Chagigah 13b — La Merkava de Yehezkel : le hachmal, Sandalfon, le bœuf changé en kerouv, et ce qui a diminué depuis la destruction

Chagigah 13b

Sougya : Le folio poursuit l'exposition du premier chapitre de Ye'hezkel, c'est-à-dire le Maasse Merkava. Il achève la lecture du mot hachmal comme notarikon de hayot ech memallelot, les créatures de feu qui parlent, puis explique le mouvement ratso vachov des hayot et la tempête venue du nord, qui alla soumettre le monde à Nevoukhadnetsar pour que les nations ne disent pas qu'Israël fut livré à un peuple vil.

Vient ensuite l'ange Sandalfon, l'ofan qui se tient à terre et noue des couronnes pour son Créateur, puis la comparaison de Rava entre Ye'hezkel, le villageois qui voit le roi, et Yechayahou, le citadin qui le voit sans s'étonner. Le cœur halakhique du passage est une série de contradictions entre versets : le bœuf de Ye'hezkel 1 devenu kerouv en Ye'hezkel 10, les six ailes de Yechayahou contre les quatre de Ye'hezkel, et les mille milliers de Daniel contre les troupes sans nombre de Iyov ; la guemara les résout toutes par la même distinction entre le temps où le Temple est debout et le temps où il ne l'est plus.

Le folio se clôt sur le nehar Dinour, né de la sueur des hayot, et sur les 974 générations retirées avant d'être créées.

Chagigah 13b - le plan du folio 1. Le hachmal hayot ech memallelot : elles se taisent quand la parole sort ; sinon elles parlent 2. La vision ratso vachov, la tempête du nord, et pourquoi Nevoukhadnetsar a conquis le monde 3. Sandalfon l'ofan qui se tient à terre et noue des couronnes ; comment, si nul ne sait Son lieu 4. Les quatre faces le bœuf devenu kerouv, l'accusateur qui ne peut plus servir de défenseur ; grandes et petites faces 5. Ce qui diminue les ailes, puis la familia d'en haut ; enfin le nehar Dinour et où il se déverse Le procédé répété du folio : trois contradictions entre versets, une seule réponse bœuf ou kerouv - six ailes ou quatre - mille milliers ou sans nombre Les deux derniers se résolvent par : Temple debout / Temple détruit Terme-clé : kivyakhol, pour ainsi dire Rachi : même à l'égard de l'armée de la Chekhina, nous avons été contraints d'employer un langage de diminution
Le parcours du folio, de la fin du hachmal au nehar Dinour, et le procédé qui le structure : une contradiction entre deux versets résolue par la distinction entre le temps du Temple et le temps de sa ruine.
Les quatre faces de la Merkava : avant et après la prière de Ye'hezkel Ye'hezkel 1, 10 la vision du fleuve Kevar Ye'hezkel 10, 14 la vision du Temple face d'homme (adam) face de lion (arie) face de bœuf (chor) face d'aigle (necher) face d'homme (adam) face de lion (arie) face de kerouv = visage d'enfant face d'aigle (necher) Rech Lakich : Ye'hezkel demanda miséricorde à son sujet katigor yeasse sanegor ? L'argument : le bœuf rappelle le veau d'or Rachi : nous avons besoin que Tes merkavot demandent miséricorde sur nous, et le bœuf est un accusateur Rav Papa objecte : si kerouv veut dire enfant, c'est déjà la face d'homme - réponse : grandes faces et petites faces
Les quatre faces avant et après la demande de Yehezkel : le boeuf de Yehezkel 1 devient kerouv en Yehezkel 10, parce qu'un accusateur ne peut pas servir de défenseur.
Quelles ailes ont diminué ? La mahloket et l'objection Six ailes chez Yechayahou, quatre chez Ye'hezkel Temple debout / Temple détruit : deux d'entre elles ont été retirées Rav Hananel au nom de Rav Celles par lesquelles elles disent le chant Preuve : "et avec deux il volait" (yeofef) est suivi de "et l'un criait vers l'autre" ; et ailleurs : "hata'if tes yeux... elle n'est plus" même racine : ces ailes-là ont cessé Les Rabanan Celles dont elles couvrent leurs pieds Preuve : "et leurs pieds, un pied droit" - si elles n'avaient pas été retirées, comment Ye'hezkel aurait-il su à quoi ressemblent leurs pieds ? Objection : peut-être se sont-elles découvertes un instant, comme pour la face qu'il a vue aussi Réponse : les deux cas ne se comparent pas découvrir sa face devant son maître se fait ; son pied, non Même distinction, autre contradiction Daniel : mille milliers Le servent Iyov : y a-t-il un nombre à Ses troupes ? la familia d'en haut a diminué, kivyakhol
La mahloket sur les deux ailes retirées, la preuve tirée du verset dans chaque camp, l'objection sur ce que le prophète a pu voir, et sa réfutation par la convenance.
1
חַיּוֹת אֵשׁ מְמֻלָּלוֹת. בְּמַתְנִיתָא תַּנָּא: עִתִּים חָשׁוֹת, עִתִּים מְמֻלָּלוֹת. בְּשָׁעָה שֶׁהַדִּיבּוּר יוֹצֵא מִפִּי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא — חָשׁוֹת, וּבְשָׁעָה שֶׁאֵין הַדִּיבּוּר יוֹצֵא מִפִּי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא — מְמֻלָּלוֹת.

Des hayot (créatures) de feu qui parlent. Dans une baraita on a enseigné : par moments elles se taisent, par moments elles parlent.

À l'heure où la parole sort de la bouche du Saint béni soit-Il, elles se taisent ; et à l'heure où la parole ne sort pas de la bouche du Saint béni soit-Il, elles parlent.

📜 Rachi (1)
חַיּוֹת אֵשׁ מְמֻלָּלוֹת אֵשׁ יוֹצֵא מִדִּיבּוּרָן:
Du feu sort de leur parole.
💡 Explication

Le folio précédent lisait le mot hachmal de Ye'hezkel 1, 4 comme un notarikon, un acronyme : hayot ech memallelot, des créatures de feu qui parlent. La baraita rapportée ici fournit une seconde lecture, qui joue sur la coupure du mot en deux : hach, se taire, et mal, parler. Le même nom décrit donc les deux états successifs des mêmes créatures.

La règle donnée est une règle de préséance : tant que la parole divine est émise, elles se taisent ; le chant des créatures ne se superpose jamais à la parole du Saint béni soit-Il. Rachi précise que leur parole elle-même est de feu, ce qui rattache la baraita au premier terme du notarikon.

2
״וְהַחַיּוֹת רָצוֹא וָשׁוֹב כְּמַרְאֵה הַבָּזָק״. מַאי ״רָצוֹא וָשׁוֹב״? אָמַר רַב יְהוּדָה: כְּאוּר הַיּוֹצֵא מִפִּי הַכִּבְשָׁן. מַאי ״כְּמַרְאֵה הַבָּזָק״? אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא: כְּאוּר הַיּוֹצֵא מִבֵּין הַחֲרָסִים.

« Et les hayot allaient et venaient, comme l'aspect du bazak » (Ye'hezkel 1, 14). Que signifie « allaient et venaient » ?

Rav Yehouda a dit : comme la flamme qui sort de la bouche du four. Que signifie « comme l'aspect du bazak » ?

Rabbi Yossi bar Hanina a dit : comme la flamme qui sort d'entre les tessons.

📜 Rachi (3)
רָצוֹא וָשׁוֹב מוֹצִיאוֹת רֹאשָׁן מִתַּחַת הָרָקִיעַ הַנָּטוּי לְמַעְלָה מֵרָאשֵׁיהֶן וְחוֹזְרוֹת וּמַכְנִיסוֹת אוֹתָן מִמּוֹרָא הַשְּׁכִינָה בִּמְהִירוּת כְּרִיצָה וְשֵׂיבָה שֶׁל לַהַב הַיּוֹצֵא מִפִּי הַבָּזָק:
Elles sortent leur tête de sous le rakia tendu au-dessus de leurs têtes, puis la retirent par crainte de la Chekhina, avec la rapidité d'un aller et retour de la flamme qui sort de la bouche du bazak.
הַכִּבְשָׁן שֶׁשּׂוֹרְפִין בּוֹ אֲבָנִים לְסִיד וּבָזָק לְשׁוֹן שִׁבְרֵי שְׁבָרִים הוּא שֶׁהָאוֹר יוֹצֵא בֵּין אֶבֶן לְאֶבֶן כְּדִתְנַן בְּעֵירוּבִין (דַּף קד') בּוֹזְקִין מֶלַח עַל גַּבֵּי הַכֶּבֶשׁ שֶׁלֹּא יַחֲלִיקוּ הַכֹּהֲנִים:
Le four où l'on brûle des pierres pour faire de la chaux. Et bazak est une langue d'éclats et de fragments, car la flamme sort entre une pierre et l'autre. Comme nous l'avons appris à Erouvin (104a) : on répand (bozkin) du sel sur la rampe, pour que les kohanim n'y glissent pas.
מִבֵּין הַחֲרָסִים דֶּרֶךְ מְזַקְּקֵי זָהָב לִנְקֹוב כְּלִי חֶרֶס נְקָבִים נְקָבִים וְכוֹפִין אוֹתוֹ עַל גַּבֵּי גֶּחָלִים שֶׁהַזָּהָב נָתוּן בָּהֶן בְּתוֹךְ כְּתִישַׁת הַחֲרָסִים שֶׁל לְבֵנִים עַל גַּבֵּי חֶרֶס וְלַהַב יֹוצֵא לְמַעְלָה דֶּרֶךְ נִקְבֵי הַכְּלִי וְהוּא עָשׂוּי גְּוָונִים גְּווָנִים וְתָמִיד יוֹצֵא וְנִכְנָס:
L'usage de ceux qui affinent l'or est de percer un vase de terre de trous multiples, puis de le retourner sur des braises dans lesquelles l'or est placé, au milieu d'un broyat de tessons de briques disposé sur un tesson ; la flamme sort vers le haut par les trous du vase, elle prend des teintes variées et ne cesse de sortir et de rentrer.
🗂️ Tossefot (1)
וְהַחַיּוֹת רָצוֹא וָשׁוֹב. פר"ח לְפִי שֶׁהֵן מִגֶּחָלִים עוֹמְמוֹת וְדַרְכָּן לְדַמּוֹת לִשְׁאָר שְׂרָפִים וּלְהוֹצִיא לֶהָבָה וְהַנִּיצוֹץ חוֹזֵר וְהַיְינוּ רָצוֹא וָשׁוֹב:
« Et les hayot allaient et venaient. » Le commentaire de Rabbenou Hananel explique : parce qu'elles proviennent de braises qui s'éteignent, et qu'il est dans leur nature de ressembler aux autres serafim et d'émettre une flamme, dont l'étincelle revient aussitôt ; c'est cela « aller et venir ».
💡 Explication

Le verset décrit un mouvement de va-et-vient, ratso vachov, littleralement « courir et revenir ». Les deux Amoraim ne divergent pas : chacun explique un terme différent du verset. Rav Yehouda explique le mouvement, Rabbi Yossi bar Hanina explique le mot bazak.

