Chagigah 15b — Aher après sa mort : la fumée de la tombe, et la question d'apprendre la Torah d'un maître fautif

Chagigah 15b

Sougya : Le folio achève l'épreuve des treize synagogues : Aher fait réciter leur verset à des enfants, et tous lui renvoient la même condamnation, jusqu'au dernier qui bégaie et transforme « et au méchant » en « et à Elicha ». Vient ensuite le sort d'Aher après sa mort : la cour céleste refuse de le juger et refuse de le faire entrer au monde à venir ; Rabbi Meir demande qu'il soit jugé, et de la tombe monte une fumée ; Rabbi Yo'hanan la fera cesser.

La fille d'Aher vient demander sa subsistance à Rabbi, et un feu lèche le banc. La guemara passe alors à la question halakhique de fond : comment Rabbi Meir a-t-il pu apprendre la Torah de la bouche d'Aher, puisqu'un verset exige que le maître ressemble à un ange ?

Deux versets opposés sont produits, et la réponse distingue le gadol du katan. Trois images — la datte, la noix, la grenade — disent la même chose : la Torah d'un maître fautif ne devient pas répugnante.

Le folio se clôt sur la faille d'origine, la tina du cœur, et sur Rabbi Akiva, seul à être monté et descendu en paix.

Le sort d'Aher après sa mort : les six étapes 1. Aher meurt La cour céleste tranche : on ne le juge pas, et il n'entre pas au monde à venir 2. Les deux raisons pas de jugement : il s'est occupé de Torah / pas de monde à venir : il a fauté. Un blocage, pas un verdict 3. Rabbi Meir intervient Mieux vaut qu'il soit jugé et qu'il entre au monde à venir : le jugement est la porte 4. Mort de Rabbi Meir Une fumée monte de la tombe d'Aher : signe qu'il est jugé, donc que la demande a été exaucée 5. Rabbi Yo'hanan objecte Est-ce une prouesse de brûler son maître ? Si je le tiens par la main, qui me l'arrachera ? 6. Mort de Rabbi Yo'hanan La fumée cesse de monter : Aher est sorti du jugement et amené au monde à venir Le hesped de Rabbi Yo'hanan Même le gardien de la porte ne s'est pas tenu devant toi, notre maître - le gardien de la porte du guehinnom n'a pas pu l'empêcher d'en faire sortir Aher
La séquence complète : le blocage céleste, la demande de Rabbi Meir, la fumée, l'objection de Rabbi Yohanan, l'extinction, le hesped.
Peut-on apprendre la Torah d'un maître fautif ? La question : Rabbi Meir a appris la Torah de la bouche d'Aher - comment ? Verset qui interdit Malakhi 2, 7 - les lèvres du cohen gardent le savoir, on cherche la Torah de sa bouche, car il est un ange de Hachem Tsevakot Lecture de Rabbi Yo'hanan : si le maître ressemble à un ange, oui ; sinon, non Versets qui permettent Rech Lakich - Michlei 22, 17 : tends ton oreille aux paroles des sages, et ton cœur à Ma connaissance - ledaati, non ledaatam Rav Hanina - Tehillim 45, 11 : écoute, fille, et vois, tends ton oreille, et oublie ton peuple Kachou kraei ahadadei - les versets se contredisent. Réponse : ha be-gadol, ha be-katan Gadol - l'adulte qui sait se garder il peut apprendre la Torah de sa bouche Katan - le jeune, encore influençable il n'apprend que d'un maître intègre
La contradiction entre Malakhi et les deux versets de permission, et la distinction finale entre gadol et katan.
Trois images pour un même trait : la datte, la noix, la grenade La datte En Erets Israël, rapporte par Rav Dimi tehala - la chair, mangée chihla - le noyau, jeté On rencontre le bon en premier La noix Dracha de Rava - Chir haChirim 6, 11 La coque salie de boue ne salit pas l'intérieur Sa Torah ne devient pas répugnante La grenade Rabba bar Chila devant Eliahou Il mange l'intérieur, il jette l'écorce On rencontre l'écorce en premier Ce que les trois images disent ensemble La faute du maître n'atteint pas le contenu de son enseignement : le partage est possible. Mais le tri repose entièrement sur le disciple - d'où la distinction gadol / katan du schéma précédent. C'est l'image de la grenade qui a été reçue en haut, et Rabbi Meir a été cité par son nom.
Les trois paraboles de la sougya, leur point commun, et celle qui a emporté la décision.
1
לְיָנוֹקָא: פְּסֹוק לִי פְּסוּקְךָ. אֲמַר לֵיהּ: ״וְאַתְּ שָׁדוּד מַה תַּעֲשִׂי כִּי תִלְבְּשִׁי שָׁנִי כִּי תַעְדִּי עֲדִי זָהָב כִּי תִקְרְעִי בַפּוּךְ עֵינַיִךְ לַשָּׁוְא תִּתְיַפִּי וְגוֹ׳״.

À un enfant : « Récite-moi ton verset. » Il lui dit : « Et toi, dévastée, que fais-tu, que tu te vêtes d'écarlate, que tu te pares d'ornements d'or, que tu élargis tes yeux au fard ? En vain tu t'embellis, etc. » (Yirmeyahou 4, 30).

💡 Explication

Le folio s'ouvre au milieu d'une séquence commencée en 15a. Elicha ben Avouya, appelé Aher, l'Autre, depuis qu'il est sorti de la voie, s'est vu dire du Ciel que la techouva ne serait pas reçue de lui. Il met alors cette parole à l'épreuve d'un procédé courant : demander à un enfant de réciter le verset qu'il est en train d'étudier, ce verset valant alors comme une forme de signe.

Le verset que l'enfant lui renvoie décrit celle qui se pare en vain, une fois la ruine déjà venue. Appliqué à Aher, il dit que l'ornement extérieur ne changera plus rien à ce qui est déjà perdu — exactement la réponse qu'il redoutait.

2
עַיְּילֵיהּ לְבֵי כְּנִישְׁתָּא אַחֲרִיתִי, עַד דְּעַיְּילֵיהּ לִתְלֵיסַר בֵּי כְנִישָׁתָא, כֻּולְּהוּ פְּסַקוּ לֵיהּ כִּי הַאי גַּווְנָא. לְבָתְרָא אֲמַר לֵיהּ: פְּסֹוק לִי פְּסוּקְךָ. אֲמַר לֵיהּ: ״וְלָרָשָׁע אָמַר אֱ-לֹהִים מַה לְּךָ לְסַפֵּר חֻקָּי וְגוֹ׳״. הָהוּא יָנוֹקָא הֲוָה מְגַמְגֵּם בְּלִישָּׁנֵיהּ, אִשְׁתְּמַע כַּמָּה דַּאֲמַר לֵיהּ: ״וְלֶאֱלִישָׁע אָמַר אֱ-לֹהִים״, אִיכָּא דְאָמְרִי: סַכִּינָא הֲוָה בַּהֲדֵיהּ, וְקַרְעֵיהּ וְשַׁדַּרֵיהּ לִתְלֵיסַר בֵּי כְנִישָׁתֵי. וְאִיכָּא דְּאָמְרִי, אָמַר: אִי הֲוַאי בִּידִי סַכִּינָא, הֲוָה קָרַעְנָא לֵיהּ.

Il le fit entrer dans une autre synagogue, jusqu'à l'avoir fait entrer dans treize synagogues : toutes lui récitèrent des versets de cette même façon. À la dernière, il lui dit : « Récite-moi ton verset. » Il lui dit : « Et au méchant, D.ieu dit : qu'as-tu à raconter mes lois, etc. » (Tehillim 50, 16).

Or cet enfant bégayait de la langue, et cela s'entendit comme s'il lui avait dit : « Et à Elicha, D.ieu dit. » Certains disent : il avait un couteau sur lui, il le déchira et l'envoya aux treize synagogues. Et certains disent qu'il dit : si j'avais eu un couteau en main, je l'aurais déchiré.

🪔 Ben Yehoyada (1)
שְׁקַל סַכִּינָא וְקַרְעֵיהּ וְשַׁדַּרֵיהּ לִתְלֵיסַר בֵּי מִדְרְשָׁא. הִנֵּה לְפִי פְּשַׁט הַמַּאֲמָר שֶׁהָרַג אֶת הַתִּינוֹק קַשָּׁא אֵיךְ נִתְגַּלְגֵּל דָּבָר זֶה עַל יְדֵי רַבִּי מֵאִיר שֶׁיִּשְׁפֹּוךְ אַחַר דָּם נָקִי? וְעוֹד מֶה רָאָה אַחַר לְנַוֵּול הַתִּינוֹק כָּל כָּךְ לַחְתֹּוךְ גּוּפוֹ שְׁלֹשׁ עֶשְׂרֵה חֲתִיכוֹת וּלְשַׁלְּחוֹ לְשָׁלֹשׁ עֶשְׂרֵה מִדְרָשׁוֹת? וְעוֹד מֶה חָטָא לוֹ הַיֶּלֶד בָּזֶה אֲפִילּוּ אִם נֹאמַר שֶׁאָמַר כֵּן בְּמִתְכַּוֵּין? וַהֲלֹא לֹא קִלְּלוֹ בְּכָךְ אֶלָּא אָמַר (תְּהִלִּים נ, טז) מַה לְּךָ לְסַפֵּר חֻקָּי וְכוּ' וְכִי אֱלִישָׁע יַכְחִישׁ בִּדְבָרִים אֵלּוּ לוֹמַר שֶׁהוּא נָקִי וְצַדִּיק וְאֵין בּוֹ דְּבָרִים אֵלּוּ? וַהֲלֹא עוֹשֶׂה עֲבֵירוֹת בְּפַרְהֶסְיָא! וְעוֹד הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר שְׁקַל סַכִּינָא וּגְדִיָּיה וְלֹא אָמַר וְקַרְעֵיהּ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּלָא קָאֵי וְקַרְעֵיהּ עַל הַתִּינוֹק אֶלָּא עַל הַסֵּפֶר שֶׁבְּיָדוֹ כִּי הַתִּינוֹק וַדַּאי הָיָה לוֹמֵד מִתּוֹךְ הַסֵּפֶר שֶׁבְּיָדוֹ וּכְשֶׁאָמַר לוֹ פְּסַק לִי פְּסוּקָיךְ רוֹצֶה לוֹמַר שֶׁתֹּאמַר לִי הַפָּסוּק שֶׁאַתָּה עוֹמֵד וְקוֹרֵא בּוֹ עַתָּה בְּרֶגַע זֶה וְהִנֵּה בְּפָסוּק זֶה שֶׁקָּרְאוּ הַתִּינוֹק 'וְלֶאֱלִישָׁע אָמַר אֱלֹקִים' נִתְאַמֵּת דַּעְתּוֹ שֶׁל אֱלִישָׁע שֶׁהָיָה מִתְייָאֵשׁ מִן הַתְּשׁוּבָה וּלְכָךְ קָרַע אֶת הַסֵּפֶר הַזֶּה שֶׁבּוֹ נִתְאַמֵּת דַּעְתּוֹ וּשְׁלָחוֹ לְשָׁלֹשׁ עֶשְׂרֵה מִדְרָשִׁים לוֹמַר לָהֶם אַל תְּהַרְהֲרוּ אַחֲרֵי לוֹמַר לָמָּה אֵינֶנִּי חוֹזֵר בִּי הֲלֹא מִן הַשָּׁמַיִם כָּךְ גָּזְרוּ וְהַמִּבְחָן נִתְבָּרֵר וְנוֹדַע בָּזֶה הַסֵּפֶר.
« Il prit un couteau, le déchira et l'envoya aux treize maisons d'étude. » Selon le sens simple de cet énoncé, il aurait tué l'enfant, et cela fait difficulté : comment une telle chose aurait-elle pu s'enchaîner par la main de Rabbi Meir, au point qu'Aher répande un sang innocent ? De plus, qu'a vu Aher pour défigurer l'enfant à ce point, couper son corps en treize morceaux et l'envoyer à treize maisons d'étude ? De plus, en quoi l'enfant a-t-il fauté envers lui, même si l'on dit qu'il a parlé ainsi à dessein ? Il ne l'a pourtant pas maudit ; il a seulement dit (Tehillim 50, 16) « qu'as-tu à raconter mes lois », etc. — et Élicha pourrait-il démentir ces paroles en prétendant qu'il est pur et juste et que rien de cela ne se trouve en lui ? Il commettait pourtant des transgressions en public ! De plus, il aurait fallu dire « il prit un couteau et le trancha », et non « il le déchira » ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que « il le déchira » ne se rapporte pas à l'enfant mais au livre qu'il tenait en main. L'enfant étudiait certainement dans le livre qu'il avait en main, et lorsqu'il lui a dit « récite-moi ton verset », il voulait dire : dis-moi le verset devant lequel tu te tiens et que tu lis à cet instant même. Or par ce verset que l'enfant a lu, « et à Élicha D.ieu dit », l'opinion d'Élicha s'est trouvée confirmée, lui qui désespérait de la techouva ; c'est pourquoi il a déchiré ce livre par lequel son opinion s'était confirmée, et l'a envoyé aux treize maisons d'étude pour leur dire : ne vous interrogez pas sur moi en demandant pourquoi je ne reviens pas ; ainsi en a-t-il été décrété du Ciel, et l'épreuve s'est éclaircie et s'est fait connaître par ce livre.
💡 Explication

L'épreuve est répétée treize fois, et treize fois le résultat est le même. La dernière réponse est la plus dure : le verset de Tehillim s'adresse au racha, au méchant, et lui refuse le droit même de réciter les lois divines. Le bégaiement de l'enfant transforme oul-racha, « et au méchant », en oule-Elicha, « et à Elicha » : le verset général devient une adresse nominale.

