Chagigah 16a — Ce que Rabbi Akiva a exposé, les chedim entre anges et hommes, et les témoins de la faute commise en cachette

Chagigah 16a

Sougya : Le folio ouvre sur la question laissée en suspens : quel verset Rabbi Akiva avait-il exposé, qui lui a permis de monter et de descendre en paix ? Quatre réponses sont données, quatre versets qui marquent tous la même chose : le lieu de la Chekhina se distingue au sein de la myriade des anges.

Vient ensuite une baraita sur les chedim, partagés entre trois traits des anges de service et trois traits des hommes, puis sur l'homme lui-même, partagé entre trois traits des anges et trois traits de l'animal. La michna du chapitre est alors reprise : quatre objets de regard interdit, et la question de savoir pourquoi « ce qui est avant » entre dans la liste, résolue par le machal du palais bâti sur le tas d'ordures.

Le folio traite enfin de l'égard dû à l'honneur du Créateur : regarder l'arc-en-ciel, transgresser en cachette, la règle de Rabbi Ela l'Ancien et sa distinction entre celui qui peut soumettre son inclination et celui qui ne le peut pas, les trois regards qui obscurcissent les yeux, et les quatre réponses à la question « qui témoignera contre moi ? ». Il se clôt sur la michna des cinq zougot et leur désaccord sur la semikha, la première mahloket des sages d'Israël.

Mai darach : les quatre versets de Rabbi Akiva Un même enseignement quatre fois : Hachem se distingue au sein de Sa myriade d'anges Qui expose Le verset Le mot qui tranche Rabba bar bar Hana au nom de R. Yo'hanan Devarim 33, 2 ve-ata me-rivvot kodech ot - un signe Il est un signe distinct dans Sa myriade Rabbi Abahou Chir haChirim 5, 10 dagoul me-revava dougma - un échantillon Son lieu se reconnaît comme un modèle Rech Lakich Yechayahou 48, 2 Hachem Tsevaot est Son Nom adon - le maître Il est le maître au milieu de Son armée R. Hiya bar Abba au nom de R. Yo'hanan Melakhim I 19, 11-12 kol demama daka Il passe en dernier après le vent, le tremblement et le feu Rachi : d'où a-t-il compris le lieu de la Chekhina, de sorte à ne pas y jeter le regard et à ne pas se tromper comme Aher.
Les quatre derachot que la guemara prête à Rabbi Akiva. Chacune isole un mot du verset qui marque une différence entre Hachem et Ses anges.
Six et six : les chedim et l'homme, chacun entre deux étages La baraita ne définit ni l'un ni l'autre par lui-même : elle les situe par leurs ressemblances Comme les anges de service ils ont des ailes ils volent d'un bout du monde à l'autre ils entendent de derrière le pargod la baraita disait : ils savent l'avenir CHEDIM six choses Comme les êtres humains ils mangent et boivent ils se reproduisent ils meurent Tossefot : dormir et le reste y sont inclus Comme les anges de service ils ont le daat ils marchent en station droite ils parlent la langue sainte Ben Yehoyada : les deux premiers sont permanents ADAM six choses Comme l'animal il mange et boit il se reproduit il émet des excréments Manger, boire et se reproduire figurent dans les deux tableaux : le partage passe ailleurs que dans le corps.
Les deux baraitot de six : le chad est situé entre l'ange et l'homme, l'homme entre l'ange et l'animal. Trois traits reviennent dans les deux listes.
Qui témoignera contre moi ? Quatre réponses Chema tomar : mi meid bi ? celui qui transgresse en cachette croit être sans témoin Les pierres du mur et les poutres Havakouk 2, 11 la maison où il a fauté Sa nechama Mikha 7, 5 - celle qui repose en son sein avis des hakhamim Les deux anges qui l'accompagnent Tehilim 91, 11 Rabbi Zerika Ses propres membres Yechayahou 43, 12 vous êtes Mes témoins avis des hakhamim Les quatre réponses vont du plus extérieur au plus intérieur : les murs, les anges, l'âme, le corps lui-même. Aucun lieu ne reste sans témoin : le seter en produit un de lui-même.
Les quatre réponses à l'objection du fauteur en cachette. Elles se lisent comme un resserrement : du mur de la maison jusqu'aux membres de son propre corps.
1
מַאי דְרַשׁ? אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: ״וַאֲתָא מֵרִבְבוֹת קֹדֶשׁ״ — אוֹת הוּא בָּרְבָבָה שֶׁלּוֹ.

Qu'a-t-il exposé ? Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : « Et Il est venu d'entre les myriades saintes » (Devarim 33, 2) — Il est un signe (<i>ot</i>) au sein de Sa myriade.

📜 Rachi (1)
מַאי דְרַשׁ מֵהֵיכָן הֵבִין מְקוֹם הַשְּׁכִינָה שֶׁנִּזְהַר שֶׁלֹּא הַצִּיץ שָׁם א"נ שֶׁלֹּא טָעָה כְּמוֹ שֶׁטָּעָה אַחֵר:
« Qu'a-t-il exposé ? » D'où a-t-il compris où se trouve le lieu de la Chekhina, de sorte qu'il ait pris garde de ne pas y jeter le regard ; ou bien : de ne pas se tromper comme Aher s'est trompé.
🪔 Ben Yehoyada (1)
(דְּבָרִים לג, ב) "וְאַתָּה מֵרִבְבַת קֹדֶשׁ", אוֹת הוּא בָּרְבָבָה שֶׁלּוֹ. נִרְאֶה לִי בס"ד נָקְטִי בָּזֶה אַרְבָּעָה קְרָאֵי כְּנֶגֶד ד' עוֹלָמוֹת אבי"ע [אֲצִילוּת, בְּרִיאָה, יְצִירָה, עֲשִׂיָּה] כִּי בְּכָל עוֹלָם מִן אבי"ע יֵשׁ אבי"ע. וְהִנֵּה מַה שֶׁאָמַר עָלָה בְּשָׁלוֹם וְיָרַד בְּשָׁלוֹם פֵּירֵשׁ רַבֵּינוּ זַ"ל הַכַּוָּנָה הוֹרִיד אֶת יְסוֹד דְּחָכְמָה הַנִּקְרָא שָׁלוֹם עִם עַטְּרָא דְּחֶסֶד שֶׁבּוֹ וְאַחַר כָּךְ הֶעֱלָה הַיְּסוֹד הַתַּחְתּוֹן דְּבִינָה הַנִּקְרָא שָׁלוֹם שֶׁהֶעֱלָהוּ לְמַעְלָה עַיֵּין שָׁם. וּבָזֶה מוּבָן הַדְּרָשָׁה כָּאן אוֹת הוּא הַיְּסוֹד דְּחָכְמָה הַנִּקְרָא אוֹת בִּרְבָבָה שֶׁלּוֹ הוּא יְסוֹד דְּבִינָה. וְכֵן נָמֵי אוֹמְרוֹ דֻּגְמָא הוּא פֵּירוּשׁ הַיְּסוֹד שֶׁכֻּולּוֹ פָּנִים וְכֵן אוֹמְרוֹ אָדוֹן אָדוֹן פֵּירוּשׁ הַיְּסוֹד שֶׁנִּקְרָא אָדוֹן. וְכֵן דְּרָשַׁת דְּמִמַּה קָאֵי עַל הַיְּסוֹד שֶׁהוּא אוֹת צ' שֶׁמִּסְּפָרוֹ דְּמִמָּה [89] עִם הַכּוֹלֵל וְאוֹת צ' הוּא יְסוֹד בְּכָל מָקוֹם כַּנּוֹדָע.
« (Devarim 33, 2) “Et Il est venu d'entre les myriades saintes” — Il est un <i>ot</i> au sein de Sa myriade. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'ils ont retenu ici quatre versets face aux quatre mondes ABYA (atsilout, beria, yetsira, assia), car dans chaque monde d'ABYA il y a ABYA. Et voici : ce qui a été dit « il est monté en paix et descendu en paix », notre maître, de mémoire bénie, l'a expliqué ainsi — il a fait descendre le <i>yessod</i> de la 'hokhma, appelé <i>chalom</i>, avec l'<i>atara</i> de 'hessed qui est en lui, puis il a fait monter le yessod inférieur de la bina, appelé lui aussi chalom, et il l'a élevé vers le haut ; voir là-bas. Par là se comprend la derasha d'ici : <i>ot</i>, c'est le yessod de la 'hokhma, appelé <i>ot</i> ; « au sein de Sa myriade », c'est le yessod de la bina. De même ce qu'il dit <i>dougma</i> désigne le yessod, qui est tout entier faces. De même ce qu'il dit <i>adon</i> désigne le yessod, qui est appelé adon. Et la derasha de <i>demama</i> porte elle aussi sur le yessod, qui est la lettre tsadi, dont le compte est celui de <i>demama</i> (89) avec l'inclusif ; et la lettre tsadi est le yessod en tout lieu, comme on le sait.
💡 Explication

La question reprend le fil de 15b. Rabbi Akiva est entré dans le Pardes et en est sorti en paix, alors qu'Aher s'est trompé en voyant Metatron assis. La guemara demande donc sur quoi Rabbi Akiva s'appuyait pour savoir distinguer.

Mai darach — quel verset a-t-il exposé. Quatre réponses vont suivre, toutes construites de la même façon : un mot du verset est isolé et lu comme marquant une différence entre Hachem et la multitude des anges qui L'entourent. Ici c'est ot, le signe distinctif, tiré de me-rivvot lu comme « un dans sa myriade ».

2
וְרַבִּי אָבָהוּ אָמַר: ״דָּגוּל מֵרְבָבָה״ — דֻּוגְמָא הוּא בָּרְבָבָה שֶׁלּוֹ.

Et Rabbi Abahou a dit : « Insigne entre dix mille » (Chir haChirim 5, 10) — Il est un échantillon (<i>dougma</i>) au sein de Sa myriade.

📜 Rachi (1)
דֻּוגְמָא דְּבַר הֶיכֵּר הָעוֹמֵד לְדוּגְמָא לְהַרְאוֹתוֹ לוֹמַר כָּזֶה עֲשֵׂה לִי וְאֵין זֶה אֶלָּא דָּבָר הַנִּיכָּר אַף כָּאן מְקוֹמוֹ נִיכָּר:
« Dougma. » Une chose distinctive, qui sert d'échantillon que l'on montre en disant : fais-moi pareil à ceci ; et cela ne peut être qu'une chose reconnaissable. Ici de même : Son lieu est reconnaissable.
💡 Explication

Dagoul me-revava est lu comme dougma me-revava : parmi la myriade, Il est ce qui sert de modèle de référence. Rachi précise le sens commercial du mot : l'échantillon que l'on montre en disant « fais-moi pareil à ceci ». Un échantillon n'a de valeur que s'il est immédiatement reconnaissable, et c'est le point de la derasha : le lieu de la Chekhina se reconnaît.

3
וְרֵישׁ לָקִישׁ אָמַר: ״ה׳ צְבָאוֹת שְׁמוֹ״ — אָדוֹן הוּא בַּצָּבָא שֶׁלּוֹ.

Et Rech Lakich a dit : « Hachem Tsevaot est Son Nom » (Yechayahou 48, 2) — Il est le maître (<i>adon</i>) au sein de Son armée.

💡 Explication

Troisième lecture, la plus simple des quatre : le titre Tsevaot place Hachem dans un rapport de commandement à Son armée. Le mot adon est tiré de Tsevaot par la sonorité, et il fixe la même distinction que les deux précédentes : au milieu de l'armée, on distingue celui qui la commande.

