Chagigah 14a — Les générations retirées, les anges du nehar Dinour, les deux trônes de Daniel et les dix-huit malédictions de Yechayahou

Chagigah 14a

Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin de la sougya des générations qui devaient être créées avant le don de la Torah et qui ne le furent pas : le Saint béni soit-Il en planta quelques-unes à chaque génération, et ce sont les insolents de chaque génération. Vient ensuite une double question sur les anges, créés chaque jour du nehar Dinour selon le père de Hiya bar Rav, ou créés un par un de chaque parole divine selon Rabbi Chemouel bar Nahmani.

Le cœur du folio est une série de contradictions entre versets portant sur la vision de Daniel : cheveux blancs comme la laine contre boucles noires comme le corbeau, résolues par la distinction entre la yéchiva et la guerre ; puis un trône unique contre des trônes au pluriel, où se déploie une mahloket en trois temps entre Rabbi Akiva, Rabbi Yossi HaGlili et Rabbi Elazar ben Azarya. La seconde moitié du folio expose le troisième chapitre de Yechayahou comme un catalogue des maîtres de Torah que D.ieu ôte de Jérusalem, dix-huit malédictions dont chaque terme désigne une catégorie d'étudiants, et s'achève sur la question des hommes de foi : Rav Ketina affirme qu'ils n'ont pas cessé même à la chute de la ville, Rava affirme que la ville ne fut détruite que lorsqu'ils eurent cessé.

Chagigah 14a - le plan du folio 1. Les générations retirées avant d'être créées, puis plantées à chaque génération : ce sont les aze panim 2. Les anges créés chaque jour du nehar Dinour, ou bien un ange par parole : deux opinions 3. La vision de Daniel cheveux blancs ou noirs ; un trône ou deux trônes - trois lectures successives 4. Les dix-huit malédictions : le catalogue des maîtres de Torah ôtés de Jérusalem 5. Les baalé amana Rav Ketina : ils n'ont pas cessé ; Rava : la ville tomba quand ils eurent cessé Le fil qui traverse le folio : ce qui a été retiré des générations retirées avant leur création - des anges qui chantent et cessent aussitôt dix-huit soutiens ôtés de Jérusalem - six cents ordres de Michna réduits à six Terme-clé : sod, le secret ce que l'on couvre comme d'un manteau (simla) et que l'on transmet à voix basse (lahach) le folio ouvre et ferme sur lui : le sod promis aux Sages, puis celui que nul ne sait plus enseigner
Le parcours du folio, des générations retirées avant leur création jusqu'aux hommes de foi de Jérusalem, et le fil qui le traverse : ce qui a été retiré.
Un trône ou deux ? Les trois lectures de Daniel 7, 9 La contradiction dans le même verset korséyé chevivin dinour, son trône est flammes de feu (singulier) / ad di korsavan remiv, jusqu'à ce que des trônes furent posés (pluriel) Rabbi Akiva, 1re version un pour Lui, un pour David le second trône est attribué à une figure distincte Ben Yehoyada : David désigne ici la Malkhout d'en haut Rabbi Akiva, 2e version un pour le din, un pour la tsédaka les deux trônes deviennent deux modes de conduite, sans seconde figure assise Rabbi Elazar ben Azarya un pour le trône, un pour l'escabeau kissé pour s'y asseoir, chafraf pour marchepied preuve : les cieux sont Mon trône et la terre Mon escabeau Objection de R. Yossi HaGlili Akiva, jusqu'à quand rendras-tu la Chekhina profane ? Rachi : asseoir un homme à Son côté Objection de R. Elazar b. Azarya Akiva, qu'as-tu à faire avec l'aggada ? Porte tes propos vers negaim et ohalot La question de la guemara kibla miney o la kibla miney : a-t-il accepté la remarque ? la 2e baraita prouve que oui Ce que chaque étape retire d'abord une seconde figure assise, puis un second sujet d'action, pour finir avec un seul assis et un simple appui sous Ses pieds
Les trois lectures successives des deux trônes de Daniel 7, 9, les deux objections qui les séparent, et la question de la guemara sur l'acceptation de la remarque par Rabbi Akiva.
Yechayahou 3, 1-4 lu comme un catalogue des maîtres de Torah chaque titre ôté de Jérusalem désigne une catégorie d'étudiants de Torah michan : les maîtres du Mikra michena : les maîtres de la Michna (600 ou 700 ordres) kol michan le'hem : les maîtres du Talmud vekhol michan mayim : les maîtres de l'aggada guibor : le maître des chemouot reçues ich milhama : la guerre de la Torah, questions et réponses chofet : le dayan qui juge un jugement de vérité selon sa vérité navi : selon son sens littéral kossem : le roi, une sentence est sur ses lèvres zaken : celui qui est digne de la yéchiva sar hamichim : sar houmachin, les cinq livres - ou 50 ans nessou panim : on considère sa génération à cause de lui yoets : il sait intercaler les années et fixer les mois 'hakham : l'élève qui rend ses maîtres sages harachim : tous deviennent comme des sourds devant lui navon : il comprend une chose à partir d'une autre lahach : digne des paroles données à voix basse, le sod dix-sept titres exposés aux versets 1 à 3 Yechayahou 3, 4 : et Je donnerai des naarim pour leurs princes, et des taaloulim domineront sur eux naarim : des gens vides (menoarim) de mitsvot - taaloulim : des renards fils de renards Le coup qui calme enfin le prophète : Yechayahou 3, 5 le naar insolent envers le zaken - celui qui tient les fautes graves pour légères, insolent envers celui qui tient les légères pour graves Le compte exact des dix-huit se discute chez les commentateurs ; le folio expose dix-sept titres, puis le verset 4
Le catalogue de Yechayahou 3, 1-4 tel que la guemara l'expose : chaque titre ôté de Jérusalem désigne une catégorie d'étudiants de Torah.
1
קֹודֶם שֶׁנִּבְרָא הָעוֹלָם, וְלֹא נִבְרְאוּ. עָמַד הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא וּשְׁתָלָן בְּכָל דּוֹר וָדוֹר, וְהֵן הֵן עַזֵּי פָנִים שֶׁבַּדּוֹר.

... avant que le monde ne fut créé, et elles ne furent pas créées. Le Saint béni soit-Il se leva et les planta à chaque génération, et ce sont eux les insolents (aze panim) de la génération.

📜 Rachi (1)
קֹודֶם שֶׁנִּבְרָא הָעוֹלָם נִגְזַר עֲלֵיהֶם לְהַבְרָאוֹת לִהְיוֹת קֹודֶם מַתַּן תּוֹרָה לְקַייֵּם מַה שֶׁנֶּאֱמַר דָּבָר צִוָּה לְאֶלֶף דּוֹר (תְּהִלִּים קה) רְאוּיָה הָיְתָה תּוֹרָה לְהִינָּתֵן לְסוֹף אֶלֶף דּוֹר וּכְשֶׁרָאָה שֶׁאֵין הָעוֹלָם מִתְקַייֵּם בְּלֹא תּוֹרָה עָמַד וּטְרָדָן וּנְתָנָהּ לְסוֹף כ"ו דּוֹרוֹת מֵאָדָם הָרִאשׁוֹן עַד מֹשֶׁה רַבֵּינוּ:
Il fut décrété à leur sujet d'être créées avant le don de la Torah, pour accomplir ce qui est dit « Il a ordonné Sa parole pour mille générations » (Tehilim 105) : la Torah devait être donnée au terme de mille générations ; et lorsqu'Il vit que le monde ne subsiste pas sans Torah, Il se leva et les chassa, et la donna au terme de vingt-six générations, depuis Adam le premier homme jusqu'à Moche notre maître.
🗂️ Tossefot (1)
וּטְרָדָן. וְאִיכָּא לָמֶ"ד וּשְׁתָלָן פרש"י לְפִי לָשׁוֹן רִאשׁוֹן נָתַן נִשְׁמָתָן בְּגֵיהִנָּם וְלֹא נִבְרְאוּ וְתֵימַהּ הוּא וְכִי עֲבִיד דִּינָא בְּלֹא דִּינָא כִּי מַה פָּשְׁעוּ לִהְיוֹת בְּגֵיהִנָּם וְנִרְאֶה לְפָרֵשׁ וּטְרָדָן שֶׁלֹּא נִבְרְאוּ בְּיַחַד כִּי אִם מְעַט לְכָל דּוֹר וָדוֹר כְּדֵי שֶׁלֹּא יַחְרִיבוּ הָעוֹלָם וּשְׁנֵי הַלְּשׁוֹנוֹת בִּירוּשַׁלְמִי שָׁוֶה אַךְ הַלָּשׁוֹן מְשֻׁונָּה וּלְכָךְ לֹא חָשׁ לְמִתְנֵי אִיכָּא דְאָמְרִי לָהּ בְּהַאי לִישָּׁנָא כֵּיוָן שֶׁאֵינוֹ מְשַׁנֶּה לָהּ רַק חֲדָא תֵּיבָה:
« Et Il les chassa (vetardan) », et il y a qui enseignent « et Il les planta ». Rachi a expliqué, selon la première version, qu'Il a placé leurs âmes dans le Guéhinam et qu'elles ne furent pas créées ; cela est étonnant : ferait-Il justice sans jugement ? Quelle faute avaient-elles commise pour se trouver dans le Guéhinam ? Il paraît donc qu'il faut expliquer « et Il les chassa » ainsi : elles ne furent pas créées ensemble, mais un petit nombre à chaque génération, afin qu'elles ne détruisent pas le monde. Dans le Yerouchalmi les deux versions reviennent au même, seule la formulation diffère ; c'est pourquoi la guemara n'a pas pris soin d'enseigner « il y a qui disent » à propos de cette formulation, puisqu'elle ne change qu'un seul mot.
💡 Explication

Le folio s'ouvre au milieu d'une phrase commencée en 13b. Le verset « Il a ordonné Sa parole pour mille générations » (Tehilim 105, 8) implique que la Torah devait être donnée au terme de mille générations ; elle fut pourtant donnée après vingt-six générations seulement, d'Adam à Moche. Les 974 générations manquantes furent donc retirées avant leur création.

La guemara ne les supprime pas entièrement : le Saint béni soit-Il en planta quelques individus dans chaque génération. Ce sont les aze panim, les insolents, dont la hardiesse s'explique par leur origine, puisqu'ils appartiennent à des générations qui ne devaient pas exister.

2
וְרַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אָמַר: ״אֲשֶׁר קֻומְּטוּ״ — לִבְרָכָה הוּא דִּכְתִיב. אֵלּוּ תַּלְמִידֵי חֲכָמִים שֶׁמְּקַמְּטִין עַצְמָן עַל דִּבְרֵי תוֹרָה בָּעוֹלָם הַזֶּה, הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מְגַלֶּה לָהֶם סוֹד לָעוֹלָם הַבָּא, שֶׁנֶּאֱמַר: ״נָהָר יוֹצֵק יְסוֹדָם״.

Et Rav Nahman bar Yits'hak a dit : « eux qui furent ridés (koumtou) » (Iyov 22, 16) est écrit pour la bénédiction. Ce sont les talmidé hakhamim qui se rident eux-mêmes sur les paroles de Torah en ce monde ; le Saint béni soit-Il leur révèle un secret (sod) dans le monde à venir, ainsi qu'il est dit : « un fleuve se déverse en leur fondement (yessodam) ».

🪔 Ben Yehoyada (1)
אלו תלמידי חכמים, שמקמטים את עצמן משנה על דברי תורה בעולם הזה, הקדוש ברוך הוא מגלה להם סוד הנהר לעולם הבא. נראה לי בס"ד נהר במלואו כזה נ ו ־ ן ה־ ה ר י ־ ש המלוי הוא אותיות שינה רמז על ידי דמקמטין עצמן מן השינה יזכו לסוד הנהר. והנה ידוע מה שאמר רבינו ז"ל ונהר יצא מעדן (בראשית ב, י) נהר דעת, ולזה אמר 'יגלה להם סוד הנהר' דכתיב ובדעת חדרים ימלאו כל הון יקר ונעים (משלי כד, ד) ולכן מלוי נהר הם אותיות ' יש הון '. גם יובן רמז הנהר לתלמידי חכמים דאמרו רבותינו ז"ל (ברכות נו:) הרואה נהר בחלום יצפה לשלום שנאמר הנני נטה אליה כנהר שלום (ישעיהו סו, יב) , ולכן החכמים זוכים לשלום יותר דכתיב (תהלים קיט, קסה) שלום רב לאהבי תורתך שמאהבתם עוסקים בלילה גם כן אז זוכים לשלום שהוא סוד הנהר.
« Ce sont les talmidé hakhamim qui se rident eux-mêmes, [se privant] du sommeil, sur les paroles de Torah en ce monde ; le Saint béni soit-Il leur révèle le sod du nahar dans le monde à venir. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le mot nahar dans son milouy (remplissage des lettres) s'écrit noun-vav-noun, hei-alef, rech-youd-chin : le remplissage lui-même forme les lettres du mot chena, le sommeil, allusion à ce que c'est en se privant du sommeil qu'ils méritent le sod du nahar. Et il est connu ce qu'a dit notre maître, sa mémoire est une bénédiction, sur le verset « un fleuve sortait d'Éden » (Berechit 2, 10) : il s'agit du néhar daat, le fleuve de la connaissance. C'est pourquoi il dit « Il leur révélera le sod du nahar », comme il est écrit « et par la connaissance les chambres se remplissent de tout bien précieux et agréable » (Michlé 24, 4) ; aussi le milouy de nahar forme-t-il les lettres yech hon, il y a une richesse. On comprend encore l'allusion du nahar aux talmidé hakhamim d'après ce qu'ont dit nos maîtres, leur mémoire est une bénédiction (Berakhot 56b) : celui qui voit un fleuve en rêve, qu'il espère la paix, ainsi qu'il est dit « voici que J'étends vers elle la paix comme un fleuve » (Yechayahou 66, 12). C'est pourquoi les Sages méritent la paix plus que d'autres, comme il est écrit « paix abondante pour ceux qui aiment Ta Torah » (Tehilim 119, 165) : par amour ils étudient aussi la nuit, et ils méritent alors la paix, qui est le sod du nahar.
💡 Explication

Le verset d'Iyov 22, 16 est lu deux fois de suite dans la sougya : d'abord comme une malédiction, ici comme une bénédiction. Le retournement tient à la racine du mot koumtou, se rider, se recroqueviller : appliquée aux Sages, elle décrit celui qui se replie sur son étude et se prive de son confort.

La récompense est lue dans la suite du même verset : yessodam, leur fondement, est entendu comme sod, le secret. La forme du jeu est classique : un seul mot du verset porte la faute dans une lecture et la récompense dans l'autre.

