Chagigah 14b — Le Maassé Merkava exposé sur la route : Rabbi Elazar ben Arakh, les trois hartsaot, et les quatre qui entrèrent dans le Pardès

Chagigah 14b

Sougya : Le folio s'ouvre sur la dernière réponse de la sougya précédente concernant les hommes de confiance de Yerouchalayim : ils l'étaient pour les paroles de Torah et ne l'étaient plus pour le commerce. La guemara revient ensuite au Maassé Merkava avec une longue baraita narrative.

Rabban Yo'hanan ben Zakkai chevauche un âne, Rabbi Elazar ben Arakh demande à être enseigné, le maître refuse d'enseigner et autorise l'élève à exposer devant lui ; il descend de l'âne, s'enveloppe et s'assied par terre, un feu descend du ciel, les arbres du champ disent un chant et un ange atteste depuis le feu. La même chose se produit, sous d'autres signes, quand Rabbi Yehochoua et Rabbi Yossi haKohen exposent à leur tour.

Une baraita de Rabbi Yossi be-Rabbi Yehouda compte alors trois hartsaot, expositions, et en exclut Rabbi Elazar ben Arakh, ce que la guemara explique par la réciprocité entre maître et élève. Le folio se clôt sur la baraita des quatre qui entrèrent dans le Pardès et sur deux questions posées à ben Zoma, la castration du chien et la vierge devenue enceinte.

Chagigah 14b - le plan du folio 1. Fin de 14a les baalei amana : pour la Torah il y en avait, pour le commerce il n'y en avait plus 2. Sur la route Rabban Yo'hanan ben Zakkai descend de l'âne, Rabbi Elazar ben Arakh expose ; le feu descend 3. La seconde scène Rabbi Yehochoua et Rabbi Yossi haKohen : nuées, arc, anges venus écouter 4. Trois hartsaot Rabbi Yehochoua, Rabbi Akiva, Hanania ben Hakhinai - et pourquoi pas Elazar ben Arakh 5. Le Pardès quatre y entrent, un seul en sort en paix ; puis deux questions posées à ben Zoma La règle énoncée à 13a est appliquée ici à la lettre On n'expose pas la Merkava à un seul, sauf s'il est un sage qui comprend de lui-même Le maître refuse donc d'enseigner, et autorise l'élève à exposer devant lui Terme-clé : hirtsa, exposer devant quelqu'un Rachi : hirtsa devarim, il exposa le Maassé haMerkava. La baraita ne compte que les couples maître-élève réciproques
Le folio en cinq temps : la fin de la sougya des hommes de confiance, les deux récits d'exposition du Maassé Merkava, le décompte des hartsaot, et l'entrée dans le Pardès.
Les quatre qui entrèrent dans le Pardès L'avertissement de Rabbi Akiva à l'entrée Quand vous arriverez aux pierres de marbre pur, ne dites pas : de l'eau, de l'eau - Tehilim 101, 7 ben Azzai ben Zoma Aher Rabbi Akiva il regarda et mourut hetsits oumet il regarda et fut atteint Rachi : sa raison fut troublée il trancha les plantations kitsets banetiot il sortit en paix yatsa bechalom Tehilim 116, 15 : précieuse est la mort de Ses fidèles Rachi : il mourut jeune Michlei 25, 16 : mange du miel ce qui te suffit la mesure, pas la quantité aucun verset ne lui est applique ici son histoire suit en 15a celui-là même qui avait donne l'avertissement entre et sorti indemne Que veut dire entrer dans le Pardès ? Rachi : ils montèrent au firmament au moyen d'un Nom Tossefot et le Aroukh : ils ne montèrent pas réellement, il leur apparaissait qu'ils montaient Ben Yehoyada au nom du Chaarei Kedoucha : le Pardès désigne ici le monde de la yetsira
Les quatre qui entrèrent dans le Pardès : l'avertissement de Rabbi Akiva, l'issue de chacun, le verset qui lui est applique, et la question de savoir ce que signifie cette entrée.
Les trois hartsaot : qui est compté, et pourquoi Rabban Yo'hanan ben Zakkai Rabbi Yehochoua 1ré hartsaa Rabbi Akiva 2e hartsaa Hanania ben Hakhinai 3e hartsaa chaque flèche se lit : il exposa devant lui Rabbi Elazar ben Arakh : absent de la liste il exposa devant Rabban Yo'hanan ben Zakkai, qui n'exposa jamais devant personne Le critère de la guemara on compte celui qui exposa et devant qui l'on exposa ; Hanania entre par : il exposa devant celui qui avait exposé Lecture de Rachi exposer devant celui qui avait exposé devant d'autres équivaut à avoir reçu une hartsaa ; Hanania est compté à cause de Rabbi Akiva, qui exposa et devant qui l'on exposa variante citée au nom de Rabbenou haLevi Lecture du Ri, d'après le Sefer haYachar la baraita compte ceux qui réussirent au point d'exposer devant leur propre maître : Yehochoua devant Rabban Yo'hanan, Akiva devant Yehochoua, Hanania devant Akiva la réponse initiale suffisait déjà
La chaîne des trois expositions, l'exclusion de Rabbi Elazar ben Arakh, et les deux manières de lire le critère, chez Rachi et chez le Ri.
1
הָא בְּדִבְרֵי תּוֹרָה, הָא בְּמַשָּׂא וּמַתָּן. בְּדִבְרֵי תּוֹרָה — הָווּ, בְּמַשָּׂא וּמַתָּן — לָא הָווּ.

Ceci concerne les paroles de Torah, cela concerne le commerce (massa oumatan). Pour les paroles de Torah, il y en avait ; pour le commerce, il n'y en avait pas.

💡 Explication

Ce segment achève la contradiction laissée ouverte à la fin de 14a. D'un côté, l'habitant de Yerouchalayim jure « je ne serai pas un rassembleur », c'est-à-dire qu'il avoue n'avoir jamais étudié : preuve qu'il restait des baalei amana, des hommes dignes de confiance, capables de reconnaître la vérité à leur propre détriment. De l'autre, Rava enseigne que Yerouchalayim ne fut détruite que lorsque les baalei amana eurent disparu.

La réponse divise le domaine. La confiance dont parle Rava porte sur le massa oumatan, le négoce, où l'on tient parole et où l'on ne triche pas ; celle dont témoigne le verset d'Yechayahou porte sur les divrei Torah, où l'on ne se pare pas d'un savoir qu'on n'a pas. Les deux sources décrivent la même génération sous deux rapports distincts.

2
תָּנוּ רַבָּנַן: מַעֲשֶׂה בְּרַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי שֶׁהָיָה רוֹכֵב עַל הַחֲמוֹר, וְהָיָה מְהַלֵּךְ בַּדֶּרֶךְ, וְרַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲרָךְ מְחַמֵּר אַחֲרָיו. אָמַר לוֹ: רַבִּי, שְׁנֵה לִי פֶּרֶק אֶחָד בְּמַעֲשֵׂה מֶרְכָּבָה. אָמַר לוֹ, לֹא כָּךְ שָׁנִיתִי לָכֶם: וְלֹא בַּמֶּרְכָּבָה בְּיָחִיד אֶלָּא אִם כֵּן הָיָה חָכָם מֵבִין מִדַּעְתּוֹ? אָמַר לוֹ: רַבִּי, תַּרְשֵׁינִי לוֹמַר לְפָנֶיךָ דָּבָר אֶחָד שֶׁלִּמַּדְתַּנִי. אָמַר לוֹ: אֱמֹור.

Nos maîtres ont enseigné : il arriva que Rabban Yo'hanan ben Zakkai chevauchait un âne et cheminait sur la route, et Rabbi Elazar ben Arakh conduisait l'âne derrière lui. Il lui dit : Mon maître, enseigne-moi un chapitre du Maassé Merkava.

Il lui dit : Ne vous ai-je pas enseigné ainsi : « et l'on n'expose pas la Merkava à un seul, à moins qu'il ne soit un sage qui comprend de lui-même » ? Il lui dit : Mon maître, permets-moi de dire devant toi une chose que tu m'as enseignée.

Il lui dit : Dis.

🪔 Ben Yehoyada (1)
לֹא כָּךְ שָׁנִיתִי לָכֶם: וְלֹא בַּמֶּרְכָּבָה בְּיָחִיד, אֶלָּא אִם כֵּן הָיָה חָכָם מֵבִין מִדַּעְתּוֹ. עַייֵּן מָהַרְשָׁ"א זַ"ל שֶׁכָּתַב לְדַעַת רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי לֹא הָיָה רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲרָךְ עֲדַייִן רָאוּי לְהוֹדִיעַ לוֹ מַעֲשֵׂה מֶרְכָּבָה שֶׁלֹּא הָיָה חָכָם וּמֵבִין מִדַּעְתּוֹ, לְכָךְ הִקְשָׁה אִם כֵּן אֵיךְ כְּבָר לִימְּדוֹ רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי דְּהָא אָמַר לוֹ 'דָּבָר אַחֵר שֶׁלִּמַּדְתַּנִי'? וְנִדְחַק לְתָרֵץ. וְעוֹד יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת יוֹתֵר דְּהָא בְּאָבוֹת (מִשְׁנָה אָבוֹת ב, ח) הִפְלִיג רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי בְּשֶׁבַח רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲרָךְ שֶׁמַּכְרִיעַ כָּל חַכְמֵי יִשְׂרָאֵל? וְדֹוחַק לְתָרֵץ שֶׁדָּבָר זֶה הָיָה קֹודֶם שֶׁנִּתְגַּדֵּל רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲרָךְ. וְנִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁבֶּאֱמֶת אֵין מְלַמְּדִין פֶּרֶק שָׁלֵם אֶלָּא רָאשֵׁי פְּרָקִים וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ לְעֵיל (דַּף יג:) וְלֹא בַּמֶּרְכָּבָה בְּיָחִיד תָּנֵי רַבִּי חִייָּא: אֲבָל מוֹסְרִים לוֹ רָאשֵׁי פְּרָקִים. וְלָכֵן כֵּיוָן דְּאָמַר לוֹ 'שְׁנֵה לִי פֶּרֶק אֶחָד בְּמַעֲשֵׂה מֶרְכָּבָה' דִּבְקַשׁ פֶּרֶק שָׁלֵם לְכָךְ אָמַר לוֹ וְלֹא כָּךְ שָׁנִיתִי לָכֶם וְלֹא בַּמֶּרְכָּבָה בְּיָחִיד? וּמַה שֶׁלָּמְדוּ מִכְּבָר לֹא לָמְדוּ פֶּרֶק שָׁלֵם אֶלָּא רָאשֵׁי פְּרָקִים!
« Ne vous ai-je pas enseigné ainsi : et l'on n'expose pas la Merkava à un seul, à moins qu'il ne soit un sage qui comprend de lui-même. » Vois le Maharcha, qui a écrit que, selon Rabban Yo'hanan ben Zakkai, Rabbi Elazar ben Arakh n'était pas encore digne qu'on lui fasse connaître le Maassé Merkava, n'étant pas un sage comprenant de lui-même ; il a donc demandé : s'il en est ainsi, comment Rabban Yo'hanan ben Zakkai lui avait-il déjà enseigné, puisque [Rabbi Elazar] lui dit « une chose que tu m'as enseignée » ? Et il s'est mis en peine pour répondre. On peut objecter davantage encore : dans les Pirké Avot (Avot 2, 8), Rabban Yo'hanan ben Zakkai a fait un éloge extraordinaire de Rabbi Elazar ben Arakh, disant qu'il l'emporte sur tous les sages d'Israël. Il est forcé de répondre que ce fait eut lieu avant que Rabbi Elazar ben Arakh n'eût grandi. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'en vérité on n'enseigne pas un chapitre entier mais seulement des têtes de chapitres (rachei perakim), comme il a été dit plus haut (13b) : « ni la Merkava à un seul » — Rabbi Hiya a enseigné : mais on lui transmet les têtes de chapitres. Aussi, puisque [Rabbi Elazar] lui avait dit « enseigne-moi un chapitre du Maassé Merkava », demandant par là un chapitre entier, il lui a répondu : ne vous ai-je pas enseigné ainsi, « ni la Merkava à un seul » ? Et ce qu'il lui avait déjà enseigné se limitait à des têtes de chapitres.
💡 Explication

La guemara revient au sujet du Maassé Merkava, l'exposé du premier chapitre de Ye'hezkel, quitté au début du folio précédent. Elle le fait par une baraita narrative, et cette forme est elle-même un enseignement : ce qui ne peut être exposé peut être raconté.