La guemara donne alors deux versions de la réaction d'Aher. Selon la première, il déchira et envoya aux treize synagogues ; selon la seconde, il se contenta de dire qu'il l'aurait fait s'il avait eu un couteau. Le Ben Ich Haï discute longuement de ce que désigne ce « il le déchira ».

🖼️ Schéma
L'épreuve des treize synagogues 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 Douze fois : des versets de même teneur - la ruine est déjà là, la parure ne sert plus à rien À la treizième : Tehillim 50, 16 oul-racha - et au méchant, D.ieu dit : qu'as-tu à raconter mes lois L'enfant bégaie : oule-Elicha - et à Elicha, D.ieu dit
Douze réponses de même teneur, puis la treizième qui, par le bégaiement, se change en adresse nominale.
3
כִּי נָח נַפְשֵׁיהּ דְּאַחֵר, אָמְרִי: לָא מִיָּדָן לְיַדְייָנֶיהָ, וְלָא לְעָלְמָא דְּאָתֵי לֵיתֵי. לָא מִיָּדָן לְיַדְיָינֶיהָ — מִשּׁוּם דְּעָסַק בְּאוֹרָייְתָא, וְלָא לְעָלְמָא דְּאָתֵי לֵיתֵי — מִשּׁוּם דְּחָטָא. אָמַר רַבִּי מֵאִיר: מוּטָב דְּלִידַיְּינֵיהּ וְלֵיתֵי לְעָלְמָא דְּאָתֵי. מָתַי אָמוּת, וָאַעֲלֶה עָשָׁן מִקִּבְרוֹ. כִּי נָח נַפְשֵׁיהּ דְּרַבִּי מֵאִיר סְלֵיק קֻוטְרָא מִקִּבְרֵיהּ דְּאַחֵר.

Quand Aher rendit l'âme, on dit [au Ciel] : qu'on ne le juge pas, et qu'il ne vienne pas au monde à venir. Qu'on ne le juge pas — parce qu'il s'est occupé de Torah ; et qu'il ne vienne pas au monde à venir — parce qu'il a fauté.

Rabbi Meir dit : mieux vaut qu'on le juge et qu'il vienne au monde à venir. Quand mourrai-je, pour faire monter la fumée de sa tombe ?

Quand Rabbi Meir rendit l'âme, une fumée monta de la tombe d'Aher.

📜 Rachi (2)
כִּי שְׁכִיב אַחֵר:
« Quand il mourut. » Il s'agit d'Aher.
אָמְרִי בָּרָקִיעַ לָא מִידִּין נִידַיְּינֵיהּ כו':
« On dit. » Au ciel : qu'on ne le juge pas, etc.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מָתַי אָמוּת וְאַעֲלֶה עָשָׁן מִקִּבְרוֹ. תָּלָה דָּבָר זֶה בְּיוֹם פְּטִירָתוֹ כִּי הַצַּדִּיק יוֹם פְּטִירָתוֹ כּוֹחוֹ גָּדוֹל עָצוּם וְנוֹרָא וְכַאֲשֶׁר פֵּירֵשׁ רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל עַל מַאֲמַר רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (חֻולִּין ז:) שֶׁאָמְרוּ גְּדוֹלִים צַדִּיקִים בְּמִיתָתָם יוֹתֵר מֵחַיֵּיהֶם יְעֻויַּן שָׁם.
« Quand mourrai-je, pour faire monter la fumée de sa tombe ? » Il a suspendu cette chose au jour de sa disparition, car la force du juste au jour de sa disparition est grande, immense et redoutable, ainsi que l'a expliqué notre maître le Ari, sa mémoire est une bénédiction, sur la parole de nos maîtres, leur mémoire est une bénédiction (Houlin 7b) : les justes sont plus grands dans leur mort que dans leur vie ; voir là-bas.
💡 Explication

La cour céleste est devant un cas sans issue : le mérite de l'étude interdit de le juger comme ses actes l'exigeraient, et ses actes interdisent de le faire entrer au monde à venir. Le résultat est une suspension : ni jugement, ni entrée, donc un blocage indéfini.

Rabbi Meir, son disciple, retourne le raisonnement : le jugement devient ici la voie de passage. Être jugé, c'est payer, et payer ouvre l'entrée. Il demande donc que son maître soit jugé, et prend pour signe de l'exaucement la fumée montant de la tombe, marque du jugement en cours.

4
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: גְּבוּרְתָא לְמִיקְלֵי רַבֵּיהּ? חַד הֲוָה בֵּינַנָא וְלָא מָצֵינַן לְאַצּוֹלֵיהּ? אִינְקְטֵיהּ בְּיַד, מַאן מַרְמֵי לֵיהּ מִן. אָמַר: מָתַי אָמוּת, וַאֲכַבֶּה עָשָׁן מִקִּבְרוֹ. כִּי נָח נַפְשֵׁיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן פְּסַק קֻוטְרָא מִקִּבְרֵיהּ דְּאַחֵר. פְּתַח עֲלֵיהּ הַהוּא סַפְדָנָא: אֲפִילּוּ שׁוֹמֵר הַפֶּתַח לֹא עָמַד לְפָנֶיךָ, רַבֵּינוּ!

Rabbi Yo'hanan dit : est-ce une prouesse que de brûler son maître ? Il y en avait un parmi nous, et nous ne pourrions pas le sauver ?

Si je le tiens par la main, qui me l'arrachera ? Il dit : quand mourrai-je, pour éteindre la fumée de sa tombe ?

Quand Rabbi Yo'hanan rendit l'âme, la fumée cessa de monter de la tombe d'Aher. Un orateur funèbre ouvrit sur lui : même le gardien de la porte ne s'est pas tenu devant toi, notre maître !