Rachi donne deux emplois du mot bazak : une langue d'éclats et de fragments, d'où la flamme qui jaillit entre deux pierres d'un four à chaux, et le sens de répandre, comme dans la michna de Erouvin sur le sel répandu sur la rampe du Temple. Les deux images choisies décrivent une flamme discontinue, qui sort et rentre sans cesse et prend des teintes changeantes.

3
״וָאֵרֶא וְהִנֵּה רוּחַ סְעָרָה בָּאָה מִן הַצָּפוֹן עָנָן גָּדוֹל וְאֵשׁ מִתְלַקַּחַת וְנֹוגַהּ לוֹ סָבִיב וּמִתּוֹכָהּ כְּעֵין הַחַשְׁמַל מִתּוֹךְ הָאֵשׁ״. לְהֵיכָן אֲזַל? אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: שֶׁהָלַךְ לִכְבּוֹשׁ אֶת כָּל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ תַּחַת נְבוּכַדְנֶצַּר הָרָשָׁע. וְכָל כָּךְ לָמָּה? שֶׁלֹּא יֹאמְרוּ אֻומּוֹת הָעוֹלָם: בְּיַד אֻומָּה שְׁפָלָה מָסַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא אֶת בָּנָיו. אָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: מִי גָּרַם לִי שֶׁאֶהְיֶה שַׁמָּשׁ לְעוֹבְדֵי פְסִילִים — עֲוֹנוֹתֵיהֶן שֶׁל יִשְׂרָאֵל הֵן גָּרְמוּ לִי.

« Et je vis, et voici un vent de tempête venant du nord, une grande nuée et un feu s'embrasant, avec une clarté autour de lui, et du milieu de ce feu comme l'aspect du hachmal » (Ye'hezkel 1, 4). Où ce vent est-il allé ?

Rav Yehouda a dit au nom de Rav : il est allé soumettre le monde entier sous Nevoukhadnetsar le racha. Et pourquoi tout cela ?

Pour que les nations du monde ne disent pas : c'est dans la main d'une nation vile que le Saint béni soit-Il a livré Ses fils. Le Saint béni soit-Il a dit : qui m'a amené à servir des adorateurs d'idoles ?

Ce sont les fautes d'Israël qui me l'ont causé.

📜 Rachi (2)
מִן הַצָּפוֹן מִבָּבֶל שֶׁהוּא בַּצָּפוֹן שֶׁנֶּאֱמַר מִצָּפוֹן תִּפָּתַח הָרָעָה (יִרְמְיָהוּ א׳:י״ד):
Du nord : de Bavel, qui est au nord, comme il est dit « du nord s'ouvrira le malheur » (Yirmeyahou 1, 14).
מַאי בָּעֲיָא הָתָם לָמָּה הָלְכָה לְבָבֶל:
Que cherchait-il là-bas : pourquoi ce vent est-il allé à Bavel.
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁלֹּא יֹאמְרוּ בְּיַד אֻומָּה שְׁפָלָה מָסַר אֶת בָּנָיו. וְהַיְינוּ כַּפֵּי' דְּהַהִיא דְּאָמַר בְּגִיטִּין (דַּף נו:) כָּל הַמֵּיצַר לְיִשְׂרָאֵל נַעֲשָׂה רֹאשׁ כְּלוֹמַר כְּבָר נַעֲשָׂה רֹאשׁ קֹודֶם שֶׁמֵּיצֵר לָהֶם:
« Pour qu'ils ne disent pas : c'est dans la main d'une nation vile qu'Il a livré Ses fils. » Cela s'accorde avec l'explication de l'enseignement de Guittin (56b) : « quiconque opprime Israël devient chef », c'est-à-dire qu'il est déjà devenu chef avant de les opprimer.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כְּדֵי שֶׁלֹּא יֹאמְרוּ אֻמּוֹת הָעוֹלָם: בְּיַד אֻמָּה שְׁפָלָה מָסַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא אֶת בָּנָיו. קַשָּׁא כַּמָּה נֶחְשָׁב בִּזְיוֹן דָּבָר זֶה כְּנֶגֶד רִבּוּיֵי בִּזְיוֹנוֹת שֶׁנַּעֲשֶׂה לְיִשְׂרָאֵל? וְנִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה בִּשְׁבִיל כְּבוֹד שָׁמַיִם דְּאֻומָּה הַמּוֹשֶׁלֶת בָּהֶם מֻוכְרָח שֶׁהִיא תִּקַּח הַשֶּׁפַע שֶׁהָיָה רָאוּי לָהֶם וְלָכֵן כְּשֶׁאוֹמְרִים בְּיַד אֻומָּה שְׁפִילָה מָסַר אֶת בָּנָיו יָצָא זִלְזוּל לַשֶּׁפַע הַקָּדוֹשׁ שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא שֶׁאָז גַּם הַשֶּׁפַע נִמְסָר בְּיַד אֻומָּה שְׁפָלָה. אוֹ יוּבָן הַכַּווָּנָה כִּי יֹאמְרוּ כֵּן כְּדֵי לְהַכְרִיחַ שֶׁאֵינָם נֶחְשָׁבִים בָּנָיו דְּאִם הֵם בָּנָיו כֵּיצַד יִמְסְרֵם בְּיַד אֻומָּה שְׁפָלָה וְלֹא יָחוּס עַל כְּבוֹדוֹ.
« Afin que les nations du monde ne disent pas : c'est dans la main d'une nation vile que le Saint béni soit-Il a livré Ses fils. » Difficulté : quel poids peut avoir cette humiliation-là, au regard des humiliations nombreuses qui ont été infligées à Israël ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'enjeu est l'honneur du Ciel : la nation qui domine sur eux prend nécessairement le <i>chefa</i>, l'abondance qui leur revenait ; dès lors, quand on dit « c'est dans la main d'une nation vile qu'Il a livré Ses fils », un mépris atteint le chefa saint du Saint béni soit-Il, puisque ce chefa lui-même se trouve alors livré dans la main d'une nation vile. On peut aussi comprendre qu'ils disent cela pour établir qu'Israël n'est pas Ses fils : car s'ils sont Ses fils, comment les livrerait-Il dans la main d'une nation vile sans égard pour Son honneur ?
💡 Explication

La question porte sur un détail du verset : le vent vient du nord, donc il va quelque part. Rachi identifie le nord à Bavel, sur la base du verset de Yirmeyahou 1, 14, « du nord s'ouvrira le malheur ».

La réponse renverse la lecture attendue. La grandeur de Nevoukhadnetsar n'est pas une récompense, elle est aménagée pour l'honneur d'Israël : puisqu'il était déjà décrété qu'Israël tomberait entre ses mains, il fallait qu'il fut un conquérant universel, afin que la défaite ne soit pas une humiliation supplémentaire. Tossefot rattache cela au principe de Guittin 56b, « quiconque opprime Israël devient chef » : l'élévation précède l'oppression.

La dernière phrase exprime la contrepartie. Le Saint béni soit-Il se décrit comme contraint de mener les guerres d'idolâtres, et impute cette contrainte aux fautes d'Israël.

🖼️ Schéma
Pourquoi le vent du nord alla soumettre le monde entier Le décret déjà posé Israël tombera dans la main de Nevoukhadnetsar Le risque les nations diraient : Ses fils livrés à une nation vile La mesure prise le vent va lui soumettre le monde entier d'abord Tossefot : c'est le principe de Guittin 56b quiconque opprime Israël devient chef - il l'est devenu avant de les opprimer La contrepartie, dite par le Saint béni soit-Il qui m'a amené à servir des adorateurs d'idoles ? les fautes d'Israël me l'ont causé
Le raisonnement du passage : la grandeur donnée à Nevoukhadnetsar sert à couvrir la honte de la défaite, et elle a son prix.
4
״וָאֵרֶא הַחַיּוֹת וְהִנֵּה אוֹפַן אֶחָד בָּאָרֶץ אֵצֶל הַחַיּוֹת״, אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: מַלְאָךְ אֶחָד שֶׁהוּא עוֹמֵד בָּאָרֶץ, וְרֹאשׁוֹ מַגִּיעַ אֵצֶל הַחַיּוֹת. בְּמַתְנִיתָא תְּנָא: סַנְדַּלְפוֹן שְׁמוֹ, הַגָּבוֹהַּ מֵחֲבֵרוֹ מַהֲלַךְ חֲמֵשׁ מֵאוֹת שָׁנָה. וְעוֹמֵד אֲחוֹרֵי הַמֶּרְכָּבָה וְקוֹשֵׁר כְּתָרִים לְקוֹנוֹ. אֵינִי? וְהָכְתִיב: ״בָּרוּךְ כְּבוֹד ה׳ מִמְּקוֹמוֹ״, מִכְּלָל דִּמְקוֹמוֹ לֵיכָּא דְּיָדַע לֵיהּ! דְּאָמַר שֵׁם אַתָּגָא וְאָזֵל וְיָתֵיב בְּרֵישֵׁיהּ.

« Et je vis les hayot, et voici un ofan à terre, auprès des hayot » (Ye'hezkel 1, 15). Rabbi Elazar a dit : c'est un ange qui se tient à terre et dont la tête atteint les hayot.

Dans une baraita on a enseigné : Sandalfon est son nom, plus haut que son compagnon d'une marche de cinq cents ans. Il se tient derrière la Merkava et noue des couronnes pour son Créateur.

En est-il ainsi ? Mais il est écrit : « béni soit l'honneur de ה' depuis Son lieu » (Ye'hezkel 3, 12), d'où il ressort que nul ne connaît Son lieu !

Il prononce un Nom sur la couronne, et elle s'en va se poser sur Sa tête.

