Sougya : Le folio ouvre sur la fin de la difficulté laissée en suspens : l'obscurité entoure la Gloire dans les chambres extérieures, la lumière se tient dans les chambres intérieures. Rav Aha bar Yaakov ajoute un firmament au-dessus des têtes des hayot, puis la guemara pose une limite — jusqu'ici la parole est permise, au-delà elle ne l'est plus — et l'appuie sur le livre de Ben Sira.
Vient alors la réponse de la bat kol à Nevoukhadnetsar : une vie d'homme compte soixante-dix ans, tandis que la montée vers le trône se mesure en étapes de cinq cents ans de marche, firmament après firmament, puis membre après membre des hayot. La seconde moitié du folio traite des conditions de la transmission : les têtes de chapitres, le av beit din et le cœur inquiet, les cinq qualités de Rabbi Ami, l'interdit d'enseigner à un non-Juif, et trois refus successifs de transmettre.
Le folio se termine sur le hachmal : jusqu'où l'exposé est permis, l'enfant que le feu consuma, et le livre de Ye'hezkel sauvé par Hanania ben Hizkia.
... concerne les chambres intérieures, tandis que cela concerne les chambres extérieures. Et Rav Aha bar Yaakov a dit : il y a encore un firmament au-dessus des têtes des hayot (les créatures), ainsi qu'il est écrit : « et une forme au-dessus des têtes de la créature, un firmament comme l'éclat du cristal redoutable » (Ye'hezkel 1,22).
Le folio reprend au milieu de la réponse laissée ouverte à la fin de 12b : deux versets se contredisaient sur l'obscurité et la lumière autour de la Gloire. La distinction les répartit entre les chambres intérieures (batei gavaei), où se tient la lumière, et les chambres extérieures (batei baraei), qu'entoure l'obscurité.
Rav Aha bar Yaakov ajoute ensuite un degré à la description : au-dessus des sept firmaments et des hayot, un firmament supplémentaire, tiré du verset de Ye'hezkel. Ce degré prépare l'échelle de mesure qui vient aussitôt après.
Jusqu'ici tu as permission de parler ; à partir de là, tu n'as pas permission de parler, car il est écrit dans le livre de Ben Sira : « ce qui te dépasse, ne le recherche pas ; ce qui t'est caché, ne l'examine pas ; sur ce qui t'a été permis, médite ; tu n'as pas affaire aux choses cachées ». On a enseigné : Rabban Yo'hanan ben Zakkai a dit : quelle réponse la bat kol (voix céleste) a-t-elle faite à cet impie lorsqu'il a dit « je monterai sur les hauteurs de la nuée, je me rendrai semblable au Très-Haut » (Yechayahou 14,14) ?
Une bat kol sortit et lui dit : impie fils d'impie, descendant de Nimrod l'impie, qui fit se révolter le monde entier contre Lui durant son règne —
La guemara pose ici la borne de ce qui peut être dit : ad kan yech lekha rechout ledaber, jusqu'ici tu as permission de parler. L'appui vient du livre de Ben Sira, ouvrage extérieur au canon, cité comme formule de sagesse : étudie ce qui t'a été permis, laisse ce qui t'est caché.
Suit la baraita de Rabban Yo'hanan ben Zakkai. Nevoukhadnetsar avait annoncé une montée ; la bat kol lui répond en mesurant la distance réelle. Le rappel de Nimrod rattache sa prétention à une révolte déjà connue, et Rachi note que le mot « contre Lui » est une formulation atténuée (lachon nekia).
Combien sont les années de l'homme ? Soixante-dix ans, ainsi qu'il est dit : « les jours de nos années sont de soixante-dix ans, et avec vigueur quatre-vingts ans » (Tehilim 90,10).
Or de la terre jusqu'au firmament il y a une marche de cinq cents ans, l'épaisseur du firmament est une marche de cinq cents ans, et il en va de même entre chaque firmament.
La réponse de la bat kol commence par un calcul. Une vie d'homme compte soixante-dix ans ; la première étape de la montée, de la terre au premier firmament, en compte cinq cents. L'épaisseur de chaque firmament et l'écart entre deux firmaments valent autant.
Les Tossefot précisent que ces soixante-dix ans donnent la durée ordinaire d'une vie plutôt que l'âge réel de Nevoukhadnetsar, que l'on peut calculer plus long depuis l'époque de Sanhériv.
Au-dessus d'eux, les hayot hakodech (les créatures saintes). Les pieds des hayot valent l'ensemble, les chevilles des hayot valent l'ensemble, les jambes des hayot valent l'ensemble, les genoux des hayot valent l'ensemble, les cuisses des hayot valent l'ensemble, les corps des hayot valent l'ensemble, les cous des hayot valent l'ensemble, les têtes des hayot valent l'ensemble, les cornes des hayot valent l'ensemble.