📜 Rachi (4)
חֲדָא הֲוָה בִּינַנָא תַּלְמִיד אֶחָד הֵי' בֵּינֵינוּ וְנִכְשַׁל וְיָצָא לְתַרְבּוּת רָעָה וְאֵין כֹּחַ בֵּין כֻּולָּנוּ לַהֲבִיאוֹ לָעוֹלָם הַבָּא:
« Il y en avait un parmi nous. » Un seul disciple était parmi nous, il a trébuché et est sorti vers la mauvaise voie, et il n'y aurait pas de force parmi nous tous pour l'amener au monde à venir ?
אִי נָקְטִי לֵיהּ בְּיָד מַאן מַרְמֵי לֵיהּ אִם אוֹחֵז אֲנִי בְּיָדוֹ לַהֲבִיאוֹ לָעוֹלָם הַבָּא מִי יִקָּחֶנּוּ מִידִי מַרְמֵי לְשׁוֹן נוֹטֵל מִידִי וְיֵשׁ לוֹ דֻּוגְמָא בִּפְסָחִים (דַּף י:) אַרְמוּיֵי אַרַמְיָיה מִינֵּיהּ גַּבֵּי כִּכָּר בְּפִי עַכְבָּר:
« Si je le tiens par la main, qui me l'arrachera ? » Si je le tiens par la main pour l'amener au monde à venir, qui me le prendra de la main ? <i>Marmi</i> est un terme qui signifie prendre de ma main ; on en trouve un exemple dans Pessahim (10b), <i>armouyei armyeh mineh</i>, à propos du pain dans la gueule de la souris.
מַאן כְּמוֹ מִנַּאי לָשׁוֹן קָצָר הוּא:
« Man. » Comme <i>minai</i>, de moi ; c'est une forme abrégée.
שׁוֹמֵר הַפֶּתַח שֶׁל גֵּיהִנָּם לֹא עָמַד לְפָנֶיךָ רַבֵּינוּ בְּבוֹאֲךָ לְהוֹצִיא אַחֵר מִשָּׁם:
« Le gardien de la porte. » Du guehinnom ; il ne s'est pas tenu devant toi, notre maître, lorsque tu es venu en faire sortir Aher.
🪔 Ben Yehoyada (2)
אִי נָקֵיטְנָא לֵיהּ בְּיָדִי, מַאן מִיְּרֵמַי לֵיהּ מִינַּאי. הַדָּבָר יִפָּלֵא אֵיךְ יוּכַל הַצַּדִּיק לְהַכְנִיס רָשָׁע לְגַן עֵדֶן בִּלְתִּי שֶׁיְּתֻוקַּן תְּחִלָּה וְיִטְהַר מִטֻּומְאַת עֲוֹנֹותָיו ובסה"ק אַדֶּרֶת אֵלִיָּהוּ בְּפָרָשַׁת וָאֶתְחַנַּן פֵּרַשְׁתִּי מַאֲמָר זֶה יָפֶה דְּהַכַּווָּנָה שֶׁיָּבֹא אֱלִישָׁע בְּגִלְגּוּל לְהִתָּקֵן בָּעוֹלָם הַזֶּה אַךְ כְּדֵי שֶׁלֹּא יְקַלְקֵל יוֹתֵר עָשָׂה לוֹ תַּקָּנָה זוֹ שֶׁהוּא רַבִּי יוֹחָנָן עַצְמוֹ תָּבֹא נַפְשׁוֹ עִמּוֹ בְּסוֹד הָעִיבּוּר וְאָז תִּשְׁמְרֵהוּ מִן הַקְּלִיפּוֹת שֶׁבָּאִים עָלָיו לְקַלְקְלוֹ, וְלָזֶה אָמַר 'מַאן מִיְּרֵמַי לֵיהּ מִינַּאי' רוֹצֶה לוֹמַר מַאן מִכּוֹחוֹת הַחִיצוֹנִים וְהַקְּלִיפּוֹת יוּכַל לְהַשְׁלִיכוֹ מִידִי לְהַפִּילוֹ עוֹד הַפַּעַם בְּבוֹר שַׁחַת לְקַלְקְלוֹ וְכַמְפֹורָשׁ כָּל זֶה בְּהַרְחָבַת דְּבָרִים עַל פִּי דְּבָרָיו שֶׁל גְּדוֹל רַבֵּינוּ אֲדוֹנֵינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּשַׁעַר הַגִּלְגּוּלִים יְעֻויַּן שָׁם.
« Si je le tiens par la main, qui me l'arrachera ? » La chose étonne : comment un juste pourrait-il faire entrer un méchant au gan éden sans qu'il ait d'abord été réparé et purifié de l'impureté de ses fautes ? Dans le livre saint Aderet Eliahou, sur la paracha Vaéthanan, j'ai bien expliqué cet énoncé : l'intention est qu'Élicha revienne par <i>guilgoul</i>, transmigration, pour se réparer dans ce monde-ci ; mais afin qu'il ne se corrompe pas davantage, Rabbi Yo'hanan lui a ménagé ce remède, que son âme à lui vienne avec lui par le <i>sod haibbour</i>, le secret de l'imprégnation, et le garde alors des <i>kelipot</i>, les écorces, qui viennent sur lui pour le corrompre. C'est en ce sens qu'il dit « qui me l'arrachera » : laquelle des forces extérieures et des kelipot pourrait le jeter hors de ma main pour le faire tomber une fois encore dans la fosse de perdition et le corrompre ? Tout cela est exposé au long d'après les paroles de notre grand maître et seigneur le Ari, sa mémoire est une bénédiction, dans le Chaar haGuilgoulim ; voir là-bas.
תַּלְמִידֵי חֲכָמִים שֶׁגּוּפָן אֵשׁ. יֵשׁ לְהָבִין מֵהֵיכָא מַשְׁמַע שֶׁגּוּפָן אֵשׁ דְּבִקְרָא מְפֹורָשׁ עַל דִבְרֵי תוֹרָה דִּכְתִיב (יִרְמְיָה כג, כט) הֲלוֹא כֹה דְבָרִי כָּאֵשׁ? וְעַיֵּין מָהַרְשָׁ"א זַ"ל. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהַדִּיבּוּר שֶׁל הַתּוֹרָה שֶׁהָאָדָם מוֹצִיא מִפִּיו בַּחֲמִשָּׁה מוֹצָאוֹת הַפֶּה הִנֵּה הוּא יוֹצֵא מִכֹּחַ הַגּוּף שֶׁלּוֹ וְנִמְצָא זֶה הַדִּבּוּר וְהַקּוֹל וְהַהֶבֶל שֶׁל דִבְרֵי תוֹרָה הוּא גּוּפוֹ שֶׁל הָאָדָם וְכֵיוָן דְּדִבְרֵי תּוֹרָה קְרָאָם אֵשׁ נִמְצָא גּוּפוֹ שֶׁל אָדָם נַעֲשֶׂה אֵשׁ שֶׁיֵּשׁ לוֹ דִּין אֵשׁ. וְנִרְאֶה לִי בס"ד הַכָּתוּב (תְּהִלִּים קב, יד) אַתָּה תָקוּם תְּרַחֵם צִיּוֹן, 'תָּקוּם' רָאשֵׁי תֵּיבוֹת ת קַח ק ל ו חֹומֶר מ סָלָמַנְדְּרָא וּבָזֶה תְּרַחֵם צִיּוֹן הוּא תַּלְמִיד חָכָם הַמְצֻוייָּן בַּהֲלָכָה עַל דֶּרֶךְ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (בְּרָכוֹת ח.) אֹהֵב ה' שַׁעֲרֵי צִיּוֹן (תְּהִלִּים פז, ב) . וּלְדַעַת רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ שֶׁיֵּשׁ קַל וָחֹומֶר מִמִּזְבַּח הַזָּהָב בָּזֶה יוּבָן רֶמֶז הַכָּתוּב ( תְּהִלִּים מד, כז) קוֹמָה עֶזְרָתָה לָנוּ, 'קוֹמָה' רָאשֵׁי תֵּיבוֹת ק ל ו חֹומֶר מ מִזְבַּח ה זָהָב הוּא יִהְיֶה עֶזְרָתָה לָנוּ. וְהִנֵּה מָהַרְשָׁ"א זַ"ל נִרְגָּשׁ מֵאֱלִישָׁע אַחַר שֶׁעָלָה עָשָׁן מִקִּבְרוֹ וְהָיָה אוֹר שֶׁל גֵּיהִנָּם שׁוֹלֵט בּוֹ עַיֵּין שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד בָּעֳונָשִׁים שֶׁל גֵּיהִנָּם יֵשׁ כַּמָּה מִינִים שֶׁיֵּשׁ מְדוֹרוֹת שֶׁהֵם אֵשׁ בּוֹעֲרָה בָּהֶם תָּמִיד וְיֵשׁ מְדוֹרִים שֶׁאֵין בָּהֶם אֵשׁ אֶלָּא הֵם מְלֵאִים עָשָׁן וְנִידּוֹנִין שָׁם בַּעֲשַׁן בִּלְבַד וְיֵשׁ מְדוֹרִים מְלֵאִים שֶׁלֶג וּבָרָד וְנִידּוֹנִין בָּהֶם וְכָאן יָלֵיף עַל אֵשׁ דַּוְקָא אַךְ אַחֵר נִידּוֹן בִּמְדוֹרִים שֶׁיֵּשׁ בָּהֶם עָשָׁן בִּלְבַד וּלְכָךְ אָמַר 'מָתַי יָמוּת וְיַעֲלֶה עָשָׁן מִקִּבְרוֹ' וְלֹא אָמַר יַעֲלֶה אֵשׁ לֶהָבָה. וּמַה שֶׁאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן (לְעֵיל בְּדַף טו:) 'רְבוּתָא לְמִקָּלָא רַבֵּיהּ בְּנוּרָא' הִנֵּה תַּלְמוּדָא דִּידַן לָא גָּרֵיס בְּנוּרָא וְרַק בְּעֵין יַעֲקֹב גָּרֵיס בְּנוּרָא וּלְגִרְסָתֵנוּ 'לְמִקָּלָא רַבֵּיהּ' הַייְנוּ בַּעֲשַׁן וַאֲפִילּוּ לְגָרֵס דְּגָרְסִי 'בְּנוּרָא' הִנֵּה רַבִּי יוֹחָנָן קָאָמַר הָכִי וְהַאי מֵימְרָא דְּתַלְמִידֵי חֲכָמִים אֵין אוּר גֵּיהִנָּם שׁוֹלֶטֶת בָּהֶם רַבִּי אֶלְעָזָר קָאָמַר לוֹ וְאֶפְשָׁר דְּרַבִּי יוֹחָנָן לֵית לֵיהּ הַאי קַל וָחֹומֶר דְּהָכָא וְלָכֵן חָשַׁב דְּאַחַר נִידּוֹן בָּאֵשׁ מַמָּשׁ. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד מַה שֶׁאָמַר אֵין אוּר גֵּיהִנָּם שׁוֹלֶטֶת הַייְנוּ אֵינָהּ שׁוֹלֶטֶת לַעֲשׂוֹתוֹ אֵפֶר דְּיָדוּעַ הָרְשָׁעִים נִשְׂרָפִים וְנַעֲשִׂים אֵפֶר וְאַחַר כָּךְ חוֹזֵר זֶה הָאֵפֶר לִהְיוֹת גּוּף שָׁלֵם וְתִכָּנֵס בּוֹ הַנֶּפֶשׁ וְחוֹזֵר וְנִשְׂרָף וְכֵן עַל זֶה הַדֶּרֶךְ לֹא יִשְׁבֹּותוּ וְכָאן קָאָמַר אֵין שׁוֹלֶטֶת לַעֲשׂוֹתוֹ אֵפֶר כְּדֵי שֶׁיַּחֲזֹור וְיִהְיֶה גּוּף אֶלָּא יִשָּׁאֵר כְּמוֹ שֶׁהוּא וְרַק נִכְוֶוה בָּאֵשׁ וּמִצְטַעֵר שִׁיעוּר כְּוִיָּה. וְדַע דִּמְפֹורָשׁ בִּסְפָרִים זֶה הַגּוּף שֶׁנִּקְבַּר בַּקֶּבֶר וְנַעֲשָׂה עָפָר וְנִשְׁאַר מִמֶּנּוּ רַק עֶצֶם אֶחָד בִּלְבַד בִּשְׁבִיל הַתְּחִיָּה אֵין זֶה נִשְׂרָף בְּגֵיהִנָּם אֶלָּא מִן עֲפָרוֹ יִתְהַוֶּוה גּוּף חָדָשׁ שֶׁתִּתְלַבֵּשׁ בּוֹ הַנֶּפֶשׁ וְיִהְיוּ נִידּוֹנִים שְׁנֵיהֶם בְּגֵיהִנָּם וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב מהר"א הַכֹּהֵן זַ"ל.
« Les sages, dont le corps est feu. » Il faut comprendre d'où il ressort que leur corps est feu, alors que le verset parle explicitement des paroles de Torah, comme il est écrit (Yirmeyahou 23, 29) « Mes paroles ne sont-elles pas comme le feu » ? Voir le Maharcha, sa mémoire est une bénédiction. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la parole de Torah que l'homme fait sortir de sa bouche par les cinq points d'articulation sort de la force de son corps ; il se trouve que cette parole, cette voix et ce souffle de paroles de Torah sont le corps même de l'homme, et puisque les paroles de Torah sont appelées feu, le corps de l'homme devient feu et relève du statut du feu. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que dans le verset (Tehillim 102, 14) « Toi, tu te lèveras, tu prendras Tsion en pitié », <i>takoum</i> est l'acronyme de <i>tikah kal vahomer misalamandra</i>, tu prendras le kal va-homer de la salamandre ; et par la « tu prendras Tsion en pitié », c'est-à-dire le sage distingué dans la halakha, à la manière de ce qu'ont dit nos maîtres, leur mémoire est une bénédiction (Berakhot 8a) sur « Hachem aime les portes de Tsion » (Tehillim 87, 2). Et selon l'avis de Rabbi Chimon ben Lakich, pour qui il existe un kal va-homer depuis l'autel d'or, on comprend l'allusion du verset (Tehillim 44, 27) « lève-toi, sois notre secours » : <i>kouma</i> est l'acronyme de <i>kal vahomer mimizbeah hazahav</i>, kal va-homer depuis l'autel d'or — celui-là sera notre secours. Or le Maharcha, sa mémoire est une bénédiction, s'est troublé au sujet d'Élicha Aher, dont la fumée montait de la tombe et sur qui le feu du guehinnom dominait ; voir là-bas. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que parmi les châtiments du guehinnom il y a plusieurs sortes : il est des demeures où brûle un feu permanent ; il en est où il n'y a pas de feu, mais qui sont pleines de fumée, et l'on y est jugé par la fumée seule ; et il en est qui sont pleines de neige et de grêle, et l'on y est jugé ainsi. Ici on apprend précisément au sujet du feu, mais Aher était jugé dans les demeures où il n'y a que de la fumée ; c'est pourquoi il a dit « quand mourrai-je, et une fumée montera de sa tombe », et il n'a pas dit que monterait un feu de flamme. Quant à ce que dit Rabbi Yo'hanan (ci-dessus, folio 15b) « est-ce une prouesse de brûler son maître par le feu », notre Talmud ne lit pas « par le feu » ; seul le Ein Yaakov lit « par le feu ». Selon notre version, « brûler son maître » se dit de la fumée ; et même selon ceux qui lisent « par le feu », c'est Rabbi Yo'hanan qui parle ainsi, tandis que l'énoncé selon lequel le feu du guehinnom ne domine pas les sages est dit par Rabbi Elazar ; il se peut que Rabbi Yo'hanan ne tienne pas ce kal va-homer d'ici, et qu'il ait donc pensé qu'Aher était jugé par un feu véritable. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que « le feu du guehinnom ne domine pas » signifie qu'il ne domine pas au point de le réduire en cendres : il est connu que les méchants brûlent et deviennent cendres, puis ces cendres redeviennent un corps entier, l'âme y entre, et il brûle de nouveau, et ainsi sans repos. Ici il est dit que le feu ne domine pas au point de le réduire en cendres pour qu'il redevienne corps ; il reste tel qu'il est, seulement brûlé par le feu et souffrant la mesure de la brûlure. Et sache qu'il est expliqué dans les livres que ce corps enseveli dans la tombe, devenu poussière, et dont il ne reste qu'un seul os pour la résurrection, celui-là ne brûle pas au guehinnom ; c'est de sa poussière que se forme un corps nouveau dont l'âme se revêt, et tous deux sont jugés au guehinnom, ainsi que l'a écrit le Maharam haKohen, sa mémoire est une bénédiction.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan conteste le moyen employé par Rabbi Meir. Faire entrer son maître au monde à venir en le faisant passer par le feu du guehinnom lui paraît un secours sans gloire. Sa formule, gvourta lemikli rabeh, met en cause la prouesse revendiquée.

Il propose autre chose : tenir Aher par la main, c'est-à-dire l'introduire sur son propre mérite, sans jugement préalable. Rachi glose le mot rare marmi : qui me l'enlèvera de la main ? La preuve que la demande a été exaucée est l'arrêt de la fumée à la mort de Rabbi Yo'hanan. Le hesped en tire la mesure de sa force : le gardien de la porte du guehinnom n'a pas pu lui barrer le passage.

