Chagigah 15a — Ben Zoma entre les eaux supérieures et les eaux inférieures, et la chute d'Élicha ben Abouya devenu Aher

Chagigah 15a

Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin de la sougya précédente : la vierge devenue enceinte est-elle permise au Kohen Gadol ? Ben Zoma répond qu'un homme habile comme Chemouel est rare, mais qu'on craint une conception dans un bain.

La guemara passe ensuite au récit de ben Zoma sur la marche du Har haBayit : absorbé dans le Maassé Berechit, il ne se lève pas devant Rabbi Yehochoua et déclare qu'il n'y a que trois doigts entre les eaux supérieures et les eaux inférieures ; Rabbi Yehochoua conclut qu'il est encore dehors, et la guemara montre la faiblesse de sa preuve avant de rapporter quatre mesures de l'écart. Vient alors le long dossier d'Aher : il voit Métatron assis et écrivant, en conclut à tort à deux autorités, entend la bat kol qui l'exclut de la techouva et sort vers la mauvaise conduite.

Le folio se clôt sur les échanges entre Aher et Rabbi Meir, l'un sur le verset de Kohelet, l'autre sur l'or et le verre, puis sur le cheval mené un jour de Chabbat et sur les versets récités par les enfants dans les maisons d'étude.

Chagigah 15a - le plan du folio 1. Fin de 14b la vierge enceinte et le Kohen Gadol : l'habileté de Chemouel est rare, mais on craint le bain (ambati) 2. Ben Zoma sur la marche du Har haBayit : trois doigts entre les eaux d'en haut et celles d'en bas ; il est encore dehors 3. La difficulté le roua'h plane au premier jour, la séparation au second ; puis quatre mesures de l'écart 4. Aher Métatron assis et écrivant, l'erreur des deux autorités, la bat kol - sauf Aher - et la sortie vers la tarbout raa 5. Aher et R. Meir deux versets exposés, le cheval mené un jour de Chabbat, et les versets récités par les enfants Un même fil traverse le folio : ce que l'on regarde au-dessus de soi, et ce qu'il en coûte de le mal regarder. Ben Zoma reste dehors ; Aher coupe les pousses. Les deux ont contemplé, et les deux en sont revenus autrement.
Le folio en cinq temps : la fin de la sougya de la vierge enceinte, la vision de ben Zoma, l'objection de la guemara et les quatre mesures, la chute d'Aher, puis ses échanges avec Rabbi Meir.
Les eaux supérieures et les eaux inférieures : ce que ben Zoma a vu, et ce que la guemara objecte Ce que ben Zoma déclare Mayim élyonim - les eaux supérieures yona elle plane sans toucher trois doigts Mayim tahtonim - les eaux inférieures Preuve tirée de Berechit 1, 2 : le souffle de D.ieu plane sur la face des eaux L'objection de la guemara Le verset du roua'h qui plane : premier jour. La séparation des eaux : deuxième jour, selon Berechit 1, 6 - qu'il sépare entre les eaux et les eaux. Au premier jour, les deux nappes ne sont pas encore distinguées : le verset ne mesure donc aucun écart. Ben Zoma est encore dehors. Quel est alors l'écart ? Quatre réponses Rav Aha bar Yaakov kemelo nima : l'épaisseur d'un cheveu Les rabbanan gouda degamla : le jeu entre les planches d'un pont Mar Zoutra / Rav Assi deux manteaux étendus l'un sur l'autre Autre version deux coupes renversées l'une sur l'autre
Ce que ben Zoma déclare avoir contemplé, l'objection chronologique qui lui vaut d'être dit encore dehors, et les quatre évaluations de l'écart entre les deux nappes d'eaux.
La chaîne de la chute d'Aher, telle que la guemara la rapporte 1. Ce qu'il voit Métatron, à qui l'autorisation a été donnée de s'asseoir pour écrire les mérites d'Israël 2. Ce qu'il a reçu comme tradition en haut il n'y a ni assise, ni rivalité, ni nuque, ni lassitude 3. Ce qu'il en conclut peut-être - à D.ieu ne plaise - y a-t-il deux autorités : chetei rechouyot Du côté de Métatron On le fait sortir et on le frappe de soixante poulsei denoura, pour que nul ne se trompe à nouveau Du côté d'Aher L'autorisation est donnée à Métatron d'effacer les mérites d'Aher inscrits au registre Une bat kol sort et dit : revenez, fils dévoyés - sauf Aher Yirmiyahou 3, 22, entendu par lui de derrière le pargod Puisque cet homme est banni du monde à venir, qu'il jouisse de ce monde-ci : la prostituée, le radis arraché en Chabbat, le cheval mené au-delà du tehoum
La chaîne complète de la chute d'Aher : la vision de Métatron assis, la tradition reçue, la conclusion erronée des deux autorités, la double sanction, la bat kol et la sortie vers la mauvaise conduite.
1
יָכוֹל אֲנִי לִבְעֹול כַּמָּה בְּעִילוֹת בְּלֹא דָּם. אוֹ דִּלְמָא דִּשְׁמוּאֵל לָא שְׁכִיחָא? אֲמַר לְהוּ: דִּשְׁמוּאֵל לָא שְׁכִיחַ, וְחָיְישִׁינַן שֶׁמָּא בְּאַמְבָּטִי עִיבְּרָה.

« Je peux accomplir plusieurs rapports sans [faire couler de] sang. » Ou peut-être [un homme] comme Chemouel n'est-il pas fréquent ? Il leur dit : [un homme] comme Chemouel n'est pas fréquent, et nous craignons qu'elle ne soit devenue enceinte dans un bain (ambati).

📜 Rachi (2)
יָכוֹל אֲנִי לִבְעֹול שֶׁהָיָה בָּקִי בְּהַטָּייָה וְזוֹ נָמֵי נִבְעֶלֶת כֵּן:
Il était expert dans l'inclinaison (hataya), et celle-ci aussi a pu être approchée de cette manière.
בְּאַמְבָּטִי כְּלִי שֶׁרוֹחֲצִין בּוֹ כָּל הַגּוּף וי"ל שֶׁהֵטִיחַ שָׁם אָדָם שִׁכְבַת זֶרַע וְנִכְנַס בְּמֵעֶיהָ:
Un récipient dans lequel on lave le corps entier ; et l'on peut dire qu'un homme y a projeté de la semence, laquelle est entrée dans ses entrailles.
💡 Explication

Le folio commence au milieu de la question posée à ben Zoma à la fin de 14b : une femme réputée vierge se trouve enceinte, peut-elle épouser le Kohen Gadol, à qui la Torah impose une vierge ? Deux craintes se présentent. La première tient au propos de Chemouel, qui affirmait pouvoir approcher une femme à plusieurs reprises sans faire couler de sang, par une technique que Rachi nomme hataya, l'inclinaison : un tel homme laisse les signes de virginité intacts. Ben Zoma écarte cette crainte, un homme aussi habile étant rare.

La seconde crainte demeure : elle a pu concevoir dans un ambati, le bassin où l'on se lave le corps entier, si de la semence y avait été laissée. Cette crainte-là suffit à l'interdire au Kohen Gadol.

🖼️ Schéma
La vierge devenue enceinte est-elle permise au Kohen Gadol ? Elle est enceinte et ses signes de virginité sont intacts : que craint-on ? Piste 1 : un homme habile Chemouel disait pouvoir accomplir plusieurs rapports sans faire couler de sang, par l'inclinaison (hataya) Piste 2 : le bain Un homme a pu laisser de la semence dans le bain (ambati) où elle s'est lavée, et elle a conçu ainsi Un homme comme Chemouel est rare : on ne fonde pas l'interdit sur cette piste On craint le bain : elle est donc interdite au Kohen Gadol
Les deux craintes envisagées pour la vierge enceinte, et le sort que ben Zoma réserve à chacune.
2
וְהָאָמַר שְׁמוּאֵל: כָּל שִׁכְבַת זֶרַע שֶׁאֵינוֹ יוֹרֶה כְּחֵץ — אֵינָהּ מַזְרַעַת! מֵעִיקָּרָא נָמֵי יוֹרֶה כְּחֵץ הֲוָה.

Mais Chemouel n'a-t-il pas dit : toute semence qui n'est pas projetée comme une flèche ne féconde pas ! — Au départ, elle aussi était projetée comme une flèche.

📜 Rachi (1)
מֵעִיקָּרָא כְּשֶׁיָּצָאת מִן הָאָדָם:
Au moment où elle est sortie du corps de l'homme.
💡 Explication

La guemara oppose à la crainte du bain un autre enseignement de Chemouel : la semence ne féconde que si elle a été projetée comme une flèche. Une semence déjà déposée dans l'eau ne remplirait plus cette condition.

La réponse distingue le moment de l'émission et le moment de la fécondation : la condition porte sur l'émission. Une semence qui a été projetée comme une flèche en sortant du corps garde son pouvoir de féconder plus tard, ainsi que le précise Rachi sur les mots meikara, au départ.

3
תָּנוּ רַבָּנַן: מַעֲשֶׂה בְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן חֲנַנְיָה שֶׁהָיָה עוֹמֵד עַל גַּב מַעֲלָה בְּהַר הַבַּיִת, וְרָאָהוּ בֶּן זוֹמָא וְלֹא עָמַד מִלְּפָנָיו. אָמַר לוֹ: מֵאַיִן וּלְאַיִן בֶּן זוֹמָא? אָמַר לוֹ: צוֹפֶה הָיִיתִי בֵּין מַיִם הָעֶלְיוֹנִים לְמַיִם הַתַּחְתּוֹנִים, וְאֵין בֵּין זֶה לָזֶה אֶלָּא שָׁלֹשׁ אֶצְבָּעוֹת בִּלְבַד, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְרוּחַ אֱ-לֹהִים מְרַחֶפֶת עַל פְּנֵי הַמָּיִם״ — כְּיוֹנָה שֶׁמְּרַחֶפֶת עַל בָּנֶיהָ וְאֵינָהּ נוֹגַעַת. אָמַר לָהֶן רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ לְתַלְמִידָיו: עֲדַיִין בֶּן זוֹמָא מִבַּחוּץ.