Rabban Yo'hanan ben Zakkai refuse la demande en citant la michna de 11b, reprise à 13a : on n'expose pas la Merkava à un seul, sauf à un 'hakham mevin midaato, un sage qui comprend de lui-même. Rabbi Elazar ben Arakh contourne l'obstacle sans le forcer : au lieu de recevoir, il propose de dire devant son maître ce qu'il a lui-même compris. Le maître répond d'un seul mot, emor, dis.

3
מִיָּד יָרַד רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי מֵעַל הַחֲמוֹר, וְנִתְעַטֵּף, וְיָשַׁב עַל הָאֶבֶן תַּחַת הַזַּיִת. אָמַר לוֹ: רַבִּי, מִפְּנֵי מַה יָרַדְתָּ מֵעַל הַחֲמוֹר? אָמַר: אֶפְשָׁר אַתָּה דּוֹרֵשׁ בְּמַעֲשֵׂה מֶרְכָּבָה, וּשְׁכִינָה עִמָּנוּ, וּמַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת מְלַוִּין אוֹתָנוּ, וַאֲנִי אֶרְכַּב עַל הַחֲמוֹר?! מִיָּד פָּתַח רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲרָךְ בְּמַעֲשֵׂה הַמֶּרְכָּבָה וְדָרַשׁ. וְיָרְדָה אֵשׁ מִן הַשָּׁמַיִם, וְסִיבְּבָה כָּל הָאִילָנוֹת שֶׁבַּשָּׂדֶה, פָּתְחוּ כֻּולָּן וְאָמְרוּ שִׁירָה.

Aussitôt Rabban Yo'hanan ben Zakkai descendit de l'âne, s'enveloppa, et s'assit sur la pierre sous l'olivier. Il lui dit : Mon maître, pourquoi es-tu descendu de l'âne ?

Il dit : Est-il possible que toi tu exposes le Maassé Merkava, que la Chekhina soit avec nous et que les anges de service nous accompagnent, et que moi je chevauche l'âne ? Aussitôt Rabbi Elazar ben Arakh ouvrit sur le Maassé haMerkava et exposa.

Un feu descendit du ciel et entoura tous les arbres du champ ; tous ouvrirent et dirent un chant.

🪔 Ben Yehoyada (2)
מִיָּד יָרַד רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי מִן הַחֲמוֹר, וְנִתְעַטֵּף וְיָשַׁב עַל הָאֶבֶן אַחַת תַּחַת הַזַּיִת. נִרְאֶה לִי בס"ד נִתְעַטֵּף בְּצִיצִית שֶׁהוּא אוֹר מַקִּיף כְּמוֹ הַמִּתְפַּלְּלִין וְעַל יְדֵי כָּךְ נִמְשַׁךְ אוֹר שֶׁהִקִּיף סְבִיב הָאִילָנוֹת וְיָשַׁב עַל אֶבֶן לְהוֹרוֹת הַכְנָעָה שֶׁלֹּא יִתְגָּאוּ מִן הַכָּבוֹד הַזֶּה הַנַּעֲשֶׂה לָהֶם מִן הַשָּׁמַיִם וְהָאֶבֶן הִיא מִדְרָס לְכָל אָדָם וּכְמוֹ שֶׁאוֹמְרִים 'וְנַפְשִׁי כְּעָפָר לְכָל תִּהְיֶה'. וְיָשַׁב תַּחַת הַזַּיִת שֶׁיּוֹצֵא מִמֶּנּוּ שֶׁמֶן עַל יְדֵי כְּתִישָׁה כֵּן הָאָדָם אֵינוֹ מוֹצֵא שְׁמֹנָה שֶׁל תּוֹרָה אֶלָּא עַל יְדֵי כְּתִישָׁה שֶׁכּוֹתֵשׁ הַחֹומֶר שֶׁלּוֹ. גַּם תַּחַת אוֹתִיּוֹת 'זַיִת' יֵשׁ אוֹתִיּוֹת 'חִכְּךָ' כִּי כַּף דמנצפ"ך הוּא אַחַר אוֹת ת' רָמַז בָּזֶה עַל מַה שֶּׁאָמַר הַכָּתוּב (שִׁיר הַשִּׁירִים ז, י) וְחִכֵּךְ כְּיֵין הַטּוֹב הוֹלֵךְ לְדוֹדִי לְמֵישָׁרִים. וּבְנִי יְדִידִי כְּבוֹד הָרַב יַעֲקֹב נר"ו פֵּירֵשׁ הַטַּעַם שֶׁיָּשַׁב תַּחַת הַזַּיִת שֶׁיּוֹצֵא מִמֶּנּוּ הַשֶּׁמֶן שֶׁרוֹמֵז לַחָכְמָה כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִ"לִ (בְּרָכוֹת נז.) הָרוֹאֶה שֶׁמֶן זַיִת בַּחֲלוֹם יְצַפֶּה לְחָכְמָה וְרָמַז בָּזֶה עַל עִיקַּר הַהֲלָכָה דְּאֵין דּוֹרְשִׁין בְּמַעֲשֵׂה מֶרְכָּבָה לַיָּחִיד אֶלָּא אִם כֵּן הָיָה חָכָם עַד כָּאן דְּבָרָיו נר"ו.
« Aussitôt Rabban Yo'hanan ben Zakkai descendit de l'âne, s'enveloppa et s'assit sur une pierre sous l'olivier. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il s'enveloppa dans les tsitsit, qui sont une lumière environnante (or makif), comme ceux qui prient, et que par ce moyen fut attirée la lumière qui entoura les arbres. Il s'assit sur une pierre pour marquer la soumission, afin qu'ils ne s'enorgueillissent pas de l'honneur qui leur était fait depuis le Ciel ; la pierre est foulée par tout homme, comme nous disons « et que mon âme soit comme la poussière pour tous ». Et il s'assit sous l'olivier, dont l'huile ne sort que par le broyage : de même, l'homme ne trouve l'huile de la Torah que par le broyage, en broyant sa matière. De plus, les lettres qui viennent après celles de zayit, olivier, forment hikekha, ton palais, car le kaf final vient après la lettre tav ; allusion à ce que dit le verset (Chir haChirim 7, 10) : « et ton palais est comme le bon vin qui coule vers mon bien-aimé tout droit ». Et mon fils bien-aimé, l'honorable Rav Yaakov, que le Miséricordieux le garde, a expliqué la raison pour laquelle il s'assit sous l'olivier : parce qu'il en sort l'huile, qui fait allusion à la sagesse, comme l'ont dit nos maîtres (Berakhot 57a) : celui qui voit de l'huile d'olive en rêve peut espérer la sagesse ; il y a là une allusion à la halakha essentielle, selon laquelle on n'expose pas le Maassé Merkava à un seul, à moins qu'il ne soit un sage. Fin de ses paroles.
מִפְּנֵי מַה יָרַדְתָּ מִן הַחֲמוֹר. כְּלָל שֶׁל 'מִפְּנֵי מָה' יָדוּעַ וְהַייְנוּ שֶׁיֵּשׁ לְפָנָיו שְׁנֵי טְעָמִים וְשׁוֹאֵל מִפְּנֵי מָה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד הָכָא נִרְאֶה לוֹ שְׁנֵי דְּבָרִים לוֹמַר אִם יָרַדְתָּ כְּדֵי לְלַמְּדֵנִי כַּאֲשֶׁר בִּקַּשְׁתִּי מִמְּךָ תְּחִלָּה אוֹ אִם יָרַדְתָּ כְּדֵי לִשְׁמֹועַ מַה שֶׁאֶדְרֹושׁ לְפָנֶיךָ כַּאֲשֶׁר אָמַרְתִּי לְבַסּוֹף? וּמַה שֶׁאָמְרוּ פָּתְחוּ כָּל הָאִילָנוֹת וְאָמְרוּ שִׁירָה הַכַּוָּנָה הַמַּלְאָכִים הַמְמֻונִּים עַל הָאִילָנוֹת. וְהִנֵּה בְּפִרְקֵי שִׁירָה אִיתָא דְּשִׁירַת הַמַּלְאָכִים הַמְמֻונִּים עַל הָאִילָנוֹת הִיא פָּסוּק אָז יְרַנְּנוּ עֲצֵי הַיָּעַר (דִּבְרֵי הַיָּמִים א' טז, לג) , וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ יֵשׁ אוֹמְרִים. וְנִרְאֶה לְפִי דִּבְרֵי תַּנָּא קַמָּא שֶׁאָמְרוּ שִׁירָה חֲדָשָׁה שֶׁאֵינָהּ קְבוּעָה לָהֶם מֵרֹוב שִׂמְחָתָם בְּדָבָר זֶה שֶׁנַּעֲשָׂה בְּאַקְרַאי.
« Pourquoi es-tu descendu de l'âne ? » La règle du « pourquoi » (mipnei ma) est connue : on l'emploie lorsque deux motifs se présentent et que l'on demande lequel des deux. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'ici deux choses lui apparaissaient : ou bien tu es descendu pour m'enseigner, comme je te l'avais demandé d'abord, ou bien tu es descendu pour entendre ce que je vais exposer devant toi, comme je l'ai dit ensuite. Quant à ce qui est dit, « tous les arbres ouvrirent et dirent un chant », cela vise les anges préposés aux arbres. Or dans le Perek Chira il est rapporté que le chant des anges préposés aux arbres est le verset « alors chanteront les arbres de la forêt » (Divrei haYamim I 16, 33), comme le disent certains. Et il me semble que, selon le premier tana, ils dirent un chant nouveau, qui ne leur est pas fixé, tant leur joie fut grande de cet événement survenu de manière exceptionnelle.
💡 Explication

Le maître traite l'exposé de son élève comme une révélation en acte. Trois gestes marquent ce changement de statut : il descend de sa monture, il s'enveloppe — le Ben Yehoyada comprend qu'il s'enveloppe dans les tsitsit, comme pour la prière — et il s'assied à même la pierre.