5
בִּתּוֹ שֶׁל אַחֵר אָתְיָא לְקַמֵּיהּ דְּרַבִּי, אָמְרָה לֵיהּ: רַבִּי, פַּרְנְסֵנִי. אָמַר לָהּ: בַּת מִי אַתְּ? אָמְרָה לוֹ: בִּתּוֹ שֶׁל אַחֵר אֲנִי. אָמַר לָהּ: עֲדַיִין יֵשׁ מִזַּרְעוֹ בָּעוֹלָם?! וְהָא כְּתִיב: ״לֹא נִין לוֹ וְלֹא נֶכֶד בְּעַמּוֹ וְאֵין שָׂרִיד בִּמְגוּרָיו״! אָמְרָה לוֹ: זְכוֹר לְתוֹרָתוֹ, וְאַל תִּזְכֹּור מַעֲשָׂיו. מִיָּד יָרְדָה אֵשׁ וְסִכְסְכָה סַפְסָלוֹ שֶׁל רַבִּי. בָּכָה וְאָמַר רַבִּי: וּמַה לַמִּתְגַּנִּין בָּהּ — כָּךְ, לַמִּשְׁתַּבְּחִין בָּהּ — עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה!

La fille d'Aher vint devant Rabbi. Elle lui dit : Rabbi, assure ma subsistance.

Il lui dit : de qui es-tu la fille ? Elle lui dit : je suis la fille d'Aher.

Il lui dit : il reste encore de sa semence dans le monde ?! N'est-il pas écrit : « Il n'aura ni fils ni petit-fils parmi son peuple, ni survivant dans ses demeures » (Iyov 18, 19) !

Elle lui dit : souviens-toi de sa Torah, et ne te souviens pas de ses actes. Aussitôt un feu descendit et lèche le banc de Rabbi.

Rabbi pleura et dit : si, pour ceux qui se rendent méprisables par elle, il en va ainsi, pour ceux qui s'en font une gloire, à plus forte raison !

🪔 Ben Yehoyada (1)
יָרְדָה אֵשׁ מִן הַשָּׁמַיִם, וְסִכְסְכָה סַפְסָלוֹ שֶׁל רַבִּי. נִרְאֶה לִי בס"ד רָמְזוּ לוֹ מִן הַשָּׁמַיִם שֶׁיִּזְכֹּור תִּיקּוּן שֶׁנַּעֲשָׂה לוֹ בְּאֵשׁ גֵּיהִנָּם עַל יְדֵי בַּקָּשָׁתוֹ שֶׁל רַבִּי מֵאִיר שֶׁאָמַר 'מָתַי אָמוּת וְאַעֲלֶה עָשָׁן מִקִּבְרוֹ' וְלָכֵן לָמָּה קוֹרֵא עָלָיו פָּסוּק זֶה (אִיּוֹב יח, יט) לֹא נִין לוֹ וְלֹא נֶכֶד בְּעַמּוֹ? גַּם סִכְסְכָה הַסַּפְסָל לִרְמֹוז עַל מְקוֹם הַנְּשָׁמוֹת שֶׁהוּא תַּחַת כִּסֵּא הַכָּבוֹד שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל כָּל נִשְׁמוֹת יִשְׂרָאֵל חֲצוּבוֹת מִתַּחַת כִּסֵּא הַכָּבוֹד וְלָכֵן רָאוּי שֶׁלֹּא יִדַּח מִמֶּנּוּ נִדָּח שֶׁלֹּא תִּהְיֶה נִדְחֵית נִשְׁמָתוֹ שֶׁל אֱלִישָׁע לְגַמְרֵי. וְנִרְמָז תִּיקּוּנוֹ בָּאֵשׁ בְּאוֹתִיּוֹת שְׁמוֹ אֱלִישָׁע הוּא אוֹתִיּוֹת 'יָעֵל אֵשׁ' שֶׁיִּהְיֶה לוֹ עֲלִיָּה עַל יְדֵי אֵשׁ. אוֹ יָעֵל לְשׁוֹן כְּנִיסָה בַּתַּלְמוּד כְּמוֹ לִיעוֹל וְלַיְּתֵי וְהַייְנוּ שֶׁיִּכָּנֵס בָּאֵשׁ עַל פִּי בַּקָּשָׁתוֹ שֶׁל רַבִּי מֵאִיר ע"ה.
« Un feu descendit du ciel et lèche le banc de Rabbi. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on lui a fait signe du Ciel de se souvenir de la réparation qui avait été faite à Aher par le feu du guehinnom, grâce à la demande de Rabbi Meir qui avait dit « quand mourrai-je, pour faire monter la fumée de sa tombe » ; pourquoi donc lisait-il sur lui ce verset (Iyov 18, 19) « il n'aura ni fils ni petit-fils parmi son peuple » ? De plus, le feu a léché le banc pour faire allusion au lieu des âmes, qui est sous le trône de gloire, comme l'ont dit nos maîtres, leur mémoire est une bénédiction : toutes les âmes d'Israël sont taillées de sous le trône de gloire ; il convient donc que le banni ne demeure pas banni, et que l'âme d'Élicha ne soit pas rejetée entièrement. Sa réparation par le feu est d'ailleurs indiquée dans les lettres de son nom : Élicha, ce sont les lettres de <i>yaal ech</i>, il montera par le feu, c'est-à-dire qu'il aura une élévation par le feu. Ou bien <i>yaal</i> au sens d'entrer, comme dans le Talmud, <i>liyoul veleiti</i> ; il entrera donc dans le feu selon la demande de Rabbi Meir, la paix soit sur lui.
💡 Explication

Rabbi applique à Aher un verset d'Iyov qui décrit la fin d'un méchant sans postérité. La fille lui répond par une phrase d'une grande économie : zekhor leTorato veal tizkor maassav — le mérite de la Torah reste attaché au nom de son père, même séparé de sa conduite.

Le feu qui lèche le banc est la réponse du Ciel à l'objection de Rabbi. Le kal va-homer qu'il en tire est le fil de tout le folio : si la Torah protège l'honneur de celui qui l'a déshonorée, elle protège à plus forte raison celui qui l'honore.

6
וְרַבִּי מֵאִיר, הֵיכִי גְּמַר תּוֹרָה מִפֻּומֵּיהּ דְּאַחֵר? וְהָאָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מַאי דִכְתִיב: ״כִּי שִׂפְתֵי כֹהֵן יִשְׁמְרוּ דַעַת וְתוֹרָה יְבַקְשׁוּ מִפִּיהוּ כִּי מַלְאַךְ ה׳ צְבָאוֹת הוּא״. אִם דּוֹמֶה הָרַב לְמַלְאַךְ ה׳ צְבָאוֹת — יְבַקְּשׁוּ תּוֹרָה מִפִּיהוּ, וְאִם לָאו — אַל יְבַקְּשׁוּ תּוֹרָה מִפִּיהוּ!

Et Rabbi Meir, comment a-t-il appris la Torah de la bouche d'Aher ? Rabba bar bar Hana n'a-t-il pas dit au nom de Rabbi Yo'hanan : quel est le sens de ce qui est écrit, « car les lèvres du cohen gardent le savoir, et l'on cherche la Torah de sa bouche, car il est un ange de Hachem Tsevakot » (Malakhi 2, 7) ?

Si le maître ressemble à un ange de Hachem Tsevakot, qu'on cherche la Torah de sa bouche ; et sinon, qu'on ne cherche pas la Torah de sa bouche !

💡 Explication

La guemara quitte le récit pour la question de droit. Le verset de Malakhi, lu par Rabbi Yo'hanan, pose une condition sur le maître : on ne recueille l'enseignement que de celui dont la conduite répond à son savoir. Aher était précisément le contraire.

La question est normative : la conduite de Rabbi Meir, sage de premier rang, engage la halakha. Les segments suivants produiront deux versets opposés, puis la résolution.

7
אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: רַבִּי מֵאִיר — קְרָא אַשְׁכַּח וְדָרַשׁ: ״הַט אָזְנְךָ וּשְׁמַע דִּבְרֵי חֲכָמִים וְלִבְּךָ תָּשִׁית לְדַעְתִּי״, ״לְדַעְתָּם״ לֹא נֶאֱמַר, אֶלָּא ״לְדַעְתִּי״.

Rech Lakich dit : Rabbi Meir a trouvé un verset et l'a expliqué : « Tends ton oreille et écoute les paroles des sages, et applique ton cœur à Ma connaissance » (Michlei 22, 17) — il n'est pas dit « à leur connaissance », mais « à Ma connaissance ».

📜 Rachi (1)
לְדַעְתָּם לֹא נֶאֱמַר אַלְמָא בְּרַשִּׁיעֵי עֲסִיקִינַן וְקָאָמַר הַט אָזְנְךָ:
« Il n'est pas dit : à leur connaissance. » Cela montre que nous traitons de méchants, et il dit pourtant : tends ton oreille.
💡 Explication

Rech Lakich montre que le verset de Michlei suppose déjà le cas d'un maître imparfait. Si l'écoute portait sur des sages accomplis, il aurait fallu lire ledaatam, « à leur connaissance ». Le passage à ledaati, « à Ma connaissance », dédouble l'objet : on écoute les paroles, mais on les rapporte à la connaissance divine.

C'est la base halakhique de la conduite de Rabbi Meir : le contenu s'évalue à une mesure extérieure à celui qui l'énonce.

8
רַב חֲנִינָא אָמַר מֵהָכָא: ״שִׁמְעִי בַת וּרְאִי וְהַטִּי אָזְנֵךְ וְשִׁכְחִי עַמֵּךְ וּבֵית אָבִיךְ וְגוֹ׳״.

Rav Hanina dit : de la : « Écoute, fille, et vois, et tends ton oreille, et oublie ton peuple et la maison de ton père, etc. » (Tehillim 45, 11).

📜 Rachi (1)
הַטִּי אָזְנְךָ לִשְׁמוֹעַ וְאֶת מַעֲשֵׂיהֶם שְׁכֵחֵי וְאַל תִּלְמְדִי אוֹתָן:
« Tends ton oreille. » Pour entendre ; et leurs actes, oublie-les et ne les apprends pas.
💡 Explication

Rav Hanina apporte un second appui. Le verset juxtapose deux mouvements : tendre l'oreille et oublier. Rachi lit ce dédoublement comme la règle même du tri : écouter l'enseignement, oublier les actes.

9
קָשׁוּ קְרָאֵי אַהֲדָדֵי? לָא קַשְׁיָא: הָא בְּגָדוֹל, הָא בְּקָטָן.

Les versets se contredisent ! Ce n'est pas une difficulté : ici il s'agit d'un grand, là il s'agit d'un petit.

📜 Rachi (1)
גָּדוֹל הַיּוֹדֵעַ לִיזָּהֵר [שֶׁלֹּא יִלְמֹוד] מַעֲשָׂיו יָכוֹל לִלְמֹוד תּוֹרָה מִפִּיו:
« Un grand. » Celui qui sait se garder d'apprendre ses actes peut apprendre la Torah de sa bouche.
🗂️ Tossefot (1)
הָא בְּגָדוֹל הָא בְּקָטָן. וְהָא דְּרֵישׁ פֶּ' בָּתְרָא דמו"ק (דַּף יז.) דְּהָווּ סָנוּ שֻׁומְעָנֵיהּ דְּשַׁמְּתֵיהּ רַב יְהוּדָה אִיכָּא לְמֵימַר דִּקְטַנִּים הָווּ דְּגָרְסִי קַמֵּיהּ וְחָייְשִׁי' דִּלְמָא מִימַּשְׁכִי אִי נָמֵי אֲפִילּוּ הָווּ גְּדוֹלִים נִידָּהוּ רַב יְהוּדָה כֵּיוָן שֶׁמָּצָא מָקוֹם לְנַדּוֹתוֹ וּבְדִין הָיָה כֵּיוָן דְּסָנוּ שֻׁומְעָנֵיהּ. הָר"ר אֶלְחָנָן:
« Ici un grand, là un petit. » Quant à ce qui est exposé au dernier chapitre de Moed Katan (17a), où un maître avait mauvaise réputation et où Rav Yehouda l'a excommunié, on peut dire qu'il s'agissait de petits qui étudiaient devant lui, et que l'on craignait qu'ils ne soient entraînés. Ou bien, même s'il s'agissait de grands, Rav Yehouda l'a excommunié parce qu'il a trouvé là un motif de le faire, et c'était justifié puisqu'il avait mauvaise réputation. Rabbenou Elhanan.
💡 Explication

La contradiction est posée de front : Malakhi interdit, Michlei et Tehillim permettent. La réponse ne choisit pas entre les versets, elle distingue les situations. Le gadol, l'adulte formé, sait prendre l'enseignement sans prendre la conduite ; le katan, encore en formation, prendra les deux.

