Chagigah 13a — Ce qu'il est permis d'exposer : la mesure du monde, les conditions de la transmission et le feu du hachmal

Chagigah 13a

Sougya : Le folio ouvre sur la fin de la difficulté laissée en suspens : l'obscurité entoure la Gloire dans les chambres extérieures, la lumière se tient dans les chambres intérieures. Rav Aha bar Yaakov ajoute un firmament au-dessus des têtes des hayot, puis la guemara pose une limite — jusqu'ici la parole est permise, au-delà elle ne l'est plus — et l'appuie sur le livre de Ben Sira.

Vient alors la réponse de la bat kol à Nevoukhadnetsar : une vie d'homme compte soixante-dix ans, tandis que la montée vers le trône se mesure en étapes de cinq cents ans de marche, firmament après firmament, puis membre après membre des hayot. La seconde moitié du folio traite des conditions de la transmission : les têtes de chapitres, le av beit din et le cœur inquiet, les cinq qualités de Rabbi Ami, l'interdit d'enseigner à un non-Juif, et trois refus successifs de transmettre.

Le folio se termine sur le hachmal : jusqu'où l'exposé est permis, l'enfant que le feu consuma, et le livre de Ye'hezkel sauvé par Hanania ben Hizkia.

L'échelle du monde : la réponse de la bat kol à Nevoukhadnetsar Le Roi, D.ieu vivant, élevé et exalté demeure au-dessus d'eux Le trône de Gloire ses pieds valent l'ensemble ; lui-même vaut l'ensemble Les hayot hakodech (les créatures saintes) pieds, chevilles, jambes, genoux, cuisses, corps, cous, têtes, cornes : chaque membre vaut à lui seul tout ce qui est dessous Sept firmaments, huit intervalles de la terre au premier firmament : 500 ans de marche épaisseur de chaque firmament : 500 ans entre chaque firmament : 500 ans quinze étapes de cinq cents ans La terre Le calcul de Rabban Yo'hanan ben Zakkai 70 ans les années d'une vie d'homme (Tehilim 90,10) 500 ans de la terre au premier firmament 500 ans l'épaisseur d'un firmament 500 ans entre chaque firmament 7 firmaments et 8 intervalles quinze étapes de cinq cents ans Et la montée ne commence pas encore : au-dessus des firmaments viennent les hayot, puis le trône de Gloire. Ce que la bat kol répond Tu as dit : je monterai sur les hauteurs de la nuée, je me rendrai semblable au Très-Haut. Réponse : mais tu seras précipité au chéol, aux profondeurs de la fosse (Yechayahou 14,15).
La mesure de la montée, de la terre au trône de Gloire, et le calcul qui répond à Nevoukhadnetsar.
À qui transmet-on le maasse merkava ? Le maasse merkava Devant plusieurs exclu à plus forte raison Devant un seul seulement s'il est sage et comprend de lui-même Rachei perakim R. Hiya : on peut lui transmettre les têtes de chapitres Première version au av beit din, ou à quiconque a le cœur inquiet en lui Certains disent au av beit din qui a le cœur inquiet en lui les deux ensemble Rabbi Ami : les conditions de la transmission Cinq qualités pour recevoir les sitrei Torah chef de cinquante : libre du souci de ses affaires homme considéré : sans colère conseiller : il déduit une chose d'une autre sage artisan : il juge à qui enseigner habile enchanteur : il sait parler par allusion Ce qui demeure ferme On ne transmet pas de paroles de Torah à un non-Juif (Tehilim 147,20). Rav Yossef, qui savait le maasse merkava, le refuse aux anciens de Poumbedita : du miel et du lait sous ta langue.
Les degrés de la transmission du maasse merkava et les conditions posées par Rabbi Ami.
Jusqu'où l'exposé est-il permis ? Le premier chapitre de Ye'hezkel de 1,1 au second vaere borne de Rabbi, ce verset exclu jusqu'au hachmal borne de R. Yits'hak, inclus jusqu'à et Il me dit, fils d'homme hen hen maasse merkava Version Jusqu'à vaere À partir de la Première version on enseigne pleinement on transmet seulement les têtes de chapitres Certains disent têtes de chapitres seulement s'il est sage et comprend de lui-même Le hachmal et l'enfant Un enfant lisait Ye'hezkel chez son maître et comprenait le hachmal ; un feu en sortit et le consuma. Réponse : son temps n'était pas venu. Hanania ben Hizkia Le livre de Ye'hezkel allait être retiré : sa fin contredit la Torah sur les korbanot. Trois cents jarres d'huile, une chambre haute, et il l'exposa jusqu'au bout.
Les bornes de l'exposé dans le premier chapitre de Yehezkel, et les deux épisodes du hachmal.
1
בְּבָתֵּי גַּוָּאֵי, הָא בְּבָתֵּי בָּרָאֵי. וְאָמַר רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב: עוֹד רָקִיעַ אֶחָד יֵשׁ לְמַעְלָה מֵרָאשֵׁי הַחַיּוֹת, דִּכְתִיב: ״וּדְמוּת עַל רָאשֵׁי הַחַיָּה רָקִיעַ כְּעֵין הַקֶּרַח הַנּוֹרָא״.

... concerne les chambres intérieures, tandis que cela concerne les chambres extérieures. Et Rav Aha bar Yaakov a dit : il y a encore un firmament au-dessus des têtes des hayot (les créatures), ainsi qu'il est écrit : « et une forme au-dessus des têtes de la créature, un firmament comme l'éclat du cristal redoutable » (Ye'hezkel 1,22).

📜 Rachi (1)
בְּבָתֵּי גַּוָּאֵי וּנְהוֹרָא עִמֵּיהּ שְׁרָא:
« Dans les chambres intérieures » : et la lumière demeure auprès de Lui.
💡 Explication

Le folio reprend au milieu de la réponse laissée ouverte à la fin de 12b : deux versets se contredisaient sur l'obscurité et la lumière autour de la Gloire. La distinction les répartit entre les chambres intérieures (batei gavaei), où se tient la lumière, et les chambres extérieures (batei baraei), qu'entoure l'obscurité.

Rav Aha bar Yaakov ajoute ensuite un degré à la description : au-dessus des sept firmaments et des hayot, un firmament supplémentaire, tiré du verset de Ye'hezkel. Ce degré prépare l'échelle de mesure qui vient aussitôt après.

2
עַד כָּאן יֵשׁ לְךָ רְשׁוּת לְדַבֵּר, מִכָּאן וְאֵילָךְ — אֵין לְךָ רְשׁוּת לְדַבֵּר, שֶׁכֵּן כָּתוּב בְּסֵפֶר בֶּן סִירָא: ״בַּמֻּופְלָא מִמְּךָ אַל תִּדְרוֹשׁ, וּבַמְכֻוסֶּה מִמְּךָ אַל תַּחְקֹור. בְּמַה שֶׁהֻורְשִׁיתָ הִתְבּוֹנֵן, אֵין לְךָ עֵסֶק בַּנִּסְתָּרוֹת״. תַּנְיָא, אָמַר רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי: מַה תְּשׁוּבָה הֱשִׁיבַתּוּ בַּת קוֹל לְאוֹתוֹ רָשָׁע בְּשָׁעָה שֶׁאָמַר ״אֶעֱלֶה עַל בָּמֳתֵי עָב אֶדַּמֶּה לְעֶלְיוֹן״ — יָצְתָה בַּת קוֹל וְאָמְרָה לוֹ: רָשָׁע בֶּן רָשָׁע, בֶּן בְּנוֹ שֶׁל נִמְרֹוד הָרָשָׁע, שֶׁהִמְרִיד כָּל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ עָלָיו בְּמַלְכוּתוֹ —

Jusqu'ici tu as permission de parler ; à partir de là, tu n'as pas permission de parler, car il est écrit dans le livre de Ben Sira : « ce qui te dépasse, ne le recherche pas ; ce qui t'est caché, ne l'examine pas ; sur ce qui t'a été permis, médite ; tu n'as pas affaire aux choses cachées ». On a enseigné : Rabban Yo'hanan ben Zakkai a dit : quelle réponse la bat kol (voix céleste) a-t-elle faite à cet impie lorsqu'il a dit « je monterai sur les hauteurs de la nuée, je me rendrai semblable au Très-Haut » (Yechayahou 14,14) ?

Une bat kol sortit et lui dit : impie fils d'impie, descendant de Nimrod l'impie, qui fit se révolter le monde entier contre Lui durant son règne —

