Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin de la sougya précédente : la vierge devenue enceinte est-elle permise au Kohen Gadol ? Ben Zoma répond qu'un homme habile comme Chemouel est rare, mais qu'on craint une conception dans un bain.
La guemara passe ensuite au récit de ben Zoma sur la marche du Har haBayit : absorbé dans le Maassé Berechit, il ne se lève pas devant Rabbi Yehochoua et déclare qu'il n'y a que trois doigts entre les eaux supérieures et les eaux inférieures ; Rabbi Yehochoua conclut qu'il est encore dehors, et la guemara montre la faiblesse de sa preuve avant de rapporter quatre mesures de l'écart. Vient alors le long dossier d'Aher : il voit Métatron assis et écrivant, en conclut à tort à deux autorités, entend la bat kol qui l'exclut de la techouva et sort vers la mauvaise conduite.
Le folio se clôt sur les échanges entre Aher et Rabbi Meir, l'un sur le verset de Kohelet, l'autre sur l'or et le verre, puis sur le cheval mené un jour de Chabbat et sur les versets récités par les enfants dans les maisons d'étude.
« Je peux accomplir plusieurs rapports sans [faire couler de] sang. » Ou peut-être [un homme] comme Chemouel n'est-il pas fréquent ? Il leur dit : [un homme] comme Chemouel n'est pas fréquent, et nous craignons qu'elle ne soit devenue enceinte dans un bain (ambati).
Le folio commence au milieu de la question posée à ben Zoma à la fin de 14b : une femme réputée vierge se trouve enceinte, peut-elle épouser le Kohen Gadol, à qui la Torah impose une vierge ? Deux craintes se présentent. La première tient au propos de Chemouel, qui affirmait pouvoir approcher une femme à plusieurs reprises sans faire couler de sang, par une technique que Rachi nomme hataya, l'inclinaison : un tel homme laisse les signes de virginité intacts. Ben Zoma écarte cette crainte, un homme aussi habile étant rare.
La seconde crainte demeure : elle a pu concevoir dans un ambati, le bassin où l'on se lave le corps entier, si de la semence y avait été laissée. Cette crainte-là suffit à l'interdire au Kohen Gadol.
Mais Chemouel n'a-t-il pas dit : toute semence qui n'est pas projetée comme une flèche ne féconde pas ! — Au départ, elle aussi était projetée comme une flèche.
La guemara oppose à la crainte du bain un autre enseignement de Chemouel : la semence ne féconde que si elle a été projetée comme une flèche. Une semence déjà déposée dans l'eau ne remplirait plus cette condition.
La réponse distingue le moment de l'émission et le moment de la fécondation : la condition porte sur l'émission. Une semence qui a été projetée comme une flèche en sortant du corps garde son pouvoir de féconder plus tard, ainsi que le précise Rachi sur les mots meikara, au départ.
Nos maîtres ont enseigné : il arriva que Rabbi Yehochoua ben Hanania se tenait sur une marche de la montagne du Temple (Har haBayit), et ben Zoma le vit et ne se leva pas devant lui. Il lui dit : D'où et vers où, ben Zoma ?
Il lui dit : Je contemplais entre les eaux supérieures et les eaux inférieures, et il n'y a entre celles-ci et celles-là que trois doigts seulement, ainsi qu'il est dit : « et le souffle de D.ieu planait sur la face des eaux » — comme une colombe qui plane sur ses petits sans les toucher. Rabbi Yehochoua dit à ses élèves : ben Zoma est encore dehors.
La baraita passe au sort de ben Zoma, dont il a été dit en 14b qu'il regarda et fut atteint. Le récit commence par un manquement apparent aux égards dus : il ne se lève pas devant Rabbi Yehochoua. La question de son maître, méayin oulaayin, d'où et vers où, se lit selon Rachi comme une demande sur ce qui occupe sa pensée.
Sa réponse porte sur le Maassé Berechit : il dit avoir contemplé l'intervalle entre les mayim élyonim et les mayim tahtonim, et l'évalue à trois doigts, sur la foi du verbe merahéfet de Berechit 1, 2, qu'il comprend comme un vol sur place, à la manière d'une colombe qui plane au-dessus de ses petits sans les toucher. Rabbi Yehochoua conclut devant ses élèves que ben Zoma est mibahoutz, encore dehors : sa contemplation l'a déjà saisi, sans qu'il soit parvenu au terme.
Or « et le souffle de D.ieu planait sur la face des eaux », quand cela eut-il lieu ? Au premier jour ; tandis que la séparation, c'est au deuxième jour qu'elle eut lieu, ainsi qu'il est écrit : « et qu'il sépare entre les eaux et les eaux ».
Et combien [y a-t-il entre elles] ? Rav Aha bar Yaakov dit : l'épaisseur d'un cheveu.
Et les rabbanan disent : comme [l'écart] des planches d'un pont. Mar Zoutra, et certains disent Rav Assi, dit : comme deux manteaux étendus l'un sur l'autre.
Et certains disent : comme deux coupes renversées l'une sur l'autre.