Tossefot confronte cette règle au cas de Moed Katan 17a, où Rav Yehouda a excommunié un maître de mauvaise réputation. Deux réponses : ses élèves y étaient des petits, ou bien la mauvaise réputation suffisait à justifier l'excommunication indépendamment de cette règle.

10
כִּי אֲתָא רַב דִּימִי, אֲמַר, אָמְרִי בְּמַעֲרָבָא: רַבִּי מֵאִיר אֲכַל תַּחְלָא, וּשְׁדָא שִׁיחְלָא לְבָרָא. דָּרַשׁ רָבָא: מַאי דִכְתִיב: ״אֶל גִּנַּת אֱגוֹז יָרַדְתִּי לִרְאוֹת בְּאִבֵּי הַנָּחַל וְגוֹ׳״, לָמָּה נִמְשְׁלוּ תַּלְמִידֵי חֲכָמִים לֶאֱגוֹז — לוֹמַר לְךָ: מָה אֱגוֹז זֶה, אַף עַל פִּי שֶׁמְּלֻוכְלָךְ בְּטִיט וּבְצוֹאָה — אֵין מַה שֶּׁבְּתוֹכוֹ נִמְאָס; אַף תַּלְמִיד חָכָם, אַף עַל פִּי שֶׁסָּרַח — אֵין תּוֹרָתוֹ נִמְאֶסֶת.

Quand Rav Dimi vint, il dit : on dit en Occident : Rabbi Meir a mangé la datte et a jeté le noyau. Rava exposa : quel est le sens de ce qui est écrit, « Je suis descendu au jardin des noyers pour voir les pousses de la vallée, etc. » (Chir haChirim 6, 11) ?

Pourquoi les sages ont-ils été comparés à la noix ? Pour te dire : de même que cette noix, bien que salie de boue et d'immondice, ce qui est à l'intérieur n'en devient pas répugnant, de même le sage, bien qu'il ait mal tourné, sa Torah n'en devient pas répugnante.

📜 Rachi (2)
תַּחֲלֵא פְּרִי הַחִיצוֹן הַנֶּאֱכָל בִּתְמָרָה:
« Tehala. » Le fruit extérieur de la datte, celui qui se mange.
שִׁיחְלָא גַּרְעִינָה הַנִּזְרֶקֶת:
« Chihla. » Son noyau, celui qu'on jette.
💡 Explication

La sougya passe du raisonnement exégétique aux images. La formule d'Erets Israël, rapportée par Rav Dimi, décrit le geste de Rabbi Meir : manger la chair, jeter le noyau. Rachi précise les deux termes araméens, tehala, la chair extérieure comestible de la datte, et chihla, le noyau rejeté.

La dracha de Rava ajoute un point distinct : la saleté de la coque reste sur la coque et ne passe pas à l'intérieur. La Torah du maître fautif demeure ainsi intacte sous ses actes.

11
אַשְׁכְּחֵיהּ רַבָּה בַּר שֵׁילָא לְאֵלִיָּהוּ. אֲמַר לֵיהּ: מַאי קָא עָבֵיד הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא? אֲמַר לֵיהּ: קָאָמַר שְׁמַעְתָּא מִפֻּומַּייְהוּ דְּכֻולְּהוּ רַבָּנַן, וּמִפֻּומֵּיהּ דְּרַבִּי מֵאִיר לָא קָאָמַר. אֲמַר לֵיהּ: אַמַּאי? מִשּׁוּם דְּקָא גָּמַר שְׁמַעְתָּא מִפֻּומֵּיהּ דְּאַחֵר. אֲמַר לֵיהּ: אַמַּאי? רַבִּי מֵאִיר רִמּוֹן מָצָא, תּוֹכוֹ אָכַל, קְלִיפָּתוֹ זָרַק. אֲמַר לֵיהּ: הַשְׁתָּא קָאָמַר, מֵאִיר בְּנִי אוֹמֵר: בִּזְמַן שֶׁאָדָם מִצְטַעֵר, שְׁכִינָה מַה לָשׁוֹן אוֹמֶרֶת: קַלְנִי מֵרֹאשִׁי, קַלַּנִי מִזְּרוֹעִי. אִם כָּךְ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מִצְטַעֵר עַל דָּמָן שֶׁל רְשָׁעִים — קַל וָחֹומֶר עַל דָּמָן שֶׁל צַדִּיקִים שֶׁנִּשְׁפַּךְ.

Rabba bar Chila rencontra Eliahou. Il lui dit : que fait le Saint, béni soit-Il ?

Il lui dit : Il dit des enseignements au nom de tous les maîtres, mais au nom de Rabbi Meir Il ne dit pas. Il lui dit : pourquoi ?

Parce qu'il a appris des enseignements de la bouche d'Aher. Il lui dit : pourquoi donc ?

Rabbi Meir a trouvé une grenade, il en a mangé l'intérieur et en a jeté l'écorce ! Il lui dit : à l'instant Il dit : Meir, mon fils, dit : lorsqu'un homme souffre, quel langage tient la Chekhina ?

Je suis alourdi de ma tête, je suis alourdi de mon bras. Si le Saint, béni soit-Il, souffre ainsi pour le sang des méchants, à plus forte raison pour le sang des justes qui est répandu.

