Sougya : Le folio ouvre sur la question laissée en suspens : quel verset Rabbi Akiva avait-il exposé, qui lui a permis de monter et de descendre en paix ? Quatre réponses sont données, quatre versets qui marquent tous la même chose : le lieu de la Chekhina se distingue au sein de la myriade des anges.
Vient ensuite une baraita sur les chedim, partagés entre trois traits des anges de service et trois traits des hommes, puis sur l'homme lui-même, partagé entre trois traits des anges et trois traits de l'animal. La michna du chapitre est alors reprise : quatre objets de regard interdit, et la question de savoir pourquoi « ce qui est avant » entre dans la liste, résolue par le machal du palais bâti sur le tas d'ordures.
Le folio traite enfin de l'égard dû à l'honneur du Créateur : regarder l'arc-en-ciel, transgresser en cachette, la règle de Rabbi Ela l'Ancien et sa distinction entre celui qui peut soumettre son inclination et celui qui ne le peut pas, les trois regards qui obscurcissent les yeux, et les quatre réponses à la question « qui témoignera contre moi ? ». Il se clôt sur la michna des cinq zougot et leur désaccord sur la semikha, la première mahloket des sages d'Israël.
Qu'a-t-il exposé ? Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : « Et Il est venu d'entre les myriades saintes » (Devarim 33, 2) — Il est un signe (<i>ot</i>) au sein de Sa myriade.
La question reprend le fil de 15b. Rabbi Akiva est entré dans le Pardes et en est sorti en paix, alors qu'Aher s'est trompé en voyant Metatron assis. La guemara demande donc sur quoi Rabbi Akiva s'appuyait pour savoir distinguer.
Mai darach — quel verset a-t-il exposé. Quatre réponses vont suivre, toutes construites de la même façon : un mot du verset est isolé et lu comme marquant une différence entre Hachem et la multitude des anges qui L'entourent. Ici c'est ot, le signe distinctif, tiré de me-rivvot lu comme « un dans sa myriade ».
Et Rabbi Abahou a dit : « Insigne entre dix mille » (Chir haChirim 5, 10) — Il est un échantillon (<i>dougma</i>) au sein de Sa myriade.
Dagoul me-revava est lu comme dougma me-revava : parmi la myriade, Il est ce qui sert de modèle de référence. Rachi précise le sens commercial du mot : l'échantillon que l'on montre en disant « fais-moi pareil à ceci ». Un échantillon n'a de valeur que s'il est immédiatement reconnaissable, et c'est le point de la derasha : le lieu de la Chekhina se reconnaît.
Et Rech Lakich a dit : « Hachem Tsevaot est Son Nom » (Yechayahou 48, 2) — Il est le maître (<i>adon</i>) au sein de Son armée.
Troisième lecture, la plus simple des quatre : le titre Tsevaot place Hachem dans un rapport de commandement à Son armée. Le mot adon est tiré de Tsevaot par la sonorité, et il fixe la même distinction que les deux précédentes : au milieu de l'armée, on distingue celui qui la commande.
Et Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : « Hachem n'était pas dans le vent ; et après le vent, un tremblement — Hachem n'était pas dans le tremblement ; et après le tremblement, un feu — Hachem n'était pas dans le feu ; et après le feu, une voix de silence ténu » ; « et voici, Hachem passait » (Melakhim I 19, 11-12).
La quatrième réponse change de méthode. Les trois précédentes isolaient un mot ; celle-ci suit une progression. Le prophète Eliyahou, à Horev, voit passer trois manifestations puissantes, et le verset écarte chacune d'elles, puis nomme la quatrième : kol demama daka, une voix de silence ténu.
Rabbi Akiva en tire un ordre de passage : ce qui frappe le regard n'est jamais le lieu de la Chekhina. L'application au Pardes est directe — Aher a vu une figure imposante et s'est arrêté là ; Rabbi Akiva savait qu'il fallait attendre plus loin.
Nos maîtres ont enseigné : six choses ont été dites au sujet des <i>chedim</i> (démons) : trois comme les anges de service, et trois comme les êtres humains. Trois comme les anges de service : ils ont des ailes comme les anges de service, ils volent d'un bout du monde à l'autre comme les anges de service, et ils savent ce qui doit advenir comme les anges de service.
La guemara reste dans le registre des êtres célestes et cite une baraita construite en deux fois trois. Le chad n'y est jamais défini en lui-même : il est situé par ce qu'il partage avec l'étage au-dessus et avec l'étage au-dessous.
Le troisième trait, ils savent ce qui doit advenir, sera immédiatement corrigé au segment suivant : la baraita ne peut pas vouloir dire que les chedim connaissent l'avenir.
