte.

🖼️ Schéma
Sur quoi la terre se tient : la chaîne de Rabbi Yossei La terre le sol sur lequel se tiennent les créatures Les colonnes (amoudim) Iyov 9,6 : la terre s'ébranle, ses colonnes tremblent Les eaux Tehilim 136,6 : il étend la terre sur les eaux Les montagnes Tehilim 104,6 : les eaux se tenaient au-dessus des montagnes Le vent (roua'h) Amos 4,13 : il forme les montagnes et crée le vent La tempête (seara) Tehilim 148,8 : vent de tempête qui accomplit sa parole Suspendue au bras du Saint béni soit-Il Devarim 33,27 : et en dessous, les bras d'éternité Combien de colonnes ? Les Sages : douze Devarim 32,8 : selon le nombre des enfants d'Israël Certains disent : sept Michlei 9,1 : elle a taillé ses sept colonnes R. Elazar ben Chamoua : une Michlei 10,25 : le juste est le fondement du monde Ce que la chaîne enseigne Chaque appui est plus subtil que celui qu'il porte : du sol vers l'eau, de l'eau vers le vent, du vent vers la tempête. Le dernier terme sort de la série : la tempête ne repose sur rien de créé, elle est suspendue. Le reproche de R. Yossei porte sur ce que l'on ignore de ce que l'on voit.
La chaîne de Rabbi Yossei, maillon par maillon, avec le verset qui établit chacun.
3
וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: עַל שְׁנֵים עָשָׂר עַמּוּדִים עוֹמֶדֶת, שֶׁנֶּאֱמַר: ״יַצֵּב גְּבֻולֹות עַמִּים לְמִסְפַּר בְּנֵי יִשְׂרָאֵל״. וְיֵשׁ אוֹמְרִים: שִׁבְעָה עַמּוּדִים, שֶׁנֶּאֱמַר: ״חָצְבָה עַמּוּדֶיהָ שִׁבְעָה״. רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן שַׁמּוּעַ אוֹמֵר: עַל עַמּוּד אֶחָד, וְצַדִּיק שְׁמוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְצַדִּיק יְסוֹד עוֹלָם״.

Et les Sages disent : elle se tient sur douze colonnes, ainsi qu'il est dit : « Il fixa les frontières des peuples selon le nombre des enfants d'Israël » (Devarim 32,8). Et certains disent : sept colonnes, ainsi qu'il est dit : « Elle a taillé ses sept colonnes » (Michlei 9,1).

Rabbi Elazar ben Chamoua dit : sur une seule colonne, et son nom est tsadik (juste), ainsi qu'il est dit : « et le juste est le fondement du monde » (Michlei 10,25).

🪔 Ben Yehoyada (1)
עַל עַמּוּד אֶחָד עוֹמֶדֶת, וְ'צַדִּיק' שְׁמוֹ. נִרְאֶה לִי בס"ד כָּל תֵּיבָה אוֹת הָאַחֲרוֹן שֶׁלָּהּ הוּא יְסוֹד שֶׁלָּהּ כִּי יְסוֹד שֶׁל כָּל דָּבָר הוּא עוֹמֵד תַּחְתָּיו וְהִנֵּה אוֹת אַחֲרוֹנָה שֶׁל עוֹלָם הוּא מֵ"ם אֲשֶׁר בִּמְלוֹאָהּ עוֹלֶה מִסְפַּר שְׁמוֹנִים כְּמִנְיַן יְסוֹד [80] וְהַצַּדִּיק אֲחִיזָתוֹ בִּיסוֹד. וְלָזֶה אָמַר הָעוֹלָם עַל עַמּוּד אֶחָד עוֹמֵד וְצַדִּיק שְׁמוֹ, שֵׁם אֶרֶץ אוֹת הָאַחֲרוֹן הוּא אוֹת צָדִ"י שֶׁהוּא צַדִּיק וְזֶהוּ הָאָרֶץ עוֹמֶדֶת עַל עַמּוּד אֶחָד וְצַדִּיק שְׁמוֹ. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל הָעוֹלָם מִתְקַיֵּים בִּזְכוּת הַשִּׁירָה וְשִׁירַיִם שֶׁאוֹמְרִים לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא וְאָמַרְתִּי רֶמֶז נָכוֹן עַל זֶה תִּמְצָא אַחַר אוֹתִיּוֹת 'עוֹלָם' יֵשׁ אוֹתִיּוֹת 'פִּזְמֵן' דְּהַשִּׁיר נִקְרָא פִּזְמֵן כַּיָּדוּעַ וְנִרְמְזוּ אוֹתִיּוֹת אֵלּוּ תַּחַת עוֹלָם לְהוֹדִיעַ שֶׁהָעוֹלָם קַיָּים עַל זְכוּת הַשִּׁיר הַנִּקְרָא פִּזְמֵן. וְיָדוּעַ מִבְחַר הַשִּׁירִים שֶׁיֵּשׁ בָּהֶם שֶׁבַח וְהוֹדָאָה וּתְהִלָּה לְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא הֵם מֵאָה בְּרָכוֹת וְאַרְבַּע קְדֻושּׁוֹת וַעֲשָׂרָה קַדִּישִׁים וְתִשְׁעִים אָמֵן. וְלָזֶה אָמַר שֶׁהוּא שֶׁבַח אֵל מֶלֶךְ נֶאֱמָן, וְהֵם רְמוּזִים בְּאוֹתִיּוֹת 'צַדִּיק' עַל עַמּוּד אֶחָד עוֹמֵד דְּהַייְנוּ עַמּוּד הַשֶּׁבַח וְהַשִּׁיר וְצַדִּיק שְׁמוֹ. וְדַע מַה שֶׁאָמַר 'וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: עַל שְׁנֵים עָשָׂר עַמּוּדִים הִיא עוֹמֶדֶת' הִנֵּה רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בְּדִבְרֵיהֶם עוֹשִׂין רֶמֶז לְסוֹד הָאָרֶץ הָעֶלְיוֹנָה וּכְדֵי שֶׁתָּבִין סוֹד הַמַּאֲמָר לֵךְ נָא רְאֵה מַה שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ זַ"ל בְּשַׁעַר מַאַמְרֵי רַשְׁבִּ"י בְּפָרָשַׁת פְּקוּדֵי דַּף כ"א ע"ד וְיִנְעָם לֵךְ! וּמֵאוֹתָם הַדְּבָרִים הַנִּזְכָּרִים שָׁם יוּכַל הַמַּשְׂכִּיל לְהָבִין הַכַּוָּנָה שֶׁל שְׁנֵים עָשָׂר עַמּוּדִים וְשֶׁל שִׁבְעָה עַמּוּדִים וְשֶׁל עַמּוּד אֶחָד וְצַדִּיק שְׁמוֹ שֶׁהוּא סוֹד וָא"ו וּמַר אָמַר חֲדָא וּמַר אָמַר חֲדָא וְלָא פְּלִיגִי, אֵלּוּ וְאֵלּוּ דִּבְרֵי אֱלֹקִים חַיִּים!
« Elle se tient sur une seule colonne, et son nom est tsadik. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que dans chaque mot la dernière lettre en est le fondement (yessod), car le fondement de toute chose se tient en dessous d'elle. Or la dernière lettre de olam (monde) est le mem, dont le nom épelé vaut quatre-vingts, comme le compte de yessod [80] ; et le tsadik a sa prise dans le yessod. C'est pourquoi il a dit : le monde se tient sur une seule colonne et son nom est tsadik. Dans le mot erets (terre), la dernière lettre est le tsadi, qui est le tsadik : voilà la terre qui se tient sur une seule colonne, et son nom est tsadik. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que nos maîtres, de mémoire bénie, ont dit que le monde subsiste par le mérite du chant et des cantiques que l'on dit devant le Saint béni soit-Il ; et j'ai dit qu'on en trouve une allusion juste : après les lettres de olam viennent les lettres de pizmon, car le chant s'appelle pizmon, comme on sait ; ces lettres sont placées à la suite de olam pour faire savoir que le monde subsiste par le mérite du chant appelé pizmon. Il est connu que les meilleurs des cantiques, ceux qui contiennent louange, action de grâce et éloge du Saint béni soit-Il, sont les cent berakhot, les quatre kedouchot, les dix kaddich et les quatre-vingt-dix amen. C'est pourquoi il a dit que c'est la louange de Kel melekh neeman (D.ieu roi fidèle) ; et ils sont allusionnés dans les lettres de tsadik : « sur une seule colonne elle se tient », à savoir la colonne de la louange et du chant, et son nom est tsadik. Sache que ce qu'il a dit, « et les Sages disent : elle se tient sur douze colonnes » — nos maîtres, de mémoire bénie, font par leurs paroles allusion au sod de la terre supérieure ; et pour comprendre le sod de cet énoncé, va donc voir ce qu'a dit notre maître, de mémoire bénie, dans le Chaar Maamarei Rachbi, sur la paracha Pekoudei, page 21d, et cela te sera doux. De ces paroles rapportées là, l'homme éclairé pourra comprendre l'intention des douze colonnes, des sept colonnes et de la colonne unique dont le nom est tsadik, qui est le sod du vav ; l'un dit une chose et l'autre une autre, et ils ne divergent pas : les unes et les autres sont paroles du D.ieu vivant.
💡 Explication

Trois comptes s'opposent au premier maillon de la chaîne. Aucun ne se démontre par observation : chacun lit un nombre dans un verset et le transpose à la structure du monde. Douze, comme les tribus ; sept, comme les colonnes de la sagesse ; une seule, portant un nom plutôt qu'un nombre.