📜 Rachi (2)
[הַשְׁתָּא קָאָמַר] עַכְשָׁיו שָׁמַע לְקוֹלְךָ וְאָמַר שְׁמוּעָה מִפִּיו:
« À l'instant Il dit. » Maintenant Il a écouté ta voix et a dit un enseignement en son nom.
קַלְנִי מֵרֹאשִׁי רַבִּי מֵאִיר אָמְרָה בְּמַסֶּכֶת סַנְהֶדְרִין (דַּף מו.) בַּמִּדְרָשׁ כִּי קִלְלַת אֱ-לֹהִים תָּלוּי (דְּבָרִים כ״א:כ״ג) קַל לֵית אֵינִי קַל וְלִישָּׁנָא מְעַלְּיָא כִּינָּה הַדָּבָר כְּלַפֵּי מַעְלָה קַלַּנִי מִזְּרוֹעִי כָּבֵד אֲנִי מִזְּרוֹעִי שֶׁיָּצַרְתִּי זֶה שֶׁמֵּת בַּעֲוֹנוֹ:
« Kalani merochi. » Rabbi Meir l'a dit dans le traité Sanhédrin (46a), dans le midrach sur « car c'est une malédiction de D.ieu que le pendu » (Devarim 21, 23) : <i>kal leit</i>, je ne suis pas léger ; et par un langage choisi, il a désigné la chose en la rapportant vers en haut. <i>Kalani mizroi</i> : je suis lourd de mon bras, car j'ai formé celui-ci qui est mort par sa faute.
🪔 Ben Yehoyada (2)
דְּקָא גָּמַר שְׁמַעְתָּא מִפֻּומֵּיהּ דְּאַחֵר. קַשָּׁא לְשׁוֹן 'קָא גָּמַר' מַשְׁמַע הַשְׁתָּא, וְאוֹתוֹ זְמַן כְּבָר נִפְטַר רַבִּי מֵאִיר ע"ה! וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּרַבִּי מֵאִיר הָיָה שׁוֹנֶה בְּגַן עֵדֶן בִּישִׁיבָה שֶׁלּוֹ הֲלָכוֹת שֶׁהָיָה שׁוֹנֶה אוֹתָם בְּחַיָּיו בָּעוֹלָם הַזֶּה כִּי כֵן הַדֶּרֶךְ כַּנּוֹדָע וּמִמֵּילָא הָיָה בָּהֶם הֲלָכוֹת שֶׁלְּמִדָּם בְּחַיָּיו מֵאַחַר וְנִמְצָא גַּם בְּאוֹתוֹ זְמַן שֶׁדִּבֵּר עִמּוֹ הֲוָה גָּמַר מִפֻּומֵּיהּ דְּאַחֵר.
« Parce qu'il apprend des enseignements de la bouche d'Aher. » L'expression <i>ka gamar</i>, il apprend, indique le présent, alors qu'à cette époque Rabbi Meir, la paix soit sur lui, était déjà décédé ! Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Rabbi Meir enseignait au gan éden, dans sa yechiva, les halakhot qu'il enseignait de son vivant dans ce monde-ci, car tel est l'usage, comme on le sait ; il s'y trouvait donc nécessairement des halakhot qu'il avait apprises de son vivant d'Aher, et il se trouve qu'au moment même où Eliahou parlait, il apprenait de la bouche d'Aher.
רבי מאיר, רמון מצא, תוכו אכל, קלפתו זרק. ראיתי לרבינו ז"ל בשער הליקוטים פרשת עקב בסוד פסוק (דברים ח, ח) ארץ חטה ושערה וגפן ותאנה ורמון שכתב על מאמר זה דאותיות ט־ט דמ טט רו־ן אין אחיזה לחיצונים בהם. אבל באותיות רמון ד מ טטר ו ־ ן יש אחיזה לחיצונים בהם עיין שם. ואנא עבדא איישב המאמר הזה לפי דברי רבינו ז"ל הנזכר בכך דאחר כשעלה לפרדס וראה את מטטרו־ן יושב לא נדבק ונמשך אחר ט־ט שהם התוך אלא נדבק ונמשך אחר רמו־ן שיש אחיזה לחיצונים ולכך נתגברו עליו הקליפות ונדחה ויצא לתרבות רעה ואם היה דבק באותיות ט־ט שהם תוך היה מתגבר על הקליפות ולכן אחר שיצא לתרבות רעה ובא רבי מאיר אליו ומצאו שהוא דבק באותיות רמון בלבד ששם נתאחזו החיצונים וגברו עליו הנה ־ נתגבר להדבק באותיות ט־ט שהם תוך ובזה נתגבר לדחות אחיזת החיצונים מן הרמון ולזרוק אותם. וזהו שאמר רבי מאיר רמון מצא ברבו אלישע אך הוא מה עשה תוכו של הרמון אכל שנתחזק ונאחז ודבק באותיות ט־ט שהם תוך אותיות רמון ואחר שנאחז באותיות ט־ט שהם תוך הרמון. על ידי כך נתגבר יותר שהסיר אחיזת הקליפה גם מעל הרמון שנתאחזה שם. וזהו קלפתו זרק רוצה לומר קליפתו של הרמון שנדבקה בו גם כן זרק וניקה את הרמון מאחיזת הקליפות. עוד נראה לי בס"ד רמון מצא תוכו אכל כי רמון במלואו כזה רי־ש מ־ם ו־ו נו־ן המלוי היוצא במבטא הוא אותיות 'שומן' כלומר אכל השומן שהוא חלק הטוב וזרק הפסולת. ובני ידידי כבוד הרב יעקב נר"ו פירש אם תמלא אותיות רמון כזה רי־ש מי־ם וא־ו נו־ן יהיה התוך מספר כ"ז כמנין שם הוי־ה ע"ה וכמנין כ"ז אותיות התורה שהם כ"ב ומנצפ"ך. ולזה אמר תוכו אכל וידוע דמצינו בחשבונות רבינו האר"י ז"ל דלפעמים עושה מלוי אות מ' ביו־ד גם כן עד כאן דבריו נר"ו. והנה הא קשיא לי כי במערבא עשו משל בתוחלא שדומה למשל שעשה רבה ברמון ולמה לא נתקבלו דבריהם בשמים ממעל? ודוחק לומר דדברי המערבא היה אחר דברי רבה בר רב שילא! ונראה לי בס"ד במערבא הליצו בעד רבי מאיר בדבר אחד משתי טענות שיש עליו אך רבה הצילו לגמרי גם מן השנית והוא כי רבי מאיר כשהיה לומד תורה מאחר היה זה בשתי אופנים. האחד שהיה הולך לביתו של אחר ושואל ממנו ספיקות שיש לו בדברי תורה ובזה נמצא פוגע בו תחלה בדברי תורה כי תכף כשבא אצלו שואלו בדברי תורה אך לא יבצר מהיות רואה שם אחר שיבא קלקול מעשים בו ולזה ידמה המשל של בני מערבא בתמרה שהאדם פוגע בפרי תחלה שאוכל הפרי וכשיגיע לגרעין זורקו כן הוא כשבא אצל רבו אוכל ממנו הפרי תחלה שהם דברי תורה שבקרבו והמעשים רעים שרואה בו אחר כך זורקן ואינו לוקח ממנה כלום. אך יש עוד אופן אחר בלימודו מאחר דלפעמים רבי מאיר יושב בית המדרש ביום שבת ואלישע רוכב על הסוס בשבת ועובר על בית המדרש ואומרים לרבי מאיר רבך בחוץ והוא הולך אצלו כדי לשאל ממנו דברי תורה ורואהו רוכב על סוס נמצא פוגע בו תחלה במעשה איסור ואחר כך לוקח ממנו הפרי שהוא דברי תורה ועל אופן זה החמור לא עשו התנצלות במערבא לכך לא הספיק המשל שלהם בשמים. אבל המשל של רבה בר רב שילא יבא נכון גם על אופן זה החמור דאמר רמון מצא תוכו אכל קליפתו זרק דברמון פוגע בקליפה תחלה ואחר כך אוכל הפרי אך ודאי אף על פי שאוחז בקליפה תחלה אין האוכל כונתו לאכול ממנה כלום אלא לזרקה וכן רבי מאיר אף על פי שיזדמן כשיבא אצל רבו ללמוד ממנו דברי תורה הוא רואה אותו דעביד איסור דנמצא פוגע במעשים רעים שלו הוא אינו לוקח ממעשיו כלום וכאלו אינו רואה אותם כלל ולכן מה חטא בכך ובזה נתקבלו דבריו ואז אמר קודשא בריך הוא שמעתא מפומיה דרבי מאיר. ובני ידידי כבוד הרב יעקב נר"ו פירש דרבה חידש במשל הרמון על בני מערבא כי אחר כיון שחטא היה דבק בו שלשה מיני רוחות טומאה של מעשה ודבור ומחשבה ור"מ זרק את כולם ולכך הביא משל הרמון שהוא יש בו קליפה החיצונה העבה ותחתיה קליפה הדקה ואחריה קליפה אחרת שדבקים בה גרגרים של הרמון שהם הפרי הרי כאן שלשה מיני קליפין וזה יבא מכוון כנגד ענין זה של רבי מאיר שזרק שלשה מיני כוחות טומאה שהיו באחר ולא נגע בהם מה שאין כן משל המערבא בתמרה אין שם אלא קליפה אחת, עד כאן דבריו נר"ו. ועוד נראה לי בס"ד טעם אחר שיש חידוש במשל הרמון של רבה יתרון על משל בני מערבא והוא דידוע הטעם שאין ללמוד תורה מאדם רשע האחד שמא ילמוד ממעשיו הרעים שעושה בגלוי לפניו והשני שמא זה מערב לו דברים של מינות בתוך דברי תורה אשר מלמדו ולא ירגיש בהם בתחלה שיערבם בערמה ואחר כך ילכד בהם שיהיה לבו נוטה להם וכאשר האריך רבינו מהר"ם אלשיך ז"ל בענין זה בביאור משלי עיין שם. נמצא יש שתי חששות של נזק אחת באתגלייא ואחת באתכסייא. והנה רבי מאיר לא נזוק משתיהם כי בין הרעות דהוה עביד אחר באתגלייא בין הרע שהיה לו באתכסייא היה זורק הכל ולוקח ממנו רק פרי הטוב. והנה במשל התמרה דעבדי במערבא שם לא יש אלא רק קליפה אחת שהיא הגרעין של תמרה שהיא מכוסית ולא יש בתמרה קליפה גלויה אך ברמון יש שתי קליפות אחת גלויה ואחת מכוסית וזה המשל יבא נכון על רבי מאיר שזרק זה וזה ואכל הפרי הטוב בלבד.
« Rabbi Meir a trouvé une grenade, il en a mangé l'intérieur et en a jeté l'écorce. » J'ai vu que notre maître, sa mémoire est une bénédiction, dans le Chaar haLikoutim, paracha Ekev, sur le secret du verset (Devarim 8, 8) « un pays de blé, d'orge, de vigne, de figuier et de grenadier », a écrit à propos de cet énoncé que dans les lettres têt-têt du nom Metatron les forces extérieures n'ont pas de prise, tandis que dans les lettres du mot grenade contenues dans ce nom elles ont prise ; voir là-bas. Et moi, serviteur, j'explique cet énoncé selon les paroles rappelées de notre maître, sa mémoire est une bénédiction, ainsi : lorsque Aher est monté au Pardes et qu'il a vu Metatron assis, il ne s'est pas attaché ni entraîné derrière les lettres têt-têt, qui sont l'intérieur, mais s'est attaché et entraîné derrière les lettres du mot grenade, où les forces extérieures ont prise ; c'est pourquoi les kelipot l'ont emporté sur lui, il a été repoussé et il est sorti vers la mauvaise voie. S'il s'était attaché aux lettres têt-têt, qui sont l'intérieur, il aurait eu le dessus sur les kelipot. C'est pourquoi, après qu'il fut sorti vers la mauvaise voie, quand Rabbi Meir est venu à lui et l'a trouvé attaché aux seules lettres du mot grenade, là où les forces extérieures s'étaient saisies de lui et l'avaient emporté, lui a pris le dessus en s'attachant aux lettres têt-têt, qui sont l'intérieur ; et une fois saisi de ces lettres têt-têt, il a eu assez de force pour écarter la prise de l'écorce même du mot grenade. C'est ce que dit Rabbi Meir : il a trouvé une grenade chez son maître Elicha, mais lui, qu'a-t-il fait ? Il a mangé l'intérieur de la grenade, c'est-à-dire qu'il s'est fortifié et s'est attaché aux lettres têt-têt, qui sont l'intérieur des lettres du mot grenade ; et « il en a jeté l'écorce », c'est-à-dire qu'il a jeté aussi l'écorce de la grenade qui s'y était attachée, et il a nettoyé la grenade de la prise des écorces. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que « il a trouvé une grenade, il en a mangé l'intérieur » se comprend ainsi : le mot grenade épelé en toutes lettres donne, dans ce qui sort à la prononciation, les lettres du mot <i>choumane</i>, la graisse ; c'est-à-dire qu'il a mangé la graisse, qui est la part bonne, et a jeté le rebut. Et mon fils bien-aimé, l'honorable Rav Yaakov, que son Rocher le garde, a expliqué que si l'on épèle les lettres du mot grenade d'une autre manière, l'intérieur donne le nombre vingt-sept, comme la valeur du Nom béni soit-Il, et comme les vingt-sept lettres de la Torah, les vingt-deux et les cinq finales ; c'est en ce sens qu'il est dit « il en a mangé l'intérieur ». Et l'on sait que dans les calculs de notre maître le Ari, sa mémoire est une bénédiction, on épelle parfois la lettre mem par un youd ; fin de ses paroles, que son Rocher le garde. Or voici ce qui me fait difficulté : en Occident on a fait une parabole avec la datte, semblable à celle que Rabba a faite avec la grenade, et pourquoi leurs paroles n'ont-elles pas été reçues dans les cieux d'en haut ? Et il serait forcé de dire que les paroles de l'Occident sont venues après celles de Rabba bar Rav Chila ! Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'en Occident on a plaidé pour Rabbi Meir sur l'une seulement des deux objections qui pesaient sur lui, tandis que Rabba l'a sauvé entièrement, y compris de la seconde. Car lorsque Rabbi Meir apprenait la Torah d'Aher, cela se faisait de deux manières. La première, qu'il se rendait chez Aher et lui demandait les doutes qu'il avait dans les paroles de Torah ; dans ce cas, il le rencontrait d'abord par les paroles de Torah, puisque dès son arrivée il l'interrogeait sur la Torah, mais il ne pouvait manquer de voir ensuite chez Aher la corruption de ses actes. C'est à cela que ressemble la parabole des gens d'Occident avec la datte, où l'homme rencontre d'abord le fruit qu'il mange, et lorsqu'il parvient au noyau il le jette : de même, lorsqu'il venait chez son maître, il mangeait d'abord le fruit, qui sont les paroles de Torah qui étaient en lui, et les mauvais actes qu'il voyait ensuite, il les jetait et n'en prenait rien. Mais il y a une autre manière dans son étude auprès d'Aher : il arrivait que Rabbi Meir fut assis à la maison d'étude un jour de Chabbat, qu'Elicha passât à cheval devant la maison d'étude en Chabbat, qu'on dise à Rabbi Meir « ton maître est dehors », et qu'il sorte vers lui pour lui demander des paroles de Torah ; il le rencontrait alors d'abord dans un acte interdit, et ne prenait qu'ensuite le fruit, qui sont les paroles de Torah. Sur cette seconde manière, qui est la plus grave, les gens d'Occident n'ont pas fourni de défense, et c'est pourquoi leur parabole n'a pas suffi dans les cieux. Mais la parabole de Rabba bar Rav Chila convient aussi à cette manière plus grave, puisqu'il dit « il a trouvé une grenade, il en a mangé l'intérieur, il en a jeté l'écorce » : dans la grenade, on rencontre l'écorce d'abord et l'on mange le fruit ensuite ; et assurément, bien que l'on saisisse d'abord l'écorce, celui qui mange n'a nullement l'intention d'en manger quoi que ce soit, mais de la jeter. De même Rabbi Meir : bien qu'il lui arrivât, en venant chez son maître pour apprendre de lui des paroles de Torah, de le voir commettre un interdit, et qu'il rencontrât ainsi ses mauvais actes en premier, il ne prenait rien de ses actes, comme s'il ne les voyait pas du tout ; en quoi donc aurait-il fauté ? C'est ainsi que ses paroles ont été reçues, et qu'alors le Saint, béni soit-Il, a dit un enseignement au nom de Rabbi Meir. Et mon fils bien-aimé, l'honorable Rav Yaakov, que son Rocher le garde, a expliqué que Rabba a innové par la parabole de la grenade sur celle des gens d'Occident, car Aher, depuis qu'il avait fauté, avait attachés à lui trois sortes d'esprits d'impureté, ceux de l'acte, de la parole et de la pensée ; Rabbi Meir les a tous rejetés, et c'est pourquoi il a apporté la parabole de la grenade, qui a une écorce extérieure épaisse, sous elle une pellicule fine, et ensuite une autre pellicule à laquelle adhèrent les grains de la grenade, qui sont le fruit — soit trois sortes d'écorces ; cela correspond exactement à ce qu'a fait Rabbi Meir, qui a rejeté les trois sortes de forces d'impureté qui étaient chez Aher et n'y a pas touché, alors que dans la parabole de la datte faite en Occident il n'y a qu'une seule écorce ; fin de ses paroles, que son Rocher le garde. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, une autre raison à l'apport de la parabole de la grenade de Rabba sur celle des gens d'Occident. On sait que la raison pour laquelle on n'apprend pas la Torah d'un homme méchant est double : d'une part, qu'on apprenne de ses mauvais actes accomplis ouvertement devant soi ; d'autre part, qu'il mêle des paroles d'hérésie aux paroles de Torah qu'il enseigne, sans qu'on s'en aperçoive d'abord, car il les mêle avec ruse, et qu'ensuite on s'y trouve pris et que le cœur y penche, ainsi que l'a longuement exposé notre maître le Maharam Alchikh, sa mémoire est une bénédiction, dans son commentaire sur Michlei ; voir là-bas. Il se trouve donc qu'il y a deux craintes de dommage, l'une <i>be-itgaliya</i>, à découvert, l'autre <i>be-itkassiya</i>, en cachette. Or Rabbi Meir n'a été atteint par aucune des deux, car tant les maux qu'Aher commettait à découvert que le mal qu'il avait en cachette, il rejetait tout et ne prenait de lui que le bon fruit. Dans la parabole de la datte faite en Occident, il n'y a qu'une seule écorce, le noyau de la datte, qui est caché, et la datte n'a pas d'écorce apparente ; mais la grenade a deux écorces, l'une apparente et l'une cachée, et cette parabole convient à Rabbi Meir, qui a rejeté l'une et l'autre et n'a mangé que le bon fruit.
💡 Explication

Le même argument est repris, mais cette fois il produit un effet immédiat : la défense de Rabbi Meir par Rabba bar Chila est reçue, et le Saint, béni soit-Il, cite aussitôt un enseignement en son nom. L'image de la grenade ajoute à celle de la datte que l'écorce se rencontre en premier, ce qui répond au cas où Rabbi Meir voyait la faute de son maître avant d'en recevoir la Torah.

L'enseignement cité est celui de Sanhédrin 46a sur le pendu : kalani merochi, lu par Rabbi Meir dans le mot kilelat. Le kal va-homer qui le clôt est parallèle à celui de Rabbi au segment 4 : si la souffrance divine accompagne même le supplice du coupable, elle accompagne à plus forte raison le sang du juste.