4
וְרַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: ״לֹא בָרוּחַ ה׳ וְאַחַר הָרוּחַ רַעַשׁ לֹא בָרַעַשׁ ה׳. וְאַחַר הָרַעַשׁ אֵשׁ לֹא בָאֵשׁ ה׳ וְאַחַר הָאֵשׁ קוֹל דְּמָמָה דַקָּה״, ״וְהִנֵּה ה׳ עֹובֵר״.

Et Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : « Hachem n'était pas dans le vent ; et après le vent, un tremblement — Hachem n'était pas dans le tremblement ; et après le tremblement, un feu — Hachem n'était pas dans le feu ; et après le feu, une voix de silence ténu » ; « et voici, Hachem passait » (Melakhim I 19, 11-12).

💡 Explication

La quatrième réponse change de méthode. Les trois précédentes isolaient un mot ; celle-ci suit une progression. Le prophète Eliyahou, à Horev, voit passer trois manifestations puissantes, et le verset écarte chacune d'elles, puis nomme la quatrième : kol demama daka, une voix de silence ténu.

Rabbi Akiva en tire un ordre de passage : ce qui frappe le regard n'est jamais le lieu de la Chekhina. L'application au Pardes est directe — Aher a vu une figure imposante et s'est arrêté là ; Rabbi Akiva savait qu'il fallait attendre plus loin.

🖼️ Schéma
Melakhim I 19 : l'ordre de passage à Horev Roua'h le vent Raach le tremblement Ech le feu Kol demama daka une voix de silence ténu ve-hine over et voici, Il passait Il n'y était pas Il n'y était pas Il n'y était pas c'est là Rabbi Akiva en tire la règle : les manifestations puissantes se traversent, le lieu de la Chekhina vient après elles.
Les quatre étapes du verset d'Eliyahou, lues par Rabbi Akiva comme une règle d'orientation.
5
תָּנוּ רַבָּנַן, שִׁשָּׁה דְּבָרִים נֶאֶמְרוּ בַּשֵּׁדִים: שְׁלֹשָׁה כְּמַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת, וּשְׁלֹשָׁה כִּבְנֵי אָדָם. שְׁלֹשָׁה כְּמַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת — יֵשׁ לָהֶם כְּנָפַיִם כְּמַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת, וְטָסִין מִסּוֹף הָעוֹלָם וְעַד סוֹפוֹ כְּמַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת, וְיוֹדְעִין מַה שֶּׁעָתִיד לִהְיוֹת כְּמַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת.

Nos maîtres ont enseigné : six choses ont été dites au sujet des <i>chedim</i> (démons) : trois comme les anges de service, et trois comme les êtres humains. Trois comme les anges de service : ils ont des ailes comme les anges de service, ils volent d'un bout du monde à l'autre comme les anges de service, et ils savent ce qui doit advenir comme les anges de service.

🗂️ Tossefot (1)
כִּבְנֵי אָדָם. הֲוָה מָצֵי לְמִיחְשַׁב יְשָׁנִים וּמוֹצִיאִין רֵיעִי כִּבְנֵי אָדָם כְּדִלְקַמָּן גַּבֵּי דְּדָמֵי לִבְהֵמָה וְאִיכָּא לְמֵימַר דְּהָוֵי בִּכְלַל הָנֵי וְאַף לְקַמָּן לָא הֲוָה חֲשִׁיב לֵיהּ אֶלָּא מִשּׁוּם דְּבָעֵי אַשְׁכַּחִי' שְׁלֹשָׁה דּוֹמִין לִבְהֵמָה. הָר"ר אֶלְחָנָן:
« Comme les êtres humains. » Il aurait pu compter aussi qu'ils dorment et qu'ils émettent des excréments comme les êtres humains, ainsi qu'on le dira plus loin à propos de ce en quoi l'homme ressemble à l'animal. On peut répondre que cela est inclus dans les traits énoncés ici ; et même plus loin, il ne l'a compté que parce qu'il lui fallait trouver trois points de ressemblance avec l'animal. Ha-Rav Rabbi Elhanan.
💡 Explication

La guemara reste dans le registre des êtres célestes et cite une baraita construite en deux fois trois. Le chad n'y est jamais défini en lui-même : il est situé par ce qu'il partage avec l'étage au-dessus et avec l'étage au-dessous.

Le troisième trait, ils savent ce qui doit advenir, sera immédiatement corrigé au segment suivant : la baraita ne peut pas vouloir dire que les chedim connaissent l'avenir.

6
יוֹדְעִין סָלְקָא דַעְתָּךְ?! אֶלָּא, שׁוֹמְעִין מֵאֲחוֹרֵי הַפַּרְגּוֹד, כְּמַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת.

« Ils savent » — cela te viendrait-il à l'esprit ? Plutôt : ils entendent de derrière le <i>pargod</i> (le rideau de séparation), comme les anges de service.

💡 Explication

La correction porte sur la source du savoir. Connaître l'avenir par soi-même relève de Hachem seul ; les anges de service eux-mêmes en sont réduits à entendre de derrière le pargod, le rideau qui sépare la cour céleste. La baraita comparaît bien les chedim aux anges, et c'est sur ce mode-là qu'il faut l'entendre : ils captent ce qui filtre.

Le terme pargod désigne ce rideau ; il reviendra ailleurs dans le Talmud avec la même fonction, marquer une limite de ce qui est accessible.

7
וּשְׁלֹשָׁה כִּבְנֵי אָדָם — אוֹכְלִין וְשׁוֹתִין כִּבְנֵי אָדָם, פָּרִין וְרָבִין כִּבְנֵי אָדָם, וּמֵתִים כִּבְנֵי אָדָם.

Et trois comme les êtres humains : ils mangent et boivent comme les êtres humains, ils se reproduisent et se multiplient comme les êtres humains, et ils meurent comme les êtres humains.

💡 Explication

Les trois traits humains portent sur le corps et sur sa durée : la nourriture, la génération, la mort. Le dernier est le plus lourd de conséquence : le chad n'est pas un être éternel, ce qui le sépare nettement des anges auxquels les trois premiers traits le rapprochaient.

8
שִׁשָּׁה דְּבָרִים נֶאֶמְרוּ בִּבְנֵי אָדָם: שְׁלֹשָׁה כְּמַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת, שְׁלֹשָׁה כִּבְהֵמָה. שְׁלֹשָׁה כְּמַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת — יֵשׁ לָהֶם דַּעַת כְּמַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת, וּמְהַלְּכִין בְּקוֹמָה זְקוּפָה כְּמַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת, וּמְסַפְּרִים בִּלְשׁוֹן הַקֹּדֶשׁ כְּמַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת. שְׁלֹשָׁה כִּבְהֵמָה — אוֹכְלִין וְשׁוֹתִין כִּבְהֵמָה, וּפָרִין וְרָבִין כִּבְהֵמָה, וּמוֹצִיאִין רְעִי כִּבְהֵמָה.

Six choses ont été dites au sujet des êtres humains : trois comme les anges de service, trois comme l'animal. Trois comme les anges de service : ils ont l'intelligence (<i>daat</i>) comme les anges de service, ils marchent en station droite comme les anges de service, et ils parlent la langue sainte comme les anges de service.

Trois comme l'animal : ils mangent et boivent comme l'animal, ils se reproduisent et se multiplient comme l'animal, et ils émettent des excréments comme l'animal.

🪔 Ben Yehoyada (1)
וּמְסַפְּרִים בִּלְשׁוֹן קֹדֶשׁ כְּמַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת סִדְרָן בְּגוּף הָאָדָם הַדַּעַת בַּמּוֹחַ וְהַסִּיפּוּר בַּפֶּה שֶׁהוּא תַּחְתָּיו וְהַקּוֹמָה בְּהַתְחָלַת הַגּוּף שֶׁהוּא תַּחַת הַצַּוָּאר וְאַמַּאי לָא נָקֵיט לְהוּ בְּסֵדֶר זֶה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד הָנָךְ תַּרְתֵּי מְצוּיִים בָּאָדָם תָּמִיד אַךְ סִיפּוּר לְשׁוֹן הַקֹּודֶשׁ אֵינוֹ בִּתְמִידוּת אֶלָּא לִפְרָקִים. אִי נָמֵי מַגִּיעַ לָאָדָם בָּעוֹלָם הַזֶּה חֲשִׁיבוּת מֵהָנָךְ תַּרְתֵּי טְפֵי מִסִּיפּוּר לְשׁוֹן הַקֹּודֶשׁ לְכָךְ הִקְדִּים אוֹתָם.
« Et ils parlent la langue sainte comme les anges de service. » Il y a lieu d'objecter : leur ordre dans le corps de l'homme est le suivant — le <i>daat</i> dans le cerveau, la parole dans la bouche qui est au-dessous, et la station dans le début du corps, qui est sous le cou ; pourquoi ne les a-t-il pas pris dans cet ordre ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que ces deux-là se trouvent chez l'homme en permanence, tandis que le parler de la langue sainte n'est pas permanent mais seulement par intervalles. Ou bien : l'homme tire de ces deux-là, dans ce monde-ci, plus d'importance que du parler de la langue sainte, et c'est pourquoi il les a placés avant.
💡 Explication

La seconde baraita applique à l'homme la même structure. Les trois traits angéliques sont le daat, la station droite et la langue sainte ; les trois traits animaux sont les fonctions du corps.

Manger, boire et se reproduire figurent dans les deux baraitot, une fois du côté humain pour les chedim, une fois du côté animal pour l'homme. Le point de partage change donc selon le terme de comparaison : ce qui rapproche le chad de l'homme est précisément ce qui rapproche l'homme de l'animal.

9
כָּל הַמִּסְתַּכֵּל בְּאַרְבָּעָה דְּבָרִים רָתוּי לוֹ שֶׁלֹּא בָּא לָעוֹלָם כּוּ׳. בִּשְׁלָמָא מַה לְמַעְלָה מַה לְמַטָּה מַה לְאָחוֹר — לְחַיֵּי. אֶלָּא לִפְנִים — מַה דַּהֲוָה הֲוָה?

« Quiconque porte le regard sur quatre choses, mieux valait pour lui qu'il ne vienne pas au monde », etc. Soit, pour ce qui est au-dessus, ce qui est au-dessous, ce qui est après — cela se comprend.

Mais « ce qui est avant » : ce qui a été a été, quelle difficulté y a-t-il ?

📜 Rachi (1)
וּמַה לְמַטָּה וַהֲרֵי אָמַר וּמִתַּחַת זְרוֹעוֹת עוֹלָם (דְּבָרִים ל״ג:כ״ז) וְאִם שָׁאַל מִי סְבַלַן לֹא חָס עַל כְּבוֹד קוֹנוֹ לָיְיטִי עֲלָהּ בְּמַעֲרָבָא לָא גָּרְסִינַן לָהּ:
« Et ce qui est au-dessous. » Or il est dit : « et en dessous, les bras du monde » (Devarim 33, 27) ; et s'il demande qui les porte, il n'a pas eu égard à l'honneur de son Créateur. Quant à « on l'a maudit en Occident », nous ne le lisons pas ici.
💡 Explication

Retour à la michna du chapitre (11b). Elle énumère quatre objets de regard interdit : ma lemaala, ma lemata, ma lefanim, ma leahor. La guemara accepte trois des quatre : dans ces trois cas, on porte le regard sur ce qui se situe hors du monde.

L'objection porte sur le quatrième, où plutôt sur le troisième de la liste : ma lefanim, ce qui a précédé la création. Ce qui a eu lieu a eu lieu, c'est du passé, et le passé est un fait. L'objection attend donc une raison qui ne soit pas d'inaccessibilité mais d'égard.