📜 Rachi (3)
בְּמֻופְלָא מִמְּךָ בַּמֻּובְדָּל וּמֻופְרָשׁ מִמְּךָ שֶׁלֹּא רָצָה הקב"ה לְגַלּוֹת לְךָ:
« Ce qui te dépasse » : ce qui est séparé et mis à part de toi, ce que le Saint béni soit-Il n'a pas voulu te dévoiler.
לְאוֹתוֹ רָשָׁע נְבוּכַדְנֶצַּר:
« À cet impie » : Nevoukhadnetsar.
עָלָיו לָשׁוֹן נְקִיָּה הִיא כְּלוֹמַר עַל עַצְמוֹ וְלֹא עָלַי:
« Contre Lui » : c'est une formulation atténuée, c'est-à-dire contre lui-même et non contre Moi.
🗂️ Tossefot (1)
בֶּן בְּנוֹ שֶׁל נִמְרֹוד הָרָשָׁע. לָאו דַּוְקָא שֶׁהֲרֵי כּוּשׁ יָלַד אֶת נִמְרוֹד וְלֹא מָצִינוּ אוֹתוֹ רָשָׁע מִזֶּרַע כּוּשׁ אֶלָּא עַל שֵׁם מַעֲשָׂיו שֶׁמָּלַךְ גַּם הוּא בְּשִׁנְעָר:
« Descendant de Nimrod l'impie. » Cela n'est pas à prendre au sens strict, car Kouch engendra Nimrod et nous ne trouvons pas que cet impie fut de la descendance de Kouch ; il est ainsi nommé d'après ses actes, car lui aussi régna à Chinear.
🪔 Ben Yehoyada (2)
רָשָׁע בֶּן רָשָׁע, בֶּן בְּנוֹ שֶׁל נִמְרֹוד הָרָשָׁע. פֵּירְשׁוּ הַתּוֹסָפוֹת לָאו מִזַּרְעוֹ הָיָה אֶלָּא מַעֲשָׂיו דּוֹמִין לוֹ. וְנִרְאֶה לִי שְׁמוֹ [נְבוּכַדְנֶצַּר=422] מְסַפֵּר 'בְּצֵל נִמְרוֹד' [422] דְּכָל מַה שֶׁעָשָׂה זֶה עָשָׂה כְּמִשְׁפַּט הַצֵּל. וְאוֹמְרָהּ אַךְ אֶל שְׁאוֹל תּוּרָד אֶל יַרְכְּתֵי בוֹר (יְשַׁעְיָהוּ יד, טו) נִרְאֶה לִי אוֹתִיּוֹת 'בּוֹר' יֶשְׁנָם בְּשֵׁם נְבוּכַדְנֶצַּר וּשְׁאָר אוֹתִיּוֹתָיו הֵם מִסְפַּר 'יֵרֵד' נִמְצָא מְסַפֵּר שְׁמוֹ הוּא 'יָרַד בּוֹר'.
« Impie fils d'impie, descendant de Nimrod l'impie. » Les Tossefot ont expliqué qu'il n'était pas de sa descendance, mais que ses actes lui ressemblaient. Et il me semble que son nom, Nevoukhadnetsar [422], a la valeur numérique de bétsel Nimrod, à l'ombre de Nimrod [422] : tout ce que celui-ci a fait, il l'a fait à la manière d'une ombre. Quant aux mots « mais tu seras précipité au chéol, aux profondeurs de la fosse » (Yechayahou 14,15), il me semble que les lettres de bor (la fosse) se trouvent dans le nom Nevoukhadnetsar, et que ses autres lettres ont la valeur de yarad (il est descendu) ; la valeur de son nom se lit donc yarad bor, il est descendu à la fosse.
וְלֹא בְּמַעֲשֵׂה בְרֵאשִׁית בִּשְׁנַיִם. כָּתַב הָרַב פֶּתַח עֵינַיִם זַ"ל שֶׁכָּתַב הָרַב הַקָּדוֹשׁ מוֹרֵנוּ הָרַב רַבִּי חַיִּים וִיטַאל זַ"ל שָׁמַעְתִּי מִמּוֹרִי הָרַב זלה"ה [זִכְרוֹנוֹ לְחַיֵּי הָעוֹלָם הַבָּא] דְּמַעֲשֵׂה בְּרֵאשִׁית הֵם דְּרוּשֵׁי עוֹלַם הַתֹּוהוּ שֶׁזֶּה הָיָה בִּבְרֵאשִׁית קֹודֶם הַתִּיקּוּן וּמַעֲשֵׂה מֶרְכָּבָה הֵם דְּרוּשֵׁי הַתִּיקּוּן וְהִתְלַבְּשׁוּת הַפַּרְצוּפִים זֶה בָּזֶה וְזֶה נִקְרָא חִידּוּשׁ הָעוֹלָם וְהַשִּׁינּוּיִים שֶׁיֵּשׁ מִזְּמַן לִזְמַן בְּעִנְייְנֵי סֵדֶר הִתְלַבְּשׁוּת עַד כָּאן לְשׁוֹנוֹ הָרַב זַ"ל עַייֵּן שָׁם. וְהִנֵּה דְּבָרִים אֵלּוּ שֶׁכָּתַב מוֹרֵנוּ הָרַב רַבִּי חַיִּים וִיטַאל זַ"ל בְּשֵׁם רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל הֵם מְכֻוָּונִים אֶל הַדְּבָרִים שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ זַ"ל בְּשַׁעַר מַאַמְרֵי רַשְׁבִּ"י בְּרֵישׁ בֵּיאוּר אִדְּרָא רַבָּא בְּמַאֲמָר אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן לְחַבְרַיָּיא: עַד מָתַי נָתִיב אַקְּייָמָא דְּחַד סַמְכָא וְכוּ' עַייֵּן שָׁם דְּהָרוֹאֶה יִרְאֶה הַדְּבָרִים עוֹלִים בְּקָנֶה אֶחָד. אָמְנָם לְפִי דִּבְרֵי רַבֵּינוּ זַ"ל דִּמְפָרֵשׁ מַעֲשֵׂה בְּרֵאשִׁית הוּא בִּדְבָרִים דְּקֹודֶם הַתִּיקּוּן צָרִיךְ לְהָבִין מָה הֶפְרֵשׁ יֵשׁ בֵּין זֶה לָזֶה לְעִנְיַן הַלִּימּוּד דְּבָזֶה הֻותַּר בִּשְׁנַיִם וּבְהַךְ בְּיָחִיד דַּוְקָא? וְנִרְאֶה לִי טַעְמָא מִשּׁוּם דְּהַדְּרוּשׁ שֶׁדּוֹרֵשׁ הָרַב לְתַלְמִידוֹ בְּמַה שֶׁהָיָה קֹודֶם הַתִּיקּוּן אֵין דֶּרֶךְ הַדְּרוּשִׁים הָהֵם לְדַבֵּר בָּם בְּעֹומֶק הַרְבֵּה וְלֹא בְּהַרְחָבַת דְּבָרִים כִּי אִם דֶּרֶךְ כְּלָל בְּקִיצּוּר מִפְּנֵי שֶׁאֵין הַמִּקְרָאוֹת וְסוֹד הַמִּצְוֹת וְהַתְּפִילּוֹת בְּנוּיִים עֲלֵיהֶם אַךְ בַּדְּרוּשִׁים הַמְדַבְּרִים בַּסּוֹדוֹת שֶׁאַחַר הַתִּיקּוּן מֻוכְרָח לְדַבֵּר בְּעֹומֶק וּלְהַרְחִיב הַדְּבָרִים וּמֻוכְרָח שֶׁיַּרְבֶּה לַעֲשׂוֹת דִּמְיוֹנוֹת וְצִיּוּרִים וּמַשְׁלִים לְהַסְבִּיר הָעִנְיָן לְשַׁכֵּךְ אֶת הָאֹוזֶן מִפְּנֵי כִּי עַתָּה כָּל הַמִּקְרָאוֹת וּמַעֲשֵׂה הַמִּצְוֹת וְנֻוסַּח הַתְּפִילּוֹת בְּנוּיִים עֲלֵיהֶם וּמֻוכְרָח שֶׁהַתַּלְמִיד יַרְבֶּה לִשְׁאוֹל בָּהֶם כַּמָּה שְׁאֵלוֹת וְיִצְטָרֵךְ הָרַב לְהַרְבּוֹת לוֹ תְּשׁוּבוֹת בְּדֶרֶךְ מָשָׁל וְדִמְיוֹן וְצִיּוּר. וּלְכָךְ אָמְרוּ וְלֹא בַּמֶּרְכָּבָה בְּיָחִיד אֶלָּא אִם כֵּן הָיָה חָכָם מֵבִין מִדַּעְתּוֹ כְּדֵי שֶׁלֹּא יַרְבֶּה בִּשְׁאֵלוֹת וְיִצְטָרֵךְ הָרַב לְהָשִׁיב לוֹ תְּשׁוּבוֹת בְּדֶרֶךְ מָשָׁל וְדִמְיוֹן. וְהִנֵּה בַּפָּסוּק שְׁאַל נָא לְיָמִים רִאשֹׁנִים (דְּבָרִים ד, לב) פֵּירְשׁוּ בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ דְּאֵין מְקוֹם שְׁאֵלָה וּדְרִישָׁה וַחֲקִירָה אֶלָּא בְּשִׁבְעָה יְמֵי בְּרֵאשִׁית בִּלְבַד שֶׁהֵם שִׁבְעָה תַּחְתּוֹנוֹת אֲבָל בְּשָׁלֹשׁ סְפִירוֹת רִאשׁוֹנוֹת אֵין מְקוֹם חֲקִירָה כְּלָל עַיֵּין שָׁם. (וְעַייֵּן רֵישׁ שַׁעַר הַקְדָּמוֹת מַה שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ זַ"ל תֵּירוּץ קֻושְׁיָא גְּדוֹלָה שֶׁנִּתְקַשּׁוּ בָּהּ חֲכָמִים גְּדוֹלִים עַייֵּן שָׁם, וְהוּבְאוּ דְּבָרָיו אֵלּוּ גַּם בְּסֵפֶר עֵץ חַיִּים שַׁעַר עִיגּוּלִים וְעַייֵּן דִּבְרֵי שָׁלוֹם מַה שֶּׁבֵּיאֵר בָּזֶה בְּדַף ל"א וְעַייֵּן מִקְדַּשׁ מֶלֶךְ דַּף א') וְאֵין אֲנַחְנוּ רַשָּׁאִין וְכִדְאִין לְהַאֲרִיךְ בִּדְבָרִים אֵלּוּ וּלְפַלְפֵּל בָּהֶם וְזֹאת אַגִּיד מַה שֶׁכָּתַב בֶּן סִירָא (חֲגִיגָה יג.) 'בַּמֶּה שֶׁהָורְשֵׁיתָ הִתְבּוֹנֵן אֵין לְךָ עֵסֶק בַּנִּסְתָּרוֹת' עִנְיַן עֵסֶק זֶה הוּא מַשָּׂא וּמַתָּן בִּשְׁאֵלָה וּתְשׁוּבָה בֵּין הַתַּלְמִיד וּבֵין רַבּוֹ וְאָמַר לוֹ הִתְבּוֹנֵן אַתָּה מֵעַצְמְךָ אִם יֵשׁ לְךָ כֹּחַ לְהָבִין. וְדַע דְּרָאִיתִי לְרַבֵּינוּ מוֹרֵנוּ הָרַב רַבִּי חַיִּים וִיטַאל זַ"ל בְּשַׁעַר קְדֻושָּׁה שֶׁכָּתַב וְזֶה לְשׁוֹנוֹ: וְהִנֵּה זֶה עִנְיַן מַרְאוֹת יְחֶזְקֵאל הַנִּקְרָא מַעֲשֵׂה מֶרְכָּבָה לִהְיוֹת הַמַּדְרֵגוֹת מֻורְכָּבוֹת זוֹ עַל זוֹ וְכוּ' עַייֵּן שָׁם וְאֵין זֶה סוֹתֵר לְמַה שֶׁאָמַר בְּפֶתַח עֵינַיִם בִּשְׁמוֹ בְּמַשְׁמָעוּת מַעֲשֵׂה מֶרְכָּבָה כַּנִּזְכָּר לְעֵיל דְּבֶאֱמֶת הַכֹּל עוֹלֶה בְּקָנֶה אֶחָד שֶׁגַּם בַּמֶּרְכָּבָה שֶׁל מַרְאוֹת יְחֶזְקֵאל הַנָּבִיא ע"ה יֶשְׁנָם לַסּוֹדוֹת הַמֶּרְכָּבָה שֶׁל אַחַר הַתִּיקּוּן שֶׁמֶּרְכָּבָה שֶׁל יְחֶזְקֵאל הַנָּבִיא ע"ה הָיָה בְּנוּיָה עַל סוֹדוֹת אֵלּוּ שֶׁאַחַר הַתִּיקּוּן וְשָׁייְכִי בְּהוּ.
« Ni l'œuvre de la Création à deux. » Le Rav Pétah Einayim, de mémoire bénie, a écrit que le saint maître, notre maître Rabbi Haim Vital, de mémoire bénie, a écrit : j'ai entendu de mon maître, dont le souvenir est pour la vie du monde à venir, que le maasse berechit (l'œuvre de la Création) désigne les exposés du olam ha-tohou, le monde du chaos, qui fut au commencement avant le tikoun (la réparation), et que le maasse merkava (l'œuvre du Char) désigne les exposés du tikoun et du revêtement des partsoufim (les configurations) les uns dans les autres ; cela s'appelle le renouvellement du monde, ainsi que les changements qui surviennent d'un temps à l'autre dans l'ordre de ces revêtements. Fin de citation du Rav ; voir là-bas. Or ces propos, écrits par notre maître Rabbi Haim Vital au nom de notre maître le Ari, de mémoire bénie, correspondent à ce que notre maître a écrit dans le Chaar Maamarei Rachbi, au début du commentaire de l'Idra Rabba, sur le passage « Rabbi Chimon dit à ses compagnons : jusqu'à quand resterons-nous assis sur un appui unique », etc. ; voir là-bas, car qui l'examine verra que les choses s'accordent. Cependant, selon ce que notre maître explique, le maasse berechit portant sur ce qui précède le tikoun, il faut comprendre quelle différence il y a entre l'un et l'autre quant à l'étude, au point que le premier soit permis à deux et le second à un seul uniquement. Il me semble que la raison en est la suivante : l'exposé que le maître donne à son élève sur ce qui précédait le tikoun ne se traite ni avec une grande profondeur ni avec de longs développements, mais de manière générale et brève, parce que les versets, le secret des mitsvot et des prières ne reposent pas sur ces matières. En revanche, dans les exposés qui traitent des secrets postérieurs au tikoun, il faut parler en profondeur et développer largement, et il faut multiplier les comparaisons, les représentations et les paraboles pour rendre la chose accessible à l'oreille, parce que tous les versets, l'accomplissement des mitsvot et le texte des prières reposent désormais sur ces matières ; l'élève est alors amené à poser de nombreuses questions, et le maître doit lui donner de nombreuses réponses par voie de parabole, de comparaison et de représentation. C'est pourquoi ils ont dit : ni le Char à un seul, à moins qu'il ne soit un sage comprenant de lui-même, afin qu'il ne multiplie pas les questions et que le maître n'ait pas à lui répondre par parabole et comparaison. Et sur le verset « interroge donc les jours anciens » (Devarim 4,32), le saint Zohar a expliqué qu'il n'y a lieu d'interroger, de rechercher et d'examiner que dans les sept jours du commencement, qui sont les sept séfirot inférieures, tandis que dans les trois premières séfirot il n'y a aucune place pour l'examen ; voir là-bas. (Et voir au début du Chaar HaHakdamot ce que notre maître a écrit pour résoudre une grande difficulté qui a embarrassé de grands sages ; voir là-bas. Ses propos sont également rapportés dans le Ets Haim, Chaar Igoulim ; voir aussi le Divrei Chalom, ce qu'il explique à ce sujet au folio 31, et le Mikdach Mélekh, folio 1.) Nous n'avons ni le droit ni la qualité de nous étendre sur ces matières et d'y discuter. Voici seulement ce que je dirai sur ce qu'a écrit Ben Sira (Haguiga 13a) : « sur ce qui t'a été permis, médite ; tu n'as pas affaire aux choses cachées ». Le mot affaire désigne ici l'échange de questions et de réponses entre l'élève et son maître ; il lui dit : médite par toi-même, si tu as la force de comprendre. Et sache que j'ai vu notre maître Rabbi Haim Vital, de mémoire bénie, écrire dans le Chaar Keducha, en ces termes : « voici le sens des visions de Ye'hezkel, appelées maasse merkava, les degrés étant emboîtés les uns sur les autres », etc. ; voir là-bas. Cela ne contredit pas ce que le Pétah Einayim a rapporté en son nom quant au sens du maasse merkava, comme mentionné plus haut : en vérité tout s'accorde, car dans le Char des visions du prophète Ye'hezkel, que la paix soit sur lui, se trouvent aussi les secrets du Char d'après le tikoun ; le Char du prophète Ye'hezkel était bâti sur ces secrets postérieurs au tikoun et s'y rattache.
💡 Explication

La guemara pose ici la borne de ce qui peut être dit : ad kan yech lekha rechout ledaber, jusqu'ici tu as permission de parler. L'appui vient du livre de Ben Sira, ouvrage extérieur au canon, cité comme formule de sagesse : étudie ce qui t'a été permis, laisse ce qui t'est caché.