🗂️ Tossefot (1)
וְקוֹשֵׁר כְּתָרִים לְקוֹנוֹ. מִתְּפִלָּתָן שֶׁל צַדִּיקִים הוּא עוֹשֶׂה עֲטָרוֹת:
« Et il noue des couronnes pour son Créateur. » C'est des prières des justes qu'il fait des couronnes.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מַלְאָךְ אֶחָד, שֶׁהוּא עוֹמֵד בָּאָרֶץ וְרֹאשׁוֹ מַגִּיעַ לְבֵין הַחַיּוֹת. הַאי 'אֶרֶץ' קָאֵי עַל עוֹלַם הָעֲשִׂיָּה שֶׁנִּקְרֵאת 'אֶרֶץ' וְכָתוּב בְּעֵץ חַיִּים שַׁעַר סֵדֶר אבי"ע [אֲצִילוּת, בְּרִיאָה, יְצִירָה, עֲשִׂיָּה] פ"ו, דְּהַנֶּפֶשׁ שֶׁל מַלְכוּת דִּיצִירָה הוּא סַנְדַּלְפוֹן וְעַל זֶה נֶאֱמַר וְהִנֵּה אוֹפַן אֶחָד בָּאָרֶץ (יְחֶזְקֵאל א, טו) , בְּמַתְנִיתָא תְּנָא: סַנְדַּלְפוֹן שְׁמוֹ וְכוּ' וְלִהְיוֹתוֹ נֶפֶשׁ דְּמַלְכוּת הַנִּקְרֵאת אֶרֶץ לָכֵן עָלָיו נֶאֱמַר 'וְהִנֵּה אוֹפַן אֶחָד בָּאָרֶץ' וְסוֹד רֵישָׁא דַּעֲשִׂיָּה הוּא עַצְמוֹ הַמַּלְאָךְ הַנִּזְכָּר שֶׁהוּא הַנֶּפֶשׁ דְּמַלְכוּת דִּיצִירָה וְלִהְיוֹת שֶׁבִּשְׁאָר עוֹלָמוֹת לֹא הָיָה כֵּן שֶׁהוּא עַצְמוֹ יְשַׁמֵּשׁ לְתַתָּא לְכָךְ עָלָיו נֶאֱמַר 'וְהִנֵּה אוֹפַן אֶחָד בָּאָרֶץ' לִהְיוֹתוֹ רֵישָׁא שֶׁל עֲשִׂיָּה וְכוּ' יְעֻויַּן שָׁם. וּלְפִי דִּבְרֵי רַבֵּינוּ זַ"ל יֻומְתַּק אוֹמְרָם וְרֹאשׁוֹ אֵצֶל הַחַיּוֹת יַעַן דְּחִיּוֹת הַקֹּודֶשׁ הֵם בִּיצִירָה כַּנִּזְכָּר בְּעֵץ חַיִּים. וּמַה שֶׁאָמְרוּ וְעוֹמֵד אֲחוֹרֵי הַמֶּרְכָּבָה וְקוֹשֵׁר כְּתָרִים לְקוֹנוֹ , הַכַּוָּנָה דְּכֵיוָן שֶׁהוּא מַלְכוּת דְּעוֹלָם הַיְּצִירָה הִנֵּה הוּא רֵישָׁא דַּעֲשִׂיָּה שֶׁהוּא בְּחִינַת הַכֶּתֶר דַּעֲשִׂיָּה לְכָךְ הוּא קוֹשֵׁר כְּתָרִים דַּייְקָא דְּמַעֲלֶה אוֹרוֹת אֵלּוּ עַד בְּחִינַת הַכֶּתֶר דַּאֲצִילוּת וְלָזֶה אָמַר לְקוֹנוֹ. וּמַקְשֵׁי וְהָא כְּתִיב (יְחֶזְקֵאל ג, יב) בָּרוּךְ כְּבוֹד ה' מִמְּקוֹמוֹ , כְּלוֹמַר מְקוֹמוֹ הוּא הָאֲצִילוּת הַנִּקְרָא מָקוֹם דְּלֵיכָּא דְּיָדַע לֵיהּ וּמְשַׁנֵּי אָמַר שָׁם וְסָלֵיק וְיָתֵיב אַרֵישֵׁיהּ , רוֹצֶה לוֹמַר דְּאוֹר הַכֶּתֶר עוֹלֶה מֵאֵילָיו עַל יְדֵי שֵׁם וְיָתֵיב בַּאֲצִילוּת הַנִּקְרָא רֹאשׁ. וְהִנֵּה לְפִי דִּבְרֵי רַבֵּינוּ מוֹרֵינוּ הָרַב שָׁלוֹם שַׁרְעַבִּי בִּנְהַר שָׁלוֹם דַּף ל"ד, הַמַּלְאָךְ הַנִּזְכָּר הוּא בָּחֲצוֹנִיּוֹת דַּחֲצוֹנִיּוֹת עַייֵּן שָׁם. וּלְפִי זֶה שַׁפִּיר אָמְרוּ עָלָיו שֶׁעוֹמֵד אֲחוֹרֵי הַמֶּרְכָּבָה דְּהַמֶּרְכָּבָה קָאֵי עַל חֶצּוֹנִיּוֹת וַאֲחוֹרֵי הַמֶּרְכָּבָה חֳצוֹנִיּוֹת דַּחֲצוֹנִיּוֹת.
« Un ange qui se tient à terre et dont la tête atteint les hayot. » Ce mot <i>erets</i>, terre, se rapporte au monde de Assia, qui est appelé terre. Il est écrit dans le Ets 'Hayim, chaar seder Abya (Atsilout, Beria, Yetsira, Assia), chapitre 6, que la <i>nefech</i> de Malkhout de Yetsira est Sandalfon, et c'est de lui qu'il est dit « et voici un ofan à terre » (Ye'hezkel 1, 15), et que dans une baraita on a enseigné « Sandalfon est son nom », etc. Et parce qu'il est la nefech de Malkhout, appelée terre, il est dit de lui « et voici un ofan à terre ». Le <i>sod</i> de la tête de Assia est cet ange lui-même, qui est la nefech de Malkhout de Yetsira ; et comme il n'en va pas ainsi dans les autres mondes, où ce n'est pas la même entité qui sert en bas, c'est de lui qu'il est dit « et voici un ofan à terre », puisqu'il est la tête de Assia, etc. Voir là-bas. Selon les paroles de notre maître, on comprend mieux « et sa tête atteint les hayot », car les hayot hakodech sont dans Yetsira, comme il est rappelé dans le Ets 'Hayim. Et ce qu'ils ont dit, « il se tient derrière la Merkava et noue des couronnes pour son Créateur » : puisqu'il est Malkhout du monde de Yetsira, il est la tête de Assia, soit l'aspect du Keter de Assia ; c'est pourquoi il noue précisément des couronnes, car il fait monter ces lumières jusqu'à l'aspect du Keter de Atsilout, et c'est pourquoi il est dit « pour son Créateur ». On objecte : mais il est écrit « béni soit l'honneur de ה' depuis Son lieu » (Ye'hezkel 3, 12) — c'est-à-dire que Son lieu est Atsilout, appelé lieu, que nul ne connaît. Et l'on répond : il prononce un Nom, et elle monte et se pose sur Sa tête — cela signifie que la lumière du Keter monte d'elle-même par le moyen d'un Nom et se pose dans Atsilout, appelé tête. Et selon les paroles de notre maître le Rav Chalom Charabi dans le Nehar Chalom, page 34, l'ange mentionné se situe dans l'extériorité de l'extériorité ; voir là-bas. Suivant cela, ils ont dit justement de lui qu'il se tient derrière la Merkava, car la Merkava désigne l'extériorité, et derrière la Merkava, l'extériorité de l'extériorité.
💡 Explication

Le verset parle d'un ofan, une roue, posée à terre auprès des hayot. Rabbi Elazar y voit un ange, dont la taille relie les deux plans : les pieds à terre, la tête au niveau des hayot.

L'objection porte sur une contradiction interne. Si nul ne connaît le lieu du Saint béni soit-Il, comme l'enseigne le verset « depuis Son lieu », comment un ange peut-il déposer une couronne ? La réponse dissocie le geste de sa destination : Sandalfon noue la couronne et prononce sur elle un Nom ; la couronne monte d'elle-même. L'ange ne franchit pas ce qu'il ne peut franchir.

Tossefot précise la matière de ces couronnes : elles sont faites des prières des justes.

🖼️ Schéma
Sandalfon : ce qu'il peut faire, et ce qu'il ne peut pas la terre - il s'y tient debout Sandalfon l'ofan à terre plus haut que son compagnon d'une marche de 500 ans derrière la Merkava les hayot - sa tête les atteint Son lieu - nul ne le connaît béni soit l'honneur de Hachem depuis Son lieu Ce qu'il ne fait pas il ne dépose pas lui-même la couronne : il ignore où est Son lieu Ce qu'il fait il noue la couronne des prières des justes, dit un Nom, et elle monte seule
L'ange relie la terre aux hayot, mais la couronne achève seule le trajet que lui-même ne peut pas faire.
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אָמַר רָבָא: כֹּל שֶׁרָאָה יְחֶזְקֵאל, רָאָה יְשַׁעְיָה. לָמָּה יְחֶזְקֵאל דּוֹמֶה — לְבֶן כְּפָר שֶׁרָאָה אֶת הַמֶּלֶךְ, וְלָמָּה יְשַׁעְיָה דּוֹמֶה — לְבֶן כְּרַךְ שֶׁרָאָה אֶת הַמֶּלֶךְ. אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: מַאי דִכְתִיב: ״אָשִׁירָה לַה׳ כִּי גָאֹה גָּאָה״ — שִׁירָה לְמִי שֶׁמִּתְגָּאֶה עַל הַגֵּאִים. דְּאָמַר מַר: מֶלֶךְ שֶׁבַּחַיּוֹת — אֲרִי, מֶלֶךְ שֶׁבַּבְּהֵמוֹת — שׁוֹר, מֶלֶךְ שֶׁבָּעוֹפוֹת — נֶשֶׁר, וְאָדָם מִתְגָּאֶה עֲלֵיהֶן, וְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מִתְגָּאֶה עַל כֻּולָּן וְעַל כָּל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ.

Rava a dit : tout ce que Ye'hezkel a vu, Yechayahou l'a vu. À quoi Ye'hezkel ressemble-t-il ?

À un villageois qui a vu le roi. Et à quoi Yechayahou ressemble-t-il ?

À un habitant de la grande ville qui a vu le roi. Rech Lakich a dit : que signifie ce qui est écrit, « je chanterai à ה', car Il s'est hautement élevé » (Chemot 15, 1) ?

Un chant à Celui qui s'élève au-dessus des orgueilleux. Car le maître a dit : le roi des bêtes sauvages est le lion, le roi des animaux domestiques est le bœuf, le roi des oiseaux est l'aigle ; et l'homme s'élève au-dessus d'eux ; et le Saint béni soit-Il s'élève au-dessus de tous et au-dessus du monde entier.