Le troisième avis déplace la question : ce qui porte le monde est une qualité, le tsadik, et le verset de Michlei 10,25 se lit alors littéralement, le juste étant le yessod (fondement) du monde.

4
אָמַר רַב יְהוּדָה: שְׁנֵי רְקִיעִים הֵן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הֵן לַה׳ אֱ-לֹהֶיךָ הַשָּׁמַיִם וּשְׁמֵי הַשָּׁמָיִם״.

Rav Yehouda a dit : il y a deux firmaments, ainsi qu'il est dit : « Voici, à Hachem ton D.ieu appartiennent les cieux et les cieux des cieux » (Devarim 10,14).

🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר רַב יְהוּדָה: שְׁנֵי רְקִיעִין הֵן, שֶׁנֶּאֱמַר: (דְּבָרִים י, יד) "הֵן לַה' אֱ-לֹהֶיךָ הַשָּׁמַיִם וּשְׁמֵי הַשָּׁמָיִם". וְרֵישׁ לָקִישׁ אָמַר: שִׁבְעָה. נִרְאֶה לִי בס"ד דְּלָא פְּלִיגִי אֶלָּא רַב יְהוּדָה נָקֵיט רָקִיעַ אֶחָד הוּא אֲשֶׁר נִגְלֶה לְעֵינֵינוּ וְרָקִיעַ אֶחָד לְכָל אוֹתָם רְקִיעִים שֶׁאֵין לְעֵינֵינוּ וְרוֹצֶה לוֹמַר פְּרָט אוֹתָם לְאוֹתָם שֶׁאֵין נִגְלִים לְעֵינֵינוּ וְעָלָה בְּיָדוֹ מִסְפַּר שִׁבְעָה וְרַב יְהוּדָה תָּפַס דֶּרֶךְ הַכָּתוּב הַשָּׁמַיִם הוּא רָקִיעַ הַנִּגְלֶה לָנוּ וּשְׁמֵי הַשָּׁמַיִם כָּל אוֹתָם רְקִיעִים שֶׁאֵין נִגְלִים לְעֵינֵינוּ וְעַיֵּין בְּעֵץ חַיִּים שַׁעַר צִיּוּר הָעוֹלָמוֹת פֶּרֶק ב'.
« Rav Yehouda a dit : il y a deux firmaments, ainsi qu'il est dit (Devarim 10,14) : Voici, à Hachem ton D.ieu appartiennent les cieux et les cieux des cieux. Et Rech Lakich dit : sept. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'ils ne divergent pas : Rav Yehouda a pris un firmament, celui qui se révèle à nos yeux, et un firmament pour tous ceux qui ne sont pas visibles à nos yeux ; tandis que Rech Lakich, lui, a détaillé ceux qui ne sont pas visibles à nos yeux, et il est parvenu au nombre de sept. Rav Yehouda, quant à lui, a saisi la voie de l'Écriture : « les cieux », c'est le firmament qui nous est révélé, et « les cieux des cieux », tous ces firmaments qui ne sont pas visibles à nos yeux. Vois le Ets Haim, Chaar Tsiour HaOlamot, chapitre 2.
💡 Explication

Le verset emploie deux expressions distinctes, « les cieux » et « les cieux des cieux ». Rav Yehouda y lit un compte : deux niveaux, celui que le regard atteint et celui qui le surplombe. Le décompte de Rech Lakich, qui suit immédiatement, part du même matériau scripturaire et le détaille davantage.

5
רֵישׁ לָקִישׁ אָמַר: שִׁבְעָה, וְאֵלּוּ הֵן: וִילוֹן, רָקִיעַ, שְׁחָקִים, זְבוּל, מֵעָוֹן, מְכַוֵּן, עַרְבוּת. וִילוֹן — אֵינוֹ מְשַׁמֵּשׁ כְּלוּם, אֶלָּא נִכְנָס שַׁחֲרִית וְיוֹצֵא עַרְבִית, וּמְחַדֵּשׁ בְּכָל יוֹם מַעֲשֵׂה בְרֵאשִׁית, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הַנּוֹטֶה כַדֹּוק שָׁמַיִם וַיִּמְתָּחֵם כָּאֹהֶל לָשָׁבֶת״. רָקִיעַ — שֶׁבּוֹ חַמָּה וּלְבָנָה כּוֹכָבִים וּמַזָּלוֹת קְבוּעִין, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיִּתֵּן אֹותָם אֱ-לֹהִים בִּרְקִיעַ הַשָּׁמָיִם״. שְׁחָקִים — שֶׁבּוֹ רֵחַייִם עוֹמְדוֹת וְטוֹחֲנוֹת מָן לַצַּדִּיקִים, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיְצַו שְׁחָקִים מִמָּעַל וְדַלְתֵי שָׁמַיִם פָּתָח. וַיַּמְטֵר עֲלֵיהֶם מָן לֶאֱכֹול וְגוֹ׳״.

Rech Lakich a dit : sept, et les voici : Vilon, Rakia, Chehakim, Zevoul, Maon, Makhon, Aravot. Vilon (le rideau) ne sert à rien, sinon qu'il entre au matin et sort au soir, et renouvelle chaque jour l'œuvre de la Création, ainsi qu'il est dit : « Celui qui déploie les cieux comme un voile (dok) et les étend comme une tente pour y habiter » (Yechayahou 40,22).

Rakia (le firmament) est celui où le soleil, la lune, les étoiles et les constellations sont fixés, ainsi qu'il est dit : « Et D.ieu les plaça dans le firmament des cieux » (Berechit 1,17). Chehakim (les nues) est celui où se tiennent des meules qui broient la manne pour les justes, ainsi qu'il est dit : « Il ordonna aux nues d'en haut et ouvrit les portes des cieux ; il fit pleuvoir sur eux la manne à manger », etc.

(Tehilim 78,23-24).