3
אֲמַר לֵיהּ שְׁמוּאֵל לְחִייָּא בַּר רַב: בַּר אַרְיָא! תָּא אֵימָא לָךְ מִילְּתָא מֵהָנֵי מִילֵּי מְעַלְּייָתָא דַּהֲוָה אָמַר אֲבוּךְ: כֹּל יוֹמָא וְיוֹמָא נִבְרָאִין מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת מִנְּהַר דִּינוּר, וְאָמְרִי שִׁירָה וּבָטְלִי, שֶׁנֶּאֱמַר: ״חֲדָשִׁים לַבְּקָרִים רַבָּה אֱמוּנָתֶךָ״. וּפְלִיגָא דְּרַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי. דְּאָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר רַבִּי יוֹנָתָן: כָּל דִּיבּוּר וְדִיבּוּר שֶׁיּוֹצֵא מִפִּי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא נִבְרָא מִמֶּנּוּ מַלְאָךְ אֶחָד, שֶׁנֶּאֱמַר: ״בִּדְבַר ה׳ שָׁמַיִם נַעֲשׂוּ וּבְרוּחַ פִּיו כָּל צְבָאָם״.

Chemouel dit à Hiya bar Rav : fils de lion ! Viens que je te dise une chose parmi ces belles choses que disait ton père.

Chaque jour, des anges de service sont créés du nehar Dinour (le fleuve de feu) ; ils disent le chant, puis ils cessent d'être, ainsi qu'il est dit : « [Ils sont] nouveaux chaque matin, grande est Ta fidélité » (Eikha 3, 23). Et cela est en désaccord avec Rabbi Chemouel bar Nahmani, car Rabbi Chemouel bar Nahmani a dit au nom de Rabbi Yonatan : de chaque parole qui sort de la bouche du Saint béni soit-Il est créé un ange, ainsi qu'il est dit : « Par la parole de Hachem les cieux furent faits, et par le souffle de Sa bouche toute leur armée » (Tehilim 33, 6).

📜 Rachi (1)
רַבָּה אֱמוּנָתֶךָ רַבָּה תְּהִלָּתְךָ עֲלֵיהֶן:
Grande est Ta louange à leur sujet.
🗂️ Tossefot (1)
וּפְלִיג אַר' שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי. שֶׁהוּא אוֹמֵר שֶׁמַּלְאָכִים נִבְרָאִים בְּדִבּוּר הַמָּקוֹם וְלֹא מִנְּהַר דִּינוּר:
« Et cela est en désaccord avec Rabbi Chemouel bar Nahmani », qui dit que les anges sont créés par la parole du Lieu et non du nehar Dinour.
💡 Explication

Deux enseignements sur l'origine des anges se croisent ici. Selon le père de Hiya bar Rav, ils naissent chaque jour du nehar Dinour, le fleuve de feu mentionné en Daniel 7, 10, chantent une fois et cessent d'exister ; le verset d'Eikha fournit le terme hadachim, nouveaux chaque matin.

Selon Rabbi Yonatan, chaque parole divine produit un ange, ce qui rattache leur création à la parole et non au fleuve. Tossefot précise que le désaccord porte exactement sur la source : la parole du Lieu d'un côté, le nehar Dinour de l'autre.

🖼️ Schéma
D'où naissent les anges ? Deux opinions Le père de Hiya bar Rav source : le nehar Dinour, le fleuve de feu rythme : chaque jour une nouvelle troupe ils disent le chant, puis ils cessent d'être preuve : hadachim labekarim, nouvelles chaque matin (Eikha 3, 23) R. Chemouel bar Nahmani au nom de R. Yonatan source : la parole divine elle-même rythme : un ange par parole prononcée rien n'est dit ici de leur disparition preuve : ouvrouah piv kol tsevaam, toute leur armée par le souffle de Sa bouche (Ps 33, 6) La nafka mina que Tossefot dégage les anges sont-ils créés par la parole du Lieu, ou tirés du nehar Dinour ? les deux enseignements ne peuvent tenir ensemble
Les deux opinions sur l'origine des anges, leur preuve scripturaire respective, et le point précis du désaccord tel que Tossefot le dégage.
4
כָּתוּב אֶחָד אוֹמֵר: ״לְבוּשֵׁיהּ כִּתְלַג חִיוָּר וּשְׂעַר רֵישֵׁיהּ כַּעֲמַר נְקֵא״. וּכְתִיב: ״קְוֻצּוֹתָיו תַּלְתַּלִּים שְׁחֹורוֹת כָּעוֹרֵב״! לָא קַשְׁיָא: כָּאן בִּישִׁיבָה, כָּאן בַּמִּלְחָמָה. דְּאָמַר מַר: אֵין לְךָ נָאֶה בִּישִׁיבָה אֶלָּא זָקֵן, וְאֵין לְךָ נָאֶה בַּמִּלְחָמָה אֶלָּא בָּחוּר.

Un verset dit : « Son vêtement était comme neige blanche, et les cheveux de Sa tête comme laine pure » (Daniel 7, 9), et il est écrit : « Ses boucles sont ondulées, noires comme le corbeau » (Chir haChirim 5, 11) ! Il n'y a pas de difficulté : ici il s'agit de la yéchiva, là il s'agit de la guerre.

Car le maître a dit : il n'y a de convenable à la yéchiva qu'un vieillard (zaken), et il n'y a de convenable à la guerre qu'un jeune homme (bahour).

🪔 Ben Yehoyada (1)
לָא קַשְׁיָא, כָּאן בִּישִׁיבָה, כָּאן בְּמִלְחָמָה. הִנֵּה נוֹדַע דְּמַה שֶׁנִּגְלָה לְעֵינֵיהֶם הוּא בְּדֶרֶךְ שֶׁאָמַר הַכָּתוּב (הוֹשֵׁעַ יב, יא) וּבְיַד הַנְּבִיאִים אֲדָמָה, שֶׁאֵין הַנְּבִיאִים רוֹאִין מַרְאֶה מַמָּשׁ אֶלָּא כָּל אֶחָד יִצְטַיֵּיר לְפָנָיו כְּפִי מַה שֶׁיּוּכַל לְהַשִּׂיג וְלִסְבֹּול וְכֵן כָּאן נִצְטַייֵּר לְעֵינֵיהֶם אוֹרוֹת חֲסָדִים עֶלְיוֹנִים בְּמַרְאֶה שְׂעָרוֹת לְבָנוֹת וְעַל הַיָּם נִצְטַייֵּר לְעֵינֵיהֶם אוֹרוֹת גְּבוּרוֹת עֶלְיוֹנִים בְּמַרְאֶה שְׂעָרוֹת שְׁחוֹרוֹת וּמִלְּבַד שֶׁהָיָה זֶה הַמַּרְאֶה כְּדֵי לְהַשְׂכֵּילָם עִנְיָן סוֹדַייִּ וְנִסְתָּר עַל הֶאָרַת הָעוֹלָמוֹת לְמַעְלָה. עוֹד לִימְּדָם בָּזֶה בִּינָה לְהָבִין וּלְהַשְׂכִּיל דְּכֵן רָאוּי לִהְיוֹת בִּישִׁיבָה זָקֵן וּבְמִלְחָמָה בָּחוּר וְיָבִינוּ בָּזֶה דָּבָר מִתּוֹךְ דָּבָר דְּבַמִּלְחָמָה צָרִיךְ זֵרוּז וּמְהִירוּת בְּמַעֲשֵׂה הַמִּלְחָמָה וְלֹא יִתְנַהֲגוּ בִּכְבֵידוּת אֶלָּא כְּטֶבַע הַבָּחוּר שֶׁהוּא תַּקִּיף וְזָרִיז וּמָהִיר אַךְ בִּישִׁיבָה שֶׁהוּא עִנְיַן לִימּוּד תּוֹרָה לַתַּלְמִידִים לֹא טוֹב הַחִפָּזוֹן וּמְהִירוּת אֶלָּא יִתְנַהֵג בִּכְבֵידוּת כְּטֶבַע הַזָּקָן.
« Il n'y a pas de difficulté : ici il s'agit de la yéchiva, là il s'agit de la guerre. » Il est connu que ce qui se dévoile à leurs yeux se produit selon ce que dit l'Écriture (Ochea 12, 11) « et par la main des prophètes Je Me suis rendu semblable » : les prophètes ne voient pas une image réelle, mais il se représente devant chacun ce qu'il est capable de saisir et de supporter. De même ici, se représentèrent à leurs yeux les lumières des hassadim supérieurs sous l'apparence de cheveux blancs ; et sur la mer, se représentèrent à leurs yeux les lumières des guevourot supérieures sous l'apparence de cheveux noirs. Outre que cette vision visait à leur faire comprendre une matière de sod, cachée, touchant l'illumination des mondes d'en haut, elle leur enseignait encore le discernement, pour comprendre et comprendre par soi-même qu'il convient d'avoir à la yéchiva un vieillard et à la guerre un jeune homme ; et ils comprendront par là une chose à partir d'une autre : à la guerre, il faut de la promptitude et de la rapidité dans l'action, et l'on ne doit pas s'y conduire avec lenteur, mais selon la nature du jeune homme, qui est vigoureux, prompt et rapide ; tandis qu'à la yéchiva, qui est l'enseignement de la Torah aux élèves, la précipitation et la rapidité sont mauvaises, et il faut s'y conduire avec lenteur, selon la nature du vieillard.
💡 Explication

La sougya entre dans une série de contradictions entre versets portant sur la même vision. Le premier couple oppose les cheveux blancs de Daniel aux boucles noires du Cantique.

La résolution ne choisit pas entre les deux images : elle leur assigne deux situations distinctes. Le blanc convient à la yéchiva, où l'on attend l'autorité du zaken ; le noir convient à la guerre, où l'on attend la vigueur du bahour. Le langage de la vision suit donc l'acte représenté.

🖼️ Schéma
Cheveux blancs ou boucles noires : deux versets, deux situations Daniel 7, 9 vêtement blanc comme la neige, cheveux comme la laine pure situation : la yéchiva il n'y a de convenable à la yéchiva qu'un zaken Chir haChirim 5, 11 ses boucles sont ondulées, noires comme le corbeau situation : la guerre il n'y a de convenable à la guerre qu'un bahour Le principe de lecture la vision prophétique se conforme à ce que le prophète peut recevoir, selon Ochea 12, 11 : par la main des prophètes Je Me suis rendu semblable Ben Yehoyada : les cheveux blancs figurent les hassadim, les cheveux noirs les guevourot
Les deux versets, les deux situations qui les séparent, et le principe de lecture qui autorise la résolution.
5
כָּתוּב אֶחָד אוֹמֵר: ״כַּרְסֵיהּ שְׁבִיבִין דִּינוּר״, וְכָתוּב אֶחָד אוֹמֵר: ״עַד דִּי כָרְסָוָן רְמִיו וְעַתִּיק יוֹמִין יְתִיב״! לָא קַשְׁיָא: אֶחָד לוֹ וְאֶחָד לְדָוִד. כִּדְתַנְיָא: אֶחָד לוֹ וְאֶחָד לְדָוִד, דִּבְרֵי רַבִּי עֲקִיבָא. אָמַר לוֹ רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי: עֲקִיבָא, עַד מָתַי אַתָּה עוֹשֶׂה שְׁכִינָה חֹול?! אֶלָּא: אֶחָד לְדִין וְאֶחָד לִצְדָקָה.

Un verset dit : « Son trône était flammes de feu » (Daniel 7, 9), et un verset dit : « jusqu'à ce que des trônes furent posés et que l'Ancien des jours s'assit » (ibid.) ! Il n'y a pas de difficulté : l'un pour Lui et l'un pour David.

Ainsi qu'il a été enseigné : l'un pour Lui et l'un pour David, paroles de Rabbi Akiva. Rabbi Yossi HaGlili lui dit : Akiva, jusqu'à quand rendras-tu la Chekhina profane ?

Plutôt : l'un pour le jugement (din) et l'un pour la charité (tsédaka).