🖼️ Schéma
Les quatre regards de la michna, et celui qui fait difficulté Ma lemaala au-dessus du firmament Ma lemata au-dessous de la terre Ma lefanim avant la création Ma leahor après la fin celui qui regarde ici la guemara objecte : ma dehava hava, cela a eu lieu Réponse par le machal du palais bâti sur le tas d'ordures : l'interdit tient à l'égard du, non à l'inaccessible.
Les quatre directions du regard interdit. Trois se comprennent d'elles-mêmes ; la quatrième, vers l'avant de la création, demande une autre raison.
10
רַבִּי יוֹחָנָן וְרַבִּי אֶלְעָזָר דְּאָמְרִי תַּרְוַייְהוּ: מָשָׁל לְמֶלֶךְ בָּשָׂר וָדָם שֶׁאָמַר לַעֲבָדָיו: בְּנוּ לִי פַּלְטֵירִין גְּדוֹלִין עַל הָאַשְׁפָּה. הָלְכוּ וּבָנוּ לוֹ, אֵין רְצוֹנוֹ שֶׁל מֶלֶךְ לְהַזְכִּיר שֵׁם אַשְׁפָּה.

Rabbi Yo'hanan et Rabbi Elazar disent tous deux : c'est comparable à un roi de chair et de sang qui dit à ses serviteurs : bâtissez-moi de grands palais sur le tas d'ordures. Ils allèrent et le lui bâtirent.

Il n'est pas de la volonté du roi qu'on mentionne le nom du tas d'ordures.

🪔 Ben Yehoyada (1)
אֶלָּא מַה לְפָנִים, מַה דַּהֲוָה הֲוָה?! רַבִּי יוֹחָנָן וְרַבִּי אֶלְעָזָר, דְּאָמְרִי תַּרְוַיְהוּ: לְמָה הַדָּבָר דוֹמֶה? לְמֶלֶךְ שֶׁאָמַר לַעֲבָדָיו: לְכוּ וּבְנוּ לִי פַּלְטֵרִין גְּדוֹלִים עַל אַשְׁפָּה וְכוּ'.. נִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה דְּיָדוּעַ שֶׁבִּמְקוֹם שִׁבְעָה תַּחְתּוֹנוֹת דַּאֲצִילוּת שֶׁל עַתָּה שֶׁהֵם זו"ן [זְעֵיר וְנֻוקְבָּא] הַנִּקְרָאִים בְּשֵׁם 'עוֹלָם הַזֶּה' הָיוּ מִקֹּודֶם שִׁבְעָה תַּחְתּוֹנוֹת הַנִּקְרָאִים 'שִׁבְעָה מְלָכִים' שֶׁנִּשְׁבְּרוּ שֶׁהָיוּ בְּחִינַת דִּינִים וּגְבוּרוֹת וּבָהֶם מְעֹורָבִים הַשְּׁמָרִים וְהַקְּלִיפּוֹת וְכַנִּזְכָּר בְּדִבְרֵי רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל אַךְ לֹא בֵּיאֵר בְּפֵירוּשׁ בְּאֵיזֶה אֹופֶן הָיוּ מְעֹורָבִים הַשְּׁמָרִים וְהַקְּלִיפּוֹת בַּמָּקוֹם הָעֶלְיוֹן וְהַקָּדוֹשׁ הַהוּא דְּהָא וַדַּאי דָּבָר זֶה עָמֹוק הוּא וְאָסוּר לַחְשֹׁוב וּלְצַייֵּר וּלְדַבֵּר בּוֹ. וְנִרְאֶה לִי גַּם עַל זֶה הָיְתָה אַזְהָרַת רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל לְבִלְתִּי נִשְׁאַל ' מַה לְפָנִים' רוֹצֶה לוֹמַר מֶה הָיָה לִפְנִים קֹודֶם הַתִּיקּוּן בִּמְקוֹם הַשִּׁבְעָה תַּחְתּוֹנוֹת שֶׁל עַתָּה וְאֵיךְ הָיוּ עוֹמְדִים הַשִּׁבְעָה מְלָכִים בְּתַעֲרֹובֶת הַשְּׁמָרִים וְהַקְּלִיפּוֹת בַּמָּקוֹם הָעֶלְיוֹן הַקָּדוֹשׁ הַהוּא. וְעַל זֶה מַקְשֵׁי הַשַּׁ"ס 'מַה דַּהֲוָה הֲוָה!' וּמַה בְּכָךְ אִם נִשְׁאַל לָדַעַת הַדָּבָר הַזֶּה עַל בֻּורְיוֹ? וְהֵשִׁיב: רַבִּי יוֹחָנָן וְרַבִּי אֶלְעָזָר דְּאָמְרִי תַּרְוַיְהוּ לְמָה הַדָּבָר דוֹמֶה? לְמֶלֶךְ שֶׁאָמַר לַעֲבָדָיו: לְכוּ וּבְנוּ לִי פַּלְטֵרִין גְּדוֹלִים עַל אַשְׁפָּה הָלְכוּ וּבָנוּ לוֹ וְאֵין רְצוֹנוֹ שֶׁל מֶלֶךְ שֶׁיַּזְכִּירוּ לוֹ שֵׁם אַשְׁפָּה. וְכֵן הַנִּמְשָׁל הִנֵּה הַקְּדֻושָּׁה שֶׁהָיְתָה בְּשִׁבְעָה מְלָכִים בְּעֵת שֶׁנֶּאֶצְלוּ הָיְתָה קְדֻושָּׁה גְּדוֹלָה שֶׁהָיְתָה שִׁבְעָה תַּחְתּוֹנוֹת דְּעֶשֶׂר סְפִירוֹת דַּאֲצִילוּת אַךְ גָּזְרָה חָכְמָתוֹ יִתְבָּרֵךְ שֶׁיִּהְיֶה מְעֹורָב בְּאוֹרוֹת קְדֻושָּׁה הָעֶלְיוֹנִים הָעֲצוּמִים הָאֵלֶּה שְׁמָרִים וְקָלֵיהּ וּבְכַוָּנָה הָיוּ בְּאֹופֶן זֶה בַּעֲבוּר טַעַם הַיָּדוּעַ וְעַל זֶה נֶאֱמַר בַּמָּשָׁל שֶׁאָמַר הַמֶּלֶךְ בָּנוּ לִי פַּלְטְרִין גְּדוֹלִים עַל אַשְׁפָּה עִנְיַן אַשְׁפָּה קָאֵי עַל הַשְּׁמָרִים וְהַקְלֵיה וְלָכֵן אֵין רְצוֹנוֹ שֶׁל מֶלֶךְ שֶׁיַּזְכִּירוּ אַחַר הַבִּנְיָן שָׁם אַשְׁפָּה וְכֵן בַּנִּמְשָׁל אֵין זֶה מִן הַכָּבוֹד שֶׁנַּזְכִּיר עַתָּה אַחַר הַתִּיקּוּן אֵיךְ הָיוּ מְעֹורָבִים הַשְּׁמָרִים וְהַקְּלִיפּוֹת בְּאוֹרוֹת הָעֲצוּמִים שֶׁל שִׁבְעָה תַּחְתּוֹנוֹת כְּשֶׁהָיוּ עוֹמְדִין בְּמָקוֹם עֶלְיוֹן הַהוּא. וְדַע כִּי דִּבְרֵי הַיְּרוּשַׁלְמִי בְּפֶרֶק ב' דְּמַסֶּכְתָּא זוֹ בִּתְשׁוּבָה שֶׁהֵשִׁיב רַבִּי יוּדָן הַנָּשִׂיא לְרַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָן שֶׁאָמַר לוֹ רַבִּי אֶלְעָזָר רַבְּךָ לֹא הָיָה דּוֹרֵשׁ כֵּן אֶלָּא לְמֶלֶךְ שֶׁבָּנָה פָּלָטִין בִּמְקוֹם בְּיָבִין בִּמְקוֹם אַשְׁפּוֹת בִּמְקוֹם סֶרְיוֹת וְכוּ' גַּם כֵּן יָבוֹאוּ דְּבָרִים הַנִּזְכָּר לְנָכוֹן עַל פִּי הַבֵּיאוּר שֶׁבֵּיאַרְנוּ כָּאן. וּמַה שֶׁסִּייֵּם שָׁם כָּךְ מִי שֶׁהוּא אוֹמֵר בַּתְּחִלָּה הָיָה הָעוֹלָם מַיִם בְּמַיִם הוּא פּוֹגֵם הַכַּוָּנָה שֶׁאוֹמֵר עַל קֹודֶם הַתִּיקּוּן שֶׁהָיוּ מְעֹורָבִים שְׁמָרִים וְקָלֵיהּ בְּשִׁבְעָה תַּחְתּוֹנוֹת וּלְתַעֲרֹובֶת זוֹ קָרֵי לָהּ מַיִם בְּמַיִם עַל דֶּרֶךְ מַה שֶׁאָמְרוּ בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ פָּרָשַׁת שְׁמוֹת וְזַ"ל: אִינּוּן דְּהֵיכְלָא דִּזְכוּתָא אִיקְרוּן מַיִם מְתוּקִים מַיִם צִלּוּלִין אִינּוּן דְּהֵיכְלָא דְּחוֹבָה אִיקְרוּן מַיִם מֵרִירָן מֵי הַמָּרִים הַמְאָרְרִים וְכוּ' עַיֵּין שָׁם וְלָכֵן קוֹרֵא לְתַעֲרֹובֶת הַנִּזְכָּר מַיִם בְּמַיִם. וְהַשְּׁאֵלָה שֶׁל מַה לְאָחוֹר הַכַּוָּנָה הִיא לְפִי בֵּיאוּרֵנוּ הַנִּזְכָּר הוּא כָּךְ כִּי נוֹדַע מֶשֶׁךְ שְׁנוֹת עוֹלָם הַזֶּה הֵם שִׁבְעָה אֲלָפִים שֶׁהֵם שִׁשָּׁה וְאֶחָד הֵמָּה כְּנֶגֶד שִׁבְעָה תַּחְתּוֹנוֹת הַמְתֻוקָּנוֹת שֶׁנֶּאֶצְלוּ וְנִתַּקְּנוּ אַחַר הַתִּיקּוּן וּשְׁאֵלַת מַה לְאָחוֹר קָאֵי עַל אַחַר תַּשְׁלוּם הַשִּׁבְעָה אֲלָפִים שָׁנָה שֶׁהֵם תַּשְׁלוּם שִׁבְעָה תַּחְתּוֹנוֹת הַמְתֻוקָּנוֹת מַה יִהְיֶה עוֹד אַחֲרֵי זֶה דְּאָסוּר לַחְקֹור וְלִדְרֹושׁ עַל זֶה. וְעַייֵּן בְּשַׁעַר מַאַמְרֵי רַשְׁבִּ"י בְּבֵיאוּר אִדְּרָא רַבָּה דַּף ל"ז מַה שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ זַ"ל שָׁם בְּטָעוּת שֶׁטָּעוּ בָּהּ קְצָת הַמְקֻובָּלִים זַ"ל עַיֵּין שָׁם.
« Mais “ce qui est avant” : ce qui a été a été ! Rabbi Yo'hanan et Rabbi Elazar disent tous deux : à quoi la chose ressemble-t-elle ? À un roi qui dit à ses serviteurs : allez et bâtissez-moi de grands palais sur un tas d'ordures », etc. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est la suivante. On sait qu'à la place des sept séfirot inférieures de l'atsilout actuelle, qui sont ZoN (zeïr et noukva) et que l'on appelle du nom de « ce monde-ci », se tenaient auparavant sept inférieures appelées « les sept rois » qui se sont brisées, lesquelles étaient de l'ordre des <i>dinim</i> et des <i>guevourot</i>, et dans lesquelles étaient mélangés les lies (<i>chémarim</i>) et les <i>kelipot</i>, ainsi qu'il est rapporté dans les paroles de notre maître le Ari, de mémoire bénie. Mais il n'a pas expliqué de manière explicite de quelle façon les lies et les kelipot étaient mélangées dans ce lieu supérieur et saint, car cette chose est assurément profonde et il est interdit d'y penser, de se la représenter et d'en parler. Et il me semble que c'est aussi sur cela que portait l'avertissement de nos maîtres, de mémoire bénie, de ne pas interroger sur « ce qui est avant » — c'est-à-dire : ce qu'il y avait avant, avant le <i>tikoun</i>, à la place des sept inférieures actuelles, et comment les sept rois se tenaient dans le mélange des lies et des kelipot dans ce lieu supérieur et saint. Et sur cela la guemara objecte : « ce qui a été a été ! » — qu'importe si nous interrogeons pour connaître cette chose à fond ? Et il répondit : Rabbi Yo'hanan et Rabbi Elazar disent tous deux : à quoi la chose ressemble-t-elle ? À un roi qui dit à ses serviteurs : allez et bâtissez-moi de grands palais sur un tas d'ordures ; ils allèrent et le lui bâtirent, et il n'est pas de la volonté du roi qu'on lui mentionne le nom du tas d'ordures. De même dans le <i>nimchal</i> : la sainteté qui était dans les sept rois au moment où ils furent émanes était une grande sainteté, car ils étaient les sept inférieures des dix séfirot de l'atsilout ; mais Sa sagesse, bénie soit-elle, a décrété que soient mélangées à ces lumières saintes supérieures et immenses des lies et des kelipot, et c'est intentionnellement qu'elles étaient ainsi, pour la raison connue. C'est sur cela qu'il est dit dans le <i>machal</i> que le roi a dit : bâtissez-moi de grands palais sur un tas d'ordures — l'affaire du tas d'ordures porte sur les lies et les kelipot ; et c'est pourquoi il n'est pas de la volonté du roi qu'après la construction on mentionne le nom du tas d'ordures. De même dans le nimchal : il n'est pas de l'honneur que nous mentionnions maintenant, après le tikoun, comment les lies et les kelipot étaient mélangées dans les lumières immenses des sept inférieures lorsqu'elles se tenaient dans ce lieu supérieur. Et sache que les paroles du Yerouchalmi, au deuxième chapitre de ce traité, dans la réponse que Rabbi Youdan le nassi fit à Rabbi Chemouel bar Nahman — qui lui avait dit : Rabbi Elazar ton maître n'exposait pas ainsi, mais : à un roi qui bâtit un palais à l'emplacement des égouts, à l'emplacement des tas d'ordures, à l'emplacement des immondices, etc. — ces paroles aussi se comprennent bien selon l'explication que nous avons donnée ici. Et ce qu'il conclut là-bas, que celui qui dit qu'au commencement le monde était « de l'eau dans de l'eau » porte atteinte : l'intention est qu'il parle de ce qui précédait le tikoun, lorsque les lies et les kelipot étaient mélangées dans les sept inférieures ; et ce mélange, il l'appelle « de l'eau dans de l'eau », à la manière de ce qui est dit dans le Zohar, paracha Chemot, en ces termes — celles du palais du mérite sont appelées eaux douces, eaux limpides ; celles du palais de la faute sont appelées eaux amères, les eaux amères qui maudissent, etc. ; voir là-bas. C'est pourquoi il appelle ce mélange « de l'eau dans de l'eau ». Quant à la question de « ce qui est après », l'intention, selon notre explication, est la suivante : on sait que la durée des années de ce monde-ci est de sept mille ans, qui sont six et un, et qu'ils correspondent aux sept inférieures rectifiées qui ont été émanées et rectifiées après le tikoun ; et la question de « ce qui est après » porte sur ce qui suivra l'achèvement des sept mille ans, achèvement des sept inférieures rectifiées : que sera-t-il encore après cela ? Car il est interdit d'enquêter et d'exposer sur ce point. Et vois dans le Chaar Maamarei Rachbi, dans le commentaire de l'Idra Rabba, feuillet 37, ce que notre maître, de mémoire bénie, a dit là-bas au sujet d'une erreur dans laquelle certains kabbalistes, de mémoire bénie, se sont trompés ; voir là-bas.
💡 Explication