Suit la baraita de Rabban Yo'hanan ben Zakkai. Nevoukhadnetsar avait annoncé une montée ; la bat kol lui répond en mesurant la distance réelle. Le rappel de Nimrod rattache sa prétention à une révolte déjà connue, et Rachi note que le mot « contre Lui » est une formulation atténuée (lachon nekia).

3
כַּמָּה שְׁנוֹתָיו שֶׁל אָדָם — שִׁבְעִים שָׁנָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״יְמֵי שְׁנוֹתֵינוּ בָהֶם שִׁבְעִים שָׁנָה וְאִם בִּגְבוּרֹות שְׁמוֹנִים שָׁנָה״. וַהֲלֹא מִן הָאָרֶץ עַד לָרָקִיעַ מַהֲלַךְ חֲמֵשׁ מֵאוֹת שָׁנָה, וְעָובְיוֹ שֶׁל רָקִיעַ מַהֲלַךְ חֲמֵשׁ מֵאוֹת שָׁנָה, וְכֵן בֵּין כָּל רָקִיעַ וְרָקִיעַ.

Combien sont les années de l'homme ? Soixante-dix ans, ainsi qu'il est dit : « les jours de nos années sont de soixante-dix ans, et avec vigueur quatre-vingts ans » (Tehilim 90,10).

Or de la terre jusqu'au firmament il y a une marche de cinq cents ans, l'épaisseur du firmament est une marche de cinq cents ans, et il en va de même entre chaque firmament.

🗂️ Tossefot (1)
שִׁבְעִים שָׁנָה. לָאו מִשּׁוּם שֶׁלֹּא הָיָה קָשִׁישׁ יוֹתֵר שֶׁהֲרֵי צֵא וַחֲשֹׁוב מֵימוֹת סַנְחֵרִיב שֶׁסָּמוּךְ לְמַפַּלְתּוֹ גַּבֵּי שְׁלִיחוּת שֶׁשָּׁלַח בַּלְאֲדָן לְחִזְקִיָּהוּ מָצִינוּ שֶׁהָיָה סוֹפֵר בְּבֵיתוֹ וּמִשָּׁם זָכָה לַמַּלְכוּת כִּדְאַשְׁכְּחַן בְּאַגָּדוֹת חֵלֶק (סַנְהֶדְרִין דַּף צו.) אֶלָּא אוֹרְחָא דְמִילְּתָא קָא חֲשִׁיב:
« Soixante-dix ans. » Cela ne vient pas de ce qu'il n'aurait pas été plus âgé, car va calculer depuis l'époque de Sanhériv : aux abords de sa chute, lors de l'ambassade que Beladan envoya à Hizkiyahou, nous trouvons qu'il était scribe dans sa maison, et c'est de là qu'il mérita la royauté, comme on le trouve dans les aggadot du chapitre Helek (Sanhédrin 96a). La guemara compte selon l'ordinaire des choses.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָדָם הָרִאשׁוֹן, מִן הָאָרֶץ וְעַד לָרָקִיעַ הָיָה. נִרְאֶה לִי בס"ד רָמְזוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל לְפִי דַּרְכָּם עַל אוֹצַר הַנְּשָׁמוֹת הַנִּקְרָא גּוּף דְּעָלָיו אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (נִידָּה יג:) 'אֵין בֶּן דָּוִד בָּא עַד שֶׁיִּכְלוּ כָּל נְשָׁמוֹת שֶׁבַּגּוּף' שֶׁהָיָה אָדָם הָרִאשׁוֹן כּוֹלֵל בּוֹ כָּל אוֹתָם הַנְּשָׁמוֹת שֶׁבָּאוֹצָר הַנִּקְרָא גּוּף וּלְכָךְ אָמְרוּ מִן הָאָרֶץ וְעַד לָרָקִיעַ הָיָה כִּי מִסֵּפֶר שֶׁיֵּשׁ בֵּין מִסְפַּר אֶרֶץ [291] לְמִסְפַּר רָקִיעַ [380] עוֹלֶה מִסְפַּר גּוּף [89] . וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁכָּתַבְנוּ בסה"ק 'אַדֶּרֶת אֵלִיָּהוּ' בְּפָרָשַׁת קֹרַח עַל פָּסוּק וַיָּצֵץ צִיץ (בַּמִּדְבָּר יז, כג) דְּאָדָם הָרִאשׁוֹן קֹודֶם שֶׁחָטָא הָיָה כָּלוּל בּוֹ נְשָׁמוֹת מֵאֶלֶף סְפִירוֹת כְּמוֹ שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל עַייֵּן שָׁם. וְיָדוּעַ מַה שֶּׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא לְקַמָּן (דַּף יג.) אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי מִן הָאָרֶץ עַד לָרָקִיעַ מַהֲלַךְ חֲמֵשׁ מֵאוֹת שָׁנָה וְעָבְיוֹ שֶׁל רָקִיעַ מַהֲלַךְ חֲמֵשׁ מֵאוֹת שָׁנָה, נִמְצָא מִן הָאָרֶץ עַד שֶׁטַח הָעֶלְיוֹן שֶׁל רָקִיעַ יֵשׁ אֶלֶף שָׁנָה וְעַל זֶה רָמְזוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בְּנֹועַם לְשׁוֹנָם 'אָדָם הָרִאשׁוֹן מִן הָאָרֶץ וְעַד לָרָקִיעַ הָיָה' כְּלוֹמַר הָיָה כּוֹלֵל נְשָׁמוֹת מֵאֶלֶף סְפִירוֹת כְּנֶגֶד אֶלֶף שָׁנִים שֶׁיֵּשׁ מִן הָאָרֶץ עַד שֶׁטַח הָעֶלְיוֹן שֶׁל רָקִיעַ וְהַיְינוּ עַד וְעַד בִּכְלָל. וְאַחַר שֶׁחָטָא וְהֶעֱמִידוּ עַל מֵאָה אַמָּה, פֵּירוּשׁ נִשְׁאֲרוּ בּוֹ רַק עֲשָׂרָה מִן אוֹתָם הָאֶלֶף סְפִירוֹת וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ שָׁם בְּשֵׁם רַבֵּינוּ זלה"ה וְכָאן קָרֵי לְאוֹתָם הָעֲשָׂרָה בְּשֵׁם מֵאָה מִפְּנֵי דְּיָדוּעַ שֶׁכָּל דָּבָר שֶׁבִּקְדֻושָּׁה כָּלוּל מַעֲשֵׂר וְאִם כֵּן אוֹתָם הָעֲשָׂרָה נֶחְשָׁבִין כְּמִסְפַּר מֵאָה לְכָךְ דִּבְּרוּ בְּרֶמֶז דַּק וְאָמְרוּ 'וְהֶעֱמִידוּ עַל מֵאָה' בָּרוּךְ שֶׁבָּחַר בָּהֶם וּבְמִשְׁנָתָם. וְדַע כִּי בְּשַׁעַר הַפְּסוּקִים פָּרָשַׁת בְּרֵאשִׁית בִּדְרוּשׁ ג' כָּתַב רַבֵּינוּ זַ"ל בְּעִנְיַן אָדָם הָרִאשׁוֹן בְּעַצְמוֹ וּבְמַעֲלָתוֹ אֵיךְ הָיָה קֹודֶם הַחֵטְא וְאֵיךְ נִגְרַע אַחַר הַחֵטְא וְכָתַב שֶׁבִּדְרוּשׁ זֶה יִתְבָּאֵר מַה שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל אָדָם הָרִאשׁוֹן נִבְרָא מִסּוֹף הָעוֹלָם וְעַד סוֹפוֹ וְאַחַר כָּךְ נִתְמַעֵט עַל מֵאָה אַמָּה כַּנִּזְכָּר בְּמַסֶּכֶת חֲגִיגָה פֶּרֶק ב' וְגַם יִתְבָּאֵר מַה שֶׁאָמְרוּ חֲזַ"ל בְּמִדְרַשׁ רָבָא (בְּרֵאשִׁית רַבָּה יז, ח) דְּאָדָם הָרִאשׁוֹן חַלָּתוֹ שֶׁל עוֹלָם הָיָה, וְעַל כֵּן הַחַלָּה נָתְנָה לְנָשִׁים. גַּם יִתְבָּאֵר מַה שֶׁאָמְרוּ חֲזַ"ל בְּפֶרֶק קַמָּא דַּעֲבוֹדָה זָרָה (עֲבוֹדָה זָרָה ט.) תַּנָּא דְּבֵי אֵלִיָּהוּ שִׁיתָּא אַלְפֵי שְׁנֵי הָוֵי עָלְמָא וְכוּ' עַייֵּן שָׁם שֶׁהִרְחִיב רַבֵּינוּ זַ"ל הַדְּבָרִים בִּדְרוּשׁ זֶה שָׁם. וְאַתָּה לָמֵד מִדְּבָרָיו דְּאֵין דְּבָרִים אֵלּוּ כִּפְשׁוּטָן דְּקָאֵי עַל שִׁיעוּר קוֹמַת גּוּפוֹ אֶלָּא אַייְרֵי עַל סוֹד הַנְּשָׁמוֹת שֶׁהָיוּ כְּלוּלוֹת בּוֹ וְגַם הַבֵּיאוּר שֶׁבֵּיאַרְתִּי בְּמַאֲמָר זֶה יָבֹא נָכוֹן כְּדִבְרֵי הַמַּאֲמָר כִּי גַּם בֵּיאוּר זֶה הוּא בָּנוּי עַל פִּי הַקְדָּמָה שֶׁל רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל כַּאֲשֶׁר כָּתַבְתִּי וְאֵלּוּ וְאֵלּוּ דִּבְרֵי אֱלֹקִים חַיִּים! וְהַמַּשְׂכִּיל יָבִין שֶׁהַכֹּל עוֹלֶה בְּקָנֶה אֶחָד וּפוֹק חֲזִי מַה שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ זלה"ה עוֹד בְּשַׁעַר מַאַמְרֵי רַשְׁבִּ"י פָּרָשַׁת קְדוֹשִׁים דְּרוּשׁ גָּדוֹל בְּעִנְיַן אָדָם הָרִאשׁוֹן אֵיךְ הָיָה קֹודֶם הַחֵטְא וְעִנְיַן שִׁיעוּר קוֹמָתוֹ וְאֵיךְ הָיָה עוֹמֵד, וְהַמַּשְׂכִּיל יָבִין מִדַּעְתּוֹ. וְרָאִיתִי בְּסֵפֶר אִם לְבֵינָהּ שֶׁכָּל הַנְּשָׁמוֹת הֵם מֵאִימָּא דִּבְרִיאָה שֶׁשָּׁם הוּא שֵׁם ס"ג וְהִנֵּה שֵׁם ס"ג וְשָׁורְשׁוֹ עוֹלֶה מִסְפַּר גּוּף וְכוּ' יְעֻויַּן שָׁם וְגַם בְּזוֹ הַהַקְדָּמָה יָבֹא נָכוֹן הָרֶמֶז שֶׁרָמַזְתִּי לְעֵיל בְּמִסְפַּר גּוּף [89] שֶׁיֵּשׁ בֵּין מִסְפַּר אֶרֶץ [291] לְמִסְפַּר רָקִיעַ [380] וְהָבֵן.
« Adam HaRichon allait de la terre jusqu'au firmament. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que nos maîtres ont fait allusion, à leur manière, au trésor des âmes appelé gouf (corps), dont ils ont dit (Nidda 13b) : « le fils de David ne viendra pas avant que soient épuisées toutes les âmes du gouf ». Adam HaRichon contenait en lui toutes ces âmes du trésor appelé gouf ; c'est pourquoi ils ont dit qu'il allait de la terre jusqu'au firmament, car l'écart entre la valeur numérique d'érets, la terre [291], et celle de rakia, le firmament [380], donne la valeur de gouf [89]. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, d'après ce que nous avons écrit dans notre saint ouvrage Aderet Eliahou, sur la paracha Korah, à propos du verset « et il produisit une fleur » (Bamidbar 17,23), qu'Adam HaRichon, avant sa faute, contenait en lui des âmes provenant de mille séfirot, comme l'a dit notre maître le Ari, de mémoire bénie ; voir là-bas. Et l'on sait ce que la guemara dit plus loin (13a) : Rabban Yo'hanan ben Zakkai a dit que de la terre jusqu'au firmament il y a une marche de cinq cents ans, et que l'épaisseur du firmament est une marche de cinq cents ans ; il se trouve donc que de la terre jusqu'à la surface supérieure du firmament il y a mille ans. C'est à cela que nos maîtres ont fait allusion par la douceur de leur langage, « Adam HaRichon allait de la terre jusqu'au firmament » : il contenait des âmes de mille séfirot, correspondant aux mille ans qui séparent la terre de la surface supérieure du firmament, le terme final étant inclus dans le compte. « Et après qu'il eut faute, Il le ramena à cent coudées » : cela signifie qu'il ne lui resta que dix de ces mille séfirot, comme il est dit là-bas au nom de notre maître ; et ces dix sont ici appelés cent parce que l'on sait que toute chose de sainteté se compose de dix, de sorte que ces dix comptent pour cent. Ils ont donc parlé par une allusion ténue en disant « Il le ramena à cent ». Béni soit Celui qui les a choisis, eux et leur enseignement. Et sache que dans le Chaar HaPessoukim, paracha Berechit, troisième exposé, notre maître a écrit au sujet d'Adam HaRichon lui-même et de son rang, ce qu'il était avant la faute et ce qui lui fut retiré après ; il écrit que cet exposé éclaire ce que nos maîtres ont dit, qu'Adam HaRichon fut créé d'une extrémité du monde à l'autre puis réduit à cent coudées, comme il est mentionné au traité Haguiga, chapitre 2. Il éclaire également ce que nos maîtres ont dit dans le Midrach Rabba (Berechit Rabba 17,8) : Adam HaRichon était la halla du monde, et c'est pourquoi la mitsva de la halla fut donnée aux femmes. Il éclaire encore ce que nos maîtres ont dit au premier chapitre d'Avoda Zara (9a) : on a enseigné à l'école d'Eliahou, le monde dure six mille ans, etc. ; voir là-bas, où notre maître a longuement développé ces matières dans cet exposé. Tu apprends de ses propos que ces énoncés se lisent au-delà du sens littéral : ils traitent du secret des âmes qui étaient contenues en lui, plutôt que de la taille de son corps. Et l'explication que j'ai donnée dans ce passage s'accorde elle aussi avec les termes de l'énoncé, car elle repose également sur la prémisse de notre maître le Ari, de mémoire bénie, comme je l'ai écrit, et les unes comme les autres sont paroles du D.ieu vivant. L'homme avisé comprendra que tout s'accorde. Va voir encore ce que notre maître a dit dans le Chaar Maamarei Rachbi, paracha Kedochim, un long exposé sur Adam HaRichon, ce qu'il était avant la faute, la mesure de sa taille et sa station ; l'homme avisé comprendra de lui-même. Et j'ai vu dans l'ouvrage Em LaBina que toutes les âmes viennent de l'Ima de Beria, où se trouve le Nom SaG ; or le Nom SaG avec sa racine donne la valeur de gouf, etc. ; voir là-bas. Avec cette prémisse aussi, l'allusion que j'ai proposée plus haut s'accorde : la valeur de gouf [89] est l'écart entre celle d'érets [291] et celle de rakia [380]. Comprends.
💡 Explication