📜 Rachi (2)
רָאָה יְשַׁעְיָה כְּשֶׁשָּׁרְתָה עָלָיו רוּחַ הַקֹּדֶשׁ כַּמָּה שֶׁנֶּאֱמַר וָאֶרְאֶה אֶת ה' יֹושֵׁב עַל כִּסֵּא רָם וְנִשָּׂא וְגוֹ' (יְשַׁעְיָהוּ ו׳:א׳) אֶלָּא שֶׁלֹּא חָשׁ לְפָרֵשׁ אֶת הַכֹּל שֶׁהָיָה בֶּן מְלָכִים וְגָדֵל בְּפָלָטִין וּבֶן כְּרַךְ הָרוֹאֶה אֶת הַמֶּלֶךְ אֵינוֹ נִבְהָל וְאֵינוֹ תָּמֵהַּ וְאֵינוֹ חָשׁ לְסַפֵּר:
Yechayahou a vu : quand l'esprit de sainteté reposa sur lui, comme il est dit « et je vis ה' assis sur un trône haut et élevé » (Yechayahou 6, 1) ; seulement, il ne s'est pas soucié de tout détailler, car il était fils de rois et avait grandi au palais. Le citadin qui voit le roi n'est ni troublé ni étonné, et ne se soucie pas de le raconter.
מֶלֶךְ שֶׁבַּחַיּוֹת אֲרִי כו' וְאֵלּוּ אַרְבַּעְתָּן בַּכִּסֵּא וְהוּא לְמַעְלָה מֵהֶן:
Le roi des bêtes sauvages est le lion, etc. : et ces quatre-là sont dans le Trône, et Lui est au-dessus d'eux.
🗂️ Tossefot (1)
לָבָן כָּפַר שֶׁרָאָה הַמֶּלֶךְ. שֶׁצָּרִיךְ לוֹ לְהָבִיא סִימָנִים לַאֲחֵרִים קֹודֶם שֶׁיַּאֲמִינוּהוּ לְפִי שֶׁרָאָהוּ שֶׁלֹּא בִּמְקוֹמוֹ וְאֵין דַּרְכּוֹ לְהִתְרָאוֹת שָׁם וה"נ אָמַר יְחֶזְקֵאל שֶׁרָאָהוּ עַל נְהַר כְּבָר לְפִיכָךְ נִתְמַהוּ שׁוֹמְעָיו:
« À un villageois qui a vu le roi. » Il lui faut apporter des signes aux autres avant qu'on ne le croie, parce qu'il l'a vu hors de son lieu, et qu'il n'est pas dans l'usage du roi de se montrer là-bas. De même, Ye'hezkel a dit qu'il l'avait vu sur le fleuve Kevar ; c'est pourquoi ses auditeurs se sont étonnés.
🪔 Ben Yehoyada (1)
לָמָּה יְחֶזְקֵאל דּוֹמֶה? לְבֶן כְּפָר, שֶׁרָאָה אֶת הַמֶּלֶךְ. נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל מִרְכֶּבֶת יְחֶזְקֵאל הָיְתָה בִּיצִירָה וְשֶׁל יְשַׁעְיָה בִּבְרִיאָה עַייֵּן שָׁם. וְלָכֵן לִישַׁעְיָה קְרָאוּהוּ 'בֶּן כְּרַךְ' וְלִיחֶזְקֵאל הַנָּבִיא ע"ה קְרָאָהוּ 'בֶּן כְּפָר' כִּי הַיְּצִירָה לְגַבֵּי בְּרִיאָה נֶחְשֶׁבֶת כְּפָר וְנִרְאֶה לִי הִכָּפְרִי [315] עוֹלֶה מִסֵּפֶר יְצִירָה [315] .
« À quoi Ye'hezkel ressemble-t-il ? À un villageois qui a vu le roi. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il faut l'entendre d'après ce qu'a dit notre maître le Ari : la Merkava de Ye'hezkel était dans Yetsira, et celle de Yechayahou dans Beria ; voir là-bas. C'est pourquoi Yechayahou a été appelé fils de la grande ville, et le prophète Ye'hezkel fils de village, car Yetsira, par rapport à Beria, compte comme un village. Et il me semble que <i>hakoufri</i>, le villageois (315), a la même valeur numérique que <i>Yetsira</i> (315).
💡 Explication

Rava résout une difficulté de fait : Yechayahou décrit sa vision en un verset, Ye'hezkel en un chapitre entier. La différence tient à celui qui voit, non à ce qui est vu. Rachi explique que Yechayahou était fils de rois et avait grandi au palais ; il n'est ni troublé ni étonné, et n'éprouve pas le besoin de tout raconter.

Tossefot ajoute une seconde raison, d'ordre pratique : le villageois doit apporter des preuves avant qu'on le croie, parce qu'il a vu le roi hors de sa résidence. Ye'hezkel a vu la Merkava au bord du fleuve Kevar, hors de la terre d'Israël ; ses auditeurs s'en sont étonnés, et le détail sert de garantie.

L'enseignement de Rech Lakich prépare la suite du folio : les quatre figures du chant, lion, bœuf, aigle, homme, sont exactement les quatre faces de la Merkava, et Rachi le dit expressément. Le verset de la mer chante Celui qui les domine toutes.

6
כָּתוּב אֶחָד אוֹמֵר: ״וּדְמוּת פְּנֵיהֶם פְּנֵי אָדָם וּפְנֵי אַרְיֵה אֶל הַיָּמִין לְאַרְבַּעְתָּם וּפְנֵי שׁוֹר מֵהַשְּׂמֹאל לְאַרְבַּעְתָּן וְגוֹ׳״, וּכְתִיב: ״וְאַרְבָּעָה פָנִים לְאֶחָד פְּנֵי הָאֶחָד פְּנֵי הַכְּרוּב וּפְנֵי הַשֵּׁנִי פְּנֵי אָדָם וְהַשְּׁלִישִׁי פְּנֵי אַרְיֵה וְהָרְבִיעִי פְּנֵי נָשֶׁר״, וְאִילּוּ שׁוֹר לָא קָא חָשֵׁיב! אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: יְחֶזְקֵאל בִּיקֵּשׁ עָלָיו רַחֲמִים, וַהֲפָכוֹ לִכְרוּב. אָמַר לְפָנָיו: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם! קָטֵיגוֹר יַעֲשֶׂה סָנֵיגוֹר?

Un verset dit : « et la forme de leurs faces : une face d'homme ; et une face de lion à droite pour les quatre ; et une face de bœuf à gauche pour les quatre », etc. (Ye'hezkel 1, 10).

Et il est écrit : « et quatre faces à chacun : la face du premier, face de kerouv ; la face du deuxième, face d'homme ; la troisième, face de lion ; et la quatrième, face d'aigle » (Ye'hezkel 10, 14) — et le bœuf n'est pas compté ! Rech Lakich a dit : Ye'hezkel a demandé miséricorde à son sujet, et Il l'a changé en kerouv.

Il dit devant Lui : Maître du monde, l'accusateur deviendra-t-il défenseur ?

📜 Rachi (3)
קָטֵיגוֹר נַעֲשֶׂה סָנֵיגוֹר אָנוּ צְרִיכִין שֶׁיְּבַקְּשׁוּ מֻרְכָּבוּתֶךָ עָלֵינוּ רַחֲמִים וְהַשּׁוֹר קָטֵיגוֹר הוּא:
L'accusateur deviendra défenseur : nous avons besoin que Tes merkavot demandent miséricorde sur nous, et le bœuf est un accusateur.
קָטֵיגוֹר שׂוֹנֵא:
Katigor : un ennemi.
סָנֵיגוֹר אוֹהֵב מֵלִיץ יֹושֶׁר:
Sanegor : un ami, qui plaide en faveur.
🪔 Ben Yehoyada (1)
יְחֶזְקֵאל בִּקֵּשׁ עָלָיו רַחֲמִים, וַהֲפָכוֹ לִכְרוּב. נִרְאֶה לִי בס"ד 'גְּעָרָה' שֶׁהִיא רֶמֶז ל דִּין ו גְּבוּרָה [280] עוֹלֶה מִסֵּפֶר רע"ט וְאִם תָּסִיר מִסְפַּר רע"ט מִן מִסְפַּר שׁוֹר [506] יִשָּׁאֵר כְּרוּב [228] וְהָיָה זֶה עַל יְדֵי בַּקָּשַׁת רַחֲמִים [298] שֶׁהוּא מִסֵּפֶר רצ"ח כְּמִנְיַן ' אַךְ גְּעָרָה ' [299] וְהַיְינוּ אַךְ מִיעוּט כְּלוֹמַר הִמְעִיט וְחִיסֵּר כְּמִנְיַן גְּעָרָה מִן שׁוֹר וְעַל יְדֵי כָּךְ נִשְׁאַר כְּרוּב. וְהִנֵּה מִתְּחִלָּה הָיָה סוֹפֵי תֵּיבוֹת שֶׁלָּהֶם אוֹתִיּוֹת ' מְרֵרָה ' שֶׁהוּא עִנְיַן מְרִירוּת שֶׁהָיָה לָהֶם מֵחֲמַת הַקִּטְרוּג בְּעוֹדוֹ שׁוֹר וְאַחַר כָּךְ נֶהְפַּךְ לִכְרוּב וְנַעֲשָׂה סוֹפֵי תֵּיבוֹת שֶׁלָּהֶם ' מָה רַב ' וְהִיא טוֹבַת יִשְׂרָאֵל הָרְמוּזָה בַּפָּסוּק מָה רַב טוּבְךָ אֲשֶׁר צָפַנְתָּ לִּירֵאֶיךָ (תְּהִלִּים לא, כ) . גַּם מִתְּחִלָּה הָיָה רָאשֵׁי תֵּיבוֹת שֶׁלָּהֶם ' אֶשְׂנָא ' שֶׁהוּא עִנְיַן שִׂנְאָה הַמִּתְהַווֶּה מֵחֲמַת הַקִּטְרוּג בְּעוֹדוֹ שׁוֹר וְאַחַר כָּךְ נַעֲשָׂה רָאשֵׁי תֵּיבוֹת שֶׁלָּהֶם ' אַאֲנָךְ ' שֶׁהוּא רָאשֵׁי תֵּיבוֹת א גֹּודְתֹּ א וְרוּת נ צֹוצוּת כ לַיָּם כַּנּוֹדָע וּבְסוֹד אַנָּ"ךְ כְּדִבְרֵי רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּעֵץ חַיִּים. גַּם א' לְשׁוֹן אַלּוּף שֶׁהוּא שְׂרָרָה וַחֲשִׁיבוּת וְכֵן אַנָּ"ךְ לְשׁוֹן חֲשִׁיבוּת הוּא בִּלְשׁוֹן הַתַּלְמוּד שֶׁהוּא אֶבֶן טוֹבָה. וּבָזֶה נִרְאֶה לִי בס"ד מַה שֶׁאָמַר לְבִלְעָם (בַּמִּדְבָּר כב, יב) לֹא תָאֹר אֶת הָעָם כִּי בָרוּךְ הוּא, שֶׁרָצָה לְהַגְבִּיר הַקִּטְרוּג בִּרְאוֹתוֹ שׁוֹר בַּמֶּרְכָּבָה וְאָמַר לוֹ לֹא תֹּאַר כִּי הַשּׁוֹר עָתִיד לִהְיוֹת כְּרוּב וְזֶהוּ ' בָּרוּךְ הוּא ' אוֹתִיּוֹת ' כְּרוּב הוּא ' וְכָל הָעוֹמֵד לְהִגָּזֵז כְּגָזוּז דָּמֵי! וּבָזֶה יוּבָן בס"ד רָמַז הַכָּתוּב (אִיּוֹב ג, יט) 'קָטֹן וְגָדוֹל שָׁם הוּא וְעֶבֶד חָפְשִׁי מֵאֲדָנָיו', פֵּירוּשׁ עָתִיד שֶׁיִּתְהַפֵּךְ שׁוֹר לִכְרוּב וְאָז יִהְיוּ בַּמֶּרְכָּבָה אַפֵּי רַבְרְבֵי וְאַפֵּי זוּטְרֵי שֶׁהֵם אָדָם וּכְרוּב וּבָזֶה עֶבֶד הֵם יִשְׂרָאֵל יִהְיֶה חָפְשִׁי מֵאֲדֹונָיו כִּי יוּסַר מֵעֲלֵיהֶם הַקִּטְרוּגִים.
« Ye'hezkel a demandé miséricorde à son sujet, et Il l'a changé en kerouv. » Il me semble, avec l'aide du Ciel : <i>guéara</i>, le reproche, qui fait allusion au <i>din</i> et à la <i>guevoura</i> (280), vaut 279 ; si tu retranches 279 du nombre de <i>chor</i>, le bœuf (506), il reste <i>kerouv</i> (228). Et cela s'est fait par une demande de miséricorde, <i>bakachat rahamim</i> (298), soit le compte de <i>akh guéara</i> (299) ; car <i>akh</i> est un terme de restriction : il a diminué et retranché de <i>chor</i> le compte de <i>guéara</i>, et il est resté <i>kerouv</i>. Au début, les dernières lettres de ces mots formaient <i>marora</i>, l'amertume qu'Israël éprouvait à cause de l'accusation tant qu'il était bœuf ; après qu'il se fut changé en kerouv, leurs dernières lettres sont devenues <i>ma rav</i>, qui est le bien d'Israël évoqué dans le verset « combien grand est Ton bien, que Tu as réservé à ceux qui Te craignent » (Tehilim 31, 20). De même, leurs initiales formaient au début <i>echna</i>, la haine engendrée par l'accusation tant qu'il était bœuf ; ensuite leurs initiales sont devenues <i>aanakh</i>, initiales de <i>agoudot, orot, nitsotsot, kelim</i>, comme on le sait, et dans le <i>sod</i> de <i>anakh</i> selon les paroles de notre maître le Ari dans le Ets 'Hayim. De plus, le alef est une langue d'<i>alouf</i>, qui exprime l'autorité et l'importance, et <i>anakh</i> aussi est une langue d'importance dans la langue du Talmud, où il désigne une pierre précieuse. Par là il me semble, avec l'aide du Ciel, comprendre ce qui fut dit à Bilam (Bamidbar 22, 12) : « tu ne maudiras pas le peuple, car il est béni ». Il voulait renforcer l'accusation en voyant un bœuf dans la Merkava, et il lui fut dit : tu ne maudiras pas, car ce bœuf est destiné à devenir kerouv ; et c'est <i>barouh hou</i>, dont les lettres forment <i>kerouv hou</i> — or tout ce qui est destiné à être retranché est considéré comme déjà retranché. Par là se comprend aussi, avec l'aide du Ciel, l'allusion du verset (Iyov 3, 19) « petit et grand y sont, et l'esclave est libre de son maître » : à l'avenir le bœuf se changera en kerouv, et il y aura alors dans la Merkava de grandes faces et de petites faces, qui sont l'homme et le kerouv ; par là, l'esclave, c'est-à-dire Israël, sera libre de ses maîtres, car les accusations seront écartées de lui.
💡 Explication

