Sougya : Le folio achève la lecture du premier verset de la Torah — pourquoi « et la terre » est écrit, et pourquoi le récit revient ensuite à la terre avant les cieux — par la parabole du roi qui loue celui qui n'a pas coutume de se lever tôt. Il descend ensuite la colonne du monde : la terre sur les colonnes, les colonnes sur les eaux, les eaux sur les montagnes, les montagnes sur le vent, le vent sur la tempête, la tempête suspendue au bras du Saint béni soit-Il ; trois avis comptent ces colonnes, douze, sept, ou une seule dont le nom est tsadik.
Rav Yehouda compte deux firmaments, Rech Lakich sept, et la guemara les parcourt un à un — Vilon, Rakia, Chehakim, Zevoul, Maon, Makhon, Aravot — en établissant pour chacun qu'il porte bien le nom de « cieux ». Deux enseignements s'insèrent au passage sur l'étude de nuit et sur la parole vaine.
Le folio s'arrête sur une difficulté ouverte : l'obscurité entoure la Gloire, alors que le verset de Daniel place la lumière auprès d'Elle.
« Et la terre » (et ha-arets), pourquoi m'est-il nécessaire ? Pour faire précéder les cieux à la terre.
« Et la terre était tohou va-vohou » : or l'Écriture a commencé par les cieux en premier, qu'y a-t-il donc de particulier pour qu'elle énumère d'abord l'œuvre de la terre ? On a enseigné à l'école de Rabbi Yichmael : une parabole, celle d'un roi de chair et de sang qui dit à ses serviteurs : levez-vous tôt à ma porte.
Il se leva tôt et trouva des femmes et des hommes. Qui loue-t-il ?
Celui qui n'a pas coutume de se lever tôt et qui s'est levé tôt.
Le folio précédent lisait le premier verset de la Torah mot à mot. Reste le second et (et ha-arets) : il sert à établir un ordre, les cieux d'abord, la terre ensuite. Sans lui, la création simultanée resterait possible, l'ordre du texte s'expliquant par la seule impossibilité de prononcer deux noms à la fois.
Une difficulté suit aussitôt : le verset 2 revient à la terre et la décrit, alors que le verset 1 venait de donner la priorité aux cieux. La réponse passe par une parabole : on relève davantage celui dont on n'attendait pas la diligence. Les œuvres de la terre sont lentes, celles des cieux rapides ; la terre a pourtant été créée en même temps qu'eux.
On a enseigné : Rabbi Yossei dit : malheur aux créatures, qui voient et ne savent pas ce qu'elles voient, qui se tiennent et ne savent pas sur quoi elles se tiennent. Sur quoi la terre se tient-elle ?
Sur les colonnes, ainsi qu'il est dit : « Il ébranle la terre de sa place, et ses colonnes tremblent » (Iyov 9,6). Les colonnes, sur les eaux, ainsi qu'il est dit : « À Celui qui étend la terre sur les eaux » (Tehilim 136,6).
Les eaux, sur les montagnes, ainsi qu'il est dit : « Les eaux se tenaient au-dessus des montagnes » (Tehilim 104,6). Les montagnes, sur le vent, ainsi qu'il est dit : « Car voici Celui qui forme les montagnes et crée le vent » (Amos 4,13).
Le vent, sur la tempête, ainsi qu'il est dit : « Vent de tempête qui accomplit Sa parole » (Tehilim 148,8). La tempête est suspendue au bras du Saint béni soit-Il, ainsi qu'il est dit : « et en dessous, les bras d'éternité » (Devarim 33,27).
La baraita construit une chaîne d'appuis, chaque terme étant plus subtil que celui qu'il porte : sol, colonnes, eaux, montagnes, vent, tempête. Chaque maillon s'établit par un verset, et le procédé est le même partout : deux réalités mentionnées côté à côté dans un même verset sont lues comme portant l'une sur l'autre.
Le dernier maillon rompt la série. La tempête ne repose sur rien de créé : elle est suspendue au bras du Saint béni soit-Il. Le reproche initial de Rabbi Yossei porte sur cette ignorance ordinaire : on se tient sur un sol dont on ne sait pas ce qui le porte.
Et les Sages disent : elle se tient sur douze colonnes, ainsi qu'il est dit : « Il fixa les frontières des peuples selon le nombre des enfants d'Israël » (Devarim 32,8). Et certains disent : sept colonnes, ainsi qu'il est dit : « Elle a taillé ses sept colonnes » (Michlei 9,1).