La réponse de la bat kol commence par un calcul. Une vie d'homme compte soixante-dix ans ; la première étape de la montée, de la terre au premier firmament, en compte cinq cents. L'épaisseur de chaque firmament et l'écart entre deux firmaments valent autant.

Les Tossefot précisent que ces soixante-dix ans donnent la durée ordinaire d'une vie plutôt que l'âge réel de Nevoukhadnetsar, que l'on peut calculer plus long depuis l'époque de Sanhériv.

4
לְמַעְלָה מֵהֶן — חַיּוֹת הַקֹּדֶשׁ. רַגְלֵי הַחַיּוֹת כְּנֶגֶד כֻּולָּם, קַרְסוּלֵי הַחַיּוֹת כְּנֶגֶד כֻּולָּן, שׁוֹקֵי הַחַיּוֹת כְּנֶגֶד כֻּולָּן, רְכֻובֵּי הַחַיּוֹת כְּנֶגֶד כֻּולָּן, יַרְכֵי הַחַיּוֹת כְּנֶגֶד כֻּולָּן, גּוּפֵי הַחַיּוֹת כְּנֶגֶד כֻּולָּן, צַוְּארֵי הַחַיּוֹת כְּנֶגֶד כֻּולָּן, רָאשֵׁי הַחַיּוֹת כְּנֶגֶד כֻּולָּן, קַרְנֵי הַחַיּוֹת כְּנֶגֶד כֻּולָּן. לְמַעְלָה מֵהֶן — כִּסֵּא כָּבוֹד. רַגְלֵי כִּסֵּא הַכָּבוֹד כְּנֶגֶד כֻּולָּן, כִּסֵּא הַכָּבוֹד כְּנֶגֶד כֻּולָּן, מֶלֶךְ אֵל חַי וְקַיָּם רָם וְנִשָּׂא שֹׁוכֵן עֲלֵיהֶם, וְאַתָּה אָמַרְתָּ: ״אֶעֱלֶה עַל בָּמֳתֵי עָב אֶדַּמֶּה לְעֶלְיוֹן״ — ״אַךְ אֶל שְׁאוֹל תּוּרָד אֶל יַרְכְּתֵי בוֹר״.

Au-dessus d'eux, les hayot hakodech (les créatures saintes). Les pieds des hayot valent l'ensemble, les chevilles des hayot valent l'ensemble, les jambes des hayot valent l'ensemble, les genoux des hayot valent l'ensemble, les cuisses des hayot valent l'ensemble, les corps des hayot valent l'ensemble, les cous des hayot valent l'ensemble, les têtes des hayot valent l'ensemble, les cornes des hayot valent l'ensemble.

Au-dessus d'eux, le trône de Gloire : les pieds du trône de Gloire valent l'ensemble, le trône de Gloire vaut l'ensemble, et le Roi, D.ieu vivant, élevé et exalté, demeure au-dessus d'eux. Et toi, tu as dit : « je monterai sur les hauteurs de la nuée, je me rendrai semblable au Très-Haut » — « mais tu seras précipité au chéol, aux profondeurs de la fosse » (Yechayahou 14,15).

📜 Rachi (4)
רַגְלֵי הַחַיּוֹת עֹובִי פַּרְסוֹתֵיהֶן:
« Les pieds des hayot » : l'épaisseur de leurs sabots.
קַרְסֻולֵּי אסתיורא שֶׁקּוֹרִין קביליי"א בְּלַעַז:
« Les chevilles » : l'astragale, que l'on appelle cavilia en langue vulgaire.
שׁוֹק הוּא עֶצֶם הַנִּמְכָּר עִם הָרֶגֶל:
« La jambe » (chok) : c'est l'os qui se vend avec le pied.
רְכוּבֵי הוּא עֶצֶם הַיָּרֵךְ הַסָּמוּךְ לַשּׁוּק יֶרֶךְ הוּא עֶצֶם הַקּוּלִית הַתָּקוּעַ בַּמָּתְנַיִם:
« Les genoux » : c'est l'os de la cuisse contigu à la jambe ; et yarekh désigne l'os du fémur enchâssé dans les hanches.
🗂️ Tossefot (1)
וְרַגְלֵי הַחַיּוֹת כְּנֶגֶד כֻּולָּם. יֵשׁ מַגִּיהִין בִּקְדֻושְׁתָּא שֶׁיָּסַד הַקָּלִיר וְחַיּוֹת אֲשֶׁר הִנֵּה מְרֻובָּעוֹת לְכִסֵּא כַּף רֶגֶל חֲמֵשׁ מֵאוֹת וְחָמֵשׁ עֶשְׂרֵה וּמוֹחֲקִים הַוָּי"ו וְאוֹמְרִים כִּי כֵן עוֹלֶה לְפִי חֶשְׁבּוֹן שֶׁבְּכָאן לְמִנְיַן ז' רְקִיעִים וְח' אֲוִירִים הוּא ט"ו פְּעָמִים ת"ק וְהַייְנוּ מִנְיָן יְשָׁרָה ש"ר ת"ק וי"ה לְסִימָנָא שֶׁכֵּן עוֹלֶה ט"ו פְּעָמִים כָּךְ וּמִיהוּ בְּחִנָּם מְחָקוּהוּ שֶׁיָּסַד דְּבָרָיו ע"פ הַיְּרוּשַׁלְמִי דְּהָרוֹאֶה א"ר לֵוִי מֵאֶרֶץ וְעַד לָרָקִיעַ מְהַלֵּךְ ת"ק שָׁנָה אָמַר ר' בֶּרֶכְיָה וְר' חֶלְבּוֹ בש"ר (בָּא) סְמוּקָה גָּדוֹל מִזֶּה רֶגֶל אֶחָד כְּמִנְיַן ישר"ה רָאָה כַּמָּה גָּבוֹהַּ מֵעוֹלָמוֹ כו' מַשְׁמַע כַּמִּנְיָן שֶׁיָּסַד ת"ק ט"ו וְכֵן הָיָה דַּרְכּוֹ שֶׁבְּכַמָּה מְקוֹמוֹת הָיָה מַנִּיחַ שִׁיטַת הַשַּׁ"ס שֶׁלָּנוּ כְּדֵי לֶאֱחֹוז שִׁיטַת הַשַּׁ"ס יְרוּשַׁלְמִי שֶׁהוּא הָיָה תַּנָּא וְהוּא הָיָה ר"א בְּרַבִּי שִׁמְעוֹן דְּקָרֵי עָלֶיהָ מִכָּל אַבְקַת רוֹכֵל תַּנָּא קָרָא קְרוֹבֵץ וּפַיְיטָן (וַיִּקְרָא רַבָּה פ"ל) וּבְיָמָיו מְקַדְּשִׁים ע"פ הָרְאִיָּיה שֶׁמֵּעוֹלָם לֹא יָסַד רַק קְרוֹבֵץ מִיּוֹם (אֶחָד):
« Et les pieds des hayot valent l'ensemble. » Certains corrigent, dans la kedouchta composée par le Kalir, le vers « et les hayot qui sont carrées sous le trône, la plante du pied : cinq cent quinze », en effaçant le vav de « et quinze », disant qu'ainsi le compte s'accorde avec celui d'ici : pour sept firmaments et huit espaces intermédiaires, cela fait quinze fois cinq cents, soit le compte de yechara, chin-rech pour cinq cents et yod-hé pour quinze en guise de signe, car cela revient bien à quinze fois cinq cents. Mais c'est à tort qu'ils l'ont effacé, car il a composé ses paroles d'après le Talmud de Jérusalem, au chapitre HaRoé : Rabbi Levi a dit, de la terre jusqu'au firmament une marche de cinq cents ans ; Rabbi Berekhia et Rabbi Helbo ont dit au nom de Rabbi Semouka, un seul pied est plus grand que cela, selon le compte de yechara, vois combien Il est élevé au-dessus de Son monde, etc. Il ressort de là que le compte est bien celui qu'il a posé, cinq cents et quinze. Telle était sa manière : en plusieurs endroits il laissait la voie de notre Talmud pour suivre celle du Talmud de Jérusalem, car il était un tana, il était Rabbi Elazar be-Rabbi Chimon, dont on a dit « de toutes les poudres du marchand » : tana, lecteur de l'Écriture, auteur de kerovot et paytan (Vayikra Rabba 30) ; et de son temps on sanctifiait le mois d'après l'observation, car jamais il n'a composé de kerova que pour un seul jour.
💡 Explication

Le calcul se poursuit au-delà des firmaments. La formule répétée, kenegged koulan (en face de tous), signifie que chaque membre des hayot égale à lui seul la hauteur totale de tout ce qui se trouve en dessous de lui : les neuf membres énumérés multiplient donc la distance par autant d'étages.