La raison qu'il donne est une règle de convenance : en présence de la Chekhina et des anges de service, la position dominante du cavalier n'a plus lieu d'être. Les signes qui suivent confirment l'exposé sans le commenter : un feu venu d'en haut entoure les arbres, et ce sont les arbres du champ, non les hommes, qui répondent par un chant.

🖼️ Schéma
Les sept temps du récit, de la demande au baiser l'élève demande un chapitre du Maassé Merkava le maître refuse : pas à un seul, sauf sage qui comprend l'élève demande à dire ce qu'il a appris - emor, dis il descend de l'âne, s'enveloppe, s'assied sur la pierre l'élève ouvre et expose la Merkava un feu descend, entoure les arbres, ils disent un chant un ange atteste ; le maître embrasse l'élève sur la tête Les trois gestes du maître, selon le Ben Yehoyada s'envelopper : les tsitsit, lumière environnante - la pierre : la soumission, contre l'orgueil que cet honneur pourrait susciter l'olivier : l'huile ne sort que par le broyage, et l'homme ne trouve l'huile de la Torah qu'en broyant sa matière
La séquence du récit et la lecture que le Ben Yehoyada donne des trois gestes de Rabban Yo'hanan ben Zakkai.
4
מַה שִׁירָה אָמְרוּ — ״הַלְלוּ אֶת ה׳ מִן הָאָרֶץ תַּנִּינִים וְכָל תְּהֹומוֹת ... עֵץ פְּרִי וְכָל אֲרָזִים ... הַלְלוּיָהּ״. נַעֲנָה מַלְאָךְ מִן הָאֵשׁ, וְאָמַר: הֵן הֵן מַעֲשֵׂה הַמֶּרְכָּבָה. עָמַד רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי וּנְשָׁקוֹ עַל רֹאשׁוֹ, וְאָמַר: בָּרוּךְ ה׳ אֱ-לֹהֵי יִשְׂרָאֵל שֶׁנָּתַן בֵּן לְאַבְרָהָם אָבִינוּ שֶׁיּוֹדֵעַ לְהָבִין וְלַחְקֹור וְלִדְרֹושׁ בְּמַעֲשֵׂה מֶרְכָּבָה. יֵשׁ נָאֶה דּוֹרֵשׁ וְאֵין נָאֶה מְקַיֵּים, נָאֶה מְקַייֵּם וְאֵין נָאֶה דּוֹרֵשׁ. אַתָּה נָאֶה דּוֹרֵשׁ וְנָאֶה מְקַייֵּם. אַשְׁרֶיךָ אַבְרָהָם אָבִינוּ, שֶׁאֶלְעָזָר בֶּן עֲרָךְ יָצָא מֵחֲלָצֶיךָ.

Quel chant dirent-ils ? « Louez Hachem depuis la terre, monstres marins et tous les abîmes... arbres fruitiers et tous les cèdres...

Halélouya » (Tehilim 148). Un ange répondit depuis le feu et dit : Ce sont bien là les choses du Maassé haMerkava.

Rabban Yo'hanan ben Zakkai se leva, l'embrassa sur la tête et dit : Béni soit Hachem, D.ieu d'Israël, qui a donné à Avraham notre père un fils qui sait comprendre, scruter et exposer le Maassé Merkava. Il en est qui exposent bien et n'accomplissent pas bien ; d'autres accomplissent bien et n'exposent pas bien ; toi, tu exposes bien et tu accomplis bien.

Heureux es-tu, Avraham notre père, de qui Elazar ben Arakh est sorti.

🗂️ Tossefot (1)
נַעֲנָה מַלְאָךְ מִתּוֹךְ הָאֵשׁ גָּרְסִינַן וְלָא גָּרְסִינַן מַלְאַךְ הַמָּוֶת וּבַיְּרוּשַׁלְמִי מַיְיתֵי קְרָא אָז יְרַנְּנוּ עֲצֵי הַיָּעַר:
« Un ange répondit depuis le feu » : telle est notre leçon, et nous ne lisons pas « l'ange de la mort ». Et dans le Yerouchalmi on apporte le verset « alors chanteront les arbres de la forêt ».
🪔 Ben Yehoyada (2)
ואף מלאך נענה מתוך האש ואמר: ודאי, הן הן מעשה מרכבה. יש להקשות למה מלאך נענה ולא כולם? ועוד מאי קא משמע לן מתוך האש? ודאי דהוא מתוך האש! ונראה לי בס"ד דזה המלאך אינו ממלאכים שירדו מן השמים דאמר עליהם רבן יוחנן בן זכאי ומלאכי השרת מלוין אותנו אלא הוא מלאך נברא עתה מחדש מן התורה שדרש רבי אלעזר בן ערך. ואמר הן הן מעשה מרכבה על דרך מה שהיה המגיד הנברא מן המשנה שהיה לומד מרן ז"ל בעל פה שאומר למרן אני הוא המשנה שלמדתני וכנזכר בספר מגיד מישרים וכן המלאך הזה אמר הן הן מעשה מרכבה שאני נבראתי מהם. ומה שאמר ודאי הן הן מעשה מרכבה רמז בתיבת ודאי על האבות דראשי תיבות שלהם הוא מספר ודאי [21] ואמרו רבותינו ז"ל בתיקונים האבות הן הן המרכבה. גם רמז בתיבת ודאי על שם קדוש הנקרא 'ודאי' והוא ראשי תיבות ו יברך ד ויד א ת י י (דברי הימים א' כט, י) שהוא מספר אהי־ה [21] והוא שם הכתר והוא שם המפורש וכמו שכתב מאורי אור. ועיין בשער הכונות דרוש ראש השנה דף ק' בביאור הפיוט של 'הודאי שמו כן תהלתו' שביאר רבינו האר"י ז"ל יעוין שם וכאן הזכיר השם הזה לרמוז שהאיר השם הזה על ידי גילוי סודות אלו. ומה שאמר הן הן בכפל לרמוז על עולמות היושר ועל עולמות העיגולים. ובני ידידי כבוד הרב יעקב נר"ו פירש הן הן בכללות ובפרטות. אי נמי בחצוניות ובפנימיות עד כאן דבריו נר"ו.
« Et même un ange répondit depuis le feu et dit : assurément (vadai), ce sont bien là les choses du Maassé Merkava. » On peut demander : pourquoi un seul ange répondit-il, et non tous ? Et de plus, que nous apprend « depuis le feu », puisqu'il est évident qu'il venait du feu ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que cet ange ne comptait pas parmi les anges descendus du ciel, dont Rabban Yo'hanan ben Zakkai avait dit « et les anges de service nous accompagnent » ; il s'agissait d'un ange créé à l'instant même, à neuf, à partir de la Torah qu'exposait Rabbi Elazar ben Arakh. Et il dit « ce sont bien là les choses du Maassé Merkava », à la manière du maguid qui fut créé de la Michna que notre maître étudiait par cœur, et qui lui disait : je suis la Michna que tu as étudiée, comme il est rapporté dans le livre Maguid Mecharim ; de même cet ange dit : ce sont bien là les choses du Maassé Merkava dont j'ai été créé. En disant vadai, il fit allusion aux Patriarches, dont les initiales font le nombre de vadai [21] ; et nos maîtres ont dit dans les Tikounim : les Patriarches, ce sont eux la Merkava. Il fit aussi allusion, par le mot vadai, au Nom saint appelé « vadai », qui est l'acronyme de « Vayevarekh David et Hachem » (Divrei haYamim I 29, 10), dont la valeur est celle du Nom Ekye [21], le Nom de la Keter, le Nom explicite, comme l'a écrit l'auteur du Meorei Or. Vois le Chaar haKavanot, drouch de Roch Hachana, page 100, dans l'explication du piyout « haVadai chemo ken tehilato » que notre maître le Ari, sa mémoire est une bénédiction, a expliquée ; il a mentionné ce Nom ici pour indiquer qu'il s'est illuminé par la révélation de ces secrets. Le redoublement « hen hen » fait allusion aux mondes du yocher et aux mondes des igoulim. Et mon fils bien-aimé, l'honorable Rav Yaakov, que le Miséricordieux le garde, a expliqué « hen hen » : dans l'ensemble et dans le détail ; ou encore : dans l'extériorité et dans l'intériorité. Fin de ses paroles.
אֲבָל אַתָּה אֶלְעָזָר בֶּן עֲרָךְ, נָאֶה דּוֹרֵשׁ וְנָאֶה מְקַיֵּם. הִקְשָׁה מָהַרְשָׁ"א זַ"ל מַאי מֵקִים שַׁיָּיךְ בָּזֶה? עַייֵּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל דֶּרֶךְ מַה שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּעִנְיַן הַיִּחוּדִים דְּאִית בְּהוּ תַּרְתֵּי לִמְעַלְיוּתָא שֶׁהוּא יִחוּד הָעוֹלָמוֹת וְגַם עֵסֶק הַתּוֹרָה יְעֻויַּן שָׁם. וּבָזֶה מוּבָן הַכֶּפֶל שֶׁל הֵן הֵן מַעֲשֵׂה הַמֶּרְכָּבָה וְלָזֶה אָמַר נָאֶה דּוֹרֵשׁ כְּנֶגֶד עֵסֶק הַתּוֹרָה וְנָאֶה מֵקִים שֶׁבָּזֶה הַדְּרָשׁ עָשִׂיתָ קִיּוּם לָעוֹלָמוֹת בְּיִחוּד שֶׁלָּהֶם. וּמַה שֶׁאָמַר אַשְׁרֶיךָ אַבְרָהָם אָבִינוּ שֶׁאֶלְעָזָר בֶּן עֲרָךְ יָצָא מֵחֲלָצֶיךָ אֶפְשָׁר דְּרַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲרָךְ הָיָה מִבְּחִינַת הַחֶסֶד שֶׁאָחוּז בּוֹ אַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה.
« Mais toi, Elazar ben Arakh, tu exposes bien et tu accomplis bien. » Le Maharcha a demandé : quel accomplissement y a-t-il ici ? Vois là. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il faut l'entendre selon ce que dit notre maître le Ari, sa mémoire est une bénédiction, à propos des yihoudim, les unifications, qui comportent deux avantages : l'unification des mondes et l'occupation de la Torah ; vois là. Ainsi se comprend le redoublement de « hen hen maasse haMerkava » : il dit « tu exposes bien » pour l'occupation de la Torah, et « tu accomplis bien » parce que, par cet exposé, tu as établi les mondes dans leur unification. Et ce qu'il dit, « heureux es-tu Avraham notre père, de qui Elazar ben Arakh est sorti », se comprend peut-être de ce que Rabbi Elazar ben Arakh relevait de l'aspect du 'Hessed, auquel Avraham notre père, la paix sur lui, était attaché.
💡 Explication

Le chant choisi par les arbres est le psaume 148, où toute la création, depuis les abîmes jusqu'aux cèdres, est appelée à la louange. Les arbres chantent donc le verset qui les nomme. Puis un ange répond depuis le feu et atteste la justesse de l'exposé : hen hen maasse haMerkava, ce sont bien là les choses de la Merkava.