Au-dessus d'eux, le trône de Gloire : les pieds du trône de Gloire valent l'ensemble, le trône de Gloire vaut l'ensemble, et le Roi, D.ieu vivant, élevé et exalté, demeure au-dessus d'eux. Et toi, tu as dit : « je monterai sur les hauteurs de la nuée, je me rendrai semblable au Très-Haut » — « mais tu seras précipité au chéol, aux profondeurs de la fosse » (Yechayahou 14,15).
Le calcul se poursuit au-delà des firmaments. La formule répétée, kenegged koulan (en face de tous), signifie que chaque membre des hayot égale à lui seul la hauteur totale de tout ce qui se trouve en dessous de lui : les neuf membres énumérés multiplient donc la distance par autant d'étages.
Rachi explique le vocabulaire anatomique un terme après l'autre. Au sommet viennent les pieds du trône de Gloire, puis le trône lui-même, et enfin Celui qui demeure au-dessus. La conclusion revient au verset de Yechayahou : la montée annoncée se solde par une descente.
« Ni le Char à un seul. » Rabbi Hiya a enseigné : on lui transmet cependant les rachei perakim (les têtes de chapitres). Rabbi Zeira a dit : on ne transmet les têtes de chapitres qu'au av beit din (président du tribunal), et à quiconque a le cœur inquiet en lui.
Certains disent : à condition qu'il ait lui-même le cœur inquiet en lui.
Retour à la michna. L'interdiction porte sur l'exposé du maasse merkava même devant un seul élève. Rabbi Hiya y apporte une ouverture : on peut lui transmettre les rachei perakim, les têtes de chapitres, en le laissant compléter par lui-même.
Rabbi Zeira restreint encore : le destinataire doit être av beit din, ou bien avoir le cœur inquiet en lui. La seconde version cumule les deux conditions sur une seule personne, comme le note Rachi : tartei baeinan, nous en exigeons deux.
Rabbi Ami a dit : on ne transmet les sitrei Torah (les secrets de la Torah) qu'à celui qui réunit cinq qualités : « chef de cinquante, homme considéré, conseiller, sage artisan et habile enchanteur » (Yechayahou 3,3). Et Rabbi Ami a dit : on ne transmet pas de paroles de Torah a un non-Juif, ainsi qu'il est dit : « Il n'a pas agi ainsi pour toute autre nation, et Ses lois, elles ne les connaissent pas » (Tehilim 147,20).
Rabbi Ami lit dans un verset de Yechayahou la liste des cinq qualités requises pour recevoir les sitrei Torah. Rachi précise ce que ce terme recouvre : maasse merkava, Sefer Yetsira, maasse berechit.
La seconde règle de Rabbi Ami écarte le non-Juif de l'enseignement de la Torah. Les Tossefot demandent pourquoi une règle distincte est nécessaire, puisqu'un tel enseignement tombe déjà sous l'interdit de placer un obstacle devant l'aveugle ; ils répondent que la règle vaut même là où cet interdit ne s'applique pas.
Rabbi Yo'hanan dit à Rabbi Elazar : viens que je t'enseigne le maasse merkava. Il lui répondit : je n'ai pas encore vieilli.
Lorsqu'il fut âgé, Rabbi Yo'hanan était déjà décédé. Rabbi Assi lui dit : viens que je t'enseigne le maasse merkava.
Il lui répondit : si j'en avais été digne, je l'aurais appris de Rabbi Yo'hanan, ton maître.
Deux échanges rapportent le même refus. Rabbi Elazar décline l'offre de Rabbi Yo'hanan au motif qu'il n'a pas encore l'âge requis ; Rachi rattache ce motif à la condition précédente, le cœur inquiet, qui suppose une maturité.
Quand l'âge vient, le maître a disparu. L'offre de Rabbi Assi se heurte alors à un second refus, d'un autre ordre : celui qui n'a pas reçu de Rabbi Yo'hanan se tient pour indigne de recevoir de son disciple.
Rav Yossef avait appris le maasse merkava. Les anciens de Poumbedita, eux, enseignaient le maasse berechit.
Ils lui dirent : que le maître nous enseigne le maasse merkava. Il leur répondit : enseignez-moi d'abord le maasse berechit.
Après qu'ils le lui eurent enseigné, ils lui dirent : que le maître nous enseigne maintenant le maasse merkava ! Il leur répondit : nous avons appris à leur sujet « du miel et du lait sont sous ta langue » (Chir HaChirim 4,11) — les choses plus douces que le miel et le lait doivent rester sous ta langue.