Rachi explique le vocabulaire anatomique un terme après l'autre. Au sommet viennent les pieds du trône de Gloire, puis le trône lui-même, et enfin Celui qui demeure au-dessus. La conclusion revient au verset de Yechayahou : la montée annoncée se solde par une descente.

🖼️ Schéma
Chaque membre vaut tout ce qui se trouve en dessous La montée que Nevoukhadnetsar prétendait accomplir Le trône de Gloire et ses pieds Les cornes Les têtes Les cous Les corps Les cuisses Les genoux Les jambes Les chevilles Les pieds Les sept firmaments et leurs intervalles La terre La formule répétée kenegged koulan : en face de tous. Chaque membre, pris seul, égale la hauteur totale de tout ce qui se trouve en dessous de lui. Rachi précise les termes : regel, l'épaisseur du sabot ; karsol, l'astragale ; chok, l'os vendu avec le pied ; yarekh, le fémur enchâssé dans la hanche.
L'empilement des degrés : chaque membre des hayot vaut à lui seul toute la hauteur qui le précède.
5
וְלֹא בַּמֶּרְכָּבָה בְּיָחִיד. תָּנֵי רַבִּי חַייָּא: אֲבָל מוֹסְרִין לוֹ רָאשֵׁי פְרָקִים. אָמַר רַבִּי זֵירָא: אֵין מוֹסְרִין רָאשֵׁי פְּרָקִים אֶלָּא לְאַב בֵּית דִּין, וּלְכָל מִי שֶׁלִּבּוֹ דּוֹאֵג בְּקִרְבּוֹ. אִיכָּא דְאָמְרִי, וְהוּא שֶׁלִּבּוֹ דּוֹאֵג בְּקִרְבּוֹ.

« Ni le Char à un seul. » Rabbi Hiya a enseigné : on lui transmet cependant les rachei perakim (les têtes de chapitres). Rabbi Zeira a dit : on ne transmet les têtes de chapitres qu'au av beit din (président du tribunal), et à quiconque a le cœur inquiet en lui.

Certains disent : à condition qu'il ait lui-même le cœur inquiet en lui.

📜 Rachi (3)
רָאשֵׁי פְּרָקִים רָאשֵׁי פָּרָשִׁיּוֹת שֶׁבָּהּ:
« Les têtes de chapitres » : les débuts des sections qu'elle contient.
שֶׁלִּבּוֹ דּוֹאֵג וְאֵינוֹ מֵיקֵל אֶת רֹאשׁוֹ:
« Qui a le cœur inquiet » : et qui ne prend pas les choses à la légère.
אִיכָּא דְּאָמְרִי וְהוּא שֶׁלִּבּוֹ דּוֹאֵג בְּקִרְבּוֹ תַּרְתֵּי בָּעֵינַן:
« Certains disent : à condition qu'il ait le cœur inquiet en lui » : nous exigeons les deux conditions ensemble.
💡 Explication

Retour à la michna. L'interdiction porte sur l'exposé du maasse merkava même devant un seul élève. Rabbi Hiya y apporte une ouverture : on peut lui transmettre les rachei perakim, les têtes de chapitres, en le laissant compléter par lui-même.

Rabbi Zeira restreint encore : le destinataire doit être av beit din, ou bien avoir le cœur inquiet en lui. La seconde version cumule les deux conditions sur une seule personne, comme le note Rachi : tartei baeinan, nous en exigeons deux.

6
אָמַר רַבִּי אַמִּי: אֵין מוֹסְרִין סִתְרֵי תוֹרָה אֶלָּא לְמִי שֶׁיֵּשׁ בּוֹ חֲמִשָּׁה דְבָרִים: ״שַׂר חֲמִשִּׁים, וּנְשׂוּא פָּנִים, וְיוֹעֵץ, וַחֲכַם חֲרָשִׁים, וּנְבוֹן לַחַשׁ״. וְאָמַר רַבִּי אַמִּי: אֵין מוֹסְרִין דִּבְרֵי תוֹרָה לְגוֹי, שֶׁנֶּאֱמַר: ״לֹא עָשָׂה כֵן לְכָל גּוֹי וּמִשְׁפָּטִים בַּל יְדָעוּם״.

Rabbi Ami a dit : on ne transmet les sitrei Torah (les secrets de la Torah) qu'à celui qui réunit cinq qualités : « chef de cinquante, homme considéré, conseiller, sage artisan et habile enchanteur » (Yechayahou 3,3). Et Rabbi Ami a dit : on ne transmet pas de paroles de Torah a un non-Juif, ainsi qu'il est dit : « Il n'a pas agi ainsi pour toute autre nation, et Ses lois, elles ne les connaissent pas » (Tehilim 147,20).