📜 Rachi (3)
כַּרְסֵיהּ מַשְׁמַע כִּסֵּא אֶחָד:
Cela implique un seul trône.
כָּרְסָוָן רְמִיו שְׁנֵי כִּסְאוֹת הוּטְלוּ נִתְקְנוּ לֵישֵׁב עֲלֵיהֶן:
Deux trônes furent posés, disposés pour s'y asseoir.
שְׁכִינָה חוֹל לְהוֹשִׁיב אָדָם בְּצִידּוֹ:
En faisant asseoir un homme à Son côté.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אחד לו ואחד לדוד, דברי רבי עקיבא (דניאל ז, ט) . נראה לי בס"ד כונת רבי עקיבא הוא על המלכות שנקראת בשם דוד כמו שאמרו בזוהר הקדוש (פרשת קדושים דף פד) הכי תנינן דוד אחרא את ליה לקודשא בריך הוא ואיהו ממנא על כמה אכלוסין עלאין ומשריין וכו' ובגין ההוא דוד עלאה אמר דוד פנה אלי וחנני (תהלים כה, טז) עיין שם. ופרשו מבארי הזוהר דהכונה הוא על המלכות העליונה שגם היא מכונית בשם דוד. ונראה בודאי גם הכא מה שאמר רבי עקיבא אחד לו קאי על התפארת ואחד לדוד קאי על המלכות. ונודע שכל זה המראה שראה דניאל ע"ה הוא ראה בעשר ספירות דעשיה וכמו שכתב רבינו ז"ל בספר הלקוטים הנדפס בירושלם ת"ו [תבנה ותכונן] דאיך אמר ועתיק יומין יתב (דניאל ז, ט) מה שלא ראה משה רבינו ע"ה! אלא שכל זה המראה הוא בעשיה דבכל עולם יש עשר ספירות וחמשה פרצופים עליונים כנודע עיין שם. והנה רבי יוסי ודאי ידע דאין כונת רבי עקיבא על דוד המלך ע"ה עם כל זה אמר לו ' אתה עושה שכינה חל ' כי באותם הימים לא נתפשטה חכמת האמת של סודות עליונים והשומעין שבבית המדרש יבינו שכונתו על דוד המלך ע"ה על כן הוא העתיק הדברים על שם הפעולה היוצאה מתפארת ומלכות כי התפארת שהוא רחמים פועל צדקה והמלכות שהיא גבורה פועלת דין. לכך אמר אחד לדין ואחד לצדקה והיינו הך דרשה של רבי עקיבא עצמו ולכך גם רבי עקיבה חש לחששה דרבי יוסי מפני השומעין ואז גם הוא תפס הדרשה בלשון זה דרבי יוסי ואמר אחד לדין ואחד לצדקה. אמנם רבי אלעזר בן עזריה בא לפרש הכסאות על ענין אחר ואמר אחד לכסא ואחד לשרפרף והוא כי שם אלקים כפשוטו עולה פ"ו כמנין הכסא [86] והוא בחינת דין בפני עצמו כנזכר בסוד פ"ו דש ופ ר. ועוד יש בחינת דין בשם אלקים והוא בסוד המלוי דשם אלקים שמתמלא ביודי"ן שעולה מספר ש' [אל־ף למ־ד ה־י יו־ד מ־ם = 300] והוא בסוד ש' ד ש ופר. ועוד רמוז בשם אלקים בחינת פ"ר דינין דמנצפ"ך והם מתחלקים בחמשה אותיות שם בכל אות חלק נ"ו מן פר ונודע כי אלו הפ"ר דינין הם כפולים שהם פרפר בסוד אמנה ופרפר נהרות דמשק (מלכים ב' ה, יב) , ובסוד הכתוב באיוב שלו הייתי ויפרפרני (איוב טז ,יב) כנזכר בשער הפסוקים. ולזה אמר אחד לכסא כנגד בחינת הגבורות הרמוזים בשם אלקים כפשוטו שהוא פ"ו כמנין הכסא שרמוזים באותיות פ"ו דשופר. ואמר אחד לשרפרף רמז בזה על שני בחינות של גבורות ודינין הרמוזים בשם אלקים האחת הוא בחינת שם אלקים במלואו שעולה ש' והוא סוד אות ש' ד ש ופר והשנית הם פר דינים דמנצפ"ך המתחלקים בחמשה אותיות של שם אלקים שהם כפולים 'פר פר' וכל זה רמז בשם שרפרף שהוא אות ש' ואותיות פרפר. ובזה יובן בס"ד לתרץ קושיא עצומה איך תלמודא מסיק 'אחד לו ואחד לדוד' והלא דבר זה דחאו רבי יוסי וגם רבי עקיבא עצמו הדר ביה ושנה 'אחד לדין ואחד לצדקה'? ובזה שכתבתי בס"ד ניחא דבאמת דבר זה לא נדחה ורק רבי יוסי ערער על לשון זה בשביל השומעין שאין בקיאין בחכמה זו של הסוד ולפי משמע אזניהם נראה להם דעושה שכינה חול אבל באמת מה שאמר אחד לדוד הכונה על המלכות ולשון דנקיט רבי יוסי, ולשון דנקיט רבי עקיבא שניהם עולין בקנה אחד וכאשר אמרנו, ורבי עקיבא לא חזר ושנה בלשון רבי יוסי אלא משום חשש השומעין שלא נגלו עדיין להם מראות אלקים המה סודות העליונים אבל בזמן חתימת התלמוד נתפשטה חכמה זו דסודות עליונים אצל רוב האמוראים ולכן מסדר התלמוד לא חש בימיו לחששא דרבי יוסי ולכן מסיק בלשון דנקיט רבי עקיבא אחד לו ואחד לדוד.
« L'un pour Lui et l'un pour David, paroles de Rabbi Akiva » (Daniel 7, 9). Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention de Rabbi Akiva porte sur la Malkhout, appelée du nom de David, comme il est dit dans le saint Zohar (paracha Kedochim, f. 84) : « Ainsi avons-nous enseigne : le Saint béni soit-Il possède un autre David, préposé sur de nombreuses armées et légions d'en haut, etc. ; et c'est à cause de ce David supérieur que David a dit : Tourne-Toi vers moi et fais-moi grâce (Tehilim 25, 16) », voir là-bas. Les commentateurs du Zohar ont expliqué que l'intention porte sur la Malkhout supérieure, elle aussi désignée du nom de David. Il paraît certain qu'ici aussi, ce que dit Rabbi Akiva « l'un pour Lui » se rapporte au Tiferet, et « l'un pour David » se rapporte à la Malkhout. Il est connu que toute cette vision que vit Daniel, paix sur lui, il la vit dans les dix sefirot de Assia, comme l'a écrit notre maître, sa mémoire est une bénédiction, dans le Sefer HaLikoutim imprimé à Jérusalem, qu'elle soit rebâtie et rétablie : comment a-t-il pu dire « et l'Ancien des jours s'assit » (Daniel 7, 9), ce que Moche notre maître lui-même n'a pas vu ? Mais toute cette vision se situe dans Assia, car dans chaque monde il y a dix sefirot et cinq partsoufim supérieurs, comme on sait, voir là-bas. Or Rabbi Yossi savait certainement que l'intention de Rabbi Akiva ne portait pas sur le roi David, paix sur lui ; malgré cela il lui dit « tu rends la Chekhina profane », car en ces jours-là la sagesse de vérité, celle des secrets supérieurs, n'était pas répandue, et les auditeurs du beth hamidrach auraient compris qu'il visait le roi David, paix sur lui. Aussi a-t-il transposé les termes sur le nom de l'action qui procède du Tiferet et de la Malkhout : le Tiferet, qui est miséricorde, opère la tsedaka, et la Malkhout, qui est guevoura, opère le din. C'est pourquoi il dit « l'un pour le din et l'un pour la tsedaka », et cela revient exactement à l'exposition de Rabbi Akiva lui-même ; Rabbi Akiva aussi s'est rangé à la crainte de Rabbi Yossi à cause des auditeurs, et il a repris alors l'exposition dans cette formulation de Rabbi Yossi, en disant « l'un pour le din et l'un pour la tsedaka ». Rabbi Elazar ben Azarya, lui, vient expliquer les trônes sur un autre plan et dit « l'un pour le trône et l'un pour l'escabeau ». En effet, le Nom Elokim selon sa lettre simple vaut quatre-vingt-six, comme la valeur de hakisse, le trône, et il constitue par lui-même un aspect de din, ainsi qu'il est mentionné dans le sod des lettres pe-vav du mot chofar. Il y a encore un aspect de din dans le Nom Elokim, dans le sod de son milouy lorsqu'il est rempli par des youdin, dont la valeur s'élève à trois cents, et qui est dans le sod de la lettre chin du mot chofar. Il est encore fait allusion dans le Nom Elokim à l'aspect des deux cent quatre-vingts jugements de mantsapakh, qui se répartissent entre les cinq lettres du Nom, chaque lettre en recevant une part de cinquante-six sur deux cent quatre-vingts. Il est connu que ces deux cent quatre-vingts jugements sont doubles, soit parpar, dans le sod de « Amana et Parpar, fleuves de Damas » (II Melakhim 5, 12), et dans le sod du verset d'Iyov « j'étais tranquille et Il m'a brisé » (Iyov 16, 12), ainsi qu'il est mentionné au Chaar HaPessoukim. C'est pourquoi il dit « l'un pour le trône », en face de l'aspect des guevourot auxquelles il est fait allusion dans le Nom Elokim selon sa lettre simple, qui vaut quatre-vingt-six comme hakisse, et auxquelles il est fait allusion dans les lettres pe-vav du mot chofar. Et il dit « l'un pour l'escabeau (chafraf) », faisant par là allusion aux deux aspects de guevourot et de dinim contenus dans le Nom Elokim : le premier est l'aspect de ce Nom dans son milouy, qui vaut trois cents, sod de la lettre chin du mot chofar ; le second, les deux cent quatre-vingts jugements de mantsapakh répartis entre les cinq lettres du Nom Elokim, lesquels sont doubles, par-par. Tout cela est indiqué dans le mot chafraf, formé de la lettre chin et des lettres par-par. Par là se résout, avec l'aide du Ciel, une difficulté considérable : comment le Talmud conclut-il « l'un pour Lui et l'un pour David », alors que Rabbi Yossi a repoussé cette formule et que Rabbi Akiva lui-même s'est rétracté et a enseigné « l'un pour le din et l'un pour la tsedaka » ? Selon ce que j'ai écrit avec l'aide du Ciel, cela s'explique : en vérité cette formule n'a pas été repoussée, et Rabbi Yossi a seulement contesté ce langage à cause des auditeurs, qui n'étaient pas versés dans cette sagesse du sod et auxquels, selon ce qu'entendaient leurs oreilles, il semblait qu'il rendait la Chekhina profane. En vérité, « l'un pour David » vise la Malkhout, et la formulation retenue par Rabbi Yossi et celle retenue par Rabbi Akiva reviennent au même, comme nous l'avons dit ; Rabbi Akiva n'a repris la formulation de Rabbi Yossi qu'à cause de la crainte des auditeurs, auxquels n'avaient pas encore été révélées les visions de D.ieu, qui sont les secrets supérieurs. Mais au temps de la clôture du Talmud, cette sagesse des secrets supérieurs s'était répandue chez la plupart des Amoraim ; c'est pourquoi le rédacteur du Talmud, en son temps, n'a pas craint la crainte de Rabbi Yossi, et il conclut avec la formulation retenue par Rabbi Akiva : « l'un pour Lui et l'un pour David ».
💡 Explication

La deuxième contradiction se tient à l'intérieur du même verset de Daniel : korséyé, Son trône, au singulier, et korsavan remiv, des trônes furent posés, au pluriel.

Rabbi Akiva attribue le second trône à David. Rabbi Yossi HaGlili refuse cette lecture au nom d'un principe : asseoir une figure auprès de la Chekhina la rend hol, profane. Sa contre-proposition maintient les deux trônes en les rapportant à deux modes de conduite divine, le din et la tsédaka, sans introduire de second sujet assis.

6
קִיבְּלָהּ מִינֵּיהּ, אוֹ לָא קַיבְּלַהּ מִינֵּיהּ? תָּא שְׁמַע: אֶחָד לְדִין וְאֶחָד לִצְדָקָה, דִּבְרֵי רַבִּי עֲקִיבָא. אָמַר לוֹ רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה: עֲקִיבָא, מַה לְךָ אֵצֶל הַגָּדָה! כְּלָךְ מִדַּבְּרוֹתֶיךָ אֵצֶל נְגָעִים וְאֹהָלוֹת. אֶלָּא: אֶחָד לְכִסֵּא וְאֶחָד לִשְׁרַפְרַף. כִּסֵּא — לֵישֵׁב עָלָיו, שְׁרַפְרַף — לַהֲדוֹם רַגְלָיו, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הַשָּׁמַיִם כִּסְאִי וְהָאָרֶץ הֲדֹום רַגְלָי״.

L'a-t-il accepté de lui, ou ne l'a-t-il pas accepté de lui ? Viens et entends : l'un pour le din et l'un pour la tsedaka, paroles de Rabbi Akiva.

Rabbi Elazar ben Azarya lui dit : Akiva, qu'as-tu à faire avec l'aggada ? Porte tes propos vers les negaim (plaies de lèpre) et les ohalot (impureté sous un même toit) !

Plutôt : l'un pour le trône et l'un pour l'escabeau. Le trône (kisse), pour s'y asseoir ; l'escabeau (chafraf), pour marchepied de Ses pieds, ainsi qu'il est dit : « Les cieux sont Mon trône et la terre l'escabeau de Mes pieds » (Yechayahou 66, 1).

📜 Rachi (1)
כַּלֵּךְ מִדַּבְּרוֹתֶיךָ חֲדַל מִדְּבָרֶיךָ עַד שֶׁתַּגִּיעַ אֵצֶל נְגָעִים וַאֲהָלוֹת שֶׁהֵן הֲלָכוֹת עֲמֻוקּוֹת:
Cesse tes propos jusqu'à ce que tu arrives aux negaim et aux ohalot, qui sont des halakhot profondes.
💡 Explication

La guemara transforme la baraita précédente en preuve : puisqu'une autre baraita attribue à Rabbi Akiva lui-même la formule « l'un pour le din et l'un pour la tsedaka », il a bien accepté la remarque de Rabbi Yossi HaGlili.

Une troisième étape suit aussitôt. Rabbi Elazar ben Azarya renvoie Rabbi Akiva à son domaine propre, les traités Negaim et Ohalot, que Rachi qualifie de halakhot profondes. Sa propre lecture supprime toute seconde figure et tout second sujet d'action : un trône pour s'asseoir et un simple appui sous les pieds, appuyé sur un verset explicite.

7
כִּי אֲתָא רַב דִּימִי, אֲמַר: שְׁמֹונֶה עֶשְׂרֵה קְלָלוֹת קִילֵּל יְשַׁעְיָה אֶת יִשְׂרָאֵל, וְלֹא נִתְקָרְרָה דַּעְתּוֹ עַד שֶׁאָמַר לָהֶם הַמִּקְרָא הַזֶּה: ״יִרְהֲבוּ הַנַּעַר בַּזָּקֵן וְהַנִּקְלֶה בַּנִּכְבָּד״.

Quand Rav Dimi vint, il dit : dix-huit malédictions, Yechayahou en a maudit Israël, et son esprit ne s'apaisa pas jusqu'à ce qu'il leur dise ce verset : « Le jeune homme sera insolent envers le vieillard, et le méprisable envers l'homme honoré » (Yechayahou 3, 5).

📜 Rachi (2)
קִילֵּל יְשַׁעְיָה אֶת יִשְׂרָאֵל כְּלוֹמַר נִתְנַבֵּא עֲלֵיהֶן י"ח פֻּורְעָנִיּוֹת:
C'est-à-dire qu'il prophétisa sur eux dix-huit calamités.
יִרְהֲבוּ יִתְגָּאוּ:
Ils s'enorgueilliront.
🪔 Ben Yehoyada (1)
שְׁמֹונֶה עֶשְׂרֵה קְלָלוֹת קִלֵּל יְשַׁעְיָה הַנָּבִיא אֶת יִשְׂרָאֵל. נִרְאֶה לִי בס"ד טַעַם לְמִסְפַּר שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה כְּנֶגֶד שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה טַרְפֻיּוֹת וּכְנֶגֶד שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה פַּרְסָאוֹת שֶׁל גֵּיהִנָּם. אוֹ יוּבָן מִסְפַּר שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה עוֹלֶה מִסְפַּר קע"א בְּמִסְפָּר הֶקְדֵּמַיי כְּמִנְיַן עָקָא [171] כִּי שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה קְלָלוֹת אֵלּוּ הֵם עָקָא גְּדוֹלָה וְלֹא נִתְקָרְרָה דַּעְתּוֹ עַד שֶׁקִּלְּלָם בָּאַחֶרֶת נִמְצָא נַעֲשׂוּ תְּשַׁע עֶשְׂרֵה וּמִסְפַּר תְּשַׁע עֶשְׂרֵה בְּמִסְפָּר הֶקְדֵּמַיי נֶחְשָׁב בְּמִסְפַּר קֵץ [90] וּבָזֶה נַעֲשֶׂה קֵץ וָסוֹף לַקְּלָלוֹת. בְּרַם קַשָּׁא וְכִי לֹא נִשְׁאַר בְּסֵפֶר יְשַׁעְיָה עוֹד דְּבָרִים שֶׁל פּוּרְעָנוּת, וְאַמַּאי מָנָה רַק הָאָמוּר בְּפָסוּק זֶה? וְנִרְאֶה לִי דְּכָל הַשְּׁאָר לָא חֲשִׁיבִי קְלָלוֹת כִּי זְכוּת הַתּוֹרָה שֶׁעוֹסְקִים בָּהּ מֵגֵין לִדְחוֹת הַפּוּרְעָנוּת מַה שֶׁאֵין כֵּן בְּהַאי קְרָא שֶׁהִזְכִּיר בִּיטּוּל תּוֹרָה וְלִימּוּדָה אִם כֵּן כֹּל הָנֵי פּוּרְעָנוּת דְּהִזְכִּיר כָּאן חֲשִׁיב קְלָלוֹת דְּאֵין מִי שֶׁיִּדְחֶה אוֹתָם.
« Dix-huit malédictions, le prophète Yechayahou en a maudit Israël. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'une raison du nombre dix-huit est qu'il correspond aux dix-huit trefiyot et aux dix-huit parsaot du Guehinam. Ou bien l'on comprendra que le nombre dix-huit s'élève à cent soixante et onze selon le mispar kadmi, valeur du mot aka, la détresse, car ces dix-huit malédictions sont une grande détresse ; et son esprit ne s'apaisa pas jusqu'à ce qu'il les maudisse d'une autre, ce qui en fait dix-neuf, or dix-neuf selon le mispar kadmi se compte quatre-vingt-dix, valeur du mot kets, le terme, et par là un terme et une fin furent mis aux malédictions. Reste une difficulté : n'y a-t-il pas dans le livre de Yechayahou d'autres paroles de calamité ? Pourquoi n'a-t-il compté que ce qui est dit dans ce verset ? Il me semble que toutes les autres ne comptent pas comme des malédictions, car le mérite de la Torah dont ils s'occupent protège et repousse la calamité ; tandis que dans ce verset, où il est fait mention de l'annulation de la Torah et de son étude, toutes les calamités mentionnées comptent comme des malédictions, puisque nul ne les repousse.
💡 Explication

La sougya revient au verset de Yechayahou 3, 3 évoqué plus haut à propos de celui à qui l'on transmet les secrets de la Torah, et elle en expose désormais tout le passage.