La bénédiction du maître est double. Elle situe d'abord l'élève dans une filiation, celle d'Avraham, et elle distingue ensuite deux qualités que l'on trouve rarement ensemble : naé dorech, exposer avec justesse, et naé mekayem, accomplir avec justesse. Le Maharcha, cité par le Ben Yehoyada, demande en quoi consiste ici l'accomplissement, puisqu'il s'agit d'un exposé ; la réponse proposée est que l'exposé lui-même opère quelque chose dans les mondes d'en haut.

5
וּכְשֶׁנֶּאֶמְרוּ הַדְּבָרִים לִפְנֵי רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ, הָיָה הוּא וְרַבִּי יוֹסֵי הַכֹּהֵן מְהַלְּכִים בַּדֶּרֶךְ. אָמְרוּ: אַף אָנוּ נִדְרֹושׁ בְּמַעֲשֵׂה מֶרְכָּבָה. פָּתַח רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ וְדָרַשׁ. וְאוֹתוֹ הַיּוֹם תְּקוּפַת תַּמּוּז הָיָה. נִתְקַשְּׁרוּ שָׁמַיִם בְּעָבִים וְנִרְאֶה כְּמִין קֶשֶׁת בֶּעָנָן, וְהָיוּ מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת מִתְקַבְּצִין וּבָאִין לִשְׁמוֹעַ, כִּבְנֵי אָדָם שֶׁמִּתְקַבְּצִין וּבָאִין לִרְאוֹת בְּמַזְמוּטֵי חָתָן וְכַלָּה.

Et lorsque ces choses furent rapportées devant Rabbi Yehochoua, il cheminait sur la route avec Rabbi Yossi haKohen. Ils dirent : Nous aussi, exposons le Maassé Merkava.

Rabbi Yehochoua ouvrit et exposa. Or ce jour-là était la tekoufa de Tamouz.

Les cieux se couvrirent de nuées, une sorte d'arc apparut dans la nuée, et les anges de service se rassemblaient et venaient écouter, comme des hommes qui se rassemblent et viennent voir les réjouissances d'un marié et d'une mariée.

📜 Rachi (2)
תְּקוּפַת תַּמּוּז הֲוָה דְּאֵין דֶּרֶךְ לְהִתְקַשֵּׁר שָׁמַיִם בְּעָבִים:
C'était la tekoufa de Tamouz : saison où il n'est pas usuel que les cieux se couvrent de nuées.
בְּמַזְמוּטֵי חָתָן מִינֵי שְׂחוֹק שֶׁמְּשַׂחֲקִין לִפְנֵיהֶן:
Dans les mizmoutim d'un marié : sortes de divertissements que l'on joue devant eux.
🗂️ Tossefot (1)
בְּמַזְמוּטֵי חָתָן וְכַלָּה. וּבַיְּרוּשַׁלְמִי גָּרַס בְּשִׂמְחַת חָתָן וְהִיא הִיא:
« Dans les mizmoutim d'un marié et d'une mariée. » Dans le Yerouchalmi la leçon est « dans la joie d'un marié », et cela revient au même.
🪔 Ben Yehoyada (1)
ונתקשרו שמים בעבים. נראה לי בס"ד הטעם כי ד' חלקי פרד"ס [פשט רמז דרש סוד] הם כנגד אבי"ע [אצילות, בריאה, יצירה, עשיה] וכנגד ד' מלואים דשם הוי־ה וחלק הסוד הוא כנגד אצילות וכנגד שם הוי־ה דיודי"ן שהוא ע"ב שעולה מספר חסד [72] ולכן חלק הסוד נקראת תורת חסד דכתיב (משלי לא, כו) ותורת חסד על לשונה. וידוע כי הענן הוא בסוד החסד לכן ענני כבוד היו בזכות אהרן הכהן ע"ה וכמו שאמר רבינו האר"י ז"ל בשער הפסוקים ולכן אמר השם יתברך למשה רבינו ע"ה הנה אנכי בא אליך בעב הענן (שמות יט, ט) לתת לך חלק הסוד גם כן שהוא בסוד ע"ב. ולכן עתה שהיו דורשים בחלק הסוד נתקשרו שמים בעבים ונראה כמין קשת שיש בו שלשה גוונים כנגד התורה הנקראת תלתאי (שבת פח.) וניתנה מן הבריאה שהיא שלישית מתתא לעילא. והיו מלאכי השרת מתקבצין ובאין כבני אדם שמתקבצין ובאין לראות במזמוטי חתן וכלה עשה הדמיון בזה של חתן וכלה לרמוז שנעשה על ידי סודות התורה ההם באותה שעה זווג עליון במידות העליונות.
« Et les cieux se couvrirent de nuées. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison en est la suivante. Les quatre parties du PaRDeS — pchat, remez, drach, sod — correspondent à ABYA — atsilout, beria, yetsira, assia — et aux quatre remplissages du Nom de quatre lettres. La partie du sod correspond à l'atsilout et au Nom rempli par des youdin, qui vaut 72, le nombre de 'Hessed ; c'est pourquoi la partie du sod est appelée torat 'hessed, comme il est écrit (Michlei 31, 26) « et l'enseignement de bonté est sur sa langue ». Or il est connu que la nuée relève du secret du 'Hessed ; aussi les nuées de gloire furent-elles données au mérite d'Aharon le Cohen, la paix sur lui, comme l'a dit notre maître le Ari, sa mémoire est une bénédiction, dans le Chaar haPessoukim. C'est pourquoi le Saint béni soit-Il dit à Moche notre maître, la paix sur lui : « voici que Je viens à toi dans l'épaisseur de la nuée » (Chemot 19, 9), pour te donner aussi la part du sod, qui est dans le secret de 72. Maintenant donc qu'ils exposaient la part du sod, les cieux se couvrirent de nuées, et une sorte d'arc apparut, qui comporte trois couleurs, correspondant à la Torah appelée « triple » (Chabbat 88a) et donnée depuis la beria, troisième en comptant d'en bas vers le haut. « Et les anges de service se rassemblaient et venaient, comme des hommes qui se rassemblent et viennent voir les réjouissances d'un marié et d'une mariée » : il a pris cette comparaison du marié et de la mariée pour indiquer que, par ces secrets de la Torah, s'opérait à cette heure-là une union d'en haut dans les midot supérieures.
💡 Explication

Le récit se redouble. Une seconde paire de sages, sur une seconde route, décide d'exposer à son tour, et des signes se produisent à nouveau. La précision tekoufat Tamouz, le solstice d'été, sert à établir le caractère extraordinaire du phénomène : Rachi note qu'à cette saison les cieux ne se couvrent pas. La nuée, l'arc et le rassemblement des anges tiennent ici la place qu'occupaient le feu et le chant des arbres dans le premier récit.

La comparaison finale, les mizmoutei hatan vekala, désigne selon Rachi les divertissements que l'on joue devant les mariés. Les anges viennent en spectateurs d'une joie, non en ministres d'un jugement.

🖼️ Schéma
Deux expositions sur la route, deux séries de signes Rabbi Elazar ben Arakh devant Rabban Yo'hanan ben Zakkai Rabbi Yehochoua avec Rabbi Yossi haKohen un feu descend du ciel les cieux se couvrent de nuées le feu entoure les arbres du champ une sorte d'arc paraît dans la nuée les arbres disent un chant, Tehilim 148 les anges se rassemblent pour écouter un ange atteste depuis le feu comme aux réjouissances d'un marié Rachi : c'était la tekoufa de Tamouz, saison où il n'est pas usuel que les cieux se couvrent de nuées
Les deux scènes se répondent terme à terme : au feu et au chant des arbres correspondent la nuée, l'arc et le rassemblement des anges.
6
הָלָךְ רַבִּי יוֹסֵי הַכֹּהֵן וְסִיפֵּר דְּבָרִים לִפְנֵי רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי, וְאָמַר: אַשְׁרֵיכֶם וְאַשְׁרֵי יוֹלַדְתְּכֶם, אַשְׁרֵי עֵינַי שֶׁכָּךְ רָאוּ. וְאַף אֲנִי וְאַתֶּם, בַּחֲלוֹמִי מְסֻובִּין הַייְנוּ עַל הַר סִינַי, וְנִתְּנָה עָלֵינוּ בַּת קוֹל מִן הַשָּׁמַיִם: עֲלוּ לְכָאן, עָלוּ לְכָאן! טְרַקְלִין גְּדוֹלִים וּמַצָּעוֹת נָאוֹת מֻוצָּעוֹת לָכֶם, אַתֶּם, וְתַלְמִידֵיכֶם, וְתַלְמִידֵי תַּלְמִידֵיכֶם מְזֻומָּנִין לְכַת שְׁלִישִׁית.

Rabbi Yossi haKohen alla rapporter ces choses devant Rabban Yo'hanan ben Zakkai, qui dit : Heureux êtes-vous et heureuse celle qui vous a enfantés ; heureux mes yeux qui ont vu cela. Et moi aussi avec vous, nous étions attablés en rêve sur le mont Sinaï, et une voix nous fut donnée depuis le ciel : Montez ici, montez ici !

De grands traklin, de belles couches sont préparées pour vous ; vous, vos disciples et les disciples de vos disciples êtes conviés au troisième groupe.