🖼️ Schéma
Le kal va-homer de kalani merochi Le cas connu - le kal Un coupable est mis à mort par le beit din La Chekhina dit : je suis alourdi de ma tête, je suis alourdi de mon bras Le cas déduit - le homer Le sang d'un juste est répandu La souffrance d'en haut est à plus forte raison kal va-homer Source de la lecture : Devarim 21, 23 - kilelat Elokim taloui, lu par Rabbi Meir comme kal leit, je ne suis pas léger Effet dans la sougya : c'est cet enseignement-là qui est aussitôt cité en haut au nom de Rabbi Meir
Le raisonnement à fortiori énoncé par Rabbi Meir, et la raison pour laquelle la guemara le cite ici.
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אַשְׁכְּחֵיהּ שְׁמוּאֵל לְרַב יְהוּדָה דִּתְלֵי בְּעִיבְרָא דְּדַשָּׁא וְקָא בָכֵי. אֲמַר לֵיהּ: שִׁינָּנָא! מַאי קָא בָּכֵית? אֲמַר לֵיהּ: מִי זוּטְרָא מַאי דִּכְתִיב בְּהוּ בְּרַבָּנַן: ״אַיֵּה סֹופֵר אַיֵּה שֹׁוקֵל אַיֵּה סֹופֵר אֶת הַמִּגְדָּלִים״. ״אַיֵּה סוֹפֵר״ — שֶׁהָיוּ סוֹפְרִים כָּל אוֹתִיּוֹת שֶׁבַּתּוֹרָה. ״אַיֵּה שׁוֹקֵל״ — שֶׁהָיוּ שׁוֹקְלִים קַלִּין וַחֲמוּרִין שֶׁבַּתּוֹרָה. ״אַיֵּה סֹופֵר אֶת הַמִּגְדָּלִים״ — שֶׁהָיוּ שׁוֹנִין שְׁלֹשׁ מֵאוֹת הֲלָכוֹת בְּמִגְדָּל הַפּוֹרֵחַ בָּאֲוִיר.

Chmouel trouva Rav Yehouda appuyé au verrou de la porte, en train de pleurer. Il lui dit : Chinena !

Pourquoi pleures-tu ? Il lui dit : est-ce peu de chose que ce qui est écrit à propos des maîtres, « où est celui qui comptait, où est celui qui pesait, où est celui qui comptait les tours ? » (Yechayahou 33, 18) ?

« Où est celui qui comptait » — car ils comptaient toutes les lettres de la Torah. « Où est celui qui pesait » — car ils pesaient les cas légers et les cas graves de la Torah.

« Où est celui qui comptait les tours » — car ils enseignaient trois cents halakhot sur la tour flottant dans l'air.

📜 Rachi (4)
וְתָלֵי בְּעִיבְרָא דְּדַשָּׁא נִשְׁעָן עַל הַבְּרִיחַ:
« Appuyé au verrou de la porte. » Il s'appuyait sur la barre.
בְּרַבָּנָן בְּתַלְמִידִים הַיּוֹצְאִין לְתַרְבּוּת רָעָה:
« À propos des maîtres. » À propos des disciples qui sortent vers la mauvaise voie.
שׁוֹקְלִין לִדְרֹושׁ קַל מֵחָמוּר וְחָמוּר מִקַּל לְפִי הַמִּשְׁקֹולֶת שֶׁל ק"ו:
« Ils pesaient. » Pour déduire le léger du grave et le grave du léger, selon la balance du kal va-homer.
בְּמִגְדָּל הַפּוֹרֵחַ בָּאֲוִיר י"מ שֶׁדּוֹרְשִׁין גָּובְהוֹ שֶׁל לָמֶ"ד וְדוֹרְשִׁין בּוֹ כָּל זֹאת וי"א מִגְדָּל דּוֹר הַפְּלַגָּה וְלִי נִרְאֶה מִגְדָּל הַפָּתוּחַ לַאֲוִיר גָּרְסִינַן וְהֵן מֵהִלְכוֹת אֹהָלוֹת מִגְדָּל שֶׁל עֵץ שֶׁקּוֹרִין משטיי"ר וְעוֹמֵד בְּפֶתַח וּפְתָחוֹ פָּתוּחַ לְבִקְעָה אוֹ לֶחָצֵר שֶׁהוּא אֲוִיר בְּמַסֶּכֶת אֹהָלוֹת (פ"ד מ"א) יְשָׁנָה מִשְׁנָה מִגְדָּל הָעוֹמֵד בַּאֲוִיר:
« Sur la tour flottant dans l'air. » Certains expliquent qu'ils exposaient la hauteur du lamed et en tiraient tout cela. D'autres disent qu'il s'agit de la tour de la génération de la dispersion. Et il me paraît que l'on doit lire « la tour ouverte sur l'air » : cela relève des lois d'ohalot, une armoire de bois que l'on appelle <i>mastier</i>, qui se tient à l'entrée et dont l'ouverture donne sur un terrain ou sur une cour, c'est-à-dire sur l'air ; dans le traité Ohalot (4, 1) nous avons appris une michna : l'armoire qui se tient dans l'air.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אַשְׁכְּחֵיהּ שְׁמוּאֵל לְרַב יְהוּדָה, דְּתָלֵי וְקָאֵי אַעִיבְרָא דְּדַשָּׁא, וְקָא בְּכִי. נִרְאֶה לִי בס"ד מַה שֶׁתָּלָה עַצְמוֹ שָׁם מִפְּנֵי שֶׁהָיָה מִצְטַעֵר בַּעֲבוּר הַתּוֹרָה שֶׁנִּקְרֵאת שַׁעַר כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא (שַׁבָּת לא:) חֲבָל עַל דְּלֵית לֵיהּ דָּרְתָּא וְתַרְעָא לְדָרְתֵּיהּ עָבֵיד וְלָכֵן רֵאשִׁית הַתּוֹרָה ב רֵאשִׁית ב רא א לְקַיֵּם רָאשֵׁי תֵּיבוֹת 'בָּבָא' שֶׁהוּא שַׁעַר בִּלְשׁוֹן תַּרְגּוּם. וְנִרְאֶה לִי דְּנִקְרֵאת 'שַׁעַר' בְּהִפּוּךְ 'עָשָׂר' שֶׁהִיא כְּלוּלָה בַּעֲשֶׂרֶת דִּבְּרוֹת. גַּם עָשָׂר לְשׁוֹן עֹושֶׁר דִּכְתִיב (מִשְׁלֵי ג, טז) בִּשְׂמֹאולָהּ עָשָׂר וְכָבוֹד וְכֵן כָּתוּב (מִשְׁלֵי ח, יח) עֶשֶׂר וְכָבוֹד אִתִּי.
« Chmouel trouva Rav Yehouda appuyé au verrou de la porte, en train de pleurer. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que s'il se tenait suspendu là, c'est parce qu'il souffrait pour la Torah, qui est appelée <i>chaar</i>, porte, ainsi qu'il est dit dans la guemara (Chabbat 31b) : malheur à qui n'a pas de maison et se fait une porte pour sa maison. C'est pourquoi le commencement de la Torah, <i>Berechit bara Elokim</i>, a pour initiales <i>bava</i>, qui signifie porte en araméen. Il me semble aussi qu'elle est appelée <i>chaar</i> parce que ce sont les lettres inversées de <i>esser</i>, dix, car elle est comprise dans les dix paroles ; et <i>esser</i> a encore le sens de richesse, comme il est écrit (Michlei 3, 16) « à sa gauche richesse et honneur », et de même (Michlei 8, 18) « richesse et honneur sont avec moi ».
💡 Explication

Rav Yehouda pleure sur les maîtres qui sont sortis de la voie. Le verset de Yechayahou, qui parle à l'origine de la disparition de fonctionnaires étrangers, est lu ici comme une élégie sur des sages disparus : le compteur, le peseur, le compteur de tours.

Les trois expressions désignent trois degrés de maîtrise : la connaissance matérielle du texte, lettre par lettre ; la connaissance logique, qui pèse le léger et le grave pour construire un kal va-homer ; et la connaissance casuistique, capable de trois cents halakhot sur un cas aussi marginal que la tour de bois ouverte sur l'air, en matière d'impuretés des tentes. Rachi rapporte trois explications de cette dernière expression.

🖼️ Schéma
Yechayahou 33, 18 lu comme une élégie sur les maîtres ayeh sofer où est celui qui comptait Ils comptaient toutes les lettres de la Torah Maîtrise du texte, lettre par lettre ayeh chokel où est celui qui pesait Ils pesaient les cas légers et les cas graves de la Torah Maîtrise du raisonnement, la balance du kal va-homer ayeh sofer et hamigdalim où est celui qui comptait les tours Trois cents halakhot sur la tour flottant dans l'air Maîtrise du cas extrême, en matière d'ohalot Rav Yehouda pleure : de tels maîtres sont pourtant sortis de la voie - donc l'étude seule ne protège pas
Les trois expressions du verset et les trois degrés de maîtrise qu'elles désignent, avec le motif des larmes.
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וְאָמַר רַבִּי אַמִּי: תְּלָת מְאָה בַּעְיֵי בְּעוֹ דּוֹאֵג וַאֲחִיתֹופֶל בְּמִגְדָּל הַפּוֹרֵחַ בָּאֲוִיר. וּתְנַן: שְׁלֹשָׁה מְלָכִים וְאַרְבָּעָה הֶדְיוֹטוֹת אֵין לָהֶם חֵלֶק לָעוֹלָם הַבָּא. אֲנַן מַה תִּהְוֵי עֲלַן? אֲמַר לֵיהּ: שִׁינָּנָא! טִינָא הָיְתָה בְּלִבָּם.

Et Rabbi Ami a dit : Doeg et Ahitofel ont posé trois cents questions sur la tour flottant dans l'air. Et nous avons appris : trois rois et quatre particuliers n'ont pas de part au monde à venir.

Nous, qu'adviendra-t-il de nous ? Il lui dit : Chinena !

Il y avait de la boue dans leur cœur.

📜 Rachi (2)
ד' הֶדְיוֹטוֹת בִּלְעָם וְדוֹאֵג וַאֲחִיתֹופֶל וְגֵחֲזִי בְּפָ' חֵלֶק:
« Quatre particuliers. » Bilam, Doeg, Ahitofel et Guehazi, au chapitre Helek.
טִינָא הָיְתָה בְּלִבָּם רְשָׁעִים הָיוּ מֵימֵיהֶם:
« Il y avait de la boue dans leur cœur. » Ils étaient méchants depuis toujours.
💡 Explication

Rav Yehouda pousse l'argument à son terme. Doeg et Ahitofel avaient exactement la maîtrise décrite par le verset, et la michna de Sanhédrin 90a les compte pourtant parmi ceux qui n'ont pas de part au monde à venir. Si une telle étude n'a pas protégé, que vaut la nôtre ?

La réponse de Chmouel déplace la question : tina hayta belibam, il y avait de la boue dans leur cœur. Rachi glose : ils étaient méchants depuis toujours. Le défaut était donc antérieur à l'étude. La suite du folio va montrer qu'il en allait de même pour Aher.

14
אַחַר מַאי — זֶמֶר יְוָונִי לָא פְּסַק מִפֻּומֵּיהּ. אָמְרוּ עָלָיו עַל אַחֵר: בְּשָׁעָה שֶׁהָיָה עוֹמֵד מִבֵּית הַמִּדְרָשׁ, הַרְבֵּה סִפְרֵי מִינִין נוֹשְׁרִין מֵחֵיקוֹ.

Aher, quoi donc ? Un chant grec n'a pas cessé de sa bouche.

On a dit à propos d'Aher : lorsqu'il se levait de la maison d'étude, de nombreux livres de minim tombaient de son giron.