Nos maîtres ont enseigné : il arriva que Rabbi Yehochoua ben Hanania se tenait sur une marche de la montagne du Temple (Har haBayit), et ben Zoma le vit et ne se leva pas devant lui. Il lui dit : D'où et vers où, ben Zoma ?

Il lui dit : Je contemplais entre les eaux supérieures et les eaux inférieures, et il n'y a entre celles-ci et celles-là que trois doigts seulement, ainsi qu'il est dit : « et le souffle de D.ieu planait sur la face des eaux » — comme une colombe qui plane sur ses petits sans les toucher. Rabbi Yehochoua dit à ses élèves : ben Zoma est encore dehors.

📜 Rachi (3)
מֵאַיִן וּלְאֵין מֵאַיִן תָּבֹא וְאֵין לִבְּךָ טָרוּד:
D'où viens-tu, et où ta pensée est-elle occupée ?
צוֹפֶה הָיִיתִי מִתְבּוֹנֵן הָיִיתִי בְּמַעֲשֵׂה בְּרֵאשִׁית:
J'étais en train de contempler le Maassé Berechit.
וְאֵין בֵּינֵיהֶן בִּמְקוֹם חִיבּוּרָן מְקוֹם קִשְׁרֵי כִּיפַּת הָרָקִיעַ בַּקַּרְקַע:
À l'endroit de leur jonction, la où la voûte du firmament se noue au sol.
🪔 Ben Yehoyada (2)
אָמַר לוֹ: מֵאַיִן וּלְאַיִן בֶּן זוֹמָא. כָּתַב מָהַרְשָׁ"א שֶׁחֲשָׁדוֹ שֶׁלֹּא קָם מֵחֲמַת גַּאֲוָה וְרָמַז לוֹ שֶׁיִּזְכֹּור מֵאַיִן בָּא וּלְאָן הוֹלֵךְ (מִשְׁנָה אָבוֹת ג, א) וְדָחוּק הַדָּבָר הַזֶּה לוֹמַר שֶׁיַּחֲשֹׁוד אוֹתוֹ צַדִּיק לְאוֹתוֹ צַדִּיק בְּכָךְ! וְנִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁהֵבִין מִדַּעְתּוֹ שֶׁהוּא עָסוּק בְּכַוָּנַת יִחוּד הָעוֹלָמוֹת וְהַסְּפִירוֹת וְיָדוּעַ שֶׁבְּכָל עוֹלָם יֵשׁ עֶשֶׂר סְפִירוֹת מִכֶּתֶר הַנִּקְרָא אֵין עַד הַמַּלְכוּת הַנִּקְרֵאת אֲנִי בְּסוֹד אֲנִי רִאשׁוֹן וַאֲנִי אַחֲרוֹן (יְשַׁעְיָהוּ מד, ו) וּמַלְכוּת עוֹלָם זֶה תִּהְיֶה בְּחִינַת כֶּתֶר הַנִּקְרָא אֵין בָּעוֹלָם שֶׁתַּחְתָּיו וְאִם כֵּן הַיִּחוּד שֶׁל הָעוֹלָמוֹת יִהְיֶה מִן בְּחִינַת אֵין שֶׁהוּא סוֹד הַכֶּתֶר אֶל בְּחִינַת אֵין וְכֵן עַל זֶה הַדֶּרֶךְ בְּכָל הָעוֹלָמוֹת. וְזֶהוּ שֶׁאָמַר מֵאַיִן וּלְאַיִן בֶּן זוֹמָא אִם אַתָּה טָרוּד וְעָסוּק בְּיִחוּד הָעוֹלָמוֹת שֶׁהוּא מִן בְּחִינַת אֵין לִבְחִינַת אֵין וּלְכָךְ לֹא שֶׁמֵּת לִבְּךָ אֵלַי.
« Il lui dit : d'où et vers où, ben Zoma ? » Le Maharcha a écrit qu'il l'a soupçonné de ne pas s'être levé par orgueil, et qu'il lui a fait allusion de se souvenir d'où il vient et où il va (Avot 3, 1). Cette explication est forcée : dire qu'un tel juste soupçonne un tel juste d'une chose pareille ! Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il a compris de lui-même que [ben Zoma] était occupé à l'intention d'unification des mondes et des séfirot. Il est connu que dans chaque monde il y a dix séfirot, depuis Keter, appelée ayin, jusqu'à Malkhout, appelée ani, selon le sod de « moi le premier et moi le dernier » (Yechayahou 44, 6) ; et la Malkhout d'un monde devient l'aspect de Keter, appelé ayin, dans le monde qui lui est inférieur. L'unification des mondes se fait donc de l'aspect ayin, qui est le sod de Keter, vers l'aspect ayin, et ainsi de suite dans tous les mondes. C'est ce qu'il a dit : « de ayin vers ayin, ben Zoma ? » — si tu es absorbé et occupé à l'unification des mondes, qui va de l'aspect ayin à l'aspect ayin, et que pour cette raison tu n'as pas porte ton attention sur moi.
צופה הייתי בין מים העליונים למים התחתונים, ואין בין זה לזה, אלא שלש אצבעות בלבד דכתיב: "ורוח אלקים מרחפת על פני המים". נראה לי בס"ד דמפיק לשלש מדכתיב (בראשית א, ב) ורוח אלקים מרחפת על פני המים, דשם אלקים [86] פ"ו ומספר מים [90] תשעים וכין דאמר על פני המים אם כן תוציא ממספר אחד שמרחף עליו רוח אלקים נשאר פ"ט והפרש שיש בין מספר פ"ט למספר פ"ו הוא שלשה רמז לשלשה אצבעות! ובדרשות על התורה פרשתי בס"ד מים עליונים הוא חלק הסוד ומים תחתונים חלק הנגלה וההפרש שיש ביניהם הוא דחלק הסוד צריך ללמדו בלחישה ובקיצור ראשי פרקים וחלק הנגלה בפרסום ובהרחבה והסיבה של הפרש זה שיש ביניהם הוא מפני דעולמות בי"ע [בריאה,יצירה, עשיה] עדיין לא נתקנו לגמרי ועודם דין ולכך יש תגבורת הקליפות וממילא יש פחד בגילוי הסודות מה שאין כן לעתיד בגמר התיקון דבי"ע לא יש שום פחד מגילוי הסודות. ועל זה כתיב כי כולם ידעו אותי למקטנם ועד גדולם (ירמיהו לא, לג) דהתינוקות לומדים סוד תורה כמו המקרא. וזהו שאמר צופה הייתי בין מים העליונים שהוא חלק הסוד ומים התחתונים שהוא חלק הפשט ואין בין זה לזה רוצה לומר סיבה שעושה הפרש בין זה לזה אלא שלש אצבעות בלבד רמז לג' עולמות בי"ע שעדיין לא נשלם תיקונם הם גורמים שיהיה הפרש בין זה לזה בלימוד. ובאופן אחר נראה לי בס"ד דידוע מה שכתוב בעץ חיים שער מ"ד ומ"ן [מיין דוכרין ומיין נוקבין] בצורת אות אל־ף דיו־ד העליונה היא בסוד מ"ד ויו־ד התחתונה מ"ן והוא־ו שבנתיים הוא הפריסה הנזכר בזוהר הקדוש אשר המ"ד יורדין עד ההוא פריסו והמ"ן עולים עד ההוא פריסו יעוין שם. וידוע שזו הפריסה שהיא סוד וא־ו הנזכר חלוקה לשלשה שהם סוף תוך ראש. וזהו שאמר צופה הייתי בין מים העליונים הוא סוד מ"ד אשר ביו־ד העליונה למים התחתונים הם מ"ן שהם ביו־ד התחתונה ואין ביניהם אלא שלש אצבעות שהוא אות וא־ו שהוא סוד הפריסו שנחלק לשלש שהם סוף תוך ראש.
« Je contemplais entre les eaux supérieures et les eaux inférieures, et il n'y a entre celles-ci et celles-là que trois doigts seulement, comme il est écrit : et le souffle de D.ieu planait sur la face des eaux. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il tire les trois de ce qui est écrit (Berechit 1, 2) « et le souffle de D.ieu planait sur la face des eaux » : le Nom Elokim vaut 86 et le mot mayim vaut 90 ; et puisqu'il est dit « sur la face des eaux », tu retires du nombre l'unité sur laquelle plane ce souffle, et il reste 89. L'écart entre 89 et 86 est de trois : allusion aux trois doigts. Dans mes exposés sur la Torah, j'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, que les eaux supérieures sont la part du sod et les eaux inférieures la part du niglè, du révélé ; la différence entre elles tient à ce que la part du sod doit s'enseigner à voix basse, brièvement, par têtes de chapitres, tandis que la part du révélé s'enseigne publiquement et au long. La raison de cette différence est que les mondes de Beria, Yetsira et Assia ne sont pas encore entièrement réparés, qu'ils demeurent sous le din, d'où la force des klipot et, par conséquent, la crainte qui accompagne la révélation des sodot ; il en ira autrement dans l'avenir, quand le tikoun de ces trois mondes sera achevé, et aucune crainte ne s'attachera plus à la révélation des sodot. C'est de cela qu'il est écrit : « car tous Me connaîtront, du plus petit au plus grand » (Yirmiyahou 31, 33) : les enfants apprendront le sod de la Torah comme ils apprennent le Mikra. C'est ce qu'il a dit : je contemplais entre les eaux supérieures, qui sont la part du sod, et les eaux inférieures, qui sont la part du pchat, et il n'y a entre celles-ci et celles-là, c'est-à-dire il n'y a de cause à la différence entre celles-ci et celles-là, que trois doigts seulement, allusion aux trois mondes de Beria, Yetsira et Assia, dont le tikoun n'est pas encore achevé et qui causent la différence de mode entre les deux enseignements. D'une autre manière, il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'on connaît ce qui est écrit dans le Ets Haim, portique 44, sur les mayin doukhrin et les mayin noukvin dans la forme de la lettre alef : le youd supérieur est le sod des mayin doukhrin, le youd inférieur celui des mayin noukvin, et le vav qui les sépare est la perisa mentionnée dans le saint Zohar, jusqu'à laquelle descendent les mayin doukhrin et jusqu'à laquelle montent les mayin noukvin — vois-y. Et l'on sait que cette perisa, qui est le sod du vav mentionné, se divise en trois : sof, tokh et roch. C'est ce qu'il a dit : je contemplais entre les eaux supérieures, qui sont le sod des mayin doukhrin dans le youd supérieur, et les eaux inférieures, qui sont les mayin noukvin dans le youd inférieur, et il n'y a entre elles que trois doigts, c'est-à-dire la lettre vav, sod de la perisa, qui se divise en trois : sof, tokh et roch.
💡 Explication