Le machal répond en déplaçant la question. Les palais tiennent debout, ils sont beaux, et l'emplacement sur lequel ils ont été élevés fait partie du fait ; personne ne le nie. Le roi demande seulement qu'on n'en parle plus.

Appliqué à la création : ce qui a précédé le monde à bien eu lieu, et l'interdit ne porte pas sur la vérité du fait mais sur son rappel. L'enjeu est l'honneur du Créateur, ce qui prépare exactement la suite de la michna sur celui qui n'a pas eu égard à cet honneur.

11
כָּל שֶׁלֹּא חָס עַל כְּבוֹד קוֹנוֹ, רָתוּי לוֹ שֶׁלֹּא בָּא לָעוֹלָם. מַאי הִיא? רַבִּי אַבָּא אָמַר: זֶה הַמִּסְתַּכֵּל בַּקֶּשֶׁת. רַב יוֹסֵף אָמַר: זֶה הָעוֹבֵר עֲבֵירָה בַּסֵּתֶר. מִסְתַּכֵּל בַּקֶּשֶׁת, דִּכְתִיב: ״כְּמַרְאֵה הַקֶּשֶׁת אֲשֶׁר יִהְיֶה בֶעָנָן בְּיוֹם הַגֶּשֶׁם כֵּן מַרְאֵה הַנֹּגַהּ סָבִיב הוּא מַרְאֵה דְּמוּת כְּבוֹד ה׳״.

« Quiconque n'a pas eu égard à l'honneur de son Créateur, mieux valait pour lui qu'il ne vienne pas au monde. » Qu'est-ce à dire ? Rabbi Abba a dit : il s'agit de celui qui regarde l'arc-en-ciel.

Rav Yossef a dit : il s'agit de celui qui transgresse en cachette. « Celui qui regarde l'arc-en-ciel », car il est écrit : « Comme l'aspect de l'arc qui est dans la nuée au jour de la pluie, tel était l'aspect de la clarté alentour ; c'était l'aspect de la ressemblance de la gloire de Hachem » (Ye'hezkel 1, 28).

💡 Explication

La michna avait ajouté une cinquième clause, plus générale que les quatre regards : celui qui n'a pas eu égard à l'honneur de son Créateur. La guemara demande à quel cas concret elle s'applique, et deux amoraïm répondent.

Rabbi Abba retient l'arc-en-ciel, en s'appuyant sur le dernier verset du premier chapitre de Ye'hezkel : le prophète y décrit la gloire qu'il a vue en la comparant à l'arc. Regarder l'arc revient donc à fixer ce que l'Écriture a désigné comme l'image de la gloire.

Rav Yossef retient un tout autre cas, la transgression commise en cachette, qui sera développé au segment suivant.

12
רַב יוֹסֵף אָמַר: זֶה הָעוֹבֵר עֲבֵירָה בַּסֵּתֶר, כִּדְרַבִּי יִצְחָק. דְּאָמַר רַבִּי יִצְחָק: כָּל הָעוֹבֵר עֲבֵירָה בַּסֵּתֶר, כְּאִילּוּ דּוֹחֵק רַגְלֵי שְׁכִינָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כֹּה אָמַר ה׳ הַשָּׁמַיִם כִּסְאִי וְהָאָרֶץ הֲדֹום רַגְלָי״.

Rav Yossef a dit : il s'agit de celui qui transgresse en cachette, selon Rabbi Yitshak. Car Rabbi Yitshak a dit : quiconque transgresse en cachette, c'est comme s'il repoussait les pieds de la Chekhina, ainsi qu'il est dit : « Ainsi a dit Hachem : les cieux sont Mon trône et la terre l'escabeau de Mes pieds » (Yechayahou 66, 1).

📜 Rachi (1)
כְּאִלּוּ דּוֹחֵק רַגְלֵי הַשְּׁכִינָה אוֹמֵר בְּלִבּוֹ אֵין הַשְּׁכִינָה כָּאן וּכְתִיב וְהָאָרֶץ הֲדֹום רַגְלִי:
« C'est comme s'il repoussait les pieds de la Chekhina. » Il dit dans son cœur : la Chekhina n'est pas ici ; or il est écrit « et la terre l'escabeau de Mes pieds ».
🪔 Ben Yehoyada (1)
כל העובר עברה בסתר, כאלו דוחק רגלי השכינה. נראה לי בס"ד הארץ הלזו (יחזקאל לו, לה) מכונית בשם רגלי השכינה בדרך משל ודמיון משום דכתיב (ישעיהו סו, א) והארץ הדם רגלי וידוע העולם קיים על שלשה דברים שהם האמת והדין והשלום כמו שאמרו בסוף פרק א' דאבות וידוע כי אותיות אמת הם ראש ותוך וסוף אותיות אלפא ביתא אם תכניס מנצפ"ך בפנים ולכן סתר שהוא ס וף ת וך ר אש הוא רומז על האמת כאמור וזהו שאמר 'כל העובר עברה בסתר' רוצה לומר במידת האמת שפוגם בו 'כאלו דוחק רגלי השכינה' הוא עולם הזה כי האמת הוא אחד משלשה דברים המקיימים את עולם הזה. ועוד נראה לי בס"ד כי העובר עברה בסתר הרי זה גונב דעת הבריות שמראה עצמו לפניהם שהוא צדיק והוא איש רשע וכיון שגונב דעת הבריות גורם שגם הקליפה תעיז לגנוב משפע הקדושה יותר מדאי מדה כנגד מדה וידוע שאין הקליפות יכולין ליקח כלום אלא רק מן הגבורות שבקדושה הנקראים אלקים קדושים וידוע ששם אלקים שבקדושה שהוא סוד הגבורות בכללו פ"ו כמנין כוס [86] ובפרטיו מספר ת"ל [430] דכל אות ממנו כולל מספר שם אלקים שלם וכל זה נרמז באותיות שאחר אותיות שכינה שהם אותיות ת־ל ואותיות כו־ס וזהו שאמר 'כל העובר עברה בסתר' שגונב דעת הבריות ובזה גורם שהקליפה תגנוב ותינק מן הגבורות שבקדושה 'כאלו דוחק רגלי השכינה' רוצה לומר הגבורות הרמוזים בסוף אותיות שכינה שהם ת־ל וכו־ס כאמור שגורם שינקו הקליפות מהם. ועוד נראה לי בס"ד 'כאלו דוחק רגלי השכינה' על פי מה שאמר רבינו האר"י ז"ל במאמר כל הכועס כאלו שכינה אינה חשובה כנגדו (נדרים כב:) , דאותיות שכינה מתחלקים לשני חלוקות שהם ש־ך ינ־ה והכועס מגביר הדינים וממשיך ש־ך ניצוצין של הדינים ומסלק ינ־ה שהוא מספר שם אדנ־י ולזה אמר אין שכינה רמז לשם אדנ־י [65] הנרמז באותיות ינ"ה דשכינה חשוב כנגדו עד כאן דבריו בשער מאמרי רבותינו ז"ל עיין שם. ובזה יובן העובר עברה בסתר שאז הוא כופר בהשגחתו יתברך הרי זה מגביר הדינים מדה כנגד מדה שממשיך ש־ך ניצוצין של הדינים ומסלק שם אדנ־י שרמוז באותיות ינ־ה שבסוף שכינה וזהו רגלי השכינה כי ינ־ה הם סוף שם שכינה.
« Quiconque transgresse en cachette, c'est comme s'il repoussait les pieds de la Chekhina. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que cette terre-ci (Ye'hezkel 36, 35) est désignée du nom de « pieds de la Chekhina » par voie de machal et de comparaison, parce qu'il est écrit (Yechayahou 66, 1) « et la terre l'escabeau de Mes pieds ». Et l'on sait que le monde subsiste sur trois choses, qui sont la vérité, le jugement et la paix, comme il est dit à la fin du premier chapitre d'Avot. Et l'on sait que les lettres du mot <i>émet</i> sont le début, le milieu et la fin des lettres de l'alphabet, si l'on fait entrer à l'intérieur les lettres finales mem-noun-tsadi-peh-kaf. C'est pourquoi le mot <i>seter</i> — samekh pour <i>souf</i> (la fin), tav pour <i>tokh</i> (le milieu), rech pour <i>roch</i> (le début) — fait allusion à la vérité, comme on l'a dit. Et c'est ce qu'il dit : « quiconque transgresse en cachette », c'est-à-dire dans la mesure de la vérité, à laquelle il porte atteinte, « c'est comme s'il repoussait les pieds de la Chekhina », qui sont ce monde-ci, car la vérité est l'une des trois choses qui maintiennent ce monde-ci. Il me semble en outre, avec l'aide du Ciel, que celui qui transgresse en cachette vole l'esprit des créatures, puisqu'il se montre devant elles comme un juste alors qu'il est un homme méchant ; et du moment qu'il vole l'esprit des créatures, il fait que la kelipa ose elle aussi voler du flux de la sainteté plus qu'il ne convient, mesure pour mesure. Et l'on sait que les kelipot ne peuvent rien prendre sinon des <i>guevourot</i> de la sainteté, appelées <i>Elokim kedochim</i>. Et l'on sait que le Nom Elokim de la sainteté, qui est le secret des guevourot, vaut dans son ensemble 86, comme le compte de <i>kos</i> (86), et dans le détail de ses lettres 430, chacune de ses lettres contenant le compte du Nom Elokim entier. Tout cela est indiqué par les lettres qui suivent les lettres du mot <i>Chekhina</i>, qui sont tav-lamed et kaf-vav-samekh. Et c'est ce qu'il dit : « quiconque transgresse en cachette », qui vole l'esprit des créatures et fait par là que la kelipa vole et tête des guevourot de la sainteté, « c'est comme s'il repoussait les pieds de la Chekhina » — c'est-à-dire les guevourot indiquées par la fin des lettres de Chekhina, qui sont tav-lamed et kaf-vav-samekh, comme on l'a dit, puisqu'il fait que les kelipot en tètent. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que « c'est comme s'il repoussait les pieds de la Chekhina » se comprend d'après ce que notre maître le Ari, de mémoire bénie, a dit sur l'énoncé « quiconque se met en colère, c'est comme si la Chekhina n'avait aucune valeur à ses yeux » (Nedarim 22b) : les lettres de Chekhina se divisent en deux parties, chin-kaf et yod-noun-hé ; celui qui se met en colère renforce les dinim et attire les étincelles chin-kaf des dinim, et il écarte yod-noun-hé, qui est le compte du Nom Adnout. C'est pourquoi il est dit « la Chekhina n'a pas de valeur » — allusion au Nom Adnout (65), indiqué par les lettres yod-noun-hé de Chekhina ; voilà ses paroles dans le Chaar Maamarei Razal, voir là-bas. Par là se comprend le cas de celui qui transgresse en cachette : il renie alors Sa providence, bénie soit-elle, et il renforce les dinim mesure pour mesure, attirant les étincelles chin-kaf des dinim et écartant le Nom Adnout indiqué par les lettres yod-noun-hé à la fin de Chekhina ; et ce sont là les « pieds de la Chekhina », car yod-noun-hé est la fin du nom Chekhina.
💡 Explication