La guemara justifie le verdict de Rabbi Yehochoua. Le verset invoqué par ben Zoma appartient au premier jour de la création, alors que la séparation des eaux n'intervient qu'au deuxième jour, par le verset « et qu'il sépare entre les eaux et les eaux » (Berechit 1, 6). Un verset antérieur à la séparation ne peut mesurer l'intervalle qui en résulte.
La guemara demande alors la mesure réelle et rapporte quatre évaluations, toutes très petites : l'épaisseur d'un cheveu, le jeu que laissent les planches d'un pont, deux manteaux étendus l'un sur l'autre, deux coupes renversées l'une sur l'autre. Rachi précise sur gouda degamla qu'en disposant des planches côte à côte il reste nécessairement un intervalle, et qu'il en va de même des manteaux et des coupes.
« Aher coupa les pousses. » À son sujet, le verset dit : « ne laisse pas ta bouche faire pécher ta chair ». Qu'est-ce donc ?
Il vit Metatron, à qui l'autorisation avait été donnée de s'asseoir pour écrire les mérites d'Israël. Il dit : nous tenons par tradition qu'en haut il n'y a ni assise, ni rivalité, ni nuque, ni lassitude.
Peut-être, à D.ieu ne plaise, y a-t-il deux autorités (chetei rechouyot).
La guemara reprend la baraita des quatre qui entrèrent dans le Pardes et s'arrête sur Aher, dont il a été dit qu'il coupa les pousses. Rachi explique l'expression : il a corrompu et dévié, et le langage du kitsouts prolonge l'image du verger déjà employée.
La guemara demande ce qui a produit cet égarement. Il a vu Metatron assis, écrivant les mérites d'Israël. Or il tenait par tradition qu'en haut il n'y a ni yechiva, assise, ni taharout, rivalité, ni oref, nuque, car tous font face, ni ipouy, lassitude. Voyant un autre assis, il en a tiré la conclusion des chetei rechouyot, deux autorités. Rachi note au passage deux précisions de texte : la leçon « pas de station debout » ne figure pas dans sa version, et l'absence de nuque tient à ce que ces êtres ont une face de tous leurs côtés.
Ils firent sortir Metatron et le frappèrent de soixante coups de feu (poulsei denoura). Ils lui dirent : pour quelle raison, en le voyant, ne t'es-tu pas levé devant lui ?
[Alors] l'autorisation lui fut donnée d'effacer les mérites d'Aher. Une voix céleste (bat kol) sortit et dit : « revenez, fils dévoyés » — sauf Aher.
Le récit répond sur deux plans. Metatron est retiré de sa place et frappé de soixante poulsei denoura, que Rachi glose par des coups de bâton, afin que nul ne reproduise l'erreur d'Aher. Les Tossefot ajoutent la portée de cette correction : elle fait savoir que Metatron n'a pas plus de pouvoir qu'un autre.
Du côté d'Aher, l'autorisation est donnée d'effacer ses mérites, puis la bat kol reprend le verset de Yirmiyahou 3, 22, « revenez, fils dévoyés », en l'excluant nommément. Cette exclusion revient trois fois dans le folio et commande toute la suite du récit.
Il dit : puisque cet homme a été banni de ce monde-là, qu'il sorte et jouisse de ce monde-ci. Aher sortit vers la mauvaise conduite (tarbout raa).
Il sortit, trouva une prostituée et la sollicita. Elle lui dit : mais n'es-tu pas Élicha ben Abouya ?
Il arracha un radis d'une planche [de jardin] en Chabbat et le lui donna. Elle dit : c'est un autre (aher).
Le raisonnement d'Aher se laisse suivre pas à pas : exclu du monde à venir par la bat kol, il décide de prendre ce monde-ci. La guemara nomme cette décision tarbout raa, la mauvaise conduite.
La scène qui suit fixe le nom. La prostituée le reconnaît et hésite ; il arrache alors un radis un jour de Chabbat, geste public de transgression, et elle conclut : aher hou, c'est un autre. Rachi glose les deux mots araméens : pougla, le radis, et michra, la planche de culture.
Aher interrogea Rabbi Meir après qu'il fut sorti vers la mauvaise conduite. Il lui dit : que signifie ce qui est écrit : « celui-ci aussi en face de celui-là, D.ieu les a faits » ?
Il lui dit : tout ce que le Saint béni soit-Il a créé, Il l'a créé avec son vis-à-vis. Il a créé des montagnes — Il a créé des collines ; Il a créé des mers — Il a créé des fleuves.
Malgré sa sortie, Aher continue d'interroger son élève, et Rabbi Meir continue de répondre. La guemara le souligne par la formule répétée leahar cheyatsa letarbout raa, après qu'il fut sorti vers la mauvaise conduite.
Le verset de Kohelet 7, 14 pose que toute chose a son vis-à-vis. Rabbi Meir l'entend des couples de la création : montagnes et collines, mers et fleuves. Sa lecture reste dans l'ordre du monde visible.