📜 Rachi (3)
נִכְנַס שַׁחֲרִית לְתוֹךְ תֵּיקוּ וְהָאוּר נִרְאֶה:
« Il entre au matin » : dans son étui, et la lumière apparaît.
וְיוֹצֵא עַרְבִית מִתִּיקוֹ וּמִתְפַּשֵּׁט לְמַטָּה מִן הָאוֹר וַהֲרֵי הָעוֹלָם חָשׁוּךְ וְזֶהוּ חִידּוּשׁוֹ לְמַעֲשֵׂה בְּרֵאשִׁית בְּכָל יוֹם:
« Et il sort au soir » : de son étui, et il s'étend en dessous de la lumière ; voilà le monde obscur. Tel est son renouvellement de l'œuvre de la Création chaque jour.
כַּדּוֹק יְרִיעָה טייל"א בְּלַעַז אַלְמָא יֵשׁ שָׁמַיִם שֶׁאֵין מְשַׁמְּשִׁין אֶלָּא תַּשְׁמִישׁ יְרִיעָה פְּרוּסָה:
« Comme un dok » : une toile, teile en langue vulgaire. Il en ressort qu'il existe un ciel dont le seul usage est celui d'une toile tendue.
🗂️ Tossefot (1)
נִכְנַס שַׁחֲרִית. פרש"י נִכְנָס בְּתִיקוֹ וּמִמֵּילָא הָאוֹר יוֹצֵא וְנִרְאֶה וְיוֹצֵא עַרְבִית וּמְכַסֶּה הָאוֹרָה וּמַחְשִׁיךְ הָעוֹלָם וְהָיָה קָשֶׁה לְמוֹרִי א"כ הֵיאַךְ נִרְאִים כּוֹכָבִים בַּשָּׁמַיִם מִינָּהּ בַּלַּיְלָה כֵּיוָן שֶׁהֵם קְבוּעִים בַּשֵּׁנִי כִּדְמַסִּיק וּמִיהוּ שֶׁמָּא נִרְאִים מִתּוֹכוֹ כְּמוֹ ע"י הָעֲנָנִים אַךְ רֹוב פְּעָמִים שֶׁהָעֲנָנִים מַחְשִׁיכִים אוֹתוֹ וּמְכַסִּין אוֹתוֹ וְנִרְאֶה לְמוֹרִי לְפָרֵשׁ אִיפְּכָא נִכְנַס שַׁחֲרִית בָּעוֹלָם וּמִמֶּנָּה אוֹרָה יוֹצֵא וְיוֹצֵאת עַרְבִית מִן הָעוֹלָם [וּמִסְתַּלֵּק אוֹרָה] וּלְכָךְ הַכּוֹכָבִים נִרְאִין:
« Il entre au matin. » Rachi a expliqué qu'il entre dans son étui et que, de ce fait, la lumière sort et devient visible ; puis il sort au soir, couvre la clarté et obscurcit le monde. Mon maître trouvait cela difficile : s'il en est ainsi, comment les étoiles sont-elles visibles dans le ciel pendant la nuit, puisqu'elles sont fixées dans le deuxième firmament, comme la guemara le conclut ? On peut dire qu'elles sont peut-être visibles à travers lui, comme au travers des nuages ; mais le plus souvent les nuages l'obscurcissent et le couvrent. Mon maître a donc jugé bon d'expliquer l'inverse : il entre au matin dans le monde et de lui sort la clarté ; il sort du monde au soir [et sa clarté se retire], et c'est pourquoi les étoiles sont visibles.
🪔 Ben Yehoyada (1)
'שְׁחָקִים', שֶׁבּוֹ רֵיחַיִם עוֹמְדוֹת וְטוֹחֲנוֹת מָן לַצַּדִּיקִים. נִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִיתָא בַּזֹּוהַר (וַיְחִי דַּף רכ"ג וְזֹוהַר וָאֵרֶא דַּף כ"ח) דְּמַחֲנוֹת שְׁכִינָה נִקְרָאִים בְּשֵׁם רֵיחַיִם וְהַקְּלִיפּוֹת הֵם שִׁפְחָה אַחַר הָרֵחַיִם עַייֵּן שָׁם. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד רֵיחַיִם רֶמֶז לִיסוֹדוֹת שֶׁל הַמַּלְכוּת כְּמוֹ שֶׁכָּתַב הרמ"ז [הָרַב מֹשֶׁה זְכוּת] זַ"ל (בַּזֹּוהַר אֱמֹור דַּף צ"ו) שֶׁהַיְּסוֹד טוֹחֵן הַגְּבוּרוֹת וְנַעֲשִׂין נְצוּצֵין וְעַל כֵּן הַיְּסוֹד נִקְרָא רֵחַייִם שֶׁל גָּרוֹסוֹת שֶׁהַגְּבוּרוֹת נִגְרָסִים בּוֹ עַייֵּן שָׁם. וְכָתַב רַבֵּינוּ זַ"ל בְּשַׁעַר מַאַמְרֵי רַשְׁבִּ"י בַּסּוֹף אֲדַבֵּר זֶה שְׁנֵי גְּבוּרוֹת מִן הַחֲמִשָּׁה גְּבוּרוֹת שֶׁהֵם נֶצַח וְהוֹד נִמְתְּקוּ בְּרַדְתֶּם לַיְּסוֹד וְאֵלּוּ הֵם סוֹד שְׁנֵי אוֹתִיּוֹת מִן דמנצפ"ך בְּסוֹד הַמָּן שֶׁטּוֹחֲנִין בִּשְׁחָקִים שֶׁהֵם נֶצַח וְהוֹד וּמִתְמַתְּקוֹת עַל יְדֵי הַטְּחִינָה וְטַעְמוֹ כְּצַפִּחִית בִּדְבַשׁ עַד כָּאן לְשׁוֹנוֹ וְהָבֵן בִּדְבָרִים.
« Chehakim, où se tiennent des meules qui broient la manne pour les justes. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il est enseigné dans le Zohar (Vayehi page 223, et Zohar Vaera page 28) que les camps de la Chekhina sont appelés du nom de « meules », et que les kelipot (écorces) sont la servante qui est derrière les meules — vois-y. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que les meules font allusion au yessod de la malkhout, comme l'a écrit le Ramaz [Rabbi Moche Zakout], de mémoire bénie (sur le Zohar Emor page 96) : le yessod broie les guevourot et elles deviennent des étincelles ; c'est pourquoi le yessod est appelé « meules à gruau », car les guevourot y sont concassées — vois-y. Et notre maître, de mémoire bénie, a écrit dans le Chaar Maamarei Rachbi, à la fin, sur ce sujet : deux guevourot parmi les cinq guevourot, à savoir netsa'h et hod, sont adoucies en descendant dans le yessod ; ce sont là le sod de deux lettres de manatsepakh, dans le sod de la manne que l'on broie dans les Chehakim, à savoir netsa'h et hod, adoucies par le broyage, « et son goût était celui d'un gâteau au miel » — jusqu'ici ses termes ; comprends ces paroles.
💡 Explication

Rech Lakich énumère sept firmaments et les décrit ensuite un à un, du plus bas au plus haut. Chaque nom est tiré d'un verset où il désigne un ciel, et la guemara prendra soin, pour plusieurs d'entre eux, d'établir séparément qu'ils portent bien le nom de chamayim.

Vilon n'a aucun contenu : son seul office est l'alternance du jour et de la nuit, ce qui constitue le renouvellement quotidien de l'œuvre du commencement. Rakia porte les luminaires, conformément au récit de Berechit. Chehakim prépare la nourriture des justes.

🖼️ Schéma
Les sept firmaments de Rech Lakich, du plus haut au plus bas Nom Ce qu'il contient Verset : il est bien nommé cieux 7. Aravot les étendues tsedek, michpat, tsedaka ; trésors de vie, de paix, de bénédiction ; âmes des justes ; esprits et âmes à créer ; rosée de la résurrection ; le trône de Gloire guezera chava sur rokhev (Tehilim 68,5) 6. Makhon le dépôt trésors de neige et de grêle, rosées mauvaises, gouttes, bourrasque, fumée ; portes de feu Melakhim I 8,39 5. Maon la demeure troupes d'anges de service : elles chantent la nuit et se taisent le jour, par égard pour Israël Devarim 26,15 4. Zevoul la résidence Yerouchalaim et le Temple d'en haut, l'autel bâti ; Mikhael, le grand prince, y offre un sacrifice Yechayahou 63,15 3. Chehakim les nues des meules y broient la manne destinée aux justes Tehilim 78,23-24 Tehilim 78,23 2. Rakia le firmament soleil, lune, étoiles et constellations y sont fixés Berechit 1,17 Berechit 1,17 1. Vilon le rideau ne sert à rien d'autre : il entre au matin, sort au soir, et renouvelle chaque jour l'œuvre du début Yechayahou 40,22 Rav Yehouda n'en compte que deux : celui que nos yeux voient, et tous les autres pris ensemble.
Les sept firmaments énumérés par Rech Lakich, avec leur contenu et leur preuve scripturaire.
6
זְבוּל — שֶׁבּוֹ יְרוּשָׁלַיִם וּבֵית הַמִּקְדָּשׁ, וּמִזְבֵּחַ בָּנוּי, וּמִיכָאֵל הַשַּׂר הַגָּדוֹל עוֹמֵד וּמַקְרִיב עָלָיו קָרְבָּן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״בָּנֹה בָנִיתִי בֵּית זְבֻול לָךְ מָכוֹן לְשִׁבְתְּךָ עוֹלָמִים״. וּמִנָּלַן דְּאִיקְרֵי שָׁמַיִם, דִּכְתִיב: ״הַבֵּט מִשָּׁמַיִם וּרְאֵה מִזְּבֻול קָדְשְׁךָ וְתִפְאַרְתֶּךָ״.

Zevoul est celui où se trouvent Yerouchalaim, le Temple, un autel bâti, et où Mikhael, le grand prince, se tient et offre dessus un sacrifice, ainsi qu'il est dit : « J'ai bâti, oui bâti, une maison de Zevoul pour Toi, un lieu pour Ta demeure à jamais » (Melakhim I 8,13). Et d'où savons-nous qu'il est appelé « cieux » ?

Il est écrit : « Regarde depuis les cieux et vois, depuis Ton Zevoul saint et magnifique » (Yechayahou 63,15).

💡 Explication

Le procédé de la guemara apparaît clairement ici et se répétera pour Maon, Makhon et Aravot : un premier verset établit ce que le firmament contient, un second établit qu'il est bien désigné comme cieux. Sans ce second verset, le nom serait un lieu quelconque et non l'un des sept.

7
מֵעָוֹן — שֶׁבּוֹ כִּיתּוֹת שֶׁל מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת, שֶׁאוֹמְרוֹת שִׁירָה בַּלַּיְלָה וְחָשׁוֹת בַּיּוֹם, מִפְּנֵי כְבוֹדָן שֶׁל יִשְׂרָאֵל, שֶׁנֶּאֱמַר: ״יוֹמָם יְצַוֶּה ה׳ חַסְדּוֹ וּבַלַּיְלָה שִׁירֹה עִמִּי״.