La baraita passe au sort de ben Zoma, dont il a été dit en 14b qu'il regarda et fut atteint. Le récit commence par un manquement apparent aux égards dus : il ne se lève pas devant Rabbi Yehochoua. La question de son maître, méayin oulaayin, d'où et vers où, se lit selon Rachi comme une demande sur ce qui occupe sa pensée.

Sa réponse porte sur le Maassé Berechit : il dit avoir contemplé l'intervalle entre les mayim élyonim et les mayim tahtonim, et l'évalue à trois doigts, sur la foi du verbe merahéfet de Berechit 1, 2, qu'il comprend comme un vol sur place, à la manière d'une colombe qui plane au-dessus de ses petits sans les toucher. Rabbi Yehochoua conclut devant ses élèves que ben Zoma est mibahoutz, encore dehors : sa contemplation l'a déjà saisi, sans qu'il soit parvenu au terme.

4
מִכְּדֵי ״וְרוּחַ אֱ-לֹהִים מְרַחֶפֶת עַל פְּנֵי הַמָּיִם״ אֵימַת הָוֵי — בַּיּוֹם הָרִאשׁוֹן, הַבְדָּלָה — בְּיוֹם שֵׁנִי הוּא דַּהֲוַאי, דִּכְתִיב: ״וִיהִי מַבְדִּיל בֵּין מַיִם לָמָיִם״. וְכַמָּה? אָמַר רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב: כִּמְלֹא נִימָא. וְרַבָּנָן אָמְרִי: כִּי גֻּודָּא דְּגַמְלָא. מַר זוּטְרָא, וְאִיתֵּימָא רַב אַסִּי אָמַר: כִּתְרֵי גְלִימֵי דִּפְרִיסִי אַהֲדָדֵי. וְאָמְרִי לָהּ: כִּתְרֵי כָסֵי דִּסְחִיפִי אַהֲדָדֵי.

Or « et le souffle de D.ieu planait sur la face des eaux », quand cela eut-il lieu ? Au premier jour ; tandis que la séparation, c'est au deuxième jour qu'elle eut lieu, ainsi qu'il est écrit : « et qu'il sépare entre les eaux et les eaux ».

Et combien [y a-t-il entre elles] ? Rav Aha bar Yaakov dit : l'épaisseur d'un cheveu.

Et les rabbanan disent : comme [l'écart] des planches d'un pont. Mar Zoutra, et certains disent Rav Assi, dit : comme deux manteaux étendus l'un sur l'autre.

Et certains disent : comme deux coupes renversées l'une sur l'autre.

📜 Rachi (2)
גֻּודָּא דְּגַמְלָא כְּשֶׁמְּסַדְּרִין לְווֹחִין שֶׁל גֶּשֶׁר זוֹ אֵצֶל זוֹ אִי אֶפְשָׁר שֶׁלֹּא תְּהֵא רִיוַּח בֵּינְתַיִם וְכֵן גְּלִימֵי וְכֵן כָּסֵי:
Quand on dispose les planches d'un pont l'une contre l'autre, il est impossible qu'il n'y ait pas un intervalle entre elles ; il en va de même des manteaux et des coupes.
סְחוּפִין כְּפּוּפִין:
Retournés l'un sur l'autre.
💡 Explication

La guemara justifie le verdict de Rabbi Yehochoua. Le verset invoqué par ben Zoma appartient au premier jour de la création, alors que la séparation des eaux n'intervient qu'au deuxième jour, par le verset « et qu'il sépare entre les eaux et les eaux » (Berechit 1, 6). Un verset antérieur à la séparation ne peut mesurer l'intervalle qui en résulte.

La guemara demande alors la mesure réelle et rapporte quatre évaluations, toutes très petites : l'épaisseur d'un cheveu, le jeu que laissent les planches d'un pont, deux manteaux étendus l'un sur l'autre, deux coupes renversées l'une sur l'autre. Rachi précise sur gouda degamla qu'en disposant des planches côte à côte il reste nécessairement un intervalle, et qu'il en va de même des manteaux et des coupes.

5
אַחַר קִיצֵּץ בִּנְטִיעוֹת, עָלָיו הַכָּתוּב אוֹמֵר: ״אַל תִּתֵּן אֶת פִּיךָ לַחֲטִיא אֶת בְּשָׂרֶךָ״. מַאי הִיא? חֲזָא מֶיטַטְרוֹן דְּאִתְיְהִבָא לֵיהּ רְשׁוּתָא לְמֵיתַב לְמִיכְתַּב זַכְווָתָא דְיִשְׂרָאֵל, אָמַר: גְּמִירִי דִּלְמַעְלָה לָא הָוֵי לֹא יְשִׁיבָה וְלֹא תַּחֲרוּת, וְלֹא עֹורֶף וְלֹא עִיפּוּי. שֶׁמָּא, חַס וְשָׁלוֹם, שְׁתֵּי רְשׁוּיוֹת הֵן.

« Aher coupa les pousses. » À son sujet, le verset dit : « ne laisse pas ta bouche faire pécher ta chair ». Qu'est-ce donc ?

Il vit Metatron, à qui l'autorisation avait été donnée de s'asseoir pour écrire les mérites d'Israël. Il dit : nous tenons par tradition qu'en haut il n'y a ni assise, ni rivalité, ni nuque, ni lassitude.

Peut-être, à D.ieu ne plaise, y a-t-il deux autorités (chetei rechouyot).

📜 Rachi (4)
אַחַר קִיצֵּץ בִּנְטִיעוֹת קִלְקֵל וְעִיוֵּת כְּשֶׁנִּכְנַס לַפַּרְדֵּס וּמְקַצֵּץ הַנְּטִיעוֹת וּלְפִי שֶׁדִּימָּה אוֹתָן בִּתְחִלַּת הַדְּבָרִים לַנִּכְנָס לַפַּרְדֵּס נְקַט לִישָּׁנָא דְּקִיצֵּץ בִּנְטִיעוֹת:
Il a corrompu et dévié quand il entra dans le Pardes, à la manière de celui qui coupe les jeunes plants ; et parce que [la baraita], au début de ces propos, les avait comparés à des gens qui entrent dans un verger, elle a employé l'expression « il coupa les pousses ».
לֹא עֲמִידָה לָא גָּרְסִינַן:
Nous n'avons pas cette leçon dans notre texte.
לֹא עֹורֶף דִּבְכָל צִדֵּיהֶן יֵשׁ לָהֶם פָּנִים:
Car de tous leurs côtés ils ont une face.
עִיפּוּי עֲיֵפוּת:
Terme qui désigne la lassitude.
💡 Explication

La guemara reprend la baraita des quatre qui entrèrent dans le Pardes et s'arrête sur Aher, dont il a été dit qu'il coupa les pousses. Rachi explique l'expression : il a corrompu et dévié, et le langage du kitsouts prolonge l'image du verger déjà employée.

La guemara demande ce qui a produit cet égarement. Il a vu Metatron assis, écrivant les mérites d'Israël. Or il tenait par tradition qu'en haut il n'y a ni yechiva, assise, ni taharout, rivalité, ni oref, nuque, car tous font face, ni ipouy, lassitude. Voyant un autre assis, il en a tiré la conclusion des chetei rechouyot, deux autorités. Rachi note au passage deux précisions de texte : la leçon « pas de station debout » ne figure pas dans sa version, et l'absence de nuque tient à ce que ces êtres ont une face de tous leurs côtés.

🖼️ Schéma
Les quatre éléments de la tradition, et ce qu'Aher croit voir Ce qu'il a appris : en haut il n'y a pas - yechiva : personne n'y est assis - taharout : aucune rivalité - oref : aucune nuque, tous font face - ipouy : aucune lassitude Rachi : de tous leurs côtés ils ont une face Ce qu'il voit Metatron assis, écrivant les mérites d'Israël, par une autorisation donnée Ce qu'il en tire un second siège suppose un second pouvoir : chetei rechouyot Le point de bascule : l'autorisation de s'asseoir marque une charge reçue, et la suite du récit le montre en retirant cette place à Metatron.
Les quatre éléments de la tradition reçue par Aher, ce qu'il croit voir chez Metatron, et la conclusion erronée qu'il en tire.
6
אַפְּקוּהּ לְמֶיטַטְרוֹן ומַחְיוּהּ שִׁיתִּין פֻּולְסֵי דְנוּרָא. אָמְרוּ לֵיהּ: מַאי טַעְמָא כִּי חֲזִיתֵיהּ לָא קַמְתְּ מִקַּמֵּיהּ? אִיתְיְהִיבָא לֵיהּ רְשׁוּתָא לְמִימְחַק זַכְווָתָא דְאַחֵר. יָצְתָה בַּת קוֹל וְאָמְרָה: ״שׁוּבוּ בָּנִים שׁוֹבָבִים״ — חוּץ מֵאַחֵר.