Rav Dimi compte dix-huit malédictions et note que le prophète n'a trouvé son apaisement qu'avec une parole supplémentaire, celle du verset 5. La formule lo nitkarera daato, son esprit ne s'apaisa pas, indique que le coup décisif vient après l'énumération.

8
שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה קְלָלוֹת, מַאי נִינְהוּ? דִּכְתִיב: ״כִּי הִנֵּה הָאָדוֹן ה׳ צְבָאוֹת מֵסִיר מִירוּשָׁלִַם וּמִיהוּדָה מַשְׁעֵן וּמַשְׁעֵנָה כֹּל מִשְׁעַן לֶחֶם וְכֹל מִשְׁעַן מָיִם גִּבּוֹר וְאִישׁ מִלְחָמָה שׁוֹפֵט וְנָבִיא וְקֹוסֵם וְזָקֵן. שַׂר חֲמִשִּׁים וּנְשׂוּא פָנִים וְיוֹעֵץ וַחֲכַם חֲרָשִׁים וּנְבוֹן לָחַשׁ. וְנָתַתִּי נְעָרִים שָׂרֵיהֶם וְתַעֲלוּלִים יִמְשְׁלוּ בָם וְגוֹ׳״.

Les dix-huit malédictions, quelles sont-elles ? Comme il est écrit : « Car voici que le Maître, Hachem des armées, ôte de Yerouchalayim et de Yehouda soutien et appui, tout soutien de pain et tout soutien d'eau ; le vaillant et l'homme de guerre, le juge et le prophète, le devin et l'ancien ; le chef de cinquante et l'homme considéré, le conseiller, le sage artisan et l'expert en incantation.

Et Je donnerai des adolescents pour leurs princes, et des gamins domineront sur eux, etc. » (Yechayahou 3, 1-4).

💡 Explication

Le verset cité sert de matrice à toute la suite du folio. La guemara va reprendre chacun de ses termes et lui assigner une catégorie d'étudiants de Torah, de sorte que la calamité annoncée devienne la disparition des maîtres.

9
״מִשְׁעָן״ — אֵלּוּ בַּעֲלֵי מִקְרָא. ״מַשְׁעֵנָה״ — אֵלּוּ בַּעֲלֵי מִשְׁנָה, כְּגוֹן רַבִּי יְהוּדָה בֶּן תֵּימָא וַחֲבֵירָיו. פְּלִיגִי בַּהּ רַב פָּפָּא וְרַבָּנַן, חַד אָמַר: שֵׁשׁ מֵאוֹת סִדְרֵי מִשְׁנָה, וְחַד אָמַר: שְׁבַע מֵאוֹת סִדְרֵי מִשְׁנָה.

« Soutien (michan) » : ce sont les maîtres du Mikra. « Appui (michena) » : ce sont les maîtres de la Michna, comme Rabbi Yehouda ben Teima et ses compagnons.

Rav Papa et les Sages sont en désaccord là-dessus : l'un dit six cents ordres de Michna, et l'autre dit sept cents ordres de Michna.

📜 Rachi (1)
שֵׁשׁ מֵאוֹת סִדְרֵי מִשְׁנָה הָיוּ בִּימֵיהֶן:
Il y en avait de leur temps.
🪔 Ben Yehoyada (2)
(ישעיה ג, א) 'משען', אלו בעלי מקרא. 'משענה', אלו בעלי משנה. נראה לי בס"ד ישראל אמרו 'נעשה ונשמע' ופרשו רבותינו ז"ל נעשה הוא המעשה ונשמע זה הלימוד לכן פירש 'משען' אלו בעלי מקרא כי 'משען' בהפוך אתוון 'נשמע' וכן 'משענה' בהפוך אתוון 'נשמעה'. ולהיות כי המקרא הוא בחינת זכר קרי ליה משען לשון זכר והמשנה שהיא בחינת נוקבא קרי לה משענה לשון נקבה. ועוד נראה לי בס"ד משען אותיות ' שמן ע י־ן' כי המקרא קדים לכל לימוד כדמיון השמן שהוא צף ועליון על כל המשקים ואות עי־ן רמז דהמקרא תלוי בראיית עין דדברים שבכתב אי אתה רשאי לאומרם בעל פה. ולזה אמר 'משען' בעלי מקרא אך משענה דריש על משנה כי המשנה היא תורה שבעל פה שיש לה שבעים פנים וכמו שאמרו רבותינו ז"ל (במדבר רבה יג, טז) שבעים פנים לתורה, ואותיות משענה הוא משנה ע ' כלומר משנה שיש לה ע' פנים. ומה שאמר כגון רבי יהודה בן בתירא וחבריו כדגריס בעין יעקב נראה לי בס"ד דנקיט רבי יהודה בן בתירא על פי מה שכתב בפתח עינים דעד בני בתירה היו קורין ת"ר סדרי משנה ממשה רבינו ע"ה ואחר כך נסדרו ששה סדרים בלבד. ולכן נקיט רבי יהודה בן בתירא שהוא היה הגדול בבני בתירה וזקן מופלג והיה דר בנציבין דאליו שלחו שלום מירושלים בהך עובדא דאותו גוי שהיה אוכל פסחים בערמה ונודע להם על ידי חכמתו ושלחו לו שלם לך רבי יהודה בן בתירא דאת בנציבין ומצודתך פרוסה בירושלים (פסחים ג:) , ולכן דריש 'משענה' על רבי יהודה בן בתירא שהיה משענה לקיום מצות התורה.
« Soutien » (Yechayahou 3, 1), ce sont les maîtres du Mikra ; « appui », ce sont les maîtres de la Michna. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'Israël a dit « nous ferons et nous écouterons », et que nos maîtres, leur mémoire est une bénédiction, ont expliqué que « nous ferons » désigne l'acte et « nous écouterons » l'étude ; c'est pourquoi il explique « soutien » par les maîtres du Mikra, car michan par permutation des lettres donne nichma, et de même michena par permutation donne nichmea. Et parce que le Mikra est un aspect masculin, il l'appelle michan au masculin, tandis que la Michna, qui est un aspect féminin (noukva), il l'appelle michena au féminin. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que michan forme les lettres chemen, l'huile, et ayin, l'œil : le Mikra précède toute étude, à la manière de l'huile qui surnage au-dessus de tous les liquides ; et la lettre ayin fait allusion à ce que le Mikra dépend de la vue de l'œil, car les paroles écrites, tu n'as pas le droit de les dire par cœur. C'est pourquoi il dit « soutien », les maîtres du Mikra. Quant à michena, il l'expose sur la Michna, qui est la Torah orale et qui a soixante-dix faces, comme l'ont dit nos maîtres, leur mémoire est une bénédiction (Bamidbar Rabba 13, 16) : soixante-dix faces à la Torah ; les lettres de michena forment michna et ayin, c'est-à-dire une michna qui a soixante-dix faces. Quant à ce qu'il dit « comme Rabbi Yehouda ben Betera et ses compagnons », selon la version du Ein Yaakov, il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il mentionne Rabbi Yehouda ben Betera d'après ce qu'a écrit le Petah Enayim : jusqu'aux benei Betera on récitait six cents ordres de Michna depuis Moche notre maître, paix sur lui, et ensuite on n'ordonna plus que six ordres seulement. C'est pourquoi il mentionne Rabbi Yehouda ben Betera, qui était le plus grand des benei Betera, un vieillard remarquable, et qui demeurait à Netsivin ; c'est à lui qu'on envoya la paix depuis Yerouchalayim, dans l'affaire de ce non-Juif qui mangeait des sacrifices pascaux par ruse et qui fut démasqué grâce à sa sagesse, et on lui écrivit : « paix à toi, Rabbi Yehouda ben Betera, toi qui es à Netsivin et dont le filet est tendu à Yerouchalayim » (Pessahim 3b). C'est pourquoi il expose « appui » sur Rabbi Yehouda ben Betera, qui était un appui pour l'accomplissement des mitsvot de la Torah.
חד אמר שש מאות סדרי משנה. נראה לי בס"ד שש מאות הוא מספר 'בית יעקוב' [600] מלא בוא"ו שעולין שש מאות כי תורה שבכתב נקראת 'בית ישראל' ותורה שבעל פה 'בית יעקב' ולכן כל מצות דרבנן הם בסוד יעקב ומצות דאורייתא הם בסוד ישראל כנודע. גם שש מאות הוא מספר שם מצפץ [300] ב' פעמים ששם זה הוא חלוף שם הוי־ה בא־ת ב־ש והוא נרתק לשם הוי־ה כן המשנה נרתק של תורה שבכתב על דרך מה שאמר רבינו האר"י ז"ל דשם אדנ־י [65] הוא מספר היכל [65] כי הוא נרתק של שם הוי־ה. והנה באלו השש מאות סדרי משנה שהם תורת אמת נכניע דרגא דשקר [600] שמספרו ת"ר ולכן מניחין שני ש' בתפילין של ראש כנגד שש מאות סדרי משנה ולכן אמר וראו כל עמי הארץ כי שם ה' נקרא עליך ויראו ממך (דברים כח, י) , ואמר רבי אליעזר אלו תפלין שבראש. ונמצא תחלה היו שש מאות סדרים עתה הם ששה דוקא והנה שש בקריאה הוא רוצה לומר ששה ובמספר הוא שש מאות ותחילה היו ה'שש' [600] במספר ועתה נשארו במשמעות הקריאה, רמז לדבר (ויקרא כו, כז) והלכתם עמי בקרי אף אני אלך עמכם בחמת קרי, לשון קריאה שאמעט השגתכם ותחלה היו השש במאות ועתה נעשו באחדים ותחלה היו כמנין צדקות [600] וכאשר נתמעטו צדקות שלהם נתמעטו גם הסדרים של המשנה ולכן אמר ביחזקאל (יחזקאל טז, י) ואחבשך בשש ואכסך משי, כי לעולם הם שש אך תחלה במספר ואחר כך במשמעות הקריאה. ומה שאמר ' חד אמר שבע מאות ' נראה לי בס"ד כמספר 'יצירה עשיה' [700] כי עסק התורה עולה עד היצירה ונמצא מתקן יצירה ועשיה כי העשיה היא קודם היצירה ועובר עליה גם כן.
« L'un dit six cents ordres de Michna. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que six cents est la valeur de beth Yaakov écrit plein avec un vav, qui s'élève à six cents ; car la Torah écrite est appelée beth Israël et la Torah orale beth Yaakov, et c'est pourquoi toutes les mitsvot des Sages sont dans le sod de Yaakov et les mitsvot de la Torah dans le sod d'Israël, comme on sait. De plus, six cents est la valeur du Nom Mats-pats pris deux fois, ce Nom étant la permutation du Nom Havaya selon atbach et servant d'étui au Nom Havaya ; de même la Michna est l'étui de la Torah écrite, à la manière de ce qu'a dit notre maître le Ari, sa mémoire est une bénédiction : le Nom Ado-nay vaut soixante-cinq, comme hekhal, le palais, car il est l'étui du Nom Havaya. Et par ces six cents ordres de Michna, qui sont la Torah de vérité, on soumet le degré du mensonge, dont la valeur est six cents ; c'est pourquoi l'on place deux chin sur les tefilin de la tête, en face des six cents ordres de Michna, et c'est pourquoi il est dit « tous les peuples de la terre verront que le Nom de Hachem est invoqué sur toi, et ils te craindront » (Devarim 28, 10), ce dont Rabbi Eliezer a dit : ce sont les tefilin de la tête. Il se trouve qu'au début il y avait six cents ordres et que maintenant il y en a exactement six : or le mot chech se lit « six » et se compte six cents ; au début les chech étaient en centaines, et maintenant il n'en reste que le sens de la lecture. Allusion à cela : « et si vous marchez avec Moi be-keri, Moi aussi Je marcherai avec vous dans la fureur de keri » (Vayikra 26, 27), du terme de kria, lecture : Je diminuerai votre compréhension. Au début les chech étaient en centaines et maintenant ils sont en unités ; au début ils étaient comme la valeur de tsedakot, six cents, et lorsque leurs tsedakot ont diminué, les ordres de la Michna ont diminué aussi. C'est pourquoi il est dit chez Ye'hezkel (16, 10) « Je t'ai ceinte de chech et Je t'ai couverte de soie », car ils sont toujours chech, mais d'abord en nombre et ensuite selon le sens de la lecture. Quant à ce qu'il dit « l'un dit sept cents », il me semble, avec l'aide du Ciel, que cela correspond à la valeur de Yetsira Assia, sept cents, car l'étude de la Torah s'élève jusqu'à Yetsira ; il se trouve qu'elle répare Yetsira et Assia, car Assia se tient en deçà de Yetsira et l'on passe également par elle.
💡 Explication

L'exposition commence par le couple michan et michena, deux formes de la même racine, l'une masculine et l'autre féminine, distribuées entre le Mikra et la Michna.

La mention incidente de six cents ou sept cents ordres de Michna rappelle un état antérieur de la Torah orale, dont il ne reste aujourd'hui que six ordres. Rachi le précise : il y en avait de leur temps.