Maon est celui où se trouvent des troupes d'anges de service, qui disent le chant la nuit et se taisent le jour en raison de l'honneur d'Israël, ainsi qu'il est dit : « Le jour Hachem ordonne Sa bonté, et la nuit Son chant est avec moi » (Tehilim 42,9).

📜 Rachi (4)
מֵעָוֹן לְשׁוֹן מָדוֹר מָקוֹם שֶׁמַּלְאָכִים דָּרִין בּוֹ:
« Maon » : un terme de demeure, le lieu où habitent les anges.
וְחָשׁוֹת מִפְּנֵי כְבוֹדָן שֶׁל יִשְׂרָאֵל שֶׁמְּקַלְּסִין בַּיּוֹם:
« Et elles se taisent » : en raison de l'honneur d'Israël, qui louent le jour.
יוֹמָם יְצַוֶּה ה' חַסְדּוֹ יְצַוֶּה לַמַּלְאָכִים לִשְׁתֹּוק כְּדֵי לַעֲשׂוֹת חֶסֶד לַצְּרִיכִים חֶסֶד וְהֵם הַתַּחְתּוֹנִים:
« Le jour Hachem ordonne Sa bonté » : Il ordonne aux anges de se taire, afin de faire bonté à ceux qui ont besoin de bonté, à savoir les êtres d'en bas.
וּבַלַּיְלָה שִׁירָה עִמִּי בָּרָקִיעַ עִם שִׁיר שֶׁלִּי שֶׁקִּילַּסְתִּי בַּיּוֹם:
« Et la nuit Son chant est avec moi » : dans le firmament, avec mon chant à moi, dont je L'ai loué le jour.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וחשות ביום מפני כבודן של ישראל, שנאמר: "יומם יצוה ה' חסדו ובלילה שירה עמי, תפלה לא־ל חיי". פירוש מה שאומרים ישראל בעמידה שלשה ראשונות ושלשה אחרונות דברי שבח להקדוש ברוך הוא נקרא חסד גדול מאתו יתברך שנתן להם רשות לספר בשבחו וכמו שפירשו הראשונים ז"ל בפסוק טוב חסדך מחיים שפתי ישבחונך (תהלים סג, ד) רוצה לומר טוב אצלי החסד הזה יותר מן החיים שלי והוא אשר נתת לי רשות ששפתי ישבחונך. ולזה אמר יומם יצוה ה' חסדו (תהלים מב, ט) רוצה לומר יצוה אותנו בלבד על חסדו שהוא נתינת רשות לשבחו, ובלילה שירה עמי רוצה לומר יש שירה של מלאכים שתצטרף עמי וזה החסד של נתינת רשות לשבחו הוא ניתן בתוך תפלה לא ־ ל חיי שנתן לנו רשות לשבחו בשלשה ראשונות ובשלשה אחרונות.
« Et elles se taisent le jour en raison de l'honneur d'Israël, ainsi qu'il est dit : Le jour Hachem ordonne Sa bonté, et la nuit Son chant est avec moi, une prière au D.ieu de ma vie. » Explication : ce que disent Israël dans la amida, les trois premières et les trois dernières berakhot, qui sont paroles de louange au Saint béni soit-Il, s'appelle une grande bonté de Sa part, bénie soit-Elle, car Il leur a donné la permission de raconter Sa louange, comme les premiers, de mémoire bénie, l'ont expliqué sur le verset « Ta bonté vaut mieux que la vie, mes lèvres Te loueront » (Tehilim 63,4) : c'est-à-dire, cette bonté-là m'est meilleure que ma propre vie, elle par laquelle Tu m'as donné la permission que mes lèvres Te louent. C'est ce que dit « le jour Hachem ordonne Sa bonté » (Tehilim 42,9), c'est-à-dire qu'Il nous ordonne seulement au sujet de Sa bonté, qui est le don de la permission de Le louer ; « et la nuit Son chant est avec moi », c'est-à-dire qu'il y a un chant des anges qui se joint à moi. Et cette bonté du don de la permission de Le louer est donnée au sein de « une prière au D.ieu de ma vie », car Il nous a donné la permission de Le louer dans les trois premières et les trois dernières.
💡 Explication

Le verset est découpé en deux moments : le jour relève d'une bonté ordonnée, la nuit du chant. La baraita en tire une répartition des rôles : les anges chantent la nuit et se taisent le jour, pour laisser la louange diurne à Israël.

Rachi précise le sens de cette bonté : l'ordre donné aux anges de se taire est lui-même une faveur faite aux êtres d'en bas.

8
אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: כָּל הָעוֹסֵק בַּתּוֹרָה בַּלַּיְלָה — הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מוֹשֵׁךְ עָלָיו חוּט שֶׁל חֶסֶד בַּיּוֹם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״יוֹמָם יְצַוֶּה ה׳ חַסְדּוֹ״. וּמַה טַעַם ״יוֹמָם יְצַוֶּה ה׳ חַסְדּוֹ״ — מִשּׁוּם ״וּבַלַּיְלָה שִׁירָה עִמִּי״. וְאִיכָּא דְּאָמְרִי, אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: כָּל הָעוֹסֵק בַּתּוֹרָה בָּעוֹלָם הַזֶּה שֶׁהוּא דּוֹמֶה לְלַיְלָה, הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מוֹשֵׁךְ עָלָיו חוּט שֶׁל חֶסֶד לָעוֹלָם הַבָּא שֶׁהוּא דּוֹמֶה לְיוֹם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״יוֹמָם יְצַוֶּה ה׳ חַסְדּוֹ וּבַלַּיְלָה שִׁירֹה עִמִּי״.

Rech Lakich a dit : quiconque s'occupe de Torah la nuit, le Saint béni soit-Il tire sur lui un fil de bonté le jour, ainsi qu'il est dit : « Le jour Hachem ordonne Sa bonté ». Et quelle est la raison de « le jour Hachem ordonne Sa bonté » ?

Parce que « la nuit Son chant est avec moi ». Et certains disent : Rech Lakich a dit : quiconque s'occupe de Torah en ce monde-ci, qui ressemble à la nuit, le Saint béni soit-Il tire sur lui un fil de bonté dans le monde à venir, qui ressemble au jour, ainsi qu'il est dit : « Le jour Hachem ordonne Sa bonté, et la nuit Son chant est avec moi ».