Il lui dit : Rabbi Akiva ton maître ne disait pas ainsi, mais : Il a créé des justes, Il a créé des méchants ; Il a créé le gan Éden, Il a créé le guehinam. Chacun a deux parts, une au gan Éden et une au guehinam.
Si le juste a mérité, il prend sa part et la part de son compagnon au gan Éden ; si le méchant s'est rendu coupable, il prend sa part et la part de son compagnon au guehinam.
Aher oppose à son élève l'enseignement de son propre maître, Rabbi Akiva, qui lisait le même verset dans l'ordre moral : justes et méchants, gan Éden et guehinam. Cette lecture introduit une règle de partage : chaque homme dispose de deux parts, une de chaque côté.
Le compte se résout selon la conduite. Celui qui mérite reçoit sa part au gan Éden et celle que son compagnon y a perdue ; celui qui se rend coupable reçoit sa part au guehinam et celle que son compagnon y a laissée. Le total est ainsi michne, double, dans les deux directions.
Rav Mecharchya dit : quel est le verset ? À propos des justes il est écrit : « c'est pourquoi, dans leur pays, ils posséderont le double » ; à propos des méchants il est écrit : « et d'une double brisure brise-les ».
Rav Mecharchya fournit l'appui scripturaire de la règle précédente. Le mot michne, le double, se lit des deux côtés : Yechayahou 61, 7 pour les justes, qui hériteront le double dans leur pays, et Yirmiyahou 17, 18 pour les méchants, brisés d'une double brisure.
Aher interrogea Rabbi Meir après qu'il fut sorti vers la mauvaise conduite : que signifie ce qui est écrit : « l'or et le verre ne l'égalent pas, et son échange n'est pas un vase d'or fin » ? Il lui dit : ce sont les paroles de Torah, qui sont difficiles à acquérir comme des vases d'or et des vases d'or fin, et faciles à perdre comme des vases de verre.
Il lui dit : Rabbi Akiva ton maître ne disait pas ainsi, mais : de même que les vases d'or et les vases de verre, bien qu'ils aient été brisés, ont un remède (takana), ainsi le talmid 'hakham, bien qu'il ait fauté, a un remède. Il lui dit : toi aussi, reviens !
Il lui dit : j'ai déjà entendu de derrière le pargod : « revenez, fils dévoyés » — sauf Aher.
Le même dispositif se reproduit : Aher interroge, Rabbi Meir répond, Aher oppose Rabbi Akiva. Sur Iyov 28, 17, Rabbi Meir tient l'or pour la difficulté de l'acquisition et le verre pour la facilité de la perte, que Rachi rapporte à l'oubli.
Rabbi Akiva lisait la comparaison du côté de la réparation : l'or et le verre brisés se refondent, et le talmid 'hakham qui a fauté garde de même une takana. Rabbi Meir retourne aussitôt cet enseignement contre celui qui le rapporte : toi aussi, reviens. La réponse d'Aher cite ce qu'il a entendu meahorei hapargod, de derrière le rideau qui sépare.
Nos maîtres ont enseigné : il arriva qu'Aher chevauchait un cheval en Chabbat, et Rabbi Meir marchait derrière lui pour apprendre la Torah de sa bouche. Il lui dit : Meir, retourne-toi, car j'ai déjà mesuré aux pas de mon cheval que jusqu'ici s'étend la limite du Chabbat (tehoum Chabbat).
Il lui dit : toi aussi, reviens. Il lui dit : ne t'ai-je pas déjà dit que j'ai déjà entendu de derrière le pargod : « revenez, fils dévoyés » — sauf Aher ?
La baraita met en scène la situation dans toute sa tension : Aher transgresse le Chabbat en chevauchant, et Rabbi Meir marche derrière lui pour recevoir sa Torah. C'est Aher lui-même qui arrête son élève sur la limite : il a compté les pas de sa monture et sait où finit le tehoum Chabbat, la distance que l'on ne dépasse pas.
Le mot hazor, retourne-toi, sert de pivot. Rabbi Meir l'emploie à son tour dans le sens de la techouva, et reçoit la même réponse que précédemment : la parole entendue derrière le pargod l'exclut nommément.
Il le saisit et le fit entrer dans une maison d'étude. Il dit à un enfant : récite-moi ton verset.
Il lui dit : « il n'y a pas de paix, dit Hachem, pour les méchants. » Il le fit entrer dans une autre maison d'assemblée. Il dit à l'enfant : récite-moi ton verset.
Il lui dit : « même si tu te laves avec du nitre et que tu prends pour toi beaucoup de soude, ta faute reste tachée devant Moi. » Il le fit entrer dans une autre maison d'assemblée, il lui dit
Rabbi Meir passe à l'épreuve. Il conduit Aher de maison en maison et demande à chaque enfant de réciter le verset qu'il vient d'apprendre : un verset dit sans intention par un enfant vaut ici réponse du Ciel.
Les deux premiers versets, Yechayahou 48, 22 et Yirmiyahou 2, 22, vont dans le sens de la lecture d'Aher. Le folio s'interrompt au moment où Rabbi Meir entre dans une troisième maison ; la série se poursuit au folio suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).