Le raisonnement de Rav Yossef passe par une lecture du verset de Yechayahou. La terre y est nommée hadom raglai, l'escabeau des pieds : elle est le lieu où la présence se pose.

Celui qui faute en cachette agit sur une supposition, comme le formule Rachi : il se dit en son cœur que la Chekhina n'est pas là. Cette supposition équivaut à retirer la terre de sous les pieds, et c'est en ce sens qu'elle constitue un manque d'égard à l'honneur du Créateur.

13
אֵינִי?! וְהָאָמַר רַבִּי אִלְעָא הַזָּקֵן: אִם רוֹאֶה אָדָם שֶׁיִּצְרוֹ מִתְגַּבֵּר עָלָיו — יֵלֵךְ לְמָקוֹם שֶׁאֵין מַכִּירִין אוֹתוֹ, וְיִלְבַּשׁ שְׁחוֹרִין וְיִתְעַטֵּף שְׁחוֹרִין, וְיַעֲשֶׂה מַה שֶּׁלִּבּוֹ חָפֵץ, וְאַל יְחַלֵּל שֵׁם שָׁמַיִם בְּפַרְהֶסְיָא! לָא קַשְׁיָא: הָא — דְּמָצֵי כָּיֵיף לֵיהּ לְיִצְרֵיהּ, הָא — דְּלָא מָצֵי כָּיֵיף לְיִצְרֵיהּ.

Est-ce ainsi ? Mais Rabbi Ela l'Ancien n'a-t-il pas dit : si un homme voit que son inclination l'emporte sur lui, qu'il aille dans un lieu où on ne le connaît pas, qu'il revête du noir et s'enveloppe de noir, et qu'il fasse ce que son cœur désire, et qu'il ne profane pas le Nom du Ciel en public !

Cela ne fait pas difficulté : ici, il s'agit de celui qui peut soumettre son inclination ; là, de celui qui ne peut pas soumettre son inclination.

📜 Rachi (3)
לְמָקוֹם שֶׁאֵין מַכִּירִין אוֹתוֹ אֵין דַּעֲתוֹ גַּסָּה עָלָיו וְשֶׁמָּא יָקֵל כֹּחַ יִצְרוֹ וְגַם אִם יֶחֱטָא. אֵין אָדָם נוֹתֵן לֵב לְפִי שֶׁאֵינוֹ חָשׁוּב בְּעֵינֵיהֶם וְכֵן בִּלְבוּשׁ שְׁחֹורִים:
« Dans un lieu où on ne le connaît pas. » Son esprit n'y est pas enflé d'orgueil, et peut-être la force de son inclination faiblira-t-elle ; et même s'il faute, personne n'y prête attention, puisqu'il n'a pas d'importance à leurs yeux. Il en va de même pour le vêtement noir.
דְּמָצֵי כָּיֵיף לֵיהּ לְיִצְרֵיהּ וּבוֹטֵחַ עַל שֶׁהוּא נֶחְבָּא בַּסֵּתֶר כְּאִילּוּ דּוֹחֵק הָרַגְלַיִם:
« Lorsqu'il peut soumettre son inclination. » Et il se fie au fait d'être dissimulé en cachette : c'est alors comme s'il repoussait les pieds.
הֵיכָא דְּלָא מָצֵי כָּיֵיף לֵיהּ לְיִצְרֵיהּ טוֹב לוֹ בְּצִינְעָא מִפַּרְהֶסְיָא:
« Là où il ne peut pas soumettre son inclination. » Mieux vaut pour lui en privé qu'en public.
🗂️ Tossefot (1)
וְיַעֲשֶׂה מַה שֶּׁלִּבּוֹ חָפֵץ. לְגַמְרֵי מַשְׁמַע דְּמוּטָב לוֹ לְאָדָם שֶׁיַּעֲשֶׂה חֶפְצוֹ בַּסֵּתֶר וְלֹא בְּפַרְהֶסְיָא וְלֹא כפר"ח דְּשִׁילְהֵי פ"ק דְּקִדּוּשִׁין (דַּף מ. וְשָׁם) דְּפֵירֵשׁ דח"ו שֶׁהָיָה מַתִּיר לַעֲשׂוֹת עֲבֵירָה אֶלָּא קָאָמַר יִלְבַּשׁ שְׁחֹורִים וְיֵלֵךְ לְמָקוֹם אַחֵר דִּלְבִישַׁת שְׁחֹורִים וְאַכְסָנָאוּת מְשַׁבְּרִין לִבּוֹ וְלֹא יָבֹא לִידֵי עֲבֵירָה וְיוּכַל לַעֲשׂוֹת מֵעַכְשָׁיו מַה שֶּׁלִּבּוֹ חָפֵץ דְּוַדַּאי אֵין יִצְרוֹ מִתְגַּבֵּר עָלָיו וְסֻוגְיָא דִּשְׁמַעְתָּא אֵינוֹ מַשְׁמַע כִּדְבָרָיו הָכָא וּבְרֵישׁ פֶּרֶק בָּתְרָא דְּמוֹעֵד קָטָן (דַּף יז. וְשָׁם):
« Et qu'il fasse ce que son cœur désire. » Entièrement : il ressort qu'il est préférable pour l'homme d'accomplir son désir en cachette plutôt qu'en public. Et non comme Rabbenou Hananel à la fin du premier chapitre de Kidouchin (40a), qui explique qu'à Dieu ne plaise il aurait permis de commettre une transgression ; il dit seulement qu'il revêtira du noir et ira dans un autre lieu, car le port du noir et la condition d'étranger brisent son cœur, et il n'en viendra pas à la transgression, et il pourra dès lors faire ce que son cœur désire, puisque assurément son inclination ne l'emporte plus sur lui. Le fil de notre sougya ne s'accorde pas avec ses paroles, ni ici ni au début du dernier chapitre de Moed Katan (17a).
💡 Explication

L'objection est frontale. Rav Yossef vient de dire que la transgression en cachette constitue le manque d'égard le plus grave ; or Rabbi Ela l'Ancien conseille précisément la cachette à celui que son yetser domine, pour éviter un hilloul Hachem public.

La réponse distingue deux états. Celui qui peut soumettre son yetser et choisit malgré tout la cachette se fie à l'invisibilité : c'est là que s'applique la formule des pieds repoussés. Celui qui ne peut pas le soumettre n'est plus dans ce calcul, et pour lui le privé vaut mieux que le public.

Les trois éléments du conseil — le lieu inconnu, le vêtement noir, la condition d'étranger — sont lus par Rachi comme des moyens de briser l'assurance qui nourrit la faute. Tossefot discute ouvertement la lecture de Rabbenou Hananel, qui refuse d'y voir la moindre permission.

🖼️ Schéma
La distinction qui réconcilie Rav Yossef et Rabbi Ela l'Ancien Il voit que son yetser l'emporte sur lui que faire ? Detsi kayef leh le-yitsreh : il peut le soumettre De-la matsi kayef : il ne peut pas le soumettre Fauter en cachette devient le cas de Rav Yossef il se fie à l'invisibilité (Rachi) comme s'il repoussait les pieds de la Chekhina Le conseil de Rabbi Ela l'Ancien s'applique lieu inconnu, vêtement noir : l'assurance se brise et surtout aucun hilloul Hachem en public Tossefot : Rabbenou Hananel refuse d'y lire une permission ; le fil de la sougya ici ne s'accorde pas avec lui.
Le même acte, la faute commise en cachette, reçoit deux appréciations opposées selon que l'homme pouvait ou non soumettre son yetser.
14
דָּרֵשׁ רַבִּי יְהוּדָה בְּרַבִּי נַחְמָנִי מְתֻורְגְּמָנֵיהּ דְּרֵישׁ לָקִישׁ: כָּל הַמִּסְתַּכֵּל בִּשְׁלֹשָׁה דְּבָרִים עֵינָיו כֵּהוֹת: בַּקָּשַׁת, וּבְנָשִׂיא, וּבְכֹהֲנִים. בַּקָּשַׁת — דִּכְתִיב: ״כְּמַרְאֵה הַקֶּשֶׁת אֲשֶׁר יִהְיֶה בֶעָנָן בְּיוֹם הַגֶּשֶׁם הוּא מַרְאֵה דְּמוּת כְּבוֹד ה׳״. בְּנָשִׂיא — דִּכְתִיב: ״וְנָתַתָּ מֵהוֹדְךָ עָלָיו״. הַמִּסְתַּכֵּל בַּכֹּהֲנִים בִּזְמַן שֶׁבֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַייָּם, שֶׁהָיוּ עוֹמְדִין עַל דּוּכָנָן וּמְבָרְכִין אֶת יִשְׂרָאֵל בַּשֵּׁם הַמְפֹורָשׁ.