🗂️ Tossefot (1)
כָּל הָעוֹסֵק בַּתּוֹרָה. אַכַּתִּי לֹא סִיֵּים לְמִילְּתֵיהּ דְּז' רְקִיעִים שֶׁהִתְחִיל לְפָרֵשׁ:
« Quiconque s'occupe de Torah. » Il n'a pas encore achevé son propos sur les sept firmaments qu'il avait commencé à expliquer.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אמר ריש לקיש: כל העוסק בתורה בעולם הזה שדומה ללילה, הקדוש ברוך הוא מושך עליו חוט של חסד לעולם הבא שדומה ליום. יש להבין למה נקיט בלילה? ועוד מה ענין החוט הזה? ונראה לי בס"ד דידוע חצי הראשון נקרא 'ליל' וחצי השני נקרא 'לילה' ומפורש בדברי רבינו האר"י ז"ל בשער הכונות דעסק התורה שלומדין בחצי השני הנקרא לילה עושין בו הכנה וחיזוק וכח ואומץ לתיקון הנעשה על ידי התפילות של היום ההוא גם מפורש בדברי רבינו האר"י ז"ל שם דתפילת שחרית נמשך כוחה עד תפילת מנחה דתיקון הנעשה בתפילת מנחה הוא מן הרושם הנשאר מתפילת שחרית. ולכן אין אומרים קריאת שמע במנחה אלא סומכין על קריאת שמע דשחרית כי להיותה בסוד החסד כוחה עצום ורב להמשך עד תפילת המנחה נמצא קדושת תפילת שחרית הוא כחוט משוך מן הבקר עד הערב לחבר שתי תפילות שחרית ומנחה ביחד והנה ידוע דהתפילות הם נקראים בשם חסד כי חסד גדול עשה השם יתברך עם בני אדם שנתן להם רשות לשבחו בשלש תפילות בראשנות ובאחרונות שבהם שהם שבחו של מקום וכמו שנאמר 'טוב חסדך מחיים שפתי ישבחונך' פירוש טוב חסדך יותר מן החיים שלנו ופירש מהו החסד הזה נאמר שפתי ישבחונך בשלש תפילות. וזהו שאמרו כל העוסק בתורה בלילה דייקא שהוא חצי השני הנקרא לילה אשר עסק התורה שיהיה בו הוא לצורך תיקון התפילות של אותו היום הנה זה זוכה שהקדוש ברוך הוא מושך עליו חוט של חסד רוצה לומר התקשרות תיקון שתי התפילות שחרית ומנחה נמשך עליו כאלו על ידו נעשה זה התיקון של התחברות שתי התפילות של היום. ועיין מה שכתב רבינו ז"ל בשער הכונות דף נ"ד על דרך וזה לשונו: וצריך להזדרז בכל יכלתו לקום בחצות לילה ממש וכו' והזהר שלא תתבטל מזה אפילו לילה אחת כי הוא ענין רב התועלת, הכלל העולה מכל זה הוא כי נתבאר לך איך כמה גדולה ונפלאה מעלת האדם העושה כסדר שאמרנו שיכוין אל הזווגים הנעשים בכל יום מתחלת תפילת ערבית עד סוף תפלת המנחה ואין ספק שהיודע לכוין כל זה על אמתותו גורם שהזווגים הנזכר נעשים על ידו ממש ואין קץ ותכלית לשכרו וכו' עד כאן לשונו עיין שם. ועוד נראה לי בס"ד דידוע מה שאמר רבינו הרש"ש [רבי שלום שרעבי] ז"ל כי חצי הראשון של לילה הנקרא לילה הוא ב"ן דב"ן לכן הוא דין וחצי השני הנקרא לילה הוא מ"ה דב"ן לכן הוא חסד וחצי הראשון של היום הוא מ"ה דמ"ה לכן הוא חסד גדול וחצי השני של היום הוא ב"ן דמ"ה. ולכן הוא דין ולפי זה חצי השני של לילה וחצי הראשון של היום שניהם חסד מפני שהם בחינת מ"ה וזהו שאמר כל העוסק בתורה בלילה שהוא בחינת מ"ה דב"ן הקדוש ברוך הוא מושך עליו חוט של חסד שהוא מ"ה דמ"ה ביום. ובאופן אחר נראה לי בס"ד 'חוט של חסד' [425] עולה מספר כה"ת והוא שם קדוש משמות ע"ב ויוצא מן ראשי תיבות כ ל ה נשמה ת הלל (תהלים קנ, ו) וסופי תיבות לא עזב ת דרשי ך ה ' (תהלים ט, יא) והוא עזר לישראל מאויביהם וכתוב בספר קול הרמ"ז [הרב משה זכות] ז"ל ששם זה הוא במלכות סוד הנפש שהיא אחרי היסוד. לכן שם זה הוא אחר אותיות שד־י שהוא ביסוד והנפש מספר ה' פעמים אלקים שעולים ת"ל [86×5=430] ובהסיר ממנה חמשה אלפי"ן שהם השרשים ישאר תכ"ה [425] עד כאן לשונו. ובזה מובן הטעם דהעוסק בתורה בלילה שהוא זמן תיקון המלכות ושליטת הגבורות זוכה להיות נשפע משם זה של כה"ת שהוא מספר 'חוט של חסד' והא דהביא מאמר זה דריש לקיש של עסק התורה בלילה באמצע מאמר של ז' רקיעים אחר מאמר של מעון ללמד טעם שכיבדם ביום מפני שעוסקין בתורה בלילה.
« Rech Lakich a dit : quiconque s'occupe de Torah en ce monde-ci, qui ressemble à la nuit, le Saint béni soit-Il tire sur lui un fil de bonté dans le monde à venir, qui ressemble au jour. » Il y a lieu de comprendre pourquoi il prend précisément la nuit, et quel est le sens de ce fil. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il est connu que la première moitié de la nuit est appelée leil et la seconde moitié laila ; et il est explicite dans les paroles de notre maître le Ari, de mémoire bénie, dans le Chaar HaKavanot, que l'étude de Torah que l'on fait dans la seconde moitié, appelée laila, prépare, renforce et donne force et vigueur au tikoun opéré par les prières de ce jour-là. Il est également explicite dans les paroles de notre maître le Ari, de mémoire bénie, là-bas, que la force de la prière de chaharit se prolonge jusqu'à la prière de minha, car le tikoun opéré dans la prière de minha provient de l'empreinte restée de la prière de chaharit. C'est pourquoi on ne dit pas le Chema à minha : on s'appuie sur le Chema de chaharit, car, étant du sod du 'hessed, sa force est immense et se prolonge jusqu'à la prière de minha. Il se trouve donc que la sainteté de la prière de chaharit est comme un fil tendu du matin au soir, reliant ensemble les deux prières de chaharit et de minha. Et il est connu que les prières sont appelées du nom de 'hessed, car le Nom béni a fait une grande bonté avec les hommes en leur donnant la permission de Le louer dans les trois premières et les trois dernières berakhot des trois prières, qui sont la louange de l'Omniprésent, ainsi qu'il est dit « Ta bonté vaut mieux que la vie, mes lèvres Te loueront » : c'est-à-dire, Ta bonté est meilleure que notre vie ; et il explique quelle est cette bonté en disant « mes lèvres Te loueront », dans les trois prières. C'est ce qu'ils ont dit : quiconque s'occupe de Torah la nuit, précisément, à savoir la seconde moitié appelée laila, dont l'étude sert au tikoun des prières de ce jour-là, celui-là mérite que le Saint béni soit-Il tire sur lui un fil de bonté, c'est-à-dire que le lien du tikoun des deux prières, chaharit et minha, se prolonge sur lui, comme si par lui s'opérait ce tikoun de la jonction des deux prières du jour. Vois ce qu'a écrit notre maître, de mémoire bénie, dans le Chaar HaKavanot, page 54, en ces termes : « Il faut se hâter de toutes ses forces de se lever à hatsot exactement, etc., et prends garde de ne pas t'en dispenser même une seule nuit, car c'est chose de grande utilité. La règle qui ressort de tout cela est qu'on t'a expliqué combien grande et merveilleuse est la vertu de l'homme qui procède selon l'ordre que nous avons dit, dirigeant son intention vers les unions opérées chaque jour depuis le début de la prière d'arvit jusqu'à la fin de la prière de minha ; et il n'y a pas de doute que celui qui sait diriger tout cela selon sa vérité fait que ces unions s'opèrent réellement par lui, et sa récompense est sans fin ni terme, etc. » — jusqu'ici ses termes ; vois-y. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, qu'il est connu, comme l'a dit notre maître le Rachach [Rabbi Chalom Charabi], de mémoire bénie, que la première moitié de la nuit, appelée leil, est ban de ban, et pour cela elle est din ; la seconde moitié, appelée laila, est ma de ban, et pour cela elle est 'hessed ; la première moitié du jour est ma de ma, et pour cela elle est un grand 'hessed ; la seconde moitié du jour est ban de ma, et pour cela elle est din. Selon cela, la seconde moitié de la nuit et la première moitié du jour sont toutes deux 'hessed, parce qu'elles sont de l'aspect de ma. C'est ce qu'il a dit : quiconque s'occupe de Torah la nuit, qui est de l'aspect de ma de ban, le Saint béni soit-Il tire sur lui un fil de bonté, qui est ma de ma, le jour. D'une autre manière, il me semble, avec l'aide du Ciel, que « fil de bonté » (hout chel 'hessed) [425] vaut le compte du Nom kaf-hé-tav, qui est un Nom saint parmi les Noms de soixante-douze, tiré des initiales de « que toute âme loue » (Tehilim 150,6) et des finales de « Tu n'as pas abandonné ceux qui Te recherchent, Hachem » (Tehilim 9,11) ; et il est un secours pour Israël contre leurs ennemis. Il est écrit dans le livre Kol HaRamaz [Rabbi Moche Zakout], de mémoire bénie, que ce Nom est dans la malkhout, sod de la nefech qui se tient après le yessod ; c'est pourquoi ce Nom vient après les lettres de Chakai, qui est dans le yessod. Et la nefech vaut cinq fois Elokim, soit 430 ; en ôtant les cinq alef qui en sont les racines, il reste 425 — jusqu'ici ses termes. Par là se comprend la raison pour laquelle celui qui s'occupe de Torah la nuit, temps du tikoun de la malkhout et du règne des guevourot, mérite de recevoir l'influx de ce Nom kaf-hé-tav, qui est le compte de « fil de bonté ». Quant au fait d'avoir amené cet énoncé de Rech Lakich sur l'étude de la Torah la nuit au milieu de l'énoncé des sept firmaments, après l'énoncé de Maon, c'est pour enseigner la raison pour laquelle les anges honorent Israël le jour : parce qu'ils s'occupent de Torah la nuit.
💡 Explication

Le même verset qui a servi à décrire Maon fournit ici un enseignement sur l'étude. Le lien tient au mot chira (chant) : la baraita l'attribuait aux anges, Rech Lakich l'attribue à l'homme qui étudie de nuit. Les Tossefot signalent d'ailleurs que le décompte des sept firmaments se trouve interrompu à cet endroit.

La seconde version déplace l'opposition du temps à l'ordre des mondes : la nuit devient ce monde-ci, le jour le monde à venir.