Ils firent sortir Metatron et le frappèrent de soixante coups de feu (poulsei denoura). Ils lui dirent : pour quelle raison, en le voyant, ne t'es-tu pas levé devant lui ?

[Alors] l'autorisation lui fut donnée d'effacer les mérites d'Aher. Une voix céleste (bat kol) sortit et dit : « revenez, fils dévoyés » — sauf Aher.

📜 Rachi (1)
פּוּלְסֵי מַכַּת מַקֵּל בשטונאד"י:
Des coups de bâton ; en langue courante, bastonade.
🗂️ Tossefot (2)
וּמַחְיוּהוּ שִׁיתִין פּוּלְסִין. לְהוֹדִיעַ לוֹ שֶׁאֵין יְכֹולֶת לִמְטַטְרוֹן יוֹתֵר מְאַחֲרֵינִי:
« Et ils le frappèrent de soixante coups. » Pour lui faire savoir que Metatron n'a pas plus de pouvoir que les autres.
שׁוּבוּ בָּנִים שׁוֹבָבִים. בַּיְּרוּשַׁלְמִי מְפָרֵשׁ לָמָּה אֵירַע לוֹ כָּךְ וְאִיכָּא טְפֵי מִקְרָאוֹת שֶׁדּוֹרֵשׁ וְהָיָה הוֹרֵג דּוֹבְרֵי דִבְרֵי תוֹרָה וְאָמַר כָּל תַּלְמִיד דַּהֲוָה חַמֵּי לֵיהּ הֲוָה קְטִיל וְלֹא עוֹד דַּהֲוָה עַל לְבֵית וַעֲדָא הֲוָה חַמֵּי טַלְיָא קַמֵּיהּ סוֹפְרָא וַאֲמַר מַאן אֵלּוּ עָבְדִין הָכָא כוּ' כֵּיוָן דְּהָווּ שָׁמְעִין לֵיהּ שָׁבְקִין וְאָזְלִין וְקָאָמַר לֵיהּ ר"מ מַאי דִכְתִיב (וָהּ' בֵּירַךְ) אֶת כָּל אֲשֶׁר לְאִיּוֹב לְמִשְׁנֶה (אִיּוֹב מב) וְאָמַר לוֹ שֶׁכָּפַל לוֹ מָמוֹנוֹ וְהוּא הֵשִׁיב שר"ע דְּרֵישׁ לֵיהּ בִּזְכוּת מִצְוֹת וּמַעֲשִׂים טוֹבִים בֵּרַךְ מֵרֵאשִׁיתוֹ וּמַיְיתִי לֵיהּ טוֹב אַחֲרִית דָּבָר מֵרֵאשִׁיתוֹ וּדְרֵישׁ לֵיהּ ר"מ לְאָדָם שֶׁהוֹלִיד בָּנִים בְּיַלְדוּתוֹ וּמֵתוּ וּבְזִקְנוּתוֹ הוֹלִיד וְנִתְקַייְּמוּ וְאָמַר לוֹ ר"ע רַבְּךָ לֹא כָּךְ דָּרַשׁ אֶלָּא טוֹב אַחֲרִית דָּבָר שֶׁהוּא טוֹב מֵרֵאשִׁיתוֹ [וּבִי] הֲוָה הַמַּעֲשֶׂה אֲבוּיָה אָבִי הֲוָה מִגְּדוֹלֵי יְרוּשָׁלַיִם וּבְיוֹם שֶׁבָּא לְמָהֳולִי קְרָא לְכָל גְּדוֹלֵי יְרוּשָׁלַיִם וְהוֹשִׁיבָן בְּבַיִת אֶחָד ולר"א וְלֵר' יְהוֹשֻׁעַ בְּמָקוֹם אַחֵר מִן דְּאָכְלִין וְשָׁתַיִן שֶׁרִין מְטַפְּחִין וּמְרַקְּדִים אָמְרִי עַד דְּאִלֵּין עֲסָקִין בְּדִידְהוּ נַעֲסֹוק בְּדִידַן יָשְׁבוּ וְנִתְעַסְּקוּ בְּדִבְרֵי תּוֹרָה יָרְדָה אֵשׁ מִן הַשָּׁמַיִם וְהִקִּיפָה אוֹתָן אָמַר לוֹן אֲבוּיָה אַבָּא גַּבְרִין מֶה בָּאתֶם לִשְׂרֹוף בֵּיתִי אָמְרוּ לוֹ ח"ו אֶלָּא יוֹשְׁבִין הָיִינוּ וְחוֹזְרִין דִבְרֵי תוֹרָה מִתּוֹרָה לַנְּבִיאִים וּמִנְּבִיאִים לִכְתוּבִים וְהָיוּ הַדְּבָרִים שְׂמֵחִים כִּנְתִינָתָן מִסִּינַי לֹא בָּאֵשׁ נְתָנוֹ אָמַר הוֹאִיל וְכָךְ כֹּחָהּ שֶׁל תּוֹרָה אִם יִתְקַיֵּים הַבֵּן הַזֶּה לַתּוֹרָה אֲנִי מַפְרִישׁוֹ וּלְפִי שֶׁלֹּא הָיְתָה כַּוָּנָתוֹ לַשָּׁמַיִם לְפִיכָךְ לֹא נִתְקַייְּמוּ בּוֹ וּבְמָקוֹם שֶׁיֵּשׁ בַּגְּמָרָא שֶׁלָּנוּ אֲחוֹרֵי הַפַּרְגּוֹד יֵשׁ לְשָׁם מֵאֲחוֹרֵי בֵּית קָדְשֵׁי הַקֳּדָשִׁים עוֹד אִיתָא הָתָם שֶׁהָיָה רוֹכֵב ביוה"כ שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת וְשָׁמַע כו' וּמַיְיתִי הַהוּא דְּפֶרֶק קַמָּא דְּקִדּוּשִׁין (דַּף לט:) שֶׁרָאָה אֶחָד שֶׁנָּטַל הַבָּנִים וְשִׁילַּח אֶת הָאֵם וְכִי אַייְּתִי נְפַל וּמֵת וְלֹא הָיָה דּוֹרֵשׁ כַּר' יַעֲקֹב כִּדְמַייְתֵי הָתָם וְעוֹד אִיתָא שֶׁרָאָה לְשׁוֹן רַבִּי יְהוּדָה הַנַּחְתּוֹם נָתוּן בְּפִי כֶּלֶב וְהַיְינוּ גַּבְרָא רַבָּה דְּקִדּוּשִׁין וְרַבִּי נָתָן אוֹמֵר כְּשֶׁהָיְתָה אִמּוֹ מְעֻובֶּרֶת מִמֶּנּוּ עָבְרָה לִפְנֵי ע"ז וְהֵרִיחָה מֵאוֹתוֹ הַמִּין וְאָכְלָה וְהָיָה אוֹתוֹ הַמִּין מִזְדַּעְזֵעַ בְּגוּפָהּ כְּעַכְנָא וּלְבַסּוֹף חָלָה מִתְנַוְנֶא וְאָמְרוּ לוֹ לר"מ רַבְּךָ אִבְּאִישׁ אֲזַל גַּבֵּיהּ לְבִקָּרְתִּי' וא"ל חֲזֹור בְּךָ אֲמַר אִי הָדַרְנָא מִתְקַבְּלִין אֲמַר לֵיהּ וְהָכְתִיב (תְּהִלִּים צ) תָּשֵׁב אֱנוֹשׁ עַד דַּכָּא וַתֹּאמֶר שׁוּבוּ בְנֵי אָדָם בָּכָה אֱלִישָׁע וְנִפְטָר א"ר מֵאִיר דּוֹמֶה שֶׁמִּתּוֹךְ תְּשׁוּבָה נִפְטַר וְכִי מִן [דְּקַבְרוּנֵיהּ] יָרְדָה אֵשׁ מִן הַשָּׁמַיִם וְשָׂרְפָה אוֹתוֹ וא"ל לר"מ הָא קָבַר דְּרַבָּךְ [אוֹקֵיד אֲתָא] וְקָא פְּרִיס גְּלִימֵיהּ עָלֶיהָ וְאָמַר לִינִי (פֹּה) הַלַּיְלָה וְגוֹ' (רוּת ג) לִינִי פֹּה בָּעוֹלָם הַזֶּה שֶׁדּוֹמֶה לְלַיְלָה וְהָיָה בַּבֹּוקֶר לָעוֹלָם הַבָּא אִם יִגְאָלֵךְ טוֹב יִגְאָל זֶה הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא שֶׁנֶּאֱמַר טוֹב ה' לַכֹּל (תְּהִלִּים קמה) יִגְאָל וְאִם לֹא יַחְפֹּוץ לְגָאֳלֵךְ וּגְאַלְתִּיךְ אָנֹכִי אָמְרוּ לֵיהּ אִין [אָמְרִין] לָךְ בְּהַהִיא עָלְמָא לְמָאֵן אַתְּ בָּעֵי לְמִקָּרְבָה קַדְמָיְיתָא לַאֲבוּךְ אוֹ לְרַבָּךְ אֲמַר לוֹן מִיקְרָב לְרַבִּי קַדְמוֹי וּבָתַר כֵּן לְאַבָּא א"ל וְשָׁמְעִינַן לָךְ א"ל וְלָא כֵּן תָּנֵינַן מַצִּילִין תִּיק הַסֵּפֶר עִם הַסֵּפֶר מַצִּילִין אֱלִישָׁע בִּזְכוּת תּוֹרָתוֹ:
« Revenez, fils dévoyés. » Dans le Yerouchalmi on explique pourquoi cela lui est arrivé, et il s'y trouve davantage de versets qu'il expose. Il tuait ceux qui disaient des paroles de Torah : tout élève qu'il voyait, il le tuait ; bien plus, il entrait dans la maison d'assemblée, voyait des enfants devant le maître et disait : que font ceux-là ici, etc. ; et dès qu'ils l'entendaient, ils quittaient et s'en allaient. Rabbi Meir lui dit : que signifie ce qui est écrit « et Hachem bénit tout ce qui appartenait à Iyov au double » (Iyov 42) ? Il lui dit qu'Il lui avait double son bien. Et [Aher] répondit que Rabbi Akiva l'exposait par le mérite des mitsvot et des bonnes actions qu'il avait dès son commencement, et c'est pour cela qu'Il l'a béni. Et il apporte le verset « la fin d'une chose vaut mieux que son commencement », que Rabbi Meir exposait ainsi : c'est comparable à un homme qui engendra des fils dans sa jeunesse et ils moururent, et qui en engendra dans sa vieillesse et ils subsistèrent. Il lui dit : Rabbi Akiva ton maître n'exposait pas ainsi, mais : bonne est la fin d'une chose lorsqu'elle est bonne dès son commencement. Et c'est par moi qu'est arrivé le fait : Abouya mon père était l'un des grands de Yerouchalayim, et le jour où il vint me circoncire il convoqua tous les grands de Yerouchalayim et les fit asseoir dans une maison, Rabbi Eliezer et Rabbi Yehochoua dans un autre endroit. Comme ils mangeaient et buvaient, [les premiers] se mirent à battre des mains et à danser ; [les seconds] dirent : pendant que ceux-là s'occupent de ce qui est à eux, occupons-nous de ce qui est à nous. Ils s'assirent et s'occupèrent de paroles de Torah, et un feu descendit du ciel et les entoura. Abouya mon père leur dit : mes maîtres, êtes-vous venus brûler ma maison ? Ils lui dirent : à D.ieu ne plaise ; nous étions assis et nous parcourions les paroles de Torah, de la Torah aux Prophètes et des Prophètes aux Écrits, et les paroles étaient joyeuses comme au jour de leur don au Sinaï. N'ont-elles pas été données par le feu ? Il dit : puisque telle est la force de la Torah, si ce fils subsiste, je le mettrai à part pour la Torah. Et parce que son intention n'était pas tournée vers le Ciel, elles ne se sont pas maintenues en lui. Là où notre guemara porte « derrière le pargod », il y a là-bas « derrière la maison du Saint des saints ». On y trouve encore qu'il chevauchait un Yom Kippour tombant un Chabbat, et qu'il entendit, etc. Et l'on y apporte ce qui figure au premier chapitre de Kiddouchin (39b) : il vit un homme qui prit les petits et renvoya la mère, et qui, en descendant, tomba et mourut ; et il n'exposait pas comme Rabbi Yaakov, ainsi qu'il est rapporté là-bas. On y trouve encore qu'il vit la langue de Rabbi Yehouda le boulanger placée dans la gueule d'un chien : c'est le « grand homme » dont parle Kiddouchin. Et Rabbi Natan dit : lorsque sa mère était enceinte de lui, elle passa devant une avoda zara, sentit l'odeur de cette espèce [d'offrande] et en mangea, et cette espèce s'agitait dans son corps comme un serpent. À la fin, il tomba malade et dépérit, et l'on dit à Rabbi Meir : ton maître est mal en point. Il alla le visiter et lui dit : reviens. Il dit : si je reviens, me reçoit-on ? Il lui dit : mais il est écrit « Tu ramènes l'homme jusqu'à l'écrasement, et Tu dis : revenez, fils d'homme » (Tehilim 90, 3). Élicha pleura et rendit l'âme. Rabbi Meir dit : il semble bien qu'il ait rendu l'âme dans la techouva. Et lorsqu'on l'eut enterré, un feu descendit du ciel et le brûla. On dit à Rabbi Meir : voici que la tombe de ton maître brûle ! Il vint, étendit son manteau sur elle et dit : « passe la nuit ici » (Routh 3, 13) etc. — passe la nuit ici, dans ce monde-ci qui ressemble à la nuit ; « et au matin », dans le monde à venir ; « s'il te rachète, bien, qu'il rachète », c'est le Saint béni soit-Il, comme il est dit « Hachem est bon envers tous » (Tehilim 145, 9), qu'Il rachète ; « et s'il ne veut pas te racheter, je te rachète moi-même ». On lui dit : si l'on te demande, dans ce monde-là, qui tu veux que l'on fasse approcher en premier, ton père ou ton maître ? Il leur dit : je ferai approcher mon maître en premier, et ensuite mon père. On lui dit : et t'écoutera-t-on ? Il leur dit : n'avons-nous pas appris ainsi : on sauve l'étui du sefer avec le sefer ; on sauve Élicha par le mérite de sa Torah.
🪔 Ben Yehoyada (3)
אִתְיְהִיבָא לֵיהּ רְשׁוּתָא לְמִמְחַק זַכְוָתָא דְאַחֵר. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מָה חִידּוּשׁ קָא מַשְׁמָע לַן בָּזֶה פְּשִׁיטָא כֵּיוָן דְּיָצָא לְתַרְבּוּת רָעָה כָּל כָּךְ וַדַּאי יִמְחֲקוּ זְכִיּוֹתָיו? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּקָא מַשְׁמַע לַן אַף עַל גַּב דְּקַמֵּי שְׁמַיָּא גַּלְיָא שֶׁסּוֹפוֹ לְהִתָּקֵן וְיִכָּנֵס לְגַן עֵדֶן וְכִדְאָמַר לְקַמָּן אִם כֵּן אֵין מִן הָרָאוּי שֶׁיִּמְחֲקוּ זְכִיּוֹתָיו אֶלָּא יִשָּׁאֲרוּ כְּתוּבִים וּתְלוּיִים וְעוֹמְדִין בְּפִנְקָס עִם כָּל זֶה נִיתַּן לוֹ רְשׁוּת לִמְחֹוק. אִי נָמֵי קָא מַשְׁמַע לַן אֲפִילּוּ זְכִיּוֹת שֶׁלּוֹ הַכְּתוּבִים בְּפִנְקַס צַדִּיקִים אֲחֵרִים שֶׁהֵם תַּלְמִידָיו שֶׁלִּימְּדָם תּוֹרָה וּמֻוכְרָח שֶׁיִּהְיֶה נִזְכָּר בָּהֶם שְׁמוֹ גַּם כֵּן בִּזְכִיּוֹת הַתּוֹרָה שֶׁלִּימְּדָם וְזֶה קָשֶׁה לָהֶם לַעֲשׂוֹת מְחַקִּים בְּפִנְקָסָם עִם כָּל זֶה אִתְיהֵיב לֵיהּ רְשׁוּתָא בָּזֶה.
« L'autorisation lui fut donnée d'effacer les mérites d'Aher. » On peut demander : quelle nouveauté nous apprend-on ici ? Il va de soi que, puisqu'il est sorti à ce point vers la mauvaise conduite, on effacera ses mérites. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on nous apprend ceci : bien qu'il soit révélé devant le Ciel qu'il finira par être réparé et entrera au gan Éden, comme il est dit plus loin — auquel cas il conviendrait de laisser ses mérites écrits et en suspens dans le registre plutôt que de les effacer —, malgré cela l'autorisation d'effacer fut donnée. On peut aussi dire qu'on nous apprend ceci : même ses mérites inscrits dans le registre d'autres justes, ses élèves à qui il a enseigné la Torah, où son nom doit nécessairement figurer parmi les mérites de la Torah qu'il leur a enseignée — et il leur est pénible que l'on porte des ratures dans leur registre —, malgré cela l'autorisation lui fut donnée pour cela aussi.
שובו בנים שובבים, חוץ מאחר. הנה ודאי קראתו אחר על שם שדבק באל אחר ונפרד מן הקדושה ששם הכל אחד. ועוד נראה לי בס"ד דכל חכם מאירים בו אחוריים של שם מ"ה דאלפין פשוטים ומלאים שהם ע"ב וק"ל שעולה מספרם רב בסוד הנה ה' רכב על ע־ב ק־ל (ישעיה יט, א) ולכן החכם נקרא רב וכיון שפקר נסתלקה הארה זו ממנו ואם תסיר מספר רב [202] מן מספר אלישע [411] ישאר מספר אחר [209] לכך קראתו אחר.
« Revenez, fils dévoyés — sauf Aher. » Il est certain qu'elle l'a appelé Aher parce qu'il s'est attaché à un dieu autre et s'est séparé de la kedoucha, où tout est un. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que chez tout sage brillent les ahoraim du Nom MaH, dans ses graphies simples et pleines par alef, qui valent 72 et 130, et dont la somme donne le mot rav, selon le sod de « voici que Hachem chevauche sur une nuée légère » (Yechayahou 19, 1). C'est pourquoi le sage est appelé rav. Dès lors qu'il s'est dévoyé, cette illumination s'est retirée de lui ; et si tu retires le nombre de rav (202) du nombre d'Élicha (411), il reste le nombre d'aher (209). C'est pour cela qu'elle l'a appelé Aher.
תַּקְפֵיהּ וְעִילֵּיהּ בֵּי מִדְרְשָׁא. קַשָּׁא אֵיךְ תַּקְפֵיהּ כֵּיוָן שֶׁשָּׁמַע שֶׁאָמְרָה בַּת קוֹל חוּץ מֵאַחֵר? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּרַבִּי מֵאִיר הֲוָה מְפָרֵשׁ דִּבְרֵי בַּת קוֹל הָכִי שׁוּבוּ בָּנִים אַף עַל פִּי שֶׁאַתֶּם שׁוֹבָבִים בִּתְשׁוּבָה כְּלוֹמַר אַף עַל פִּי שֶׁאַתֶּם שָׁבִים תְּשׁוּבָה מִיִּרְאָה גַּם כֵּן אֲקַבֵּל אֶתְכֶם חוּץ מֵאַחַר שֶׁאֵין אֲנִי מְקַבְּלוֹ בִּתְשׁוּבָה כָּזֹאת שֶׁהִיא מִיִּרְאָה אוֹ בִּשְׁבִיל אֵיזֶה סִיבָּה אֲבָל אִין הָכִי נָמֵי אִם שָׁב מֵאַהֲבָה אֲקַבְּלֶנּוּ כִּי עַל תְּשׁוּבָה מֵאַהֲבָה נֶאֱמַר אֵין לְךָ דָּבָר עוֹמֵד בִּפְנֵי הַתְּשׁוּבָה (יְרוּשַׁלְמִי פֵּאָה א, ה) . וְרַבִּי מֵאִיר עָשָׂה לוֹ טְעָמִים וְהוֹכָחוֹת לְפָרֵשׁ דִּבְרֵי בַּת קוֹל בְּהָכִי וְלֹא כַּאֲשֶׁר הָיָה מֵבִין אַחֵר מִקֹּודֶם אַךְ אַחֵר לֹא הָיָה מוֹדֶה בְּפֵירוּשׁ זֶה שֶׁל רַבִּי מֵאִיר אֶלָּא מְפָרֵשׁ חוּץ מֵאַחֵר בְּכָל גַּווְנָא אֵינִי מְקַבְּלוֹ וְהִכְרִיחוּ בִּרְאָיוֹת וְהוֹכָחוֹת שֶׁעָשָׂה לְפֵירוּשׁוֹ וְנִתְרַצָּה בִּתְנַאי לִיכָּנֵס עִמּוֹ לְבֵית הַמִּדְרָשׁ לִשְׁמוֹעַ אֵיזֶה דָּבָר מִפִּי הַתִּינוֹקוֹת שֶׁיֹּאמְרוּ פְּסוּקִים לְפִי תֻּומָּם שֶׁבָּהֶם יִתְבָּרֵר אִם הָאֱמֶת כְּרַבִּי מֵאִיר אוֹ כֶּאֱלִישָׁע.
« Il le saisit et le fit entrer dans la maison d'étude. » On peut demander : comment l'a-t-il saisi, alors qu'il avait entendu que la bat kol avait dit « sauf Aher » ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Rabbi Meir expliquait ainsi les paroles de la bat kol : revenez, fils, même si vous êtes dévoyés dans votre techouva, c'est-à-dire même si vous revenez par une techouva issue de la crainte, Je vous accepte aussi ; sauf Aher, que Je n'accepte pas dans une telle techouva, faite par crainte ou pour quelque motif extérieur ; mais s'il revient par amour, Je l'accepte, car au sujet de la techouva par amour il est dit : rien ne tient devant la techouva (Yerouchalmi Pea 1, 5). Rabbi Meir s'était donné des raisons et des preuves pour expliquer ainsi les paroles de la bat kol, contre la manière dont Aher les comprenait d'abord. Aher n'admettait pas cette explication de Rabbi Meir et expliquait « sauf Aher » : en toute manière Je ne l'accepte pas. [Rabbi Meir] le pressa par les preuves et les démonstrations qu'il avait établies pour son explication, et il accepta, à la condition d'entrer avec lui dans la maison d'étude pour entendre quelque parole de la bouche des enfants, qui récitent leurs versets en toute innocence, et par lesquels il serait établi si la vérité est comme Rabbi Meir ou comme Élicha.
💡 Explication