📜 Rachi (2)
סִיפֵּר דְּבָרִים הַלָּלוּ:
Rapporta : ces choses-là.
לְכַת שְׁלִישִׁית שֶׁל כִּיתּוֹת הַיּוֹשְׁבוֹת לִפְנֵי הַשְּׁכִינָה:
Au troisième groupe : des groupes qui siègent devant la Chekhina.
🪔 Ben Yehoyada (1)
טְרַקְלִין גְּדוֹלִים מוּכָנִים לָכֶם. נִרְאֶה לִי בס"ד טְרַקְלִין רֶמֶז לְשָׂכָר שֶׁל בֵּירוּר נִיצוֹצֵי קְדֻושָּׁה שֶׁהוּא שְׁתֵּי פְּעֻולּוֹת בַּתְּחִילָּה נִיר רוֹצֶה לוֹמַר חוֹרֵשׁ בַּשָּׂדֶה לְמַעְלָה וְאַחַר כָּךְ לֶקֶט מְלַקֵּט נִיצוֹצֵי קְדֻושָּׁה וְזֶהוּ אוֹתִיּוֹת טְרַקְלִין הֵם אוֹתִיּוֹת 'נִיר לֶקֶט'. וּמַצָּעוֹת גְּדוֹלוֹת רֶמֶז לְמִצְוַת עֵסֶק הַתּוֹרָה שֶׁהִיא נִדְרֶשֶׁת בְּשִׁבְעִים פָּנִים וְזֶהוּ מַצָּעוֹת אוֹתִיּוֹת מִצְוֹת ע'. וּמַה שֶׁאָמְרוּ מְזַמְּנִים לֶכֶת שְׁלִישִׁית נִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ מַה שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל יֵשׁ לָהֶם חֵלֶק לָעוֹלָם הַבָּא וְעוֹד אָמְרוּ בֶּן עוֹלָם הַבָּא וְעוֹד אָמְרוּ מְזֻומָּן לְחַיֵּי עוֹלָם הַבָּא, פֵּירֵשׁ רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל דְּיֵשׁ לוֹ חֵלֶק לָעוֹלָם הַבָּא הוּא מַדְרֵיגָה קְטַנָּה וּלְמַעְלָה מִזֶּה בֶּן עוֹלָם הַבָּא וּלְמַעְלָה מִזֶּה מְזֻומָּן לְחַיֵּי עוֹלָם הַבָּא. וְזֶהוּ שֶׁאָמְרוּ מְזַמְּנִים לֶכֶת שְׁלִישִׁית שֶׁהוּא מַדְרֵגַת מְזֻומָּנִים לְחַיֵּי עוֹלָם הַבָּא.
« De grands traklin sont préparés pour vous. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que traklin fait allusion à la récompense du triage des étincelles de sainteté, lequel comporte deux opérations : d'abord nir, c'est-à-dire labourer dans le champ d'en haut, puis leket, glaner les étincelles de sainteté ; et ce sont précisément les lettres de traklin, qui forment nir leket. « Et de grandes couches » fait allusion au commandement de l'occupation de la Torah, qui est expliquée de soixante-dix manières : matsaot, ce sont les lettres de mitsvot avec un ayin, soixante-dix. Quant à ce qu'ils disent, « ils sont conviés au troisième groupe », il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il faut le rapprocher de ce que nos maîtres ont dit ici « ils ont une part au monde à venir », ailleurs « fils du monde à venir », et ailleurs encore « convié à la vie du monde à venir ». Notre maître le Ari, sa mémoire est une bénédiction, a expliqué que celui qui a une part au monde à venir se tient au degré le plus bas, au-dessus de lui celui qui est fils du monde à venir, et plus haut encore celui qui est convié à la vie du monde à venir. Et c'est ce qu'ils disent, « ils sont conviés au troisième groupe », qui est le degré de ceux qui sont conviés à la vie du monde à venir.
💡 Explication

Le maître reste le point vers lequel tout revient : Rabbi Yossi haKohen va lui rapporter la scène, comme Rabbi Elazar ben Arakh avait exposé devant lui. Sa réaction associe deux témoignages, celui de ses yeux et celui d'un rêve.

Le rêve place les sages attablés au mont Sinaï, lieu du don de la Torah, et la voix les appelle plus haut. Le mot traklin, du grec, désigne une grande salle de réception. La troisième kat, le troisième groupe, désigne selon Rachi l'un des groupes qui siègent devant la Chekhina ; le Ben Yehoyada y voit le degré le plus élevé, celui de ceux qui sont conviés, au-dessus de ceux qui ont une part et de ceux qui sont fils du monde à venir.

7
אֵינִי?! וְהָתַנְיָא, רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: שְׁלֹשָׁה הַרְצָאוֹת הֵן, רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ הִרְצָה דְּבָרִים לִפְנֵי רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי, רַבִּי עֲקִיבָא הִרְצָה לִפְנֵי רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ, חֲנַנְיָא בֶּן חֲכִינַאי הִרְצָה לִפְנֵי רַבִּי עֲקִיבָא. וְאִילּוּ רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲרָךְ לָא קָא חָשֵׁיב! דְּאַרְצֵי וְאַרְצוֹ קַמֵּיהּ — קָחֲשִׁיב, דְּאַרְצִי וְלָא אַרְצוֹ קַמֵּיהּ — לָא קָא חֲשִׁיב. וְהָא חֲנַנְיָא בֶּן חֲכִינַאי דְּלָא אַרְצוֹ קַמֵּיהּ, וְקָא חֲשִׁיב! דְּאַרְצִי מִיהָא קַמֵּיהּ מַאן דְּאַרְצִי.

Est-ce ainsi ? Mais on a enseigné : Rabbi Yossi be-Rabbi Yehouda dit : il y a trois hartsaot, expositions.

Rabbi Yehochoua exposa des choses devant Rabban Yo'hanan ben Zakkai, Rabbi Akiva exposa devant Rabbi Yehochoua, Hanania ben Hakhinai exposa devant Rabbi Akiva. Or Rabbi Elazar ben Arakh n'y est pas compté !

Celui qui exposa et devant qui l'on exposa est compté ; celui qui exposa sans que l'on expose devant lui n'est pas compté. Mais voici Hanania ben Hakhinai, devant qui l'on n'a pas exposé, et il est pourtant compté !

Il a du moins exposé devant celui qui avait exposé.

📜 Rachi (3)
הִרְצָה דְּבָרִים דָּרַשׁ בְּמַעֲשֵׂה הַמֶּרְכָּבָה:
Il exposa des choses : il exposa le Maassé haMerkava.
דְּאַרְצֵי וְאַרְצוֹ קַמֵּיהּ שֶׁהִרְצָה לִפְנֵי אֲחֵרִים וַאֲחֵרִים . הִרְצוּ לְפָנָיו:
Celui qui exposa et devant qui l'on exposa : qui exposa devant d'autres, et devant qui d'autres exposèrent.
דְּאַרְצִי מִיהָא קַמֵּיהּ מַאן דְּאַרְצִי אִם לֹא הִרְצוּ אֲחֵרִים לְפָנָיו הוּא הִרְצָה לִפְנֵי מִי שֶׁחָזַר וְהִרְצָה לִפְנֵי אֲחֵרִים לְכָךְ הֻוזְקַק לְהִימָּנוֹת כָּאן מִשּׁוּם דְּרַבִּי עֲקִיבָא לְהוֹדִיעַ שֶׁהוּא הִרְצָה וַאֲחֵרִים הִרְצוּ לְפָנָיו אֲבָל ר"א לֹא אֲחֵרִים הִרְצוּ לְפָנָיו וְלֹא הוּא הִרְצָה לִפְנֵי מִי שֶׁהִרְצָה לִפְנֵי אֲחֵרִים:
Il a du moins exposé devant celui qui avait exposé : si d'autres n'ont pas exposé devant lui, lui du moins a exposé devant celui qui, a son tour, exposa devant d'autres ; c'est pourquoi il a fallu le compter ici, à cause de Rabbi Akiva, pour faire savoir que lui exposa et que d'autres exposèrent devant lui. Mais Rabbi Elazar : ni d'autres n'ont exposé devant lui, ni lui n'a exposé devant celui qui exposa devant d'autres.
🗂️ Tossefot (1)
וְהָתַנְיָא שְׁלֹשָׁה הַרְצָאוֹת יֵשׁ. פרש"י דְּאַרְצֵי מִיהַת קַמֵּיהּ מַאן דְּאַרְצֵי כְּלוֹמַר כֵּיוָן שֶׁחֲנַנְיָא בֶּן חֲכִינַאי הִרְצָה לִפְנֵי רַבִּי עֲקִיבָא דְּאַרְצֵי לִפְנֵי ר' יְהוֹשֻׁעַ מֶיחֱשָׁב כְּמוֹ דְּאַרְצֵי קַמֵּיהּ לְאַפּוֹקֵי דְּר"א בֶּן עֵרֶךְ שֶׁהִרְצָה לִפְנֵי רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי שֶׁלֹּא הִרְצָה בִּפְנֵי שׁוּם אָדָם וְלֹא מַשְׁמַע לִי כְּלָל דִּמְנָא לֵיהּ דַּחֲשִׁיב כֵּיוָן דְּאַרְצֵי קַמֵּיהּ מַאן דְּאַרְצֵי כְּמַאן דְּאַרְצֵי קַמֵּיהּ דָּמֵי וְעוֹד דְּלָא הָוֵי שִׁיטָתוֹ לְפִי תֵּירוּצוֹ דִּלְעֵיל דְּאַרְצֵי וְאַרְצוֹ קַמֵּיהּ דַּחֲשִׁיב וְהַשְׁתָּא אִי הָדַר בֵּיהּ הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר אֶלָּא כֵּיוָן דְּאַרְצֵי כו' וְגַם מַה שֶּׁפֵּי' רַשִׁ"י בְּשֵׁם רַבֵּינוּ הַלֵּוִי דְּמַשְׁמַע לֵיהּ לִישָּׁנָא שֶׁאָדָם אַחֵר הִרְצָה לִפְנֵי חֲנַנְיָא לֹא יִתָּכֵן דְּאִם כֵּן ד' הַרְצָאוֹת בְּהוֹן וְעוֹד מְנָא לֵיהּ הָא דְּהִרְצָה אַחֵר בִּפְנֵי חֲנַנְיָא וְאֵינוֹ מְפֹורָשׁ בְּשׁוּם בָּרַייְתָא עַל כֵּן נִרְאֶה להר"י כְּמוֹ שֶׁפֵּירֵשׁ בְּסֵפֶר הַיָּשָׁר דְּאַרְצִי וְאַרְצוֹ קַמֵּיהּ קָחָשֵׁיב אוֹתָן שֶׁהִצְלִיחוּ כָּל כָּךְ לְהַרְצוֹת בִּפְנֵי רַבָּם הָכִי ר' יְהוֹשֻׁעַ בִּפְנֵי רַבּוֹ רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי ור"ע בְּפָנָיו שֶׁהָיָה רַבּוֹ וְרַבִּי חֲנַנְיָא בִּפְנֵי רַבִּי עֲקִיבָא רַבּוֹ וַחֲשִׁיב שְׁלֹשָׁה הַרְצָאוֹת שֶׁהָלְכוּ בְּעִנְיָן זֶה לְאַפּוֹקֵי ר"א בֶּן עֵרֶךְ שֶׁלֹּא הִרְצוּ בְּפָנָיו וְאַפֵּי' הִרְצָה לֹא הִרְצָה מִקַּמֵּי מַאן דְּאַרְצֵי וּמֵעִיקָּרָא שְׁנֵי לֵיהּ כֻּולּוֹ אֶלָּא שֶׁלֹּא הֵבִין הַמַּקְשֶׁה כָּל דְּבָרָיו דְּפָרִיךְ לֵיהּ כֵּיוָן שֶׁלֹּא הִרְצוּ מִקַּמֵּי חֲנַנְיָא הָיָה לוֹ לִמְנוֹת ר"א בֶּן עֵרֶךְ כְּמוֹ חֲנַנְיָא וּמְשַׁנֵּי לֵיהּ דְּאַרְצֵי מִקַּמֵּיהּ מַאן דְּאַרְצוֹ שֶׁהוּא הִרְצָה בִּפְנֵי ר"ע רַבּוֹ שֶׁהִצְלִיחַ בִּפְנֵי ר' יְהוֹשֻׁעַ וְאַרְצֵי וְאַרְצוֹ קַמֵּיהּ קָרֵינָא לֵיהּ בַּר' עֲקִיבָא לְאַפּוֹקֵי ר"א בֶּן עֵרֶךְ שֶׁלֹּא הִרְצוּ לְפָנָיו וְאַפֵּי' הִרְצוּ לְפָנָיו רַבָּן יוֹחָנָן רַבּוֹ לֹא מָצִינוּ שֶׁהִרְצָה הִלְכָּךְ לָא דָּמֵי לְהַאי סִידְרָא וּמִיהוּ כְּשֶׁנְּדַקְדֵּק פרש"י יֵשׁ לְיַשְּׁבוֹ דה"נ קָאָמַר דְּאַרְצִי מִיהָא קַמֵּיהּ מַאן דְּאַרְצִי אִם לֹא הִרְצוּ אֲחֵרִים לְפָנָיו הוּא הִרְצָה מִיהָא מִקַּמֵּי מַאן דְּאַרְצֵי וּמִשּׁוּם ר"ע הֻוזְקַק לִמְנוֹתוֹ דְּאַרְצֵי וְאַרְצוֹ קַמֵּיהּ אֲבָל ר"א לָמָּה נִחְשְׁבֵיהּ לֹא הוּרְצוּ לְפָנָיו וְלֹא הוּרְצוּ מִקַּמֵּיהּ מַאן דְּאַרְצֵי:
« Mais on a enseigné : il y a trois hartsaot. » Rachi explique « il a du moins exposé devant celui qui avait exposé », c'est-à-dire que, puisque Hanania ben Hakhinai exposa devant Rabbi Akiva, lequel avait exposé devant Rabbi Yehochoua, cela compte comme si l'on avait exposé devant lui ; à l'exclusion de Rabbi Elazar ben Arakh, qui exposa devant Rabban Yo'hanan ben Zakkai, lequel n'exposa devant personne. Cela ne me paraît nullement clair : d'où tient-il qu'on le compte, du fait qu'avoir exposé devant celui qui avait exposé vaudrait comme si l'on avait exposé devant lui ? De plus, cela ne suit pas la ligne de sa réponse précédente, selon laquelle on compte celui qui exposa et devant qui l'on exposa ; et s'il se rétracte à présent, il aurait fallu dire « mais plutôt, puisqu'il a exposé, etc. ». De même, ce que Rachi explique au nom de Rabbenou haLevi, à qui la formule suggérait qu'un autre homme avait exposé devant Hanania, ne tient pas, car il y aurait alors quatre hartsaot ; et d'où tiendrait-il qu'un autre exposa devant Hanania, ce qui n'est explicite dans aucune baraita ? C'est pourquoi il paraît au Ri, comme l'explique le Sefer haYachar, que « celui qui exposa et devant qui l'on exposa est compté » vise ceux qui réussirent au point d'exposer devant leur maître : ainsi Rabbi Yehochoua devant son maître Rabban Yo'hanan ben Zakkai, Rabbi Akiva devant Rabbi Yehochoua qui était son maître, et Rabbi Hanania devant Rabbi Akiva son maître ; on compte trois hartsaot qui se firent de cette manière, à l'exclusion de Rabbi Elazar ben Arakh, devant qui l'on n'exposa pas et qui, même lorsqu'il exposa, n'exposa pas devant quelqu'un qui eût exposé. Dès le début la réponse était complète ; seulement celui qui posait la question n'avait pas saisi tout son propos, et il objecte : puisque l'on n'a pas exposé devant Hanania, il aurait fallu compter Rabbi Elazar ben Arakh comme Hanania. On lui répond : il a exposé devant celui qui avait exposé, car il exposa devant Rabbi Akiva son maître, lequel avait réussi devant Rabbi Yehochoua ; nous appelons donc, à propos de Rabbi Akiva, « il exposa et l'on exposa devant lui », à l'exclusion de Rabbi Elazar ben Arakh, devant qui l'on n'exposa pas ; et même si Rabban Yo'hanan son maître avait exposé devant lui, nous ne trouvons pas que lui-même ait exposé, de sorte qu'il ne ressemble pas à cette série. Toutefois, en y regardant de près, on peut maintenir l'explication de Rachi : lui aussi dit « il a du moins exposé devant celui qui avait exposé » — si d'autres n'exposèrent pas devant lui, lui du moins exposa devant celui qui avait exposé ; et c'est à cause de Rabbi Akiva qu'il a fallu le compter, celui-là ayant exposé et d'autres ayant exposé devant lui. Mais Rabbi Elazar, pourquoi le compterions-nous ? On n'exposa pas devant lui, et il n'exposa pas devant celui qui avait exposé.
💡 Explication