9
אָמַר רַבִּי לֵוִי כָּל הַפּוֹסֵק מִדִּבְרֵי תוֹרָה וְעוֹסֵק בְּדִבְרֵי שִׂיחָה — מַאֲכִילִין אוֹתוֹ גַּחֲלֵי רְתָמִים, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הַקֹּוטְפִים מַלּוּחַ עֲלֵי שִׂיחַ וְשֹׁרֶשׁ רְתָמִים לַחְמָם״. וּמִנָּלַן דְּאִיקְרֵי שָׁמַיִם — שֶׁנֶּאֱמַר: ״הַשְׁקִיפָה מִמְּעוֹן קָדְשְׁךָ מִן הַשָּׁמַיִם״.

Rabbi Levi a dit : quiconque interrompt les paroles de Torah et s'occupe de paroles de conversation, on lui fait manger des braises de genêts, ainsi qu'il est dit : « Ils cueillent l'arroche (maloua'h) auprès des arbustes (alei siah), et la racine des genêts (retamim) est leur pain » (Iyov 30,4). Et d'où savons-nous qu'il est appelé « cieux » ?

Ainsi qu'il est dit : « Regarde depuis Ta demeure sainte (meon kodchekha), depuis les cieux » (Devarim 26,15).

📜 Rachi (1)
וּמִנָּלַן דְּמָעוֹן אִיקְּרִי שָׁמַיִם:
« Et d'où savons-nous ? » : que Maon est appelé cieux.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כל הפוסק מדברי תורה, ועוסק בדברי שיחה, מאכילין אותו גחלי רתמים. נראה לי בס"ד התורה נקראת מים כמו שאמרו רבותינו ז"ל והטעם מפני שניתנה מסטרא דחסד דכתיב מימינו אש דת למו (דברים לג, ב) וכן הוא אומר ותורת חסד על לשונה (משלי לא, כו) והחסד נקרא מים. ונודע דשיחה בטלה היא מדרגא דשקרא ונמצא זה השח שיחה בטלה שהיא מדרגא דשקרא עירב שקר [600] שהוא מספר ת"ר עם מים שהוא חסד המתייחס לתורה ולכן מאכילין אותו גחלי רתמים שהוא תערובת ת"ר עם מים [90] הרי צירוף רתמים [690] 'ר־ת מי־ם'. ואומרו גחלים מפני שבעסק התורה יהיה חיבור הוי־ה אדנ־י שעולים צ"א כמנין גחלים [91] ולכן זה שעירב פסולת עם דברי תורה שבהם יהיה חיבור הוי־ה אדנ־י שהם מספר צ"א כמנין גחלים לכן נידון בגחלים של רתמים.
« Quiconque interrompt les paroles de Torah et s'occupe de paroles de conversation, on lui fait manger des braises de genêts. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la Torah est appelée mayim (eau), comme l'ont dit nos maîtres, de mémoire bénie ; la raison en est qu'elle a été donnée du côté du 'hessed, ainsi qu'il est écrit « de Sa droite, un feu de loi pour eux » (Devarim 33,2), et il est dit de même « une torah de 'hessed est sur sa langue » (Michlei 31,26) ; or le 'hessed est appelé eau. Et il est connu que la conversation vaine relève du degré du mensonge ; il se trouve donc que celui qui tient une conversation vaine, laquelle relève du degré du mensonge, a mêlé cheker (mensonge) [600], qui est le compte des lettres tav-rech, avec mayim, qui est le 'hessed rapporté à la Torah. C'est pourquoi on lui fait manger des « braises de genêts », qui sont le mélange des lettres tav-rech [600] avec mayim [90] : d'où la combinaison retamim [690], ret-mayim. Et il dit « braises » (gehalim) parce que, dans l'étude de la Torah, s'opère l'union du Nom Havaya et du Nom Adnout, qui font ensemble 91, comme le compte de gehalim [91] ; celui-ci ayant mêlé du rebut à des paroles de Torah, dans lesquelles s'opère l'union de ces deux Noms valant 91, comme le compte de gehalim, il est jugé par des braises de genêts.
💡 Explication

L'exposition joue sur trois mots du verset d'Iyov. Maloua'h évoque les louhot (les Tables), siah la conversation, et retamim le châtiment. Celui qui quitte les Tables pour la conversation reçoit donc pour nourriture la racine des genêts.

La dernière phrase revient au fil interrompu : elle établit que Maon est bien nommé cieux.

10
מְכַוֵּן — שֶׁבּוֹ אֹוצְרוֹת שָׁלֶג וְאֹוצְרוֹת בָּרָד, וַעֲלִייַּת טְלָלִים רָעִים, וַעֲלִייַּת אֲגָלִים, וְחַדְרָהּ שֶׁל סוֹפָהּ [וּסְעָרָה], וּמְעָרָה שֶׁל קִיטוֹר. וְדַלְתוֹתֵיהֶן אֵשׁ — שֶׁנֶּאֱמַר: ״יִפְתַּח ה׳ לְךָ אֶת אוֹצָרוֹ הַטּוֹב״.

Makhon est celui où se trouvent les trésors de neige et les trésors de grêle, la chambre haute des rosées mauvaises, la chambre haute des gouttes, le cabinet de la bourrasque [et de la tempête], et la caverne de la fumée ; et leurs portes sont de feu, ainsi qu'il est dit : « Hachem ouvrira pour toi Son bon trésor » (Devarim 28,12).

📜 Rachi (4)
מְכַוֵּן לְשׁוֹן אוֹצָר שֶׁל פֻּורְעָנִיּוֹת כַּמָּה דְּאַתְּ אָמַר נָכֹונוּ לַלֵּצִים שְׁפָטִים (מִשְׁלֵי י״ט:כ״ט):
« Makhon » : un terme de trésor de châtiments, comme tu dis « des jugements sont prêts (nakhonou) pour les moqueurs » (Michlei 19,29).
שֶׁבּוֹ אוֹצְרוֹת שֶׁלֶג כו' כָּל אֵלֶּה לְפֻורְעָנִיּוֹת:
« Où se trouvent les trésors de neige, etc. » : tous ceux-là sont pour les châtiments.
עֲלִייַּת אֲגָלִים לְשׁוֹן (עֹוגֶל) שֶׁל מַיִם (חֻולִּין דַּף מא.) וּלְשׁוֹן אֶגְלֵי טַל (אִיּוֹב ל״ח:כ״ח) וּלְשׁוֹן אַגַּן הַסַּהַר (שִׁיר הַשִּׁירִים ז׳:ג׳) שֶׁמִּתְחַלֶּפֶת ל' בְּנוּ"ן וְהֵם מַיִם הָעוֹמְדִים לְהַלְקוֹת פֵּירוֹת:
« La chambre haute des agalim » : un terme désignant la rondeur de l'eau (Houlin 41a), comme dans l'expression « gouttes de rosée » (aglei tal, Iyov 38,28) et dans « bassin arrondi » (agan hassahar, Chir HaChirim 7,3), le lamed s'échangeant avec le noun ; ce sont des eaux destinées à frapper les fruits.
יִפְתַּח ה' לְךָ אֶת אוֹצָרוֹ הַטּוֹב לָמַדְתָּ שֶׁיֵּשׁ לוֹ אוֹצָר לְפוּרְעָנוּת:
« Hachem ouvrira pour toi Son bon trésor » : tu apprends qu'Il possède un trésor pour le châtiment.
🗂️ Tossefot (1)
אוֹצְרוֹת שֶׁלֶג. יֵשׁ מִמֶּנּוּ שֶׁמּוּכָן לְפוּרְעָנוּת וְיֵשׁ לְטוֹבָה כִּדְאָמְרִינַן בְּתַעֲנִית (דַּף ג:) טָבָא תַּלְגָא לְטוּרֵי כְּחַמְשָׁה מִטְרֵי לְאַרְעָא וְכֵן כְּתִיב כִּי כַּאֲשֶׁר יֵרֵד הַגֶּשֶׁם וְהַשֶּׁלֶג וְכוּ' כִּי אִם הִרְוָה אֶת הָאָרֶץ וְגוֹ' (יְשַׁעְיָהוּ נ״ה:י׳):
« Les trésors de neige. » Il y en a qui est destiné au châtiment et il y en a qui est destiné au bien, comme nous disons dans Taanit (3b) : bonne est la neige pour les montagnes comme cinq pluies pour la terre ; et ainsi est-il écrit « car, comme descendent la pluie et la neige », etc., « mais qu'elles abreuvent la terre », etc. (Yechayahou 55,10).
💡 Explication

Le nom Makhon est entendu au sens de réserve, sur le modèle de nakhonou (sont prêts) employé pour les jugements. Tout ce qui y est entreposé sert au châtiment.

La preuve tient à un seul mot : le verset promet l'ouverture du bon trésor. La précision n'aurait pas lieu d'être s'il n'existait qu'un seul trésor ; il en existe donc un second, d'une autre nature.