📜 Rachi (2)
סִתְרֵי תּוֹרָה כְּגוֹן מַעֲשֵׂה הַמֶּרְכָּבָה וְסֵפֶר יְצִירָה וּמַעֲשֵׂה בְּרֵאשִׁית וְהִיא בָּרַיְיתָא:
« Les secrets de la Torah » : par exemple le maasse merkava, le Sefer Yetsira et le maasse berechit ; et ceci est une baraita.
יוֹעֵץ וַחֲכַם חֲרָשִׁים וּנְבוֹן לָחַשׁ לְקַמָּן מְפָרֵשׁ לְהוּ:
« Conseiller, sage artisan et habile enchanteur » : la guemara les explique plus loin.
🗂️ Tossefot (1)
אֵין מוֹסְרִין דִּבְרֵי תוֹרָה לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים. הָיָה קָשֶׁה לְהָר"ר אֶלְחָנָן תִּיפּוֹק לֵיהּ דְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים הָעוֹסֵק בַּתּוֹרָה חַייָּב מִיתָה כִּדְאָמַר בְּפֶ' ד' מִיתוֹת (סַנְהֶדְרִין דַּף נט. וְשָׁם) עוֹבֵד כּוֹכָבִים הָעוֹסֵק בַּתּוֹרָה חַיָּיב מִיתָה וְהַמְלַמְּדוֹ עוֹבֵר אַלִּפְנֵי עִוֵּר לֹא תִתֵּן מִכְשֹׁול וְכִי תֵּימָא בַּז' מִצְוֹת דִּידְהוּ דְּאֵינוֹ חַייָּב מִיתָה כִּדְאָמַר הַשַּׁ"ס הָתָם וְהָא מִצְוָה אִיכָּא לְמָוסְרָם לָהֶם וְנָפְקָא לָן מֵהַאי קְרָא אֲשֶׁר יַעֲשֶׂה אֹותָם הָאָדָם וָחַי בָּהֶם (וַיִּקְרָא י״ח:ה׳) כֹּהֵן וְלֵוִי לֹא נֶאֱמַר אֶלָּא אָדָם שֶׁאֲפִילּוּ עוֹבֵד כּוֹכָבִים וְעוֹסֵק בַּתּוֹרָה וְכוּ' וְי"ל דְּהָכָא מַיְירֵי אֲפִילּוּ הֵיכָא דְּאִיכָּא עוֹבֵד כּוֹכָבִים אַחֵר שֶׁרוֹצֶה לְלַמְּדוֹ דְּלֵיכָּא לִפְנֵי עִוֵּר כִּדְאָמְרִינַן בע"ז (דַּף ו:) הַמּוֹשִׁיט כּוֹס יַיִן לְנָזִיר עוֹבֵר אַלִּפְנֵי עִוֵּר וְהָנֵי מִילֵּי דְּקָאֵי אַתְּרֵי עִבְרָא דְּנַהֲרָא שֶׁבְּלָאו נְתִינָתוֹ אִי אֶפְשָׁר לַהֲבִיאוֹ אֵלָיו אֲבָל אִי לָאו הָכִי אֵינוֹ עוֹבֵר אַלִּפְנֵי עִוֵּר הָכָא נָמֵי אֲפִילּוּ בְּמָקוֹם שֶׁעוֹבֵד כּוֹכָבִים אַחֵר רוֹצֶה לְלַמְּדוֹ דְּלֵיכָּא לִפְנֵי עִוֵּר מִכָּל מָקוֹם אָסוּר מִשּׁוּם מַגִּיד דְּבָרָיו לְיַעֲקֹב וְכוּ' (תְּהִילִּים קמ״ז:י״ט):
« On ne transmet pas de paroles de Torah a un idolâtre. » Rabbi Elhanan trouvait cela difficile : que l'on déduise plutôt l'interdit du fait qu'un idolâtre qui étudie la Torah est passible de mort, comme il est dit au chapitre Arba Mitot (Sanhédrin 59a) : un idolâtre qui étudie la Torah est passible de mort, et celui qui le lui enseigne transgresse « tu ne placeras pas d'obstacle devant l'aveugle ». Et si tu dis qu'il s'agit ici de leurs sept mitsvot, pour lesquelles il n'est pas passible de mort comme le dit la guemara là-bas, il y a alors même une mitsva de les leur transmettre, ce que nous déduisons du verset « que l'homme accomplira et par lesquelles il vivra » (Vayikra 18,5) : il n'est dit ni cohen ni lévi, mais l'homme, de sorte que même un idolâtre qui étudie la Torah, etc. On peut répondre qu'il est question ici même du cas où un autre idolâtre est prêt à le lui enseigner : il n'y a alors pas d'interdit de « devant l'aveugle », comme nous le disons dans Avoda Zara (6b) : celui qui tend une coupe de vin à un nazir transgresse « devant l'aveugle », mais uniquement lorsqu'il se tient de l'autre côté de la rivière, de sorte que sans ce geste la coupe ne pourrait lui parvenir ; sinon il ne transgresse pas. Ici de même, la où un autre idolâtre est prêt à le lui enseigner et où il n'y a pas d'interdit de « devant l'aveugle », cela demeure interdit en raison de « Il énonce Ses paroles à Yaakov », etc. (Tehilim 147,19).
🪔 Ben Yehoyada (2)
אֵין מוֹסְרִין סִתְרֵי תוֹרָה, אֶלָּא לְמִי שֶׁיֵּשׁ בּוֹ חֲמִשָּׁה דְבָרִים (יְשַׁעְיָהוּ ג, ג) . נִרְאֶה לִי בס"ד בְּכוּלְּהוּ אִיכָּא טַעְמָא שַׂר חֲמִשִּׁים יֵשׁ לוֹ מְשָׁרְתִים רַבִּים שֶׁעוֹשִׂין לוֹ עֲסָקָיו וְלָכֵן לֹא יִהְיֶה לִבּוֹ טָרוּד בַּעֲסָקָיו אֶלָּא יִהְיֶה פָּנוּי לְלִימּוּד הַתּוֹרָה. וּנְשׂוּא פָּנִים רוֹצֶה לוֹמַר אֵינוֹ כַּעֲסָן דְּהַכָּעַס מְכוֹנָה בְּשֵׁם פָּנִים דִּכְתִיב פָּנַי יֵלֵכוּ וַהֲנִחֹתִי לָךְ (שְׁמוֹת לג, יד) לָכֵן הַכַּעַס נִיכָּר בְּפָנִים וּמִי שֶׁאֵינוֹ רַגְזָן נִקְרָא 'נְשׂוּא פָּנִים' וְזֶהוּ צֹורֶךְ לְעִנְיַן הַלִּימּוּד דְּכַעֲסָן חָכְמָתוֹ מִסְתַּלֶּקֶת וְנַפְשׁוֹ נִטְרֶפֶת וְאֵיךְ יַשִּׂיג הַלִּימּוּד. וְיוֹעֵץ זֶה הַמֵּבִין דָּבָר מִתּוֹךְ דָּבָר כִּי סִתְרֵי תּוֹרָה מוֹסְרִים אוֹתָם בְּרֶמֶז וְהַשּׁוֹמֵעַ יָבִין דָּבָר מִתּוֹךְ דָּבָר. וַחֲכַם חֲרָשִׁים מִלְּשׁוֹן אַל תַּחֲרֹשׁ עַל רֵעֲךָ רָעָה (מִשְׁלֵי ג, כט) שֶׁיּוֹדֵעַ לַחְשֹׁוב מִי רָאוּי לְלַמְּדוֹ וּמִי אֵינוֹ רָאוּי שֶׁלֹּא יִלְמַד מֵאֲנָשִׁים שֶׁאֵינָם מְהֻוגָּנִים. וּנְבוֹן לַחַשׁ דְּיָדַע לְאִשְׁתַּמַּרָא אֲרָחוּי וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ עַל רַשְׁבִּ"י ע"ה בְּסָבָא דְּמִשְׁפָּטִים דַּף ק' בְּרֵיהּ דְּיוֹחַאי יָדַע לְאִשְׁתַּמַּרָא אֲרָחוֹי, וּפֵירֵשׁ רַבֵּינוּ זַ"ל בְּשַׁעַר מַאַמְרֵי רַשְׁבִּ"י הַכַּוָּנָה דְּכָל אוֹתָם שֶׁהֵם מְאוֹר מַקִּיף יֵשׁ בָּהֶם כֹּחַ לְדַבֵּר בְּסוֹדוֹת הַתּוֹרָה דֶּרֶךְ כִּינּוּי וְהֶעְלֵם גָּדוֹל כְּדֵי שֶׁלֹּא יוּבְנוּ אֶלָּא לְמִי שֶׁרָאוּי לַהֲבִינָם וְלָכֵן נִיתַּן רְשׁוּת לְרַשְׁבִּ"י לִכְתֹּוב סֵפֶר הַזֹּוהַר וְלֹא נִיתַּן רְשׁוּת לְרַבּוֹתָיו אוֹ לָרִאשׁוֹנִים שֶׁקָּדְמוּ לוֹ וְהַטַּעַם בִּשְׁבִיל שֶׁלֹּא הָיָה בָּהֶם כֹּחַ לְהַלְבִּישׁ הַדְּבָרִים כָּמוֹהוּ עַד כָּאן לְשׁוֹנוֹ. וְלָזֶה אָמַר וּנְבוֹן לַחַשׁ כְּלוֹמַר שֶׁיּוֹדֵעַ לִלְחוֹשׁ בְּרֶמֶז.
« On ne transmet les secrets de la Torah qu'à celui qui réunit cinq qualités » (Yechayahou 3,3). Il me semble, avec l'aide du Ciel, que chacune a sa raison. « Chef de cinquante » : il a de nombreux serviteurs qui traitent ses affaires, de sorte que son cœur n'en est pas accaparé et qu'il reste disponible pour l'étude de la Torah. « Homme considéré » (nessou panim) veut dire qu'il n'est pas coléreux, car la colère est désignée par le mot panim (le visage), ainsi qu'il est écrit « Ma face ira et Je te donnerai le repos » (Chemot 33,14) ; la colère se reconnaît donc au visage, et celui qui n'est pas irascible est appelé nessou panim. Cela importe pour l'étude, car celui qui se met en colère perd sa sagesse et son âme se trouble ; comment atteindrait-il l'étude ? « Conseiller » : celui qui comprend une chose à partir d'une autre, car les secrets de la Torah se transmettent par allusion et celui qui écoute doit déduire une chose d'une autre. « Sage artisan » ('hakham harachim), du même mot que « ne trame pas le mal contre ton prochain » (Michlei 3,29) : il sait juger à qui il convient d'enseigner et à qui non, afin de ne pas enseigner à des hommes indignes. « Habile enchanteur » (nevon lahach) : il sait garder ses voies, comme il est dit de Rabbi Chimon bar Yohai, que la paix soit sur lui, dans le Sabba de Michpatim, folio 100 : « le fils de Yohai sait garder ses voies ». Notre maître a expliqué dans le Chaar Maamarei Rachbi que cela signifie ceci : tous ceux qui relèvent de la lumière enveloppante (or makif) ont la force de parler des secrets de la Torah par désignations voilées et sous un grand recouvrement, de sorte qu'ils ne soient compris que de celui qui mérite de les comprendre ; c'est pourquoi l'autorisation d'écrire le Zohar fut donnée à Rabbi Chimon bar Yohai et non à ses maîtres ni aux anciens qui l'ont précédé, la raison étant qu'ils n'avaient pas la force de revêtir les choses comme lui. Fin de citation. C'est en ce sens qu'il dit nevon lahach, celui qui sait murmurer par allusion.
אֵין מוֹסְרִין דִּבְרֵי תוֹרָה לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים. הִקְשׁוּ הַתּוֹסְפוֹת וַהֲלֹא בְּלָאו הָכִי חַיָּיב מִיתָה? וְאִם תֹּאמַר דְּאַייְּרִי בְּשֶׁבַע מִצְוֹת דִּידְהוּ זֶה מֻותָּר עַייֵּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד לְעוֹלָם קָאֵי הָכָא עַל שֶׁבַע מִצְוֹת דִּידְהוּ דְּאֵינוֹ מֻותָּר אֶלָּא רַק לוֹמַר לָהֶם הֲלָכוֹת פְּסוּקוֹת זֶה אָסוּר וְזֶה מֻותָּר אֲבָל אֵינוֹ מֻותָּר לִמְסֹור לָהֶם טְעָמִים. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד הַאי דִבְרֵי תוֹרָה דְּאָסַר כָּאן אֵינָהּ עַל הֲלָכוֹת דְּגוּפָם תּוֹרָה אֶלָּא עַל עִנְייָנֵי חָכְמָה וְדֶרֶךְ אֶרֶץ שֶׁיֵּשׁ לָהֶם רֶמֶז בַּתּוֹרָה כְּהַךְ דְּאָמְרוּ נָחָשׁ לְכַמָּה מוֹלִיד? לְשִׁבְעָה שָׁנִים! וְאָמַר לוֹ רַבָּן גַּמְלִיאֵל לְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ מְנָא לֵיהּ? וְאָמַר אֲנַחְנוּ לְמֵידִין זֶה מִן הַכָּתוּב בַּתּוֹרָה גַּבֵּי נָחָשׁ אָרוּר אַתָּה מִכָּל הַבְּהֵמָה וּמִכֹּל חַיַּת הַשָּׂדֶה (בְּרֵאשִׁית ג, יד) וְכוּ' וְכַנִּזְכָּר בְּמִדְרַשׁ רָבָא (בְּרֵאשִׁית רַבָּה כ, ד) דְּאֵלּוּ הֵם דְּבָרֶיהָ חִיצוּנִיִּיה אַךְ לוֹמְדִין אוֹתָם מִפְּסוּקֵי הַתּוֹרָה דְּאָסוּר לִמְסֹור אוֹתָם לְעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים וּמַזָּלוֹת לוֹמַר לוֹ דָּבָר זֶה יוֹצֵא מִפָּסוּק פְּלוֹנִי כָּךְ וְכָךְ וְדָבָר זֶה יוֹצֵא מִפָּסוּק פְּלוֹנִי כָּךְ וְכָךְ. כִּי בֶּאֱמֶת אֵין לְךָ דָּבָר שֶׁאֵינוֹ נִרְמָז בַּתּוֹרָה וּכְמוֹ שֶׁאָמַר הַתַּנָּא (מִשְׁנָה אָבוֹת ה, כב) 'הֲפֹךְ בָּהּ וַהֲפֹךְ בָּהּ דְּכֹלָּא בָּהּ' וְכֵן נָמֵי יֵשׁ עִנְיָינִים שֶׁל דֶּרֶךְ אֶרֶץ שֶׁהֵם נִלְמָדִים מִפְּסוּקֵי הַתּוֹרָה כְּהָנָךְ הַנִּזְכָּרִים בַּגְּמָרָא דְּקַמָּא (בָּבָא קַמָּא צב:) מְנָא הָא מִילְּתָא דְאָמְרִי אִינָשֵׁי וְיָלֵיף לְכִלְהוּ מִקְּרָאֵי דְּאָסוּר לְלַמֵּד לְעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים וּמַזָּלוֹת אֵיךְ דָּבָר זֶה יוֹצֵא מִזֶּה הַפָּסוּק וְדָבָר זֶה מִפָּסוּק זֶה. וְעוֹד נִרְאֶה לִי חִיּוּב מִיתָה הוּא עַל פְּסוּקִים שֶׁל הֲלָכוֹת אַךְ כָּאן אַיְירֵי עַל סִפּוּרֵי דְּבָרִים אֲשֶׁר בְּסֵפֶר בְּרֵאשִׁית כֻּולּוֹ שֶׁאֵין בָּהֶם הֲלָכוֹת דְּאָסוּר לְמָוסְרָם לְעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים וּמַזָּלוֹת. וּבְנִי יְדִידִי כְּבוֹד הָרַב יַעֲקֹב נר"ו תֵּירֵץ דְּדַוְקָא בַּהֲלָכוֹת יֵשׁ חִיּוּב מִיתָה אֲבָל בַּכְּלָלִים שֶׁדּוֹרְשִׁים בָּהֶם פְּסוּקֵי תּוֹרָה כְּהָנָךְ כְּלָלֵי די"ג מִידּוֹת וְכַיּוֹצֵא בָּהֶם אֵין חִיּוּב מִיתָה אֶלָּא רַק אִיסּוּרָא אִיכָּא, עַד כָּאן דְּבָרָיו נר"ו.
« On ne transmet pas de paroles de Torah a un idolâtre. » Les Tossefot ont demandé : n'est-il pas de toute façon passible de mort ? Et si l'on dit qu'il s'agit de leurs sept mitsvot, celles-là sont permises ; voir là-bas. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il s'agit bien ici de leurs sept mitsvot : il est seulement permis de leur énoncer des halakhot tranchées, ceci est interdit et cela est permis, sans qu'il soit permis de leur transmettre les raisons. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que les paroles de Torah interdites ici visent les matières de sagesse et de derekh erets auxquelles la Torah fait allusion, plutôt que les halakhot, qui sont la Torah elle-même. Ainsi de ce qu'ils ont dit : au bout de combien le serpent engendre-t-il ? Au bout de sept ans. Rabban Gamliel demanda à Rabbi Yehochoua : d'où cela ? Il répondit : nous l'apprenons de ce qui est écrit dans la Torah au sujet du serpent, « maudit sois-tu entre tout le bétail et toute bête des champs » (Berechit 3,14), etc., comme il est rapporté dans le Midrach Rabba (Berechit Rabba 20,4). Ces matières relèvent des savoirs extérieurs, mais on les tire des versets de la Torah, et il est interdit de les transmettre aux idolâtres en leur disant : telle chose se déduit de tel verset de telle manière, et telle autre de tel autre verset. Car en vérité il n'est rien qui ne soit indiqué dans la Torah, comme l'a dit le tana (Avot 5,22) : « retourne-la et retourne-la, car tout y est ». De même, il y a des matières de derekh erets que l'on apprend des versets de la Torah, comme celles qui figurent dans la guemara de Baba Kama (92b) : « d'où vient ce que les gens disent ? », et elle les tire toutes de versets. Il est interdit d'enseigner à des idolâtres comment telle chose se déduit de tel verset et telle autre de tel autre. Il me semble encore que la peine de mort porte sur les versets de halakha, tandis qu'il s'agit ici des récits contenus dans tout le livre de Berechit, où il n'y a pas de halakhot : il est interdit de les transmettre aux idolâtres. Et mon fils bien-aimé, l'honorable Rav Yaakov, que D.ieu le garde, a répondu que la peine de mort ne s'applique qu'aux halakhot, tandis que pour les règles d'exégèse des versets, comme les treize middot et leurs semblables, il n'y a pas de peine de mort, mais seulement un interdit. Fin de ses propos.
💡 Explication

Rabbi Ami lit dans un verset de Yechayahou la liste des cinq qualités requises pour recevoir les sitrei Torah. Rachi précise ce que ce terme recouvre : maasse merkava, Sefer Yetsira, maasse berechit.