Le récit répond sur deux plans. Metatron est retiré de sa place et frappé de soixante poulsei denoura, que Rachi glose par des coups de bâton, afin que nul ne reproduise l'erreur d'Aher. Les Tossefot ajoutent la portée de cette correction : elle fait savoir que Metatron n'a pas plus de pouvoir qu'un autre.

Du côté d'Aher, l'autorisation est donnée d'effacer ses mérites, puis la bat kol reprend le verset de Yirmiyahou 3, 22, « revenez, fils dévoyés », en l'excluant nommément. Cette exclusion revient trois fois dans le folio et commande toute la suite du récit.

7
אָמַר: הוֹאִיל וְאִיטְּרִיד הָהוּא גַּבְרָא מֵהָהוּא עָלְמָא, לִיפּוֹק לִיתְהֲנֵי בְּהַאי עָלְמָא. נְפַק אַחֵר לְתַרְבּוּת רָעָה. נְפַק, אַשְׁכַּח זוֹנָה תָּבְעָה, אֲמַרָה לֵיהּ: וְלָאו אֱלִישָׁע בֶּן אֲבוּיָה אַתְּ? עֲקַר פֻּוגְלָא מִמֵּישְׁרָא בְּשַׁבָּת וִיהַב לַהּ, אָמְרָה: אַחֵר הוּא.

Il dit : puisque cet homme a été banni de ce monde-là, qu'il sorte et jouisse de ce monde-ci. Aher sortit vers la mauvaise conduite (tarbout raa).

Il sortit, trouva une prostituée et la sollicita. Elle lui dit : mais n'es-tu pas Élicha ben Abouya ?

Il arracha un radis d'une planche [de jardin] en Chabbat et le lui donna. Elle dit : c'est un autre (aher).

📜 Rachi (2)
פֻּוגְלָא צְנוֹן:
Un radis.
מִמֵּישְׁרָא עֲרוּגָה:
Une planche de jardin.
🪔 Ben Yehoyada (2)
נְפַק אַחֵר לְתַרְבּוּת רָעָה. אַשְׁכַּח זוֹנָה תָּבְעָה. הַטַּעַם דַּעֲבֵירָה רִאשׁוֹנָה שֶׁעָבַר בְּגָלוּי הָיְתָה בְּזוֹנָה נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַב הָרַב הַקָּדוֹשׁ מהרש"ם זַ"ל שֶׁיֵּשׁ קְלִיפָּה רָעָה מְמֻונֶּה עַל נִיאוּף וְנִקְרֵאת זְבוּב וְעַל יְדֵי עֵסֶק הַתּוֹרָה מִתְבַּטֶּלֶת עַיֵּין שָׁם. וּבָזֶה פֵּירַשְׁתִּי קֹהֶלֶת (קֹהֶלֶת י, א) זְבוּבֵי מָוֶת יַבְאִישׁ יַבִּיעַ שֶׁמֶן רוֹקֵחַ יָקָר מֵחָכְמָה מִכָּבוֹד סִכְלוּת מְעָט וְדוֹק. וְלָכֵן אַחַר שֶׁיָּצָא לְתַרְבּוּת רָעָה שֶׁעָזַב עֵסֶק הַתּוֹרָה שֶׁהָיָה מְבַטֵּל קְלִיפַּת הַזְּנוּת עַל כֵּן עַתָּה חָטָא בִּזְנוּת שֶׁמָּצָא זוֹנָה וּתְבָעָהּ.
« Aher sortit vers la mauvaise conduite ; il trouva une prostituée et la sollicita. » La raison pour laquelle la première faute qu'il commit au grand jour fut avec une prostituée me semble tenir, avec l'aide du Ciel, à ce qu'a écrit le saint maître le Maharcham : il existe une klipa mauvaise préposée à la débauche, appelée zvouv, la mouche, et l'étude de la Torah l'annule — vois-y. C'est ainsi que j'ai expliqué le verset de Kohelet (10, 1) : « des mouches de mort font puer et fermenter l'huile du parfumeur ; plus lourde que la sagesse et que l'honneur est un peu de sottise » — examine bien. C'est pourquoi, une fois sorti vers la mauvaise conduite, ayant abandonné l'étude de la Torah qui annulait la klipa de la débauche, il a alors fauté par la débauche, trouvant une prostituée et la sollicitant.
עֲקַר פֻּוגְלָא מִמֵּשְׁרָא בְּשַׁבָּת. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁנִּזְדַּמֵּן לְיָדוֹ חֵטְא זֶה שֶׁנִּרְמַז בּוֹ עִיקַּר הַסִּיבָּה שֶׁגָּרְמָה לוֹ לִהְיוֹת נִדְחֶה אֶל הַקְּלִיפּוֹת שֶׁעַל יְדֵי כָּךְ יָצָא לְתַרְבּוּת רָעָה וְהוּא כַּמְפֹורָשׁ בְּדִבְרֵי רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּעִנְיַן הַטָּעוּת שֶׁלּוֹ בַּעֲלִייָּתוֹ לַפַּרְדֵּס שֶׁהִמְשִׁיךְ הַגְּבוּרוֹת לְבַדָּם וְעַל יְדֵי כָּךְ גָּבְרָה הַקְּלִיפָּה עָלָיו בַּר מִינָן וְנִמְשַׁךְ אֵלֶיהָ וְנִרְמָז בְּפֻוגְלָא עַל הַגְּבוּרוֹת כִּי פֻּוגְלָא [120] מִסְפַּר ק"ך וְהַגְּבוּרוֹת הֵם סוֹד שֵׁם אֱלֹקִים שֶׁיֵּשׁ בּוֹ ק"ך צֵרוּפִים וְהִיא עָקַר הַפֻּוגְלָא שֶׁהוּא סוֹד הַגְּבוּרוֹת לְבַדָּם וְלָכֵן נִדְחֶה אֶל הַקְּלִיפָּה וְיֵצֵא לְתַרְבּוּת רָעָה. אִי נָמֵי הַפֻּוגְלָא הוּא צְנוֹן שֶׁעִיקַּר הַפְּרִי הוּא מְכֻוסֶּה בַּקַּרְקַע וְזֶה הֵפֶךְ שְׁאָר פֵּירוֹת וִירָקוֹת וְנִרְמָז עַל סִיבַּת נְפִילָתוֹ בִּשְׁבִיל שֶׁעָלָה לִרְאוֹת דָּבָר הַמְכֻוסֶּה שֶׁאֵינוֹ רָאוּי לִרְאוֹתוֹ.
« Il arracha un radis d'une planche en Chabbat. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que cette faute précise s'est présentée à lui parce qu'elle indique la cause même qui l'a fait rejeter vers les klipot et sortir vers la mauvaise conduite. Cela est expliqué dans les paroles de notre maître l'Ari au sujet de son erreur lors de sa montée au Pardes : il a attiré les guevourot seules, et par là la klipa a pris le dessus sur lui — que cela nous soit épargné — et il a été entraîné vers elle. Le radis y fait allusion : pougla vaut 120, et les guevourot sont le sod du Nom Elokim, qui comporte 120 permutations ; et arracher le pougla est le sod des guevourot seules. C'est pourquoi il fut rejeté vers la klipa et sortit vers la mauvaise conduite. On peut aussi dire : le pougla est le radis, dont le fruit principal est recouvert par la terre, à l'inverse des autres fruits et légumes ; il fait allusion à la cause de sa chute, étant monté pour voir une chose couverte qu'il ne convenait pas qu'il voie.
💡 Explication

Le raisonnement d'Aher se laisse suivre pas à pas : exclu du monde à venir par la bat kol, il décide de prendre ce monde-ci. La guemara nomme cette décision tarbout raa, la mauvaise conduite.