11
הָנֵי בִּרְקִיעָא אִיתַנְהוּ? הָנֵי בְּאַרְעָא אִיתַנְהוּ! דִּכְתִיב: ״הַלְלוּ אֶת ה׳ מִן הָאָרֶץ תַּנִּינִים וְכָל תְּהֹומוֹת אֵשׁ וּבָרָד שֶׁלֶג וְקִיטוֹר רוּחַ סְעָרָה עֹושָׂה דְבָרוֹ״! אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: דָּוִד בִּיקֵּשׁ עֲלֵיהֶם רַחֲמִים, וְהוֹרִידָן לָאָרֶץ. אָמַר לְפָנָיו: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, ״לֹא אֵל חָפֵץ רֶשַׁע אָתָּה לֹא יְגֻורְךָ (בִּמְגוּרְךָ) רַע״. צַדִּיק אַתָּה ה׳, לֹא יָגוּר בִּמְגוּרְךָ רָע. וּמִנָּלַן דְּאִיקְרֵי ״שָׁמַיִם״ — דִּכְתִיב: ״וְאַתָּה תִּשְׁמַע הַשָּׁמַיִם מְכוֹן שִׁבְתֶּךָ״.

Ces choses-là sont-elles au firmament ? Elles sont sur la terre !

Car il est écrit : « Louez Hachem depuis la terre, monstres marins et tous les abîmes, feu et grêle, neige et fumée, vent de tempête qui accomplit Sa parole » (Tehilim 148,7-8). Rav Yehouda a dit au nom de Rav : David a demandé miséricorde à leur sujet, et Il les a fait descendre sur la terre.

Il a dit devant Lui : Maître du monde, « Tu n'es pas un D.ieu qui prend plaisir à la méchanceté, le mal ne séjournera pas auprès de Toi » (Tehilim 5,5) ; Tu es juste, Hachem, le mal ne séjournera pas dans Ta demeure. Et d'où savons-nous qu'il est appelé « cieux » ?

Car il est écrit : « Et Toi, Tu entendras depuis les cieux, le Makhon de Ta demeure » (Melakhim I 8,39).

📜 Rachi (1)
לֹא יְגוּרְךָ רַע לֹא יָגוּר אֶצְלְךָ:
« Le mal ne séjournera pas auprès de Toi » : il ne séjournera pas chez Toi.
🗂️ Tossefot (2)
דָּוִד בִּיקֵּשׁ וְהוֹרִידָן לָאָרֶץ. הִקְשָׁה הָרַב ר' אֶלְחָנָן הָא כְתִיב (בִּישַׁעְיָהוּ נ״ה:י׳) כִּי כַּאֲשֶׁר יֵרֵד הַגֶּשֶׁם וְהַשֶּׁלֶג מִן הַשָּׁמַיִם וְתֵירֵץ דְּכֵיוָן שֶׁמִּן הָעֲנָנִים יוֹרֵד נִרְאוֹת כְּיוֹרֵד מִן הַשָּׁמַיִם וְעוֹד י"ל דְּלָא הוֹרִיד רַק הַמּוּכָנִים לְפוּרְעָנוּת אֲבָל הַמַּרְוִים אֶת הָאָרֶץ נִשְׁאֲרוּ לְמַעְלָה:
« David a demandé et Il les a fait descendre sur la terre. » Le Rav Rabbi Elhanan a objecté : mais il est écrit (Yechayahou 55,10) « car comme descendent la pluie et la neige depuis les cieux » ! Il a répondu que, puisqu'elles descendent des nuages, elles paraissent descendre des cieux. On peut encore dire qu'Il n'a fait descendre que celles qui sont destinées au châtiment, tandis que celles qui abreuvent la terre sont restées en haut.
לֹא יָגוּר בִּמְגוּרְךָ רָע. אֵין זֶה מִקְרָא אֶלָּא לֹא יְגוּרְךָ וְהָכִי דְּרֵישׁ לֵיהּ: (בגמ' שַׁבָּת קמט: וּבְסַנְהֶדְרִין קג. אִיתָא שַׁפִּיר ע"ש)
« Le mal ne séjournera pas dans Ta demeure. » Il ne s'agit pas là du texte du verset : celui-ci porte seulement lo yegourkha, et c'est ainsi que la guemara l'expose. (Dans la guemara de Chabbat 149b et dans Sanhédrin 103a la leçon est correcte ; vois-y.)
💡 Explication

La difficulté est empirique avant d'être scripturaire : la neige, la grêle et la fumée se voient ici-bas. Le verset des Tehilim les range d'ailleurs parmi ce qui loue « depuis la terre ».

La réponse de Rav ne corrige pas la baraita, elle la situe dans le temps : les trésors étaient en haut, et la prière de David les a fait descendre. L'argument invoqué est de convenance — le mal ne peut séjourner auprès de Celui qui ne prend pas plaisir à la méchanceté. Les Tossefot examinent la contradiction restante avec Yechayahou 55,10 et distinguent selon l'usage, châtiment ou bienfait.

🖼️ Schéma
Les trésors de châtiment : du firmament à la terre Makhon contient neige, grêle, rosées mauvaises, gouttes, bourrasque, fumée Objection Tehilim 148,7-8 les situe sur la terre : louez depuis la terre, feu et grêle, neige et fumée. Rav Yehouda au nom de Rav David a demandé miséricorde à leur sujet et ils ont été descendus sur la terre. Son argument : Tu n'es pas un D.ieu qui prend plaisir à la méchanceté, le mal ne séjournera pas auprès de Toi (Tehilim 5,5). Les deux états du texte sont donc successifs, non contradictoires.
La difficulté sur l'emplacement des trésors de châtiment et la réponse de Rav Yehouda au nom de Rav.
12
עֲרָבוֹת — שֶׁבּוֹ צֶדֶק מִשְׁפָּט וּצְדָקָה, גִּנְזֵי חַיִּים וְגִנְזֵי שָׁלוֹם וְגִנְזֵי בְרָכָה, וְנִשְׁמָתָן שֶׁל צַדִּיקִים, וְרוּחוֹת וּנְשָׁמוֹת שֶׁעָתִיד[ות] לְהִיבָּרְאוּת, וְטַל שֶׁעָתִיד הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְהַחֲיוֹת בּוֹ מֵתִים. צֶדֶק וּמִשְׁפָּט — דִּכְתִיב: ״צֶדֶק וּמִשְׁפָּט מְכוֹן כִּסְאֶךָ״. צְדָקָה — דִּכְתִיב: ״וְיִלְבַּשׁ צְדָקָה כְּשֵׁרִין״. גִּנְזֵי חַיִּים — דִּכְתִיב: ״כִּי עִמְּךָ מְקוֹר חַיִּים״. וְגִנְזֵי שָׁלוֹם — דִּכְתִיב: ״וַיִּקְרָא לוֹ ה׳ שָׁלוֹם״. וְגִנְזֵי בְּרָכָה — דִּכְתִיב: ״יִשָּׂא בְרָכָה מֵאֵת ה׳״.

Aravot est celui où se trouvent tsedek (justice), michpat (droit) et tsedaka (charité), les trésors de vie, les trésors de paix et les trésors de bénédiction, les âmes des justes, les esprits et les âmes destinés à être créés, et la rosée par laquelle le Saint béni soit-Il fera revivre les morts. Tsedek et michpat, car il est écrit : « Justice et droit sont le fondement de Ton trône » (Tehilim 89,15).

Tsedaka, car il est écrit : « Il revêtit la tsedaka comme une cuirasse » (Yechayahou 59,17). Les trésors de vie, car il est écrit : « Car auprès de Toi est la source de vie » (Tehilim 36,10).

Les trésors de paix, car il est écrit : « Et il L'appela : Hachem est paix » (Choftim 6,24). Les trésors de bénédiction, car il est écrit : « Il recevra une bénédiction de la part de Hachem » (Tehilim 24,5).

📜 Rachi (4)
וְרוּחוֹת וּנְשָׁמוֹת חֲדָא הִיא וְיֵשׁ מְפָרְשִׁין רוּחַ הִיא הַנְּשָׁמָה הָעֲשׂוּיָה בִּדְמוּת הַגּוּף נְשָׁמָה נְשִׁימָה אליינ"א בְּלַעַ"ז:
« Les esprits et les âmes » : c'est une seule et même chose. Certains expliquent que le roua'h est l'âme faite à la ressemblance du corps, et que la nechama est le souffle, aleine en langue vulgaire.
מְכַוֵּן כִּסְאֶךָ וְהַכִּסֵּא בְּעַרְבוֹת הוּא כִּדְמַסִּיק לְקַמָּן:
« Le fondement de Ton trône » : et le trône se trouve dans Aravot, comme la guemara le conclut plus loin.
וְיִלְבַּשׁ צְדָקָה לָמַדְתָּ שֶׁעִמּוֹ צְדָקָה שְׁרוּיָה:
« Il revêtit la tsedaka » : tu apprends que la tsedaka réside auprès de Lui.
וַיִּקְרָא לוֹ קְרָאָהּ אֶצְלוֹ:
« Et il L'appela » : il a appelé la paix auprès de Lui.
💡 Explication

Aravot reçoit la description la plus longue. La liste est d'abord donnée d'un trait, puis reprise élément par élément avec le verset qui le rattache au lieu supérieur. Le procédé est constant : un verset qui place une réalité « auprès de Lui », « de Sa part » ou « de devant Moi » la situe dans Aravot.