La contradiction est nette : les deux visions de Ye'hezkel ne donnent pas la même liste de quatre faces. Dans la première, on trouve homme, lion, bœuf, aigle ; dans la seconde, le bœuf a disparu et un kerouv a pris sa place.

La réponse de Rech Lakich fait de cette différence un événement : le prophète a obtenu la substitution par sa prière. Son argument tient en une formule de droit, katigor yeasse sanegor, l'accusateur deviendra-t-il défenseur ? Rachi l'explique : la Merkava est ce dont nous attendons qu'elle demande miséricorde sur nous, et le bœuf, qui rappelle le veau d'or, est un accusateur. Un même personnage ne peut pas tenir les deux rôles.

Ce principe est le même que celui qui interdit au kohen gadol d'entrer dans le Saint des saints le jour de Kippour en vêtements d'or. La logique est ici transposée de l'office du Temple aux figures de la Merkava.

7
מַאי ״כְּרוּב״? אָמַר רַבִּי אָבָהוּ: כְּרָבְיָא, שֶׁכֵּן בְּבָבֶל קוֹרִין לְיָנוֹקָא רָבְיָא. אָמַר לֵיהּ רַב פָּפָּא לְאַבַּיֵּי: אֶלָּא מֵעַתָּה, דִּכְתִיב: ״פְּנֵי הָאֶחָד פְּנֵי הַכְּרוּב וּפְנֵי הַשֵּׁנִי פְּנֵי אָדָם וְהַשְּׁלִישִׁי פְּנֵי אַרְיֵה וְהָרְבִיעִי פְּנֵי נָשֶׁר״, הַייְנוּ פְּנֵי כְּרוּב הַייְנוּ פְּנֵי אָדָם? אַפֵּי רַבְרְבֵי וְאַפֵּי זוּטְרֵי.

Que signifie « kerouv » ? Rabbi Abahou a dit : comme keravya, car à Bavel on appelle un nourrisson ravya.

Rav Papa dit à Abaye : mais alors, puisqu'il est écrit « la face du premier, face de kerouv ; la face du deuxième, face d'homme ; la troisième, face de lion ; et la quatrième, face d'aigle » — la face de kerouv, c'est donc la face d'homme ? De grandes faces et de petites faces.

📜 Rachi (3)
כְּרָבְיָא פְּנֵי תִּינוֹק:
Keravya : un visage de nourrisson.
הַייְנוּ פְּנֵי כְּרוּב הַיְינוּ פְּנֵי אָדָם מָה הֵן פְּנֵי כְּרוּב מָה הֵן פְּנֵי אָדָם וְכִי לֹא אֶחָד הֵן:
La face de kerouv, c'est la face d'homme : que sont les faces de kerouv, que sont les faces d'homme, ne sont-elles pas une seule et même chose ?
אַפֵּי רַבְרְבֵי וְאַפֵּי זוּטְרֵי הָאֶחָד פְּנֵי גָּדוֹל וְהָאֶחָד פְּנֵי קָטָן:
De grandes faces et de petites faces : l'une est une face de grand, l'autre une face de petit.
🪔 Ben Yehoyada (2)
אַפֵּי רַבְרְבֵי וְאַפֵּי זוּטְרֵי. נִרְאֶה לִי בס"ד טַעַם לָזֶה לְהוֹרוֹת לְעִנְיַן חֲשִׁיבוּת וּמַעֲלָה יַחְשְׁבֵם לִגְדוֹלִים וְזֶהוּ אַפֵּי רַבְרְבֵי לַעֲשׂוֹת לָהֶם חֲשִׁיבוּת טְפֵי מִמַּלְאָכִים וּלְעִנְיַן קִטְרוּג עוֹנוֹת יַחַשְׁבֵם לִקְטַנִּים עַל דֶּרֶךְ שֶׁאָמַר הַכָּתוּב כִּי נַעַר יִשְׂרָאֵל וָאֹהֲבֵהוּ (הוֹשֵׁעַ יא, א) . אוֹ יוּבָן בס"ד אַפֵּי רַבְרְבֵי כְּנֶגֶד יַעֲקֹב וְאַפֵּי זוּטְרֵי כְּנֶגֶד יוֹסֵף דִּכְתִיב (תְּהִלִּים עז, טז) גָּאַלְתָּ בִּזְרוֹעַ עַמֶּךָ בְּנֵי יַעֲקֹב וְיוֹסֵף סֶלָה, שֶׁקְּרָאָם עַל שֵׁם יַעֲקֹב וְעַל שֵׁם יוֹסֵף וְיָדוּעַ יוֹסֵף בְּכוֹר דִּכְתִיב (דִּבְרֵי הַיָּמִים א' ה, ב) וְהַבְכָּרָה לְיוֹסֵף, וְהַיְינוּ 'כְּרוּב' שֶׁהוּא אַפֵּי זוּטְרֵי הוּא אוֹתִיּוֹת 'בְּכוֹר'. גַּם כְּרוּב [228] עוֹלֶה עֵץ חַיִּים [228] שֶׁהוּא בִּיסוֹד הַנִּקְרָא יוֹסֵף. אוֹ יוּבָן בס"ד אַפֵּי רַבְרְבֵי כְּנֶגֶד מָשִׁיחַ בֶּן דָּוִד וְאַפֵּי זוּטְרֵי כְּנֶגֶד מָשִׁיחַ בֶּן יוֹסֵף וְלָכֵן הִקְדִּים כְּרוּב לְאָדָם כִּי תְּחִלָּה יִתְגַּלֶּה מָשִׁיחַ בֶּן יוֹסֵף וְאַחַר כָּךְ מָשִׁיחַ בֶּן דָּוִד. וּבְנִי יְדִידִי כְּבוֹד הָרַב יַעֲקֹב נר"ו פֵּירֵשׁ אַפֵּי רַבְרְבֵי וְאַפֵּי זוּטְרֵי מוֹרֶה דְּלִפְעָמִים נִמְשָׁכִין אוֹרוֹת דְּגַדְלוּת כְּמוֹ שַׁבָּת וְיוֹם טוֹב וְלִפְעָמִים אוֹרוֹת דְּקַטְנוּת כְּמוֹ בְּחוֹל, עַד כָּאן דְּבָרָיו נר"ו.
« De grandes faces et de petites faces. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il y a à cela une raison : pour ce qui touche à l'importance et au rang, Il les compte comme grands, et c'est « de grandes faces », pour leur donner plus de poids qu'aux anges ; pour ce qui touche à l'accusation des fautes, Il les compte comme petits, à la manière du verset « car Israël est un enfant, et Je l'aime » (Hochea 11, 1). On peut aussi comprendre, avec l'aide du Ciel : « de grandes faces » face à Yaakov, « de petites faces » face à Yossef, comme il est écrit « Tu as racheté par Ton bras Ton peuple, les fils de Yaakov et de Yossef, sela » (Tehilim 77, 16), qui les appelle du nom de Yaakov et du nom de Yossef ; et l'on sait que Yossef est premier-né, comme il est écrit « et le droit d'aînesse fut donné à Yossef » (Divrei haYamim I 5, 2). C'est cela <i>kerouv</i>, qui est « de petites faces », et dont les lettres forment <i>bekhor</i>, premier-né. De plus, <i>kerouv</i> (228) a la même valeur que <i>Ets 'Hayim</i> (228), qui est dans Yessod, appelé Yossef. On peut aussi comprendre, avec l'aide du Ciel : « de grandes faces » face au Machiah fils de David, « de petites faces » face au Machiah fils de Yossef ; c'est pourquoi le kerouv précède l'homme, car le Machiah fils de Yossef se révélera d'abord, et le Machiah fils de David ensuite. Et mon fils bien-aimé, l'honorable Rav Yaakov, qu'il soit garde, a expliqué : « de grandes faces et de petites faces » enseigne que parfois sont tirées des lumières de <i>gadlout</i>, comme le Chabbat et les jours de fête, et parfois des lumières de <i>katnout</i>, comme les jours ordinaires. Fin de ses paroles.
אלא מעתה, דכתיב (יחזקאל י, יד) : פני האחד פני הכרוב וכו'.. מקשים למה הוצרך המקשן להזכיר הכתוב בדבריו מאחר דתלמודא הוא קאי בהאי קרא גופיה ומשתעי ביה, והכי הוה ליה למימר בקיצור הינו 'פני־כרוב' הינו 'פני־אדם'? ונראה לי בס"ד דעיקר קושייתו מסדר שסדרן הכתוב בהאי קרא כי בתחלה כשהיה שור היה מפסיק אריה בין אדם לשור ועתה כשנהפך שור לכרוב אם היה גם כן אריה מפסיק ביניהם אין להקשות הינו 'פני־כרוב' הינו 'פני־אדם' דמה בכך אם יהיו שתי צורות שוין מאחר דאיכא צורה אחרת ביניהם אך על הפסוק ששינה גם הסדר שהניח הכרוב סמוך לאדם ואין אריה מפסיק ביניהם לכך קשיא ליה הינו 'פני־כרוב' הינו 'פני־אדם' דאין דרך להניח שני צורות שוין סמוכין זה לזה. על כן הזכיר הכתוב בקושיתו ואמר אלא מעתה פני האחד פני הכרוב ופני השני פני אדם דסמוכין זה לזה קשיא הינו 'פני־כרוב' הינו 'פני־אדם'! ואין דרך להניח שתי צורות שוין סמוכין זה לזה, ותירץ אינם שוים אלא הם אפי רברבי ואפי זוטרי.
« Mais alors, puisqu'il est écrit (Ye'hezkel 10, 14) : la face du premier, face de kerouv », etc. On demande : pourquoi celui qui objecte a-t-il eu besoin de citer le verset dans ses paroles, alors que la guemara traite déjà de ce verset même et en parle ? Il aurait pu dire en abrégé : la face de kerouv, c'est donc la face d'homme ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le fond de son objection tient à l'ordre dans lequel le verset les range. Au début, quand il y avait un bœuf, le lion séparait entre l'homme et le bœuf ; maintenant que le bœuf s'est changé en kerouv, si le lion séparait encore entre eux, il n'y aurait pas lieu d'objecter que la face de kerouv est la face d'homme, car qu'importe qu'il y ait deux formes semblables, du moment qu'une autre forme se tient entre elles. Mais sur ce verset, qui a changé aussi l'ordre et a placé le kerouv à côté de l'homme sans que le lion sépare entre eux, la difficulté se pose : la face de kerouv, c'est la face d'homme ! Car il n'est pas d'usage de placer deux formes semblables l'une à côté de l'autre. C'est pourquoi il a cité le verset dans son objection et a dit « mais alors, la face du premier, face de kerouv, et la face du deuxième, face d'homme », qui sont l'une à côté de l'autre. Et l'on a répondu : elles ne sont pas semblables, mais ce sont de grandes faces et de petites faces.
💡 Explication