10
״כָּל מִשְׁעַן לֶחֶם״ — אֵלּוּ בַּעֲלֵי תַּלְמוּד, שֶׁנֶּאֱמַר: ״לְכוּ לַחֲמוּ בְלַחֲמִי וּשְׁתוּ בְּיַיִן מָסָכְתִּי״. ״וְכָל מִשְׁעָן מַיִם״ — אֵלּוּ בַּעֲלֵי אַגָּדָה, שֶׁמּוֹשְׁכִין לִבּוֹ שֶׁל אָדָם כַּמַּיִם בְּאַגָּדָה. ״גִּבּוֹר״ — זֶה בַּעַל שְׁמוּעוֹת. ״וְאִישׁ מִלְחָמָה״ — זֶה שֶׁיּוֹדֵעַ לִישָּׂא וְלִיתֵּן בְּמִלְחַמְתָּהּ שֶׁל תּוֹרָה. ״שׁוֹפֵט״ — זֶה דַּייָּן שֶׁדָּן דִּין אֱמֶת לַאֲמִיתּוֹ. ״נָבִיא״ — כְּמַשְׁמָעוֹ. ״קוֹסֵם״ — זֶה מֶלֶךְ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״קֶסֶם עַל שִׂפְתֵי מֶלֶךְ״. ״זָקֵן״ — זֶה שֶׁרָאוּי לִישִׁיבָה.

« Tout soutien de pain » : ce sont les maîtres du Talmud, ainsi qu'il est dit : « Venez, mangez de mon pain et buvez du vin que j'ai mélangé » (Michle 9, 5). « Et tout soutien d'eau » : ce sont les maîtres de l'aggada, qui attirent le cœur de l'homme comme l'eau par l'aggada.

« Le vaillant (guibor) » : c'est le maître des chemouot (traditions reçues). « Et l'homme de guerre » : c'est celui qui sait donner et recevoir dans la guerre de la Torah.

« Le juge » : c'est le dayan qui juge un jugement de vérité selon sa vérité. « Le prophète » : selon son sens littéral.

« Le devin (kossem) » : c'est le roi, ainsi qu'il est dit : « Une sentence est sur les lèvres du roi » (Michle 16, 10). « L'ancien (zaken) » : c'est celui qui est digne de la yechiva.

📜 Rachi (3)
לֶחֶם אֵלּוּ בַּעֲלֵי הַשַּׁ"ס שֶׁיֵּשׁ לִסְמֹוךְ עַל הוֹרָאָתָן כִּסְמִיכַת לֶחֶם:
On peut s'appuyer sur leur enseignement comme l'on s'appuie sur le pain.
בַּעַל שְׁמוּעוֹת שֶׁשָּׁמַע הֲלָכוֹת פְּסוּקוֹת מֵרַבּוֹתָיו וּשְׁגוּרוֹת בְּפִיו:
Qui a entendu de ses maîtres des halakhot tranchées et les a couramment à la bouche.
רָאוּי לֵישֵׁב בִּישִׁיבָה וְלִיטֹּול מִמֶּנּוּ עֵצָה בְּכָל דְּבַר חָכְמָה:
Et dont on prend conseil en toute matière de sagesse.
🪔 Ben Yehoyada (4)
'כל־משען־לחם', אלו בעלי תלמוד גמרא. נראה לי בס"ד בעלי גמרא אלו הן מסקי שמעתתא אליבא דהלכתא ופרשתי בס"ד במקום אחר הא דרבנן אקרו מלכי דכתיב (משלי ח, טו) בי מלכים ימלכו, היינו אלו דמסקי שמעתתא אליבא דהלכתא דהלכה כמותם ואז דבריהם קימים כדברו של מלך דאין להשיב. וידוע דהתורה נקנית בארבעים ושמונה מעלות והמלכות נקנית בשלושים מעלות (משנה אבות ו, ו) , על כן אלו שהם חכמים ומלכים יש להם ארבעים ושמונה ויש להם שלושים הרי כאן צירוף לחם [48+30=78] שהוא שלושים וארבעים ושמונה, לכן דריש 'משען לחם' אלו בעלי גמרא. ואמר ' משען מים ' אלו בעלי אגדות כי כל לימוד האדם קץ בסופו מחמת הטורח אך באגדות שהם מושכין לבו של אדם ושמח בהם אינו קץ כלל אלא שש ושמח בסוף כמו ההתחלה נמצא דרוש שלהם שוה בסופו כתחילתו ולכן קוראו בשם 'מים' שהם שוים שגם אם נקראים מסיפא לרישא נקראים בשם מים.
« Tout soutien de pain », ce sont les maîtres du Talmud, de la guemara. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que les maîtres de la guemara sont ceux qui dégagent la conclusion de la chemaata conformément à la halakha. J'ai expliqué ailleurs, avec l'aide du Ciel, ce qu'il en est de ce que les Sages sont appelés rois, comme il est écrit « par moi les rois règnent » (Michle 8, 15) : ce sont ceux qui dégagent la chemaata conformément à la halakha, car la halakha est comme eux, et alors leurs paroles tiennent comme la parole d'un roi, à laquelle on ne répond pas. Il est connu que la Torah s'acquiert par quarante-huit qualités et la royauté par trente qualités (Avot 6, 6) ; ceux-ci, qui sont sages et rois, possèdent donc les quarante-huit et les trente, ce qui compose la valeur de le'hem, soixante-dix-huit, trente plus quarante-huit. C'est pourquoi il expose « soutien de pain » : ce sont les maîtres de la guemara. Et il dit « soutien d'eau », ce sont les maîtres des aggadot, car toute étude lasse l'homme à la fin, à cause de l'effort ; mais dans les aggadot, qui attirent le cœur de l'homme et le réjouissent, il ne se lasse pas du tout, et il se réjouit à la fin comme au commencement. Leur exposition est donc pareille à sa fin et à son début, et c'est pourquoi il les appelle du nom de mayim, les eaux, qui se lisent pareillement de la fin au début.
'גִּבּוֹר', זֶה בַּעַל שְׁמוּעוֹת. נִרְאֶה לִי בס"ד לִמּוּד הַתּוֹרָה מֵרַב אֶחָד מְכוֹנָה בְּשֵׁם בּוּר דִּכְתִיב (מִשְׁלֵי ה, טו) שְׁתֵה מַיִם מִבּוֹרֶךָ וְנֹזְלִים מִתּוֹךְ בְּאֵרֶךָ וְיָפוּצוּ מַעְיְנֹתֶיךָ חוּצָה, וּבַעַל שְׁמוּעוֹת יֵשׁ לוֹ שְׁלֹשָׁה מִינֵי שְׁמוּעוֹת הָאֶחָד הֲלָכוֹת פְּסוּקוֹת שֶׁשָּׁמַע מֵרַבּוֹתָיו וְהַשֵּׁנִי טְעָמִים שֶׁל הֲלָכוֹת וְהַשְּׁלִישִׁי סוֹדוֹת שֶׁל הֲלָכוֹת, וְנִרְמָזִים שְׁלֹשָׁה אֵלֶּה בָּאוֹת ל' שֶׁהוּא שְׁלֹשָׁה קַוִּין רֹאשׁ וְאֶמְצַע וְסוֹף וְקַו הָרֹאשׁ הַזָּקוּף לְמַעְלָה הוּא רוֹמֵז לִשְׁמוּעָה שֶׁל הַסּוֹד שֶׁהוּא עֶלְיוֹן וְקַו הָאֶמְצַע שֶׁעָשׂוּי כִּבְרִיחַ רוֹמֵז לִשְׁמוּעָה שֶׁל הֲלָכוֹת פְּסוּקוֹת וְקַו הַתַּחְתּוֹן הַיּוֹרֵד תַּחְתָּיו רוֹמֵז לִשְׁמוּעָה שֶׁל טַעֲמֵי הַהֲלָכוֹת, וְכֻולָּם צוּרַת ווי"ן שֶׁהֵם תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה שֶׁנֶּחֱלֶקֶת לְשִׁשָּׁה סְדָרִים. וְנִמְצָא שְׁלֹשָׁה מִינֵי שְׁמוּעוֹת הַנִּזְכָּר הֵם דִּלְוִיִּים מִשְּׁלֹשָׁה בּוֹרוֹת שֶׁכָּל אֶחָד נִקְרָא בּוֹר בִּפְנֵי עַצְמוֹ כַּכָּתוּב 'שָׁתָה מַיִם מְבֹורָךְ' וְלָכֵן בַּעַל שְׁמוּעוֹת נִקְרָא 'גִּבּוֹר' חִלֵּק הַתֵּיבָה לִשְׁתַּיִם וְקָרֵי בֵּיהּ ג' בּוּר.
« Le vaillant », c'est le maître des chemouot. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'étude de la Torah auprès d'un seul maître est désignée du nom de bor, la citerne, comme il est écrit « bois l'eau de ta citerne et ce qui coule de ton puits ; que tes sources se répandent au dehors » (Michlé 5, 15). Le maître des chemouot possède trois sortes de chemouot : la première, les halakhot tranchées qu'il a entendues de ses maîtres ; la deuxième, les raisons des halakhot ; la troisième, les secrets des halakhot. Ces trois sont indiquées dans la lettre lamed, formée de trois traits, de tête, du milieu et du bas : le trait de tête, dressé vers le haut, fait allusion à la chemoua du sod, qui est supérieure ; le trait du milieu, fait comme une barre, fait allusion à la chemoua des halakhot tranchées ; le trait inférieur, qui descend en dessous, fait allusion à la chemoua des raisons des halakhot. Tous ont la forme de vavin, qui sont la Torah orale, divisée en six ordres. Il se trouve que ces trois sortes de chemouot sont puisées à trois citernes, chacune appelée bor par elle-même, selon le verset « bois l'eau de ta citerne » ; c'est pourquoi le maître des chemouot est appelé guibor : divise le mot en deux et lis-y guimel bor, trois citernes.
'איש־מלחמה', זה שיודע לשא ולתן במלחמתה של תורה. נראה לי בס"ד על פי מה שאמר עטרת ראשי הרב מר אבי זלה"ה [זכרונו לחיי העולם הבא] במאמר נשאת ונתת באמונה (שבת לא.) דהמלכות העליונה מכונית בשם אמונה וזהו נשאת ניצוצי קדושה מן הקליפה ונתת אותם באמונה במלכות הנקראת אמונה וזה יהיה עסק התורה ולכן שואלין אותו אחרי זה: קבעת עתים לתורה? עד כאן דבריו דפח"ח [דברי פי חכם חן] . ולזה אמר כאן שיודע לשא ניצוצי קדושה מן הקליפה ולתת אותם בחלק הקדושה על ידי מלחמתה של תורה וזכר בזה לשון מלחמה היינו על ידי שילחם בקליפות לשברם כדי שיוציא מתוכם ניצוצי קדושה וזה יהיה קושיות ותירוצים שהוא מלחמה של תלמידי חכמים שעושין זה בזה. ובני ידידי כבוד הרב יעקב נר"ו פירש על פי מה שאמר רבינו האר"י ז"ל דכל האדם דמחדש חדושי תורה בעולם הזה כבר קבלה אותם נשמתו כשהיתה במעמד הר סיני אך קודם בואה לעולם הזה עתה כל חידושי תורה הם עצורים בתוך נשמתו בכח והאדם טורח בעסקו בתורה להוציאם מן הכח לפועל לגלותם בעולם הזה וזהו שאמר שיודע לישא חידושי התורה מן הכח העצור בקרב נשמתו וליתן אותם בעולם הזה להשומעין בית המדרש בפועל עד כאן דבריו נר"ו.
« L'homme de guerre », c'est celui qui sait donner et recevoir dans la guerre de la Torah. Il me semble, avec l'aide du Ciel, d'après ce qu'a dit la couronne de ma tête, mon maître et père, que son souvenir soit pour la vie du monde à venir, sur le propos « as-tu donné et reçu avec foi (émouna) ? » (Chabbat 31a) : la Malkhout supérieure est désignée du nom d'émouna, et le sens est : as-tu élevé les étincelles de sainteté hors de la kelipa et les as-tu remises dans émouna, c'est-à-dire dans la Malkhout appelée émouna ? Or cela s'accomplit par l'étude de la Torah, et c'est pourquoi on lui demande ensuite : as-tu fixé des temps pour la Torah ? Fin de ses paroles, paroles de bouche de sage, pleines de grâce. C'est pourquoi il dit ici : celui qui sait élever les étincelles de sainteté hors de la kelipa et les remettre dans la part de sainteté par la guerre de la Torah ; et il emploie ici le terme de guerre, parce que c'est en combattant les kelipot pour les briser qu'il en extrait les étincelles de sainteté, ce qui se fait par les questions et les réponses, lesquelles sont la guerre que les talmidé hakhamim se livrent l'un à l'autre. Et mon fils bien-aimé, l'honorable Rav Yaakov, que Hachem le garde, a expliqué d'après ce qu'a dit notre maître le Ari, sa mémoire est une bénédiction : tout homme qui innove des nouveautés de Torah en ce monde, son âme les a déjà reçues lorsqu'elle se tenait au mont Sinaï, avant sa venue en ce monde ; maintenant toutes ces nouveautés de Torah sont contenues en puissance au sein de son âme, et l'homme peine dans son étude pour les faire passer de la puissance à l'acte et les révéler en ce monde. C'est ce qu'il dit : celui qui sait élever les nouveautés de la Torah hors de la puissance retenue au sein de son âme et les remettre en acte en ce monde, devant ceux qui écoutent au beth hamidrach. Fin de ses paroles, que Hachem le garde.
'שׁוֹפֵט', זֶה דַּיָּן שֶׁדָּן דִּין אֱמֶת לַאֲמִתּוֹ. נִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁהוּא מַרְבֶּה לַחְקֹור אֶת הָעֵדִים וְאֶת בַּעֲלֵי דִּינִים הַמְדַבְּרִים בְּמִרְמָה שֶׁמַּלְבִּישִׁים דִּבְרֵיהֶם בְּמַלְבּוּשׁ שֶׁל עָרְמָה וְתַחְבּוּלָה וְלָכֵן נִקְרָא שׁוֹפֵט בְּהִיפּוּךְ אַתָּווָן פּוֹשֵׁט שֶׁפּוֹשֵׁט מַלְבּוּשׁ הַמִּרְמָה הַמְכַסָּה אֶת הָאֱמֶת וּמוֹצִיא הָאֱמֶת לְאוֹרָה. גַּם נִקְרָא שׁוֹפֵט שֶׁהוּא אוֹתִיּוֹת שׁוֹט פ ' כִּי מוֹצִיא מִן הַפֶּה שֶׁלּוֹ שׁוֹט לְהַכּוֹת עַל קָדְקוֹדָם שֶׁל רַמָּאִים לְגַלּוֹת הַמִּרְמָה שֶׁלָּהֶם הֵן הָעֵדִים הֵן בַּעַל דֶּרֶךְ.
« Le juge », c'est le dayan qui juge un jugement de vérité selon sa vérité. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il s'agit de celui qui multiplie l'examen des témoins et des plaideurs qui parlent avec tromperie et revêtent leurs propos d'un vêtement de ruse et d'artifice. C'est pourquoi il est appelé chofet, mot qui par permutation des lettres donne pochet : il dépouille le vêtement de tromperie qui couvre la vérité et fait sortir la vérité à la lumière. Il est appelé aussi chofet parce que ces lettres forment chot, le fouet, et la lettre pe : il fait sortir de sa bouche un fouet pour frapper sur la tête des trompeurs et dévoiler leur tromperie, tant chez les témoins que chez les plaideurs.
💡 Explication

Chaque terme du verset reçoit une catégorie. Le pain revient aux maîtres du Talmud, dont l'enseignement soutient comme le pain, précise Rachi ; l'eau revient aux maîtres de l'aggada, qui attirent le cœur.