Les éléments sont de trois ordres : des qualités (tsedek, michpat, tsedaka), des réserves (vie, paix, bénédiction), et des réalités d'âmes, que le segment suivant établira.

🖼️ Schéma
Aravot : ce qui y est déposé et ce qui s'y tient Les dépôts tsedek et michpat (justice et droit) tsedaka (charité) trésors de vie trésors de paix trésors de bénédiction âmes des justes esprits et âmes destinés à être créés rosée de la résurrection des morts Ce qui s'y tient ofanim serafim hayot hakodech (créatures saintes) anges de service trône de Gloire et au-dessus d'eux tous : le Roi, D.ieu vivant, élevé et exalté Tehilim 68,5 : Celui qui chevauche Ce qui L'entoure Obscurité, nuée et brume épaisse (Tehilim 18,12) : il fit des ténèbres sa cachette, autour de lui sa tente. L'obscurité n'est donc pas écartée du lieu le plus haut, elle en forme l'enveloppe. La difficulté Daniel 2,22 : il sait ce qui est dans l'obscurité, et la lumière demeure auprès de lui. Où est donc l'obscurité ? La réponse commence Cela ne fait pas difficulté : ceci... — le folio s'interrompt sur le premier mot de la distinction, qui se lit en 13a.
Ce que contient Aravot, ce qui s'y tient, et la difficulté finale du folio.
13
נִשְׁמָתָן שֶׁל צַדִּיקִים — דִּכְתִיב: ״וְהָיְתָה נֶפֶשׁ אֲדֹונִי צְרוּרָה בִּצְרוֹר הַחַיִּים אֵת ה׳ אֱ-לֹהֶיךָ״. רוּחוֹת וּנְשָׁמוֹת שֶׁעָתִיד[וְת] לְהִיבָּרְאוּת — דִּכְתִיב: ״כִּי רוּחַ מִלְּפָנַי יַעֲטוֹף וּנְשָׁמוֹת אֲנִי עָשִׂיתִי״. וְטַל שֶׁעָתִיד הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְהַחֲיוֹת בּוֹ מֵתִים — דִּכְתִיב: ״גֶּשֶׁם נְדָבוֹת תָּנִיף אֱ-לֹהִים נַחֲלָתְךָ וְנִלְאָה אַתָּה כוֹנַנְתָּהּ״.

Les âmes des justes, car il est écrit : « Et l'âme de mon maître sera liée dans le faisceau de la vie auprès de Hachem ton D.ieu » (Chmouel I 25,29). Les esprits et les âmes destinés à être créés, car il est écrit : « Car l'esprit venant de devant Moi s'enveloppe, et les âmes que J'ai faites » (Yechayahou 57,16).

Et la rosée par laquelle le Saint béni soit-Il fera revivre les morts, car il est écrit : « Une pluie de largesses Tu as répandue, D.ieu, sur Ton héritage épuisé, et Toi Tu l'as affermi » (Tehilim 68,10).

📜 Rachi (2)
רוּחַ מִלִּפְנֵי אַלְמָא לְפָנָיו הֵם:
« L'esprit venant de devant Moi » : il en ressort qu'ils se trouvent devant Lui.
גֶּשֶׁם נְדָבוֹת תָּנִיף אֱ-לֹהִים וְגוֹ' וְהַאי קְרָא בְּמַתַּן תּוֹרָה כְּתִיב שֶׁיָּצְתָה נִשְׁמָתָן שֶׁנֶּאֱמַר נַפְשִׁי יָצְאָה בְדַבְּרוֹ (שִׁיר הַשִּׁירִים ה׳:ו׳) וְהֵנִיף עֲלֵיהֶן טַל תְּחִייָּתוֹ שֶׁנֶּאֱמַר גֶּשֶׁם נְדָבוֹת תָּנִיף אֱ-לֹהִים וְהַאי קְרָא מִשְׁתַּעֵי בְּמַתַּן תּוֹרָה בְּמִזְמוֹר יָקוּם אֱ-לֹהִים יָפוּצוּ אוֹיְבָיו:
« Une pluie de largesses Tu as répandue, D.ieu », etc. : ce verset est écrit à propos du don de la Torah, lorsque leur âme les quitta, ainsi qu'il est dit « mon âme est sortie quand il parlait » (Chir HaChirim 5,6) ; Il répandit alors sur eux la rosée de Sa résurrection, ainsi qu'il est dit « une pluie de largesses Tu as répandue, D.ieu ». Ce verset traite du don de la Torah, dans le psaume « Que D.ieu se lève, que Ses ennemis se dispersent ».
💡 Explication

Le verset de Tehilim 68,10 ne parle pas de résurrection dans son sens littéral. Rachi rattache la lecture au don de la Torah : l'âme d'Israël les quitta à l'audition, et la rosée qui les ranima est celle-là même qui servira à la résurrection. Le psaume entier, « Que D.ieu se lève », est lu comme traitant du Sinaï.

14
שָׁם אוֹפַנִּים וּשְׂרָפִים וְחַיּוֹת הַקֹּדֶשׁ, וּמַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת, וְכִסֵּא הַכָּבוֹד, מֶלֶךְ אֵל חַי רָם וְנִשָּׂא שֹׁוכֵן עֲלֵיהֶם בָּעֲרָבוֹת, שֶׁנֶּאֱמַר: ״סֹולּוּ לָרֹוכֵב בָּעֲרָבוֹת בְּיָהּ שְׁמוֹ״, וּמִנָּלַן דְּאִיקְרֵי ״שָׁמַיִם״? אָתְיָא ״רְכִיבָה״ ״רְכִיבָה״, כְּתִיב הָכָא: ״סֹולּוּ לָרֹוכֵב בְּעַרְבוֹת״ וּכְתִיב הָתָם: ״רוֹכֵב שָׁמַיִם בְּעֶזְרֶךָ״.

Là se trouvent les ofanim, les serafim, les hayot hakodech (les créatures saintes) et les anges de service, ainsi que le trône de Gloire ; le Roi, D.ieu vivant, élevé et exalté, demeure au-dessus d'eux dans Aravot, ainsi qu'il est dit : « Frayez la voie à Celui qui chevauche dans les Aravot, Ka est Son nom » (Tehilim 68,5). Et d'où savons-nous qu'il est appelé « cieux » ?

Cela se tire d'une guezera chava entre « chevauche » et « chevauche » : il est écrit ici « Frayez la voie à Celui qui chevauche dans les Aravot », et il est écrit là-bas « Celui qui chevauche les cieux, à ton secours » (Devarim 33,26).

💡 Explication

Pour Aravot, aucun verset ne le désigne directement comme cieux. La guemara recourt donc à une guezera chava, procédé qui rapproche deux versets partageant un même terme : le mot rokhev (chevauche) figure ici avec Aravot et là-bas avec chamayim.

L'ordre de la description est ascendant : les catégories angéliques, puis le trône, puis Celui qui demeure au-dessus d'eux.

15
וְחֹשֶׁךְ וְעָנָן וַעֲרָפֶל מַקִּיפִין אוֹתוֹ — שֶׁנֶּאֱמַר: ״יָשֶׁת חֹשֶׁךְ סִתְרוֹ סְבִיבוֹתָיו סֻוכָּתוֹ חֶשְׁכַת מַיִם עָבֵי שְׁחָקִים״. וּמִי אִיכָּא חֲשׁוֹכָא קַמֵּי שְׁמַיָּא? וְהָכְתִיב: ״הוּא גָּלֵא עַמִּיקָתָא וּמְסַתְּרָתָא יָדַע מָה בַחֲשׁוֹכָא וּנְהוֹרָא עִמֵּהּ שְׁרֵא״! לָא קַשְׁיָא: הָא

L'obscurité, la nuée et la brume épaisse L'entourent, ainsi qu'il est dit : « Il fit des ténèbres Sa cachette, autour de Lui Sa tente, ténèbre d'eaux, épaisseurs de nuées » (Tehilim 18,12). Y a-t-il donc de l'obscurité devant le Ciel ?

Or il est écrit : « C'est Lui qui dévoile les choses profondes et cachées, Il sait ce qui est dans l'obscurité, et la lumière demeure auprès de Lui » (Daniel 2,22) ! Cela ne fait pas difficulté : ceci

💡 Explication

Deux versets se contredisent sur un point précis : l'un place l'obscurité tout autour de la Gloire, l'autre y place la lumière. La guemara annonce une distinction, lo kachya (cela ne fait pas difficulté), et le folio s'interrompt sur le premier mot de cette distinction.

La réponse se lit au début de 13a : elle répartira l'obscurité et la lumière entre les chambres intérieures et les chambres extérieures.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).