La seconde règle de Rabbi Ami écarte le non-Juif de l'enseignement de la Torah. Les Tossefot demandent pourquoi une règle distincte est nécessaire, puisqu'un tel enseignement tombe déjà sous l'interdit de placer un obstacle devant l'aveugle ; ils répondent que la règle vaut même là où cet interdit ne s'applique pas.

7
אֲמַר לֵיהּ רַבִּי יוֹחָנָן לְרַבִּי אֶלְעָזָר: תָּא אַגְמְרָךְ בְּמַעֲשֵׂה הַמֶּרְכָּבָה, אֲמַר לֵיהּ: לָא קַשַּׁאי. כִּי קַשׁ — נָח נַפְשֵׁיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי אַסִּי: תָּא וְאַגְמְרָךְ בְּמַעֲשֵׂה מֶרְכָּבָה. אֲמַר לֵיהּ: אִי זְכַאי גְּמִירְתַּהּ מֵרַבִּי יוֹחָנָן רַבָּךְ.

Rabbi Yo'hanan dit à Rabbi Elazar : viens que je t'enseigne le maasse merkava. Il lui répondit : je n'ai pas encore vieilli.

Lorsqu'il fut âgé, Rabbi Yo'hanan était déjà décédé. Rabbi Assi lui dit : viens que je t'enseigne le maasse merkava.

Il lui répondit : si j'en avais été digne, je l'aurais appris de Rabbi Yo'hanan, ton maître.

📜 Rachi (1)
לָא קַשַּׁאי לֹא זָקַנְתִּי וּבָעֵינַן לִבּוֹ דּוֹאֵג:
« Je n'ai pas vieilli » : je ne suis pas encore âgé, et nous exigeons que son cœur soit inquiet.
💡 Explication

Deux échanges rapportent le même refus. Rabbi Elazar décline l'offre de Rabbi Yo'hanan au motif qu'il n'a pas encore l'âge requis ; Rachi rattache ce motif à la condition précédente, le cœur inquiet, qui suppose une maturité.

Quand l'âge vient, le maître a disparu. L'offre de Rabbi Assi se heurte alors à un second refus, d'un autre ordre : celui qui n'a pas reçu de Rabbi Yo'hanan se tient pour indigne de recevoir de son disciple.

8
רַב יוֹסֵף הֲוָה גְּמִיר מַעֲשֵׂה הַמֶּרְכָּבָה. סָבֵי דְּפוּמְבְּדִיתָא הֲווֹ תָּנוּ בְּמַעֲשֵׂה בְרֵאשִׁית. אָמְרוּ לֵיהּ: (לִיגְמוֹר לָן) [לִיגְמְרָן] מַר מַעֲשֵׂה מֶרְכָּבָה. אֲמַר לְהוּ: אַגְמְרוּן לִי מַעֲשֵׂה בְרֵאשִׁית. בָּתַר דְּאַגְמְרוּהָ, אָמְרוּ לֵיהּ: לַיגְמְרַון מָר בְּמַעֲשֵׂה מֶרְכָּבָה! אֲמַר לְהוּ: תְּנֵינָא בְּהוּ ״דְּבַשׁ וְחָלָב תַּחַת לְשׁוֹנֵךְ״, דְּבָרִים הַמְּתוּקִין מִדְּבַשׁ וְחָלָב — יְהוּ תַּחַת לְשׁוֹנְךָ.

Rav Yossef avait appris le maasse merkava. Les anciens de Poumbedita, eux, enseignaient le maasse berechit.

Ils lui dirent : que le maître nous enseigne le maasse merkava. Il leur répondit : enseignez-moi d'abord le maasse berechit.

Après qu'ils le lui eurent enseigné, ils lui dirent : que le maître nous enseigne maintenant le maasse merkava ! Il leur répondit : nous avons appris à leur sujet « du miel et du lait sont sous ta langue » (Chir HaChirim 4,11) — les choses plus douces que le miel et le lait doivent rester sous ta langue.

📜 Rachi (1)
מַעֲשֵׂה הַמֶּרְכָּבָה וּמַעֲשֵׂה בְּרֵאשִׁית בָּרָייְתוֹת הֵן:
« Le maasse merkava et le maasse berechit » : ce sont des baraitot.
🪔 Ben Yehoyada (1)
(שִׁיר הַשִּׁירִים ד, יא) "דְּבַשׁ וְחָלָב תַּחַת לְשׁוֹנֵךְ"; דְּבָרִים שֶׁהֵן מְתוּקִים מִדְּבַשׁ וְחָלָב, יִהְיוּ תַּחַת לְשׁוֹנְךָ. נִרְאֶה לִי בס"ד תַּחַת אוֹתִיּוֹת לָשׁוֹן שֶׁהֵם הַיּוֹצְאִים בְּמִבְטָא יֵשׁ אוֹתִיּוֹת סְתָם וְלָזֶה אָמַר יִהְיוּ תַּחַת לְשׁוֹנְךָ כְּלוֹמַר עֲשֵׂה אוֹתָם כְּפִי הָרֶמֶז הָרָמוּז תַּחַת לְשֵׁן. אוֹ יוּבָן בס"ד הַדִּיבּוּר יוֹצֵא לַחוּץ מִן הַשְּׂפָתַיִם וְשִׁינַּייִם וְלָשׁוֹן אַךְ מִן חֵיךְ וְגָרוֹן אֵינוֹ נִרְגָּשׁ הַדִּיבּוּר בַּחוּץ לְהַשּׁוֹמֵעַ וּכְפִי תְּבוּנַת הָאָדָם הַחֵיךְ וְהַגָּרוֹן הֵם תַּחַת הַלָּשׁוֹן וְלָזֶה אָמַר יִהְיוּ תַּחַת לְשׁוֹנְךָ שֶׁלֹּא תּוֹצִיאֵם לַחוּץ לְהַשְׁמִיעָם לַאֲחֵרִים. וְאוֹמְרוֹ מִדְּבַשׁ וְחָלָב נִרְאֶה לִי בס"ד אִם תֶּעֱרַב אוֹתִיּוֹת דְּבַשׁ עִם אוֹתִיּוֹת חֵלֶב יִהְיֶה מֵהֶם שְׁלֹשָׁה תֵּיבוֹת אֵלּוּ שֶׁהֵם 'שָׂח לֵב בַּד' כְּלוֹמַר תַּלְמִיד חָכָם הַנִּקְרָא לֵב יִהְיֶה שָׂח עִם בַּד, רוֹצֶה לוֹמַר אָדָם יְחִידִי וְלֹא עִם שְׁנַיִם וְקָרֵי לְהוּ דְּבַשׁ וְחָלָב כִּי מִסְפַּר דְּבַשׁ חֵלֶב [346] עוֹלֶה מִסְפַּר רָצוֹן [346] שֶׁדְּבָרִים אֵלּוּ עוֹלִים עַד הַכֶּתֶר שֶׁשָּׁם הוּא בְּחִינַת הָרָצוֹן בְּסוֹד וַאֲנִי תְפִלָּתִי לְךָ ה' עֵת רָצוֹן (תְּהִלִּים סט, יד) .
« Du miel et du lait sont sous ta langue » (Chir HaChirim 4,11) ; les choses plus douces que le miel et le lait doivent rester sous ta langue. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que sous les lettres du mot lachon (la langue), celles qui sortent dans la prononciation, se trouvent les lettres du mot setam (ce qui est tenu secret) ; c'est en ce sens qu'il a dit « qu'elles soient sous ta langue », c'est-à-dire : traite-les selon l'allusion cachée sous le mot lachon. On peut aussi comprendre, avec l'aide du Ciel, que la parole sort au-dehors par les lèvres, les dents et la langue, tandis que depuis le palais et la gorge elle n'est pas perçue au-dehors par celui qui écoute ; et selon la perception de l'homme, le palais et la gorge se tiennent sous la langue. C'est pourquoi il a dit « qu'elles soient sous ta langue » : ne les fais pas sortir au-dehors pour les faire entendre à d'autres. Quant à l'expression « plus doux que le miel et le lait », il me semble, avec l'aide du Ciel, que si l'on mélange les lettres de devach (le miel) avec celles de halav (le lait), on obtient ces trois mots, chah lev bad, c'est-à-dire que le talmid 'hakham, appelé lev (le cœur), parle avec bad, un homme seul, et non avec deux. Ils sont nommés miel et lait parce que la valeur de devach halav [346] égale celle de ratson (la volonté) [346] : ces matières s'élèvent jusqu'au Keter, où réside l'aspect du ratson, selon le secret de « et moi, ma prière s'adresse à Toi, ה', en un temps de faveur » (Tehilim 69,14).
💡 Explication

Rav Yossef possède le maasse merkava, les anciens de Poumbedita possèdent le maasse berechit. Un échange est proposé et Rav Yossef reçoit d'abord sa part. Il refuse ensuite de donner la sienne, en appuyant son refus sur un verset du Chir HaChirim.

La lecture est allusive : ce qui est plus doux que le miel et le lait doit rester sous la langue, hors de la parole prononcée. Le refus tient à la nature même de la matière.

🖼️ Schéma
Trois refus, trois raisons R. Elazar à R. Yo'hanan Viens que je t'enseigne le maasse merkava. Refus : je n'ai pas encore vieilli. Rachi : il faut le cœur inquiet en soi. Quand il fut âgé, R. Yo'hanan était déjà mort. R. Elazar à R. Assi Viens que je t'enseigne le maasse merkava. Refus : si j'en avais été digne, je l'aurais appris de R. Yo'hanan, ton maître. Celui qui n'a pas reçu du plus grand se juge indigne de recevoir d'un autre. Rav Yossef aux anciens Il savait le maasse merkava ; eux savaient le maasse berechit. Échange conclu. Refus, après avoir reçu : du miel et du lait sous ta langue. R. Abahou : les agneaux sont pour ton vêtement, ce qui est tenu caché.
Les trois refus de transmettre rapportés par le folio, et le motif propre à chacun.
9
רַבִּי אֲבָהוּ אָמַר מֵהָכָא: ״כְּבָשִׁים לִלְבוּשֶׁךָ״, דְּבָרִים שֶׁהֵן כִּבְשׁוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם — יִהְיוּ תַּחַת לְבוּשְׁךָ. אָמְרוּ לֵיהּ: תָּנֵינַן בְּהוּ עַד ״וַיֹּאמֶר אֵלַי בֶּן אָדָם״. אֲמַר לְהוּ: הֵן הֵן מַעֲשֵׂה הַמֶּרְכָּבָה.

Rabbi Abahou a dit : on le tire d'ici — « les agneaux (kevassim) sont pour ton vêtement » (Michlei 27,26) : les choses qui relèvent de ce que le monde tient caché (kivchono chel olam) doivent rester sous ton vêtement. Ils lui dirent : nous les avons déjà apprises jusqu'à « et Il me dit : fils d'homme » (Ye'hezkel 2,1).

Il leur répondit : ce sont là précisément le maasse merkava.