📜 Rachi (3)
אַחַר מַאי מִפְּנֵי מַה בָּא לִידֵי כָּךְ וְלֹא הַגִּינָּה תּוֹרָתוֹ עָלָיו:
« Aher, quoi donc ? » Pour quelle raison en est-il venu là, et sa Torah ne l'a-t-elle pas protégé ?
זֶמֶר יְווָנִי לָא פְּסַק מִבֵּיתוֹ וְהָיָה לוֹ לְהַנִּיחַ בִּשְׁבִיל חֻורְבַּן הַבַּיִת דִּכְתִיב בַּשִּׁיר לֹא יִשְׁתּוּ יָיִן (יְשַׁעְיָהוּ כ״ד:ט׳):
« Un chant grec n'a pas cessé de sa maison. » Il aurait dû y renoncer en raison de la destruction du Temple, puisqu'il est écrit : « ils ne boiront plus de vin en chantant » (Yechayahou 24, 9).
נוֹשְׁרִין מֵחֵיקוֹ קֹודֶם שֶׁהִפְקִיר עַצְמוֹ לְתַרְבּוּת רָעָה אַלְמָא טִינָא הֲוָות בְּלִבּוֹ:
« Tombaient de son giron. » Avant qu'il ne se soit livré à la mauvaise voie. Cela montre qu'il y avait de la boue dans son cœur.
💡 Explication

La guemara applique à Aher le principe de la tina : elle cherche le défaut antérieur. Deux signes sont donnés. Le chant grec, que Rachi rattache au deuil du Temple, puisqu'il est écrit « ils ne boiront plus de vin en chantant » (Yechayahou 24, 9) : Aher aurait dû y renoncer et ne l'a pas fait. Et les livres de minim, les écrits hérétiques, qu'il lisait dans la maison d'étude elle-même.

Rachi précise le point décisif : cela se passait avant qu'il ne se livre à la mauvaise voie. La faille précédait donc la chute, ce qui explique que son étude ne l'ait pas protégé.

🖼️ Schéma
La tina : le défaut antérieur à la chute Doeg et Ahitofel tina hayta belibam - méchants depuis toujours même grille Aher mai - quelle était sa faille ? Deux signes, tous deux antérieurs à sa sortie de la voie Le chant grec Il n'a jamais cessé de sa bouche Rachi : il aurait dû y renoncer en raison de la destruction du Temple Les livres de minim Ils tombaient de son giron quand il se levait de la maison d'étude - donc déjà avant
La grille de lecture de la tina appliquée à Aher, et les deux signes que la baraita retient.
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שָׁאַל נִימוֹס הַגַּרְדִּי אֶת רַבִּי מֵאִיר: כֹּל עֲמַר דְּנָחֵית לְיוֹרָה סָלֵיק? אֲמַר לֵיהּ: כֹּל מַאן דַּהֲוָה נְקֵי אַגַּב אִימֵּיהּ — סָלֵיק, כֹּל דְּלָא הֲוָה נְקֵי אַגַּב אִימֵּיהּ — לָא סָלֵיק.

Nimos haGardi demanda à Rabbi Meir : toute laine qui descend dans la cuve en ressort-elle ? Il lui dit : tout ce qui était propre auprès de sa mère en ressort ; tout ce qui n'était pas propre auprès de sa mère n'en ressort pas.

📜 Rachi (2)
כֹּל עֲמַר דְּנָחֵית לְיוֹרָה סָלֵיק כָּל צֶמֶר שֶׁנִּיתַּן לְיוֹרָה שֶׁל סַמְמָנִין לִצְבֹּועַ עוֹלֶה לוֹ צְבָעוֹ אוֹ אֵינוֹ עוֹלֶה כְּלוֹמַר כָּל הַלּוֹמְדִים לִפְנֵי חֲכָמִים עוֹלָה לָהֶן תּוֹרָתָן לְהָגֵין עֲלֵיהֶן מִן הַחֵטְא:
« Toute laine qui descend dans la cuve en ressort-elle ? » Toute laine que l'on met dans une cuve de teintures pour la teindre, sa couleur prend-elle ou ne prend-elle pas ? C'est-à-dire : pour tous ceux qui étudient devant les sages, leur Torah prend-elle sur eux de manière à les protéger de la faute ?
כָּל דַּנְקֵי אַגַּב אִימֵּיהּ שֶׁלֹּא נִתְלַכְלֵךְ בְּגִיזָּה עוֹלֶה לוֹ צִבְעוֹ כְּלוֹמַר כָּל שֶׁיִּרְאַת חֶטְאוֹ קוֹדֶמֶת לְחָכְמָתוֹ עוֹלֶה לוֹ כֵּן נִרְאֶה בְּעֵינַי וְרַבּוֹתַי מְפָרְשִׁין כֹּל עֲמַר דְּנָחֵית לְיוֹרָה סָלֵיק כֹּל שֶׁיָּרַד לִידּוֹן בְּגֵיהִנָּם עוֹלֶה אַגַּב אִמּוֹ צֶמֶר בֶּן יוֹמוֹ שֶׁלֹּא נִרְמַס בְּטִיט עוֹלֶה לוֹ הַצֶּבַע כְּלוֹמַר שֶׁיֵּשׁ זְכִיּוֹת בְּיָדוֹ עוֹלֶה:
« Tout ce qui était propre auprès de sa mère. » Qui ne s'était pas sali dans la toison : sa couleur prend. C'est-à-dire : celui dont la crainte de la faute précède la sagesse, elle prend sur lui. Ainsi cela me paraît-il. Mes maîtres expliquent « toute laine qui descend dans la cuve en ressort-elle » de la manière suivante : tout homme qui descend pour être jugé au guehinnom en ressort-il ? <i>Agav imeh</i>, une laine d'un jour, qui n'a pas été foulée dans la boue, sa couleur prend, c'est-à-dire que celui qui a des mérites en main en ressort.
🗂️ Tossefot (1)
כָּל עֲמַר דַּנְקֵי נְחִית אַגַּב אִימֵּיהּ. כְּלוֹמַר מִי שֶׁיִּרְאָתוֹ קוֹדֶמֶת לְחָכְמָתוֹ חָכְמָתוֹ מִתְקַיֶּימֶת וְדוֹאֵג וַאֲחִיתֹופֶל דְּלָא מַגְנֵי לְהוּ תּוֹרָתָן לְפִי שֶׁלֹּא הָיָה לָהֶם יִרְאָה כְּלָל כִּדְאִיתָא בְּסוֹטָה פֶּרֶק נוֹטֵל (דַּף כא.):
« Toute laine propre qui descend auprès de sa mère. » C'est-à-dire : celui dont la crainte précède la sagesse, sa sagesse se maintient. Quant à Doeg et Ahitofel, leur Torah ne les a pas protégés parce qu'ils n'avaient aucune crainte, comme il est rapporté dans Sota, chapitre Notel (21a).
🪔 Ben Yehoyada (1)
כֹּל עֲמַר דְּנָחֵית לְיוֹרָה, סָלֵיק. נִרְאֶה לִי בס"ד דְּשָׁאֲלוּ עַל יְרִידַת הַנֶּפֶשׁ בִּנְפִילַת אַפַּיִים שֶׁהָאָדָם מוֹרִיד נַפְשׁוֹ אֶל מְקוֹם הַקְּלִיפּוֹת לְלַקֵּט מִשָּׁם נִיצוֹצֵי קְדֻושָּׁה וְלַעֲלוּתָם עִם נַפְשׁוֹ לְמַעְלָה עַד הָאֲצִילוּת וְכַנִּזְכָּר בְּסֵפֶר הַכַּוָּנוֹת וְגַם רֶמֶז עַל עֵת הַשֵּׁינָה בַּלַּיְלָה שֶׁיּוֹרֵד אֶל דַּרְגָּא דְּאִילָנָא דְּמוֹתָא בִּמְקוֹם הַקְּלִיפּוֹת וְכַנִּזְכָּר שָׁם. וְזֶהוּ שֶׁאָמַר כָּל עֲמַר הִיא נֶפֶשׁ קְדֻושָּׁה דִּנְחִית לַיּוֹרָה רוֹצֶה לוֹמַר בִּמְקוֹם הַקְּלִיפּוֹת סָלֵיק שֶׁתַּצְלִיחַ וְתַעֲלֶה מִשָּׁם. וְהֵשִׁיב לוֹ דַּנְקֵי אַגַּב אִמֵּיהּ הִיא הַתּוֹרָה דְּנִקְרֵאת אֵם כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (מִשְׁלֵי ב, ג) כִּי אִם לַבִּינָה תִקְרָא. אוֹ אַגַּב אִמֵּיהּ עַל יִרְאַת שָׁמַיִם שֶׁגַּם יִרְאָה נִקְרֵאת אִם זֶה סָלֵיק שֶׁאִם יוֹדֵעַ לְכַוֵּין הַכַּוָּנוֹת הָרְאוּיִים לְדָבָר זֶה וְאֵין לוֹ יִרְאַת שָׁמַיִם וְגַם זְכוּת תּוֹרָה מַה יוֹעִילוּ הַכַּוָּנוֹת לְבַדָּם.
« Toute laine qui descend dans la cuve en ressort-elle ? » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'ils ont interrogé sur la descente de la <i>nefech</i> lors de la <i>nefilat apayim</i>, lorsque l'homme fait descendre sa nefech vers le lieu des kelipot pour y recueillir des étincelles de sainteté et les faire monter avec sa nefech jusqu'en haut, jusqu'à l'<i>atsilout</i>, comme il est rapporté dans le Sefer haKavanot ; et il y a aussi une allusion au temps du sommeil, la nuit, lorsqu'elle descend au degré de l'arbre de mort, au lieu des kelipot, comme il est rapporté là-bas. C'est en ce sens qu'il est dit « toute laine », qui est la nefech sainte, « qui descend dans la cuve », c'est-à-dire au lieu des kelipot, « en ressort-elle », réussira-t-elle et remontera-t-elle de là ? Il lui répondit : celle qui était propre auprès de sa mère — la mère est la Torah, ainsi appelée comme il est dit (Michlei 2, 3) « car tu appelleras la compréhension mère » ; ou bien « auprès de sa mère » désigne la crainte du Ciel, car la crainte aussi est appelée mère — celle-là remonte. Car si l'on sait diriger les kavanot qui conviennent à cette chose, mais que l'on n'a pas la crainte du Ciel ni le mérite de la Torah, a quoi serviront les kavanot seules ?
💡 Explication

La question du philosophe reprend le problème de Rav Yehouda sous forme d'image d'atelier. La cuve est le bain de teinture, et la question est de savoir si toute laine qui y descend en ressort teinte — autrement dit, si l'étude produit son effet sur tous ceux qui s'y engagent.

La réponse de Rabbi Meir fait de la propreté préalable la condition de la teinture : la laine encore salie de suint, telle qu'elle était sur la brebis, ne prend pas la couleur. Rachi donne la clé : celui dont la crainte de la faute précède la sagesse, la teinture prend chez lui — ce que Tossefot applique précisément à Doeg et Ahitofel, qui n'avaient aucune crainte. Rachi rapporte aussi la lecture de ses maîtres, qui entendent la descente dans la cuve comme la descente au guehinnom.

🖼️ Schéma
La laine et la cuve de teinture Question de Nimos haGardi - gardi signifie le tisserand : il parle de son métier laine propre laine salie nekiya agav imeh - propre déjà auprès de sa mère restée grasse du suint de la toison La youra - la cuve de teinture l'étude de la Torah devant les sages Salik - elle en ressort teinte : la Torah protège La salik - la teinture ne prend pas
L'image du teinturier : la même cuve, deux résultats, selon l'état de la laine avant d'y descendre.
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רַבִּי עֲקִיבָא עָלָה בְּשָׁלוֹם וְיָרַד בְּשָׁלוֹם, וְעָלָיו הַכָּתוּב אוֹמֵר: ״מִשְׁכָּנִי אַחֲרֶיךָ נְרֻוצֶּה״. וְאַף רַבִּי עֲקִיבָא בִּקְּשׁוּ מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת לְדוֹחֲפוֹ, אָמַר לָהֶם הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: הַנִּיחוּ לְזָקֵן זֶה, שֶׁרָאוּי לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בִּכְבוֹדִי.

Rabbi Akiva est monté en paix et est descendu en paix, et c'est sur lui que le verset dit : « Entraîne-moi, courons derrière toi » (Chir haChirim 1, 4). Et Rabbi Akiva lui-même, les anges de service voulurent le repousser ; le Saint, béni soit-Il, leur dit : laissez cet ancien, car il est digne de se servir de Ma gloire.

💡 Explication

Le folio revient à la baraita des quatre qui entrèrent dans le Pardes, exposée en 14b. Aher en est sorti retranché, et tout le folio a commenté son cas. Rabbi Akiva est celui dont il est dit qu'il est monté en paix et descendu en paix.

Même lui a pourtant rencontré une résistance : les anges de service ont voulu le repousser. La réponse divine porte sur ce à quoi il est apte, raoui lehichtamech bikhvodi. Le contraste avec Aher, qui avait la même science, referme la sougya sur son enjeu.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).