Rabbi Yehouda beRabbi Nahmani, le <i>metourgueman</i> (interprète) de Rech Lakich, a exposé : quiconque porte le regard sur trois choses, ses yeux s'obscurcissent : sur l'arc-en-ciel, sur le <i>nassi</i>, et sur les kohanim. Sur l'arc-en-ciel, car il est écrit : « Comme l'aspect de l'arc qui est dans la nuée au jour de la pluie ; c'était l'aspect de la ressemblance de la gloire de Hachem » (Ye'hezkel 1, 28).

Sur le nassi, car il est écrit : « et tu mettras de ta splendeur sur lui » (Bamidbar 27, 20). Celui qui porte le regard sur les kohanim au temps où le Temple est debout, lorsqu'ils se tenaient sur leur estrade et bénissaient Israël par le Nom explicite.

📜 Rachi (1)
וּמְבָרְכִין אֶת הָעָם בְּשֵׁם הַמְפֹורָשׁ שֶׁהַשְּׁכִינָה שׁוֹרָה עַל קִשְׁרֵי אֶצְבְּעוֹתֵיהֶם:
« Et ils bénissent le peuple par le Nom explicite. » Car la Chekhina repose sur les jointures de leurs doigts.
🗂️ Tossefot (1)
בַּכֹּהֲנִים בִּזְמַן שֶׁבֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַייָּם. מִכָּאן קָשֶׁה עַל פרש"י דפ"ג דִּמְגִילָּה (דַּף כֹּד:) עַל הַהִיא דִּתְנַן יָדָיו בּוֹהֲקָנִיּוֹת לֹא יִשָּׂא כַּפָּיו וּפִי' מִשּׁוּם שֶׁהָעָם מִסְתַּכְּלִין בּוֹ וְאָמְרִינַן בַּחֲגִיגָה הַמִּסְתַּכֵּל בְּכֹהֲנִים בְּשָׁעָה שֶׁנּוֹשְׂאִין כַּפֵּיהֶן עֵינָיו כֵּהוֹת וְהָא לֵיתָא דְּמַסְּקִינַן דַּוְקָא בִּזְמַן שֶׁבֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַיָּים וְאִילּוּ הָתָם בַּגְּבוּלִים מִדְּמַקְשֵׁי מִינֵּיהּ בַּגְּמָרָא מֵהַהִיא דַּהֲוָה בְּשִׁיבָבוּתֵיהּ דְּרַב הוּנָא וַהֲוָה פָּרֵיס יְדֵיהּ וּמְשַׁנֵּי דִּלְמָא דָּשׁ בְּעִירוֹ הֲוָה וְנִרְאֶה לְפָרֵשׁ דְּאַף בְּגִבּוּלִין מִיתְּסַר מִשּׁוּם הֶיסַּח הַדַּעַת וְהָכִי אִיתָא בִּירוּשַׁלְמִי דְּהָתָם א"ר יוֹסֵי הֲדָא אָמְרָה שֶׁאָסוּר לְהִסְתַּכֵּל בְּכֹהֲנִים בְּשָׁעָה שֶׁהֵם מְבָרְכִין אֶת הָעָם א"ר חַגַּי כְּלוּם אָמַר אֶלָּא מִשּׁוּם הֶיסַּח אֲנָא מִסְתַּכֵּל וְלָא מַסַּחְנָא דַּעְתַּאי:
« Sur les kohanim au temps où le Temple est debout. » De là surgit une difficulté contre l'explication de Rachi au troisième chapitre de Meguila (24b) sur ce qui est enseigné là : celui dont les mains sont tachetées ne lèvera pas les mains ; et il explique que c'est parce que le peuple porte le regard sur lui, puisque nous disons dans Haguiga que celui qui porte le regard sur les kohanim à l'heure où ils lèvent les mains, ses yeux s'obscurcissent. Or cela ne tient pas, car nous concluons ici qu'il s'agit uniquement du temps où le Temple est debout, alors que là-bas il s'agit des territoires hors du Temple, comme il ressort de l'objection faite dans la guemara à partir du cas de celui qui était dans le voisinage de Rav Houna et qui étendait ses mains, à quoi l'on répond : peut-être était-il bien connu dans sa ville. Il semble qu'il faille expliquer que même hors du Temple cela est interdit, en raison de la distraction de l'esprit ; et ainsi est-il dans le Yerouchalmi là-bas : Rabbi Yossi a dit, cela veut dire qu'il est interdit de porter le regard sur les kohanim à l'heure où ils bénissent le peuple ; Rabbi Haggai a dit : n'a-t-il dit cela qu'en raison de la distraction ? Moi, je regarde et mon esprit ne se distrait pas.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל הַמִּסְתַּכֵּל בִּשְׁלֹשָׁה דְּבָרִים עֵינָיו כֵּהוֹת. נִרְאֶה לִי הַכַּוָּנָה רָאוּי לוֹ שֶׁיִּהְיוּ עֵינָיו כֵּהוֹת. אִי נָמֵי קָאֵי עַל עֵינֵי הַנֶּפֶשׁ שֶׁלּוֹ עַל דֶּרֶךְ שֶׁכָּתְבוּ הַמְפָרְשִׁים בְּמַאֲמַר רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (שַׁבָּת קט:) יָד מְסַמָּא יָד מַחְרֶשֶׁת, אִם נוֹגַעַת קֹודֶם נְטִילָה דְּאֵין הַכַּוָּנָה עַל עַיִן וְאֹוזֶן הַגּוּף אֶלָּא עַל הַנֶּפֶשׁ וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב בְּחֶסֶד לְאַבְרָהָם סִימָן ד'. וּמַה שֶׁאָמַר כָּאן עַל אִיסּוּר הִסְתַּכְּלוּת בַּקָּשַׁת מִשּׁוּם דִּכְתִיב (יְחֶזְקֵאל א, כח) כְּמַרְאֵה הַקֶּשֶׁת וְכוּ' אֵין הַכַּוָּנָה שֶׁהַנָּבִיא מְדַמֶּה מַרְאֵה כְּבוֹד הַשְּׁכִינָה לְמַרְאֵה הַקֶּשֶׁת לְעִנְיַן זַהֲרִירוּתוֹ אֶלָּא הַדִּמְיוֹן הוּא לְעִנְיַן תְּכוּנַת טֶבַע הַמַּרְאֶה הַנִּמְצָא בַּקָּשַׁת לְעֵינֵי הָאָדָם וְהוּא דְּיָדוּעַ דְּמַרְאוֹת הַקֶּשֶׁת מִתְהַוִּים כַּאֲשֶׁר יָעוּפוּ חֶלְקֵי מַיִם דַּקִּים בָּאֲוִיר וְהָעָב עַל פְּנֵיהֶם מִלְמַעְלָה וְהַשֶּׁמֶשׁ זָרְחָה עַל הַמָּיִם הָהֵם שֶׁבְּתוֹךְ הֶעָנָן אָז מִזֶּה נַעֲשֶׂה הַמַּרְאֶה הַנִּקְרָא קֶשֶׁת כִּי הַמַּיִם נַעֲשִׂים כְּמַרְאֵה הַלְּטוּשָׁה וְלָכֵן כַּאֲשֶׁר יוּשַׁם כְּלִי מָלֵא מַיִם לִפְנֵי הַשֶּׁמֶשׁ אָז יִתְרָאֶה בְּדֹופֶן הַכְּלִי כְּמַרְאֵה הַקֶּשֶׁת וְכַנִּזְכָּר כָּל זֶה בְּסֵפֶר הַבְּרִית בְּרָחְבָּהּ יְעֻויַּן שָׁם. נִמְצָא מַרְאוֹת גְּווָנִים אֵלּוּ אֲשֶׁר בַּקֶּשֶׁת אֵינָם מַרְאוֹת מַמָּשׁוּת אֶלָּא כָּךְ נִרְאֶה לְעֵינֵי הָאָדָם מַרְאֶה כּוֹזֵב וְעַל זֹאת הַתְּכוּנָה שֶׁל מַרְאֶה הַקֶּשֶׁת שֶׁאֵינָהּ מַמָּשִׁית מְדַמֶּה אֶת מַרְאֶה כְּבוֹד הַשְּׁכִינָה אֲשֶׁר יִתְרָאֶה לְעֵינֵי הַנָּבִיא שֶׁאֵין זֶה מַרְאֶה מִמֶּשִׁי אֶלָּא כָּךְ יְצֻוייַּר לָעֵינַיִם לְפִי שָׁעָה. וּמַה שֶׁאָסוּר לְהִסְתַּכֵּל בַּקָּשַׁת הַייְנוּ מִפְּנֵי שֶׁנַּעֲשָׂה בּוֹ דִּמְיוֹן לְמַרְאֵה כְּבוֹד הַשְּׁכִינָה לְעִנְיָן זֶה שֶׁבֵּיאַרְנוּ עַל כֵּן צָרִיךְ לִנְהוֹג בּוֹ כָבוֹד שֶׁלֹּא לְהִסְתַּכֵּל בּוֹ.
« Quiconque porte le regard sur trois choses, ses yeux s'obscurcissent. » Il me semble que l'intention est : il est digne que ses yeux s'obscurcissent. Ou bien cela porte sur les yeux de sa <i>nefech</i>, à la manière de ce que les commentateurs ont écrit sur l'énoncé de nos maîtres, de mémoire bénie (Chabbat 108b), « la main rend aveugle, la main rend sourd » lorsqu'elle touche avant l'ablution : l'intention y porte sur l'âme et non sur l'œil et l'oreille du corps, comme l'a écrit le 'Hessed léAvraham, siman 4. Et quant à ce qu'il dit ici de l'interdiction de porter le regard sur l'arc, parce qu'il est écrit (Ye'hezkel 1, 28) « comme l'aspect de l'arc », etc. : l'intention n'est pas que le prophète compare l'aspect de la gloire de la Chekhina à l'aspect de l'arc pour ce qui est de son éclat ; la comparaison porte sur la propriété de la nature de l'aspect qui se trouve dans l'arc aux yeux de l'homme. Car on sait que les aspects de l'arc se forment lorsque de fines particules d'eau volent dans l'air, la nuée étant au-dessus d'elles, et que le soleil brille sur ces eaux qui sont dans la nuée : de là se fait l'aspect appelé arc, car les eaux deviennent comme un miroir poli. C'est pourquoi, lorsqu'on place un vase plein d'eau devant le soleil, on voit apparaître sur la paroi du vase comme l'aspect de l'arc, ainsi que tout cela est rapporté en détail dans le Sefer haBerit ; voir là-bas. Il s'avère que ces aspects de couleurs qui sont dans l'arc ne sont pas des aspects substantiels : ainsi seulement paraissent-ils aux yeux de l'homme, un aspect trompeur. Et c'est à cette propriété de l'aspect de l'arc, qui est sans substance, que le prophète compare l'aspect de la gloire de la Chekhina qui apparaît aux yeux du prophète : cet aspect est lui aussi sans substance, et il se représente ainsi aux yeux pour un temps. Et s'il est interdit de porter le regard sur l'arc, c'est parce qu'il a été fait en lui une ressemblance avec l'aspect de la gloire de la Chekhina, au sens que nous avons expliqué ; il faut donc se conduire envers lui avec honneur et ne pas le regarder.
💡 Explication

Trois regards, une même conséquence : einav kehot, les yeux s'obscurcissent. Le facteur commun aux trois objets est la présence d'un reflet de la gloire — l'arc selon le verset de Ye'hezkel, le nassi par la splendeur transmise de Moche à Yehochoua, les kohanim par le Nom explicite prononcé sur l'estrade.