« Ils savent » — cela te viendrait-il à l'esprit ? Plutôt : ils entendent de derrière le <i>pargod</i> (le rideau de séparation), comme les anges de service.
La correction porte sur la source du savoir. Connaître l'avenir par soi-même relève de Hachem seul ; les anges de service eux-mêmes en sont réduits à entendre de derrière le pargod, le rideau qui sépare la cour céleste. La baraita comparaît bien les chedim aux anges, et c'est sur ce mode-là qu'il faut l'entendre : ils captent ce qui filtre.
Le terme pargod désigne ce rideau ; il reviendra ailleurs dans le Talmud avec la même fonction, marquer une limite de ce qui est accessible.
Et trois comme les êtres humains : ils mangent et boivent comme les êtres humains, ils se reproduisent et se multiplient comme les êtres humains, et ils meurent comme les êtres humains.
Les trois traits humains portent sur le corps et sur sa durée : la nourriture, la génération, la mort. Le dernier est le plus lourd de conséquence : le chad n'est pas un être éternel, ce qui le sépare nettement des anges auxquels les trois premiers traits le rapprochaient.
Six choses ont été dites au sujet des êtres humains : trois comme les anges de service, trois comme l'animal. Trois comme les anges de service : ils ont l'intelligence (<i>daat</i>) comme les anges de service, ils marchent en station droite comme les anges de service, et ils parlent la langue sainte comme les anges de service.
Trois comme l'animal : ils mangent et boivent comme l'animal, ils se reproduisent et se multiplient comme l'animal, et ils émettent des excréments comme l'animal.
La seconde baraita applique à l'homme la même structure. Les trois traits angéliques sont le daat, la station droite et la langue sainte ; les trois traits animaux sont les fonctions du corps.
Manger, boire et se reproduire figurent dans les deux baraitot, une fois du côté humain pour les chedim, une fois du côté animal pour l'homme. Le point de partage change donc selon le terme de comparaison : ce qui rapproche le chad de l'homme est précisément ce qui rapproche l'homme de l'animal.
« Quiconque porte le regard sur quatre choses, mieux valait pour lui qu'il ne vienne pas au monde », etc. Soit, pour ce qui est au-dessus, ce qui est au-dessous, ce qui est après — cela se comprend.
Mais « ce qui est avant » : ce qui a été a été, quelle difficulté y a-t-il ?
Retour à la michna du chapitre (11b). Elle énumère quatre objets de regard interdit : ma lemaala, ma lemata, ma lefanim, ma leahor. La guemara accepte trois des quatre : dans ces trois cas, on porte le regard sur ce qui se situe hors du monde.
L'objection porte sur le quatrième, où plutôt sur le troisième de la liste : ma lefanim, ce qui a précédé la création. Ce qui a eu lieu a eu lieu, c'est du passé, et le passé est un fait. L'objection attend donc une raison qui ne soit pas d'inaccessibilité mais d'égard.
Rabbi Yo'hanan et Rabbi Elazar disent tous deux : c'est comparable à un roi de chair et de sang qui dit à ses serviteurs : bâtissez-moi de grands palais sur le tas d'ordures. Ils allèrent et le lui bâtirent.
Il n'est pas de la volonté du roi qu'on mentionne le nom du tas d'ordures.
Le machal répond en déplaçant la question. Les palais tiennent debout, ils sont beaux, et l'emplacement sur lequel ils ont été élevés fait partie du fait ; personne ne le nie. Le roi demande seulement qu'on n'en parle plus.
Appliqué à la création : ce qui a précédé le monde à bien eu lieu, et l'interdit ne porte pas sur la vérité du fait mais sur son rappel. L'enjeu est l'honneur du Créateur, ce qui prépare exactement la suite de la michna sur celui qui n'a pas eu égard à cet honneur.
« Quiconque n'a pas eu égard à l'honneur de son Créateur, mieux valait pour lui qu'il ne vienne pas au monde. » Qu'est-ce à dire ? Rabbi Abba a dit : il s'agit de celui qui regarde l'arc-en-ciel.
Rav Yossef a dit : il s'agit de celui qui transgresse en cachette. « Celui qui regarde l'arc-en-ciel », car il est écrit : « Comme l'aspect de l'arc qui est dans la nuée au jour de la pluie, tel était l'aspect de la clarté alentour ; c'était l'aspect de la ressemblance de la gloire de Hachem » (Ye'hezkel 1, 28).
La michna avait ajouté une cinquième clause, plus générale que les quatre regards : celui qui n'a pas eu égard à l'honneur de son Créateur. La guemara demande à quel cas concret elle s'applique, et deux amoraïm répondent.