Suivent les compétences : le baal chemouot, qui détient les halakhot tranchées reçues de ses maîtres, et l'ich milhama, qui sait conduire la discussion. Le juge, le prophète, le roi et l'ancien complètent la liste ; seul le prophète garde son sens littéral, ce qui montre que le procédé d'exposition ne s'applique pas uniformément.

11
״שַׂר חֲמִשִּׁים״ — אַל תִּקְרֵי ״שַׂר חֲמִשִּׁים״, אֶלָּא ״שַׂר חֻומְשִׁין״. זֶה שֶׁיּוֹדֵעַ לִישָּׂא וְלִיתֵּן בַּחֲמִשָּׁה חֻומְשֵׁי תוֹרָה. דָּבָר אַחֵר: ״שַׂר חֲמִשִּׁים״ — כִּדְרַבִּי אָבָהוּ. דְּאָמַר רַבִּי אָבָהוּ: מִכָּאן שֶׁאֵין מַעֲמִידִין מְתֻורְגְּמָן עַל הַצִּבּוּר פָּחוֹת מֵחֲמִשִּׁים שָׁנָה. ״וּנְשׂוּא פָּנִים״ — זֶה שֶׁנּוֹשְׂאִין פָּנִים לְדוֹרוֹ בַּעֲבוּרוֹ. לְמַעְלָה, כְּגוֹן רַבִּי חֲנִינָא בֶּן דּוֹסָא. לְמַטָּה, כְּגוֹן רַבִּי אֲבָהוּ בֵּי קֵיסָר.

« Chef de cinquante (sar hamichim) » : ne lis pas sar hamichim mais sar houmachin, c'est celui qui sait donner et recevoir dans les cinq livres de la Torah. Autre explication : « chef de cinquante » comme l'a dit Rabbi Abahou, car Rabbi Abahou a dit : de là on apprend qu'on n'établit pas de metourgueman (interprète) sur le public à moins de cinquante ans.

« Et l'homme considéré (nessou panim) » : c'est celui pour qui l'on considère sa génération. En haut, comme Rabbi Hanina ben Dossa ; en bas, comme Rabbi Abahou à la maison de César.

📜 Rachi (3)
כִּדְרַבִּי אָבָהוּ לְהַעֲמִיד לְפָנָיו מְתֻורְגְּמָן לִדְרֹושׁ בָּרַבִּים:
Établir devant lui un metourgueman pour exposer en public.
לְמַעְלָה נוֹשְׂאִין פָּנִים בַּעֲבוּרוֹ לְדוֹרוֹ שֶׁהַכֹּל נִיזּוֹנִין בִּזְכוּתוֹ כְּגוֹן רַבִּי חֲנִינָא בֶּן דּוֹסָא כִּדְאָמְרִינַן בְּעָלְמָא (תַּעֲנִית דַּף כֹּד:): כָּל הָעוֹלָם אֵינוֹ נִיזּוֹן אֶלָּא בִּשְׁבִיל חֲנִינָא בְּנִי:
Car tous sont nourris par son mérite, comme Rabbi Hanina ben Dossa, ainsi que nous disons ailleurs (Taanit 24b) : le monde entier n'est nourri que grâce à Hanina Mon fils.
לְמַטָּה מַלְכֵי הָאֻומּוֹת מְכַבְּדִין אוֹתָן בִּשְׁבִילוֹ כְּגוֹן ר' אָבָהוּ שֶׁהָיָה חָשׁוּב בְּבֵית הַמֶּלֶךְ כִּדְאָמְרִינַן בְּמַסֶּכֶת סַנְהֶדְרִין (דַּף יד.): דְּהָווּ נָפְקִי אַמְהָתָא דְּבֵי קֵיסָר לְאַפֵּיהּ כו':
Les rois des nations les honorent à cause de lui, comme Rabbi Abahou, qui était important à la maison du roi, ainsi que nous disons au traité Sanhédrin (14a) : les servantes de la maison de César sortaient à sa rencontre, etc.
🗂️ Tossefot (2)
רַבִּי חֲנִינָא בֶּן דּוֹסָא לְמַעְלָה. שֶׁהָיָה בַּעַל מַעֲשִׂים יוֹתֵר מִכָּל בְּנֵי דּוֹרוֹ:
« Rabbi Hanina ben Dossa, en haut », parce qu'il était un homme d'œuvres plus que tous ceux de sa génération.
וּלְמַטָּה בְּבֵית קֵיסָר. וְלָאו מִשּׁוּם שֶׁלֹּא הָיָה חָשׁוּב לְמַעְלָה אֶלָּא מִשּׁוּם שֶׁגַּם בְּדוֹרוֹ הָיוּ אַנְשֵׁי מַעֲשֶׂה כְּמוֹתוֹ:
« Et en bas, à la maison de César. » Cela tient non pas à ce qu'il ne fut pas important en haut, mais à ce qu'il y avait aussi dans sa génération des hommes d'œuvres comme lui.
🪔 Ben Yehoyada (1)
'שר־חמשים', [זה] שיודע לשא ולתן בחמשה חמשי תורה. פירוש מחבר הלכות פסח עם הלכות שבת ומביא ראיות מזו על זו ומהנזקין להלכות טומאה וטהרה ומהלכות טומאה וטהרה להלכות סוכה ולולב וכיוצא בזה שהם דברים ועניינים חלוקים ומפוזרים בחמשה חומשי תורה הוא חורז ומחבר זה בזה ולומד מזה על זה.
« Chef de cinquante », celui qui sait donner et recevoir dans les cinq livres de la Torah. Explication : il rapproche les lois de Pessa'h des lois de Chabbat et apporte des preuves des unes aux autres, des dommages aux lois de toumea et de tahara, des lois de toumea et de tahara aux lois de soucca et de loulav, et ainsi de suite ; ce sont des matières distinctes et dispersées à travers les cinq livres de la Torah, qu'il enfile et relie l'une à l'autre, apprenant de l'une sur l'autre.
💡 Explication

Le titre sar hamichim reçoit deux lectures. La première procède par al tikri, ne lis pas ainsi mais ainsi : houmachin au lieu de hamichim, ce qui désigne celui qui domine les cinq livres. La seconde garde le nombre cinquante et en tire une règle pratique sur l'âge du metourgueman.

Pour nessou panim, la guemara distingue deux lieux où l'on considère une génération à cause d'un homme : en haut, comme Rabbi Hanina ben Dossa, par le mérite duquel le monde est nourri, et en bas, comme Rabbi Abahou, honoré à la cour impériale. Tossefot prend soin d'écarter la conclusion qu'on pourrait tirer de ce partage sur le rang de Rabbi Abahou en haut.

12
״יוֹעֵץ״ — שֶׁיּוֹדֵעַ לְעַבֵּר שָׁנִים וְלִקְבֹּועַ חֳדָשִׁים. ״וְחָכָם״ — זֶה תַּלְמִיד הַמַּחְכִּים אֶת רַבּוֹתָיו. ״חֲרָשִׁים״ — בְּשָׁעָה שֶׁפּוֹתֵחַ בְּדִבְרֵי תוֹרָה הַכֹּל נַעֲשִׂין כְּחֵרְשִׁין. ״וְנָבוֹן״ — זֶה הַמֵּבִין דָּבָר מִתּוֹךְ דָּבָר. ״לַחַשׁ״ — זֶה שֶׁרָאוּי לִמְסֹור לוֹ דִּבְרֵי תוֹרָה שֶׁנִּיתְּנָה בְּלַחַשׁ.

« Le conseiller (yoéts) » : c'est celui qui sait intercaler les années et fixer les mois. « Et le sage ('hakham) » : c'est l'élève qui rend ses maîtres sages.

« Harachim » : à l'heure où il ouvre en paroles de Torah, tous deviennent comme des sourds. « Et l'expert (navon) » : c'est celui qui comprend une chose à partir d'une autre.

« Lahach (incantation) » : c'est celui à qui il convient de transmettre les paroles de Torah qui ont été données à voix basse.

📜 Rachi (1)
שֶׁרָאוּי לִמְסֹור לוֹ כוּ' כְּגוֹן אב"ד לִבּוֹ דּוֹאֵג בְּקִרְבּוֹ:
Comme un av beth din, dont le cœur s'inquiète au-dedans de lui.
🪔 Ben Yehoyada (3)
'חָכָם', זֶה תַּלְמִיד הַמַּחְכִּים אֶת רַבּוֹתָיו. פֵּירוּשׁ כְּעִנְיַן רֵישׁ לָקִישׁ עִם רַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמְרוּ בַּגְּמָרָא (בָּבָא מְצִיעָא פד.) אַחַר שֶׁנִּפְטַר רֵישׁ לָקִישׁ הָיָה רַבִּי יוֹחָנָן מִצְטַעֵר מְאֹד בְּחֶסְרוֹנוֹ בָּא ר"א וְיָשַׁב בְּצִידּוֹ בִּמְקוֹם רֵישׁ לָקִישׁ וְכָל הֲלָכָה שֶׁהָיָה ר"י דּוֹרֵשׁ הָיָה אָמַר לוֹ רַבִּי אֶלְעָזָר תַּנָּא דִּמְסַייֵּעַ לָךְ וְעִם כָּל זֶה לָא הֲוָה נָח לֵיהּ לְרַבִּי יוֹחָנָן בָּזֶה וְאָמַר לוֹ אֲנִי רוֹצֶה תַּלְמִיד כְּרֵישׁ לָקִישׁ דְּהָיָה מַקְשֶׁה לִי כַּמָּה קֻושְׁיוֹת וְהָיִיתִי מֻוכְרָח לְתָרֵץ לוֹ עַל פִּי סְבָרוֹת שֶׁהָיִיתִי מְחַדֵּשׁ בְּאוֹתָהּ הֲלָכָה וּמִמֵּילָא רָוְוחָה שְׁמַעְתָּתָא בְּיָדָן אַךְ אַתָּה אוֹמֵר לִי תַּנָּא דִּמְסַייֵּעַ לָךְ אַטּוּ אֲנָא לָא יָדַעְנָא דְּשַׁפִּיר קָא אֲמִינָא! וְכֵן עִנְיָן זֶה כָּאן הַמַּחְכִּים אֶת רַבּוֹתָיו בְּרִבּוּי שְׁאֵלוֹת וְקֻשְׁיוֹת שֶׁאוֹמֵר לָהֶם בַּהֲלָכוֹת שֶׁהֵם מְלַמְּדִין אוֹתוֹ.
« Le sage », c'est l'élève qui rend ses maîtres sages. Explication : à la manière de Rech Lakich avec Rabbi Yo'hanan, comme il est dit dans la guemara (Baba Metsia 84a) : après le décès de Rech Lakich, Rabbi Yo'hanan souffrait beaucoup de son absence ; Rabbi Elazar vint s'asseoir à ses côtés, à la place de Rech Lakich, et sur chaque halakha que Rabbi Yo'hanan exposait, Rabbi Elazar lui disait : il y a une baraita qui te soutient. Malgré cela Rabbi Yo'hanan n'en tirait pas satisfaction et lui disait : je veux un élève comme Rech Lakich, qui me posait quantité de questions et m'obligeait à lui répondre par des raisonnements que j'innovais dans cette halakha, de sorte que la chemaata s'élargissait entre nos mains ; mais toi, tu me dis qu'il y a une baraita qui me soutient, comme si je ne savais pas que ce que je dis est juste ! Il en va de même ici pour celui qui rend ses maîtres sages par la multitude des demandes et des difficultés qu'il leur adresse sur les halakhot qu'ils lui enseignent.
'וְנָבוֹן', זֶה הַמֵּבִין דָּבָר מִתּוֹךְ דָּבָר. פֵּירוּשׁ לָא מִבָּעֲיָא הֲלָכָה מִתּוֹךְ הֲלָכָה אֶלָּא דְּבַר הֲלָכָה מִתּוֹךְ דָּבָר דְּמִילֵּי דְּעָלְמָא וּכְמוֹ דְּאִיתָא בַּגְּמָרָא דְּחֻולִּין (חֻולִּין קיא:) דָּגִים שֶׁעָלוּ בַּקְּעָרָה רַב אָמַר אָסוּר לְאָכְלָן בְּכֻותָּח וְקָאָמַר בַּגְּמָרָא הָא דְּרַב לָאו בְּפֵירוּשָׁא אִתְּמַר אֶלָּא מִכְּלָלָא אִתְּמַר דְּרַב אִקְּלַע לְבֵי רַב שִׁימִי בַּר חִיָּיא בַּר בְּרֵיהּ חַשׁ בְּעֵינָיו עֲבַדוּ לֵיהּ שְׁייָפָא בְּצָעָא בָּתַר הָכִי רְמוֹ לֵיהּ בִּשּׁוּלָא בְּגַוַּוהּ טָעֵם לֵיהּ טַעְמָא דִּשְׁיָיפָא אֲמַר יָהֵיב טַעְמָא כֻּולֵּי הַאי, וּפֵירֵשׁ רַשִׁ"י כֻּולֵּי הַאי שֶׁחוֹזֵר וְנוֹתֵן טַעַם בִּקְעָרָה וּמַאן דִּשְׁמַע סָבַר דְּאִית לְרַב נוֹתֵן טַעַם בַּר נוֹתֵן טַעַם בְּעָלְמָא אָסוּר עַיֵּין שָׁם. וְזֶהוּ עִנְיָן דְּקָאָמַר הָכָא מֵבִין דָּבָר מִתּוֹךְ דָּבָר רוֹצֶה לוֹמַר דְּבַר תּוֹרָה מְדַבֵּר בְּעָלְמָא שֶׁל חֻולִּין כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ שִׂיחַת תַּלְמִידֵי חֲכָמִים צְרִיכָה תַּלְמוּד. וּמַה שֶׁאָמַר דִבְרֵי תוֹרָה שֶׁנָּתְנוּ בְּלַחַשׁ כְּלוֹמַר הוּא חֵלֶק הַסּוֹד דְּעָלָיו אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (סֻוכָּה מט:) בַּפָּסוּק 'חַמּוּקֵי יַרְכִיךְ' (שִׁיר הַשִּׁירִים ז, ב) מַה יָרֵךְ בַּסֵּתֶר אַף דִּבְרֵי תוֹרָה בַּסֵּתֶר, וְלָכֵן מְכַנֵּהוּ בְּשֵׁם לַחַשׁ כִּי 'לַחַשׁ' בְּהִפּוּךְ אַתָּוָון 'שָׁלַח' שֶׁהוּא רוֹצֶה לוֹמַר חֶרֶב שֶׁזֶּה הַחֵלֶק הוּא מְבַטֵּל חֶרֶב עֵשָׂו וְיִהְיֶה חֶרֶב פִּיפִיּוֹת לְהַכְרִית הַקְּלִיפּוֹת.
« Et l'expert », c'est celui qui comprend une chose à partir d'une autre. Explication : au-delà d'une halakha tirée d'une halakha, il s'agit d'une chose de halakha tirée d'une chose profane, comme il est rapporté dans la guemara de Houlin (111b) : des poissons montés dans un plat, Rav a dit qu'il est interdit de les manger avec du koutah. La guemara dit que cette règle de Rav ne fut pas énoncée explicitement, mais déduite : Rav arriva chez Rav Chimi bar Hiya, le fils de son fils ; celui-ci souffrait des yeux, on lui prépara un onguent dans une écuelle, puis on y mit de la nourriture cuite ; il y goûta le goût de l'onguent et dit : cela donne du goût à ce point ! Rachi explique « à ce point » ainsi : qu'il redonne encore du goût dans l'écuelle ; et celui qui l'entendit en déduisit que Rav tenait qu'un goût issu d'un goût est en général interdit, voir là-bas. Voilà ce dont il est question ici : il comprend une chose à partir d'une autre, c'est-à-dire une parole de Torah a partir d'une chose profane, comme ils ont dit : la conversation des talmidé hakhamim demande étude. Quant à ce qu'il dit « les paroles de Torah qui ont été données à voix basse », c'est la part du sod, dont nos maîtres, leur mémoire est une bénédiction, ont dit (Soucca 49b) sur le verset « les courbes de tes cuisses » (Chir haChirim 7, 2) : de même que la cuisse est cachée, ainsi les paroles de Torah sont cachées. C'est pourquoi il la désigne du nom de lahach, car lahach par permutation des lettres donne chelah, c'est-à-dire l'épée : cette part annule l'épée d'Essav et devient une épée à deux tranchants pour retrancher les kelipot.
'חֲרָשִׁים', זֶה שֶׁנַּעֲשׂוּ הַכֹּל לְפָנָיו כְּחֵרְשִׁים, בְּשָׁעָה שֶׁפּוֹתֵחַ בְּדִבְרֵי תוֹרָה. פֵּירוּשׁ הַפְּתִיחָה הִיא הַקֻּושְׁיוֹת שֶׁמַּקְשֶׁה בְּמִקְרָאוֹת אוֹ בַּמִּשְׁנָיוֹת וְאַחַר הַקֻּושְׁיוֹת יָבוֹאוּ הַתֵּרוּצִים. וְיֵשׁ כְּשֶׁפּוֹתֵחַ בְּקֻושְׁיוֹת אֵינוֹ יוֹדֵעַ לְהַקְשׁוֹת קֻושְׁיוֹת חֲזָקוֹת אֶלָּא קַלּוֹת מְאֹד שֶׁהַשּׁוֹמְעִין יֵשׁ לָהֶם פֶּה לוֹמַר לוֹ אֵין זוֹ קוּשְׁיָא וְאֵין זֶה דִּקְדּוּק! אַךְ הֶחָכָם אֵינוֹ מַקְשֶׁה קֻושְׁיוֹת קַלּוֹת אֶלָּא חֲזָקוֹת וְלָכֵן כְּשֶׁפּוֹתֵחַ בְּדִבְרֵי תּוֹרָה שֶׁאוֹמֵר הַקֻּושְׁיוֹת נַעֲשִׂין הַכֹּל לְפָנָיו כְּחֵרְשִׁין שֶׁאֵין מִי שֶׁיּוּכַל לְתָרֵץ וְהַכֹּל מֻוכְרָחִים לְהַטּוֹת אֹזֶן לִדְבָרָיו לִשְׁמֹועַ הַתֵּירוּצִים מִמֶּנּוּ כִּי לְכֻולָּם יִהְיוּ הַקֻּשְׁיוֹת הָאֵלּוּ פְּלָאוֹת רַבּוֹת.
« Harachim », c'est celui devant qui tous deviennent comme des sourds à l'heure où il ouvre en paroles de Torah. Explication : l'ouverture, ce sont les difficultés qu'il soulève dans les versets ou dans les michnayot, et après les difficultés viennent les réponses. Il en est qui, lorsqu'ils ouvrent par des difficultés, ne savent pas en soulever de fortes, mais seulement de très légères, et les auditeurs ont de quoi lui répondre : ceci n'est pas une difficulté, ceci n'est pas un examen précis ! Le sage, lui, soulève des difficultés fortes ; c'est pourquoi, lorsqu'il ouvre en paroles de Torah et énonce ses difficultés, tous deviennent devant lui comme des sourds, car nul ne peut répondre et tous sont contraints de prêter l'oreille à ses paroles pour entendre de lui les réponses, ces difficultés étant pour eux toutes de grandes merveilles.
💡 Explication