L'objection porte sur un décompte. La baraita de Rabbi Yossi be-Rabbi Yehouda énumère trois hartsaot, trois expositions du Maassé Merkava d'un élève devant son maître, et Rabbi Elazar ben Arakh, dont le folio vient de raconter l'exposé, n'y figure pas.

La réponse pose un critère de réciprocité : on ne compte que celui qui a exposé devant quelqu'un et devant qui quelqu'un a exposé. Rabban Yo'hanan ben Zakkai n'ayant jamais exposé devant personne, son élève tombe hors de la liste. La contre-objection sur Hanania ben Hakhinai, devant qui personne n'exposa, est réglée par un élargissement : il a exposé devant Rabbi Akiva, qui lui-même avait exposé. Tossefot conteste cette lecture et propose, au nom du Ri et du Sefer haYachar, un critère différent : la baraita compte les élèves qui réussirent au point d'exposer devant leur propre maître.

8
תָּנוּ רַבָּנַן: אַרְבָּעָה נִכְנְסוּ בַּפַּרְדֵּס, וְאֵלּוּ הֵן: בֶּן עַזַּאי, וּבֶן זוֹמָא, אַחַר, וְרַבִּי עֲקִיבָא. אָמַר לָהֶם רַבִּי עֲקִיבָא: כְּשֶׁאַתֶּם מַגִּיעִין אֵצֶל אַבְנֵי שַׁיִשׁ טָהוֹר, אַל תֹּאמְרוּ ״מַיִם מַיִם״, מִשּׁוּם שֶׁנֶּאֱמַר: ״דֹּובֵר שְׁקָרִים לֹא יִכּוֹן לְנֶגֶד עֵינָי״.

Nos maîtres ont enseigné : quatre entrèrent dans le Pardes, et les voici : ben Azzai, ben Zoma, Aher, et Rabbi Akiva. Rabbi Akiva leur dit : Quand vous parviendrez auprès des pierres de marbre pur, ne dites pas « de l'eau, de l'eau », car il est dit : « celui qui profère des mensonges ne tiendra pas devant Mes yeux » (Tehilim 101, 7).

📜 Rachi (3)
נִכְנְסוּ לַפַּרְדֵּס עָלוּ לָרָקִיעַ עַל יְדֵי שֵׁם:
Ils entrèrent dans le Pardes : ils montèrent au firmament au moyen d'un Nom.
שֶׁיֵּשׁ טָהוֹר מַבְהִיק כְּמַיִם צִלּוּלִין:
Marbre pur : il brille comme une eau limpide.
אַל תֹּאמְרוּ מַיִם מַיִם יֵשׁ כָּאן אֵיךְ נֵלֵךְ:
Ne dites pas « de l'eau, de l'eau » : il y a ici de l'eau, comment passerons-nous ?
🗂️ Tossefot (1)
נִכְנְסוּ לַפַּרְדֵּס. כְּגוֹן עַל יְדֵי שֵׁם וְלֹא עָלוּ לְמַעְלָה מַמָּשׁ אֶלָּא הָיָה נִרְאֶה לָהֶם כְּמוֹ שֶׁעָלוּ וְכֵן פִּי' בֶּעָרוּךְ:
« Ils entrèrent dans le Pardes. » Par exemple au moyen d'un Nom ; et ils ne montèrent pas réellement en haut, mais il leur apparaissait qu'ils montaient. Ainsi l'explique le Aroukh.
🪔 Ben Yehoyada (1)
תנו רבנן: ארבעה נכנסו לפרדס. הנה בשערי קדושה (חלק ג שער ו) כתב רבינו מורנו הרב רבי חיים ויטאל ז"ל מה שנקרא בתלמוד עליית הפרדס הוא היצירה הנקרא עולם מטטרו־ן ולזה היו שמשים ידועים לפתוח השערים שיש מן עולם השפל והעשיה והיצירה וליחד היחודים והתפילות הנאותים כפי עולם היצירה בעשר ספירות שבה. זהו סוד שמוש פרקי היכלות שנשתמשו בו רבי נחוניא ורבי עקיבא ורבי ישמעאל ואנשי כנסת הגדולה, ואחר כך נשתכחו גם דרכי השמושים ההם. ועוד אחרת כי נאבד טהרת אפר פרה בזמן האמוראים עד זמן אביי ורבא כנזכר בתלמוד (חגיגה דף כה) ולכן לא נשתמשו מאז ואילך בעלית הפרד"ס. ומאז ואילך נשתמשו בשמושי עולם העשיה לבדה, ולהיותו עולם השפל מכולם וגם כי המלאכים שבה מעוטן טוב ורובן רע, ולא עוד אלא שהטוב והרע מתדבקים יחד מאד, לכן אין בו השגה כלל, כי אי אפשר להשיג טוב לבדו ולכן מעורבת ההשגה בטוב ורע, אמת ושקר, עד כאן לישונו עיין שם. ובפירוש פרקי אבות לרבינו מורנו הרב רבי חיים ויטאל ז"ל הנדפס בסוף שער מאמרי רבותינו ז"ל (פרק ו) בביאור ברייתא דרבי מאיר אומר כל העוסק בתורה לשמה זוכה לדברים הרבה (משנה אבות ו, א) , כתב מה שאמר נכנסו לפרדס שהוא פשט רמז דרש סוד ונכנסו להבין פנימיות הסוד שהוא יותר רוחני וכו' עיין שם. ובשער מאמרי רבותינו ז"ל (שם) כתב רבינו ז"ל ביאור מאמר זה דגמרא דידן שארבעה חכמים אלו שהיו מופלגים בחכמה והיו צופים ברוח הקודש ובמעשה מרכבה עלה בדעתם לתקן חטא פגם העצום של אדם הראשון ושלשה מהם טעו בסדר התיקון אך טעות אלישע היתה גדולה מכולם ולכך נאחזו בו הקליפות ונטרד שם בר מינן ורק רבי עקיבא תיקן יותר טוב מכולם עיין שם. ולפי זה מה שאמר בביאור פרקי אבות 'שנכנסו להבין ולידע פנימיות הסוד' זו היתה תכלית כונתם אך באו לתקן תחלה חטא אדם הראשון כדי שאחר כך יהיו יכולים להשיג פנימיות הסוד דהא בהא תליא וכיון דלא עלתה בידם תיקון חטא אדם הראשון אז לא השיגו פנימיות הסוד והבן היטב.
« Nos maîtres ont enseigné : quatre entrèrent dans le Pardès. » Dans le Chaaréi Kedoucha (3e partie, portique 6), notre maître Rabbi Haim Vital, sa mémoire est une bénédiction, a écrit que ce que le Talmud appelle la montée du Pardès est la yetsira, appelée le monde de Métatron ; il y avait pour cela des usages connus de Noms, permettant d'ouvrir les portes qui séparent le monde d'ici-bas, l'assia et la yetsira, et d'accomplir les unifications et les prières convenant au monde de la yetsira dans les dix séfirot qui s'y trouvent. Tel est le secret de l'usage des Pirkei Héikhalot dont se servirent Rabbi Néhounia, Rabbi Akiva, Rabbi Yichmael et les hommes de la Grande Assemblée ; par la suite, les voies mêmes de ces usages furent oubliées. Une autre raison encore : la pureté des cendres de la vache rousse s'est perdue au temps des Amoraim, jusqu'à l'époque d'Abaye et de Rava, comme il est rapporté dans le Talmud (Haguiga 25) ; c'est pourquoi, à partir de ce moment, on ne s'est plus servi de la montée du Pardès. Depuis lors on ne s'est plus servi que des usages du monde de l'assia ; et comme il est le plus bas de tous, que les anges qui s'y trouvent sont en petite part bons et en grande part mauvais, et que de surcroît le bien et le mal y sont fortement mêlés l'un à l'autre, il n'y a là aucune saisie véritable, car il est impossible de saisir le bien seul : la saisie y est mêlée de bien et de mal, de vérité et de mensonge. Fin de ses paroles ; vois-y. Et dans le commentaire des Pirkei Avot de notre maître Rabbi Haim Vital, sa mémoire est une bénédiction, imprimé à la fin du Chaar Maamréi Razal (chapitre 6), dans l'explication de la baraita « Rabbi Meir dit : quiconque s'occupe de Torah pour elle-même mérite bien des choses » (Avot 6, 1), il a écrit que « ils entrèrent dans le Pardès » désigne le pchat, le remez, le drach et le sod, et qu'ils entrèrent pour comprendre l'intériorité du sod, qui est plus spirituelle, etc. ; vois-y. Et dans le Chaar Maamréi Razal, notre maître, sa mémoire est une bénédiction, a écrit l'explication de ce passage de notre guemara : ces quatre sages, qui étaient éminents en sagesse et voyaient par l'esprit de sainteté et par le Maassé Merkava, résolurent de réparer la faute et l'atteinte immense du premier homme ; trois d'entre eux se trompèrent dans l'ordre de la réparation, et l'erreur d'Élicha fut la plus grande de toutes, si bien que les kelipot s'attachèrent à lui et qu'il fut rejeté là-bas, que le Miséricordieux nous en préserve ; seul Rabbi Akiva répara mieux que tous. Vois-y. D'après cela, ce qu'il dit dans le commentaire des Pirkei Avot, « qu'ils entrèrent pour comprendre et connaître l'intériorité du sod », était le but de leur intention ; mais ils vinrent d'abord réparer la faute du premier homme, afin de pouvoir ensuite saisir l'intériorité du sod, car l'une dépend de l'autre. Et puisque la réparation de la faute du premier homme ne leur réussit pas, ils ne saisirent pas l'intériorité du sod. Comprends-le bien.
💡 Explication