La scène qui suit fixe le nom. La prostituée le reconnaît et hésite ; il arrache alors un radis un jour de Chabbat, geste public de transgression, et elle conclut : aher hou, c'est un autre. Rachi glose les deux mots araméens : pougla, le radis, et michra, la planche de culture.

8
שָׁאַל אַחֵר אֶת רַבִּי מֵאִיר לְאַחַר שֶׁיָּצָא לְתַרְבּוּת רָעָה, אֲמַר לֵיהּ: מַאי דִכְתִיב: ״גַּם אֶת זֶה לְעֻומַּת זֶה עָשָׂה הָאֱ-לֹהִים״? אָמַר לוֹ: כָּל מַה שֶּׁבָּרָא הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא, בָּרָא כְּנֶגְדּוֹ. בָּרָא הָרִים — בָּרָא גְּבָעוֹת, בָּרָא יָמִים — בָּרָא נְהָרוֹת.

Aher interrogea Rabbi Meir après qu'il fut sorti vers la mauvaise conduite. Il lui dit : que signifie ce qui est écrit : « celui-ci aussi en face de celui-là, D.ieu les a faits » ?

Il lui dit : tout ce que le Saint béni soit-Il a créé, Il l'a créé avec son vis-à-vis. Il a créé des montagnes — Il a créé des collines ; Il a créé des mers — Il a créé des fleuves.

💡 Explication

Malgré sa sortie, Aher continue d'interroger son élève, et Rabbi Meir continue de répondre. La guemara le souligne par la formule répétée leahar cheyatsa letarbout raa, après qu'il fut sorti vers la mauvaise conduite.

Le verset de Kohelet 7, 14 pose que toute chose a son vis-à-vis. Rabbi Meir l'entend des couples de la création : montagnes et collines, mers et fleuves. Sa lecture reste dans l'ordre du monde visible.

9
אָמַר לוֹ: רַבִּי עֲקִיבָא רַבְּךָ לֹא אָמַר כָּךְ, אֶלָּא: בָּרָא צַדִּיקִים בָּרָא רְשָׁעִים, בָּרָא גַּן עֵדֶן בָּרָא גֵּיהִנָּם. כָּל אֶחָד וְאֶחָד יֵשׁ לוֹ שְׁנֵי חֲלָקִים, אֶחָד בְּגַן עֵדֶן וְאֶחָד בְּגֵיהִנָּם. זָכָה צַדִּיק — נָטַל חֶלְקוֹ וְחֵלֶק חֲבֵרוֹ בְּגַן עֵדֶן, נִתְחַיֵּיב רָשָׁע — נָטַל חֶלְקוֹ וְחֵלֶק חֲבֵרוֹ בְּגֵיהִנָּם.

Il lui dit : Rabbi Akiva ton maître ne disait pas ainsi, mais : Il a créé des justes, Il a créé des méchants ; Il a créé le gan Éden, Il a créé le guehinam. Chacun a deux parts, une au gan Éden et une au guehinam.

Si le juste a mérité, il prend sa part et la part de son compagnon au gan Éden ; si le méchant s'est rendu coupable, il prend sa part et la part de son compagnon au guehinam.

💡 Explication

Aher oppose à son élève l'enseignement de son propre maître, Rabbi Akiva, qui lisait le même verset dans l'ordre moral : justes et méchants, gan Éden et guehinam. Cette lecture introduit une règle de partage : chaque homme dispose de deux parts, une de chaque côté.

Le compte se résout selon la conduite. Celui qui mérite reçoit sa part au gan Éden et celle que son compagnon y a perdue ; celui qui se rend coupable reçoit sa part au guehinam et celle que son compagnon y a laissée. Le total est ainsi michne, double, dans les deux directions.

🖼️ Schéma
Kohelet 7, 14 : celui-ci en face de celui-là - deux expositions Rabbi Meir Tout ce que le Saint béni soit-Il a créé, Il l'a créé avec son vis-à-vis montagnes / collines mers / fleuves Le verset porte sur l'ordre de la création Rabbi Akiva, cité par Aher Les vis-à-vis sont moraux, et chaque homme a deux parts justes / méchants gan Éden / guehinam Le verset porte sur le sort de chacun Le juste qui a mérité prend sa part et celle de son compagnon au gan Éden Le méchant déclaré coupable prend sa part et celle de son compagnon au guehinam Rav Mecharchya : le double est écrit des deux côtés - Yechayahou 61, 7 pour les justes, Yirmiyahou 17, 18 pour les méchants
Les deux expositions du verset de Kohelet, celle de Rabbi Meir et celle de Rabbi Akiva, et la règle des deux parts qui en découle.
10
אָמַר רַב מְשַׁרְשְׁיָא: מַאי קְרָאָהּ — גַּבֵּי צַדִּיקִים כְּתִיב: ״לָכֵן בְּאַרְצָם מִשְׁנֶה יִירָשׁוּ״, גַּבֵּי רְשָׁעִים כְּתִיב: ״וּמִשְׁנָה שִׁבְרוֹן שֶׁבְּרָם״.

Rav Mecharchya dit : quel est le verset ? À propos des justes il est écrit : « c'est pourquoi, dans leur pays, ils posséderont le double » ; à propos des méchants il est écrit : « et d'une double brisure brise-les ».

💡 Explication

Rav Mecharchya fournit l'appui scripturaire de la règle précédente. Le mot michne, le double, se lit des deux côtés : Yechayahou 61, 7 pour les justes, qui hériteront le double dans leur pays, et Yirmiyahou 17, 18 pour les méchants, brisés d'une double brisure.

11
שָׁאַל אַחֵר אֶת רַבִּי מֵאִיר לְאַחַר שֶׁיָּצָא לְתַרְבּוּת רָעָה, מַאי דִכְתִיב: ״לֹא יַעַרְכֶנָּה זָהָב וּזְכוֹכִית וּתְמוּרָתָהּ כְּלִי פָז״? אָמַר לוֹ: אֵלּוּ דִבְרֵי תוֹרָה, שֶׁקָּשִׁין לִקְנוֹתָן כִּכְלֵי זָהָב וּכְלֵי פָז, וְנוֹחִין לְאַבְּדָן כִּכְלֵי זְכוּכִית. אָמַר לוֹ: רַבִּי עֲקִיבָא רַבְּךָ לֹא אָמַר כָּךְ, אֶלָּא: מַה כְּלֵי זָהָב וּכְלֵי זְכוּכִית, אַף עַל פִּי שֶׁנִּשְׁבְּרוּ — יֵשׁ לָהֶם תַּקָּנָה, אַף תַּלְמִיד חָכָם, אַף עַל פִּי שֶׁסָּרַח — יֵשׁ לוֹ תַּקָּנָה. אָמַר לוֹ: אַף אַתָּה חֲזֹור בָּךְ! אָמַר לוֹ: כְּבָר שָׁמַעְתִּי מֵאֲחוֹרֵי הַפַּרְגּוֹד: ״שׁוּבוּ בָּנִים שׁוֹבָבִים״ — חוּץ מֵאַחֵר.

Aher interrogea Rabbi Meir après qu'il fut sorti vers la mauvaise conduite : que signifie ce qui est écrit : « l'or et le verre ne l'égalent pas, et son échange n'est pas un vase d'or fin » ? Il lui dit : ce sont les paroles de Torah, qui sont difficiles à acquérir comme des vases d'or et des vases d'or fin, et faciles à perdre comme des vases de verre.

Il lui dit : Rabbi Akiva ton maître ne disait pas ainsi, mais : de même que les vases d'or et les vases de verre, bien qu'ils aient été brisés, ont un remède (takana), ainsi le talmid 'hakham, bien qu'il ait fauté, a un remède. Il lui dit : toi aussi, reviens !

Il lui dit : j'ai déjà entendu de derrière le pargod : « revenez, fils dévoyés » — sauf Aher.