La fin du catalogue porte sur les compétences de l'étude. Le yoéts maîtrise le calendrier, science technique confiée au tribunal. Le 'hakham est ici l'élève, parce que la question bien posée fait progresser le maître.

Les deux derniers termes ouvrent sur le sod. Harachim, les artisans, est entendu comme herchèh, sourds ; lahach, l'incantation, désigne ce que l'on transmet à voix basse. Rachi renvoie à la condition posée en 13a : on ne transmet les secrets de la Torah qu'à celui dont le cœur s'inquiète au-dedans de lui.

13
״וְנָתַתִּי נְעָרִים שָׂרֵיהֶם״. מַאי ״וְנָתַתִּי נְעָרִים שָׂרֵיהֶם״? אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: אֵלּוּ בְּנֵי אָדָם שֶׁמְּנֹועָרִין מִן הַמִּצְוֹת.

« Et Je donnerai des adolescents (naarim) pour leurs princes. » Qu'est-ce que « Je donnerai des naarim pour leurs princes » ? Rabbi Elazar a dit : ce sont des gens qui sont vides (menoarim) de mitsvot.

🪔 Ben Yehoyada (1)
אֵלּוּ בְּנֵי אָדָם שֶׁמְּנַעֲרִים מִן הַמִּצְווֹת. פֵּירוּשׁ שֶׁהֵם רְשָׁעִים גְּמוּרִים שֶׁאִם יַעֲשׂוּ לִפְעָמִים אֵיזֶה מִצְוָה תַּחֲטֹוף אוֹתָהּ הַקְּלִיפָּה מֵהֶם וְלֹא יִשָּׁאֵר אֶצְלָם מִמֶּנָּה אֲפִילּוּ שִׁיעוּר אָבָק כְּאָדָם שֶׁמְּנַעֵר אֶת בְּגָדָיו שֶׁלֹּא יִשָּׁאֵר בָּהֶם אָבָק שֶׁהוּא דָּבָר מוּעָט. וּמַה שֶׁאָמַר תַּעֲלִי בְּנֵי תַּעֲלִי רוֹצֶה לוֹמַר שֶׁהֵם עֲרוּמִים כְּשׁוּעָל שֶׁאֵין רִשְׁעָתָם נִיכֶּרֶת לְעֵינֵי בְּנֵי אָדָם וְעַל יְדֵי כָּךְ יַזִּיקוּ לַאֲחֵרִים יוֹתֵר שֶׁאֵין נִשְׁמָרִים מֵהֶם וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ הַמְפָרְשִׁים עַל פָּסוּק (תְּהִלִּים קיח, ז) ה' לִי בְּעֹזְרָי וַאֲנִי אֶרְאֶה בְשֹׂנְאָי.
« Ce sont des gens qui sont vides de mitsvot. » Explication : ce sont des méchants accomplis, en sorte que, s'ils accomplissent parfois quelque mitsva, la kelipa la leur arrache et il ne leur en reste pas même la mesure d'une poussière, comme un homme qui secoue ses vêtements pour qu'il n'y reste pas de poussière, qui est chose infime. Quant à ce qu'il dit « des renards fils de renards », cela veut dire qu'ils sont rusés comme le renard, leur méchanceté demeurant invisible aux yeux des hommes ; par là ils nuisent davantage à autrui, car on ne se garde pas d'eux, ainsi que les commentateurs l'ont dit sur le verset « Hachem est pour moi parmi ceux qui m'aident, et je verrai [la chute de] ceux qui me haïssent » (Tehilim 118, 7).
💡 Explication

Le mot naarim est lu par la racine naar, secouer, vider : les princes annoncés ne sont pas des jeunes gens par l'âge, mais des hommes vides de mitsvot. Le passage cesse ainsi de décrire un accident de génération pour désigner un état moral.

14
״וְתַעֲלוּלִים יִמְשְׁלוּ בָּם״ — אָמַר רַב פָּפָּא בַּר יַעֲקֹב: תַּעֲלִי בְּנֵי תַּעֲלִי. וְלֹא נִתְקָרְרָה דַּעְתּוֹ, עַד שֶׁאָמַר לָהֶם: ״יִרְהֲבוּ הַנַּעַר בַּזָּקֵן וְהַנִּקְלֶה בַּנִּכְבָּד״ — אֵלּוּ בְּנֵי אָדָם שֶׁמְּנֹועָרִין מִן הַמִּצְוֹת, יִרְהֲבוּ בְּמֵי שֶׁמְּמֻולָּא בְּמִצְוֹת כְּרִמּוֹן. ״וְהַנְּקַלָּה בַּנִּכְבָּד״ — יָבֹא מִי שֶׁחֲמוּרוֹת דּוֹמוֹת עָלָיו כְּקַלּוֹת, וְיִרְהֲבוּ בְּמִי שֶׁקַּלּוֹת דּוֹמוֹת עָלָיו כַּחֲמוּרוֹת.

« Et des gamins (taaloulim) domineront sur eux. » Rav Papa bar Yaakov a dit : des renards (taalé) fils de renards. Et son esprit ne s'apaisa pas jusqu'à ce qu'il leur dise : « Le jeune homme sera insolent envers le vieillard, et le méprisable envers l'homme honoré » (Yechayahou 3, 5).

« Le jeune homme (naar) » : ce sont les gens vides de mitsvot, qui seront insolents envers celui qui est rempli de mitsvot comme une grenade. « Et le méprisable (nikleh) envers l'homme honoré (nikhbad) » : viendra celui pour qui les fautes graves sont à ses yeux comme légères, et ils seront insolents envers celui pour qui les fautes légères sont à ses yeux comme graves.

📜 Rachi (1)
תַּעֲלִי שׁוּעָלִים:
Des renards.
💡 Explication

Le verset 5 fournit le coup qui apaise enfin le prophète. Sa gravité tient au renversement de la hiérarchie : le vide de mitsvot prend le dessus sur celui qui en est rempli.

La seconde moitié du verset joue sur la racine de nikleh, léger, et de nikhbad, lourd, pour opposer deux rapports à la faute. Celui qui tient les fautes graves pour légères l'emporte sur celui qui tient les légères pour graves : le renversement porte donc sur le jugement moral lui-même.

15
אָמַר רַב קַטִּינָא: אֲפִילּוּ בִּשְׁעַת כִּשְׁלוֹנָהּ שֶׁל יְרוּשָׁלָיִם — לֹא פָּסְקוּ מֵהֶם בַּעֲלֵי אֲמָנָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כִּי יִתְפֹּשׂ אִישׁ בְּאָחִיו בֵּית אָבִיו שִׂמְלָה לְךָ קָצִין תִּהְיֶה לָּנוּ״. דְּבָרִים שֶׁבְּנֵי אָדָם מִתְכַּסִּין כְּשִׂמְלָה, יֶשְׁנָן תַּחַת יָדְךָ.

Rav Ketina a dit : même à l'heure de la chute de Yerouchalayim, les hommes de foi (baalé amana) n'ont pas cessé parmi eux, ainsi qu'il est dit : « Car un homme saisira son frère, de la maison de son père : tu as un manteau, sois notre chef » (Yechayahou 3, 6). Les choses dont les hommes se couvrent comme d'un manteau, elles sont sous ta main.