Rav Yossef possède le maasse merkava, les anciens de Poumbedita possèdent le maasse berechit. Un échange est proposé et Rav Yossef reçoit d'abord sa part. Il refuse ensuite de donner la sienne, en appuyant son refus sur un verset du Chir HaChirim.
La lecture est allusive : ce qui est plus doux que le miel et le lait doit rester sous la langue, hors de la parole prononcée. Le refus tient à la nature même de la matière.
Rabbi Abahou a dit : on le tire d'ici — « les agneaux (kevassim) sont pour ton vêtement » (Michlei 27,26) : les choses qui relèvent de ce que le monde tient caché (kivchono chel olam) doivent rester sous ton vêtement. Ils lui dirent : nous les avons déjà apprises jusqu'à « et Il me dit : fils d'homme » (Ye'hezkel 2,1).
Il leur répondit : ce sont là précisément le maasse merkava.
Rabbi Abahou propose un second appui, par une lecture du mot kevassim (agneaux) entendu comme kevachim, choses tenues cachées : ce qui relève du secret du monde demeure sous le vêtement.
Les anciens répliquent qu'ils ont déjà étudié le chapitre de Ye'hezkel jusqu'à son dernier verset. Rav Yossef leur répond que ces derniers versets sont précisément le maasse merkava, et Rachi précise lesquels : ceux qui décrivent l'éclat du hachmal et l'aspect de l'arc.
On objecte : jusqu'où va le maasse merkava ? Rabbi dit : jusqu'au second « et je vis » (Ye'hezkel 1,27).
Rabbi Yits'hak dit : jusqu'au mot « le hachmal ». Jusqu'à « et je vis » nous enseignons ; à partir de là, nous ne transmettons que les têtes de chapitres.
Certains disent : jusqu'à « et je vis » nous transmettons les têtes de chapitres ; à partir de là, s'il est sage et comprend de lui-même, oui ; sinon, non.
Une baraita est opposée à Rav Yossef : elle borne le maasse merkava avant la fin du chapitre. Rabbi l'arrête au second vaere (et je vis), ce verset exclu ; Rabbi Yits'hak au mot hachmal, celui-ci inclus.
La réponse distingue deux régimes de transmission le long du chapitre. Première version : jusqu'à la borne on enseigne pleinement, au-delà seulement les têtes de chapitres. Seconde version : jusqu'à la borne les têtes de chapitres, au-delà rien, sauf pour celui qui est sage et comprend de lui-même.
Expose-t-on donc le hachmal ? Or voici ce jeune garçon qui exposa le hachmal : un feu sortit et le consuma !
Le cas d'un jeune garçon est différent, car son temps n'était pas venu.
Une objection porte sur le hachmal lui-même : si son exposé était permis, comment expliquer le sort de l'enfant que le feu a consumé ? La réponse tient au moment, lav mati zimneih : son temps n'était pas venu.
Le danger vient donc de l'inadéquation entre la matière et celui qui l'aborde, la matière demeurant permise en elle-même.
Rav Yehouda a dit : en vérité, que cet homme soit rappelé en bien, Hanania ben Hizkia était son nom. Sans lui, le livre de Ye'hezkel aurait été retiré de la circulation, car ses paroles contredisaient des paroles de la Torah.
Que fit-il ? On lui monta trois cents jarres d'huile ; il s'installa dans une chambre haute et l'exposa.
Rav Yehouda rappelle le mérite de Hanania ben Hizkia. Le livre de Ye'hezkel risquait la gueniza, le retrait de la circulation, parce que ses derniers chapitres, sur les sacrifices du Temple futur, contredisent des règles de la Torah.
Les trois cents jarres d'huile mesurent la durée du travail : Rachi précise qu'elles servaient à l'éclairage, donc à des nuits d'étude prolongées jusqu'à ce que chaque contradiction trouve sa réponse.
Nos maîtres ont enseigné : il advint qu'un enfant lisait le livre de Ye'hezkel dans la maison de son maître et comprenait le hachmal ; un feu sortit du hachmal et le brûla, et l'on voulut retirer le livre de Ye'hezkel. Hanania ben Hizkia leur dit : si celui-ci était un sage, tous sont-ils donc des sages ?
La baraita donne l'épisode de l'enfant déjà évoqué. Le motif de la demande de gueniza change ici : le premier tenait aux contradictions halakhiques, celui-ci tient au danger de la matière.
La réponse de Hanania ben Hizkia porte sur la rareté du cas : cet enfant comprenait le hachmal, ce qui demeure l'exception. Un livre ne se retire pas de la circulation pour un cas isolé.
Qu'est-ce que le hachmal ? Rav Yehouda a dit :
La question finale ouvre sur la définition du hachmal, terme du premier chapitre de Ye'hezkel que la guemara vient de placer au centre du danger. La réponse de Rav Yehouda commence au folio suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).