Cette baraita est le passage le plus cité de la massekhet. Le mot pardes, verger, désigne ici un domaine d'accès réservé. Rachi comprend une montée effective au firmament au moyen d'un Nom ; Tossefot, suivant le Aroukh, restreint la portée de l'image : ils ne montèrent pas réellement, il leur apparaissait qu'ils montaient.

L'avertissement de Rabbi Akiva porte sur une erreur de perception. Les avnei chayich tahor, les pierres de marbre pur, brillent comme une eau limpide, dit Rachi, et celui qui les prend pour de l'eau s'arrête et demande comment passer. Dire « de l'eau » là où il n'y a pas d'eau relève du verset sur celui qui profère des mensonges : dans ce domaine, une parole inexacte disqualifie celui qui la dit.

9
בֶּן עַזַּאי הֵצִיץ וָמֵת, עָלָיו הַכָּתוּב אוֹמֵר: ״יָקָר בְּעֵינֵי ה׳ הַמָּוְתָה לַחֲסִידָיו״. בֶּן זוֹמָא הֵצִיץ וְנִפְגַּע, וְעָלָיו הַכָּתוּב אוֹמֵר: ״דְּבַשׁ מָצָאתָ אֱכֹול דַּייֶּךָּ פֶּן תִּשְׂבָּעֶנּוּ וַהֲקֵאתוֹ״. אַחַר קִיצֵּץ בִּנְטִיעוֹת. רַבִּי עֲקִיבָא יָצָא בְּשָׁלוֹם.

Ben Azzaï jeta un regard et mourut ; sur lui l'Écriture dit : « précieuse aux yeux de Hachem est la mort de Ses fidèles » (Tehilim 116, 15). Ben Zoma jeta un regard et fut atteint ; sur lui l'Écriture dit : « as-tu trouvé du miel ? manges-en ce qui te suffit, de peur d'en être rassasié et de le vomir » (Michlei 25, 16).

Aher trancha les plantations. Rabbi Akiva sortit en paix.

📜 Rachi (3)
הַצִּיץ לְצַד הַשְּׁכִינָה:
Jeta un regard : du côté de la Chekhina.
יָקָר בְּעֵינֵי ה הַמּוֹתָהּ לַחֲסִידָיו הֻוקְשָׁה מִיתָתוֹ לְפָנָיו לְפִי שֶׁמֵּת בָּחוּר ואעפ"כ אִי אֶפְשָׁר שֶׁלֹּא יָמוּת מִשּׁוּם שֶׁנֶּאֱמַר כִּי לֹא יִרְאַנִי הָאָדָם וָחָי (שְׁמוֹת לג):
« Précieuse aux yeux de Hachem est la mort de Ses fidèles » : sa mort fut pénible devant Lui, parce qu'il mourut jeune ; et malgré cela il était impossible qu'il ne mourût pas, puisqu'il est dit « car l'homme ne peut Me voir et vivre » (Chemot 33).
וְנִפְגַּע נִטְרְפָה דַּעְתּוֹ:
Et fut atteint : sa raison fut troublée.
💡 Explication

Quatre entrées, quatre issues. Le verbe hétsits, jeter un regard, est le même pour les deux premiers, et Rachi précise qu'il s'agit d'un regard porte du côté de la Chekhina. Ben Azzaï en meurt, et le verset de Tehilim 116 vaut ici comme consolation : sa mort fut pénible devant Hachem parce qu'il mourut jeune, et pourtant elle était inévitable, puisque l'homme ne peut voir et vivre.

Ben Zoma nifga, fut atteint : Rachi glose que sa raison fut troublée. Le verset du miel donne la règle correspondante, celle de la mesure : la chose est bonne, et l'excès de ce qui est bon rend malade. Aher, l'autre, nom donné à Élicha ben Avouya, trancha les plantations, expression que la guemara développera plus loin. Rabbi Akiva, qui avait donné l'avertissement, est le seul à sortir béchalom.

10
שָׁאֲלוּ אֶת בֶּן זוֹמָא: מַהוּ לְסֵרוּסֵי כַּלְבָּא? אָמַר לָהֶם: ״וּבְאַרְצְכֶם לֹא תַּעֲשׂוּ״, כֹּל שֶׁבְּאַרְצְכֶם לֹא תַעֲשׂוּ. שָׁאֲלוּ אֶת בֶּן זוֹמָא: בְּתוּלָה שֶׁעִיבְּרָה, מַהוּ לְכֹהֵן גָּדוֹל? מִי חָייְשִׁינַן לְדִשְׁמוּאֵל, דְּאָמַר שְׁמוּאֵל:

On demanda à ben Zoma : qu'en est-il de castrer un chien ? Il leur dit : « et dans votre pays vous ne le ferez pas » (Vayikra 22, 24) — tout ce qui est dans votre pays, vous ne le ferez pas.

On demanda à ben Zoma : une vierge qui est devenue enceinte, qu'en est-il pour le Cohen Gadol ? Craignons-nous l'enseignement de Chmouel, car Chmouel a dit :