Rabbi Elazar ben Chamoua dit : sur une seule colonne, et son nom est tsadik (juste), ainsi qu'il est dit : « et le juste est le fondement du monde » (Michlei 10,25).
Trois comptes s'opposent au premier maillon de la chaîne. Aucun ne se démontre par observation : chacun lit un nombre dans un verset et le transpose à la structure du monde. Douze, comme les tribus ; sept, comme les colonnes de la sagesse ; une seule, portant un nom plutôt qu'un nombre.
Le troisième avis déplace la question : ce qui porte le monde est une qualité, le tsadik, et le verset de Michlei 10,25 se lit alors littéralement, le juste étant le yessod (fondement) du monde.
Rav Yehouda a dit : il y a deux firmaments, ainsi qu'il est dit : « Voici, à Hachem ton D.ieu appartiennent les cieux et les cieux des cieux » (Devarim 10,14).
Le verset emploie deux expressions distinctes, « les cieux » et « les cieux des cieux ». Rav Yehouda y lit un compte : deux niveaux, celui que le regard atteint et celui qui le surplombe. Le décompte de Rech Lakich, qui suit immédiatement, part du même matériau scripturaire et le détaille davantage.
Rech Lakich a dit : sept, et les voici : Vilon, Rakia, Chehakim, Zevoul, Maon, Makhon, Aravot. Vilon (le rideau) ne sert à rien, sinon qu'il entre au matin et sort au soir, et renouvelle chaque jour l'œuvre de la Création, ainsi qu'il est dit : « Celui qui déploie les cieux comme un voile (dok) et les étend comme une tente pour y habiter » (Yechayahou 40,22).
Rakia (le firmament) est celui où le soleil, la lune, les étoiles et les constellations sont fixés, ainsi qu'il est dit : « Et D.ieu les plaça dans le firmament des cieux » (Berechit 1,17). Chehakim (les nues) est celui où se tiennent des meules qui broient la manne pour les justes, ainsi qu'il est dit : « Il ordonna aux nues d'en haut et ouvrit les portes des cieux ; il fit pleuvoir sur eux la manne à manger », etc.
(Tehilim 78,23-24).
Rech Lakich énumère sept firmaments et les décrit ensuite un à un, du plus bas au plus haut. Chaque nom est tiré d'un verset où il désigne un ciel, et la guemara prendra soin, pour plusieurs d'entre eux, d'établir séparément qu'ils portent bien le nom de chamayim.
Vilon n'a aucun contenu : son seul office est l'alternance du jour et de la nuit, ce qui constitue le renouvellement quotidien de l'œuvre du commencement. Rakia porte les luminaires, conformément au récit de Berechit. Chehakim prépare la nourriture des justes.
Zevoul est celui où se trouvent Yerouchalaim, le Temple, un autel bâti, et où Mikhael, le grand prince, se tient et offre dessus un sacrifice, ainsi qu'il est dit : « J'ai bâti, oui bâti, une maison de Zevoul pour Toi, un lieu pour Ta demeure à jamais » (Melakhim I 8,13). Et d'où savons-nous qu'il est appelé « cieux » ?
Il est écrit : « Regarde depuis les cieux et vois, depuis Ton Zevoul saint et magnifique » (Yechayahou 63,15).
Le procédé de la guemara apparaît clairement ici et se répétera pour Maon, Makhon et Aravot : un premier verset établit ce que le firmament contient, un second établit qu'il est bien désigné comme cieux. Sans ce second verset, le nom serait un lieu quelconque et non l'un des sept.
Maon est celui où se trouvent des troupes d'anges de service, qui disent le chant la nuit et se taisent le jour en raison de l'honneur d'Israël, ainsi qu'il est dit : « Le jour Hachem ordonne Sa bonté, et la nuit Son chant est avec moi » (Tehilim 42,9).
Le verset est découpé en deux moments : le jour relève d'une bonté ordonnée, la nuit du chant. La baraita en tire une répartition des rôles : les anges chantent la nuit et se taisent le jour, pour laisser la louange diurne à Israël.
Rachi précise le sens de cette bonté : l'ordre donné aux anges de se taire est lui-même une faveur faite aux êtres d'en bas.