Rabbi Abahou lit kerouv comme ke-ravya, pareil à un nourrisson, en s'appuyant sur l'araméen de Bavel où ravya désigne un petit enfant. La face qui a remplacé le bœuf est donc un visage humain d'enfant.

Rav Papa objecte que la liste devient alors redondante : la deuxième face du verset est déjà une face d'homme. La réponse conserve la lecture de Rabbi Abahou et distingue les deux par la taille : apei ravrevei ve-apei zoutrei, de grandes faces et de petites faces. L'une est un visage d'adulte, l'autre un visage d'enfant.

8
כָּתוּב אֶחָד אוֹמֵר: ״שֵׁשׁ כְּנָפַיִם שֵׁשׁ כְּנָפַיִם לְאֶחָד״, וְכָתוּב אֶחָד אוֹמֵר: ״וְאַרְבָּעָה פָנִים לְאֶחָת וְאַרְבַּע כְּנָפַיִם לְאַחַת לָהֶם״? לָא קַשְׁיָא: כָּאן בִּזְמַן שֶׁבֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַיָּים, כָּאן בִּזְמַן שֶׁאֵין בֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַייָּם. כִּבְיָכוֹל, שֶׁנִּתְמַעֲטוּ כַּנְפֵי הַחַיּוֹת.

Un verset dit : « six ailes, six ailes à chacun » (Yechayahou 6, 2), et un autre verset dit : « et quatre faces à chacune, et quatre ailes à chacune d'elles » (Ye'hezkel 1, 6). Il n'y a pas de difficulté : ici, au temps où le Temple est debout ; là, au temps où le Temple n'est pas debout.

Pour ainsi dire, les ailes des hayot ont diminué.

📜 Rachi (1)
כָּאן בִּזְמַן שֶׁבֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַיָּים בִּימֵי יְשַׁעְיָה הָיָה הַמִּקְדָּשׁ קַייָּם בִּמְכוֹנוֹ וּבִימֵי יְחֶזְקֵאל כְּבָר הִגִּיעַ זְמַן שֶׁיֵּחָרֵב וְנִתְמַעֲטָה פָּמַלְיָא שֶׁל מַעְלָה:
Ici, au temps où le Temple est debout : aux jours de Yechayahou, le Temple était debout en son assise ; aux jours de Ye'hezkel, le temps de sa destruction était déjà venu, et la familia d'en haut a diminué.
🗂️ Tossefot (1)
כָּתוּב אֶחָד אוֹמֵר שֵׁשׁ כְּנָפַיִם וְכָתוּב אֶחָד אוֹמֵר אַרְבַּע כְּנָפַיִם. ואע"ג שֶׁזֶּה בַּחַיּוֹת כְּתִיב וְזֶה בַּשְּׂרָפִים מ"מ מִסְתַּבֵּר שֶׁגַּם הַחַיּוֹת בְּשֵׁשׁ כְּנָפַיִם כְּמוֹ הַשְּׂרָפִים:
« Un verset dit : six ailes ; et un autre verset dit : quatre ailes. » Bien que ceci soit écrit à propos des hayot et cela à propos des serafim, il est néanmoins logique que les hayot aussi aient eu six ailes, comme les serafim.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּתוּב אֶחָד אוֹמֵר: (יְשַׁעְיָה ו, ב) "שֵׁשׁ כְּנָפַיִם, שֵׁשׁ כְּנָפַיִם לְאֶחָד". הַגָּאוֹן מוֹרֵינוּ הָרַב אֵלִיָּהוּ מִוִּילְנָא זַ"ל כָּתַב בְּסוֹף סִפְרוֹ 'שְׁנוֹת אֵלִיָּהוּ' זְרָעִים, דְּהָיָה כָּתוּב עַל כָּל כְּנַף תֵּיבָה אֶחָד מִפָּסוּק 'בָּרוּךְ שֵׁם כְּבוֹד מַלְכוּתוֹ לְעוֹלָם וְעַד' וְאַמִּעוּט אוֹתָם הָאֶמְצָעִים אֲשֶׁר כָּתוּב עֲלֵיהֶם 'כְּבוֹד מַלְכוּתוֹ' וּפֵירֵשׁ לְכָךְ אוֹמְרִים בְּמוּסָף 'גָּלָה כְּבוֹד מַלְכוּתֵךְ עָלֵינוּ בִּמְהֵרָה' שֶׁיִּתְגַּלּוּ אוֹתָם הָאֶמְצָעִיִּים שֶׁכָּתוּב עֲלֵיהֶם 'כְּבוֹד מַלְכוּתוֹ' עַד כָּאן דְּבָרָיו זַ"ל. וּבָזֶה נִרְאֶה לִי בס"ד רָמַז הַכָּתוּב (תְּהִלִּים קמה, יא) כְּבוֹד מַלְכוּתְךָ יֹאמֵרוּ וּגְבוּרָתְךָ יְדַבֵּרוּ, רוֹצֶה לוֹמַר בְּעֵת אֲשֶׁר אוֹתָם הַכְּנָפַיִם שֶׁכָּתוּב עֲלֵיהֶם כְּבוֹד מַלְכוּתָךְ יֹאמְרוּ שִׁירָה שֶׁזֶּה יִהְיֶה בְּבִיאַת הַגּוֹאֵל וּבִנְיַן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ אָז אוֹתוֹ זְמַן גְּבוּרָתְךָ יְדַבְּרוּ הָעוֹלָם שֶׁמַּרְאֶה הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא גְּבוּרָתוֹ בְּנִסִּים וְנִפְלָאוֹת שֶׁיַּעֲשֶׂה לְיִשְׂרָאֵל כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (מִיכָה ז, טו) כִּימֵי צֵאתְךָ מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם אַרְאֶנּוּ נִפְלָאוֹת, וּכְתִיב (תְּהִלִּים פ, ג) עוֹרְרָה אֶת גְּבוּרָתֶךָ וּלְכָה לִישֻׁעָתָה לָּנוּ. וְרַבָּנָן דִּסְבִירָא לֵיהּ אִמַּעוּט אוֹתָם שֶׁמְּכַסּוֹת בָּהֶם רַגְלֵיהֶם נִמְצָא דְּאִמַּעוּט אוֹתָם שֶׁכָּתוּב עֲלֵיהֶם 'לְעוֹלָם וָעֶד' וּבָזֶה יוּבָן בס"ד רָמַז הַכָּתוּב מִי נָתַן לִמְשִׁסָּה יַעֲקֹב וְיִשְׂרָאֵל לְבֹזְזִים הֲלוֹא ה' זוּ חָטָאנוּ לוֹ, וְהַיְינוּ לוֹ רָאשֵׁי תֵּיבוֹת ' ל עוֹלָם ו עַד' חָטָאנוּ לְשׁוֹן חִסָּרוֹן. וְנִרְאֶה לִי לְרַבָּנָן אִמַּעוּט הָנֵי מִפְּנֵי שֶׁיִּשְׂרָאֵל חָטְאוּ בִּפְגַם הַיָּרֵךְ הַמִּתְייַחֵס לָרַגְלִיִּים. אוֹ יוּבָן עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַב הָרַב עוֹלֵלוֹת אֶפְרַיִם זַ"ל הַלּוּחוֹת הָיוּ שִׁשָּׁה טְפָחִים כְּנֶגֶד שְׁלֹשָׁה כְּתָרִים וּלְפִי דְּבָרָיו בִּשְׁתַּיִם יְכַסֶּה רַגְלָיו כְּנֶגֶד כֶּתֶר כְּהֻונָּה וּבָזֶה מוּבָן הַטַּעַם לְרַבָּנָן דְּאִמַּעוּט אֵלּוּ בְּחֻרְבָּן שֶׁנֶּחְסַר כֶּתֶר כְּהֻונָּה.
« Un verset dit (Yechayahou 6, 2) : six ailes, six ailes à chacun. » Le Gaon notre maître le Rav Eliyahou de Vilna a écrit à la fin de son livre Chenot Eliyahou sur Zeraim que sur chaque aile était écrit un mot du verset <i>barouh chem kevod malkhouto leolam vaed</i>, et que celles qui ont été retranchées sont celles du milieu, sur lesquelles est écrit <i>kevod malkhouto</i>. Il a expliqué que c'est pour cela qu'on dit dans Moussaf « révèle sur nous, bientôt, l'honneur de Ta royauté » : que se révèlent ces ailes du milieu, sur lesquelles est écrit <i>kevod malkhouto</i>. Fin de ses paroles. Par là il me semble, avec l'aide du Ciel, comprendre l'allusion du verset (Tehilim 145, 11) « l'honneur de Ta royauté ils diront, et Ta puissance ils raconteront » : au moment où ces ailes, sur lesquelles est écrit l'honneur de Ta royauté, diront un chant — ce qui aura lieu à la venue du libérateur et à la construction du Temple —, alors le monde racontera Ta puissance, car le Saint béni soit-Il montrera Sa puissance par des miracles et des prodiges qu'Il fera pour Israël, comme il est dit (Mikha 7, 15) « comme aux jours de ta sortie du pays d'Égypte, Je lui ferai voir des prodiges », et comme il est écrit (Tehilim 80, 3) « éveille Ta puissance et viens à notre secours ». Quant aux Rabanan, qui tiennent que les ailes retranchées sont celles dont elles couvraient leurs pieds, il se trouve que les ailes retranchées sont celles sur lesquelles est écrit <i>leolam vaed</i> ; par là se comprend, avec l'aide du Ciel, l'allusion du verset « qui a livré Yaakov au pillage et Israël aux spoliateurs ? n'est-ce pas ה', Celui contre qui nous avons fauté ? », où <i>lo</i> forme les initiales de <i>leolam vaed</i>, et <i>hatanou</i> est une langue de manque. Et il me semble que, pour les Rabanan, ce sont celles-là qui ont été retranchées parce qu'Israël a fauté par l'atteinte de la cuisse, qui se rapporte aux pieds. On peut aussi le comprendre d'après ce qu'a écrit le Rav Ollelot Efraim : les Tables mesuraient six tefahim, face aux trois couronnes ; selon ses paroles, les deux ailes dont il couvre ses pieds correspondent à la couronne de la kehouna, et l'on comprend alors la raison pour laquelle, selon les Rabanan, ce sont celles-là qui ont été retranchées lors de la destruction, quand la couronne de la kehouna a manque.
💡 Explication