📜 Rachi (2)
שָׁאֲלוּ אֶת בֶּן זוֹמָא מַהוּ לְסָרוֹסֵי כַּלְבָּא הוֹאִיל וְסֵירוּס כְּתִיב אֵצֶל מוּמֵי קָרְבָּן וְכֶלֶב אֲפִילּוּ חֲלִיפָיו אָסוּר לַמִּזְבֵּחַ מִשּׁוּם מְחִיר כֶּלֶב אָסוּר לְסָרְסוֹ אוֹ לֹא:
« On demanda à ben Zoma : qu'en est-il de castrer un chien ? » Puisque la castration est écrite à propos des défauts du korban, et que le chien, même ce qui est échangé contre lui, est interdit à l'autel à cause du « prix d'un chien » — est-il interdit de le castrer, ou non ?
בְּתוּלָה שֶׁעִיבְּרָה מַהוּ לְכֹהֵן גָּדוֹל וְהִיא אוֹמֶרֶת שֶׁיִּמְצְאוּ לָהּ בְּתוּלִים אִי נָמֵי כֹּהֵן גָּדוֹל נְשָׂאָהּ וְלֹא יָדַע שֶׁהִיא מְעֻובֶּרֶת וּמָצָא לָהּ בְּתוּלִים וְאַחַר כָּךְ. נִמְצֵאת מְעֻובֶּרֶת מַהוּ לְקַייְּמָהּ מִשּׁוּם בְּתוּלָה מֵעַמָּיו יִקַּח (וַיִּקְרָא כ״א:י״ד):
« Une vierge devenue enceinte, qu'en est-il pour le Cohen Gadol ? » Et elle dit qu'on lui trouvera les signes de virginité ; ou bien un Cohen Gadol l'a épousée sans savoir qu'elle était enceinte, lui a trouvé les signes de virginité, et ensuite elle s'est trouvée enceinte : peut-il la garder, au regard de « il prendra une vierge d'entre son peuple » (Vayikra 21, 14) ?
🗂️ Tossefot (2)
לְסֵרוּסֵי כַּלְבָּא. מִשּׁוּם שֶׁאַף מְחִירוֹ אָסוּר לְקָרְבָּן שֶׁאֵלּוּ לוֹ טְפֵי מְאַחֲרֵינִי וְכֵן פרש"י:
« Castrer un chien. » Parce que même son prix d'échange est interdit au korban, ils l'ont interrogé sur lui plutôt que sur d'autres. Ainsi expliqué Rachi.
בְּתוּלָה שֶׁעִיבְּרָה מַהוּ לְכֹהֵן גָּדוֹל. ופרש"י שֶׁהִיא אוֹמֶרֶת בְּתוּלָה אֲנִי וְאִי שְׁכִיחָא דִּשְׁמוּאֵל מְהֵימְנָא וְקָשֶׁה להר"י דְּהָא פֶּרֶק קַמָּא דִּכְתֻובּוֹת (דַּף יג.) תְּנַן הָיְתָה מְעֻובֶּרֶת מַה טִיבוֹ שֶׁל עֻובָּר זֶה מֵאִישׁ פְּלוֹנִי וְכֹהֵן הוּא וְכוּ' רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אָמַר לֹא מִפִּיהָ אָנוּ חַיִּין כּוּ' וְהָכָא מַשְׁמַע דְּקָבָעֲיָא אַלִּיבָּא דכ"ע וְשֶׁמָּא כָּאן שֶׁאַף הִיא בִּכְלַל הָאִיסּוּר כְּדִכְתִיב [וְהוּא אִשָּׁה בִבְתוּלֶיהָ יִקָּח] קְרִי בֵיהּ יִקִּיחַ נֶאֱמֶנֶת ולהר"י נִרְאֶה דְּטָרְחִינַן לְבָודְקָהּ ע"פ חָבִית כִּדְאִיתָא בְּרֵישׁ כְּתֻובּוֹת (דַּף י: וְשָׁם) וְאִי דִּשְׁמוּאֵל לָא שְׁכִיחַ לָא טָרְחִינַן וּמוֹקְמָה בְּחֶזְקַת בְּעוּלָה אִי נָמֵי קָמִיבַּעְיָא לֵיהּ בְּהַךְ דִּבְדַקְנוּהָ ע"פ הֶחָבִית אִי חָייְשִׁינַן שֶׁמָּא לֹא נִבְדְּקָה יָפֶה דִּשְׁמוּאֵל לָא שְׁכִיחַ וְכֵן מַסְּקִינַן בְּרֵישׁ תִּינֹוקֶת (נִדָּה דַּף סד: וְשָׁם) שָׁאנֵי שְׁמוּאֵל דְּרַב גּוּבְרֵיהּ אַךְ קָשֶׁה להר"י דְּהָא מַסְּקִינַן בִּכְתֻובּוֹת (דַּף ו: וְשָׁם) בִּשְׁמַעְתִּין דְּדָם מִיפְקָד פָּקִיד דְּרֹוב בְּקִיאִין בְּהַטָּייָה וְי"ל דְּוַדַּאי תְּחִילַּת בִּיאָה רֹוב בְּקִיאִין בִּשְׁעַת מַעֲשֶׂה אֲבָל גְּמַר כְּדֵי שֶׁתִּתְעַבֵּר אִי אֶפְשָׁר כִּי אִם לִשְׁמוּאֵל:
« Une vierge devenue enceinte, qu'en est-il pour le Cohen Gadol ? » Rachi explique qu'elle dit : je suis vierge ; et si le cas de Chmouel est fréquent, elle est croyable. Cela fait difficulté au Ri : au premier chapitre de Ketoubot (13a) nous avons appris dans la michna : elle était enceinte — quel est l'état de cet embryon ? D'un tel, qui est Cohen, etc. ; Rabbi Yehochoua dit : nous ne vivons pas de sa bouche, etc. Or ici il ressort que la question est posée selon tous. Peut-être ici, où elle est elle-même comprise dans l'interdit, comme il est écrit « et lui prendra une femme dans sa virginité », que l'on peut lire yakiah, il fera prendre, est-elle croyable. Et il paraît au Ri que l'on se donne la peine de l'examiner par l'épreuve du tonneau, comme il est rapporté au début de Ketoubot (10b) ; si le cas de Chmouel est rare, on ne s'en donne pas la peine et on la maintient dans la présomption de beoula. Ou bien encore, la question porte sur le cas où on l'a examinée par l'épreuve du tonneau, et l'on demande si l'on craint qu'elle n'ait pas été bien examinée, le cas de Chmouel étant rare ; ainsi concluons-nous au début du chapitre Tinoket (Nidda 64b) : Chmouel est différent, car sa force était grande. Mais cela fait difficulté au Ri, car nous concluons dans Ketoubot (6b), dans notre sougya, que le sang est déposé, puisque la plupart sont habiles à dévier. Et l'on peut répondre : assurément, au commencement, la plupart sont habiles sur le moment ; mais achever de telle sorte qu'elle devienne enceinte est impossible, sauf pour Chmouel.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מַהוּ לְסֵרוּסֵי כַּלְבָּא. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה שְׁאָלוּהוּ עַל הַכֶּלֶב דַּוְקָא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִיתָא בְּפִרְקֵי שִׁירָה שֶׁבֵּיאֵר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל שֶׁהַקְּלִיפָּה הַנִּקְרֵאת כֶּלֶב הִיא בַּעֲשִׂיָּה וְהִיא קְלִיפָּה קָשָׁה מְאֹד וְזֶהוּ סוֹד וְהַכְּלָבִים עַזֵּי נֶפֶשׁ (יְשַׁעְיָהוּ נו, יא) שֶׁהֵם מִבְּחִינַת קְלִיפָּה הֶעָזָה דַּעֲשִׂיָּה הַנִּקְרֵאת נֶפֶשׁ וְלָכֵן אָמַר עַזֵּי נֶפֶשׁ. וְיָדוּעַ דִּפְלוֹנִי נִקְרָא כֶּלֶב שֶׁהוּא הַקְּלִיפָּה הֶעָזָה שֶׁבַּעֲשִׂיָּה וְיָדוּעַ מַה שֶׁאָמְרוּ בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ (בְּסָבָא דְּמִשְׁפָּטִים קג) אֵל אַחֵר אֶסְתָּרֵס וְלָא עֲבִיד פִּירִין. וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי הַטַּעַם דְּהַכֶּלֶב הַתַּחְתּוֹן לָקָה בְּתַשְׁמִישׁ שֶׁלּוֹ שֶׁהוּא נִקְשָׁר כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא (סַנְהֶדְרִין קח:) כִּי הוּא דֻּוגְמָה לְאוֹתוֹ הַכֶּלֶב שֶׁנִּקְרָא 'אֵל אַחֵר' וּבָזֶה מוּבָן הַטַּעַם שֶׁשְּׁאָלוּהוּ עַל סֵירוּס הַכֶּלֶב הַתַּחְתּוֹן דְּיֵשׁ פֹּה לוֹמַר כֵּיוָן דְּהוּא דֻּוגְמָה לְאוֹתוֹ הַכֶּלֶב הַנִּקְרָא 'אֵל אַחֵר' דְּאֶסְתָּרֵס מִכְּבָר לְכָךְ מֻותָּר לְסָרֵס לָזֶה הַכֶּלֶב הַתַּחְתּוֹן. וְהֵשִׁיב כֹּל שֶׁבְּאַרְצְכֶם לֹא תַעֲשׂוּ (וַיִּקְרָא כב, כד) דְּאַף עַל גַּב שֶׁזֶּה הַכֶּלֶב הַתַּחְתּוֹן הוּא דֻּוגְמָה לְאֵל אַחֵר דְּאֶסְתָּרֵס מִכָּל מָקוֹם כֵּיוָן שֶׁזֶּה הַכֶּלֶב הַתַּחְתּוֹן הוּא בְּאַרְצְכֶם לְמַטָּה לֹא תַּעֲשׂוּ בּוֹ סֵירוּס דְּאַל אַחַר דְּאֶסְתָּרֵס אֵינוֹ בְּאַרְצְכֶם.
« Qu'en est-il de castrer un chien ? » On peut demander : pourquoi l'ont-ils interrogé sur le chien précisément ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il est rapporté dans le Perek Chira, expliqué par notre maître le Ari, sa mémoire est une bénédiction, que la kelipa appelée chien se trouve dans l'assia et qu'elle est une kelipa très dure ; tel est le secret de « et les chiens sont d'âme avide » (Yechayahou 56, 11), car ils relèvent de la kelipa puissante de l'assia, appelée nefech, et c'est pourquoi il est dit « d'âme avide ». Il est connu qu'un tel est appelé chien, parce qu'il est la kelipa puissante de l'assia, et l'on connaît ce que dit le Zohar (Sava deMichpatim 103) : « l'autre dieu a été castré et ne porte pas de fruits ». Par là j'ai expliqué pourquoi le chien d'ici-bas a été frappé dans son accouplement, où il reste attaché, comme il est dit dans la guemara (Sanhédrin 108b) : parce qu'il est à l'image de ce chien appelé « l'autre dieu ». Et l'on comprend alors pourquoi ils l'ont interrogé sur la castration du chien d'ici-bas : on pouvait dire que, puisqu'il est à l'image de ce chien appelé « l'autre dieu », lequel a été castré depuis longtemps, il serait permis de castrer ce chien d'ici-bas. Il répondit : « tout ce qui est dans votre pays, vous ne le ferez pas » (Vayikra 22, 24) ; car bien que ce chien d'ici-bas soit à l'image de l'autre dieu qui a été castré, puisqu'il se trouve dans votre pays, ici-bas, vous n'y ferez pas de castration, l'autre dieu castré ne se trouvant pas dans votre pays.
💡 Explication

Après avoir dit que ben Zoma fut atteint, la guemara rapporte des questions qui lui furent posées et qui montrent sa maîtrise de l'exégèse. La première porte sur le sirous, la castration : l'interdit est énoncé dans Vayikra 22 au milieu des défauts qui rendent un animal impropre au sacrifice, ce qui pourrait le limiter aux espèces offrables. Le chien en est exclu doublement, puisque même ce que l'on obtient en échange d'un chien est interdit à l'autel. Ben Zoma répond par la clause finale du verset, ouvearts'khem lo taassou : la portée du mot « dans votre pays » est générale et ne dépend pas de l'aptitude au sacrifice.

La seconde question porte sur une femme réputée vierge et pourtant enceinte, au regard de la règle qui impose au Cohen Gadol d'épouser une vierge. Elle dépend d'un enseignement de Chmouel, dont l'énoncé est coupé ici et se poursuit au folio suivant. Tossefot discute longuement de la crédibilité de cette femme et de l'examen dit « de l'épreuve du tonneau ».

🖼️ Schéma
Les deux questions posées à ben Zoma 1. Peut-on castrer un chien ? 2. Une vierge enceinte, pour le Cohen Gadol ? Motif du doute : l'interdit de sirous est écrit parmi les défauts du korban, et le chien - même son prix d'échange - est exclu de l'autel Motif du doute : le Cohen Gadol doit épouser une vierge ; tout dépend de savoir si le cas énoncé par Chmouel est à redouter Réponse : Vayikra 22, 24 ouvearts'khem lo taassou - tout ce qui est dans votre pays, vous ne le ferez pas : interdit Réponse suspendue la phrase de Chmouel est coupée ici et se poursuit au folio 15a Le procédé commun : une clause finale du verset élargit l'interdit au-delà du contexte sacrificiel où il est écrit
Les deux questions d'exégèse posées à ben Zoma, le motif du doute dans chacune, et la réponse tirée de la clause finale du verset.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).