Rech Lakich a dit : quiconque s'occupe de Torah la nuit, le Saint béni soit-Il tire sur lui un fil de bonté le jour, ainsi qu'il est dit : « Le jour Hachem ordonne Sa bonté ». Et quelle est la raison de « le jour Hachem ordonne Sa bonté » ?
Parce que « la nuit Son chant est avec moi ». Et certains disent : Rech Lakich a dit : quiconque s'occupe de Torah en ce monde-ci, qui ressemble à la nuit, le Saint béni soit-Il tire sur lui un fil de bonté dans le monde à venir, qui ressemble au jour, ainsi qu'il est dit : « Le jour Hachem ordonne Sa bonté, et la nuit Son chant est avec moi ».
Le même verset qui a servi à décrire Maon fournit ici un enseignement sur l'étude. Le lien tient au mot chira (chant) : la baraita l'attribuait aux anges, Rech Lakich l'attribue à l'homme qui étudie de nuit. Les Tossefot signalent d'ailleurs que le décompte des sept firmaments se trouve interrompu à cet endroit.
La seconde version déplace l'opposition du temps à l'ordre des mondes : la nuit devient ce monde-ci, le jour le monde à venir.
Rabbi Levi a dit : quiconque interrompt les paroles de Torah et s'occupe de paroles de conversation, on lui fait manger des braises de genêts, ainsi qu'il est dit : « Ils cueillent l'arroche (maloua'h) auprès des arbustes (alei siah), et la racine des genêts (retamim) est leur pain » (Iyov 30,4). Et d'où savons-nous qu'il est appelé « cieux » ?
Ainsi qu'il est dit : « Regarde depuis Ta demeure sainte (meon kodchekha), depuis les cieux » (Devarim 26,15).
L'exposition joue sur trois mots du verset d'Iyov. Maloua'h évoque les louhot (les Tables), siah la conversation, et retamim le châtiment. Celui qui quitte les Tables pour la conversation reçoit donc pour nourriture la racine des genêts.
La dernière phrase revient au fil interrompu : elle établit que Maon est bien nommé cieux.
Makhon est celui où se trouvent les trésors de neige et les trésors de grêle, la chambre haute des rosées mauvaises, la chambre haute des gouttes, le cabinet de la bourrasque [et de la tempête], et la caverne de la fumée ; et leurs portes sont de feu, ainsi qu'il est dit : « Hachem ouvrira pour toi Son bon trésor » (Devarim 28,12).
Le nom Makhon est entendu au sens de réserve, sur le modèle de nakhonou (sont prêts) employé pour les jugements. Tout ce qui y est entreposé sert au châtiment.
La preuve tient à un seul mot : le verset promet l'ouverture du bon trésor. La précision n'aurait pas lieu d'être s'il n'existait qu'un seul trésor ; il en existe donc un second, d'une autre nature.
Ces choses-là sont-elles au firmament ? Elles sont sur la terre !
Car il est écrit : « Louez Hachem depuis la terre, monstres marins et tous les abîmes, feu et grêle, neige et fumée, vent de tempête qui accomplit Sa parole » (Tehilim 148,7-8). Rav Yehouda a dit au nom de Rav : David a demandé miséricorde à leur sujet, et Il les a fait descendre sur la terre.
Il a dit devant Lui : Maître du monde, « Tu n'es pas un D.ieu qui prend plaisir à la méchanceté, le mal ne séjournera pas auprès de Toi » (Tehilim 5,5) ; Tu es juste, Hachem, le mal ne séjournera pas dans Ta demeure. Et d'où savons-nous qu'il est appelé « cieux » ?
Car il est écrit : « Et Toi, Tu entendras depuis les cieux, le Makhon de Ta demeure » (Melakhim I 8,39).
La difficulté est empirique avant d'être scripturaire : la neige, la grêle et la fumée se voient ici-bas. Le verset des Tehilim les range d'ailleurs parmi ce qui loue « depuis la terre ».
La réponse de Rav ne corrige pas la baraita, elle la situe dans le temps : les trésors étaient en haut, et la prière de David les a fait descendre. L'argument invoqué est de convenance — le mal ne peut séjourner auprès de Celui qui ne prend pas plaisir à la méchanceté. Les Tossefot examinent la contradiction restante avec Yechayahou 55,10 et distinguent selon l'usage, châtiment ou bienfait.