La guemara applique ici sa distinction centrale. Yechayahou a prophétisé alors que le Temple était en place ; Ye'hezkel, au bord de la destruction. Rachi le dit expressément : aux jours de Ye'hezkel, le temps de la ruine était déjà venu, et la familia d'en haut avait diminué.

Tossefot lève une objection préalable : le verset de Yechayahou parle de serafim, celui de Ye'hezkel de hayot, de sorte qu'il n'y aurait peut-être aucune contradiction. Tossefot répond qu'il est logique que les hayot aussi aient eu six ailes.

Le mot kivyakhol, pour ainsi dire, signale que le langage de la diminution est emprunté au monde d'en bas et applique par nécessité à ce qui n'en relève pas.

9
הֵי מִינַּייְהוּ אִימַּעוּט? אָמַר רַב חֲנַנְאֵל אָמַר רַב: אוֹתָן שֶׁאוֹמְרוֹת שִׁירָה בָּהֶן. כְּתִיב הָכָא: ״וּבִשְׁתַּיִם יְעוֹפֵף וְקָרָא זֶה אֶל זֶה וְאָמַר״, וּכְתִיב: ״הֲתָעִיף עֵינֶיךָ בּוֹ וְאֵינֶנּוּ״.

Lesquelles d'entre elles ont été retranchées ? Rav Hananel a dit au nom de Rav : celles par lesquelles elles disent le chant.

Il est écrit ici : « et avec deux il volait (yeofef), et l'un criait vers l'autre et disait » (Yechayahou 6, 2-3), et il est écrit : « poseras-tu (hata'if) tes yeux sur elle ? elle n'est plus » (Michlei 23, 5).

📜 Rachi (1)
וּבִשְׁתַּיִם יְעוֹפֵף וּסְמִיךְ לֵיהּ וְקָרָא זֶה אֶל זֶה אַלְמָא הָנָךְ נִינְהוּ דְּאָמְרִי בְּהוּ שִׁירָה שֶׁמְּקַשְׁקְשׁוֹת בְּקוֹל כַּנְפֵיהֶם וּבְהָנָךְ כְּתִיב וְאֵינֶנּוּ גַּבֵּי הֲתָעִיף:
Et avec deux il volait : il lui est juxtaposé « et l'un criait vers l'autre » ; il apparaît donc que ce sont celles-là par lesquelles elles disent le chant, car elles bruissent par le son de leurs ailes. Et à leur sujet il est écrit « elle n'est plus », à propos de hata'if.
💡 Explication

La preuve se construit en deux temps. D'abord une semikhout, une juxtaposition : le verset accole le vol des deux ailes et le chant que les serafim s'adressent l'un à l'autre ; ce sont donc les ailes du chant. Rachi ajoute qu'elles chantent par le bruissement de leurs ailes.

Ensuite une guezera chava de mots, sur la racine commune de yeofef et de hata'if. Le verset de Michlei, qui emploie cette racine, s'achève par « elle n'est plus » : ce sont donc ces ailes-là qui ont cessé d'être.

10
וְרַבָּנָן אָמְרִי: אוֹתָן שֶׁמְּכַסּוֹת בָּהֶן רַגְלֵיהֶם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְרַגְלֵיהֶם רֶגֶל יְשָׁרָה״, וְאִי לָאו דְּאִימַּעוּט — מְנָא הֲוָה יָדַע? דִּלְמָא דְּאִיגַּלַּאי וְחַזְיָא לֵיהּ. דְּאִי לָא תֵּימָא הָכִי, ״וּדְמוּת פְּנֵיהֶם פְּנֵי אָדָם״, הָכִי נָמֵי דְּאִימַּעוּט?! אֶלָּא דְּאִיגַּלַּאי וְחַזְיָא לֵיהּ, הָכָא נָמֵי — דְּאִיגַּלַּאי וְחַזְיָא לֵיהּ.

Et les Rabanan disent : celles par lesquelles elles couvrent leurs pieds, comme il est dit « et leurs pieds, un pied droit » (Ye'hezkel 1, 7) ; car si elles n'avaient pas été retranchées, d'où l'aurait-il su ? Peut-être se sont-elles découvertes et les a-t-il vus.

Car si tu ne dis pas ainsi, alors pour « et la forme de leurs faces, une face d'homme » (Ye'hezkel 1, 10), diras-tu là aussi que les ailes ont été retranchées ? Il faut donc dire qu'elles se sont découvertes et qu'il les a vues ; ici aussi, elles se sont découvertes et il les a vus.

💡 Explication

Les Rabanan raisonnent par ce que le prophète a pu décrire. Ye'hezkel rapporte la forme des pieds des hayot ; s'ils étaient couverts par deux ailes, cette description serait impossible. Les ailes retranchées sont donc celles des pieds.

La guemara oppose une hypothèse plus économique : un dévoilement momentané suffirait. Elle la renforce par un argument de symétrie, car le prophète décrit aussi leurs visages, que deux ailes couvrent également selon le verset de Yechayahou ; personne ne prétend pour autant que ces ailes-là ont disparu. Le même raisonnement devrait donc valoir pour les pieds.

11
הָכִי הַשְׁתָּא?! בִּשְׁלָמָא אַפֵּיהּ — אֹורַח אַרְעָא לְגַלּוֹיֵי קַמֵּיהּ רַבֵּיהּ. כְּרָעֶיהָ — לָאו אֹורַח אַרְעָא לְגַלּוֹיֵי קַמֵּיהּ רַבֵּיהּ.

Comment comparer ? Admettons pour sa face : il est dans l'usage de la découvrir devant son maître.

Son pied : il n'est pas dans l'usage de le découvrir devant son maître.

💡 Explication

La guemara brise la symétrie invoquée au segment précédent. Les deux dévoilements ne sont pas de même nature. Découvrir son visage devant celui qu'on sert relève de l'orah ara, la conduite convenable ; découvrir son pied ne s'en relève pas.

Il reste donc que le dévoilement occasionnel explique la description des visages, mais non celle des pieds. Si Ye'hezkel a vu les pieds, c'est que les ailes qui les couvraient avaient bien été retirées, et la preuve des Rabanan tient.

🖼️ Schéma
Pourquoi les deux cas ne se comparent pas La face Ye'hezkel la décrit : face d'homme Nul ne dit que ces ailes-là ont été retranchées Se découvrir ainsi devant son maître se fait : orah ara Le pied Ye'hezkel le décrit : un pied droit Un dévoilement passager n'est pas une explication Se découvrir ainsi devant son maître ne se fait pas Conclusion : la preuve des Rabanan tient s'il a vu leurs pieds, c'est que les ailes qui les couvraient avaient été retirées
La convenance, orah ara, distingue ce qu'un serviteur dévoile devant son maître de ce qu'il ne dévoile pas ; l'objection tirée de la face tombe.
12
כָּתוּב אֶחָד אוֹמֵר: ״אֶלֶף אַלְפִין יְשַׁמְּשׁוּנֵּיהּ וְרִבּוֹ רִבְבָן קָדָמוֹהִי יְקוּמוּן״, וְכָתוּב אֶחָד אוֹמֵר: ״הַיֵּשׁ מִסְפָּר לִגְדוּדָיו״! לָא קַשְׁיָא: כָּאן בִּזְמַן שֶׁבֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַיָּים, כָּאן בִּזְמַן שֶׁאֵין בֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַיָּים, כִּבְיָכֹול שֶׁנִּתְמַעֲטָה פָּמַלְיָא שֶׁל מַעְלָה.

Un verset dit : « mille milliers Le servent, et une myriade de myriades se tiennent devant Lui » (Daniel 7, 10), et un autre verset dit : « y a-t-il un nombre à Ses troupes ? » (Iyov 25, 3). Il n'y a pas de difficulté : ici, au temps où le Temple est debout ; là, au temps où le Temple n'est pas debout.

Pour ainsi dire, la familia d'en haut a diminué.

📜 Rachi (2)
[כָּאן בִּזְמַן שֶׁאֵין וְכוּ'] בִּימֵי דָּנִיֵּאל כְּבָר חָרַב הַבַּיִת:
Ici, au temps où il n'est pas, etc. : aux jours de Daniel, le Temple était déjà détruit.
כִּבְיָכוֹל אַף כְּלַפֵּי צְבָא שְׁכִינָה הֻוזְקַקְנוּ לוֹמַר כָּךְ כְּמוֹ בְּבָשָׂר וָדָם שֶׁיָּכוֹל לוֹמַר בּוֹ מִיעוּט:
Kivyakhol : même à l'égard de l'armée de la Chekhina, nous avons été contraints de parler ainsi, comme on le fait pour un être de chair et de sang, dont on peut dire qu'il diminue.
💡 Explication

La même distinction est appliquée une seconde fois, à une contradiction d'une autre nature : le verset de Iyov décrit une armée sans nombre, celui de Daniel en donne le compte. Rachi ancre la réponse dans la chronologie : aux jours de Daniel, le Temple était déjà détruit.