Rachi ajoute le détail qui fait de la birkat kohanim un cas comparable aux deux autres : la Chekhina repose sur les jointures de leurs doigts. La restriction au temps où le Temple est debout sera reprise par Tossefot, qui s'en sert pour discuter l'explication de Rachi dans Meguila et pour proposer, d'après le Yerouchalmi, une autre raison hors du Temple : la distraction de l'esprit.

🖼️ Schéma
Trois regards dont les yeux s'obscurcissent ha-Kechet l'arc-en-ciel Ye'hezkel 1, 28 : l'aspect de la ressemblance de la gloire Rabbi Abba le citait déjà plus haut ha-Nassi le chef d'Israël Bamidbar 27, 20 : et tu mettras de ta splendeur sur lui la splendeur passée de Moche à Yehochoua ha-Kohanim sur leur estrade, le doukhan ils bénissent par le Nom explicite, au temps où le Temple est debout Rachi : sur les jointures de leurs doigts Einav kehot : ses yeux s'obscurcissent Tossefot : hors du Temple, l'interdit tient à la distraction de l'esprit (Yerouchalmi). Ben Yehoyada : les yeux de la nefech.
Les trois objets partagent un trait : chacun porte un reflet de la gloire, ce qui fait du regard appuyé un manque d'égard.
15
דָּרֵשׁ רַבִּי יְהוּדָה בְּרַבִּי נַחְמָנִי מְתֻורְגְּמָנֵיהּ דְּרֵישׁ לָקִישׁ, מַאי דִכְתִיב: ״אַל תַּאֲמִינוּ בְרֵעַ אַל תִּבְטְחוּ בְּאַלּוּף״ — אִם יֹאמַר לְךָ יֵצֶר הָרָע, חֲטֹוא וְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מוֹחֵל אַל תַּאֲמֵן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אַל תַּאֲמִינוּ בְּרַע״, וְאֵין ״רַע״ אֶלָּא יֵצֶר הָרַע שֶׁנֶּאֱמַר ״כִּי יֵצֶר לֵב הָאָדָם רַע״,

Rabbi Yehouda beRabbi Nahmani, le métourgueman de Rech Lakich, a exposé : quel est le sens de ce qui est écrit « Ne croyez pas au compagnon, ne vous fiez pas à l'intime » (Mikha 7, 5) ? Si l'inclination mauvaise te dit : faute, et le Saint béni soit-Il pardonnera — ne la crois pas, ainsi qu'il est dit : « Ne croyez pas au compagnon (<i>réa</i>) » ; et « réa » ne désigne que l'inclination mauvaise (<i>yetser hara</i>), ainsi qu'il est dit : « car l'inclination du cœur de l'homme est mauvaise (<i>ra</i>) » (Berechit 8, 21),

📜 Rachi (2)
אַל תַּאֲמִינוּ בְּרָע הָאוֹמֵר לְךָ חֲטָא:
« Ne croyez pas au compagnon. » Celui qui te dit : faute.
וְאַל תִּבְטְחוּ בָּאַלּוּף לוֹמַר שֶׁיִּמְחֹול:
« Et ne vous fiez pas à l'intime. » Pour dire qu'Il pardonnera.
💡 Explication

La derasha joue sur deux mots du même verset de Mikha. Réa, le compagnon, est rapproché de ra, le mauvais, et identifié au yetser hara ; l'appui est le verset de Berechit où l'inclination du cœur est dite ra.

Le contenu du conseil que le yetser donne est précis : il ne pousse pas à nier, il pousse à compter sur le pardon. La derasha traite donc d'un calcul intérieur, ce qui prolonge la sougya sur la faute commise en cachette.

16
וְאֵין ״אַלּוּף״ אֶלָּא הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אַלּוּף נְעוּרַי אַתָּה״. שֶׁמָּא תֹּאמַר מִי מֵעִיד בִּי? אַבְנֵי בֵּיתוֹ וְקוֹרוֹת בֵּיתוֹ שֶׁל אָדָם הֵם מְעִידִין בּוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כִּי אֶבֶן מִקִּיר תִּזְעָק וְכָפִיס מֵעֵץ יַעֲנֶנָּה״,

Et « <i>alouf</i> » ne désigne que le Saint béni soit-Il, ainsi qu'il est dit : « Tu es l'intime de ma jeunesse » (Yirmiyahou 3, 4). Si tu disais : qui témoignera contre moi ?

Les pierres de la maison et les poutres de la maison d'un homme témoignent contre lui, ainsi qu'il est dit : « car la pierre criera depuis le mur, et la poutre de bois lui répondra » (Havakouk 2, 11),

📜 Rachi (1)
וְכָפִיס חֲתִיכַת עֵץ כְּמוֹ כְּפִיסִין בְּבָבָא בָּתְרָא (דַּף ב.):
« Kafis. » Un morceau de bois, comme les <i>kefissin</i> dans Bava Batra (2a).
🪔 Ben Yehoyada (1)
אין 'אלוף' אלא הקדוש ברוך הוא, שנאמר: "אלוף נעורי אתה". נראה לי בס"ד שם אלקים [86] מספרו פ"ו והוא פועל הדין אך בתחלת שם אלקים יש א־ל [17] שהוא חסד והיצר הרע אומר לאדם תעשה עבירה ואל תפחד מן פועל הדין כי שם אלקים שפועל הדין תחלתו א־ל שהוא חסד ובודאי ימחול וירחם עליך במדת חסד. ולזה אמר שהיצר הרע מבטיח לאדם באלוף דהיינו אלוף אותיות 'א־ל פ"ו' כלומר שם א־ל שבשם אלקים שמספרו א"ל והיינו א־ל של פ"ו ולהיות ששם אלקים הוא בסוד הקטנות לכך נאמר (ירמיהו ג, ד) 'אלוף נעורי אתה' אלוף היינו א־ל פ"ו.
« “Alouf” ne désigne que le Saint béni soit-Il, ainsi qu'il est dit : “Tu es l'alouf de ma jeunesse.” » Il me semble, avec l'aide du Ciel : le Nom Elokim a pour compte 86, et il opère le din ; mais au début du Nom Elokim il y a alef-lamed (17), qui est le 'hessed. Et l'inclination mauvaise dit à l'homme : commets la transgression et ne crains pas Celui qui opère le din, car le Nom Elokim qui opère le din commence par alef-lamed, qui est le 'hessed, et Il te pardonnera assurément et aura pitié de toi dans la mesure du 'hessed. C'est pourquoi il dit que l'inclination mauvaise donne à l'homme une assurance « en alouf », c'est-à-dire : <i>alouf</i> est fait des lettres alef-lamed et de 86 — le Nom El qui est dans le Nom Elokim, dont le compte est El, autrement dit le El de 86. Et parce que le Nom Elokim relève du secret de la <i>katnout</i>, il est dit (Yirmiyahou 3, 4) « Tu es l'alouf de ma jeunesse » : alouf, c'est-à-dire El et 86.
💡 Explication

Le second mot du verset de Mikha est identifié à son tour : alouf, l'intime, désigne Hachem, d'après Yirmiyahou. La mise en garde devient donc : ne te fie pas à Hachem pour t'assurer d'avance le pardon d'une faute que tu vas commettre.

Suit une objection mise dans la bouche du fauteur : mi méid bi, qui témoignera contre moi ? Quatre réponses vont être données, et la première est la plus matérielle : les pierres et les poutres de la maison où la faute a eu lieu.

17
וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: נִשְׁמָתוֹ שֶׁל אָדָם מְעִידָה בּוֹ שֶׁנֶּאֱמַר ״מִשֹּׁכֶבֶת חֵיקֶךָ שְׁמֹור פִּתְחֵי פִיךָ״, (אֵי זוֹ הִיא דָּבָר שֶׁשּׁוֹכֶבֶת) [אֵי זֶה הוּא דָּבָר שֶׁשָּׁרוּי] בְּחֵיקוֹ שֶׁל אָדָם — הֱוֵי אוֹמֵר: זוֹ נְשָׁמָה. רַבִּי זְרִיקָא אָמַר: שְׁנֵי מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת הַמְלַוִּין אוֹתוֹ, הֵן מְעִידִין בּוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כִּי מַלְאָכָיו יְצַוֶּה לָּךְ לִשְׁמָרְךָ בְּכָל דְּרָכֶיךָ״. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: אֵבָרָיו שֶׁל אָדָם מְעִידִין בּוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְאַתֶּם עֵדַי נְאֻם ה' וַאֲנִי אֵל״.

Et les Sages disent : l'âme (<i>nechama</i>) de l'homme témoigne contre lui, ainsi qu'il est dit : « de celle qui couche en ton sein, garde les ouvertures de ta bouche » (Mikha 7, 5) ; quelle est la chose qui repose dans le sein de l'homme ? Tu dois dire : c'est la nechama.

Rabbi Zerika a dit : les deux anges de service qui l'accompagnent témoignent contre lui, ainsi qu'il est dit : « car Il ordonnera à Ses anges à ton sujet, de te garder en toutes tes voies » (Tehilim 91, 11). Et les Sages disent : les membres de l'homme témoignent contre lui, ainsi qu'il est dit : « et vous êtes Mes témoins, dit Hachem, et Moi, D.ieu » (Yechayahou 43, 12).

📜 Rachi (1)
אַתֶּם עֵדֵי הוּא מֵעִיד בְּעַצְמוֹ בְּכָל עוֹנוֹת שֶׁאוֹכִיחַ בְּפָנָיו:
« Vous êtes Mes témoins. » Il témoigne de lui-même sur toutes les fautes dont Je le reprendrai en face.
🪔 Ben Yehoyada (1)
נִשְׁמָתוֹ שֶׁל אָדָם מְעִידָה בּוֹ. קַשָּׁא וַהֲלֹא הַנְּשָׁמָה הִיא הַנִּידּוֹנְתָ בַּדִּין וְאֵיךְ תָּעִיד עַל עַצְמָהּ? וּמַה שֶׁיֹּאמַר בַּעַל דֶּרֶךְ עַצְמוֹ אֵין זֶה נִקְרָא עֵדוּת אֶלָּא הוֹדָאָה! וְנִרְאֶה לִי בְּנֶפֶשׁ יֵשׁ נר"ן [נֶפֶשׁ רוּחַ נְשָׁמָה] וּבְחֵטְא אֵין הַפְּגָם מַגִּיעַ לְחֵלֶק הַנְּשָׁמָה שֶׁבַּנֶּפֶשׁ כָּל כָּךְ שֶׁיֵּשׁ מִינֵי עוֹנוֹת שֶׁאֵין נוֹגְעִים בְּחֵלֶק הַנְּשָׁמָה וְהִיא תָּעִיד עֲלֵיהֶם דַּוְקָא. וּמַה שֶׁאָמַר אֵבָרָיו שֶׁל אָדָם מְעִידִין בּוֹ נִרְאֶה לִי בס"ד עַל נִיצוֹצֵי נְשָׁמוֹת שֶׁמִּתְעַבְּרִים בּוֹ דְּאִלּוּ אֵין נוֹגֵעַ בָּהֶם חֵטְא שֶׁיַּעֲשֶׂה הָאָדָם כַּנּוֹדָע וּקְרָאָם אֵיבָרָיו עַל דֶּרֶךְ מַה שֶּׁאָמַר הַכָּתוּב (יְשַׁעְיָה מ, לא) וְקוֹיֵ ה' יַחֲלִיפוּ כֹחַ יַעֲלוּ אֵבֶר כַּנְּשָׁרִים. אִי נָמֵי הַכַּוָּנָה שִׂרְטוּטִין הַנִּרְשָׁמִים בְּאֵבָרִים שֶׁל הָאָדָם הֵם מְעִידִין בּוֹ כִּי כָּל מַעֲשָׂיו חֲקוּקִים עַל אֵיבָרִים שֶׁבְּגוּפוֹ וְנִמְצָא הָאֵבֶר שֶׁלּוֹ מֵעִיד בּוֹ.
« L'âme de l'homme témoigne contre lui. » Il y a une difficulté : la <i>nechama</i> est celle qui est jugée dans le din, comment témoignerait-elle sur elle-même ? Et ce qu'une partie dit sur elle-même s'appelle un aveu, non un témoignage ! Il me semble : dans l'âme il y a nefech, roua'h et nechama ; et lors de la faute, l'atteinte ne parvient pas à ce point à la part de nechama de l'âme — il y a des sortes de fautes qui ne touchent pas la part de nechama, et c'est sur celles-là précisément qu'elle témoigne. Et ce qu'il dit, « les membres de l'homme témoignent contre lui », il me semble, avec l'aide du Ciel, que cela porte sur les étincelles d'âmes qui s'ajoutent en lui par <i>ibour</i>, car la faute que l'homme commet ne les atteint pas, comme on le sait ; et il les a appelées « ses membres » à la manière de ce que dit le verset (Yechayahou 40, 31) « et ceux qui espèrent en Hachem renouvelleront leur force, ils monteront d'une aile comme les aigles ». Ou bien l'intention est que les traits gravés sur les membres de l'homme témoignent contre lui, car tous ses actes sont gravés sur les membres de son corps ; il s'avère ainsi que son membre témoigne contre lui.
💡 Explication