Rabbi Abba retient l'arc-en-ciel, en s'appuyant sur le dernier verset du premier chapitre de Ye'hezkel : le prophète y décrit la gloire qu'il a vue en la comparant à l'arc. Regarder l'arc revient donc à fixer ce que l'Écriture a désigné comme l'image de la gloire.
Rav Yossef retient un tout autre cas, la transgression commise en cachette, qui sera développé au segment suivant.
Rav Yossef a dit : il s'agit de celui qui transgresse en cachette, selon Rabbi Yitshak. Car Rabbi Yitshak a dit : quiconque transgresse en cachette, c'est comme s'il repoussait les pieds de la Chekhina, ainsi qu'il est dit : « Ainsi a dit Hachem : les cieux sont Mon trône et la terre l'escabeau de Mes pieds » (Yechayahou 66, 1).
Le raisonnement de Rav Yossef passe par une lecture du verset de Yechayahou. La terre y est nommée hadom raglai, l'escabeau des pieds : elle est le lieu où la présence se pose.
Celui qui faute en cachette agit sur une supposition, comme le formule Rachi : il se dit en son cœur que la Chekhina n'est pas là. Cette supposition équivaut à retirer la terre de sous les pieds, et c'est en ce sens qu'elle constitue un manque d'égard à l'honneur du Créateur.
Est-ce ainsi ? Mais Rabbi Ela l'Ancien n'a-t-il pas dit : si un homme voit que son inclination l'emporte sur lui, qu'il aille dans un lieu où on ne le connaît pas, qu'il revête du noir et s'enveloppe de noir, et qu'il fasse ce que son cœur désire, et qu'il ne profane pas le Nom du Ciel en public !
Cela ne fait pas difficulté : ici, il s'agit de celui qui peut soumettre son inclination ; là, de celui qui ne peut pas soumettre son inclination.
L'objection est frontale. Rav Yossef vient de dire que la transgression en cachette constitue le manque d'égard le plus grave ; or Rabbi Ela l'Ancien conseille précisément la cachette à celui que son yetser domine, pour éviter un hilloul Hachem public.
La réponse distingue deux états. Celui qui peut soumettre son yetser et choisit malgré tout la cachette se fie à l'invisibilité : c'est là que s'applique la formule des pieds repoussés. Celui qui ne peut pas le soumettre n'est plus dans ce calcul, et pour lui le privé vaut mieux que le public.
Les trois éléments du conseil — le lieu inconnu, le vêtement noir, la condition d'étranger — sont lus par Rachi comme des moyens de briser l'assurance qui nourrit la faute. Tossefot discute ouvertement la lecture de Rabbenou Hananel, qui refuse d'y voir la moindre permission.
Rabbi Yehouda beRabbi Nahmani, le <i>metourgueman</i> (interprète) de Rech Lakich, a exposé : quiconque porte le regard sur trois choses, ses yeux s'obscurcissent : sur l'arc-en-ciel, sur le <i>nassi</i>, et sur les kohanim. Sur l'arc-en-ciel, car il est écrit : « Comme l'aspect de l'arc qui est dans la nuée au jour de la pluie ; c'était l'aspect de la ressemblance de la gloire de Hachem » (Ye'hezkel 1, 28).
Sur le nassi, car il est écrit : « et tu mettras de ta splendeur sur lui » (Bamidbar 27, 20). Celui qui porte le regard sur les kohanim au temps où le Temple est debout, lorsqu'ils se tenaient sur leur estrade et bénissaient Israël par le Nom explicite.
Trois regards, une même conséquence : einav kehot, les yeux s'obscurcissent. Le facteur commun aux trois objets est la présence d'un reflet de la gloire — l'arc selon le verset de Ye'hezkel, le nassi par la splendeur transmise de Moche à Yehochoua, les kohanim par le Nom explicite prononcé sur l'estrade.
Rachi ajoute le détail qui fait de la birkat kohanim un cas comparable aux deux autres : la Chekhina repose sur les jointures de leurs doigts. La restriction au temps où le Temple est debout sera reprise par Tossefot, qui s'en sert pour discuter l'explication de Rachi dans Meguila et pour proposer, d'après le Yerouchalmi, une autre raison hors du Temple : la distraction de l'esprit.