📜 Rachi (1)
וְנוֹחִין לְאַבְּדָן עַל יְדֵי שִׁכְחָה:
Par l'oubli.
🪔 Ben Yehoyada (1)
לָמָּה נִמְשְׁלוּ דִּבְרֵי תוֹרָה לֶאֱגוֹז? לוֹמַר לְךָ: מָה אֱגוֹז, אַף עַל פִּי שֶׁמְּלֻכְלָךְ בְּטִיט וּבְצוֹאָה, אֵין מַה שֶּׁבְּתוֹכוֹ נִמְאָס, אַף תַּלְמִיד חָכָם, אַף עַל פִּי שֶׁסָּרַח, אֵין תּוֹרָתוֹ נִמְאֶסֶת. הִנֵּה נוֹדַע שֶׁיֵּשׁ כַּמָּה פֵּירוֹת כַּיּוֹצֵא בוֹ כְּגוֹן בָּטְנִים שְׁקֵדִים אַפְרְקָסִים וְעוֹד וְעוֹד אַךְ בָּחַר לְדַמּוֹת דִבְרֵי תוֹרָה לֶאֱגוֹז מִפְּנֵי שֶׁבְּאוֹתִיּוֹת אֱגוֹז יֵשׁ רָמוּ לַתּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב וְתוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה שֶׁהֵם זוּג אַךְ הֵם אֶחָד וְכֵן אֱגוֹז לְמַפְרֵעַ זוּג א'. וְגַם רָמַז בָּזֶה שֶׁתַּלְמִיד חָכָם לֹא נָאֶה לִלְמֹוד לְבַדּוֹ אֶלָּא עִם חֲבֵירוֹ שֶׁיִּהְיוּ זוּג אַךְ צָרִיךְ שֶׁיִּהְיוּ בְּאַהֲבָה זֶה בָּזֶה כְּגוּף אֶחָד וְנֶפֶשׁ אַחַת. וּבְנִי יְדִידִי כְּבוֹד הָרַב יַעֲקֹב נר"ו פֵּירֵשׁ אֱגוֹז [17] גֵּימַטְרְיָא טוֹב [17] וְגַם הוּא בְּגֵימַטְרְיָא חֵט [17] כְּמוֹ שֶׁכָּתַב מור״ם בְּהִלְכוֹת רֹאשׁ הַשָּׁנָה רֶמֶז שֶׁעַל יְדֵי הַתּוֹרָה הַנִּקְרֵאת טוֹב יִתְהַפֵּךְ חֵט לִהְיוֹת טוֹב דְּהַיְינוּ זְכוּת וּלְכָךְ הִמְשִׁילָהּ לֶאֱגוֹז עַד כָּאן דְּבָרָיו נר"ו.
« Pourquoi les paroles de Torah ont-elles été comparées à une noix ? Pour te dire : de même que la noix, bien qu'elle soit salie de boue et d'immondice, ce qu'elle contient ne devient pas répugnant, ainsi le talmid 'hakham, bien qu'il ait fauté, sa Torah ne devient pas répugnante. » Il est connu qu'il existe plusieurs fruits semblables, comme la pistache, l'amande, la pêche et bien d'autres ; mais il a choisi de comparer les paroles de Torah a la noix, agoz, parce que les lettres d'agoz portent une allusion à la Torah écrite et à la Torah orale, qui forment une paire, zoug, tout en étant une : agoz lu à l'envers donne zoug et alef. Il y a là aussi une allusion au fait qu'il ne convient pas au talmid 'hakham d'étudier seul, mais avec son compagnon, de façon à former une paire ; et il faut qu'ils soient dans l'amour l'un de l'autre, comme un seul corps et une seule âme. Et mon fils bien-aimé, l'honorable Rav Yaakov, qu'il soit garde, a expliqué : agoz (17) a la guematria de tov (17), et aussi celle de het (17), comme l'a écrit le Rama dans les lois de Roch Hachana : allusion au fait que par la Torah, appelée tov, le het se retourne en tov, c'est-à-dire en mérite ; c'est pourquoi il l'a comparée à la noix. Fin de ses paroles, qu'il soit garde.
💡 Explication

Le même dispositif se reproduit : Aher interroge, Rabbi Meir répond, Aher oppose Rabbi Akiva. Sur Iyov 28, 17, Rabbi Meir tient l'or pour la difficulté de l'acquisition et le verre pour la facilité de la perte, que Rachi rapporte à l'oubli.

Rabbi Akiva lisait la comparaison du côté de la réparation : l'or et le verre brisés se refondent, et le talmid 'hakham qui a fauté garde de même une takana. Rabbi Meir retourne aussitôt cet enseignement contre celui qui le rapporte : toi aussi, reviens. La réponse d'Aher cite ce qu'il a entendu meahorei hapargod, de derrière le rideau qui sépare.

🖼️ Schéma
Iyov 28, 17 : l'or et le verre - deux expositions et leur conséquence Rabbi Meir L'or : les paroles de Torah sont difficiles à acquérir Le verre : elles sont faciles à perdre - par l'oubli, précise Rachi La comparaison porte sur l'acquisition Rabbi Akiva, cité par Aher L'or et le verre, une fois brisés, se refondent : ils ont une takana Ainsi le talmid 'hakham qui a fauté garde un remède La comparaison porte sur la réparation Rabbi Meir retourne l'exposition contre Aher : toi aussi, reviens Sa réponse : j'ai déjà entendu de derrière le pargod - sauf Aher
Les deux lectures d'Iyov 28, 17 et la conséquence que Rabbi Meir en tire pour Aher lui-même.
12
תָּנוּ רַבָּנַן: מַעֲשֶׂה בְּאַחֵר שֶׁהָיָה רוֹכֵב עַל הַסּוּס בְּשַׁבָּת, וְהָיָה רַבִּי מֵאִיר מְהַלֵּךְ אַחֲרָיו לִלְמוֹד תּוֹרָה מִפִּיו, אָמַר לוֹ: מֵאִיר, חֲזֹור לְאַחֲרַיִךְ, שֶׁכְּבָר שִׁיעַרְתִּי בְּעִקְבֵי סוּסִי עַד כָּאן תְּחוּם שַׁבָּת. אָמַר לוֹ: אַף אַתָּה חֲזֹור בָּךְ. אָמַר לוֹ: וְלֹא כְּבָר אָמַרְתִּי לְךָ כְּבָר שָׁמַעְתִּי מֵאֲחוֹרֵי הַפַּרְגּוֹד: ״שׁוּבוּ בָּנִים שׁוֹבָבִים״ — חוּץ מֵאַחֵר.

Nos maîtres ont enseigné : il arriva qu'Aher chevauchait un cheval en Chabbat, et Rabbi Meir marchait derrière lui pour apprendre la Torah de sa bouche. Il lui dit : Meir, retourne-toi, car j'ai déjà mesuré aux pas de mon cheval que jusqu'ici s'étend la limite du Chabbat (tehoum Chabbat).

Il lui dit : toi aussi, reviens. Il lui dit : ne t'ai-je pas déjà dit que j'ai déjà entendu de derrière le pargod : « revenez, fils dévoyés » — sauf Aher ?

💡 Explication

La baraita met en scène la situation dans toute sa tension : Aher transgresse le Chabbat en chevauchant, et Rabbi Meir marche derrière lui pour recevoir sa Torah. C'est Aher lui-même qui arrête son élève sur la limite : il a compté les pas de sa monture et sait où finit le tehoum Chabbat, la distance que l'on ne dépasse pas.

Le mot hazor, retourne-toi, sert de pivot. Rabbi Meir l'emploie à son tour dans le sens de la techouva, et reçoit la même réponse que précédemment : la parole entendue derrière le pargod l'exclut nommément.

13
תַּקְפֵיהּ עַיְּילֵיהּ לְבֵי מִדְרְשָׁא, אֲמַר לֵיהּ לְיָנוֹקָא: פְּסֹוק לִי פְּסוּקְךָ. אָמַר לוֹ: ״אֵין שָׁלוֹם אָמַר ה׳ לָרְשָׁעִים״. עַיְּילֵיהּ לְבֵי כְּנִישְׁתָּא אַחֲרִיתִי, אֲמַר לֵיהּ לְיָנוֹקָא: פְּסֹוק לִי פְּסוּקְךָ. אָמַר לוֹ: ״כִּי אִם תְּכַבְּסִי בַּנֶּתֶר וְתַרְבִּי לָךְ בֹּורִית נִכְתָּם עֲוֹנֵךְ לְפָנַי״. עַיְּילֵיהּ לְבֵי כְּנִישְׁתָּא אַחֲרִיתִי, אֲמַר לֵיהּ

Il le saisit et le fit entrer dans une maison d'étude. Il dit à un enfant : récite-moi ton verset.

Il lui dit : « il n'y a pas de paix, dit Hachem, pour les méchants. » Il le fit entrer dans une autre maison d'assemblée. Il dit à l'enfant : récite-moi ton verset.

Il lui dit : « même si tu te laves avec du nitre et que tu prends pour toi beaucoup de soude, ta faute reste tachée devant Moi. » Il le fit entrer dans une autre maison d'assemblée, il lui dit

💡 Explication

Rabbi Meir passe à l'épreuve. Il conduit Aher de maison en maison et demande à chaque enfant de réciter le verset qu'il vient d'apprendre : un verset dit sans intention par un enfant vaut ici réponse du Ciel.

Les deux premiers versets, Yechayahou 48, 22 et Yirmiyahou 2, 22, vont dans le sens de la lecture d'Aher. Le folio s'interrompt au moment où Rabbi Meir entre dans une troisième maison ; la série se poursuit au folio suivant.

🖼️ Schéma
Rabbi Meir mène Aher de maison en maison : les versets des enfants Première maison d'étude Il n'y a pas de paix, dit Hachem, pour les méchants - Yechayahou 48, 22 Deuxième maison Même lavée au nitre et à la soude, ta faute reste - Yirmiyahou 2, 22 Troisième maison le folio s'interrompt ici, la suite au folio 15b Aher interroge les enfants comme on consulte un signe : le verset qu'un enfant récite sans y penser vaut réponse. Chacune des deux premières réponses confirme la lecture qu'il fait de la bat kol, et non celle de Rabbi Meir.
Le parcours de maison en maison et les versets récités par les enfants, jusqu'à l'interruption du folio.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).