📜 Rachi (3)
כִּבְשׁוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם סִתְרוֹ שֶׁל עוֹלָם כְּמוֹ רֵישָׁא בְּכִבְשָׁא (חוֹלִין דַּף צג:) בַּהֲדֵי כַּבְשֵׁי דְרַחֲמָנָא לָמָּה לָךְ (בְּרָכוֹת דַּף י.) מִמֶּנִּי יָצְאוּ כְּבוּשִׁין (מַכּוֹת דַּף כג:):
« Ce que le monde tient caché » : le secret du monde, comme dans « une tête dans le four » (Houlin 93b), « pourquoi te mêler des choses cachées du Miséricordieux ? » (Berakhot 10a), « de Moi sont sorties des choses tenues secrètes » (Makot 23b).
תְּנֵינָא עַד וַיֹּאמֶר אֵלַי בֶּן אָדָם כְּבָר שָׁנִינוּ עַד וַיֹּאמֶר אֵלַי בֶּן אָדָם עֲמֹוד עַל רַגְלֶיךָ:
« Nous avons appris jusqu'à et Il me dit : fils d'homme » : nous avons déjà étudié jusqu'au verset « et Il me dit : fils d'homme, tiens-toi sur tes pieds ».
הֵן הֵן מַעֲשֵׂה הַמֶּרְכָּבָה אִם עַד כָּאן שְׁנִיתֶם הַרְבֵּה שְׁנִיתֶם שֶׁשְּׁנֵי מִקְרָאוֹת הַלָּלוּ שֶׁהֵן וָאֵרֶא כְּעֵין הַחַשְׁמַל וְגוֹ' כְּמַרְאֵה הַקֶּשֶׁת וְגוֹ' הֵם שֶׁהִקְפִּידוּ עֲלֵיהֶם חֲכָמִים מִלְּדָורְשָׁם שֶׁהֵן מְדַבְּרִין בְּצוּרַת שְׁכִינָה וּמַרְאֵהוּ:
« Ce sont là précisément le maasse merkava » : si vous avez étudié jusqu'ici, vous avez beaucoup étudié, car ces deux versets, « et je vis comme l'éclat du hachmal », etc., et « comme l'aspect de l'arc », etc., sont ceux dont les Sages ont interdit l'exposition, parce qu'ils parlent de la forme de la Chekhina et de son aspect.
🪔 Ben Yehoyada (1)
רַבִּי אָבָהוּ אָמַר: מֵהָכָא: "כְּבָשִׁים לִלְבוּשֶׁךָ". נִרְאֶה לִי בס"ד דְּאָמַר לְקַמָּן הֲוָה הַהוּא יָנוֹקָא דְּרֵישׁ בְּחַשְׁמַל וּנְפַק נוּרָא מֵחַשְׁמַל וַאֲכַלְתִּיהָ וְיָדוּעַ חַשְׁמַל [378] עוֹלֶה מִסֵּפֶר מַלְבּוּשׁ [378] לָזֶה אָמַר כְּבָשִׂים לִלְבוּשֶׁךָ (מִשְׁלֵי כז, כו) פֵּירוּשׁ דְּבָרִים שֶׁל לְבוּשֶׁיךָ שֶׁהוּא חַשְׁמַל יִהְיוּ כְּבוּשִׁים וְנִסְתָּרִים.
« Rabbi Abahou a dit : on le tire d'ici, les agneaux sont pour ton vêtement. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que cela se rattache à ce qui est dit plus loin : un jeune garçon exposa le hachmal, un feu sortit du hachmal et le consuma. Or l'on sait que hachmal [378] a la même valeur que malbouch (le vêtement) [378]. C'est pourquoi il a dit « les agneaux sont pour ton vêtement » (Michlei 27,26) : les matières qui relèvent de ton vêtement, c'est-à-dire le hachmal, doivent demeurer tenues cachées.
💡 Explication

Rabbi Abahou propose un second appui, par une lecture du mot kevassim (agneaux) entendu comme kevachim, choses tenues cachées : ce qui relève du secret du monde demeure sous le vêtement.

Les anciens répliquent qu'ils ont déjà étudié le chapitre de Ye'hezkel jusqu'à son dernier verset. Rav Yossef leur répond que ces derniers versets sont précisément le maasse merkava, et Rachi précise lesquels : ceux qui décrivent l'éclat du hachmal et l'aspect de l'arc.

10
מֵיתִיבִי: עַד הֵיכָן מַעֲשֵׂה הַמֶּרְכָּבָה? רַבִּי אוֹמֵר: עַד ״וָאֵרֶא״ בָּתְרָא, רַבִּי יִצְחָק אוֹמֵר: עַד ״הַחַשְׁמַל״. עַד ״וָאֵרֶא״ מַגְמְרִינַן, מִכָּאן וְאֵילָךְ מָסְרִינַן רָאשֵׁי פְרָקִים. אִיכָּא דְאָמְרִי: עַד ״וָאֵרֶא״ מָסְרִינַן רָאשֵׁי פְּרָקִים, מִכָּאן וְאֵילָךְ, אִם הוּא חָכָם מֵבִין מִדַּעְתּוֹ — אִין, אִי לָא — לָא.

On objecte : jusqu'où va le maasse merkava ? Rabbi dit : jusqu'au second « et je vis » (Ye'hezkel 1,27).

Rabbi Yits'hak dit : jusqu'au mot « le hachmal ». Jusqu'à « et je vis » nous enseignons ; à partir de là, nous ne transmettons que les têtes de chapitres.

Certains disent : jusqu'à « et je vis » nous transmettons les têtes de chapitres ; à partir de là, s'il est sage et comprend de lui-même, oui ; sinon, non.

📜 Rachi (4)
מֵיתִיבִי גָּרְסִינַן וְלָא גָּרְסִינַן וּמִי הָוֵי מַעֲשֵׂה הַמֶּרְכָּבָה עַד הָכָא:
« On objecte » : telle est la leçon ; on ne lit pas « et le maasse merkava va-t-il jusqu'ici ? ».
עַד וָאֵרֶא כְּעֵין הַחַשְׁמַל וְלֹא הוּא בִּכְלָל:
« Jusqu'à et je vis » : le verset « comme l'éclat du hachmal », celui-ci n'étant pas compris dans la permission.
עַד הַחַשְׁמַל עַד הַתֵּיבָה הַזּוֹ וְהִיא בִּכְלָל לִידָּרֵשׁ:
« Jusqu'au hachmal » : jusqu'à ce mot, celui-ci étant compris dans ce qu'il est permis d'exposer.
עַד וָאֵרֶא מִגְמָר גָּמְרִינַן כְּלוֹמַר הָכִי קָאָמַר עַד הֵיכָן מַעֲשֵׂה מֶרְכָּבָה שֶׁנָּתְנוּ לִדְרוֹשׁ עַד וָאֵרֶא אוֹ עַד הַחַשְׁמַל וּמִשָּׁם עַד וְיֹאמַר הֵן הֵן מַעֲשֵׂה מֶרְכָּבָה שֶׁהִקְפִּידוּ עֲלֵיהֶן חֲכָמִים:
« Jusqu'à et je vis nous enseignons » : voici le sens de la question — jusqu'où va le maasse merkava qu'il est permis d'exposer ? Jusqu'à « et je vis », ou jusqu'au hachmal ; et de là jusqu'à « et Il me dit », ce sont là précisément le maasse merkava dont les Sages ont interdit l'exposition.
💡 Explication

Une baraita est opposée à Rav Yossef : elle borne le maasse merkava avant la fin du chapitre. Rabbi l'arrête au second vaere (et je vis), ce verset exclu ; Rabbi Yits'hak au mot hachmal, celui-ci inclus.

La réponse distingue deux régimes de transmission le long du chapitre. Première version : jusqu'à la borne on enseigne pleinement, au-delà seulement les têtes de chapitres. Seconde version : jusqu'à la borne les têtes de chapitres, au-delà rien, sauf pour celui qui est sage et comprend de lui-même.

11
וּמִי דָּרְשִׁינַן בְּחַשְׁמַל? וְהָא הָהוּא יָנוֹקָא דִּדְרַשׁ בְּחַשְׁמַל, וְנָפְקָא נוּרָא וַאֲכַלְתִּיהָ! שָׁאנֵי יָנוֹקָא, דְּלָאו מָטֵי זִימְנֵיהּ.

Expose-t-on donc le hachmal ? Or voici ce jeune garçon qui exposa le hachmal : un feu sortit et le consuma !

Le cas d'un jeune garçon est différent, car son temps n'était pas venu.

💡 Explication

Une objection porte sur le hachmal lui-même : si son exposé était permis, comment expliquer le sort de l'enfant que le feu a consumé ? La réponse tient au moment, lav mati zimneih : son temps n'était pas venu.

Le danger vient donc de l'inadéquation entre la matière et celui qui l'aborde, la matière demeurant permise en elle-même.

12
אָמַר רַב יְהוּדָה: בְּרַם זָכוּר אוֹתוֹ הָאִישׁ לַטּוֹב, וַחֲנַנְיָה בֶּן חִזְקִיָּה שְׁמוֹ. אִלְמָלֵא הוּא — נִגְנַז סֵפֶר יְחֶזְקֵאל, שֶׁהָיוּ דְּבָרָיו סוֹתְרִין דִּבְרֵי תוֹרָה. מֶה עָשָׂה? הֶעֱלוּ לוֹ שְׁלֹושׁ מֵאוֹת גַּרְבֵי שֶׁמֶן, וְיָשַׁב בַּעֲלִיָּיה וְדָרְשׁוּ.

Rav Yehouda a dit : en vérité, que cet homme soit rappelé en bien, Hanania ben Hizkia était son nom. Sans lui, le livre de Ye'hezkel aurait été retiré de la circulation, car ses paroles contredisaient des paroles de la Torah.

Que fit-il ? On lui monta trois cents jarres d'huile ; il s'installa dans une chambre haute et l'exposa.

📜 Rachi (2)
נִגְנַז סֵפֶר יְחֶזְקֵאל שֶׁיֵּשׁ בְּסוֹפוֹ דְּבָרִים בְּקָרְבְּנוֹת שֶׁסּוֹתְרִין דִבְרֵי תוֹרָה:
« Le livre de Ye'hezkel aurait été retiré » : car il contient à la fin, au sujet des sacrifices, des énoncés qui contredisent des paroles de la Torah.
גַּרְבֵי שֶׁמֶן לְהַדְלִיק:
« Des jarres d'huile » : pour s'éclairer.
💡 Explication

Rav Yehouda rappelle le mérite de Hanania ben Hizkia. Le livre de Ye'hezkel risquait la gueniza, le retrait de la circulation, parce que ses derniers chapitres, sur les sacrifices du Temple futur, contredisent des règles de la Torah.

Les trois cents jarres d'huile mesurent la durée du travail : Rachi précise qu'elles servaient à l'éclairage, donc à des nuits d'étude prolongées jusqu'à ce que chaque contradiction trouve sa réponse.

13
תָּנוּ רַבָּנַן: מַעֲשֶׂה בְּתִינוֹק אֶחָד שֶׁהָיָה קוֹרֵא בְּבֵית רַבּוֹ בְּסֵפֶר יְחֶזְקֵאל וְהָיָה מֵבִין בְּחַשְׁמַל, וְיָצְאָה אֵשׁ מֵחַשְׁמַל וּשְׂרָפַתּוּ, וּבִיקְשׁוּ לִגְנֹוז סֵפֶר יְחֶזְקֵאל. אָמַר לָהֶם חֲנַנְיָה בֶּן חִזְקִיָּה: אִם זֶה חָכָם — הַכֹּל חֲכָמִים הֵן?

Nos maîtres ont enseigné : il advint qu'un enfant lisait le livre de Ye'hezkel dans la maison de son maître et comprenait le hachmal ; un feu sortit du hachmal et le brûla, et l'on voulut retirer le livre de Ye'hezkel. Hanania ben Hizkia leur dit : si celui-ci était un sage, tous sont-ils donc des sages ?

📜 Rachi (1)
וְהָיָה מֵבִין בְּחַשְׁמַל לִדְרוֹשׁ מַהוּ:
« Il comprenait le hachmal » : au point d'en exposer la nature.
💡 Explication

La baraita donne l'épisode de l'enfant déjà évoqué. Le motif de la demande de gueniza change ici : le premier tenait aux contradictions halakhiques, celui-ci tient au danger de la matière.

La réponse de Hanania ben Hizkia porte sur la rareté du cas : cet enfant comprenait le hachmal, ce qui demeure l'exception. Un livre ne se retire pas de la circulation pour un cas isolé.

14
מַאי חַשְׁמַל? אָמַר רַב יְהוּדָה:

Qu'est-ce que le hachmal ? Rav Yehouda a dit :

💡 Explication

La question finale ouvre sur la définition du hachmal, terme du premier chapitre de Ye'hezkel que la guemara vient de placer au centre du danger. La réponse de Rav Yehouda commence au folio suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).