Rabbi Yehouda beRabbi Nahmani, le métourgueman de Rech Lakich, a exposé : quel est le sens de ce qui est écrit « Ne croyez pas au compagnon, ne vous fiez pas à l'intime » (Mikha 7, 5) ? Si l'inclination mauvaise te dit : faute, et le Saint béni soit-Il pardonnera — ne la crois pas, ainsi qu'il est dit : « Ne croyez pas au compagnon (<i>réa</i>) » ; et « réa » ne désigne que l'inclination mauvaise (<i>yetser hara</i>), ainsi qu'il est dit : « car l'inclination du cœur de l'homme est mauvaise (<i>ra</i>) » (Berechit 8, 21),
La derasha joue sur deux mots du même verset de Mikha. Réa, le compagnon, est rapproché de ra, le mauvais, et identifié au yetser hara ; l'appui est le verset de Berechit où l'inclination du cœur est dite ra.
Le contenu du conseil que le yetser donne est précis : il ne pousse pas à nier, il pousse à compter sur le pardon. La derasha traite donc d'un calcul intérieur, ce qui prolonge la sougya sur la faute commise en cachette.
Et « <i>alouf</i> » ne désigne que le Saint béni soit-Il, ainsi qu'il est dit : « Tu es l'intime de ma jeunesse » (Yirmiyahou 3, 4). Si tu disais : qui témoignera contre moi ?
Les pierres de la maison et les poutres de la maison d'un homme témoignent contre lui, ainsi qu'il est dit : « car la pierre criera depuis le mur, et la poutre de bois lui répondra » (Havakouk 2, 11),
Le second mot du verset de Mikha est identifié à son tour : alouf, l'intime, désigne Hachem, d'après Yirmiyahou. La mise en garde devient donc : ne te fie pas à Hachem pour t'assurer d'avance le pardon d'une faute que tu vas commettre.
Suit une objection mise dans la bouche du fauteur : mi méid bi, qui témoignera contre moi ? Quatre réponses vont être données, et la première est la plus matérielle : les pierres et les poutres de la maison où la faute a eu lieu.
Et les Sages disent : l'âme (<i>nechama</i>) de l'homme témoigne contre lui, ainsi qu'il est dit : « de celle qui couche en ton sein, garde les ouvertures de ta bouche » (Mikha 7, 5) ; quelle est la chose qui repose dans le sein de l'homme ? Tu dois dire : c'est la nechama.
Rabbi Zerika a dit : les deux anges de service qui l'accompagnent témoignent contre lui, ainsi qu'il est dit : « car Il ordonnera à Ses anges à ton sujet, de te garder en toutes tes voies » (Tehilim 91, 11). Et les Sages disent : les membres de l'homme témoignent contre lui, ainsi qu'il est dit : « et vous êtes Mes témoins, dit Hachem, et Moi, D.ieu » (Yechayahou 43, 12).
Les trois réponses restantes resserrent progressivement le cercle : la nechama qui repose dans le sein, les deux anges qui accompagnent l'homme, puis ses propres membres. La dernière est la plus sévère, puisque le témoignage sort du corps qui a commis l'acte, ce que Rachi formule ainsi : il témoigne de lui-même sur toutes les fautes dont Hachem le reprendra.
Le Ben Yehoyada soulève la difficulté de fond sur la deuxième réponse : la nechama est elle-même jugée, et ce qu'une partie dit sur elle-même relève de l'aveu plutôt que du témoignage. Sa réponse distingue les niveaux de l'âme et les fautes qui atteignent ou non la part de nechama.
MICHNA. Yossi ben Yoézer dit de ne pas poser les mains ; Yossef ben Yo'hanan dit de les poser.
Yehochoua ben Perahya dit de ne pas les poser ; Nitaï haArbéli dit de les poser. Yehouda ben Tabaï dit de ne pas les poser ; Chimon ben Chatah dit de les poser.
Chemaya dit de les poser ; Avtalion dit de ne pas les poser. Hillel et Menahem ne furent pas en désaccord.
Menahem sortit, Chamaï entra. Chamaï dit de ne pas les poser ; Hillel dit de les poser.
Nouvelle michna. Elle porte sur la semikha, l'imposition des mains sur la tête de l'animal avant son abattage : faut-il l'accomplir un jour de fête, ou bien constitue-t-elle un travail interdit avec l'animal ? Rachi le précise d'emblée : be-yom tov.
La michna présente le désaccord sous forme de zougot, cinq paires de sages qui se succèdent génération après génération, de Yossi ben Yoézer jusqu'à Chamaï et Hillel. Rachi la qualifie de première mahloket des sages d'Israël, et Tossefot cite le Yerouchalmi en ce sens, avec l'objection que suscite le désaccord bien plus ancien des jours de Chaoul.
Le quatrième zoug est nommé dans l'ordre inverse des trois premiers, et la mention de Menahem qui sort prépare la question de la guemara sur le lieu où il est sorti.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).