Aravot est celui où se trouvent tsedek (justice), michpat (droit) et tsedaka (charité), les trésors de vie, les trésors de paix et les trésors de bénédiction, les âmes des justes, les esprits et les âmes destinés à être créés, et la rosée par laquelle le Saint béni soit-Il fera revivre les morts. Tsedek et michpat, car il est écrit : « Justice et droit sont le fondement de Ton trône » (Tehilim 89,15).
Tsedaka, car il est écrit : « Il revêtit la tsedaka comme une cuirasse » (Yechayahou 59,17). Les trésors de vie, car il est écrit : « Car auprès de Toi est la source de vie » (Tehilim 36,10).
Les trésors de paix, car il est écrit : « Et il L'appela : Hachem est paix » (Choftim 6,24). Les trésors de bénédiction, car il est écrit : « Il recevra une bénédiction de la part de Hachem » (Tehilim 24,5).
Aravot reçoit la description la plus longue. La liste est d'abord donnée d'un trait, puis reprise élément par élément avec le verset qui le rattache au lieu supérieur. Le procédé est constant : un verset qui place une réalité « auprès de Lui », « de Sa part » ou « de devant Moi » la situe dans Aravot.
Les éléments sont de trois ordres : des qualités (tsedek, michpat, tsedaka), des réserves (vie, paix, bénédiction), et des réalités d'âmes, que le segment suivant établira.
Les âmes des justes, car il est écrit : « Et l'âme de mon maître sera liée dans le faisceau de la vie auprès de Hachem ton D.ieu » (Chmouel I 25,29). Les esprits et les âmes destinés à être créés, car il est écrit : « Car l'esprit venant de devant Moi s'enveloppe, et les âmes que J'ai faites » (Yechayahou 57,16).
Et la rosée par laquelle le Saint béni soit-Il fera revivre les morts, car il est écrit : « Une pluie de largesses Tu as répandue, D.ieu, sur Ton héritage épuisé, et Toi Tu l'as affermi » (Tehilim 68,10).
Le verset de Tehilim 68,10 ne parle pas de résurrection dans son sens littéral. Rachi rattache la lecture au don de la Torah : l'âme d'Israël les quitta à l'audition, et la rosée qui les ranima est celle-là même qui servira à la résurrection. Le psaume entier, « Que D.ieu se lève », est lu comme traitant du Sinaï.
Là se trouvent les ofanim, les serafim, les hayot hakodech (les créatures saintes) et les anges de service, ainsi que le trône de Gloire ; le Roi, D.ieu vivant, élevé et exalté, demeure au-dessus d'eux dans Aravot, ainsi qu'il est dit : « Frayez la voie à Celui qui chevauche dans les Aravot, Ka est Son nom » (Tehilim 68,5). Et d'où savons-nous qu'il est appelé « cieux » ?
Cela se tire d'une guezera chava entre « chevauche » et « chevauche » : il est écrit ici « Frayez la voie à Celui qui chevauche dans les Aravot », et il est écrit là-bas « Celui qui chevauche les cieux, à ton secours » (Devarim 33,26).
Pour Aravot, aucun verset ne le désigne directement comme cieux. La guemara recourt donc à une guezera chava, procédé qui rapproche deux versets partageant un même terme : le mot rokhev (chevauche) figure ici avec Aravot et là-bas avec chamayim.
L'ordre de la description est ascendant : les catégories angéliques, puis le trône, puis Celui qui demeure au-dessus d'eux.
L'obscurité, la nuée et la brume épaisse L'entourent, ainsi qu'il est dit : « Il fit des ténèbres Sa cachette, autour de Lui Sa tente, ténèbre d'eaux, épaisseurs de nuées » (Tehilim 18,12). Y a-t-il donc de l'obscurité devant le Ciel ?
Or il est écrit : « C'est Lui qui dévoile les choses profondes et cachées, Il sait ce qui est dans l'obscurité, et la lumière demeure auprès de Lui » (Daniel 2,22) ! Cela ne fait pas difficulté : ceci
Deux versets se contredisent sur un point précis : l'un place l'obscurité tout autour de la Gloire, l'autre y place la lumière. La guemara annonce une distinction, lo kachya (cela ne fait pas difficulté), et le folio s'interrompt sur le premier mot de cette distinction.
La réponse se lit au début de 13a : elle répartira l'obscurité et la lumière entre les chambres intérieures et les chambres extérieures.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).