Les trois réponses restantes resserrent progressivement le cercle : la nechama qui repose dans le sein, les deux anges qui accompagnent l'homme, puis ses propres membres. La dernière est la plus sévère, puisque le témoignage sort du corps qui a commis l'acte, ce que Rachi formule ainsi : il témoigne de lui-même sur toutes les fautes dont Hachem le reprendra.

Le Ben Yehoyada soulève la difficulté de fond sur la deuxième réponse : la nechama est elle-même jugée, et ce qu'une partie dit sur elle-même relève de l'aveu plutôt que du témoignage. Sa réponse distingue les niveaux de l'âme et les fautes qui atteignent ou non la part de nechama.

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מַתְנִי׳ יוֹסֵי בֶּן יוֹעֶזֶר אוֹמֵר שֶׁלֹּא לִסְמֹוךְ, יוֹסֵף בֶּן יוֹחָנָן אוֹמֵר לִסְמֹוךְ. יְהוֹשֻׁעַ בֶּן פְּרַחְיָה אוֹמֵר שֶׁלֹּא לִסְמֹוךְ, נִיתַּאי הַאַרְבֵּלִי אוֹמֵר לִסְמֹוךְ. יְהוּדָה בֶּן טָבַאי אוֹמֵר שֶׁלֹּא לִסְמֹוךְ, שִׁמְעוֹן בֶּן שָׁטַח אוֹמֵר לִסְמֹוךְ. שְׁמַעְיָה אוֹמֵר לִסְמֹוךְ, אַבְטַלְיוֹן אוֹמֵר שֶׁלֹּא לִסְמֹוךְ. הִלֵּל וּמְנַחֵם לֹא נֶחְלְקוּ. יָצָא מְנַחֵם, נִכְנַס שַׁמַּאי. שַׁמַּאי אוֹמֵר שֶׁלֹּא לִסְמֹוךְ, הִלֵּל אוֹמֵר לִסְמֹוךְ.

MICHNA. Yossi ben Yoézer dit de ne pas poser les mains ; Yossef ben Yo'hanan dit de les poser.

Yehochoua ben Perahya dit de ne pas les poser ; Nitaï haArbéli dit de les poser. Yehouda ben Tabaï dit de ne pas les poser ; Chimon ben Chatah dit de les poser.

Chemaya dit de les poser ; Avtalion dit de ne pas les poser. Hillel et Menahem ne furent pas en désaccord.

Menahem sortit, Chamaï entra. Chamaï dit de ne pas les poser ; Hillel dit de les poser.

📜 Rachi (4)
מַתְנִי' יוֹסֵי בֶּן יוֹעֶזֶר אוֹמֵר שֶׁלֹּא לִסְמֹוךְ בי"ט וְזוֹ הִיא מַחֲלֹוקֶת רִאשׁוֹנָה שֶׁהָיְתָה בְּחַכְמֵי יִשְׂרָאֵל:
« MICHNA. Yossi ben Yoézer dit de ne pas poser les mains. » Un jour de fête ; et c'est la première mahloket qui ait eu lieu parmi les sages d'Israël.
יְהוֹשֻׁעַ בֶּן פְּרַחְיָה כֻּולָּן דּוֹר אַחַר דּוֹר:
« Yehochoua ben Perahya. » Tous, génération après génération.
יָצָא מְנַחֵם בַּגְּמָרָא מְפָרֵשׁ לְהֵיכָן יָצָא:
« Menahem sortit. » La guemara explique où il est sorti.
נִכְנַס שַׁמַּאי לִהְיוֹת אַב ב"ד תַּחְתָּיו:
« Chamaï entra. » Pour être av beit din à sa place.
🗂️ Tossefot (2)
יוֹסֵי בֶּן יוֹעֶזֶר כּוּ'. בִּירוּשַׁלְמִי אָמַר בָּרִאשׁוֹנָה לֹא הָיָה מַחֲלֹוקֶת אֶלָּא עַל הַסְּמִיכָה בִּלְבַד וְעָמְדוּ שַׁמַּאי וְהִלֵּל וְעָשׂוּ ד' מִשֶּׁרַבּוּ תַּלְמִידֵי שַׁמַּאי וְהִלֵּל שֶׁלֹּא שִׁמְּשׁוּ כָּל צָורְכָּן רַבּוּ מַחְלֹוקוֹת בְּיִשְׂרָאֵל וְנֶחְלְקוּ לֵב' כִּיתּוֹת וְיֵשׁ לִתְמֹוהַּ הֲרֵי נֶחְלְקוּ כְּבָר בִּימֵי שָׁאוּל עַל מִלְוֶה וּפְרוּטָה (סַנְהֶדְרִין יט.) וְשֶׁמָּא כֵּיוָן דְּשָׁאוּל וּבֵית דִּינוֹ הָווּ סָבְרִי דַּעְתּוֹ אַמִּלְוָה וְלֹא הָיָה אָדָם חוֹלֵק עָלָיו רַק לְפִי סְבָרַת דָּוִד לֹא מִתַּקְרִי מַחֲלֹוקֶת וּמַה שֶׁאָמַר בִּירוּשַׁלְמִי וְעָמְדוּ שַׁמַּאי וְהִלֵּל וְעָשׂוּ ד' לֹא מָצִינוּ בפ"ק דְּשַׁבָּת (דַּף יד:) רַק שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים שֶׁנֶּחְלְקוּ בָּהֶן:
« Yossi ben Yoézer, etc. » Dans le Yerouchalmi il est dit : au début il n'y eut de mahloket que sur la semikha seule ; puis se levèrent Chamaï et Hillel et en firent quatre ; lorsque se multiplièrent les disciples de Chamaï et de Hillel qui n'avaient pas suffisamment servi leurs maîtres, les mahlokot se multiplièrent en Israël et ils se divisèrent en deux groupes. Il y a lieu de s'étonner : ils furent déjà en désaccord aux jours de Chaoul au sujet du prêt et de la perouta (Sanhédrin 19a) ! Peut-être, puisque Chaoul et son beit din tenaient que l'intention portait sur le prêt et que personne ne s'opposait à lui hormis selon le raisonnement de David, cela ne s'appelle-t-il pas une mahloket. Quant à ce que dit le Yerouchalmi, que Chamaï et Hillel en firent quatre, nous ne trouvons au premier chapitre de Chabbat (14b) que trois choses sur lesquelles ils furent en désaccord.
שְׁנַיִם מִזּוּגוֹת הָאַחֲרוֹנִים שֶׁאָמְרוּ לִסְמֹוךְ נְשִׂיאִים הָווּ. וְאַל תִּתְמַהּ עַל הָא דְּחָשֵׁיב שַׁמַּאי מִקַּמֵּי הִלֵּל וְהִלֵּל נָשִׂיא לכ"ע אִיכָּא לְמֵימַר בִּהְיוֹת כִּי ג' מִזּוּגוֹת הָרִאשׁוֹנִים אֲשֶׁר אָמְרוּ שֶׁלֹּא לִסְמֹוךְ הָיוּ נְשִׂיאִים וְשַׁמַּאי סָבַר כְּוָותַייְהוּ נְקַט לֵיהּ בָּרִאשׁוֹנָה וְאַגַּב דִּנְקַט לֵיהּ הָכָא בָּרִאשׁוֹנָה חֲשִׁיב לֵיהּ בְּכָל מָקוֹם שַׁמַּאי מִקַּמֵּי הִלֵּל וְהָכָא לֵיכָּא לְמִיטְעֵי לְפִי שֶׁנִּכְנַס בִּמְקוֹם מְנַחֵם דְּחָשֵׁיב אַחַר הִלֵּל וא"כ אַב ב"ד הָיָה וְכֵן שַׁמַּאי נָמֵי הָכִי:
« Les deux derniers des zougot qui ont dit de poser les mains étaient les nessiim. » Ne t'étonne pas de ce que Chamaï soit compté avant Hillel, alors que Hillel était nassi de l'avis de tous. On peut dire : puisque les trois premiers des zougot, qui ont dit de ne pas poser les mains, étaient les nessiim, et que Chamaï tenait comme eux, il l'a placé en premier ; et du fait qu'il l'a placé ici en premier, on compte partout Chamaï avant Hillel. Ici il n'y a pas lieu de se tromper, car il est entré à la place de Menahem, qui est compté après Hillel, et il était donc av beit din ; et il en va de même pour Chamaï.
💡 Explication

Nouvelle michna. Elle porte sur la semikha, l'imposition des mains sur la tête de l'animal avant son abattage : faut-il l'accomplir un jour de fête, ou bien constitue-t-elle un travail interdit avec l'animal ? Rachi le précise d'emblée : be-yom tov.

La michna présente le désaccord sous forme de zougot, cinq paires de sages qui se succèdent génération après génération, de Yossi ben Yoézer jusqu'à Chamaï et Hillel. Rachi la qualifie de première mahloket des sages d'Israël, et Tossefot cite le Yerouchalmi en ce sens, avec l'objection que suscite le désaccord bien plus ancien des jours de Chaoul.

Le quatrième zoug est nommé dans l'ordre inverse des trois premiers, et la mention de Menahem qui sort prépare la question de la guemara sur le lieu où il est sorti.

🖼️ Schéma
Les cinq zougot et la semikha un jour de fête Chelo lismokh - ne pas poser les mains Lismokh - poser les mains 1 Yossi ben Yoézer Yossef ben Yo'hanan 2 Yehochoua ben Perahya Nitaï haArbéli 3 Yehouda ben Tabaï Chimon ben Chatah 4 Avtalion Chemaya - nommé le premier dans la michna 5 Chamaï Hillel Entre 4 et 5 : Hillel et Menahem sans désaccord. Menahem sortit ; Chamaï entra comme av beit din à sa place (Rachi). Rachi : la première mahloket des sages d'Israël. Tossefot cite le Yerouchalmi et objecte à partir des jours de Chaoul.
La michna en deux colonnes. Le désaccord se transmet de zoug en zoug, et le quatrième est nommé dans l'ordre inverse des trois premiers.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).