Rachi s'arrête sur le mot kivyakhol : c'est un terme de précaution. Parler de diminution à propos de l'armée de la Chekhina emprunte un langage qui ne vaut proprement que pour la chair et le sang ; on l'emploie faute d'un autre.

13
תַּנְיָא, רַבִּי אוֹמֵר מִשּׁוּם אַבָּא יוֹסֵי בֶּן דּוֹסַאי: ״אֶלֶף אַלְפִין יְשַׁמְּשׁוּנֵּיהּ״ — מִסְפַּר גְּדוּד אֶחָד, ״וְלִגְדוּדָיו אֵין מִסְפָּר״. וְרַבִּי יִרְמְיָה בַּר אַבָּא אָמַר: ״אֶלֶף אַלְפִין יְשַׁמְּשׁוּנֵּיהּ״, לַנָּהָר דִּינוּר, שֶׁנֶּאֱמַר: ״נְהַר דִּינוּר נָגֵד וְנָפֵק מִן קֳדָמוֹהִי אֶלֶף אַלְפִין יְשַׁמְּשׁוּנֵּיהּ וְרִבּוֹ רִבְבָן קָדָמוֹהִי יְקוּמוּן״.

Il est enseigné : Rabbi dit au nom d'Abba Yossi ben Dossai : « mille milliers Le servent » est le nombre d'une seule troupe, et « à Ses troupes il n'y a pas de nombre ». Et Rabbi Yirmeya bar Abba a dit : « mille milliers le servent » se rapporte au fleuve Dinour, comme il est dit « un fleuve de feu coulait et sortait de devant Lui ; mille milliers le servaient, et une myriade de myriades se tenaient devant lui » (Daniel 7, 10).

📜 Rachi (2)
אֶלֶף אַלְפִין הוּא מְסַפֵּר שֶׁל כָּל גְּדוּד וּגְדוּד אֲבָל אֵין מִסְפָּר כַּמָּה גְּדוּדִין יֵשׁ:
Mille milliers : c'est le nombre de chaque troupe, mais il n'y a pas de nombre pour la quantité de troupes qu'il y a.
לַנָּהָר דִּינוּר דְּהַאי קְרָא נָמֵי גַּבֵּי נְהַר דִּינוּר כְּתִיב:
Au fleuve Dinour : car ce verset aussi est écrit à propos du fleuve Dinour.
💡 Explication

La baraita et l'Amora offrent deux résolutions qui se passent de la distinction entre les deux époques. Abba Yossi ben Dossai lit le chiffre de Daniel comme l'effectif d'une seule unité : le nombre des troupes, lui, reste incalculable.

Rabbi Yirmeya bar Abba déplace le pronom. Le verset de Daniel énumère deux sujets, le fleuve de feu et Celui de qui il sort ; il rapporte le service au fleuve, et non au Saint béni soit-Il. Rachi le note brièvement : ce verset aussi est écrit à propos du fleuve Dinour. Le compte de Daniel cesse alors de concerner l'armée d'en haut.

14
מֵהֵיכָן נָפֵיק? מִזֵּיעָתָן שֶׁל חַיּוֹת. וּלְהֵיכָן שֶׁפִּיךָ? אָמַר רַב זוּטְרָא בַּר טוֹבִיָּה אָמַר רַב: עַל רֹאשׁ רְשָׁעִים בְּגֵיהִנָּם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הִנֵּה סַעֲרַת ה׳ חֵמָה יָצְאָה וְסַעַר מִתְחוֹלֵל עַל רֹאשׁ רְשָׁעִים יָחוּל״. וְרַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב אָמַר: עַל אֲשֶׁר קֻומְּטוּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אֲשֶׁר קֻומְּטוּ וְלֹא עֵת נָהָר יוּצַק יְסוֹדָם״. תַּנְיָא, אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן הֶחָסִיד: אֵלּוּ תְּשַׁע מֵאוֹת וְשִׁבְעִים וְאַרְבַּע דּוֹרוֹת שֶׁקֻּומְּטוּ לְהִיבָּרְאוֹת

D'où sort-il ? De la sueur des hayot.

Et où se déverse-t-il ? Rav Zoutra bar Tovia a dit au nom de Rav : sur la tête des méchants dans le Guehinom, comme il est dit « voici la tempête de ה', une fureur est sortie, une tempête tourbillonnante ; sur la tête des méchants elle tourbillonnera » (Yirmeyahou 23, 19).

Et Rav Aha bar Yaakov a dit : sur ceux qui ont été retirés, comme il est dit « eux qui ont été retirés avant le temps, dont le fondement s'écoule comme un fleuve » (Iyov 22, 16). Il est enseigné : Rabbi Chimon le Hassid a dit : ce sont les neuf cent soixante-quatorze générations qui ont été retirées d'être créées

📜 Rachi (2)
עַל אֲשֶׁר קֻומְּטוּ עַל תתקע"ד דּוֹרוֹת שֶׁהֶעֱבִיר מִן הָעוֹלָם קֹודֶם מַתַּן תּוֹרָה וְלֹא בְּרָאָן כִּדְקָתָנֵי לְקַמָּן וּנְתָנָן בְּגֵיהִנָּם וַעֲלֵיהֶם נוֹפֵל שֶׁנֶּאֱמַר בָּהֶן וּנְהַר יוֹצֵק יְסוֹדָם וְהַיְינוּ נְהַר דִּינוּר שֶׁמּוּצָק עֲלֵיהֶם:
Sur ceux qui ont été retirés : sur les 974 générations qu'Il a fait passer du monde avant le don de la Torah et qu'Il n'a pas créées, comme on l'enseigne plus loin, et qu'Il a placées dans le Guehinom. C'est sur elles qu'il tombe, car il est dit à leur sujet « un fleuve se déverse sur leur fondement », et c'est le fleuve Dinour qui se déverse sur elles.
קֻומְּטוּ לְהִיבָּרְאוּת נִגְזְרוּ לְהִיבָּרְאוּת לְשׁוֹן וַתִּקְמְטֵנִי לָעַד הָיָה:
Retirées d'être créées : décrétées pour être créées ; c'est une langue comme « vatikmeteni, tu m'as saisi, cela est devenu un témoin » (Iyov 16, 8).
🗂️ Tossefot (1)
מִזֵּיעָתָן שֶׁל חַיּוֹת. וְיוֹצְאִים מִמֶּנּוּ מַלְאָכִים וְאוֹמְרִים שִׁירָה וּמִיָּד נִטְרָדִים וְהָכִי מָצִינוּ בַּמִּדְרָשׁ (אֵיכָה ג׳:כ״ג) חֲדָשִׁים לַבְּקָרִים שֶׁבּוֹרֵא מַלְאָכִים בְּכָל יוֹם וְאוֹמְרִים שִׁירָה וְנִטְרָדִין לָהֶן כִּדְאָמַר בְּסָמוּךְ מִשּׁוּם שֶׁיֵּשׁ אוֹת בַּמַּלְאָכִים הַקְּבוּעִים שֶׁמַּמְתִּינִים זֶה לָזֶה לוֹמַר שִׁירָה וְאֵלּוּ הַחֲדָשִׁים שֶׁאֵינָם יוֹדְעִים הַדָּת מְמַהֲרִין לְשׁוֹרֵר וְנִתְחַיְּיבוּ כְּלָיָה וְהַייְנוּ אֲשֶׁר תִּקְּנוּ וְיִסְּדוּ אַנְשֵׁי כְּנֶסֶת הַגְּדוֹלָה בְּיוֹצֵר וְנוֹתְנִין רְשׁוּת זֶה לָזֶה קְדֻושָּׁה כֻּולָּם כְּאֶחָד עוֹנִין וְאוֹמְרִים וְגַם לְמַעְלָה יוֹצֵר מְשָׁרְתִים וַאֲשֶׁר מְשָׁרְתָיו כֻּולָּם עוֹמְדִים בְּרוּם עוֹלָם כְּלוֹמַר בְּכָל יוֹם בּוֹרֵא חֳדָשִׁים וְנִטְרָדִין אֲבָל מְשָׁרְתָיו קְבוּעִים וְעוֹמְדִין לָעַד:
« De la sueur des hayot. » Et il en sort des anges qui disent un chant et sont aussitôt écartés. Ainsi trouvons-nous dans le Midrach sur « nouvelles chaque matin » (Eikha 3, 23) : Il crée des anges chaque jour, qui disent un chant et sont écartés, comme il est dit plus loin — parce qu'il existe une règle parmi les anges fixés, qui s'attendent les uns les autres pour dire le chant, tandis que ces nouveaux, qui ne connaissent pas la règle, se hâtent de chanter et se rendent passibles d'anéantissement. Et c'est ce que les hommes de la Grande Assemblée ont institué et fondé dans le Yotser : « et ils se donnent permission les uns aux autres », « la kedoucha, tous ensemble ils répondent et disent » ; et plus haut aussi, « Yotser mecharetim » et « acher mecharetav koulam omdim berom olam », c'est-à-dire que chaque jour Il en crée de nouveaux qui sont écartés, tandis que Ses serviteurs sont fixés et se tiennent à jamais.
💡 Explication

Le folio suit le fleuve de bout en bout : sa source, la sueur des hayot ; son cours ; puis sa destination, sur laquelle deux Amoraim divergent. Rav Zoutra bar Tovia le fait tomber sur les méchants du Guehinom, en s'appuyant sur le verset de la tempête tourbillonnante. Rav Aha bar Yaakov le fait tomber sur ceux que le verset de Iyov appelle kometou, retirés.

Rachi explique ce mot d'après la baraita citée immédiatement : ce sont les 974 générations qui devaient être créées avant le don de la Torah et ne l'ont pas été. La phrase reste inachevée et se poursuit au folio suivant.

Tossefot ouvre un autre versant du même fleuve : des anges en sortent, disent un chant, et sont aussitôt écartés. La raison tient à une règle de préséance parmi les anges fixés, qui s'attendent les uns les autres pour chanter ; ces nouveaux venus ne la connaissent pas et se hâtent. Tossefot y rattache plusieurs formules du Yotser, « ils se donnent permission les uns aux autres », et l'opposition entre ce qui est créé chaque matin et ceux de Ses serviteurs qui se tiennent à jamais.

🖼️ Schéma
Le nehar Dinour : d'où il sort, où il se déverse Source : la sueur des hayot un fleuve de feu sortant de devant Lui Rav Zoutra bar Tovia au nom de Rav sur la tête des méchants dans le Guehinom Yirmeyahou 23, 19 : une tempête tourbillonnante, sur la tête des méchants elle tourbillonnera Rav Aha bar Yaakov sur ceux qui ont été retirés (kometou) Iyov 22, 16 : retirés avant le temps, dont le fondement s'écoule comme un fleuve Rabbi Chimon le Hassid : ce sont les 974 générations retirées d'être créées - la suite au folio 14a Tossefot : du fleuve sortent aussi des anges qui chantent trop tôt et sont aussitôt écartés
Une source unique, deux destinations selon les Amoraim, et la précision de la baraita sur ce que sont ceux qui ont été retirés.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).