📜 Rachi (3)
כִּי יִתְפֹּשׂ אִישׁ בְּאָחִיו הַכָּתוּב הָיָה מְגַנָּן לוֹמַר שֶׁלֹּא הָיוּ יוֹדְעִין לְהָשִׁיב לַשּׁוֹאֲלִים הֲלָכָה:
L'Écriture les blâmait, en disant qu'ils ne savaient pas répondre à ceux qui les interrogeaient sur la halakha.
שֶׁבְּנֵי אָדָם מִתְכַּסִּין בָּהֶן נֶחְבָּאִין שֶׁלֹּא יִשְׁאֲלוּ לָהֶן לְפִי שֶׁאֵין בְּקִיאִין בָּהֶן:
Ils se cachent pour qu'on ne les interroge pas à leur sujet, parce qu'ils n'y sont pas versés.
יֶשְׁנָן תַּחַת יָדְךָ כְּלוֹמַר אַתָּה בָּקִי בָּהֶן:
C'est-à-dire : toi, tu y es versé.
🪔 Ben Yehoyada (1)
דְּבָרִים שֶׁבְּנֵי אָדָם מִתְכַּסִּים בָּהֶם כְּשִׂמְלָה יֶשְׁנָן תַּחַת יָדֶיךָ. נִרְאֶה לִי בס"ד קָאֵי עַל חֵלֶק הַסּוֹד שֶׁמֻּוכְרָח לְהַלְבִּישׁוֹ בְּמַלְבּוּשִׁין וְאִי אֶפְשָׁר לְגַלּוֹתוֹ כְּמוֹ שֶׁהוּא. וּמַה שֶׁאָמַר 'יֶשְׁנָן תַּחַת יָדֶיךָ' רָמְזוּ בָּזֶה תַּחַת אוֹתִיּוֹת יָד יֵשׁ אוֹתִיּוֹת כֹּה וְהוּא רֶמֶז לְאוֹר שֶׁהִיא תֵּיבַת כ"ה בַּתּוֹרָה שֶׁאִם תִּמְנֶה מִן בְּרֵאשִׁית עַד 'יְהִי אוֹר' (בְּרֵאשִׁית א, ג) תִּמְצָא תֵּיבַת אוֹר הִיא תֵּיבַת כ"ה כְּלוֹמַר אַתָּה תּוּכַל לְהוֹצִיא הַדְּבָרִים לְאוֹרָה. וּבְנִי יְדִידִי כְּבוֹד הָרַב יַעֲקֹב נר"ו פֵּירֵשׁ מַה שֶׁאָמַר 'דְּבָרִים שֶׁבְּנֵי אָדָם מִתְכַּסִּים בָּהֶם כְּשִׂמְלָה' הוּא עַל דֶּרֶךְ מַה שֶּׁאָמַר הַכָּתוּב בִּקְהִלַּת וְיֹתֵר שֶׁהָיָה קֹהֶלֶת חָכָם עוֹד לִמַּד דַּעַת אֶת הָעָם וְאִזֵּן וְחִקֵּר תִּקֵּן מְשָׁלִים הַרְבֵּה (קֹהֶלֶת יב, ט) וְכֵן כָּאן אוֹמְרִים לוֹ אַתָּה חָכָם שֶׁיּוֹדֵעַ לְמָשָׁל מְשָׁלִים יָפִים וְזֶהוּ כְּשִׂמְלָה שֶׁהוּא רֶמֶז עַל הַמָּשָׁל וְתַגִּיד לָנוּ מֵהֶם, וְהוּא מֵשִׁיב 'וּבְבֵיתִי אֵין לֶחֶם וְאֵין שִׂמְלָה' (יְשַׁעְיָהוּ ג, ז) כְּלוֹמַר לֹא הַנִּמְשָׁל וְלֹא הַמָּשָׁל שֶׁאֵין לִי יְדִיעָה לַדָּבָר לֹא בָּזֶה וְלֹא בָּזֶה! עַד כָּאן דְּבָרָיו נר"ו.
« Les choses dont les hommes se couvrent comme d'un manteau, elles sont sous tes mains. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que cela vise la part du sod, que l'on est contraint de revêtir de vêtements et qu'il est impossible de révéler telle quelle. Quant à « elles sont sous tes mains », il y a fait allusion : sous les lettres youd-dalet se tiennent les lettres kaf-hé, allusion à la lumière, car le mot or est le vingt-cinquième mot de la Torah, puisque si tu comptes depuis Berechit jusqu'à « que la lumière soit » (Berechit 1, 3) tu trouveras que le mot or est le vingt-cinquième ; c'est-à-dire : toi, tu peux faire sortir ces choses à la lumière. Et mon fils bien-aimé, l'honorable Rav Yaakov, que Hachem le garde, a expliqué « les choses dont les hommes se couvrent comme d'un manteau » d'après ce que dit l'Écriture dans Kohelet : « et outre que Kohelet fut un sage, il enseigna encore la connaissance au peuple ; il pesa, examina et composa de nombreuses paraboles » (Kohelet 12, 9). De même ici on lui dit : tu es un sage qui sait composer de belles paraboles, ce qui est le sens de « comme un manteau », allusion au machal ; dis-nous-en donc. Et il répond : « dans ma maison il n'y a ni pain ni manteau » (Yechayahou 3, 7), c'est-à-dire ni le nimchal ni le machal, je n'ai de connaissance pour parler ni de l'un ni de l'autre ! Fin de ses paroles, que Hachem le garde.
💡 Explication

Rav Ketina lit le même chapitre à rebours de la malédiction : celui à qui l'on s'adresse est pressé d'accepter la charge parce qu'il passe pour savant, et sa réponse au verset suivant montre qu'il refuse de se prévaloir d'un savoir qu'il n'a pas. Les baalé amana, les hommes dignes de foi, subsistaient donc.

Le manteau (simla) désigne ici les matières couvertes, c'est-à-dire les secrets de la Torah. Rachi donne au verset une portée inverse : l'Écriture les blâmait de ne pas savoir répondre à ceux qui les interrogeaient sur la halakha, et ceux qui savaient se cachaient.

16
״וְהַמַּכְשֵׁלָה הַזֹּאת״. מַאי ״וְהַמַּכְשֵׁלָה הַזֹּאת״ — דְּבָרִים שֶׁאֵין בְּנֵי אָדָם עוֹמְדִין עֲלֵיהֶן אֶלָּא אִם כֵּן נִכְשָׁל בָּהֶן — ״יֶשְׁנָן תַּחַת יָדְךָ״. ״יִשָּׂא בַיּוֹם הַהוּא לֵאמֹר לֹא אֶהְיֶה חֹובֵשׁ וּבְבֵיתִי אֵין לֶחֶם וְאֵין שִׂמְלָה לֹא תְשִׂימֻונִי קְצִין עָם״. ״יִשָּׂא״ — אֵין יִשָּׂא אֶלָּא לְשׁוֹן שְׁבוּעָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״לֹא תִשָּׂא אֶת שֵׁם ה׳ אֱ-לֹהֶיךָ״. ״לֹא אֶהְיֶה חוֹבֵשׁ״ — לֹא הָיִיתִי מֵחוֹבְשֵׁי בֵּית הַמִּדְרָשׁ. ״וּבְבֵיתִי אֵין לֶחֶם וְאֵין שִׂמְלָה״ — שֶׁאֵין בְּיָדִי לֹא מִקְרָא וְלֹא מִשְׁנָה וְלֹא גְּמָרָא.

« Et cette ruine (mikhchela) » (Yechayahou 3, 6). Qu'est-ce que « cette mikhchela » ?

Des choses que les hommes ne maîtrisent qu'après y avoir trébuché : « elles sont sous ta main ». « Il élèvera [la voix] en ce jour-là, en disant : je ne serai pas guérisseur (hovech), et dans ma maison il n'y a ni pain ni manteau ; ne me faites pas chef du peuple » (Yechayahou 3, 7).

« Il élèvera (yissa) » : yissa ne désigne qu'un serment, ainsi qu'il est dit : « Tu ne prendras (tissa) pas le Nom de Hachem ton D.ieu en vain » (Chemot 20, 7). « Je ne serai pas hovech » : je n'ai pas été de ceux qui siègent (mehovché) au beth hamidrach.

« Et dans ma maison il n'y a ni pain ni manteau » : je n'ai en main ni Mikra, ni Michna, ni Guemara.

📜 Rachi (2)
אא"כ נִכְשַׁל בָּהֶם כְּשֶׁהַתַּלְמִיד נִכְשַׁל בִּשְׁמוּעָתוֹ פַּעַם רִאשׁוֹנָה וּשְׁנִיָּה הוּא נוֹתֵן לֵב לַעֲמֹוד עַל שְׁמוּעָתוֹ:
Lorsque l'élève trébuche dans sa chemoua une première et une deuxième fois, il applique son cœur à la maîtriser.
לֹא אֶהְיֶה אֵינִי רָגִיל לִהְיוֹת:
Je n'ai pas coutume de l'être.
🪔 Ben Yehoyada (1)
(יְשַׁעְיָהוּ ג, ז) "וּבְבֵיתִי אֵין לֶחֶם וְאֵין שִׂמְלָה", שֶׁאֵין בְּיָדִי, לֹא מִקְרָא וְלֹא מִשְׁנָה וְלֹא תַּלְמוּד. נִרְאֶה לִי דְּרֵישׁ לֶחֶם עַל מִקְרָא כִּי הַלֶּחֶם הוּא מַאֲכַל כָּל אָדָם וְאִי אֶפְשָׁר בִּלְעֲדוּ וְכֵן הַמִּקְרָא מַאֲכַל כָּל אָדָם וְאִי אֶפְשָׁר בִּלְעֲדָהּ דְּהַכֹּל צְרִיכִין לְמָארֵי חַטְיָיא (הוֹרָיוֹת יג:) , וְהַשִּׂמְלָה דְּרֵישׁ לָהּ עַל מִשְׁנָה וְתַלְמוּד שֶׁבָּהֶם יִתְכַּבֵּד הָאָדָם וְכֵן הַשִּׂמְלָה הִיא לְכָבוֹד. וְהָא דְּדָרֵישׁ לָהּ אַתַּרְתֵּי נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁכָּתוּב בְּסֵפֶר מִגְדַּל דָּוִד עַל הַתּוֹרָה דְּתֵיבַת שִׂמְלָה הִיא מִתֵּיבוֹת הַמִּתְהַפְּכוֹת שֶׁהֵם שִׂמְלָה וּשְׁלֵמָה כְּמוֹ כֶּבֶשׂ וְכֶשֶׂב וְכָל תֵּיבוֹת הַמִּתְהַפְּכוֹת הֵם אֶחָד אוֹר יָשָׁר וְאֶחָד אוֹר חוֹזֵר וְהֵם מִבְּחִינַת דַּעַת יְעֻויַּן שָׁם. וּבָזֶה נִיחָא דְּדָרֵישׁ תֵּיבַת שִׂמְלָה עַל תַּרְתֵּי מִשְׁנָה וּגְמָרָא כִּי הִיא מִתֵּיבוֹת הַמִּתְהַפְּכוֹת 'שִׂמְלָה וּשְׁלֵמָה' שֶׁהֵם אֶחָד אוֹר יָשָׁר זוֹ מִשְׁנָה וְאֶחָד אוֹר חוֹזֵר זוֹ גְּמָרָא שֶׁיֵּשׁ בָּהּ מִלְחָמָה וּגְבוּרָה.
« Et dans ma maison il n'y a ni pain ni manteau » (Yechayahou 3, 7) : je n'ai en main ni Mikra, ni Michna, ni Talmud. Il me semble qu'il expose léhem sur le Mikra, car le pain est la nourriture de tout homme et l'on ne peut s'en passer ; de même le Mikra est la nourriture de tout homme et l'on ne peut s'en passer, car tous ont besoin du maître du blé (Horayot 13b). Et simla, il l'expose sur la Michna et le Talmud, par lesquels l'homme est honoré, de même que le manteau sert à l'honneur. Quant au fait qu'il l'expose sur deux choses, il me semble, avec l'aide du Ciel, d'après ce qui est écrit dans le livre Migdal David sur la Torah : le mot simla fait partie des mots qui se retournent, simla et salma, comme kéves et kessev ; tous les mots qui se retournent sont un, l'un en lumière directe et l'autre en lumière réfléchie, et ils relèvent de l'aspect du Daat, voir là-bas. Ainsi s'explique qu'il expose le mot simla sur deux choses, la Michna et la guemara : il fait partie des mots qui se retournent, simla et salma, dont l'un est lumière directe, la Michna, et l'autre lumière réfléchie, la guemara, où il y a guerre et guevoura.
💡 Explication

La mikhchela, la pierre d'achoppement, désigne les matières que l'on ne maîtrise qu'après avoir trébuché dessus ; Rachi décrit l'élève qui bute deux fois sur sa chemoua et applique alors son cœur à la tenir.

La réponse de l'homme sollicité prend la forme d'un serment : le terme yissa est rapporté à lo tissa du Décalogue. Il jure de son ignorance, ce qui fonde la lecture de Rav Ketina : un homme qui jure la vérité contre son propre honneur est un baal amana.

17
וְדִלְמָא שָׁאנֵי הָתָם, דְּאִי אָמַר לְהוּ גְּמִירְנָא — אָמְרִי לֵיהּ: אֵימָא לָן! הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר גְּמַר וּשְׁכַח. מַאי ״לֹא אֶהְיֶה חוֹבֵשׁ״ — לֹא אֶהְיֶה חוֹבֵשׁ כְּלָל.

Mais peut-être est-ce différent là-bas : s'il leur avait dit « j'ai étudié », ils lui auraient dit « enseigne-nous ! ». Il aurait pu dire « j'ai étudié et j'ai oublié ».

Qu'est-ce que « je ne serai pas hovech » ? Je ne serai hovech en aucune manière.

📜 Rachi (1)
דִּלְמָא הַאי נָמֵי לָאו מִשּׁוּם דְּאַנְשֵׁי אֲמָנָה הָיוּ אֶלָּא דְּאִי הֲוָה אָמַר גְּמִירְנָא הָווּ אָמְרִי לֵיהּ אֵימָא לַן וְהוּא לָא הֲוָה יָדַע:
Cela non plus ne tient pas à ce qu'ils étaient des hommes de foi, mais à ce que, s'il avait dit « j'ai étudié », ils lui auraient dit « enseigne-nous », et il ne savait pas.
💡 Explication

La guemara teste la preuve de Rav Ketina. Peut-être l'aveu ne vient-il pas de la droiture mais de l'impossibilité de mentir : une prétention au savoir serait aussitôt vérifiée.

La réponse ferme cette échappatoire. Un homme qui voudrait sauver son honneur dirait qu'il a étudié puis oublié, formule que nul ne peut vérifier ; puisqu'il déclare au contraire n'avoir jamais siégé au beth hamidrach, son aveu est bien un acte de droiture.

18
אֵינִי?! וְהָאָמַר רָבָא: לֹא חָרְבָה יְרוּשָׁלַיִם עַד שֶׁפָּסְקוּ מִמֶּנָּה בַּעֲלֵי אֲמָנָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״שׁוֹטְטוּ בְּחוּצוֹת יְרוּשָׁלִַם וּרְאוּ נָא וּדְעוּ וּבַקְשׁוּ בִרְחוֹבוֹתֶיהָ אִם תִּמְצְאוּ אִישׁ אִם יֵשׁ עֹושֶׂה מִשְׁפָּט מְבַקֵּשׁ אֱמוּנָה וְאֶסְלַח לָהּ״! לָא קַשְׁיָא:

Est-ce ainsi ? Mais Rava n'a-t-il pas dit : Yerouchalayim ne fut détruite que lorsque les hommes de foi eurent cessé en elle, ainsi qu'il est dit : « Parcourez les rues de Yerouchalayim, voyez donc et sachez, cherchez dans ses places si vous trouvez un homme, s'il en est un qui pratique la justice, qui recherche la fidélité, et Je lui pardonnerai » (Yirmeyahou 5, 1) !

Il n'y a pas de difficulté :

💡 Explication

Le folio s'achève sur une contradiction ouverte entre deux Amoraim : Rav Ketina affirme que les hommes de foi subsistaient à la chute de la ville, Rava affirme que la ville ne tomba qu'une fois qu'ils eurent disparu.

La formule lo kachia, il n'y a pas de difficulté, est posée sans son contenu ; la distinction qui résout la question se lit au début de 14b.

🖼️ Schéma
Les hommes de foi à Jérusalem : deux affirmations opposées Rav Ketina même à l'heure de la chute de Jérusalem, les baalé amana n'ont pas cessé preuve : Yechayahou 3, 6-7 - celui qu'on veut faire chef avoué qu'il ne sait rien Rava Jérusalem ne fut détruite que lorsque les baalé amana eurent cessé en elle preuve : Yirmeyahou 5, 1 - cherchez si vous trouvez un homme qui recherche la fidélité la kouchia n'est pas résolue ici le folio s'interrompt sur la kouchia, et la réponse se donne au début de 14b
Les deux affirmations opposées sur les hommes de foi, leur preuve scripturaire respective, et le point où le folio s'interrompt.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).